Vous êtes sur la page 1sur 19

MASTER : JURISTE D’AFFAIRES (M1)

SEMESTRE 1

MODULE: Droit pénal des affaires

La responsabilité pénale des dirigeants

Sous la direction du professeur :

AZZOUZI Hassane

Année universitaire 2018/2019

Le plan

Partie 1: Le fondement de la responsabilité des


dirigeants
Section 1: La détermination des personnes
responsables
Section 2: La mise en œuvre de la responsabilité
Partie 2: L’EXONÉRATION de la responsabilité
pénale des dirigeant
Section 1: Le fondement de l’exonération
Section 2: Les conditions de l’adoption de
l’exonération

« Il n’y a pas de société sans organe de direction pas plus qu’il n’y a d’Etat sans
pouvoir exécutif » disait Maurice COZIAN .Cette citation met en lumière le rôle
de l’organe de direction au sein de la SOCIÉTÉ.
Le dirigeant occupe le rôle du pouvoir exécutif dans le cadre la société qui prend les
décisions importantes au nom et pour le compte de celle-ci. C’est le représentant de la
société mais également des associés.

Ses décisions peuvent être déterminantes : en conduisant la société vers la prospérité


ou au contraire vers une décadence .

La cour de cassation fait peser sur le dirigeant une obligation de loyauté1 . Au sein de
cette communauté qu’est la société , il est tenu de cultiver la vertu du civisme à l’égard
tant des associés 2que de la société3

August DETOEUF ajoute : « Une des erreurs que peut commettre un chef
d’entreprise, c’est de se croire le seigneur de l’affaire qu’il dirige »

En effet, le monde des affaires repose de plus en plus sur le principe de la bonne
gouvernance, à tel point que le vocable « corporate governance » : gouvernance
d’entreprise a émergé en tant que système de réglementation, de lois , d’institutions
destinés à encadrer la manière dont l’entreprise est dirigée , administrée , contrôlée
implique une responsabilisation de l’entreprise et de ses organes .

Cette équation a une importance considérable dans le monde des affaires reposant sur
l’activité des sociétés . En vue de ne pas compromettre le développement du tissu
sociétaire le législateur a mis sur pied des dispositions pénales, un arsenal répressif
impressionnant : le droit pénal commun qui incrimine l’escroquerie , le faux , l’abus
de confiance . Il est complété par un véritables arsenal d’infractions spéciales tel que
l’abus des biens , du crédit , du pouvoir , des voix , la présentation ou la publication de
comptes annuels ne donnant pas une image fidèle

Le droit pénal des sociétés et des entreprises en difficultés fait intervenir des myriades
de responsabilités que ce soit celles des associés, des commissaires aux comptes , des
syndics , des dirigeants . Dans le cadre de notre sujet nous nous intéresseront
particulièrement à celle relative : aux dirigeants sociaux .

Dans ce contexte une citation de Maurice COZIAN présente tout son intérêt :

1
Les règles en Common Law interdisent aux dirigeants de saisir les corporate opportunities : les opportinité
d’affaires appartenant à la société .
2
Il doit faire bénéficier les associés de leur droit à l’information
3
Il lui est interdit d’instrumentaliser les informations qu’il détient pour concurrencer la société ou en les
divulgant à un concurrent
« La direction d’un société est rarement une sinécure . Un jour vient où
l’orage se déclare et le dirigeant redescendu sur terre fait l’apprentissage de la
responsabilité civile , pénale ou fiscale »

Cela implique de préciser la spécificité de la responsabilité pénale et définir ce qu'on


entend par le terme dirigeant auquel cette responsabilité est appliquée. la
responsabilité pénale d'une personne est engagée lorsqu'elle commet une infraction à
la loi pénale sanctionnée par une peine à savoir une amende, emprisonnement laquelle
infraction comprend trois éléments constitutifs. Premièrement Un élément légal :
l'infraction doit être prévue par une disposition légale. En second lieu, Un élément
matériel, le comportement humain , l’ extériorisation de l'infraction . En dernier lieu :
Un élément moral : il s'agit de l'intention ou de la volonté de commettre l'infraction.

Selon la doctrine, la responsabilité pénale des dirigeant se définit en tant


qu’obligation de répondre de ses actes délictueux accomplis dans le cadre de
l’exercice des fonctions de direction en subissant une peine correspondante fixée par
la loi pénale .

Engage donc sa responsabilité pénale tout dirigeant d'entreprise qui, dans l'exercice de


sa fonction de « chef d'entreprise ayant un pouvoir de commandement et
d'instruction » commet une infraction prévue par la loi pénale et contre lequel sont
retenus un fait matériel et une intention délibérée et volontaire de commettre ce fait.

Encore faut-il définir ce qu'on entend par « dirigeant de l'entreprise ».

Dans le contexte légal, la notion d’organe de direction est précisé , pour la société
anonyme ,par les articles 373 et 374 de la loi n° 17-95 relative aux sociétés anonymes
4
.Concernant la SARL , au sein de l’article 1005 de la loi n° 5-96 sur la société en
nom collectif, la société en commandite simple, la société en commandite par actions,
la société à responsabilité limitée et la société en participation
La doctrine et la jurisprudence s'accordent pour considérer comme dirigeant, celui qui
exerce des pouvoirs d'administration , de direction et de gestion de l'entreprise, prend à
cet effet des décisions qui engagent l'entreprise vis-à-vis de ses partenaires internes et
externes et veille à leur exécution par des instructions données aux structures de la
société.

La jurisprudence a reconnu cette qualité pour :

4
Article 373 : Au sens du présent titre, l' expression membres des organes d' administration, de direction ou de
gestion désigne :

- dans les sociétés anonymes à conseil d' administration, les membres du conseil d' administration y compris,
le

président et les directeurs généraux extérieurs au conseil;

- dans les sociétés anonymes à directoire et à conseil de surveillance, les membres de ces organes.

Article 374 : Les dispositions du présent titre visant les membres des organes d' administration, de direction
ou

de gestion seront applicables à toute personne qui, directement ou par personne interposée, aura, en fait,
exercé

la direction, l' administration ou la gestion de sociétés anonymes sous le couvert ou aux lieu et place de leurs

representants légaux.

5
Article 100

Les dispositions du présent titre visant les gérants de sociétés objet de la présente loi

seront applicables à toute personne qui, directement ou par personne interposée,

aura en fait, exercé la gestion de ces sociétés sous le couvert ou aux lieu et place de

leurs représentants légaux.


 Le président directeur général d’une société anonyme ( l’arrêt de la Cour de
Cassation française , chambre criminelle rendu le 1 décembre 1998)

 Le directeur général délégué (l’arrêt de la Cour de Cassation française,


chambre criminelle rendu le 7 juillet 1998)

 Le gérant d’une SARL (l’arrêt de la Cour d’Appel de Lyon en date du 3 juin


1998) 6

 Les membres d’un organe collégial de direction (conseil d’administration ,


directoire, conseil de surveillance).

Sur cette base, elles distinguent, ainsi d'ailleurs que la loi, le dirigeant de droit et le
dirigeant de fait d'une part, le dirigeant d’une société à risque limité7 et une société à
risque illimité8

Le dirigeant de droit est la personne titulaire de la fonction de direction, désignée par


les statuts de la société ou par la loi pour exercer les pouvoirs qui s'attachent à cette
fonction de direction et de gestion prévue par le texte régissant le type de société
considérée. Aux cotés de cette notion se trouve celle de dirigeant de fait .

Ainsi, pour la cour de cassation française, le dirigeant de fait se définit comme « celui
qui en toute indépendance et liberté exerce une activité positive de gestion et de
direction et se comporte, sans partage, comme « maître de l'affaire » tel qu’illustré par
l’arrêt de la chambre commerciale de la Cour de Cassation française en date du 10
octobre 1995, sous le couvert et au lieu et place du représentant légal » comme en

6
Dans le contexte marocain sa responsabilité est posée par l’article par l'article 67 de la loi 05-96 du 13
Février 1997, qui prévoit que ceux-ci sont responsables individuellement ou collectivement, envers la société
ou envers les tiers, s'ils commettent des infractions aux dispositions légales applicables aux sociétés à
responsabilité limitée.

7
Elle s’engage à la fois pour les infraction de droit commun que pour celles du droit spécial des sociétés : les
infraction spécifiques on été mis sur pied pour donner une morale aux affaires : tels que la présentation de
comptes infidèles , l’abus de biens sociaux qualifié de délit spécifique redouté et redoutable

8
La responsabilité du dirigeant dans ce cadre n’est engagée que sur la base du droit commun , la loi n’a pas
prévue d’infractions spécifiques . Ainsi le gérant indélicat qui puise dans la caisse de la société pour financer
ses dépenses personnelles pourra être poursuivi pour abus de confiance.
témoigne l’arrêt de la chambre criminelle de la Cour de Cassation en date du 12
septembre 2000 .

La Cour d’appel de Paris va dans le même sens en rendant l’arrêt du 11 juin 1987 dans
lequel elle précise que « la qualité de gérant de fait est caractérisée par l’immixtion
dans les fonctions déterminantes pour la direction générale de l’entreprise , impliquant
une participation continue à cette direction et un contrôle effectif et constant de la
marche de la société en cause »9

Notre sujet a plusieurs ramifications . Il peut faire appel à un ensemble de disciplines


juridiques . En effet le représentant en sa qualité de chef d’entreprise répond à ce titre
à des infractions à la réglementation générale des entreprises tels que le droit du travail
, droit de l’environnement 10, au droit des assurances11 , le code de la route12 ,le droit de
la consommation , le droit fiscal 13, le droit civil.

Nous n’allons pas prétendre à l’exhaustivité , nous allons nous limiter dans le cadre de
notre sujet à traiter cette notion en s’attachant à l’approche du code pénal et le droit
pénal des sociétés dans le contexte de la législation marocaine avec des références au
droit comparé notamment français 14

Nous écarterons également du champ de notre sujet le droit pénal des entreprises en
difficultés à savoir la banqueroute prévue par le code de commerce dans sont titre V
du livre V consacré aux difficultés de l'entreprise et qui concernent les dirigeants de
l'entreprise ayant fait l'objet d'une procédure de traitement.

9
Par exemple celui qui traite avec les banques , perçoit des règlements au nom de la société , définit la politique sociale
10
Dans le contexte français
11
La fonction de dirigeant est un poste à risque et le risque appelle l’assurance . Tel est le cas des Etats unis qui
connaissent depuis longtemps le concept de responsabilité civile des dirigeants sociaux comme disait
A.Constantin :L’assurance de responsabilité pénale est cependant interdite par la loi française : on ne fait pas prendre en
charge par une compagnie d’assurance le paiement d’amendes pénales .
12
Accident de la route causé par des véhicule défectueux appartenant à la société dont le directeur a effectué l’achat
13
Le Cas de la fraude fiscale
14
Le droit pénal marocain des sociétés s’est fortement inspiré du droit français, l’évolution du dans le contexte français
nous permettra de mieux déceler les particularités de notre droit. L'étude de ce régime, en se fondant sur les solutions
dégagées notamment par la jurisprudence et la doctrine françaises en la matière, paraît donc pertinente et pourrait
permettre de préciser la portée du régime de la responsabilité pénale à appliquer au cas marocain et contribuer ainsi à
éclairer les tribunaux marocains sur les solutions à retenir aux cas d'espèces
Dans le cadre du droit pénal des sociétés nous occulterons le délit d’abus des biens
sociaux .

Bien que le délit d'abus de biens sociaux et le délit de banqueroute constituent le


terrain d'étude privilégié de la problématique de la responsabilité pénale des dirigeants
de l'entreprise , nous nous intéresseront à d’autres infractions dont l’importance n’est
pas du moins minime et qui ont tout leur intérêt dans le contexte de la responsabilité
des dirigeants sociaux .

Dans le paysage historique, c’est avec les mutations de la conjoncture économique en


général et des sociétés en particulier qu’a émergé la volonté d’encadrer pénalement les
organes de la société, cette notion de responsabilité pénale des dirigeants n’a pas
toujours existé. En effet le droit pénal des sociétés et des entreprises en difficultés est
un droit jeune.

Au Maroc, des années 40 à 90, le droit des affaires et le droit des sociétés marocains
étaient caractérisés par leur « sous pénalisation » .

A partir des années 90 la modernisation du droit marocain des sociétés s’est inscrit
dans un vaste mouvement de mise à niveau du droit marocain des affaires à travers sa
pénalisation et notamment le régime de la responsabilité des dirigeants de
l'entreprise.

Au moment où le législateur marocain « mettait à niveau » le droit des sociétés par


une transposition des mêmes infractions et sanctions de la loi française, une réflexion
a été engagée vers le milieu des années 90 pour proposer une modernisation qui a pris
la forme d'une dépénalisation d'une partie de cette loi.

Au Maroc ,à partir de 1995 , dès la promulgation, le 30 Août 1996, de la loi sur les
sociétés anonymes, des critiques se sont élevées pour souligner les limites d'une
«  modernisation » par le biais d'une transposition formelle du titre II de la loi
française 66-537 du 24 juillet 1966 sans adaptation des infractions édictées par les
lois françaises au milieu marocain en mettent l'accent précisément sur le fait qu' au
moment même où les lois marocaines ont vu le jour, la réflexion sur la dépénalisation
du droit des sociétés était très avancée et regrettant que les rédacteurs de la loi n'aient
pas mis à profit ces réflexions lors de son élaboration .

Les dirigeants sociaux exercent une fonction dangereuse, pour eux-mêmes, pour la
société et envers les tiers. Ce danger se manifeste par la gravité de certaines fautes
qu’ils peuvent commettre .C’est ainsi que la responsabilité pénale des dirigeants
sociaux est aux cœurs des débats entre partisans et détracteurs de la dépénalisation.

Elle présente à la fois un intérêt théorique et un intérêt pratique .

La responsabilité du chef de l'entreprise prend une importance particulière dans le


contexte marocain caractérisé par la volonté des pouvoirs publics d'introduire une plus
grande transparence, sauvegarder l’éthique dans les affaires et d'assainir le
fonctionnement de l'économie afin d'améliorer l'attractivité des investissements,
notamment étrangers, à la recherche d'un environnement juridique sain et d'une justice
impartiale.

D’un point de vue pratique, Ce sujet a fait l’objet d’une jurisprudence abondante à la
fois marocaine et française.

Bien que la structure sociétaire ait le mérite de permettre d’agir sous couvert d’une
personne morale pouvant voire sa responsabilité engagée15 cette hypothèse s’illustre
parfaitement par l’arrêt de la Cour de Cassation n°620 en date du 1juin 2005
concernant le dossier commercial 40/3/2/2005 : la cour de cassation a cassé l’arrêt de
la Cour d’Appel concernant une affaire de chèque sans provision produit par le
dirigeant d’une société qui a été condamné personnellement en 1er et second degré . La
cour de cassation a prononcé un arrêt de principe selon lequel : « le dirigeant d’une
personne morale ayant émis un chèque au nom de la société, en cas d’absence de la
provision , c’est la responsabilité de la société qui est engagée ».

Il n’en demeure pas moins que les dirigeants de cette personne morale restent soumis
au droit pénal en cas d’agissement fautifs dans le cadre de leur mission impliquant
l’extrême diligence comme l’illustre l’arrêt de la Cour de Cassation n°2263/7 en date
du 1 octobre 1998 concernant le dossier pénal n° 8774/98qui pose le principe de la
responsabilité pénale du dirigeant.

Cela ne va pas sans soulever des interrogations fondamentales :

15
La responsabilité des personnes morales est clairement proclamée par l’article L121-2 du code pénal
français .

Dans le contexte marocain c’est l’article 127 qui pose ce principe .


Jusqu'à quel point le droit pénal a-t-il consacré légalement cette responsabilité ?

Quelle est la logique suivie par les tribunaux en application de ce régime légale ?

Y-a-t-il une sévérité ou une logique d’exonération de la responsabilité du dirigeant ?

Afin d’y répondre il serait convenable de traiter d’une part le fondement de la


responsabilité des dirigeants avant d’analyser l’exonération de la responsabilité de ces
derniers
Partie 1 : Le fondement de la responsabilité pénale des dirigeants

Section 1 La determination des personnes responsables

Paragraphe 1: Les dirigeants de droit 

Les dirigeants de droit sont les personnes qui ont été régulièrement et
officiellement investies des fonctions de direction. Leur qualité de dirigeant résulte de
la loi, des statuts et éventuellement de la publicité. Ne sont, dès lors, pas dirigeants de
droit, les personnes qui exercent une fonction de direction technique ou
administrative et qui sont liées à la société par un contrat de subordination dans la
mesure où elles restent des exécutantes et n’assument pas une direction de fait16.

Les dirigeants de droit peuvent être appréhendés comme des personnes physiques ou
morales, régulièrement désignées pour gérer la société et qui, à ce titre, assurent
légalement les fonctions de direction ou d’administration en son sein et l’engagent
normalement à l’extérieur17

Ce mode diffère selon la forme sociale:

La gérance de la société à responsabilité limitée est réglementée par l’article 62 de la


loi 5-96 qui précise que le gérant doit être une personne physique, ainsi qu’il peut être
nommé en dehors des associés.

Le principe de la responsabilité pénale des gérants est posé par l'article 67 qui prévoit
que ceux-ci sont responsables individuellement ou collectivement, envers la société ou
envers les tiers, s'ils commettent des infractions aux dispositions légales applicables
aux sociétés à responsabilité limitée

A l'inverse de la SARL, la pluralité des gérants est de droit en ce qui concerne la


gérance de la Société en nom collectif (SNC) .

sauf si les statuts désignent un ou plusieurs gérants parmi les associés qui doivent tous
avoir la qualité de commerçants. Les associés peuvent nommer un gérant non associé.

16
ROZES, Jean-Baptiste, la responsabilité des dirigeants, édition AFNOR, 2012, p.3.
17
ANDRE, akam, La responsabilité civile des dirigeants sociaux en droit OHADA in Revue internationale de droit
économique 2007/2 (t. XXI, 2), p. 211-243.
Le dirigeant de droit pénalement responsable dans la SNC peut donc être un gérant
associé ou un gérant non associé.

S’agissent des sociétés des capitaux notamment la Société anonyme :

Une SA qui adopte la structure classique le régime de la responsabilité incombe sur


l’organe permanente de gestion à savoir le conseil d’administration a cette effet Les
auteurs du délit sont exclusivement des personnes physiques ; dans la société anonyme
de type traditionnel ce sont : le président, les administrateurs ou les directeurs
généraux, et les directeurs généraux délégués.

La loi ne différencie pas donc les administrateurs gestionnaires et les administrateurs


contrôleurs.

la société anonyme à directoire et à conseil de surveillance est le mode qui traduit la


tache moderne de la gestion de la société anonyme qui fait la séparation entre la
direction et le contrôle. Ici on fait la distinction entre deux membres distincts à savoir :

Les membres du directoire, le directoire est investi des pouvoirs les plus étendus pour
agir en toute circonstance au nom de la société. L'exercice de ces pouvoirs est et reste,
de droit, de nature collégiale.

Même s'ils répartissent entre eux les tâches de la direction. Il en résulte que leur
responsabilité pénale peut être engagée collectivement ou individuellement.

Les membres du conseil de surveillance, est un organe dont la mission : « le contrôle
permanent de la gestion de la société par le directoire » article 104

En application du principe de stricte interprétation des dispositions pénales, peuvent


engager leur responsabilité pénale, en application du titre XIV de la loi 17-95, tous les
membres du conseil de surveillance même si leur fonction est strictement limitée au
contrôle de la gestion du directoire.

Paragraphe 2 : Les dirigeants de fait 

Par définition un dirigent de fait est Celui qui, sans avoir été nommé dirigeant par les
statuts ou par une décision de l’organe compétent, en assume les fonctions est
susceptible de recevoir application d’une partie du régime des dirigeants sociaux, plus
particulièrement des conséquences de la responsabilité civile et de la responsabilité
pénale des dirigeants18.

18
DONDERO, Bruno, Droit des sociétés, 5e, Dalloz, 2017, p.182.
La Cour de cassation a donné des dirigeants de fait une définition circonstanciée : «
Les personnes, tant physiques que morales qui, dépourvues de mandat social, se
sont immiscées dans la gestion, l’administration ou la direction d’une société, celles
qui en toutes souveraineté et indépendance, ont exercé une activité positive de
gestion et de direction engageant la société sous couvert ou au lieu et place de ses
représentants légaux19»

Malgré cette intervention informelle à la direction et la gestion la loi mis en même


pied d’égalité la responsabilité du dirigeant de droit que le dirigeant de fait.

Néanmoins, La qualité de dirigeant de fait ne se présumant pas, il appartient à celui


qui en soutient l’existence d’en apporter la preuve20

Paragraphe 3 le sort des anciens dirigeants

Sauf prescription de l’action, le dirigent retiré ou démission peut être poursuivie pour
des fautes antérieurs à la cessation de ses fonctions , par conséquent La révocation ou
la démission d’un dirigent ne le met pas à l’abri de poursuites pénales.

Une illustration jurisprudentielle de la cour de Cassation ,crim du 16 juin 1976 , n 74-


922020 énonce que : Une démission d’un dirigent d’une société en état de
cessation de paiement est inopérante pour éluder sa responsabilité personnelle.

Section 2 : les infractions engageant la responsabilité des dirigeants

En sa qualité de dirigent de doit ou de fait, le dirigent est envisagés d’un ensemble des
infractions touchant des divers domaines. Droit de travail, droit la concurrence, droit
de l’environnement ou même les infractions ordinaire tel que le vol , l’escroquerie ,
corruption .

De son tour le droit des sociétés commerciales à consacré toute un volet d’ordre pénal
qui expose un ensemble des infractions incombent sur la responsabilité des dirigeants
sociaux.

On cite à titre d’exemple :

La publication ou la présentation de faux états de synthèse, Cette infraction porte sur


l’un des obligations du conseil d’administration ou le directoire de présenter et publier

19
Cass. com. du 25 janvier 1994, n° 91-20007.
20
Cass. com. du 23 janvier 1990,n° 88-15235
les états de synthèse.21 La présentation et la publication de comptes annuels infidèles
sont réprimées par les mêmes textes que ceux relatifs à l’abus de biens sociaux : d’une
part, l’article 107 (relatif aux SARL) et d’autre part l’article 384 (concernant les SA).

La distribution des dividendes fictifs, aux termes de l’alinéa 1 de l’article 384 de la loi
17-95 modifié et complété par la loi 20-05, cette infraction désigne les dirigeants de la
société anonyme qui ont procédé à la distribution des dividendes fictifs entre
actionnaires en l'absence d'inventaire ou au moyen d'inventaires frauduleux.

l’abus des biens sociaux , Aux termes de l’article 384 de la loi 17-95, cette infraction
désigne les dirigeants qui, de mauvaise foi, auront fait, des biens ou du crédit de la
société, un usage qu'ils savaient contraire aux intérêts économiques de celle-ci à des
fins personnelles ou pour favoriser une autre société ou entreprise dans laquelle ils
étaient intéressés directement ou indirectement  Article 384 de la loi 17-95.

Partie 2 La mise en œuvre de la responsabilité pénale

L’un des phénomènes les plus importants de la vie des entreprises au cours de ces
dernières années est incontestablement l’importance prise par la dimension juridique.22

Section 1 : les sanctions prévues par la loi.

Pour la répression pénale de ces infractions, le législateur marocain les a regroupés


sous une même peine que ça soit au niveau des sociétés anonymes ou la société à
responsabilité limitée.

D’abord, la peine prévue par l’article 384 est l’emprisonnement d’un à six mois et une
amende de 100 000 à 1 000 000 de dirhams ou l’une de ces deux peines seulement qui
est laissé aux juges de l’appliquer selon les faits et les circonstances

la même peine d’emprisonnement est prévue pour la société à responsabilité limitée


avec une distinction concernant la peine pécuniaire qui est d’une amende de 10 000 à
100 000 de dirhams.

Ces peines imposées par le législateur marocain sont très allégés et ne présente pas un
caractère de prévention de la commission de ces délits autrement dit l’absence d’un
effet dissuasif.

21
LAZRAK, Rachid, Le nouveau droit pénal des sociétés au Maroc, Rabat, Ed. la Porte, 1997, p.52.
22
FASQUELLE, Daniel, Droit de l’entreprise, Wolters Kluwer France : Lamy, DL 2011, p.1.
En comparant avec le droit français on trouve le législateur français dans l’article
242-6 du code de commerce prévoit des lourdes peines pour les mêmes infractions à
savoir 5 ans d’emprisonnement et une amende de 375 000 euros, ce qui remplit dans
un premier temps le caractère de prévention, et qui reste une peine très sévère .

Section 2 : les organes compétents.

Le procureur du Roi auprès du tribunal de commerce doit donc faire appel à son
confrère du tribunal de droit commun de première instance pour engager les poursuites
et lui rendre compte de ses résultats de l’enquête. D’où un blocage du système de
mise en œuvre des sanctions de droit pénal des affaires23.

Le parquet du tribunal de commerce n’a pas d’autorité directe sur la police judiciaire ;
d’où premier blocage. C’est-à-dire l’écart qui existe entre les autorités chargées de
déclenchement de l’action publique (le parquet) et les autorités chargées des
poursuites (police judiciaire) 

Il faut signaler que vu le caractère trop technique de cette loi elle reste ignorée par une
bonne partie de nos magistrats qui lui préfèrent les dispositions bien claires du code
pénal applicables à monsieur tout le monde. Les infractions des sociétés anonymes
sont très peu révélées à la justice pénale et par conséquent très peu poursuivies. C’est
là un domaine par excellence de la délinquance en col blanc et du chiffre noir.24

Les infractions des sociétés anonymes sont très peu révélées à la justice pénale et par
conséquent très peu poursuivies . D’après REDENIUS-HOEVERMANN « Il est plus
facile d’attraper un cochon à la queue graissée que de rendre responsable le dirigeant
d’une société anonyme. »25

Ce qui explique la formule: C’est là un domaine par excellence de la délinquance en


col blanc et du chiffre noir.

Partie 2 : L'exonération de la responsabilité pénale des dirigeants


Section 1 : Les fondements de l’exonération
La force majeure

23
Lahcen, OUAHMANE, « le droit pénal marocain des affaires situation actuelle et état des lieux », in : In: ‫القانون الجنائي‬
‫ أعمال الندوة الوطنية التي نظمها مختبر الدراسات الجنائية بالكلية بتعاون مع ماستر العلوم الجنائية وماستر قانون األعمال ومجموعة‬: ‫ واقع وآفاق‬: ‫لألعمال‬
2009 ‫ فبراير‬7‫ و‬6 ‫البحث حول تاريخ القانون والعدالة يومي‬, p349.
24
Jaouhar mohamed, le droit pénal des sociétés anonymes quelle évolution, p356.
25
REDENIUS-HOEVERMANN, Julia, La responsabilité des dirigeants dans les sociétés anonymes en droit français et droit
allemand, LGDG, éditions Lextenso, paris, 2010, p.1.
N’est pas pénalement responsable la personne qui à agi sous l’empire
d’une force ou d’une contrainte a laquelle elle n’a pas pu résister, que ça
soit une contrainte physique où morale, a condition qu’elle soit irrésistible
et imprévisible et également inévitable.
La délégation du pouvoir
Les dirigeants dans le cadre de l’exercice de leurs missions au sein de la
société, ils lui sont conféré plusieurs pouvoirs dans le processus décisionnel
et exécutif. Leur mise en œuvre ne peut avoir lieu qu’avec l’intervention et
l’entretien d’organes et collaborateurs qui sont sous leurs ordres.
Cette intervention est effectuée par le biais d’une délégation de pouvoirs
consentie par les dirigeants de droit à leurs collaborateurs pour assurer le
bon fonctionnement de l'entreprise afin de s'assurer que les décisions prises
dans le cadre de l'exercice des pouvoirs du dirigeant produisent leurs effets
aux différents échelons de l'organisation de l'entreprise.
Le déplacement de la responsabilité se justifie par le déplacement de
l’autorité C’est, en effet, parce que et tant que pèse sur le chef d’entreprise
une présomption d’autorité, qu’il est présumé responsable
Une telle délégation, lorsqu’elle est valable, déplace la responsabilité de la
tête du chef d’entreprise sur celle du délégué ,c’est souvent le cas pour les
ingénieurs à la sécurité, les chefs de garage dans les entreprises de
transports, etc
Section 2 : Les conditions d’adoption de l’exonération

En premier lieu la délégation de pouvoirs, pour être valable, nécessite d’être


faite de manière permanente à un subordonné ayant la compétence et
l’autorité nécessaires.
Ainsi d d’autres conditions sont de mise, on cite :
 La compétence : l’aptitude professionnelle du délégataire à exécuter
sa mission. Cette aptitude est à la fois technique et juridique puisque
la responsabilité pénale est fondée sur la violation d'une règle de droit.
 L'autorité : c'est le pouvoir de donner des ordres, des consignes et de
les faire appliquer au besoin par le recours à des sanctions.
L'autorité sous entend donc l'indépendance du délégataire pour la mise en
œuvre effective des pouvoirs délégués. Ainsi, il a été jugé que « qu'un
supérieur hiérarchique qui s'immisce dans le déroulement des tâches en
rapport avec la mission du délégataire supprime l'autonomie d'initiative
inhérente à toute délégation effective »
 Les moyens nécessaires : La compétence et l'autorité sont
insuffisantes pour qualifier une délégation d'acte valide. Il faut, en
plus, doter le délégataire de moyens humains, techniques et matériels
pour accomplir réellement la mission.
Il importe de rajouter que ni l’autorisation administrative, ni la tolérance
administrative ne peuvent constituer une autorisation de la loi et ne peuvent
donc servir de causes d’exonération.
On cite à titre d’exemple : Le crim. 28 octobre 1986, tolérance de
l’inspecteur du travail qui admettait des plates-formes sans rambardes ni
plinthes contrairement à la réglementation.
Ainsi dans le cas d’un redressement judiciaire, un administrateur lui est
assigné les même pourvois incombant au chef d’entreprise dans le but de
l’entretenir dans la gestion de l’entreprise , il est soumis au obligations
légales du même titre que le chef d’entreprises. Par conséquent les
infractions commises lors de sa mission engagent sa responsabilité pénale e

Le délégataire quant a lui peux s’exonérer de toute responsabilité pénal en


prouvant que les faits qui lui sont reprochés ne relèvent pas du domaine du
pouvoir qui lui a été délégué où qu’il n’as commis aucune faute personnelle
susceptible d’engagé sa responsabilitét non plus le dirigeant de l’entreprise
dessaisi de sa mission.
En principe, le bénéficiaire de la délégation doit avoir la qualité de préposé
c'est-à-dire un salarié titulaire d'un contrat de travail, quel que soit sa
situation par rapport à la hiérarchie de l'entreprise.
Les bases de ce régime ont été posées par cinq arrêts de principe de la
chambre criminelle de la cour de cassation du 11 Mars 1993.
S'agissant de la preuve, bien que la jurisprudence admette la preuve orale
appuyée sur des éléments concrets tel que les témoignages, le domaine de
délégation peut difficilement être prouvé sans un écrit car pour être valide
le délégataire doit prouver qu'il a accepté la délégation et préciser la nature
et l'étendue des responsabilités déléguées.

Conclusion

En guide de conclusion, au sein de l’arsenal du droit pénal des affaires, ce qui est
recherché désormais c'est l'efficacité de la sanction et sa pertinence en l'adaptant aux
nouvelles formes de criminalité d'affaires qui prend de nos jours des dimensions
transfrontalières. En effet, la doctrine française s'accorde sur le fait que l'inflation des
sanctions pénales en droit des affaires n'est pas toujours un gage d'efficacité et devrait
quitter le domaine des simples irrégularités formelles pour se concentrer sur les délits
les plus graves

Dans le contexte français a émergé la loi n° 2001-420 du 15 mai 2001 relative aux
Nouvelles Régulations Economiques . Elle témoigne que la sanction pénale s'est
avérée un moyen inefficace pour contraindre les dirigeants à exécuter un certain
nombre d'obligations et leur substituant les « référés injonctions » par lesquels les
actionnaires ou associés peuvent demander au président du tribunal de commerce
d'imposer aux dirigeants qu'ils exécutent leurs obligations au moyen d'une astreinte ou
par la désignation d'un mandataire chargé de procéder à la communication tel que
prévu aux arts 122 et 123 de la loi .

La dépénalisation opérée par la loi relative aux Nouvelles Régulations Economiques


constitue un moment important de l'évolution du droit pénal des sociétés, en ce qu'elle
procède d'une nouvelle conception de la place de la sanction pénale en droit des
sociétés commerciales. Cette nouvelle conception se veut utilitariste , c'est ce qui
explique la suppression de la sanction pénale lorsqu'elle est manifestement incapable
de parvenir à l'effet pour lequel elle avait été prévue, ou encore lorsqu' elle s'avère
constituer un doublon dénué d'utilité au regard de l'existence de délits de droit
commun. Ce mouvement de dépénalisation a continué en 2003 et 2004, par le biais de
la loi du 1er août 2003 et deux ordonnances du 25 mars 2004 et du 24 juin 2004
abrogeant des incriminations inappliquées ou formelles .

Cet appel semble avoir été entendu , au Maroc ,depuis qu'un projet de loi a été élaboré
en 2005 par les services du ministère du Commerce et de l'Industrie et mis en
discussion au niveau des Ministères concernés en vue d’adapter le régime de la
responsabilité à l'impératif d'efficacité et d'utilité de la sanction pénale en insérant
cette politique dans le double mouvement de pénalisation des actes les plus graves et
de dépénalisation des actes ayant un caractère non intentionnel ou une portée limitée.

Vous aimerez peut-être aussi