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UNIVERSITE DE MANOUBA

INSTITUT SUPERIEUR
DE COMPTABILITE ET D‟ADMINISTRATION DES
ENTREPRISES
(ISCAE)

Mémoire présenté en vue de l’obtention du


Diplôme d’expertise comptable

LES NORMES INTERNATIONALES DE


L’INFORMATION FINANCIERE (IFRS) : QUELLE
APPROCHE D’IMPLANTATION ?

Présenté par Dirigé par


Hichem ENNAIFER Abdessatar MABKHOUT

SESSION DE 2010
Remerciements

Je souhaite tout d‟abord remercier mon directeur de recherche, Monsieur Abdessatar


Mabkhout pour son aide précieuse tout au long de ce travail.

Je remercie, également, les membres du jury pour l‟intérêt qu‟ils ont porté à mon
travail et pour l‟honneur qu‟ils m‟ont fait d‟avoir accepté de participer à ce jury.

J‟exprime ma reconnaissance pour mon maître de stage, Monsieur Hédi Mallekh pour
la formation scientifique et professionnelle qu‟il m‟a permis d‟acquérir au sein de son cabinet
tout au long de mon stage.

Mes remerciements affectueux et chaleureux s‟adressent à ma mère pour sa patience et


ses encouragements, à mon père pour ses recommandations sur le plan juridique, à mon frère
pour ses efforts de collecte de la documentation nécessaire pour l‟élaboration de ce mémoire
et à mes grands-parents, mes oncles et mes tantes pour leur soutien moral continu.

Je voudrais exprimer toute ma gratitude à tous ceux qui m‟ont apporté leur aide, leur
encouragement pour la réalisation de ce travail et pour les discussions que j‟ai pu avoir avec
eux, en particulier, Alya ben Rejeb pour ses efforts de correction de la rédaction en français
… que ceux que j‟oublie ici me pardonne.

Je tiens aussi à exprimer ma reconnaissance à tous ceux qui ont assuré ma formation
universitaire et notamment le Docteur Mme Neila Châabane pour ses efforts de correction du
volet juridique du mémoire et Mme Fatouma Gharsalli pour ses recommandations précieuses
en termes de normalisation pour faire améliorer ce travail de recherche.
Note de synthèse

L‟année 2002 était une année que le monde comptable ne pourrait pas l‟oublier. Elle a
porté des évènements qui, ayant fortement agité les marchés financiers, ont semé le trouble
dans l‟esprit du public en remettant en cause les systèmes comptables mondiaux. Mais, ces
évènements ont, surtout, mis en évidence la nécessité urgente d‟un référentiel comptable
commun au niveau mondial offrant une plus grande transparence et permettant une meilleure
comparabilité des états financiers.
L‟IASB, organisme indépendant, a élaboré le référentiel IAS/IFRS pour répondre à ce besoin.
Ce corps de normes, par la recommandation officielle de l‟IOSCO quant à son adoption par
l‟ensemble des places boursières, a bénéficié d‟une reconnaissance mondiale dont il était en
quête depuis plus de 30 ans.
Dans ce contexte, l‟Union Européenne a déjà décidé que le 01 janvier 2005 est la date à partir
de laquelle les groupes européens cotés devaient établir leurs états financiers consolidés selon
le référentiel IAS/IFRS.
Comme la Tunisie n‟a pas officiellement adopté ce référentiel, les entreprises constituant son
tissu économique, sont apparemment épargnées du fardeau de conversion au référentiel
comptable international. Ce retard peut être justifié par l‟enjeu du sacrifice de la souveraineté
de l‟Etat en matière de normalisation comptable au profit d‟un organisme privé conférant par
conséquent à ses normes une légitimité institutionnelle d‟une part et, par la lourdeur de
l‟opération de conversion pour des entreprises dont la taille s‟avère incomparable eu égard le
poids des entreprise occidentales dans l‟économie mondiale d‟autre part. Néanmoins, la
Tunisie, en s‟orientant vers un modèle d‟économie de marché, s‟est impliquée dans un
processus de satisfaction des exigences mondiales. En effet, le normalisateur comptable
Tunisien a affiché et matérialisé sa stratégie de conversion vers les normes comptables
internationales en publiant en 1997 son système comptable – fortement inspiré de ces normes
dans leur version en vigueur à cette époque –. Donc, pas de recul pour le normalisateur
Tunisien ; tôt ou tard, il serait amené à approfondir cette convergence par l‟adoption de ces
normes dans leur version actuelle (IAS/IFRS).
Concrètement, les normes IFRS se sont infiltrées au pays sans acquérir une permission
officielle : C‟est l‟effet de la globalisation qui demeure contagieux. Certaines entreprises
Tunisiennes (notamment, les filiales de groupes européens côtés) vont intégrer les normes
IFRS sans vraiment s‟en rendre compte. Il s‟agit d‟un fait concret qui, de plus en plus,
s‟impose dans l‟économie Tunisienne. Ces entreprises, malgré leur taille moyenne, sont
contraintes de s‟approprier au référentiel IFRS pour répondre aux demandes de leur maison-
mère et produire des états financiers conformément aux normes IFRS dans le cadre de la
consolidation des états financiers au niveau du groupe.
Le véritable enjeu consiste dans le profond choc culturel dans le paysage comptable par
l‟introduction des normes IFRS. Il s‟agit de l‟obligation de l‟évolution de la vision de la
comptabilité et de la métamorphose complète de sa philosophie c'est-à-dire il y a lieu de

1
dépasser le cadre selon lequel la comptabilité est contrainte de respecter des règles juridiques
et fiscales strictes (donc, il faut outrepasser le langage de l‟optimisation fiscale du résultat
comptable). En effet, il ne s‟agit pas d‟un changement de codification et de plan des comptes.
Il s‟agit d‟épouser la vision anglo-saxonne de la comptabilité. Une vision qui, découlant d‟une
culture et d‟un système juridique basés sur la coutume, signifie une grande marge au jugement
professionnel, une information comptable dont le client principal est l‟investisseur à risque,
une transparence accrue de la part du management de l‟entité économique étendue jusqu‟à la
limite de la confidentialité.
Alors, le processus de conversion serait long et complexe vu qu‟il n‟est pas un simple
exercice de conformité. La conversion constitue le début d‟une véritable révolution de la
communication de l‟information financière dont l‟incidence portera sur l‟ensemble du
processus et des ressources d‟une entreprise.
C‟est ainsi que l‟expert-comptable se trouve au cœur du projet : il doit être en mesure
d‟accompagner ses clients. Au-delà de l‟aspect purement « calculatoire », l‟expert-comptable
devra conseiller ses clients en termes de gestion opérationnelle du projet et s‟impliquer dans
le déroulement de celui-ci car la conversion n‟est pas qu‟un projet des comptables.
L‟ensemble des fonctions sont concernées : Il s‟agit d‟un véritable projet d‟entreprise et de
direction générale.
C‟est dans ce cadre que ce mémoire trouve sa pleine utilité en servant les sociétés et,
principalement, l‟expert-comptable qui est fortement impliqué dans ce type de projet vu sa
compétence professionnelle d‟une part et, le cadre des missions de conseil en la matière qu‟il
exercera d‟autre part.
Ainsi, ce mémoire se propose-t-il de donner une méthodologie et une démarche scientifique
permettant le passage aux normes IFRS par la neutralisation, au maximum, des risques liés à
ce type de projet. Donc, nous nous contentons d‟expliciter les changements structurels,
organisationnels et informationnels qu‟une entreprise est contrainte d‟opérer pour réussir la
conversion.
Le sujet étant large et les problématiques diversifiées, nous avons choisi d‟axer notre étude
autours des thèmes suivants :
Quels sont les principes directeurs matérialisant des théories économiques et financières
que l‟Expert Comptable est tenu de maîtriser dans la logique du normalisateur
international.
Comment aborder, dimensionner et organiser le projet de conversion aux normes IFRS.
La problématique principale de ce mémoire sera donc l‟analyse concrète de la manière dont
une entreprise doit mener un projet de conversion aux normes IFRS avec une mise en exergue
des apports d‟un expert comptable à chaque phase du projet.

Pour ce faire et suite aux recommandations de la commission, nous avons vu qu‟il était
indispensable d‟aménager le plan :
Non-conformité croissante du SCE aux normes IAS/IFRS
Nouvelle stratégie de normalisation en Tunisie ;
Impact de l‟adoption des normes IAS/IFRS sur le marché financier (et sur le cours de
l‟action de l‟entreprise) ;
Difficulté d‟application des normes IAS 32 et 39 (notamment pour le secteur financier) ;

2
Stratégie de communication de l‟entreprise ;
Equipe projet IFRS au sein de l‟entreprise ;
Les limites de recours à la juste valeur en Tunisie et ses conséquences sur les missions
d‟assurance et de certification.

Ainsi, le mémoire sera structuré en deux parties, avec une partie préliminaire mettant l‟accent
sur la globalisation et les crises mondiales qui ont caractérisé cette première décennie du
troisième millénaire :

La première partie est dévouée à la mise en valeur du référentiel comptable international.


Ceci est effectué à travers trois axes : le premier axe est fondé sur une étude exploratoire dans
la population des Experts Comptables Tunisiens pour toucher de près le degré de préparation
aux exigences d‟une transition aux normes IFRS. Le but de cette étude consiste à détecter les
domaines du référentiel de l‟IASB qui mérite un approfondissement dans la lecture et
l‟interprétation afin d‟appréhender correctement les enjeux d‟un projet de conversion. Le
deuxième axe servira à situer la Tunisie économiquement et comptable ment par rapport au
contexte mondial. Sur le plan économique, un aperçu de l‟évolution historique du modèle
économique tunisien est nécessaire pour pouvoir comprendre l‟évolution normative en
matière comptable dans le pays. Mais, l‟étude ne se limite pas à ce niveau d‟analyse ; elle fait
passer le SCE 1997 à un examen critique dégageant les faiblesses théoriques au niveau de ce
système et ses dysfonctionnements après une mise en œuvre ayant dépassé la décennie. Cet
examen critique ne constitue pas une fin en soi, mais un outil, pour la société tunisienne
voulant intégrer les normes IFRS et pour l‟expert-comptable impliqué dans des missions de
conversion, servant à évaluer le degré de difficulté de la conversion dans le contexte tunisien.
C‟est pourquoi, notre étude des divergences entre le SCE et le référentiel de l‟IASB n‟est pas
exhaustive dans la mesure où ce mémoire est axé sur la gestion opérationnelle du projet.
Donc, l‟étude de la divergence porte sur les thèmes considérés comme piliers de base du
référentiel de l‟IASB. C‟est une occasion pour refléter l‟esprit et les théories économiques et
financières que le normalisateur se prend comme adepte. Le troisième axe de cette partie
cherche à mettre l‟accent sur les impacts de l‟adoption par une société d‟un modèle comptable
à la juste valeur sur la mission d‟un auditeur et sur les missions spécifiques qui seront menées
par un expert comptable comme la mise en place de ces normes comme projet placé sous son
entière responsabilité.
La deuxième partie constitue la pierre angulaire de ce mémoire puisqu‟elle traite du volet
pratique de mise en place des normes IFRS. Nous proposons au début le questionnaire (outil
pratique) qui permet d‟évaluer l‟opportunité de la décision de conversion aux normes IFRS
comme il s‟agit d‟une décision stratégique dont les conséquences sont irréversibles pour une
entreprise. Puis, nous proposons une « méthodologie projet » pour cette conversion sans que
le mémoire ne soit la solution unique pour la réalisation d‟un tel projet. Le passage en mode
projet nécessite des travaux de conception ancrés sur des fondements de base et une exécution
conforme à un processus composés d‟étapes successives, à ce niveau et vu le côté stratégique
de ce projet une implication managériale de haut niveau est requise et ce, dès le début et tout
au long du projet. Un mode d‟organisation pouvant être adopté serait celui dans lequel
différentes cellules travailleraient sur un domaine d‟activités spécifiques (système

3
d‟information, information financière, processus, gestion de projet) sous la supervision d‟un
responsable de projet IFRS dont le rôle serait de coordonner et de synthétiser les travaux
menés. Donc, une restructuration des systèmes d‟information serait une conséquence directe
de ce projet qui sera invité à revoir ses applications et ses modes de production et de
circulation de l‟information surtout que l‟alignement de la communication financière au
reporting interne est la pierre angulaire du référentiel de l‟IASB. Comme c‟est un projet qui
sort du cadre classique de la comptabilité jusqu‟à concerner la quasi-totalité des fonctions de
l‟entreprise, les opérationnels de chaque fonction sont impliqués dans ce processus de
conversion. Ceci est justifié par le fait même que le comptable n‟est plus l‟unique
confectionneur de l‟information comptable ; il est amené dorénavant à être le destinataire
exclusif de toutes les informations produites par les autres fonctions de l‟entreprise. Nous
mettons l‟accent sur les domaines où l‟intervention de l‟expert-comptable est requise et ce,
aux travaux de chaque cellule et à chaque étape du processus en assistant le responsable
projet. Cette partie est clôturée par la mise en œuvre du projet de conversion montrant en
premier lieu les aspects des changements dans l‟entreprise au niveau de son organisation et au
niveau de son système d‟information et en deuxième lieu les enjeux entourant le premier
exercice de conversion aux normes IFRS. Nous avons essayé d‟expliciter les solutions
avancées par le normalisateur international concernant le bilan d‟ouverture en IFRS et ce, en
passant à l‟étude de la norme IFRS 1 « Première adoption des IFRS ». De plus, nous avons
essayé de voir comment une entreprise pourrait-elle anticiper les éventuels impacts des
indicateurs financiers afin de s‟épargner les dégâts qui pourraient découler de la conversion
vu les changements dans la définition des concepts servant de base pour les indicateurs
financiers.

Enfin, au delà des difficultés et des solutions proposées, il convient de comprendre ce qui
change vraiment. Avec les normes IFRS, ce n‟est pas seulement l‟introduction de certains
concepts, l‟adoption de nouvelles méthodes d‟évaluation ou la publication obligatoire de
certains documents ; ce qui change avec ces normes, c‟est ce qu‟on redécouvre la fonction
même de la comptabilité : un système de langage qui vise à mesurer les flux économiques
d‟une entreprise et par la même sa valeur financière.

4
Liste des abréviations

AICPA American Institute of Accountants


CPA Certified Public Accountant
FASB Financial Accounting Standards Board
IAS International Accounting Standards
IASB International Accounting Standards Board
IASC International Accounting Standards Commitee
IFAC International Federation of Accountants
IFRIC International Financial Reporting Interpretation Commitee
IFRS International Financial Reporting Standards
SAC Standards Advisory Council
SEC Securities Exchange Commission
SIC Standing Interpretation Committee
XBRL Extensible Business Reporting Language
ISB Independence Standards Board
APB Accounting Principles Board
EITF Emerging Issues Task Force

5
Introduction

Dés sa création en 1973, l‟IASC (International Accounting Standards Committee),


organisation investie du pouvoir d‟élaboration de normes comptables, cherchait l‟instauration
d‟un langage comptable commun dont le but est d‟assurer un certain niveau de
comparabilité entre les états financiers présentés par des entreprises de différentes
nationalités. Son fondateur lord Benson - un associé de Coopers & Lybrand – déclare à cet
effet : «Notre activité est transfrontalière et les échanges de biens et de services sont
internationaux. Si une société multinationale est cotée dans une économie de marché ou fait
appel au marché mondial des capitaux, il devrait exister une norme, connue dans le monde
entier, pour évaluer ses opérations. »1

Depuis, la mission de l‟organisation n‟a guère cessé d‟évoluer jusqu‟à l‟adoption du rôle de
normalisateur pour les pays en voie de développement. Ceci avait nécessité de sa part une
certaine souplesse dans les règles et principes comptables qu‟elle adoptait. C‟est la raison
pour laquelle un thème est traité dans une norme plus que par une méthode comptable :
l‟explication consiste dans le fait que l‟IASC confie la tâche d‟élaboration des normes à des
groupes de travail composés principalement d‟auditeurs issus des grands cabinets ce qui avait
donné comme résultat des normes inspirées en grande partie de normes anglo-saxonnes. La
structure du référentiel de l‟IASC était une preuve de ce fait d‟espèce.

La conséquence est que l‟objectif de la comparabilité de l‟information comptable n‟était pas


atteint. Cette panoplie d‟options comptables en était une cause principale, ce qui a constitué
pour l‟IASC une entrave pour la reconnaissance de ses normes. Consciente de cet obstacle,
elle a orienté ses travaux vers l‟élimination de nombreuses options exprimant ainsi sa
préférence pour le traitement de référence (benchmark treatement).

Cet effort d‟amélioration des normes n‟a pas tardé à générer ses fruits : La SEC (Securities
and Exchange Commission), déclare son acceptation des tableaux de financement et des
comptes consolidés établis sur la base des normes de l‟IASC. Ce grand pas vers la
mondialisation manquait de l‟approbation formelle de l‟IOSCO (International Organisation of

1
Benson H. (1981), « Establishing Standards through a Voluntary Professional process across National
Boundaries », Arthur Young Professors Round Table, Arthur Young & Co., Londres.

6
Securities Commissions). Ceci n‟était pas facile vu la dominance de la SEC sur cette
organisation. Une telle mesure nécessitait des américains une concession politique afin de
permettre aux bourses américaines de s‟internationaliser. L‟assouplissement des règles
d‟admission à la cote de la bourse de New York n‟est pas admis par la SEC.

Mais, l‟IASC a poursuivi ses travaux en essayant de remplacer les auditeurs par les
normalisateurs nationaux des pays membres dans les groupes de travail, de procéder à une
revue générale des normes et d‟établir de nouvelles normes, dont l‟IAS 39 sur les instruments
financiers - qui était un exploit en soi-même. Enfin, l‟IASC a réalisé une gloire en obtenant,
en 2000, l‟approbation de l‟IOSCO pour ses normes : cette dernière recommande à ses
membres d‟admettre à la cote des marchés financiers les sociétés établissant leurs états
financiers sur la base des normes de l‟IASC.

Le phénomène de la globalisation des marchés n‟a pas épargné le domaine de l‟information


financière divulguée par les entités économiques de tomber sous le coup de son pouvoir
d‟uniformisation. C‟est ainsi, que nous pouvons affirmer que la comptabilité financière,
système dont le fonctionnement est fondée sur des concepts et principes de base
communément admis, se voit l‟honneur d‟être un langage mondial hautement mondialisé.

Dans un monde constitué, aujourd‟hui, d‟espaces économiques globaux, franchir la porte de


l‟un d‟eux pour s‟y positionner nécessite la possession de la carte d‟accès : l‟adoption des
normes comptables internationales. En effet, il s‟agit de l‟un des critères sélectifs des sites les
mieux indiqués pour le développement des affaires en termes d‟investissements directs
étrangers (IDE). Devant cet état de fait, la demande pour l‟harmonisation des cadres
conceptuels de reporting et des normes reliées est devenue pressante.

En 2001, les deux normalisateurs internationaux –FASB et IASB (précédemment appelée


IASC)- se sont engagés par les accords de Norwalk dans un processus de rapprochement de
leurs normes afin de résoudre le problème de la comparabilité de l‟information financière dont
l‟origine est l‟orientation de certains pays vers les besoins de la fiscalité (modèle de la
comptabilité de l‟Europe continentale) alors que d‟autres vers les besoins en informations
économiques (modèle de la comptabilité anglo-saxonne). Donc, l‟IASB est devenu le
normalisateur international de la comptabilité.

7
En ce sens, l‟IASB a procédé à la révision de la totalité des normes IAS existantes en 2002 et
à la publication de nouvelles normes dites IFRS. Dans ce cadre, la Commission Européenne a
imposé par son règlement n° 1006/2002 du 19 juillet 2002 à toutes les sociétés cotées
l‟adoption des normes IFRS pour leurs comptes consolidés. Le changement découlant de
l‟implantation de ces normes consiste en : le renforcement de la communication sur la
performance sectorielle, l‟adoption d‟une approche économique lors de l‟analyse des
transactions pour leur prise en compte et évaluation, un suivi rigoureux du potentiel
économique du patrimoine et l‟enrichissement des notes aux états financiers en informations
qualitatives et quantitatives.

Cette évolution connue dans la normalisation comptable internationale ne peut être examinée
sans recours à une analyse des mutations et évènements produits dans le monde économique.
On peut expliquer cette démarche par la liaison étroite entre l‟économie et la comptabilité :
cette dernière doit évoluer en même temps que l‟économie pour satisfaire ses besoins. Les
théoriciens de la comptabilité la définissent comme un ensemble de règles résultant d‟un
certain niveau d‟encadrement social, économique et culturel.

Ainsi, le monde entier a vécu un grand choc : l‟économie américaine qui était, jusqu‟à 2001,
considérée comme solide, connaît une crise. Le déclenchement de cette dernière avait eu lieu
à la bourse de wallstreet. Ceci n‟est pas une première dans l‟histoire américaine ; elle connaît
régulièrement des cycles économiques et financiers d‟ampleurs plus ou moins importantes.
Les faillites des deux grandes entreprises industrielles de l‟histoire américaine (Enron et
Worldcom) ont montré un type de gestion de l‟entreprise orienté vers la performance
boursière. Cette logique de gestion est stimulée par l‟émergence d‟un nouveau pouvoir
financier : une évolution du capital financier porteur d‟intérêt vers un capital financier porteur
de droit de propriété faisant surgir un nouveau type d‟investisseurs dits institutionnels c'est-à-
dire les établissements financiers non banquiers comme les banques d‟investissement et les
compagnies d‟assurance. D‟où, les grandes entreprises et leurs dirigeants, incités par l‟énorme
flux d‟épargne vers les marchés financiers, chercheront l‟optimisation de la rentabilité des
capitaux propres par la valorisation du cours boursier. Alors, on est devant des dirigeants qui
ont une tendance accrue à la manipulation des comptes pour alléger les bilans des sociétés et
produire les profits attendus par les marchés. La crise ne s‟est pas limitée aux États-Unis. Elle
s‟est étendue au reste du monde. Ce qui a amené un chercheur à l‟IRES, Catherine
SAUVIAT, de conclure que « …ce modèle d‟entreprise mine lui-même les mécanismes de

8
construction institutionnelle de la confiance indispensable au contrôle des marchés
financiers ... les logiques qui ont conduit deux rouages essentiels de ce dispositif de contrôle
(les auditeurs et les analystes financiers) à se montrer défaillants ».2

Les pays ont essayé, par la suite, de rétablir la confiance du public par des lois essentiellement
de sécurité financière telles que celles des États-Unis : Sarbanes - Oxley Act. Mais, ceci ne
suffirait pas à calmer l‟esprit du public qui, troublé par les scandales boursiers, a remis en
cause les systèmes comptables appliqués sur les places boursières internationales. Alors, une
révolution dans le monde de l‟information financière était inévitable étant donné que cette
situation est dangereuse pour des pays développés et des pays en voie de développement qui
s‟efforcent de mobiliser les ressources financières respectivement des sources locales et
internationales pour atteindre leurs objectifs de développement.

Ainsi, la disponibilité d‟une information pertinente sur les objectifs d‟un investissement
potentiel est de nature à mobiliser l‟investissement pour le financement du développement
économique et social. Et par la suite, l‟information aura un rôle essentiel dans les décisions
critiques d‟investissement et l‟appréciation du risque. En ce sens, ces pays ayant reconnu
l‟impact significatif du reporting d‟entreprise sur les décisions d‟investissement ont accordé
une importance grandissante à la transparence de l‟entreprise et au reporting. Ils ont renforcé
les composantes variées de l‟infrastructure comptable de manière à ce que les ressources
financières soient facilement mobilisables et utilisées de façon plus efficiente. Donc, on
conclut que les normes IFRS ne sont pas un caprice de l‟IASB. Donc, un besoin de production
et de divulgation d‟information financière répondant aux exigences des marchés financiers est
devenu une question vitale. Dans ce contexte économique les normes IFRS se sont élaborées
pour garantir la transparence financière recherchée.

Devant l‟in opérabilité de l‟arme de la souveraineté étatique pour éviter l‟adoption des normes
IFRS, à moins qu‟elle ne connaisse des aménagements révolutionnaires en droit public
international suite à la prolifération des organisations mondiales ou même régionales. Et étant
sensibilisée à leur dimension internationale et aux difficultés juridiques et techniques qui
entravent leur adoption dans certains pays, la cellule qui traite de la comptabilité dans
l‟ONU : ISAR (le groupe d‟experts intergouvernementaux sur des normes de comptabilité et

2
Sauviat C (2002)., « Nouveau pouvoir financier et modèle d‟entreprise », revue de l‟IRES, N°40-2002/3.

9
des informations financières) a élaboré un rapport sur l‟adaptation des IFRS aux besoins des
petites et moyennes entreprises.

D‟après Peter WALTON : « Ce rapport recommande que les pays en voie de développement
utilisent un système de réglementation comptable à trois niveaux. Pour les plus grandes
sociétés, les normes de l‟IASB doivent être suivies. Le deuxième niveau concerne les sociétés
moyennes, pour lesquels l‟ISAR propose une version abrégée des normes internationales.
Pour les plus petites entreprises, il y a un système simple de comptabilité d‟engagement,
accompagné par un plan comptable et des états financiers modèles3 ». A cet ordre, l‟IASB a
lancé un projet de référentiel IFRS/SME qui est une forme simplifiée, en termes d‟obligations,
des normes « Full IFRS ». Sa naissance ne sera, probablement, pas facile parce qu‟il risque de
rester couteux par rapport aux capacités financières et managériales des PME. Reste à dire
que le critère de PME n‟est pas vu par l‟IASB du spectre de critères quantitatifs mais d‟un
angle de « responsabilité publique » puisque son souci demeure la protection de l‟investisseur
à risque.

La Tunisie n‟est pas à l‟écart de ce qui se passe dans le monde en raison de l‟interdépendance
des économies. Très bientôt, les changements vont frapper les portes de l‟économie du pays.
Et, certains auteurs voient la nécessité pour les pays émergents de la cohabitation de deux
modèles comptables (l‟un à cadre conceptuel et l‟autre à plan comptable) « … pourrait
constituer une solution intermédiaire pour des économies dans lesquelles les entreprises ne se
financent pas, toujours, à travers le marché des capitaux4 ».

Ces faits exposés sur l‟actualité internationale ne peuvent que renforcer l‟intérêt que nous
percevons du traitement de ce thème surtout pour un Expert Comptable Tunisien5. En effet les
normes IFRS constituent une nouvelle contrainte qui s‟annonce à la sphère financière et qui
implique de nouveaux défis significatifs. Les difficultés majeures relatives à la prise en
compte de ces nouveaux principes comptables peuvent se résumer en ces points :

3
Walton P. (2001), « La comptabilité anglo-saxonne », collection REPERES, Octobre, p. 119.
4
Corporate Reporting Goup PWC Tunis Office, (2007) : « Mémento des Normes Internationales d‟Information
Financière (IFRS) : Positionnement des Normes Comptables Tunisiennes (NCT)- De la théorie à la pratique »,
Edition PriceWaterhouseCoopers.
5
Tout au long de ce mémoire nous visons par le terme Expert Comptable Tunisien l‟expert comptable membre
de l‟ordre des experts comptables de Tunisie.

10
L‟importance des impacts pressentis sur les entreprises du fait qu‟il est un véritable
projet d‟entreprise. Outre l‟impact évident sur les états financiers, des répercussions
importantes sont touchées dans les domaines cités ci-dessous.

Les systèmes d’information : il y a obligation de faire évoluer un certain nombre


d‟applications pour les rendre compatibles avec les nouvelles exigences.

Les ressources humaines : il y a lieu d‟intégrer les contraintes des nouveaux


schémas comptables en matière d‟avantages au personnel.

La gestion de la société : il y a lieu d‟adapter les indicateurs clés suivis par la
direction.

La communication financière.

La difficulté de déchiffrer ces nouvelles normes : la prise de repères et


l‟identification des impacts sont en effet rendues délicates par certains facteurs.

Un corps normatif en évolution rapide.

Absence de reculs et des possibilités de benchmark.

Absence d‟informations synthétiques limitées.

L‟objectif de ce mémoire est de développer une démarche de mise en place des normes
IFRS au service de l’Expert Comptable Tunisien. Est hors du champ de ce mémoire,
l’étude détaillée de la totalité des normes IFRS du fait que ce type d‟étude n‟est pas un
objectif en soi. L‟étude de quelques piliers de base, les plus importants, du référentiel de
l‟IASB suffirait à permettre une sensibilisation nécessaire pour pouvoir mener avec succès le
projet de conversion. Pour parvenir à atteindre notre objectif nous avons structuré notre étude
de la manière suivante :

Une partie préliminaire « L’EVOLUTION DES NORMES COMPTABLES


INTERNATIONALES : VARIABLE EXPLICATIVE DES CRISES DU CAPITALISME »
a été consacrée à l‟étude de l‟évolution des normes comptables internationales entrainées par
deux phénomènes : L‟influence des US GAAP sur les choix normatifs pris par le
normalisateur international, du fait du pouvoir de la globalisation du modèle économique

11
américain sur les marchés financiers internationaux, et la pression exercée par les crises du
modèle capitaliste exigeant un dispositif calmant la nervosité des marchés et rétablissant la
confiance publique.

La Première partie « ATTITUDE DE L’EXPERT COMPTABLE TUNISIEN FACE A


L’EXTENSION MONDIALE DE L’APPLICATION DU REFERENTIEL DE L’IASB » a
été consacrée à l‟étude des principaux volets des normes IFRS en mettant l‟accent, dans la
mesure du possible, sur les théories économiques et financières qui en sont la source ainsi que
les difficultés qu‟ils présentent en application. Le choix de ces volets à traiter était basé sur
une enquête dans la population des Experts Comptables Tunisiens afin de « Tunisifier » au
maximum la mise en place des normes IFRS au contexte Tunisien. Ceci a été accompagné
d‟un examen d‟une décennie d‟application du SCE 1997 pour situer la normalisation
comptable tunisienne par rapport à celle internationale. L‟analyse porte ensuite sur
l‟implication indirecte6 de l‟Expert Comptable Tunisien, dans le cadre de ses missions
d‟audit, dans les enjeux entrainés par les normes IFRS, du seul fait que certaines filiales
tunisiennes appartiennent à des groupes étrangers ayant adopté ces normes. Dans ce cadre,
l‟analyse est orientée vers la mise en exergue des spécificités d‟une mission d‟audit d‟une
entité convertie aux normes IFRS. De plus, l‟analyse est étendue vers l‟étude succincte de
l‟impact des normes IFRS sur les missions spécifiques.

La Deuxième partie « LE CHANTIER DE TRANSITION D’UN REFERENTIEL


COMPTABLE LOCAL A UN REFERENTIEL COMPTABLE INTERNATIONAL
(CELUI DE L’IASB) » est faite dans l‟objectif d‟étayer de façon rationnelle les étapes de
réalisation du projet de conversion aux normes IFRS et ce, de la conception à la concrétisation
en appréhendant les enjeux et les difficultés qui en découlant. Cette partie vise à donner à
l‟Expert Comptable Tunisien une participation modeste dans la présentation d‟une démarche

6
Même en l‟absence d‟une adoption officielle par la Tunisie des normes IAS/IFRS jusqu‟au moment de la
rédaction de ce mémoire.

12
d‟implantation dans ses différents volets (stratégiques, organisationnel, systèmes
d‟information, ressources humaines…) mettant en exergue le fait qu‟il s‟agit d‟un véritable
projet d‟entreprise.

En conclusion nous avons essayé de présenter une étude qui servira de référence en la matière
pour un Expert Comptable Tunisien qui se trouve investi de missions portant sur le sujet soit
en qualité de conseiller ou d‟auditeur.

13
Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative
des crises du capitalisme

Partie préliminaire : L’EVOLUTION DES NORMES COMPTABLES


INTERNATIONALES : VARIABLE EXPLICATIVE DES CRISES DU
CAPITALISME

14
Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative
des crises du capitalisme

L’objectif des investisseurs, ne cherchant pas le pouvoir de direction, réside dans la


maximisation de la rentabilité de leur argent, appréciée par la possibilité de comparaison de
différentes opportunités d’investissement. C’est pourquoi, jusqu’aujourd’hui, les commerces
individuels, l’artisanat ou même les sociétés civiles, ne disposent pas d’une réglementation
comptable. Alors, l’approche d’une société faisant appel public à l’épargne -précisément la
société cotée en bourse - pour l’établissement de ses états financiers diffère d’une autre
société : Les utilisateurs de ces états financiers sont plus exigeants quant à la transparence
des informations financières. Cette transparence est traduite dans la comptabilité anglo-
saxonne par le privilège de la réalité économique sur la forme juridique c'est-à-dire une
société cotée en bourse est obligée de produire des informations financières donnant une
image économique de la situation de la société. Ainsi, la société anglo-saxonne cotée en
bourse communique beaucoup d’informations et a tendance à gonfler son bénéfice tout en
révélant la totalité de la valeur de son actif. Il en découle que l’évaluation du bénéfice est un
élément primordial, d’une part, pour le marché financier qui s’attend à une augmentation
sensible du bénéfice annuel et, d’autre part, pour les dirigeants qui sont liés par des contrats
de travail indexant leur rémunération à la rentabilité de la société ou à la hausse de la
cotation de l’action. De surcroît, les analystes financiers se basent sur la performance des
sociétés les plus importantes pour émettre leurs prévisions. Alors, vu l’importance accrue des
marchés financiers dans la sphère anglo-saxonne, la normalisation comptable a connu un
essor très notoire. A ce titre, la normalisation comptable américaine s’est développée d’une
manière considérée comme sophistiquée par rapport aux autres pays du monde. Ainsi, le
marché financier américain était mondialement le plus important et offrant le plus de
rentabilité suite à la confiance qu’il crée chez les investisseurs à travers les garanties
réglementaires qu’il leur assure. D’où, l’économie américaine a atteint un niveau de
performance in équivoque qui l’a doté d’une puissance sans rival. C’est pourquoi elle est
devenue l’exemple typique à suivre par les autres pays concrétisé par le phénomène de la
globalisation du système économique américain (1). Ceci s’est réfléchi sur le modèle comptable
à appliquer vu qu’il s’agit d’un mécanisme de concrétisation des orientations économiques.
Or, les US GAAP étaient tellement gigantesques que les autres pays ne pouvaient pas les
appliquer. A ce propos, l’IASC a essayé de fournir au reste du monde un modèle comptable
acceptable tant sur le plan de sa souplesse dans l’application que sur le plan politique qui
s’est traduit par la réticence des autres puissances mondiales de se voir à adopter le modèle
américain. Toutefois, l’extension mondiale du référentiel de l’IASC n’a été admise qu’après
le rapprochement opéré séquentiellement entre le FASB et l’IASC à l’occasion des scandales
boursiers. Ce rapprochement est mis en exergue par une restructuration de l’organisation de
l’IASC devenu IASB et un aménagement de son référentiel. Ceci mérite un diagnostic des
référentiels comptables les plus appliqués sur les marchés financiers internationaux (2).

15
Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

1 La globalisation du système économique américain

Devant le succès inédit de l‟économie américaine la quasi-totalité du monde a vu dans


l‟adoption du modèle américain une condition nécessaire pour réaliser le développement. La
globalisation du système économique mérite un aperçu sur cette globalisation (1.1). De plus,
il y a lieu de voir l‟impact de la réforme prudentielle au niveau de la convention de Bâle en
analysant la relation liant la convention de Bâle II et le financement des entreprises (1.2).
Enfin, ce travail étudiera les scandales boursiers (1.3) pour réaliser les facteurs déclenchant
les crises mondiales.

1.1 La globalisation

L‟interdépendance entre les nations était la philosophie qui avait pris place dans le monde
après l‟effondrement du bloc communiste. Impressionné par le modèle économique américain, tout le
monde se lance aux préparations nécessaires pour l‟épouser dans la crainte d‟être l‟unique moyen de
réussite et de prospérité. Ceci s‟était même, par les chevaliers de la globalisation, imposé aux pays qui
éprouvaient envers lui un certain scepticisme: la banque mondiale, le Fonds monétaire international et
les différentes organisations liées à l‟ONU. Concrètement, deux buts ont été à atteindre :
intensification des liens commerciaux et l‟enlèvement des barrières douanières pour faciliter les
mouvements de capitaux. Il n‟y aura plus de marchés locaux, il y aura un marché global. Dans ce
contexte un nouveau concept émerge celui des parties prenantes « Stakeholders » du fait que les
rapports d‟une entreprise dépasse uniquement ses relations avec les clients et fournisseurs. De plus,
des ONG exercent une pression sur l‟entreprise pour connaître le degré de comportement préservatif
de l‟environnement humain (développement durable, normes sociales.). C‟est ce qui a été confirmé par
Antony Burgsman CEO Unilever : « Vous ne pouvez pas créer de la valeur pour les actionnaires au
détriment de la société, autrement la société va éventuellement détruire la valeur actionnariale ». Mais,
cette globalisation a été remise en cause suite aux scandales boursiers déclenchés en 2001
accompagnée par une pression vers un nouveau mode de gouvernance économique mondiale tel que
préconisé par les ONG.

1.2 La convention de Bâle II et le financement des entreprises

La convention de Bâle II s‟inscrit dans un cadre d‟instauration de mécanismes de prévention


des crises financières. Ainsi, les autorités de tutelle bancaires ont mis en place une règlementation
prudentielle de taille, fondée sur des exigences de solvabilité. En fait, Il s‟agit d‟une refonte du
dispositif qui existait afin qu‟il soit plus efficace, lorsque les fonds propres figurant dans les états
financiers des établissements financiers deviennent très proches des fonds propres réels. Ainsi, les
fonds propres d‟une banque jouent un rôle primordial dans la prévention des crises bancaires lorsque,
à défaut de liquidités suite à des retraits des dépôts par leurs déposants au même moment, la banque
s‟avère solvable et ce pour pouvoir emprunter des liquidités afin d‟honorer ses engagements. De
surcroît, la banque peut céder une partie de ses actifs pour se procurer des liquidités (opération de

16
Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

titrisation). Quand ces prêts sont à des taux plus faibles que ceux qui existent sur le marché au jour de
la cession, la valeur de marché sera inférieure à la valeur nominale7.
D‟où, un nouveau ratio de solvabilité fait son apparition à travers cette convention (entré en vigueur
depuis le 01 Janvier 2007 pour l‟approche standard des risques et, depuis le 01 Janvier 2008 pour
l‟approche de notation interne avancée). Inévitablement, ce ratio conduit à l‟adoption d‟une vision
plus fine du risque de crédit en raison d‟une segmentation plus précise de la clientèle. Par
conséquent, un impact sur les modalités d‟allocation du crédit aux entreprises sera touché.
L‟internationalisation des opérations bancaires, a conduit la Banque des Règlements Internationaux
(BRI) à constater que l‟ancien ratio prudentiel (ratio Cooke) ne répondait plus aux exigences du
nouveau contexte international. Ce dernier a conduit à l‟élaboration d‟un nouveau cadre afin de
favoriser une meilleure adéquation8 des fonds propres des banques avec les risques encourus à travers
les accords de Bâle (2004). Concrètement, un cadre règlementaire, fondé sur trois axes majeurs,
devient nécessaire pour ce nouveau dispositif:
Un ratio de solvabilité intégrant le risque de crédit, le risque de marché et le risque
opérationnel.
Un processus de surveillance national portant sur l‟évaluation des risques opérés par les
banques.
Une transparence accrue en matière de communication financière notamment sur la gestion
des risques par les banques en vue d‟une meilleure discipline du marché.
Avec Bâle II, la gestion du risque de crédit devient systématique. Ainsi, cette réforme est-elle orientée
vers trois principaux vecteurs :
Une plus grande différenciation tarifaire : Bâle devrait avoir un impact général favorable aux
conditions d‟accès au crédit des PME, mais, la réalité révèle que les conditions tarifaires vont
être de plus en plus différenciées vu que les entreprises bénéficiant d‟une pondération
importante du risque bénéficient des taux les plus importants. Donc, une meilleure évaluation
du risque individuel orientera la stratégie de la banque. Le danger réside dans la possibilité du
transfert de l‟allocation de fonds aux entreprises où le risque de crédit est le moins élevé au
détriment des autres. Il est vrai que le risque de défaut est mesuré essentiellement à partir
d‟éléments financiers résultant de documents comptables (la capacité bénéficiaire, l‟autonomie
financière et la solvabilité de l‟entreprise), mais, d‟autres critères sont pris en compte (qualité
des dirigeants et du contrôle interne, fiabilité et sécurité du système informatique…). Cette
individualisation de plus en plus poussée des conditions d‟octroi du crédit obligeront les
entreprises à communiquer de façon plus importante avec leur banquier afin d‟obtenir leur
notation.
Une communication renforcée : En fonction de la méthode utilisée par la banque, la mesure du
risque est de plus en plus fine. Les paramètres utilisés sont très nombreux et exigent une bonne
connaissance de l‟entreprise emprunteuse pour établir sa notation. Ainsi, l‟entreprise doit-elle
prendre le soin de communiquer sur des éléments comme les engagements et l‟environnement
juridique et, par des entretiens réguliers avec le chargé d‟affaires de la banque. Dans ce cadre,
l‟établissement financier doit être plus transparent et justifier la notation donnée.

7
Si les prêts sont déjà comptabilisés en coût historique, leur cession engendrera une moins-value et affectera les
fonds propres. La baisse de valeur des prêts peut résulter de la défaillance des emprunteurs de manière à ce que
la banque prêteuse devienne soumise au risque de crédit.
8
Tmar R. (2008), « Banques : risques opérationnels », La Revue de l‟Ordre des Experts-Comptables de Tunisie,
Numéro 1, novembre, p. 51.

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Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

Incidence sur l’offre bancaire : Cette réforme devrait avoir un impact sur l‟offre de
financement des entreprises9.
Donc, le secteur bancaire est soumis à deux réformes 10 règlementaires importantes : au niveau
comptable, la mise en place des normes IFRS et, au niveau prudentiel, la refonte du dispositif de Bâle.
Sur le point de l‟évaluation des crédits accordés par les banques, ces deux dispositifs (comptable et
prudentiel) s‟avèrent complémentaires, même si le premier est plus restrictif pour les provisions.
En fait, l‟activité bancaire classique d‟octroi de crédit est basée sur le prêt des fonds en provenance de
dépôts susceptibles d‟être retirés à tout moment. Donc, il y a transformation de ressources à court
terme en emplois à terme plus long. Par conséquent, la banque est passible du risque de transformation
présentant deux facettes : risque de liquidité (IFRS 7 annexe A) et risque de taux d’intérêt (IFRS 7
annexe A). La nouvelle réglementation prudentielle « Bâle II » est organisée autour de trois piliers :
exigences en matière de fonds propres (pilier 1) dans le but de confronter les risques de crédit et de
marché ainsi que le risque opérationnel, surveillance des activités bancaires (pilier 2) et transparence
en matière de communication financière (pilier 3).
Dans le cadre du premier pilier, le risque de crédit (dont les banques deviennent obligées de décrire les
objectifs et politiques de gestion pour la couverture et la réduction du risque) peut être défini par ses
causes (défaillance de la contrepartie) ou par ses conséquences (Perte potentielle à supporter par le
prêteur). Dans ce contexte Bâle vise, afin d‟éviter la situation de fonds propres négatifs, à doter la
banque d‟un niveau de fonds propres minimal - FPm - (devant être proportionnel au moment du risque
des crédits). Présentés précédemment, ces accords stipulent - pour faire face au risque de crédit - trois
approches11 pour la détermination du montant des FPm. Le critère distinctif est le degré de
sophistication croissant dans la manière de déterminer les actifs pondérés des risques (RWA : Risk-
Weighted Assets). Techniquement, les trois approches déterminent le niveau minimal, reflétant la
perte inattendue, comme suit :
FPm = 8% RWA
RWA = K * EAD, avec K un facteur dépendant des emprunteurs et du type de crédit, c'est-à-dire une
fonction de la perte en cas de défaut, de la probabilité de défaut (une loi binomiale) et de l‟échéance
effective.
Seulement, lorsqu‟il s‟agit des méthodes de notation, il y a lieu, de plus, de calculer la perte attendue
comme suit :
EL = EAD * PD * LGD
EL (Expected Loss) : La perte attendue.
EAD (Exposure At Default) : Exposition au moment du défaut qui est une fonction du capital restant à
rembourser diminués des garanties.
PD (Probability of Default) : Probabilité de défaut qui dépend de la qualité de l‟emprunteur.
LGD (Loss Given Default) : Perte en cas de défaut qui est une fonction du taux de récupération des
fonds propres.

9
Gestion (2008), « Incidence de Bâle II sur le financement des entreprises », RFC n°348, Mars, p. 17.
10
Combes-Thuelin E. (2006), « Evaluation des crédits accordés par les banques : Normes IFRS et réglementation
prudentielle Bâle II », RFC n°394, décembre, p. 24.
11
trois méthodes sont prévues pour évaluer le risque de crédit : la méthode standard (en se basant sur des
évaluations du crédit, une correspondance sera établie entre la note attribuée par l‟évaluateur externe et la
pondération du risque pour le calcul des exigences de fonds propres), la méthode de notation interne
(combinant un élément interne à l‟établissement bancaire en ce qui a trait à l‟appréciation du risque de défaut de
l‟emprunteur et des éléments externes donnés par l‟autorité de tutelle pour les autres paramètres) et, la méthode
notation interne avancée (les paramètres utilisés pour la mesure de l‟exposition au risque sont issus de modèles
internes).

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Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

Puis, dans le cadre du deuxième pilier, il est instauré un processus visant la garantie que les banques
disposent d‟un niveau de fonds propres adéquat pour couvrir l‟ensemble des risques inhérents à leurs
activités et l‟incitation des banques à élaborer et à utiliser de meilleures techniques de surveillance et
de gestion des risques.
Dans le cadre du troisième pilier, la Commission de Bâle cherchait le développement d‟ « un ensemble
d‟exigences de communication financière permettant aux acteurs du marché d‟apprécier des éléments
d‟informations essentiels sur le champ d‟application, les fonds propres, les expositions au risque, les
procédures d‟évaluation des risques et, par conséquent, l‟adéquation des fonds propres de
l‟établissement » (Comité de Bâle, 2004, p. 162-169 § 825-826).
Bâle II convergence à L‟IASB en ce qui concerne la pluralité des informations qualitatives requises
pour les expositions, notamment la répartition géographique et par secteur d‟activité, les montants des
créances dépréciées et impayées (Comité de Bâle, 2004, p. 162-169 § 825-826). Toutefois, une
divergence demeure. Elle concerne les critères de provisionnement. En effet, IAS 39 prévoit
l‟impossibilité de provisionner les pertes attendues que si elles sont avérées c'est-à-dire si un
évènement caractérisé permet de justifier la dépréciation d‟un actif. Désormais, le Comité de Bâle
tente de pallier cette divergence en proposant le calcul du niveau des fonds propres minimal comme
suit :
FPm = (8% * RWA) + (insuffisance de provision comptable c'est-à-dire EL)

Le constat majeur à en tirer, c‟est que Bâle II vient d‟introduire une plus grande communication avec
les risques économiques : le facteur risque (opérationnel, de marché et de crédit) est pris en compte de
manière plus importante dans le ratio de solvabilité des banques. Certains concluent à une plus grande
variabilité des taux proposés en fonction du profil de l‟emprunteur et des conditions de liquidité du
marché.

1.3 Les scandales boursiers

1.3.1 Les crises financières : Un attribut du capitalisme

L‟historien Charles Kindelberger (1996) a montré la récurrence des cycles financiers : ils n‟ont
pas de régularité précise, ni dans leur périodicité ni dans leur amplitude, mais, ils ont une cohérence du
fait de l‟enchaînement des cinq phases suivantes :
L’essor : Cette phase suit une récession ou au mieux un ralentissement conjoncturel. La croissance
alimentée par l‟investissement réel est robuste. Celui-ci est financé par l‟expansion du crédit
restant en ligne avec la progression des revenus. Cette progression crée des anticipations
optimistes entraînant la hausse des prix d‟actifs.
L’euphorie : Elle est caractérisée par le processus circulaire d‟emballement du crédit par rapport
aux revenus et de l‟accélération de la hausse des prix des actifs. Ce phénomène se transforme
entre les pays si les mouvements de capitaux sont libres. Il débouche sur un surendettement par
rapport au service de la dette et à la sous-évaluation concomitante du risque.
Le paroxysme et le retournement : Les fragilités s‟insinuent dans le bilan au fur et à mesure que
les leviers d‟endettement s‟accroissent et ne se soutiennent pas par la hausse spéculative des
valeurs prises pour garantie. A l‟approche du pic, le processus devient vulnérable.

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Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

Le reflux et l’instauration du pessimisme : Les deux forces entraînant la finance dans la crise
sont l‟obsession de la liquidité chez les agents endettés et la montée de l’aversion au risque des
pourvoyeurs de liquidités. Si le stress atteint les banques, un étranglement de l‟offre de crédit est
probable.
La déflation de la dette et la restructuration des bilans : Le désendettement est l‟enjeu de cette
phase. Mais, il est rendu difficile par la baisse rapide de la valeur des collatéraux qui laissent des
pertes plus grandes. Leur ampleur, la rapidité et la pertinence des réponses des autorités publiques
déterminent la durée de la crise. Les pertes sont d‟autant plus difficiles à absorber que la
contraction de la dépense privée rogne les revenus nécessaires pour couvrir les pertes du fait du
désendettement. C‟est pourquoi, les faillites parsèment la remise en ordre des bilans.

1.3.2 La crise boursière de 2001 : Mise en cause de l’efficacité du modèle comptable


appliqué

L‟affaire d‟Enron est un évènement dévastateur. Il s‟agit de la résultante de conditions


imprévisibles, rares et inhabituelles. Cette affaire était basée sur la livraison et la spéculation de
l‟énergie domestique. Sa croissance a éclaté avec la dérégulation publique américaine de ce secteur
économique. Ceci a entraîné l‟augmentation des prix courants de l‟électricité, du gaz naturel et
d‟autres énergies. Utilisant des transactions de couverture volatiles, risquées et couteuses, Enron se
transforme en une entité essentiellement basée sur la spéculation de dérivés non régulés. Pour
maintenir sa croissance exemplaire, son management a pris des positions hautement risquées dans la
spéculation internationale. Au début, la communauté de l‟investissement a soutenu les nouvelles
politiques d‟Enron aidant des augmentations futures de la valeur boursière de son action même en
l‟absence de preuves. La direction d‟Enron a trafiqué sa comptabilité afin de créer l‟illusion que ses
opérations courantes créent de véritable valeur à ses actionnaires et créanciers. Le management
d‟Enron, Anderson et autres auraient dû fournir des informations financières plus nombreuses et des
états financiers plus sincères. Selon l‟ancien président de la SEC, Levitt : « Enron est le résultat de
deux décennies d‟érosion des éthiques d‟affaires et de combat entre les intérêts privés créant des gains
significatifs au détriment des intérêts publics » (Mayer, 2002). L‟affaire ne s‟est pas clôturée par la
faillite de cette grande firme. D‟autres compatriotes l‟ont suivie par des faillites, le moins qu‟on puisse
dire spectaculaire comme Worldcom et, même celle de l‟outre-Atlantique (Parmalat…). Le monde
après 2001 est entré dans une vague folle de scandales boursiers. Les bourses se trouvent dans une
situation de tension nerveuse. C‟est tout à fait logique puisque la confiance est perdue. La
réglementation comptable, à cette époque, n‟a pas fonctionné efficacement ; tout au contraire le
management des firmes a bien exploité les occasions où une comptabilité créative se présentait comme
possible. La problématique de rétablir la confiance publique dans la communication financière était
devenue l‟une des actualités les plus urgentes pour les différents gouvernements du monde. En
premier, des lois ont émergé à travers le monde essayant de mettre en place des mécanismes corrigeant
la manière de gouverner les entreprises avec des conditions plus sévères en matière d‟audit de
l‟information communiquée : la loi de Sarbanes-Oxley aux Etats-Unis, la loi de sécurité financière en
France et même en Tunisie. De nouvelles priorités sont nées avec l‟engagement plus actif des
actionnaires, la multiplication des risques et un nouvel environnement macroéconomique. La priorité
devient: rassurer le marché, garder la confiance des actionnaires, dialoguer avec toutes les parties
prenantes, préserver la responsabilité sociétale et la pérennité de l‟entreprise. Donc, les administrateurs

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Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

sont invités à développer leurs capacités d‟anticipation et de maîtrise des risques d‟une part et, à
délivrer une communication financière fiable et sincère de l‟autre.
Mais, le principal effort était orienté vers la mise en place d‟un modèle comptable quasi-idéal
garantissant la transparence. C‟est dans ce contexte qu‟après quelques années et suite à l‟accord de
Norwalk que les normes IFRS ont vu le jour. Malheureusement, à peine que le nouveau mécanisme du
Value reporting a commencé à fonctionner qu‟une crise financière mondiale a envahi le monde en
2008, mettant au cercle critique les malchanceuses normes IFRS qui n‟étaient les bienvenues dés le
début et ce notamment dans le secteur des banques.

1.3.3 La crise financière de 2008 : Une crise du système de crédit par excellence

L'environnement économique des entreprises industrielles et commerciales est marqué, pour la


clôture de l'exercice 2008, par l'extension de la crise financière à la sphère économique avec :
Un ralentissement d'activité très sensible.
Une augmentation des défaillances d'entreprises.
Un assèchement du crédit.
Un effondrement des indices boursiers.

Cette crise est un évènement historique, déjà pressenti depuis l‟été 2007, dans sa gravité tant sur le
plan financier qu‟économique. En effet, « la montée des grands déséquilibres mondiaux liés à
l‟endettement avaient été diagnostiqués12 ». Les pronostics ont révélé la fin du régime de fuite vers
l‟endettement sous la forme d‟une crise immobilière aux États-Unis.
Depuis plus de vingt ans, les économistes n‟ont pas cessé d‟avancer des louanges à la finance
contemporaine par des mots qui forçaient la planète (sauf la Chine) au changement de leur modèle
économique, comme « globalisation », « libéralisation » et « déréglementation ». L‟innovation
financière n‟a cessé de récolter l‟admiration de tout le monde, ne serait-ce que par sa création de
nouveaux marchés et sa présentation d‟un système soi-disant le plus complet, c'est-à-dire le plus apte à
gérer les risques. Le résultat, tel que préconisé, était la diminution du niveau de risque pour l‟ensemble
de l‟économie. La floraison de nouveaux acteurs sur le marché, notamment les hedges funds,
permettait l‟apport de liquidité aux marchés et la garantie aux investisseurs institutionnels d‟une
expertise hors du commun. « Le credo, tant vanté par Alan Greenspan, que la finance de marché est
autorégulatrice et de plus en plus stable, était largement partagé13 ». Cependant, en 2008 et devant la
Commission du congrès chargée du contrôle de l‟action gouvernementale, il exprimait son doute sur la
croyance à l‟autorégulation des marchés guidant les acteurs rationnels. En effet, les innovations
financières ont été utilisées dans l‟intérêt des banquiers.
Ce dialogue fait surgir à l‟esprit celui des années 1930 entre Keynes et ses adversaires supporters du
laisser-faire. Keynes opposait à l‟hypothèse de l‟autorégulation de la finance, celle de son instabilité
intrinsèque. Face à l‟hypothèse de la rationalité du comportement des acteurs dans un univers où les
marchés procurent toujours une information sur les valeurs fondamentales à long terme des actifs,
Keynes opposait une conception de l‟incertitude qui conduisait les acteurs rationnels au mimétisme et
au court-termisme. De plus, face à l‟idée selon laquelle les crises éclatent comme des évènements

12
Aglietta M. & Berrebi L. (2007), « Les désordres du capitalisme mondial », Odile Jacob économie, Mars.
13
Aglietta M. & Rigot S. (2009), « Crise et rénovation de la finance », Odile Jacob économie, Mars, p. 12.

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Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

exogènes (que les marchés sont capables de résorber), il opposait sa conviction qu‟ils sont endogènes à
un cycle financier14.
En fait, cette crise marquée par l‟instabilité de la finance a été générée par le développement de
nouveaux marchés. Alors, depuis l‟automne 2008, les économies occidentales s‟enfoncent dans la
récession et les banques centrales ont eu la responsabilité de baisser les taux d‟intérêts
énergétiquement. Mais, tout de même, il ne faut pas croire à l‟efficacité de la politique monétaire dans
ces circonstances. En effet, lorsque les banques ont des bilans dégradés, la transmission des
implications de la politique monétaire à l‟économie est gravement compromise. Lorsque tous les
agents privés ont l‟obsession de se désendetter, la monnaie injectée est absorbée par les encaisses en
vue des échéances à venir. Ceux qui ont des liquidités libres, soit ils les conservent et s‟abstiennent de
les dépenser, soit ils satisfont leur aversion au risque en les plaçant exclusivement en titres de l‟Etat.
Tous ces comportements sont confirmés dans la crise de 2008. Tous les plans de relance vont dans le
sens où l‟Etat vient, en tant qu‟emprunteur de dernier ressort, soutenir la demande effective face à
l‟abstention des agents privés de dépenser.

Donc, pour dépasser la crise, il faut une organisation par la puissance publique de la régulation
financière et une prise en charge par l‟Etat des investissements longs que la finance de marché est
incapable d‟assumer. Ceci remonte à la recherche des acteurs de gains à court terme, spéculant sur
l‟opinion commune, suite à l‟incapacité des marchés financiers de dissiper l‟incertitude.
Cette crise financière est une crise du système de crédit par excellence. Sont révélés à l‟aube de cette
crise, les deux maillons faibles de la chaîne du crédit. Le premier est la prise de risques agressive par
les banques d‟investissements et, le risque de contrepartie induit chez leurs primes brokers. En juillet,
se manifestait un autre maillon fragile, celui des agences de notation. Cette crise commença dans un
secteur particulier du marché hypothécaire.
A la surprise des croyants de l‟efficience des marchés financiers, des pertes se propagent dans
l‟ensemble du système financier occidental. Les processus de déstabilisation montrèrent toute la
virulence de risque systémique, après bien des épisodes antérieurs de crise financière. Cependant,
l‟ampleur des dysfonctionnements de la finance contemporaine révèle bien plus qu‟un défaut de
régulation temporaire du système financier, développé depuis une quasi-trentaine d‟années. Cette crise
met en péril la poursuite du financement de l‟économie mondiale. Elle pose le problème des réformes
radicales dans l‟appréhension du risque et plus généralement, dans la valorisation des actifs. D‟un
modèle de crédit où la finance est au service de l‟économie, la libéralisation financière a créé un
modèle où la prolifération des transactions financières a eu une force autonome d‟expansion et les
intermédiaires, opérant dans les marchés financiers, ont prélevés d‟énormes revenus à chaque étape.
Alimenté par un levier démesuré, ce processus a constitué une incitation à des prises de risques
agressives, qui ont pu se poursuivre longtemps grâce à une transformation des risques par le canal des
marchés dérivés.
Le paradoxe de l‟organisation financière ayant porté ce modèle s‟explique par le fait que les
investisseurs institutionnels (collectant les montants d‟épargne les plus importants et ayant les
engagements sociaux les plus long) se sont mis à la remorque de cette finance de l‟immédiateté et de
l‟acceptation de risques qu‟ils ne maîtrisent pas.
Cette crise murit dans l‟euphorie car les marchés renforcent les processus divergents par des
interdépendances conduisant à amplifier les paris optimistes et à les auto-valider. Donc, les
économistes ont été amenés à remplacer l‟hypothèse de l‟autorégulation de la finance par l‟hypothèse

14
Les acteurs de la finance oscillent, selon lui, entre un optimisme et un pessimisme collectifs qui emportent le
mouvement des prix et du crédit aux extrêmes.

22
Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

de l‟instabilité financière que Keynes avait déjà formulé lors de sa description des dynamiques ayant
conduit à la Grande Dépression des années 1930 (Keynes, 1932). Cette hypothèse a été systématisée
par Minsky dans les années 1970 & 1980 (Minsky, 1975 & 1982). Elle fournit la clé précieuse des
crises financières.

1.3.3.1 La crise financière et la déflation des bilans

La phase baissière du cycle financier est dominée par la déflation des bilans. Le comportement
dans cette phase, dirigeant la contradiction de l‟économie privée, est le besoin de désendettement à
tout prix (Fisher, 1933). Mais, rien n‟est plus difficile à effectuer qu‟une diminution ordonnée des
leviers d‟endettement, à moins de disposer de sources exogènes de capitalisation (Koo, 2003). Partant
de l‟état d‟une crise boursière provoquée par le surinvestissement des entreprises, le profil et la durée
de la phase descendante du cycle financier dépendent de :
La vigueur avec laquelle les entreprises réagissent à la détérioration de leurs bilans.
La manière dont ces efforts sont interprétés par les marchés financiers.
Lorsque la valeur des collatéraux devient inférieure à la valeur des dettes, la probabilité de défaut
augmente dans tous les modèles d‟évaluation du risque de crédit, qui dépendent de la valeur de
marché des collatéraux. Au retournement du marché boursier, le ratio dettes sur valeurs de
marché des actifs, augmente fortement car la valeur des actifs subit le Krach, alors que celle
des dettes n‟a pas encore diminué. La situation des entreprises empire en dépit des efforts
d‟amélioration de la structure des bilans. La restructuration des bilans est longue d‟autant
plus que la détérioration de ceux des emprunteurs se répercute sur les banques. Ce ratio
commence à diminuer lorsque la valeur boursière a atteint un niveau assez bas pour que les
investisseurs financiers considèrent que les entreprises ne sont pas chères. Comme les
entreprises ont coupé leur investissement pour reconstituer leur capital, par une épargne de
leurs bénéfices non répartis, les bilans commencent à s‟améliorer. Toutefois, l‟ajustement
stock-flux est particulièrement difficile. Pour diminuer le levier d‟endettement dans les bilans,
il faut inverser durablement l‟écart de flux entre l‟investissement et le bénéfice non distribué
(accroissement de l‟autofinancement). Désormais, Les bénéfices non répartis sont diminués
par la pression des actionnaires et les provisions pour risque. De plus, il y a lieu d‟ajouter
l‟amortissement du surinvestissement réalisé à l‟époque du crédit facile et peu coûteux. Son
effet est l‟augmentation des charges au niveau de l‟état de résultat.

1.3.3.2 L’évolution du modèle bancaire

Nous sommes passés d‟un modèle de la banque de détail « initier les crédits et emporter le
risque » à un modèle de banque d’investissement « initier les crédits et vendre le risque ». Le
premier modèle a servi la croissance après la seconde guerre mondiale mais il a régulé l‟excès
d‟endettement en dévalorisant les dettes par l‟inflation. Le deuxième modèle trouve son importance
dans l‟invention des dérivés de crédit. Il ne dévalorise pas les dettes, mais, les fait circuler par la
titrisation et l‟usage des dérivés dans un ensemble de porteurs très large. Ce modèle est vulnérable à
un apurement des dettes par déflation des bilans. Le développement généralisé des méthodes de
transfert du risque de crédit est mis au service du financement des marchés d‟actifs tant que le coût du
crédit reste bas et la liquidité globale de l‟économie mondiale abondante. Or, sa dynamique conduit à
l‟inflation des prix d‟actifs. La transformation en actifs des marchés de matières premières a engendré,
au début des années 1980, l‟inflation des biens qui sont hybrides. Ce sont des actifs mais des biens qui
entrent dans l‟indice du coût de la vie. Donc, il y a eu résurgence de craintes inflationnistes en pleine

23
Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

crise financière. Ceci nous mène à penser que la crise financière actuelle n‟est pas une crise cyclique
comme une autre, mais qu‟elle est le symptôme de la fin d‟une époque, celle qui s‟est ouverte avec la
désinflation et la libéralisation financière depuis les années 1980. Les perspectives d‟avenir
impliqueront un coût plus cher du crédit et les profits des intermédiaires des marchés financiers vont
être dégradés, ne serait-ce que par les contraintes réglementaires permettant de rendre viables les
processus qui font l‟efficacité économique de la finance de marché.

1.3.3.3 Les normes IFRS face à l’orage des critiques

Dans une circonstance comme l‟actuelle, la question qui se pose est : face aux critiques le
compromis, encore évolutif, proposé par les normes IFRS demeure-t-il satisfaisant ?
Il faut dire que la comptabilité n‟est pas un voile qui dissimule le système économique et en donnerait
directement les valeurs (la neutralité comptable n‟est qu‟un idéal). En fait, des interfaces se produisent
entre l‟instrument de mesure et l‟objet mesuré. Ainsi, la comptabilité cherche-t-elle le compromis
entre des vues contradictoires (en se basant sur des principes acceptés).
Dans la crise généralisée de liquidité des marchés, sont détectés des « spirales à la baisse » ayant effet
sur les bilans des institutions financières au moment où celles-ci cherchent le maintien de leur
solvabilité. C‟est pour cela que les banques invoquaient les normes IFRS comme facteur aggravant de
la crise en oubliant les autres mécanismes déstabilisants15 introduits dans le système16.

1.3.3.3.1 Du forfaitre au prix de marché

En matière de valeurs retenues par tout système comptable, un spectre existe dont la première
extrémité traduit des valeurs purement forfaitaires et l‟autre traduit les prix de marché.
Les coûts historiques sont un premier compromis offrant les avantages suivants :
Proches des valeurs forfaitaires (les prix de marché ne sont pris comme référence qu‟au moment
de la réalisation de la transaction).
Faciles à mettre en œuvre.
Aisément opposables au management de l‟entreprise.
Filtrent bien la volatilité des prix de marché (ceci est en même temps son défaut majeur
puisqu‟ils le font trop bien, et ce en éliminant le parasite émis par tout marché ainsi que la
volatilité fondamentale du sous-jacent censé qu‟ils mesurent).
Il est reproché à ce modèle de valorisation le fait qu‟il ne tire pas profit du fléau d‟informations
qu‟apporte le jeu des marchés.

1.3.3.3.2 La critique des prix de marché

15
Meunier F. (2009), « Les IFRS dans la tourmente des marchés », RFC n° 419, Mars, p. 23.
16
A titre d‟exemple, les normes prudentielles attachant mécaniquement les fonds propres requis aux encours de
risques, l‟indexation des emprunts à des notations d‟agence, le mimétisme dans les modèles quantitatifs de risque
des banques…

24
Partie préliminaire - L’évolution des normes
comptables internationales : variable explicative 1. La globalisation du système économique
des crises du capitalisme américain

La juste valeur constitue, en principe, le meilleur révélateur de rareté. Elle conduira aux
bonnes décisions économiques et exprimera correctement les risques pour tous, mais, à une condition
forte : les marchés doivent être complets, bien informés, concurrentiels et sans frottement. Néanmoins,
cette condition est la principale critique adressé à un système comptable recourant systématiquement
aux prix de marché. Sapra (2008) préconise qu‟à la satisfaction de toutes ces conditions, la
comptabilité deviendrait paradoxalement inutile. A l‟envers, la comptabilité est utile et pertinente
puisque les marchés ne satisfassent pas cette condition.
Il n‟est pas prouvé que l‟imposition de la juste valeur dans le contexte de marchés imparfaits améliore
l‟information globale du système. De récentes études académiques construisant des modèles basés sur
l‟imposition des prix de marché, ont conclu à la dégradation de l‟information pertinente utilisable par
la collectivité à travers la comptabilité (Plantin, Sapra & Shin, 2007). Le cas est aggravé, à l‟occasion
d‟une crise de liquidité où les prix de marché reflètent le montant des liquidités disponibles plutôt que
les revenus à découler de la créance (Allen & Carletti, 2008).
Exemple17 : Soit un portefeuille composé de créances de bonne qualité et de mauvaise qualité. Par
hypothèse, il n‟y a pas de moyen de distinguer de l‟extérieur les bonnes des mauvaises.
Si ce portefeuille est émis sur le marché, il y aura un prix unique pour chaque créance mais dont on
sait qu‟il sera décoté par rapport à la valeur moyenne du portefeuille. Ici, le prix de marché ne donne
pas la bonne information.
Si l‟incertitude devait être trop grande sur la qualité des créances, le marché pourrait tout simplement
s‟assécher. Les acheteurs ne pouvant prendre le risque d‟acheter sauf avec une décote forte et les
vendeurs ne voulant pas se séparer à un prix cassé de leurs créances quand ils les savent bonnes. Dans
ce contexte, la transparence, au nom de laquelle nous voulons forcer l‟évaluation est ambivalente :
d‟une part, évaluer les actifs implique donner la liquidité au marché et, d‟autre part, l‟évaluation crée
l‟illusion de liquidité (Buckhardtstrausz, 2006). L‟ « hyper-évaluation » crée l‟aléa moral, par lequel
nous oublions la réalité du risque.

1.3.3.3.3 La qualité de l’usage des valeurs de marché

Les normes IFRS prévoient des entorses à la règle de la juste valeur avec ses trois niveaux de
valorisation en fonction de la qualité référentielle du marché :
Niveau 1 : Valeur de marché.
Niveau 2 : Estimation « corroborée » par le marché.
Niveau 3 : Valeur purement estimative.
Ces trois niveaux couvrent d‟énormes problématiques y compris les situations des marchés non
liquides. Les auditeurs ont pu jouer à accentuer la crise, dans un contexte de doute, par leur méfiance à
l‟extrême des valeurs de modèle en préférant sécuriser leur position en se fiant à la première cotation
venue (Rerolle, 2008).
Le problème n‟a pas pu être identifié, lors de la crise des « subripmes », car sous un système
comptable aux prix de marché, les normes IFRS n‟imposaient pas la comptabilisation des emprunts en
valeur de marché mais mettraient en place l‟obligation de procéder à des dépréciations. Dans ce sens,
il ne faut pas séparer le prudentiel du comptable.

17
Exemple tiré de l‟article « Les IFRS dans la tourmente des marchés », Meunier F., RFC n° 419, Mars, (2009).

25
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

Enfin, les acteurs économiques doivent intérioriser ce que signifie la traduction d‟estimations
comptables quand les marchés sont défaillants. La traduction comptable suivait toujours une logique
selon laquelle il était préférable que le management reste à l‟écart du processus d‟enregistrement
comptable (les coûts historiques sont faciles à opposer au management en cas de contestation).
Toutefois, le modèle des normes IFRS s‟appuie sur l‟expertise du management sur les actifs qu‟il gère
partiellement (niveau 2) ou même totalement (niveau 3).

2 Diagnostic des référentiels comptables les plus appliqués sur les marchés financiers
internationaux

Le statut de la réglementation comptable dans la sphère anglo-saxonne ne peut pas être qualifié
de domaine réservé soit à l‟Etat soit à la profession. Il s‟agit d‟une situation de partenariat. L‟Etat
met en place un minimum de règles servant de concepts fondamentaux et la profession prend le soin
de les compléter et les expliciter en sus du contrôle d‟accès à celle-ci. À la différence d‟un pays de
droit romain, dans les pays de droit coutumier, les usages et la jurisprudence jouent un rôle
prépondérant et, surtout aux États-Unis où l‟approche pragmatique triomphe toute autre approche,
l‟intervention gouvernementale n‟est envisageable qu‟en cas d‟insolvabilité de problème persistant.
Cette approche s‟est concrétisée en matière comptable dès le XIX è siècle par une évolution des règles
comptables au moyen des séminaires, des revues élaborées par des associations professionnelles ainsi
que des manuels de comptabilité rédigés par des auditeurs de renommé comme « Auditing » de
Dicksee. De plus, les auditeurs ont pu avoir une voix prépondérante au sein du gouvernement grâce à
la fusion des petites associations locales donnant naissance à des instituts nationaux comme l‟Institute
of Chartered Accountants of England and Wales en 1880. Ceux-ci jouent le rôle d‟interlocuteur auprès
duquel le gouvernement arrive à exprimer ses besoins de manière non officielle.
Le XX è siècle marque l‟attribution de la responsabilité de l‟élaboration des principes comptables
généralement admis aux organisations professionnelles de l‟audit par la loi veillant à la protection des
actionnaires, fournisseurs et créanciers. Toutefois, l‟intervention du gouvernement existe de façon
officieuse à travers le libre échange de points de vue entre la profession et les organismes
gouvernementaux. En fin du siècle, la tendance est dirigée vers la désignation de normalisateurs à
plein temps, généralement des anciens auditeurs.
L‟histoire montre que la normalisation comptable18 est un ensemble de cycles commençant par une a)
situation d‟équilibre ; b) faillite d‟une grande entreprise ou un autre scandale financier ; c) fiabilité des
règles comptables et du système de normalisation contestée ; d) changement du système de
normalisation et, s‟achevant par une e) situation d‟équilibre.
Aussi, la loi dans les pays anglo-saxons exige l‟indépendance de l‟auditeur de son client sans
restreindre la gamme de ses activités. La possibilité offerte à l‟auditeur de cumuler les tâches suivantes
est contestée : a) création des règles ; b) contrôle de leur application chez ses clients ; c) établissement
de relations commerciales avec les clients dépassant le cadre de l‟audit.

18
Walton P., « International Accounting and History », in P. Walton (éd.), European Financial Reporting – A
History, Academic Press, Londres, 1995.

26
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

La comptabilité américaine s‟insère dans le modèle de la comptabilité anglo-saxonne dont les origines
remontent à la révolution industrielle en Grande-Bretagne.
Nous présenterons au début la définition d‟un référentiel comptable international (2.1) puis nous
passons à l‟analyse du référentiel du FASB et du référentiel de l‟IASB (2.2). Nous mettons l‟accent
après sur les échecs détectés au niveau de ces référentiels (2.3) et enfin, nous avançons les mesures
prises pour la refonte du référentiel de l‟IASB (2.4).

2.1 Définition d’un référentiel comptable international19

En se référant au dictionnaire, un référentiel peut être défini comme un « ensemble d‟éléments


formant un système de référence ; ensemble d‟éléments liés à ce système ». Il est possible de définir le
référentiel comptable comme « …un ensemble de règles auxquelles il faut se porter ou se référer pour
connaître les modalités pratiques de l‟exercice de la comptabilité et dont l‟application est généralement
obligatoire pour la préparation des états financiers.»20
De plus, les critères suivants doivent être satisfaits par un référentiel comptable :
 Un corps de normes complet, homogène, actualisé et permanent : le référentiel comptable doit
traiter tous les problèmes actuels de technique comptable. Il doit fournir rapidement les réponses
aux questions émergentes lors de l‟application d‟une disposition normative sombre afin d‟éviter
les divergences de traitement susceptibles d‟en surgir. Il doit être stable de manière à ce qu‟il ne
soit modifié que de manière ponctuelle sans toucher à ses principes fondamentaux.
 Etre compréhensible : le référentiel doit être lisible par tous les utilisateurs avertis (actionnaires,
investisseurs, marchés financiers…) et contenir un ensemble de commentaires assez complet pour
éviter les problèmes issus des interprétations faites par les utilisateurs.
 Etre intégralement et rigoureusement appliqué : le référentiel doit être appuyé par des données
justificatives, fiables et vérifiables et il ne doit pas laisser plusieurs options de comptabilisation
pour éviter les écarts découlant de différence de traitements.
On peut dire que la plupart des référentiels nationaux se conforment à cette définition. Or, pour être
appliqué au niveau mondial, un référentiel doit acquérir une légitimité, qui se traduit par une
reconnaissance par un nombre significatif d‟acteurs économiques et/ou étatiques. Actuellement, seuls
deux référentiels sont reconnus mondialement : Les US GAAP et les IAS/IFRS.

2.2 Le référentiel du FASB et le référentiel de l’IASB

2.2.1 Histoire de la comptabilité avec les Etats Unis21

La comptabilité américaine s‟insère dans le modèle de la comptabilité anglo-saxonne dont les


origines remontent à la révolution industrielle en Grande-Bretagne. Cependant, les États-Unis
constituent l‟élément moteur de ce modèle révélant ainsi une domination de sa part, justifiée par la

19
Davi-Ballet C., op. cit., p. 22.
20
Davi-Ballet C., loc. cit., p. 22.
21
Walton P., op. cit., p. 48.

27
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

nationalité américaine de la plupart des firmes multinationales avec la détention des marchés de
capitaux américains de plus de 40% des ressources financières disponibles à travers le monde pour les
sociétés commerciales. Ce qui ne peut être nié, c‟est l‟influence des auditeurs et des marchés de
capitaux sur la comptabilité américaine. Cette influence a été de plus en plus forte en absence de loi
fédérales sur les sociétés : le pays manquait, à cette époque, d‟uniformise au niveau des règles
applicables puisque chaque état dispose de son propre droit des sociétés. Avec l‟ascension de l‟ère
industrielle et le développement des marchés de capitaux, la profession comptable, largement
alimentée par des immigrants britanniques, s‟est promptement établie via l‟Americain Institue of
Accountants en 1895. L‟essor économique qu‟ont connu les États-Unis au début du XXè siècle,
caractérisé par des bourses actives et une réglementation relativement faible, ne va pas persister à
cause du Krach boursier de Wall Street en 1929 : un effondrement du cours des actions suivi par la
ruine de plusieurs investisseurs. Cet excès au niveau du cours boursier des actions est expliqué par le
gouvernement par une surévaluation des immobilisations au bilan des entreprises. Il en découle la
création par deux lois de 1933 et 1934 de la SEC (Securities and Exchange Commission) en la dotant
d‟un pouvoir (au niveau fédéral) de réglementation du fonctionnement des bourses des valeurs et la
diffusion des informations financières par les sociétés admises à la côte. Jusqu‟aujourd‟hui, la
législation comptable fédérale ne porte que sur les sociétés côtées : l‟examen des principes comptables
généralement admis aux États-Unis (US GAAP) permet de constater que leur développement n‟a été
fait que dans l‟unique objectif de satisfaire les besoins des investisseurs en informations financières.
Au cours de la même période, le système de réglementation américain possède une autre
caractéristique. La SEC dispose du droit d‟imposer des règles comptables ; elle procède, toutefois, à
une délégation du pouvoir de définition des principes comptables généralement admis, au secteur.
Dans certains cas, elle exerce son droit de fixation de certaines règles. En 1939, une organisation
professionnelle des auditeurs dite AICPA (créée en 1895 comme l‟Americain Institute of Accountants)
a publié des normes comptables à contenu de principes et méthodes détaillés. L‟AICPA a crée en
même temps un comité dit CAP (Committee on Accounting Procedures) commis pour la diffusion de
prises de positions (en total sont au nombre de 51 dont plusieurs demeurent en vigueur actuellement).
En 1959, il a été remplacé par l‟APB (Accounting Principles Board), comité composé exclusivement
d‟auditeurs. Son rôle était d‟émettre des avis dont plusieurs demeurent en vigueur comme celui de la
mise en équivalence des participations.

2.2.2 Système actuel de règlementation22

Ce qui peut caractériser la comptabilité américaine c‟est que chaque fois où le pays passe par
une période de crise économique, le système de normalisation et de réglementation connaît une
évolution. Le monde des affaires aux États-Unis ne cache pas ses reproches sur la fiabilité des
informations financières avec une redoute quant aux liens étroits existant entre les auditeurs, la
normalisation comptable et les grandes firmes. En fait, la situation aux États-Unis s‟explique par un
pouvoir de réglementation attribué légalement à la SEC qui a élaboré dans de rares cas des normes
sous la forme d‟un Accounting Series Release, mais elle déléguait généralement sa compétence au
FASB (d‟un organisme de normalisation appartenant au secteur privé mais indépendant de la
profession). Celui-ci devenait le normalisateur comptable américain et émettait une centaine de
normes basées sur un cadre conceptuel. Le financement des frais de fonctionnement est assuré par une
fondation dite « Financial Accounting Foundation » chargée de collecter les fonds auprès du secteur
privé. Le paradoxe est que ce mode de financement a garanti l‟indépendance de cet organisme
normalisateur. Le due process des américains en matière d‟élaboration d‟une norme suit ce
cheminement : Identification d‟un problème, rédaction d‟une étude exploratoire (discussion paper)
explicitant les différents aspects du problème et les solutions possibles en appelant aux commentaires
du public, élaboration d‟un projet de norme (exposure draft) avec appel à commentaires et débats

22
Walton P., op. cit., p. 49.

28
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

publics le cas échéant, et publication de la norme définitive. Un document est préparé par l‟équipe
technique du FASB pour être soumis au vote des sept membres à la clôture de chaque phase du
processus qui peut s‟étaler sur un, deux ou même trois ans si le sujet est controversé. Dés 1984, le
FASB est doté d‟un groupe de travail dit EIFT (Emerging Issues Task Force) émettant des règles de
manière plus rapide que le processus ordinaire sur des questions urgentes. Ses interventions ne sont
que ponctuelles et visent, en absence de réglementation comptable sur un point déterminé, d‟éviter les
mauvaises habitudes qui pourraient s‟installer et qui seront difficiles à éliminer par la suite. Les
normes n‟ont pas réussi d‟être à l‟abri de critiques. Zeff (1989), dans son article23, préconise que
l‟enseignement de la comptabilité s‟est dégradé pour n‟être qu‟une liste de normes. Le volume des
normes américaines s‟explique par la volonté des auditeurs, placés dans un environnement
économique compétitif et procédurier, de voir des normes suffisamment nombreuses et détaillées. Les
faits d‟espèce montrent que les dirigeants des sociétés côtées en bourse, rémunérés en fonction des
bénéfices le plus souvent, exercent une pression sur leurs auditeurs pour qu‟ils s‟accordent sur une
interprétation des règles comptables permettant de gonfler les bénéfices de l‟entreprise. Désormais, les
auditeurs préfèrent des normes limitant le champ d‟interprétation au maximum possible24.

2.2.3 La profession comptable : Le moteur de la normalisation aux Etats Unis

Aux États-Unis, la profession est organisée à double niveaux : 1) Un niveau fédéral


matérialisé par l‟AICPA et, 2) Un niveau provincial matérialisé au niveau de chaque état par une
commission dont la compétence est de délivrer le permis d‟exercer comme un Certified Public
Accountant (CPA) – comme New York State Board of CPAs – et par une association professionnelle –
comme New York State Society of CPAs – chargée des examens professionnels ainsi que du
comportement professionnel des membres et de la formation continue. La compétence d‟un CPA est
composée d‟une formation universitaire spécialisée en gestion des entreprises et d‟une expérience
professionnelle sous forme d‟un stage triennal obligatoire dans un cabinet. L‟AICPA est investi d‟un
pouvoir de représentation de la profession au niveau fédéral et du maintien d‟un niveau de compétence
uniforme dans le pays. A cet effet, elle assume la fonction de la mise en place de normes d‟audit, de la
formation et de la déontologie... Cette organisation est appelée à jouer un autre rôle essentiel, celui de
contrôler les cabinets investis d‟une mission d‟audit légal de sociétés côtées en bourse et surtout de
leurs inscriptions sur un registre tenu par elle (le Division of Firms). Le CPA doit admettre la
soumission de ses dossiers d‟audit à un contrôle régulier par un confrère (peer review). La souplesse
suivie par la SEC en matière de normalisation comptable laisse place à une agressivité dans le
domaine de l‟audit : la création de la Divison of Firms est le résultat de la pression exercée par la SEC
sur l‟AICPA. La création du Public Oversigt Board, à la même époque, ne sort pas du même contexte
visait à contrôler les rapports issus du peer review. Avec la nomination, en 1994, d‟Arthur Levitt à la
tête de la SEC par le président Clinton, une campagne est déclenchée pour l‟amélioration des
informations financières émises par les sociétés américaines. La campagne cherche à atteindre deux
objectifs. Le premier consiste à mettre en place un système répressif rigoureux comportant des
amendes et l‟incarcération des dirigeants émettant des informations frauduleuses et, le second consiste
à renforcer l‟audit par l‟augmentation des devoirs et des pouvoirs du comité d‟audit que chaque firme
côtée en bourse doit désigner ou par l‟insistance sur l‟auditeur à jouer pleinement son rôle protecteur

23
Zeff S. A., « Recent Trends in Accounting Education and Research in the USA: some Implications for UK
Academics », British Accounting review, vol. 21, n°2, p.159-176.
24
Watts R. L. et Zimmerman J. L. (1978), « Towards a Positive Theory of the Determination of Accounting
Standards », The Accounting Review, January.

29
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

de l‟investisseur. Ainsi, une pression s‟est-elle exercée par la SEC sur l‟AICPA pour créer les
Independance Standards Board (ISB) pour faire évoluer la déontologie de l‟audit en interdisant à tout
réviseur légal de proposer d‟autres services à la société auditée. Le projet de règle a provoqué un grand
scandale dans les milieux comptables et a porté un avertissement sur la probabilité de litiges de chaque
côté. Enfin, un compromis fût atteint entre les cabinets d‟audit et la SEC traduit par une nouvelle règle
leur interdisant tout mandat de représentation d‟un client d‟audit. De plus, tout mandat supplémentaire
doit être discuté par le comité d‟audit accompagné par une analyse des honoraires versés au cabinet
sont à communiquer annuellement à la SEC.

2.3 Les échecs détectés au niveau de ces référentiels

Suite aux scandales boursiers depuis 2001, il a été constaté que certains dysfonctionnements
existaient dans les systèmes comptables induisaient les investisseurs dans une confiance non mérités
par les entreprises. Les principaux échecs peuvent être limités aux suivants :
La qualité de plus en plus archaïque des informations communiquées par la comptabilité.
La réduction des options offertes dans l‟application des normes pour favoriser la comparabilité.
Inefficacité du contrôle prudentiel des autorités de tutelle.
Défaillance de l‟approche d‟appréhension du risque encouru principalement sur les instruments
financiers et les engagements hors-bilan.
Dégradation de la pertinence des pratiques de communication et d‟analyse financières.
Décalage entre la valeur comptable d‟une entreprise et sa valeur de marché.
Décroissance de la qualité de l‟information comptable en matière de prévision.
Ecart entre la réalité de l‟entreprise et l‟information comptable communiquée du fait de l‟absence
d‟implication de différentes fonctions de la firme dans la production de l‟information financière.

2.4 Les mesures prises pour la refonte du référentiel de l’IASB

2.4.1 Organisation actuelle25

Depuis janvier 2001 l‟IASC a connu un remaniement dans son organisation pour mettre
en place une autre plus développée. Ceci est réalisé dans l‟esprit d‟une coupure avec la profession
comptable pour se transformer en une organisation non gouvernementale de droit privé. La nouvelle
structure est composée d‟un organe de surveillance (IASCF), d‟une instance interprétative (IFRIC),
d‟un organe de conseil (SAC) et d‟une instance normalisatrice (IASB). Les trustees forment le conseil
de surveillance de l‟IASCF (International Accounting Standards Commitee Foundation). Sa mission
consiste à chercher les fonds nécessaires pour le financement de la Foundation, nommer les membres
de l‟IASB, de l‟IFRIC et du SAC et enfin, fixer la stratégie de l‟organisation. Le travail de l‟IASB est
soutenu, pour plus de pertinence et d‟efficacité, par deux comités permanents, à savoir le SIC
(Standing Interpretations Commitee) et le SAC (Standards Advisory Council).

25
Walton P., op. cit., p. 50.

30
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

L‟IASB est l‟organe central de l‟organisation à composition plurielle. Il est constitué de 14 membres
dont 2 à temps partiel choisis pour leur expérience professionnelle dans le domaine de la
normalisation. Il est noté que 7 de ses membres sont en lien avec des normalisateurs nationaux. Cette
caractéristique avait découlé d‟un choix du modèle d‟un Board « professionnel » de normalisateurs
expérimentés plutôt d‟un Board « représentatif » de normalisateurs de pays qui utilisent les normes de
cette organisation. La constitution de l‟IASCF montre qu‟au moins 5 des membres doivent avoir une
expérience professionnelle d‟auditeur, 3 de préparateurs d‟états financiers, 3 d‟utilisateurs d‟états
financiers et 1 d‟universitaire.
A l‟occasion de la restructuration de l‟organisation, le rôle du SIC n‟a pas fait l‟objet de remise en
cause. Seulement, les membres de l‟IASB ont exprimé leur penchant vers la modification du
fonctionnement du comité surtout que le cadre de travail du Board est devenu une plénitude de temps.
La création du SAC s‟était effectuée pour que le Board dispose d‟une structure ad hoc, lui assurant des
consultations et des conseils notamment sur les priorités de son programme de travail.

2.4.2 L’approche de l’IASB en matière de normalisation

Le processus d‟élaboration des normes, dit Due process, s‟avère long et nécessite le
recours à des consultations tant de la part du SAC que de la part d‟organisations en relation avec
l‟IASB. Il comporte les principales étapes26 suivantes (les étapes 2, 5, 6 et 8 sont désormais
obligatoires) :
1- Identification des difficultés liées au thème traité par le personnel technique de l‟IASB suivie
d‟une étude des pratiques nationales relatives à ces difficultés et d‟un échange des points de vue
avec les normalisateurs nationaux.
2- Consultation du SAC afin de pouvoir décider l‟inscription ou non du thème dans le programme de
travail de l‟IASB.
3- Formation d‟un groupe consultatif invité à fournir au Board les conseils dont il a besoin.
4- Emission au public d‟un document de discussion pour appel à commentaires : Discussion paper
ou DSOP (draft statement of principles).
5- Emission au public d‟un projet de norme pour appel à commentaires (exposure draft) qui sera
approuvé par 8 voix de l‟IASB au moins et comportant les avis contraires émanant de certains
membres du Board accompagné des arguments majeurs ayant prévalu lors de la délibération au
Board. La durée de commentaires ne peut être inférieure à 3 mois.
6- Prise en compte de tous les commentaires exprimés sur les documents soumis à discussion et le
projet.
7- Tenue d‟audiences publiques chaque fois où le Board le juge nécessaire et réalisation de tests
d‟application sur le terrain.
8- Approbation de la norme par 8 voix au moins. Au niveau de la norme publiée il y est fait mention
de toute opinion contraire et de la base des conclusions. Y insérer, aussi, la manière dont le
Board a traité les commentaires reçus sur le projet.
Le processus dure plus ou moins deux ans pour une norme. Dés la mise en place de la nouvelle préface
aux normes internationales (mai 2002) les normes de l‟IASB sont dénommés IFRS désignant en même
temps les normes IAS existantes déjà ainsi que les futures normes. Donc, le référentiel de l‟IASB peut
être décrit par cette égalité : Référentiel IASB = Normes IAS + normes IFRS + SIC + IFRIC + cadre
conceptuel.

26
Obert R. (2004) : « Pratique des normes IAS / IFRS », Dunod éditions.

31
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

2.4.3 La stratégie et le programme de l’IASB27

Le Board s‟est doté de trois objectifs à atteindre sur lesquels a construit tout son
programme de travail :
Elaborer un jeu unique de normes régissant la matière comptable, de haute qualité et
compréhensibles, permettant de produire une information financière de haute qualité,
transparente, comparable et adéquate à la prise de décision pour les investisseurs.
Promouvoir une application et une exploitation rigoureuse de ces normes.
Assurer une convergence des normes comptables nationales et des IFRS vers des solutions de
haute qualité.
Ainsi, les principaux axes de développement du référentiel de l‟IASB portent sur quatre
problématiques (à vrai dire non isolées les unes des autres mais concomitantes) :
Une problématique « politique » portant sur le processus de décision avec les instances
européennes.
Une problématique « technique » portant sur la révision des normes avec la mise en place de
nouveaux projets.
Une problématique « internationale » portant sur la convergence entre IFRS et US GAAP.
Une problématique portant sur l‟unité des référentiels (états financiers individuels et états
financiers consolidés) et la mise en place de normes pour les PME.
Le côté politique de la question rend compte des efforts déployés par l‟IASB pour arriver à stabiliser
le référentiel portant les normes IAS/IFRS fin 2004 par la mise en place d‟une plateforme, dite « stable
plateform » permettant ainsi à l‟Union Européenne de respecter son calendrier affiché. Il est vrai que
tout est urgent pour l‟IASB mais pas tout est prioritaire. En effet, le Board attache un grand intérêt aux
projets de normes nouvelles ou de révision des normes existantes s‟inscrivant dans la perspective d‟un
programme de convergence mondiale des normes comptables découlant de la concrétisation des
accords de Norwalk conclus entre le FASB et l‟IASB en 2002.

2.4.4 Les particularités distinctives de l’IASB et de ses normes28

Une approche synthétique permet de retenir les points suivants :

Référentiel d‟inspiration anglo-saxonne établi à l‟attention des


investisseurs
Elaboration du référentiel sur la base d‟une approche reflétant la réalité
de l‟activité économique de l‟entreprise par rapport au marché
REFERENTIEL DE
L‟IASB
Traitement comptable des opérations à partir de principes comptables
identiques et non de règles
Déconnexion de tout cadre juridique et fiscal
Normalisation mondiale des règles comptables et des éléments de
l‟information financière (annexe et rapport de gestion)

27
Dachy L., (2005), « Mise en place des normes IFRS dans une entreprise industrielle, filiale d‟un groupe :
Concepts, outils et méthodologie », mémoire d‟expertise comptable, Bibliotique : Centre de Documentation des
Experts Comptables et des Commissaires aux Comptes de France, novembre.
28
Walton P., op. cit., p. 16.

32
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

Application obligatoire de toutes les normes et interprétations


Primauté du bilan sur l‟état de résultat
Adoption du concept de « juste valeur »
LES NORMES Mesure de la perte de valeur et de la dépréciation des actifs
IAS/IFRS Prééminence du fond sur la forme
Application rétrospective
Importance des notes annexes

2.4.4.1 Le référentiel de l’IASB : Un modèle comptable à la juste valeur

Il est rare de ne pas trouver une norme comptable internationale qui ne fasse pas référence à la juste
valeur. « L‟introduction du principe de la « Fair Value », expression traduite communément par « juste
valeur », au sein des différents référentiels comptables a suscité un vaste débat au sein de la
communauté comptable et du monde des affaires. On parle donc d‟une « mutation » profonde » voire
même d‟une « révolution comptable29» »30. Ce débat remonte à deux siècles, lorsqu‟en Allemagne et
en France, les partisans d‟une comptabilité dite dynamique (valeur de marché) se sont opposés aux
partisans d‟une comptabilité dite statique (coût historique). La reprise du débat, actuellement, a été
déclenchée par trois facteurs déterminants : La globalisation financière, le développement des produits
financiers31 et l‟orientation de la normalisation comptable32 vers une approche dite de « marché ». Le
débat est encore accentué par la généralisation de la notion de juste valeur à l‟ensemble du modèle
comptable, devenant ainsi, à « full fair value ». Le débat s‟approfondit en se retournant vers les
caractéristiques fondamentales de l‟information financière : la pertinence et l‟image fidèle. En fait, le
concept de « juste valeur », très associé aux mécanismes de valorisation du marché, satisfait plutôt la
pertinence (juste valeur) que l‟équité (valeur juste). Il en découle la question : pertinence pour qui ?
« Tout dépend de la raison pour laquelle elle est demandée et donc de l‟usage qui en sera fait »33.
De l‟autre côté, l‟mage fidèle n‟est-elle pas nécessairement l‟image donnée par la juste valeur (vu que
le coût historique ne donne qu‟une image du passé, sans se fier à la situation actuelle) ?
Ainsi, la convergence des modèles comptables vers le modèle de la juste valeur doit-elle répondre à
l‟objectif d‟amélioration de l‟information sur la base des caractéristiques qualitatives préconisées par
les différents systèmes comptables. La finalité est de trouver une légitimité face aux anciens modèles
basés sur le coût historique récupérable.

2.4.4.1.1 Les fondements de base du modèle comptable à la juste valeur

29
Tournier J-C. (2000), « La révolution comptable, du coût historique à la juste valeur », Edition D‟organisation.
30
Wahabi A., (2005), « La comptabilisation à la juste valeur - Enjeux théoriques et pratiques », mémoire
d‟expertise comptable, Institut des hautes Etudes Commerciales (I.H.E.C), mai, p. 1.
31
Le développement des innovations financières a dirigé les recherches de normalisation comptable vers
l‟amélioration de la présentation et de la mesure.
32
La normalisation comptable prend sa légitimité du marché plutôt que de son fondement juridique. La tendance
de faire de l‟intention un élément déterminant du classement et de l‟évaluation de certaines opérations en est une
preuve.
33
Bernheim Y. & Escaffre L. (1999), « Point de vue. Evaluation à la juste valeur. Un nouveau modèle
comptable ? », Comptabilité-Contrôle-Audit, Tome 5, Volume 2, Septembre, p. 25-45.

33
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

Le concept de juste valeur est présenté par ses adeptes comme un palliatif aux inconvénients du
modèle comptable basé sur le coût historique. Ne niant pas les qualités d‟objectivité et de prudence
que le coût historique procure, la juste valeur s‟avère plus appropriée au contexte de satisfaction des
nouveaux besoins de l‟utilisateur de l‟information financière quantitativement et même
qualitativement.

2.4.4.1.1.1 Le modèle comptable à la juste valeur : Evolution ou révolution

En remontant à l‟histoire de la comptabilité, nous constatons que le coût historique n‟était pas la
seule mesure de la richesse. En effet, le modèle comptable adopté en Italie au XVéme siècle, reposait
sur deux notions : Le coût historique et la valeur de marché.
En fait, les fondements de base de la comptabilité à la juste valeur peuvent être dégagés à partir de
l‟évolution de la notion de valeur. Cette dernière conditionne les choix comptables et permet de
distinguer le modèle comptable à la juste valeur de celui basé sur la notion de coût. D‟après Simon
(2000), tout modèle comptable se base sur une conception sous-jacente de la valeur qui conditionne les
mesures du résultat et de la richesse. Cette conception peut se référer au coût ou à la valeur d‟échange
ou à la valeur d‟utilité34.
Un examen des principaux cadres conceptuels comptables dans le monde (FASB et IASB), révèle
l‟absence de divergence conceptuelle en matière de juste valeur. Ainsi, la juste valeur est-elle définie
par l‟IASB comme le montant pour lequel un actif pourrait être échangé, ou un passif éteint, entre
parties bien informées, consentantes et, agissant dans des conditions de concurrence normale35 ».
Cette définition est le fondement de base de la nouvelle normalisation qui se base sur une évaluation
des actifs et passifs en respect des principes suivants :
La juste valeur n‟est qu‟une estimation théorique du montant d‟une transaction. La réalisation
effective de l‟opération n‟est pas une condition pour la détermination de la juste valeur.
La juste valeur est la résultante d‟un équilibre établi au niveau de la transaction faisant supposer
que  Les parties sont bien informées sur l‟état de l‟actif ou du passif objet de la transaction et
les conditions de sa détention ainsi que de son utilisation.
Les parties sont consentantes c‟est-à-dire qu‟elles ne sont pas sous l‟emprise de contraintes
physiques et psychologiques et surtout celles liées à une conjoncture économique défavorable
poussant l‟entité à vendre des actifs à un prix inférieur à celui du marché (par conséquent la
transaction débouche sur une valeur d‟usage).
 La juste valeur est la résultante d‟une transaction dans des conditions de concurrence normales sur
le marché qui se trouve dans une possibilité de processus d’arbitrage.
Le choix de la notion de juste valeur au lieu de valeur de marché se justifie par le champ d‟application
plus généralisé de la première notion. Selon Casta (2003) « Le concept de juste valeur est plus large et
d‟un usage plus généralisé que celui de valeur de marché. En effet, à défaut de prix de marché observé
sur un marché actif, l‟évaluation sera déterminée par la valeur d‟échange sur laquelle s‟accordent deux

34
Simon C. (2000), « Valeur et comptabilité », Encyclopédie de la Comptabilité, du Contrôle de Gestion et de
l‟Audit, Economica, p. 1245-1257.
35
IASB (2004), « Normes comptables internationales », Journal Officiel de l‟Union Européenne, L 394,
31/12/2004.

34
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

parties indépendantes, par le prix de marché d‟un élément aux caractéristiques proches ou par le calcul
de la valeur actuelle nette des flux futurs »36.
Le champ d‟application élargi de la juste valeur permet de ne pas imposer une méthode unique
d‟évaluation. Il permet d‟instaurer un principe reconnaissant tout instrument de mesure qui s‟y
conforme. De cette façon, les normalisateurs sont parvenus à ébranler deux principes fondamentaux de
la comptabilité : la comptabilisation au coût historique et la prudence.
Réellement, le débat n‟a jamais cessé et il a atteint le point où certains, voulant le changement, ont
revendiqué le dépassement du cadre des méthodes d‟évaluation pour que la juste valeur devienne un
modèle comptable complet.
Sous les paradigmes relatifs à la gestion, le modèle est « une représentation simplifiée de la réalité
conçue dans un but explicatif » ou même « une construction qui vise à rendre compte d‟un phénomène
souvent complexe afin de le rendre intelligible ou accessible »37. Donc, modéliser en comptabilité,
c‟est construire une certaine image reflétant la situation économique et financière de l‟entité.
A vrai dire, la notion de « modèle comptable » se conçoit dans l‟esprit de « modèle de représentation
comptable de l‟entreprise » qui désigne l‟ensemble des « conventions (de la comptabilité financière)
qui conditionnent la mesure de la richesse et du revenu de l‟entreprise »38 dans un contexte
économique donné. Donc, un modèle de représentation de l‟entreprise obtient sa légitimité de sa
capacité d‟appréhension, d‟évaluation et de synthèse, tout en suivant dans le temps les informations
concernant les transactions ayant un impact sur la richesse de l‟entreprise. « Idéalement, le modèle
comptable doit permettre de définir une métrique du résultat et des fonds propres de l‟entreprise qui
soit socialement reconnue, mais aussi conforme aux attentes des utilisateurs des états financiers »39.
Un grand nombre d‟actifs et de passifs financiers et non financiers sera concerné par l‟évaluation à la
juste valeur. Ceci lui permet de constituer le fondement d‟un nouveau modèle de représentation
comptable de l‟entreprise ayant pour objectif une meilleure traduction au niveau des états financiers de
l‟incertitude rattachée aux prévisions de cash-flows.
En réalisant ces objectifs, la juste valeur peut être considérée comme un pilier de base d‟un modèle
comptable de représentation de l‟entreprise si son utilisation devient une pratique généralisée et
homogène.
Il est à noter que l‟évolution des principes dirigeants un système comptable est tributaire du contexte
socio-économique qui détermine le choix des hypothèses sous-jacentes et des méthodes comptables.
En ce qui concerne le modèle comptable à la juste valeur, son émergence revient à des sources
conceptuelles, des sources économiques et des sources politiques.
Sachant que les cadres conceptuels sont le fruit d‟arbitrages entre différents aspects conceptuels,
l‟émergence de la notion de juste valeur au cadre de l‟IASB est l‟affaire d‟un changement dans ses
orientations. En effet, le rôle de la comptabilité n‟est plus une reddition des comptes mais une aide à la
prise de décision. De plus, les utilisateurs des états financiers à privilégier sont les investisseurs au
sens générique. Enfin, la qualité attendue de l‟information, c‟est la pertinence plus que la fiabilité. De
l‟autre côté, les états financiers sont appelés à satisfaire les besoins en informations prévisionnelles
privilégiant de cette manière le critère d‟utilité de l‟information comptable pour la prise de décision
externe.

36
Casta J-F (2003), « La comptabilité en juste valeur permet-elle une meilleure représentation de l‟entreprise ? »,
Centre de Recherche sur la Gestion, CEREG, Université Paris-Dauphine.
37
Mahe de Boislandelle H. (1998), « Dictionnaire de Gestion : Vocabulaire, concepts et outils », Techniques de
Gestion, Ed. Economica, p. 270.
38
Casta J-F., op. cit., p. 1.
39
Idem.

35
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

Economiquement, le recours à la juste valeur se justifie par l‟apparition de nouvelles structures


émergentes (dites molles40 remettant en cause le concept de l‟entreprise intégrée) dont les règles de
fonctionnement et les critères de mesure de performance ne se recoupent pas avec celles des entités
traditionnelles. Il s‟agit du cas des start-up dont l‟application de la juste valeur est une solution pour
combattre la spéculation financière41. L‟autre justification du recours à la juste valeur est l‟utilisation
croissante d‟instruments financiers de plus en plus complexes et la forte volatilité des marchés. Ce
contexte a évoqué le problème de la pertinence de l‟information comptable et le problème de sa
reconnaissance aux états financiers.
Politiquement, c'est-à-dire les motifs qui remontent aux paradigmes de gouvernance des entreprises et
aux rapports entre les « stakeholders » et les dirigeant sociaux. Dans ce contexte, les organismes de
régulation tels que la SEC, voient dans l‟utilisation de la juste valeur, une réduction du pouvoir
discrétionnaire des dirigeants leur permettant le lissage du résultat comptable. De plus, la juste valeur
permet de sécuriser l‟évaluation des actifs et capitaux propres de toute utilisation opportuniste du
concept de résultat de transaction (BEATTY et al 1996). Concrètement cela se traduit par des
opérations de cession des actifs à plus-values potentielles et par le retardement de cession des actifs
grevés de moins-values potentielles.
En pratique, la première utilisation de la juste valeur au niveau du référentiel comptable international,
remonte à l‟année 1981 suite à la publication de la norme IAS 16 relative au traitement comptable des
immobilisations. Il s‟agit d‟une apparition timide, vu que cette norme prévoit l‟utilisation comme une
option à utiliser pour la réévaluation des immobilisations à la date de réévaluation postérieurement à
l‟acquisition. Toutefois, et à la même année, l‟utilisation de la juste valeur devient obligatoire au
niveau du traitement comptable des revenus grâce à la norme IAS 18 relative aux revenus.
Postérieurement, plusieurs normes (IAS 20 relatives aux subventions publiques, IAS 22 relative aux
regroupements d‟entreprises…) révèlent l‟orientation soutenue du normalisateur international vers la
généralisation de l‟utilisation de la juste valeur ; ne serait-ce que de façon implicite. En effet, la
consécration du concept de juste valeur a connu des hauts et des bas. Le premier exposé-sondage E640
sur la juste valeur, tel que diffusé en 1991 par l‟IASC en collaboration avec l‟Institut Canadien des
Experts-Comptables, a fait l‟objet d‟un orage de critiques. Donc, un nouvel exposé-sondage E-48 a été
diffusé et a introduit de nouvelles approches comme :
La comptabilisation des instruments financiers complexes en fonction de la nature de leurs
composantes.
La reconnaissance et la sortie du bilan sur la base du critère du transfert des risques et avantages.
L‟évaluation de référence fondée sur l‟intention de détention.
L‟évaluation de tous les instruments financiers à la juste valeur comme une méthode autorisée.
Cet exposé-sondage n‟a pas eu de succès. C‟est pourquoi, un autre exposé-sondage a été publié. Il a
scindé le texte en deux normes : la norme IAS 32 et la norme IAS 39. Enfin, la juste valeur marque sa
présence dans les normes IAS 17, 21, 28, 40, 41 et IFRS 3, 4, 5.
Dans le contexte Tunisien, ce n‟est qu‟en 1996 et avec le nouveau système comptable des entreprises,
que la Tunisie a marqué un premier pas vers le rapprochement au référentiel international. La notion
de juste valeur est d‟une utilisation limitée dans le système comptable tunisien. Donc, elle ne peut être
considérée comme l‟un des piliers de base du système comptable tunisien. Effectivement, celui-ci se
réfère à la notion du coût historique recouvrable comme base de mesure initiale et d‟évaluation

40
Ferry F. (1996), « L‟entreprise transactionnelle », Gérer et Comprendre, Annonces de Mines, Septembre, p.
66-78.
41
Kling D. (2001), « La notion de juste valeur : Les corrections du marché », Cahiers France-Le capital
immatériel.

36
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

ultérieure des éléments d‟actifs et de passifs. Cependant, il fait allusion à son utilisation dans le cadre
du concept de maintien de capital en ouvrant la porte à l‟adoption possible d‟une valeur actuelle
comme base d‟évaluation. De plus, la juste valeur est expressément citée à l‟occasion de l‟application
de la convention de réalisation de revenu pour une transaction de vente non réglée en espèce. De
surcroît, les normes tunisiennes ont fait recours à la notion de juste valeur comme le présente le
tableau suivant :
Normes comptables Contexte du recours à la juste valeur
Présentation des ajustements conduisant à la juste valeur
NCT 01- Normes Comptable Générale des placements dans la même note avec les informations
relatives aux produits perçus et aux dates d‟échéance.
Mesure des revenus à la juste valeur des contreparties
NCT 03- Revenus
reçues ou à recevoir.
NCT 04- Stocks Définition de la valeur postérieure
Echange de biens – Dépenses postérieures – Evaluation
NCT 05- Immobilisations corporelles postérieure à la constatation initiale – Informations à
fournir.
Coût d‟entrée des actifs incorporels acquis lors
NCT 06- Immobilisations incorporelles
d‟acquisition d‟entreprise.
Coût d‟entrée des placements – Evaluation des titres non
cotées à la clôture – Détermination de la juste valeur des
NCT 07- Placements
titres non cotés- Transfert des placements – Informations à
fournir.
Mesure des revenus à la juste valeur des contreparties
NCT 09- Contrats de construction
reçues ou à recevoir.
NCT 15- Opérations en monnaie étrangères Conversion des éléments monétaires à la date de clôture.
Evaluation des placements en actions et en valeurs
NCT 16- Présentations des états financiers des OPCVM assimilées en date d‟arrêté – Méthodes de détermination
de la juste valeur des titres.
NCT 17- Portefeuille-titres et autres opérations effectuées par Evaluation des actions non admises à la cote – Evaluation
les OPCVM des droits attachés aux actions.
Evaluation des titres de placement et d‟investissement en
NCT 25- Le portefeuille-titres dans les établissements
date d‟arrêté pour l‟estimation des provisions pour
bancaires
dépréciation.
Présentation au niveau des notes d‟un état récapitulatif des
NCT 26- La présentation des états financiers des entreprises
placements qui reprend la valeur brute, la valeur nette et la
d‟assurance et/ou de réassurance
juste valeur.
Mesure des revenus à la juste valeur des contreparties
NCT 28- Le revenu dans les entreprises d‟assurance et/ou de
reçues ou à recevoir au titre de la vente du contrat
réassurance
d‟assurance ou de l‟acceptation d‟un risque.
NCT 31- Le revenu dans les entreprises d‟assurance et/ou de Coût d‟entrée des placements immobiliers acquis à titre
réassurance gratuit
NCT 33- Contrôle interne et organisation comptable dans les Constatation des apports à leur juste valeur à la date de
associations autorisées à accorder des microcrédits réception.
Coût d‟acquisition des entreprises – Affectation du coût
d‟acquisition en cas d‟échange – Acquisitions successives
NCT 38- Regroupements d‟entreprises
– Détermination de la juste valeur des actifs et passifs
identifiables acquis – Goodwill généré par l‟acquisition.

Donc, le concept de juste valeur ne se présente pas comme un pilier de base du système comptable
tunisien. Ce dernier demeure largement basé sur le coût historique recouvrable. Ce concept constitue

37
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

un référentiel supplémentaire pour l‟application de la convention de prudence dans le sens où la valeur


d‟un actif est ramenée à sa juste valeur lorsqu‟elle se trouve en-dessous de son coût historique.
L‟intégration de la juste valeur se démarque à l‟occasion de la publication des normes sectorielles
relatives aux OPCVM pour les besoins de la détermination des valeurs liquidatives de leurs titres. En
outre, le concept de juste valeur devient de plus en plus utilisé par les normes comptables tunisiennes
comme celles traitant les groupes de sociétés.

2.4.4.1.2 Evaluation du modèle comptable à la juste valeur

L‟analyse des avantages du modèle comptable à la juste valeur se base sur l‟objectif de
l‟information financière à la juste valeur pour savoir à qui et à quoi elle est destinée (Bernheim & al.,
1999).
Du point de vue du normalisateur, les avantages d‟une évaluation à la juste valeur sont :
L‟amélioration de l‟objectivité, de la neutralité, de la transparence, de la pertinence et de la
fiabilité des informations comptables.
La réduction des options offertes dans l‟application des normes pour favoriser la comparabilité.
Le renforcement de l‟efficacité du contrôle prudentiel des autorités de tutelle.
Une meilleure approche du risque encouru principalement sur les instruments financiers et les
engagements hors-bilan.
Une modernisation des pratiques de communication et d‟analyse financières.
Une meilleure information des apporteurs de capitaux et des créanciers.
Du point de vue investisseur et analyste financier, les avantages d‟une évaluation à la juste valeur
sont :
En se basant sur une actualisation des cash-flows futurs, l‟évaluation à la juste valeur permet de
donner une information basée sur les tendances du marché. Donc, son adéquation avec les
méthodes d‟évaluation utilisées par les investisseurs pour prévoir les cash-flows futurs.
Une meilleure appréhension de la réalité de l‟entité en essayant de rapprocher sa valeur comptable
de sa valeur de marché. Il s‟agit d‟une approche plus économique de la performance et de la
valeur de l‟entreprise.
Facilité du processus de prévision.
Nécessité de comparer les entités dans le cas d‟une application généralisée.
Du point de vue l‟entité, les avantages d‟une évaluation à la juste valeur sont :
L‟implication de différentes fonctions de la firme dans la production de l‟information financière.
Le pilotage plus aisé de la firme à court terme et le développement du système d‟information de la
firme par la mise en œuvre de nouveaux mécanismes de suivi des éléments d‟actifs et de passifs.
L‟exhaustivité de la mesure de performance par l‟intégration des gains et pertes de la transaction
et de détention.
Toutefois ces acteurs mêmes reprochent à la juste valeur certaines défaillances.
Du point de vue normalisateur, les critiques à adresser à l‟évaluation à la juste valeur sont :
Neutralité incertaine de la juste valeur compte tenu de la non-efficience des marchés.
Accroissement de la volatilité des mesures comptables en juste valeur
Difficultés pratiques d‟évaluation en absence de marché actif et liquide.

38
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

Subjectivité de la valorisation des actifs non négociés sur des marchés efficients et dont
l‟estimation renvoie à des modèles internes.
Complexité des méthodes mixtes d‟évaluation applicables à certaines catégories d‟instruments
financiers.
Du point de vue investisseur et analyste financier, les critiques à adresser à la juste valeur sont :
Manque de recul et d‟études sur les avantages réels et les conséquences du principe de juste
valeur.
Régression de l‟application du principe de prudence.
Prégnance accrue des marchés financiers du pilotage des firmes.
Difficulté de perception de la signification des gains et pertes latents.
Ambigüité de la performance d‟une entité mesurée à partir d‟une variation entre deux exercices
du résultat exprimé en juste valeur.
Du point de vue de l‟entité, les critiques à adresser à l‟évaluation à la juste valeur sont :
Un coût élevé pour l‟obtention de l‟information en juste valeur.
Un coût élevé qui doit être supporté par l‟entreprise pour le développement de son système
d‟information et la formation de son personnel comptable.
Une responsabilité croissante des dirigeants de l‟entreprise dans le processus d‟évaluation et de
choix des hypothèses.
Une orientation de court terme qui n‟est pas adaptée aux mécanismes de pilotage de la firme.

2.4.5 La crise financière internationale : Une crise ou non du modèle comptable à la juste
valeur

Suite aux récents troubles boursiers, les normes comptables internationales ont été la cible des
critiques les plus violentes. Le reproche majeur consistait en leur pouvoir d‟amplification des
mouvements du marché, d‟être « pro-cyclique ». La juste valeur était au cœur de ces critiques en
raison de son caractère emblématique pour ce dispositif normatif. L‟idée de la contribution de la juste
valeur à la crise actuelle semble recueillir du crédit suite à l‟amendement apporté par l‟IASB en 2008 à
la norme IAS 39 permettant l‟assouplissement de la règle de la juste valeur dans des circonstances
exceptionnelles. Une analyse de la nature exacte de cette notion et de la manière dont elle s‟intègre
dans le cadre plus général des règles applicables aux instruments financiers, donnera une idée sur le
caractère plus complexe que l‟image habituellement prise de la juste valeur. D‟après LEFRANCQ
(2009), les critiques formulées ne concernent pas tant la juste valeur elle-même que « le modèle social
et de gouvernance 42» véhiculé par les normes internationales.

2.4.5.1 Comptabilité des instruments financiers et juste valeur

Lorsque la discussion concerne la juste valeur, elle dépassera le cadre d‟un traitement comptable à
une qualification des opérations dès leur négociation. L‟enjeu réel de la juste valeur réside dans le
traitement en période d‟inventaire des instruments financiers, et par la suite les modalités de
constatation du résultat les concernant. Ce processus reflète une comptabilité d‟intention telle
qu‟affichée par la firme à l‟occasion de la mise en place de l‟opération. Elle est obligée de classer

42
Lefrancq S. (2009), « Juste valeur ou valeur injuste : le débat sur l‟évaluation des instruments de marché »,
RFC n° 418, février, p. 31.

39
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

l‟instrument en fonction de sa nature financière et de ses perspectives de détention. Le tableau suivant


présente les catégories comptables des instruments financiers :
Catégorie Intention Traitement à l’inventaire
 Résultat à court terme. Valorisation en contrepartie de
Juste valeur par le résultat
Seul choix pour les dérivés l‟état de résultat.
Valorisation en contrepartie des
Disponible à la vente  Détention sans horizon particulier
capitaux propres.
Prêts et créances  terme de l‟opération Lissage actuariel.
Détention  terme de l‟opération Lissage actuariel.

De ce tableau, il sera déduit que deux modes de traitement sont réservés à la juste valeur, l‟un ayant sa
contrepartie en résultat et l‟autre en capitaux propres. Les critiques s‟avèrent très farouches envers le
portefeuille pour lequel la contrepartie des variations des justes valeurs en résultat reconnu sous
l‟intitulé de « Trading ». La « … différence de traitement des variations de juste valeur ne présente pas
nécessairement un caractère aussi central qu‟on le pourrait penser de prime abord, les capitaux
propres, au sein desquels le résultat figure, constituant le premier point d‟attention des investisseurs –
destinataires privilégiés des états élaborés en normes IFRS43 ». En fait, le traitement comptable aboutit
à traiter symétriquement les charges et les produits latents (il s‟agit d‟une rupture avec le principe de
prudence habituellement associé à la comptabilité). En fin de compte, le résultat cumulé ne change
pas ; uniquement sa répartition dans le temps change. Du point de vue de l‟IASB, ce traitement pour
les Trading est le seul possible pour les instruments dérivés. Le normalisateur international44 est rigide
sur la nécessité d‟un encadrement strict des modes de comptabilisation de ces produits (très volatils)
pour le pilotage du résultat.
D‟après la définition de la notion de fair-value (dont la traduction française en juste valeur n‟est
qu‟approximative), nous constatons que la force et la justesse de cette notion découlent de l‟équilibre
des relations entre les parties à la transaction. Les modalités de mise en œuvre de la juste valeur sont
très élaborées. En effet, la juste est avancée par l‟IASB en deux types : la valeur de marché et la valeur
de modèle (IAS 39 § AG 71 à AG 82). La valeur de marché (considérée comme la meilleure
estimation possible de la juste valeur) est obtenue à partir d‟observations sur un marché actif et liquide
de transactions dont l‟objet est un instrument identique à celui en possession par l‟entité. A défaut
d‟existence de telles observations, l‟utilisation d‟une valeur de modèle s‟impose mais selon des
approches explicitement hiérarchisées :
Des prix sont disponibles, mais le marché n‟est pas actif et liquide ; il y a lieu d‟utiliser ces prix en
tenant compte de l‟absence de liquidité du marché.
Des prix sont disponibles, mais pour un instrument similaire ; il y a lieu d‟utiliser ces prix en les
corrigeant pour tenir compte des différences entre les instruments.
Aucun prix n‟est disponible, il y a lieu de procéder à une valorisation par modèle basée
particulièrement sur l‟actualisation des flux futurs ou des modes de valorisation des options.
La juste valeur s‟intègre à un modèle comptable dont les objectifs et les destinataires sont clairement
définis par le cadre conceptuel : permettre à l‟investisseur de prendre ses décisions économiques en se
basant sur la lecture des états financiers45. Donc, cette méthode semble être en cohérence avec les

43
Ibid, p. 32.
44
Pour l‟IASB, l‟objectif de la généralisation du modèle de la juste valeur pour les instruments financiers
demeure une actualité, du moins pour simplifier les normes s‟y rapportant par la suppression des options.
45
Lefrancq S., op. cit., p. 32.

40
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

objectifs du modèle comptable orienté vers un seul lecteur en priorité avec une utilisation qui a pu être
qualifié dans ce sens d‟« extrémiste » (Richard et Colette, 2008).

2.4.5.2 La juste valeur dans la tourmente des critiques

Les critiques adressées à la juste semblent tourner autour de trois points : l‟existence d‟un marché
n‟est pas une condition toujours satisfaite (problème d’observabilité), l‟équilibre dans une
transaction n‟est pas aussi évident en réalité (problème de transactions forcées) et le détournement
de la notion de juste valeur de ses objectifs (problème de manipulation). Il n‟est pas évident que tous
les instruments financiers fassent l‟objet d‟une cotation active. Dans ce contexte, les dérivés s‟avèrent
emblématiques vu que de nombreuses opérations y portant demeurent négociées bilatéralement afin
d‟adapter leurs caractéristiques aux besoins (ces produits sont dénommés OTC), donc, négociés sur
des marchés de gré à gré. Sachant que l‟observation d‟un prix de transaction n‟est pas exigible pour
déterminer une juste valeur. Il est permis de procéder à une valorisation par l‟application d‟un modèle.
La valeur obtenue n‟est pas un prix mais plutôt, une évaluation de ce que serait un prix. Il en découle
que la valeur ne serait pas unique et qu‟un instrument peut se trouver valorisé de différentes manières
par plusieurs entités. L’unicité de la juste valeur n’est pas une finalité en soi à condition que celle
affichée soit la meilleure estimation par l’entité. L‟hypothèse sous-jacente est même approximative
et non observée, la juste valeur fournit davantage d‟informations qu‟un maintien au coût (Raffournier,
2007) pour le lecteur des états financiers tel que privilégié par l‟IASB.
Sur un autre plan, la crise financière actuelle peut contraindre une entité à céder un instrument
financier à des conditions ne reflétant pas sa valeur intrinsèque mais traduisant le besoin de trouver des
liquidités ou des conditions de marché particulièrement défavorables. Dans ce contexte, l‟amendement
de la norme IAS 39 venait pour corriger la juste valeur du « déport de crise » (Bordenave et al., 2008)
pour neutraliser la volatilité excessive résultant du comportement erratique des marchés. Hormis cette
notion de risque de conforter l‟objection de non-observabilité de la juste valeur, l‟IASB note bien que
le prix d‟une transaction forcée ou n‟intervenant pas sur un marché liquide ne saurait refléter la juste
valeur d‟un instrument. « Tant l‟utilisation d‟un modèle que le jugement à mettre en œuvre pour
identifier les transactions forcées ou intervenant sur des marchés déséquilibrés soulignent l‟irréductible
recours à des paramètres internes à l‟entité et donc suspects d‟être manipulés pour les besoins de
communication financière de celle-ci46 ». De ce fait, la juste valeur est une facette de l‟impossibilité de
la parfaite transparence de la comptabilité. Enfin, sans déclarer l‟exhaustivité, les informations doivent
permettre l‟appréciation de la fiabilité de la juste valeur.
Au-delà de la comptabilité, l‟instauration du modèle de la juste valeur nécessite la prise en compte du
contexte de valorisation, de la situation des marchés et de la transparence des communications.
D‟après Colasse B. (2004), le problème provient du « modèle de gouvernance et de société » véhiculé
par les normes. Richard (2008) mettait l‟accent sur l‟importance de l‟impact de ces normes sur les
états financiers d‟une entité débouchant sur une constatation plus rapide des gains potentiels. Cette
évolution cadre bien avec l‟évolution du modèle capitaliste vers une approche financière. A vrai dire,
le véritable débat ne porterait pas uniquement sur la juste valeur mais aussi sur la pertinence de cette
orientation générale dont les normes IFRS constituent le miroir. « Au total, la juste valeur n‟est pas en
soi un mal ou un bien. Il est vrai qu‟elle amène à refléter en comptabilité les gains et pertes sans
attendre le débouclement de l‟opération, privilégiant une approche symétrique du résultat supposée
plus en adéquation avec le besoin d‟information de l‟actionnaire47 ». Il se peut que les normes IFRS se

46
Lefrancq S., op. cit..
47
Lefrancq S., op. cit..

41
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

trouve déjà obsolètes (Richard, 2008), mais leur substitution sera véritablement une opération de
longue haleine.

2.4.5.3 La juste valeur : Vers où ?

La notion de juste valeur a fait son apparition de manière progressive dans les années 1990 au
niveau de la normalisation comptable américaine et celle internationale sans une coordination
soutenue. Ceci a ouvert la porte à des conceptions légèrement différentes de la juste valeur (exemple,
dans certains cas, la juste valeur devrait être déterminée après coûts de transport ou coûts de
transaction). C‟est ainsi que le FASB a pris l‟initiative de publier en septembre 2006 un SFAS 157 sur
« Fair value measurements » et l‟IASB a publié en Novembre 2006 un discussion paper sur le même
sujet « Fair value measurements » (appelant à commentaires pour le 02 Avril 2007) ; en s‟appuyant en
large mesure sur le SFAS 157 sans s‟y aligner48.
Le SFAS 157 du FASB : Cette norme définit la juste valeur comme « le prix qui serait reçu par la
vente d‟un actif ou payé pour le transfert d‟une dette dans une transaction organisée entre des
intervenants sur un marché à la date d‟évaluation à la juste valeur ». Les précisions à apporter sont :
 La transaction est à percevoir du côté du vendeur de l‟actif et non de l‟acheteur (la juste valeur
n‟est pas un prix d‟achat. Toutefois, le principe est que le prix d‟achat est équivalent à la juste
valeur).
 Le marché à considérer et le marché principal (non pas le secondaire) et à défaut le marché le
plus avantageux pour le vendeur.
 Les coûts de la transaction ne sont pas à soustraire de la juste valeur.
 Les acheteurs et les vendeurs doivent être indépendants les uns des autres. Ils doivent être
capables et volontaires de faire la transaction.
 Le prix de la transaction potentielle doit considérer le meilleur usage possible de l‟actif et non pas
un usage accessoire ou secondaire.
 Pour évaluer la juste valeur, les approches sont l‟approche par le marché,l‟approche par le
revenu et, l‟approche par le coût. Pour chaque approche, il faut distinguer entre les éléments
observables d‟évaluation et les éléments non observables (ce qui signifie les éléments qui ne se
déterminent que par l‟entité). La meilleure approche sera celle déterminant la juste valeur sur un
marché et à partir d‟éléments observables.
Le Discussion Paper de l’IASB : Ce document est composé de deux parties. La deuxième partie
est la reproduction de la norme SFAS 157. La première partie, intitulée « Invitation to comment and
relevant IFRS guidance » est structuré en Issues (comme première sous-partie) et un Appendix
(comme deuxième sous-partie). Les issues sont les treize domaines de juste valeur où les propositions
de l‟IASB diffèrent de la norme SFAS 157. Dans ce cadre, sont énoncées la position initiale de l‟IASB
et celle du FASB, puis la nouvelle position de l‟IASB soit un alignement soit la proposition d‟une
position différente et, enfin une série des questions appelées à être commentées.

2.4.6 La relation du référentiel de l’IASB avec les marchés financiers

Partant du fait que les normes IAS/IFRS constituent un modèle comptable à la juste valeur par
excellence, l‟analyse de l‟impact de ces normes sur les marchés financiers (notamment le cours
48
Scheid J-C. (2007), « Qu‟est-ce que la juste valeur ? », RFC n° 395, janvier, p. 23.

42
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

boursier d‟une action) sera basée sur l‟analyse de l‟impact d‟une information financière à la juste
valeur sur les marchés financiers. Faisons remonter la question à ses origines. Le développement des
marchés financiers provoquait un accroissement dans les besoins en informations financières à temps,
précise, complète et, permettant une meilleure représentation de l‟entreprise, de ses tendances futures
et de sa performance. Ce phénomène a accentué l‟évolution des méthodes comptables vers la juste
valeur. Devant ceci, il nous semblait plus adéquat d‟enrichir ce mémoire par une analyse succincte de
l‟utilité de la communication à la juste valeur et de son corolaire la pertinence. Nous essayerons, donc,
de répondre aux questions suivantes :
Quel est le contenu informatif de l‟information financière à la juste valeur ?
Quelle utilité aura cette information sur les décisions d‟un investisseur ?
Sachant que les investisseurs constituent les utilisateurs privilégiés (au sens du cadre conceptuel de
l‟IASB) en termes de satisfaction des besoins en information financière leur permettant des prises de
décision cruciales et ponctuelles sur la question : faut-il acheter, conserver ou vendre les droits dans le
capital et, quand ? Donc, l‟information doit être pertinente pour permettre à l‟utilisateur de corriger ou
confirmer ses prévisions et prendre sa décision économique.

2.4.6.1 Valeur comptable et valeur de marché

La confrontation entre le cours boursier et la valeur comptable constitue une problématique


centrale dans l‟utilité de l‟information financière.

2.4.6.2 Information financière et marchés financiers

La pertinence sur les marchés est estimée en fonction de la capacité de


l‟information comptable à impacter de façon significative le cours des actions (Barth, 1994). Cette
qualité servira à évaluer la perception du rôle de l’information comptable dans l’évaluation des
actifs négociés. La relation entre la valeur d‟une entreprise (ou d‟un actif) et son prix de marché n‟est
pas toujours vérifiée. D‟autres facteurs entrent en ligne de compte. C‟est ainsi qu‟une question centrale
avait largement régné dans le monde de la théorie comptable et la sphère de la finance : la
connaissance des états financiers historiques est-elle susceptible d‟apporter de l‟information sur
l‟évolution des résultats à venir ? Cette problématique est décortiquée en problèmes élémentaires :
La valeur d‟une entreprise dépend-elle de ses résultats comptables ?
Dans l‟affirmatif, pourquoi trouve-t-on des entreprises négociables à des prix supérieurs ou
inférieurs à leur valeur comptable ?
Dans l‟infirmatif, quels apports peut offrir la comptabilité dans l‟évaluation des entreprises ?
Déterminants de la valeur boursière : L‟information financière est communiquée à travers les
composantes des états financiers. Alors, malgré les critiques, elle constitue « l‟ensemble le plus riche
à la disposition des investisseurs49 ». Les recherches en théories financières ont permis d‟avoir un
cadre analysant l‟importance de l‟apport de l‟information financière aux marchés financiers. La
recherche académique en comptabilité a été dynamisée par deux concepts : l‟hypothèse de
l‟efficience des marchés (telle qu’avancée par Fama E., signifie que le prix actuel d’un actif reflète

49
Desmulier G. & Levasseur M. (2001), « Information financière et marchés boursiers », in J.F Casta & Colasse
(éd.), juste valeur : Enjeux techniques et politiques, Economica, pp. 57-76, p. 59.

43
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

toutes les informations publiques sur les fondamentaux qui influent sur la valeur de l’actif) et le
modèle d‟équilibre des actifs financiers (MEDAF tel que développé par Lintner (1965) et Shape
(1964) fournissant une méthode d’évaluation basée sur l’efficience des marchés et la prise en
compte du facteur risque lié à la détention d’un actif donné). Les relations liant les informations
publiées aux valeurs boursières sont mises en évidence par des modèles d‟évaluation des rendements
ayant permis de mesurer les réactions des cours. Selon les modèles financiers les plus connus, le lien
entre l‟information financière et le cours boursier est concentré dans les informations de base :
résultat et valeur des capitaux propres. Cependant, les travaux de Fama et French (1992),
Lakonishock et al. (1994) et, Kothar et al. (1995) ont poussé le pouvoir explicatif d‟autres variables
sur les exigences de rentabilité des porteurs de titres : Le levier, PER et le risque non diversifiable.
Typologie de l’information comptable : Le lien entre l‟information financière et le cours
boursier peut être formalisé comme suit : Vt =
CFi = Cash flow au temps i (résultat comptable, dividendes…) ; r = Facteur d‟actualisation ; Vt =
Valeur du titre.
Le cours boursier reflète les anticipations des investisseurs en matière de résultats futurs sur la base
des informations dont ils disposent. Prenant en considération le caractère aléatoire de l‟évolution des
résultats, certains modèles ont essayé de décomposer le résultat en trois composantes
Composante permanente : Celle-ci repose sur des informations disponibles (généralement
historiques) dont l‟extrapolation au futur est possible. Elle occupe une place prépondérante dans
les travaux de modélisation.
Composante transitoire : Celle-ci est indépendante des résultats du passé. Elle dépend des
facteurs contemporains et nouveaux. Cette composante n‟est, généralement, pas assez importante
et n‟a, donc, pas de contenu informatif. Elle « n‟affecte pas les flux de revenu permanent, mais,
fausse la présentation du résultat50 ».
Composante gérée : Cette composante résulte du fait que les informations et les chiffres
comptables sont plutôt des constructions dépendant de deux variables déterminantes. Ce sont le
modèle et les hypothèses comptables adoptés et les intentions, comportements et objectifs des
dirigeants.

2.4.6.3 Modèles financiers d’évaluation de l’entreprise

En se basant sur la méthode d‟actualisation des flux de trésorerie futurs attendus, la valeur de
l‟entreprise peut être déterminée à travers l‟évaluation des fonds propres ou à travers l‟évaluation de la
valeur totale de l‟entreprise : CP = valeur totale de l‟entreprise – valeur des dettes.
Modèles basés sur les résultats : Lien direct entre le résultat (R) et le cours boursier : P = R/r.
Prise en compte de la croissance (g) de l‟entreprise et la distribution des résultats au taux d : P = d
R0 (1+g)/(r-g). Si l‟on suppose que r* est le taux de réinvestissement des bénéfices réservés, on
obtient : P = d R1/[r-r* (1-d)].
Modèles basés sur les dividendes : FP0 =
FP0 à la période 0 ; r = taux d‟actualisation utilisé ; Di = dividendes futurs.
Modèles d’évaluation par les ratios : PER = cours boursier/bénéfice par action.

50
Ibid.

44
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

2.4.6.4 Modèles d’évaluation de l’entreprise

Nous avons, D‟après ce qui précède, constaté la fragilité du lien entre valeur comptable et valeur
boursier et, la difficulté de sa vérification par les modèles théoriques. La tendance vers la notion de
juste valeur est une nouvelle tentative pour renforcer ce lien à travers l‟accroissement de l‟utilisation
de l‟information comptable dans les marchés financiers. C‟est dans ce sens que le FASB considère que
« la détermination de la juste valeur a pour but d‟appréhender les éléments qui, considérés dans leur
globalité, pourraient expliquer le prix de marché, si celui-ci existe51 ».

Développement des marchés financiers et promotion de nouvelles optiques comptables :


L‟essor qu‟avaient connu les marchés financiers s‟est avéré une évolution quantitative (accroissement
inégalée des volumes traités quotidiennement) et qualitative (diversité accrue des produits élaborés).
Dans ces marchés les prix cotés sont étroitement liés aux fluctuations dans les cours des actions sous-
jacentes. C‟est ainsi que les systèmes comptables sont invités à satisfaire de façon perpétuelle les
besoins en informations diversifiées. Suite aux faillites qui ont marqué la première moitié du XXéme
siècle, les autorités de réglementation ont jugé que l‟information financière devait donner une image
fidèle et exacte de la réalité pour rétablir la confiance dans les marchés financiers. Les scandales
financiers survenus sur les marchés financiers, les plus importants de la planète, au début du XXIéme
siècle (Enron, Worldcom, Vivendi, Permalat…) ont défié les systèmes comptables par la crise dans la
fiabilité des informations financières produites. Ceci a permis aux adeptes du modèle comptable à la
juste valeur de le présenter comme la solution la plus adéquate.

Juste valeur et développement des marchés financiers : La juste valeur vient répondre à
plusieurs exigences

La pertinence de l’information à la juste valeur  Les recherches empiriques portant sur
l‟examen de la pertinence de l‟information à la juste valeur sur les marchés financiers ont montré
que ce type d‟information est doté d‟un pouvoir explicatif supplémentaire par rapport à
l‟information en coût historique (Nelson, 1996 ; Venkatachalan, 1996 & Schrand, 1997). Alors, les
prix attribués aux valeurs de marché dépendent de la valeur actuelle des flux de trésorerie futurs,
qui dépend elle-même des bénéfices prévus (Elton et Gruber, 1991). Par conséquent, le cours du
marché est influencé par l‟impact économique des activités de l‟entreprise sur les attentes relatives
à ses bénéfices et ses flux de trésorerie futurs.

L’utilité de l’information à la juste valeur  L‟adoption de la juste valeur en tant que référentiel
d‟évaluation aura un impact sur les indicateurs financiers et les outils de valorisation traditionnels.
D‟après certains auteurs, le PER pourrait perdre de sa pertinence du fait de la volatilité des
bénéfices qui risquerait d‟être excessive.

 La fiabilité de l’information à la juste valeur  Le degré de transparence de l‟information


financière est influencé par le processus de décision au sein des entreprises. Certaines études

51
Jeanjean T. (2001), « Juste valeur et décision », in J.F Casta et Colasse (éd.), « Juste valeur : Enjeux
techniques et politiques », Economica, p. 98.

45
Partie préliminaire - L’évolution des normes 2. Diagnostic des référentiels comptables les plus
comptables internationales : variable explicative appliqués sur les marchés financiers
des crises du capitalisme internationaux

empiriques ont conclu que l‟information en juste valeur permet d‟éliminer le risque d‟induire en
erreur les utilisateurs des états financiers par les dirigeants des entreprises (Dietrich, Harris &
Muller, 2001). Par contre, certaines autres études ont été sceptiques quant à l‟apport de la juste
valeur dans la fiabilité de l‟information financière. D‟autres ont exprimé leurs craintes vis-à-vis de
la subjectivité et du manque de fiabilité d‟une évaluation à la valeur de marché (Swenson &
Buttros, 1993). Certaines autres ont conclu à la fiabilité réduite liée à la subjectivité et à la volatilité
(Barth, 1994). Bernheim & Escaffre (1999) ont trouvé que la volatilité ne constituait pas le miroir
de toutes les modifications réelles des évènements sous- jacents de l‟entreprise.

46
Première partie – Attitude de l’Expert Comptable
Tunisien face à l’extension mondiale de
l’application du référentiel de l’IASB

PREMIERE PARTIE : ATTITUDE DE L’EXPERT COMPTABLE


TUNISIEN FACE A L’EXTENSION MONDIALE DE L’APPLICATION
DU REFERENTIEL DE L’IASB

47
Première partie – Attitude de l’Expert Comptable
Tunisien face à l’extension mondiale de
l’application du référentiel de l’IASB

Les systèmes comptables, en tant que science sociale, ne sortent pas du cadre de la
satisfaction des besoins en information de leur environnement et adaptant leurs profils à
leurs caractéristiques. Actuellement et suite à la globalisation des marchés, un seul langage
comptable vient de s’imposer pour celui qui cherche à intégrer l’un des marchés
internationaux. Nous parlons des normes IFRS. Or leur adoption est pleine d’enjeux et de
défis pour une entreprise qui a été depuis sa création conduite dans une logique de
satisfaction de l’administration fiscale. Se retourner, d’un seul coup, et chercher à satisfaire
l’investisseur dans ses besoins en informations considérées comme privilégiées.
Pour l’Expert Comptable Tunisien, assister son client ou bien auditer une entreprise destinée
à fonctionner sous l’égide des normes IAS/IFRS, est une tâche qui impose un nouveau défi à
soulever. Fondamentalement, sa formation polyvalente et son expérience lui permet tent de
donner le plus à l’entreprise dans ce type de projet. Néanmoins, un approfondissement de
l’appréhension des intentions du normalisateur international s’impose pour pouvoir soutenir
l’entreprise en connaissance de cause et savoir de près dans quelle direction se dirige
l’évolution ultérieure du corps normatif international. Dans le contexte tunisien, il n’est pas
amené, à vrai dire, à sonder en profondeur ce référentiel puisque celui-ci comprend des thèmes
qui dépassent l’état actuel de l’économie tunisienne. Pour cela nous essayerons de déterminer
globalement le degré de sensibilisation de l’Expert Comptable Tunisien aux normes
IAS/IFRS sur le plan pratique : Résultats d’une enquête (chapitre 1). Il est conduit,
également, à mettre à jour sa démarche d’audit compte tenu des risques accus induits par
l’intégration d’un modèle à juste valeur. Il est invité à accompagner même le management
d’une entreprise, sur sa demande, dans la conduite d’un tel projet. Ceci exige de sa part la
mobilisation de capacités importantes sur le plan matériel et intellectuel.
En ce sens, nous étudierons les principaux volets économiques et comptables à appréhender
par l’Expert Comptable Tunisien impliqué dans un projet de conversion aux normes
IAS/IFRS (chapitre 2). Et, nous clôturerons l’étude par une mise en exergue sur
l’implication de l’Expert Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
l’adoption des normes comptables internationales IAS/IFRS (chapitre 3).

48
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

Chapitre 1 : Le degré de sensibilisation de l’Expert Comptable Tunisien


aux normes IAS/IFRS sur le plan pratique : Résultats d’une
enquête

Notre choix de commencer ce travail de recherche par une étude empirique n‟a pas été
arbitraire. Nous ne chercherons pas à déduire des idées directrices qui serviront de base à
d‟autres recherches scientifiques et ce afin que notre étude gagne en pertinence. Il serait
aberrant d‟analyser la totalité des concepts et principes de base (émanant de théories
économiques et financiers) ayant conduit l‟IASB à la normalisation actuelle de la matière
comptable avec les normes IAS/IFRS. Le but de cette partie consiste à détecter les concepts,
de la logique de l‟IASB, qui demeurent flous ou même non appréhendés par l‟Expert
Comptable Tunisien. Pour ce faire, nous avons essayé de collecter et d‟analyser les réponses
des Experts Comptables Tunisiens aux questions qui leur ont été posées. Celles-ci se
rattachaient :

Au degré de compréhension des Experts Comptables Tunisiens des normes IAS/IFRS dans
leurs volets les plus primordiaux.

Au degré d‟appréhension par les Experts Comptables Tunisiens de certains concepts de
base du référentiel de l‟IASB (le Goodwill et la juste valeur).

Cette étude empirique est exploratoire ; elle n‟a pas pour objet de réaliser des tests statistiques
approfondis. C‟est plutôt un « test field » permettant la sensibilisation aux éléments du
référentiel de l‟IASB qui méritent d‟être étayés dans la suite de ce travail. Il tient compte du
degré d‟aptitude actuelle des Experts Comptables Tunisiens à conduire un projet de
conversion aux normes IAS/IFRS au sein d‟une entité économique.

1 Présentation de l’enquête

Cette présentation comporte trois parties : la construction de l‟enquête (1.1), le champ


de l‟enquête et les caractéristiques de l‟échantillon (1.2) et la méthodologie (1.3).

1.1 Construction de l’enquête

Cette enquête a été réalisée au moyen d‟un questionnaire construit sur la base des traits
distinctifs du référentiel de l‟IASB et concernant dix huit questions. Il se compose de quatre
parties et est structuré comme suit :

49
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

La première partie traitera la notion de juste valeur (question 1 à 8). L‟objet de cette partie
consiste à détecter le degré d‟appréhension des Experts Comptables Tunisiens des enjeux
liés à l‟adoption d‟un modèle comptable à juste valeur.
La deuxième partie traitera de la définition et de la reconnaissance du Goodwill (question
9 à 13). L‟objectif de cette partie consiste à connaître la conformité de la perception de la
notion de Goodwill chez les Experts Comptables Tunisiens avec la définition donnée par
l‟IASB.
La troisième partie traitera des états financiers consolidés (question 14 à 16). Son objectif
consiste à la sensibilité des Experts Comptables Tunisiens à l‟évolution de la logique de
l‟IASB quant à la production des états financiers consolidés.
La quatrième partie traitera de la question de la communication sectorielle (question 17 et
18). Son objectif consiste à savoir la position des Experts Comptables Tunisiens par
rapport à la pertinence de ce type d‟informations.

1.2 Le champ de l’enquête et les caractéristiques de l’échantillon

Le questionnaire a été communiqué à 250 Experts Comptables Tunisiens. Le choix de


cette catégorie de professionnels cadre bien avec le sujet de ce mémoire et avec certains
aspects des normes IAS/IFRS qui ne peuvent être traités que par l‟expert comptable. En effet,
l‟article 471 ali 2 de la loi n° 2001-117 du 6 Décembre 2001 complétant le code des sociétés
commerciales, tel que modifié par l‟article 5 de la loi n° 2005-96 du 18 décembre 2005
relative au renforcement de la sécurité des relations financières, dispose que seuls les
commissaires aux comptes inscrits au tableau de l‟ordre des experts comptables de Tunisie
sont habilités à auditer les états financiers consolidés.

1.3 Méthodologie

La technique de l‟enquête a été choisie en raison de la pénurie de l‟information


nécessaire, disponible sous la forme de base de données. Deux cent cinquante formulaires ont
été communiqués par voie classique et par voie de courriel à 62.5 % de la population des
experts-comptables de Tunisie (ce taux est approximatif car le nombre d‟experts comptables
inscrits au tableau de l‟ordre est en croissance continue). La voie classique a visé cent Experts
Comptables Tunisiens et s‟est faite de main à main ou par l‟intermédiaire de personnes
interposées avec une relance périodique. Cent cinquante Experts Comptables Tunisiens ont
été contactés par voie électronique avec une relance chaque trois semaines plafonnées à trois
fois pour ceux qui ne se sont pas manifestés.

2 Analyse des données

L‟analyse des données passera par la collecte des données (2.1) et le traitement des
données (2.2).

50
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

2.1 Collecte des données

Les réponses reçues sont au nombre de 55 réponses dont 51 ont été jugées
exploitables. Le taux de réponse est de 20.4 % (= 51/250). Nous nous intéressons, dans ce qui
suit, à l‟analyse des éléments de réponses collectés sans la mise en œuvre d‟une méthode
statistique du fait de la nature descriptive de notre étude.

2.2 Traitement des données

Première partie : La notion de juste valeur et ses modalités d’application


1. Utilités de l’évaluation en juste valeur dans le cadre des regroupements
d’entreprises :
En
En accord Neutre Total
désaccord
En % 76% 10% 14%
Prix d'acquisition en juste valeur 39 5 7 51
En Neutre
En accord Total
désaccord
En % 71% 10% 20%
Evaluation en juste valeur 36 5 10 51

14% Prix d'acquisition en juste valeur


10%
En accord
En désaccord
Neutre
76%

La majorité de l‟échantillon éprouve une pertinence plus accrue pour un prix d‟acquisition
d‟un regroupement exprimé en juste valeur (76%). Une proportion non négligeable des
Experts Comptables Tunisiens (14%) n‟est pas sensibilisée à l‟apport de l‟évaluation en juste
valeur du prix d‟acquisition.

20% Evaluation en juste valeur


10% En accord
En désaccord
71% Neutre

Le modèle comptable à la juste valeur épouse l‟accord d‟une bonne majorité de l‟échantillon
(71%). Toutefois, 20% de l‟échantillon restent n‟est pas sensibilisé aux apports de ce modèle.
2. Difficultés comptables liées à l’évaluation en juste valeur :
En En Neutre Total

51
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

accord désaccord
En % 71% 10% 20%
Difficultés de l'évaluation en juste valeur 36 5 10 51

Difficultés de l'évaluation en juste valeur


20%
En accord
10% En désaccord
71% Neutre

Le groupe de l‟échantillon favorable à une évaluation en juste valeur est conscient que cette
méthode pose des problèmes et des difficultés de taille (71%). La même minorité demeure,
aussi, insensible aux enjeux évoqués par cette méthode (20%).
3. Audit des évaluations en juste valeur :
En En
Neutre Total
accord désaccord
En% 92% 0% 8%
Augmentation du risque de non détection 47 0 4 51
En En
Neutre Total
accord désaccord
En% 92% 0% 8%
Impact de la juste valeur sur la stratégie d’audit 47 0 4 51
En En
Neutre Total
accord désaccord
En% 49% 49% 2%
Recours à des spécialistes 25 25 1 51
En En
Neutre Total
accord désaccord
En% 20% 78% 2%
Le recours à des modèles internes au cabinet 10 40 1 51
En En
Neutre Total
accord désaccord
En% 39% 55% 6%
Compétence des auditeurs Tunisiens 20 28 3 51

0% 8% Augmentation du risque de non détection


En accord
En désaccord
92%
Neutre

La majorité écrasante (92%) de l‟échantillon est consciente de l‟impact du recours à la juste


valeur sur l‟audit. Ils sont quasi d‟accord sur l‟accroissement du risque de non détection vu les
risques que présente la juste valeur en termes de fiabilité et de pertinence. Les auditeurs
deviennent de plus en plus prudents.

52
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

Impact de la juste valeur sur la stratégie d’audit


0% 8%
En accord
En désaccord
92% Neutre

La quasi-totalité de l‟échantillon est convaincue de la modification de la stratégie d‟audit suite


au recours à la méthode de la juste valeur (92%).

2% Recours à des spécialistes


En accord
49% 49% En désaccord
Neutre

L‟échantillon a été partagé en ce qui concerne le recours à l‟évaluation a fait le partage au


niveau de notre échantillon. Ceci peut remonter au fait que l‟Expert Comptable Tunisien n‟est
pas vraiment conscient de la difficulté de détermination de la juste valeur à défaut de marché
actif.

2% 20% Le recours à des modèles internes au cabinet


En accord
En désaccord
Neutre
78%

Une faible proportion de l‟échantillon voit la nécessité d‟utilisation de modèles d‟évaluation


de la juste valeur développés par le cabinet pour mener la mission d‟audit. Une majorité
s‟oppose à cette position (78%).

6% Compétence des auditeurs Tunisiens


39% En accord
En désaccord
55% Neutre

Une faible majorité croit que l‟auditeur tunisien n‟a ni la capacité matérielle ni la capacité
conceptuelle, pour pouvoir émettre une opinion sur des états financiers en juste valeur avec
une assurance raisonnable (55%).

Deuxième partie : La notion de Goodwill et sa reconnaissance


1. La définition du Goodwill :
En accord En désaccord Neutre Total

53
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

En % 39% 59% 2%
Représentation fidèle du Goodwill 20 30 1 51
En accord En désaccord Neutre Total
En % 39% 59% 2%
Prise en compte des passifs éventuels 20 30 1 51

2% Représentation fidèle du Goodwill


39%
En accord
En désaccord
59% Neutre

Une majorité relativement moyenne voit que la définition avancée par le normalisateur
international au Goodwill ne va pas apporter le plus pour arriver à une représentation plus
fidèle (59%).

2%
39% Prise en compte des passifs éventuels
En accord
59% En désaccord
Neutre

Dans la même proportion, une majorité relativement moyenne ne trouve pas que la prise en
compte lors d‟un regroupement d‟entreprises de la notion de passifs éventuels est pertinente
(59%).
2. La dépréciation du Goodwill :
En accord En désaccord Neutre Total
En % 51% 49% 0%
Dépréciation du Goodwill 26 25 0 51

0% Dépréciation du Goodwill

49% 51% En accord


En désaccord
Neutre

La dépréciation du Goodwill au lieu de son amortissement a partagé les membres de


l‟échantillon étudié.
3. La comptabilisation séparée des actifs immatériels du Goodwill :
En En
Neutre Total
accord désaccord
En % 59% 41% 0%

54
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

Comptabilisation séparée des actifs immatériels 30 21 0 51

0% Comptabilisation séparée des actifs immatériels


41%
En accord
59%
En désaccord
Neutre

L‟échantillon est encore partagé sur une autre question : la comptabilisation séparée des actifs
immatériels n‟est pas très appréciée par l‟Expert Comptable Tunisien vu la difficulté de mise
en place.
4. La méthode du Goodwill complet dans le cadre de regroupement
d’entreprises :
En accord En désaccord Neutre Total
En % 29% 59% 12%
La méthode du Goodwill complet 15 30 6 51

12% 29% La méthode du Goodwill complet

En accord
En désaccord
59%
Neutre

La méthode du Goodwill complet n‟a pas réussi à avoir l‟approbation d‟une majorité de
l‟échantillon. Il se peut que l‟environnement comptable Tunisien ne soit pas en mesure de
réaliser qu‟une minorité dispose d‟une fraction de Goodwill surtout que l‟application de la
consolidation en Tunisie est relativement récente.

Les états financiers consolidés


1. La méthode d’évaluation des participations en matière de consolidation :
En En
Neutre Total
accord désaccord
En % 71% 29% 0%
Champ d’application de la méthode de mise en équivalence 36 15 0 51
En En
Neutre Total
accord désaccord
En % 71% 29% 0%
L’élargissement du périmètre de consolidation 36 15 0 51
En En
Neutre Total
accord désaccord
En % 63% 35% 2%
L’option de la méthode de mise en équivalence 32 18 1 51

55
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

0% Champ d’application de la méthode de mise en équivalence


29%
En accord
En désaccord
71%
Neutre

La majorité de l‟échantillon opte pour l‟étendue du champ d‟application de la méthode de


mise en équivalence aux participations dans des co-entreprises (71%).

L’élargissement du périmètre de consolidation


29% 0%
En accord
En désaccord
71% Neutre

Une majorité élevé se porte favorable pour un élargissement du périmètre de consolidation


(71%). Il se peut que cette attitude découle d‟une précaution à prendre suite aux scandales
boursiers de 2001 qui cachaient réellement des entités sous l‟influence de la société mère et
exclues du périmètre de consolidation.

2% L’option de la méthode de mise en équivalence


35% En accord
En désaccord
63% Neutre

L‟option de la méthode de mise en équivalence a requis une bonne majorité de notre


échantillon (63%). Mais, plus que le tiers s‟y oppose totalement (35%). Ce ci peut être
expliqué par la peur de confusion qui peut se produire à l‟application de la même méthode de
consolidation pour deux types de participations détenues pour deux raisons différentes.

Quatrième partie : La communication sectorielle


1. Les critères de segmentation
En En
Neutre Total
accord désaccord
En % 35% 59% 6%
L’alignement du reporting sectoriel sur le système de reporting
18 30 3 51
interne
En En
Neutre Total
accord désaccord
En % 35% 55% 10%
Les critères de segmentation 18 28 5 51

56
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

L’alignement du reporting sectoriel sur le système de reporting interne


6%
35% En accord
En désaccord
Neutre
59%

L‟alignement du reporting sectoriel au reporting interne a eu une majorité relativement


moyenne (59%). Cette logique pourrait engendrer énormément de coûts pour l‟effectuer. Les
Experts Comptables Tunisiens sont par ailleurs conscients qu‟il n‟est pas garanti que les
entités économiques vont réaliser cette orientation comme l‟IASB voudrait. Il se prémunirait
ainsi contre elle.

Les critères de segmentation


10%
35%
En accord
En désaccord
Neutre
55%

Les critères de segmentation sont à peine approuvés dans notre échantillon (55%).

3 Les limites de l’outil d’investigation et conclusion

Cette enquête est effectuée au moyen de la technique du questionnaire et s‟est adressée


aux Experts Comptables Tunisiens. Elle a permis d‟appréhender de près le manque de
compréhension de la logique de l‟IASB dans certains aspects, et non pas tous des normes
IAS/IFRS au niveau du contexte tunisien. Cependant, ce questionnaire a été freiné dans ses
fruits du fait de certaines limites d‟ordre méthodologique :
Le questionnaire n‟a pas traité profondément la totalité du sujet des instruments financiers
à cause de l‟absence de plusieurs instruments de ce type sur le marché tunisien.
Cette étude n‟a pas été étendue aux académiciens dans le domaine de la normalisation
comptable.
Les résultats obtenus ne peuvent constituer une base pour des exploitations plus
approfondies.
Cette étude n‟a pas mis l‟accent sur la notion du concept de « comprehensive income » vu
qu‟il n‟a pas encore fait l‟objet d‟application même au niveau international.

57
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

Première partie : La notion de juste valeur et ses modalités d’application


1. Utilités de l’évaluation en juste valeur dans le cadre des regroupements
d’entreprises :

En En Neutre
accord désaccord
1. La méthode d‟acquisition basée sur le principe d‟évaluation
en juste valeur (prévue par la norme IFRS 3) donne une
meilleure information financière.
2. L‟évaluation en juste valeur permet une comparaison plus
aisée des entreprises à acquérir et par conséquent une
meilleure prise de décision d‟acquisition d‟entreprises.

L‟échantillon a montré que les Experts Comptables Tunisiens se portent en grande majorité
pour l‟utilisation de la juste valeur pour la détermination du prix d‟acquisition lors d‟un
regroupement d‟entreprises. Toutefois, un bon pourcentage n‟est pas sensibilisé à cette
méthode. Ceci peut impliquer que suite à la nouveauté de la norme en la matière, cette
catégorie de professionnels n‟a pas eu l‟occasion d‟éprouver les difficultés de l‟application du
modèle du coût historique aux regroupements d‟entreprises. Nous concluons à la nécessité
d‟approfondir les actions qui contribuent à approfondir la connaissance des apports de la juste
valeur. La comparabilité garantie par la juste valeur est un point qui a acquis l‟accord de la
majorité de l‟échantillon, mais, le cinquième de celui-ci demeure toujours sans position
envers ce concept. Cela par l‟absence de recours à ce modèle d‟évaluation dans
l‟environnement comptable tunisien.
2. Difficultés comptables liées à l’évaluation en juste valeur :

En En Neutre
accord désaccord
3. Le recours aux diverses dispositions contenues dans les
normes comptables internationales peut donner des
solutions en matière d‟évaluation en juste valeur.

Nos Experts Comptables sont conscients de l‟enjeu important dans l‟environnement tunisien
provoqué par le recours à la juste valeur comme méthode d‟évaluation. Mais une minorité
n‟est toujours pas sensible à ce thème ; il se peut que le règne du modèle de coût historique ait
propagé une culture selon laquelle aucune autre méthode n‟est avantageuse.
3. Audit des évaluations en juste valeur :

En En Neutre
accord désaccord
4. L‟évaluation en juste valeur des actifs et passifs de
l‟entreprise acquise augmente le risque de non détection.
5. L‟évaluation en juste valeur a un impact sur la stratégie
d‟audit.
6. Le recours à des spécialistes est nécessaire pour l‟audit des
évaluations en juste valeur.
7. Le recours à des spécialistes est nécessaire pour l‟audit des
évaluations en juste valeur.

58
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

8. Les auditeurs Tunisiens ont la compétence et les moyens


nécessaires pour procéder à l‟audit des évaluations en juste
valeur.

Ce qui peut être conclu, c‟est qu‟une vague de prudence en audit sera envahissante. Ceci peut
aller jusqu‟à léser les intérêts des entités auditées et même par aberration. La stratégie d‟audit
est dûment influencée par le recours à la juste valeur et ce, parce que l‟auditeur est amené à
étendre ses diligences professionnelles afin d‟acquérir plus d‟éléments probants suffisants et
appropriés. Le recours à des spécialistes en matière d‟évaluation à la juste valeur n‟est pas
encore appréhendé dans le sens voulu par l‟IASB. La minorité qui tient à l‟utilisation, lors de
l‟audit, de modèles d‟évaluation de la juste valeur élaborés en interne appartient aux réseaux
internationaux. Elle dispose donc aisément de ces modèles. Ce qui était étonnant pour nous,
c‟est que c‟est l‟Expert Comptable lui-même qui déclare ne pas disposer de la capacité
suffisante pour mener un audit d‟états financiers en juste valeur malgré le niveau élevé de la
formation académique dont il bénéficie et son expérience professionnelle capitalisée à travers
un quart de siècle de la mise en place de la profession. Nous pouvons comprendre cette
attitude, dans la mesure où, étant conscient des coûts à engager pour mettre à niveau son
équipe d‟audit, l‟Expert Comptable Tunisien veut éviter la mise en place d‟un tel modèle
comptable.
Deuxième partie : La notion de Goodwill et sa reconnaissance
1. La définition du Goodwill :

En En Neutre
accord désaccord
9. La définition donnée au Goodwill permet-elle une
représentation plus fidèle de la réalité économique.
10. La prise en compte des passifs éventuels est elle pertinente.

Tamponné par la notion de fond de commerce en droit tunisien, l‟Expert Comptable Tunisien
ne conçoit pas encore la pertinence de l‟adoption de la notion anglo-saxonne de Goodwill.
Soumis au coup du modèle comptable en coût historique, l‟Expert Comptable Tunisien
n‟accepte pas de prendre en compte un passif qui n‟est pas réel.
2. La dépréciation du Goodwill :

En En Neutre
accord désaccord
11. La dépréciation du Goodwill constitue une meilleure
approche de la valeur économique de l‟entité.

Il y a une impression que la dépréciation du Goodwill n‟est pas bien appréciée comme
méthode permettant de donner la valeur de cet élément d‟actif à la date de clôture. Ceci peut
remonter aux difficultés de l‟application du test de dépréciation lui-même.
3. La comptabilisation séparée des actifs immatériels du Goodwill :

En En Neutre
accord désaccord
12. La comptabilisation séparée des actifs immatériels est
adéquate.

59
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

Nous constatons une réticence à la comptabilisation séparée du bilan de plus d‟éléments


immatériels. Ceci peut être expliqué par la difficulté que va éprouver l‟entreprise à réaliser les
conditions de détermination de ce type d‟actifs. Donc ce qui est attendu de cette
comptabilisation séparée ne va pas être atteint.
4. La méthode du Goodwill complet dans le cadre de regroupement
d’entreprises :

En En Neutre
accord désaccord
13. La méthode du Goodwill complet donne une meilleure
information financière.

La méthode du Goodwill complet n‟est pas approuvée parce que donner aux minoritaires une
part du Goodwill n‟est pas facile à concevoir dans l‟environnement des entreprises
tunisiennes. Cette question mérite d‟être bien étayée pour pouvoir réaliser les avantages de
cette méthode.

Troisième partie : Les états financiers consolidés


1. La méthode d’évaluation des participations en matière de consolidation :

En En Neutre
accord désaccord
14. L‟élimination de la condition d‟établissement des états
financiers consolidés pour pouvoir appliquer la méthode de
mise en équivalence est un apport dans l‟utilité à la prise de
décision économique.
15. L‟élargissement du périmètre de consolidation va accroître
la qualité de l‟information financière.
16. L‟option de traiter les participations dans les co-entités
selon la méthode de mise en équivalence sera bien
comprise par les investisseurs.

La méthode de mise en équivalence devient de plus en plus acceptée par les Experts
Comptables Tunisiens en matière de consolidation des participations dans les co-entreprises.
L‟approbation de l‟élargissement du périmètre de consolidation peut être expliquée par une
vision de plus en plus économique qui s‟instaure dans l‟environnement comptable tunisien,
notamment pour les groupes de sociétés. Appliquer la méthode de consolidation pour des
participations à vocation différente peut créer une confusion. C‟est peut être la raison pour
laquelle l‟option de la méthode de mise en équivalence n‟est pas grandement appréciée pour
les participations dans les co-entreprises.

Quatrième partie : La communication sectorielle


1. Les critères de segmentation

En En Neutre
accord désaccord
17. Facilité opérationnelle de l‟alignement du reporting

60
Chapitre 1- Le degré de sensibilisation de
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable l‟Expert-Comptable Tunisien aux normes
Tunisien face à l’extension mondiale de IAS/IFRS sur le plan pratique : résultats d‟une
l’application du référentiel de l’IASB enquête

sectoriel sur le système de reporting interne


18. Les critères de segmentation sont plus pertinents

Les Experts Comptables Tunisiens apprécient, mais avec précaution, l‟alignement du


reporting sectoriel sur le reporting interne. Ils doutent effectivement de la capacité des
entreprises à le faire convenablement. La faible appréciation des critères de segmentation peut
être due à l‟incapacité des entreprises à l‟effectuer conformément aux qualités requises.

61
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Chapitre 2: Les principaux volets économiques et comptables à


appréhender par l’Expert Comptable Tunisien impliqué dans
un projet de conversion aux normes IAS/IFRS

1 L’économie tunisienne52 : Indépendance ou dépendance ?

Depuis son indépendance en 1956 jusqu‟à maintenant, les politiques économiques de


la Tunisie ont connu des variations considérables et ce, en fonction des objectifs politiques,
des stratégies de développement et des conjonctures financières. De plus, il faut tenir compte
de la présence des acteurs régionaux (l‟Union européenne) et internationaux et, en particulier
des principales institutions économiques internationales (Fonds monétaire international,
Banque mondiale et GATT/Organisation mondiale du commerce). Cet ensemble d‟objectifs
politiques, de stratégies de développement, de conjonctures financières et d‟influences
extérieures s‟inscrit dans des phases qui peuvent être regroupées en quatre grandes périodes
historiques:
La période 1956-1969 est celle de la conquête de la souveraineté et de la tunisification de
l‟économie (1.1) et du commerce extérieur;
La période 1969-1986 est celle de la promotion des industries exportatrices (1.2), de la
valorisation des matières premières et de la poursuite des industries de substitution aux
importations;
La période qui s’ouvre en 1986 (1.3) et se poursuit jusqu‟au milieu des années 1990 avec
l‟ajustement structurel.
La période actuelle (1.4) fortement marquée par la multiplication des accords régionaux,
notamment avec l‟Union européenne et les pays arabes. Le présent travail réservera à
chacune de ces périodes une section spécifique.

1.1 La conquête de la souveraineté et la tunisification de l’économie(1956-1969)

Pour saisir l‟ampleur des défis qui se posaient à la Tunisie dans la conquête de sa
souveraineté et dans la tunisification de son économie et de son commerce extérieur, il est
nécessaire de connaître la structure économique qui prévalait au lendemain de son
indépendance.

1.1.1 La situation de l’économie et du commerce extérieur tunisien au lendemain de


l’indépendance: la soumission au capital colonial

52
Ben Romdhane M. (2007), « Commerce et stratégies de développement : le cas Tunisien », CAPC –
Commission Africaine de Politique commerciale, Travail n° 53, Janvier.

62
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Quand, en 1956, la Tunisie accède à l‟indépendance, son économie et son commerce


extérieur étaient entre les mains d‟intérêts étrangers, français pour l‟essentiel. Ainsi en était-il
de:
• l‟agriculture, dont le cinquième des superficies cultivables et qui donnaient lieu à plus du
tiers de la production agricole du pays étaient possédés par des exploitants européens et
par quatre sociétés financières anonymes;
• des mines de phosphate (dont la Tunisie est le deuxième producteur mondial), entièrement
sous le contrôle de quatre grandes sociétés françaises, des gisements de minerai de fer, de
plomb et de zinc ainsi que des salines qui sont tous propriété de grandes sociétés
françaises;
• des bâtiments et des travaux publics qui, à l‟exception des petites et moyennes entreprises,
sont dominés par de grandes entreprises métropolitaines (Fourré et Rhodes, Grands
Travaux de l‟Est, Entreprises Campenon Bernard, Entreprises Boussiron, Entreprises
Léon Ballot, Travaux souterrains,…);

1.1.2 Le processus de décolonisation

Durant le processus de décolonisation des premières années de l‟Indépendance (1956-


1961), l‟État tunisien va prendre un certain nombre de mesures:
•il procèdera à la nationalisation des services de base.
•il rachètera une part (la moitié) du capital des entreprises minières.
•il créera un Institut d‟émission tunisien (la Banque Centrale de Tunisie) et une monnaie
nationale (le dinar) pour remplacer le franc français, ainsi que trois grandes banques
tunisiennes et procèdera à la tunisification juridique de la plupart des agences ou
succursales de banques métropolitaines.
Des mesures sont prises pour encourager l‟investissement, en particulier privé, mais le départ
des colons et la tunisification des entreprises ou succursales d‟entreprises étrangères ne sont
pas compensés par un investissement national suffisant: le pays ne pouvait créer, ex nihilo,
une classe d‟entrepreneurs suffisamment dynamique et forte pour contre balancer le départ
des étrangers.

1.1.3 La stratégie de développement «socialiste» des années soixante et l’étatisation du


commerce de gro

En réponse à cette situation, l‟État va canaliser les actions du secteur privé en lui
soustrayant les activités commerciales et en l‟orientant vers l‟industrie et le tourisme. En
matière commerciale, l‟État va procéder à la nationalisation du commerce d‟import-export et
à l‟étatisation du commerce de gros. Sur le plan national, des offices et sociétés nationales,
dotés de prérogatives étendues sont créés ou réorganisés (par exemple, l‟Office du
Commerce de la Tunisie (OCT) ou l‟Office National des Céréales ou l‟Office National de

63
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

l‟Huile (ONH)…). Ahmed Ben Salah, le promoteur de la politique tunisienne des années
soixante, justifiera cette stratégie en arguant, non pas de la suppression du secteur privé, mais
de la nécessité de le recycler. En matière industrielle, la politique consiste, selon les
«Perspectives décennales 1962-1971», à faire intervenir l‟État à trois titres :
•comme maître d‟œuvre dans les secteurs clés qui forment la base de l‟industrie tunisienne;
•comme partenaire associé aux capitaux privés pour la création de nouvelles industries; et
•en tant que détenteur de l‟autorité, pour décourager certains investissements et en
encourager d‟autres par le jeu de la législation, de la fiscalité et du crédit.
Les secteurs clefs où l‟État est considéré comme le seul capable de jouer le rôle
d‟entrepreneur en raison de l‟importance des investissements et des sacrifices financiers que
supposent de telles industries et en raison de leur nécessité pour le démarrage de petites
industries sur des bases rentables, sont :
•les domaines de l‟énergie, des transports, de l‟alimentation en eau industrielle qui vont
déterminer le prix de revient de la plupart des industries et qui doivent donc être conçus et
gérés en fonction d‟une politique nationale;
•ceux où la réalisation de projets dépasse de toute évidence les possibilités de l‟initiative
privée en raison de l‟importance et de la variété des facteurs à combiner pour leur mise en
œuvre.
Les secteurs où l‟État intervient en tant qu‟associé du secteur privé sont ceux où les projets
n‟appellent pas précisément, par leur nature, une prise en charge par l‟État, l‟intervention de
celui-ci se justifiant cependant par la nécessité d‟en promouvoir la réalisation à travers la
fourniture d‟une partie du capital nécessaire ou de l‟assistance technique.

1.2 Les années 1970 et la première moitié des années 1980 : Promotion des industries
exportatrices et valorisation des matières premières

La période qui s‟ouvre, après l‟abandon de la politique «socialiste» des années


soixante, est celle de la promotion du secteur privé, mais également, à la faveur d‟une
conjoncture particulièrement favorable des finances publiques, celle d‟un investissement
massif du secteur public dans les infrastructures et dans la création de nouvelles industries de
valorisation des matières premières.

1.3 L’ajustement structurel (1986-milieu des années 1990)

Surendettée et souffrant d‟une asphyxie financière, la Tunisie était contrainte de


s‟adresser au FMI et à la Banque mondiale en tant que prêteurs en dernier ressort et fut, par
conséquence, soumise à un plan d‟ajustement structurel. Celui-ci comportait une nouvelle
stratégie de croissance, conforme à celle prônée par le «consensus de Washington» partout
dans le monde et une refonte de la politique commerciale. La politique commerciale qui a
accompagné cet ajustement est celle de la libéralisation.

1.4 L’adoption progressive du modèle de globalisation

64
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

La deuxième moitié des années 90 annonce une ère caractérisée par une multiplication
des accords régionaux portant création de zones de libre-échange, avec leurs obligations en
matière de politique commerciale tarifaire et non tarifaire. Les pressions en vue d‟une
inflexion de la politique de «préservation du marché tunisien» deviennent sensiblement plus
fortes, notamment à la faveur des privatisations remportées par des groupes étrangers. Il y a là
une occasion à saisir, celle de l‟accord d‟association avec l‟Union européenne pour lever des
financements européens, contribuant à la mise à niveau de l‟industrie tunisienne appelée à être
totalement déprotégée et obligée, ce faisant, de faire face à la concurrence extérieure. Quant à
la formulation de la politique commerciale, elle est toujours fortement centralisée. En sus de
sa participation en tant que membre à part entière au GATT depuis 1990, la Tunisie a signé
plusieurs accords commerciaux préférentiels régionaux avec des pays qui représentent
l‟essentiel de ses partenaires commerciaux. Le plus important est l‟Accord d‟Association avec
l‟Union Européenne (UE), instauré le 15 novembre 1995 et ayant pour objectif d‟établir une
zone de libre-échange (ZLE) pour les produits manufacturés à l‟horizon 2008. Il fait suite à un
accord de libre-échange avec l‟Union du Maghreb, décidé par le Conseil de la Présidence de
cette institution en 1994 et suivi de deux autres accords : la Grande Zone Arabe de Libre-
échange (GAFTA), entrée en vigueur en janvier 2005 et l‟Accord Arabo-méditerranéen de
libre-échange signé le 25 février 2004 et prévoyant l‟instauration d‟une ZLE regroupant, dans
une première étape, la Tunisie, le Maroc, l‟Egypte et la Jordanie, tout en restant ouverte à
l‟adhésion des autres pays arables méditerranéens, signataires d‟accords d‟association avec
l‟UE. Enfin, elle a signé des accords bilatéraux, notamment avec la Turquie, celui-ci datant du
25 novembre 2004.

2 Position du système comptable tunisien

Nous procéderons à la mise en exergue de l‟approche de la normalisation comptable


en Tunisie : une nouvelle stratégie (2.1). Puis, nous passerons à compréhension de la sécurité
financière en Tunisie (2.2). Enfin, nous étudierons le degré d‟harmonie entre le SCE et les
IFRS (2.3).

2.1 La normalisation comptable en Tunisie : une nouvelle stratégie

Depuis l‟indépendance et jusqu‟à 1967 (période postcoloniale), la Tunisie a continué a


appliqué le plan comptable Français de 1947 tel que révisé en 1957 pour l‟enregistrement
comptable et la préparation des comptes annuels. Une réflexion s‟est engagée en 1963,
pendant la période de l‟économie « administrée » sur l‟introduction de modifications
fondamentales sur ce plan comptable aux fins d‟éviter ses lacunes et de l‟orienter vers la
satisfaction des besoins de la comptabilité publique. Elle a été couronnée par le Plan
Comptable Tunisien de 1968 (PCT). Ce qui peut le « caractériser », c‟est qu‟il n‟a pas été
approuvé par une loi. Pourtant, son application était générale et exclusive dans les entreprises.
Ceci peut être expliqué par le fait qu‟il était l‟œuvre des professionnels qui connaissent bien

65
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

les besoins des entreprises en matière de « communication comptable ». L‟innovation53


majeure de ce plan consistait dans la détermination du résultat à travers des étapes successives
et significatives, faisant appel au langage de la Comptabilité Nationale. Ceci se justifie par le
rôle de l‟Etat qui agit en tant que principal « gestionnaire » des ressources économiques du
pays. Ce plan introduisait les soldes intermédiaires de gestion et la notion de valeur ajoutée.
La Commission Nationale du Plan Comptable Tunisien est investie du mandat de
restructuration du Plan Comptable 1947. La restructuration visait à :
Partir du Plan Comptable 1947 afin d‟éviter un changement total dans les pratiques
comptables à cette époque.
Le modifier de façon telle qu‟il parle le même langage que celui emprunté par la
Comptabilité Nationale.
Y apporter des amendements parce qu‟il commençait à tomber dans la désuétude.
Dans le cadre de cette réforme de 1968, la commission a élaboré un plan particulier
comportant un schéma comptable simplifié pour faciliter la tâche aux PME éprouvant des
difficultés dans l‟application du plan général. De plus, la commission a mis au point un
troisième plan inspiré du Plan Comptable Général mais adapté aux spécificités des entreprises
coopératives. Toutefois, avec l‟ouverture économique du pays et son implication dans les
orientations de la mondialisation, le Conseil National de la Comptabilité (CNC), dénommé en
ce temps Conseil Supérieur de la Comptabilité, a été réactivé pour la préparation d‟un
système comptable pour les entreprises. Ce SCE, entré en vigueur en 1997, était le fruit d‟une
équipe plurielle (experts en comptabilité et autres compétences dans le domaine des affaires)
et de deux consultations élargies (la première par la bourse des valeurs mobilières de Tunisie
et, la deuxième par le CNC) accompagnées d‟une étude comparative avec d‟autres pays
(USA, Canada, France, Maroc…). Le système est lancé avec un cadre conceptuel et 15
normes comptables. Puis, les commissions spécialisées au sein du CNC l‟ont enrichi par
d‟autres normes comptables, notamment des normes sectorielles (25 normes). Ce système
comptable a été le résultat de travaux menés par plusieurs instances : le Conseil National de la
Comptabilité (CNC), la Bourse des Valeurs Mobilières de Tunis (BVMT), l‟Ordre des
Experts-Comptables de Tunisie (OECT). Ce nouveau cadre régissant le domaine comptable
des entreprises en Tunisie, il y a mis en œuvre de l‟un des mécanismes54 de l‟économie
libérale. L‟importance du changement apporté par le nouveau SCE s‟avère plutôt conceptuelle
et culturelle que technique (en termes de tenue des livres comptables). Le changement
touchait les règles de reconnaissance, de mesure et de divulgation. La révolution est
concrétisée par le passage d‟une comptabilité de transcription à une véritable comptabilité de
divulgation. Une large et profonde action des entreprises tunisiennes en terme de revue des
systèmes d‟information et de certaines considérations des systèmes de gestion était prévue,
une fois ce système mis en marche, et ce afin d‟en tirer tous les avantages qu‟il sous-tend.

2.1.1 Etude du mécanisme juridique de normalisation comptable en Tunisie

53
Corporate Reporting Goup PWC Tunis Office, op. cit., p. 2007.
54
Corporate Reporting Goup PWC Tunis Office, op. cit., p. 2009.

66
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Dans le domaine comptable, la loi n° 96-112 du 30 décembre 1996 intitulée « Système


comptable des entreprises », fût une véritable révolution. C‟est la première fois où la
comptabilité devient sécurisée par un cadre juridique. Auparavant, les entreprises tunisiennes
utilisaient, ce qu‟on appelait « Plan comptable de 1968 ». Il était étonnant de voir un pays
comme le nôtre – d‟une manière ou d‟une autre orienté vers un modèle juridique basé sur la
codification – laisser aux professionnels la liberté totale d‟organiser leur travail. Ceci peut être
expliqué par le fait que le législateur tunisien voyait dans la comptabilité un attribut du
domaine du commerce, laquelle discipline largement inspirée des pratiques des commerçants.
Toutefois, l‟évolution économique du pays et ses engagements extérieurs ont imposé le
changement de cette vision, comme par la loi de 1996 qui a instauré un système comptable
pour les entreprises.
Le côté technique de la matière comptable sera traité par la suite du développement de ce
travail de recherche. Désormais, la préoccupation majeure à ce niveau d‟analyse consiste à
s‟interroger sur la validité du mécanisme juridique utilisé pour introduire une telle innovation.
De prime abord, la loi est intervenue avant la révision constitutionnelle du 27 octobre 1997
c'est-à-dire sous l‟égide de la constitution telle que révisée en 1976. A vrai dire, le pouvoir
constituant de 1959 n‟a pas eu le souci de traiter la question du domaine de la loi : il a
consacré le principe de la souveraineté de la loi. C‟est pourquoi, le législateur disposait d‟un
domaine d‟action presque illimité : la compétence de principe. Désormais, le président de la
république trouve sa compétence réglementaire limitée à prendre des actes d‟exécution, ce qui
veut dire qu‟il ne peut pas intervenir à titre initial et définitif par l‟édiction de règles générales
dans une matière déterminée.
Arrivant à la révision de 1976, la volonté de préciser le domaine de la loi - afin d‟éviter des
équivoques qui pouvaient se présenter - s‟est traduite par l‟adoption des articles 34 et 35. A
travers les dispositions des textes, deux interprétations doctrinales se présentaient : la
première considérait que cette révision a consacré la théorie du domaine assigné55 (domaine
composé de matières au-delà desquelles le législateur n‟a pas de pouvoir d‟imposition de
règles). Selon cette doctrine et vu que l‟article 34 n‟a pas cité la comptabilité, la loi n° 96-112
serait inconstitutionnelle car la comptabilité ne constituait pas un domaine législatif.
Toutefois, la deuxième voyait dans cette révision une adoption de la théorie du domaine
réservé56 (qui vise à réserver, par l‟énumération de certains domaines, d‟une protection contre
l‟intervention du pouvoir exécutif, à travers des règles initiales qu‟il faut distinguer des règles
d‟exécution) surtout que les techniques, garantissant la répartition des compétences entre le
législatif et le réglementaire, sont absentes. Cette théorie trouve appui dans le discours de
l‟ancien premier ministre Hédi NOUIRA qui, lors des discussions parlementaires, a déclaré
que le législateur peut intervenir même en dehors des cas prévus par l‟article 34 57. Par cette

55
Pour plus de détail voir l‟article de Mme Châabane Neila, «Interrogations sur les mutations de la fonction
parlementaire en Tunisie ».
56
Ibid.
57
Article 34 : « Sont pris sous forme de lois les textes suivants :
-aux modalités générales d‟application de la constitution, autres que celles devant faire l‟objet de lois organiques,
-à la création d‟offices, d‟établissements publics, de sociétés ou d‟entreprises nationales,

67
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

interprétation, on peut dire que la loi n° 96-112 est prise conformément à la procédure
constitutionnelle. A ce propos, le « système comptable » aurait pu être institutionnalisé par le
président de la république en intervenant initialement mais pas définitivement par le biais de
règlement « quasi-autonome ».
La loi n° 96-112 n‟a pas instauré les principes régissant la matière technique. Elle s‟est
contentée de donner habilitation directe au président de la république pour prendre un décret
d‟application. Il s‟agit, donc, d‟un pouvoir réglementaire d‟exécution des lois. Par ce fait, le
président de la république fixe par décret des principes fondamentaux. Cet acte règlementaire
pris par le président de la république demeure constitutionnel, puisque sur le plan de la forme,
l‟article 53 de la constitution dispose qu‟un décret règlementaire peut être pris initialement
sans invitation législative pour assurer l‟exécution des lois. Or, le législateur ne peut se
décharger sur le pouvoir réglementaire (ce n‟est pas une limitation, c‟est une organisation de
l‟exercice de la compétence). Alors, une question peut être posée : pourquoi a-t-on recouru à
la technique de la loi dans un domaine qui ne lui revient pas exclusivement, si c‟est le
président de la république qui peut agir à titre initial et définitif ?
Sur un autre plan, nous analyserons la situation de la loi n° 96-112 au vu de la révision
constitutionnelle de 1997.
Cette révision a tranché la question de domaine de compétence de la loi par l‟adoption de la
théorie du domaine assigné. Par conséquent, la Chambre des députés n‟est plus la seule
autorité à exercer le pouvoir d‟édicter les normes. La loi possède un domaine précis au-delà
duquel elle ne peut pas agir ; il revient au pouvoir réglementaire général d‟y intervenir.
L‟alinéa second de l‟article 35 ne prévoit que le cas du décret qui vient modifier une loi
antérieure dont l‟objet ne figure plus parmi le domaine de la loi. Ce décret doit acquérir l‟avis
conforme du conseil constitutionnel qui s‟assure du non empiètement de celui-ci dans le
domaine de la loi. Donc, la loi n° 96-112, portant sur un domaine du ressort du pouvoir
réglementaire, peut faire l‟objet de Déclassement. Or, après plus de dix ans, la loi demeure en
vigueur. Que peut-on dire, alors, du cas où le pouvoir réglementaire n‟a pas procédé à
l‟appropriation d‟un domaine qui lui revient ? Est-ce un sacrifice au profit du pouvoir
législatif ? D‟où, alors, il ne peut plus s‟emparer du pouvoir de légiférer la matière
comptable ? Cependant, l‟article 34 (nouveau) de la constitution peut s‟appliquer aux règles
de la comptabilité si elles s‟analysent comme des obligations. Dans cet esprit et par analogie
au code des obligations et des contrats, les règles comptables nécessitent une loi car elles sont
classées comme des règles d‟ordre public.

-à la nationalité, à l‟état des personnes et aux obligations,


-à la procédure devant les différents ordres de juridictions,
-à la détermination des crimes et délits et aux peines qui leur sont applicables,
-à l‟amnistie,
-à l‟assiette et aux taux des impôts au profit de l‟Etat, sauf délégation accordée au Président de la République par
les lois de finance et les lois fiscales,
-au régime d‟émission de la monnaie,
-aux emprunts et engagements financiers de l‟Etat,
-aux garanties fondamentales accordées aux fonctionnaires civils et militaires. »

68
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

De plus, comment faire pour le décret d‟application portant le cadre conceptuel si le pouvoir
exécutif procède au déclassement de cette loi par décret. De surcroît, comment faire si une
modification de notre approche comptable devient nécessaire ?
Il est clair que la loi ne joue plus son rôle dans ce domaine en vertu des articles 34 et 35
nouveau de la constitution. Alors, c‟est au pouvoir exécutif d‟intervenir. Cependant, est-ce
que le décret réglementaire va modifier ou abroger une loi ? De plus, dans le cas où le pouvoir
exécutif n‟a pas repris une matière qui lui est attribuée, s‟agit-il d‟une perte définitive sans
possibilité de reprise ? Que faire, surtout qu‟un nouveau référentiel comptable s‟impose de
plus en plus à la Tunisie ?
Sur le plan du champ d‟application, la loi de 1996 définit les destinataires de ce dispositif
normatif d‟une manière négative : elle détermine ceux pour lesquels il ne s‟applique pas
(l‟article 1 al. 2 de la loi de 1996 « ne s‟applique pas aux entreprises soumises, dans la tenue
de leur comptabilité, aux dispositions du code de la comptabilité publique et aux entreprises
qui répondent aux conditions fixées par des législations spéciales pour la tenue d‟une
comptabilité simplifiée définie par les normes comptables »). Cette délimitation négative du
domaine personnel du système comptable ne peut être sans intérêt 58. Le nouveau système
comptable s‟est doté comme vocation son application à toute « entreprise 59» de droit privé.

2.1.2 Appréciation du système à travers la pratique des entités économiques

Le SCE était en conformité avec les normes comptables en vigueur de l‟époque, au


moment de sa publication. Mais, après dix ans, les dysfonctionnements commencent à être
détectés. Ceci ne met nullement en cause les avantages qu‟il a procurés à l‟environnement
comptable tunisien :
Amélioration de la qualité de l‟information financière.
Règne d‟une culture comptable internationale de haut niveau.
Intégration des normes comptables internationales dans les programmes d‟études
universitaires.
Encouragement de la recherche dans le domaine comptable.
Sur la base d‟une étude empirique60 sur des sociétés cotées à la BVMT, la contribution du
SCE à l‟amélioration de la décision de placement a été affirmée (Zeghal, Chtourou & Mnif,

58
Frikha S. (2006), « Le nouveau système comptable des entreprises et la responsabilité des dirigeants
sociaux », Ordre des experts-comptables de la Tunisie (OECT) et l‟Institut supérieur de comptabilité et
d‟Administration des entreprises (ISCAE) (2006) : « Le Système Comptable des Entreprises : 10 ans après ? »,
vendredi 28 avril et samedi 29 Avril.
59
La notion d‟entreprise ne possède pas de définition juridique, mais la doctrine – par une approche basée sur
une définition économique - la définit comme une unité économique de création de richesse par la production, la
transformation, la distribution et la circulation des biens.
60
Une étude basée sur l‟approche utilisée par Zeghal et Meloche (1992) et qui consistait à vérifier l‟utilité des
données comptables en matière de placement par l‟examen de l‟association entre deux ensembles concurrents de
décision : Les décisions de placement fondées sur des données comptables et celles fondées sur des données
boursières avant et après l‟adoption du SCE 97.

69
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

2007). Une autre étude académique61 sur le marché financier a montré la pertinence des
variables résultat d‟exploitation, résultat des activités ordinaires avant impôts, éléments
exceptionnels et impôt sur les bénéfices telle qu‟introduite par le SCE depuis 1997 ; mais, elle
a montré également la non pertinence des variables flux de trésorerie d‟exploitation (Ben
Ayed & Abaoub, 2007). Mais, il a présenté des inconvénients :
De nombreux sujets demeurent non normalisés (contrats de location, impôts différés…).
Absence d‟explications et d‟interprétations sous forme de guidances.
Non-conformité de certaines normes comptables avec les normes comptables
internationales dans de nombreuses méthodes comptables.
Divergences entre plusieurs comptables et règles fiscales avec préférence accordée à ces
dernières en pratique.
Restructuration tardive62 du CNC (décret du 02/05/2007).
En profondeur, l‟objectif du SCE 1997, d‟enrichir le contenu informationnel des états
financiers préparés et publiés au service de l‟investisseur, n‟a pas été atteint. L‟information
comptable n‟a pas été enrichie et, les textes juridiques n‟ont eu une portée réelle. De même les
définitions n‟ont pas été comprises et appliquées. En l‟apparence, la présentation de
l‟information est quasiment homogène (Baâzaoui, 2007). Une autre étude académique63 a
montré que le secteur non financier en Tunisie publie les états financiers obligatoires mais
avec le choix de la méthode autorisé lorsqu‟elle est prévue par le normalisateur comptable
tunisien (Baâzaoui, 2007). Mais, la note sur le mouvement des capitaux propres et la Note
sur le résultat par action ne font pas foie dans les états financiers publiés.

2.2 La sécurité financière en Tunisie

Suite aux scandales boursiers connus partout dans le monde, une crise de confiance
s‟est répandue. Cette dernière remonte aux révélations de graves délits au sein de certaines
sociétés considérées jusqu‟à un temps proche comme exemplaires dans leur succès (Enron,
Worldcom et dernièrement Lehman Brothers). Cette chute a remis en cause la pertinence du
fonctionnement des systèmes financiers aux Etats-unis et par la suite dans le reste du monde.
Par conséquent, les systèmes de gouvernance des entreprises et fiabilisation de l‟information
financière ont été mis à l‟examen. Cette crise a permis de constater la passivité des membres
du conseil d‟administration et des actionnaires, la créativité comptable qui visait à dissimuler
aux analystes financiers le montant des engagements du groupe, l‟optimisme exagéré de
l‟information financière délivrée aux marchés, résultant d‟un phénomène de contagion due à

61
Ben Ayed M & Abaoub E. (2006), Ordre des experts-comptables de la Tunisie (OECT) et l‟Institut Supérieur
de Comptabilité et d‟Administration des Entreprises (ISCAE) (2006) : « Pertinence du résultat comptable et
contenu informatif de ses composantes : Une évidence empirique sur la bourse des valeurs mobilières de Tunis et
application du nouveau système comptable des entreprises 1997-2004 », vendredi 28 avril et samedi 29 Avril.
62
Abbes A. (2007), Ordre des experts-comptables de la Tunisie (OECT) - Congrès international : « IAS-IFRS :
Adaptation ou adoption & impact sur les PME », 24 et 25 Mai.
63
Matoussi H. (2006), Ordre des experts-comptables de la Tunisie (OECT) et l‟Institut supérieur de comptabilité
et d‟Administration des entreprises (ISCAE) (2006) : « Normalisation, Harmonisation et Homogénéité des
pratiques comptables : Evaluation du SCE 10 ans après sa promulgation », vendredi 28 avril et samedi 29 Avril.

70
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Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

l‟euphorie boursière, les pressions exercées sur les commissaires aux comptes pour les
pousser à fermer les yeux sur des pratiques douteuses etc.
Une action gouvernementale a été entreprise pour remédier à cette situation à travers des
processus législatifs pour renforcer leur structure juridique. Ceci a abouti à l‟adoption des lois
sur la sécurité financière telles que le Sarbanes-Oxley Act aux Etats-Unis et la loi de sécurité
financière en France. Parallèlement à ces nouveautés législatives, les organismes
normalisateurs en matière d‟audit ont procédé à un courant d‟amélioration de leurs normes et
réglementations. Nous citons notamment les efforts de l‟IFAC, reconnu comme étant l‟organe
suprême de normalisation en matière d‟audit à l‟échelle internationale, ainsi que les travaux
de l'Organisation Internationale des Commissions de Valeurs (OICV), l‟organe réunissant les
régulateurs publics au niveau mondial. Tout cet effort a mis en exergue deux éléments
fondamentaux : le renforcement des règles de gouvernance des entreprises et l‟amélioration
de la qualité des audits. Plusieurs dispositions traitent implicitement de la sécurité financière,
au niveau de la légalisation tunisienne. Nous citons notamment :
Les dispositions des articles 262 du code des sociétés commerciales ;
La loi n° 88-108 du 18 août 1988, portant refonte de la législation relative à la profession
d‟expert comptable ;
La loi n°2002-16 du 04 février 2002, portant organisation de la profession des comptables;
L‟arrêté du ministre des finances du 26 juillet 1991, portant approbation du code des
devoirs professionnels des experts comptables ;
L‟arrêté des ministres de l‟économie nationale et des finances portant homologation du
barème des honoraires des experts comptables et des commissaires aux comptes de
sociétés de Tunisie, telle que modifié par l‟arrêté des ministres des finances et de
l‟économie nationale du 23 janvier 1995.
La loi n° 2005-96 du 18 octobre 2005, relative au renforcement de la sécurité des relations
financières, renforce le dispositif juridique en la matière. Deux faits ont généré sa
promulgation :
D‟abord, le législateur tunisien voulait réagir aux scandales financiers au niveau
international. En effet, bien que l‟économie et le marché financier tunisiens n‟aient pas
été touchés directement de ces affaires, cette loi est une mesure préventive à de tels
scandales survenus.
Ensuite, la lourdeur de certaines affaires en Tunisie, telles que l‟affaire du groupe
BATAM, a semé des doutes sur l‟efficacité des procédures de contrôle mises en place au
niveau du marché financier tunisien et au rôle dédié aux commissaires aux comptes, en
tant que garant de la fiabilité de l‟information financière. Le professionnel comptable est
confronté à de nouveaux enjeux, suite à l‟avènement de cette nouvelle loi. Ces derniers
concerneront, notamment, l‟indépendance de leur jugement et la qualité leur services.

2.3 Degré d’harmonie entre le SCE et les IFRS

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

2.3.1 La relation comptabilité-fiscalité : Connexion ou déconnexion ?

Face à une déconnexion entre la fiscalité et la comptabilité au niveau du modèle


comptable anglo-saxon, la question est de taille pour celui qui va adopter les IFRS. En effet,
passer d‟un modèle comptable basé sur la satisfaction de l‟administration fiscale à un modèle
qui ne la considère pas comme son client primordial n‟est pas facile à l‟échelle nationale. La
problématique sera : est-il inévitable de faire la déconnexion ou bien est-il comme même
possible de maintenir une certaine connexion. Nous essayons, dans ce qui suit, de présenter la
solution vers laquelle la France va tendre probablement. Le maintien du principe de
connexion de la détermination des résultats comptables et fiscaux avec une présentation
déconnectée des documents comptables et fiscaux64 est recommandé. Il s‟agit, concrètement,
de comptabiliser les divergences qui existent entre les deux disciplines par des écritures d‟une
Classe 9 spécifique à créer. Ces enregistrements permettent :
De présenter des états de synthèse comptables non pollués par les règles fiscales.
De maintenir le lien entre la comptabilité et la fiscalité à des fins de validation.
La méthode proposée consiste, par des écritures purement fiscales enregistrées dans des
comptes de la classe 9 à créer, à remplacer :
Toutes les écritures comptables justifiées uniquement par des motivations fiscales
(exemple : Les amortissements dérogatoires…).
Tous les retraitements fiscaux extracomptables (réintégrations, déductions…).
Devant la définition des capitaux propres par les normes IFRS, la proposition d‟élaboration
d‟un bilan fiscal nécessite la définition de la terminologie d‟actifs, passifs et capitaux propres
appliquées au plan fiscal.
Dans le contexte tunisien, l‟étude de l‟impact de la fiscalité sur une éventuelle adoption des
IFRS nous amène à poser les questions relatives :
- aux divergences entre les normes comptables tunisiennes (correspondant à la version des
IAS de 1996) et les règles de fiscalité tunisienne,
- aux divergences entre les normes comptables tunisiennes et les IFRS,
- aux divergences entre les IFRS et les règles de fiscalité tunisienne,
- au rôle que joue la fiscalité dans l‟acceptation des normes comptables.
Lors de l‟adoption du système comptable des entreprises, le principe régissant l‟organisation
des rapports comptabilité/fiscalité a été posé:
« - Lorsqu‟une règle comptable formulée dans le système comptable des entreprises heurte
une autre règle divergente résultant d‟une disposition fiscale expresse, il est fait
application du principe de l’autonomie : la norme comptable appliquée est retraitée pour
les besoins de la détermination du résultat fiscal.
- En revanche, toutes les règles comptables formulées dans le système comptable des
entreprises qui ne heurtent aucune disposition expresse de la réglementation fiscale

64
Didelot L. & Barbe O. (2009), « Pour une nouvelle approche des relations entre la comptabilité et la fiscalité :
Introduction de la méthode de l‟impôt différé dans les comptes individuels », RFC n° 417, janvier, p. 34.

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

s‟imposent comme règles communes aux deux matières : comptabilité financière et droit
fiscal. »
Cette règle doctrinale en Tunisie est consacrée par un texte en droit fiscal français. Ce
principe est largement admis bien que sa concrétisation aussi bien en pratique qu‟en doctrine
administrative fiscale ne soit ni constante ni systématique. L‟inventaire des écarts entre les
référentiels comptables et la fiscalité fait surgir un certain nombre de questions stratégiques
inévitables parmi lesquelles :
- Jusqu‟à quand la fiscalité peut-elle bénéficier d‟une résistance gagnante face aux règles et
aux principes comptables pertinents ?
- Si la fiscalité ne s‟aligne pas sur la comptabilité à un niveau suffisant, peut-on maintenir la
connexion de la comptabilité avec la fiscalité ou faut-il suivre les anglo-saxons et opter
pour la déconnexion des deux disciplines ?
- Enfin, et c‟est qui semble le plus probable, peut-on maintenir le statu quo actuel où la
comptabilité normalise et la pratique fiscalise65 ?
L‟inévitable convergence, de caractère irréversible du système comptable tunisien vers les
IFRS, qui offre à priori la solution la plus favorable au développement économique, demeure
inopérante sans la convergence de la fiscalité vers les référentiels comptables.
« Ce qui importe aujourd‟hui, c‟est de choisir clairement l‟objectif de convergence de la
fiscalité vers les référentiels comptables et de s‟engager pour mettre ce projet en œuvre au
concret66 ». En fait, il s‟agit d‟un changement de paradigme : d‟une conception juridique
basée sur les contrats et pièces justificatives, concept de créances acquises et dettes certaines
interprété de façon restrictive - puisque les provisions ne sont pas considérées comme des
passifs et la déductibilité des dépréciations est très réduite (avec une limitation du champ
d‟application et un plafonnement à30% des bénéfices fiscaux) - nous passons à une
conception économique et financière libérée des contraintes juridiques faisant appel à la juste
valeur, aux actualisations, aux estimations, aux calculs et aux jugements professionnels.
L‟enjeu consiste à revoir des principes sur lesquels se base la fiscalité67.

2.3.2 Le concept de Juste Valeur : Le concept central

La juste valeur est selon l‟IASB, dans le § 11 de la norme IAS 32, « le montant pour
lequel un actif peut être échangé, ou un passif réglé, entre deux parties bien informées et
consentantes dans le cadre d‟une transaction effectuée dans des conditions de concurrence
normale ». L‟IASB considère le concept de juste valeur comme le fondement d‟un nouveau
modèle comptable de représentation de l‟entreprise. La recherche d‟une meilleure traduction
des valeurs réelles des actifs et des passifs dans les états financiers par leur confrontation aux

65
Yaich A. (2006), Ordre des experts-comptables de la Tunisie (OECT) et l‟Institut supérieur de comptabilité et
d‟Administration des entreprises (ISCAE) (2006) : « Le Système Comptable des Entreprises : 10 ans après ? »,
vendredi 28 avril et samedi 29 Avril.
66
Ibid.
67
Yaich A. & Derbel F. (2007), Ordre des experts-comptables de la Tunisie (OECT) - Congrès international :
« IAS-IFRS : Adaptation ou adoption & impact sur les PME », 24 et 25 Mai.

73
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

données du marché de façon annuelle justifie cette orientation. On parle d‟une manière
permettant une meilleure appréhension de l‟incertitude entourant les prévisions de cash-flows
et les opportunités d‟investissement. La juste valeur doit être appréciée dans un contexte de
continuité d‟exploitation sans l‟existence d‟une intention ou même d‟une nécessité de
liquidation, de réduction significative de l‟étendue de ses activités ou de l‟engagement dans
une transaction à des conditions défavorables. Donc, elle n‟est pas le montant qu‟une entité
recevrait ou paierait dans une transaction contrainte, une liquidation involontaire, ou une
vente de biens sur saisie (IAS 39 § AG 69). La détermination de la juste valeur peut être
schématisée comme suit :
Est-ce que l‟instrument
Oui La juste valeur est le cours
financier est négocié sur un
observé sur le marché.
marché actif ?

Non

Est-ce qu‟il y a une transaction


Oui La juste valeur est le prix utilisé
récente portant sur un
dans la transaction.
instrument financier similaire ?

Non

L‟entreprise doit utiliser les


techniques de valorisation pour
établir la juste valeur ?
Il est à noter que le concept de juste valeur ne se limite pas à la valeur de marché. Il s‟étend à
d‟autres méthodes d‟évaluation à défaut de prix de marché observé sur un marché actif :
La référence à un marché actif.
Le prix de marché d‟un élément aux caractéristiques proches.
Le calcul de la valeur actuelle nette des flux futurs.
La valeur d’échange sur laquelle s‟accordent deux parties indépendantes.

2.3.3 Les instruments financiers : Un pas vers l’avant ou un pas vers l’arrière ?

On constate qu‟il n‟y a pas de normes comptables tunisiennes spécifiques aux


instruments financiers. Seulement certains aspects ont été normalisés en Tunisie comme le
rachat d‟actions propres par la NCT 2 et les placements par la NCT 7. Les instruments
financiers composés ne bénéficient pas de dispositions normatives dans les NCT. Le
référentiel tunisien traite de la même façon les actions propres données en paiement,
revendues ou annulées sauf en cas de perte ou d‟insuffisance des bénéfices non répartis. Le
reliquat non couvert par les éléments des capitaux propres sera comptabilisé en pertes
extraordinaires de l‟exercice ou parmi les charges à répartir. L‟autre divergence consiste à ce
que l‟IASB exige la déduction des frais occasionnés par l‟émission ou l‟acquisition
d‟instruments de capitaux propres des capitaux propres en net d‟impôt. Or, le référentiel
tunisien inscrit leur comptabilisation en charge de l‟exercice de leur engagement ou bien

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étalés sur plusieurs exercices. De plus, le Board prévoit que les coûts de transaction sont à
inclure dans la juste valeur de l‟instrument financier lors de sa comptabilisation initiale au
bilan alors que le référentiel tunisien les exclut du coût d‟entrée. Les passifs financiers non
détenus pour des fins de transaction sont évalués au coût amorti et la prime de remboursement
sera étalée sur la base du taux effectif du passif. En Tunisie, les placements (sauf ceux à long
terme) sont amortis systématiquement sur la durée de l‟emprunt au prorata des intérêts courus.
Les normes IAS 32 et IAS 39 étaient l‟un des problèmes comptables ayant sollicité le plus
d‟attention des spécialistes lors de leur élaboration et étaient parmi les normes les plus
critiquées même après leur publication. C‟est pourquoi nous nous attarderons sur la
compréhension de leurs principales caractéristiques (Annexe 1 : LES ENJEUX LIES A
L’UTILISATION DES INSTRUMENTS FINANCIERS DANS L’ACTIVITE DE NEGOCE
INTERNATIONAL DE SUCRE). L‟étude sera axée sur ces deux objectifs de base :
 Décrire les caractéristiques de ces deux normes en définissant les interprétations
obligatoires quand l‟une d‟entre elles est fondée sur des principes plutôt que sur des
règles.
 Mettre en avant le cheminement ayant amené à l‟intégration du principe de la
comptabilité de couverture au sein de la norme IAS 39.

2.3.3.1 Les caractéristiques intrinsèques des normes IAS 32, IAS 39 & IFRS 7

la révision normes IAS 32 et IAS 39 (effectuée dans le cadre du projet


d‟Amélioration) s‟est assignée comme objectif, la réduction de la complexité qui les entache
dans leur ancienne forme avec l‟élimination des incohérences internes et l‟intégration des
anciennes interprétations : une révision limitée est accordée à la norme IAS 32 dans le but de
fournir des commentaires sur des questions choisies (comme l‟évaluation de composantes
d‟un instrument financier composé lors de sa comptabilisation initiale) et de concentrer les
informations à fournir en totalité dans une seule norme (IFRS 7). Celle-ci elle constitue le
regroupement de différentes normes existantes (notamment IAS 30 en totalité et IAS 32 en
partie). De même, une révision normative limitée d‟IAS 39 était destinée à donner des
commentaires complémentaires sur des questions choisies (comme la décomptabilisation des
actifs et passifs financiers à la juste valeur). On en déduit la volonté du Board de conserver
son approche fondamentale de présentation et de comptabilisation des instruments
financiers. En effet, une lecture de ces normes permet de dégager une répartition dans les
thèmes relatifs aux instruments financiers :
Thèmes IAS 32 IAS 39
Classements Capitaux propres / Dettes X
Actions propres et dérivés sur actions propres X
Définition de la juste valeur X
Classement des intérêts, dividendes et profits & pertes relatifs à ces
X
instruments
Compensation des actifs et des passifs financiers X
Informations à fournir en annexe X
Portefeuilles titres X

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Prêts / Créances commerciales X


Dettes X
Produits dérivés X
Opérations de couverture X
Sortie d‟actifs / passifs financiers (Titrisation) X
Compensation (netting) X

L‟IASB définit l‟instrument financier comme le rapport contractuel impliquant un actif


financier pour une partie et un passif financier ou un instrument de capitaux propres pour
l‟autre. Peut-on, alors, se demander quelles sont les modalités instaurées par la norme et
permettant de distinguer les premiers des seconds ? Son approche consistait à attribuer une
définition par énumération pour chacun de ces éléments financiers comme le montre le
tableau suivant :
Actif financier Passif financier
Trésorerie
Droit contractuel de recevoir de la trésorerie ou un Une obligation contractuelle de remettre de la
autre actif financier d‟une autre entité trésorerie ou de tout autre actif financier à une entité
Droit contractuel d‟échanger des instruments Une obligation contractuelle d‟échanger des
financiers avec une autre entité à des conditions instruments financiers avec une autre entité à des
potentiellement favorables conditions potentiellement défavorables
Instruments de capitaux propres d‟une autre entité

Les actifs financiers (IAS 32 § 11) : La définition présentée est relativement concise.
L‟actif financier est en premier lieu un actif c'est-à-dire « Une ressource contrôlée par une
entreprise en résultat d‟évènements passés et dont l‟entreprise espère des bénéfices
économiques futurs ». En deuxième lieu, l‟actif doit comporter un élément financier.
Les passifs financiers (IAS 32 § 11) : La définition présentée est comparable, dans sa
logique, à celle des actifs financiers. Le passif financier est en premier lieu un passif c'est-à-
dire « Une obligation présente née d‟évènements passés et dont le règlement prévu par
l‟entreprise, provoquera la sortie de ressources sacrifiant des bénéfices économiques.
Les contrats dérivés – une nouveauté de la norme IAS 39 : La définition d‟un produit
dérivé le qualifie de contrat aux caractéristiques suivantes :
Il est adossé à une véritable sous-jacente faisant varier la valeur du contrat suite à sa
réaction aux évolutions du marché (taux d‟intérêt, taux de change, prix d‟une action, prix
d‟une matière première, notation de crédit....) à condition que cette variable spécifique
(sous-jacente) - lorsqu‟elle n‟a pas l‟aspect financier - ne soit pas une variable spécifique
à l‟une des parties au contrat dite sous-jacent.
Il est d‟un investissement net initial nul ou faible par rapport à d‟autres types de contrats
réagissant de manière similaire aux évolutions des conditions du marché (le contrat
d‟option satisfait cette condition eu égard à l‟infériorité de la prime à l‟investissement
initial nécessaire pour obtenir l‟instrument financier sous-jacent sur laquelle porte
l‟option).
Son règlement est prévu à une date future.
Cette définition englobe aussi bien les instruments dérivés classiques (exemple le swap) que
d‟autres instruments comme certains contrats d‟assurances indexés sur des variables de

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marché ou certains contrats sur des matières premières conclus dans le cadre d‟un achat
déconnecté de l‟activité de la société. La reconnaissance de ce nouveau type d‟instruments
financiers provient de la distinction faite par l‟IASB entre instruments primaires et
instruments dérivés (IAS 39 § 09). En vertu du paragraphe AG 15 de la norme IAS 32, les
créances, les dettes et les capitaux propres sont des instruments primaires alors que les
options, les contrats à terme (de gré à gré ou normalisé) et les swaps de taux d‟intérêt et de
devises sont des instruments dérivés. Le recours aux instruments dérivés s‟explique par la
volonté de la société de se prémunir contre divers risques en exploitant leurs variations dans
un sens contraire aux variations du support soumis au risque et permettant, par conséquent, la
compensation lors du dénouement de l‟opération. Ainsi, l‟impact sur les états financiers sera
totalement ou partiellement neutralisé.
Avec la norme IAS 39, les instruments dérivés ont connu un véritable essor. Auparavant, ces
dérivés étaient gérés en hors-bilan (c'est-à-dire non comptabilisables vu qu‟ils sont sans valeur
initiale). Or, actuellement, les instruments dérivés à terme sont à présenter en bilan puisqu‟ils
répondent à la définition d‟un actif ou d‟un passif. Effectivement, l‟existence d‟un contrat
entre deux parties produit certains éléments : l‟existence de bénéfices économiques, le
contrôle de ces bénéfices économiques et la souscription préalable attestant d‟évènements
passés s‟il s‟agit d‟un dérivé actif; et la sortie de ressources et la souscription préalable
attestant d‟évènements passés s‟il s‟agit d‟un dérivé passif.

2.3.3.1.1 L’étendue du pouvoir souverain des normes IAS 31, IAS 39 & IFRS 7 : un
véritable casse-tête pour les entreprises

Un examen préliminaire de ces normes permet de constater la fidélité de l‟IASB à sa


pratique de configuration d‟une norme (sur le plan de la forme, l‟architecture n‟a pas donné
lieu à une nouveauté). Toutefois, une dérogation à son habitude dans la normalisation d‟une
matière est nettement touchée par la mise en vigueur de trois normes ce qui s‟expliquait par la
difficulté éprouvée par le Board dans la normalisation de la matière « instruments
financiers ». Il consacre, à ce propos, une norme (IAS 32) pour la présentation, une autre
norme (IAS 39) pour le traitement comptable et, une norme tirée de la première avec
amélioration (IFRS 7) pour les informations à fournir. Tout ce travail était mené, par le Board,
dans le but d‟aider les utilisateurs des états financiers à une meilleure compréhension de
l‟importance des instruments financiers (relatifs à la situation financière, à la performance et
aux flux de trésorerie d‟une entité). Aussi, visait-il la mise en place de principes de
comptabilisation et d‟évaluation des actifs financiers, des passifs financiers et de certains
contrats d‟achat ou de vente d‟éléments non financiers. Donc, fortement annoncé, le
normalisateur adopte une approche de plus en plus orientée vers les principes. Ne serait-ce,
qu‟au niveau du fond, les ambiguïtés ne manquent pas. Ceci est touché à travers la difficulté
de mise en œuvre de ces normes par les entités concernées. En effet, le champ d‟application
(ou bien la compétence d‟attribution octroyée par le normalisateur à ces normes) est en lui-

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même une source de difficulté : l‟orientation de l‟IASB était, d‟apparence, un champ


d‟application élargi avec des espaces retranchés. Une analyse approfondie montre que
l‟exclusion (qui est un régime d‟exception) comporte une exclusion de l‟exclusion c'est-à-dire
une réinsertion de certains domaines dans le champ d‟application des normes IAS 32 et IAS
39. A vrai dire, l‟exclusion se justifie par le traitement de certains aspects par d‟autres normes
spécifiques. La réinsertion est, aussi, justifiée : les normes IAS 32 et 39 demeurent en
possession d‟un pouvoir d‟application sur les éléments découlant des éléments spécifiques
traités par des normes spécifiques. En effet, sont hors champs :
Les participations dans les filiales, les entreprises associées et les co-entreprises
comptabilisées conformément aux dispositions des normes IAS 27, IAS 28 et IAS 31.
Les droits et les obligations générées par des contrats de location demeurant sous l‟égide
de la norme IAS 17.
Les actifs et passifs des employeurs résultant des plans d‟avantages au personnel régis par
la norme IAS 19.
Des instruments de capitaux propres émis par l‟entité qui présente les états financiers, y
compris les options, les warrants et les autres instruments financiers qui sont classés dans
les capitaux propres de l‟entité qui présente les états financiers conformément à la norme
IAS 32.
Les droits et obligations découlant des contrats d‟assurance tels que définis par la norme
IFRS 4.
Les instruments financiers qui sont dans le champ d‟application de la norme IFRS 4
puisqu‟ils contiennent un élément de participation discrétionnaire.
L‟émetteur des instruments financiers régis par la norme IFRS 4 bénéficie de l‟exemption
d‟application de la norme IAS 32 dans son volet distinctif entre les passifs financiers et
les instruments de capitaux propres (IAS 32 § 15-32).
Les contrats au titre d‟une contrepartie éventuelle d‟un regroupement d‟entreprises,
uniquement pour l‟acquéreur.
Les contrats conclus entre deux entités dans le cadre d‟un regroupement d‟entreprises
portant sur l‟acquisition différée d‟une entité.
Les engagements de prêts qui ne peuvent être réglés « Net in cash 68» ou dans un autre
instrument.
Les instruments financiers, les contrats et les obligations relevant de transactions dont le
paiement est fondé sur des actions soumises aux dispositions de la norme IFRS 2.
Les garanties financières69 et dérivés répondant à la définition de contrat d‟assurance
couvert par la norme IFRS 4 (lorsqu‟il prévoit un paiement en remboursement des pertes

68
Est considéré comme tel, s‟il est décaissé par versements échelonnés (exemple : un prêt hypothécaire à la
construction décaissé par versements échelonnés en fonction de la progression des travaux). L‟émetteur d‟un
engagement à fournir un prêt à un taux d‟intérêt inférieur au marché doit le comptabiliser à sa juste valeur et,
l‟évaluer, par la suite, au plus haut du montant comptabilisé selon la norme IAS 37 et le montant comptabilisé
initialement diminué de l‟amortissement cumulé selon la norme IAS 18.
69
Elles revêtent plusieurs formes juridiques (exemple : Contrats de garanties financières, lettre de crédit, contrat
de crédit couvrant le risque de défaillance ou contrat d‟assurance).

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subies en cas de défaillance d‟un débiteur spécifique à la date d‟exigibilité du paiement et


lorsque le risque d‟assurance est significatif).
Les garanties financières et dérivés ne répondant pas à la définition de contrat d‟assurance
couvert et pour lesquelles existait une liaison avec la vente de marchandises (IAS 18).
Les contrats conclus et maintenus en vue de la réception ou livraison d‟un élément non
financier selon les contraintes auxquelles s‟attend l‟entité en matière d‟achat, vente ou
utilisation (ceci ne signifie pas l‟exclusion dérivés incorporés identifiés et comptabilisés
séparément).
Sont regagnés dans le terrain du pouvoir d‟application des normes IAS 32 & 39 :
Les participations dans les filiales, les entités associées ou les dans les co-entreprises au
niveau des états financiers individuels de la mère, de l‟investisseur ou du Co-entrepreneur
et les instruments dérivés relatifs à ces participations (sur le plan de leur comptabilisation
c'est-à-dire applicabilité de la norme IAS 39).
Les contrats de location sur le plan de la comptabilisation :
Des créances en résultant et comptabilisées au bilan du bailleur (IAS 39).
Des dettes en résultant et comptabilisées au bilan du bailleur (IAS 39).
Des dérivés incorporés à ces contrats (IAS 39).
Les instruments de capitaux propres y compris les options, warrants et autres instruments
financiers au niveau du preneur sauf s‟ils sont des participations dans les filiales, les
entreprises associées ou les co-entreprises sur le plan de la norme IAS 39 seulement.
Les dérivés incorporés aux contrats d‟assurance s‟ils ne constituent pas un contrat
d‟assurance.
Les instruments financiers créés par l‟émetteur et qui sont soumis aux dispositions de la
norme IFRS 4 (Hors mis les dispositions de distinction entre passifs financiers et capitaux
propres de la norme IAS 32).
Les contrats au titre d‟une contrepartie éventuelle dans un regroupement d‟entreprises du
côté du cédant.
Les engagements de prêt que l‟entité désigne comme passifs financiers évalués à la juste
valeur par le biais du compte de résultat (IAS 39). Les actifs d‟engagements de prêt
vendus par une entité, dans le cadre de sa pratique habituelle après leur création sont
soumis aux dispositions de la norme IAS 39 et à la totalité des engagements de prêt de la
même catégorie. La décomptabilisation prescrite par la norme IAS 39 s‟applique à ces
engagements.
Les contrats inclus dans le champ d‟application des § 5 à 7 de la norme IAS 39 ainsi que
les actions propres acquises, vendues, émises ou annulées dans le cadre de plans
d‟options sur actions réservées aux membres du personnel, de plans d‟achat d‟actions
réservés aux membres du personnel et de tous autres accords dont le paiement est fondé
sur des actions régies par la norme IAS 32.
Les garanties financières et dérivés ne répondant pas à la définition de contrat d‟assurance
au sens de la norme IFRS 4 (exemple : Le paiement en cas de variation de taux d‟intérêt,
du prix d‟un titre, de la notation d‟un crédit, d‟un cours de change, d‟un indice ou d‟une

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autre variable). De telles garanties sont évaluées à la juste valeur par le biais du compte
de résultat sauf relation de couverture de flux de trésorerie ou d‟investissement net.
Les contrats d‟achat ou de vente d‟un élément non financier qui peut faire l‟objet d‟un
règlement net en trésorerie ou autre instrument financier ou échange d‟instrument
financier comme si les contrats étaient des instruments financiers.
Pour la communication, l‟entreprise est tenue de fournir le maximum d‟informations à
l‟intention des utilisateurs des états financiers pour pouvoir évaluer l‟importance des
instruments financiers par rapport à leur situation financière (Annexe 2 : L’INTERET
PRATIQUE DES INSTRUMENTS FINANCIERS). Les données suivantes doivent être
fournies70 :
 BILAN
1°) Les catégories d‟actifs et passifs financiers [valeurs actifs (passifs) financiers à la
juste valeur par le résultat, les placements détenus jusqu‟à leur échéance, prêts et
créances, actifs financiers disponibles à la vente, passifs financiers évalués au coût
amorti].
2°) Le reclassement (actif financier évalué au coût amorti, et non plus à la juste valeur
et vice versa).
3°) La dé comptabilisation (nature des actifs, nature des risques et charges et
avantages attachés.
4°) Les instruments de garantie (valeur comptable des actifs financiers donnés en
garantie de passifs ou de passifs éventuels…).
5°) Le compte de correction de valeurs pour pertes de crédit.
6°) Les instruments financiers composés comprenant de multiples dérivés incorporés.
7°) Les défaillances et inexécutions (l‟entreprise est obligée de fournir certaines
informations relatives aux emprunts comptabilisés à la date de clôture).
8°) Les éléments de produits, de charges, de profits ou de pertes.
 AUTRES INFORMATIONS A FOURNIR
1°) Les méthodes comptables.
2°) La comptabilité de couverture (type de couverture...).
3°) La juste-valeur (une entreprise doit indiquer la juste valeur de chaque catégorie
d‟actifs et de passifs financiers de façon à permettre la comparaison avec la valeur
comptable).
 LA NATURE ET L‟AMPLEUR DES RISQUES DECOULANT DES INSTRUMENTS
FINANCIERS : l‟entreprise est obligée de fournir des informations qualitatives et
quantitatives permettant aux utilisateurs de ses états financiers d‟évaluer de la nature et
l‟ampleur des risques engendrés par les instruments financiers à la date de clôture. Les
informations portent sur ces risques et sur la façon de leur gestion.

2.3.3.1.2 La classification : La variable explicative de la modalité de

70
Ce résumé est extrait du site www.focusifrs.com

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comptabilisation des divers instruments financiers

La classification des instruments financiers est une affaire hautement sensible


puisqu‟elle joue un rôle décisif dans la détermination de la modalité selon laquelle ces
instruments seront comptabilisés. C‟est ce qui explique l‟attardement du Board sur la
normalisation de cet aspect. Il accorde une grande importance à la nécessité de distinguer les
actifs financiers, les passifs financiers et les instruments de capitaux propres. Ensuite, il essaie
d‟être le plus précis possible en normalisant la question de la classification. A propos de la
classification en passifs financiers ou en instruments de capitaux propres (IAS 32 § 11 - 17),
le Board considère que les capitaux propres ne sont pas déterminés par leur essence même.
Désormais, c‟est le patrimoine d‟une entité (composé d‟actifs et de passifs pris en compte
selon les autres normes) qui détermine comptablement, entre autres, ses capitaux propres.
Ainsi, est-il considéré comme instrument de capitaux propres, tout contrat susceptible de
prouver l‟existence de ce résidu. Il s‟agit par exemple des actions ordinaires non
remboursables au gré du porteur, des bons ou options de souscription ou d‟acquisition
d‟actions permettant au porteur de souscrire ou d‟acquérir un nombre déterminé d‟actions
ordinaires de l‟entité émettrice non remboursables au gré du porteur en échange d‟un montant
déterminé de trésorerie ou d‟un autre actif financier.
En application de la convention de la primauté du fond sur la forme, l‟émetteur d‟un
instrument financier sera tenu de classer l‟instrument ou ses composantes en tant que passif
ou en tant qu‟instrument de capitaux propres par référence à la substance du contrat lors de sa
comptabilisation initiale. Le classement d‟un instrument financier en capitaux propres devient
une obligation dans les situations suivantes :
Il ne ressort de l‟instrument aucune obligation contractuelle de remise de la trésorerie ou
d‟un autre actif financier à l‟autre partie ou bien d‟échange d‟un autre instrument
financier avec le porteur dans des conditions défavorables (il s‟agit en fait de
l‟instrument financier qui ne répond pas à la définition d‟un passif).
Si l‟instrument sera réglé en instrument de capitaux propres de l‟émetteur, il s‟agit (a)
d‟un instrument non dérivé n‟incluant pas une obligation contractuel pour l‟émetteur de
délivrer un nombre variable de ses instruments représentatifs de capitaux propres ou (b)
d‟un instrument dérivé qui ne sera réglé qu‟au moyen d‟échange par l‟émetteur d‟un
montant fixe de trésorerie ou un autre actif financier contre un nombre fixe d‟instrument
de capitaux propres de l‟émetteur lui-même.
A cette fin, les instruments de capitaux propres de l‟émetteur n‟incluent pas les instruments
constituant eux-mêmes des contrats de réception ou de livraison, à une date future
d‟instruments de capitaux propres de l‟émetteur. Un instrument financier, n‟établissant pas
expressément une obligation contractuelle de régler en trésorerie ou dans un autre
instrument financier peut créer une obligation implicite par le biais de ses modalités. Donc,
la substance des dispositions commerciales constitue le facteur déterminant du classement
d‟un actif. Un contrat ne constitue pas un instrument de capitaux propres par le seul fait qu‟il

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peut avoir pour résultat la réception ou la livraison d‟un instrument de capitaux propres de
l‟entité ; une entité peut émettre des instruments dérivés sur ses propres actions, ce qui va
engendrer deux types de dénouement :
Dénouement « physique » par lequel il y a échange d‟un montant fixe de trésorerie contre
un nombre fixe d‟actions, par exemple, la vente d‟une option d‟achat donnant à la
contrepartie le droit d‟acheter un nombre fixe d‟actions pour un montant fixe de
trésorerie.
Dénouement net consistant en l‟échange de (a) un montant de trésorerie égal à la juste
valeur d‟un nombre fixe d‟actions propres dit « net cash » ou bien (b) un nombre variable
d‟actions propres contre un montant fixe de trésorerie dit « Net Share » comme la vente
d‟une option d‟achat qui donne à la contrepartie le droit d‟acheter pour un montant fixe
de trésorerie un nombre variable d‟actions propres (selon la juste valeur des actions à la
date d‟exercice de l‟option).
Seuls les dérivés qui seront obligatoirement dénoués par l‟échange d‟un montant fixe de
trésorerie ou un autre actif financier en contrepartie d‟un montant fixe d‟actions propres -
autres que dérivés - sont des instruments de capitaux propres qui doivent être inscrits, lors de
leur prise en compte initiale parmi les capitaux propres de l‟entité. Ainsi, les primes payés ou
reçues au titre de ces instruments sont comptabilisées directement en capitaux propres et la
variation de la juste valeur de ces dérivés n‟est pas comptabilisée. Tous les autres dérivés sur
actions propres sont comptabilisés en tant que dérivés. Si le dénouement du dérivé donne lieu,
in fine, à un dénouement « Net Share », il est comptabilisé comme une transaction de capitaux
propres. Du coté des options de règlement, l‟instrument financier dérivé sera classé comme
actif financier ou passif financier, quand il confère à une partie le choix du mode de règlement
(par exemple, lorsque l‟émetteur peut choisir d‟effectuer un règlement net en trésorerie ou par
l‟échange d‟actions propres contre de la trésorerie), sauf si tous les modes de règlement
possibles n‟en font qu‟un instrument de capitaux propres.
Certains contrats d‟achat ou de vente d‟un élément non financier en échange d‟instruments de
capitaux propres de l‟entité sont régis par la norme IAS 39 (car ils peuvent être réglés soit par
la remise de l‟élément non financier soit par un paiement net en trésorerie ou en un autre
instrument financier). Ils sont considérés actifs financiers ou passifs financiers et non des
instruments de capitaux propres. Un examen des termes d‟un instrument financier non dérivé
doit être effectué par son émetteur, pour pouvoir déterminer s‟il est composé en même temps
d‟un élément de passif et d‟un élément de capitaux propres. Ce cas conduit à une
comptabilisation séparée des différentes composantes de l‟instrument financier qui :
Inclut à la fois une composante dette et une composante « capitaux propres ».
Inclut une option au détenteur de l‟instrument de le convertir en un instrument de
« capitaux propres ».
Cette séparation ne conduit, donc, pas à une comptabilisation d‟un profit ou d‟une perte du
fait de sa comptabilisation et de son évaluation. Le classement des éléments de passif et de
capitaux propres d‟un instrument convertible n‟est pas revu du fait de l‟évolution de la
probabilité qu‟une option de conversion sera exercée, même si la levée de l'option peut

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apparaître comme économiquement avantageuse pour certains porteurs. Après avoir


déterminé ses actifs et ses passifs financiers ainsi que ses instruments de capitaux propres, la
possibilité de compensation d‟un actif financier et d‟un passif financier demeure toujours une
question d‟actualité pour les entreprises. Pour le Board, la compensation (IAS 32 § 42) n‟est
pas une option, mais, une obligation conditionnée par la satisfaction de deux conditions :
L‟entité dispose actuellement d‟un droit juridique exécutoire de compensation des
montants comptabilisés.
L‟entité a l‟intention de régler le montant net ou de réaliser l‟actif et de régler le passif
simultanément.
Donc, la compensation n‟est pas un régime général mais une permission imposée par la réalité
de la situation économique des transactions, une situation doublement renforcée par la volonté
de la direction de la société. C‟est pour cela que la compensation est interdite lorsque l‟actif
financier transféré n‟est pas éligible au régime de la décomptabilisation. En fait, la
compensation n‟est ouverte que lorsqu‟il y a un droit établi contractuellement ou autrement
donnant lieu au règlement ou à l‟élimination totale ou partielle par le débiteur d‟un montant
dû à un créancier en imputant sur celui-ci le montant dû par le créancier. Ici, la simultanéité
(au sens temporel) est une condition de fond puisque ce fait rend les flux de trésorerie
équivalents au montant net unique sans exposition au risque de crédit ou de liquidité (comme
dans le cas de présence d‟une chambre de compensation sur un marché financier organisé ou
une transaction de gré à gré). Les instruments financiers dits « synthétiques » ne sont pas
éligibles à la compensation, en raison du but pour lequel les regroupements de divers
instruments financiers sont réalisés. En effet, ces derniers reproduisent les caractéristiques
d‟un autre instrument financier. Tel est par exemple le cas d‟une dette à long terme à taux
variable combinée à un swap de taux d‟intérêt impliquant la réception de paiements variables
et la réalisation de paiements fixes. Pour déterminer le traitement comptable adéquat et
permettant de donner une image fidèle des transactions portant sur les instruments financiers,
l‟IASB a choisi la catégorisation aussi bien des actifs financiers que des passifs financiers.
Pour classifier catégoriellement un instrument financier, le recours à un critère subjectif, celui
de l‟« intention » de détention, est du point de vue de l‟IASB pertinent. Il considère que la
réalité économique d‟une transaction ne peut être appréhendée qu‟à travers les mobiles de la
direction de l‟entreprise puisque c‟est elle qui est à l‟origine de sa réalisation. En fait, l‟IASB
cherche le contexte de la réalisation d‟une transaction, pour donner la meilleure évaluation. la
juste valeur serait l‟évaluation la plus pertinente lorsque la détention de l‟instrument financier
remonte à la recherche de l‟exploitation du bénéfice qui peut être tiré des évolutions d‟un
marché. La norme IAS 39 dans son § 5 classe les actifs et les passifs financiers selon les
catégories présentées dans le tableau suivant :

Actifs financiers Passifs financiers


Les actifs financiers évalués à leur juste valeur par le Les passifs financiers évalués à leur juste valeur par le
biais du compte de résultat biais du compte de résultat
Les actifs financiers détenus jusqu‟à leur échéance Les autres passifs financiers
Les prêts et créances émis par l‟entité
Les actifs disponibles à la vente

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

La catégorie des actifs évalués à la juste valeur par le biais du compte de résultat renferme les
actifs pour lesquels la juste valeur constitue la meilleure évaluation reflétant la substance
économique de la transaction ayant permis leur détention par l‟entité. C‟est pour cela que
cette catégorie incorpore les actifs financiers détenus à des fins de transaction (la finalité
recherchée est l‟appropriation de bénéfices à court terme découlant des fluctuations du
marché ou de la réalisation d‟une marge sur l‟opération, ou bien les actifs appartenant à un
portefeuille démontrant l‟existence d‟un rythme effectif récent de prise de bénéfices à court
terme et, les actifs connus comme instruments dérivés hors ceux de couverture).

La transaction est, en elle-même, un mouvement actif et fréquent d‟achats et de ventes. De


plus, la classification n‟est pas une affaire objective. Elle reflète une part de subjectivité
matérialisée par le critère de l‟intention. Il affecte d‟une part les instruments hybrides
composés d‟un ou plusieurs produits dérivés incorporés, pour pouvoir réduire la distorsion
comptable susceptibles de résulter de l‟évaluation des actifs et des passifs ou de la
reconnaissance de gains et pertes réalisés sur ceux-ci sur des bases différentes et de l‟autre un
groupe d‟actif et/ou passifs générés et dont la performance est évaluée sur la base de la juste
valeur dans le cadre d‟une stratégie de gestion des risques. Sont également exclus de cette
catégorie les investissements en capitaux propres non cotés sur un marché actif et dont la juste
valeur ne peut pas être mesurée avec fiabilité. La catégorie des actifs détenus jusqu‟à leur
échéance renferme les actifs financiers non dérivés à paiements fixés ou déterminables et à
échéance fixée dont la direction de la société déclare expressément son intention et sa
capacité de les conserver jusqu‟à leur maturité. Sont exclus de cette catégorie les instruments
classés en actifs financiers évalués à la juste valeur par le biais du compte de résultat ainsi que
ceux classés en tant qu‟actifs disponibles à la vente et ceux classés en tant que créances et
prêts émis par la société. Il s‟agit, en fait, d‟une catégorie résiduelle. Cette catégorie est
sécurisée par l‟exigence de respect de ces conditions non à la comptabilisation initiale mais
aussi à chaque clôture.

Pour le Board, il existe un défaut d‟intention expresse, si l‟entité a l‟intention de conserver


l‟actif financier pour une période indéfinie ou si elle est prête à le céder suite au changement
des taux d‟intérêt du marché ou des risques ou bien pour satisfaire un besoin de liquidité ou
des changements dans la disponibilité et le rendement dégagé sur des placements alternatifs
ou bien encore suite à des changements des sources et des modalités de financement ou les
risques sur devises ou bien l‟émetteur a le droit de régler l‟actif financier pour un montant
sensiblement inférieur à son coût amorti. La capacité de l‟entité à détenir les actifs jusqu‟à
l‟échéance est remise en cause, si l‟entité ne dispose pas de ressources financières lui assurant
le financement des actifs jusqu‟à leur échéance ou bien si l‟entité est soumise à des
contraintes juridiques ou autres qui pourraient l‟empêcher de détenir les actifs jusqu‟à leur
échéance.
Arbre décisionnel

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Existe-t-il une intention de vendre l’actif oui


financier à court terme ?

non

L’actif appartient-t-il à un portefeuille pour


oui Actifs à la juste valeur par le
lequel il existe un historique récent de prise
résultat
de bénéfice à court terme ?

non

L’entreprise utilise-t-elle l’option juste oui


valeur ?

non

L’entreprise a-t-elle l’intention et la capacité oui Actifs détenus jusqu’à


de détenir l’actif jusqu’à son échéance ? l’échéance

non

Actifs financiers disponibles à la vente

Extrait de OBER Emilie « Instruments Financiers IAS 32 – 39 & IFRS 7 ».


C‟est le même esprit réservé aux actifs évalués à la juste valeur par le biais du compte de
résultat qui est transcrit, pour la catégorie des passifs évalués à la juste valeur par le biais du
compte de résultat, mais cette fois du coté des passifs.

2.3.3.1.3 La prise en compte : Une conséquence quasi-irréversible

L‟évaluation et la comptabilisation de ce type d‟actifs et passifs sont plus complexes.


La comptabilisation initiale d‟un actif ou d‟un passif financier est déclenchée par l‟émergence
de la situation par laquelle l‟entité devient partie aux dispositions contractuelles de
l‟instrument. Un achat est considéré comme normalisé si le contrat d‟achat ou de vente
d‟actifs financiers impose la remise des actifs dans un délai généralement fixé par la
réglementation ou par une convention sur le marché concerné (IAS 39 § 9). Cette même
norme dispose que l‟engagement existant entre la date de la transaction et la date de règlement
serait généralement un instrument dérivé. Néanmoins, partant du fait que la duré de
l‟engagement est courte, ces contrats ne sont pas comptabilisés comme tels (IAS 39 AG 12).
De plus, un contrat imposant ou autorisant le règlement net de la variation de valeur du
contrat ne peut être un contrat normalisé. Il sera comptabilisé comme un dérivé, au cours de la
période située entre la date de la transaction et la date de règlement. Le Board fait bénéficier
l‟entité de l‟option de comptabiliser la totalité des achats et des ventes d‟actifs d‟une même
catégorie soit à la date de transaction soit à la date de règlement, pour de telles transactions.

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La date de transaction est définie comme la date à laquelle l‟entité prend l‟engagement
d‟achat ou de vente d‟un actif. La date de règlement est définie comme la date à laquelle
l‟actif est livré. L‟apparition de la juste valeur est considérée comme une véritable
révolution, dans le cadre des actifs et des passifs financiers. Désormais, les détracteurs de ce
modèle comptable lui reprochent l‟inconvénient d‟entraîner une forte volatilité du résultat.
Néanmoins, l‟IASB sous-entendait l‟instauration de leur comptabilisation à la juste valeur
dans le but de :
Ne plus permettre aux entreprises la détention des actifs comptabilisés susceptibles
d‟affecter les états financiers dans un futur proche.
Mettre en lumière le niveau de risque entourant les entreprises et leur capacité de gestion
des couvertures.
De plus, les instruments dérivés sont considérés comme des actifs détenus à fin de
transactions et par conséquent, valorisés à la juste valeur. Ces éléments constituent la raison
d‟être de la comptabilité de couverture. En effet, elle vient pallier les décalages comptables
entre l‟élément support et son dérivé. En outre, l‟activation obligatoire de tout dérivé signifie
que les dérivés incorporés sont concernés par ce traitement. Pour l‟IASB, si l‟instrument
financier est considéré par son émetteur comme instrument de capitaux propres plutôt qu‟un
passif financier, il ne le serait qu‟en satisfaisant ces conditions :
Absence d‟obligation, incorporée à l‟instrument, de remise de la trésorerie à une autre
entité (ou un autre actif financier ou l‟échange des actifs ou passifs financiers à des
conditions potentiellement défavorables).
Dans le cas où l‟instrument est à régler en instruments de capitaux propres de l‟émetteur
lui-même, il s‟agit :
D‟un instrument non dérivé qui n‟inclut, pour l‟émetteur, aucune obligation
contractuelle de livrer un nombre variable d‟instruments représentatifs de ses capitaux
propres.
D‟un dérivé qui sera réglé au moyen d‟un échange, par l‟émetteur, d‟un montant fixé
de trésorerie ou d‟un autre actif financier contre un nombre fixé d‟instruments de
capitaux propres de l‟émetteur lui-même. Pour ceci, les instruments de capitaux
propres de l‟émetteur n‟intègrent pas les instruments constituant eux-mêmes des
contrats de réception ou de livraison future d‟instruments de capitaux propres de
l‟émetteur.
De plus, un passif sera à constater à hauteur du montant à payer par l‟émetteur lorsqu‟il est
dans l‟obligation de rachat de ses propres actions contre trésorerie. Le contrat en question
n‟est pas un instrument de capitaux propres mais un actif financier ou un passif financier
lorsqu‟une société utilise comme « monnaie de règlement » ses propres instruments de
capitaux propres pour un contrat stipulant la réception ou la livraison d‟un nombre variable
d‟actions propres de la société dont la valeur est égale à un montant fixe ou à un montant
dépendant de variations d‟une variable sous-jacente. Est un passif financier pour l‟émetteur,
tout instrument financier conférant à son titulaire le droit de le restituer à cet émetteur contre
de la trésorerie ou un autre actif financier (instrument remboursable au gré du porteur). Le

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même principe est réservé pour l‟instrument financier dont le mode de règlement est tributaire
de la survenance ou non d‟évènements futurs incertains ou du résultat de circonstances
incertaines (hors du contrôle de l‟émetteur et du titulaire). De telles clauses conditionnelles de
règlement ne sont pas prises en compte, s‟il s‟agit de situation de liquidation de l‟émetteur ou
ne sont pas authentiques. L‟évaluation de la composante « passif » comme un montant
résiduel issu de sa séparation de la composante « capitaux propres » ou bien comme la juste
valeur relative n‟est plus permise lors de la prise en compte initiale d‟un instrument financier
composé. Les composantes Actif et Passif seront donc séparées. Le montant résiduel serait
celui de l‟éventuelle composante « capitaux propres ». Ce traitement reflète un niveau élevé
de cohérence avec la définition réservée à l‟instrument de capitaux propres et aux exigences
d‟évaluation prescrites par la norme IAS 39. L‟acquisition ou la revente ultérieure par une
société de ses propres instruments de capitaux propres n‟entraîne pas la constatation d‟un
profit ou d‟une perte à son titre. C‟est un transfert entre les porteurs d‟instruments de capitaux
propres ayant abandonné leur participation et ceux ayant continué de détenir un instrument de
capitaux propres. Les coûts de transaction supportés comme élément nécessaire pour réaliser
une transaction portant sur les capitaux sont comptabilisés comme un élément de transaction
et déduits des capitaux propres pour les intérêts, dividendes, pertes et profits.

2.3.3.1.4 Le reclassement : Une faveur sévèrement octroyée

La question du transfert d‟actifs obéit, en vertu de cette norme, à une interdiction de


principe des reclassements à partir de ou vers la catégorie des actifs évalués en juste valeur
par le résultat (IAS 39 § 50). Ainsi, l‟analyse sera poursuivie comme suit :
Transferts d‟actifs antérieurement détenus jusqu‟à l‟échéance vers la catégorie des actifs
disponibles à la vente (IAS 39 §9)
L‟interdiction est basée sur l‟intention de la direction telle qu‟elle s‟apprécie soit de
son comportement actuelle soit de son comportement dans un passé récent. La décision de
reclassement ou de réalisation d‟une vente avant l‟échéance d‟une quantité non négligeable de
placements détenus jusqu‟à leur échéance, ne constitue pas un motif de reclassement des
actifs qualifiés comme actifs détenus jusqu’à l’échéance pendant la période en cours ou les
deux périodes annuelles précédentes (période de « tainting ») vers la catégorie des actifs
disponibles à la vente. L‟intention de la direction est mise en valeur par l‟importance relative
de la quantité ayant fait l‟objet de ce comportement (pour le commissaire, il s‟agit d‟une
source de risque puisqu‟il est question de jugement professionnel). De plus, le caractère
significatif est apprécié par l‟indicateur se référant à la relativité de la concerné au volume du
portefeuille des placements d‟actifs détenus jusqu‟à l‟échéance. Cette interdiction ne couvre
pas les ventes ou reclassements qui :
Sont tellement proches de l‟échéance ou de la date de remboursement de l‟actif financier
que les variations des taux d‟intérêts du marché auraient un effet négatif sur la juste
valeur de l‟actif financier.

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Surviennent après que l‟entité ait encaissé la quasi-totalité du montant d‟origine en


principal de l‟actif financier dans le cadre de l‟échéancier prévu ou du fait de paiements
anticipés.
Sont attribuables à un évènement isolé, indépendant du contrôle de l‟entité, qui n‟est pas
appelée à se reproduire et que l‟entité n‟aurait pu raisonnablement anticiper.
Ces dispositions peuvent être commentées par une volonté du normalisateur d‟autoriser ce
type de reclassement pour les cas où l‟importance du caractère distinctif de la catégorie des
actifs détenus jusqu‟à l‟échéance s‟affaiblit. L‟entreprise est tenue de reclasser l’intégralité
des actifs précédemment qualifiés d‟actifs détenus jusqu‟à leur échéance vers la catégorie
Actifs disponibles à la vente dans de telles situations. Selon la norme IAS 39.AG 22, les
événements isolés trouvent leurs sources dans :
Une dégradation significative de la qualité de la contrepartie : Une vente venant suite à la
baisse d’une notation par une agence de notation extérieure ne met pas nécessairement
en doute l’intention de l’entreprise de détenir d’autres placements jusqu’à leur échéance
si la baisse de la notation fournit la preuve d’une détérioration substantielle de la qualité
du crédit de l’émetteur par rapport à la notation prévalant lors de la comptabilisation
initiale. De même, si l’entreprise utilise des notations internes pour évaluer ses
expositions aux risques, toute variation de ces notes internes peut aider à identifier des
émetteurs dont la qualité du crédit s’est nettement détériorée à condition que l’approche
de l’attribution de notes internes par l’entreprise et les variations de ces notes donnent
une mesure régulière, fiable et objective de la qualité du crédit des émetteurs.
Un changement de la règlementation fiscale : Il s’agit d’une modification qui supprime ou
réduit de façon significative l’exonération fiscale dont bénéficient les intérêts sur
placements détenus jusqu’à leur échéance (et non pas une révision des taux d’impôt
marginaux applicables aux produits financiers).
Un regroupement d‟entreprises majeur ou une sortie majeure comme la vente d‟un secteur
important : Ses conséquences sont la vente ou le transfert de placements détenus jusqu’à
l’échéance pour maintenir la situation existante de l’entité en matière de risque de crédit
de taux d’intérêt ou sa politique de risque de crédit.
Un changement des dispositions légales ou règlementaires : Il modifie de façon
significative la nature des investissements autorisés ou le niveau maximum de certains
investissements autorisés.
Une augmentation significative des contraintes de capital règlementaire par les régulateurs
qui amène l‟entité à se restructurer en vendant des placements détenus jusqu‟à
l‟échéance.
Une augmentation significative de la pondération des risques des placements détenus
jusqu‟à l‟échéance utilisés dans le cadre de la règlementation prudentielle fondée sur les
capitaux propres.
Toutefois, les évènements permettant la cession d‟actifs antérieurement détenus jusqu‟à
l‟échéance sans déqualification de l‟ensemble du portefeuille ne peuvent être considérés
comme évènements isolés :

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Une cession des titres car un acheteur a proposé des conditions favorables c'est-à-dire une
opportunité à saisir (IAS 39 IGB. 19).
Une cession liée à un changement de direction.
Le traitement comptable réservé aux actifs transférés (IAS 39 § 51) consiste en la valorisation
à la juste valeur. La différence entre cette juste valeur et la valeur comptable de l‟actif à la
date du transfert (coût amorti) est enregistrée directement en capitaux propres (par respect au
principe général de comptabilisation des variations de juste valeur d‟actifs disponibles à la
vente).
Transferts d‟actifs disponibles à la vente vers la catégorie des actifs détenus jusqu‟à
l‟échéance (IAS 39 § 54)
Lorsque l‟entreprise se trouve dans l‟une des situations suivantes, il est nécessaire de
comptabiliser un actif financier au coût amorti plutôt qu‟à la juste valeur :
Changement de l‟intention ou la capacité.
Défaut d‟existence d‟une évaluation fiable de la juste valeur.
« Deux exercices antérieures » sont écoulés.
Il en découle que la valeur comptable de l‟actif évalué à la juste valeur à cette date devient
son nouveau coût amorti. Tout profit ou perte comptabilisé antérieurement en capitaux
propres au titre de cet actif doit être comptabilisé comme suit :
Cas d‟un actif financier à échéance fixée : Le profit ou perte comptabilisés en capitaux
propres au titre de cet actif doit être amorti sur sa durée de vie résiduelle du placement
détenu jusqu‟à l‟échéance. Toute différence entre le nouveau coût amorti et le montant à
l‟échéance doit être amorti sur la durée de vie restante de l‟actif financier comme un
ajustement du rendement d‟une façon similaire à l‟amortissement d‟une décote et d‟une
surcote.
Cas d‟un actif financier n‟ayant pas d‟échéance fixée : Le profit ou la perte antérieurement
comptabilisé directement en capitaux propres au titre de cet actif doit y être maintenu
jusqu‟à ce que l‟actif financier ait été vendu ou sorti d‟une autre façon. Le profit ou perte
doit entrer dans la détermination du résultat net.
Après la période de « tainting » l‟entreprise est autorisée à reclasser les actifs détenus jusqu‟à
l‟échéance si elle arrive à démontrer à nouveau son intention de les conserver. On peut
conclure que le normalisateur est toujours penchant pour la juste valeur même de façon
déguisée. La résorption du profit ou de la perte antérieure dépend de la réalisation de l‟actif

2.3.3.1.5 La décomptabilisation : L’aspect strict de la normalisation

Restant fidèle à sa philosophie comptable, l‟IASB impose la décomptabilisation d‟un


actif lorsque la société ne bénéficie plus des avantages économiques inhérents. En effet, selon
le § 17 de la norme IAS 39, la décomptabilisation s‟opère lorsque les droits contractuels aux
flux de trésorerie de l‟actif ont expirés ou bien lorsque ces droits ont été transférés à un tiers

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sous certaines conditions. La norme IAS39soumet, dans un souci de rigueur, la détermination


de l‟existence du transfert à un processus d‟appréciation :

Première étape : Analyse du transfert des droits contractuels aux flux de


trésorerie de l’actif

La reconnaissance de l‟existence de transfert n‟est envisageable que si l‟une des


circonstances suivantes se présente :
Transfert des droits contractuels de réception des flux de trésorerie liés à l‟actif financier.
Une obligation contractuelle de paiement des flux de trésorerie à un ou plusieurs
bénéficiaires (dans le cadre d‟un accord « Pass-through 71») demeure à la charge de la
société même avec la conservation des droits contractuels de réception des flux de
trésorerie de l‟actif financier.
Si les droits contractuels aux flux de trésorerie de l’actif financier sont considérés comme
transférés, alors, la société passe à la deuxième étape sinon l’actif demeure au bilan du
cédant dans sa totalité.

Deuxième étape : Analyse du transfert des risques et avantages liés à la


propriété de l’actif (IAS 39 § 20)

Cette étape aura pour finalité de déterminer le degré de conservation des avantages et
des risques liés à la propriété de l‟actif. Dans ce cas, il y a trois alternatives :
Si le transfert par le cédant couvre la quasi-totalité des risques et avantages, l‟actif est
décomptabilisé dans sa totalité.
S‟il y a eu conservation de la quasi-totalité des risques et avantages, l‟actif demeure
comptabilisé dans sa totalité.
S‟il n‟y a eu ni transfert ni conservation de la quasi-totalité des risques et avantages, la
société est tenue d‟examiner le transfert du contrôle sur l‟actif (cet examen fera l‟objet de
la troisième étape).
En outre, le transfert des risques et avantages est apprécié par la comparaison de l‟exposition
de la société cédante à la variabilité des montants et du calendrier des flux de trésorerie nets
liés à l‟actif transféré IAS 39 § 21).

Troisième étape : Analyse du transfert du contrôle de l’actif

Cette étape consiste à appliquer les règles suivantes :

Si le cédant n‟a pas conservé le contrôle de l‟actif transféré, l‟actif est décomptabilisé.
Si le cédant a conservé le contrôle de l‟actif transféré, il doit continuer à comptabiliser
l‟actif financier dans la mesure de son implication continue dans celui-ci. Cette

71
Pour plus de d‟informations, voir la norme IAS 39 dans son paragraphe 19.

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conservation dépend de la capacité réelle du cessionnaire à vendre l‟actif, ce qui nécessite


l‟existence d‟un marché actif sur lequel le cessionnaire peut racheter l‟actif s‟il devait le
rendre au cédant. De plus, le cessionnaire doit bénéficier d‟une possibilité réelle de -
vendre l‟actif à un tiers de manière unilatérale et sans restrictions indépendamment des
droits ou de l‟interdiction contractuelle de vendre cet actif.
Sur un autre plan, la société doit déterminer si la décomptabilisation s‟appliquerait à une
portion de l‟actif financier ou à l‟actif financier. D‟après le § 16 de la norme IAS 39, la
décomptabilisation s‟applique partiellement à un actif financier si les conditions
suivantes sont réunies :
Cette portion ne comprend que des flux de trésorerie spécifiquement identifiés d‟un actif
financier.
La portion comprend seulement une part totalement proportionnelle des flux de trésorerie
d‟un actif financier.
La portion comprend seulement une part totalement proportionnelle de flux de trésorerie
identifiés d‟une manière spécifique d‟un actif financier.
Cependant, les conditions de décomptabilisation sont examinées sur la base de l‟actif
financier dans sa totalité (IAS 39 § 16).
L‟autre point d‟analyse concerne le traitement comptable réservé aux transferts d‟actifs. Le
transfert d‟actifs sans décomptabilisation sera comptabilisé au passif comme un emprunt
garanti abstraction faite de la possibilité de retour ou non des actifs transférés. Au cours des
périodes ultérieures, il est obligatoire de comptabiliser tout produit de l‟actif transféré et toute
charge encourue au titre du passif financier (IAS 39 § 29). La compensation est interdite entre
l‟actif et le passif et le produit et la charge. Pour éviter une double comptabilisation des droits
et des obligations contractuels du cédant liés au transfert, ces droits et obligations ne sont pas
comptabilisés séparément comme des dérivés (IAS 39 § AG 49). De l‟autre côté, le
cessionnaire ne peut constater qu‟une créance sur le cédant au titre du transfert (IAS 39 § AG
50). Dans le cas où le transfert conduit à une décomptabilisation, il y a sortie de l‟actif du
bilan du cédant. Si la décomptabilisation concerne l‟intégralité de l‟actif et que le transfert
entraîne l‟obtention d‟un nouvel actif ou la prise en charge d‟un passif financier ou bien un
passif de gestion, la société est tenue de le comptabiliser à sa juste valeur (IAS 39 § 25). Ce
mode de valorisation fait penser que le transfert est considéré comme un échange d‟un actif
financier à recevoir contre un autre à donner. Ainsi, la différence entre la valeur comptable de
l‟actif transféré et la somme de la contrepartie reçue et de tout profit ou perte cumulé
directement comptabilisé en capitaux propres est à enregistrer dans l‟état de résultat (IAS 39 §
26). Si le cédant conserve la gestion de l‟actif transféré, le contrat de transfert est traité
comme deux contrats : un contrat de cession d‟actif proprement dit et un contrat de gestion de
ces créances qui peut donner lieu à la comptabilisation soit d‟un actif (contrat bénéficiaire)
soit d‟un passif (contrat déficitaire). La conservation du contrôle de l‟actif transféré signifie
que le cédant continuerait à comptabiliser celui-ci à hauteur de son implication continue,
c'est-à-dire Qu‟il demeure exposé aux variations de la valeur de l‟actif transféré (IAS 39 §
30). Par exemple :

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Si cette implication prend la forme de la garantie de l‟actif transféré, alors la mesure de
l‟implication continue de la société est  le plus faible du montant de cet actif et du
montant maximal de la contrepartie reçue que l‟entreprise pourra être tenue de
rembourser.
Si cette implication prend la forme d‟une option vendue ou achetée (ou même les deux)
sur l‟actif transféré, alors la mesure de l‟implication continue de la société est  le
montant de cet actif que la société peut racheter. Cependant, lorsqu‟une option de
vente est émise sur un actif évalué à la juste valeur, la mesure de son implication est
limitée au plus faible de la juste valeur de l‟actif transféré et du prix d’exercice de
l‟option.
Si cette implication prend la forme d‟une option réglée en trésorerie ou d‟une
disposition analogue relative à l‟actif transféré, alors la mesure de l‟implication continue
de la société s‟effectue de la même manière que celle résultant d‟options non réglée en
trésorerie.
Dans le cadre de l‟implication continue, la société comptabilise, aussi, un passif associé à
conservation de l‟actif transféré. L‟actif transféré et le passif associé sont à évaluer sur une
base reflétant les droits et les obligations conservés par l‟entreprise (IAS 39 § 31). Ainsi, le
passif associé est évalué de telle sorte que la valeur comptable nette de l‟actif transféré et du
passif associé correspond à (IAS 39 § 31) l‟un des deux cas suivants :
Le coût amorti des droits et des obligations conservés par la société (si l‟actif transféré est
évalué au coût amorti).
La juste valeur des droits et des obligations conservés par la société lorsqu‟elle est évaluée
séparément (si l‟actif transféré est évalué à la juste valeur).
La société est contrainte de continuer la comptabilisation de tout produit en provenance de
l‟actif transféré dans la mesure de son implication et de toute charge encourue sur le passif
associé (IAS 39 § 32). Les variations comptabilisées de la juste valeur de l‟actif transféré et
du passif associé sont comptabilisés conformément aux règles de la catégorie à laquelle
appartiennent l‟actif transféré et le passif associé. Si l‟implication continue se limite à une
partie d‟un actif financier, la société ventile la valeur comptable antérieure de l‟actif financier
entre la partie qu‟elle continue à comptabiliser au titre de son implication continue et la partie
décomptabilisé (sur la base des valeurs relatives de ces parties à la date de transfert). La
différence entre la valeur comptable affectée à la partie qui n‟est plus comptabilisée et la
somme de la contrepartie reçue au titre de la partie décomptabilisé et tout profit ou perte
cumulée qui lui a été affectée est comptabilisée dans l‟état de résultat. Un profit ou perte
cumulés comptabilisé antérieurement en capitaux propres sont répartis entre la partie qui
continue d‟être comptabilisée et la partie décomptabilisé (sur la base des justes valeurs de ces
parties). Si l‟actif transféré est évalué au coût amorti, alors le passif associé ne peut être classé
parmi les passifs financiers à la juste valeur en contrepartie du résultat (IAS 39 § 35). La
décomptabilisation d‟un passif financier est conditionné par son extinction (par annulation ou
par arrivée du terme). La modification des termes d‟un instrument d‟emprunt existant de
façon substantielle entraîne sa décomptabilisation en tant qu‟extinction de la dette ancienne et

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reconnaissance de la nouvelle dette (IAS 39 § 40). La différence entre la valeur comptable


d‟un passif éteint ou transféré à un tiers y compris les coûts annexes non amortis et le montant
payé pour ce passif doit être comptabilisée dans le résultat net de l‟exercice (IAS 39 § 41).
Pour récapituler, on peut dire que les actifs et passifs financiers sont comptabilisables selon
plusieurs critères. Cette comptabilisation est tributaire, d‟une part, de la nature de l‟élément
financier et d‟autre part, des choix prix par la direction de l‟entreprise concernant les
orientations de présentation des états financiers (le bilan à ce niveau).

2.3.3.1.6 Les principales critiques

Les banquiers, aussi bien que les assureurs, émettent les critiques suivantes à
l‟encontre du concept de juste valeur :
Les difficultés techniques et les coûts engendrés sont importants.
L‟existence d‟une valeur de marché est concrètement théorique vu qu‟aucun marché n‟est
effectivement efficient au sens de la théorie financière (information parfaite des agents,
aversion au risque, liquidité).
La volatilité des données comptables s‟accroît engendrant des difficultés en termes
d‟évaluation et de comparaison des actifs non négociés sur des marchés efficients.
De surcroît, jusqu'à nos jours aucun travail empirique n‟a permis de montrer une supériorité
du modèle comptable basé sur la juste valeur sur celui basé sur le coût historique72. Or, la
critique la plus féroce est incontestablement la remise en question de son champ d‟application
jugée trop large ouvrant la porte à des utilisations inappropriées.

2.3.3.2 Le concept de la comptabilité de couverture : Une réplique aux critiques

Le recours à la comptabilité de couverture paraît indispensable pour les sociétés parce


qu‟elle contrevient à la discordance comptable « Mismatch » engendrée très probablement par
l‟évaluation du dérivé (à la juste valeur) et de son sous-jacent sur des bases différentes. La
norme IAS 39, particulièrement la comptabilité de couverture, est jugée très technique par les
professionnels du chiffre. Ce paragraphe serait un essai d‟étudier de façon précise cette
technique comptable et notamment ses diverses formes et ses critères d‟éligibilité. De plus, un
aperçu sera fait des conséquences de l‟évolution de cette technique sur la mission du
commissaire aux comptes (Annexe 3 : LA COMPTABILITE DE COUVERTURE : LE DEFI
POUR LES ENTREPRISES DU SECTEUR D’ASSURANCE (l’enjeu de contrôler la volatilité
du résultat)). Notre étude s‟articule autour des axes suivants :

72
Berthaud Y., (2006), « La comptabilité de couverture : un enjeu primordial pour contrôler la volatilité du
résultat. Application au secteur des compagnies d‟assurances cotées », mémoire d‟expertise comptable,
Bibliotique : Centre de Documentation des Experts Comptables et des Commissaires aux Comptes de France,
novembre, p. 29.

93
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Présentation des conditions d‟accès aux divers types de couverture, des schémas
d‟écritures et de l‟importance des informations à insérer en annexe.
Mise en exergue des conséquences découlant de la mise en œuvre d‟une comptabilité de
couverture, des choix permis par les espaces de liberté laissés par les textes ainsi que des
limites à la pratique de cette technique.
Présentation des conséquences de ces évolutions comptables sur la mission du
commissaire aux comptes en abordant les nouveaux risques qu‟il confronte et les moyens
à déployer pour y faire face.

2.3.3.2.1 Les principales notions de la comptabilité de couverture

La comptabilité de couverture est définie par le § 85 de la norme IAS 39 comme suit


« la comptabilité de couverture comptabilise les effets de sens inverse sur le résultat des
variations de justes valeurs de l‟instrument de couverture et de l‟élément couvert ». De plus,
elle permet la comptabilisation au bilan des impacts issus des positions de couverture non
encore réalisées.

2.3.3.2.1.1 Les conditions d’accès à la comptabilité de couverture

L‟utilisation de la comptabilité de couverture est soumise à des conditions d‟accès


strictes :
Pour les instruments couverts (IAS 39 §78 à § 84) : Pas de restriction particulière. Sont
inclus dans la relation de couverture, par conséquent, tout instrument inscrit au bilan ou
engagement ferme ainsi que toute une opération future dont la réalisation est très
probable. La restriction prévue concerne uniquement les actifs classés dans la catégorie
« détenus jusqu’à l’échéance » qui ne peuvent être couverts contre le risque de taux.
Cette restriction est logique puisqu‟il serait absurde de couvrir un élément détenu jusqu‟à
son échéance contre une variation de taux, alors qu‟il est évalué à sa valeur à l‟échéance.
Aussi, la norme dispose-t-elle que :
L‟élément couvert peut être un élément isolé ou bien un regroupement d‟éléments
homogènes. La variation de chaque élément doit varier en proportion de sa part dans
le portefeuille.
L‟élément peut être couvert partiellement ou pour une partie de sa durée de vie. Il faut
que l‟élément couvert soit un instrument financier. Cette disposition permet une
couverture de la position nette d‟actifs et passifs. Dans ce dernier cas, la norme
dispose que la position nette ne peut pas être considérée comme élément couvert,
c‟est l‟actif ou le passif équivalent à la position nette qui peut l‟être.

94
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L‟élément ne peut être qualifié de couverture s‟il constitue une transaction


intragroupe (vu son élimination en consolidation). Toutefois, si un risque de change
n‟est neutralisé que partiellement, la transaction peut être qualifiée de couverture.
Si l‟élément couvert n‟est pas un élément financier, il est alors possible de désigner
l‟ensemble des risques attachés à l‟opération ou bien le risque de change seulement
comme risque couvert. Le risque de taux ne peut être reconnu de façon isolée
(comme tout risque à l‟exception du risque de change).
Si l‟élément couvert est un instrument financier, alors un ou tous les risques peuvent
être couverts.
Pour les instruments de couverture : Les dérivés sont considérés comme des instruments
de couverture classiques. Toutefois, la norme dispose qu‟un élément du bilan peut être
désigné comme un instrument de couverture si et seulement si les actifs ou passifs
comprennent un élément financier et ceci dans le cadre de la gestion du risque de change.
Aussi,
Les ventes d‟options ne sont pas susceptibles d‟être qualifiées d‟instruments de
couverture sauf dans le cas de combinaison de couverture.
Un instrument dérivé peut être affecté à une relation de couverture pour une partie de
son montant et non pour une partie de sa durée.
Un instrument dérivé est désigné dans sa globalité comme un instrument de
couverture sauf dans les deux cas d‟exceptions permettant la décomposition (IAS 39
§ 74).
Les conditions ne se limitent pas à ce niveau mais couvrent, aussi, la documentation et
l’efficacité. En effet, vu que la comptabilité de couverture constitue une option de gestion, la
volonté de la direction de la société doit être dûment documentée (l‟élément couvert doit être
désigné, la nature du risque précisée et la relation de couverture clairement établie entre le
risque, le dérivé et le sous-jacent) et démontrée dès la mise en place de la couverture. De plus,
l‟efficacité est démontrée par la pertinence de la couverture, c'est-à-dire que l‟efficacité doit
être mesurée de manière fiable et être calculée sous l‟hypothèse de la continuité de l‟activité.
Les grandes catégories de couverture éligibles à la comptabilité de couverture sont au nombre
de trois : la couverture de la juste valeur, la couverture de flux de trésorerie et, la couverture
d‟investissement net dans une entité étrangère.
La couverture de juste valeur (IAS 39 § 86 – a) c‟est : « La couverture de juste valeur :
Une couverture de l‟exposition aux variations de la juste valeur d‟un actif ou d‟un passif
ou d‟un engagement ferme non comptabilisé, ou encore d‟une partie identifiée de cet
actif, de ce passif ou de cet engagement ferme, qui est attribuable à un risque particulier
et qui peut affecter le résultat » . Les modalités d‟évaluation sont résumées dans le
tableau suivant :

La couverture de juste valeur


Méthodes d’évaluation Traitement des
Eléments
initiale variations
De couverture Juste valeur En résultat

95
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Couvert Selon la catégorie En résultat

L‟application de cette méthode entraîne la modification de la comptabilisation des


variations des actifs classés en « catégorie disponibles à la vente » par les capitaux
propres. L‟instauration de la comptabilité de couverture ajuste la comptabilisation de la
variation de l‟élément couvert parallèlement à la variation du dérivé.
La couverture de cash-flows (IAS 39 § 86 – b) : « La couverture de flux de trésorerie :
une couverture de l‟exposition aux variations de flux de trésorerie qui (i) est attribuable à
un risque particulier associé à un actif ou à un passif comptabilisés (par exemple à tout ou
à une partie des paiements d‟intérêt futur sur une dette à taux variable) ou à une
transaction prévue hautement probable et (ii) pourrait affecter le résultat ». Les modalités
d‟évaluation sont résumées dans le tableau suivant :
La couverture de flux de trésorerie
Méthodes d’évaluation Traitement des
Eléments
initiale variations
Partie non efficace : En
résultat
De couverture Juste valeur
Partie efficace : En
capitaux propres
Couvert N/A N/A

Pour la partie efficace de la couverture, la couverture de flux de trésorerie permet le


transfert de la volatilité du résultat découlant de la valorisation de l‟instrument dérivé au
poste « capitaux propres » par une réserve de couverture. Cette dernière sera reportée en
résultat au fur et à mesure que l‟opération couverte se réalise. Donc, elle impacte le
résultat ou le coût d‟entrée au bilan de l‟élément couvert non financier. La couverture de
flux de trésorerie constitue une exception à la valorisation en juste valeur par le résultat
des dérivés.
La couverture d‟investissement net dans une entité étrangère (IAS 39 § 86 – c) : « La
couverture d‟un investissement net dans une activité à l‟étranger, tel que défini dans IAS
21 »est la couverture du risque de change de l‟actif net d‟une filiale étrangère dont la
devise de fonctionnement n‟est pas celle de consolidation. Les modalités d‟évaluation
sont résumées dans le tableau suivant :
La couverture de flux de trésorerie
Méthodes d’évaluation Traitement des
Eléments
initiale variations
Partie non efficace : En
résultat
De couverture Juste valeur
Partie efficace : En
capitaux propres
Couvert N/A N/A

Les réévaluations successives cumulées en capitaux propres sont transmises en résultat lors de
la cession de l‟entité étrangère.

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2.3.3.2.1.2 Les schémas d’écritures dans la comptabilité de couverture

Ce paragraphe étudie la transcription des principes instaurés par la norme IAS 39 dans
la comptabilité de la société pour réaliser l‟apport de la comptabilité de couverture de manière
pratique.

2.3.3.2.1.2.1 Les instruments de couverture

Pour pallier à la non-concordance comptable, citée ci-haut, le normalisateur a proposé


d‟adapter les méthodes de comptabilisation des dérivés selon leur nature spéculative ou de
couverture : Il s‟agit du traitement d‟exception de la comptabilité de couverture (voir le
schéma ci-dessous).
Les différentes comptabilisations des variations des dérivés

Variations de valeur de marché du produit dérivé

Pas de Couverture
couverture (part
(part efficace)
inefficace)

Couverture
- Pas d‟intention de couverture Couverture Couverture
d‟un
- Non vérification des tests d‟efficacité de juste de flux de
investissement
- Choix de non qualification valeur trésorerie
net

Impact en Impact en Impact en Impact en


résultat résultat capitaux capitaux
propres propres

+reclassement Ecart de
+réévaluati en état de conversion
on de résultat de
l‟élément l‟élément
couvert couvert

Source : « Conversion IFRS » IAS 32/39 instruments financiers


Les principes suivants gouvernent la comptabilisation des instruments dérivés simples :
Pas de comptabilisation initiale puisque l‟instrument dérivé est d‟une valeur nulle.

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La comptabilisation des variations par principe en résultat.


Au dénouement de l‟opération couverte, l‟impact est à passer en résultat à l‟exception du
cas de couverture parfaite ou sur la valeur de l‟élément couvert pour les couvertures de
flux de trésorerie.
La norme IAS 32 dans son § 42 & s. permet une présentation de la position nette entre la
valeur du dérivé et de celle de son sous-jacent à des conditions très strictes.

2.3.3.2.1.2.2 Les dérivés incorporés

Les dérivés incorporés à un contrat hybride doivent être obligatoirement isolés et


comptabilisés de façon autonome. Ceci est soumis aux conditions suivantes :
L‟instrument dérivé séparé satisfait les critères d‟un instrument dérivé autonome.
Les caractéristiques et les risques du contrat hôte et du dérivé composant le contrat
hybride ne sont pas étroitement liés.
Le contrat hybride dans sa globalité n‟est pas évalué à la juste valeur.
Une fois décomposée, la comptabilisation des composantes respecte les règles de
comptabilisation des instruments financiers. La valorisation du contrat hôte se fait par la
différence entre la juste valeur du contrat hybride et la juste valeur du dérivé.

2.3.3.2.1.2.3 Cessation de la relation de couverture

Cette cessation peut revenir aux faits suivants :


La transaction couverte est en cours de réalisation et affecte le résultat.
La transaction future n‟est plus probable (cas de la couverture des flux de trésorerie).
L‟efficacité n‟est plus vérifiée.
Suivant la volonté expresse de la société.
Pour la couverture de juste valeur, la fin de la couverture déqualifie l‟instrument de
couverture mais il conserve son traitement en juste valeur. L‟instrument couvert retrouve sa
catégorie originelle. Au cas où il est valorisé au coût amorti, un nouveau plan
d‟amortissement est instauré en tenant compte de la valeur de l‟instrument couvert à la date de
fin de couverture. Pour la couverture de flux de trésorerie, l‟instrument de couverture n‟est
plus affecté par la fin de la couverture lorsqu‟il y a fin de l‟efficacité ou lorsque la transaction
n‟est plus hautement probable. Les montants portés en capitaux propres seront figés et auront
une incidence sur le résultat à la réalisation de l‟opération. Et, lorsque la transaction n‟est plus
envisagée, les montants en capitaux propres sont immédiatement transmis en résultat.
L‟instrument couvert est, dès l‟origine de l‟opération, non comptabilisé.

2.3.3.2.1.3 Les informations requises

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L‟IASB visait la meilleure transcription de l‟ensemble des relations économiques des


entreprises avec les tiers, en élaborant les fondements de base des normes relatives aux
instruments financiers. En effet, son intention est d‟améliorer l‟information financière en
facilitant l‟accès des investisseurs à toutes les données nécessaires pour leurs décisions. Par
conséquent, il marque cette intention, en sus de la norme couvrant les aspects techniques des
instruments financiers, par une norme consacrée aux informations à fournir (IFRS 7). En plus
de la documentation exigée dans le cadre de la mise en place d‟une comptabilité de
couverture, les éléments suivants sont à mentionner dans l‟annexe :
Gestion des risques. La société est tenue de présenter les objectifs et les stratégies suivies
ainsi que les pratiques de couverture des positions existantes ou futures  Suivi des
risques et sensibilité.
Les pratiques de couverture. Pour chaque type de couverture, il faut mentionner :
 La position couverte et sa juste valeur.  La nature du risque couvert.
Détail des couvertures futures. La société est tenue de donner des informations sur : 
L‟horizon probable de réalisation.  Le calendrier probable de comptabilisation en
résultat.  Pour les fins de couverture, une information doit être fournie sur les montants
imputés en capitaux propres.
De surcroît, en ce qui a trait à la transition aux normes IFRS, la norme IFRS 1 « Première
adoption des IFRS » intègre la comptabilité de couverture dans la liste des exceptions à
l‟application rétrospective de ces normes. D‟où, la comptabilité de couverture serait d‟une
application prospective à partir de la date de transition. L‟IASB exige des tests pour vérifier
la conformité de la relation de couverture aux objectifs de la norme IAS 39 : c‟est l‟efficacité
qui est défini comme « … le degré de compensation des variations de juste valeur ou de flux
de trésorerie de l‟élément couvert attribuables au risque couvert par des variations de la juste
valeur ou des flux de trésorerie de l‟instrument de couverture ». D‟où, la relation de
couverture est de ce fait éligible à la comptabilité de couverture lorsqu‟elle neutralise au
minimum 80% et au maximum 125% des variations de juste valeur de l‟élément couvert. Il
existe deux méthodes de réalisation du test. La première est « Dollar offset method » qui
consiste à l‟application de la formule suivante :
E=  JV dérivé /  JV Instrument couvert

Cette méthode est utilisée pour les tests rétrospectifs, plus précisément à chaque arrêté des
comptes. La deuxième méthode est la méthode statistique qui donne la preuve de l‟efficacité
attendue. Elle est utilisée pour les tests prospectifs. Il est à noter qu‟il est possible de
redésigner un test d‟efficacité défaillant au moyen d‟une relation de couverture avec le même
actif ou passif financier initialement couvert pour pouvoir obtenir la reconnaissance de la
relation de couverture sur une période ultérieure pour qui le test fonctionne73.

73
« Test d‟efficacité défaillant : Possibilité de re-désignation ultérieure d‟une couverture » - Bulletin Comptable
et Financier Groupes n° 8-9 – août, septembre 2005, p 106.

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2.3.3.2.2 La comptabilité de couverture et le résultat contrôlé

L‟étude pratique de la technique à mettre en œuvre sera effectuée après la présentation


des caractéristiques de la comptabilité de couverture.

2.3.3.2.2.1 La comptabilité de couverture : Une exception aux principes généraux de


la norme IAS 39

On rappellera d‟abord la problématique engendrée par la comptabilité à la juste valeur.


Les critiques de base sont :
Créer une volatilité induite sur les résultats et les capitaux propres des sociétés. Ceci fait
naître le risque d‟incompréhension des états financiers par leurs utilisateurs (les
opérateurs des marchés de capitaux).
Générer un risque de manipulation, surtout dans les cas où la juste valeur ne peut pas
être déterminée par rapport à un marché « profond et liquide »74 (mark to market). La
mise en place d‟un modèle de valorisation dont les résultats se révèlent sensibles à des
variations des hypothèses s‟impose.
Dans notre cas, les instruments dérivés respectent le principe général de la comptabilisation à
la juste valeur par le résultat, peut-on alors traduire ceci par une présomption de
spéculation ? C‟est récemment que le schéma comptable s‟est modifié pour arriver à
construire une relation de couverture. Cependant, tous les actifs ne sont pas évalués à la juste
valeur. En effet, l‟évaluation des catégories « prêts et créances » et « détenus jusqu‟à
l‟échéance » se fait au coût amorti. Il s‟agit, donc, de deux aspects contradictoires : comment
adopter des méthodes de valorisation différentes dans le cadre d‟une relation de couverture
ayant pour fin la coordination des variations de sens contraires de l‟élément couvert et de
l‟instrument de couverture ? Comment pouvoir gérer la couverture des éléments financiers,
dont la variation de la juste valeur est passée en capitaux propres ? Et, pourquoi supporter une
volatilité du résultat à l‟occasion de l‟utilisation d‟un dérivé pour couvrir une opération
future ? La comptabilité de couverture doit être justifiée tout au long de sa vie. Elle revêt un
caractère optionnel et procure à l‟entreprise des avantages qu‟elle peut appliquer ou non selon
son choix. Ainsi, pour le problème de divergence de valorisation, a-t-elle présenté une
solution d’uniformisation des évaluations à la juste valeur. De plus, pour le problème des
variations des actifs en capitaux propres, elle permet une comptabilisation en résultat. Et, pour
le problème du résultat, elle donne la possibilité de le transmettre temporairement en
capitaux propres. Toutefois, la comptabilité de couverture est sujette à des critiques freinant
son application, son contrôle et sa maîtrise :
L‟utilisation du « principe » de l‟intention (ce qui complique la tâche du commissaire aux
comptes).
74
Berthaud Y., op. cit., p. 62.

100
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Une documentation et des tests d‟efficacité très contraignants.


La comptabilité de couverture diminue les risques de volatilité sans l‟annuler.
Selon Philip DUREN75 (associé PricewaterHouse Coopers Luxembourg), la comptabilité de
couverture peut être commentée en ces termes « Faire apparaître une volatilité des résultats
pour des risques économiques réels est très important. Par contre, créer une volatilité
artificielle malgré une stratégie de couverture de risques efficaces, par le simple fait que la
comptabilité de couverture ne peut être atteinte, ne reflète pas nécessairement la réalité
économique ».

2.3.3.2.2.2 Exemple pratique de couverture76

Hypothèses retenues : Couverture de flux de trésorerie

Elément couvert : Ventes en devises


-Vente de nominal de : 10 000 USD –Date de la commande : 01/01/2005 –Date de
facturation : 01/01/2006 –Date de règlement : 30/04/2006.
Elément de couverture : Ventes à terme de devises
-Vente à terme de : 10 000 USD –Date de la vente à terme : 01/01/2005 –Date
d‟échéance : 01/01/2006 –Juste valeur à l‟origine = 0.
Les données du marché :
01/01/2005 30/06/2005 31/12/2005
Change spot : 1 € 0,9 0,925 0,95
Taux forward USD 5% 4,5% 5,5%
Taux forward € 3% 2% 1%
Change à terme à 1 an : 0,9175 (1)
1€=
Change à terme à 6 0,9363 (2)
mois : 1 € =
(1) 0,9175 = 0,9 * (1,05/1,03) (365/365)
(2) 0,9363 = 0,925 * (1,045/1,02) (182/365)

La comptabilité de couverture : Impacts sur le résultat

A l‟arrêté semestriel, la juste valeur de la vente à terme va être déterminée comme suit :
Juste valeur vente à Incidence du Incidence du taux
Date
terme change
30/06/2005 217 (1) 300 (2) - 83 (3)
(1) [10 000 * (1/ 0,9175 – 1/0,9363)] / (1,02) (0,5)
(2) [10 000 * (1/ 0,9 – 1/0,925)]
(3) Obtenu par différence

75
Berthaud Y., op. cit., p. 64.
76
Extrait de l‟illustration de la Revue Comptable n° 385 dont nous avons extrait les hypothèses de départ puis
adapté la démarche au contexte du mémoire.

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Schéma comptable au 30/06/2005 :


Débit Crédit

Actif – Instrument financier 217


Charges financières 83
Capitaux propres 300
Réévaluation du contrat de la vente à terme au 30/06/2005

Les variations de la vente à terme issues des variations du change au comptant et de la


variation des taux d‟intérêt ont été pris en considération. Par hypothèse le risque couvert est
composé des seules variations du cours de change au comptant. Les variations de la vente à
terme générées par la variation des taux d‟intérêt sont comptabilisées en résultat.
Les options de la norme changent tout

a- 30/06 – Schéma comptable : Non application de la comptabilité de couverture

Les hypothèses sont les mêmes mais la société décide de ne pas saisir l‟option permise. Donc,
les écritures seront :
Débit Crédit

Actif – Instrument financier 217


Capitaux propres 217
Réévaluation du contrat de la vente à terme – impact en résultat
a- 30/06 – Schéma comptable : Les tests d‟efficacité ne sont pas satisfaisants

Les hypothèses sont les mêmes mais les tests d‟efficacité sont en dehors de l‟intervalle 80-125
requis par l‟IAS 39. Donc, les écritures seront :

Débit Crédit

Actif – Instrument financier 217


Produits financiers 217
Réévaluation du contrat de la vente à terme – impact en résultat

A la clôture, la juste valeur est de nouveau calculée comme suit :


Juste valeur vente à Incidence du Incidence du taux
Date
terme change
31/12/2005 373 (1) 585 (2) - 212 (3)
Variation (4) 156 285 - 129
(1) [10 000 * (1/ 0,9175 – 1/0,95)]
(2) [10 000 * (1/ 0,9 – 1/0,95)]
(3) Obtenu par différence
(4) Variation entre les éléments du 31/12/2005 et du 30/06/2005

Schéma comptable au 31/12/2005 :


Débit Crédit

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Actif – Instrument financier 156


Charges financières 129
Capitaux propres 285
Réévaluation du contrat de la vente à terme au 31/12/2005

Dans le même esprit, la société pouvait générer un produit financier de 156 € en n‟appliquant
pas la comptabilité de couverture sur son choix.

Au dénouement de l‟opération, les écritures sont (par simplification, les cours de change et la
juste valeur de la vente à terme resteront inchangés par rapport au 31/12/2005) :

Schéma comptable au 31/12/2005 : Application de la comptabilité de couverture


Débit Crédit

Actif – Instrument financier 585


Produits financiers 585
Transfert de la réserve de couverture en résultat
Débit Crédit

Créances 10 526
Chiffres d‟affaires 10 526
Facturation [10 526 = 10 000 * (1/0,95)]
Débit Crédit

Trésorerie 373
Instrument financier 373
Encaissement de la Juste valeur de la vente à terme

Schéma comptable au 31/12/2005 : Non application de la comptabilité de couverture

Les produits financiers engendrés par la valorisation favorable de l‟instrument dérivé ont été
appréhendés lors de l‟exercice précédent. Les écritures de dénouement de l‟opération sont les
seules à comptabiliser (facturation et vente de dérivé)
Débit Crédit

Créances 10 526
Chiffres d‟affaires 10 526
Facturation [10 526 = 10 000 * (1/0,95)]
Débit Crédit

Trésorerie 373
Instrument financier 373
Encaissement de la Juste valeur de la vente à terme

Les conclusions

L‟état de résultat au 31/12/2005 : Application de la comptabilité de couverture

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Charges Financières nettes 212


Résultat de l’exercice - 212

L‟état de résultat au 31/12/2005 : Non application de la comptabilité de couverture

Charges Financières nettes - 373


Résultat de l’exercice 373

Donc, la différence entre les deux résultats est de + 585 €. Elle est constatée en capitaux
propres dans le cas de l‟application de la comptabilité de couverture.

L‟état de résultat au 01/01/2006 : Application de la comptabilité de couverture

Revenus 10 526
Résultat d’exploitation 10 526
Charges Financières nettes - 585
Résultat de l’exercice 11 111

L‟état de résultat au 01/01/2006 : Non application de la comptabilité de couverture

Revenus 10 526
Résultat d’exploitation 10 526
Résultat de l’exercice 10 526

Ce qu‟on peut constater c‟est que la comptabilité de couverture ne vise pas la modification
des résultats économiques tels que générés par la comptabilité générale. En effet, le résultat
final est identique après le cumul des états de résultats au 31/12/2005 et au 01/01/2006 et ce,
avec ou sans application de la comptabilité de couverture. Son objectif consiste à mieux
appréhender la formation du résultat en évitant un décalage temporel des impacts des dérivés
et de leur sous-jacent. Toutefois, présenter, dans un mode de communication, un résultat nul
sur deux exercices comptables n‟est pas équivalent à présenter un résultat de 100 pour un
exercice et – 100 l‟exercice suivant. Une opportunité d‟ajustement de résultat se présente,
étant donné le panel d‟options offert par la comptabilité de couverture. Etant averses au
risque, les sociétés utilisent cet inconnu des instruments dérivés dans une perspective de
contrôle. Alors, la comptabilité de couverture est instaurée pour matérialiser de manière
comptable ce contrôle. Cependant, lorsque la réalité dépasse le cadre idéaliste des théories, la
gestion à très court terme prend le contrôle stratégique : pourquoi ne pas bénéficier
immédiatement d‟un résultat positif, en présence de résultats non satisfaisants? Pourquoi
comptabiliser un résultat négatif ? De toute façon, on ne peut dénier l‟apport de la
comptabilité de couverture en matière de contrôle du résultat. Néanmoins, il se peut qu‟il se
transforme en pilotage. La différence entre le contrôle du résultat et le pilotage est très mince.
C‟est « l‟intention » de la direction de la société qui permet de savoir si c‟est un contrôle ou
un pilotage. Celle-ci se situe au cœur de la comptabilité de couverture. La question qui se
pose donc est : la comptabilité de couverture est-elle réellement un enjeu primordial ? Elle
l‟est, parce qu‟elle donne une avancée importante en ce qui concerne l‟amélioration de
l‟information financière.

104
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

2.3.3.2.2.3 Les limites de la comptabilité de couverture

Des couvertures économiques non admises au régime de la comptabilisation

On reproche à la comptabilité de couverture son champ d‟application très réduit. En


effet, un certain nombre de couvertures « économiques » ne sont pas éligibles à la
comptabilité de couverture :
La couverture d’opérations intra-groupe  l‟application de la comptabilité de
couverture est conditionnée par l‟existence d‟un impact sur le résultat consolidé de
l‟élément couvert. Ceci demeure vrai sauf pour les couvertures de flux de trésorerie des
opérations futures entre filiales libellées dans une monnaie autre que celle de
fonctionnement du groupe.
Certaines couvertures de change  sont exclus du champ d‟application les couvertures
de change qui ne font pas intervenir la monnaie de fonctionnement.
Utilisation de dérivé non reconnu  la création de nouveaux dérivés pour répondre à
une demande de couverture toujours importante ne cesse pas. Ces dérivés ne sont pas
tous éligibles à la comptabilité de couverture. Il s‟agit notamment des ventes sèches
d‟options qui ne peuvent être admise comme couverture en vertu de la norme IAS 39
puisqu‟elles augmentent le risque du vendeur ce qui contrecarre l‟objectif de la
couverture.
Cumul de dérivés  la couverture d‟un dérivé par un autre dérivé est exclue du champ
d‟application de la comptabilité de couverture.

Les options

Une option d‟achat (de vente) est un contrat matérialisant le droit (et non l‟obligation)
d‟acheter (de vendre) le sous-jacent à un cours déterminé et à une date déterminée. Le mark-
to-market (valeur de marché) d‟une option est déterminé en fonction de l‟actualisation des
flux pondérés par une probabilité de réalisation et suivant différents scénarios. Cette valeur va
dépendre d‟éléments exogènes (le prix du sous-jacent ou la volatilité des marchés). La
couverture par les options n‟est pas un contrat ferme puisque la société garde une partie du
risque. Si le risque couvert ne se réalise pas, alors le sous-jacent s‟apprécie et l‟option sera
abandonnée.
Les techniques de valorisation des options déterminent deux composantes distinctes :
La valeur intrinsèque  mesure l‟écart entre le prix instantané du sous-jacent et le prix
d‟exercice de l‟option.
 La valeur temps  mesure l‟espérance de l‟intérêt de l‟option à terme.
En effet, « cette séparation est destinée à permettre une meilleure appréciation de l‟efficacité
de la couverture par comparaison des variations de valeur du produit dérivé et de l‟élément

105
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

couvert 77 ». La couverture par les options ne peut être parfaite (par sa définition elle-même)
eu égard à la composante-temps entraînant une dissymétrie structurelle78. Peut-on alors se
demander comment la norme IAS 39 accepte l‟éligibilité de ces options ? La norme IAS 39
dans son § 74 (a) dispose une dérogation à la non-décomposition d‟un instrument dérivé. En
effet, elle dispose : « la séparation de la valeur intrinsèque et de la valeur temps d‟un contrat
d‟option et la désignation comme instrument de couverture de la seule variation intrinsèque
d‟une option, en excluant la variation de sa valeur temps ». Il en découle que la valeur temps
est à passer en résultat.

Utilisation de la juste valeur comme alternative

Cette alternative est autorisée par la norme IAS 39 dans son § 9.b.i. Alors, la
valorisation par la juste valeur est permise quand : « elle élimine ou réduit significativement
une incohérence dans l‟évaluation ou la comptabilisation (parfois appelée « non-concordance
comptables ») qui, autrement, découlerait de l‟évaluation d‟actifs ou de passifs ou de la
comptabilisation des profits ou pertes sur ceux-ci selon des bases différentes ».
Les conditions à respecter sont les suivantes :
Traitement comptable dissymétrique entre l‟actif et le passif considérés.
Existence d‟une relation économique (couverture économique).
Elimination (réduction significative) de la distorsion.
L‟élément couvert de cette relation de couverture « économique » doit avoir été désigné
comme étant évalué dès son origine à la juste valeur.
La relation de couverture doit porter sur l’ensemble de l‟élément couvert.
La juste valeur peut par conséquent être utilisée comme une alternative à la comptabilité de
couverture si ces conditions sont respectées dans ces cas :
Non-respect des conditions d‟application de la comptabilité de couverture.
Par simplification dans le but d‟éviter une documentation lourde et contraignante.

La couverture naturelle

Elle consiste à détenir un actif et un passif de montants équivalents et sensibles au


même risque. C‟est le cas, par exemple, d‟une société qui, pour couvrir une dette en devises,
détient une créance pour le même montant dans la même devise. Donc, toute fluctuation de la
devise entraînant une perte sur la créance implique un profit sur la dette sans la nécessité de
mettre en œuvre une couverture conformément à la norme IAS 39.

77
Schauvin P. (2006), « Comptabilité de couverture et engagement ferme en devises : méthodes Françaises et
règles IFRS » - Revue Française de Comptabilité n° 389 – juin.
78
Berthaud Y., op. cit., p. 71.

106
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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2.3.3.2.3 Les conséquences sur la mission du commissaire aux comptes

Devant l‟évolution normative, les normalisateurs sont touchés dans l‟adaptation d‟une
nouvelle approche de l‟information financière, les préparateurs des états financiers dans leur
capacité à comprendre les nouveautés et les utilisateurs dans leur aptitude à faire évoluer leurs
schémas d‟analyse. De plus, les commissaires aux comptes sont invités à s‟adapter au
nouveau contexte dans l‟exécution de leur mission. On analysera d‟abord dans ce qui suit les
nouvelles difficultés. On proposera, ensuite, les remèdes possibles. Enfin, on examinera les
conséquences sur la communication du commissaire aux comptes.

2.3.3.2.3.1 Les risques émergents de l’application de la norme IAS 39

L‟application des normes IFRS est, en elle-même, un bouleversement professionnel


d‟envergure pour le commissaire aux comptes. Il doit faire face aux nouveaux risques et
difficultés provoqués par la norme IAS 39.

Les risques liés à l’utilisation des instruments dérivés

Le marché des instruments de couverture demeure sous l‟influence de la volonté des


sociétés voulant se prémunir contre tous les risques de leur environnement économique. C‟est
pourquoi, l‟émergence de nouveaux instruments plus sophistiqués émergent continuellement.
Les grandes familles de couverture sont :
Les contrats à terme ou futurs. Les opérations à terme ou forwards. Les crédits croisés
ou swap. Les produits dérivés hybrides et exotiques. Les options. Les warrants.
Dans ce contexte « il convient de rappeler que l‟audit des produits dérivés n‟est pas en soi une
nouveauté faisant suite à la parution des normes IAS 39 et FAS 133. En effet, les dérivés
existent depuis plus longtemps que ces nouvelles normes et font déjà l‟objet d‟une
information comptable (même si celle-ci est insuffisante aux yeux des marchés
financiers) »79. Une tâche lourde attend, par conséquent, les commissaires aux comptes. Le
problème consiste en l‟apparition de situations où les positions des commissaires aux comptes
divergent : certains considèrent ainsi par exemple les couvertures complexes comme efficaces
alors que d‟autres en refusent cette considération. Il en ressort qu‟ils vont approfondir leurs
connaissances des techniques financières complexes.

Les risques de pilotage et non de contrôle du résultat des sociétés

79
Zribi J., (2002), « Instruments dérivés et opérations de couverture : analyse des nouvelles normes comptables
IAS 39 et FAS 133 », mémoire d‟expertise comptable, Bibliotique : Centre de Documentation des Experts
Comptables et des Commissaires aux Comptes de France, novembre.

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Ces risques sont : les risques liés à l‟intention des dirigeants et les risques nés des
options offertes dans le cadre de l‟application de la comptabilité de couverture.
La véritable difficulté réside dans le fait de considérer l‟intention comme un élément probant
pouvant être audité. Mais, comment ? Théoriquement le commissaire aux comptes ne peut pas
s‟immiscer dans la gestion de la société. Donc, il n‟a pas le droit de se prononcer sur les
intentions de la direction de façon directe. Cependant, la tâche est allégée par l‟exigence de la
matérialisation des exigences par la direction de la société de la part du normalisateur. Cette
matérialisation servira de base pour l‟audit de l‟intention de la direction.
De plus, les options offertes à la direction (voir précédemment) constituent des moyens de
contrôle du résultat à court terme pour la direction financière et, aussi, des sources de risque
pour le commissaire aux comptes. On parle, ici, du risque de visibilité de la rentabilité à long
terme de la société et de l‟assurance d‟une gestion raisonnable.

Les risques liés à des techniques comptables très spécifiques

Les risques encourus par les auditeurs sont proportionnels aux difficultés d‟application
de la norme. Le rôle du commissaire aux comptes évolue puisqu‟il doit certifier des états
financiers incluant des actifs évalués sur la base de prévisions de flux de trésorerie et de taux
d‟actualisation. Toutefois, le fondement de la mission du commissaire aux comptes ne doit
pas être modifié ou même influencé par les nouvelles normes.

2.3.3.2.3.2 Les diligences à mettre en oeuvre

Le commissaire aux comptes doit contrôler le respect de l‟esprit de la norme et des


règles strictes. Les normes sur les instruments financiers ont été élaborées dans l‟objectif
d‟une meilleure présentation. La démarche du commissaire aux comptes ne sort pas de son
cadre classique.

Le contrôle interne et l’orientation de la mission

Le contrôle interne est une phase importante parce qu‟elle permet de comprendre
l‟architecture du système d‟information dévouée au traitement des instruments financiers
notamment les dérivés. Aussi, permet-il la vérification des procédures instaurées pour
s‟assurer de l‟identification correcte des dérivés et leur exhaustivité (soit l‟approche par les
activités soit l‟approche par les services soit approche par les tiers). D‟ailleurs, cette phase
permet une meilleure connaissance de l‟environnement de la société en éclairant mieux le
commissaire aux comptes mieux éclairé sur le niveau des risques qui entourent celle-ci et sur
leur typologie. Elle permet, aussi, d‟évaluer les moyens mobilisés pour déterminer les
éléments de l‟actif et du passif évalués à la juste valeur. Pour l‟orientation de la mission, le
choix des équipes est très important. La mission requiert un niveau de connaissance élevé. Le

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

programme de travail est dressé sur la base des conclusions tirées de l‟examen du contrôle
interne.

Le contrôle des comptes

Les impacts des normes IFRS sont imprégnés de la notion de matérialité. Il en ressort
que le commissaire aux comptes doit tenir compte du seuil de signification préliminaire afin
d‟éviter la perte de temps dans des calculs complexes pour des opérations sans impact réel sur
le résultat.

Le respect de la communication

Les commissaires aux comptes doivent être attentifs à ce qui suit :


Incidence sur le rapport de gestion des effets de la transition.
Incidence sur les annexes.
Emission d‟un rapport spécifique de transition.

Le contrôle des conditions d’accès à la comptabilité de couverture

Pour l‟annexe des états financiers, la norme IFRS 7 « Instruments financiers :


Informations à fournir » dispose la communication d‟une information plus générale que
précise sur la comptabilité de couverture car il n‟est pas concevable d‟exiger une description
personnalisée de chaque couverture. Ce qu‟on déduit consiste à voir les documents sur la
couverture non inclus dans les états financiers. Ils sont autonomes et décrivent chaque
couverture. De plus, ils doivent être mis à la disposition du commissaire aux comptes qui est
tenu d‟en vérifier pour chaque opération considérée significative (selon l‟IAS 39 §
88) : «L‟identification de l‟instrument de couverture. La transaction ou l‟élément couvert.
La nature du risque couvert et la manière dont l‟entité évaluera l‟efficacité de l‟instrument
de couverture à compenser l‟exposition aux variations de juste valeur ou de flux de trésorerie
de l‟élément couvert attribuables au risque couvert ».

2.3.3.3 Les perspectives actuelles

La norme IAS 39 est amendée pour le reclassement des instruments financiers publiés
en octobre 2008 comme suit :
Oui Est-ce que l‟IF est un
dérivé, un passif ou
actif financier désigné
comme évalué à la
juste valeur par le biais
du compte de résultat à
sa comptabilisation

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

initiale ?
Non Est-ce que l‟actif Non Est-ce que l‟actif Non
financier est classé financier est classé
comme détenu pour comme disponible à la
transaction ? vente ?

Oui Oui

Non L‟actif financier est-il L‟actif financier peut-il


classé dans la catégorie être classé en Créances
des Créances et Dettes et Dettes à la date du
à la date du reclassement ?
reclassement ?

Oui Oui

Non L‟entité a-t-elle L‟entité a-t-elle


l‟intention et la l‟intention et la
capacité de détenir capacité de détenir
l‟actif financier dans un l‟actif financier dans un
futur prévisible ou futur prévisible ou
jusqu‟à l‟échéance ? jusqu‟à l‟échéance ?
Oui Oui

La modification du La modification du
reclassement est reclassement est
pertinente (IAS 39 § pertinente (IAS 39 §
50) 50)

L‟actif peut être


reclassé à n‟importe L‟actif peut être
quelle catégorie reclassé en Créances et
conformément à sa dettes
définition

Est-ce que la
situation est rare ?

Modification du
Modification de la
reclassement est non
classification est
pertinente (IAS 39 §
non autorisée
51-54)
IFRS 7
La mise en pratique des normes portant sur les instruments financiers présente des difficultés
qui se demandent toujours :
Quels critères devraient être utilisés pour démontrer que les cours de marché sont
disponibles sur un marché actif ?
En pratique, dans quelles circonstances une transaction pourrait-elle être qualifiée de
« liquidation », dans quels cas un marché ne serait plus considéré comme actif ?

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Y a-t-il dans les IFRS une hiérarchie implicite entre les différentes techniques
d‟évaluation disponibles (instruments comparables, modèles internes…) ?
Que veut dire technique d‟évaluation « communément utilisée par les participants du
marché » ?
Que signifie « valeurs de marché ou observables » en pratique (§ AG 74 de la norme IAS
39, valeurs d‟autres instruments retenus dans le cadre d‟une valorisation d‟un instrument
financier dans un marché inactif) ?
Est-ce que la valeur d‟instrument financier complexe, pour laquelle la juste valeur est
fondée sur des modèles incluant des ajustements et des paramètres internes significatifs,
est plus « un prix d‟usage » qu‟un « prix d‟échange »?
Quelle est l‟unité pertinente de comptabilisation de ces instruments (produit unique par
portefeuille) ?
Le risque lié au modèle, le risque de liquidité, le risque de contrepartie de crédit doivent-
ils être systématiquement inclus dans la juste valeur d‟un instrument, et si oui, comment ?
 Peut-il y avoir une hiérarchie des sources alternatives qui sont déterminées par les normes
IFRS lorsqu‟il n‟y a aucune donnée observable (dans le cas d‟un marché inactif)?
Est-il possible de passer d‟une technique d‟évaluation à une autre pendant la vie du
produit ?
Dans le cadre de la crise actuelle, les instruments financiers dérivés constituent un des sujets
les plus sensibles quant à la comptabilité sur le plan de leur conception, de leur mesure (prix
de marché ou déterminé par modèle) et de la constatation des profits ou des pertes attachées.
A ce propos, le NSS –National Standard Setters : Organisation composées des normalisateurs
d‟une dizaine de pays (notamment, l‟Australie, le Canada, la France…) à laquelle l‟IASB se
présente comme observateur a organisé un forum80 à Paris le 10 septembre 2008, pendant
lequel le CNC français a présenté un papier de recherche intitulé « Accounting for complex
financial instruments in inactive markets ».
Un CDO (Collateralized Debt Obligations) est porté par cette étude. Il s‟agit de titres dérivés
représentatifs de portefeuille de créances bancaires ou d‟instruments de natures diverses. Ce
type d’instrument présente, généralement, trois mécanismes communs à tous les
montages de titrisation : La construction par une institution financière d‟un portefeuille de
référence composée de créances bancaires et/ou d‟instruments financiers négociables
(obligations, autres titres de créance) et / ou de dérivé de crédit. La déconnexion entre le
risque de crédit du portefeuille et celui de l‟initiateur du montage via le recours à un véhicule
ad hoc (fonds commun de créances) pour l‟émission du CDO et le portage des actifs sous-
jacents. Le découpage en plusieurs tranches de l‟émission des CDO adossés à ce
portefeuille. A ce découpage correspond une hiérarchie précise quant aux droits des
différentes tranches émises sur les revenus tirés des actifs ou dérivés de crédit sous-jacents.
Les tranches (Senior, Mezzanine, Equity) bénéficient d‟un rang de priorité décroissant sur ces
revenus. Elles présentent symétriquement des niveaux de risque (donc, de rendement)
croissants.

80
OBERT R. (2008), “La comptabilisation des instruments financiers complexes” RFC, N° 415, Novembre.

111
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La structure bilancielle d’un CDO est présentée avec : A l‟actif, les dérivés de crédit
d‟un certain nombre d‟entités, c'est-à-dire des contrats financiers de protection bilatéraux dans
lesquels l‟acheteur verse une prime ex hante au vendeur qui promet de compenser ex post les
pertes de l‟actif de référence en cas d‟évènements de crédit.Au passif, les différentes
tranches de CDO. En vertu de la norme IAS 39 § 9, le CDO est actif financier détenu à des
fins de transaction (un dérivé n‟étant pas un instrument de couverture désigné et efficace) et
doit être comptabilisé par son détenteur à la juste valeur.

2.3.3.4 Les perspectives d’avenir

Deux types d‟amendement sont proposés par le Board aux normes existantes comme
réponse aux conditions économiques actuelles. L‟IFRS 7 fait, à ce propos, l‟objet de l‟un
d‟entre eux. Une information désagrégée sur les pertes de dépréciation pour les instruments de
dettes disponibles à la vente est suggérée, à l‟occasion de la table ronde81 organisée,
conjointement par l‟IASB et le FASB, sur la crise financière globale en novembre et
décembre 2008.
L‟IASB pense que des divulgations étendues vont permettre aux utilisateurs des états
financiers de comparer plus aisément les investissements dans les instruments de dettes. L‟ED
du 23 décembre exige des divulgations supplémentaires dans les états financiers de décembre
2008 pour les investissements dans les instruments de dettes à l‟aide d‟un tableau non
comparatif. Pour les instruments de dettes (par exemple : créances et dettes, investissement
dans les disponibles à la vente et les actifs financiers détenus jusqu‟à l‟échéance) autres que
ceux classés comme appartenant à la catégorie évalué à la juste valeur par le biais du compte
de résultat. Le tableau se présente comme suit :
31 Décembre 2008
Montant recouvrable Juste Valeur Coût amorti
Créances et dettes X X X
Investissements détenus
X X X
jusqu‟à l‟échéance
Investissements
X X X
disponibles à la vente
Total X X X

31 Décembre 2008 –
profit ou perte avant
impôt dans chaque
scénario
Si tous les investissements dans les instruments de dettes ont été classés dans la
X
catégorie de l‟évaluation par la juste valeur par le biais du compte de résultat
Si tous les investissements dans les instruments de dettes ont été classés dans la X

81
IFRS News Emerging Issues and practical guidance, “IASB marks year end with a flurry of activity”, Issue 70,
January 2009.

112
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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

catégorie de l‟évaluation pour le coût amorti

Aussi, est-il proposé un amendement à l‟IFRIC 9 et à la norme IAS 39 par un ED du 22


décembre en relation avec les dérivés incorporés. Celui-ci exige une évaluation
institutionnelle de n‟importe quel dérivé incorporé suite au classement d‟un actif financier en
dehors la catégorie évaluée à la juste valeur par le biais du compte de résultat. L‟évaluation ne
prend pas place à la reconnaissance initiale quand l‟actif est comptabilisé en sa totalité à sa
juste valeur. Le Board explique que la nécessité de cet amendement vise à s‟assurer que les
entités appliquent les conditions de séparation d‟un dérivé incorporé (qui n‟est pas étroitement
lié au contrat hôte). L‟évaluation doit être faite sur la base des circonstances qui existaient
quand l‟entité est devenue pour la première fois une partie au contrat. De plus, si la juste
valeur du dérivé, qui aurait due être séparé, ne peut être mesurée de façon fiable, le Board a
proposé que l‟actif financier hybride, dans sa totalité soit réintégré dans la catégorie évaluée à
la juste valeur par le biais du compte de résultat. Le même ED a proposé comme date
effective proposée les périodes annuelles clôturées le ou après le 15 décembre 2008 avec
application totalement rétrospective. De plus, dans un document de travail publié en Mars
2008 sur la réduction de la complexité82 des normes sur les instruments financiers, l‟IASB
préconise, en tant que solution à long terme, la généralisation de l‟utilisation de la juste valeur
avec comptabilisation au compte de résultat des variations ultérieures. Ce document comporte
en son sein les arguments désamorçant par avance les critiques dont pourrait faire l‟objet :
Suppression des diverses catégories auxquelles sont associées des méthodes d‟évaluation
particulières. Donc, généraliser la juste valeur fait disparaître la catégorisation et les
problèmes de frontières entre elles.
Inutilité des règles sur les dépréciations d‟actifs financiers puisque la juste valeur englobe
la prise en compte de ces dépréciations. Pour les créances et dettes, les dépréciations sont
liées à l‟accroissement du risque de crédit, c'est-à-dire au risque que le débiteur ne
s‟acquitte pas des sommes convenues.
La détermination de la juste valeur. L‟IASB considère que cette détermination est facile
lorsque l‟instrument financier est coté ou que la juste valeur peut être calculée en se
basant sur des données observées sur les marchés. Il en est de même lorsqu‟il s‟agit
d‟instruments financiers engendrant des flux de trésorerie à faible volatilité (créances et
dettes) lorsque l‟émetteur supporte un risque de crédit faible. Cela ne veut pas dire que
l‟IASB nie l‟existence de cas dont l‟évaluation est inévitablement subjective, mais, une
évaluation subjective en juste valeur serait pour lui plus efficace que le coût historique
qui n‟a pas d‟utilité pour le lecteur des états financiers (comme une participation dans une
Start-up, créances à long terme sur des entités dont la situation financière est dégradée ou
des dérivés basés sur des sous-jacents n‟ayant pas de marché).
La juste valeur appliquée au passif financier. L‟évaluation des dettes englobe la prise en
compte du risque de crédit de l‟entreprise, c'est-à-dire que plus l‟entité a une situation

82
Lebrun B. (2008), « L‟application de la juste valeur à tous les instruments financiers », RFC n° 413,
Septembre.

113
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financière dégradée plus les dettes à son passif ont une valeur faible. Si, à la suite de
l‟émission d‟un emprunt, la situation de l‟émetteur se dégrade, celui-ci devrait enregistrer
un profit (l‟IASB admet que ce mode de comptabilisation puisse apparaître contraire au
bon sens). De plus, même si un emprunt à taux fixe était destiné à être conservé jusqu‟à
l‟échéance, l‟émetteur serait obligé d‟enregistrer en résultat les effets sur sa juste valeur
des évolutions de taux d‟intérêt constatées sur le marché tout en sachant que les
ajustements de valeur ne se réaliseront que si l‟emprunt est remboursé par anticipation ou
transféré à un tiers vu que :
La juste valeur du passif financier n‟est que symétrique de la juste valeur des créances
à l‟actif des créanciers.
Les profits sur dettes liés à une dégradation de la situation du débiteur devraient
s‟acco0mpagner de dépréciation sur des actifs et de pertes d‟exploitation.
Dans la méthode du coût amorti, le risque de crédit est pris en compte à la date
d‟émission.

2.3.4 La consolidation pour les groupes de sociétés : Un langage comptable de haut niveau

2.3.4.1 Le regroupement d’entreprises : Une convergence de normalisation à deux phases

L’essentiel de la norme IFRS 3

*La définition d‟un regroupement d’entreprises consiste à le considérer comme un rassemblement d‟entités ou
activités distinctes en une seule entité présentant les états financiers. Sa comptabilisation selon la méthode de
l‟acquisition est obligatoire. La mise en œuvre de cette méthode implique la réalisation des étapes suivantes :
Identification de l‟acquéreur est l‟entité, se regroupant, qui obtient le contrôle des

l’acquéreur autres entités ou activités qui viennent de se regrouper.
Identification de la date il s‟agit de la date à laquelle le contrôle de l‟actif net et des activités

d’acquisition de l‟entreprise acquise est effectivement transféré.
c‟est le montant de trésorerie ou d‟équivalents de trésorerie versé ou
la juste valeur (à la date d‟échange) des autres éléments du prix
Mesure du coût
 d‟acquisition consentis par l‟acquéreur en échange du contrôle de
d’acquisition
l‟actif net de l‟autre entreprise augmenté des coûts directement
attribuables à l‟acquisition.
l‟acquéreur doit allouer le coût d‟acquisition aux actifs, passifs et
Affectation du coût passifs éventuels identifiables de l‟entité acquise à leur juste valeur,
d’acquisition aux actifs, à la date d‟acquisition. Le Goodwill résultant de l‟excédent du coût
 passifs et passifs d‟acquisition sur la part d‟intérêt de l‟acquéreur dans la juste valeur
éventuels de l’entité (des actifs et passifs identifiables acquis) à la date de l‟opération
acquise d‟échange est comptabilisé initialement à son coût en tant qu‟actif
acquis.
*Le Goodwill résultant de l‟excédent du coût d‟acquisition sur la part d‟intérêt de l‟acquéreur dans la juste valeur des
actifs et passifs identifiables acquis à la date de l‟opération d‟échange est comptabilisé initialement à son coût en tant
qu‟actif acquis. Après sa comptabilisation initiale, le Goodwill doit être comptabilisé à son coût diminué du cumul

114
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des pertes de valeur. Le Goodwill n‟est pas amortissable mais il est soumis à un test de dépréciation à chaque clôture
et à chaque fois qu‟il y a un indice de perte de valeur.
*Si la part de l‟acquéreur dans la juste valeur des actifs et passifs identifiables de l‟entité acquise excède le coût
d‟acquisition, l‟excédent doit être comptabilisé immédiatement en résultat.
*L‟identification et l‟évaluation des actifs et passifs acquis sont réalisées à la date de chaque transaction significative,
lorsque l‟acquisition d‟une entité est effectuée par achats successifs de titres. Le Goodwill correspond au cumul des
Goodwills qui auraient pu être dégagés à chaque transaction significative (IFRS 3 § 56). L‟acquéreur doit réévaluer,
sur la base des justes valeurs déterminées à la date de transaction la plus récente, la quote-part du groupe dans les
actifs, passifs et passifs éventuels, antérieurement détenue. Dans ce cas, la réévaluation trouve sa contrepartie en
capitaux propres et non pas en diminution du Goodwill (IFRS 3 § 59). Avant de remplir les conditions d‟un
regroupement d‟entreprises, une transaction peut remplir les conditions d‟une participation dans une entreprise
associée et être comptabilisée selon la norme IAS 28 en appliquant la méthode de la mise en équivalence. Dans ce
cas, la juste valeur des actifs nets identifiables de l‟entité détenue à la date de chaque transaction d‟échange antérieure
aura été déterminée auparavant en appliquant à la participation la méthode de la mise en équivalence (IFRS 3 § 60).
*Lorsque le coût d‟acquisition ou la juste valeur des actifs, passifs et passifs éventuels identifiables de l‟entité acquise ne
peuvent être établis que d‟une façon provisoire avant la clôture de l‟exercice du regroupement, l‟acquéreur doit
comptabiliser le regroupement sur la base de ces valeurs provisoires. L‟acquéreur dispose d‟un délai de 12 mois
(délai d’affectation) à compter de la date d‟acquisition pour corriger les valeurs provisoires comptabilisées. Ainsi,
dans les 12 mois suivant la date d‟acquisition (IFRS 3 § 62) :

-/ La valeur comptable d‟un actif, passif ou d‟un passif éventuel identifiable doit être ajustée sur la base de la juste
valeur estimée d‟une façon définitive comme si la juste valeur définitive était connue à la date d‟acquisition. Le
Goodwill ou tout profit comptabilisé conformément au § 29 doit être ajusté en fonction des nouvelles justes
valeurs.

-/ L‟information comparative doit être retraitée comme si la comptabilisation du regroupement a été définitive dès la
date d‟acquisition.
En conformité avec la norme IAS 8, une correction d‟erreur doit être comptabilisée de manière rétrospective avec
retraitement des informations comparatives comme si l‟erreur n‟avait pas eu lieu. L‟effet de la correction de l‟erreur
est comptabilisé en tant qu‟ajustement des capitaux propres d‟ouverture. Pour le besoin de présentation de
l‟information comparative, la valeur comptable des actifs, passifs et passifs éventuels identifiables doit être retraitée
en pro forma selon la nouvelle valeur après correction de l‟erreur comme si cette valeur avait été établie dès la date
d‟acquisition. Le même traitement est appliqué pour le Goodwill (IFRS 3 § 64).
*L‟avantage potentiel, issu des reports de pertes fiscales ou d‟autres actifs d‟impôt différé d‟une entité acquise qui n‟ont
pas été comptabilisés en tant qu‟actif identifiable par l‟acquéreur à la date d‟acquisition, peut être réalisé
ultérieurement. Lorsque ceci se produit, et nonobstant les dispositions du § 33 (même après l‟expiration du délai
d‟affectation), l‟acquéreur doit comptabiliser l‟avantage en produits selon la norme IAS 12. De plus, l‟acquéreur doit
(IFRS 3 § 65) : ajuster la valeur comptable brute en fonction du montant qui aurait été enregistré si l‟actif d‟impôt
différé avait été comptabilisé en tant qu‟actif identifiable à la date du regroupement d‟entreprises, et comptabiliser en
charge la réduction de la valeur comptable nette du Goodwill. Toutefois, cette procédure ne doit ni créer un gain ni en
augmenter un déjà constaté conformément au § 30 de la norme IFRS 3.

2.3.4.1.1 Le contexte stimulant la publication de la norme IFRS 3

En supprimant la norme IAS 22, l‟IASB matérialise sa volonté de réduire des options
en éliminant la méthode de mise en commun d‟intérêt et en conservant la méthode
d‟acquisition (dans le cadre de la convergence avec le FASB américain). Cette action

115
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

traduit l‟amélioration de la comparabilité des états financiers (qui était le principal reproche,
en la matière, des utilisateurs de l’information financière, et notamment les analystes
financiers). En effet, la norme IAS 22 considère que l‟évaluation des actifs acquis et passifs
assumés identifiables, en combinant les justes valeurs (à concurrence de la part d‟intérêt de
l‟acquéreur) et les valeurs comptables de pré-acquisition (à concurrence de tout intérêt
minoritaires), est un traitement de référence en matière de comptabilisation des actifs et
passifs identifiables d‟une entité acquise. La même norme dispose un autre traitement
autorisé consistant à évaluer des actifs et passifs à leur juste valeur à la date d‟acquisition.
Les intérêts minoritaires seront, par conséquent, égaux à leur quote-part dans cette juste
valeur. Chacun de ces deux traitements traduit, en fait, une perception différente de la position
des minoritaires dans le cadre d‟une entreprise. Cette perception est à l‟origine du choix du
traitement comptable à adopter. Ainsi, les apports de la norme IFRS 3 touchent-ils les
éléments suivants :
La méthode de comptabilisation des regroupements d‟entreprises.
La comptabilisation initiale des actifs acquis, passifs et passifs éventuels assumés
identifiables lors d‟un regroupement d‟entreprise.
La comptabilisation de passifs au titre de l’arrêt ou réduction des activités d‟une
entreprise acquise.
Le traitement de tout excédent de la part d‟intérêt de l‟acquéreur dans la juste valeur des
actifs nets identifiables acquis lors d‟un regroupement d‟entreprises par rapport au coût
du regroupement.
La comptabilisation du Goodwill et des immobilisations incorporelles acquises dans le
cadre d‟un regroupement.

2.3.4.1.2 Les nouveautés introduites par la norme IFRS 3

Dans le cadre de la méthode d’acquisition, la norme IFRS 3 a introduit les


nouveautés suivantes :

Comptabilisation initiale des actifs acquis, passif et passifs éventuels


assumés identifiables
Provision pour restructuration des activités de l’entité acquise  la comptabilisation en
qualité de passif identifiable de l‟acquéreur nécessite que les coûts de restructuration
constituent un passif de l’entité acquise au sens de la norme IAS 37 (au plus tard à la
date d’acquisition).
Passifs éventuels  l‟identification des passifs éventuels83 de l’entité acquise et leur
comptabilisation de manière séparée à leur juste valeur deviennent obligatoires.

83
Avec la norme IAS 22, les passifs éventuels ne constituaient pas des passifs identifiables de l‟entité acquise et
étaient comptabilisés en tant qu‟élément du Goodwill ou Badwill.

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Immobilisation incorporelle  à la date d‟acquisition, la comptabilisation séparée (du


Goodwill) de cet actif est soumise aux conditions suivantes : sa réponse à la définition
d‟un actif incorporel84 (au sens de la norme IAS 38) et la fiabilité de sa mesure à la juste
valeur.

Comptabilisation ultérieure du Goodwill


Postérieurement à la comptabilisation initiale, la norme IFRS 3 impose l’évaluation du
Goodwill, acquis lors d‟un regroupement d‟entreprises, au coût diminué du cumul des
pertes de valeurs. Donc, le Goodwill n‟est plus amortissable et sa soumission à un test de
dépréciation85, du moins annuel86, est désormais, obligatoire.

Excédent de la part de l’acquéreur dans la juste valeur nette des actifs,


passifs et passifs éventuels identifiables de l’entreprise acquise par rapport
au coût
L‟imposition du normalisateur international d‟une démarche à suivre pour admettre la
comptabilisation d‟un tel excédent reflète son scepticisme. Il faut d‟abord s‟assurer de la
correcte évaluation des justes valeurs et du coût d‟acquisition. Ensuite, et une fois l‟assurance
acquise, cet excédent serait à comptabiliser en résultat.

Informations à fournir
Informations générales (IFRS 3 § 66 à 76) : l‟acquéreur doit fournir les informations
suivantes pour chaque regroupement d‟entreprises effectué pendant la période :
*les noms et descriptions des entités ou des activités se regroupant notamment les produits
et le résultat de l‟entité regroupée pour la période comme si la date d‟acquisition pour
tous les regroupements d‟entreprises effectués pendant la période avait été l‟ouverture
de cette période.
*la date d‟acquisition.
*le pourcentage d‟instruments de capitaux propres acquis conférant le droit de vote.
*le coût du regroupement et une description des composantes de ce coût, y compris tout
coût directement attribuable au regroupement. Lorsque des instruments de capitaux
propres sont émis ou susceptibles d‟être émis comme faisant partie du coût, les
informations suivantes doivent aussi être fournies : le nombre d‟instruments de capitaux
propres émis ou susceptibles d‟être émis et la juste valeur de ces instruments ainsi que
la base de détermination de cette juste valeur.

84
La norme IFRS 3 considère la condition de probabilité d‟avantages économiques futurs (précédemment prévue
par la norme IAS 22) comme systématiquement requis pour un actif incorporel, reconnu comme tel à l‟occasion
de son acquisition dans le cadre d‟un regroupement d‟entreprises. Si une immobilisation incorporelle acquise
lors d‟un regroupement d‟entreprises a une durée d‟utilité finie, alors il y aura une présomption réfutable que sa
juste valeur peut être évaluée de façon fiable.
85
Ceci a mis fin à l‟amortissement du Goodwill acquis de manière systématique au cours de sa durée d‟utilité
avec la présomption réfutable que cette durée ne pouvaitt excéder 20 ans à partir de la comptabilisation initiale.
86
Et, plus fréquemment si les évènements ou les changements de circonstances indiquent qu‟il a pu se déprécier.

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*les détails de toutes activités dont l‟entité a décidé de se séparer à la suite du


regroupement.
*les montants comptabilisés à la date d‟acquisition pour chaque catégorie d‟actifs, de
passifs et de passifs éventuels de l‟entreprise acquise, et, sauf s‟il n‟est pas praticable de
fournir ces informations, la valeur comptable de chacune de ces catégories déterminée
immédiatement avant le regroupement, selon les Normes. S‟il n‟est pas praticable de
fournir ces informations, ce fait doit être indiqué, ainsi qu‟une explication de la raison
pour laquelle tel est le cas.
*le montant de tout excédant comptabilisé en résultat selon le § 30 et le poste du compte de
résultat dans lequel cet excédent est comptabilisé.
*une description des facteurs qui ont contribué à un coût qui aboutit à la comptabilisation
d‟un Goodwill – une description de chaque immobilisation incorporelle qui n‟a pas été
comptabilisée séparément du Goodwill et une explication de la raison pour laquelle la
juste valeur de l‟immobilisation incorporelle n‟a pas pu être évaluée de façon fiable –
ou une description de la nature de tout excédent comptabilisé en résultat selon le § 30.
*le montant du résultat de l‟entreprise acquise depuis la date d‟acquisition inclus dans le
résultat de l‟acquéreur pour la période, sauf s‟il n‟est pas praticable de fournir ces
informations.
Si la comptabilisation initiale d‟un regroupement d‟entreprises qui a été effectué au cours de
la période n‟a été déterminée que provisoirement, ce fait doit aussi être indiqué ainsi qu‟une
explication de la raison pour laquelle tel est le cas.
Profits, pertes, corrections d’erreurs et autres ajustements comptabilisés pendant la période
de regroupement (IFRS 3 §72 à 73) : un acquéreur doit fournir des informations permettant
aux utilisateurs de ses états financiers d‟évaluer les effets financiers des profits, pertes,
corrections d‟erreurs et autres ajustements comptabilisés pendant la période courante
correspondante à des regroupements d‟entreprises qui ont été effectués pendant la période
courante ou au cours des périodes antérieures. Ainsi, les informations suivantes doivent être
fournies :
*le montant et une explication de tout profit ou perte comptabilisé au titre de la période
courante qui :
-/ est lié aux actifs acquis ou aux passifs ou passifs éventuels assumés identifiables lors
d‟un regroupement d‟entreprises qui a été effectué pendant la période courante ou
une période antérieure.
-/ est d‟une taille, nature ou incidence telle que les informations fournies sont
pertinentes pour la compréhension de la performance financière de l‟entité
regroupée.
*si la comptabilisation initiale d‟un regroupement d‟entreprises qui a été effectué au cours
de la période immédiatement antérieure n‟était déterminée que provisoirement à la fin
de cette période, alors, les montants et les explications des ajustements des valeurs
provisoires sont comptabilisées pendant la période courante.

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*les informations sur la correction des erreurs que la norme IAS 8 impose de fournir pour
l‟un quelconque des actifs, passifs ou passifs éventuels identifiables de l‟entreprise
acquise ou sur la variation de la valeur attribuée à ces éléments que l‟acquéreur
comptabilise pendant la période courante selon le § 34.
Goodwill (IFRS 3 §75 à 77) : L‟entité doit présenter un rapprochement de la valeur comptable
du Goodwill au début et à la fin de la période en montrant séparément :
*la valeur brute et le cumul des pertes de valeur à l‟ouverture de la période.
*le Goodwill supplémentaire comptabilisé au cours de la période sauf le Goodwill inclus
dans un groupe destiné à être cédé qui satisfait aux critères lui permettant d‟être classé
comme étant être détenu en vue de la vente selon la norme IFRS 5, lors de l‟acquisition.
*les ajustements résultant de la comptabilisation ultérieure d‟actifs d‟impôt différé pendant
la période selon le § 35.
*le Goodwill inclus dans un groupe destiné à être cédé, classé comme étant détenu en vue
de la vente selon la norme IFRS 5, et le Goodwill décomptabilisé pendant la période
sans avoir été inclus auparavant dans un groupe destiné à être cédé, classé comme étant
détenu en vue de la vente.
*les pertes de valeur comptabilisées pendant la période selon la norme IAS 36.
*les différences de change nettes générées pendant la période selon la norme IAS 21.
*toutes les autres variations de la valeur comptable au cours de la période.
*la valeur brute et le cumul des pertes de valeur à la clôture de la période.

2.3.4.1.3 Position du normalisateur Tunisien par rapport à la norme IFRS 3

le constat qui se dégage d’une première lecture de la norme IFRS 3 dans sa version
non révisée et qui vise à situer la position du normalisateur tunisien par rapport à son
homologue international en matière de regroupement d’entreprises est : toute divergence
de traitement comptable qui sera détectée par rapport à la norme NCT 38 n’est que la
traduction de la nouvelle vision adoptée l’IASB - et basée sur la juste valeur - au détriment
d’une vision basée sur le coût historique (toujours maintenue par le normalisateur
tunisien).

Champ d’application
L‟intention du normalisateur tunisien rejoint celle de son homologue international ce qui
concerne les deux premiers cas d‟exclusion du champ d‟application de la normalisation des
regroupements d‟entreprises : les opérations de regroupement entre entreprises sous contrôle
communs et les participations dans les co-entreprises et les états financiers des co-
entreprises. Cette attitude montre bien une volonté, des deux côtés, de mettre de l‟ordre aux
traitements comptables pratiqués pour des regroupements réalisés dans un but économique.
Il en découle que le changement du véritable propriétaire de l’actif de la société cédée
constitue une information hautement importante. Ainsi, l‟appréciation de l‟existence d‟une

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substance économique du regroupement dépend-t-elle des circonstances dans lesquelles


intervient l‟opération (une affaire de jugement professionnel). Toutefois, la norme NCT 38
n‟est pas aussi restrictive comme la norme IFRS 3. Cette dernière ne traite pas les
regroupements impliquant une pluralité d’entités mutuelles ainsi que les regroupements
dans lesquels des entités ou des activités distinctes sont rassemblées pour former une entité
présentant les états financiers uniquement par contrat, sans obtenir de part d‟intérêts.

Affectation du coût d’un regroupement


La divergence trouve sa source dans le défaut de reconnaissance de la notion de passif
éventuel par les NCT: la norme NCT 14 ne fait pas de référence explicite à la notion du passif
éventuel en traitant des éventualités et engagements pris par l‟entité. Par conséquent, la norme
NCT 38 ne considère pas les passifs éventuels comme élément identifiable de l‟entreprise
acquise, ce qui créé une différence de traitement avec la norme IFRS 3. Donc, en présence
d‟un tel cas, l‟estimation de la valeur du Goodwill différera selon le référentiel retenu.
L‟allocation du coût d‟acquisition relatant aux actifs, passifs et passifs éventuels identifiables
de l‟entité acquise à la date d‟acquisition pour leurs justes valeurs, constitue une obligation à
la charge de l‟acquéreur (à l’exception des actifs non courants classés en tant qu’actifs
destinés à être cédés selon la norme IFRS 5 qui doivent être valorisés à la juste valeur
diminuée des coûts de vente). Pour la comptabilisation de l‟opération de regroupement
d‟entreprises, la norme NCT 38 n‟établit pas de critères de distinction spécifiques en fonction
des catégories d‟actifs et passifs de l‟entreprise acquise (relatifs aux immobilisations
incorporelles et passifs éventuels) et ce, contrairement à la norme IFRS 3.

La valeur de comptabilisation
Alors que l‟IASB préconisait l‟obligation d‟évaluation des actifs et passifs à leur juste valeur
à la date d‟acquisition (les intérêts minoritaires seront, par conséquent, égaux à leur quote-
part dans cette juste valeur), son homologue tunisien avançait deux traitements : le traitement
de référence et le traitement autorisé. L‟évaluation des actifs et passifs identifiables s‟effectue
obligatoirement selon le premier traitement pour un montant égal au total de leur juste valeur
à concurrence de la part d‟intérêt de l‟acquéreur dans l‟opération et la part des minoritaires
dans les valeurs comptables antérieures à l‟acquisition des actifs et passifs identifiables dans
la filiale (NCT 38 § 27). L‟évaluation des actifs et passifs s‟effectue obligatoirement selon le
traitement autorisé à leur juste valeur à la date d‟acquisition. Par conséquent, les intérêts
minoritaires seront égaux à leur quote-part dans cette juste valeur (NCT 38 § 29).

L’évaluation des immobilisations incorporelles


L‟IASB, toujours fidèle à sa logique de la pertinence des données produites par le marché,
exige une détermination de la valeur par référence à un marché actif (tel que défini par la
norme IAS 38). Il atténue cette rigidité en offrant la possibilité d‟une évaluation sur une base
reflétant le montant que l‟acquéreur aurait payé pour les actifs dans des transactions
similaires entre parties consentantes et biens informées effectuées dans des conditions de

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concurrence normales en se fondant sur la meilleure information disponible et ce, en


l’absence de marché actif. Cette possibilité n‟a pas été suivie par la norme NCT 38 qui
prévoit une limite à la juste valeur attribuable à une immobilisation incorporelle identifiée
dans une acquisition en cas d‟absence d‟un marché actif. En effet, la norme exige dans son §
35, que le montant comptabilisée pour cette immobilisation incorporelle à la date
d‟acquisition soit limité à un montant ne crée pas un Goodwill négatif ou le cas échéant
n‟augmente pas un Goodwill négatif généré lors de l‟acquisition.

Le caractère identifiable
En portant l‟analyse à la question de ce qui serait considéré comme identifiable dans une
acquisition, une autre divergence sera détectée. En vertu du § 41 de la norme IFRS 3, ne peut
être considéré comme identifiable que les actifs, passifs et passifs éventuels de l‟entreprise qui
existaient à la date d‟acquisition et qui satisfont aux critères de comptabilisation du § 19 :
Il est interdit à l‟acquéreur la comptabilisation de passifs au titre de l’arrêt ou de la
réduction des activités de l’entité acquise dans le cadre de l‟affectation du coût du
regroupement sauf si l‟entité acquise a un passif existant au titre de la restructuration
comptabilisée selon IAS 37, à la date d‟acquisition (Annexe 4 : IAS 37 : PROVISIONS,
PASSIFS EVENTUELS et ACTIFS EVENTUELS).
Il est interdit à l‟acquéreur, lors de l‟affectation du coût de regroupement, de
comptabiliser un passif au titre des pertes futures ou d’autres coûts qu’il s’attend à
encourir du fait du regroupement d’entreprises.
En application de la définition d’un passif éventuel en vertu de la norme IAS 37, un paiement
qu’une entité est tenue d’effectuer contractuellement, constitue une obligation actuelle de
l’entité. Par conséquent, ce paiement potentiellement certain sera considérée comme un
passif éventuel jusqu’à ce qu’il devienne probable qu’un regroupement d’entreprises aura
lieu. Cette obligation contractuelle est comptabilisée par cette entité en tant que passif selon
IAS 37 lorsqu’un regroupement devient probable et lorsque le passif peut être évalué de
manière fiable. Donc, à la réalisation du regroupement, ce passif de l’entité acquise est
comptabilisé par l’acquéreur comme un élément de l’affectation du coût du regroupement
(IFRS 3 § 42). Néanmoins, le plan de restructuration d’une entité acquise, dont l’exécution
est subordonnée à ce qu’elle soit acquise lors d’un regroupement d’entreprises, n’est pas une
obligation actuelle de l’entité acquise immédiatement avant le regroupement d’entreprises. Il
n’est pas non plus un passif éventuel de l’entité acquise, immédiatement avant le
regroupement, car il n’est pas une obligation potentielle générée par un évènement passé
dont l’existence ne sera confirmée que par la survenance ou non d’un ou plusieurs
évènements futurs incertains qui ne sont pas entièrement sous le contrôle de l’entité acquise.
Par conséquent, un acquéreur ne doit pas comptabiliser de passif au titre de ces plans de
restructuration comme élément de l’affectation du coût du regroupement (IFRS 3 § 43). La
norme NCT 38, diamétralement opposée, autorise la comptabilisation d‟une provision pour
restructuration même si elle ne constitue pas un passif de l‟entité acquise à la date

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d‟acquisition. Cette obligation de comptabilisation de la provision est subordonnée à ce que


l‟acquéreur ait :
-/ élaboré les principales caractéristiques d‟un plan qui implique l‟arrêt ou la réduction des
activités de l‟entreprise acquise, à la date d‟acquisition ou à une date ultérieure.
-/ créé chez les personnes concernées une attente fondée qu‟il met en œuvre le plan, en
annonçant les principales caractéristiques du plan à la date d‟acquisition ou à une date
antérieure.
-/ développé ses principales caractéristiques en un plan détaillé et formalisé indiquant au
moins l‟activité ou la partie d‟activité concernée, les principaux sites affectés, la
localisation-la fonction et le nombre approximatif de membres du personnel qui seront
indemnisés au titre de la fin de leur contrat de travail, les dépenses engagées et la date à
laquelle le plan sera mis en œuvre, dans un délai de 3 mois à compter de la date
d‟acquisition ou, si elle est antérieure, à la date d‟approbation des états financiers
annuels.

La comptabilisation séparée d’une immobilisation incorporelle


La reconnaissance de la « légalité » d’une comptabilisation séparée d’une immobilisation
incorporelle du Goodwill généré par l’acquisition est une divergence de taille en elle-
même entre le normalisateur international et celui tunisien.
L‟IASB subordonne cette reconnaissance au respect de la définition de l‟immobilisation
incorporelle au sens de la norme IAS 38 et à la fiabilité potentielle de sa juste valeur (IFRS 3
§ 46). Ainsi, un actif répond à cette définition lorsque :
-/ il est séparable c'est-à-dire il est susceptible d‟être séparé ou dissocié de l‟entité et être
vendu, cédé, concédé par licence, loué ou échangé, soit individuellement soit en même
temps qu‟un contrat, actif, passif lié ou,
-/ résulte de droits contractuels ou d‟autres droits légaux que ces droits soient ou non
cessibles ou séparables de l‟entité.
L‟absence de critères de distinction spécifiques caractérise toujours le normalisateur tunisien.
Il joint la considération du caractère identifiable et l‟obligation d‟une comptabilisation séparée
aux conditions suivantes (NCT 38 § 21) : Il est probable que des avantages économiques
futurs s‟y rapportant iront à l‟acquéreur ou que des ressources représentatives d‟avantages
économiques futurs sortiront de chez l‟acquéreur (passifs) et l‟on dispose d‟une évaluation
fiable de leur coût ou juste valeur. Ceci montre un attachement du normalisateur tunisien aux
critères généraux de prise en compte d‟un actif. Donc, il demeure réticent à une
reconnaissance élargie des immobilisations incorporelles dans le bilan d‟une entreprise et ce,
de façon séparée du reste des autres éléments de ce bilan malgré sa publication d‟une norme
indépendante sur ce thème (il n’est certain que les entreprises tunisiennes disposent de
moyens suffisants leur permettant de reconnaître et d’évaluer ce type d’actifs de façon
pertinente). La prudence continue à être la roue motrice de la normalisation comptable en
Tunisie (principale convention comptable au niveau du cadre conceptuel de tout modèle
comptable basé sur le coût historique). Il en résulte que les immobilisations incorporelles qui

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seront identifiées séparément du Goodwill selon la norme IFRS 3 seront plus importantes
que celles qui seront identifiées selon la norme NCT 38.

Evaluation ultérieure du Goodwill


Après avoir débattu la question de la divergence potentielle au niveau de la détermination
initiale du Goodwill, l‟examen critique sera dirigé vers son évaluation ultérieure. L‟IASB
impose la comptabilisation du Goodwill à son coût diminué du cumul des pertes de valeur
(IFRS 3 § 54). Donc, pour le normalisateur international, cet élément d‟actif n‟est plus
amortissable ; il est plutôt soumis à un test de dépréciation (Annexe 5 : IAS 36 :
DEPRECIATION D‟ACTIFS) à chaque clôture et à chaque fois qu‟il a un indice de perte de
valeur. La norme IFRS 3 § 55 fait référence à la norme IAS 36 en matière de modalités de
réalisation du test de dépréciation d‟un Goodwill acquis dans le cadre d‟un regroupement
d‟entreprises. Pour le normalisateur tunisien, la reconnaissance de la perte de valeur du
Goodwill est une contrainte imposée par l‟orientation du modèle comptable vers le reflet de la
réalité économique. Ainsi, il admet l‟existence de situations amenant à la constatation de perte
de valeur. Donc, un test de dépréciation est à opérer lorsque des éléments probants indiquent
que le Goodwill a perdu de la valeur consistant à amener la valeur comptable nette à sa valeur
recouvrable lorsqu‟elle la dépasse (NCT 38 § 50). Mais, son principe directeur en matière de
dépréciation des éléments d‟actifs a toujours été l‟amortissement (une conséquence du modèle
du coût historique corrigé). La norme NCT 38 fidèle à la logique du modèle du coût
historique (corrigé) retient l‟obligation de l‟amortissement du Goodwill sur une base
systémique sur sa durée d’utilité. Cette dernière doit, selon le § 39 de la norme NCT 38,
refléter la meilleure estimation de la période durant laquelle il est attendu que les avantages
économiques futurs iraient à l‟entreprise (il s‟agit d‟une appréciation dont les intentions de la
direction de la société constituent un facteur déterminant). Il est obligatoire de prendre en
compte plusieurs facteurs pour déterminer la durée d‟amortissement (pour plus de détail, voir
la norme NCT 38 § 43). Cette durée est plafonnée à 20 ans sauf si l‟entreprise arrive à
démontrer une durée d‟utilité du Goodwill plus longue87 sur la base d‟éléments probants et
convaincants. Demeurant dans le cadre de cette logique, la même norme retient l‟obligation
de la traduction du rythme attendu de consommation des avantages économiques futurs
résultant du Goodwill, pour le choix du mode d’amortissement. De façon générale, pour la
norme NCT 38, le mode linéaire constitue un principe directeur de la matière du mode
d‟amortissement dont la dérogation est conditionnée par l‟existence d‟éléments probants et
convaincants qu‟un autre mode sera plus approprié, en la circonstance (NCT 38 § 40).
Soucieux de l‟impact de la valeur du Goodwill sur les décisions économiques, le
normalisateur Tunisien impose le principe de la révision pour la durée et le mode
d‟amortissement avec une fréquence minimale d‟une fois à la clôture de chaque exercice. Il
serait obligatoire de traiter tout changement en tant que changement d‟estimation comptable

87
Dans cette situation, la norme NCT 38 ne cache pas son scepticisme, malgré cette reconnaissance. Elle
impose, ainsi, à l‟entreprise la réalisation de test de dépréciation en sus de l‟amortissement du Goodwill sur cette
durée d‟utilité spécifique.

123
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

(en vertu de la norme NCT 11) et d‟ajuster la dotation aux amortissements de l‟exercice et des
exercices antérieurs (NCT 38 § 49).

Traitement comptable du Goodwill négatif


Pour le Goodwill négatif, les deux normalisateurs sont d‟accord sur la définition de cet
élément, mais, ils se démarquent l‟un de l‟autre quant au traitement comptable qui lui est
prescrit. L‟IASB, de son côté, impose la réestimation de l‟identification et de l‟évaluation
faites du coût d‟acquisition, lorsque la part de l‟acquéreur dans la juste valeur des actifs,
passifs et passifs éventuels identifiables de l‟entité acquise excède le coût d‟acquisition.
Ensuite, il impose en deuxième étape la comptabilisation immédiate de cet excédent en
résultat (IFRS 3 § 56). Ce profit peut comprendre une ou plusieurs des composantes suivantes
(IFRS 3 § 57) :
-/ Erreur dans l‟estimation du coût d‟acquisition ou de la juste valeur des actifs, passifs et
passifs éventuels de l‟entité acquise.
-/ Une disposition d‟une norme comptable imposant l‟évaluation des actifs nets identifiables
acquis à un montant qui n‟est pas la juste valeur pour les besoins de l‟affectation du coût
de regroupement comme la non actualisation du montant affecté aux actifs et passifs
d‟impôts différés.
-/ Une acquisition à des conditions avantageuses (une bonne affaire).
Le normalisateur tunisien prévoit d‟autres modalités pour la reprise du Goodwill négatif en
résultat :
Situation 1 : Le Goodwill négatif correspond à des pertes et dépenses futures attendues
identifiables dans le plan d’acquisition de l’acquéreur (qui peuvent être évaluées de
manière fiable), mais qui ne représentent pas à la date d’acquisition des passifs
identifiables  Cette fraction du Goodwill négatif doit être comptabilisée en produit dans
le compte de résultat lorsque les pertes et dépenses futures sont comptabilisées.
Situation 2 : Le Goodwill négatif ne correspond pas à des pertes et dépenses futures
identifiables attendues pouvant être évaluées de manière fiable à la date d’acquisition 
Il doit être comptabilisé en produit dans le compte de résultat de la manière suivante :
 Le montant du Goodwill négatif n‟excédant pas les justes valeurs des actifs non
monétaires identifiables acquis doit être comptabilisé en produit sur une base
systématique sur la durée d‟utilisation moyenne pondérée restant à courir des actifs
amortissables identifiables acquis et,
 Le montant du Goodwill négatif excédant les justes valeurs des actifs non monétaires
identifiables acquis doit être comptabilisé immédiatement en produit.
Pour sa présentation, le Goodwill négatif doit être présenté en déduction des actifs de
l‟entreprise présentant les états financiers sous la même rubrique du bilan que le Goodwill.

2.3.4.1.4 La clôture de la deuxième phase de la normalisation du regroupement


d’entreprises : une norme IFRS 3 révisée

124
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Le mois de janvier 2008 témoignait de la clôture de la deuxième phase du projet


« regroupement d’entreprises » affichant ainsi d‟importants changements par rapport à la
version actuelle de la norme IFRS 3. En effet, la norme IFRS 3 révisée introduit les
changements majeurs suivants :
L‟offre de la possibilité d‟évaluation du Goodwill par incorporation de la part des intérêts
minoritaires.
Les coûts liés à l‟acquisition d‟une cible cessent d‟être intégrés au prix d‟acquisition et
constituant des charges de l’acquéreur.
Le prix payé aux vendeurs intègre obligatoirement (dès l‟acquisition) la juste valeur des
paiements conditionnels tels que les compléments de prix liés à la rentabilité de la cible.
Toute variation ultérieure de la juste valeur de ces paiements conditionnels est à
comptabiliser en résultat.
La prise de contrôle par acquisitions successives d‟actions de la cible entraîne la
réévaluation à la juste valeur des actions détenues avant la prise de contrôle et
l’enregistrement du changement de valeur en résultat.
On constate une refonte totale88 de la structure et de la rédaction de la norme IFRS 3 à
l‟occasion de la révision effectuée.

2.3.4.1.4.1 Les changements majeurs introduits par la norme IFRS 3 révisée

Les nouvelles modalités de détermination du Goodwill


Le paragraphe 32 de la norme IFRS 3 révisée considère le Goodwill comme l’excédent d’un
montant (a) sur un montant (b) qu‟il définit comme suit :
- (a) est la somme de (i) la rémunération transférée, celle-ci étant en général la juste valeur de ce
qui est transféré à la date d‟acquisition, et de (ii) la valeur des intérêts minoritaires s‟ils existent,
évalués comme indiqué ci-après si la prise de contrôle a été effectuée par achats successifs
d‟intérêts dans la cible, il y a lieu d‟y ajouter la juste valeur de la participation détenue dans le
capital de la cible immédiatement avant cette prise de contrôle.
- (b) est la somme nette des montants attribués à la date d‟acquisition aux actifs identifiables acquis
et aux passifs identifiables pris en charge, évalués selon la norme IFRS 3 révisée.

Au niveau de la définition du Goodwill, la comparaison de l‟ancienne version de la norme


IFRS 3 à celle révisée fait apparaître des différences dont principalement le traitement des
intérêts minoritaires (nouvelle option majeure pour la comptabilisation des intérêts
minoritaires selon le § 19 de la norme révisée). Les autres se rapportent à la détermination
du prix payé pour prendre le contrôle de la cible (abandon du terme « coût d‟acquisition » au
profit de « juste valeur de ce qui est transféré»).

88
Dossier du mois (2008), « Regroupements d‟entreprises – IFRS 3 et IAS 27 révisées», Revue Fiduciaire
Comptable, n°351, Novembre, p. 25.

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Prise en compte des intérêts minoritaires pour déterminer le Goodwill


La nouvelle version de cette norme donne à l‟acquéreur à la date d’acquisition, le choix
d‟évaluer les intérêts minoritaires soit pour leur juste valeur soit pour la part qu’ils
représentent dans la juste valeur de l‟actif net identifiable acquis, et ce pour chaque
regroupement d’entreprises. Cette option entraîne trois conséquences :
Le Goodwill et les intérêts minoritaires n‟auront pas les mêmes valeurs qu‟auparavant.
La dépréciation de Goodwill est généralement plus élevée lorsqu‟il y a inclusion de la part
des intérêts minoritaires.
Lors de l‟acquisition d‟intérêts minoritaires, la comptabilisation du prix en déduction des
capitaux propres a des effets différents (voir le traitement préconisé par IAS 27).

Les paragraphes B 44 et B 45 de la norme IFRS 3 révisée fournit des indications sur la


détermination de la juste valeur des intérêts minoritaires :
Si les actions de l‟entité sont cotées sur un marché actif, les actions détenues par les
minoritaires sont évaluées sur la base du cours à la date d’acquisition.
À défaut de marché actif, l‟acquéreur utilisera des techniques de valorisation.

Le paragraphe B 45 reconnaît le fait que l‟action pour le majoritaire peut avoir une valeur
différente de celle détenue par le minoritaire puisque le majoritaire peut avoir accepté le
paiement d’une prime de contrôle. Donc, par rapport à la valeur globale de la cible, la valeur
de l‟action détenue par un minoritaire peut faire l‟objet d‟une décote.

Les coûts liés à l’acquisition d’une cible


Pour l‟IASB, les coûts liés à une acquisition découlent d‟opérations distinctes du
regroupement et effectuées avec des tiers. En principe, ces coûts doivent être passés en
charges au moment où les services sont rendus par les tiers, ils ne peuvent pas être
incorporés au prix d’acquisition (IFRS 3 § 53 ; BC 365 à BC 369). Les coûts d‟émission de
titres en vue de financer la cible demeurent comptabilisés selon les normes IAS 32 et IAS 39.
La raison de la comptabilisation en charges de ces coûts c‟est le principe de la juste valeur
adopté par la norme IFRS 3 révisée. En fait, l‟incorporation des coûts liés à l‟acquisition au
prix payé au vendeur conduirait à une valeur de la cible dépassant sa juste valeur ou bien
ferait supposer que le vendeur a admis un prix inférieur à la juste valeur. De cette façon,
l‟IASB a totalement écarté l‟argument selon lequel l‟investissement réalisé par l‟acquéreur
intègre le prix payé et les coûts liés à l‟acquisition. Le fait que l‟intention des acquéreurs
quant au recouvrement de ces coûts ne constitue qu‟un aspect distinct de l‟objectif de juste
valeur assigné par le Board à la norme IFRS 3 révisée justifie cette attitude. L‟IASB ne nie
pas que ce traitement comptable constitue une méthode non homogène avec celle réservée à
l‟acquisition d‟actifs isolés ou de groupe d‟actifs ne formant pas une activité, mais, pour lui
ceci n‟est pas un motif pour renoncer à la nouvelle solution. Toutefois, conscient des
possibilités que peuvent exploiter pour détourner cette difficulté, l‟IASB a précisé au niveau

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de cette norme révisée que tout paiement effectué par l‟acquéreur à la cible ou aux vendeurs
de la cible, rémunérant des biens ou services distincts du prix payé pour acquérir la cible, est
enregistré en tant que rémunération de ces services et non pas en tant que composante du prix
payé.
Problématique des intérêts minoritaires
Les intérêts minoritaires sont une rubrique comptable spécifique au niveau des états
financiers consolidés, engendrant un problème de classification au bilan, du fait de la
multiplicité de leurs caractéristiques. Plus précisément, certaines de ces caractéristiques
font que ces intérêts minoritaires soient rattachés aux dettes, alors que d‟autres les
orienteront vers une assimilation aux capitaux propres. Cette nature hybride entraîne
d‟importants impacts quant à l‟évaluation notamment dans la recherche de l‟application du
principe de la juste valeur (un des piliers de base des normes de l‟IASB). Les montants à
retenir au bilan consolidé de façon définitive varient selon la nature attribuée aux intérêts
minoritaires, en raison des écarts généralement constatés entre le prix payé au titre de
l‟acquisition des participations consolidables et la quote-part acquise dans les capitaux
propres des filiales. Un autre problème surgit à la suite de la variation du pourcentage de
contrôle : c‟est celui de l‟enregistrement des transactions avec les minoritaires et portant sur
leurs titres. L‟écart cité ci-haut (écart de première consolidation), est composé de deux
catégories de facteurs : plus-values latentes sur éléments identifiables et prise en compte
d‟éléments incorporels. Or, pour une participation partielle, les écarts ne correspondent qu‟à
une évaluation partielle de la filiale. Cette évaluation sera remise en cause de manière plus ou
moins large en fonction de la vision choisie. Donc, on se trouve devant une pluralité
d‟optiques. Partant de la réalité que les états financiers consolidés sont l‟œuvre de la société-
mère, un problème surgit quant au traitement des minoritaires. La solution à envisager est
déterminée par la vision plus ou moins large du groupe et des destinataires de l‟information
communiquée par les états financiers consolidés89.

Concept du propriétaire

Il s‟agit d‟un concept restrictif du propriétaire ce qui rend les intérêts minoritaires hors des
états financiers consolidés. Ces états financiers se fixent, alors, comme objectif de montrer
aux majoritaires leurs avoirs et leurs dettes. En contrepartie de l‟absence de l‟inscription du
financement effectué par les minoritaires, seuls les actifs et dettes revenant à la société-mère
figurent au bilan consolidé. Cette conception ignore le pouvoir de contrôle.

Concept de la maison-mère

89
Baxter G.C. & Spinney J.C., (1992), A closer look at consolidated financial statement theory, CA Magasine,
janvier 1975, p. 31-36; Schevin P., Information financière et consolidation: le cas des intérêts minoritaires,
Economie et Comptabilité n° 180, septembre.

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Cette optique suppose les intérêts minoritaires comme tiers en tenant compte du contrôle et
en se fondant sur le concept de propriété indivise. Cet indivis est partagé entre minoritaires
et majoritaires. Au niveau du bilan, les intérêts minoritaires sont classés dans la catégorie des
dettes. Au niveau de l‟état de résultat, la part du résultat revenant aux minoritaires sera
présentée en tant que charge à déduire pour avoir le résultat appartenant à la société-mère. On
en déduit, le privilège d‟une vision financière c'est-à-dire que les minoritaires sont des
apporteurs de capitaux à informer d‟avantage qui demeurent, néanmoins, des étrangers.

Concept d‟extension de la maison-mère

Cette optique reflète une certaine atténuation du caractère restrictif des autres concepts par
une différenciation des minoritaires par rapport aux bailleurs de fonds classiques. La
nouvelle vision consiste à considérer les minoritaires comme possédant les caractéristiques
des actionnaires sans l‟être officiellement. Il en découle les conséquences suivantes : absence
de titres de créance remboursable, rémunération non garantie en cas d‟inexistence de
bénéfices, exposition directe aux risques de la vie de l‟entreprise. Les intérêts des
minoritaires, diamétralement opposés à ceux des majoritaires, font qu‟ils adoptent un
comportement qui les rapproche de la catégorie des tiers. Il consiste en ces actions90 :
Moindre stabilité des minoritaires dans le capital.
Pression des minoritaires pour le versement des dividendes par les filiales.
Nécessité de rachat de titres par la société-mère pour éviter une baisse importante des
cours.
Poids des minoritaires pouvant influencer les décisions de la maison-mère au niveau de la
filiale.
Par conséquent, les intérêts minoritaires tiennent une place intermédiaire entre les dettes et les
capitaux propres au niveau du bilan. Au niveau de l‟état de résultat, la comptabilisation de la
part des minoritaires demeure la même que celle prévue par le concept de la maison-mère.

Concept de l‟entité économique

L‟analyse moderne préconise qu‟il y a lieu d‟outrepasser le cadre de l‟entreprise en faisant


recours à la notion de l’entité économique (qui permet de mieux refléter la réalité). Alors,
les états financiers consolidés appartiennent à un ensemble comportant deux catégories de
propriétaires (les majoritaires et les minoritaires). Les minoritaires connaissent de plus en plus
une importance croissante dans le financement des filiales. L‟importance des intérêts « ne
conférant par le contrôle » résulte de l‟accroissement de la valeur des filiales et des besoins
pour des prises de participation. Dans ce cadre, la consolidation s’écarte de plus en plus du
principe de propriété majoritaire en s‟efforçant de traiter de façon quasi-identique les
différents intérêts. Ceci se traduit par la nature de l‟information communiquée à l‟ensemble

90
Schevin P. (2008), « Intérêts minoritaires, différences de première consolidation et goodwill », RFC n° 411,
juin.

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des partenaires que leur donne une juste représentation de la réalité. Ainsi, au niveau du bilan,
le classement rejoint-il celui des majoritaires au sein de la rubrique « capitaux propres de
l’ensemble consolidé ». Au niveau de l‟état de résultat, la part des minoritaires est consolidée
avec celle des majoritaires pour obtenir le « résultat de l’ensemble consolidé ». Admettant la
nature originale des intérêts minoritaires, plusieurs théories ont émergé pour les interpréter
et les traiter en analyse financière. Cependant, les efforts de normalisation comptable quant
aux états financiers consolidés sont déployés dans l’orientation de l’adoption plus ou moins
large du concept de l’entité économique.

Analyse de l’écart de première consolidation


Cet écart ou bien ce supplément de prix (dans la plupart des cas) est décortiqué en plusieurs
composantes dont le traitement est guidé par le choix du concept de consolidation effectué.
La première composante est l‟écart d‟évaluation qui trouve l‟origine de son existence dans les
plus-values latentes sur actifs identifiables à affecter aux postes correspondants (celles-ci sont
susceptibles d‟être imposées dans le futur). Donc, il y a un impôt différé passif à
comptabiliser au titre de ces plus-values. Ces dernières sont présentées au bilan pour un
montant qui dépend de l‟évaluation retenue : la réestimation partielle et la réestimation
globale. La première méthode trouve son application dans le cadre du concept strict de la
maison-mère qui mène à ne constater que la fraction des plus-values incluses dans le prix
d‟acquisition des titres payé par la maison-mère. On constate, donc, une ignorance totale de la
part des minoritaires dans ces plus-values. Cela s‟inscrit en harmonie avec la logique de ce
concept puisque les états financiers consolidés – s‟adressant en priorité aux majoritaires – ne
voient pas les minoritaires. Cette méthode était autorisée par l‟ancienne version de la norme
IAS 22 (IASC, IAS 22 §§ 31-32 révisée en 1998) et justifiée par le fait « que la plupart des
minoritaires n‟a pas fait partie de l‟opération d‟échange visant à effectuer l‟acquisition »
(IASC, IAS 22, § 32). Toutefois, elle présente l‟inconvénient d‟une évaluation hybride (ne
reflétant pas la réalité) composé de la part d‟intérêt de la société mère dans les justes valeurs à
la date d‟acquisition et de la part des minoritaires dans les VNC des postes considérés. La
deuxième méthode vise à mettre en exergue les justes valeurs du patrimoine de la filiale. Il
s‟agit d‟une réévaluation globale des éléments identifiables et d‟une répartition des plus-
values entre les minoritaires et la société-mère. Elle comporte une part payée par l‟acquéreur
et une part reconnue. L‟avantage de cette méthode est qu‟elle garantit une homogénéité dans
l‟évaluation des actifs et passifs (IASB, IFRS 3 non révisée, § 24). Ceci donne une avancée
vers le concept de l‟entité économique par l‟application du principe de l‟évaluation à la juste
valeur. La deuxième composante est le Goodwill qui doit son existence à plusieurs facteurs
dont certains sont en liaison directe avec la filiale et le reste aux avantages et synergies - pour
le groupe - de la prise de contrôle. Il est le traducteur comptable de la présence d’éléments
non identifiables, dont la valeur est déterminée de façon résiduelle. L‟existence de ces
éléments non identifiables91 est reconnue, dans la plupart des cas, par l‟acquéreur comme une
partie importante du prix de la prise de participation dans le capital de la filiale. D‟un point de
91
Le caractère identifiable est lié, d‟après l‟IASB, à un certain nombre de conditions dont le caractère séparable.

129
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vue classique et prudent, le bilan consolidé ne présente que la partie payée de ces éléments
non identifiables : c‟est l‟effet de l‟utilisation de la méthode du « purchase Goodwill » qui
privilégie la vision du principal investisseur. Son avantage réside dans l‟éviction de toute
extrapolation en se limitant à la partie acceptée du Goodwill dans le cadre de la négociation
de l‟acheteur. Elle présente, aussi, l‟inconvénient de sa non-correspondance avec le
principe de l’évaluation à la juste valeur. Actuellement, le concept de l’entité économique
prend de plus en plus une place prépondérante dans la normalisation comptable internationale
qui, appliqué à l‟information financière consolidée, traite sur le même plan les minoritaires et
les majoritaires. Par conséquent, à la fois le Goodwill revenant à l’investisseur principal et
celui revenant aux minoritaires sont mis en évidence. Cette dernière part est déterminée
par un raisonnement théorique élémentaire consistant en une extrapolation linéaire92 à partir
du Goodwill « acheté » et mettant en évidence un Goodwill total présumé exister. Il fera
ensuite l‟objet d‟une répartition entre les deux catégories d‟actionnaires proportionnellement à
leur participation. Toutefois, il est préférable de déterminer le Goodwill complet par
application du principe d‟évaluation à la juste valeur servant de base pour la comptabilisation
des regroupements d‟entreprises (progression vers l‟optique de l‟entité économique).
Mathématiquement parlant, ce Goodwill complet est la différence entre la juste valeur de
l‟entité acquise et la juste valeur des actifs identifiables comptabilisés diminuée de la valeur
des dettes admises (IASB, ED IFRS 3, § 49). Le Goodwill revenant à l‟acquéreur est
déterminé par une comparaison de la juste valeur du pourcentage des intérêts acquis et de la
part dans la juste valeur des actifs nets identifiables acquis. L‟estimation de la juste valeur des
intérêts acquis est obtenu par le recours au prix payé (IASB, ED IFRS 3, § A 63) basé sur
l‟hypothèse implicite d‟un comportement rationnel de l‟investisseur. Il en découle que la
répartition du Goodwill ne se superpose pas aux pourcentages de participation. L‟éviction de
l‟utilisation de l‟extrapolation pour déterminer le Goodwill global sur la base des
participations respectives des majoritaires et minoritaires est motivée par la possibilité
d‟attribuer une part trop élevée aux minoritaires suite à la possibilité du paiement d‟une prime
de contrôle par les majoritaires. Effectivement, si la maison-mère acquiert x% du capital de la
filiale en acceptant le paiement d‟un prix supérieur à ce pourcentage de la juste valeur de la
filiale, le Goodwill revenant aux minoritaires sera inférieur à (1-x%) du Goodwill total
découlant du prix d‟acquisition (IASB, ED IAS 27, § 30 B). Le projet d‟amendement de la
norme IFRS 3, dans sa version initiale, préconisait la méthode du Goodwill complet (IASB,
ED 3 Exposure – draft of proposed amendements to IFRS 3 Business Combinations, june
2005). Mais, il a connu d‟amples critiques suite à sa publication ce qui a conduit l‟IASB à
l‟ouverture d‟une option consistant en l‟inscription du « Full Goodwill » avec sa partie
correspondant aux intérêts minoritaires au bilan consolidé de façon facultative93.

92
Schevin P., op. cit.
93
IASB, Information for Observers, 21 March 2007, London, Business Combinaitions II, Non-controlling
interest (Agenda Paper A). IASB, IFRS 3 révisée 2008, IN 8.

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Traitement comptable des variations du pourcentage de contrôle suite aux


transactions entre les majoritaires et les minoritaires et portant sur les
capitaux propres
La problématique découlant de ce type d‟opération concerne le traitement à réserver à la
différence provenant, encore une fois, de la supériorité (généralement) du prix payé au titre de
la portion supplémentaire acquise et la juste valeur de la fraction des actifs nets identifiables
acquis. Les composantes de cette différence sont influencées par l‟existence préalable du
contrôle. Les optiques théoriques ont une incidence sur la reconnaissance ou non des
variations des écarts d‟évaluation et du Goodwill entre la date de prise de contrôle et celle de
l‟achat complémentaire94. Selon l‟approche de la maison-mère (dans une évolution
progressive), le traitement des écarts d‟évaluation initiaux est désormais effectué dans la cadre
d‟une réévaluation totale pour (c‟est l‟optique de l‟extension de la maison-mère).
L‟extériorisation des intérêts minoritaires par rapport aux actionnaires aura un impact sur
l‟analyse des opérations portant sur des actions dans le capital de la filiale (elles ne sont plus
assimilées à des mouvements internes au groupe touchant la répartition des capitaux propres).
Les prises de participations complémentaires seront traitées comme étant de véritables flux
entre l‟entreprise et les partenaires externes. Donc, une nouvelle acquisition de titres dans une
société déjà contrôlée conduit à tenir compte des variations des écarts d‟évaluation et à
modifier le Goodwill initialement dégagé. Cette variation du Goodwill est à porter à l‟actif du
bilan consolidé. Cette position est proche de celle de la norme IFRS 3 non révisé mais
appliquée aux regroupements d‟entreprises réalisés par étapes. Par analogie, ce processus est
appliqué au cas d‟une acquisition complémentaire de titres relative à une société non
contrôlée auparavant : « Chaque transaction d‟échange doit être traitée séparément par
l‟acquéreur, en utilisant le coût de la transaction d‟échange pour déterminer le montant du
Goodwill associé à cette transaction » (IASB, IFRS 3 non révisée, § 58). Il s‟agit d‟une
détermination progressive du Goodwill puisque chaque achat de titres de la filiale » donne
lieu à la mise en évidence d‟un nouveau Goodwill en tenant compte des variations des écarts
d‟évaluation. Cette version de la norme IFRS (demeurant en vigueur jusqu‟au 01/07/2009) ne
prévoit pas explicitement le cas des transactions avec les minoritaires après l‟obtention du
contrôle ce qui permet le recours à l‟approche de la société-mère95. L‟approche mixte adopte
de façon partielle le principe de l‟entité pour analyser les transactions avec les minoritaires et
ce pour les écarts d‟évaluation, et non pour le Goodwill qui subit un traitement en conformité
avec l‟approche de la société-mère. La constatation d‟un Goodwill est explicite suite à l‟achat
complémentaire de titres de la même manière que celui constaté initialement. Le maintien des
écarts d‟évaluation aura un impact sur le nouveau Goodwill qui comprendra partiellement les
variations de valeur relatives aux éléments identifiables. L‟approche de l‟entité considère,
quant à elle, les intérêts comme éléments des capitaux propres et les actionnaires minoritaires
comme des actionnaires à part entière. L‟impact de cette conception traite toute acquisition

94
Schevin P. (2008), op. cit..
95
Lebrun B. (2007), « L‟acquisition d‟intérêts minoritaires : un vide dans les normes IFRS », RFC n° 397, Mars,
p. 3.

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complémentaire de titres, auprès des minoritaires comme un remboursement effectué auprès


d‟un actionnaire actuel. Les variations des pourcentages d‟intérêt (postérieurement à la prise
de contrôle) ne conduisent pas ni à une modification du résultat ni à une modification des
valeurs comptables des actifs et passifs, et notamment le Goodwill. La différence entre la
valeur comptable des titres minoritaires et le prix payé pour l‟achat des titres sera imputée sur
les capitaux propres (IASB, IAS 27 révisée en 2007, avec entrée en vigueur en 2009, § 30 A).
Cette norme traduit l‟adoption par le Board de l‟approche de l‟entité : les intérêts minoritaires
sont à présenter au bilan consolidé dans les capitaux propres (IASB, IAS 27, § 33). Enfin, la
méthode du Goodwill global permettant de constater la part des minoritaires dans le Goodwill
(c‟est l‟approche de l‟entité économique).

L’évolution de la problématique du Goodwill à travers le temps


Le traitement du Goodwill a connu un important essor qui ne s‟avère pas définitif en raison
de la publication des normes IFRS. Les montants sont tellement croissants et les enjeux
financiers sous-jacents de taille qu‟un examen du traitement comptable du Goodwill est
inévitable. Le schéma96 suivant retrace les ressorts et arbitrages de chaque positionnement
comptable :
Traitement du Goodwill selon le référentiel comptable
Existence d‟une méthode dérogatoire Suppression de la méthode dérogatoire
Remplacement de l‟amortissement par un test de
Amortissement du Goodwill
dépréciation annuel

IAS 22 jusqu‟en 2004 IFRS 3 depuis 2005


IFRS 3 révisée à compter de 2009/2010
US GAAP jusqu‟en 2001 avec les APB Opinions 16
US GAAP depuis 2001 avec les SFAS 141 et 142
et 17

Ainsi, l‟analyse s‟impose-t-elle en ce qui a trait ces ressorts et arbitrages eu égard à leur
pertinence par rapport à la réalité économique et à la fiabilité des informations financières en
découlant. Le normalisateur a-t-il alors raison de traiter le Goodwill comme une ressource
contrôlée par l‟acquéreur permettant de générer des avantages économiques futurs ? Et, en
tant qu‟actif doit-il faire l‟objet d‟un amortissement et/ou de tests de dépréciation ? Ces
questions reflètent la difficulté de cerner le Goodwill traduit par des normalisations
comptables peu stables et des allers-retours des normalisateurs et des pratiques opportunistes
de la part des entreprises (Martory et al. 2000). Actuellement, plusieurs travaux supposent
que si le Goodwill représente des avantages économiques futurs, cet actif et son
amortissement doivent être respectivement associés positivement et négativement aux valeurs
de marché quant aux cours et rendements boursiers. Cependant, une étude sur des échantillons
d‟entreprises américaines a fait constater que les dotations aux amortissements du Goodwill
n‟ont pas de pouvoir explicatif quant aux cours et rendements boursiers constatés (Jennings et

96
Touchais L. (2008), « La problématique du Goodwill. Quelles évolutions et pour quels résultats ? », RFC n°
414, Octobre.

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al. 2001, Moehrle et al. 2001). Au contraire, elles se concrétisent par un « bruit » provoquant
une diminution du contenu informationnel des bénéfices publiés (Jennings et al. 2001).
Comptablement, les amortissements ne représentent pas la consommation du Goodwill telle
qu‟elle est estimée par le marché. Ceci peut être justifié par l‟absence de perte de valeur dans
le temps du Goodwill avec même, dans certains cas, une appréciation. De plus, il semble que
les entreprises définissent la durée d‟amortissement en fonction de leur capacité à absorber
cette charge sur les exercices futurs de façon à limiter son impact sur leurs résultats (Hennings
et al. 2003). Ceci revient au fait que plus les synergies futures, et donc les bénéfices
escomptés du regroupement, sont importants plus la durée d‟amortissement sera plus courte.
On en déduit que la durée d‟amortissement du Goodwill est susceptible d‟être une
information pertinente pour l‟investisseur sur les résultats attendus du regroupement.
Toutefois, le Goodwill demeure représentatif d‟informations bien valorisées par les marchés
en tant que ressource porteuse d‟avantages économiques futurs au même titre que le reste des
actifs. Le Goodwill récent (ayant au maximum une ancienneté de (3) ans) représente pour les
investisseurs un réel potentiel (Bugeja et al. 2006), qui peut s‟expliquer par un déclin rapide
de la survaleur suite à une consommation accélérée ou par le laps de temps nécessaire pour
que les marchés s‟aperçoivent d‟une réussite du regroupement inférieure à celle attendue
initialement (selon un échantillon composé uniquement d‟entreprises australiennes). Les
travaux du FASB (Johnson et al. 1998), montrent que la survaleur est composée de :
La capacité de la cible à dégager une rentabilité supérieure à celle qu‟elle devrait obtenir
au regard de ses capitaux propres.
La valeur des synergies entraînées par le regroupement.
Un surprix suite à une mauvaise négociation ou une erreur d‟évaluation (ce composant ne
répondant pas à la définition d‟un actif).
Une association positive et significative entre les cours boursiers et les deux premiers
composants constituant le cœur même de la survaleur (core Goodwill) a été constaté. Le poids
des avantages économiques futurs escomptés des effets de synergie est de plus en plus
important. Il en découle qu‟il faut le degré d‟amélioration du contenu informationnel des états
financiers avec le référentiel international qui remplace les amortissements par des tests de
dépréciation annuels systématiques.
Avec la norme IFRS 3 telle que publiée en 2004, les apparitions des dépréciations entrainent
la diminution de la valeur comptable du Goodwill définitivement, et ce conformément à la
norme IAS 36. De plus, l‟obligation de présentation du Goodwill au bilan distinctement des
immobilisations corporelles a été supprimée. La norme IFRS 3 exclut les co-entreprises de
son champ d‟application. Or, pour les entreprises associées, la survaleur est incorporée
directement dans la valeur comptable des titres mis en équivalence. La réalisation des tests de
dépréciation s‟effectue alors sur les titres eux-mêmes. Mais, le plus important, c‟est la
possibilité d‟inclusion des reprises de survaleurs. Cette orientation de l‟IASB n‟est pas
dépourvue de critiques. Partant du fait que la juste valeur du Goodwill ne peut être déterminée
directement, le test de dépréciation portera sur l‟unité génératrice de trésorerie
correspondante. Donc, il n‟est pas possible d‟obtenir la véritable perte de valeur du Goodwill.

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
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De plus, cette perte peut être compensée par des plus-values latentes réalisées sur d‟autres
éléments d‟actif de l‟UGT. A cela s‟ajoute la difficulté et la subjectivité de définition des
UGT et l‟allocation du Goodwill entre plusieurs UGT. La survaleur créée en interne n‟est pas
prise en compte sauf s‟il s‟agit de compenser une perte de valeur du Goodwill acquis c'est-à-
dire, qu‟il s‟agit de sa capitalisation97. Il en ressort que la constatation de la perte de valeur
n‟est acceptée que lorsque la survaleur créée en interne s‟avère insuffisante. On en déduit que
cette compensation possible explique bien l‟interdiction de toute reprise. La différence de
traitement du Goodwill aura des impacts dont l‟importance varie en fonction de la politique
de croissance du groupe (interne ou externe). L‟autre critique, se fondant sur le caractère
potentiellement discrétionnaire du test de dépréciation lié à la subjectivité et aux difficultés de
mise en œuvre, préconise la possibilité offerte aux entreprises d‟utiliser les dépréciations
comme une variable d‟ajustement du résultat. Selon cette logique, la suppression de
l‟amortissement peut amener au gonflement du Goodwill au détriment d‟actifs identifiables
amortissables. Mais, de toute façon, ce comportement est limité par le recours systématique
aux tests de dépréciation. En janvier 2008, l‟IASB a publié, dans le cadre du processus de
convergence des US GAAP et des IAS/IFRS, des versions révisées des normes IAS 27 et
IFRS 3 engendrant des modifications importantes, surtout en ce qui concerne le Goodwill.
De l‟autre coté, lorsque des clauses d‟ajustements de prix98 existent, la correction escomptée
doit être actuellement incorporée au coût d‟acquisition à la date du regroupement si son
montant est probable et peut être estimé de manière fiable. Donc, la correction du coût
d‟acquisition et celle du Goodwill sont rétrospectives. Puisque ces clauses dépendent
d‟évènements futurs, leur montant est à incorporer au coût d‟acquisition si l‟ajustement est
probable, laquelle probabilité est estimée telle que les paragraphes 33, 34 et 35 l‟indiquent
que : il est normalement possible de procéder à l‟estimation de l‟ajustement. Il y a réduction
du coût d‟acquisition en cas de non réalisation de l‟évènement. Enfin les conditions de
probabilité de l‟évènement futur et de la fiabilité de l‟évaluation peuvent être réunies à une
date postérieure à l‟acquisition. Or, pour la nouvelle version de la norme IFRS 3, les
compléments ou les restitutions de prix sont à incorporer, dés la date d‟acquisition, à la juste
valeur tout en tenant compte des probabilités de réalisation abstraction faite du respect des
conditions précédentes. Les écarts postérieurs seront constatés en résultat sauf s‟il s‟agit de
compléments de prix par la remise d‟un nombre fixe d‟instruments de capitaux propres. Ce
traitement s‟explique par le fait que les écarts futurs sont la résultante d‟évènements ou
changements postérieurs et liés à l‟entité, donc, ils doivent relever de ses performances
financières et non pas du Goodwill. Le Board a opté pour ce traitement car il le considère
qu‟il reflète la réalité de l‟acquisition à la date d‟acquisition sans qu‟il nie le risque

97
Ibid, p. 40.
98
Ces ajustements de prix peuvent avoir pour objet et à titre de citation :
Un complément de rémunération au vendeur lorsque les prévisions de performance, sur la base desquelles le
prix d‟acquisition a été fixé, se trouvent confirmées ou meilleures que prévues.
Le maintien dans l‟entité acquise de dirigeants clés pour certaine période.
La réalisation d‟un objectif particulier tel que l‟obtention d‟un contrat important ou d‟une autorisation
administrative.

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d‟existence de comptabilité créative. Ceci est manifesté par le recours de l‟acquéreur à un


gonflement artificiel des suppléments de prix futurs à payer afin d‟augmenter le résultat.
Alors, il a mis en place, comme solution, l‟obligation de publication en annexe d‟informations
sur ces paiements conditionnels et les conséquences financières attendues. En deuxième lieu,
le Goodwill est concerné par les modifications puisque il y a prise en compte seulement de la
survaleur payée par l‟acquéreur, dans le cas d‟une intégration globale. Toutefois, la nouvelle
version de la norme IFRS 3 permet au groupe d‟adopter l‟approche du « Goodwill complet »
comptabilisant les intérêts minoritaires à leur juste valeur. Le Board voit dans cette approche
une évaluation plus rationnelle vu son alignement sur les autres actifs et dettes de la cible
acquise. Mais, il s‟agit d‟une solution non adoptée à l‟unanimité ; c‟est pour cela que le Board
a disposé que le choix de la méthode se fait par regroupement (donc, pas de respect du
processus de convergence et de la comparabilité des entités). En troisième lieu, il y a un
impact de cette révision normative sur le cas de prise de contrôle par paliers. Dans cette
situation, le Goodwill total est la somme des survaleurs calculées, pour toute transaction
significative, sur la base des justes valeurs des éléments d‟actif et de passif identifiables de la
société acquise à chaque d‟acquisition d‟une fraction du capital de la cible. Néanmoins, la
norme IFRS 3 révisée détermine le Goodwill déterminé de manière globale comme s‟il était
question d‟une transaction unique tout en réévaluant les titres acquis auparavant à leur juste
valeur avec enregistrement en résultat des gains ou pertes latents lors de l‟exercice de prise de
contrôle. Dans le cas de perte de contrôle à la suite d‟une cession de titres, toute la plus ou
moins-value doit être passée en résultat (même celle relative aux titres non cédés). L‟IASB
justifie cette orientation dans le traitement par le changement de la nature des titres. Avec la
norme IFRS révisée, basée sur le concept de l‟entité économique, les opérations entre le
groupe et les minoritaires constituent une opération interne à l‟entité. Ces opérations ne
doivent, alors, pas affecter les capitaux propres (hormis le résultat) et ne peuvent avoir impact
sur le montant du Goodwill même s‟il s‟agit d‟une valorisation partielle du Goodwill.

Les regroupements d’entreprises selon la phase II


Sur la question du champ d‟application, les regroupements d‟entreprises entre entités
mutuelles et ceux par contrat seulement sont devenus sous le coup de la nouvelle version de la
norme IFRS 3, c'est-à-dire qu‟il y a eu élargissement du pouvoir d‟application de cette
dernière. Avec la norme IAS 22, la comptabilisation des regroupements peut être effectuée
selon l‟une des deux méthodes suivantes : la mise en commun d‟intérêts ou l‟acquisition. Or,
cette norme fut remplacée par la norme IFRS 3 en mars 2004 suite aux pratiques des
entreprises, qui procèdent au choix de la méthode comptable en fonction du résultat du
regroupement souhaité, à l‟interdiction de la méthode de mise en commun d‟intérêts aux
Etats-Unis et à la différence de traitement de la comptabilisation du Goodwill et des actifs
incorporels d‟un pays à l‟autre. Cette norme a introduit des modifications majeures sans que
les différences entre les normes de l‟IASB et celles du FASB disparaissent. Les deux
normalisateurs sont, alors, mis d‟accord sur le déclenchement d‟une deuxième phase pour
éliminer les divergences et résoudre certains problèmes d‟application. Dans ce contexte, le

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FASB a publié en 2007 une norme révisée de FAS 141 « Business Combinaitions » et l‟IASB
a publié au début de la même année une version amendée d‟IFRS 3 et une mise à jour de la
norme IAS 27. Cet amendement introduit cinq nouveautés99 :
La méthode du Goodwill « complet » : elle va augmenter la valeur attribuée au Goodwill
et les capitaux propres dans leur ensemble, c'est-à-dire l‟évaluation des intérêts non
assortis de contrôle à la juste valeur. Par conséquent, le Goodwill complet sera égal à la
juste valeur de la contrepartie transférée plus la juste valeur des intérêts non assortis de
contrôle moins la juste valeur des actifs et passifs identifiables.
Contrepartie transférée : il y a plus d‟impacts sur les résultats de l‟acquéreur. Les frais liés
à l‟acquisition sont systématiquement enregistrés en charges de la période et la
contrepartie conditionnelle est désormais une composante systématique de la contrepartie
transférée à comptabiliser à la juste valeur à la date de prise de contrôle. Cependant, les
ajustements découlant d‟informations complémentaires liées à des faits et les
circonstances existant à la date de prise de contrôle viendront en modification du
Goodwill uniquement dans la période d‟évaluation. Postérieurement à cette période, les
variations seront comptabilisées en résultat au titre des compléments de prix classés en
tant que passif ou bien actif. Par contre ceux classés en capitaux propres ne sont pas
réajustés.
Actifs acquis et passifs assumés identifiables à la juste valeur, une fois pour toute, à la
date de prise de contrôle. Ceci ne l‟était pas avec la version de 2004 qui exigeait la
valorisation de chaque actif et passif à sa juste valeur à chaque étape lors d‟achats
successifs afin de déterminer le montant du Goodwill associé à chaque opération. Avec la
nouvelle version, la participation détenue avant la prise de contrôle est réévaluée et
l‟écart généré sera enregistré en résultat et non plus en capitaux propres.
La période d‟évaluation ne peut plus excéder 12 mois ; elle cesse lorsque l‟acquéreur
reçoit l‟information nécessaire sur les faits et les circonstances existant à la date
d‟acquisition ou qu‟il apprend l‟impossibilité d‟acquérir l‟information. Au cours de la
période d‟évaluation, l‟acquéreur est tenu d‟ajuster rétrospectivement les montants
provisoires comptabilisés à l‟acquisition. Tout ajustement est considéré, ultérieurement,
comme correction d‟erreurs.
Transactions avec les actionnaires minoritaires : une seule méthode. Tout résultat est
attribué, en vertu de la norme IAS 27, aux intérêts non assortis de contrôle même s‟il
entraine un solde négatif de ces derniers. Toute variation du pourcentage de détention
n‟entraînant pas la perte du contrôle est, alors, traitée comme une transaction avec les
actionnaires n‟ayant pas d‟incidence sur le Goodwill ou même les résultats.
Enfin, la nouvelle version de la norme IFRS 3 est applicable de manière rétrospective aux
regroupements dont la date d‟acquisition se situe au cours des exercices débutant le 01 juillet
2009 ou après, mais une application anticipée est autorisée (uniquement pour les exercices qui
ont débuté le 30 juin 2007 ou après).

99
Levesque L. (2008), « Les regroupements d‟entreprises selon IFRS 3 –Phase II », SIC 262, Avril.

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2.3.4.2 La révision de la norme IAS 27 : Une conséquence de la révision de la


normalisation du thème regroupement d’entreprises

L’essentiel de la norme IAS 27

*L‟obligation d‟établissement des états financiers consolidés pèse sur toute entité qui contrôle une autre entité. Ce
contrôle est entendu dans le sens du pouvoir de direction des politiques financières et opérationnelles d‟une
entité. La présomption de contrôle est possible lorsqu‟il y a détention directe ou indirecte de plus de la moitié de
droits de vote. Il peut aussi être démontré par tout autre élément de fait tel que la détention du pouvoir de décision.
*La consolidation de toutes les filiales selon la méthode de l‟intégration globale constitue une obligation et cette,
quelle que soient leur forme juridique et leur activité.
*La méthode de l’intégration globale est un processus nécessitant la mise en œuvre des étapes suivantes :
1°) Homogénéisation des entités retenues dans le périmètre de consolidation conformément aux méthodes du
groupe.
2°) Cumul des états financiers des filiales.
3°) Elimination des soldes des transactions, produits et charges intragroupe.
4°) Elimination des titres de participation et partage des capitaux propres entre le groupe et les intérêts
minoritaires.
*La totalité de la différence entre la valeur comptable d‟une participation et la part de la société mère dans la juste
valeur des actifs, passifs et passifs éventuels identifiables d‟une entité acquise est comptabilisée en tant que
Goodwill (IFRS 3).
*Pour la présentation des états financiers individuels, lorsqu‟une entité comptabilise les participations dans les filiales,
co-entreprises et entreprises associées, elle le fait obligatoirement à leur coût ou en tant qu‟instruments financiers
conformément à la norme IAS 39.

2.3.4.2.1 Le contexte de révision de la norme IAS 27

La révision de la norme IAS 27 fait partie des projets « Amélioration » et


« Regroupement d‟Entreprises – Phase II ». Cette révision est effectuée pour réduire les
options en matière de comptabilisation des participations dans des filiales dans les états
financiers consolidés et de comptabilisation des participations dans les états financiers
individuels d‟une société mère, d‟un co-entrepreneur ou d‟un investisseur. Toutefois, il faut
noter que l‟approche fondamentale de la comptabilisation des filiales énoncée dans
l‟ancienne version de la norme IAS 27 n‟a pas été remise en cause.

2.3.4.2.2 Les nouveautés introduites par la norme IAS 27

Champ d’application
L‟intitulé de la norme IAS 27 est passé de « Etats financiers consolidés et comptabilisation
des participations dans des filiales » à « Etats financiers consolidés et individuels ». Ce
changement résulte de l‟inclusion de dispositions relatives à la comptabilisation des
participations dans des entités sous contrôle exclusif, sous contrôle conjoint ou influence

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notable dans les états financiers individuels d‟une société mère, d‟un co-entrepreneur ou d‟un
investisseur.
Exemption d’établissement des états financiers consolidés
Avant, la société mère qui est une filiale (détenue totalement ou quasi-totalement), était
exemptée de l‟obligation d‟établissement des états financiers consolidés, à condition qu‟elle
obtienne l’accord des minoritaires. Actuellement, la révision de la norme IAS 27 fait surgir
un resserrement dans les conditions d‟exemption. En effet, une société n‟est pas tenue de
publier des états financiers consolidés si les conditions suivantes sont réunies (IAS 27 § 10) :
Cette société mère est elle-même une société détenue totalement ou partiellement par une
autre entité et ses autres propriétaires (y compris ceux qui n‟ont pas – par ailleurs – le
droit de voter) ont été informés de la non-préparation d‟états financiers consolidés par
cette société mère et ne s‟y opposent pas.
Les instruments de dettes ou de capitaux propres ne sont pas négociés sur un marché
public.
La société mère n‟a pas déposé, et n‟est pas sur le point de déposer, ses états financiers
auprès d‟un comité des valeurs mobilières ou tout autre organisme de règlementation aux
fins d‟émettre une catégorie d‟instruments sur un marché public.
La société mère ultime ou toute autre société mère intermédiaire présente des états
financiers consolidés disponibles en vue d‟un usage public, conformes aux IFRS.

Exclusion du périmètre de consolidation


La norme IAS 27, dans son ancienne version, prévoit l‟obligation d‟exclusion d‟une filiale du
périmètre de consolidation lorsque :
Le contrôle est temporaire (titres acquis dans la perspective de leur vente ultérieure
dans un avenir proche). Cet état d‟exclusion est supprimé au niveau de la version
révisée de la norme IAS 27. Désormais, une filiale ne doit plus être exclue du périmètre
de consolidation même lorsque le groupe a l‟intention de céder la filiale et que
l‟intention existe dès la date d‟acquisition ou à une date qui lui est postérieure (IAS 27
Base de conclusion 14). Ainsi, pour être exclue, il est indispensable que la filiale soit
acquise avec l‟intention de la céder dans un délai de 12 mois et que la direction
recherche activement un acquéreur. Les participations dans les filiales qui répondent à
la définition d‟actifs non courants destinés à être cédés (conformément à la définition de
la norme IFRS 5) doivent être consolidées dès la date de leur acquisition ou à une date
qui lui est postérieure. Toutefois, les actifs et passifs de la filiale, ainsi comptabilisés
dans les états financiers consolidés, doivent être comptabilisés conformément à la
norme IFRS 5.
La filiale est soumise à des restrictions durables qui limitent de façon importante sa
capacité à transférer des fonds à la société mère. Ces restrictions ne constituent pas un
motif pour l‟exclusion systématique du périmètre de consolidation ; elles constituent
plutôt un facteur rendant improbable l‟existence du contrôle. Donc, la disparition du
contrôle est obligatoire pour que l‟exclusion intervienne. Par conséquent, l‟inclusion

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éventuelle de ces filiales dans le périmètre de consolidation devrait être dûment


justifiée. L‟inclusion de toutes les filiales dans le périmètre de consolidation (même
celles n‟ayant pas de personnalité morale) est devenue obligatoire100. Ainsi, la
consolidation des entités ad-hoc101 est obligatoire.
Procédures de consolidation
Droits de vote potentiels : il s‟agit du maintien de la définition de contrôle. Il y a aussi, ajout
de l‟interprétation SIC 33 au corps de la norme IAS 27. Cette dernière imposait à une entité
de considérer l‟existence et l‟effet des droits de vote potentiels exerçables ou convertibles
quand elle apprécie si elle a le pouvoir de diriger les politiques financières et opérationnelles
d‟une autre entité.
Homogénéisation des méthodes comptables : avant, les états financiers des filiales devaient
être retraités selon les méthodes et principes comptables du groupe à moins que ce
retraitement ne soit impraticable. Actuellement, il y a suppression de toute dispense
d‟homogénéisation des méthodes comptables pour cause d‟impraticabilité. Donc,
l‟homogénéisation des états financiers des filiales est devenue indispensable pour
l‟établissement des états financiers consolidés.
Intérêts minoritaires : Il est obligatoire de présenter les intérêts minoritaires au bilan
consolidé et ce, dans les capitaux propres séparément des capitaux propres de la société
mère. La norme IAS 27 interdisait, dans son ancienne version, la présentation des intérêts
minoritaires parmi les passifs sans imposer leur présentation au niveau des capitaux propres.
Etats financiers individuels
La norme IAS 27 révisée prescrit le traitement comptable des participations dans des filiales,
des co-entreprises ou des entreprises associées, lorsque l‟entité choisit ou se trouve dans
l‟obligation (en vertu de sa législation locale) de présenter des états financiers individuels. De
telles participations sont obligatoirement comptabilisées à leur coût ou conformément aux
dispositions de la norme IAS 39. Néanmoins, lorsqu‟une entité comptabilise dans ses états
financiers consolidés les participations dans des filiales non consolidées selon la norme IAS
39, elle devrait procéder de même dans ses états financiers individuels. Il s‟agit de
l‟élimination de l‟option, octroyée auparavant, à une entité de comptabiliser ces participations
dans ses états financiers individuels en utilisant la méthode de mise en équivalence selon la
norme IAS 28.
Informations à fournir
Relation entre la société mère et les autres filiales (IAS 27 § 40 (c) et (d)) :

100
Du fait de l‟adoption de la théorie financière moderne de l‟entité économique, l‟IASB a substitué le terme
« entité » au terme « entreprise » au niveau de toutes ses normes. C‟est pour cela que les entités n‟ayant pas de
personnalité morale sont, désormais, concernées par les normes IFRS. Par conséquent, les filiales détenues par
des entités de capital risque ou des organismes de placement collectif (fonds commun de placement, SICAV,
SICAR), une forme de trust ou une entité similaire sont obligatoirement incluses dans le périmètre de
consolidation (IAS 27 § 19).
101
Une entité ad-hoc est une structure juridique distincte, créée spécifiquement pour gérer une opération ou un
ensemble d‟opérations similaires pour le compte d‟une entité et qui est structurée ou organisée de manière telle
que son activité ne soit exercée que pour le compte de cette entité par mise à disposition d‟actifs ou fourniture de
biens, services ou capitaux (pour plus de détail se conférer à l‟interprétation SIC 12).

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*La nature de la relation entre la société mère et une filiale, lorsque la société mère ne
détient pas, directement ou indirectement par des filiales, plus de la moitié des droits de
vote.
*Les raisons pour lesquelles la détention directe ou indirecte de plus de la moitié des droits
de vote (ou des droits de vote potentiels) ne confère pas le contrôle.
Existence d’écart entre les dates de reporting de l’entité associée et de la société mère (IAS
27 § 40 (e)) : la date de reporting des états financiers d‟une entité associée lorsque ces états
financiers consolidés sont utilisés pour préparer les états financiers consolidés et qu‟ils sont
établis à une date de reporting ou pour une période différente de celle de la société mère
ainsi que la raison de l‟utilisation de dates de reporting ou de périodes différentes.
Restrictions sur la capacité de transférer des fonds à la société mère (IAS 27 § 40 (f)) :
L‟entité doit fournir des informations sur la nature et la portée des restrictions significatives
sur la capacité des filiales de transférer des fonds à la société mère sous la forme de
dividendes en numéraire ou de rembourser des prêts ou avances.
Société mère dispensée de la présentation d’états financiers consolidés (IAS 27 § 41) :
Lorsque des états financiers individuels sont établis pour une société mère qui choisit
de ne pas présenter d’états financiers consolidés, ses états financiers individuels
doivent indiquer :
*Le fait que les états financiers sont individuels ; que l’exemption de consolidation a
été utilisée ; le nom, le pays de constitution ou de résidence de l’entité dont les états
financiers conformes aux IFRS ont été mis à la disposition du public et l’adresse à
laquelle ces états financiers consolidés peuvent être obtenus.
*Une liste des participations importantes dans des entités contrôlées conjointement et
des entreprises associées indiquant le nom, le pays de constitution ou de résidence
et la quote-part des droits de vote détenus.
*Une description de la méthode utilisée pour la comptabilisation de ces
participations.
Préparation d’états financiers individuels (IAS 27 § 42) : Lorsqu’une société mère (autres
qu’une société mère concernée par le paragraphe précédent), un co-entrepreneur
détenant une participation dans une entité contrôlée conjointement ou un investisseur
dans une entreprise associée prépare des états financiers individuels, ceux-ci doivent
indiquer :
*Le fait que les états financiers sont des états financiers individuels et les raisons pour
lesquelles ces états financiers sont présentés lorsqu’il n’y a pas d’obligations
légales.
*Une liste des participations importantes dans des filiales, des entités contrôlées
conjointement et des entreprises associées, mentionnant le nom, le pays de
constitution ou de résidence, le pourcentage d’intérêt dans le capital, et si celui-ci
est différent, le pourcentage de contrôle.
*Une description de la méthode utilisée pour comptabiliser ces participations.

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2.3.4.2.3 Position du normalisateur tunisien par rapport à la norme IAS 27

La norme IAS 27 définit le groupe comme une société mère et toutes ses filiales (donc,
pas de sociétés associées ni d‟entités contrôlées conjointement). Avant, l‟obligation
d‟établissement des états financiers consolidés ne concernait qu‟un groupe, c'est-à-dire que
cette obligation ne jouait plus lorsqu‟une société ne détenait pas des filiales même si elle
détient des participations dans des entreprises associées ou des co-entreprises. Par conséquent,
les participations dans des entreprises associées ou des co-entreprises sont à comptabiliser au
coût au niveau des états financiers individuels. Néanmoins, à partir de 2005, cette franchise
est transformée en une obligation d‟établissement des états financiers consolidés dans lesquels
les participations dans des entreprises associées ou des co-entreprises sont à comptabiliser
respectivement selon la méthode de la mise en équivalence ou la méthode de l‟intégration
globale (avec l‟option dans ce dernier cas de recourir à la méthode de mise en équivalence). A
la différence de la norme internationale, la NCT 35 relative aux états financiers consolidés ne
prévoit pas de traitement comptable pour les participations dans des filiales, des entités
contrôlées conjointement ou des entreprises associées et ce, au niveau des états financiers
individuels de la société mère.
Pour bénéficier de l‟exemption de l‟obligation d‟établissement des états financiers consolidés,
la NCT 35 prévoit (3) conditions à satisfaire par une société à la tête d‟un sous-groupe : la
société mère ultime est établie en Tunisie, les actionnaires minoritaires représentant 5% du
capital social ne s‟opposent pas et la société est contrainte d‟indiquer dans les notes aux états
financiers les raisons pour lesquelles des états financiers consolidés n‟ont pas été présentés,
les bases sur lesquelles les participations dans les filiales ont été comptabilisées dans les états
financiers individuels ainsi que le siège social et le nom de la société mère ultime qui publie
des états financiers consolidés.
Ceci montre la différence de logique entre le normalisateur tunisien et son homologue
international pour exempter une société de l‟obligation d‟établissement des états financiers
consolidés. Le critère d‟établissement est exigé vu que la force d‟application du système
comptable tunisien n‟est exerçable que sur des entreprises résidentes. C‟est ainsi qu‟adoptant
la logique de l‟entité économique, l‟IASB impose l‟accord de la totalité des minoritaires
puisque ceux-ci ne sont plus étrangers à l‟entreprise. Néanmoins, le normalisateur tunisien,
imprégné par la logique de tiers, n‟accorde d‟importance aux minoritaires qu‟à partir du
moment où ils représentent une fraction de 5% du capital social. De plus, l‟orientation des
normes IFRS vers la satisfaction des besoins informationnels du marché fait que l‟exemption
ne soit accordée que lorsque l‟entité n‟est pas un acteur dans un marché public et par
conséquent, une information en annexe n‟est pas exigée. Mais, la norme tunisienne en la
matière exige une note annexe pour combler le vide informationnel, et ce pour satisfaire le
besoin d‟autres utilisateurs de l‟information financière alors que les états financiers consolidés
sont conçus par le monde comptable anglo-saxon pour mieux informer les acteurs dans un
marché public. Donc, la divergence remonte toujours à la différence dans le degré

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
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d‟orientation vers le marché par chacun de ces deux référentiels. Sur le plan du périmètre de
consolidation, les deux normalisateurs s‟accordent sur l‟existence de contrôle par la détention
de plus de la moitié des droits de vote102. Toutefois, la présomption d‟existence de contrôle
constitue un point de divergence. Les deux normalisateurs partent du même point, à savoir la
recherche de la détention d‟un pouvoir de décision, mais divergent sur les critères à retenir
pour prouver la détention. Pour l‟IASB, ce pouvoir est matérialisé par l‟établissement d‟un
accord avec d‟autres investisseurs lui conférant un pouvoir contractuel sur plus de la moitié
des droits de vote. Il l‟est aussi par la détention du pouvoir de direction des politiques
financières et opérationnelles de l‟entité en vertu d‟un texte règlementaire ou un contrat.
L‟autre critère consiste en la détention de pouvoir de nomination ou de révocation des
membres du conseil d‟administration ou de l‟organe de direction équivalent lorsque cet
organe est investi du pouvoir de contrôle de l‟entité. Le dernier critère consiste en la détention
du pouvoir de réunion de la majorité des droits de vote dans les réunions du conseil
d‟administration (ou de l‟organe équivalent). Ainsi, le normalisateur international cherche-t-il
le pouvoir de décision à travers ses concrétisations sur le plan réel. Cependant, la NCT 35
dans son § 10 traduit la volonté du normalisateur tunisien de s‟attacher à la forme du pouvoir
de décision exprimé, selon lui par la détention directe ou indirecte de 40% au moins des droits
de vote dans une autre entreprise sans qu‟aucun autre associé ne détienne une fraction
supérieure. Bref, le normalisateur international matérialise, à travers les critères de
détermination du pouvoir de décision, l‟application de la convention de la prééminence du
fond sur la forme, alors que son homologue tunisien exprime son attitude de conservateur
quant à l‟application de cette convention (il est plutôt prudent). Dans le même thème, l‟IASB
a consacré un traitement comptable pour les droits de vote potentiels. Il impose leur prise en
compte pour déterminer si une entité contrôle de manière exclusive l‟entité concernée ou
exerce sur elle une influence notable uniquement s‟ils sont exerçables ou convertibles
actuellement (IAS 27 § 14). L‟entité examine tous les faits et circonstances (et notamment les
conditions d‟exercice de droits de vote potentiels et de tous les autres accords contractuels
considérés individuellement ou conjointement) qui affectent les droits de vote potentiels, à
l‟exception de l‟intention de la direction et la capacité financière de l‟entité d‟exercice ou de
conversion (IAS 27 § 15 et Guide d‟application 3). Pour l‟appréciation du degré de contrôle,
l‟entité doit prendre en compte tous les droits de vote potentiels même ceux détenus par les
tiers. L‟existence de droits de vote potentiels ne doit avoir aucun impact sur le calcul du
pourcentage d‟intérêt dans une filiale ou dans une entreprise associée. Cependant, la détention
des instruments financiers convertibles confère actuellement au détenteur un droit dans les
avantages économiques de l‟entité, similaires à ceux dont bénéficie un détenteur d‟intérêts
financiers (actions) dans la même entité, du pourcentage d‟intérêts (IAS 27 Guide
d‟application 7). On note néanmoins le silence des NCT traitant de la consolidation sur les

102
Il faut, tout de même, signaler qu‟il ne faut pas confondre la détention d‟une fraction de droits de vote avec la
détention d‟une fraction de capital. A ce titre, il faut tenir compte des certificats de droits de vote créés lors de
l‟émission de certificats d‟investissement, des droits de vote double attachés à certains titres ainsi que les droits
de vote attachés aux titres faisant l‟objet d‟engagement ou de portage ferme détenus pour le compte de l‟entité
consolidante.

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droits de vote potentiels. Au niveau de l‟exclusion d‟une filiale du périmètre de consolidation,


le normalisateur international montre plus de rigueur en précisant la notion d‟ « avenir
proche » par un délai de 12 mois et en exigeant une recherche active d‟un acquéreur de la part
de la direction de l‟entité. L‟obligation de consolidation de la participation de manière
rétroactive si elle n‟a pas été cédée pendant ce délai de 12 mois à compter de la date
d‟acquisition (IAS 27 § 17) prouve cette rigueur. Mais, l‟IASB apporte tout de même un
assouplissement à la rigidité de cette disposition normative en autorisant l‟entité qui n‟a pas
pu réaliser la vente dans ce délai en présence d‟un acquéreur en raison de la nécessité
d‟obtenir l‟approbation des autorités de règlementation ou d‟autres autorités à ne pas
consolider cette participation rétroactivement. Le normalisateur tunisien impose la
comptabilisation de telles filiales comme si elles constituaient des placements, ce qui
implique un traitement similaire à celui prescrit par la norme IAS 27 dans son ancienne
version. Sur un autre plan, les deux normalisateurs ne s‟accordent pas sur la normalisation du
processus de consolidation du point de vue fond. Pour l‟IASB, l‟impraticabilité n‟est plus un
motif pour déroger au principe d‟homogénéisation des méthodes comptables lorsque celles
comptables utilisées dans les états financiers individuels des filiales diffèrent de ceux de la
société mère. Les filiales doivent dans ce cas s‟aligner aux méthodes de la société mère (IAS
27 § 28). Cependant, la norme NCT 35 § 18 reconnaît l‟impossibilité de traitement
d‟homogénéisation comme motif de dérogation au principe d‟homogénéisation des méthodes
comptables. Dans ce cas, l‟entreprise est tenue d‟indiquer ce fait dans les notes aux états
financiers ainsi que les proportions respectives des éléments des états financiers consolidés
auxquels les différentes méthodes comptables ont été appliquées. En ce qui concerne
l‟élimination des soldes des transactions intra-groupe, le normalisateur international impose
l‟assimilation des pertes à un indicateur de perte de valeur nécessitant la réalisation d‟un test
de dépréciation et la comptabilisation d‟une éventuelle perte de valeur selon la norme IAS 36.
De son côté, le normalisateur tunisien, reconnaît une exception au principe d‟élimination des
pertes latentes intra-groupe : les pertes latentes résultant de transactions intra-groupe qui
viennent en déduction de la valeur comptable des actifs ne sont pas éliminées si elles
correspondent à des dépréciations réelles de l‟actif transféré (NCT 35 § 14). Ceci s‟explique
par l‟absence d‟une norme tunisienne traitant distinctement le thème des dépréciations
d‟actifs. Enfin, la norme NCT 35 ne prévoit pas un traitement comptable des participations
dans des filiales au niveau des états financiers individuels de la société mère ; elle laisse la
norme NCT 07 régir celles-ci. De plus, et à titre transitoire, jusqu‟à l‟exercice clôturé au 31
décembre 2004, les filiales qui ne sont pas du secteur financier sont consolidées par mise en
équivalence par leurs sociétés mères (établissements de crédit tels que définis par la loi
n°2001-65 du 10 juin 2001 et les autres organismes et établissements financiers et bancaires
tels que définis par les textes en vigueur).

2.3.4.2.4 La clôture de la deuxième phase de la normalisation du regroupement


d’entreprises : une norme IFRS 27 de nouveau révisée

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Le mois de janvier 2008 témoignait de la clôture de la deuxième phase du projet


« regroupement d’entreprises » affichant ainsi d‟importants changements par rapport à la
version actuelle de la norme IAS 27 révisée. En effet, la norme IAS 27 de nouveau révisée
introduit les majeurs changements suivants :
L‟énoncé d‟un principe général selon lequel toute variation d‟intérêts dans une entité
contrôlée, sans perte de contrôle, ne peut avoir d‟effet que sur les parts respectives de
l‟entité mère et les intérêts minoritaires à l‟intérieur des capitaux propres consolidés.
Une nouvelle règle de répartition des pertes des filiales en part groupe et intérêts
minoritaires. Désormais, l‟attribution aux intérêts minoritaires des pertes d‟une filiale
n‟est plus limitée au montant positif de la part des minoritaires dans les capitaux propres
de la filiale.
En cas de conservation de titres de participation après la perte de contrôle d‟une filiale,
l‟évaluation de ces titres à la juste valeur à la date de la perte du contrôle.

2.3.4.2.4.1 Les changements majeurs introduits par la norme IAS 27 de nouveau révisée

Les modifications dans la détention d’une filiale, sans perte de contrôle


Les paragraphes 30 et 31 de la norme IAS 27 de nouveau révisée imposent :
- (a) que les changements dans le taux de détention d‟une filiale, sans en perdre le contrôle, soient
enregistrés en tant qu‟opérations entre deux catégories d‟ayant droit aux capitaux propres
consolidés, les actionnaires de l‟entité mère et ceux de la filiale, et ne puissent avoir d‟effet que sur
les capitaux propres (part du groupe et intérêts minoritaires).
- (b) qu‟à l‟occasion de ces variations de taux de détention, les parts respectives de l‟entité mère et
des intérêts minoritaires dans la valeur comptable de la filiale soient ajustées, afin qu‟elles reflètent
les nouveaux taux de détention de l‟entité mère et des intérêts minoritaires.
- (c) que la différence entre le montant payé par le groupe (acquisition d‟intérêts minoritaires) ou
reçu par le groupe (cession d‟intérêts minoritaires) et la modification de la part des intérêts
minoritaires dans la valeur comptable de la filiale soit affectée à la part groupe à l‟intérieur des
capitaux propres.

Ces nouvelles dispositions comblent un vide dans la version de la norme IAS 27 révisée qui
ne traite ni la question des acquisitions d‟intérêts minoritaires, ni celle de leurs cessions.
En matière d‟acquisition d‟intérêts minoritaires, la pratique fréquente, actuellement, est la
comptabilisation en tant que Goodwill additionnel de la différence entre le prix payé et de la
valeur comptable des intérêts minoritaires acquis (les versions actuelles des normes IAS 27 et
IFRS 3 ouvrent la porte à de nombreux autres traitements). Pour les cessions d‟intérêts
minoritaires il est, souvent, considéré que la différence entre le prix de cession et
l‟accroissement des intérêts minoritaires (augmenté, le cas échéant, d‟une quote-part de
Goodwill attribuable aux intérêts cédés) constitue un profit ou une perte à enregistrer en

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résultat. Les nouvelles dispositions de la norme IAS 27 de nouveau révisée visent à éliminer
ces pratiques pour ces deux principaux motifs :
- (a) les intérêts minoritaires ont cessé d‟être considérés comme des dettes dès la phase 1 du projet
relatif aux regroupements d‟entreprises et constituent une composante particulière des capitaux
propres. La variation de ce poste, liée à des transactions portant sur les actions des filiales, ne peut
avoir d‟effet sur le résultat ou sur le Goodwill et a comme contrepartie d‟autres postes de capitaux
propres tels que la part groupe dans les réserves. Acquérir ou céder des intérêts minoritaires sont
des opérations équivalentes d‟un angle purement comptable à l‟acquisition d‟actions propres ou à
la cession d‟actions propres (BC 51) :
- (b) le montant du Goodwill est figé à la date de l‟acquisition ayant permis de prendre le contrôle.
Aucune opération ultérieure, autre qu‟une perte de contrôle de la filiale ou une dépréciation, ne
peut avoir pour effet de modifier la valeur initiale du Goodwill.

Les nouvelles dispositions des § 30 et 31 de la norme IAS 27 de nouveau révisée doivent être
déclinées en fonction de l‟opinion prise par l‟entité mère pour déterminer le Goodwill de la
filiale lors de sa prise de contrôle : celui-ci peut être calculé sur la base de la juste valeur des
intérêts minoritaires ou sur la base de leur part dans la juste valeur de l‟actif net identifiable.
On observe que ces dispositions s‟appliquent quelle que soit l‟option prise ; l‟écart visé au §
31 entre le prix encaissé (cession d‟intérêts minoritaires) ou payé (acquisition d‟intérêts
minoritaires) et la variation de la part des minoritaires dans la valeur comptable de la filiale,
est imputée en capitaux propres même si le groupe a choisi l‟option consistant à limiter le
Goodwill à la part initialement acquise dans la cible. Aucun Goodwill complémentaire ne
peut être comptabilisé par la suite en cas d‟acquisition d‟intérêts minoritaires. Lorsque le
calcul du Goodwill est effectué sur la base de la juste valeur des intérêts minoritaires,
l‟incidence éventuellement négative sur les capitaux propres de l‟acquisition ultérieure
d‟intérêts minoritaires est moins élevée que lorsque le Goodwill est calculé sur la base de la
juste valeur de l‟actif net identifiable acquis. L‟option pour la juste valeur des intérêts devrait
être privilégiée à chaque fois qu‟une prise de contrôle laisse subsister une part importante
d‟intérêts minoritaires.

Prise en compte des intérêts minoritaires pour déterminer le Goodwill


La nouvelle version de cette norme donne à l‟acquéreur, à la date d’acquisition, le choix
d‟évaluer les intérêts minoritaires soit pour leur juste valeur soit pour la part qu’ils
représentent dans la juste valeur de l‟actif net identifiable acquis, et ce pour chaque
regroupement d’entreprises. Cette option entraîne trois conséquences :
Le Goodwill et les intérêts minoritaires n‟auront pas les mêmes valeurs qu‟auparavant.
La dépréciation de Goodwill est généralement plus élevée lorsqu‟il y a inclusion de la part
des intérêts minoritaires.
La comptabilisation du prix en déduction des capitaux propres a des effets différents lors
de l‟acquisition d‟intérêts minoritaires (voir le traitement préconisé par IAS 27).
Les paragraphes B 44 et B 45 de la norme IFRS 3 révisée fournissent des indications sur la
détermination de la juste valeur des intérêts minoritaires :

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Si les actions de l‟entité sont cotées sur un marché actif, les actions détenues par les
minoritaires sont évaluées sur la base du cours à la date d’acquisition.
À défaut de marché actif, l‟acquéreur utilisera des techniques de valorisation.
Le paragraphe B 45 reconnait le fait que l‟action pour le majoritaire peut avoir une valeur
différente de celle détenue par le minoritaire puisque le majoritaire peut avoir accepté le
paiement d’une prime de contrôle. Donc, par rapport à la valeur globale de la cible, la valeur
de l‟action détenue par un minoritaire peut faire l‟objet d‟une décote.
Les coûts liés à l’acquisition d’une cible
Pour l‟IASB, les coûts liés à une acquisition découlent d‟opérations, distinctes du
regroupement, effectuées avec des tiers. En principe, ces coûts doivent être passés en charges
au moment où les services sont rendus par les tiers, ils ne peuvent être incorporés au prix
d’acquisition (IFRS 3 § 53 ; BC 365 à BC 369). Les coûts d‟émission de titres en vue de
financer la cible demeurent comptabilisés selon les normes IAS 32 et IAS 39. Le principe de
la juste valeur adopté par la norme IFRS 3 révisée est la raison de la comptabilisation de ces
coûts en charges. En fait, l‟incorporation des coûts liés à l‟acquisition au prix payé au vendeur
conduirait à une valeur de la cible dépassant sa juste valeur ou bien ferait supposer que le
vendeur a admis un prix inférieur à la juste valeur. De cette façon, l‟IASB a totalement écarté
l‟argument selon lequel l‟investissement réalisé par l‟acquéreur intègre les coûts
d‟acquisition.
Affectation des pertes d’une filiale aux intérêts minoritaires
La norme IAS 27 révisée prévoit que la fraction des pertes de la filiale revenant aux intérêts
minoritaires leur est attribuée aussi longtemps que leur part dans les capitaux propres de la
filiale demeure positive. Quand cette attribution a pour effet de rendre négative leur part dans
les capitaux propres de la filiale, cette part négative est affectée à la part du groupe dans les
résultats de la filiale. L‟unique exception à ce principe est l‟existence d‟engagements et de
possibilité effectives des minoritaires de contribuer au financement des pertes. La seconde
phrase du § 28 de la norme IAS 27 de nouveau révisée prévoit que l‟ensemble des résultats
d‟une filiale (le résultat net ou les éléments de résultat directement comptabilisés en capitaux
propres) est affecté à la part groupe et aux intérêts minoritaires103, même si cette affectation a
pour effet de rendre négatif104 le montant des intérêts minoritaires dans les capitaux propres.
L’IASB n’a pas explicité la manière de comptabiliser les engagements pris par l’entité
mère et les intérêts minoritaires en guise de contribution aux pertes, qu‟il s‟agisse
d‟engagements légaux (du fait de la responsabilité indéfinie des associés), statutaires ou
extrastatutaires (BC 39 et BC 40).
103
Ce nouveau mode de répartition des pertes entre la part du groupe et les intérêts minoritaires a un impact sur
le résultat par action. Il est également à noter que cet agrégat est calculé à partir de la part du groupe dans le
résultat consolidé puisqu‟il ne vise que les actionnaires de l‟entité mère. Cet effet n‟a pas eu sa part dans les
explications fournies par la norme IAS 27 de nouveau révisée.
104
La norme IAS 39 traite la question de comptabilisation des créances sur les tiers au groupe, en particulier sur
les associés minoritaires dans les filiales contrôlées : Une créance sur un associé minoritaire est comptabilisée
lorsque le groupe bénéficie du droit de recevoir de lui des liquidités ou un autre actif financier. La contrepartie
de cette créance est constituée par les capitaux propres et les dispositions comptables relatives aux modifications
de pourcentages d‟intérêts s‟y appliquant.

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La perte du contrôle d’une filiale


La norme IAS 27 de nouveau révisée fonde son développement des conséquences comptables
de la perte de contrôle d‟une filiale sur deux aspects :
-/Prévoir une règle particulière des titres de participation conservés dans l‟ancienne filiale,
une fois le contrôle de celle-ci est perdu.
-/Instituer une mesure anti-abus en cas de perte de contrôle obtenue par suite de deux ou
plusieurs cessions de titres de participation.
Les principes sont instaurés par les § 34, 36 et 37 de la norme IAS 27 de nouveau révisée qui
viennent énoncer que :
*Les titres de participation conservés dans la filiale, une fois le contrôle de celle-ci est
perdu, sont évalués à la juste valeur et celle-ci doit être considérée comme la juste valeur
préconisée par la norme IAS 39 lors de la comptabilisation initiale d‟un actif financier
(ces titres ne figuraient pas au bilan consolidé avant la perte de contrôle).
*Lorsque les titres de participation conservés confèrent une influence notable ou un contrôle
conjoint, leur juste valeur constitue le coût d‟acquisition pour la mise en œuvre des
normes IAS 28 et IAS 31 respectivement.
*La contrepartie de l‟évaluation à la juste valeur de la participation résiduelle est une
composante du résultat constaté du fait de la perte du contrôle de la filiale.
Dans le même cadre, les éléments de charges et de produits directement comptabilisés en
capitaux propres sont enregistrés comme si les actifs ou les passifs à l‟origine de ces charges
et de ces produits étaient individuellement cédés.
La contrepartie105 de la perte du contrôle peut être les liquidités reçues de l‟acquéreur des
titres de la filiale ou bien constituée par la remise d‟autres actifs. Dans ce dernier cas, leur
comptabilisation se fait à leur juste valeur au bilan de l‟entité mère qui abandonne le contrôle.
Sachant que la réduction des intérêts de l‟entité mère dans une filiale, sans perte du contrôle,
n‟engendre aucun résultat et donne lieu à des reclassements à l‟intérieur des capitaux propres
entre la part du groupe et les intérêts minoritaires, il ne sera pas dérogé à ce traitement même
si cette réduction est obtenue grâce à l‟obtention d‟une contrepartie par l‟entité mère
inférieure à la fraction de la valeur comptable de la filiale transférée aux minoritaires.
L‟IASB cherche à éviter qu‟un groupe, redoutant une perte excessive à l‟occasion de
l‟abandon du contrôle d‟une filiale, ne structure l‟opération en deux phases :
La première phase ne lui ferait pas perdre le contrôle et n‟aurait aucun effet sur son
résultat ; elle opérerait des reclassements à l‟intérieur des capitaux propres consolidés.
La seconde phase lui ferait perdre le contrôle de la filiale, mais, avec un effet négatif plus
limité sur son résultat, comparé à celui qui serait issu d‟une perte du contrôle effectuée en
une seule opération.

105
Dans certains cas, l‟entité mère ne reçoit pas de contrepartie ; ceci se présente lorsque le contrôle découle
d‟un contrat auquel il est mis fin ou bien lorsque le contrôle de la filiale est transféré à un tiers par un contrat.
L‟absence de contrepartie peut aussi résulter d‟une augmentation de capital de la filiale non suivie par l‟entité
mère.

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La norme IAS 27 de nouveau révisée comporte des indicateurs destinés à savoir si deux ou
plusieurs réductions d‟intérêts successives dans une filiale, la dernière aboutissant à la perte
de son contrôle et se traduisant par une perte, ne seraient pas issues d‟une opération unique à
comptabiliser en tant que telle. Ces indicateurs doivent permettre d‟aboutir à une conclusion ;
aucun d‟entre eux n‟est déterminant, mais un seul peut suffire.
La liste suivante est non limitative de ces indicateurs :
-/Les opérations successives en cause sont conclues simultanément ou en considération l‟une
ou de l‟autre.
-/Elles forment une opération unique destinée à obtenir un effet ne se comprenant que
globalement.
-/La conclusion de l‟une des conventions en présence est au moins subordonnée à la
conclusion d‟une autre opération.
-/L‟une des conventions prise isolément n‟a pas de sens économique ; elle ne se justifie que
si elle est associée à d‟autres conventions. Tel peut être le cas d‟une première cession
effectuée à un prix inférieur au prix de marché suivie par une cession à un prix supérieur.
Les modifications apportées à la norme IAS 27 sont applicables dans les comptes des
exercices ouverts à compter du 01 er juillet 2009, soit l‟année 2010 pour les groupes dont
l‟exercice coïncide avec l‟année civile.
Ces modifications sont applicables de manière rétrospective, mais ce principe ne s‟applique
pas aux trois principaux changements suivants :
 Le nouveau mode d‟attribution des pertes des filiales aux intérêts minoritaires ne peut
donner lieu au retraitement des périodes précédant celle au cours de laquelle ce nouveau
mode est appliqué.
 Les dispositions relatives à la variation des pourcentages d‟intérêts sans perte de contrôle
ne font pas l‟objet de retraitements des comptes au titre des variations de pourcentages
d‟intérêts intervenues avant la date d‟application des nouvelles dispositions.
 De même, la valeur comptable des participations résiduelles détenues dans d‟anciennes
filiales, dont le groupe a perdu le contrôle avant la première application de la norme IAS
27 de nouveau révisée, n‟est pas modifiée rétroactivement. Les résultats liés à des pertes
de contrôle intervenues avant cette première application ne sont pas non plus recalculés
rétroactivement.

2.3.4.3 La révision de la norme IAS 28 : une conséquence de la révision de la normalisation du


thème de regroupement d’entreprises

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L’essentiel de la norme IAS 28

*Une entreprise associée est une entité (y compris une entité sans personnalité juridique telles que certaines sociétés de
personnes) dans laquelle l‟investisseur exerce une influence notable et qui n‟est ni une filiale ni une co-entreprise
(IAS 28 § 2).
*L‟influence notable est le pouvoir de participer aux décisions de politiques financières et opérationnelles de
l‟entité, sans toutefois exercer un contrôle sur ces politiques (IAS 28 § 2).
l‟influence notable est présumée exister si un investisseur détient, directement ou indirectement à travers ses entités
associées, 20% ou plus des droits de vote, à moins de déterminer que cette influence n‟existe pas (présomption
simple c'est-à-dire réfutable par toute preuve contraire). Inversement, si un investisseur détient, directement ou
indirectement à travers ses entités associées moins de 20% des droits de vote, il est présumé ne pas avoir d‟influence
notable sauf à démontrer que cette influence existe (IAS 28 § 6). D‟autres critères démontrent l‟existence de
l‟influence notable telle que la représentation au conseil d‟administration ou la participation au processus
d‟élaboration des politiques financières et opérationnelles de l‟entreprise associée (notamment, la participation aux
décisions relatives aux dividendes et aux distributions) ou les transactions significatives entre l‟investisseur et
l‟entreprise détenue ou l‟échange de personnels dirigeants ou bien la fourniture d‟informations techniques essentielles
(IAS 28 § 7).
*Les participations dans des entreprises associées sont obligatoirement comptabilisées dans les états financiers
consolidées de l‟investisseur selon la méthode de la mise en équivalence (IAS 28 § 13). Selon cette méthode, la
participation est initialement enregistrée au coût et sa valeur comptable est ensuite augmentée ou diminuée pour
comptabiliser la quote-part de l‟investisseur dans les résultats de l‟entreprise associée après l‟acquisition ainsi que
pour tenir compte des variations de capitaux propres de l‟entreprise associée qui n‟ont pas été incluses dans le compte
de résultat. La quote-part de l‟investisseur dans le résultat de l‟entreprise détenue est comptabilisée dans le résultat de
l‟investisseur. Les distributions reçues de l‟entreprise détenue réduisent la valeur comptable de la participation. Des
ajustements de la valeur comptable peuvent s‟avérer nécessaires dans le cas de modifications de la valeur de la
participation de l‟investisseur dans l‟entité détenue dues à des variations de capitaux propres de l‟entité détenue qui
n‟ont pas été comptabilisées dans son résultat. Donc, de telles modifications sont notamment celles qui résultent de la
réévaluation des immobilisations corporelles et des écarts de conversion. La quote-part de l‟investisseur dans ces
changements est comptabilisée directement en capitaux propres de l‟investisseur (IAS 28 § 11). la quote-part de
l‟investisseur dans le résultat de l‟entreprise détenue et dans les variations des capitaux propres de l‟entreprise
détenue est déterminée sur la base des parts d‟intérêts actuelles et ne traduit pas la possibilité d‟exercice ou de
conversion des droits de vote potentiels (IAS 28 § 12) lorsque des droits de vote potentiels existent.
*Les étapes du processus de consolidation, telles que détaillées par la norme IAS 27, restent appropriées pour
l‟application de la méthode de mise en équivalence (IAS 28 § 20).
*Après l‟application de la méthode de mise en équivalence, l‟investisseur doit appliquer les dispositions de la norme IAS
39 pour déterminer la nécessité de constater une réduction de valeur de l‟investissement net de l‟investisseur dans
l‟entreprise associée (IAS 28 § 31). Etant donné que le Goodwill inclus dans la valeur comptable d‟une participation
dans une entreprise associée n‟est pas comptabilisée séparément, il ne fait pas individuellement l‟objet de tests de
dépréciation en appliquant la norme IAS 36. Au lieu de cela, la valeur comptable totale de la participation fait l‟objet
de tests de dépréciation selon la norme IAS 36, en comparant sa valeur recouvrable à sa valeur comptable chaque fois
que l‟application des dispositions de la norme IAS 39 indique que la participation a pu se déprécier. Pour déterminer
la valeur d‟utilité de la participation, l‟entité estime :
-/ Sa quote-part dans la valeur actualisée des flux de trésorerie futurs estimés attendus de l‟entreprise associée, y
compris les flux de trésorerie générés par les activités de l‟entreprise associée et les produits liés à la sortie in
fine de la participation ; ou
-/ La valeur actualisée des flux de trésorerie futurs estimés attendus des dividendes à recevoir de la participation et
de sa sortie in fine.
En retenant des hypothèses appropriées, les deux méthodes donnent le même résultat (IAS 28 § 33). La valeur
recouvrable d‟une participation dans une entreprise associée est appréciée pour chaque participation dans une
entreprise associée, sauf si une participation ne génère pas d‟entrées de trésorerie qui soient largement indépendantes
de celles générées par les autres actifs de l‟entité (IAS 28 § 34).
*Lorsque l‟investisseur prépare des états financiers individuels, les participations dans les entreprises associées doivent

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être comptabilisées à leur coût ou en tant qu‟instruments financiers conformément à la norme IAS 39.

2.3.4.3.1 Le contexte de révision de la norme IAS 28

La révision de la norme IAS 28 fait partie des projets « Amélioration » et


« Regroupement d‟entreprises – Phase II ». Cette révision a été entreprise à la lumière des
questions et des critiques faites à propos des Normes par des autorités de règlementation des
Valeurs Mobilières, des professionnels comptables et par d‟autres parties concernées.
L‟objectif majeur de ce projet était la réduction ou l‟élimination des options, redondances et
conflits au sein des Normes, la résolution de certains problèmes de convergence et l‟apport
d‟autres améliorations. En ce qui a trait à la norme IAS 28, la révision s‟est orientée vers la
réduction des options en matière d‟application de la méthode de la mise en équivalence et de
la comptabilisation des participations dans les entreprises associées dans les états financiers
individuels. Toutefois, le constat majeur à tirer de la lecture de la norme IAS 28 est que
l‟approche fondamentale de comptabilisation des participations dans des entreprises associées
n‟est pas remise en cause.

2.3.4.3.2 Les nouveautés introduites par la norme IAS 28

Champ d’application
Sont hors champ d‟application de la norme IAS 28, les participations qui constitueraient par
ailleurs des entreprises associées ou des participations de co-entrepreneurs dans des
entreprises contrôlées conjointement détenues par des organismes de capital-risque, des fonds
communs, des formes de trust, et des entités similaires lorsque ces participations sont classées
en actifs détenus à des fins de transaction et comptabilisées selon la norme IAS 39. Ces
participations sont évaluées à leur juste valeur et les variations de juste valeur sont

150
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

comptabilisées en résultat pendant la période au cours de laquelle ils se produisent (IAS 28 §


1). Pour l‟application de la méthode de la mise en équivalence, la norme IAS 28 prévoit des
exemptions semblables à celles qui autorisent certaines sociétés mères à ne pas préparer des
états financiers consolidés. Ces exemptions prévoient les cas où l‟investisseur est également
une société mère dispensée de l‟obligation de préparer des états financiers consolidés selon la
norme IAS 27 § 13 (b) et les cas où l‟investisseur, tout en n‟étant pas une société mère, est
susceptible de remplir des conditions analogues à celles qui dispensent les sociétés mères
(IAS 27 § 13 (b)).
Influence notable
Droits de vote potentiels : D‟après la norme IAS 28 § 8, une entité se trouve dans l‟obligation
de prendre en compte l‟existence et l‟effet des droits de vote potentiels exerçables à la date à
laquelle elle apprécie si elle a le pouvoir de participer aux décisions de politique financière
et opérationnelle de l‟entité détenue (reprise de SIC 33-Consolidation et méthode de la mise
en équivalence – Droits de vote potentiels et répartition des parts d‟intérêts). Il s‟agit du cas
où l‟entité détient des bons de souscription, des options d‟achat d‟actions ou des instruments
financiers convertibles en actions.
Perte de l’influence notable : Une entité n‟a plus son influence notable sur une entreprise
associée quand elle perd son pouvoir de participer aux décisions politiques financières et
opérationnelles de cette entité. La perte de l‟influence notable peut survenir par exemple
lorsqu‟une entreprise associée est soumise au contrôle du gouvernement, d‟un tribunal, d‟un
administrateur judiciaire ou d‟un régulateur. Elle peut, également, survenir à la suite d‟un
accord contractuel (IAS 28 § 10).
Méthode de la mise en équivalence
Avant, la comptabilisation des participations dans une entreprise associée selon la méthode de
mise en équivalence n‟était obligatoire que si l‟investisseur établissait des états financiers
consolidés. Or, selon l‟ancienne version de la norme IAS 27, l‟obligation de présenter des
états financiers consolidés ne concerne qu‟une société mère à la tête d‟un groupe (ce qui
implique l‟exclusion des entreprises associées et des co-entreprises). Donc, en vertu de
l‟ancienne version de la norme IAS 28, la comptabilisation des participations dans une
entreprise associée selon la méthode de la mise en équivalence n‟était pas obligatoire pour les
entreprises associées. La norme IAS 28 révisée rend, désormais, obligatoire la
comptabilisation selon la méthode de mise en équivalence de toutes les participations dans
des entreprises associées sur lesquelles l‟investisseur détient une influence notable et, ce
abstraction faite de la détention ou non par celui-ci de participations dans des filiales et des
cas où il prépare ou non des états financiers consolidés. Toutefois, l‟investisseur ne sera pas
tenu d‟appliquer la méthode de mise en équivalence lorsqu‟il présente des états financiers
individuels préparés selon la norme IAS 27. Le principe général de mise en équivalence
consiste à substituer (dans le bilan consolidé) la part dans les capitaux propres (y compris le
résultat de l‟exercice de cette entreprise) déterminée d‟après les règles de consolidation à la
valeur comptable des titres de l‟entreprise mise en équivalence. Cette quote-part dans les
capitaux retraités est portée sur une ligne distincte du bilan consolidé intitulée « Titres mis en

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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équivalence ». La variation des capitaux propres retraités des entreprises associées peut
provenir de diverses causes (hormis les cas d‟acquisition ou cession)
Exemption à l’application de la méthode de mise en équivalence : la norme IAS 28 ancienne
version dispose deux cas ouvrant droit à l‟exemption de l‟application de la méthode de la
mise en équivalence. En fait, elle permet l‟utilisation de la méthode du coût lorsque la
participation a été acquise et détenue uniquement en vue de sa cession dans un avenir proche
ou bien lorsque l‟entité est soumise à des restrictions durables qui limitent de façon
importante sa capacité à transférer des fonds à sa mère. Avec la révision de cette norme, la
notion d‟avenir proche a été définie de manière explicite. Ainsi, la comptabilisation selon la
méthode du coût n‟est possible que s‟il est évident que la participation dans l‟entité associée
a été acquise dans le but de sa cession dans les 12 mois suivant son acquisition. Cette
condition doit être conjuguée à celle de la recherche active d‟un cessionnaire (IAS 28 § 13
(a)). Toutefois, ce délai de 12 mois peut être allongé dans des circonstances exceptionnelles
et justifiées. D‟un autre côté, l‟existence de restrictions (telles que décrites dans le
deuxième cas ouvrant le droit à l‟exemption) ne justifient pas systématiquement la perte de
l‟influence notable. Cependant, elles constituent, désormais, un facteur rendant improbable
l‟existence de l‟influence notable.
Homogénéisation des méthodes comptables : la norme IAS 28 révisée a éliminé toute
dispense de l‟homogénéisation des méthodes comptables, notamment l‟élimination du
caractère « impraticable ».
Elimination des profits ou pertes latents résultant de transactions avec des entreprises
associées : l‟élimination est obligatoire pour les profits ou pertes résultant de transactions
« ascendantes » et « descendantes » entre un investisseur (y compris les filiales consolidées)
et une entreprise associée à concurrence du pourcentage d‟intérêt qu‟il détient dans cette
entreprise (IAS 28 § 22). Le pourcentage de participation du groupe dans une entreprise
associée est égal à la somme des pourcentages d‟intérêts de la société mère et des filiales
dans cette entreprise (sans tenir compte des pourcentages d’intérêts des co-entités et des
autres entreprises associées du groupe dans l’entreprise associée)
Dates de clôture non concordantes : avec la révision de la norme IAS 28, l‟exemption – pour
cause d‟impraticabilité - de la préparation obligatoire par l‟entreprise associée des états
financiers à la même date que ceux de l‟investisseur ne joue plus. Désormais, le décalage
entre la date de clôture des états financiers de l‟investisseur et celle de l‟entreprise associée
ne doit pas excéder 3 mois. La préparation d‟états financiers arrêtés à la date de clôture de
l‟investisseur devient une obligation à la charge de l‟entreprise associée. Dans ce cas le
principe général est que la durée des périodes de reporting et toute différence entre les dates
de reporting devraient être identiques d‟une période à l‟autre (IAS 28 § 24-25).
Pertes réalisées par l’entreprise associée : La quote-part de l‟investisseur dans les pertes
réalisées par une entreprise associée correspond – lorsque l‟investisseur n‟a ni l‟obligation ni
l‟intention de se désengager financièrement de sa participation – à la totalité des intérêts
financiers de l‟investisseur dans l‟entreprise associée (investissement net dans cette entité).
Ces intérêts comprennent en sus de la valeur comptable de la participation, les créances à

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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long terme qui y sont rattachées (ou d‟autres actifs ou passifs dont le remboursement n‟est ni
prévu ni probable dans un avenir prévisible). Les pertes comptabilisées selon la méthode de
la mise en équivalence, qui dépassent la participation de l‟investisseur en actions ordinaires,
sont imputées aux autres composantes de la quote-part de l‟investisseur d‟une entreprise
associée dans l‟ordre inverse de leur rang (c'est-à-dire de leur ordre de priorité en cas de
liquidation) (IAS 28 § 29).
Présentation
Le classement en actifs non courants est obligatoire pour les participations dans des
entreprises associées comptabilisées selon la méthode de la mise en équivalence. La quote-
part de l‟investisseur dans le résultat de ces participations et la valeur comptable de ces
participations doit être présentée séparément. La quote-part de l‟investisseur dans toutes les
activités abandonnées des entreprises associées doit être également présentée séparément
(IAS 28 § 38).
L’investisseur doit comptabiliser directement en capitaux propres sa quote-part dans les
changements comptabilisés directement dans les capitaux propres de l’entreprise
associée stipulés dans la norme IAS 1 (IAS 28 § 39).
Informations à fournir
Un investisseur doit indiquer dans ses états financiers consolidés :
Informations sur les entreprises associées et modalités de la méthode de la mise en
équivalence (IAS 28 § 37) :
*La juste valeur des participations dans des entreprises associées cotées.
*Des informations financières résumées sur les entreprises associées (total actif, passif,
chiffres d’affaires et résultats).
*Les raisons pour lesquelles un investisseur estime qu’il exerce une influence notable
sur une entité alors qu’il détient moins de 20% des droits de vote d’une entité.
*Les raisons pour lesquelles un investisseur estime qu’il n’exerce pas une influence
notable sur une entité alors qu’il détienne 20% ou plus des droits de vote.
*La date de clôture des entreprises associées qui établissent leurs états financiers à une
date différente de celle de l’investisseur et la raison expliquant cette différence.
*La nature et la portée des restrictions significatives sur la capacité de l’entreprise
associée à transférer des fonds à l’investisseur sous forme de dividende ou de
remboursement de prêts ou d’avances.
*La quote-part non comptabilisée de l’investisseur dans les pertes d’une entreprise
associée.
*Le fait qu’une participation dans une entreprise associée n’est pas comptabilisée selon
la méthode de mise en équivalence conformément aux dispositions prévues par la
norme IAS 28 § 13.
*Des informations financières résumées sur les entreprises associées non
comptabilisées selon la méthode de mise en équivalence (total actif, passif, chiffres
d’affaires et résultats).

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Passifs éventuels (IAS 28 § 40) : L‟investisseur doit, en application de la norme IAS 37,
indiquer :
*Sa quote-part des passifs éventuels d‟une entreprise associée encourus en commun avec
d‟autres investisseurs.
*Les passifs éventuels qui proviennent du fait qu‟il est solidairement responsable de la
totalité ou d‟une partie des passifs de l‟entreprise associée.

2.3.4.3.3 Position du normalisateur tunisien par rapport à la norme IAS 28

Contrairement à son homologue international, le normalisateur tunisien n‟a pas traité


la question de la comptabilisation des participations dans les entreprises associées au niveau
des états financiers individuels de l‟investisseur (voir la norme NCT 36). A propos des droits
de vote potentiels, les normes NCT restent muettes sur la prise en compte ou non de ces droits
pour la détermination de l‟existence de l‟influence notable. L‟exemption de l‟obligation de
comptabilisation selon la méthode de la mise en équivalence est accordée dans l‟un de ces
cas :
*La participation a été acquise dans le but d‟être cédée dans les 12 mois qui suivent sur
acquisition et la direction cherche activement un cessionnaire (participation classée
comme détenue en vue de la vente selon la norme IFRS 5) (IAS 28 § 13 (a)). A défaut de
cession dans ce délai, la participation doit être comptabilisée selon la méthode de la mise
en équivalence rétroactivement à compter de la date d‟acquisition. Les états financiers
des périodes ultérieures à l‟acquisition doivent être retraités (IAS 28 § 15).
*L‟investisseur est aussi une société mère dispensée de l‟obligation d‟établissement des états
financiers consolidés conformément au § 10 de la norme IAS 27.
*Les conditions suivantes sont remplies :
1) L‟investisseur est une filiale entièrement détenue ou une filiale partiellement détenue
par une autre entité (et ses autres propriétaires, y compris ceux qui ne sont pas
généralement habilités à voter, ont été informés et n‟ont émis aucune objection à ce
propos).
2) Les instruments de dettes ou capitaux propres de l‟investisseur ne sont pas négociés
sur un marché public.
3) L‟investisseur n‟a pas déposé et n‟est pas sur le point de déposer les états financiers
auprès d‟une autorité de règlementation des valeurs mobilières ou d‟un organisme de
règlementation aux fins d‟émettre une catégorie d‟instruments sur un marché public.
4) La société mère ultime ou une société mère intermédiaire de l‟investisseur présente des
états financiers consolidés, disponibles en vue d‟un usage public conforme aux
normes IFRS.
De telles participations doivent être classées en tant qu‟instruments financiers détenus à des
fins de transaction et comptabilisées conformément à la norme IAS 39. Pour la norme NCT
36 § 8, les situations ouvrant droit à l‟exemption diffèrent :

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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*La participation est acquise et détenue dans l‟unique perspective de sa sortie ultérieure dans
un avenir proche.
*L‟entreprise associée est soumise à des restrictions durables fortes qui limitent de façon
importante sa capacité à transférer des fonds à la mère.
De telles participations doivent être comptabilisées selon la méthode du coût (il s‟agit du
maintien de la même logique de la norme IAS 28 dans son ancienne version). La norme NCT
36 ne se prononce pas sur la nécessité d‟appliquer la méthode de la mise en équivalence sur la
base de la situation nette établie selon les états financiers individuels ou selon les états
financiers consolidés de l‟entreprise associée lorsque l‟entreprise associée est elle-même une
société-mère. Or, le résultat et l‟actif net à prendre en compte pour appliquer la mise en
équivalence sont ceux comptabilisés dans les états financiers de l‟entreprise associée (y
compris la quote-part de l‟entreprise associée dans les résultats et les actifs nets des
entreprises associées et des co-entreprises détenues par elle-même) après homogénéisation
des méthodes comptables (IAS 28 § 21) lorsque l‟entreprise associée détient des
participations dans des filiales, co-entreprises ou entreprises associées, selon le normalisateur
international. Pour l‟IASB, les pertes supplémentaires non imputées seront provisionnées si
l‟investisseur a assumé des obligations légales ou implications ou a effectué des paiements au
nom de l‟entreprise associée. Si l‟entreprise associée enregistre ultérieurement des bénéfices,
l‟investisseur ne commence à comptabiliser sa quote-part dans ses profits qu‟après qu‟elle ait
dépassé sa quote-part de pertes nettes non comptabilisées (IAS 28 § 30). Toutefois, la norme
NCT 36 dans son § 17 interdit à l‟investisseur de reconnaître sa part dans les pertes futures de
l‟entité dés que sa quote-part dans les pertes d‟une entreprise associée dépasse la valeur
comptable de sa participation. La participation est, alors, présentée pour une valeur nulle. De
plus, par opposition à la norme IAS 28, les autres intérêts de l‟investisseur dans l‟entreprise
associée ne seront pas affectés. Contrairement à la norme IAS 28, la norme NCT 36 ne
prévoit pas de traitement comptable pour les participations dans des entreprises associées dans
les états financiers individuels de l‟investisseur. Ces participations sont soumises aux
dispositions de la norme NCT 07. Se fiant à l‟ancienne logique du normalisateur international,
la norme NCT 36 affranchit l‟investisseur, du fait du défaut de détention de filiales, de
l‟obligation d‟émission d‟états financiers consolidés et ce même s‟il détient des participations
dans des entreprises associées. Mais, elle contraint à fournir la même information sur ses
participations dans des entreprises associées que les entreprises qui émettent des états
financiers consolidés. Si la méthode de la mise en équivalence est appropriée pour l‟entreprise
associée, l‟investisseur doit fournir au niveau des notes aux états financiers individuels
l‟information sur l‟effet qu‟aurait l‟application de cette méthode sur la valeur de ces
participations et sur ses résultats comme s‟il avait à émettre des états financiers consolidés
(NCT 36 § 23 & 24). Pour le cas où l‟entreprise associée est elle-même une société mère, la
norme NCT 36 ne se prononce pas sur la nécessité d‟appliquer la méthode de mise en
équivalence sur la base de la situation nette établie selon les états financiers individuels ou
selon les états financiers consolidés de l‟entreprise associée. Or, le résultat et l‟actif net à
prendre en compte pour appliquer la mise en équivalence sont ceux comptabilisés dans les

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

états financiers de l‟entreprise associée (y compris la quote-part de l‟entreprise associée dans


les résultats et les actifs nets des entreprises associées et des co-entreprises détenues par elle-
même) après homogénéisation des méthodes comptables (IAS 28 § 21), lorsque l‟entreprise
associée détient des participations dans des filiales, co-entreprises ou entreprises associées
selon le normalisateur international.

2.3.4.4 La révision de la norme IAS 31 : une conséquence de la révision de la normalisation


du thème de regroupement d’entreprises

L’essentiel de la norme IAS 31

*Une co-entreprise est un accord contractuel en vertu duquel deux ou plusieurs parties conviennent d‟exercer une
activité économique sous contrôle conjoint (IAS 31 § 3). L‟accord contractuel établit le contrôle conjoint sur la co-
entreprise et fait qu‟aucun des co-entrepreneurs n‟est en mesure de contrôler unilatéralement l‟activité de la co-
entreprise (IAS 31 § 11).
*La norme IAS 31 identifie (3) grandes catégories de co-entreprises : les activités contrôlées conjointement, les actifs
contrôlés conjointement et les entités contrôlées conjointement.
Les deux premières formes de co-entreprises ne nécessitent pas la création d’une entité distincte des co-entrepreneurs.
Par conséquent, aucune procédure spécifique n‟est requise pour la consolidation. Les co-entreprises répondent aux
critères suivants (IAS 31 § 7) :
-/ Deux co-entrepreneurs ou plus sont liés par un accord contractuel.
-/ L‟accord contractuel établit un contrôle conjoint.
*Les participations dans des entités contrôlées conjointement sont comptabilisées dans les états financiers consolidés du
co-entrepreneur soit selon la méthode de l‟intégration proportionnelle soit selon la méthode de la mise en équivalence.
*La mise en œuvre de la méthode de l’intégration proportionnelle est opérée selon des modalités similaires à celles
applicables à la consolidation d‟une entreprise sous contrôle exclusif (intégration globale) telles que présentées par la
norme IAS 27. La seule différence est que l‟intégration des éléments des états financiers de la co-entreprise et
l‟élimination des transactions intra-groupe dans les états financiers consolidés ne s‟effectuent qu‟au prorata du
pourcentage d‟intérêts détenu dans la co-entreprise. Il n‟y aura donc pas apparition des Intérêts minoritaires lors de la
phase d‟élimination des titres.
*Le co-entrepreneur doit cesser d‟appliquer la méthode de la consolidation proportionnelle à compter de la date à laquelle
il n‟exerce plus de contrôle conjoint sur une co-entreprise (IAS 31 § 36).
*La norme IAS 31 donne la possibilité à un co-entrepreneur de comptabiliser sa participation dans une entreprise contrôlée
conjointement selon la méthode de la mise en équivalence telle que définie par la norme IAS 28 (IAS 31 § 39), et ce
qu‟il ait ou non des participations dans des filiales et qu‟il présente ou non des états financiers consolidés (IAS 31 §
39). La norme IAS 31 ne recommande pas l‟utilisation de la méthode de la mise en équivalence parce que la méthode
de l‟intégration proportionnelle rend mieux compte de la substance et de la réalité économique de la participation du
co-entrepreneur dans la co-entreprise. Toutefois, elle n‟écarte pas la possibilité d‟appliquer cette méthode de
comptabilisation (IAS 31 § 40).
*A compter de la date à laquelle une entité contrôlée conjointement devient une filiale d‟un co-entrepreneur, le co-
entrepreneur comptabilise sa participation selon la norme IAS 27. A compter de la date à laquelle une entité contrôlée
conjointement devient une entité associée d‟un co-entrepreneur, le co-entrepreneur comptabilise sa participation selon
la norme IAS 28 (IAS 31 § 45).
*Lorsque le co-entrepreneur prépare des états financiers individuels, les participations dans des entités contrôlées
conjointement doivent être comptabilisées à leur coût ou en tant qu‟instruments financiers conformément à la norme
IAS 39, et ce en application des § 37 à 42 de la norme IAS 27 (IAS 31 § 41).
*Le co-entrepreneur doit indiquer la méthode qu‟il utilise pour comptabiliser les participations dans des entités contrôlées
conjointement.

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l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

2.3.4.4.1 Le contexte de révision de la norme IAS 31

La révision de la norme IAS 31 fait partie des projets « Amélioration » et


« Regroupement d‟entreprises – Phase II ». Elle a été entreprise à la lumière des questions et
des critiques faites à propos des Normes par des autorités de règlementation des Valeurs
Mobilières, des professionnels comptables et par d‟autres parties concernées. L‟objectif
majeur de ce projet était la réduction ou l‟élimination des options, redondances et conflits
au sein des Normes, la résolution de certains problèmes de convergence et l‟apport d‟autres
améliorations. En ce qui a trait à la norme IAS 31, la révision s‟est orientée vers la réduction
des options en matière d‟application de la méthode de la mise en équivalence et de la
comptabilisation des participations dans les co-entreprises dans les états financiers
individuels. Toutefois, la révision de la norme IAS 31 n’a pas remis en cause l’approche
fondamentale de comptabilisation des participations dans des co-entreprises.

2.3.4.4.2 Les nouveautés introduites par la norme IAS 31

Champ d’application
Sont hors champ d‟application de la norme IAS 31, les participations dans des co-entreprises
détenues par des organismes de capital-risque, des fonds communs, des formes de trust, et des
entités similaires lorsque ces participations sont classées en tant qu‟instruments financiers
détenus à des fins de transaction et comptabilisées à leur juste valeur selon la norme IAS
39. Ces participations sont évaluées à leur juste valeur et les variations de juste valeur sont
comptabilisées en résultat pendant la période au cours de laquelle ils se produisent.
L‟application de la norme IAS 31 est obligatoire pour : la comptabilisation des participations
dans les co-entreprises et la présentation des actifs, passifs, produits et charges des co-
entreprises dans les états financiers des co-entrepreneurs et des investisseurs (IAS 31 § 1). La
notion de contrôle contractuel est fondamentale dans la mesure où elle permet la distinction
entre les participations contrôlées conjointement et les participations dans des entreprises
associées sur lesquelles l‟investisseur n‟exerce qu‟une influence notable (IAS 31 § 9).
L‟accord contractuel est, généralement, constaté par écrit et traite de questions comme (IAS
31 § 10) :
1- L‟activité, la durée et les obligations de communication financière de la co-entreprise.
2- La désignation des membres d‟un conseil d‟administration ou d‟un autre organe de direction
similaire de la co-entreprise et les droits de vote des co-entrepreneurs.
3- Les apports en capital des co-entrepreneurs.
4- Le partage entre les co-entrepreneurs de la production, des produits, charges ou résultats de la co-
entreprise.

Toute preuve peut mettre en évidence l‟accord contractuel. Par conséquent, l‟accord peut être
établi par un contrat conclu entre les co-entrepreneurs ou le PV de leurs discussions. Il peut

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même être intégré dans les statuts ou dans les règlements de la co-entreprise (IAS 31 § 10).
Mais, l‟existence d‟un contrôle conjoint exercé par un nombre limité d‟associés n‟exclut pas
la présence d‟associés minoritaires qui n‟exercent pas de contrôle et ne participent pas au
contrôle conjoint. L‟accord contractuel peut désigner l‟un des co-entrepreneurs comme
gestionnaire de la co-entreprise. Le gérant ou le gestionnaire n’a pas de contrôle sur la co-
entreprise, mais, agit en vertu des pouvoirs qui lui ont été dévolus conformément aux
politiques financières et opérationnelles qui sont prévues par l’écrit constatant l’accord
contractuel. Sinon, on retrouve la définition du contrôle exclusif, c'est-à-dire que le
gestionnaire, s‟il contrôle la co-entreprise et celle-ci sera considérée comme une filiale du
gestionnaire et non comme une co-entreprise (IAS 31 § 12), possède le pouvoir de diriger les
politiques financières et opérationnelles de l‟activité économique. Les gestionnaires ou
gérants d‟une co-entreprise doivent comptabiliser leurs rémunérations selon la norme IAS 18
(IAS 31 § 52).
Les catégories de co-entreprises
Activités contrôlées conjointement : chaque co-entrepreneur utilise, dans ce cadre ses propres
actifs et assume ses propres passifs au titre de la production du bien conjoint, sans qu‟il y ait
création d‟une nouvelle entité. L‟accord de la co-entreprise prévoit généralement un mode
de partage entre les co-entrepreneurs des produits issus de la vente de la production
conjointe et toute charge commune (IAS 31 § 13). Au niveau des états financiers
individuels, le co-entrepreneur est obligé de comptabiliser (IAS 31 § 15) : les actifs dont il a
le contrôle et les passifs qu‟il encourt, les charges qu‟il encourt et sa quote-part des produits
qu‟il retire de la vente des biens ou services de la co-entreprise. Aucun ajustement ou autre
procédure de consolidation n’est requis à l’égard de ces éléments lorsque le co-
entrepreneur présente des états financiers consolidés (IAS 31 § 16). La co-entreprise n‟est
pas tenue d‟avoir une comptabilité distincte (IAS 31 § 17) parce qu‟elle ne jouit pas de la
personnalité morale.
Actifs contrôlés conjointement : ce mode de co-entreprise implique le contrôle conjoint (et
souvent la copropriété) d‟un ou plusieurs actifs apportés ou acquis aux fins de la co-
entreprise. Chaque co-entrepreneur profite de sa quote-part de la production générée par les
actifs et assume une part convenue des charges encourues. Ce type de co-entreprise ne
nécessite pas la création d‟une nouvelle entité (IAS 31 § 19). Le co-entrepreneur est
contraint de comptabiliser au niveau de ses états financiers les éléments suivants : sa quote-
part dans les actifs contrôlés conjointement, classés selon la nature des actifs, tout passif
qu‟il encourt, sa quote-part de tout passif qu‟il encourt conjointement avec les autres co-
entrepreneurs de la co-entreprise, tout produit de la vente ou de l‟utilisation de sa quote-part
de la production de la co-entreprise ainsi que sa quote-part de toute charge encourue par la
co-entreprise et toute charge encourue au titre de sa participation dans la co-entreprise.
Il n‟est pas exigé des états financiers distincts de la co-entreprise, mais une comptabilité
distincte des opérations de la co-entreprise sera utile pour prendre en compte les charges
communes des actifs contrôlés conjointement et pour préparer des comptes de gestion pour
pouvoir évaluer la performance de la co-entreprise (IAS 31 § 23).

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

Le traitement comptable des participations dans des activités contrôlées conjointement ou des
actifs contrôlés conjointement ne nécessite pas la mise en œuvre de procédures particulières de
consolidation.

Activités contrôlées conjointement : une nouvelle entité dotée de la personnalité morale sera
créée dans ce cas. Elle sera placée sous le contrôle conjoint de deux ou plusieurs co-
entrepreneurs en vertu d‟un accord contractuel (IAS 31 § 24). En pratique, ce cas peut se
concrétiser par le regroupement de deux entités de leurs activités dans un métier donné en
transférant les actifs et passifs appropriés à une entité contrôlée conjointement. Aussi, s‟agit-
il d‟une entité qui débute dans un pays étranger conjointement avec l‟Etat ou un organisme
public de ce pays, en établissant une entité distincte contrôlée conjointement par l‟entité et
l‟Etat ou l‟organisme public (IAS 31 § 26). Chaque co-entrepreneur utilise, dans ce cadre,
ses propres actifs et assume ses propres passifs au titre de la production du bien conjoint,
sans qu‟il y ait création d‟une nouvelle entité. L‟accord de la co-entreprise prévoit,
généralement un mode de partage entre les co-entrepreneurs des produits issus de la vente de
la production conjointe et de toute charge commune (IAS 31 § 13).
Méthode de l’intégration proportionnelle
La norme IAS 31 rend désormais obligatoire la comptabilisation des participations dans des
co-entreprises au niveau des états financiers du co-entrepreneur soit selon la méthode de
l‟intégration proportionnelle soit selon la méthode de mise en équivalence, et ce abstraction
faite de la détention ou non par celui-ci de participations dans des filiales et des cas où il
prépare ou non des états financiers consolidés (IAS 31 § 31 & 39). Il n‟y aurait pas
d‟apparition des intérêts minoritaires lors de la phase d‟élimination des titres (IAS 31 § 33).
L‟ancienne version de la norme IAS 31 lie l‟obligation de comptabilisation d‟une
participation dans une co-entreprise (Joint-venture) selon la méthode de l‟intégration
proportionnelle ou selon la méthode de la mise en équivalence à l‟établissement du co-
entrepreneur d‟états financiers consolidés, c'est-à-dire aux cas où il détient des filiales. En
l‟absence de cette situation, la méthode de l‟intégration proportionnelle ne doit plus être
appliquée. L‟application des nouvelles dispositions de la norme IAS 31 contraint,
actuellement, le co-entrepreneur à comptabiliser ses participations dans des co-entreprises
selon l‟une des deux méthodes précédemment citées et ce, indépendamment du fait qu‟il
détienne ou non des filiales. Bref, ce changement dans le traitement comptable montre une
évolution de l‟esprit de l‟IASB d‟une vue focalisée sur la notion du groupe à une vue
accentuée sur la participation dans l‟entreprise elle-même, c'est-à-dire que le problème est
perçu du point de vue de l‟investisseur qui cherche à tirer profit de son investissement. La
quote-part du co-entrepreneur dans les actifs, passifs, produits et charges de la co-entreprise
est présentée (IAS 31 § 34) : soit conjointement avec les éléments similaires dans ses états
financiers consolidés soit dans des postes distincts dans ses états financiers consolidés. Quel
que soit le format retenu pour la consolidation proportionnelle, il ne convient pas de
compenser des actifs ou passifs en déduisant d‟autres actifs ou passifs ou bien de compenser

159
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

des produits ou charges en déduisant d‟autres produits ou charges, à moins qu‟un droit
contractuel n‟existe et que la compensation ne représente la réalisation attendu d‟un actif ou le
règlement attendu du passif (IAS 31 §35).
Exemption de l’application de la consolidation proportionnelle ou de la
mise en équivalence : la norme IAS 31 ancienne version dispose deux cas ouvrant droit
à l‟exemption de l‟application soit de la consolidation proportionnelle soit de la mise en
équivalence. En fait, elle permet l‟utilisation de la méthode du coût lorsque la participation a
été acquise et détenue uniquement en vue de sa cession dans un avenir proche ou bien
lorsque l’entité est soumise à des restrictions durables qui limitent de façon importante sa
capacité à transférer des fonds à sa mère. Avec la révision de cette norme, la notion
d‟avenir proche a été définie de manière explicite. Ainsi, la comptabilisation selon la
méthode du coût n‟est possible que si la participation dans une co-entreprise a été acquise
dans le but de sa cession dans les 12 mois suivant son acquisition. Cette condition doit être
conjuguée à celle de la recherche active d‟un cessionnaire. Toutefois, ce délai de 12 mois
peut être allongé dans des circonstances exceptionnelles et justifiées. Dépassant le délai de
12 mois de l‟acquisition sans être cédée, la participation doit être comptabilisée soit selon la
méthode de la consolidation proportionnelle, soit selon la méthode de la mise en équivalence
de manière rétroactive à compter de la date d‟acquisition. Ceci nécessite le retraitement des
états financiers des périodes antérieures (IAS 31 § 43). Exceptionnellement, le co-
entrepreneur est affranchi de cette obligation lorsqu‟il, et ce même s‟il trouve un acheteur,
n‟a pas pu réaliser l‟opération de cession dans le délai de 12 mois suivant l‟acquisition (IAS
31 § 44).
Transactions entre un co-entrepreneur et une co-entreprise
Le co-entrepreneur apporte ou vend des actifs à une co-entreprise : le co-entrepreneur ne
comptabilise dans ses états financiers consolidés que la partie des profits ou pertes qui est
attribuable aux participations des autres co-entrepreneurs, et ce à condition que la co-
entreprise conserve l‟actif et que le co-entrepreneur ait transféré à la co-entreprise les
principaux avantages et risques inhérents au droit de propriété de l‟actif. Toutefois, le co-
entrepreneur doit constater dans ses états financiers consolidés le montant intégral de la
perte lorsque l‟apport ou la perte révèle une diminution de la valeur nette de réalisation
de l‟actif ou une perte de valeur. Le co-entrepreneur doit se référer dans ce cas à la norme
IAS 36 (IAS 31 § 48).
La co-entreprise vend des actifs au co-entrepreneur : le co-entrepreneur est obligé de
s’abstenir de comptabiliser sa quote-part dans les profits ou pertes réalisés par la co-
entreprise dans la transaction jusqu‟à ce qu‟il revende l‟actif à un tiers indépendant.
Toutefois, la quote-part dans les pertes doit être immédiatement constatée si ces pertes
révèlent une diminution de la valeur de réalisation nette (actifs courants) ou une perte de
valeur (IAS 31 § 49). L’élimination des profits et pertes des transactions, entre le co-
entrepreneur et la co-entreprise, est limitée au pourcentage d’intégration de la co-
entreprise.

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Chapitre 2- Les principaux volets économiques
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Apports non monétaires par des co-entreprises : après été traité par l‟interprétation SIC 13 §
5, le problème des apports non monétaires à une co-entreprise a été résolu par la
comptabilisation obligatoire de la part du co-entrepreneur dans le résultat de l‟exercice de la
partie des profits ou pertes attribuables aux intérêts des autres co-entrepreneurs, sauf quand :
1°) Les avantages et risques attachés au droit de propriété des actifs monétaires apportés
n‟ont pas été transférés à la co-entreprise.
2°) Le profit ou la perte relatif à l‟apport non monétaire ne peuvent pas être mesuré de
façon fiable.
3°) La transaction d‟apport n‟a pas de substance économique au sens de la norme IAS 16,
c'est-à-dire que les actifs non monétaires apportés sont similaires (sur le plan de la
rentabilité et des risques) à ceux apportés par les autres co-entrepreneurs.
Une opération d’échange a une substance commerciale si : (a) la configuration (risque,
calendrier et montant) des flux de trésorerie de l’actif reçu diffère de celle des flux de
trésorerie de l’actif transféré ou (b) la valeur spécifique à l’entité de la partie des
opérations de l’entité affectée par l’opération est modifiée du fait de l’échange, et enfin
lorsque la différence en (a) ou en (b) est dans le compte de résultat (SIC 13 § 6). Dans ce
cas, le profit ou la perte sont considérés comme latents et n‟est donc pas comptabilisée dans
l‟état de résultat. Néanmoins, si l‟un de ces cas se présente et qu‟un co-entrepreneur reçoit
des actifs monétaires ou non monétaires dissemblables de ceux apportés, une partie
appropriée du profit ou perte sur la transaction doit être comptabilisée par le copropriétaire
dans l‟état de résultat (SIC 13 § 6). Les profits ou pertes latents relatifs à des apports d‟actifs
non monétaires à des co-entreprises doivent être éliminés des actifs concernés selon la
méthode de l‟intégration proportionnelle ou des titres selon la méthode de la mise en
équivalence. Ils ne doivent pas être présentés comme des profits ou pertes dans le bilan du
co-entrepreneur (SIC 13 § 7).
Etats financiers individuels
Les dispositions relatives à la préparation des états financiers individuels d‟un investisseur
sont établies par référence à la norme IAS 27 § 37 à 42. La norme IAS 31 ne fournit pas de
précisions quant aux entités qui produisent des états financiers en vue d‟un usage public (IAS
31 § 47).
Présentation dans les états financiers d’un investisseur de sa participation
dans une co-entreprise
Un investisseur qui détient une participation dans une co-entreprise sans la contrôler
conjointement doit la comptabiliser selon la norme IAS 39 ou selon la norme IAS 28 (IAS 31
§ 51) s‟il y exerce une influence notable dans cette co-entreprise.
Informations à fournir
Le co-entrepreneur doit indiquer la méthode qu‟il utilise pour comptabiliser les participations
dans des entités contrôlées conjointement.
Passifs éventuels (IAS 31 § 54) : un co-entrepreneur doit indiquer séparément le montant
global déterminé pour les passifs éventuels suivants, à moins que la probabilité de perte ne
soit très faible : tout passif éventuel encouru par l‟entrepreneur au titre de sa participation

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dans une co-entreprise, la quote-part de chacun des passifs éventuels encourus


conjointement avec d‟autres co-entrepreneurs, la quote-part des passifs éventuels des co-
entreprises elles-mêmes dont il pourrait être éventuellement responsable ; et les passifs
éventuels qui découlent du fait que le co-entrepreneur est éventuellement responsable des
passifs des autres co-entrepreneurs d‟une co-entreprise.
Autres engagements (IAS 31 § 55) : un co-entrepreneur doit indiquer séparément le montant
des autres engagements, le montant global des engagements suivants au titre de ses
participations dans des co-entreprises : tout engagement en capital pris par le co-
entrepreneur au titre de ses participations dans des co-entreprises et sa quote-part dans les
engagements en capital pris conjointement avec d‟autres co-entrepreneurs ; et sa quote-part
dans les engagements en capital pris par les co-entreprises elles-mêmes.
Participations dans des co-entreprises (IAS 31 § 56) : un co-entrepreneur doit indiquer au
titre de ses participations importantes dans des co-entreprises leurs noms, une liste et une
description de sa participation dans toutes les co-entreprises et la quote-part d‟intérêt
détenue.
Un co-entrepreneur qui a recours à la méthode de l‟intégration proportionnelle par
regroupement des éléments ligne par ligne ou à la méthode de la mise en équivalence doit
mentionner les montants respectifs des actifs courants, actifs non courants, passifs non
courants, produits et charges se rapportant à ses participations.
La méthode de comptabilisation (IAS 31 § 57) : un co-entrepreneur doit indiquer la
méthode qu’il utilise pour comptabiliser ses participations dans des entités contrôlées
conjointement.

2.3.4.4.3 Position du normalisateur tunisien par rapport à la norme IAS 31

Contrairement à son homologue international, le normalisateur tunisien n‟a prescrit


qu‟un seul traitement pour la comptabilisation des participations dans des co-entreprises, à
savoir la consolidation proportionnelle au niveau de la norme NCT 37 § 26. De telles
participations ne peuvent être comptabilisées selon la méthode de la mise en équivalence.
Une divergence est détectée à propos de l‟accord d‟exemption de l‟obligation de
comptabilisation soit selon la méthode de la consolidation proportionnelle soit selon la
méthode de mise en équivalence. Pour l‟IASB, les cas suivants ouvrent le droit à
l‟exemption :
*La participation a été acquise dans le but d‟être cédée dans les 12 mois qui suivent sa date
d‟acquisition et la direction cherche activement un cessionnaire.
*Le co-entrepreneur est aussi une société mère dispensée de l‟obligation d‟établissement des
états financiers consolidés conformément au § 10 de la norme IAS 27.
*Les conditions suivantes sont remplies :
1) Le co-entrepreneur est une filiale entièrement détenue ou est une filiale partiellement
détenue par une autre entité (et ses autres propriétaires, y compris ceux qui ne sont

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pas généralement habilités à voter ont été informés, et n‟ont émis aucune objection à
ce propos).
2) Les instruments de dettes ou capitaux propres de l‟investisseur ne sont pas négociés
sur un marché public.
3) Le co-entrepreneur n‟a pas déposé et n‟est pas sur le point de déposer les états
financiers auprès d‟une autorité de règlementation des valeurs mobilières ou d‟un
organisme de règlementation aux fins d‟émettre une catégorie d‟instruments sur un
marché public.
4) La société mère ultime ou une société mère intermédiaire de l‟investisseur présente des
états financiers consolidés disponibles en vue d‟un usage public conforme aux
normes IFRS.
Pour la norme NCT 37 § 32, les situations ouvrant droit à l‟exemption diffèrent :
*La participation est acquise et détenue dans l‟unique perspective de sa sortie ultérieure dans
un avenir proche.
*La co-entreprise est soumise à des restrictions durables fortes qui limitent de façon
importante sa capacité à transférer des fonds à la mère.
De telles participations doivent être comptabilisées en tant que placements.
Contrairement à la norme IAS 31, la norme NCT 37 ne prévoit pas de traitement comptable
pour les participations dans des co-entreprises dans les états financiers individuels du co-
entrepreneur. Ces participations sont soumises aux dispositions de la norme NCT 07.
Au niveau des informations à fournir, la norme NCT 37 ne s‟accorde pas avec la norme
internationale et en exige la présentation de ce qui suit :
*Un co-entrepreneur qui détient des participations dans des co-entreprises n‟est pas obligé
d‟émettre des états financiers consolidés s‟il ne détient pas de filiales. Il convient dans ce
cas, qu‟un tel co-entrepreneur fournisse dans les notes aux états financiers la même
information sur ses participations dans des co-entreprises que les entreprises qui émettent
des états financiers consolidés (NCT 37 § 41).
*Si la méthode de consolidation proportionnelle est appropriée pour l‟entreprise associée, le
co-entrepreneur doit fournir au niveau des notes aux états financiers individuels,
l‟information sur l‟effet qu‟aurait l‟application de cette méthode sur ses actifs, ses passifs
et ses résultats comme s‟il avait à émettre des états financiers consolidés. (NCT 37 § 42).

2.3.5 Les traits d’évolution du cadre conceptuel de l’IASB et sa démarcation par rapport à
son homologue Tunisien

Le rôle assigné au cadre de préparation et de présentation des états financiers (CPPEF vs CCCT)

*Pour l‟IASB le cadre conceptuel définit les concepts de base de la préparation et de la présentation des états financiers
destinés à l‟usage des utilisateurs externes (Annexe 6 : Les principales nouveautés introduites par la révision de la
norme IAS 1 (2007) : Un nouvel état pour la performance financière  « Comprehensive income statement »).
*L‟objectif de ce cadre est (CPPEF § 1) :
d‟aider le conseil de l‟IASC/IASB à développer les futures normes comptables internationales et à réviser celles

163
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existantes.
d‟aider le conseil de l‟IASC/IASB à promouvoir l‟harmonisation des réglementations, des normes comptables et
des procédures liées à la présentation des états financiers, et ce en fournissant la base permettant de réduire le
nombre de traitements comptables autorisés par les nombres comptables internationales.
d‟aider les organismes de normalisation nationaux à développer des normes nationales.
d‟aider les préparateurs des états financiers à appliquer les normes comptables internationales et à traiter de sujets
qui doivent encore faire l‟objet d‟une norme comptable internationale.
d‟aider les auditeurs à formuler une opinion sur la conformité des états financiers aux normes comptables
internationales.
d‟aider les utilisateurs des états financiers à interpréter l‟information contenue dans les états financiers préparés
selon les normes comptables internationales.
de fournir aux intéressés des informations sur l‟approche IASC/IASB d‟élaboration des normes comptables
internationales.
La supériorité de la règle spéciale à la règle générale est un principe consacré par le normalisateur international en
donnant force aux dispositions d’une norme spécifique lorsqu’elle est en conflit avec les dispositions du cadre
conceptuel (CPPEF § 3).
*Par rapport à l‟objectif du cadre conceptuel de l‟IASB, celui défini par le système comptable tunisien s‟avère plus réduit
puisqu‟il sert, tout court, de support et de guide d‟élaboration des normes comptables. Il porte l‟aide à :
l‟élaboration de normes cohérentes pouvant faciliter la production de données et d‟états financiers.
l‟arbitrage en cas de divergences d‟appréhension ou d‟oppositions d‟intérêts et la recherche de solutions
appropriées.
l‟interprétation des états financiers.
la résolution des questions comptables n‟ayant pas été traitées par les normes.

2.3.5.1 Analyse fondamentale du cadre conceptuel de l’IASB


Structurellement, le CPPEF couvre l‟objectif des états financiers, les caractéristiques
qualitatives, et les éléments constitutifs des états financiers, leur prise compte et leur
évaluation de ces éléments et, les systèmes de mesure et le concept du capital. Pour le CCCT,
la structure est hiérarchisée. Le premier niveau inclut les utilisateurs, leurs besoins et les
objectifs des états financiers. Le deuxième niveau est composé des concepts fondamentaux
(caractéristiques qualitatives de l‟information contenue dans les états financiers, les
hypothèses sous-jacentes et les conventions comptables, la terminologie comptable et la prise
en compte des éléments des états financiers). Le troisième niveau comporte les guides
opérationnels traitant les procédés de mesure. Le dernier niveau, présente les mécanismes de
communication de l‟information dérivant des objectifs des états financiers (CCC § 05). Selon
l‟IASB, les états financiers sont invités à fournir une information sur  la situation
financière,  la performance et  les variations de la situation financière d‟une entité.
L‟utilité de cette information est exprimée en terme de satisfaction des besoins du plus large
éventail d‟utilisateurs pour leur prise de décisions économiques (CPPEF § 12). Un jeu
complet d‟états financiers se compose normalement d‟un bilan, d‟un état de résultat, d‟un
tableau des variations de la situation financière (pouvant être sous différentes formes comme
un tableau de flux de trésorerie ou un tableau d‟emplois ressources), des notes et d‟autres états
et textes explicatifs. Il peut comprendre, également, des tableaux supplémentaires et des
informations fondées sur les états financiers ou bien élaborés à partir d‟eux susceptibles d‟être
lus avec les états financiers (CPPEF § 7). Au niveau du CCCT, les composantes des états

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financiers (le bilan, l‟état de résultat, l‟état de flux de trésorerie, les notes aux états financiers)
(CCC § 77 au § 83) sont énumérées dans les mécanismes de communication. Les autres
informations financières et non financières (leur publication est de nature à rendre plus utile
l‟information) sont susceptibles d‟être communiquées sous forme de rapports ou états séparés
complétant les états financiers (notamment, les comptes prévisionnels, l‟état des ressources
humaines, le rapport sur les performances environnementales et l‟état sur la technologie)
(CCC § 83). Pour l‟IASB, les utilisateurs des états financiers comprennent les investisseurs
actuels et potentiels, les membres du personnel, les prêteurs, les fournisseurs et autres
créanciers, les clients, les Etats et leurs organismes publics et le public. Le CCCT énumère
quasiment les mêmes utilisateurs des états financiers cités par le CPPEF, mais distingue les
utilisateurs externes des utilisateurs internes (les dirigeants). Or, pour l‟IASB, ces derniers
sont plutôt perçus comme producteurs de l‟information financière que de simples utilisateurs.
Les auteurs du CCCT ont précisé que les dirigeants des PME pouvaient, le cas échéant,
trouver une certaine utilité dans l‟information financière publiée. Les auteurs des états
financiers (à savoir les dirigeants) risquent alors en destinataires de l‟information qu‟ils
génèrent. Pour le volet des hypothèses de base, les deux normalisateurs adoptent la même
conception sauf que le normalisateur tunisien les dénomme les hypothèses sous-jacentes. De
surcroît, le CCCT énumère 12 conventions comptables alors que le CPPEF les invoque
implicitement.

2.3.5.2 Les caractéristiques qualitatives des états financiers

Les états financiers sont fréquemment décrits comme donnant une image fidèle ou une
représentation fidèle de la situation financière, de la performance et des variations de la
situation financière d‟une entité. Bien que le CPPEF ne traite pas directement de ces concepts,
l‟application des principales caractéristiques qualitatives106 : intelligibilité, pertinence,
fiabilité et comparabilité et dispositions normatives comptables appropriées a normalement
pour effet que les états financiers donnent ce qu‟on entend généralement par image fidèle ou
présentation fidèle de cette information (CPPEF § 46). L‟intelligibilité suppose un degré de
connaissance raisonnable des affaires et des activités économiques et de la comptabilité de la
part des utilisateurs ainsi que leur volonté d‟étudier l‟information d‟une façon diligente.
Cependant, l‟information relative à des sujets complexes, qui doit être incluse dans les états
financiers du fait de sa pertinence par rapport aux besoins de prises de décisions économiques
des utilisateurs, ne doit pas être exclue au seul motif qu‟elle serait trop difficile à comprendre
pour certains utilisateurs (CPPEF § 25). Il arrive souvent que le public, même éduqué, adresse
ses critiques à une norme sur la base de sa complexité qui empêche de satisfaire
l‟intelligibilité de l‟information à communiquer. Des demandes de simplification apparaissent
alors. Toutefois, une démarche de simplification implique des choix. La pertinence devient

106
Les caractéristiques qualitatives sont les attributs qui rendent utile l‟information fournie dans les états
financiers pour les utilisateurs.

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un attribut de l‟information lorsque cette dernière influence les décisions économiques des
utilisateurs et les aide à évaluer des évènements passés, présents ou futurs ou en confirmant
ou en corrigeant leurs évaluations passées (CPPEF § 26). La pertinence de l‟information est
fonction de :
Sa nature ; dans certains cas, la nature de l‟information est suffisante à elle seule pour la
rendre pertinente.
Son importance relative107 ; dans d‟autres cas, c‟est à la fois la nature et l‟importance
relative qui sont importantes.
Mais c‟est surtout la manière avec laquelle les comptes stricto sensu et les notes annexes se
complètent-ils pour donner la totalité de l‟information pertinente qui soulèvent le plus de
questions concernant la pertinence ?
Les états sont composés des états dits primaires108 et des notes annexes. Chacun concourt à la
pertinence de l‟information. Toutefois, les notes annexes ne sont pas souvent perçues comme
donnant une information de moindre qualité que les états primaires. Cela remonte au fait
qu‟elles sont dépositaires d‟éléments n‟ayant pas satisfait aux critères de comptabilisation
(notamment la fiabilité de mesure). Le déficit de crédibilité attribué en pratique aux notes
annexes est accentué par plusieurs facteurs ; elles sont en partie qualitatives, ce qui les rend
difficilement auditables et pratiquement peu sanctionnées sauf grave inexactitude. Elles
peuvent servir d‟excuse à des défauts cachés. Dans un souci de renforcement de la pertinence,
il serait plus adéquat de réhabiliter les notes annexes. C‟est par la combinaison des états
financiers primaires avec les notes annexes que la pertinence optimale peut être atteinte.
Certes, il existe un principe selon lequel une information fautive ou un manque d‟inscription
au bilan ou à l‟état de résultat n‟est pas corrigé par une mention annexe.
Le CCCT prévoit la pertinence tout en énonçant des sous-caractéristiques différentes. En fait,
la pertinence de l‟information englobe deux qualités sous-jacentes, à savoir la valeur
prédictive et la valeur rétrospective. Elle implique que l‟information soit établie et divulguée
en temps utile. La notion d‟importance relative est, également, abordée (en tant que contrainte
à prendre en considération).
La fiabilité est attribuée à l‟information quand elle est exempte d‟erreur et de biais
significatifs et que les utilisateurs peuvent lui faire confiance pour présenter une image fidèle
de ce qu‟elle est censée représenter ou de ce qu‟on pourrait raisonnablement s‟attendre à la
voir représenter (CPPEF § 31). Cette définition ne fait, nulle part, mention du prétexte utilisé
le plus souvent pour nier la fiabilité d‟une information : la volatilité n‟est pas mentionnée
comme nuisant à la fiabilité. Donc, la fiabilité d‟une information quantitative doit s‟apprécier
dans le cadre de l‟objectif de mesure choisi, qui peut être une valeur ou un coût. La fiabilité

107
L‟information est significative si son omission ou son inexactitude peut influencer les décisions économiques
que les utilisateurs prennent sur la base des états financiers. L‟importance relative dépend de la taille de
l‟élément ou de l‟erreur, jugée dans les circonstances particulières de son omission ou de son inexactitude. par
conséquent, l‟importance relative fournit un seuil ou un critère de séparation plus qu‟une caractéristique
qualitative principale que l‟information doit posséder pour être utile (CPPEF § 30).
108
Gélard G. (2008), « Cadre conceptuel de l‟IASB : trouver un équilibre entre les caractéristiques qualitatives »,
RFC n° 412, juillet-Août, p. 32.

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est présente lorsque l‟information présente une image fidèle des transactions et autres
évènements qu‟elle vise à présenter ou dont on s‟attend raisonnablement à ce qu‟elle les
présente (CPPEF § 33). Dans certains cas, il peut être pertinent de comptabiliser des éléments
et d‟indiquer le risque d‟erreur relatif à leur comptabilisation et à leur évaluation (CPPEF §
34). De plus, l‟information est fiable lorsque les évènements et transactions sont
comptabilisés et présentés conformément à leur substance et à leur réalité économique et non
seulement leur forme juridique. La substance des transactions et autres évènements n‟est pas
toujours cohérente avec ce qui ressort du montage juridique apparent (CPPEF § 35). La
notion de prééminence de la substance sur la forme est considérée par le CCCT comme
convention comptable sous l‟intitulé « Convention de la prééminence du fond sur la forme ».
La fiabilité est, aussi, satisfaite lorsque l‟information contenue dans les états financiers est
nécessairement neutre. Si les décisions à prendre ou le jugement à effectuer deviennent
influencées, suite à une sélection ou à une présentation de l‟information faites dans le but
d‟obtenir un résultat ou une issue prédéterminée, alors les états financiers ne seraient plus
neutres (CPPEF § 36). De plus, la prudence est la prise en compte d‟un certain degré de
précaution dans l‟exercice des jugements nécessaires pour préparer les estimations dans des
conditions d‟incertitude, pour faire en sorte que les actifs ou les produits ne soient pas
surévalués et que les passifs ou les charges ne soient sous-évalués109 (CPPEF § 37). De plus,
la fiabilité exige que l‟information contenue dans les états financiers soit exhaustive, autant
que le permettent le souci de l‟importance relative et celui du coût. Une omission peut rendre
l‟information fausse ou trompeuse et par conséquent non fiable et insuffisamment pertinente
(CPPEF § 38). Pour le normalisateur tunisien, les critères constituant le concept de fiabilité
sont la représentation fidèle, la neutralité et la vérifiabilité. Le critère d‟exhaustivité marque
son absence dans le CCCT.
Pour que l‟information soit pertinente et fiable, des contraintes sont à respecter :
Célérité ; l‟information peut perdre sa pertinence si elle est fournie avec un retard indu. La
direction peut avoir à trouver un équilibre entre les mérites relatifs d‟une information
prompte et ceux d‟une information fiable. Pour fournir une information à une bonne date,
il est souvent nécessaire de la présenter avant que ne soient connus tous les aspects d‟une
transaction, ce qui nuit à la fiabilité. Inversement, si l‟on retarde la présentation de
l‟information jusqu‟à ce que tous les aspects soient connus, l‟information peut être fiable,
mais peu utile pour les utilisateurs qui ont eu des décisions à prendre entre temps. Pour
atteindre l‟équilibre entre pertinence et fiabilité, la considération dominante doit être de
satisfaire au mieux les besoins des utilisateurs en matière de prise de décisions
économiques (CPPEF § 43). La notion de célérité est prévue par le CCCT mais en tant
que caractéristique dérivée de la pertinence sous l‟intitulé « rapidité de divulgation ».
Rapport coût/avantage ; il s‟agit d‟une contrainte générale plutôt que d‟une
caractéristique qualitative. Les avantages obtenus de l‟information doivent être supérieurs

109
L‟exercice de la prudence ne doit pas permettre la création de réserves occultes ou de provisions excessives,
la sous-évaluation délibérée des actifs ou des produits, ou la surévaluation délibérée des passifs ou des charges,
parce que les états financiers ne seraient pas neutres, et ne seraient par conséquent fiables (CPPEF § 37).

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au coût qu‟il a fallu consentir pour la produire. L‟évaluation des avantages et des coûts
est un processus qui est affaire de jugement. En outre, les coûts ne pèsent pas
nécessairement sur les utilisateurs qui profitent des avantages. Les normalisateurs, en
particulier, ainsi que les préparateurs et les utilisateurs des états financiers, doivent garder
à l‟esprit cette contrainte (CPPEF § 44).
Equilibre entre les caractéristiques qualitatives ; la recherche d‟un équilibre ou
arbitrage entre les caractéristiques qualitatives est souvent nécessaire (CPPEF § 45).

2.3.5.3 Les éléments des états financiers

Pour l‟IASB, la définition des produits aussi bien que celles des charges n‟est que
dérivée de la définition d‟un actif ou d‟un passif. Les produits des activités ordinaires chez le
CPPEF sont les revenus dans le CCCT, c'est-à-dire des rentrées de fonds ou une augmentation
des actifs ou bien un règlement de dettes inscrit dans le cadre des activités principales et
centrales. Le cas des charges est différent. Le projet de l‟IASB sur les produits, en élaboration
conjointe avec le FASB, couvre l‟ensemble des ventes de biens et services susceptibles d‟être
fournis par une entité à ses clients. Ce champ très vaste implique l‟abandon de la distinction
entre les contrats de construction (IAS 11) et les autres types de produits (IAS 18). La
méthode de comptabilisation du produit, d‟après le document de travail, est fondée sur la
position nette active ou passive entre le droit établi par la vente (percevoir le prix de vente) et
l‟obligation engendrée par le contrat. La reconnaissance du produit est déclenchée lorsque la
position nette de l‟entité s‟accroît ou la position nette passive diminue. L‟actif du vendeur est
égal à son passif sous réserve du cas des contrats déficitaires à la date de signature du contrat
de vente. Un produit est constaté lors de la réalisation de chaque phase lorsqu‟un contrat
prévoit que des biens ou services sont procurés au client selon des phases successives. Le
comprehensive income statement doit refléter fidèlement la manière selon laquelle les biens et
prestations sont procurés au client. Selon le même document, le moment de procuration du
bien ou du service est le moment d‟obtention par le client du contrôle de celui-ci. L‟IASB n‟a
pas encore tranché la question de l‟évaluation des droits obtenus par l‟entité vendeuse du fait
du contrat de vente de biens ou de services. Il indique, à titre provisoire, que la valeur de ces
droits serait basée sur la rémunération promise par le client (le prix de vente éventuellement
actualisé). Il convient de rehausser la valeur comptable de l‟obligation au passif du vendeur
lorsque les contrats sont qualifiés de déficitaires. Cette surcharge est une perte. Le transfert en
résultat de l‟obligation rehaussée est divisé en deux composantes à l‟exécution du contrat: Les
produits qui doivent demeurer basés sur le prix de vente et un profit égal à la perte enregistrée
précédemment. Nous constatons que l‟approche proposée retardera la constatation des
produits par rapport à la méthode de l‟avancement à chaque fois que le contrôle sur les actifs
procurés au client ne sera pas régulièrement transféré tout au long du contrat.

2.3.5.4 Evaluation des éléments des états financiers

L‟évaluation est le processus consistant à déterminer les montants monétaires auxquels


les éléments des états financiers vont être comptabilisés et inscrits au bilan et à l‟état de

168
Chapitre 2- Les principaux volets économiques
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable et comptables à appréhender par l‟Expert-
Tunisien face à l’extension mondiale de Comptable Tunisien impliqué dans un projet de
l’application du référentiel de l’IASB conversion aux normes IAS/IFRS

résultat. Ceci implique le choix de la convention d‟évaluation appropriée (CPPEF § 99). Le


CPPEF distingue quatre conventions d‟évaluation ; coût historique, coût actuel, valeur
réalisable ou de règlement et la valeur actuelle. Le CPPEF n‟a pris aucune position pour
privilégier un système de mesure sur un autre. Toutefois, il admet que la convention
d‟évaluation la plus communément adoptée par les entités pour préparer leurs états financiers
est celle du coût historique. Cette convention est souvent combinée avec d‟autres conventions
(CPPEF § 101). Pour le CCCT, la convention du coût historique sert de base adéquate pour la
comptabilisation des postes d‟actif et de passif de l‟entreprise. Même si le CCCT admet
l‟existence des mêmes bases de mesure prévues par le CPPEF, le coût historique est à
respecter dans tous les cas puisqu‟il interdit toute dérogation à la convention du coût
historique. La possibilité de réévaluation des actifs par les entités telle que prévue par les
IFRS, ne l‟est, effectivement, pas dans les NCT.

169
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

Chapitre 3 : Implication de l’Expert Comptable Tunisien dans le


mouvement quasi-globalisé de l’adoption des normes
comptables internationales IAS/IFRS

1 La mission d’audit des comptes IFRS : Une adaptation ou une mission indépendante

Le recours au professionnel comptable s‟impose face à la nécessité d‟avoir confiance


en l‟information comptable communiquée par une entité : le professionnel comptable est
investi d‟un mandat dit « audit des états financiers ». La mission est encadrée, sur les plans
technique110 et juridique, par des normes édictant la démarche à suivre pour délivrer un
certificat de sincérité et de régularité.
En fait, cette démarche est « un processus continu, cumulatif et itératif de collecte et
d‟évaluation d‟éléments probants111 ». Tout ce que l‟auditeur cherche, c‟est l‟acquisition
d‟une assurance raisonnable que les états financiers ne contiennent pas d‟anomalies
significatives.
Le rapport de l‟auditeur et son opinion sont largement normalisés par la norme ISA 710. De
plus, et dans le contexte tunisien, la mission d‟audit se trouve obligatoire dans certains cas
prévus par le législateur : le commissariat aux comptes est très répandu dans le climat d‟audit
tunisien. L‟audit est le moyen le plus pertinent qui puisse faire restaurer la confiance dans
l‟information comptable qui circule sur les grandes places boursières internationales dans le
contexte économique et financier international. « La panique, observée dans des marchés
considérés jusqu‟alors comme les plus performants de la planète, tenait entre autres à un
élément psychologique fondamental pour un fonctionnement normal des marchés. Il s‟agit
tout simplement de l‟élément confiance112 ». Un mouvement mondial s‟est déclenché pour
donner des propositions répondant au mieux aux besoins des acteurs économiques sur ce plan.
Ces propositions s‟articulent autour d‟une démarche permettant l‟anticipation des risques de
dérapage pouvant affecter la qualité des certificats émis par les auditeurs. A ce titre, les
domaines à couvrir par les auditeurs semblent être :
« La communication avec le management, le comité d‟audit et les organes chargés de la
gouvernance.
La divulgation des informations financières.
Le processus d‟estimation des risques.
La fraude dans les états financiers.

110
Il existe des normes d‟audit mises en place au niveau national et des normes internationales d‟audit émanant
de l‟IFAC.
111
Abdelwahed H. (2009), « Caractère significatif et opinion d‟audit », la revue de l‟ordre des experts
comptables de Tunisie, Février, p. 30.
112
Belaifa A. (2009), « Impact de la crise financière sur l‟audit des états financiers », la revue de l‟ordre des
experts comptables de Tunisie, Février, p. 8.

170
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

La continuité d‟exploitation.


L‟importance du jugement professionnel.113 ».
L‟audit dans le contexte tunisien est régi par l‟article 269 modifié par la loi n° 2005-65 du 27/07/2005
qui dispose que le commissaire aux comptes doit « effectuer un contrôle conformément aux normes
d‟audit d‟usage ». Dans ce contexte, le conseil de l‟OECT donne à cette disposition son application à
travers sa résolution 79/2006 du 069/09/2006 qui stipule que « le conseil décide de diffuser à tous les
membres les normes d‟audit de l‟IFAC arrêtés en juin 2006 et fixe la date d‟application au
01/01/2007 ».
Nous metterons l‟accent sur les points névralgiques des normes IFRS du point de vue de l‟audit (1.1),
sur la prise de connaissance du plan de transition aux normes IFRS (1.2), sur l‟orientation et
planification de la mission (1.3), sur l‟évaluation du risque et contrôle interne (1.4), sur les procédures
mises en œuvre en vue de l‟obtention d‟éléments probants (1.5) et l‟utilisation des travaux d‟autres
professionnels (1.6).

1.1 Les points névralgiques des normes IFRS du point de vue de l’audit

Dans le cadre de sa mission générale, le commissaire aux comptes est sensible à tout
élément ayant un lien direct avec le fonctionnement de la société dont il est appelé à certifier
les états financiers, surtout lorsqu‟il peut y avoir une incidence sur la qualité des informations
comptables produites. A ce titre, il sera mené à prendre connaissance du contenu et de l‟état
d‟avancement du projet de conversion aux normes IFRS établi par la direction de l‟entreprise
et de la compétence des personnes impliquées dans la conduite de celui-ci.
Il est amené à considérer les actions engagées ou prévues afin d‟identifier les difficultés et les
risques qui nécessiteraient une information appropriée des personnes constituant le
gouvernement d‟entreprise. Il serait amené à prendre connaissance des informations narratives
lors de son examen du rapport de gestion. La mission du commissaire aux comptes demeure
inchangée et la prise en compte des effets de cette conversion s‟inscrit dans le cadre de sa
démarche générale habituelle malgré le caractère très exceptionnel du projet. Il doit veiller à
fournir les connaissances pratiques, théoriques et techniques nécessaires au contrôle des
comptes établis selon le référentiel de l‟IASB au sein de l‟équipe d‟audit dédiée. Le passage
aux normes IFRS constitue une source de nouvelles obligations pour les sociétés qui sont de
nature à faire naître des risques nouveaux pour le commissaire aux comptes, dus notamment à
la complexité des normes et à une préparation insuffisante de la part des entreprises. Devant
cette situation, le commissaire aux comptes voit ses travaux croître de façon significative.
Nous essayerons, dans ce qui suit, d‟expliciter les moyens par lesquels il adapte ou complète
certains aspects des procédures d‟audit habituel mises en œuvre lors de l‟audit des premiers
états financiers établis en IFRS. Cette partie de l‟analyse n‟implique pas une description de
l‟intégralité de la démarche d‟audit des premiers états financiers établis selon les normes
IFRS.

113
Ibid.

171
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

1.1.1 Les principales spécificités des IFRS à prendre en compte par l’auditeur

Une entité ne peut déclarer ses états financiers comme conformes aux normes IFRS
que s‟ils sont établis en accord avec :
L‟intégralité des dispositions de chaque norme et de chaque interprétation en vigueur, en
particulier, à l‟occasion de l‟exercice d‟adoption des normes IFRS.
Les dispositions de la norme IFRS 1.
Les dispositions de la norme IFRS 1 prévoient qu‟un « premier adoptant » sera tenu d‟établir
ses états financiers en appliquant de manière rétrospective l‟ensemble des normes IFRS en
vigueur à la date de clôture de l‟exercice au titre duquel les états financiers sont présentés.
Toutefois, des exceptions à ce principe sont prévues par cette norme.

1.1.1.1 Prédominance de la substance sur l’apparence

Il s‟agit du principe de base de la préparation des états financiers IFRS, explicitement


cités par le cadre de préparation et de présentation des états financiers et la norme IAS 1. Il
implique la présentation des transactions et autres évènements sur la base de la réalité
économique plutôt que sur la forme juridique. Son caractère obligatoire est rappelé par
d‟autres normes IFRS telle que la norme IAS 17. Dans ce domaine, les nouveautés découlant
de l‟application des normes IFRS sont susceptibles d‟amener l‟auditeur à approfondir certains
aspects de sa connaissance des activités de l‟entité et des engagements qu‟elle contracte.

1.1.1.2 Recours très fréquent au concept de juste valeur

Ce concept s‟applique très fréquemment de manière obligatoire ou sur option dans les
normes IFRS:
Évaluation à leur juste valeur des instruments financiers, sauf exceptions disposées par les
normes qui y sont relatives.
Évaluation à leur juste valeur des immeubles de placement (option pour son inscription
dans états financiers ou pour une information mentionnée dans l‟annexe).
Réévaluation systématique, sur option, de certaines catégories d‟immobilisations
corporelles ou incorporelles.
Enregistrement dans le bilan d‟ouverture IFRS de certaines immobilisations corporelles à
leur juste valeur considérée comme coût historique par convention.

L‟évaluation de la juste peut être relativement simple, par exemple en présence d‟observations
sur un marché actif, ou au contraire plus complexe. Elle exige, alors, une démarche
d‟évaluation de la part de la direction. Les procédures d‟audit peuvent varier de façon
significative quant à leur nature, calendrier et étendue en raison de la très grande diversité des

172
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

méthodes d‟évaluation possibles de la juste valeur. Il est, donc, essentiel que l‟auditeur ait une
bonne compréhension du processus d‟évaluation et de son niveau de complexité pour arriver à
définir la nature, le calendrier et l‟étendue des procédures d‟audit à mettre en œuvre. Face à
l‟enjeu invoqué par la juste valeur, une norme internationale d‟audit a été approuvée et
publiée en 2002 par l‟IFAC sous l‟intitulé ISA 545 « Auditing fair value measurements and
disclosures ». Elle introduit une idée générale selon laquelle les hypothèses utilisées dans la
détermination de la juste valeur sont similaires à celles servant à établir d‟autres estimations
comptables. Cependant, et en l‟absence de valeur de marché, les méthodes comptables
imposent une évaluation fondée sur des hypothèses que les intervenants sur le marché
utilisent dans leur estimation de la juste valeur. Cette exigence constitue le motif de
publication de nouvelles directives spécifiques pour les auditeurs.

1.1.1.3 Niveau de détail important des informations à fournir dans l’annexe

Les informations requises par les normes IFRS au niveau de l‟annexe sont très
nombreuses et détaillées. Elles peuvent être plus difficiles à collecter et nécessiter des
modifications des systèmes d‟information. Elles peuvent également poser des problèmes de
confidentialité à l‟entité et la mettre dans une situation de distorsion de concurrence
(information sectorielle, litiges, informations sur les principales hypothèses retenues pour la
détermination de la juste valeur de certains actifs, transactions avec les parties liées…). Il est à
noter que le motif de confidentialité ne peut être levé pour éviter la communication d‟une
information obligatoire telle que prescrite en normes IFRS.

1.1.2 Responsabilité des dirigeants et des commissaires aux comptes

La conversion aux normes IFRS constitue un enjeu important pour les sociétés dont
les titres sont côtés. L‟adoption de ce référentiel aura des impacts qui dépasseront le domaine
comptable et affecteront toutes les fonctions de l‟entreprise et même sa stratégie. L‟adoption
des normes IFRS est un évènement majeur à prendre en compte par les dirigeants des sociétés
et par leurs commissaires aux comptes.
Cette adoption pourrait imposer aux entreprises :
Des choix de nature stratégique comme remise en cause des politiques de couverture des
risques ou bien renégociation de contrats intégrant des agrégats de composantes
comptables (rémunérations du personnel, stock-options…).
Des modifications des systèmes d‟information.
Une communication financière appropriée.
Comme elle concerne toutes les fonctions de l‟entreprise, le rappel des responsabilités des
dirigeants sociaux et de la mission des commissaires aux comptes permettra d‟éviter toute
distorsion entre d‟une part la perception des dirigeants du rôle des commissaires aux comptes
et d‟autre part, la démarche et la limite de leur mission. Les commissaires aux comptes

173
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

peuvent à travers la lettre de mission adressée aux dirigeants sociaux apporter des précisions
sur les responsabilités respectives, par exemple114 :
Dans le contexte de votre migration vers le référentiel de l’IASB, il vous appartient de :
Définir la stratégie de la société face à la transition vers les normes IFRS.
Mettre en place un système fiable de contrôle interne qui permettra à votre société
d’établir des états financiers réguliers au regard de ce référentiel, sincères et donnant
une image fidèle du résultat, de la situation financière et du patrimoine de la société,
pour les exercices ouverts à compter du 01 Janvier N.
Informer les utilisateurs des états financiers des impacts du nouveau référentiel sur
eux, conformément aux dispositions légales et réglementaires en vigueur.
Notre mission demeure inchangée et la prise en compte des effets de la transition aux IFRS
s’inscrit dans le cadre de la démarche d’audit habituelle : nous apprécierons au cours de
notre audit, l’avancement du processus de transition aux IFRS. Toutefois, ces travaux ne
visent pas à fournir l’assurance que votre société passera sans problème l’échéance des
IFRS et que les actions définies lui permettront d’être prête à temps et de résoudre tous les
problèmes qui pourraient survenir à l’échéance.

1.2 Prise de connaissance du plan de transition aux normes IFRS

Cette étape est mise en œuvre dès que possible pendant les exercices précédant la
première application des normes IFRS par l‟entité. Il revient aux dirigeants sociaux de définir
la stratégie de l‟entité face au changement de référentiel et d‟instaurer un système de contrôle
interne fiable leur permettant d‟établir des états financiers conformes aux normes IFRS. Le
plan de transition fixé par les dirigeants traite généralement des aspects suivants :
Identification des divergences avec les principes comptables appliqués par l‟entreprise.
Choix des options comptables.
Adaptation des systèmes d‟information.
Formation du personnel.
Test des procédures spécifiques mises en œuvre.
Simulation des effets de la première application du nouveau référentiel.
Gestion de la communication avec les stakeholders.
Le choix des options comptables n‟entre pas dans le champ de la mission du commissaire aux
comptes. Il lui revient de vérifier, via ses entretiens avec la direction, si les options
comptables envisagées résulteraient d‟une bonne compréhension de l‟ensemble des normes
IFRS. Le commissaire aux comptes s‟entretient, par exemple, avec la direction pour s‟assurer
qu‟elle a bien l‟intention de retraiter l‟ensemble des regroupements d‟entreprises postérieurs à
cette date, en conformité avec la norme IFRS 1si celle-ci a choisi de retraiter un regroupement
réalisé avant le 01 janvier N-1. Il doit alors s‟assurer que les systèmes d‟information existants,
ou les modifications qu‟il est envisagé de leur apporter permettront de collecter l‟information
nécessaire pour répondre aux dispositions des normes IFRS comme :
114
C.N.C.C (2005) : « Le commissaire aux comptes et le passage aux IFRS », C.N.C.C Edition.

174
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

Les informations requises par la norme IAS 14.


Les informations permettant de déterminer la juste valeur de certains instruments
financiers complexes lorsqu‟ils ne font pas l‟objet de cotation sur un marché actif.
Les informations permettant de déterminer la valeur recouvrable de certains actifs en
respect de la norme IAS 36.
D‟après la norme CNCC 2-107 « Communication sur la mission avec les personnes
constituant le gouvernement d‟entreprise », le commissaire aux comptes avertit les personnes
constituant le gouvernement d‟entreprise s‟il constate des défaillances ou des retards
significatifs dans la conception ou l‟exécution du plan de transition ou bien s‟il considère que
le choix d‟une option comptable IFRS entraîne des difficultés d‟application particulières pour
l‟entité. Les avis ou recommandations qu‟il est conduit à exprimer dans ce cadre doivent
rester en relation avec sa mission.

1.3 Orientation et planification de la mission

1.3.1 Planification de la mission

Le commissaire aux comptes adapte son plan de mission en intégrant les informations
obtenues lors de la prise de connaissance du plan de transition de l‟entité et de son évaluation
du risque :
Organisation choisie par le groupe pour déterminer et calculer les retraitements nécessaires
à l‟élaboration de la consolidation (organisation centralisée ou décentralisée), dans le cas
d‟un groupe de sociétés.
Procédures comptables complexes (surtout celles impliquant des estimations comptables).
Systèmes comptables et de contrôle interne prenant une importance particulière en raison
des spécificités des normes IFRS.
Possibilité d‟anomalies significatives, si le personnel de l‟entreprise ne maîtrise pas
certaines dispositions du nouveau référentiel appliqué.
Appel à des experts.
Adaptation des compétences des personnes intervenant sur la mission.
Connaissance des auditeurs des filiales (dans le cas d‟un groupe de sociétés) du contexte
du changement de référentiel et des conséquences qui en découlent sur leurs travaux.
Communication avec les organes compétents, prévus dans le cadre de la mission.

1.3.2 Analyse approfondie de certains aspects des activités de l’entité

Dans le contexte de la première application des normes IFRS, le commissaire aux


comptes de l‟entité doit perfectionner ses connaissances concernant son mode de
fonctionnement afin de mieux examiner le bien- fondé des politiques comptables suivies et de
la description fournie dans l‟annexe, notamment lorsque certaines dispositions des normes

175
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

IFRS n‟étaient pas requises par l‟ancien référentiel comptable. Cette connaissance
complémentaire permet au commissaire aux comptes :
D‟adapter le plan de mission et le programme de travail.
D‟évaluer les éléments probants obtenus.
D‟apprécier les estimations comptables et les déclarations faites par la direction.
L‟auditeur doit approfondir sa compréhension des activités de son client, à cause de la crise
mondiale. A ce niveau, il est indispensable qu‟il mène une communication fluide avec le
management, le comité d‟audit et les personnes chargées du gouvernement d‟entreprise. Ceci
portera essentiellement sur la divulgation des informations sur les risques et incertitudes
relatives aux liquidités, à la continuité d‟exploitation et à la détermination de la juste valeur. Il
s‟agit de « discussions à enjeux stratégiques à propos des conditions actuelles du marché115 ».

1.4 Evaluation du risque et contrôle interne

Le commissaire aux comptes doit tenir compte de l‟évaluation du niveau du risque


inhérent et du niveau du risque lié au contrôle pour déterminer la nature, le calendrier et
l‟étendue des contrôles substantifs nécessaires pour réduire le risque d‟audit à un niveau
acceptable faible. Le commissaire aux comptes est conduit à renforcer la nature, le calendrier
et l‟étendue des contrôles substantifs à mettre en œuvre pour réduire le risque de non
détection et, par conséquent, le risque d‟audit, à un niveau acceptable faible lorsqu‟il évalue le
risque inhérent et le risque lié au contrôle dans le contexte de la première application des
normes IFRS.

1.4.1 Evaluation du risque inhérent

Le commissaire aux comptes évalue le risque inhérent au niveau des états financiers
pris dans leur ensemble et au niveau du solde des comptes et des catégories d‟opérations lors
de l‟élaboration de son plan de mission et de la définition de son programme de travail. il se
base, à cet effet, sur ses constats réalisés lors de la prise de connaissance de l‟avancement du
plan de transition de l‟entité. En fait, les états financiers sont le fruit d‟un processus de
traitement et de présentation de l‟information financière. A ce niveau, l‟opinion du
commissaire aux comptes permettra d‟affirmer, avec un certain degré d‟inexactitude, la
fiabilité de ce processus quant à la génération d‟informations pertinentes et fiables. Ce degré
est soit la résultante de facteurs environnementaux, soit du processus, soit des choix de
l‟organisation comptable et financière. Le risque de survenance d‟un évènement matérialisé
par une erreur ou irrégularité importante dans les états financiers soumis à des vérifications
contraint le commissaire aux comptes à prendre en considération :
Au niveau des états financiers pris dans leur ensemble, l‟état général de préparation de
l‟entité au passage aux normes IFRS et la connaissance des normes IFRS qu‟ont les
dirigeants et les équipes comptables de l‟entité.
115
Belaifa A., op. cit., p. 9.

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Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

Au niveau du solde des comptes et des catégories d‟opérations, la complexité des
opérations sous-jacentes et la complexité de certains enregistrements comptables.
Peut-on alors parler d‟un risque inhérent à un modèle comptable ? La réponse est qu‟il est
possible de le faire puisque ce type de risque découle du degré de complexité d‟évaluation ou
de traitement de certaines composantes des états financiers. le risque inhérent peut être fixé à
un niveau élevé lorsque le modèle comptable prévoit des méthodes de traitement complexes
exigeant un niveau élevé de technicité du professionnel et/ou présentant un risque d‟erreurs
plus élevé que la moyenne. En effet, la norme ISA 310 « Connaissance des activités de
l‟entité » considère que l‟auditeur doit prendre en compte « les pratiques comptables
particières et les problèmes sous-jacents116 » pendant la phase de prise de connaissance.
Partant de la disposition de la norme ISA 545 selon laquelle « la mesure dans laquelle une
évaluation en juste valeur est susceptible de comporter une inexactitude constitue un risque
inhérent », l‟auditeur doit apprécier le risque inhérent et le risque lié au contrôle liés aux
évaluation et informations en juste valeur insérées dans les états financiers pour arriver à
déterminer la nature, le calendrier et l‟étendue des procédés d‟audit.

1.4.2 Evaluation du risque lié au contrôle

Le commissaire aux comptes prend connaissance de l‟environnement général de


contrôle interne pour évaluer les comportements, degrés de sensibilisation et actions de la
direction concernant les contrôles internes et leur importance dans l‟entité. La crise mondiale
actuelle incitera, au même titre, le management et l‟auditeur à accorder une attention
supplémentaire aux contrôles des états financiers et des assertions les sous-tendant. De plus,
une attention approfondie est à consacrer à la question de l‟efficacité des contrôles et en
particulier aux contrôles à l‟échelle de l‟entité (environnement de contrôle, processus
d‟estimation des risques…). L‟application de certaines dispositions des normes IFRS suppose
le recours à un jugement devant être cohérent avec la politique générale menée par l‟entité. le
commissaire aux comptes s‟assure alors de l‟implication de la direction dans les jugements
nécessaires à l‟application de certaines dispositions des normes pour déterminer le risque lié
au contrôle. Il s‟agit par exemple de :
La détermination des unités génératrices de trésorerie au niveau desquelles devront être
réalisés le cas échéant, les tests de perte de valeur de certains groupes d‟actifs.
La validation des budgets utilisés lors de tests de pertes de valeur de certains groupes
d‟actifs.
Le classement des valeurs mobilières, notamment entre titres de transaction, titres
disponibles à la vente et titres détenus jusqu‟à l‟échéance.
Le commissaire aux comptes intègre dans sa démarche générale l‟analyse des procédures
spécifiques instaurées par l‟entité et liées à certains traitements comptables propres aux
normes IFRS. Il prend en compte les procédures mises en place pour contrôler notamment :

116
IFAC (1996), « Normes internationales d‟audit », norme ISA 310 « Connaissance des activités de l‟entité »,
traduction de la CNCC, p. 105.

177
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

Le processus d‟identification des divergences entre l‟ancien référentiel appliqué et le


référentiel IAS/IFRS.
Le processus de détermination des informations à fournir.
Les processus d‟évaluation, en particulier lorsqu‟ils doivent faire appel à des hypothèses
significatives.
La documentation des évaluations.
Le recours éventuel aux travaux d‟un expert et l‟étendue de l‟intervention de ce dernier.
La fiabilité des enregistrements comptables au niveau de la saisie des opérations
répétitives, en particulier si l‟entité a pris l‟option de tenir sa comptabilité pendant
l‟exercice en appliquant les normes IFRS.
Le commissaire aux comptes teste le fonctionnement des procédures qui lui sont utiles afin de
justifier une évaluation du risque lié au contrôle à un niveau inférieur à un niveau élevé.

1.5 Procédures mises en œuvre en vue de l’obtention d’éléments probants

Le commissaire aux comptes s‟appuie sur la base de l‟évaluation du risque inhérent et


du risque lié au contrôle pour mettre en œuvre des procédures en vue de l‟obtention des
éléments probants concernant :
La comptabilisation et l‟évaluation des éléments composant le bilan d‟ouverture IFRS du
premier exercice présenté (actifs, passifs et éléments de capitaux propres), généralement
au 01 Janvier N-1.
La comptabilisation et l‟évaluation des éléments composant le bilan de clôture de chacun
des exercices présentés, généralement au 31 Décembre N-1 et au 31 Décembre N.
La comptabilisation des transactions intervenues durant chacun des exercices présentés,
généralement N-1 et N.
La présentation du tableau des flux de trésorerie.
Les informations présentées dans l‟annexe.
Les contrôles substantifs réalisés par le commissaire aux comptes sont plus ou moins
importants dans l‟évaluation du risque inhérent et du risque lié au contrôle. L‟évaluation doit
effectivement être confirmée par les tests de procédures effectués. Les contrôles substantifs
sont moins étendus que dans la situation contraire lorsque le risque inhérent et le risque lié au
contrôle sont estimés à un niveau faible, c'est-à-dire lorsque le commissaire aux comptes a
déterminé qu‟il existait des contrôles internes sur lesquels il pouvait s‟appuyer dans le cadre
de sa mission. Le commissaire aux comptes dispose de plusieurs techniques de contrôle
(confirmation directe, examen analytique). Certaines informations, dont le contrôle exige la
mise en œuvre de contrôles substantifs, prennent une importance particulière dans le contexte
de l‟adoption du référentiel IFRS. Il s‟agit de :
Actifs ou passifs évalués en juste valeur.
Prise en compte des évènements postérieurs à la date de clôture.
Informations relatives aux chiffres retraités IFRS de l‟exercice N-1.
Informations données dans l‟annexe.

178
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

La difficulté inhérente au modèle comptable à la juste valeur réside dans le fait que
l‟information financière obtenue se base sur des éléments probants spécifiques, susceptibles
d‟être à l‟origine de divergences dans la détermination de la valeur d‟un actif ou d‟un passif ;
notamment dans le cas des actifs, passifs sous méthodes d‟évaluation très complexes117.

1.5.1 Obtention d’éléments probants concernant les actifs ou passifs évalués en juste
valeur

Le commissaire aux comptes réalise des tests substantifs des évaluations en juste
valeur présentées au niveau les états financiers en fonction de l‟évaluation du risque inhérent
et du risque lié au contrôle. Ils peuvent comprendre :
L‟examen des principales hypothèses retenues par la direction, du modèle financier
d‟évaluation et des données sous-jacentes utilisées.
La préparation de manière indépendante d‟autres estimations en juste valeur à des fins de
comparaison.
L‟examen de l‟effet possible d‟évènements postérieurs à la clôture sur les évaluations en
juste valeur ou sur les informations fournies dans les états financiers.
La vérifiabilité de l‟information auditée est tributaire de :
Existence et validité des hypothèses de travail et,
Existence de la documentation nécessaire étayant ces hypothèses.
En fait, la survenance de la juste valeur a contribué au développement de l‟usage des Business
Plans comme moyen d‟« appréciation des niveaux de valorisation118 » parce qu‟ils permettent
l‟estimation des flux de trésorerie futurs en fonction des flux de revenus. Une étude
approfondie du business plan est primordiale pour relier le risque à la qualité des prévisions.
Les problèmes techniques liés à l‟audit des business plans présentent des éléments des risques
inhérents au modèle comptable à la juste valeur qui nécessite une analyse plus concise.

1.5.1.1 Examen du modèle financier d’évaluation et des données sous-jacentes utilisées

Lorsque les normes IFRS précisent la méthode d‟évaluation de la juste valeur à retenir,
le commissaire aux comptes doit s‟assurer que la méthode retenue par l‟entité est en accord
avec celle préconisée (détermination de la valeur d‟utilité d‟un groupe d‟actifs…). De
surcroît, il apprécie si :
Les hypothèses retenues par la direction sont raisonnables.
La direction a utilisé les informations les plus pertinentes et disponibles lors de
l‟évaluation.

117
IFAC (2002), ISA 545 « Auditing fair value measurements and disclosures », § 19. (www. IFAC.org).
118
Karklins-Machay A (2003), « Le business plan, un élément incontournable du travail du commissaire aux
comptes », Ernest & Young (www.ey.com).

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Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

L‟examen des principales hypothèses retenues par la direction, du modèle financier


d‟évaluation et des données sous-jacentes.
Les hypothèses sont généralement appuyées par différents types d‟éléments probants
provenant de sources internes et externes qui constituent une documentation objective des
hypothèses retenues. Le commissaire apprécie la source et la fiabilité de ces éléments
probants surtout si les hypothèses sont en harmonie avec les informations historiques et sont
fondées sur des plans d‟action réalisables par l‟entité.
Pour que les hypothèses, isolées ou réunies, aient un caractère raisonnable, il est nécessaire
qu‟elles soient réalistes et cohérentes avec :
L‟environnement économique général et les conditions d‟exploitation propres à l‟entité.
Les plans de l‟entité.
Les hypothèses faites par le passé, en cas d‟existence.
L‟expérience passée, ou les conditions rencontrées par l‟entité dans le passé si celles-ci
sont toujours présentes.
D‟autres éléments touchant aux états financiers, comme les hypothèses retenues par la
direction pour procéder à des estimations comptables de certaines rubriques du bilan
autres que celles relatives aux évaluations en juste valeur.
Le cas échéant, le risque associé aux flux de trésorerie, y compris les variations
potentielles de ceux-ci et les incidences du taux d‟actualisation.
La comparaison des évaluations effectuées les années précédentes, en cas d‟existence, avec
celles de l‟année en cours Permet d‟apprécier la fiabilité du processus d‟évaluation suivi par
la direction. Cependant, le commissaire aux comptes est amené à effectuer un examen pour
savoir si les variations de valeur constatées résultent de changements dans les conditions
économiques. Si les évaluations effectuées se fondent sur les plans d‟action spécifiques de la
direction, le commissaire aux comptes peut demander à la direction de lui communiquer des
informations permettant de corroborer ces éléments avec d‟autres faits connus. Nous citons à
titre énumératif et non limitatifs :
La recherche de l‟existence ou non de confirmation des intentions de la direction
exprimées dans le passé.
Examen des plans d‟action formalisés et de toute autre documentation comme les budgets.
Examen des motifs avancés par la direction pour justifier un plan d‟action particulier.
Examen des principales hypothèses retenues par la direction, du modèle financier
d‟évaluation et des données sous-jacentes utilisées.
Vérification de la capacité de la direction à mettre en œuvre un plan d‟action particulier
avec la prise en compte de l‟incidence des engagements contractuels déjà pris.
Le commissaire aux comptes apprécie la sensibilité de l‟évaluation aux modifications
apportées aux principales hypothèses, y compris celles provenant des conditions de marché. Il
encourage, le cas échéant, la direction à utiliser des techniques comme l‟analyse de
sensibilité, afin d‟identifier les hypothèses particulièrement sensibles. De plus, il doit
examiner la documentation des hypothèses et les bases de mesure puisqu‟il s‟agit d‟une
exigence en matière d‟organisation comptable et d‟audit reconnu comme « Chemin d‟audit ».

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La documentation est effectivement utile pour la compréhension et la maîtrise du système de


traitement et de production d‟une information financière vérifiable. Elle permet de
« reconstituer, à partir des pièces justificatives appuyant les données entrées, les éléments de
comptes, états et renseignements et de retrouver ces données et pièces justificatives119 ».

1.5.1.2 Préparation de façon indépendante d’autres estimations en juste valeur à des fins
de comparaison

Le commissaire aux comptes peut réaliser ses propres évaluations en juste valeur (en
utilisant par exemple un modèle d‟évaluation interne au cabinet) pour les comparer avec
celles faites par l‟entité. Il peut, également, développer ses propres hypothèses afin de
comparer les résultats obtenus avec ceux de la direction. Mais, il doit comprendre les
hypothèses de la direction. Ceci est inévitable afin que le modèle d‟évaluation utilisé prenne
en compte les variables significatives et que les différences significatives entre ses propres
évaluations et celles de la direction soient analysées. Le commissaire aux comptes vérifie
aussi, les données de base utilisées.

1.5.1.3 Utilisation des travaux d’un expert

Le commissaire aux comptes peut s‟appuyer sur les travaux d‟un expert s‟il estime que
certaines évaluations en juste valeur sont complexes.

1.5.1.4 Autres contrôles

Le commissaire aux comptes peut effectuer des vérifications arithmétiques et des


contrôles sur la source des données. Il est amené à apprécier le degré de conformité des
informations fournies sur les justes valeurs avec les dispositions des normes IFRS. Le
commissaire aux comptes met, alors, en œuvre des procédures d‟audit comparables à celles
suivies lors du contrôle de la juste valeur d‟un élément pris en compte.
La présomption de la fiabilité de mesure de la juste valeur d‟un actif ou passif est simple et
peut être réfutée :
Pour des actifs incorporels, acquis dans le cadre d‟un regroupement d‟entreprises,
résultant de droits légaux ou contractuels non séparables.
 Pour des actifs incorporels, acquis dans le cadre d‟un regroupement d‟entreprises,
résultant de droits légaux ou contractuels séparables mais ne faisant pas l‟objet de
transactions d‟échange, ni de transactions portant sur des actifs similaires.

119
SCE (1996), « Norme comptable générale », § 52, p. 38, Ed. JORT.

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Quand la direction arrive à conclure que des évaluations suffisamment fiables ne peuvent
exister, le commissaire aux comptes est tenu d‟obtenir des éléments probants suffisants et
appropriés pour vérifier que :
Cette conclusion est justifiée.
L‟élément est comptabilisé et une information est fournie conformément aux normes
IFRS.

1.5.1.5 Déclarations de la direction

Le commissaire aux comptes obtient des déclarations écrites de la direction de l‟entité


concernant le caractère raisonnable des principales hypothèses retenues, y compris leur
réflexion correcte des intentions de la direction et sa capacité à mener les actions envisagées.

1.5.2 Evènements postérieurs à la clôture

Au niveau du référentiel de l‟IASB, les règles de prise en compte de ce type


d‟évènements sont régies par la norme IAS 10. A ce titre, le commissaire aux comptes met en
œuvre des procédures visant à réunir des éléments probants suffisants et appropriés justifiant
que les évènements pouvant nécessiter des écritures d‟ajustement ou une information à donner
dans l‟annexe ont été, jusqu‟à la date d‟arrêté des états financiers, dûment identifiés.

1.5.2.1 Procédures d’audit à mettre en œuvre

Les procédures cherchant à identifier les évènements pouvant nécessiter des écritures
d‟ajustement peuvent consister à :
Prendre connaissance des procédures qui ont été définies par la direction et permettant
d‟identifier les évènements postérieurs.
Consulter les procès-verbaux des réunions des assemblées générales, de la direction, du
comité d‟audit s‟il en existe qui se sont tenues après la fin de l‟exercice.
Demander à la direction si des évènements postérieurs susceptibles d‟avoir une incidence
sur les états financiers se sont produits.
Dans le cas d‟un groupe de sociétés, le commissaire aux comptes de la société mère doit
chercher à obtenir des informations sur les procédures relatives aux évènements postérieurs et
mises en œuvre par l‟auditeur de la filiale dans le contexte particulier de la norme IFRS 1.

1.5.2.2 Prise en compte des dispositions spécifiques de la norme IFRS 1

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Dans le cadre des normes IFRS, le commissaire aux comptes tient en mémoire les
dispositions spécifiques de la norme IFRS 1 qui constituent des exceptions ou des
aménagements à l‟application de la norme IAS 10.

1.5.3 Contrôle des soldes d’ouverture, des réconciliations et des informations comparatives
des premiers états financiers établis selon le référentiel comptable international

L‟expression d‟une opinion sur les états financiers de l‟exercice N (exercice de


conversion), établi selon le référentiel IAS/IFRS, suppose la mise en œuvre de diligences sur
notamment :
Les soldes d‟ouverture IFRS au 01 janvier N.
Les informations exigées par la norme IFRS 1.
En application de la norme IFRS 1, les états financiers de l‟exercice N doivent comporter
notamment :
Des réconciliations IFRS/Ancien référentiel appliqué relatives aux capitaux propres à la
date de transition (Généralement au 01/01/N-1) et à la date de clôture de l‟exercice le plus
récent présenté dans les états financiers selon l‟ancien référentiel appliqué (généralement
au 31/12/N-1) et au dernier résultat selon ce même référentiel (Généralement l‟exercice
N-1) (IFRS 1 § 39).
Une information suffisante pour permettre au lecteur de comprendre les retraitements
significatifs faits au niveau du bilan, de l‟état de résultat et du tableau des flux de
trésorerie (IFRS 1 § 40).
La norme IFRS 1 § 36 rappelle l‟obligation prescrite par la norme IAS 1 qui impose que
toutes les composantes des états financiers portent une information comparative retraitée qui
date d‟au moins une année. L‟audit par le commissaire aux comptes des états financiers de
l‟exercice N-1 portant sur des états financiers établis selon l‟ancien référentiel, les chiffres
IFRS relatifs à l‟exercice N-1 ne doit pas être étendue. Il importe, donc, de définir la nature
des diligences que le commissaire aux comptes doit mettre en œuvre sur les soldes
d‟ouverture IFRS au 01 Janvier N et sur les informations N-1 IFRS communiquées à
l‟occasion des états financiers N en IFRS.

1.5.3.1 Soldes d’ouverture au 01 janvier N

Les soldes d‟ouverture IFRS au 01 janvier N sont des soldes établis selon l‟ancien
référentiel appliqué au 31 décembre N-1 qui doivent :

Être reclassés pour arriver à une présentation IFRS.


Faire l‟objet de retraitements pour respecter les règles d‟évaluation IFRS.

183
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Le tableau120 suivant présente les diligences correspondantes :

Soldes d’ouverture au 01/01/N Diligences d commissaire aux comptes


Bilan établi selon l’ancien référentiel (AR) au Audité dans le cadre de la certification des états
31/12/N-1 financiers de l‟exercice N-1
Vérifier que les comptes de la balance générale sont
+ Reclassements IFRS des soldes (AR) 31/12/N-1
correctement affectés dans les rubriques IFRS
Vérifier la conformité aux règles de comptabilisation
et d‟évaluation IFRS et le calcul correct pour
+ Retraitements121 IFRS sur les soldes 31/12/N-1
l‟obtention d‟éléments probants suffisants et
appropriés
Conclusion : Audité pour les besoins de la
= Bilan retraité IFRS 31/12/N-1122
certification des états financiers IFRS (N)
La nature et l‟étendue de ces vérifications seront déterminées en fonction de la possibilité
d‟existence d‟anomalies dans les soldes d‟ouverture affectant de façon significative les états
financiers de l‟exercice N.

1.5.3.2 Réconciliations demandées par la norme IFRS 1 relatives à l’exercice N-1

Ces réconciliations de capitaux propres et de résultat relatives à l‟exercice N-1


présentées dans les états financiers de l‟exercice N permettent d‟expliquer des incidences de
la première application des normes IFRS sur la situation financière, la performance financière
et les flux de trésorerie de l‟exercice N-1. L‟Implementation Guidance propose de les
présenter sous forme d‟un tableau à trois colonnes comprenant un bilan d‟ouverture
synthétique (ou l‟état de résultat) selon l‟ancien référentiel appliqué, l‟incidence du passage
aux normes IFRS et les données retraitées en IFRS. Une note explicative des effets pour
chacune des lignes présentées sera jointe à ce tableau. Ces réconciliations ne constituent pas :
Une information comparative.
Mais une information prévue par la norme IFRS 1 assimilable dans ses objectifs à un
élément de l‟annexe expliquant les effets du changement de référentiel ; elle fait partie
intégrante des états financiers IFRS (N) objets de l‟audit.
Le commissaire aux comptes réunit, si les réconciliations revêtent une importance
significative, les éléments probants suffisants et appropriés qui y sont relatifs. Il vérifie le
contenu et la présentation des informations nécessaires à la compréhension du changement de
référentiel. Il apprécie, à cet effet, si elles sont suffisamment détaillées pour permettre :
De comprendre les ajustements significatifs apportés et,
De distinguer les changements de méthodes comptables des corrections d‟erreurs
éventuelles.
120
Ibid.
121
Incluant les opérations de comptabilisation, de décomptabilisation et d‟évaluation des actifs et passifs.
122
Les écritures de l‟exercice N imputés sur les capitaux propres d‟ouverture seront vérifiées avec les états
financiers de l‟exercice N.

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Il vérifie que les retraitements appliqués aux rubriques des états financiers de l‟exercice N-1
publiés (selon l‟ancien référentiel et ayant fait l‟objet d‟un audit) pour établir les
réconciliations prévues par la norme IFRS 1 et ses modalités d‟application :
Traduisent les effets des changements de méthodes rendues nécessaires par l‟application
du référentiel IAS/IFRS.
Sont correctement calculés.
Sont corroborés par des éléments probants suffisants et appropriés.
Ces vérifications des chiffres N-1 retraités font partie de la mission d‟audit des états financiers
de l‟exercice N. La nature et l‟étendue de ces vérifications seront, par conséquent,
déterminées au regard du risque d‟audit et du seuil de signification défini dans le cadre de
l‟audit des états financiers de l‟exercice N. Ces vérifications sont désignées par « Diligences
d‟audit » dans le tableau suivant :

Réconciliations relatives à l’exercice N-1 Diligences du commissaire aux comptes


Capitaux propres au 01/01/N-1, résultant du bilan
Audités (audit de l‟exercice N-2)
établi selon l’ancien référentiel (AR) au 31/12/N-2
Vérifier que les comptes de la balance générale sont
+ Reclassements123 IFRS des soldes (AR) 31/12/N-2
correctement affectés dans les rubriques IFRS
+ Retraitements IFRS sur les soldes 31/12/N-2 « Diligences d‟audit »
Conclusion : Couverts par l’audit des états financiers
= Capitaux propres retraités IFRS au 01/01/N-1
de l’exercice N

Couverts par l’audit des états financiers N avec prise


Capitaux propres au 31/12/N-1
en compte des diligences sur les soldes d’ouverture

Résultat (AR) de l’exercice N-1 Audités (audit de l‟exercice N-1)


124
+ Reclassements IFRS sur les opérations (AR) de Vérifier que les comptes de la balance générale sont
l‟exercice N-1 correctement affectés dans les rubriques IFRS
« Diligences d‟audit » pour évaluer si les principes
+ Retraitements IFRS sur les opérations N-1 comptables appliqués sont obtenus avec ceux de
l‟exercice N
Conclusion : Couverts par l’audit des états financiers
= Résultat IFRS de l’exercice N-1
de l’exercice N

1.5.3.3 Information comparative N-1 retraitée IFRS

Les états financiers N-1 retraités IFRS correspondent, d‟après la norme IFRS 1, à une
information comparative faisant partie des états financiers N et permettant la compréhension

123
Lorsque la réconciliation des capitaux propres est présentée sous la forme d‟un bilan d‟ouverture synthétique
(Conformément à l‟Implementation Guidance IFRS 1 § 63).
124
Lorsque la réconciliation du résultat est présentée sous la forme d‟un état de résultat synthétique
(Conformément à l‟Implementation Guidance IFRS 1 § 63).

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et l‟analyse des états financiers N. Elle est à lire en relation avec les montants concernés de
l‟exercice N et non en tant qu‟information « autonome » sur l‟exercice N-1 (notion de
« Corresponding figures » de la norme ISA 710 et non « Comparative financial statement »).
Ils n‟ont plus vocation à servir de base à une modification éventuelle des états financiers N-1.
Les diligences du commissaire aux comptes sont plus étendus vu les travaux nécessaires sur
les réconciliations exigées par la norme IFRS 1 dans l‟objectif de la certification des états
financiers N. Les objectifs de contrôle sur les comparatifs N-1 retraités sont atteints par la
réalisation des contrôles sur les soldes d‟ouverture et sur les réconciliations présentées dans
l‟annexe conformément à la norme IFRS 1. Le commissaire aux comptes doit s‟assurer que
les informations N-1 retraitées IFRS, présentées à titre comparatif, sont en concordance avec
les informations vérifiées dans le cadre de ses travaux effectués sur les soldes d‟ouverture et
les réconciliations.

1.6 Utilisation des travaux d’autres professionnels

1.6.1 Utilisation des travaux d’un autre professionnel chargé de l’audit des états financiers
d’une entité détenue

Dans le cas d‟un groupe de sociétés, le commissaire aux comptes prend en compte le
risque d‟anomalies significatives dans les états financiers des entités concernées par
l‟intégration des risques spécifiques engendrés par certaines dispositions des normes IFRS,
pour déterminer la nature et l‟étendue des procédures à mettre en œuvre. Il doit, également,
apprécier les connaissances qu‟ont les autres professionnels chargés de l‟audit des états
financiers des dispositions des normes IFRS et les options comptables retenues par l‟entité, le
cas échéant, s‟il envisage l‟utilisation des travaux d‟un autre professionnel chargé de l‟audit
des états financiers des entités détenues.
S‟il envisage de s‟appuyer sur ses travaux, il doit informer l‟autre professionnel, notamment :

Des points exigeant une attention particulière dans le cadre de l‟adoption des normes
IFRS.
Des options comptables retenues par le groupe, en particulier au titre de la norme IFRS 1.
Les procédures que le commissaire aux comptes entend mettre en œuvre exigent une
coordination concertée avec les autres professionnels. Elles s‟effectuent :
Lors de la planification de la mission et peuvent déboucher sur la préparation de
programmes de travail en harmonie.
Au cours de la mission, par des contacts appropriés.
En fin de mission par la prise de connaissance des conclusions des autres professionnels et
du contenu de leurs rapports.

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Le commissaire aux comptes réunit des éléments probants suffisants et appropriés prouvant
que les travaux du professionnel sur lesquels il envisage de s‟appuyer répondent aux objectifs
qu‟il s‟est fixés dans le cadre de sa mission d‟audit. L‟existence de risques significatifs dans
certaines entités détenues devraient donner lieu à une revue approfondie des conclusions et
des dossiers de travail des autres professionnels concernés, voire amener le commissaire aux
comptes à effectuer lui-même des contrôles complémentaires auprès des entités concernées.

1.6.2 Recours aux travaux d’un expert

Le commissaire aux comptes peut juger nécessaire l‟obtention des éléments probants
sous forme de rapports, d‟avis, d‟évaluations ou de déclarations émanant d‟un expert. Il doit,
alors, prendre en compte la compétence professionnelle de l‟expert dans le domaine
particulier dans lequel les éléments probants sont recherchés et évalue son indépendance. Le
commissaire aux compte réunit, à cet effet, des éléments probants suffisants et appropriés
montrant que l‟tendue des travaux de l‟expert répond aux objectifs de sa mission. Le
commissaire aux comptes apprécie la pertinence des travaux de l‟expert en tant qu‟éléments
probants pour aboutir à une conclusion sur une assertion spécifique sous-tendant
l‟établissement des états financiers. La validité des hypothèses et des méthodes utilisées ainsi
que leur application relèvent du jugement de l‟expert. Ne disposant pas des mêmes
compétences que ce dernier, le commissaire aux comptes ne peut pas remettre toujours en
cause les hypothèses et méthodes qu‟il a utilisées.

2 Les missions spécifiques

La migration vers le référentiel des normes IAS/IFRS est une occasion pour passer en revue
son système comptable en termes d‟organisation, d‟information et de formation. Dans ce
contexte, l‟expert comptable serait amené à jouer un rôle primordial au niveau de tous les
aspects pratiques liés au changement comme la coordination, l‟accompagnement et la
formation. Le champ de son intervention peut être délimité comme suit :
Faire le partage des obligations et des enjeux entre les divers acteurs du projet de
conversion.
Traduction des besoins fonctionnels tels qu‟ils sont issus des normes et des méthodes
comptables dans un cahier des charges opérationnel pour l‟adaptation des systèmes.
Accès aux meilleurs pratiques en matière de conception et de reporting.
Gestion des tâches de pilotage, de coordination, de gestion des ressources et de
communication.
Réalisation des arbitrages pertinents et mise en exergue du niveau de risque dans chaque
décision.

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Identification et hiérarchisation des risques qui pèsent sur le projet de convergence et


définition des plans d‟actions préventives.
Définition du scénario adéquat de passage à l‟exploitation.
Préparation efficace de la conduite de la conversion.
Veille à la formation du personnel comptable aux exigences du nouveau référentiel et à la
maîtrise de ses difficultés pratiques.
A ce niveau, nous analyserons les enjeux liés à l‟utilisation de la juste valeur en termes de
missions de l‟expert-comptable (2.1). Nous mettrons en exergue la migration vers le modèle
de la juste valeur (2.1). Enfin, nous étudierons la communication financière (2.3).

2.1 Les enjeux liés à l’utilisation de la juste valeur en termes de missions de l’expert
comptable

L‟expert comptable est au cœur du bouleversement culturel qui anime le monde des affaires
suite à l‟adoption d‟un modèle comptable à la juste valeur qui affecte les aspects conceptuels
et techniques de la comptabilité des entités économiques. Il est, ainsi, invité à jouer un rôle
d‟éclaireur et d‟avant-gardiste pour s‟assurer du succès de ce changement. De ce fait, son
premier rôle consiste à assister les entreprises dans la gestion du projet de changement de
référentiel comptable. Son second rôle relève du domaine de la sécurité financière en tant que
garant de la fiabilité et de la sincérité de l‟information financière

2.2 Migration vers le modèle de la juste valeur

2.2.1 Une vraie gestion de projet

L‟expert comptable doit sensibiliser les dirigeants de l‟entreprise à la problématique


centrale de cette conversion : il s‟agit d‟un vrai projet d‟entreprise qui justifie la
restructuration globale de son organisation. A ce titre, l‟expert comptable est amené à
expliquer que sur le plan pratique, l‟effet de l‟adoption du référentiel de l‟IASB sur
l‟organisation de l‟entreprise et sur son système d‟information. En effet, le penchant de la
comptabilité à la juste valeur vers le marché exigera le renforcement de nouvelles valeurs
comme la transparence et la flexibilité. Sont donc impliquées la direction générale, les
responsables financiers, les responsables de contrôle de gestion, les responsables du système
d‟information, les responsables de ressources humaines et les auditeurs ainsi que les
consultants.

2.2.2 Le processus de conversion

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Ceci constitue le cœur de la problématique traitée dans ce mémoire. Il fera l‟objet de la


deuxième partie de cette recherche.

2.3 La communication financière

La communication financière peut définie à travers la citation suivante : « La


comptabilisation financière n‟est rien d‟autre que le moyen de faire reconnaître à sa juste
valeur part les tiers125 ». Son importance est de plus en plus grandissante. En effet, et selon
l‟enquête conduite par PriceWaterhouseCoopers en 2001 sur 2000 sociétés, l‟évolution de la
communication est perçue par les responsables financiers interrogés comme une valorisation
de leurs fonctions126.

2.3.1 Objectifs de la communication financière

Face à la finalité de la conception du système d‟information (satisfaire les besoins internes


de gestion et répondre aux obligations réglementaires), la communication financière se dote
comme objectif la satisfaction des besoins externes en information. La communication
financière est, actuellement, orientée vers un large public pour satisfaire des exigences
croissantes et divergentes des parties prenantes. Elle connaît donc une extension de son rôle.
Elle est, effectivement, appelée à permettre, par ce qu‟elle diffuse, la compréhension de la
stratégie de l‟entreprise, l‟analyse de son modèle économique et les suivis de performance.il
est à souligner que la communication financière diffère des états financiers. En effet, elle
vient compléter les informations véhiculées par les états financiers. Une revue des états
financiers des entités ayant provoqué une déception chez leurs actionnaires montre,
effectivement, que ceux-ci ne manquaient d‟informations obligatoires au niveau des notes
annexes. La communication financière est invitée à donner des informations pertinentes
reflétant le respect du principe de la transparence. Le niveau de transparence est une décision
qui revient aux dirigeants de l‟entreprise qui essaient de concilier entre le secret des affaires et
les attentes des marchés.

2.3.2 Exigences de la communication financière

Niveaux de communication : La communication sur les comptes qui vient


compléter l‟information chiffrée et communiquée par les comptes. Elle permet de mieux
interpréter les données agrégées par les chiffres et se fonde sur la présentation d‟indicateurs
financiers et non financiers pertinents (c‟est l‟utilisation de ces indicateurs pour le pilotage de
l‟entreprise qui les rend pertinents). La communication d‟information extracomptable qui se

125
Wahabi A., op. cit..
126
PriceWaterhouseCoopers (2003), « Communication financière et transparence », www.pwc.fr

189
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

fonde sur des prévisions exigées par la logique financière. L‟orientation vers le futur s‟entend
dans le contexte de la stratégie suivie par l‟entreprise. Elle permet d‟analyser le modèle
économique de l‟entreprise127 comme suit :
Environnement (concurrentiel, macro-économique, réglementaire).
Stratégie (buts et objectifs, organisation, gouvernance).
Facteurs clés de succès (Innovation, marques, clients, chaîne logique, ressources
humaines, réputation de l‟entreprise).
Mesure de performance (performance économique, situation financière, gestion du risque,
performance par secteur).
Critères qualitatifs : Les mêmes critères qualitatifs exigés d‟une information financière
sont attendus de la communication financière : conformité au référentiel, neutralité,
comparabilité, fiabilité, vérifiabilité, pertinence, clarté et flexibilité.

2.3.3 La communication financière et la juste valeur

Face à la juste valeur, la communication financière doit lever deux types de défis :
Défis techniques :
Une rentabilité des capitaux propres différente (en termes absolus et relatifs) de
l‟ensemble du secteur qui peut faire changer l‟avis des investisseurs et analystes sur la
qualité de gestion.
La modification des ratios de structure et de rentabilité du fait de la réintégration de
certains éléments (dérivés…).
Accroissement de la volatilité des cours boursiers suite aux informations diffusées sur
des produits volatils.
Diminution des primes de risque suite à une meilleure comparabilité des entreprises.
Donc, la communication financière va porter sur :
Une nouvelle communication justifiant tous les écarts.
Un surplus d‟informations financières à diffuser.
Une réduction des délais de publication.
Une mesure d‟impact sur la communication.
Une refonte du rapport annuel.
Défis d’éthique : La transparence accrue des documents financiers est le vecteur
directeur en matière d‟utilisation de la juste valeur. Les entreprises sont, donc, appelées à :
Décrire leur profil de risques financiers et leurs politiques en matière de gestion des
risques financiers.
Créer un plan de communication interne et externe afin de préparer les stakeholders au
nouveau profil d‟information et de communication financière induit par la conversion
en termes de résultats et de structures financières.
Maîtriser le changement culturel.
127
Idem (2002), « Les nouvelles attentes de la communication financière », www.pwc.fr

190
Chapitre 3- Implication de l‟Expert-Comptable
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable Tunisien dans le mouvement quasi-globalisé de
Tunisien face à l’extension mondiale de l‟adoption des normes comptables internationales
l’application du référentiel de l’IASB IAS/IFRS

191
Première partie – Attitude de l’Expert-Comptable
Tunisien face à l’extension mondiale de
l’application du référentiel de l’IASB Conclusion de la première partie

Conclusion de la première partie

Adopter les normes IFRS est une décision critique en raison de la nature quasi-
irréversible de ses effets. Ces normes entraînent un choc culturel vaste parce qu’elles se
basent sur des concepts dont l’appréciation est presque attribuée au seul jugement des
entreprises plutôt que sur des règles précises et quantifiables. Devant cette importance,
l’Expert Comptable Tunisien doit donc maîtriser les normes IFRS non seulement dans leur
volet pratique qui consiste à appliquer les techniques qui y sont prescrites, mais aussi dans
leur esprit tel qu’adopté par le normalisateur international.

A ce niveau, il est clair que la normalisation comptable internationale s’est totalement


adossée aux jugements des marchés financiers dans leur appréciation des instruments
économiques mis en jeu dans le libre commerce. Il faut que protéger l’investisseur dans ses
décisions économiques contre des dysfonctionnements à l’intérieur de l’entreprise. Cela se
traduit par un alignement de la communication financière sur le reporting interne, par un
volume accru des notes détaillant les chiffres véhiculés par le reste des états financiers et
une implication managériale dans le processus de production de l’information par
l’adoption du critère de l’intention dans la prise en compte en comptabilité de transactions
et autres évènements.

Ainsi, et étant donné le niveau de technicité exigé en la matière, l’expert-comptable est le


professionnel qui puisse le mieux assister l’entreprise dans son projet de conversion aux
normes IFRS. Il dispose des compétences scientifiques et professionnelles requises pour
une telle mission.

Or, dans le cadre d’une mission d’audit d’une entité qui se convertit aux normes IFRS, les
diligences ne changent pas mais deviennent plus volumineuses et exigent plus de prudence
en raison des risques inhérents supplémentaires invoqués par l’introduction de la juste en
tant que mode de valorisation.
De plus, il est le plus apte à soutenir par ses acquis scientifiques et pratiques l’entreprise
dans son projet de conversion aux IFRS.

192
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel
comptable international (celui de l’IASB)

DEUXIEME PARTIE : LE CHANTIER DE TRANSITION D’UN


REFERENTIEL COMPTABLE LOCAL A UN REFERENTIEL
COMPTABLE INTERNATIONAL (CELUI DE L’IASB)

193
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel
comptable international (celui de l’IASB)

La conversion aux IFRS impliquera un véritable changement culturel : Il s’agit, en


fait, d’une opportunité, pour la société intéressée par le projet, pour améliorer sa
communication financière et non-financière, pour harmoniser ses processus et systèmes de
reporting interne avec son reporting externe, pour indiquer des indicateurs de performance
cohérents et pour communiquer des résultats financiers plus pertinents aux parties
prenantes.
La conversion aux IFRS permet à la société de fournir une information plus transparente,
plus fréquente et plus rapide. Ce projet provoque la prise de décision stratégique concernant
les choix disponibles relatifs à la formation des équipes, les mesures de performance, les
processus et systèmes de reporting financier et, la communication des sociétés.
Par conséquent, on peut dire qu’il s’agit d’un projet à part entière nécessitant une
mobilisation de la part de la société pour une mise en œuvre intelligente et efficace du
processus de conversion. Il s’en suit de vrais enjeux pour la société résumés en :
-un exercice incontournable de mise en conformité
La mise en œuvre d’un nouveau référentiel comptable,
La nécessité d’une structure de reporting appropriée,
L’adaptation des systèmes d’information,
La mise en œuvre des programmes de formation,
L’incidence sur la stratégie de communication et la mesure de la performance.
- de vraies opportunités à saisir
La définition d’une nouvelle stratégie de communication financière et non
financière par des indicateurs à long terme pertinents et des indicateurs financiers
par métier ou par segment,
L’harmonisation ou l’alignement des systèmes et processus de reporting interne
(opérationnel) et externe (financier).
Notre démarche pour l’analyse des aspects ci-dessous cités consiste en l’étude de
l’opportunité de la décision de l’adoption des IFRS (chapitre 1), la conception du projet de
greffe des IAS / IFRS dans une entité (chapitre 2) et l’exécution du projet de conversion aux
IFRS (chapitre 3).

194
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

Chapitre 1 : Etude de l’opportunité de la décision de l’adoption des IFRS

L‟abandon de l‟application d‟un référentiel comptable au profit d‟un autre est en général
un choix délicat pour les dirigeants d‟une entreprise, en raison de la lourde responsabilité
qu‟ils assumeront devant les actionnaires au titre des conséquences qui en découleraient.
Devant cette situation, ils adopteront, comme pour tout projet stratégique dans la vie de
l‟entreprise, un comportement pragmatique face à la décision de maintien ou d‟abandon du
référentiel comptable appliqué. Ils demanderont, à cet effet, aux conseillers de l‟entreprise de
leur proposer un outil efficace pour les aider à bien estimer les avantages et les inconvénients
inhérents à ce projet et prendre la décision la plus adéquate.

1 Le questionnaire : un modèle de prise de décision

Les publications actuelles en matière comptable traitent de la démarche à suivre pour


conduire à bien le passage à un nouveau référentiel comptable par l‟entreprise qui décide de
se lancer dans ce type de projet. Les entreprises qui ne sont pas obligées d‟adopter un
nouveau référentiel comptable se demandent s‟il est opportun de procéder à cette adoption et
quel référentiel choisir si tel est le cas.

Pour atteindre l‟objectif qui lui est assigné, le questionnaire doit traiter tous les aspects ayant
une incidence sur la prise de décision. Sa construction doit permettre de dégager des critères
de choix. Sa présentation doit refléter les objectifs visés.

Notre analyse s‟articulera autour de deux axes. Le premier consiste à déterminer les thèmes à
insérer dans le questionnaire (1.1) et le second à proposer un modèle du questionnaire (1.2).

1.1 Détermination des thèmes à insérer dans le questionnaire

La réflexion est orientée vers les points qui permettent l‟élaboration d‟une liste
exhaustive des thèmes à aborder dans le questionnaire pour atteindre un double objectif :
donner des pistes de réflexion aux utilisateurs du questionnaire et leur permettre de décider du
bien-fondé du changement de référentiel comptable et du choix de ce référentiel. Ces points
de réflexion s‟articulent autour de trois thèmes 128 :

128
Davi-Ballet C., op. cit., p 41.

195
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

1.1.1 L’entreprise

Notre réflexion portera dans un premier moment d‟analyse sur la structure de


l‟entreprise. Il s‟agira de chercher à connaître les habitudes de l‟entreprise vis-à-vis de son
personnel ainsi que sa politique de rémunération.

Dans ce cadre, il est possible d‟affirmer que le résultat consolidé est fortement affecté par le
changement de référentiel, comme dans le cas où une entreprise, adoptant une politique de
rémunération basée sur le résultat ou bien versant un intéressement, risque de vivre, par
exemple, une modification de son climat social par le changement de référentiel car le résultat
social est le facteur déterminant dans tout calcul de rémunération.

Plus explicitement, si le résultat consolidé (ayant subi des retraitements favorables) est
supérieur au résultat social, alors expliquer le mouvement des rémunérations ne serait pas une
tâche facile. D‟un autre côté, si le résultat consolidé (ayant subi des retraitements à effets
négatifs) est inférieur au résultat social, alors convaincre les dirigeants de l‟entreprise de
rémunérations plus importantes justifiées par ce résultat social est une affaire difficile.

Nous nous intéresserons dans un deuxième moment d‟analyse à l‟organisation de l‟entreprise.


Nous tenterons d‟examiner les réponses accordées aux questions suivantes :

 L‟entreprise est-elle incluse dans le périmètre de consolidation d‟une autre entreprise ou


bien est elle-même la société consolidante ?

 Quelle est son organisation informatique actuelle?

 L‟entreprise éprouve-t-elle des problèmes structurels ?

Ces questions nous permettront de savoir si c‟est l‟entreprise qui a donné l‟impulsion au
changement de référentiel ou bien si elle est dans l‟obligation de respecter une décision prise
par d‟autres. Aussi, veut-elle limiter le changement à un changement de type comptable ou
bien désire-t-elle d‟exploiter les avantages de ce changement pour améliorer ou même
supprimer des situations défavorables (gestion des stocks, contrôle interne, stratégie
d‟investissement, reporting interne …). Il ne s‟agit, donc, pas de s‟arrêter à un changement de
référentiel, mais, ce changement s‟inscrit effectivement dans un projet plus ample comme la
révision du système de reporting ou de consolidation.

La dernière phase de l‟analyse correspond à une réflexion sur la position des actionnaires ou
associés et sur leur état d‟esprit. Une impulsion insuffisante au niveau managérial lors de la
phase de lancement d‟un projet aboutira à l‟échec de ce dernier. La direction de l‟entreprise
doit être conscient que le changement de référentiel comptable entraînera des coûts, demander

196
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

du temps et exiger le recrutement de personnel ou du moins une réorganisation du temps de


travail.

Il faut mettre les actionnaires ou les associés au courant des impacts potentiels d‟un tel
changement sur les capitaux propres, les dettes et le résultat car il existe des retraitements
(contrat de location ou le crédit-bail…) dont l‟impact est significatif sur les ratios comme par
exemple le ratio Dettes / Fonds propres. Les actionnaires ou les associés peuvent s‟opposer à
un changement de référentiel comptable si celui-ci aura un impact négatif sur le bénéfice
parce que leur majeur consiste à tirer profit de leur investissement. Donc, les actionnaires ou
les associés privilégient l‟option d‟une rentabilité immédiate.

La direction est, par conséquent, obligée de prouver aux actionnaires ou associés l‟intérêt que
produira un tel changement. La communication financière appropriée. A titre d‟exemple : elle
met en exergue la transparence donnée par l‟information fournie par les états financiers ou
l‟avantage concurrentiel que le groupe pourra bénéficier de ce changement à moyen et long
terme. En ce sens, les notes aux états financiers doivent être plus détaillées.

Enfin, le questionnaire peut comporter des questions telles que :

 Avez-vous vous-même ou certains membres de votre personnel des connaissances dans


un autre référentiel comptable ?

 Avez-vous une politique de groupe en matière de comptabilité ?

 Quelle est la position de vos actionnaires ou associés à ce sujet ?

 Etes-vous prêt à donner des informations que vous jugez stratégiques mais qui
permettront une meilleure intelligibilité des états financiers ?

1.1.2 Les motivations

Les entreprises qui ne sont soumises à l‟obligation d‟appliquer des normes


internationales, elles ont intérêt à commencer tôt le passage à ces normes afin de bénéficier de
l‟étalement dans le temps des charges qui en découlent parce qu‟il s‟agit d‟un processus long
et coûteux. Il est possible qu’une forte croissance de l’entreprise dans un laps de temps court
incite celle-ci à adopter les IAS / IFRS, comme c’est le cas du groupe DAHER (PME familiale
spécialisée dans l’aéronautique), puisque les normes internationales « fournissent des
indicateurs détaillés de l‟activité »129. Le questionnaire peut comporter des questions de ce
genre :

129
Décision micro du 27 Avril 2004 : « L’adoption d’IAS / IFRS coûte cher » - Jean-Philippe Such, responsable
du contrôle de gestion du groupe DAHER.

197
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

Quel type d‟information financière souhaitez-vous privilégier ? Vers quels acteurs


économiques est-elle orientée ?

A quel terme souhaitez-vous changer de référentiel comptable ?

Avez-vous une stratégie orientée vers l‟international, un projet d‟introduction en bourse,


de rapprochement (fusion, acquisition, prise de participation significative …) ?

Avez-vous besoin de vous positionner par rapport à vos fournisseurs, clients, concurrents
cotés ?

1.1.3 La règlementation

La Tunisie n‟a pas encore autorisé les sociétés à publier leurs états financiers selon les
IAS / IFRS. Toutefois, nous savons que les filiales tunisiennes des groupes étrangers cotés sur
une place boursière de l‟espace européen vont devoir adopter le nouveau référentiel même si
elles-mêmes ne sont pas cotées dans cet espace. Nous pouvons, cependant, affirmer que la
pression des échanges d‟informations économiques et financières avec les banques ou les
grands donneurs d‟ordre et la sous-traitance constituée pour l‟essentiel de PME éveilleront à
priori rapidement l‟intérêt pour le nouveau référentiel.

Cependant, une application des normes IAS / IFRS, sous leur forme actuelle, s‟avère pénible
et contraignante pour un nombre important d‟entreprises. En février 2004, à l‟occasion d‟une
discussion à l‟IASB. La conception d‟un système parallèle allégé pour les PME a été prévue
(Annexe 7 : LE REFERENTIEL IFRS POUR LES PME), le « Small and Medium Entities »
(SME). Les normes SME sont élaborées à partir du même cadre conceptuel que les IAS /
IFRS intégrales130.

Ces normes sont dotées d‟une importance primordiale du fait de la définition d‟une PME
retenue par l‟IASB. La définition des PME ne repose plus sur le critère du taille, mais sur un
critère plus subjectif dit le « public accountability » (responsabilité publique). Une entité a
une « responsabilité publique » si l‟information fournie à travers ses états financiers est
fondamentale (et quasi-exclusive) pour ses investisseurs non dirigeants ou si elle assure un
service public par la nature même de ses activités. Il s‟agit du cas des entités cotées à une
bourse de valeurs, des entités assurant des activités financières (banque, assurance,
organismes de placement collectif …), du service public ou des entités ayant une importance

130
Le 24 Juin 2004, l‟IASB a publié un document de travail (discussion paper) intitulé « exposé préliminaire sur
les normes comptables pour les petites et moyennes entités » qui présente son approche sur le projet. Il s‟articule
autour de huit thèmes. L‟ensemble a été soumis à commentaires jusqu‟au 24 septembre 2004. L‟IASB a orienté
son travail en fonction des réponses obtenues et présentera un ou plusieurs exposé(s)-sondage(s) conduisant à
des normes spécifiques applicables aux PME numérotées SME -IAS 1, SME -IAS 2, SME -IAS 3 …

198
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

économique significative dans leur pays d‟origine. Par conséquent, les autres entités pourront
appliquer les normes SME.

Jusqu‟à nos jours, les états financiers des sociétés tunisiennes servent encore de base de calcul
à l‟impôt sur les sociétés, ce qui explique la grande attention qu‟ils obtiennent de la part de
l‟administration fiscale. Toutefois, le passage aux IAS / IFRS signifie passer d‟une
comptabilité fondée sur des considérations d‟ordre juridique et fiscal à une information
financière satisfaisant les besoins des investisseurs, c‟est-à-dire qu‟il s‟agit d‟opérer une
déconnexion entre la comptabilité et la fiscalité.

Les sociétés tunisiennes courent un risque fiscal important si elles appliquent les IAS / IFRS
dans leurs comptes sociaux en cours d‟année, tout en publiant des états financiers individuels
en conformité avec les normes nationales pour permettre à leurs groupes étrangers de publier
des états financiers consolidés en normes internationales. En cas de contrôle fiscal, les
services fiscaux refuseront, très probablement, les retraitements effectués pour une
publication des états financiers en conformité avec les règles tunisiennes et retiendront
comme base de calcul pour l‟impôt sur les sociétés la base IAS / IFRS.

Concrètement, l‟imposition est due sur la base des écritures passées en comptabilité et non
pas sur celle des états financiers : L‟administration fiscale est en droit de retenir la
comptabilité tenue en IAS / IFRS pour la détermination de l‟impôt sur les sociétés avec toutes
les conséquences (qu‟elles soient positives ou négatives) qui en résulteraient pour la société.

Le questionnaire peut comporter des questions telles que :

Votre organisme normalisateur vous impose-t-il de publier vos états financiers consolidés
selon un référentiel particulier ?

Êtes-vous prêts à tenir votre comptabilité dans un référentiel et à publier vos états
financiers dans un autre ?

Quel référentiel comptable est considéré par vous comme le référentiel international ?

1.2 Modèle du questionnaire

Le modèle du questionnaire est déterminé à partir des objectifs à atteindre. Il


dépend de ce que nous cherchons : se faire une opinion, comprendre une décision ou en
prendre une.
Nous présenterons, dans ce qui suit, les différents modèles de questionnaires et les
motivations des arguments qui président à chaque fois.

199
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

1.2.1 Les modèles de questionnaires

 Les questionnaires fermés


Ce type de questionnaire comprend une liste de questions adressées à une personne
invitée à choisir une réponse parmi celles qui lui sont proposées au niveau de chaque
question. Les questions posées sont simples pour que la personne interrogée ne réclame pas
l‟intervention d‟une autre personne pour lui expliquer le contenu du formulaire d‟où ces
enquêtes sont considérées autos administrées. L‟analyse et la compilation des réponses sont
facilitées par la limitation et l‟influence ayant touché les possibilités d‟expression des sujets
interrogés.

L‟intérêt de ce type de questionnaire réside dans son application à une procédure d‟aide à la
prise de décision, en raison de la technique de l‟arbre de décision utilisée. Celle-ci permet
d‟aboutir au choix final après être passé par une série de questions délimitant d‟une manière
progressive le problème. Concrètement, le passage d‟un étage à un autre de l‟arborescence est
marqué par une réponse par « oui » ou « non » à une question située à chacun des étages tout
au long du questionnaire et ce jusqu‟à ce que le choix final soit dégagé.

 Les questionnaires points forts / points faibles


Ce questionnaire est du type qui permet de dégager les points forts et les points faibles
d‟une structure à propos d‟un sujet déterminé.

Cette méthode débouche sur une étude qualitative parce que les répondants donnent leurs
observations à travers leurs réponses, ce qui est pris en compte lors de l‟analyse du
questionnaire. La particularité de ce questionnaire réside en la masse de connaissances de
qualité des divers référentiels comptables et de l‟organisation de l‟entreprise qu‟auront les
répondants.

 Les interviews
La personne qui procède au questionnaire cherche à collecter non seulement des
informations mais aussi les opinions des dirigeants de l‟entreprise en suivant un entretien de
type directif ou non directif. Le premier réunit des questions qui cadrent le sujet interrogé. Le
second donne à la personne interrogée la liberté de répondre de la manière qu‟elle veut et quel
que soit le temps qu‟elle souhaite prendre.

Cette seconde forme entraîne une importante quantité d‟informations recueillie, ce qui rend le
traitement assez pénible. Le client le perçoit cependant comme une conversation. Ceci fait que
la personne interrogée répond aux questions posées dans un climat de confiance et exprime

200
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

ses souhaits ou ses craintes en ce qui a trait au changement de référentiel. Il développe donc
des éléments auxquels l‟enquêteur n‟a probablement pas pensé alors qu‟ils pourraient avoir
une incidence sur la prise de décision. La première forme ne laisse pas aux répondants le
temps de réfléchir puisque les réponses sont immédiates. Dans ce cas, toute décision sans la
prise de recul pourra être catastrophique.

1.2.2 Raisons du choix du modèle Cf. « Annexe 8-Questionnaire d’aide à la prise de


décision pour le changement de référentiel comptable » et « Annexe 9-Utilisation de
l’arbre de décision par le groupe étudié »

Le questionnaire points forts / points faibles est écarté, dés le début, parce qu‟il exige
une bonne connaissance en la matière de la part de ceux qui répondent et permettent de
construire une situation d‟ensemble mais pas de prendre une décision. Ce dernier est l‟objectif
ultime de l‟établissement de notre questionnaire.

L‟annexe 8, présenté sous la forme d‟une liste de questions du type questionnaire fermé,
permettra de faire le tour de tous les points de réflexion et des interrogations à avoir avant la
phase de prise décision. Le répondant peut entrer petit à petit dans le processus de prise de
décision en pensant aux avantages et inconvénients découlant du changement de référentiel
comptable grâce à la rubrique « commentaires » associée à chaque question. L‟alliance de la
technique de l‟interview à celle des questionnaires fermés permet de cadrer les réponses tout
en offrant aux répondants la possibilité d‟extension s‟ils le veulent.

L‟annexe 9, présentée sous la forme d‟un arbre de décision, reprend les principales questions
de la première annexe de type questions fermées dans le but de fixer le référentiel adéquat à
l‟entreprise avec le maximum d‟impartialité possible.

2 Utilité du questionnaire

A ce niveau, le questionnaire peut être un outil efficace d‟aide à la décision pour les
dirigeants d‟entreprises. Son intérêt réside dans la synthèse qu‟il présente des différents
éléments analysés.

Il permet à la direction d‟être consciente de l‟essence du projet en lui-même, d‟en étudier les
avantages, de s‟assurer que son exécution est pertinente et qu‟il s‟inscrit dans le cadre de sa
stratégie.

Son utilité ne se restreint point à l‟entreprise (2.1) uniquement, mais, elle touche aussi
l‟expert-comptable (2.2) : le questionnaire constituera un outil de base pour ce dernier. Il

201
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

soutiendra dans les missions de conseil et d‟assistance auprès de ses clients lorsqu‟ils décident
de changer de référentiel comptable.

2.1 Pour l’entreprise

Les dirigeants se trouvent confrontés à un véritable défi qui met leur carrière
professionnelle en jeu en raison de la sensibilité de la question de changement de référentiel
comptable appliqué et des impacts qu‟elle peut avoir sur l‟avenir de l‟entreprise. Le passage
aux normes IAS / IFRS implique un changement total de la culture comptable des pays
(surtout pour ceux dont la vocation de la comptabilité est orientée vers des aspects de nature
juridique et fiscal).

La technique du questionnaire est, à ce stade, un outil scientifique auquel les dirigeants de


l‟entreprise font recours suite aux recommandations des conseillers de l‟entreprise. Son intérêt
réside dans le diagnostic bref qu‟il procure aux dirigeants en les éclairant sur l‟image de
l‟entreprise, sa vocation, sa philosophie de management…

De ce fait, Il permet de faire un choix rationnel basé sur des données concrètes concernant
l‟entreprise.

Le questionnaire permet, donc, d‟éviter le changement décidé au caprice de la volonté de se


montrer à la page quant à toute nouveauté dans le monde. Il assurera effectivement aux
dirigeants un bon jugement du rapport avantage/coût.

2.2 Pour l’expert-comptable

L‟expert-comptable investi par ses clients d‟une mission comptable est


automatiquement soumis à l‟obligation de conseil envers ceux-ci. Cela ne signifie pas qu‟il se
substitue à eux. En effet, il incitera son client, auquel revient la décision de changer ou non du
référentiel comptable, à agir. Cette mission est conduite dans la cadre d‟un devoir
d‟information et de sensibilisation.

L‟annexe 8 servira de guide pour l‟expert-comptable en jouant le rôle de :

 Base de travail : Les questions classées par thème sous forme de listes permettront à
l‟expert-comptable d‟étendre sa réflexion et de se préparer à répondre aux questions
éventuelles de ses clients insérées dans le questionnaire.

202
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

 Outil de travail : Le questionnaire peut assister l‟expert-comptable lors de ses entretiens


avec ses clients. En effet, l‟expérience et les compétences de l‟expert-comptable lui
permettent de le modifier à n‟importe quel moment au cours de son utilisation (par ajout,
développement ou même la suppression de certains aspects en fonction des
caractéristiques du client).

 Outil de vérification : L‟expert-comptable a la possibilité de vérifier que tous les points


ayant une influence sur la prise de décision sont pris en compte pendant ou après
l‟entretien.

L‟expert-comptable peut communiquer le questionnaire à ses clients pour le remplir pendant


une période de temps leur permettant de prendre conscience et de réfléchir sur les effets d‟un
changement d‟un référentiel comptable. Il les assiste en éclaircissant les objectifs du
questionnaire avec des précisions sur les questions estimées ambiguës ou inadaptées par ses
clients.

Puis, lorsque la démarche d‟assistance est déclenchée, par le lancement de l‟étude


d‟opportunité, l‟expert-comptable trouve de nouveau dans le questionnaire un bon outil
d‟analyse des réponses obtenues dans le premier questionnaire qui lui a permis de se forger
une idée de base sur les attentes et les besoins de l‟entreprise.

Le premier questionnaire ne permet pas de prendre directement une décision ; il permet, en


listant les pratiques de l‟entreprise en divergence avec les autres référentiels comptables, de
procéder à une évaluation de l‟ampleur du chantier en cas de changement de référentiel
comptable par des questions telles que :

 Avez-vous recours à l‟escompte ?


 Comment valorisez-vous vos contrats de longue durée ?
 Avez-vous des frais de recherche et développement ?
 Avez-vous recours à des moyens de financement tels que le crédit-bail ou les locations de
longue durée ?

Celles-ci aident l‟expert-comptable à avoir un aperçu sur les problèmes qu‟il est susceptible
de rencontrer lors de sa mission d‟assistance au changement de référentiel. En ce sens, il serait
amené à évaluer les capacités de son cabinet à remplir cette mission. Les compétences
professionnelles aussi bien que le temps et le budget à allouer doivent alors être considérés.
Aussi, peut-il, évaluer et préparer une lettre de mission aussi précise que possible avant de
s‟engager plus profondément.

Le second questionnaire servira de base pour la prise de la décision finale grâce à l‟arbre de
décision qui permettra à l‟expert-comptable de faire des suggestions concernant l‟opportunité
que peut représenter le passage d‟un référentiel comptable à un autre et sur celui qui serait
adéquat pour le client. L‟expert-comptable veillera à présenter aux dirigeants de l‟entreprise

203
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 1 – Etude de l‟opportunité de la
comptable international (celui de l’IASB) décision de l‟adoption des IFRS

cliente les avantages et inconvénients du choix d‟un référentiel comptable à la place d‟un
autre.

Le recours à l‟expert-comptable dans ses questionnaires est bénéfique pour l‟entreprise. Il


s‟agit du professionnel le mieux placé en raison de sa connaissance de ses activités, son
expérience, son objectivité et ses compétences pour aider l‟équipe dirigeante à réussir ce
choix stratégique. Il serait plus judicieux de faire intervenir l‟expert-comptable dès le début
du processus.

204
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

Chapitre 2 : Conception du projet de greffe des IAS / IFRS dans une entité

Un aperçu des fondements basiques du projet de conversion aux normes IFRS, avant de
commencer l‟analyse de la démarche à suivre, s‟impose. Il s‟agit d‟une étape primordiale car
elle permet de comprendre l‟essence de cette nouvelle approche adoptée par le normalisateur.

De plus, la conversion aux IFRS lance des défis à la gestion interne et à la communication
externe. Ainsi, vu la nécessité de mobilisation de fortes ressources au début du projet,
l‟expert-comptable doit guider l‟entité cliente dans le choix d‟un mode opératoire efficace et
coordonnée. Cela consiste à découper le projet en quatre phases principales permettant un
déploiement chronologique et structuré.

Le projet de conversion est tellement complexe qu‟une étude présente des avantages certains
du volet informatique.

1 Les fondements de base du projet

Comme tout projet, la conversion aux IFRS doit être conçue et exécutée dans un esprit
bien déterminé, basé sur deux fondements : qui constituent les piliers de tout travail
intellectuel. Ils jouent un rôle décisif dans la résolution de ces problèmes Tout au long du
parcours.

En fait, les IFRS introduisent ou bien présentent une nouvelle philosophie (1.1) qui ne donne
ses fruits que par l‟application intégrale de ces normes (1.2).

1.1 La nouvelle philosophie des IFRS

Le référentiel IFRS se démarque d‟une manière nette de tout référentiel ne


disposant pas de cadre conceptuel et ne prônant pas une déconnexion entre fiscalité et
comptabilité. En effet, il ne conçoit pas une information financière à vocation plus générale et
imprégnée de considérations juridiques ou fiscales. Ainsi, le cadre de l‟IASB pour la
préparation et la présentation des états financiers IFRS mettait nettement en évidence le
conflit qui oppose des approches comptables différentes. Sa position privlégie le point de vue
de l‟investisseur. Il prend une position tranchante sur cette question en privilégiant le point de
vue de l‟investisseur. On en déduit que l‟information exigée par les IFRS sera plus
économique et plus transparente car l‟investisseur aura besoin d‟une information financière
utile à la prise des décisions économiques.
Les impacts de la tendance économique de l‟information financière impliquent :

205
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

 une application plus systématique du principe de « prédominance de la substance sur la


forme ». Comme le transfert de propriété d‟un bien n‟est, par exemple, reconnu par les
IFRS qu‟après avoir démontré le transfert des principaux avantages et risques inhérents à
ce bien,
 la mesure de performance est considérée comme la direction de base vers laquelle
l‟information est orientée. La commodité de cette mesure est fonction de l‟application
systématique du principe de rattachement des charges aux produits (amortissement des
subventions…), de la réduction des possibilités d‟arbitrage dont disposent les dirigeants
comme, par exemple, la restriction adoptée par les IFRS en matière de constitution des
provisions pour risque imposant l‟existence d‟un engagement irrévocable envers les tiers,
du recours à l‟actualisation comme, par exemple, l‟actualisation des produits dont le
recouvrement est différé au-delà des délais de paiement pratiqués dans le secteur
d‟activité,
 une information de plus en plus orientée vers les prévision, ce qui explique l‟utilisation
de plus en plus fréquente de la juste valeur et l‟élaboration d‟information sectorielle basée
nécessairement sur une analyse des risques et sur la renbtabilité par secteur.
La transparence est matérialisée par ces aspects :
 la réduction des choix comptables découlant de l‟exigence des IFRS de l‟unicité de
méthode lors de la comptabilisation d‟une même catégorie d‟opérations,
 une approche de plus en plus bilantielle,
 une information financière de plus en plus détaillée.

1.2 L’application intégrale des IFRS : une hypothèse de base

D‟après l‟IAS 1, la conformité des états financiers aux IFRS est une déclaration
subordonnée à une application de la totalité des normes IFRS : l‟application partielle est
expressément rendue hors de ce cadre. C‟est pourquoi, l‟établissement d‟états financiers IFRS
ne consiste pas à des retraitements des points de divergence entre ces normes et tout autre
référentiel. Il s‟agit d‟une imprégnation des IFRS (méthodes, modalités d‟application, calculs
et hypothèses, informations à fournir, présentation, états financiers), de leur esprit et de leur
interprétation. Désormais, l‟obligation d‟une application intégrale des IFRS n‟est pas
uniquement intrinsèque, elle provient aussi des marchés. L‟identification de ces différents
impératifs permet le passage à l‟identification du projet.

2 Le processus de conversion aux IFRS

Un guide pour la mise en œuvre des normes IFRS par une société ne pouvait être
élaboré par l‟IASB puisque son rôle consiste - comme celui de tout normalisateur- à prescrire
des dispositions normatives sur des thèmes nécessitant des méthodes comptables uniformes.
la définition du processus de conversion aux IFRS serait, par conséquent, le fruit de plusieurs
expériences capitalisées suite aux projets de conversion conduites par certaines grandes
sociétés. La conversion aux IFRS constitue un véritable projet pour la société ârce qu‟il s‟agit
d‟un ensemble d‟actions à entreprendre afin de répondre à un besoin défini sous contrainte

206
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

dans un délai fixé à l‟avance. Le projet de conversion n‟est qu‟un processus adapté, dans ses
détails, aux caractéristiques de chaque société. Pricwaterhouse Coopers (Thierry Charron et
Catherine Le Clainche) demande ainsi, dans la cadre de la journée spéciale « IFRS 2005 »
organisé en Octobre 2003 par les Echos131,que la démarche classique composée des étapes
suivantes : Diagnostic (2.1), Préparation (2.2), Conversion (2.3) et le Suivi (2.4) soit
appliquée.

2.1 Le diagnostic

OBJECTIFS PRINCIPALES ACTIVITES


 Définition du projet (ses objectifs, ses limites et
son planning).
 Définition des premiers axes de communication
interne.
 Appréciation des ressources (effectif,
compétence).
 Possession d’une vision claire de  Mise en place des instances et choix des
l’organisation du projet et d’un organigramme intervenants au projet.
précis.  Analyse du référentiel appliqué et des spécificités
 Détention d’un budget précis relatif au projet. de l’activité de base.
 Désignation d’un responsable projet.  Apports d’expériences et Benchmarks sectoriels.
 Détention d’un plan de déploiement
comportant les étapes-clés devant être atteintes  Détection des divergences entre les normes
appliquées et les normes IFRS.
dans un délai pré déterminé et avec un coût
préétabli.  Identification des transactions, opérations,
 Décision préalable des produits finis traitements en divergence avec les IFRS.
préétablis assignés à chaquen équipe projet.  Validation des options retenues (surtout dans le
cadre de la première adoption des IFRS).
 Impacts sur les grands agrégats financiers.
 Identification préliminaire des impacts132 en
termes de

 Systèmes d’information
 Reporting
 Communication.

Le diagnostic de conversion correspond à une phase stratégique du projet. C‟est


un facteur clé de succès : il offrira la définition la plus précise des contours du projet et de ses
enjeux. En d‟autres termes, il permet l‟identification préalable des difficultés de mise en
œuvre, ce qui est extrêment décisif pour le succès de tout projet. Si des difficultés ne sont pas
131
Lopater C., Sijelmassi L., Cren S., Saint jean C., Hussherr A. (2004), « IFRS 2005 divergences
France/IFRS », éditions Francis Lefebvre, p. 1760.
132
Pour plus de détails se référer à l‟annexe 3.

207
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

identifiées d‟emblée, elles se révèleront très problématiques - en termes de délai de mise en


œuvre. Le diagnostic doit, donc, être mené de manière plus systématique et formalisé par des
groupes de travail non cantonnés à la direction comptable et financière . Ceci se traduit par
une composition intégrant - dès le début - des représentants des métiers et des fonctions
puisqu‟ils apportent, lors de l‟analyse d‟un certain nombres de thèmes, des réponses à des
questions auxquelles les comptables ne sont pas à répondre. En effet, certains points tournant
autour des modalités contractuelles au sein de l‟entreprise sont des points névralgeux. Les
contrats d‟achats soulèvent ainsi une difficulté s‟ils comportent des clauses d‟indexation
qualifiées par les IFRS, dans certains cas, des dérivés cachés. La mobilisation générale dès le
début du projet permettra, donc, un examen efficace de l‟interaction du projet de conversion
avec les autres projets en cours au sein de l‟entreprise, et en particulier ceux se rapportant aux
systèmes d‟information ou à la mise en place de logiciels de consolidation ou d‟ERP.

2.1.1 Analyse primaire

208
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

2.1.1.1 Impacts pratiques de l’adoption des normes IFRS sur certains volets de base de
l’entreprise

NORMES : IAS 2
PROBLEMES - CLES IMPACT SUR
ORGANISATION & PROCESSUS REPORTING FINANCIER SYSTEME D’INFORMATION
Les impacts financiers de la norme IAS I/ COUTS DES STOCKS Les applications spécifiques qui
2 ne sont pas significatifs pour toutes Les coûts de magasinage ou les coûts encourus en délivrant pouvaient être affectées incluent
Les stocks sont évalués au les entreprises. Toutefois, les entités les produits au client sont inclus dans les coûts d‟inventaire. celles pour :
coût incluant prix sont contraintes de procéder à une revue *calculer les coûts (actuel,
d‟acquisition, droits et taxes de leur organisation et des processus Secteur du détail standard et les variances) et
non récupérables, coût de pour : contrôler le coût d‟acquisition.
transformation et autres *s‟assurer que la formule et les calculs a) L’évaluation des stocks dépend de la chaîne *analyser les ventes (statistiques
coûts encourus pour amener du coût du stock incorporent tous les d’approvisionnement et de l’emplacement à la date du de ventes).
les stocks à l‟état et au lieu coûts basés sur la capacité normale. bilan *analyser les stocks à rotation
où ils se trouvent. *collecter les informations relatives à la  Les coûts du stock incluent les coûts liés à la lente ou obsolète et calculer les
Si la valeur de réalisation valeur de réalisation nette (VRN) des logistique, mais excluent les coûts non liés provisions pour dépréciation des
nette (prix de vente -coûts stocks. directement aux opérations de manutention. stocks.
estimés d‟achèvement et  Si des statistiques des stocks sont utilisées, alors la *gérer les actifs immobilisés.
coûts estimés nécessaires  Possibilité du transfert des dépréciation ou les dépenses de loyer encourues sont *gérer la production.
pour réaliser la vente) est responsabilités des prises en compte sur la base de prorata selon l’aire * les rapports de production,
au-dessous du coût calculé comptables au personnel de surface occupée ou l’équipement utilisé. Si les vente et gestion.
ci-haut, alors une opérationnel des services de logistique sont externalisés, tous les coûts
dépréciation de la valeur des départements d’achat, facturés par le prestataire sont pris en compte. Les problèmes qui peuvent se
stocks est à comptabiliser. production (par la  Sont inclus les coûts de transport entre les présenter s’intègrent à l’une des
détermination de la capacité magasins de stockage et ceux de vente, les coûts de catégories suivantes :
normale), marketing et vente déchargement et les coûts de stock de réserve. Par *installer les données de sources

209
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

(par l’estimation des prix et contre, les coûts de rayonnage sont exclus. variées :
coûts de vente pour le calcul b) Accords commerciaux relatifs aux services de support  installer des interfaces ou
de la VRN). des activités de vente fournis par un distributeur à un des liens directs (configuration
fabricant. Spécifiés dans des accords séparés, de tels de software intégré et des
services sont la plupart du temps facturés d’une manière codes analytiques) entre
séparée différentes applications ou
 Les services ne menant à aucun gain économique modules.
supplémentaire au profit du distributeur autre que la  développer des données
conclusion de la vente, ne sont pas comptabilisés relatives aux statistiques des
comme revenus. ventes et approvisionnement ou
 Une appréciation de la substance économique de assurer leur fiabilité.
l’accord commercial est à effectuer pour déterminer  harmoniser les produits ou
si de tels services représentent des réductions, les familles de produits en
escomptes et autres fonds garantis par le fabricant. dépôt et les références.
Dans de tels cas, les sommes reçues sous l‟accord  étendre la capacité des
sont à traiter comme des réductions du coût des applications des actifs
Coût des stocks vendus est ventes. immobilisés au contrôle intégré
calculé soit en utilisant la des pièces de rechange
méthode FIFO soit la II/ METHODES D’EVALUATION (codifications, mesures de
méthode CMP. -Une entité est obligée d‟adopter la même formule volume, dépréciation….).
d’évaluation du coût pour tous les stocks ayant la même  gérer les données (stocks à
nature. rotation lente et VRN) utilisées
-La localisation géographique ne peut pas constituer à elle dans les outils non financiers
seule un motif pour l‟adoption de différentes formules ou réconcilier simplement les
d‟évaluation. données.

Secteur pétrolier (raffinage et distribution) *adapter les formats de reporting :


a) Large utilisation de la méthode du coût de  revoir la carte du parcours
remplacement comme formule d’évaluation du coût et les formats du reporting
 Elle reflète mieux les résultats économiques (manager par produit ou par
découlant des opérations. client, les variations des
 Les entreprises opérant dans ce secteur vont provisions par produit ou par
probablement reporter les valeurs de stocks et les famille de produits).
résultats opérationnels en utilisant les formules
d‟évaluation de coût : CMP ou FIFO.
b) L’IAS 2 autorise la méthode la plus utilisée dans le

210
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

secteur du détail consistant à déterminer le coût du stock


par la réduction de la valeur de vente du pourcentage de
marge brute le plus approprié.

III/ UN CRITERE UNIQUE D’INSCRIPTION -VRN

Secteur des biens de luxe


a) Les produits défectueux sont parfois détruits pour
protéger l’image de marque
 De telles pratiques doivent être prises en compte à
l‟occasion de la détermination de la VRN.
 Les VRN sont très dépendants des cycles de vie
des produits, les plans de marketing, les outils
promotionnels et les canaux spécifiques de
distribution.
b) Les biens en vente dans le cadre de campagnes
promotionnelles ne sont pas nécessairement pris en
compte tant que le prix de vente promotionnel est
supérieur au coût des stocks.

IV/ DIVULGATIONS D’INFORMATIONS


REQUISES
 Les politiques comptables et les formules de calcul
de coût utilisées.
 Les montants reçus.
 Les montants reconnus comme une dépense, les
dépréciations et les reprises.
NORMES : IAS 11
PROBLEMES - CLES IMPACT SUR
ORGANISATION & PROCESSUS REPORTING FINANCIER SYSTEME D’INFORMATION
I/ DEFINITION L‟adoption de la méthode du I/ UNE METHODE UNIQUE – ETAT Les applications spécifiques qui
Le contrat de construction pourcentage d’achèvement rendra les D’ACHEVEMENT pouvaient être affectées par les
est un contrat négocié entités conscientes de la nécessité Le passage de la méthode du contrat complet à celle de exercices d‟évaluation et les
spécifiquement pour la d’impliquer le personnel opérationnel l‟achèvement aura un double impact : divulgations requises incluent celles
construction d‟un actif ou ou les directeurs de projet pour : *Les bilans d‟ouverture doivent être ré - établis pour les relatives à :
le regroupement d‟actifs. *contrôler le pourcentage contrats en progression à la date de transition. *la comptabilité fournisseur ou la

211
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

II/ SPECIFICITES d‟achèvement des contrats. *La manière selon laquelle les résultats sont mesurés et comptabilité des coûts.
Dans certaines *accomplir les tâches qui y sont présentés va changer. *Les systèmes d‟information de
circonstances, il est relatives comme l‟identification des II/ RESULTATS INCERTAINS gestion.
nécessaire de : coûts imputables. La- décision de combiner ou de segmenter les contrats *les outils de gestion des
 segmenter un contrat L‟application d‟IAS 11 renforce le repose sur deux critères - noyaux : acquisitions et des ventes.
unique en des besoin pour l‟expertise et le personnel *Nature des actifs construits. L‟étendue de l‟impact dépendra de
composantes opérationnel puisque leur implication *Négociations des prix. l‟infrastructure IT de l‟entité
identifiables et est essentielle pour la séparation ou la (système intégré ou non,
séparées. combinaison des contrats. Seul le Secteur de la promotion immobilière et de applications standard ou sur
 combiner les personnel qualifié peut déterminer l’aérospatial commande).
contrats afin de refléter avec précision que la conception, la Les systèmes d‟information de
la substance d‟un technologie et les fonctions des actifs a) Appliquer le critère pour combiner ou segmenter les gestion doivent avoir l‟aptitude de :
contrat ou un groupe de sous construction sont semblables ou contrats pose généralement beaucoup de problèmes. *calculer le pourcentage
contrats. différents. d‟achèvement.
III/ REVENU De même, le personnel des ventes est b) Dans le cas d’un projet global, comprenant des phases *contrôler des contrats aussitôt
-Les revenus d‟un contrat Généralement le plus apte à identifier de recherche, développement et production, les contrats qu‟ils sont comptabilisés dans le
mesurés à la juste valeur les négociations relatives au contrat, correspondants à l’une de ces trois phases doivent-ils être carnet de commande; les
de ce qui est reçu ou à les facturations additionnelles, et les combinés ou non ? systèmes de contrôle doivent
recevoir incluent : méthodes de règlement négociées avec faciliter l‟estimation des coûts
 le montant initial du le client. Si de telles combinaisons reflètent la substance de l’accord, d‟achèvement.
revenu accepté dans le adopter quel le traitement comptable ? En effet, dans *distinguer entre les montants
contrat. certains cas, le résultat d‟un projet global ne peut être estimé payés et les montants non payés.
*produire les données
 les variations dans le de manière fiable alors que le résultat de chaque phase
individuelle commencée peut être estimé de manière fiable. appropriées du budget (budget
travail du contrat, les
initial, révisions) et comparer
réclamations et
Secteur de l’aérospatial avec les données actuelles
paiements de primes
Si un ministère adopte son option avec un entrepreneur de (revenus, coûts, marge brute et
qui sont probables et
défense pour plus de cinq avions, en addition des vingt nette).
qui peuvent être
originaux qui ont été contractés. Le nouveau contrat est Les processus de gestion des
mesurés d‟une manière
valorisé de nouveau si l‟option était sans prix. Les deux contrats de construction ne sont
fiable.
contrats ne peuvent donc pas être combinés pour des pas totalement automatisés en
-Les revenus et les coûts
objectifs comptables car le prix de l‟avion dans le général. Or le système
du contrat sont reconnus
nouveau contrat n‟est pas négocié avec attention au prix d‟information de gestion est
en conformité avec la
du contrat initial. surtout une application sur
méthode d‟achèvement
III/ REVENUS DU CONTRAT commande.
(coûts encourus ou
-Les revenus d‟un contrat de construction sont mesurés à la Les systèmes d‟information de
travaux actuellement

212
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

accomplis). juste valeur de la contrepartie reçue ou à recevoir. gestion et les systèmes comptables
IV/ RESULTAT -En cas de paiements différés, les revenus ne sont pas pris doivent être interfacées avec la
-Lorsque le résultat d‟un en compte. capacité de calculer le pourcentage
contrat ne peut être estimé Secteur de la promotion immobilière et de d‟achèvement par contrat, de
de manière fiable, le l’aérospatial valider et de générer
revenu du contrat n‟est a) Les revenus doivent être ajustés pour des conditions automatiquement les entrées
reconnu qu‟à concurrence de règlement non typiques sous lesquelles l’intérêt est pertinentes (correspondant aux
des coûts encourus et non demandé (Exemple : crédit gratis) et le revenu du revenus et coûts pour la période) et
attendus d‟être contrat est réduit avec une entrée semblable sous de produire des informations de
recouvrables ; tandis que résultat financier. gestion détaillées, pour se
les pertes attendues b) Au contraire, le résultat financier généré par les cash conformer aux exigences d‟IAS 11.
doivent être flows positives des contrats peut être considéré comme
immédiatement un élément additionnel du prix et peut être reconnu
provisionnées. Si l‟entité comme revenu du contrat.
opte pour la c) Si les entités utilisant un taux fixe (correspondant à
capitalisation des coûts un taux de couverture de la monnaie étrangère) ont
d‟emprunt comme partie comptabilisé les revenus en utilisant le taux à la date de
du coût d‟un actif alors la transaction, alors les résultats de la couverture de la
les coûts du contrat de monnaie peuvent être classés sous les revenus du
construction doivent contrat si les critères de qualification dans IAS 39 sont
inclure ces derniers. atteints.

Secteur de l’aérospatial
Les paiements de prime ou de n‟importe quelle pénalité
pour non atteinte des dates limites ou respect de n‟importe
quelles autres dispositions du contrat sont reportés comme
ajustements au revenu.
NORMES : IAS 12
PROBLEMES - CLES IMPACT SUR
ORGANISATION & PROCESSUS REPORTING FINANCIER SYSTEME D’INFORMATION
Les entités sont appelées à La norme exige que le personnel I/ RECONNAISSANCE DES ACTIFS D’IMPOT Les problèmes des revenus
reconnaître les actifs et les comptable travaille efficacement avec DIFFERE d’impôt auront essentiellement
passifs d’impôts différés le département fiscal pour : -Sous l‟IAS 12, l‟actif d‟impôt différé est reconnu pour les incidence sur la comptabilité et
basés sur les différences *piloter et calculer les bases d‟impôt crédits d‟impôt non utilisés. Cette reconnaissance est les systèmes de reporting d’impôt.
temporelles entre les des actifs et passifs. conditionnée par la probabilité de disponibilité de profits -Le caractère significatif de
montants d‟actifs et de *piloter les pertes d‟impôt et les futurs imposables, contre lesquels les crédits d‟impôt non l‟impact de ces systèmes est

213
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

passifs dans le bilan et leurs crédits d‟impôt. utilisé puissent être utilisés. improbable. Cet impact concerne
bases d‟impôts, et les *déterminer les compensations -L‟implantation d'IAS 12 peut aboutir à des pratiques moins essentiellement le contrôle et
reports d‟impôts (gains / possibles entre les actifs et passifs conservatrices de la part des entreprises. l‟interprétation des données
pertes) non utilisés. d‟impôt différé. -Au contraire, dans quelques cas, plus de preuves détaillées d‟impôt, set plus pécifiquement :
IAS 12 interdit la *évaluer le degré de recouvrement vont être exigées pour démontrer la probabilité que des *contrôler (en utilisant l‟existant
reconnaissance de passifs des actifs et passifs d‟impôt différé. profits futurs imposables suffisants vont être disponibles. ou les nouveaux outils de
(actifs) d‟impôt différé pour *contrôler les changements dans les conception) les bases d‟impôt et
les différences temporelles taux d‟impôt et collecter les taux II/ PASSIFS D’IMPOT DIFFERE – GOODWILL, les montants obtenus.
qui apparaissent du fait de la d‟impôt appliqués pour déterminer le MARQUES ET PARTS DE MARCHE *accomplir des simulations pour
reconnaissance initiale d‟un montant des impôts différés lors de -Le principe consiste à reconnaître les passifs d‟impôt évaluer les effets d‟impôt (actuel
actif (passif) dans une l‟éventualité des ventes d‟actifs. différé pour toutes les différences temporelles imposables. et différé) des options choisies et
transaction qui : *préparer plus de divulgations -L‟exception au principe est de ne pas reconnaître de passifs les traitements d‟impôt à travers
 n‟est pas un détaillées. d‟impôt différé pour les différences temporelles imposables le temps.
regroupement résultant de la reconnaissance initiale du goodwill. *adapter le système du reporting
d‟entreprises. L’implantation d’IAS 12 entraînera -Si les entités reconnaissent les marques ou parts de marché pour les nouvelles exigences de
 n‟affecte ni les profits une hausse des divulgations relatives dans leur bilan, alors l‟application d‟IAS 12 peut aboutir à divulgation.
ou pertes comptabilisés ni à l’impôt et de la transparence de la une croissance de passifs d‟impôt différé. Si ces instruments
ceux imposables au performance d’impôt des entités. sont inclus dans le bilan d‟ouverture pour l‟adoptant pour la
moment de la transaction. première fois en conformité avec le critère d‟identification
A défaut de fiscalistes disponibles dans défini par IAS 38, un passif d‟impôt différé doit être
Pas de passif d’impôt les filiales, les outils – comme les reconnu.
différé, reconnu pour des manuels comptables et fiscaux
différences temporelles comprenant des questionnaires III/ PASSIFS D’IMPOT DIFFERE -
imposables résultant de la permettant aux entités du groupe d‟être INVESTISSEMENT
reconnaissance initiale du aptes de calculer les bases d‟impôt - et -Les entités doivent reconnaître un passif d‟impôt différé
goodwill. une préparation appropriée doivent être pour toutes les différences temporelles imposables associées
fournies pour assurer un reporting de avec les investissements dans les filiales, succursales et les
Les actifs ou passifs qualité. associations, et les intérêts dans les joint-venture exception
d‟impôt différé sont faite des cas où deux conditions sont satisfaites :
mesurés au taux d‟impôt Les équipes fiscales doivent être  l‟associé, l‟investisseur ou le venturier est capable de
estimé être appliqué à la impliquées au niveau du groupe et de contrôler le timing du renversement de la différence
période à laquelle l‟actif est la filiale. temporelle.
réalisé ou le passif est réglé,  il est probable que la différence temporelle ne sera pas
basé sur des taux d‟impôt  Les composantes – majeures des renversée dans un avenir prévisible.
qui sont promulgués ou revenus ou dépenses d’impôt vont
substantivement promulgués être reportés séparément, avec une IV/ CHANGEMENTS CONSEQUANTS AUX

214
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

à la date du bilan. explication de la relation entre le ACTIFS D’IMPOT DIFFERE RESULTANT DES
résultat d’impôt ou la dépense et le REGROUPEMENTS D’ENTREPRISES
Les éléments suivants sont à profit comptable, en la forme typique -D‟après IFRS 3, si le bénéfice potentiel d‟un report de perte
reconnaître : d’une réconciliation numérique entre d‟impôt sur le résultat d‟une acquisition ne satisfait pas le
 Les actifs d‟impôt le taux d’impôt moyen effectif (ETR) critère pour la reconnaissance séparée quand le
différé relatifs aux pertes et le taux d’impôt appliqué. regroupement d‟entreprises est initialement comptabilisé
et crédits d‟impôt (mais par conséquent réalisée), alors l‟acquéreur doit
reportable non utilisé, reconnaître que le bénéfice comme inclus dans l‟impôt sur
jusqu‟à l‟étendue où il est le résultat dans l‟état de résultat.
probable qu‟ils soient -Simultanément, l‟acquéreur réduit le montant obtenu du
recouvrables dans le goodwill au montant qui aurait dû être reconnu si l‟actif
futur. d‟impôt différé avait été reconnu comme un actif
 Les actifs ou passifs identifiable à la date d‟acquisition et reconnaît la réduction
d‟impôt différé résultant dans le montant obtenu du goodwill comme une dépense.
des différences -De même, les entités doivent établir des systèmes de
temporelles relatifs aux contrôle de mesure des actifs d‟impôt différé relatifs aux
investissements dans les acquisitions d‟affaires.
filiales, les succursales et
les associations et aux V/ COMPENSATION DES ACTIFS ET PASSIFS
intérêts dans les Joint – D’IMPOT DIFFRE
venture, où il est probable L‟entité doit compenser uniquement les actifs d‟impôt
que les différences différé et passifs d‟impôt différé si et seulement si :
temporelles vont être *elle a le droit légalement d‟imposer les actifs d‟impôt
renversées dans le futur courant contre les passifs d‟impôt courant
prévisible. Et
 Les actifs ou passifs *qu‟elle a l‟intention de réaliser les actifs et régler les
d‟impôts différés en passifs simultanément.
respect des ajustements
aux montants des actifs et VI/ DIVULGATIONS EXIGEES
passifs inclus dans le -Les composantes majeures de dépense ou résultat d‟impôt.
bilan d‟ouverture -Le montant (et la date d‟expiration) des différences
résultant de la première temporelles déductibles, pertes d‟impôt non utilisées, et
adoption des IFRS. crédits d‟impôt non utilisés pour qui il n‟y ait pas d‟actifs
d‟impôt différé, qui ne sont pas reconnus dans le bilan.
-La dépense d‟impôt ou le résultat relatif aux abandons
d‟activité.

215
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

-La nature des preuves supportant la reconnaissance des


actifs d‟impôt différé dans le cas d‟un historique récent de
pertes d‟impôt quand l‟utilisation des actifs d‟impôt différé
dépend des profits futurs imposables en excès des profits
résultant du renversement de différences temporaires
imposables existantes.

VII/ RECONCILIATION DU TAUX D’IMPOT


-Expliquer la relation entre dépense (revenu) d‟impôt et
profit ou perte comptabilisé dans l‟une ou deux formes
suivantes :
* réconciliation numérique entre dépense d‟impôt et le
produit du profit comptable multiplié par le taux d‟impôt
applicable et divulgation de la base selon laquelle le taux
d‟impôt applicable est calculé.
* réconciliation numérique entre le taux moyen effectif et
le taux d‟impôt appliqué et divulgation de la base selon
laquelle le taux d‟impôt applicable est calculé.
NORMES : IAS 14
PROBLEMES - CLES IMPACT SUR
ORGANISATION & PROCESSUS REPORTING FINANCIER SYSTEME D’INFORMATION
IAS 14 décrit l‟information I/ IMPACT SUR I/ IDENTIFICATION DES SEGMENTS Les applications spécifiques qui
segmentée en segments L’ORGANISATION ET LA D’ACTIVITE ET DES SEGMENTS peuvent être affectées incluent
primaires et secondaires par STRUCTURE DU REPORTING GEOGRAPHIQUES celles pour :
activité ou zone INTERNE -La structure organisationnelle et le système d‟information *La comptabilité financière ou
géographique : -L‟entité doit avoir une vue générale interne d‟une entité sont normalement utilisés pour identifier la comptabilité des coûts (bilan,
 Le secteur d‟activité sur la relation entre le reporting les secteurs à reporter. état de résultat).
est une composante interne et le reporting externe selon -L‟approche « risque et rendement » demandée par l‟IAS 14 *La gestion de trésorerie (Cash
distincte d‟une entité qui cette norme. peut avoir les conséquences suivantes : flows statements).
est engagée à fournir un -La définition d‟un segment doit *La gestion des actifs
produit ou service être conforme avec l‟organisation  Les principes pour l‟information segmentée sous immobilisés.
individuel ou un groupe interne de l‟entité telle qu‟elle certaines normes locales peuvent différer d‟IAS 14. *Les outils de reporting et de
de produits ou de services donne structure au reporting  Le nombre des secteurs reportés peut changer. consolidation.
liés et caractérisée par des financier.
risques et des rendements -La définition du secteur devrait être -Les informations segmentées selon IAS 14 doivent être I/ TRAITEMENT DES
différents de ceux des approuvée par la direction considérées Pour assurer la permanence, quand on identifie DONNEES

216
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

autres secteurs d‟activité. supérieure puisque son impact ira les Unités Génératrices de Trésorerie (U.G.T) sous IAS 36 -Il n‟y a pas beaucoup d‟entités
 Le secteur au-delà des problèmes strictement pour les buts des tests de dépréciation. qui ont des outils pour identifier
géographique est une comptables. -Pour les objectifs de l‟allocation du Goodwill, une UGT et contrôler l‟information sur les
composante d‟une entité -Dans des circonstances extrêmes, peut ne pas être plus large qu‟une information segmentée actifs et passifs sectoriels
qui est engagée à fournir les analyses des risques et des selon IAS 14. (manque de codification).
des produits ou services rendements exigées par IAS 14 -Les systèmes existants
dans un environnement peuvent mener à des changements II/ DIVULGATIONS EXIGEES permettent, généralement, à la
économique particulier, et dans la structure organisationnelle 2.1. Politiques comptables direction d‟effectuer des
qui est objet à risques et de l‟entité et/ou les systèmes de Bien qu‟elles soient utilisées dans la préparation et la transactions inter-groupes mais
rendements qui sont reporting interne. présentation des états financiers d‟une entité comme un non des transactions inter-
différents de ceux des tout, les politiques comptables sont fondamentales pour segments.
composantes opérant dans II/ ALLOCATION DES la segmentation ; ces dernières incluent aussi les -Comme les frontières des
d‟autres environnements DEPENSES, REVENUS, politiques qui sont spécifiquement liées à l‟information segments sont variables la
économiques. ACTIFS ET PASSIFS AUX segmentée telles que l‟identification des segments, la plupart du temps, les systèmes
Les segments homogènes SEGMENTS méthode des prix de transferts inter-segments et la base doivent être suffisamment
sont identifiés en utilisant -L‟allocation des dépenses, revenus, d‟allocation des revenus et dépenses aux segments. flexibles pour prendre en
des analyses de risques actifs et passifs, qui ne sont pas compte les changements
et de rendement. Elles couramment alloués, peut aboutir à 2.2. Actifs et passifs du secteur possibles des segments d‟une
détermineront si le format une reconsidération des Les valeurs obtenues des actifs opérationnels d‟un secteur année à l‟autre.
d‟une information responsabilités ou à des (excluant les actifs d‟impôt sur le bénéfice et incluant le - Les changements des
segmentée primaire d‟une changements organisationnels. Goodwill et les actifs incorporels) et des passifs sont structures analytiques dans les
entité sera des segments -Certaines dépenses (comme les divulguées séparément pour chaque secteur. Les coûts différents systèmes vont générer
d‟activité ou des dépenses de recherche et totaux encourus pendant la période d‟acquisition des le besoin de revoir les interfaces
segments géographiques. développement) et actifs (comme actifs sectoriels (corporels et incorporels) estimés être entre les systèmes d‟information
les actifs incorporels) ne sont, utilisés pendant plus qu‟une période, sont aussi reportés. variés (systèmes de comptabilité
-Les segments d‟activité ou généralement, pas toujours allouées financière, gestion des actifs
les segments géographiques aux segments. Le personnel 2.3. Résultats sectoriels incorporels et gestion de la
avec des risques et opérationnel ne prend donc pas Sous IAS 14, les résultats sectoriels doivent incorporer trésorerie avec les systèmes de
rendements distinctifs qui toujours de responsabilité envers tous les éléments du résultat généré par les actifs et reporting ou de consolidation, et
sont comparés à d‟autres eux. passifs alloués au secteur, incluant instruments, particulièrement dans le cas
segments sont, -Ceci peut entraîner un défaut exceptionnels tel que la restructuration. Les résultats sont d‟application spécifiques)
généralement, informés d‟alignement des systèmes de avant impôts et charges financières, mais ils incluent la *N‟importe quelle
séparément. reporting interne et externe et les dépréciation des incorporels et du Goodwill alloué au modification d‟interfaces
indicateurs - clés de la performance. secteur. aboutira à une définition des
-Un segment est informé si -Dans tous les cas, les entités auront nouveaux tableaux de
la majorité de ses revenus besoin d‟informer et d‟entraîner le 2.4. Dépenses non décaissables planification.

217
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

est obtenue de ses ventes staff opérationnel dans les domaines Une entité doit divulguer le montant total des dépenses
aux clients externes, et que : des ventes et des recherches et incluses dans les résultats d‟un secteur pour dépréciation II/ INFORMATION DE
 son revenu est 10% ou développement de façon telle qu‟ils et amortissement des actifs pour la période pour chaque FORMATION
plus du revenu total de soient conscients des exigences du secteur reporté. En plus, le total non cash des autres -Cette norme demande aux entités
tous les segments. reporting externe révisés et départements significatifs doit être divulgué pour chaque d‟adapter les outils utilisés pour la
son résultat sectoriel, si fournissent les ressources secteur reporté. collecte d‟information par les
le profit ou la perte, est appropriées pour les exercices segments d‟activité ou les
10% ou plus du résultat d‟allocation. 2.5. Divulgations demandées pour un secteur segments géographiques.
combiné de tous les géographique quand le format de l’information primaire -L‟entrée des données ou les
secteurs bénéficiaires ou III/ CONSIDERATIONS est un segment d’activité processus automatiques d‟input
le résultat combiné de D’IMPOT -Le revenu externe par surface géographique (basée sur la pour l‟information segmentée peut
tous les secteurs -Les fiscalistes peuvent avoir besoin localisation de la clientèle) pour chaque segment avoir besoin d‟être décentralisée.
déficitaires (celui qui est d‟apprécier si les exigences d‟IAS géographique représentant au moins 10% du revenu -Les outils du processus, exigés
le grand en montant 14 de divulguer les politiques de externe total. par IAS 14 vont être plus
absolu). prix pour les transferts inter – -Les montants obtenus des actifs sectoriels par complexes si la structure légale est
segments, peuvent renforcer ou localisation géographique représentant au moins 10% du significativement différente de la
Si le revenu externe total affaiblir l‟appropriation des total des actifs des secteurs géographiques. structure opérationnelle
attribuable aux secteurs politiques de transfert des prix -Les coûts totaux encourus durant la période d‟acquisition (segmentation des données et un
reportés est moins que 75% d‟une entité. des actifs sectoriels dont l‟utilisation est escomptée durant arrêt analytique).
du revenu total consolidé, plus qu‟une période (dépenses immobilisés en actifs
les secteurs additionnels corporels ou incorporels) pour chaque secteur
reportés sont identifiés par géographique représentant au moins 10% du total des
réduction du seuil de 10% actifs de tout segment géographique.
jusqu‟à ce que 75% du
revenu total soit inclus. 2.6. Divulgations demandées pour un secteur d’activité
-Les revenus, le résultat, les quand le format de l’information primaire est un
actifs et les passifs, les segment géographique (pour la présentation des secteurs
charges de dépréciation ou au moins 10% du total des revenus externes ou ceux
d‟amortissement, et les comptabilisés pour au moins 10% du total des actifs de
dépenses non cash sont tous les segments d’activité)
divulgués en secteurs -Le revenu sectoriel externe.
primaires. -Le total du montant des actifs sectoriels.
-Les revenus et les actifs -Le total des coûts encourus pendant la période
sont divulgués en secteurs d‟acquisition des actifs dont l‟utilisation est escomptée
secondaires. pendant plus qu‟une période (dépenses immobilisées en
les actifs corporels ou incorporels).

218
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

NORMES : IAS 16 & IAS 40


PROBLEMES - CLES IMPACT SUR
ORGANISATION & PROCESSUS REPORTING FINANCIER SYSTEME D’INFORMATION
I/ RECONNAISSANCE INITIALE Les deux normes affecteront
principalement les applications IT
TRANSFERT DES
Secteur du service public pour contrôler les actifs et le
RESPONSABILITES a) Les entreprises dans certains secteurs qui utilisent des système de reporting ou de
 sites d’évacuation des déchets ou des carrières sont consolidation.
appelées à restaurer les sites utilisés. Les éléments suivants doivent être
Plusieurs dispositions d‟IAS 16 & IAS b) De tels coûts futurs sont incorporés dans le coût d’un pris en compte :
40 exigent des entités le transfert les bien d’immeubles, installations et équipements si les *les composantes (réduction
responsabilités assumées auparavant obligations pour de tels coûts devaient être reconnues initiale et reconnaissance des
par la fonction financière au personnel comme une provision sous IAS 37. pièces de rechange).
opérationnel pour les buts suivants : c) Dans ces secteurs spécifiques les provisions pour la * la valeur résiduelle.
 valider les coûts des parties de restauration du site sont d’habitude reconnues en * intégration des éléments de
biens d‟immeubles, installations et conformité avec l’allure avec laquelle le site est utilisé et base du coût unitaire
équipements (incluant la « l’élément de restauration du site » compris dans le (regroupement possible).
détermination des coûts directement coût d’un actif est reconnu. *Les éléments d‟identification
attribuable). de la dépréciation.
 définir les composantes Secteur du pétrole et du gaz
importantes. a) Les révisions régulières sont généralement CONTROLE DES ACTIFS
 identifier les immeubles de demandées dans la gestion des moyens de raffinerie du IMMOBILISES ET DES
placement. pétrole. Le coût d’un long arrêt est identifié comme un
 valider les périodes et méthodes élément du coût d’immeubles, installations et APPLICATIONS DE
de dépréciation pour les biens équipements. Sous les IFRS, de tels coûts sont amortis, GESTION
d‟immeubles, d‟installations et au-delà de la période, entre les opérations de révision et

d‟équipements ou leurs par conséquent, recapitalisés sur la base des dépenses
composantes. encourues. La mise à jour des systèmes doit
 déterminer si les dépenses b) Les entreprises possèdent ou détiennent des quantités être concentrée sur une
encourues peuvent être capitalisées. de pétrole ou de gaz qui sont nécessaire pour faire configuration de données, une
 revue régulière des périodes et fonctionner un actif durant plus qu’un cycle codification des classes
méthodes de dépréciation, de la d’exploitation. Ces articles de stock sont comptabilisés d‟immeubles, installations et
valeur résiduelle et l‟évaluation des en immeubles, installations et équipements tant qu’ils ne équipements, et sur la capacité
immeubles, installations et sont pas détenus pour vente ou consommés dans le d‟intégrer les nouveaux sous
équipements non utilisés. processus de production ou durant le processus de groupes d‟immeubles, installations
rendement de service. Ceci s’applique même si le gaz ou et équipements.

219
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

pétrole qui est classé en tant qu’immeubles, installations Les systèmes d‟actifs immobilisés
et équipements ne peut pas être séparé physiquement du doivent avoir l‟aptitude de :
reste des stocks. * séparer les biens d‟immeubles,
installations et équipements et
II/ APPROCHE PAR COMPOSANTE les classer en groupe (approche
par composante).
Secteur de la promotion immobilière * utiliser plus qu‟une période
La séparation des actifs en parties est basée d‟évaluation et dépréciation.
essentiellement sur une analyse de la durée de vie * contrôler les biens
actuelle. Néanmoins, le même actif peut être séparé d‟immeubles, installations et
différemment dans les différentes entités. Une entreprise équipements, et la dépréciation
de promotion immobilière qui utilise un parc par secteur.
d‟équipement de construction au-delà de la période de 5
ans va les séparer en deux parties. Entre temps, une autre
entreprise, qui vend son équipement de construction après
l‟avoir utilisé pendant une période plus courte, ne va pas
déprécier les parties de l‟équipement de construction
séparément, mais, va certainement prendre en compte la
valeur résiduelle.

III/ DEPRECIATION
Une entreprise qui possède et gère un bâtiment comme son
siège social doit déprécier ses parties séparément, tel que
structure du bâtiment, installation, montages électriques
généraux… Les valeurs résiduelles sont aussi considérées et
estimées sur la base des prix de marché pour les actifs
similaires à la fin de leur période d‟utilisation.

Secteur du service public


Dans certaines juridictions, les actifs d‟infrastructure tels
que les réseaux de distribution électriques sont négociés
avec un renouvellement de la base comptable ; la dépense
annuelle, exigée pour maintenir la capacité opérationnelle
des actifs d‟infrastructure, est traitée comme la charge de
dépréciation de la période, et est, par exemple, déduite du
montant recouvrable des actifs tant que la dépense

220
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

actuelle est capitalisée lorsqu‟elle est encourue.

IV/ JUSTE VALEUR


Les immeubles ont beaucoup de caractéristiques spécifiques
telles que leur localisation, usage et état avec respect des
régulations de zone et de sécurité, des normes anti-pollution
et des techniques de construction.
En l‟absence des prix courants dans un marché actif pour les
actifs authentiquement comparables, comme c‟est décrit aux
§ 32 & 33 d‟IAS 16 ainsi que les § 45 & 46 d‟IAS 40, il est
possible d‟estimer la juste valeur des immeubles à
l‟intérieur d‟un rang de valeur.

Secteur de la promotion immobilière


 la juste valeur des terrains et bâtiments est, d‟habitude,
déterminée par une évaluation des preuves basées sur le
marché. L‟évaluateur doit être qualifié, mais ne doit pas
être indépendant du reporting de l‟entité.
 Une entreprise de promotion immobilière qui a un
large nombre d‟immeubles individuels à partir desquelles
elle rapporte des revenus fonciers et d‟autres revenus
commerciaux tels que les immeubles qui ne
correspondent pas à la définition des immeubles de
placement sous IAS 40, a à considérer chaque immeuble
individuel comme un bien séparé d‟immeubles,
d‟installations et d‟équipements. Les immeubles
individuels ne peuvent pas former un bien unique dans le
but d‟appliquer le modèle de réévaluation d‟IAS 16 même
si les immeubles sont individuellement immatériels.
 Quelques immeubles consistent en la portion que
l‟entité détient pour rapporter des loyers (ou pour
l‟appréciation du capital) en une autre portion détenue
pour l‟utilisation dans la production ou l‟acquisition de
biens ou services ou des fins administratives. Si ces
portions sont dans un état et condition tel que l‟entité peut
disposer d‟eux séparément, l‟entité comptabilise

221
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

séparément les portions de l‟immeuble (Exemple :


L‟immeuble est partiellement un immeuble de placement
et partiellement immeuble, installation et équipement).
NORMES : IAS 18
PROBLEMES - CLES IMPACT SUR
ORGANISATION & PROCESSUS REPORTING FINANCIER SYSTEME D’INFORMATION
La norme exige que le L‟IAS 18 exige des entités d‟analyser, I/ MESURE La norme exige que le revenu de
revenu de la vente de biens pour des buts de reconnaissance, la Dans une relation d’intermédiation, les montants collectés la vente de biens soit reconnu
d‟être soit reconnu substance des transactions basée sur pour le compte de l’agent principal ne sont pas des revenus. uniquement quand (parmi d‟autres
uniquement quand (parmi les termes et conditions des accords. Le revenu est plutôt le montant des commissions. conditions), les avantages et
d‟autres conditions), les En plus de la fonction financière, risques significatifs liés à la
avantages et risques l‟implication de plusieurs Secteur des télécommunications propriété des biens ont été
significatifs liés à la départements dans ce processus Un opérateur de téléphone rendant un service, tel que transféré du vendeur à l‟acquéreur.
propriété des biens ont été s‟avère nécessaire. Exemple : Le « booking service », facture le montant total au client Plus spécifiquement :
transférés du vendeur à personnel du département juridique, final et comptabilise la facture de prestation de service en *le revenu doit être reconnu sur
l‟acquéreur. Plus marketing et vente doit être conscient tant que coûts. la base de la substance de la
spécifiquement : des critères relatifs au transfert des transaction, et non sa forme
*le revenu doit être risques et avantages de la propriété et Secteur du service public légale.
reconnu sur la base de la de la perte du contrôle effectif des Dans le cas d‟une société de distribution des eaux, les *Les transactions doivent être
substance de la marchandises vendues. redevances variées, collectées à la place d‟une troisième combinées et considérées
transaction, et non sa partie (telles que les taxes municipales et autres), doivent comme un tout si le fait
forme légale. Les changements aux pratiques de être analysées pour déterminer si elles se conforment au commercial ne peut être connu
*Les transactions vente et/ou les revues des conditions critère de reconnaissance des revenus. Même si une sans référence aux séries des
doivent être combinées générales des ventes peuvent aussi être analyse de cas par cas est nécessaire, il est probable que transactions comme un tout.
et considérées comme un nécessaires. les taxes collectées et remboursées en totalité n‟obéissent
tout si le fait commercial Contrôler l‟application correcte des pas au critère de reconnaissance des revenus. Les ventes de biens doivent être
ne peut être connu sans critères de reconnaissance pour les reconnues quand :
référence aux séries des services rendus peut exiger  *l‟entité a transféré à l‟acheteur
transactions comme un l‟implantation d‟un système de suivi les avantages et risques
tout. des coûts comprenant les coûts Quand une entité détient les principaux risques et avantages significatifs liés aux biens.
encourus ou à encourir pour achever la liés à la propriété, la transaction ne constitue pas une vente *l‟entité ne conserve ni
Les ventes de biens doivent transaction du pilotage du stade et ne génère pas de revenu. l‟implication managériale
être reconnues quand : d‟achèvement de la transaction jusqu‟à continue au degré
*l‟entité a transféré à la date de clôture. Secteur de la distribution habituellement lié à la
l‟acheteur les avantages Seul le staff opérationnel pourra Sous certains accords de distribution, les risques des non propriété, ni le contrôle effectif
et risques significatifs capable de fournir l‟information ventes ne sont pas transférés au distributeur. Si les ventes sur le bien vendu.

222
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

liés aux biens. nécessaire pour le système de suivi des tombent, le fabricant est soit obligé de ré acheter les biens *le montant du revenu peut être
*l‟entité ne conserve ni coûts. ou forcé à réduire le prix de vente. Dans de tels cas, la mesuré de manière fiable.
l‟implication vente est reconnue uniquement quand la livraison est faite *il est probable que les
managériale continue au Ce staff (par exemple : les au client final. avantages économiques
degré habituellement lié représentants des ventes) doit être Dans les cas où la vente par correspondance permet au associés à la transaction vont
à la propriété, ni le conscient des conséquences de la client de refuser les marchandises dans une période de N bénéficier à l‟entité.
contrôle effectif sur le reconnaissance du revenu à la juste jours, les revenus des ventes ne seront reconnus qu‟à la *les coûts encourus ou à
bien vendu. valeur de la contrepartie. fin de cette période. encourir en respect de la
*le montant du revenu transaction peuvent être mesuré
peut être mesuré de Secteur de l’aérospatial de manière fiable.
manière fiable. Dans le cas de livraisons intermédiaires pour montage, le
*il est probable que les transfert effectif des avantages et risques liés à un actif Le revenu résultant de la
avantages économiques devant être considéré ; les conditions contractuelles prestation de service doit être
associés à la transaction peuvent mieux indiquer qu‟un tel transfert prend place reconnu par référence au stade
vont bénéficier à l‟entité. quand le client final accepte les biens. d‟achèvement de la transaction.
*les coûts encourus ou à
encourir pour respecter  Finalement, le revenu doit être
les termes de la systématiquement mesuré à la
transaction peuvent être Quand les biens ou services sont échangés ou bien troqués juste valeur de la contrepartie
mesurés de manière contre des biens ou services de nature et valeur similaires reçue ou à recevoir (prise en
fiable. l’échange n’est pas comptabilisé comme une transaction compte des termes du paiement,
générant un revenu. escomptes et notes de crédits…)
Le revenu résultant de la
prestation de service doit Secteur des télécommunications L‟IAS 18 inclut aussi les principes
être reconnu par référence Un échange de service entre un opérateur d‟Internet et une sur les revenus résultant de
au stade d’achèvement de entreprise de média ne donne pas lieu à la reconnaissance l‟utilisation par d‟autres actifs de
la transaction. des revenus, si la juste valeur du service ne peut être l‟entité rendant : intérêts, royalties
déterminée par sa comparaison à des transactions types. et dividendes.
Finalement, le revenu doit Sous certains accords de distribution, les risques des non
être systématiquement ventes ne sont pas transférés au distributeur. Si les ventes
mesuré à la juste valeur de tombent, le fabricant est soit obligé de ré acheter les biens
la contrepartie reçue ou à ou forcé à réduire le prix de vente.
recevoir (prise en compte
des termes du paiement, 
escomptes et notes de
crédits…) Les transactions, incluant (si c’est applicable) un groupe de

223
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

transactions liées ensemble comme un tout, devraient être


L‟IAS 18 inclut aussi les analysées conformément à leur substance. transaction
principes de constatation es générant un revenu.
revenus résultant de
l‟utilisation par d‟autres Secteur des télécommunications
actifs de l‟entité rendant : Les fournisseurs de service de télécommunication mettent
intérêts, royalties et beaucoup de fois les honoraires d‟activation à la charge des
dividendes. nouveaux clients dés le commencement du contrat. La
connexion ou l‟activation initiale n‟a généralement pas de
valeur pour le client sur une base strictement unique. Il
n‟en est pas de même lorsqu‟il utilise la connexion avec
l‟approvisionnement suivant de l‟accès mensuel. Si les
honoraires d‟activation reçus ne sont pas restituables, les
revenus des périodes futures ne seront pas inclus dans le
prix d‟activation et il n‟y a pas de période au-delà de
laquelle, les revenus sont différés. Si les coûts liés à
l‟actualisation sont imputés à l‟état de résultat tant qu‟ils
sont encourus, les revenus peuvent être reconnus
immédiatement. Mais, le différé de ces revenus au-delà de
la période de rétention moyenne du client peut être aussi
acceptable. Dans le dernier cas, les coûts augmentés
correspondants doivent être reconnus comme un actif, et
être différés au-delà de la même période comme honoraires
de l‟actualisation qui résulte de la transaction.



IAS 18 prévoit que « les critères de reconnaissance sont


appliqués à deux transactions ou plus ensemble quand elles
sont liées de façon telle que l’effet commercial ne peut pas
être connu sans se référer aux séries de transactions comme
un tout. » La reconnaissance des transactions comprenant
plusieurs éléments est une des principales difficultés de
l’implantation de l’IAS 18.

Secteur de l’automobile

224
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

Les sous traitants dans le secteur de l‟automobile vendent


le modèle des prototypes pré utilisés, les outils, et les
composantes aux fabricants. Même si celles-ci sont des
transactions séparées d‟un point de vue légal, elles sont
d‟habitude considérées comme une transaction unique
surtout quand les coûts de conception des prototypes pré
utilisés sont facturés sur une base peu méthodique. Une
analyse du cas par cas est nécessaire pour évaluer la
substance des relations client – fournisseur.

Secteur des télécommunications


Les offres des opérateurs de téléphone portable peuvent
inclure une cellule de téléphone à un coût réduit et combiné
avec un contrat pour une période d‟ensemble. Dans ce cas,
la substance de l‟offre nécessite d‟être comprise avant de
prendre une décision sur le traitement à accorder : la
reconnaissance comptable la plus appropriée des éléments
comme unique ou la comptabilisation pour des transactions
séparées.



Les revenus doivent être mesurés à la juste valeur de ce qui est


reçu ou à recevoir. Ils doivent également être inscrits aux
comptes sur le montant de n’importe quelles réductions et
réductions sur volume accordées par l’entité. Le crédit gratis
octroyé comme une partie d’une vente de biens et services
réduit, en particulier, le montant de revenu reconnu, tandis
que la différence entre la juste valeur et le montant nominal de
la contrepartie reçue ou à recevoir est reconnue comme
intérêt sur toute la période du crédit comme revenu financier.
De plus, toutes les remises et réductions commerciales doivent
être inscrites.

Secteur de distribution
Les accords commerciaux relatifs aux services supportant

225
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

les activités des ventes, rendus par un distributeur à un


fabricant. Spécifié dans un accord séparé, de tels services
sont souvent facturés séparément par un distributeur à un
fabricant. Quelques uns des services inclus dans les accords
commerciaux ne peuvent être qualifiés comme services tant
qu‟ils ne donnent pas lieu à n‟importe quels avantages
économiques pour les distributeurs, autres que ceux
clôturant la vente. Ceux-ci ne sont pas qualifiés comme
services rendus. Bien qu‟ils soient considérés comme
services d‟un point de vue légal, la substance économique
de l‟accord commercial doit être analysée. Quand
l‟équivalent est une réduction de prix, cette réduction est
associée à l‟achat et considérée comme similaire à une
remise sur vente. Dans de tels cas, la valeur des ventes et le
coût des biens vendus du distributeur sont réduits. une
analyse générale est insuffisante et une approche plus
détaillée doit être détaillée, lorsque les éléments facturés
sont hautement variés en nature, s‟impose par contre.

II/ REVENUS FINANCIERS


Les revenus financiers comprennent :

Les honoraires qui sont une partie du taux d’intérêt


effectif d’un instrument financier – de tels honoraires sont
généralement différés comme un ajustement du taux
d’intérêt effectif utilisé lors du réescompte de l’instrument
financier.

Secteur des services financiers

Les recettes des activités comme celles consistant à


évaluer la situation financière d‟un emprunteur, à
évaluer et à enregistrer les garanties, nantissements, et
autres arrangements de sécurité, à négocier les termes
de l‟instrument, à préparer e tà traiter les documents,
et à clôturer les transactions sont une partie intégrale

226
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

de génération de l‟implication avec l‟instrument


financier résultant. Elles forment un ensemble avec
les coûts directement liés et sont différés et reconnus
comme un ajustement au taux d‟intérêt effectif.

Les honoraires rapportés tant que les services sont


fournis – de tels honoraires doivent être reconnus comme
revenu tant que les services sont fournis.

Secteur des services financiers


Les sommes des cartes de crédit facturées aux
propriétaires et les sommes de loyer de caisse de
dépôt de sécurité doivent être différées et reconnues
sur une base strictement linéaire le long de la période
où ces sommes autorisent le détenteur de la carte à
l‟utiliser.

Les honoraires rapportés de l’exécution d’un acte


significatif – de tels honoraires sont reconnus comme revenu
quand un acte significatif avait été achevé.

Secteur des services financiers


Les sommes de transferts, les commissions de
courtage et généralement les commissions relatives
aux méthodes de paiement sont incluses dans cette
catégorie.
NORMES : IAS 19 & IFRS 2
PROBLEMES - CLES IMPACT SUR
ORGANISATION & PROCESSUS REPORTING FINANCIER SYSTEME D’INFORMATION
IAS 19 et IFRS 2 peuvent avoir un I/ ACCROISSEMENT DES PASSIFS Il est improbable que l‟IAS 19 et
Cette norme couvre tous les impact majeur sur de nombreuses Quand un plan de pension d‟une entreprise fournit une l‟IFRS 2 aient un impact
avantages de l‟emploi organisations. Dans les deux cas, les pension s‟élevant à 0.5 % du salaire final pour chaque année significatif sur le corps des
classés comme : exigences des IFRS peuvent être de service, il doit reconnaître le coût relatif aux avantages de systèmes d‟information d‟une
*Avantages aux significativement différents des l‟année. Exemple : Le droit à une annuité de 0.5 % du entité, comme les conseillers
personnels à court terme exigences des normes comptables salaire final payable sur la retraite. Comme cet avantage va extérieurs (actuaires et les
(paies, salaires, congés locales existantes. Les passifs être payé uniquement aux employés quand ils partent à la évaluateurs externes). Ces derniers

227
Deuxième partie – Le chantier de transition d’un
référentiel comptable local à un référentiel Chapitre 2 – Conception du projet de greffe des
comptable international (celui de l’IASB) IAS/IFRS dans une entité

payés, contributions de additionnels et les dépenses résultant retraite et non pas durant l‟année, l‟entité doit reconnaître un sont aptes à maintenir les
sécurité sociales…) s‟ils des nouvelles normes affecteront un passif pour les obligations correspondant aux droits systèmes requis à une valeur
sont obligatoires dans les nombre important de ratios financiers. accumulés par les employés à la date du bilan. définie des schémas des avantages
12 mois de la fin de la Dans de nombreux pays, la capacité à Sous un plan de contribution défini, une entité fixe une de pensions et options d‟actions en
période dans laquelle les payer des dividendes peut être affectée contribution annuelle fixe – généralement un pourcentage conformité avec les IFRS.
employés rendent les et il est probable qu‟il y ait des du salaire – qui est payée dans les comptes individuels de Alternativement, dans le cas des
services qui y sont implications pour n‟importe quelles l‟employé. A la retraite, la pension gagnée par les employés options d‟actions, seules les
relatifs. pratiques restrictives dans les accords dépend des fonds dans les comptes individuels et l‟entité feuilles de modèles d‟évaluation
*Avantages du post existants de dettes ou capitaux propres n‟est pas tenue de faire n‟importe quel autre paiement ou peuvent nécessiter d‟être achetées.
emploi (pensions, soins ou contrat de bail. contribution.
médicaux après la Les entités peuvent avoir besoin
retraite…) selon le risque Beaucoup d‟entités peuvent donc II/ ACCROISSEMENT DES DEPENSES de revoir les processus existants
assumé par l‟entité. revoir leurs mécanismes des avantages Le traitement des obligations d‟avantages définis sous IAS pour l‟identification et le contrôle
 Plans de et de reconnaissance afin de s‟assurer 19 nécessite la reconnaissance du total net des montants des avantages au personnel et des
contribution définis - que ceux-ci continuent à supporter les suivants comme une dépense ou revenu : paiements par actions, en raison de
plans d’avantages stratégies d‟activité dont la manière *coût du service courant (coût des services rendus durant l‟importance des changements
sous lesquels une est très coûteuse. Dans ce contexte, le la période). introduits par IAS 19 et IFRS 2.
entité paie des coût au comptant et le coût comptable *coût d‟intérêt. Les évaluations des schémas
contributions fixes en doivent être considérés et l‟impact sur *la ristourne attendue sur n