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Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire en Allemagne

Publié dans Les Temps Maudits N°10, juin 2001


jeudi 17 février 2005.

Des mêmes auteurs


Gaëtan Le Porho
Anarcho-syndicalisme et syndicalisme révolutionnaire en Allemagne
ANARCHO-SYNDICALISME ET SYNDICALISME REVOLUTIONNAIRES EN
ALLEMAGNE

Le mouvement anarcho-syndicaliste allemand nest pas inconnu aux militants


de la CNT/AIT. Nous avons vécu beaucoup daventures communes et seront,
jespère du moins, amenés à en vivre dautres. La proximité tant géographique
quidéologique avec les camarades allemands nempêche pas nos idées davoir
une histoire largement différente de lautre côté du Rhin. Quand on sait que
celle-ci détermine en grande partie le devenir dun mouvement il semble
important de la retracer pour tendre encore plus les liens qui nous unissent.
Linternationalisme, sil implique des luttes dépassant les frontières, demande
aussi à ce que nos traditions communes soit retrouvées dans le respect de nos
différences et dans une mutuelle compréhension. Pour que notre mémoire
devienne enfin celle des vainqueurs... Cette histoire est passionnante. Le
mouvement anarcho-syndicaliste/syndicaliste révolutionnaire a eu, en effet,
une grande importance en Allemagne pendant une période relativement brève
mais décisive : les événements révolutionnaires du début des années vingt.
Ensuite, même sil na plus été lun des courants dominant du mouvement
ouvrier, il a contribué à maintenir une tradition de lutte et une culture
révolutionnaire, radicale et antiautoritaire. Il a subi les affres les plus affreux du
siècle : le capitalisme sauvage avec une crise qui la touché de plein fouet à la
fin des années vingt, lhorreur du nazisme qui la presque décimé, puis
limpitoyable stalinisme en RDA Il renaît de ses cendres à la fin des années 70
et représente alors la seule organisation libertaire puisquil ny existe alors pas
dorganisation spécifique organisée au niveau national. Le nombre de ses
adhérents est demeuré stable pendant une vingtaine dannées pour augmenter
progressivement depuis quelques temps. La création de structure syndicale
forte constitue une nouveauté qualitative pour lui. De nouvelles perspectives
souvrent... Mais revenons au début de lhistoire...

Les précurseurs Jusquà la fin des années 1870 le mouvement ouvrier allemand
était regroupé dans une seule grande organisation : le SPD, le parti social-
démocrate. Mais rapidement des oppositions vont voir le jour dont celle menée
par Most et Hasselmann qui critiquent de façon véhémente lengagement
parlementaire. Ils seront exclus en 1880. Ceux qui restent organisent un
courant qui sera appelé : « les jeunes ». Ils critiquent le mode dorganisation
hiérarchisé du parti et la priorité quil donne aux élections. Ils seront aussi
exclus en 1891 et fonderont leur propre organisation : la VUB, lAssociation des
Socialistes Indépendants ( Vereinigung Unabhängiger Sozialisten). Ils se disent
encore marxistes mais vont de plus en plus adopter une orientation libertaire,
notamment sous linfluence de Landauer, plus tard « ministre » de la république
des conseils en Bavière. Certains ne vont pas accepter cette évolution et vont
scissionner. Les autogestionnaires se regroupent alors dans la ligue socialiste
( Sozialistische Bund), fondée en 1908 Un autre groupe va avoir de linfluence
dans la naissance de lanarcho-syndicalisme, cest celui qui édite le journal « le
travailleur libre » (« der Freie Arbeiter »), il sortira deux brochures de Roller qui
influenceront beaucoup les fondateurs des organisations anarcho-
syndicalistes : « la grève sociale et générale » (« sozialer Generalstreik ») et «
laction directe » (« die Direkte Akion »). Lanarcho-syndicalisme est issu de
lopposition politique mais aussi bien sûr de lopposition syndicale. Cette
dernière provient du mode dorganisation des syndicats pendant la période où
les activités socialistes avouées étaient interdites. Depuis 1878 la loi considère
quil faut interdire la propagande et la pratique socialiste. Les militants vont
alors sinvestir dans des syndicats locaux et sunir de manière fédéraliste pour
être moins victime de la répression. La loi antisocialiste sera levée le 1er
octobre 1890 mais par contre les syndicats pour être reconnus nont pas le droit
de soccuper des questions dites politiques. Au congrès de Halberstadt en 1892,
la majorité des syndicats, 350 000 adhérents, décident daccepter cette loi et
adoptent une structure centralisée. Ceux que lon nomme les « localistes » la
refusent et continuent à fonctionner de manière fédéraliste et à se réclamer de
lanticapitalisme, du socialisme. Ses 10 000 militants, avec son bastion chez les
maçons de Berlin, constitueront le noyau de ce qui deviendra la première
organisation syndicaliste révolutionnaire en terre allemande : la « FVDG ».

La FVDG ( « Freie Vereinigung Deutscher Gewerkschaft ») : lAssociation Libre


des Syndicats Allemands Ces « localistes » se constitueront en véritable
syndicat au congrès de Halle les 17,18 et 19 mai 1897. Une résolution
condamnant le centralisme y est votée, le bureau confédéral de 5 personnes
qui y est élu na quune fonction de coordination. Il y est aussi décidé que les
caisses de solidarité seront gérées localement. Le nom de FVDG sera adopté
plus tard : en 1901. Mais cette organisation ne se déclare pas encore
syndicaliste révolutionnaire mais plutôt social-démocrate. Beaucoup de ses
membres sont au SPD Pourtant son mode de fonctionnement gêne fortement le
parti qui va exiger deux quils sintègrent dans la grosse centrale syndicale
allemande : lADGB. En 1907 le SPD menace les militants de la FVDG dexclusion
du parti sils nacceptent pas de sunir avec lADGB. En 1908 un congrès
extraordinaire entérinera la scission entre ceux qui accepte lultimatum et
rentrent dans le grand syndicat et les autres qui vont alors se définir
explicitement syndicalistes révolutionnaires. A partir de ce moment la FVDG
sera une organisation spécifiquement syndicaliste révolutionnaire, première du
genre dans ce pays. Le départ dun peu près la moitié de ses militants lui fera
retrouver ses effectifs de départ - 10 000 adhérents. Elle est surtout implantée
dans la vallée de la Ruhr, le sud et le centre de lAllemagne ainsi que dans les
villes portuaires des mers du Nord et de lEst. Ses terrains principaux dagitation
sont : la lutte de classe stricto sensu bien sûr, mais aussi lantimilitarisme,
lantiparlementarisme, la combat anticléricale et pour le contrôle des
naissances. Le syndicat est considéré comme porteur de la société future.
Quand la guerre mondiale se déclenchera ses deux journaux seront interdits et
les activistes devront passer à la clandestinité. En décembre 1918 un congrès
de reconstruction se tient à Berlin et au printemps un programme sera écrit par
Roche intitulé : « ce que veulent les syndicalistes révolutionnaires ». Il y sera
parlé dantimilitarisme, daction directe mais aussi de cette nouvelle
revendication : tout le pouvoir aux conseils ouvriers. Pendant cette période
révolutionnaire lorganisation va atteindre le chiffre de 60 000 adhérents au
milieu de lannée 1919. Dune attitude de neutralité envers les partis politiques
elle passe peu à peu à une attitude dopposition.

La formation de la FAUD Un autre fait marquant de cette période


révolutionnaire a été la formation dunions ouvrières Cette nouvelle forme
dorganisation associe les travailleurs non plus en fédération de métier mais
dindustrie. Le noyau décisionnel ne regroupe plus des personnes qui font le
même métier mais tous les salariés dune même entreprise et dun même lieu.
Cette manière de sunir permet de casser tout corporatisme et de mieux mettre
en évidence les intérêts communs de classe. Dans la région pays du Rhin-
Westphalie ces unions ouvrières vont sallier avec la FVDG et la AAV ( «
Allgemeine Arbeiter Verband », « Syndicat Général des travailleurs »), alors
organisés en syndicats de métier, pour former la FAU pays du Rhin- Westphalie
en septembre 1919. Le nom même de FAU - « Freie Arbeiter Union », « Union
Libre des Travailleurs »- est un mélange entre lunionisme et le syndicalisme
révolutionnaire traditionnel. Trois mois plus tard, il sera décidé détendre ce
modèle à toute lAllemagne. La FAUD - « Freie Arbeiter Union Deutschand » , «
Union Libre des Travailleurs dAllemagne »- sera fondée au congrès de Berlin en
décembre 1919 qui réunira 109 délégués représentants de 111 675 adhérents.

Le mode dorganisation et la politique de la FAUD La centrale est organisée de


telle façon à ce quil faille minimum 25 personnes dans un même lieu pour
former un syndicat. Ces syndicats sunissent sur le plan national en une
fédération dindustrie. En 1922, il existe 126 syndicats des mines, 80 du métal,
43 du bâtiment, 12 du transport, 2 du cuir, 1 de la vitrerie, de la poterie et des
travailleurs intellectuels, on compte en plus 214 interco qui réunissent des
salariés dun même lieu nayant pas encore de syndicats constitués. La FAUD
réussira à mettre sur pied 5 fédérations dindustrie : mines, métal, bâtiment,
bois, textile et transports. Sil y a plusieurs syndicats dans un même lieu, ils
constituent des bourses du travail, il y en aura 32 en 1922. Les congrès
nationaux sont appelés tous les 2 ou 3 ans, chaque syndicat y a une voix. Le
13ème congrès décide de changer le nom de FAUD (syndicalistes
révolutionnaires) en FAUD (anarcho-syndicalistes). Ladhésion à un parti
politique y devient interdit. Le bureau confédéral de Berlin, élu par le congrès
et censé navoir quune fonction de pure coordination, propage le boycott des
élections aux comités dentreprise. La FAUD de la vallée de la Ruhr décident de
sy présenter quand même et atteint 40% des suffrages, beaucoup plus que les
syndicats chrétiens et un peu moins que lADGB. La polémique sur cette
question des élections traversera lhistoire de la FAUD. La majorité décide de se
prononcer contre lengagement électoral mais de ne pas le considérer comme
une raison dexclusion. Des discussions animées auront lieu sur le problème de
la violence Le bureau confédéral se réclame du pacifisme alors que beaucoup
de militants de la FAUD se battront les armes à la main. Il est à noter quune
organisation anarcho-syndicaliste de jeunesse verra le jour : la SAJ, «
Syndikalistisch-Anarchistischen Jugend », « Jeunesse Syndicaliste Anarchiste » ;
ainsi quune organisation féministe : la SFB, « Syndikalistische Frauenbund », «
Ligue Syndicaliste des Femmes ». Avant de parler des grandes actions dans
lesquelles la FAUD a été impliquée, il reste à présenter une autre formation
révolutionnaire qui ne sest pas du tout présentée comme anarcho-syndicaliste
mais comme unioniste. Elle est toutefois parfois plus proche de lanarcho-
syndicalisme moderne que na pu lêtre la FAUD : lAAUD, « Allgemeine Arbeiter
Union Deutschland », « Union Générale des Travailleurs dAllemagne ». Elle a en
effet clairement appelé au boycott des comités dentreprise et sest unie sur la
base du syndicalisme dindustrie, alors que la FAUD avait des positions mixtes
et mitigées sur ces deux points.

Un représentant du syndicalisme révolutionnaire moderne ou de lunionisme :


lAAUD Les unions ne se veulent ni syndicat ni parti mais pensent représenter
une étape supérieure du développement révolutionnaire. De fait, leur manière
de fonctionner est influencée par les IWW organisation syndicaliste
révolutionnaire originaire surtout dAmérique du nord. Leur originalité est de
provenir directement, pour beaucoup, de délégués dusines, radicalisés pendant
une dure période de laffrontement de classe. Lorganisation est fondée le 14
février 1920, elle réunit plusieurs unions ouvrières locales. Fin 1920 elle
comptera 150 000 membres, et sera très forte dans la métallurgie. LAAUD était
proche du KAPD ( « Kommunistische Arbeiter Partei Deutschand », « Parti
Communiste Ouvrier dAllemagne »), une scission antiparlementaire et
communiste de conseil du KPD, Parti Communiste dAllemagne. Leur pratique
était si proche davec celle de la FAUD que beaucoup de leurs sections ont
pensé à une unification entre ces deux organisations, ils organisaient dailleurs
des cortèges et des appels antiautoritaires en commun. Mais la direction du
KAPD et le bureau confédéral de la FAUD ont bloqué le processus. LAAUD
devait bientôt se séparer car une grande parti de ses militants, dont le
théoricien Otto Rühle, refusait le binôme organisation politique/organisation
économique. Ils fondèrent en octobre 1921 lAAUD-Einheitsorganisation
(organisation unitaire), dont Pannekoek (auteur des « conseils ouvriers »)sera
très proche. LAAUD et la FAUD rassemblèrent ensemble près de 500 000
militants au plus fort de ce que lon a pu appeler la révolution allemande et ont
sans doute contribué à lui donner son caractère radical et souvent
antiautoritaire. Parlons maintenant de ces événements où ces organisations
ont été tant impliqué. Il eu beaucoup de grèves locales et de foyers
révolutionnaires dont ces formations furent les forces motrices mais nous en
retiendrons deux qui furent les plus importantes. Lune fût surtout luvre de la
FAUD, lautre de lAAUD.

Larmée rouge de la Ruhr en 1920 et laction de mars en 1921 Le 13 mars 1920


les militaires font un putsch et place Kapp à la tête de létat. Toutes les
organisations de gauche et dextrême-gauche appellent à la grève générale
pour lobliger à se retirer. Dans la vallée de la Ruhr les travailleurs en profite
pour organiser un soulèvement révolutionnaire. Ils forment une armée rouge
de la Ruhr, qui ressemblait plus aux futures milices ouvrières de la CNT
espagnole quà larmée rouge de Trotsky. La moitié de ses « soldats » étaient
adhérents de la FAUD, qui y était donc lorganisation la plus représentée. Ils
chassèrent les fascistes partout où ils apparurent et installèrent des conseils de
soldats et douvriers autogérés. Après que Kapp se soit retiré, remplacé au
pouvoir par le social-démocrate Ebert, les travailleurs de la Ruhr refusent de
déposer les armes. Le gouvernement SPD envoie alors larmée et les « freikorps
», milices fascisantes, pour écraser les ouvriers révolutionnaires. Ceux-ci,
nonobstant toutes différences idéologiques, sunirent pour résister à lagression.
Même la plupart des sociaux-démocrates se battirent contre les troupes
envoyées par létat Ils finirent par se rendre devant lécrasante supériorité tant
matérielle que numérique des forces gouvernementales. La grande majorité
des collectivisations qui eurent lieu pendant que le peuple de la Ruhr était en
arme furent luvre de militants de la FAUD comme pour les transports en
commun de Mühlheim ou les entreprises de tisane de Mühlheim et Hamborn.
Beaucoup dactivistes seront, suite à cette action, emprisonnés, tués ou devront
fuir en exil. Après avoir essuyé beaucoup de critiques à lintérieur de ses
propres rangs à cause de sa passivité pendant le soulèvement de la Ruhr, le
KPD appelle à la grève générale en mars 1921 avec le KAPD et AAUD,
beaucoup de militants de la FAUD suivront. La grève sera surtout suivie dans le
centre de lAllemagne et à Hambourg. Là aussi sera formée une « armée rouge
», dirigée par le légendaire Max Hölz (il est un peu à la gauche communiste ce
que Durruti est à lanarcho-syndicalisme...). Cette insurrection va être
rapidement écrasée car elle na pas bénéficié dautant de soutiens populaires
que celle de la Ruhr.

Un courant à lintérieur de la FAUD : lopposition de Düsseldorf Ce courant


critiquait ce quelle considérait comme le dogmatisme du bureau confédéral de
Berlin, il lui reprochait de considérer lorganisation syndicale plus comme une
communauté didées que comme une communauté dintérêt de classe. Cétait la
voix de lopposition de la Ruhr, région où la FAUD était très présente et très
active voire activiste. Elle a fait paraître son propre journal ; « la création » («
Die Schöpfung »), quotidien pendant une période. Beaucoup de communautés,
dentreprises autogérées et décoles libres ou modernes de lépoque doivent leur
création à son initiative. Elle a uvré à un rapprochement voire une union avec
lAAUD.

Lévolution de lanarcho-syndicalisme jusquen 1933 La FAUD a atteint son


maximum dadhérents en 1922 avec 168 700 cotisants, daprès de dictionnaire
des sciences politiques. Mais en 1925 seuls 25 000 personnes continuent à
avoir leur carte. La chute est vraiment impressionnante. La raison principale
est la répression. Létat, qui a peur dun nouvel élan révolutionnaire, profite
dune période de relative accalmie sociale pour durcir ses attaques
antiouvrières. Des unions locales de la FAUD seront interdites en Westphalie, à
Hannovre, dans le Mecklenburg, le Pommern et la Saxe. Lorganisation anarcho-
syndicaliste le sera complètement en Bavière. Dans la vallée de la Ruhr ce
seront les occupants français qui soccuperont de réprimer sauvagement toutes
formes de luttes sociales. La crise économique qui commence sérieusement à
se faire sentir jouera aussi un rôle dans la diminution de lengagement anarcho-
syndicaliste. En gardant plusieurs milliers de militants jusquen 1933, elle sen
sort toutefois mieux que les groupes unionistes ou communistes de conseils
qui, après moultes scissions, se réunifiront en 1931 dans le KAUD («
Kommunistischer Arbeiter Union Deutschland », « Union Communiste Ouvrière
dAllemagne ») et dont le nombre de militants restera confidentiel. Jusquà la
monté du nazisme la FAUD sera capable de mener de nombreux combats
contre le chômage, pour laugmentation des salaires et de meilleurs conditions
de travail. Ses réussites ont amené le tribunal de Leibzig à linterdire de toutes
négociations salariales, ces dernières devant, selon lui, guarantir la paix sociale
que laction directe menace. Mais le plus dure était encore à venir : le nazisme.

La résistance antifasciste La FAUD a tout fait pour amener la DGB, la grosse


centrale syndicale, et les autres organisation de gauche et dextrême gauche
sur le terrain de la grève générale en cas darrivée au pouvoir des fascistes ;
malheureusement sans succès. Dès que les nazis parviennent au pouvoir elle
est entièrement interdite dans toute lAllemagne. Beaucoup de ses membres
sont arrêtés et doivent fuir. Les vagues de répression qui lont touché ont
préparé le chemin de lexil. Le bureau confédéral, menacé à Berlin, se maintient
à Erfurt puis à Leibzig ; il sera ensuite chargé plus spécifiquement de voyager
dans tout le pays pour maintenir les contacts entre les différents syndicats. Un
bureau de limmigration de la FAUD sinstalle à Amsterdam, il se charge
daccueillir les exilés. Ceux-ci créeront des brochures et des journaux qui seront
distribués dans toute lAllemagne. Les anarcho-syndicalistes restés en
Allemagne se réunissent secrètement pour préparer des actions ainsi que la
distribution de matériel de propagande. Un réseau de groupes armés se met en
place : « Die Schwarze Scharen » ( « les légions noires »). Ces groupes, tout de
noir vêtus, tentent de résister aux attaques des SA, des SS et des forces
gouvernementales, servent de service dordre aux apparitions publiques du
syndicat et tentent de tenir la rue en organisant des manifestations motorisées
avec des fanfares et des troupes de théâtre anarcho-syndicalistes. Ils
sattaquent en plus à des points stratégiques de la présence et de la politique
nationale-socialiste. Leur nombre malheureusement insuffisant les amènera à
être décimés par les nazis. Les survivants se retrouvent souvent néanmoins
dans les DAS (« Deutsche Anarcho-Syndikalisten », « anarcho-syndicalistes
allemands »), lorganisation des exilés, et ils seront nombreux à combattre
armes à la main en Espagne contre le franquisme, avec les militants de la CNT.

Une courte renaissance Après la seconde guerre mondiale la situation est


catastrophique pour les anarcho-syndicalistes. La plupart des militants ont été
tués, sont tombés en camps de concentration ou sont en exil. Dans la partie
est de lAllemagne, occupée par lURSS, une union syndicaliste révolutionnaire
voit le jour autour de Willi Jelinek, ancien adhérent de la FAUD et de lAAUD. Des
groupes se forment, notamment en Saxe et à Thüringen. Mais en 1949 le tout
puissant appareil détat « socialiste » attaque. Les antiautoritaires sont jetés en
prison. Beaucoup se retrouveront dans le tristement célèbre centre pénitencier
de Bauzen. Le 24 mars 1952 Jelinek est trouvé mort dans sa cellule. La
bureaucratie stalinienne ne supporte pas dopposition, même de la part de ceux
qui ont combattu, parfois avec eux, contre le fascisme. A louest se forme en
1949 une fédération des socialistes pour la liberté : la FFS ( « Föderation
Freiheitlicher Sozialisten »). Elle compte, fin 47, à peu près 200 adhérents, et
édite le journal « LInternationale ». En 1949 elle atteint le nombre de 300
cotisants et fonde même une organisation de jeunesse. Ce sera alors la section
allemande de lAIT. Mais après léchec de sa structuration syndicale, due en
grande parti aux droits syndicaux très restrictifs de ce pays, elle sessoufflera
puis finira par se dissoudre. Le 42ème et dernier numéro de son journal paraît
à lautomne 1953.

Longtemps après...le retour de la FAU Cest an 1977 que se fonde lI-FAU («


Initiative Freie Arbeiter Union », « Initiative pour une union libre des travailleurs
»). Elle naît de la rencontre des jeunes issus de la révolte étudiante de 68 et
des mouvements sociaux des années 70 avec les militants de la CNT en exil
qui gagne en influence après la mort de Franco. Une nouvelle organisation
anarcho-syndicaliste existe enfin de nouveau sur le plan national après tant
dannées où il na rien eût de ressemblant. Elle se développe dabord faiblement
et a beaucoup de discussions internes sur les stratégies syndicales. En 1980
certains groupes se retirent. Ils étaient plutôt attirés par lautonomie et un anti-
impérialisme négateur de la lutte des classes, pour eux la frontière de classe
ne se trouvant pas entre les travailleurs du monde entier et les patrons mais
entre les pays du tiers monde et les pays occidentaux, un ouvrier allemand
étant, selon eux, plus exploiteur quun dictateur africain ou asiatique ! Ils
formèrent la FAU/R (« FAU/Rätekommunisten », « FAU/ communistes de conseil
»). Ils se dissolvent bientôt et beaucoup de ses militants entrent dans le
Kommunistischer Bund (« Ligue communiste ») maoïsant. Après que beaucoup
de nouveaux syndicats ses soient formés le congrès national de 1983 décide
denlever le I (pour « initiative ») du sigle. Malheureusement lorganisation devra
subir en 1991 une nouvelle scission . En effet certains de ses membres sen
vont parce quils jugent la nouvelle « explication /déclaration des principes »
trop politique et trop anarchiste. Après la chute du mur, en 1990, se forme une
FAU dans lex RDA . Elle sunit en août 1991 avec la FAU de louest. Cette union
va permettre à lanarcho-syndicalisme de prendre de lampleur dans ce pays.

Les activités de la FAU La FAU est très active sur les terrains de lantifascisme
et de lantiracisme. Elle participe au mouvement antifa radical et
révolutionnaire très fort dans ce pays, où les fascistes ne peuvent manifester
sans quil y ait dénormes manifestations de protestation où les révolutionnaires
ont un poids non négligeable. Elle contribue aussi à dénoncer le racisme
institutionnel, elle a notamment critiqué âprement et physiquement les propos
raciste de la CDU chétienne-démocrate contre la double nationalité, et sengage
auprès des sans papiers. Elle soccupe aussi de soutenir déserteurs et insoumis,
et a participé aux manifestation contre la guerre dans les Balkans. La question
du féminisme et de lantisexisme est aussi beaucoup travaillé en son sein.
Beaucoup de conférences, de débats, de concerts de soutient ont pu avoir lieu
grâce à son initiative. Nous pouvons notamment mentionner les journées
libertaires de Francfort en 1993, quelle a coorganisé et qui ont eu environ 3
000 visiteurs. Elle édite en plus un journal bimensuel : « Direkte Aktion »
(action directe), qui parle aussi bien de lactualité des mouvements sociaux que
de la culture ou la théorie anarcho-syndicaliste. Nombreuses sont ses sections
qui font paraître un journal local comme à Hambourg, Münster ou Brême. Ses
actions syndicales stricto sensu ont dabord été surtout de solidarité
international. Dans les années 80 elle a mené avec succès de nombreuses
actions de solidarité avec les mineurs britanniques en lutte. En 1996, elle
réussira à lancer une campagne de boycott contre la firme « Lebensbaum » qui
mène au Mexique une guerre de classe dure contre les ouvriers agricoles.
Grâce à elle, létiquetage de ses produits na plus le droit de mentionner «
agriculture biologique ». Elle tend néanmoins de plus en plus à simpliquer dans
les luttes de classe de son pays. A Hamburg, elle sera très présente dans
loccupation de lhôpital du port qui gagnera à ce que sa fermeture soit
empêchée ; à Brême elle obtiendra des bourses pour ses syndiqués étudiants
etc... De véritable structures syndicales se mettent progressivement en place
qui laisse présager un bel avenir. Il y, à ce jour quatre branches dindustrie
organisées : lassociation libre des soins, lassociation libre du bâtiment, le
syndicat environnement- agriculture- paysan, et le virulent syndicat de
léducation, fondé en 1997. La FAU mène, aussi bien en interne quen externe,
une politique qui évite les deux écueil du dogmatisme et du réformisme Elle a
toujours été très présente sur le plan international en contribuant largement à
la création de linternational anarcho-syndicaliste en 1922 : lAssociation
International des Travailleurs (AIT). Elles en est encore membre et y milite pour
une politique douverture tout en critiquant les tendances réformistes de
centrales syndicales extérieurs à lAIT. Son internationalisme fort mérite quen
retour nous soyons attentifs à son développement et prêts à intervenir de
concert avec elle dans les luttes sociales à venir. Pour un mouvement anarcho-
syndicaliste fort et sans frontière...
Gaëtan Le Porho

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