Vous êtes sur la page 1sur 8

Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

PRÉSENTATION D’UNE TECHNIQUE D’AMÉLIORATION DE SOL


ASSOCIÉE À UNE MÉTHODE OBSERVATIONNELLE

PRESENTATION OF A METHOD OF SOIL IMPROVMENT ASSOCIATED WITH


AN OBSERVATIONAL METHOD

Eric BILLAT1, Gilles GOUTTE1, Jean - Jacques CLEAUD2

1 GTS (Groupe NGE), Saint Priest, France


2 Expert indépendant, Rillieux – la – Pape, France.

RÉSUMÉ — Un projet d’extension du port des Minimes à La Rochelle prévoit la


construction d’une nouvelle digue sur 13 m d’épaisseur de vase très compressible.
La particularité de cette étude réside dans le choix de la méthode d’amélioration du
sol support, appuyé par une méthode observationnelle adaptée à des mesures en
milieu marin. L’augmentation de cohésion à court terme est obtenue par la mise en
œuvre de drains verticaux et la cohésion est estimée à chaque phase de montée de
digue. Ces estimations théoriques seront confrontées aux mesures in situ réalisées
au cours des différentes étapes du chantier

ABSTRACT — The extension of the port “Les Minimes” in La Rochelle through the
construction of a new dam on 13m of silt is proposed with an alternative method of
soil improvement. Increasing cohesion value in short term is obtained by the
implementation of vertical drains, and is estimated at each rise phase of dike. These
theoretical estimates will be compared with in situ measurements throughout the
project.

1. Introduction
L’extension du port des Minimes situé à La Rochelle (17) nécessite le démontage de
la digue existante et la mise en œuvre de la nouvelle digue, permettant d’augmenter
la capacité d’amarrage de bateaux de plaisance. Cette nouvelle digue culminera à
une altitude de +9,5 m en cote marine (CM). Sa base sera posée sur le fond marin,
constitué de vases et se situera à la cote -2,0 CM. Ces vases présentent une
épaisseur de 13 m avec des caractéristiques géomécaniques insuffisantes pour le
projet. Une technique d’amélioration de sol par inclusions rigides a été pré –
dimensionnée dans l’appel d’offre du marché. L’objectif d’un tassement absolu à
respecter n’étant pas présent pour ce projet, une variante consistant à consolider le
sol en place de manière accélérée a été proposée et retenue par la Maîtrise
d’Ouvrage et la Maîtrise d’œuvre. Nous présenterons dans la suite de cet article le
principe d’amélioration choisi, la méthode de dimensionnement et enfin le
programme de mesures in situ. La méthode observationnelle a été proposée afin de
pouvoir vérifier l’obtention des valeurs attendues et adapter le projet le cas échéant.

- 461 -
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

2. Présentation du projet
2.1. Contexte géotechnique et hydraulique

La future digue reposera sur environ 13 m de vase. Le toit du substratum est


constitué d’une frange altérée marno – calcaire, puis dans sa partie saine par un
calcaire franc. De nombreuses campagnes ont permis de déterminer les
caractéristiques géomécaniques des sols en place résumées dans le Tableau 1.

Tableau 1 Caractéristiques mécaniques des sols en place

Poids Caractéristiques non


Caractéristiques drainées
Nature du volumique drainées
matériau saturé
c’ [kPa] φ’ [°] cu [kPa] φu [°]
[kN/m3]
Vase 16 1 30 - 2.Z(m)+12 0
Marno calcaire 20 15 35 Sans objet

L’augmentation de la cohésion non drainée en fonction de la profondeur a été


obtenue par régression linéaire sur l’ensemble des mesures scissométriques
effectuées in situ ; Z s’exprime en cote marine. Le Tableau 2 résume les cotes de
marée qui vont conditionner le phasage des travaux dans le dimensionnement. Le
Tableau 3 présente les caractéristiques mécaniques des matériaux choisis pour la
future digue.

Tableau 2 Marées astronomiques

Pleine mer Basse mer Marnage


Marée Coefficient
[m en CM] [m en CM] [m]
Vives Eaux exceptionnelles 120 +6,75 +0,15 6,60

Vives eaux moyennes 95 +6,05 +0,95 5,10

Mortes eaux 45 +4,90 +2,45 2,45

Tableau 3 Caractéristiques mécaniques des matériaux de la future digue

Caractéristiques non
Poids Caractéristiques drainées
Dénomination drainées
volumique
du matériau
[kN/m3] c’ [kPa] φ’ [°] cu [kPa] φu [°]

0/500 kg 20 1 30 - 2.Z(m)+12 0
Matériau de
18 0 34
l’ancienne digue
0,5/1,0 tonne 18 1 45

2,0 / 4,0 tonnes 18 1 50

- 462 -
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

2.2. Différentes configurations de la digue

La géométrie de la digue, ainsi que la nature des matériaux constitutifs, a été définie
par la Maîtrise d’œuvre. Lors de la mise œuvre des matériaux jusqu’à la côte
prévisionnelle de +4,0 CM, des problèmes de stabilité ont été observés. Après
analyses, les causes probables de ces désordres ont été trouvées :
- un défaut dans le dragage de l’assise de la future digue a été constaté, et il
s’est avéré plus préjudiciable vis-à-vis de la stabilité que ce qu’il avait été
estimé,
- les matériaux constitutifs de l’ancienne digue devaient être réemployés mais
ils se sont avérés inutilisables : ils se liquéfiaient lors de leur transport et
n’avaient plus aucune tenue lors de leur mise en œuvre.
Une nouvelle géométrie de digue, avec des natures de matériaux de meilleure
qualité ont été définies par l’entreprise en concertation avec la Maîtrise d’œuvre. La
Figure 1 ci –dessous présente la configuration initiale (y compris au sujet de la
technique d’amélioration de sol). La Figure 2 illustre la nouvelle configuration du
projet. A ce jour, les vérifications théoriques de stabilité ont été faites, mais il reste à
vérifier en grandeur réelle, à l’aide d’une planche d’essais, la faisabilité technique de
cette variante.

Inclusions
Vase
rigides

Marno calcaire

Figure 1 . Configuration marché du projet

Drains verticaux
Vase
diamètre 100 mm

Marno calcaire
Figure 2 . Configuration variante du projet

- 463 -
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

3. Technique d’amélioration de sol retenue


3.1. Principe

L’objectif principal ici est d’assurer la stabilité à court terme lors de la phase de mise
en œuvre de la digue, et la stabilité à long terme pour la durée d’exploitation de
l’ouvrage. De plus, il fallait que cette technique s’inscrive dans les contraintes de
délai du projet. Pour atteindre cet objectif, nous avons opté pour une méthode
permettant d’augmenter la cohésion, tout en maîtrisant les délais permettant
l’augmentation de la cohésion en s’appuyant sur l’instrumentation mise en œuvre sur
l’ouvrage. Un phasage pour la montée de la digue a été élaboré. Nous avons
déterminé pour chacune de ces phases les caractéristiques mécaniques à court
terme attendues, et nous avons vérifié que les facteurs de sécurité étaient
satisfaisants. A long terme, le facteur de sécurité était supérieur à 1,50. A court
terme, les vérifications des facteurs de sécurité ont été conduites en se positionnant
en basse mer pour les vives eaux exceptionnelles. A long terme, nous avons
considéré la basse mer pour les vives eaux moyennes. Dans chaque cas, nous
avons tenu compte d’un différentiel de hauteur d’eau de 0,5 m et 1,0 m entre la digue
et la mer. Couplé à l’amélioration des caractéristiques des niveaux vasards, une
densification de l’assise et du cœur de la digue sera effectuée par un atelier de
densification dynamique. Cette opération aura lieu lorsque le sommet de la digue
sera à une côte de +4,0 CM.

3.2. Méthode de dimensionnement

Nous avons défini un phasage de montée de la digue, avec pour chacune de ces
phases, une durée de mise en œuvre des travaux. Nous avons retenu des drains
verticaux circulaires, en diamètre 100 mm, suivant un maillage de 2,0  2,0 m. Ces
drains traverseront l’assise de la digue à l’aide de préforages et traverseront toute
l’épaisseur des vases pour venir se poser sur le toit des marno-calcaires. A l’aide des
équations de Baron (Bru, 1981), il a été déterminé le degré de consolidation obtenu
pour chaque phase, et le calcul de l’augmentation de la cohésion non drainée a été
effectué à l’aide de l’équation (1). Avec ces résultats, la stabilité à chaque étape de
montage de la digue a été vérifiée à l’aide du logiciel TALREN 4 ©. Le cas échéant,
nous avons adapté les durées à respecter entre 2 phases de montée de la digue.

 Cu  U     R  H R (1)
cu

Avec :
Cu : augmentation de la cohésion non drainée [kPa],
U : degré de consolidation,
Cu facteur d’augmentation de la cohésion,
R : poids volumique déjaugé du remblai de la digue,
HR : hauteur du remblai engendrant la contrainte de consolidation.

- 464 -
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

Nous avons aussi vérifié l’incidence de la densification dynamique concernant les


surpressions interstitielles engendrées et l’incidence que cela pouvait avoir vis-à-vis
des facteurs de sécurité à court terme. Sur les profils de stabilité obtenus avec le
logiciel TALREN 4 ©, nous avions le cercle de glissement présentant le plus faible
facteur de sécurité. Nous avons relevé les pressions interstitielles calculées par le
logiciel à certains points spécifiques de la courbe. Nous avons reproduit
manuellement ce cercle, avec les pressions interstitielles relevées et nous l’avons
comparé à celui obtenu automatiquement (Figure 3). Une fois la concordance
satisfaisante, nous avons augmenté les pressions interstitielles afin de modéliser
l’incidence de l’énergie de compactage. Nous avons recalculé les facteurs de
sécurité (Figure 4). On obtient un facteur de sécurité de l’ordre de 1,41, ce qui reste
satisfaisant du point de vue stabilité, et montre une influence modérée de la
densification si on maitrise l’énergie apportée.

a b

Figure 3 . Calcul des pressions interstitielles : (a) cercle automatique (F=1,48);


(b) cercle manuel (F=1,46)

a b

Figure 4 . Influence de la densification dynamique sur les pressions interstitielles :


(a) les augmentations de pressions interstitielles entrées manuellement ;
(b) le facteur de sécurité obtenu (F=1,41)

- 465 -
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

4. Méthode observationnelle
4.1. Plan d’implantation des profils de mesures

Nous avons établi quatre profils de mesures, espacés entre eux de 90 m. Ces profils
de mesures seront positionnés comme indiqué sur la Figure 5. Sur chacun de ces
profils, il est prévu de suivre les paramètres suivants :
- La cohésion non drainée, par des mesures in-situ au scissomètre et par des
mesures de tassement obtenues à l’aide de mesures topographiques.
- La pression interstitielle, par la pose de trois cellules de pression interstitielles
(cellules appelées aussi CPI) par profils.
- L’effet de vidange de la digue, par la pose de piézomètres.

Digue en construction
Profils de mesures

Emplacement de
l’ancienne digue

Figure 5. Plan d’instrumentation en phase travaux de la future digue

4.2. Suivi de la cohésion non drainée

Pour suivre l’évolution de la cohésion non drainée dans les matériaux, il est prévu de
la déterminer de deux manières : une méthode directe, le scissomètre de chantier, et
une méthode indirecte, à partir de la mesure du tassement de la digue. Pour le
scissomètre de chantier, cet essai est conduit par un bureau de sol spécialisé. Un
forage permettant de traverser la couche de remblai mise en œuvre sera exécuté.
Dans l’épaisseur de vase, trois mesures par sondage seront faites à une profondeur
différente. Nous avons prévu de faire un relevé topographique pour chaque phase du
chantier. Le relevé sera effectué par un géomètre expert, immédiatement après la
mise en place de l’épaisseur de matériau prévue pour la phase considérée, puis un
relevé hebdomadaire. Pour chaque profil, trois points seront relevés en altimétrie. A
partir des relevés topographiques et donc du tassement provoqué, nous estimerons
le degré de consolidation atteint pour la phase de remblaiement considérée.
L’augmentation de cohésion non drainée se calculera à partir de la formule (1). Dans
le cas où la valeur de la cohésion non drainée déterminée n’est pas au moins
équivalente à celle retenue dans la note de calculs, des simulations sur TALREN 4 ©
seront conduites afin de déterminer les facteurs de sécurité. S’ils s’avéraient

- 466 -
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

satisfaisants, la poursuite de la mise en œuvre des remblais sera autorisée. Dans le


cas contraire, un délai supplémentaire sera respecté. A la fin de ce délai, la valeur de
la cohésion non drainée sera à nouveau déterminée. Durant cette période, dont
l’estimation se fera au cas par cas, toutes les opérations en cours seront
suspendues : la réhausse de la digue ne sera autorisée que lorsque la valeur de la
cohésion non drainée sera suffisante pour l’obtention d’un facteur de sécurité
satisfaisant à court terme.

4.3. Suivi de la pression interstitielle

Les mesures de pression interstitielle se feront à l’aide de cellules de pression


interstitielle (CPI), mises en place par un bureau de sol spécialisé à l’aide de forages
permettant de passer la couche de remblai de la digue. Les CPI seront au nombre de
trois par profils de mesure. Une cellule dans l’axe de la digue et une de part et
d’autre, à équidistance l’une de l’autre par rapport à l’axe. Elles seront positionnées
dans la vase constituant le sol d’assise de la future digue, à – 3,0 m sous la base de
cette dernière. Elles seront toutes installées après la mise en œuvre des drains
verticaux. La première série de mesures se fera au plus tôt après l’application de la
densification dynamique. Par la suite, la fréquence de mesure sera hebdomadaire.
Les vérifications seront les suivantes :
- après la densification dynamique : nous surveillerons que les valeurs
mesurées in situ ne dépassent pas l’augmentation théorique prise dans la
note de calculs. Dans le cas contraire, des simulations sur TALREN 4 ©
seront faites avec les valeurs relevées afin de s’assurer de la valeur du facteur
de sécurité.
- après chaque phase de rehausse de la digue : afin de s’assurer que
l’augmentation de pression interstitielle induite ne provoque pas de rupture du
sol d’assise,
- que le phénomène de consolidation se déroule bien (diminution de la pression
interstitielle après l’augmentation due à la rehausse de la digue).
Si les valeurs des pressions interstitielles sont telles que la pérennité de l’ouvrage est
remise en question à court terme, les opérations en cours seront suspendues
(compactage ou rehausse de la digue). Cette suspension sera maintenue durant un
délai, évalué au cas par cas, suffisant pour que les pressions interstitielles diminuent
et permettent l’obtention d’un facteur de sécurité satisfaisant.

4.4. Vidange de la digue

Afin de s’assurer du différentiel de hauteur d’eau entre la digue et la mer à marée


basse, nous prévoyons de mettre en œuvre un piézomètre.

5. Conclusion
Les phénomènes de consolidations et les équations qui les régissent sont
particulièrement complexes. Les formules et théories que nous appliquons ne sont
qu’une simplification, assez importante. Il est donc impératif de garder à l’esprit

- 467 -
Journées Nationales de Géotechnique et de Géologie de l’Ingénieur JNGG2012–Bordeaux 4-6 juillet 2012

l’ensemble des incertitudes accompagnant l’application de ces formules. Pour le


chantier qui nous occupe, la méthode observationnelle prend tout son sens et son
importance afin de pouvoir corriger et adapter le projet. Nous aurons ainsi la certitude
d’avoir construit cet ouvrage de façon pérenne et suivant les règles de l’art.

Références bibliographiques
Bru J-P. (1981). Abaques pour le dimensionnement des drains verticaux et les calculs de
consolidation unidimensionnelle. Bulletin de liaison du Laboratoire des ponts et Chaussées n°116.
Novembre-décembre 1981, 110-113.

TALREN 4 (2005) – Terrasol version 2.0.3 – guide de l’utilisateur – indice A.

- 468 -