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Union Régionale des Couveuses

d’Entreprises de la Région Sud


2a rue de Rome 13001 Marseille

Union Régionale des SCOP


8 rue Fabres 13001 Marseille

Marseille, le mercredi 20 mai 2020

Objet : Plaidoyer régional : Co-construire une aide pour les créateurs d’entreprises en
contrat CAPE
Affaire suivie par : Audrey LEBOEUF - aleboeuf.urce@gmail.com

La crise sanitaire que nous vivons actuellement impacte les entreprises


régionales. Elle touche particulièrement les entrepreneur.e.s en Contrat d’Appui au
Projets d’Entreprises (CAPE) qui n’ont aujourd’hui pas accès aux aides destinées aux
entrepreneur.e.s immatriculé.e.s. L’Union Régionale des Couveuses d’Entreprises de
la Région Sud (URCE Sud) et l’Union Régionale des Scop de Provence-Alpes-Côte
d’Azur (URSCOP), réseaux d’accompagnement à la création d’entreprise, interpellent
les pouvoirs publics dans le but de les sensibiliser et de co-construire avec eux, une
solution pour venir à ces entrepreneur.e.s à l’essai.

Contexte régional
L’ensemble des pouvoirs publics de la Région Sud s’est mobilisé pour soutenir les
entrepreneur.e.s régionaux qui subissent les conséquences de la pandémie. De nombreuses
entreprises ont pu notamment bénéficier des aides telles que : le Fonds de solidarité pour
les entreprises, le Fonds Covid Résistance ou plus récemment du Fonds ESS’OR.
Néanmoins, ces aides, ne sont pas accessibles aux entrepreneur.e.s en CAPE, car leur
statut juridique n’est pas le même qu’un entrepreneur immatriculé.
De fait, les couveuses d’entreprises et les Scop proposent à leurs publics un cadre juridique,
pédagogique et économique particulier. Le Contrat d’Appui au Projet d’Entreprise (CAPE),

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dispositif issu de la loi pour l’initiative économique du 1 er août 2003, permet aux porteurs de
projet de tester leur activité, en « grandeur nature ». La durée de ce contrat est d’un an,
renouvelable deux fois. Ainsi, une personne qui décide de créer sa propre activité en CAPE
se voit attribuer le numéro SIRET de leur structure d’accompagnement. Cela les autorise à
prospecter, émettre des devis et facturer grâce à leur statut juridique spécifique. Certains
d’entre eux peuvent prétendre à des aides sociales en fonction de leur statut professionnel
(demandeurs d’emplois, bénéficiaires des minimas sociaux…). Les entrepreneur.e.s en
CAPE reçoivent des formations au métier d’entrepreneur, un appui comptable et juridique,
ainsi qu’une protection au cours de leur création d’activité.
Ces entrepreneur.e.s à l’essai sont donc hébergés dans des structures d’appuis tels que
l’URCE Sud ou encore l’URSCOP. Mais leur statut juridique particulier fait en sorte qu’il ne
possède pas leur propre numéro de SIRET, ce qui les empêche d’avoir accès aux aides
mises en place dans les différents niveaux de gouvernement. Malgré tout, ces porteurs de
projet sont, au même titre que les entrepreneur.e.s immatriculé.e.s, des travailleurs
indépendant qui vivent les mêmes difficultés liées au COVID-19.

La situation des entrepreneur.e.s en CAPE régionaux


Le confinement et les mesures sanitaires strictes ont impacté les entrepreneur.e.s en CAPE.
Leur trésorerie respective et leur activité est au ralenti, voir même à l’arrêt depuis la mi-mars.
Ils subissent une perte de chiffre d’affaires de plus de 40% depuis le début de la crise
sanitaire. Public préalablement fragilisé, ils ne peuvent pas accéder aux aides prévues pour
les travailleurs indépendants (aides financières, prêts, arrêt de maladie pour garde
d’enfants…). Ils sont aussi exclus des aides réservées aux salariés (activité partielle).
Face à ce constat, plusieurs entrepreneur.e.s à l’essai font face à un sentiment d’abandon et
cherchent des solutions concernant leur statut particulier. Nous cherchons à co-construire
avec eux, une réponse pour leurs besoins particuliers. Notre objectif est que nos porteur.se.s
de projet ne se désengagent pas du processus de création d’entreprise. Si leur projet venait
à être remis en question dû au COVID19, cela créerait, à terme, des difficultés sociales et
économiques qui bientôt feraient écho à des conditions encore plus complexes lors de la
relance de leur activité.

Pistes de solutions : co-construire des alternatives pour le dispositif


L’URCE Sud et l’URSCOP souhaitent co-construire une réponse spécifique pour les
entrepreneur.e.s en contrat CAPE. Rappelons qu’au niveau national, l’Union Nationale des
Couveuses d’Entreprises et la Confédération des Scop avaient déjà émis des pistes de

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solutions et nos réseaux régionaux s’en sont inspirées pour proposer des initiatives régionale
sen vue de s’adapter aux besoins de nos territoires.
1. Co-construire un fonds mutualisé pour permettre aux entrepreneur.e.s plus fragiles de
se libérer des contraintes financières, économiques et sociales générées par la crise
sanitaire.
a. Il s’agit d’un fonds mutualisé qui pourrait être abondé par plusieurs acteurs
publics qui permettraient de constituer une enveloppe pour venir en aide
prioritairement aux entrepreneurs sous contrat CAPE qui connaissent une
baisse de leur chiffre d’affaires dû au COVID-19. Ce fonds inclus un public
précaire, bénéficiaires des minimas sociaux, suivi des demandeurs d’emplois
en fin de droit et même certains intermittents du spectacle.

2. Permettre aux entrepreneur.e.s en CAPE d’avoir accès au Fonds COVID Résistance.


L’activité de l’entrepreneur.e en CAPE est la même que l’entrepreneur.e qui est
immatriculé.e. La différence réside dans le fait que les porteurs de projet de nos
structures se voient prêter un numéro SIRET par une structure d’accompagnement.

3. Ouvrir le Fonds ESS’OR aux publics en CAPE. Les porteurs de projet en CAPE font
partis de ces entrepreneur.e.s qui permettent de générer du tissu social et
économique pour renforcer les cœurs de ville et le « vivre ensemble ». Ils sont
majoritairement engagé.e.s dans une dynamique solidaire et ont des activités à fort
impact social. Lors de sa dernière campagne de communication, l’URCE Sud a fait
ressortir des profils engagés dans une économie plus responsable de son
environnement, mais aussi orientés vers une économie de proximité et solidaire. Inter-
Made, membre fondateur de l’URCE Sud, ne traite d’ailleurs que des dossiers à porté
sociale et solidaire.

4. L’Union Nationale des Couveuses d’Entreprises a suggéré au gouvernement de


permettre la neutralisation de la période d’inactivité dans le contrat CAPE en
prolongeant la durée totale du contrat CAPE. Nous vous confirmons que nous
appliquerons cette solution aussi au niveau régional.

5. Permettre aux entrepreneurs en CAPE qui arrivent en fin de droits (allocations de


chômage, ARE…) pendant la période de confinement, de bénéficier du maintien
dérogatoire de leurs allocations ; mesure décidée par Pôle emploi, qu’il conviendra de
préciser.

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Fragilisation de nos réseaux régionaux
La crise sanitaire touche les entrepreneur.e.s en CAPE, certes, mais affecte aussi
grandement les adhérents de l’URCE Sud et de l’URSCOP. Le modèle économique de nos
structures d’accompagnement à la création d’entreprise repose en partie sur l’activité de
notre public (Prélèvement forfaitaire + % de leur chiffre d’affaires au titre des frais de gestion
et des services assurés par la couveuse) qui représente entre 30% et 70% de leur chiffre
d’affaires.
Nous constatons en région une baisse de plus de 75% de leur chiffre d’affaires et nous
avons déjà observé que certain.e.s entrepreneur.e.s ont fait le choix d’avorter leur projet de
création d’entreprise. Cette baisse d’activité de notre public met en péril les quelques 50
salariés de notre réseau, malgré le recours aux aides proposées par la Région Sud, l’Etat
et les autres acteurs publics.
D’autres régions ont déjà été interpellé par nos réseaux respectifs sur le cas spécifique des
entrepreneur.e.s à l’essai. En Rhône-Alpes, la région étudie l’option d’inclure une subvention
entreprise pour les porteurs de projet en CAPE à l’intérieur d’un autre dispositif régional
d’aide déjà existant. Du côté de l’Occitanie, les structures d’accompagnement des porteurs
de projet sous contrat CAPE ont interpellé leur région pour qu’elle puisse ouvrir le Fonds de
solidarité exceptionnel Occitanie Covid 19 aux entrepreneur.e.s en CAPE. En Nouvelle-
Acquitaine, les Scop et les couveuses ont aussi sollicité les pouvoirs publics sur l’ouverture
du Fonds de soutien d’urgence régional aux entreprises pour les entrepreneur.e.s en CAPE.

Co-construire une solution ensembles


L’URCE Sud et l’URSCOP interpellent les pouvoirs publics pour répondre aux besoins de
ces entrepreneur.e.s qui se sentent exclus des mesures d’aides déjà mises-en-place. Nos
réseaux d’accompagnement souhaite avant tout continuer à accompagner les
entrepreneur.e.s à l’essai et qu’ils puissent, à terme de leur parcours, créer leur propre
entreprise.
Nous sommes ouverts à toutes suggestions pouvant permettre à nos réseaux de continuer
à œuvrer, à générer du lien économique et social, à l’image de nos territoires. Parce que
nous croyons résolument que le métier d’entrepreneur, ça s’apprend !

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ANNEXE 2 : Fiche de présentation du CAPE

1. Motivation/légitimation du point de vue des politiques de l’emploi

L’organisation d’une transition sociale et professionnelle pour des personnes créatrices


de TPE et de leur emploi est nécessaire en raison des risques sociaux et économiques
attachés au passage au travail indépendant pour ces personnes, le plus souvent
fragilisées ou manquant de culture entrepreneuriale et de moyens.

Les personnes concernées relèvent des politiques de l’emploi – 80 % de demandeurs


d’emploi et de bénéficiaires de minima sociaux (dont 30% dans les quartiers de la
politique de la ville), des salariés précaires, à temps partiel ou en reconversion.

L’objectif visé est d’assurer une continuité de droits sociaux sur un parcours et une
possibilité de réversibilité de la démarche en cas d’abandon du projet (vs - sortir de
l’économie informelle, éviter la « casse sociale »), et également de définir le cadre d’un
apprentissage entrepreneurial.

Lors de l’évaluation par la Cour des Comptes des dispositifs d’accompagnement à la


création d’entreprises, ce dispositif avait été mis en avant comme un dispositif qui
aurait intérêt à être déployé.

2- Dispositif

Institué par la loi n° 2003-721 pour l’initiative économique du 1er août 2003, le Contrat
d’Appui au Projet d’Entreprise (CAPE) est un contrat « sui generis » qui définit le cadre
d’exercice d’une fonction d’appui dispensée par une personne morale à un porteur de
projet d’activité économique, pendant une durée comprise entre un et trois ans.
Il est prévu au code de commerce 1, qui renvoie au code du travail la définition de la
situation sociale et professionnelle2 du titulaire du contrat d’appui.

1. Articles L. 121-1 à L. 127-7 du Code de commerce


2. Articles L. 5142-1 à L. 5142-3 du CT

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• Objet du contrat
Le contrat d’appui porte sur les modalités de mise en œuvre d’une « aide particulière
et continue dans le cadre d’un programme de préparation à la création et à la reprise
d’une activité économique ou d’une entreprise, ainsi qu’à sa gestion ».

Le contrat doit a minima prévoir les moyens mis en œuvre, les frais éventuels
facturés par la structure d’appui au titulaire du contrat, ainsi que les modalités de
calcul et de versement de l’éventuelle rémunération * ; la nature et les limites selon
lesquelles le titulaire du contrat peut engager la responsabilité de la structure
d’appui.
*A noter qu’il n’est pas prévu de rémunération minimum.

• Modalités du contrat : le contrat est articulé autour de deux phases – une phase
de préparation et de test (l’activité est hébergée par la structure d’appui), une
phase de lancement de l’activité (l’activité est immatriculée).

• Situation du titulaire du CAPE au regard de l’emploi


Le titulaire du contrat relève du régime général de sécurité sociale et participe à
l’assurance chômage. Il est couvert pour les risques AT/MP et bénéficie de certaines
dispositions du code du travail (Hygiène/Sécurité). Dans le cadre de la déclaration
mensuelle de la DSN, le statut CAPE a bien été identifié et permet aux structures
porteuses de déclarer les personnes en CAPE qu’elles aient ou non une rétribution
liée à leur activité.

Il bénéficie de l’ensemble des dispositions prises en faveur des travailleurs privés


d’emploi (assurance chômage, dispositifs et mesures de l’emploi et de la formation
professionnelle).

Les conditions de maintien, de cumul et d’ouverture de droits sont rappelées dans la


circulaire UNEDIC n°2007-06 du 16/04/07.

• Fonctions assurées par la structure d’appui


La structure d’appui (couveuse) met en œuvre un ensemble de services et de moyens
pour assurer le développement de l’activité- en matière commerciale, juridique,
d’appui à la gestion (comptabilité, relation aux tiers).

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Elle assure en outre la relation aux organismes sociaux (déclarations sociales et
fiscales). Cf DSN

La fonction d’intermédiation mise en œuvre par la structure d’appui (couveuse) pour


la mobilisation des ressources publiques et privés du territoire au bénéfice du
parcours des créateurs, (notamment via les mesures de l’emploi et de la formation
professionnelle), permet d’assurer l’ancrage des personnes et des activités dans des
réseaux et le tissu socio-économique du territoire.

Responsabilités de la structure d’appui


La structure d’appui assure le suivi et le contrôle des actes afférents à la mise en
œuvre de l’activité en test et l’ensemble des responsabilités contractuelles et
délictuelles vis-à-vis des tiers, dans la limite des clauses du contrat.

Elle assume un certain nombre de responsabilités afférentes à la fonction employeur


: au regard des organismes sociaux, elle est responsable des déclarations et du
paiement des cotisations et contributions sociales et des conditions de travail
(hygiène/sécurité au travail).

A noter qu’il est prévu une responsabilité solidaire si le contrat se poursuit au-delà de
l’immatriculation de l’entreprise ; le parcours en couveuse est limité actuellement à la
phase ante- création de test du projet.

3. Analyse

Avantages
Le CAPE fait appel à une technique juridique originale :
C’est un contrat commercial qui emprunte au droit du travail et de la protection sociale
un certain nombre de dispositions qui permettent d’assurer un statut social protecteur
aux personnes sans déréguler le droit positif (contrat de travail).

Ce procédé permet d’étendre le périmètre des droits (chômage compris) à des publics
non-salariés.

La possibilité de mobiliser les mesures de l’emploi et de la formation professionnelle


ancre le dispositif dans des stratégies de politique publique en matière de création
d’emploi et de développement économique local.

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Le dispositif conjugue des dimensions sociale, pédagogique, économique, qui permet
d’inscrire les personnes dans un parcours d’autonomisation sociale et économique
autour d’un projet d’activité et dans des réseaux.

Limites et freins :

La difficulté à mobiliser certaines mesures de l’emploi et de la formation


professionnelle (mesures gérées par Pôle Emploi (CSP), contrats aidés, formation
professionnelle etc.), ne permet pas de consolider le modèle économique de
l’accompagnement, et limite les publics concernés comme les jeunes ou les primo
demandeurs d’emploi qui ne bénéficient pas de revenus de remplacement pendant la
période de lancement de l’activité ;

Certains assouplissements pourraient être apportés pour rendre le dispositif plus


attractif vis-à-vis d’acteurs économiques, consulaires, cellules de reclassement,
incubateurs– pour le développement du CAPE dans la phase de développement de
l’activité après l’immatriculation de l’entreprise (Cf. le régime de la responsabilité)

4. Résultats

Environ 15000 entrepreneurs en CAPE ont été accompagnés en 2019 par quelques 250
structures - associatives ou coopératives.
Durée moyenne du CAPE : 18 mois
Chiffre d’affaires cumulés : 25 000 000€ en 2018 dans les couveuses générant le paiement
des cotisations sociales.

En outre, le dispositif s’est diffusé dans les Coopératives d’activité et d’emploi (CAE)
suite aux dispositions règlementaires issus de la loi du 31 juillet 2014 qui promeut le
recours au CAPE pour encadrer la phase de test de l’activité des entrepreneurs
préalablement à l’intégration de l’entrepreneur comme salarié/associé de la coopérative
(6000 CAPE environ signés en 2019).

Le fait d’aider ses entrepreneurs en CAPE à se maintenir comme ce qui est fait pour les
entreprises existantes devrait leur permettre de résister et de poursuivre leur
développement lorsque l’activité économique aura redémarrée. En effet, les
conséquences de la rupture du CAPE renverra les couvés dans leur situation antérieure
au chômage, et stoppera le développement de leur activité.

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