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Théorie(s) de la communication:

Définitions
Qu'est-ce que la communication?
Commençons tout d'abord par les définitions des dictionnaires:

«Communication: Le fait d'établir une relation avec (qqn, qqch). (...) Scientifique.
Toute relation dynamique qui intervient dans un fonctionnement.» «Communiquer:
Faire connaître (qqch à qqn). (...) Faire partager. (...) Rendre commun à; transmettre
(qqch.)»* (Le Robert)

«Communication: Action d'être en rapport avec autrui, en général par le langage:


échange verbal entre un locuteur et un interlocuteur dont il sollicite une réponse. (...)
Action de mettre en relation, en liaison, en contact, des choses.» «Communiquer: Faire
passer qqch, le transmettre à qqch d'autre. (..) Faire partager à qqn un sentiment, un
état (...). (...) Entrer en contact avec qqn, lui faire part de sa pensée, de ses sentiments»
(Larousse)

«Communication: Fait de manifester sa pensée ou ses sentiments, par la parole,


l'écriture, le geste, la mimique, dans le but de se faire comprendre. Scientifique .
Processus par lequel une source d'informations A tend à agir sur un récepteur
d'informations B de manière à provoquer chez celui-ci l'apparition d'actes ou de
sentiments permetttant une régulation des activités de B ou du groupe auquel
appartiennent A et B. (E. Henriquez, 1971) Ensemble des dimmensions de notre monde
réel qui résultent du fait que des «entités» en général---avant tout, bien évidemment,
des hommes---entrent en relation les unes avec les autres et se mettent à agir les unes
sur les autres. (P. Watzlawick, 1881)» (R. Legendre, Dictionnaire actuel de l'éducation)

Étymologiquement, le mot vient du latin communicare, «mettre ou avoir en commun»,


mot formé de cum («ensemble, avec») et munis ou munia («charge, fonction»).

Questions de travail

Ces définitions ne se recoupent pas entièrement: qu'ont-elles de commun?


À partir de ces éléments communs, ébaucher une nouvelle définition synthétique.

Le modèle cybernétique
Les premières tentatives de théoriser la communication de façon globale---c'est-à-dire
sans référence spécifique au langage---sont récentes, et proviennent de mathématiciens.
En 1945, Claude Shannon et Warren Weaver (fondateur de la cybernétique) ont proposé
un premier modèle qui s'inspire de la transmission des messages par le télégraphe.
Ce modèle est devenu la base à partir de laquelle les théoriciens allaient bâtir la science
de la communication. C'est volontairement ici que la «source d'information» et
«destination» remplacent le locuteur et l'interlocuteur humains de la linguistique.
Ultérieurement, on a créé les termes d'«émetteur» et de «récepteur», qui continuent
d'éviter l'anthropomorphisme.
Les notions mécaniques de «transmetteur» et de «receveur», en revanche, ont été
abstraites pour introduire celle de code, c'est-à-dire, du système signifiant qui est utilisé
pour donner forme au message. L'envoi et la réception se manifestent donc par les
opérations d'encodage et de décodage, qui au départ étaient considérées comme deux
réalisation inverses d'un même processus.
Finalement, on a ajouté le canal, le moyen par lequel la transmission du message
s'effectue, et l'environnement, par quoi l'on désigne l'ensemble des circonstances
entourant l'acte communicatif.
Le principal défaut du modèle de Shannon résidait dans son caractère unilatéral, dû
sans doute à la notion erronée de la «passivité» du récepteur (qui est pourtant loin
d'avoir disparu). Il fallait donc compléter le modèle pour en faire une boucle, au moyen
d'une rétroaction (feedback) du récepteur sur l'émetteur.

Le modèle classique à six éléments


À partir du modèle cybernétique, on peut dégager six éléments qui constituent les
paramètres indispensables de tout acte communicatif:

• le binôme émetteur/récepteur
• le code commun (partiellement au moins)
• le message
• la rétroaction du récepteur vers l'émetteur
• l'interférence dans la transmission du message

On y ajoutera l'environnement, forcément présent, mais qui a été au départ quelque peu
négligé par les théoriciens de la communication, tout comme les linguistes ont longtemps
voulu abstraire le langage de son utilisation pour l'étudier plus «scientifiquement».

Taxinomies des fonctions communicatives


Une fois établis les paramètres de la communication, les chercheurs se sont penchés
sur les raisons pour lesquelles on communique. Il en a résulté une demi-douzaines de
taxinomies qui répertorient et surtout classent les fonctions communicatives.
La plus connue est celle proposée par le linguiste Roman Jacobson (1963), qui conçoit
les fonctions selon la focalisation de l'acte:

• fonction expressive: focalisation sur l'émetteur, le locuteur, qui exprime ses


émotions
• fonction conative: focalisation sur le récepteur, l'interlocuteur, chez qui l'on veut
provoquer un effet quelconque (questions, flatterie, ordres, menaces, etc.)
• fonction phatique: focalisation sur le maintien du contact entre l'émetteur et le
récepteur (reconnaissance, courtoisie)
• fonction métalinguistique: focalisation sur le code (par exemple, parler du
langage que l'on utilise pour communiquer)
• fonction poétique: focalisation sur le message lui-même, par exemple pour la
recherche de nuances et d'effets de style
• fonction référentielle: focalisation sur l'information transmise

Cette taxinomie a pour principal défaut d'être axée sur la communication linguistique,
sans doute parce que pour un linguiste comme Jakobson, le langage est le code par
excellence, celui dans lequel tous les autres peuvent être traduits (l'inverse n'étant pas
vrai). On peut assez facilement généraliser ce classement comme suit:
• fonction expressive: l'acte communicatif reflète surtout les caractéristiques, les
désirs, les besoins de l'émetteur, sans que les autres paramètres exercent une
influence déterminante
• fonction conative: l'acte communicatif vise à affecter le récepteur, souvent de
façon physique, de lui faire faire quelque chose. Lorsqu'on ordinateur envoie à
l'imprimante qui lui est connectée la commande «imprimer», on peut parler de
communication conative.
• fonction phatique: recouvre tout ce qui peut être fait pour assurer le maintien du
contact entre l'émetteur et le récepteur, sans considération particulière pour la
forme ni le contenu des messages. Dire «bonjour» le matin à son voisin de palier
n'implique pas un désir profond et sincère de faire en sorte que celui-ci passe une
excellente journée: il s'agit d'un moyen par lequel on lui fait savoir qu'on le
reconnaît, que l'on est en bon termes avec lui.
• fonction métalinguistique: c'est la moins convainquante des propositions de
Jakobson, car il est difficile de concevoir une communication sur un code à l'aide
de ce même code à l'exception du langage. De plus, parler du langage s'assimile
généralement à l'une des autres fonctions.
• fonction poétique: ici encore, cette fonction peut sembler uniquement valable
pour le langage, mais, à la réflexion, on se rend compte que la recherche de
nuances et d'effets de style existe dans diverses formes de communication,
surtout s'il on tient compte de la dichotomie expression/substance propre à tout
signe, et donc à tout message. La fonction poétique consisterait donc à privilégier
l'expression pour donner à celle-ci valeur de substance. Par exemple, le port d'un
certain vêtement (type, coupe, couleur, etc.) peut servir à signaler son
appartenance à un groupe social, culturel ou professionnel (fonction référentielle,
voire conative), plus rarement à exprimer une esthétique toute personnelle
(fonction expressive), mais, au delà de ces finalités, représente un effort de jouer
sur les possibilités offertes par chaque type de vêtement, sans attendre d'autre
résultat que le plaisir offert par la variété, ou par la satisfaction d'avoir inventé
une nouvelle forme. La mode, le stylisme auraient ainsi une fonction poétique ---
qu'il vaudrait sans doute mieux nommer esthétique ou ludique.
• fonction référentielle: c'est pour ainsi dire l'inverse de la précédente, puisqu'elle
se focalise sur le contenu du message, sur l'information transmise.

La plupart des autres taxinomies, postérieures à celle de Jacobson, expriment les


fonctions communicatives par le moyen de verbe à l'infinitif, en répondant à la question:
«Pourquoi communique-t-on?». Certains, comme Britton, on proposé un classement
matriciel où figurent en abscisse les modalités de la communication (émission, réception,
interaction), ce qui revient à concevoir le processus comme potentiellement
unidirectionnel.
En développant et en modifiant la taxinomie de Wight (1976), je propose un
classement en dix catégories
Former/maintenir engager le contact, saluer, faire connaissance, briser la glace,
1
des liens se présenter, plaisanter, sympathiser...
coopérer, proposer une action, solliciter, négocier, persuader,
Agir avec / sur le
2 diriger, ordonner, menacer, encourager, donner des
récepteur
instructions...
enregistrer, rapporter, impliquer, expliquer, récapituler,
3 Informer
narrer, décrire...
deviner, prédire, projeter, poser des hypothèses; estimer,
4 Evaluer imaginer, inventer, se mettre à la place de; calculer,
apprécier, juger; complimenter, critiquer, se moquer...
formuler des opinions, des attitudes, des valeurs, des
5 S'exprimer sentiments, des émotions; diriger son action; pratiquer
l'introspection...
questionner, enquêter, scruter, réfléchir, s'informer,
6 Chercher
considérer, examiner, délibérer...
comparer par analogie et métaphore, classifier, définir,
Etablir des
7 identifier, ordonner en séquence, sérier, formuler des
raports
hypothèses, prouver, déduire/induire, justifier.
8 Théoriser analyser, généraliser, abstraire...
9 Élucider interpréter, traduire, déchiffrer, faire une glose, annoter ...
manipuler l'expression à des fins purement esthétiques.
Rimer, jouer sur les mots, déformer volontairement le
10 Jouer
langage, composer des anagrammes, des rébus, des
charades...

Analyse communicative :
Paramètres de la communication
face-à-face
Analyse d'une séquence communicative
Cette analyse a pour support le document vidéo Dans la peau des Français, qui se
compose d'une série de conversations courtes (2 minutes environ) entre de jeunes
francophones. Plusieurs cassettes de ce document sont disponibles au labo LLT (ICC 227)
sous la cote Fr 1037.
Votre travail consistera à présenter une séquence au reste de la classe pour mettre en
évidence et commenter les phénomènes communicatifs les plus remarquables qu'on y
observe. Vous utiliserez à la fois le script et le film pour montrer comment cette
séquence illustre les principes et les variables de la communication étudiés en classe.
Vous utiliserez à la fois le script et le film pour montrer comment cette séquence
illustre certains des principes et les variables de la communication discutés en classe.
Comme vous n'aurez pas le temps de tout commenter, il faudra choisir les éléments les
plus intéressants. Exploitez les lectures suggérées dans le programme du cours, et
surtout le document en ligne «Les paramètres de la communication verbale face à face».
Equilibrez vos observations selon trois grandes catégories de paramètres : facteurs
linguistiques (phonologie, phonétique, morphologie, syntaxe, prosodie, intonation),
extra-linguistiques et communicatifs (gestuelle, kinésique, proxémique et stratégies
rhétoriques et communicatives, schémas communicatifs), et phénomènes cognitifs
(implication, inférence, déixis, activation d'un domaine de connaissance).
Quelques points de méthode à retenir:
• Les phénomènes purement linguistiques sont observables en très grande partie
à partir du script seul, alors que les phénomènes communicatifs au sens large,
sont plus clairement (ou seulement) observables en visionnant et/ou en écoutant
le film.
• N'oubliez pas de respecter la démarche décrire - analyser - interpréter telle
qu'elle est décrite dans le programme du cours. Attention à ne pas privilégier
l'interprétation au détriment de l'analyse.
• N'oubliez pas qu'il s'agit d'une analyse communicative, et non psychologique: il ne
s'agit pas de déterminer les motivations ou les états affectifs des personnes.
Concentrez-vous sur les phénomènes perceptibles (visuels et auditifs), et sur ce
qui peut-être établi avec certitude en dehors de toute hypothèse. Exemple: un
locuteur A parle d'une possibilité d'emploi avec son ami B, et utilise
systématiquement des questions plutôt que des affirmations: «C'est un bon job,
tu ne crois pas?» (...) «Je ne devrais tout de même pas accepter tout de suite,
non?» (...) «Est-ce que je me trompe en pensant que le salaire qu'on me propose
est inférieur à ce que je pourrais espérer?», etc. 1) On observe la fréquence des
questions là où A pourrait utiliser des affirmations; 2) On définit du mieux
possible cette stratégie communicative: A cherche à impliquer B sans attendre
que celui-ci donne volontairement son avis 3) On observe les répliques de B pour
savoir si celui-ci répond effectivement aux questions, et celles de A pour
déterminer s'il veut vraiment que B y réponde (ou si ce sont des «questions
oratoires») 4) on en déduit le mécanisme de l'interaction, la manière dont celle-ci
fonctionne --- en tenant compte des problèmes, des «ratés», lorsque l'intéraction
fonctionne mal. Ce dont on ne tient pas compte, ce sont les motivations des
locuteurs, le «pourquoi» ils choisissent telle ou telle stratégie: déférence
de A envers B, timidité ou manque d'assurance de A, jalousie de B envers
A, etc. Nous en savons généralement trop peu sur le vécu des
communicants pour formuler autre chose que des hypothèses.

Consignes pratiques pour la présentation:


• C'est à vous de choisir la séquence que vous préférez: commencez par les
visionner toutes pour vous faire une idée et, lorsque vous avez choisi, inscrivez
vos noms sur la liste disponible au labo LLT.
• Temps imparti: 20 minutes par présentation au maximum (y compris le
visionnement de la séquence, qui pourra être répété).
• Vous devrez rendre par écrit un plan détaillé de la présentation (mais pas de
texte rédigé)
• Vous devez parler en vous aidant de notes, mais sans lire un texte rédigé.
• Faites au préalable un très rapide résumé de la séquence pour que tout le monde
sache de quoi parlent les personnages, s'il y a plusieurs parties (avec changement
de sujet, par exemple), etc.
• Chacun des membres du groupe devra participer à la présentation de la façon la
plus égale possible. La note sera partagée.
• La note reflètera:
1) La justesse et la précision de vos analyses
2) Si vous avez adéquatement perçu, décrit et analysé les phénomènes les plus
pertinents, c'est-à-dire
3) L'organisation
* La qualité de votre français ne sera pas directement évaluée en soi, mais il va
sans dire qu'elle influencera la qualité de la présentation.
* Le plan écrit ne sera pas non plus noté en soi, mais servira à évaluer
l'organisation de la présentation