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NEWSPAPER

Edition du 21 mai 2020


Par Diane de Puységur et Elise Lanteri

Des milliers d’objets retrouvés grâce à une opération d’envergure internationale


Le 6 mai dernier, Interpol a annoncé l’arrestation d’une centaine de personnes impliquées dans un trafic
d’objets d’art et d’antiquité d’ampleur mondiale. Ce démantèlement inédit est le fruit de deux opérations
menées simultanément depuis quelques mois grâce aux coopérations de l’Organisation mondiale des
douanes et Interpol d’une part et d’Europol avec la Guardia Civil espagnole d’autre part.

Ce trafic était essentiellement issu de pillages dans des pays en guerre et de vols dans des musées et
sur des sites archéologiques. A Madrid, la police a, notamment, retrouvé des objets précolombiens
dérobés sur des sites archéologiques en Colombie. Les polices argentines et afghanes ont également
signalé la saisie de milliers de pièces anciennes et d’objets issus du patrimoine culturel afghan. La
plupart de ces pièces étaient destinées à la vente en ligne. Pour l’heure, trois cents enquêtes sur ce
genre de trafics sont en cours.

En mars, un nombre de ventes aux enchères stable malgré des recettes très faibles
C’est le bilan dressé par Artnet. En effet, en mars 2019, les maisons de ventes du monde avaient vendu
pour 939,3 millions de dollars d’objets d’art. En mars de cette année, elles ont vendu pour 227,3 millions
de dollars. Cela s’explique, en partie, par l’annulation de toute la saison des ventes d’art asiatique, parmi
les plus lucratives de l’année, et par la prudence de beaucoup de vendeurs qui ont retiré leurs biens
prévus à la vente. Les acheteurs étaient eux aussi moins nombreux, ne souhaitant pas s’engager dans
un investissement couteux alors que les marchés financiers sont demeurés fluctuants.

Malgré ce climat peu propice aux transactions, beaucoup d’opérateurs de vente ont vite réagi et ont
maintenu leurs ventes dans un format live. En France, la maison de vente parisienne Fauve a, par
exemple, eu une activité importante pendant le confinement grâce à ses ventes réalisées avec un
service de prise d’enchères téléphoniques à distance. Ainsi, elle est parvenue à adjuger une toile de
Kupka pour 45 000 euros le 21 mars dernier. Ce type d’initiative expliquerait que le nombre de ventes
organisées en mars 2020 n’a baissé que de 25% par rapport à 2019.

En outre, le taux de vente des lots proposés aux enchères est demeuré élevé et a même légèrement
augmenté en mars 2020 par rapport à 2019. Face aux évènements, les opérateurs ont en effet
bouleversé leur calendrier et proposé des lots plus adaptés aux circonstances. Ainsi, les ventes
d’estampes, d’objets de maroquinerie, de vin, de mobiliers courants et d’or ont souvent remplacé les
ventes prestigieuses de tableaux et d’objets d’art.
Le grand défi de l’après-coronavirus pour les musées
Dans son allocation du 28 avril dernier, Edouard Philippe a évoqué furtivement le déconfinement pour
les acteurs de la culture et particulièrement pour les « petits » musées qui pourraient rouvrir à compter
du 11 mai. Si le flou demeure quant aux critères choisis pour désigner ces structures, certains d’entre
eux n’ont pas tardé à communiquer leur calendrier de réouverture.

Ainsi l’objectif de Paris-Musées est de rouvrir le musée Bourdelle, le musée Cernuschi et le musée de
la vie romantique ainsi que la Maison de Balzac dès le 16 juin prochain. C’est aussi la date d’inauguration
qui a été fixée pour l’exposition consacrée à la collection Pratt au Petit Palais. Le musée d’Art Moderne
de Paris et le musée Cognacq-Jay devraient, quant à eux, rouvrir courant juillet si le déconfinement fait
ses preuves.

Pour les grands musées, la tache se complique. Leur réouverture n’est pour l’instant, pas à l’ordre du
jour et plusieurs de leurs équipes dirigeantes considèrent qu’il y aura un « après coronavirus ».
Sébastien Delot, directeur du LaM à Villeneuve-d’Ascq (Nord) étudie avec ses équipes la possibilité de
combiner les flux de visiteurs avec les exigences sanitaires.

Les inquiétudes de beaucoup de conservateurs et de directeurs de grands musées et institutions


culturelles, se concentrent sur le bouleversement inévitable du calendrier des expositions. « Les Louvre
de Picasso », exposition qui devait se tenir au Louvre-Lens, a déjà été reportée d’un an et le
ralentissement du trafic aérien risque d’annuler ou de reporter toute une saison muséale. Le directeur
de l’institut de recherche Option Culture, Jean-Michel Tobelem, considère que cette crise va entraîner
un rééquilibrage entre les musées français et mettre fin à ce système à deux vitesses dans lequel les
grandes institutions parisiennes brassent des foulent de visiteurs tandis que les musées régionaux sont
peu fréquentés. Ce serait donc une opportunité pour la démocratisation culturelle et la mise en valeur
des collections nationales.

A Oslo, des fresques de Picasso menacées


Picasso, qui voulait répandre son œuvre dans le monde entier a, à la fin des années 1950, collaboré
avec l’artiste norvégien Carl Nesjar. Le résultat de cette rencontre artistique fructueuse réside dans de
grandes fresques murales. L’une notamment, intitulée Les Pêcheurs, orne la façade du bloc Y, bâtiment
du quartier central d’Oslo où sont hébergés les ministères de la Défense et des Affaires étrangères et
où, le 22 juillet 2011, le terroriste d’extrême-droite, Anders Breivik, a commis un attentat entrainant la
mort de huit personnes. L’explosion à la voiture piégée a également causé de nombreux dégâts
matériels, endommageant les blocs Y et H qui abritent les œuvres de Picasso. Miraculeusement les
fresques sont demeurées intactes.

Mais depuis ce tragique évènement, les bâtiments sont désertés et aujourd’hui, le gouvernement
norvégien, déplorant une perte économique, souhaite les détruire. Les œuvres ne devraient pas en
elles-mêmes être menacées par le projet de démolition. Il s’agirait de les détacher de la paroi des blocs
pour les exposer indépendamment. Or, la fille de Carl Nesjar a rapporté aux journalistes de The Art
Newspaper que le déplacement des fresques entrainerait forcément des dommages.

Le MoMA de New York soutient cette thèse, considérant lui aussi que la « démolition du complexe de
bâtiments constituerait non seulement une perte importante du patrimoine architectural norvégien, mais
cela rendrait également malheureuse toute tentative de récupération ou de repositionnement des
peintures murales de Picasso ». Reste à savoir si le gouvernement norvégien va suivre les
recommandations de l’institution américaine ou, au contraire, appliquer la destruction de ces bâtiments
qui, si l’attentat n’avait pas eu lieu, auraient dû être classés monuments historiques.
En aide aux galeristes parisiens, Perrotin lance le projet « Restons unis »
A partir du 23 mai à l’Espace Saint Claude à Paris, la galerie Perrotin invitera 26 galeries à présenter
une sélection d’œuvres de leurs artistes. Quatre représentations, par groupe de 6 ou 7 galeries, d’une
durée de deux semaines chacune, seront à découvrir. Ainsi la jeune galerie Anne-Sarah Bénichou
présentera l’œuvre de l’artiste roumaine et nonagénaire, Marion Baruch. La galerie Frank Elbaz
exposera des productions de l’artiste minimaliste Blair Thurman et la galerie Crèvecoeur une sélection
de compositions géométriques signées Ad Minoliti.

A l’origine de cette initiative, Emmanuel Perrotin a voulu proposer aux artistes un espace d’exposition
adapté à leurs œuvres et à ses pairs, une alternative aux foires. Il reconnait qu’en comparaison des
grandes foires et expositions muséales, sa démarche demeure modeste mais au-delà des potentielles
affaires que chacun pourra y faire, l’important est d’unir les forces des galeries pour faire subsister ce
métier et faire perdurer la promotion des artistes. En outre, face au phénomène des galeries et
expositions virtuelles, l’idée est de faire revenir les visiteurs dans ces espaces désertés depuis plus de
deux mois et d’encourager le public à venir voir à nouveau des œuvres en vrai.

Paris débloque un fonds d’aide à la culture d’un montant de 15 millions d’euros


Ce programme, dont l’enjeu est d’« éviter tout ralentissement » du secteur selon l’adjoint à la Culture
Christophe Girard, a été voté à l’unanimité par le Conseil de Paris. Il est destiné aux artistes avec une
priorité accordée « aux plus jeunes et aux moins visibles » d’entre eux.

Dans le détail, 12 millions sont ainsi abondés pour le soutien à ces artistes et acteurs culturels en
difficulté et déjà aidés par la Ville. Pour les autres, une « stratégie » d’accompagnement est prévue
conjointement avec le ministère de la Culture. Le plan prévoit une aide particulière aux secteurs du
cinéma (1,4 million d’euros) de la musique (500 000) et aux arts vivants (700 000) ainsi qu’un budget
exceptionnel d’acquisition pour le Fonds d’art contemporain de Paris et une aide de 500 000 euros au
projet de « mois d’août de la culture ».

Ce dernier constituera un temps fort pour relancer l’activité et la production culturelle, mené avec les
collectivités de la Société du Grand Paris et le Off d'Avignon, suivi d’une 18ème édition de la Nuit Blanche,
maintenue le 3 octobre prochain mais qui sera revisitée.

Enfin, l’exonération des redevances et loyers des associations et opérateurs culturels est confirmée pour
six mois.