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Chapitre 16 : « Stratégie de synthèse et sélectivité en

chimie organique»
Objectif général : Il s’agit dans ce chapitre d’analyser et de comprendre les choix qui
s’offrent aux chimistes lorsqu’ils veulent synthétiser des molécules avec le meilleur
rendement possible.

I. Stratégie de synthèse :
Pour obtenir une espèce chimique complexe, le chimiste part d'espèces chimiques simples et
disponibles dans le commerce ou dans la nature. Il choisit la nature et l'ordre des
transformations pour réaliser les modifications de chaîne et/ou de fonction nécessaires
tout en tenant compte des critères de coûts, de sécurité et d'environnement.

1. Le choix de la réaction et des paramètres expérimentaux :


 Choix des réactifs :
Il est possible de produire une même molécule à partir de réactifs différents. Parfois, il est
donc nécessaire de comparer diverses réactions afin de choisir la plus rapide par
exemple, ou celle qui donne le meilleur rendement, ou la moins dangereuse, ou la moins
coûteuse.
Les quantités de matière des réactifs peuvent être stœchiométriques ou non. En effet,
lorsqu’on augmente la concentration des réactifs, la vitesse de réaction augmente.
Stratégiquement, il peut donc être intéressant de mettre beaucoup plus d’un réactif que
nécessaire afin d’accélérer la réaction. Bien entendu, on mettra une grande quantité du
réactif le moins cher.

 Choix des paramètres expérimentaux :


Une même réaction peut s’effectuer dans des conditions différentes. Il est important de
bien choisir les conditions pour optimiser la synthèse. Cela demande du temps, et seuls les
chimistes expérimentés qui ont beaucoup travaillé en laboratoire arrivent à choisir
rapidement les meilleures conditions expérimentales. Citons quelques paramètres sur
lesquels le chimiste peut intervenir et faire un choix :
- solvant : un bon solvant doit favoriser les contacts entre les réactifs. C’est un facteur
cinétique.
- durée : Comme les réactions démarrent en général assez vite, puis mettent du temps à se
terminer (car les réactifs sont de moins en moins concentrés à la fin) il faut trouver un
compromis pour avoir un bon rapport entre le rendement et l’énergie dépensée pour
faire la réaction. Il peut parfois être judicieux d’arrêter une réaction à 80% plutôt que de
gaspiller beaucoup de temps et d’énergie à vouloir aller jusqu’au bout.
- température : La majorité des réactions de synthèse se font en chauffant. Cela permet
d’avoir une agitation microscopique beaucoup plus importante, donc d’avoir plus de « chocs
efficaces » entre les réactifs, donc d’accélérer la réaction. Cependant, chauffer fait
s’évaporer les réactifs et les produits, donc il est nécessaire d’utiliser un montage de
« chauffage à reflux » afin de refroidir les vapeurs de réactifs et produits et ainsi de les
condenser afin qu’elles retombent dans le ballon.

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- catalyseur : c’est une espèce chimique qui participe à la réaction et « aide » les
réactifs à réagir plus vite ensemble. Le catalyseur est toujours régénéré à la fin de la
réaction, donc on ne le fait pas apparaître dans l’équation-bilan de la réaction. Il s’agit donc
ici aussi d’accélérer la réaction de synthèse.
- pH : comme on l’a vu dans les chapitres précédents, suivant le pH certaines espèces
chimiques peuvent être prédominantes en solution ou pas. Il est donc parfois
stratégiquement intéressant d’adapter le pH du milieu réactionnel afin que certaines
espèces chimiques y soient présentes (ou absentes …).

Attention : dans le milieu réactionnel on devra être capable de distinguer la nature des
différentes espèces chimiques présentes : réactif(s), produit(s), solvant, catalyseur, et
espèce(s) « spectatrice(s) ». C’est un préalable à toute analyse du déroulement de la
réaction.

2. Les étapes de la synthèse et le choix des techniques


Une fois la stratégie définie toute synthèse chimique comporte 3 étapes :
Montages ou techniques
Etapes Objectif
possibles
- Chauffage à reflux
Obtenir une quantité
1. La réaction de - Bécher ou erlenmeyer
maximale du produit désiré
synthèse avec four à micro-
le plus rapidement possible
ondes
- Extraction par solvant
avec une ampoule à
décanter
- Filtration simple ou
sous vide (avec
aspiration)
Séparation Extraire le produit désiré - Chromatographie sur
colonne remplie de
silice
2. Le
- Evaporation sous vide
traitement
avec un évaporateur
du milieu
rotatif afin d’évaporer
réactionnel
le solvant
après la
- Distillation
réaction
(intéressante
seulement si le
mélange n’est pas trop
complexe et si l’espèce
Purification Obtenir une espèce pure
chimique à extraire
sort en premier ou en
dernier)
- Recristallisation
(élimination des
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impuretés avec un peu
de solvant chauffé
doucement) (l’espèce
chimique se redissout
puis elle recristallise
plus pure sans les
impuretés)
- Chromatographie sur
Couche Mince
(C.C.M.) (si l’espèce
obtenue est pure on
obtient une seule
tâche)
3. L’Analyse
- Banc Köffler (pour
Vérifier la nature et la
vérifier le point de
pureté de l’espèce obtenue
fusion)
- Spectroscopie IR,
RMN, UV-Visible
(pour vérifier que l’on a
bien synthétisé ce
qu’on voulait et que le
produit est pur)

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3. Le rendement de la synthèse

Le rendement d’une réaction (de synthèse) est le rapport entre la quantité de produit
récupéré et celle qui aurait été obtenu si la réaction avait été totale. Le rendement
est une grandeur sans unité et il s’exprime soit sous la forme d’un nombre compris
entre 0 et 1 (0,75 par exemple) soit sous la forme d’un pourcentage (75%).

Remarques :
Le rendement dépend de :
- la nature de la réaction étudiée (si elle est totale ou limitée).
- du soin du manipulateur (pertes au cours de la réalisation du protocole de synthèse
et au moment de l’extraction entre autres)

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II. Sélectivité en chimie :

1. Les composés polyfonctionnels


De nombreuses molécules présentent plusieurs groupes caractéristiques différents : elles
sont dites polyfonctionnelles.
Plusieurs de ces groupes sont susceptibles d'être transformés au cours d'une même
réaction. C’est un inconvénient.
L'enjeu est donc de transformer un seul groupe sans modifier les autres.
Il existe deux stratégies pour atteindre ce but: l'usage de réactifs chimio sélectifs ou
de groupements protecteurs afin de bloquer un groupe fonctionnel pendant qu’on
transforme l’autre.

Exemple

le groupe CHO (aldéhyde) doit être oxydé, mais pas le groupe OH.

2. Réactif chimio-sélectif

Un réactif est dit chimio-sélectif s’il ne transforme qu’un seul groupe (ou type de
groupe) de la molécule polyfonctionnelle avec laquelle il réagit.

Exemple
Avec MnO4-

Avec Ag+

Remarque : Le caractère chimio-sélectif ou non d'un réactif est donc bien entendu à
prendre en compte au cours de l'élaboration d'une stratégie de synthèse.

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3. Protection
Lorsqu'aucun réactif chimio-sélectif n'est disponible, une stratégie de protection de
fonction doit être mise en place : celle-ci fait appel aux „groupements protecteurs”

La plupart des synthèses organiques en plusieurs étapes


nécessitent un nombre important d'étapes de protection et
déprotection.
La multiplication de ces étapes engendre cependant des
difficultés, des coûts supplémentaires et une diminution du
rendement final.
Par exemple, dans l’industrie pharmaceutique, il n’est pas rare
qu’une synthèse de médicament se fasse en plusieurs dizaines
de réactions successives. Cela exige donc de longs mois pour
mettre en place tout le protocole de synthèse. Cela explique le
coût élevé de la plupart des médicaments.

Schéma de principe de la startégie de „protection” :

Exercices : QCM p. 503 + N° 5, 11, 12, 14 et 16 p. 506-511.