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INSTALLATIONS CLASSÉES

Raphaël Schneider

Lavoisier | « Revue juridique de l’environnement »

2011/2 Volume 36 | pages 361 à 381


ISSN 0397-0299
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DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
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INSTALLATIONS CLASSÉES

Remise en état

Destinataire - Exploitant en titre - Absence d’autorisation de transfert - Inop-


posabilité des conventions conclues par l’exploitant.
Le district urbain de Fécamp, devenu la communauté de communes de Fécamp,
a obtenu l’autorisation préfectorale, en 1974, d’implanter une usine d’incinération
des ordures ménagères à Senneville-sur-Fécamp. Elle en a confié l’exploitation
à une société devenue Elyo Ouest, filiale de Novergie. La communauté de com-
munes a été mise en demeure de réaliser un mémoire de remise en état du site
après que le préfet a suspendu le fonctionnement de l’usine.

« Considérant (...) que l’obligation de remettre en état le site d’une installation


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classée qui a fait l’objet d’une autorisation pèse sur l’exploitant, lequel doit
s’entendre comme le titulaire de cette autorisation, et que le changement
d’exploitant est soumis à une procédure d’autorisation préfectorale ;
Considérant que, pour juger que la communauté de communes de Fécamp
avait la qualité d’exploitant de l’usine d’incinération des ordures ménagères
de Senneville-sur-Fécamp, la cour administrative d’appel de Douai ne s’est
pas fondée sur la circonstance que la requérante était la propriétaire de
l’installation, mais a relevé que ni les stipulations des contrats des 7 avril et
24 mai 1976 conclus entre le district urbain de Fécamp et la société Triga,
en vertu desquelles la gestion et l’exploitation du site avaient été confiées à
ladite société, ni l’autorisation d’augmentation de la capacité de production
de l’usine d’incinération délivrée par arrêté préfectoral du 9 février 1998 à la
société Elyo Ouest, venue aux droits de la société Triga, n’étaient de nature
à faire perdre à la communauté de communes, en l’absence d’autorisation
de changement d’exploitant, la qualité d’exploitant qu’elle avait reçue par
autorisation préfectorale du 22 novembre 1974 et à l’exonérer de ses res-
ponsabilités en matière de remise en état du site de l’ancienne usine d’inci-
nération d’ordures ménagères ;
Considérant que la procédure de changement d’exploitant, qui consistait
pour les installations d’élimination de déchets en une simple déclaration, a
été remplacée, depuis l’intervention du décret du 9 juin 1994 modifiant le
décret du 21 septembre 1977, par une procédure d’autorisation de change-
ment d’exploitant prévue à l’article 23-2 de ce décret ; qu’ainsi que l’a relevé
la Cour, il est constant que la procédure d’autorisation n’a jamais été mise
en œuvre par la communauté de communes de Fécamp ; qu’après avoir
exactement jugé que l’existence d’un contrat confiant à un tiers l’exploitation
d’une installation classée est, en l’absence d’une telle autorisation, sans
influence sur la qualification d’exploitant, au sens des dispositions citées plus
haut, la Cour a pu en déduire, sans commettre d’erreur de droit ni dénaturer
les pièces du dossier, que la communauté de communes était restée l’exploi-
tant en titre de l’usine d’incinération des ordures ménagères implantée à
Senneville-sur-Fécamp. »
CE (6e et 1re sous-sect. réunies), 29 mars 2010, Communauté de communes
de Fécamp, no 318886.
왘 Le Conseil d’Etat rappelle dans la présente espèce que l’exploitant en titre est
tenu de l’ensemble des obligations résultant de la législation des installations
classées. S’il n’est pas exclu que des exploitants de fait puissent se voir imposer

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des prescriptions à ce titre, ce n’est en principe qu’en l’absence d’un exploitant


en titre (CAA Lyon, 11 mai 2010, Société Repol, no 09LY02878 qui relève inci-
demment qu’il n’est pas établi que les nouveaux propriétaires auraient perçu des
fonds pour l’enlèvement des déchets, ce qui pourrait constituer, a contrario , un
indice permettant leur mise en cause ; CAA Douai, 18 juin 2009, MEDAD,
no 07DA01027 qui juge que la liquidation du repreneur d’actifs industriels
n’emporte pas la responsabilité de la remise en état à la charge du repreneur,
alors même que le gérant de la SCI propriétaire était directeur de la société
exploitant initialement). Au cas présent, c’est la collectivité publique qui a obtenu,
sous l’empire de la loi de 1917, l’autorisation d’exploitation. La qualification
d’exploitant du titulaire d’une autorisation délivrée sous l’empire de la loi de 1917
et, partant, l’exercice de la police des installations classées à son égard, sont
admis par la jurisprudence (CE, 11 avril 1986, Ministre de l’Environnement c/
Spcuk, Rec. p. 89 ; CE, 10 janvier 2005, Société Sofiservice, Rec. p. 13). Mais
ici l’installation a rapidement été exploitée par un contractant de l’établissement
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public de coopération intercommunale en vertu d’un contrat. Là encore, en vertu
d’une jurisprudence tout à fait traditionnelle, la conclusion d’un contrat n’a pas
d’incidence sur la responsabilité de l’exploitant en titre (CE, 24 mars 1978,
Société La Quinoléïne et ses dérivés, Rec. p. 155 ; CAA Paris, 28 février 2006,
Société Roux et Bernard, RJE 2007, p. 513). La présente solution du Conseil
d’Etat rejoint la jurisprudence antérieure qui ajoutait qu’il appartenait, le cas
échéant, au contractant de se déclarer au préfet lors de la mise en service de
l’installation (CAA Paris, 20 décembre 1997, Commune de Maincy, RJE 2008,
p. 365). Le Conseil d’Etat constate qu’il n’y a pas eu de substitution régulière
d’exploitant (qui, compte tenu de la nature de l’installation, aurait imposé une
autorisation). Ni le contrat conclu par la collectivité publique, ni les arrêtés pré-
fectoraux directement adressés à l’exploitant en fait n’ont eu d’incidence sur la
détermination du responsable légal de la remise en état, pas plus que le fait que
la collectivité publique n’ait pas, en fait, utilisé l’exploitation (CAA Nancy, 10 mai
2010, Me Deltour, no 09NC00174, à propos de transformateurs contenant des
PCB), voire que l’exploitant en titre ait cédé la propriété de son installation
(TA Rouen, 2 avril 2010, Société Holfimer, nos 0702365, 0801364, 0801365, alors
même que le jugement fixant l’indemnité de dépossession n’aurait mis à sa
charge qu’une partie des prescriptions complémentaires à exécuter pour la
remise en état). Enfin, la Cour relève l’indifférence du fait que le contractant de
l’exploitant en titre ait été destinataire de certains arrêtés antérieurs. Il n’y a donc
pas eu de transfert implicite par la reconnaissance, par l’exploitant de fait, d’une
quelconque responsabilité (CAA Paris, 28 février 2006, Société Roux et Bernard,
précité).

Modalités de remise en état - Carrière - Remblaiement - Utilisation de mâche-


fers - Déchets non inertes - Illégalité.
La Société d’exploitation de carrières a été autorisée à remblayer la carrière
qu’elle exploite par des mâchefers de catégorie V en provenance d’incinérateur
de déchets pour plus de deux millions.
« Considérant (...) que les mâchefers sont des déchets ; qu’ils ne figurent
pas, notamment, dans la liste des déchets inertes admissibles dans des
installations de stockage de déchets inertes, fixée par l’arrêté du 15 mars
2006 susvisé ; que si la circulaire du 9 mai 1994 envisage la possibilité d’uti-
liser les mâchefers les moins polluants, de "catégorie V", en techniques rou-
tières et assimilées, elle précise également que "l’utilisation de mâchefers

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issus de l’incinération des déchets ménagers de manière banalisée, comme
matériau de simple remblai ou de comblement, n’a cependant pas encore
fait l’objet d’études suffisantes. L’impact d’un tel dépôt doit en effet être modé-
lisé et il convient d’en recouper les résultats avec ceux d’expérimentation en
grandeur réelle" ; qu’en particulier, il n’existe aucune certitude sur leur évo-
lution minéralogique et chimique dans le temps ; que par suite, contrairement
à ce que soutient la Société d’exploitation de carrières, il n’est pas démontré
que les mâchefers de catégorie V peuvent être assimilés à de simples maté-
riaux inertes ; qu’ainsi, en autorisant la Société d’exploitation de carrières à
effectuer un remblayage d’une partie de la carrière de Gourdon, composé à
75 % de mâchefers de catégorie V, d’un volume de 1,1 million de mètres
cubes, et alors même qu’il s’agirait d’une opération "pilote", le préfet des
Alpes-Maritimes a méconnu les dispositions de l’article 12.3 de l’arrêté du
22 septembre 1994 précité, qui prévoit que seuls des matériaux inertes doi-
vent être utilisés pour procéder au remblayage des carrières ;
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Considérant, en second lieu, qu’il résulte de l’instruction que l’enfouissement
des mâchefers dans une partie de la carrière s’effectuera alors que celle-ci
est toujours en activité, la fin de son exploitation étant prévue pour décembre
2015 ; que, toutefois, aucune disposition de l’arrêté attaqué ne prend en
compte l’impact des tirs de mines répétés, pendant plusieurs années, sur
les casiers d’enfouissement des mâchefers ; qu’en se bornant à affirmer que
la réglementation des tirs exclut tout désordre dans le sol naturel et sur la
géomembrane, la Société d’exploitation de carrières n’établit pas que ces
tirs de mines effectués pour l’extraction de matériaux dans le cadre de
l’exploitation de la carrière sont conciliables avec les mesures d’étanchéité
des casiers d’enfouissement et, notamment, qu’ils sont sans incidence sur
leur résistance ; qu’ainsi, c’est à bon droit que le tribunal administratif de Nice
a considéré que le préfet des Alpes-Maritimes a entaché son arrêté du 14 avril
2003 d’une erreur manifeste d’appréciation pour ce motif. »
CAA Marseille (7e Ch.), 11 mai 2010, Société d’exploitation de carrières,
no 08MA01114.

왘 L’arrêté du 22 septembre 1994, relatif aux exploitations de carrières et aux ins-


tallations de premier traitement des matériaux de carrières, comprend des dis-
positions relatives au remblayage. Il ne peut être opéré qu’avec des matériaux
inertes. Les mâchefers issus de l’incinération des déchets sont eux-mêmes des
déchets en vertu du décret du 18 avril 2002 relatif à la classification des déchets
et peuvent être des déchets dangereux. Les dispositions propres aux résidus
d’incinération prévoient encore que les mâchefers peuvent faire, dans certains
cas, l’objet d’une valorisation sous certaines conditions et moyennant certaines
précautions. Ces mâchefers sont, en vertu d’une circulaire, classés en trois caté-
gories : ceux de « catégorie V » à faible fraction lixiviable, donc valorisables, ceux
de « catégorie M » dits mâchefers intermédiaires et ceux de « catégorie S », à
forte fraction lixiviable et très polluants. Les mâchefers de catégorie V peuvent
être utilisés en technique routière et assimilée, structure routière ou de parking
et en remblai compacté de plus de trois mètres de hauteur, sans aucun dispositif
d’infiltration et sous certaines conditions. Au cas présent, l’usage était d’une
autre nature puisqu’il s’agissait de remblayer une carrière : tant l’usage que le
volume en cause excédaient considérablement les prévisions des dispositions
réglementant l’usage des mâchefers. La Cour relève, en outre, que le caractère
expérimental du procédé ne fonde pas plus sa légalité au regard de l’impératif
de recours exclusif à des déchets inertes.

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Décret du 13 septembre 2005 - Légalité (oui) - Respect des intérêts mention-


nés à l’article L. 511-1 du Code de l’environnement - Adaptabilité des pres-
criptions de remise en état en fonction de l’usage futur - Distinction selon la
libération ou non de l’emprise.
« Considérant (...) que, d’une part, il ne ressort pas des termes de l’arti-
cle L. 512-17 du Code de l’environnement que la même procédure doive être
mise en œuvre selon que la mise à l’arrêt définitif conduit ou non à la libé-
ration de terrains ; que, d’autre part, il résulte des dispositions de l’article 34-1
précité, dans sa rédaction issue du décret attaqué, que le nécessaire respect
des intérêts protégés par l’article L. 511-1 du Code de l’environnement est
en toutes circonstances pris en considération, et, par suite dans l’hypothèse
où la mise à l’arrêt définitif d’une installation classée n’emporte pas la libé-
ration de terrains ; qu’ainsi, le moyen doit être écarté (...) ;
Considérant qu’il résulte des termes de l’article L. 512-17 précité du Code
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de l’environnement, éclairés par les travaux parlementaires, que le législateur
a entendu créer une obligation nouvelle à la charge de l’exploitant d’une
installation classée pour l’environnement, lorsque celle-ci est mise définitive-
ment à l’arrêt, afin que ce dernier assure la réhabilitation du site en vue de
protéger les intérêts mentionnés à l’article L. 511-1 du même code et, au
surplus, de prendre en compte l’usage ultérieur du site ; que le décret atta-
qué, pris pour l’application de l’article L. 512-17, fixe à la remise en état un
seuil minimal correspondant à la protection des intérêts définis par l’arti-
cle L. 511-1 du Code de l’environnement ; qu’un seuil plus élevé peut être
retenu pour le site et les terrains qu’il libère à l’issue d’une négociation asso-
ciant l’exploitant, le maire ou le président de l’établissement public de coo-
pération intercommunale et le propriétaire du ou des terrains concernés, le
préfet étant informé ; qu’à défaut d’accord, le site doit permettre un usage
comparable à celui qui en était fait précédemment ; qu’en tout état de cause,
et à tout moment, le préfet peut imposer des prescriptions plus contrai-
gnantes ; que ces dispositions ont pour but de permettre la prise en compte
de situations distinctes tenant compte à la fois de la nature des usages anté-
rieurs du site comme des perspectives futures d’aménagement de celui-ci,
sous réserve du respect d’un seuil minimal de prescriptions et que, par suite,
elles ne portent pas atteinte au principe d’égalité devant les charges publi-
ques ; que l’absence de normes uniformes de qualité des sols n’est pas
imputable au décret attaqué et sans incidence sur sa légalité ; qu’il ne ressort
pas des pièces du dossier que s’agissant de la prise en considération des
intérêts généraux en cause, notamment en matière de protection de l’envi-
ronnement et de santé publique, les auteurs du décret attaqué aient commis
d’erreur manifeste d’appréciation. »
CE (6e et 1re sous-sect. réunies), 12 janvier 2009, France Nature Environne-
ment, no 289080.

왘 Cet arrêt du Conseil d’Etat, statuant sur le recours dirigé contre le décret
no 2005-1170 du 13 septembre 2005, a déjà fait l’objet de plusieurs commentaires
(CE, 12 janvier 2009, Association France Nature Environnement, Environnement
2009, comm. 40, obs. D. Gillig et comm. 63, obs. Deharbe et Gros ; BDEI
no 19-2009, p. 13). L’on n’en retiendra ici que certains aspects. Tout d’abord,
par le considérant ci-dessus, le Conseil d’Etat valide dans son principe la solution
d’une remise en état à un niveau différencié selon l’usage futur, déterminé avec
les différents intéressés. Le Conseil d’Etat aboutit à cette solution après avoir
examiné les moyens tirés de l’incompatibilité du dispositif avec un certain nombre

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de directives européennes (directive Déchets du 15 juillet 1975, directive IPPC
du 24 septembre 1996) et d’obligations internationales (Convention d’Aarhus) et
en rappelant que le préfet est en mesure d’imposer des prescriptions complé-
mentaires. Il procède à ce rappel à diverses reprises, à l’instar du rappel de ce
qu’il s’agit d’un dispositif d’ensemble et que les différentes dispositions prises
séparément doivent être replacées dans cet ensemble, aucune d’entre elles
n’étant suffisante à elle seule.
Les requérants soulevaient également plusieurs moyens dirigés directement
contre certaines dispositions du décret. Ainsi, la faculté pour le préfet d’instituer
des servitudes d’utilité publique ne limite pas ses prérogatives dans le temps ou
la faculté d’imposer de telles servitudes résultant de l’article L. 515-12 du Code
de l’environnement. Est également rejeté le moyen selon lequel l’article 11 du
décret, relatif aux mesures de précaution à adopter immédiatement, contrevien-
drait aux articles L. 110-1 et L. 511-1, dès lors que cette disposition est indis-
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sociable de l’ensemble du mécanisme de remise en état et ne préjuge dès lors
pas des objectifs et modalités qui lui sont assignés. L’on entend encore relever
un aspect de la décision du Conseil d’Etat (sur les dispositions transitoires, cf.
ci-dessous). En ce qui concerne l’article 12, la requérante invoquait l’irrégulière
limitation de la remise en état à la cessation d’activité accompagnée de la libé-
ration de terrains. Mais le Conseil d’Etat relève que l’article L. 512-7 du Code de
l’environnement n’imposait pas un traitement indifférencié de l’ensemble des
installations mises à l’arrêt et qu’en toute hypothèse, pour les installations mises
à l’arrêt sans libération d’emprise, le préfet conserve la faculté d’imposer des
prescriptions par le biais d’arrêtés complémentaires. L’on notera que, depuis cet
arrêt, la loi no 2009-526 du 12 mai 2009 de simplification et de clarification du
droit et d’allégement des procédures (JORF du 13 mai 2009, p. 7520) est venue
encadrer la remise en état des installations soumises à déclaration.

Dispositions transitoires - Légalité - Niveau de la remise en état - Usage futur


du site - Article R. 512-79 du Code de l’environnement - Détermination de
l’usage futur.
« Considérant qu’il incombe à l’autorité investie du pouvoir réglementaire
d’édicter, pour des motifs de sécurité juridique, les mesures transitoires
qu’implique, s’il y a lieu, une réglementation nouvelle ; que les dispositions
transitoires en cause, qui n’écartent pas la possibilité pour le préfet de pren-
dre en tant que de besoin des arrêtés fixant des prescriptions complémen-
taires, n’affectent aucun principe fondamental de la préservation de l’envi-
ronnement ; que dès lors, l’association requérante n’est pas fondée à soutenir
que les dispositions litigieuses relevaient de la seule compétence du
législateur. »
CE (6e et 1e sous-sect. réunies), 12 janvier 2009, France Nature Environne-
ment, no 289080.
« Considérant que l’arrêté attaqué se fonde sur le fait que la présence de
terres polluées est incompatible avec une utilisation du terrain en zone d’habi-
tat ; que le ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Aménagement
durables admet le fait qu’en application des dispositions précitées, le préfet
de l’Ardèche ne pouvait pas imposer à la société Trigano MDC une remise
en état du site pour un usage d’habitation, excédant l’usage industriel qui
était celui de la dernière période d’exploitation ; que le ministre fait néan-
moins valoir que l’utilisation future du terrain pour l’habitat ne constitue pas

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la seule motivation de l’excavation des terres contaminées, cette dernière


s’avérant indispensable à la sauvegarde des intérêts mentionnés à l’arti-
cle L. 511-1 du Code de l’environnement dans l’hypothèse même d’un usage
de type industriel ; que, toutefois, s’il résulte de l’instruction, et en particulier
de l’évaluation détaillée des risques et de la tierce expertise, que des mesu-
res de surveillance sont nécessaires, pour autant, aucun élément suffisam-
ment sérieux ne peut permettre d’établir que le risque de pollution du cap-
tage d’eau AEP de l’Observance, le risque sanitaire résultant de l’utilisation
des eaux souterraines par certains habitants, à titre privé pour notamment le
remplissage des piscines et l’arrosage des jardins, et le risque résultant,
dans le cadre d’une utilisation industrielle, de l’inhalation de l’air ambiant sur
le site, justifient l’obligation de dépollution des terres situées autour du son-
dage S 8 qui a été mise à la charge de la société Trigano MDC par l’arrêté
attaqué. »
CAA Lyon, 9 juin 2009, Ministre de l’Ecologie, du Développement et de l’Amé-
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nagement durables, no 07LY01508.
« Considérant que les dispositions de l’article L. 512-17 du Code de l’envi-
ronnement, reprises aujourd’hui à l’article L. 512-7-1, ont pour objet de pré-
venir l’apparition ou la persistance de risques ou d’inconvénients pour les
intérêts énumérés à l’article L. 511-1 du Code de l’environnement, et de réha-
biliter le site afin de le rendre compatible avec un usage déterminé ; qu’il
incombait à l’autorité investie du pouvoir réglementaire d’édicter, pour des
motifs de sécurité juridique et sans qu’elle ne méconnaisse cet arti-
cle L. 512-17, les mesures transitoires qu’impliquait la réglementation nouvelle
issue de la loi du 30 juillet 2003 et du décret du 13 septembre 2005 pris pour
l’application de celle-ci ; que, par suite, le ministre est fondé à soutenir que
c’est à tort que le tribunal administratif a annulé l’arrêté du 10 janvier 2006 du
préfet de l’Oise au motif qu’il ne pouvait légalement se fonder sur les dispo-
sitions précitées de l’article 34-5 du décret du 21 septembre 1977, dès lors
que ce dernier méconnaissait l’article L. 512-17 du Code de l’environnement
en restreignant illégalement son champ d’application (...) ;
Considérant, en quatrième lieu, que la SARL de l’Esches soutient que le
préfet de l’Oise ne pouvait légalement faire état de l’éventualité de la réali-
sation d’un espace vert sans prescrire les mesures de remise en état néces-
saires à sa réalisation ; que, toutefois, les dispositions de l’article 34-5 du
décret du 21 septembre 1977, codifiées à l’article R. 512-79, permettaient
seulement au préfet de prescrire des mesures de remise en état en prenant
en compte un usage du site comparable à celui de la dernière période
d’exploitation, soit un usage industriel ; que la SARL de l’Esches n’établit, ni
même n’allègue, que les mesures prescrites, consistant en particulier en une
excavation et une évacuation de certaines des terres dans la zone de
l’ancienne marnière et des anciennes cuves enterrées, ainsi qu’un confine-
ment des sols contenant des métaux sur toute la zone de l’ancienne usine,
seraient insuffisantes pour permettre un tel usage alors même que l’arrêté
prévoit, en outre, des mesures de contrôle et d’évaluation et l’éventualité de
travaux complémentaires ; que, par suite, le moyen ne peut, en toute hypo-
thèse, qu’être écarté (...) ;
Considérant, en dernier lieu, que la SARL de l’Esches conteste l’article 4 de
l’arrêté du 10 janvier 2006 prévoyant que la société Fimalac doit l’informer
des parcelles visées par les travaux, de la nature ainsi que du calendrier
prévisionnel de ceux-ci, qu’elle doit lui demander son consentement à cette
fin dans un délai d’un mois et qu’à défaut de consentement ou de réponse,

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elle doit présenter au préfet une demande visant à être autorisée à occuper
provisoirement le site ; que l’appelante soutient que ces dispositions mécon-
naissent l’article 23 de la loi susvisée du 10 juillet 1976, repris à l’arti-
cle L. 514-1 du Code de l’environnement, en ce qu’elles lui imposent des
prescriptions alors que sa qualité de propriétaire et non d’exploitant y fait
obstacle, qu’elles sont entachées de détournement de pouvoir et constitu-
tives d’une voie de fait ; qu’il résulte de l’instruction que ces mesures ont été
édictées dans la perspective de la mise en œuvre de la loi susvisée du
29 décembre 1892 dont l’article 20, dans sa rédaction issue de la loi déjà
évoquée du 30 juillet 2003, prévoit notamment que l’occupation temporaire
des terrains peut être autorisée par le préfet pour faire tous aménagements
et ouvrages provisoires nécessaires aux opérations de dépollution ou de
remise en état ; que, par elles-mêmes, elles ne créent aucune obligation à
la charge de la SARL de l’Esches et ne portent aucune atteinte à son droit
de propriété ; que si elles tendent à surmonter le refus de cette société
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d’accepter les travaux prescrits, cette seule circonstance n’est pas de nature
à les faire regarder comme constitutives d’un détournement de pouvoir dès
lors que tel est l’objet même de cet article 20. »
CAA Douai (1re Ch.), 22 avril 2010, SARL de l’Esches, MEEDDAT,
nos 08DA01051, 08DA01064.

왘 La Cour de Douai fait application de la solution dégagée par le Conseil d’Etat


dans son arrêt du 12 janvier 2009, France Nature Environnement, et infirme la
solution dégagée par le tribunal administratif dans cette affaire (TA Amiens, 6 mai
2008, SARL de l’Esches, Environnement 2008, comm. 158, comm. D. Gillig). La
juridiction administrative apprécie ensuite la mise en œuvre de l’article R. 512-79
du Code de l’environnement. Tout d’abord, les dispositions transitoires exonè-
rent de la procédure particulière de détermination de l’usage futur, ce que
confirme la CAA de Douai : le préfet n’était pas lié par la proposition de remise
en l’état de l’exploitant et n’avait pas à consulter le propriétaire du territoire, ni
la commune. L’obligation de fond peut être imposée. Mais le seul usage futur
est celui correspondant à la dernière période d’exploitation, ce qui constitue
l’obligation minimale dans le nouveau dispositif issu du décret d’application de
la loi Bachelot du 30 juillet 2003 et suivant certaines décisions jurisprudentielles
antérieures (TA Lyon, 4 juillet 2002, Société France Bois Imprégnés, RJE 2003,
p. 247, et la jurisprudence citée). Dès lors, les cours administratives d’appel
censurent des prescriptions de remise en état qui permettraient des usages futurs
non industriels tels qu’un usage d’habitat ou d’espace vert. Encore contrôlent-
elles que les prescriptions imposées ne peuvent être justifiées au regard d’un
usage futur industriel. Tel n’est pas le cas, dans l’arrêt du 9 juin 2009, de l’obli-
gation d’excavation des terres polluées, des mesures de surveillance étant suf-
fisantes pour un futur usage industriel. Dans l’affaire jugée le 22 avril 2010, c’était
au contraire l’insuffisance des mesures qui était invoquée par le propriétaire du
terrain. Mais la Cour juge les prescriptions suffisantes en vue d’un futur usage
industriel. Ce faisant, la juridiction administrative s’inscrit dans la veine des pré-
cédentes décisions relatives au niveau de remise en état imposé par le régime
transitoire fixé par l’article R. 512-79 du Code de l’environnement (CE, 16 décem-
bre 2008, SNC Foncières du Viverais, RJE 2010, p. 167). Cet usage futur peut
être garanti par des servitudes d’utilité publique dont le Conseil d’Etat rappelait,
dans son arrêt du 16 décembre 2008, qu’elles permettent notamment la réha-
bilitation du site afin de le rendre compatible avec un usage déterminé. Dans
l’affaire jugée le 9 juin 2009, c’est une disposition distincte qui était en cause.
L’article 20 modifié de la loi du 29 décembre 1892, relative aux dommages causés

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367
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES

à la propriété privée par l’exécution des travaux publics, prévoit que l’occupation
temporaire peut être autorisée « pour réaliser les aménagements et ouvrages
provisoires nécessaires (...) aux opérations de dépollution ou de remise en état ».
Cette disposition permet, dans l’affaire jugée par la Cour, de surmonter l’oppo-
sition du propriétaire du terrain sur lequel l’installation était exploitée et de per-
mettre la réalisation des opérations de remise en état. Enfin, on relèvera que
l’usage futur industriel est devenu la norme en ce qui concerne le régime non
plus transitoire mais nouveau applicable aux installations classées soumises à
déclaration, et ce en vertu de la loi no 2009-526 du 12 mai 2009 et du nouvel
article L. 512-1-1 du Code de l’environnement qui en résulte.

Intervention de l’ADEME - Intervention urgente ne comprenant pas la remise


en état du site - Qualité d’exploitant ou de gardien de l’ADEME (non) - Res-
ponsabilité du détenteur des déchets - Abstention fautive de l’Etat (non).
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« Considérant que Mme A. fait valoir que, l’ADEME s’étant comportée en
gardienne du site et ayant été chargée de travaux de réhabilitation de celui-ci
par arrêté du préfet du Val-d’Oise du 28 mai 2001, il lui appartient, dès lors,
de procéder ou de faire procéder à sa dépollution en application des dispo-
sitions précitées des articles L. 511-1 et L. 514-1 du Code de l’environne-
ment ; qu’il résulte, cependant, de l’instruction qu’à la suite de la liquidation
judiciaire de la société Lunije, dernier exploitant de l’installation classée dont
s’agit, le préfet du Val-d’Oise a, par arrêtés de travaux d’office d’urgence des
4 avril et 27 septembre 1997, autorisé l’ADEME à sécuriser le site et lui a,
notamment, demandé, pour compléter le dispositif de contrôle de la nappe
phréatique, de réaliser la pose de deux piézomètres complémentaires des-
tinés à assurer le suivi de la nappe ; que, par arrêté du 28 mai 2001, le préfet
a autorisé l’ADEME à effectuer tous les travaux indispensables à la surveil-
lance du site ; que l’ensemble de ces opérations ayant pour but de maîtriser
les nuisances du terrain appartenant à Mme A., ces arrêtés ne peuvent être
regardés, contrairement à ce que soutient la requérante, comme ayant eu
pour objet, ou pour effet, de transférer la qualité d’exploitant ou de gardien
du site à l’Etat ou à l’ADEME ; que, dès lors, la réalisation de ces travaux de
surveillance sur le site par l’ADEME ou l’Etat n’emporte aucune obligation
pour ceux-ci de procéder à la dépollution et à la remise en état du terrain ;
Considérant, enfin, qu’aux termes de l’article L. 541-3 du Code de l’environ-
nement : "Lorsqu’en raison de la disparition ou de l’insolvabilité du producteur
ou du détenteur de déchets, la mise en œuvre des dispositions du premier
alinéa n’a pas permis d’obtenir la remise en état du site pollué par ces
déchets, l’Etat peut, avec le concours des collectivités territoriales, confier
cette remise en état à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’éner-
gie" ; que Mme A. soutient que, dès lors que la société Lunije, dernier exploi-
tant du site, a cessé d’exister et qu’elle-même ne peut, en sa seule qualité
de propriétaire de ce terrain, être mise en demeure de faire procéder à la
dépollution du site et faire l’objet de la consignation des sommes y afférentes,
il appartient à l’Etat de mettre en œuvre les mesures prévues par l’arti-
cle L. 541-3 précité du Code de l’environnement et, le cas échéant, de sol-
liciter le concours financier de la commune de Taverny sur le territoire de
laquelle se trouve le site ; que, cependant, ces dispositions se rapportant à
la législation des déchets et non à celle des installations classées, la circons-
tance que les arrêtés du préfet ordonnant, sur le fondement du 1o de l’arti-
cle L. 514-1 du Code de l’environnement, la consignation des sommes

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368
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
p
relatives à la remise en état du site aient été annulés par le juge administratif
ne fait pas obstacle à ce que la requérante puisse être regardée comme
détentrice, au sens des dispositions précitées de l’article L. 541-3 du même
code, des déchets présents sur son terrain ; que, dès lors, le préfet du Val-
d’Oise était fondé à refuser de procéder à la dépollution du site dès lors qu’il
appartenait à Mme A. qui n’établit pas, ni même n’allègue, qu’elle serait insol-
vable de procéder à ces travaux ; que, par suite, en s’abstenant de confier
la remise en état du site à l’ADEME et de solliciter le concours financier de
la commune de Taverny pour la réalisation des travaux nécessaires à la
remise en état du site, il n’a commis ni erreur de droit, ni erreur manifeste
d’appréciation. »
CAA Versailles (2e Ch.), 18 mars 2010, Mme A., no 09VE01262.
왘 Le Code de l’environnement prévoit l’intervention de l’ADEME en ce qui concerne
la dépollution des sites à plusieurs titres, étant précisé qu’il s’agit toujours en
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principe d’interventions de nature exceptionnelle présentées comme un ultime
recours destiné à assurer la préservation de la santé et de la sécurité publiques
(circulaire no BPSPR/2005-371/LO du 8 février 2007 relative à la cessation d’acti-
vité d’une installation classée - Chaîne de responsabilités - Défaillance des res-
ponsables). L’article L. 131-3 du Code de l’environnement dispose que l’ADEME
peut être chargée du réaménagement et de la surveillance de sites de stockages
de déchets ultimes lorsque ces opérations sont rendues nécessaires du fait d’une
défaillance ou d’une insuffisance des garanties de l’exploitant. Par ailleurs, l’arti-
cle L. 541-3 du Code de l’environnement prévoit qu’en cas de disparition ou
d’insolvabilité du producteur ou du détenteur des déchets, l’Etat peut confier la
remise en état à l’ADEME en cas de pollution des sols, de risques de pollution
des sols ou au cas où des déchets sont abandonnés. Enfin, si l’autorité de police
compétente (le maire en l’occurrence) ordonne l’exécution d’office des travaux
de remise en l’état, le ministre chargé de l’environnement peut les confier à
l’ADEME. Au titre de la législation des installations classées, l’intervention de
l’ADEME peut se présenter dans le cas de travaux ordonnés d’office à l’issue de
la procédure de consignation lorsque l’exploitant ne réalise pas les travaux. Il
appartient alors au préfet de définir le cadre d’intervention de l’ADEME.
La présente décision examine certaines conséquences attachées à l’intervention
de l’ADEME dans le sens présenté par la circulaire du 8 février 2007 qui précise
en particulier que « seuls une limitation stricte du champ de l’action publique et
le maintien d’un caractère particulièrement exceptionnel à l’intervention de
l’ADEME pour la mise en sécurité de sites permettent de garantir que le système
ne soit pas perçu comme un droit pour les responsables qui ne voudraient pas
assumer leurs obligations de remise en état ». Au cas présent, c’est dans le cadre
de « travaux d’office d’urgence » que l’ADEME est intervenue. Si cela n’exclut
vraisemblablement pas l’engagement de la responsabilité de l’Agence pour les
fautes qui pourraient lui être imputées (à l’instar des responsabilités contrac-
tuelles entre l’Etat et son cocontractant lorsqu’il ordonne l’exécution des travaux
d’office par un intervenant autre que l’ADEME : CAA Nancy, ord., 8 novembre
2006, Société Labo Services, RJE 2007, p. 522), cela ne peut ériger l’ADEME en
gardien et responsable de l’installation et de sa remise en état. Si elle se substitue
à l’exploitant dans l’accomplissement de ces obligations, cette substitution
n’emporte aucune autre conséquence que de fonder, moyennant les prescrip-
tions préfectorales (ou municipales, le cas échéant) nécessaires, une intervention
destinée exclusivement à pallier les carences ou l’absence de l’exploitant en titre.
Il ne s’agit, dès lors, pas de transférer à l’ADEME l’obligation générale de remise
en état du site et les responsabilités qui y sont attachées. Cette conséquence

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DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES

apparaît ici d’autant plus certaine que c’est le propriétaire du site qui cherchait
à étendre la responsabilité de l’ADEME. Se plaçant sur le terrain de la législation
des déchets, la Cour constate que la requérante pourrait être responsable de la
remise en état en tant que détentrice des déchets. Confirmant le rôle parfaite-
ment subsidiaire de l’intervention de l’ADEME (même si la circulaire du 8 février
2007 n’évoque pas la coordination de l’intervention de l’ADEME avec la police
des déchets qui, il est vrai, n’appartient pas aux préfets mais aux maires), la
Cour relève donc que l’abstention préfectorale de faire intervenir l’ADEME pour
assurer la dépollution du site n’a pu engager la responsabilité de l’Etat (pour des
illustrations de la responsabilité de l’Etat pour abstention invoquée par des
acquéreurs de sites industriels : CAA Bordeaux, 21 mars 2006, SNC Foncière
du Vivarais, RJE 2007, p. 528 ; CAA Marseille, 24 novembre 2005, Société Sud
Fertilisants, no 01MA02483).
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Sanctions

Mise en demeure - Contenu - Délai d’exécution - Délai explicite précisé à


l’exploitant.
« Considérant que, lorsqu’un manquement à l’application des conditions
prescrites à une installation classée a été constaté, la mise en demeure pré-
vue par les dispositions rappelées ci-dessus a pour objet, en tenant compte
des intérêts qui s’attachent à la fois à la protection de l’environnement et à
la continuité de l’exploitation, de permettre à l’exploitant de régulariser sa
situation dans un délai déterminé, en vue d’éviter une sanction pouvant aller
jusqu’à la suspension du fonctionnement de l’installation ; qu’il incombe donc
à l’administration, pour donner un effet utile à ces dispositions, de prescrire
dans la mise en demeure un délai en rapport avec les mesures à prendre
par l’exploitant ; que le préfet soutient que, les flux limites d’émissions étant
fixés annuellement, l’arrêté attaqué met implicitement en demeure l’exploi-
tant, s’agissant des flux émis en 2008, de respecter ces seuils avant le
31 décembre 2008 ; que, toutefois, en l’absence de tout délai explicite
imposé à l’exploitant par l’arrêté attaqué, celui-ci n’a pas été mis en mesure
d’apprécier l’étendue des obligations auxquelles il devait satisfaire pour régu-
lariser les manquements allégués, avant l’application, le cas échéant, des
mesures coercitives prévues par l’article L. 514-1 précité du Code de l’envi-
ronnement ; que, par suite, la Société des aciers d’armature pour le béton
est fondée à soutenir que la mise en demeure édictée par l’arrêté du 3 juillet
2008 est irrégulière et à en demander pour ce motif l’annulation. »
TA Nancy (1re Chambre), 13 avril 2010, Société des Aciers d’armature pour
le béton, no 0801880.
왘 Le tribunal administratif rappelle la finalité première de la mise en demeure, à
savoir obtenir le respect par l’exploitant des prescriptions qui lui sont régulière-
ment imposées. Cette finalité première n’en fait dès lors pas exclusivement le
préalable d’une sanction : elle peut opérer préventivement à l’édiction de sanc-
tions avec lesquelles elle ne constitue donc pas une opération complexe qui
serait constituée d’une succession de décisions concourant à un objectif final
de sanction à l’exploitant. Ce faisant, le tribunal administratif reprend, synthéti-
quement, la solution dégagée quelques temps auparavant par le Conseil d’Etat
(CE, 14 novembre 2008, Société Soferti, AJDA 2009, p. 235, obs. Moukoko ;
Environnement 2009, comm. 7, obs. D. Gillig, RJE 2010, p. 155). Cela explique
notamment que lorsque les différents actes individuels sont devenus définitifs,

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370
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
p
leur illégalité ne peut plus être invoquée par la voie de l’exception à l’appui de
recours dirigés contre des actes postérieurs (en ce qui concerne cette irreceva-
bilité lorsqu’est invoquée par la voie de l’exception, l’illégalité de l’arrêté d’auto-
risation lors d’un recours contre la mise en demeure : CAA Nancy, 31 mai 2010,
Société Converteam, no 08NC01244 ; en ce qui concerne l’illégalité de la mise
en demeure invoquée lors d’une action dirigée contre une sanction : CE,
16 novembre 1998, Ministre de l’Environnement c/ SA Compagnie des bases
lubrifiantes, RJE 1999 p. 649 ; CAA Douai, 27 mai 2007, Société Pachem, RJE
2008, p. 488). Le Tribunal déduit de cette finalité de la mise en demeure, l’obli-
gation d’y faire figurer un délai qui, en réalité, participe de la nature de la mise
en demeure en cause, la lettre même de l’article L. 514-1 du Code de l’environ-
nement l’imposant. La décision du tribunal administratif impose que ce délai soit
explicitement fixé et contrôle qu’il est en rapport avec la nature des obligations
auxquelles l’exploitant doit se conformer, un délai insuffisant constituant une
cause d’illégalité de la mise en demeure (CE, 14 novembre 2008, Soferti, précité ;
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CAA Bordeaux, 17 janvier 2008, Société des anciennes fonderies et ateliers de
Mousserrolles, no 06BX0200 ; CAA Versailles [Formation plénière], 26 juin 2009,
Société Oxymines SA, no 07VE01465, un délai total d’un an est jugé suffisant).
La juridiction administrative s’assure encore du bien-fondé de la mise en
demeure, particulièrement de la préexistence de l’obligation et des dangers que
peut présenter la méconnaissance de ses obligations par l’exploitant au regard
des intérêts de l’article L. 511-1 du Code de l’environnement.

Installation non autorisée - Article L. 514-2 du Code de l’envionnement - Pour-


suite de l’exploitation autorisée pour une durée déterminée - Condition d’inté-
rêt général - Caractère suffisant des prescriptions.
« Considérant, en premier lieu, que le préfet de la Charente-Maritime, pour
l’application de l’article L. 514-2 précité du Code de l’environnement, n’est
pas tenu de prescrire la fermeture d’une installation classée à régulariser ;
qu’il peut, pour des motifs d’intérêt général en autoriser l’exploitation, à titre
provisoire, et fixer diverses prescriptions de nature à garantir la protection
de son environnement ; qu’en l’espèce, il résulte de l’instruction que l’inter-
ruption de l’exploitation de cette plate-forme, qui est destinée à être rempla-
cée par une autre dans une commune voisine et qui a fait l’objet le 14 janvier
2009 d’un arrêté d’autorisation, aurait conduit dans l’attente de l’ouverture
de cette dernière à enfouir les mâchefers, en contravention avec la loi du
13 juillet 1992 sur l’élimination des déchets ; qu’ainsi, l’interruption du fonc-
tionnement des installations objet du litige aurait eu de graves conséquences
sur la continuité du service public de gestion des déchets de la Charente-
Maritime et de la Gironde, ainsi que sur la salubrité publique ; que le préfet
ne peut dès lors être regardé comme ayant commis, dans la situation de fait
où il se trouvait placé et à la date de la décision attaquée et à laquelle un
dossier d’autorisation lui avait été soumis tant pour le site de Clérac que pour
celui de Bédenac, une erreur manifeste d’appréciation en faisant prévaloir,
sur les atteintes à l’environnement générées, l’intérêt général attaché à la
poursuite de l’activité de traitement et de valorisation de ces déchets ;
Considérant, en deuxième lieu, qu’aux termes de l’article L. 511-1 du Code
de l’environnement : "sont soumis aux dispositions du présent titre les usines,
ateliers, dépôts, chantiers et, d’une manière générale, les installations exploi-
tées ou détenues par toute personne physique ou morale, publique ou privée,
qui peuvent présenter des dangers ou des inconvénients soit pour la

RJ • E 2/2011

371
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES

commodité du voisinage, soit pour la santé, la sécurité, la salubrité publiques,


soit pour l’agriculture, soit pour la protection de la nature et de l’environne-
ment, soit pour la conservation des sites et des monuments ainsi que des
éléments du patrimoine archéologique..." ; que l’association requérante sou-
tient que l’arrêté attaqué, qui ne fait que prolonger la durée d’exploitation du
site décidée par un arrêté du 29 novembre 2006, n’assure pas la protection
des intérêts visés à l’article L. 511-1 du Code de l’environnement ; que, tou-
tefois, la tierce expertise réalisée en application de l’arrêté du 29 novembre
2006 fait ressortir que les niveaux sonores émis sur le site respectent la
réglementation applicable, notamment celle édictée par l’arrêté préfectoral
lui-même (annexe 4), que la concentration de métaux lourds dans les sédi-
ments du ruisseau "Placin" n’est pas établie, que l’environnement n’est pas
notoirement affecté par la présence de cette installation et que l’atmosphère
n’est pas significativement impactée par la dispersion des poussières et des
odeurs ; que la propagation des dioxines et des furanes, qui est également
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invoquée sans précisions particulières, ne résulte pas de l’instruction ;
qu’enfin, la gestion des mâchefers, au demeurant réalisée par une autre
société au profit de tiers, notamment de particuliers, en aval du cycle d’exploi-
tation est sans incidence sur l’arrêté litigieux ; qu’ainsi, en se bornant à cri-
tiquer les études réalisées et notamment la tierce expertise précitée, l’asso-
ciation requérante n’établit pas que le préfet de la Charente-Maritime aurait,
en se bornant à autoriser pour un délai supplémentaire l’exploitation de cette
plate-forme, méconnu les intérêts protégés par l’article L. 511-1 du Code de
l’environnement. »
TA Poitiers (1re Ch.), 22 avril 2010, Association Saintonge Boisée Vivante,
no 0801914.

왘 Le tribunal administratif rappelle quelques solutions classiques en ce qui


concerne les installations fonctionnant sans autorisation et la faculté dont dis-
pose le préfet pour les autoriser à fonctionner dans l’attente de la régularisation
de leur situation. Bien que le tribunal administratif ne l’indique pas, il convient de
rappeler que, lorsque l’inspection des installations classées a constaté qu’une
installation classée fonctionnait sans autorisation ou déclaration, le préfet est
tenu de mettre l’exploitant en demeure de régulariser sa situation (CE, 1er juillet
1987, Hardy, Rec. p. 243, concl. Vigouroux ; CAA Lyon, 21 juin 1994, Terrolle,
RJE 1995 [no spéc.], p. 103). A compter de cette mise en demeure, le préfet
dispose d’une alternative encadrée : suspendre le fonctionnement de l’installa-
tion ou l’autoriser provisoirement à fonctionner, moyennant le respect de pres-
criptions provisoires. Cette dernière faculté est subordonnée à l’existence d’un
motif d’intérêt général (CE, 15 octobre 1990, Province de la Hollande septen-
trionale, Rec. p. 277 ; CJEG 1991, p. 133, concl. de La Verpillière). Ce motif peut
notamment tenir aux conséquences économiques et sociales liées à l’arrêt de
l’exploitation. Au cas présent, il s’agit de la continuité du service public de ges-
tion des déchets et des risques d’atteinte à la santé publique liés à l’élimination
de déchets dans des conditions nécessairement irrégulières. En outre, le carac-
tère provisoire résulte de ce qu’une nouvelle installation avait d’ores et déjà été
autorisée. Cette autorisation provisoire doit être assortie des prescriptions tech-
niques destinées à la protection des intérêts mentionnés à l’article L. 511-1 du
Code de l’environnement. Dans la présente affaire, le préfet n’a fait que prolonger
la validité d’une autorisation initialement délivrée pour une durée limitée. Ce fai-
sant, il a assorti l’autorisation provisoire de prescriptions techniques suffisantes,
ce dont s’assure le Tribunal.

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372
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
p
Mise en demeure - Procédure - Article L. 514-5 du Code de l’environnement
- Visite de l’inspection des installations classées - Information de l’exploitant
- Rapport de l’inspection des ICPE - Transmission - Illégalité de la mise en
demeure en cas de non-transmission.
« Considérant qu’en application des dispositions de l’article L. 514-5 du Code
de l’environnement, ces installations sont soumises à un contrôle de l’inspec-
tion des installations classées dont les constats, en cas d’inobservation des
prescriptions imposées à l’exploitant, servent de fondement à la mise en
demeure que le préfet est tenu d’adresser à l’exploitant, avant de prendre,
le cas échéant, les mesures de consignation, d’exécution forcée des travaux
ou de suspension du fonctionnement de l’installation, prévues à l’article
L. 514-1 ; qu’en vertu de ce même article, l’exploitant est informé par l’ins-
pecteur des installations classées des suites du contrôle ; que l’inspecteur
lui transmet une copie de son rapport de contrôle et que l’exploitant peut
faire part au préfet de ses observations ;
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Considérant qu’il est constant que le rapport de l’inspecteur des installations
classées du 7 janvier 2009, constatant que la société ArcellorMittal Real Estate
France ne s’est pas conformée dans les délais à toutes les prescriptions de
l’arrêté, en date du 29 septembre 2006, lui imposant la remise en état du site
dit du "Parc central" situé sur le territoire de la commune de Longlaville, ne lui
a pas été adressé préalablement à la mise en demeure du 19 janvier 2009 ;
qu’ainsi, elle est fondée à soutenir que l’arrêté attaqué est intervenu au terme
d’une procédure irrégulière et doit, par suite, être annulé ; »
TA Nancy (1re Ch.), 9 mars 2010, ArcelorMittal Real Estate France,
no 0900539.
« Considérant qu’en vertu des dispositions précitées de l’article L. 514-1 du
Code de l’environnement, la mise en demeure qu’elles prévoient doit être
précédée d’un constat établi par un inspecteur des installations classées ou
un expert désigné par le ministre chargé des installations classées ; que,
selon l’article L. 514-5 du même code, les inspecteurs des installations clas-
sées doivent, sauf contrôle inopiné, informer l’exploitant quarante huit heures
avant la visite, et l’exploitant peut se faire assister d’une tierce personne ;
qu’en vertu de ce même article, l’exploitant est informé par l’inspecteur des
installations classées des suites du contrôle ; que l’inspecteur lui transmet
une copie de son rapport de contrôle et l’exploitant peut faire part au préfet
de ses observations ;
Considérant que, si l’arrêté de mise en demeure du 9 janvier 2008 fait état
de ce que l’inspection des installations classées a constaté, le 9 octobre
2007, que 62 chiens étaient présents sur le site de l’exploitation, l’adminis-
tration n’a jamais produit le rapport de l’inspection des installations classées
relatant les constatations faites le 9 octobre 2007, alors que M. A. en conteste
l’existence même devant la cour ; que, dans ces conditions, la mise en
demeure du 9 janvier 2008 ne peut être regardée comme ayant été établie
en conformité avec les dispositions précitées du Code de l’environnement ;
que, par suite, M. A. est fondé à invoquer l’illégalité de cette mise en demeure
à l’appui de ses conclusions à fin d’annulation de l’arrêté du 22 juillet 2008
par lequel le préfet de la Haute-Vienne l’a obligé à consigner la somme de
18 000 c entre les mains d’un comptable public ».
CAA Bordeaux (5e Ch.), 8 mars 2010, M. A., no 09BX008100.
왘 La compétence liée du préfet pour édicter une mise en demeure et l’appréciation
du caractère contradictoire de l’ensemble de la procédure de sanctions

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DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES

administratives en application de la police des installations classées (cf. les déci-


sions ci-dessous) confèrent à l’intervention de l’inspection des installations clas-
sées une importance particulière, notamment en ce qui concerne le respect du
contradictoire. Comme le rappellent les décisions commentées, la mise en
demeure préfectorale doit nécessairement être précédée d’un rapport de l’ins-
pection des installations classées. En l’absence d’un tel rapport, la mise en
demeure serait illégale, comme en juge la CAA de Bordeaux. L’article L. 514-1
du Code de l’environnement subordonne en effet l’édiction d’une mise en
demeure à ce qu’un inspecteur des installations classées ou un expert désigné
par le ministre chargé des installations classées a constaté l’inobservation des
conditions imposées à l’exploitant d’une installation classée ».
La juridiction administrative s’assure, avec une attention particulière, du respect
des dispositions de l’article L. 514-5 du Code de l’environnement qui prévoit
deux types de garanties au profit de l’exploitant : d’une part, l’inspection des
installations classées doit informer l’exploitant de ses visites quarante-huit heu-
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res auparavant, sauf contrôle inopiné ; d’autre part, le rapport de contrôle établi
par l’inspection des installations classées doit être transmis simultanément à
l’exploitant et au préfet, l’exploitant pouvant présenter ses observations au pré-
fet. La juridiction administrative s’assure que les droits de l’exploitant sont res-
pectés sans pour autant en imposer d’autres : le rapport de l’inspection n’a pas
à être établi en présence de l’intéressé après l’en avoir informé (CAA Lyon, 11 mai
1994, Cassart, no 93LY01154) ; ni, plus généralement, à être établi au terme d’une
procédure contradictoire (CAA Paris, 5 novembre 1998, Dodu, no 97PA01612 ;
TA Rouen, 8 octobre 1996, Société Seprom Fixations, no 94239, ni les procès-
verbaux de la gendarmerie, ni ceux de l’inspection des installations classées
n’ont à être établis contradictoirement). De même, en ce qui concerne les visites,
si l’inspecteur des installations classées doit, sauf contrôle inopiné, informer
l’exploitant de sa visite, il n’a pas à informer le procureur de la République ou à
obtenir une autorisation d’un juge (TA Marseille, 17 décembre 1998, Société
Semaire, no 97-5928). La seule obligation est que le rapport de l’inspection des
installations classées soit transmis à l’exploitant avant l’édiction de la mise en
demeure comme l’indique le tribunal administratif. Cette transmission devrait
être, suivant la lettre de l’article L. 514-5 du Code de l’environnement opérée
simultanément au préfet et à l’exploitant. Enfin, au titre des conditions de régu-
larité du rapport, il convient de préciser qu’il doit être établi par un inspecteur
assermenté (CAA Nancy, 9 janvier 2006, M. Duval, RJE 2007, p. 520 ; CAA Mar-
seille, 3 juillet 2008, Mendès, no 07MA00223).

Mise en demeure - Compétence liée du préfet - Sanction - Procédure - Arti-


cle 24 de la loi du 12 avril 2000 - Exclusion en cas de procédure contradictoire
particulière - Existence d’une procédure contradictoire particulière en ce qui
concerne les ICPE - Contradictoire dans le constat par l’inspection des ins-
tallations classées.
« Considérant que les dispositions précitées du I de l’article L. 514-1 du
Code de l’environnement prévoient la faculté, pour l’administration, dans le
cas où l’exploitant d’une installation classée ne s’est pas conformé à la mise
en demeure dont il a fait l’objet, de prononcer une des mesures contraignan-
tes qu’elles énumèrent ; que ces dispositions, éclairées par les travaux par-
lementaires relatifs à l’article 23 de la loi du 19 juillet 1976, n’ont ni pour objet
ni pour effet de créer un régime de mesures administratives dérogeant à
l’application des prescriptions législatives à caractère général régissant les
relations entre l’administration et les administrés ; que l’arrêté obligeant

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374
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
p
l’exploitant, sur le fondement desdites dispositions, à consigner entre les
mains d’un comptable public une somme répondant des travaux à réaliser
constitue une décision imposant une sujétion, qui doit, dès lors, être motivée
en application de l’article premier précité de la loi du 11 juillet 1979 ; qu’ainsi,
il ne peut être adopté que dans le respect de la procédure contradictoire
prévue à l’article 24 précité de la loi du 12 avril 2000, sauf en cas d’urgence
ou de circonstances exceptionnelles, ou si le respect de la procédure contra-
dictoire était de nature à compromettre l’ordre public ou, le cas échéant, la
conduite des relations internationales, ou encore si cet arrêté a été pris
conformément à une procédure contradictoire particulière au sens du 3o de
cet article (...) ;
Considérant que la procédure prévue par les dispositions précitées du I de
l’article L. 514-1 du Code de l’environnement ne garantit pas que l’exploitant
soit en mesure, avant l’adoption d’un tel arrêté, de faire éventuellement valoir
qu’il s’est conformé à la mise en demeure dont il a fait l’objet ; qu’en laissant
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au préfet le choix de recourir à des mesures contraignantes relevant de trois
catégories distinctes, lesdites dispositions font obstacle à ce que l’exploitant
puisse discuter en toute connaissance de cause du bien-fondé de la décision
envisagée ; que, dès lors, ces dispositions n’instaurent pas une procédure
contradictoire particulière au sens du 3o de l’article 24 précité de la loi du
12 avril 2000 ».
CAA Versailles (form. plén.), 26 juin 2009, SCA Cap Seine, no 07VE02345.
« Considérant que (...) lorsque l’inspecteur des installations classées a
constaté, selon la procédure prévue par le Code de l’environnement, l’inob-
servation des conditions légalement imposées à l’exploitant d’une installation
classée, il appartient au préfet, sans procéder à une nouvelle appréciation
de la violation constatée, d’édicter une mise en demeure de satisfaire à ces
conditions dans un délai déterminé ; que l’article L. 514-1 laisse à l’autorité
administrative le choix entre plusieurs catégories de sanctions en cas
d’inexécution de son injonction, la mise en demeure n’emportant pas, par
elle-même, application de l’une de ces sanctions ;
Considérant qu’en application des dispositions de l’article L. 514-5 du Code
de l’environnement, ces installations sont soumises à un contrôle de l’inspec-
tion des installations classées dont les constats, en cas d’inobservation des
prescriptions imposées à l’exploitant, servent de fondement à la mise en
demeure que le préfet est tenu d’adresser à l’exploitant, avant de prendre,
le cas échéant, les mesures de consignation, d’exécution forcée des travaux
ou de suspension du fonctionnement de l’installation, prévues à l’arti-
cle L. 514-1 ; que si ces contrôles peuvent avoir lieu à tout moment, les
inspecteurs des installations classées doivent informer l’exploitant quarante-
huit heures avant la visite, sauf contrôle inopiné, et l’exploitant peut se faire
assister d’une tierce personne ; qu’en vertu de ce même article, l’exploitant
est informé par l’inspecteur des installations classées des suites du contrôle ;
que l’inspecteur lui transmet une copie de son rapport de contrôle et que
l’exploitant peut faire part au préfet de ses observations ;
Considérant qu’il ressort de l’ensemble de ces dispositions du Code de l’envi-
ronnement qu’elles organisent une procédure contradictoire particulière
applicable aux sanctions susceptibles d’être prises à l’encontre de l’exploi-
tant d’une installation classée pour la protection de l’environnement ; que les
dispositions du premier alinéa de l’article 24 de la loi du 12 avril 2000 qui
fixent, en l’absence de dispositions législatives ayant instauré une procédure
contradictoire particulière, les règles générales de procédure applicables

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375
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES

aux décisions qui doivent être motivées en vertu de la loi du 11 juillet 1979,
ne sauraient dès lors être utilement invoquées à l’encontre d’un arrêté portant
consignation d’une somme répondant du montant des travaux à réaliser pris
sur le fondement du I de l’article L. 514-1 du Code de l’environnement. »
CE (6e sous-sect.), 16 juillet 2010, MEEDDAT, no 324152.

왘 Le Conseil d’Etat dans son arrêt du 16 juillet 2010 rappelle la compétence liée
du préfet pour édicter une mise en demeure après le constat d’irrégularités de
l’installation par l’inspection des installations classées et la liberté du préfet dans
le choix de celle des sanctions qu’il infligera à l’exploitant qui n’aurait pas exécuté
les prescriptions de la mise en demeure (CE, 9 juillet 2007, MEDD, no 288367 ;
CE, 14 novembre 2008, MEDD, RJE 2010, p. 155). Cette compétence liée du
préfet est désormais clairement établie. Le Préfet est incontestablement tenu
d’adresser une mise en demeure lorsqu’un rapport de l’inspection des installa-
tions classées constate le fonctionnement irrégulier au regard des prescriptions
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imposées par l’arrêté préfectoral d’autorisation ou un arrêté complémentaire
(récemment : CAA Douai, 25 mars 2010, SARL Vitse, SARL Devarem Dévelop-
pement, no 08DA01871 ; CAA Versailles, 26 juin 2009, Société Oxymines SA,
no 07VE01465 ; CAA Bordeaux, 15 avril 2010, SARL SOCOREG, no 08BX02287).
La juridiction administrative contrôle la réalité de l’irrégularité relevée par l’ins-
pection des installations classées (CAA Douai, 4 juin 2009, Société Total France
SA, no 08DA00643, à propos d’une fuite d’hydrocarbure annonciatrice d’inci-
dents postérieurs que l’exploitant, qui y était pourtant obligé, n’a pas signalé).
La compétence liée pour édicter une mise en demeure s’impose également lors-
que le constat de l’inspection des installations classées est relatif à une exploi-
tation sans autorisation. L’objet de la mise en demeure est alors le dépôt d’un
dossier de demande d’autorisation (CAA Paris, 26 novembre 2009, Société
Gérard Poulalion, no 08PA03997). De même, en ce qui concerne le constat par
l’inspection des installations classées de la cessation définitive d’une exploita-
tion, alors même qu’elle n’aurait pas fait l’objet d’une déclaration dans les condi-
tions prescrites par le Code de l’environnement. La compétence liée du préfet
peut encore résulter du constat par l’inspection des installations classées de
l’inobservation des arrêtés ministériels applicables à l’installation (CE, 14 novem-
bre 2008, MEDD, précité ; TA Amiens, 15 avril 2008, Société Ajinomoto Euroly-
sine SAS, nos 0500740 et 0600744).
Lorsque l’inspection des installations classées a constaté l’inobservation de
conditions légalement imposées à l’exploitant, le préfet est tenu d’édicter une
mise en demeure qui laisse ensuite le choix au préfet de la sanction administra-
tive à édicter. L’option ainsi ouverte en matière de sanctions n’affecte donc pas
la compétence liée du préfet pour édicter la mise en demeure (CAA Marseille,
13 avril 2010, MEEDDAT, no 08MA01620). Il en résulte, d’une part, que le moyen
soutenu à l’encontre d’une mise en demeure et tiré de l’absence de consultation
du conseil départemental d’hygiène est inopérant (CAA Marseille, 13 avril 2010,
MEEDDAT, no 08MA01620), d’autre part, que le requérant ne peut pas utilement
faire valoir qu’il a été privé des garanties que présente cette consultation et que
la substitution de base légale ne serait pas possible (CAA Nancy, 10 mai 2010,
Me Deltour, no 09NC00174). Est également inopérant le non-respect de l’arti-
cle 24 de la loi du 12 avril 2000 (CAA Marseille, 8 janvier 2008, Me Hidoux,
agissant en qualité de liquidateur de la Société Gilles, no 05MA002598 ; CAA
Bordeaux, 17 novembre 2008, Mes X et Y, no 06BX02000 ; CE, 14 novembre
2008, Soferti, RJE 2010, p. 155 ; CAA Bordeaux, 22 février 2010, Société Com-
pagnie française des techniques, no 09BX00643 ; CAA Marseille, 13 avril 2010,

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DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
p
MEEDDAT, no 08MA01620), l’incompétence de l’auteur de l’acte (CAA Paris,
26 novembre 2009, Société Gérard Poulalion, no 08PA03997 ; CE, 9 juillet 2007,
MEDD, précité).
Partant de cette compétence liée, la question qui a alimenté nombre de décisions
récentes et divergentes de la juridiction administrative est de savoir dans quelle
mesure la procédure contradictoire préalable à l’édiction de la mise en demeure
constitue un régime particulier au sens de la loi du 12 avril 2000, y compris en
ce qui concerne les arrêtés préfectoraux infligeant des sanctions en cas d’inexé-
cution des prescriptions de la mise en demeure.
Certains juges du fond ont durablement considéré que l’arrêté de sanction ordon-
nant une consignation, une suspension ou une exécution d’office devait être
précédé d’une procédure contradictoire en application de l’article 24 de la loi du
12 avril 2000 (CAA Bordeaux, 17 novembre 2008, Mes X et Y, no 06BX02000 ;
CAA Bordeaux, 17 novembre 2008, Mes X et Y, RJE 2010, p. 157). Ainsi, la cour
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administrative de Versailles, dans son arrêt du 26 juin 2009, statue sur le respect
du contradictoire préalablement à l’édiction des sanctions administratives, indé-
pendamment de la procédure préalable à la mise en demeure. Tenant exclusi-
vement compte de l’arrêté édictant la sanction, la Cour juge que l’acte en ques-
tion constitue une décision devant être motivée en vertu de la loi du 11 juillet
1979. Cela la soumet en principe au respect du contradictoire résultant de la loi
du 12 avril 2000. Cette soumission n’est pas remise en cause par le bénéfice
d’une éventuelle dérogation prévue par l’article 24 de la loi : d’une part, il ne
ressort pas de la législation des installations classées qu’elle aurait entendu ins-
tituer un régime particulier dérogatoire à l’obligation imposée par la loi du 12 avril
2000 pour les sanctions elles-mêmes ; d’autre part, les circonstances d’édiction
de la sanction en cause n’excluent pas la mise en œuvre du contradictoire
(urgence, ordre public...). Or, précise la Cour, une telle procédure contradictoire
propre à la sanction elle-même (indépendamment de la mise en demeure préa-
lable donc) présente un intérêt : en effet, sur la base de la mise en demeure, le
préfet peut édicter l’une des trois sanctions prévue par l’article L. 514-1 du Code
de l’environnement (consignation, suspension, exécution d’office). Or, l’exploi-
tant ne peut, en l’absence de procédure contradictoire, faire valoir qu’il aurait
satisfait aux prescriptions résultant de la mise en demeure. L’on pourrait encore
ajouter que l’exploitant, dans une procédure contradictoire peut avoir intérêt à
présenter des arguments quant à la sanction retenue par le préfet. Ce raisonne-
ment se caractérise donc par le constat de l’utilité d’une procédure contradictoire
propre à la mesure de sanction librement décidée par le préfet à partir d’une
mise en demeure qui, si elle peut être discutée, ne préjuge ni d’une sanction
ultérieure ni, si cette dernière est ordonnée, de son bien-fondé au regard des
diligences accomplies par l’exploitant. Cette solution a également été adoptée
par la cour administrative d’appel de Versailles dans l’affaire qui a donné lieu à
l’arrêt du Conseil d’Etat (CAA Versailles [form. plén.], 26 juin 2009, Société Oxy-
mines SA, no 07VE01465).
Le raisonnement du Conseil d’Etat (qu’il a repris depuis : CE, 16 octobre 2010,
MEEDD, no 332230) censure la solution appliquée par la cour administrative
d’appel de Versailles. Il impose d’en revenir à la mise en demeure. Cette dernière
résulte d’une procédure contradictoire qui tient dans les conditions d’intervention
de l’inspection des installations classées qui doit signaler qu’elle va effectuer un
contrôle et dont le rapport est adressé à l’exploitant en même temps qu’au préfet
(dans son arrêt du 16 juillet 2010, le Conseil d’Etat reprend les termes qu’il avait
déjà adoptés en 2009 [CE, 28 décembre 2009, MEEDDAT, no 319736] ; et que
certains juges du fond avaient repris : CAA Bordeaux, 15 avril 2010, SARL

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DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES

Socoreg, no 08BX02287). Ce faisant, la législation des installations classées orga-


nise une procédure contradictoire particulière, préalablement à l’édiction de la
mise en demeure. Mais le Conseil d’Etat considère que cette procédure préalable
à l’édiction de la mise en demeure constitue en réalité une procédure préalable
aux sanctions, y compris, donc, les décisions de sanction administrative elles-
mêmes. Il en résulte que ces dernières n’ont plus à être précédées d’une pro-
cédure contradictoire, celle appliquée antérieurement à la mise en demeure
constituant une dérogation à l’application de la loi du 12 avril 2000 pour les
arrêtés de sanction également. Cette solution est appliquée, par exemple, par
la CAA de Bordeaux dans son arrêté du 15 avril 2010 (CAA Bordeaux, 15 avril
2010, SARL Socoreg, no 08BX02287) et par d’autres juges du fond, se ralliant à
la solution dégagée par le Conseil d’Etat. Selon le TA d’Amiens, le préalable de
la mise en demeure qui précède nécessairement l’édiction d’une sanction tient
lieu de procédure au sens de l’article 24-3o de la loi du 12 avril 2000 qui excepte
du champ d’application de la loi les décisions pour lesquelles des dispositions
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législatives ont instauré une procédure contradictoire particulière (TA Amiens,
13 avril 2010, Société ARF, nos 0802474 et 0901200). Sont donc exceptés du
respect d’une procédure contradictoire propre, les arrêtés de sanctions en cas
d’inexécution d’une mise en demeure. L’application de l’article 24 est également
aisément écartée en ce qui concerne les autorisations, dès lors que la décision
intervient à la demande du pétitionnaire, exception explicitement mentionnée par
l’article 24 (TA Amiens, 29 juin 2010, Société Eco-Bois, nos 0800287 et 0800983).

Caractère réalisable de la sanction - Caractère proportionné - Suspension


disproportionnée.
« Considérant que les mesures énumérées à l’article L. 514-1 précité du Code
de l’environnement ont été instituées pour contraindre les exploitants à prendre
les dispositions nécessaires à la sauvegarde des intérêts visés à l’arti-
cle L. 511-1 du même code ; que, toutefois, il résulte de l’instruction que parmi
les prescriptions imposées aux sociétés requérantes, celles qui prévoient que
l’accès des camions au site se fera exclusivement de 9 h 15 à 16 h 30 du lundi
au vendredi sauf les jours fériés tout en limitant le nombre de camions entrant
sur le site à 130 véhicules par jour en pointe et en imposant que les camions
entrant ou sortant du site doivent obligatoirement être bâchés sauf pour les
chargements de blocs en béton, sont excessives au regard de l’importance
réelle des nuisances causées par l’installation concernée et sont susceptibles
d’affecter la situation financière des sociétés requérantes ; qu’ainsi, contraire-
ment à ce qu’a retenu le tribunal administratif de Lille, le moyen tiré du caractère
disproportionné de la mesure de suspension doit être accueilli ; que, par suite,
l’arrêté du préfet du Nord du 9 mai 2007 doit être annulé. »
CAA Douai (1re Ch.), 25 mars 2010, SARL Vitse, SARL Devarem Développe-
ment, no 08DA01871.
왘 Le préfet du Nord a successivement imposé des prescriptions complémentaires
puis adressé une mise en demeure d’exécuter lesdites prescriptions complémen-
taires et, enfin, suspendu l’activité de traitement et de recyclage de matériaux
soumise au régime de la déclaration. De manière générale, le juge administratif
contrôle le bien-fondé et la proportionnalité des mesures de remise en état pres-
crites. Ainsi, par exemple, la réduction d’activité peut justifier des mesures moins
contraignantes dont la proportionnalité reste cependant contrôlée par le juge admi-
nistratif (réduction de 30 à 9 salariés, prise en compte par la limitation du nombre
et de la profondeur des piézomètres : CAA Nancy, 6 août 2009, Société Mecarex,

RJ • E 2/2011

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DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
p
no 07NC01398). Par ailleurs, la mesure de la proportionnalité des prescriptions de
remise en état doit désormais tenir compte de l’usage futur assigné au site. Dans
la présente espèce, la Cour contrôle la proportionnalité de la mesure de suspension
au regard de l’importance des nuisances générées par l’installation, alors même
que ce ne sont pas les prescriptions imposées qui sont jugées, mais la sanction.
Or, l’on ne voit guère quelle autre sanction le préfet aurait pu imposer : ni la consi-
gnation, ni l’exécution d’office ne paraissent adaptées à la nature des prescriptions
imposées à l’exploitant relatives au fonctionnement même de son installation. Le
caractère disproportionné de la sanction revient dès lors à considérer que ce sont
les prescriptions elles-mêmes qui étaient excessives, leur inexécution ne pouvant
fonder de sanction. Il ressort d’ailleurs de l’arrêt que l’arrêté ordonnant la suspen-
sion de l’installation a été entre-temps abrogé.

Prescription trentenaire - Connaissance de l’arrêt d’exploitation par le préfet -


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Absence de dissimulation par l’exploitant.
La cour administrative d’appel de Nancy rappelle les termes de la jurisprudence
Alusuisse (CE, Ass., 8 juillet 2005, Société Alusuisse Lonza France, RJE 2006,
p. 494) relative à la prescription trentenaire opposable aux créances nées des
obligations relatives à la police des installations classées.

« Considérant, d’une part, qu’il ressort des pièces du dossier que le préfet
de Meurthe-et-Moselle a eu connaissance du transfert du site d’exploitation
réalisé en 1972, débattu dès 1970, impliquant les acteurs de l’économie
locale, les élus et syndicats, et y a pris une part active ; qu’il a, d’ailleurs,
autorisé le 14 mars 1972 le transfert de l’usine sur le nouveau site ; que la
cessation d’activité a donc bien été portée à la connaissance de l’adminis-
tration qui avait toute latitude pour vérifier ensuite, si nécessaire, l’état du site
et la présence de pollution ; que, d’autre part, il ne résulte d’aucun élément
du dossier que l’entreprise ait eu une volonté de dissimuler de telles pollu-
tions ; que ne peuvent être invoquées en ce sens ni la circonstance qu’une
cuve était enterrée, pour des raisons tenant à son utilisation, ni celle que sa
présence n’ait pas été portée à la connaissance de l’administration lors du
transfert, aucune obligation existant alors en ce sens n’ayant été méconnue ;
que, dès lors, la cessation définitive de l’exploitation de l’usine étant interve-
nue depuis plus de trente ans à la date à laquelle le préfet a pris le premier
des arrêtés contestés et donc, prescrite, le ministre d’Etat, ministre de l’Eco-
logie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du ter-
ritoire n’est pas fondé à soutenir que c’est à tort que, par le jugement attaqué,
le tribunal administratif de Nancy a annulé les arrêtés du préfet de Meurthe-
et-Moselle en date des 13 février 2006 et 26 janvier 2007. »
CAA Nancy (4e Ch.), 11 mai 2009, MEEDDAT c/ Société des Usinages des
tubes pour l’électricité no 08NC00629.
왘 En vertu de la jurisprudence Alusuisse (CE, ass., 8 juillet 2005, Société Alusuisse
Lonza France, RJE 2006, p. 495), la prescription trentenaire s’oppose à ce que
la charge financière des obligations résultant de la police des installations clas-
sées soit imposée à l’ancien exploitant lorsque plus de trente ans se sont écoulés
depuis que le préfet a eu connaissance de la cessation d’activité. La jurispru-
dence excepte cependant du cours de la prescription les cas où les dangers ou
inconvénients présentés par le site auraient été dissimulés à l’administration.
Une double condition, que la Cour administrative d’appel de Nancy vérifie dans
la présente espèce, est donc posée à l’opposabilité de la prescription trentenaire.

RJ • E 2/2011

379
DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES

Tout d’abord, il convient que le préfet ait eu connaissance de la cessation d’acti-


vité. L’appréciation est concrète et pragmatique, et ce d’autant plus que, par
hypothèse, une longue durée s’est écoulée depuis la fin de l’exploitation (pour
une illustration de ce pragmatisme : CAA Paris, 18 avril 2008, Gaz de France,
RJE 2010, p. 166). Au cas présent, la connaissance par le préfet est amplement
attestée : d’une part, le préfet a pris part aux débats locaux préalables au trans-
fert de l’exploitation ; d’autre part, il a autorisé le transfert. Dès lors, il avait néces-
sairement connaissance de la cessation d’activité sur le site et il lui appartenait,
comme le relève la Cour, de procéder aux contrôles qu’il pouvait juger utiles. Il
appartient ensuite à la Cour de s’assurer que l’exploitant n’avait pas dissimulé
les dangers ou inconvénients présentés par le site. A cet égard, était en cause
la présence d’une cuve enterrée dont la Cour constate cependant : d’une part,
que son enfouissement était lié à son usage, ce que l’on comprend évidemment
comme signifiant que l’ancien exploitant ne l’a pas enterrée aux seules fins de
la dissimuler au préfet ; d’autre part, que l’ancien exploitant n’avait pas, lors de
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l’abandon du site, à déclarer la présence de cette cuve, obligation dont la mécon-
naissance aurait pu être regardée comme une dissimulation. La dissimulation
suppose ainsi une intention pratiquement frauduleuse ou, à tout le moins, irré-
gulière, d’occulter certains éléments. Cette volonté ne saurait évidemment être
déduite de la seule inertie préfectorale à intervenir.

Consignation - Montant des consignations - Etablissement du montant -


Expertise.
« Considérant (...) que, pour déterminer le montant de la consignation, le
préfet du Puy-de-Dôme a tenu compte, d’une part, de la nécessité d’éliminer
environ 7 500 m3 de déchets dans une filière autorisée, pour un coût de
l’ordre de 100 c la tonne, d’autre part, de la nécessité, pour combler l’exca-
vation, d’apporter environ 15 000 m3 de matériaux identiques à ceux qui ont
été extraits, pour un coût estimé à 10 c par tonne, et enfin de la nécessité
de réaliser un diagnostic de l’état de pollution du sol et des eaux du site,
pour un coût estimé à 15 000 c ; qu’en se bornant à produire un devis établi
pour l’enlèvement d’une partie des déchets présents sur le site, M. X ne
démontre pas que le montant de la consignation serait excessif. »
CAA Lyon (1re Ch.), 9 juin 2009, M. X., no 07LY01544.
« Considérant, en troisième lieu, qu’il résulte de l’instruction, notamment du
rapport de la DRIRE en date du 16 mai 2008, que, alors même qu’un mémoire
sur l’état du site de la rue d’Estrey a révélé la nécessité de dépolluer le sol,
la consignation n’est plus justifiée pour le site de la rue d’Alsace qu’à hauteur
du coût des travaux d’enlèvement de détritus et bouteilles d’oxygène com-
primé subsistant, d’obstruction du puits au niveau du bourbier et de vidange
éventuelle d’une cuve de lessive de soude à 30 %, et, s’agissant du site de
la rue d’Estrey, du coût de l’enlèvement d’une couche d’huile dans le local
de la chaufferie, de machines destinées à être ferraillées, de fûts d’huile
dégradés et d’une dizaine de petits contenants de produits à risque ; que
faute de chiffrage par Me Martin ou par le préfet des Vosges du coût des
travaux, il y a lieu de procéder à une mesure d’instruction contradictoire entre
le préfet des Vosges et Me Martin afin de produire tous justificatifs permettant
d’évaluer la dépense correspondant à ces travaux, dans la limite de laquelle
pourra être maintenue la consignation ordonnée le 10 octobre 2006. »
TA Nancy (1re Ch.), 10 mars 2009, Me Philippe Martin, no 0601898.

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DROIT ADMINISTRATIF - INSTALLATIONS CLASSÉES
p

왘 La production d’un devis peut être probante pour établir le coût de remise en
état, qu’elle émane de l’exploitant ou du préfet. Ainsi, lorsque ce dernier produit
des devis d’un montant supérieur aux sommes consignées pour les opérations
à effectuer alors que l’exploitant ne produit aucun élément, le moyen de ce der-
nier tenant au caractère excessivement élevé des sommes consignées ne peut
qu’être rejeté (TA Nancy, 9 février 2010, Me Philippe Martin, no 0601898). Plus
généralement, l’exploitant qui soutient que le montant consigné est excessif doit
le démontrer (CAA Lyon, 11 mai 2010, Société Repol, no 09LY02878). Cette solu-
tion applicable en matière de sanctions administratives dans le cadre des ins-
tallations classées est également appliquée par la juridiction administrative dans
le contentieux des décisions municipales prises en ce qui concerne les déchets :
le tribunal administratif d’Amiens a ainsi récemment réformé un titre exécutoire
en réduisant le montant de la consignation en tenant compte des évaluations
formulées par l’exploitant tout en les augmentant en fonction de la nature des
déchets et des modalités de leur traitement (TA Amiens, 30 mars 2010, M. M.,
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Droit de l’environnement no 179-2010, p. 180).
Par ailleurs, il est fréquent que, lorsque la juridiction administrative statue, tout
ou partie des travaux prescrits ont déjà été exécutés. Cela peut emporter abro-
gation de l’arrêté de consignation (CAA Bordeaux, 8 mars 2010, M. A.,
no 09BX00810) ou, à tout le moins, minoration du montant à consigner. Cela
suppose cependant, à l’instar de la contestation plus générale des montants à
consigner, que l’exploitant présente des éléments suffisamment probants en ce
qui concerne les montants déjà acquittés. Tel est bien le cas lorsqu’il présente
des factures des montants qu’il a exposés. Le juge administratif peut alors
déduire le montant de ces sommes correspondant à l’exécution partielle des
prescriptions qui sont imposées et réformer l’arrêté de consignation en ce sens
(CAA Nancy, 12 avril 2010, Société traitement de surface ABT, no 08NC01563 ;
CAA Nancy, 27 septembre 2004, Entreprise Robert Josserand, RJE 2006, p. 217).

Raphaël SCHNEIDER,
CDE - Strasbourg.

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