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Etude de cas n° 3 : Empêtrés dans le projet Balthazar

Objet : Cette étude de cas se propose d’évoquer les difficultés liées aux décisions à
prendre lorsqu’une situation tourne mal.
Il y a cinq ans, vous avez pris la tête d’un important projet de recherche et
développement, portant sur un nouveau produit destiné à améliorer les systèmes de
navigation embarqués dans les voitures. Cette amélioration permettrait des économies
substantielles et trouverait facilement des débouchés dans l’industrie. Depuis cinq ans,
votre entreprise a engagé des sommes considérables dans ce projet. En réalité, les 25
millions d’euros investis jusqu’à présent représentent plus que tous ses autres projets
de recherche réunis. Les ingénieurs estiment aujourd’hui que le produit devrait être
prêt d’ici à un an, à condition que les financements suivent. Vous leur avez donc
alloué 5 millions d’euros supplémentaires pour l’année à venir.
Le mois dernier, vous avez eu vent de certaines informations pour le moins
gênantes. L’un de vos concurrents directs travaillait en secret sur un dispositif
similaire, et a annoncé plusieurs avancées majeures concernant son produit. Cette
société risque fort de vous prendre de vitesse, avec un procédé supérieur et moins
coûteux que le vôtre. Depuis son annonce, une enquête plus approfondie a confirmé la
nouvelle. Le problème est qu’elle affecte désormais la répartition des 10 millions
d’euros que votre entreprise avait prévu d’investir dans trois projets de recherche
différents. La somme allouée au projet Balthazar était de 5 millions d’euros. En
doublant l’investissement, vos ingénieurs considèrent que vous auriez bien plus de
chances d’atteindre l’étape de la commercialisation en même temps que vos rivaux.
Quelles que soient les sommes investies, ils précisent néanmoins que la technologie du
concurrent lui permettra de proposer un produit moins coûteux et de meilleure qualité.
Deux autres projets ont été lancés, mais n’en sont encore qu’au stade des
balbutiements. Le projet Melchior, relatif à un nouveau procédé de poinçonnage, a
débuté l’an dernier. Si son retour sur investissement demeure potentiellement modeste,
la concurrence s’avère quant à elle quasi inexistante – l’un de ses éléments fait en effet
l’objet d’un brevet, ce qui préservera sa valeur pendant de longues années.
L’évaluation générale du projet Melchior a montré qu’il n’y avait pas grand risque à le
poursuivre, mais que l’entreprise n’en retirerait a priori qu’un bénéfice limité. L’intérêt
de monter un projet différent a été rapidement mis en évidence après le lancement du
projet Melchior. Le projet Gaspard exploiterait le même brevet, dans le cadre d’une
application distincte portant cette fois sur le fonctionnement même des poinçonneuses.
Plusieurs de vos ingénieurs ont exploré cet axe de recherche. En cas de succès, le
produit serait susceptible de générer d’importants revenus. Mais il existe de nombreux
risques. En premier lieu, il faudra à tout prix retenir les têtes pensantes du projet dans
l’entreprise. Depuis peu, des organisations semblables à la vôtre se livrent en effet une
concurrence féroce pour débaucher les meilleurs talents. Par ailleurs, les ingénieurs
reconnaissent eux-mêmes le caractère plutôt risqué de l’option envisagée. D’un côté,
la taille du marché permettrait de couvrir très largement la totalité des dépenses de
recherche consenties sur l’ensemble des projets engagés ces dernières années. De
l’autre, la poursuite du projet Gaspard provoquera une surenchère pour le recrutement
de nouveaux ingénieurs, et exposera les personnes en place aux tentatives de
débauchage des autres firmes, ce qui pourrait s’avérer coûteux pour l’entreprise. En
conséquence, malgré les bénéfices considérables auxquels on pourrait s’attendre, les
risques potentiels se révèlent au bout du temps tout aussi importants.
Instructions pour le groupe : Votre tâche consiste à débattre de vos différents
projets de recherche. Vous disposez au total d’une somme de 10 millions d’euros à
répartir entre les trois projets. Vous pouvez distribuer les fonds à votre convenance,
mais il faut investir un minimum de 2 millions d’euros sur chacun pour en assurer la
continuation. Un financement inférieur ne serait que pur gâchis, car le projet en
question devrait alors s’interrompre en cours d’année. Tout effort supérieur à 5
millions pour le projet Balthazar et à 2,5 millions pour le projet Melchior et le projet
Gaspard permettrait d’accélérer leur achèvement et d’accroître d’autant les
probabilités d’amélioration du produit final.
Une fois que vous aurez décidé des sommes allouées aux différents projets, rédigez
un bref rapport dans lequel vous détaillerez et justifierez vos choix. Ce rapport sera
ensuite remis aux principaux actionnaires de votre entreprise.
Source : Stephen Robbins, David DeCenzo, Philippe Gabilliet (2008),
Management : l’essentiel des concepts et des pratiques, Paris : Nouveaux horizons,
6éme édition.