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UNIVERSITÉ DE LA MANOUBA

ÉCOLE SUPÉRIEURE DE COMMERCE DE TUNIS


2018-2019

Cours d’Histoire de la Pensée Économique

Chargée du cours : Mme NASRAOUI BEN MRAD. H.

3ème année LMD  :


Licence Fondamentale en Économie
Semestre 2, volume horaire 42h
Unité d’enseignement : Fondamentale
Crédits : 3
Coefficient : 2
Modalité d’évaluation : mixte (contrôle Continu + Examen)

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OBJECTIFS DU COURS
Le principal objectif du cours d’Histoire de la Pensée Économique, est de :
 Permettre à l’étudiant la connaissance, et la compréhension des théories économiques
en rapport avec le contexte historique de leur apparition
 Faciliter l’acquisition d’une culture économique et rendre l’étudiant capable de voir les
principales distinctions entre les différentes théories en les mettant dans leur contexte,
 Eclairer l’étudiant sur les ressorts de la pensée économique en vue d’améliorer ses
capacités de réflexion et d’évaluation de ses idées.

PLAN DU COURS
CHAPITRE I : Les Mercantilistes
CHAPITRE II : Les Physiocrates
CHAPITRE III : L’École Classique
CHAPITRE IV : Les Néo-Classiques
CHAPITRE V : Les Marxistes
CHAPITRE VI : Le Keynésianisme
CHAPITRE VII : Les courants institutionnalistes

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INTRODUCTION
L’histoire de la pensée économique est plus vaste que l’histoire des théories qui étudie
uniquement le contenu scientifique des idées, alors que l’histoire de la pensée doit mettre
en relation les théories et les fondements idéologiques des économistes qui fondent ces
théories
L’histoire économique n’existe que depuis la fin du 17 ème Siècle, c’est-à-dire depuis que le
développement a intégré l’économie dans les préoccupations publiques.
L’histoire de la pensée économique nous renvoie à une question essentielle celle de la
définition de la science économique. C’est dans une telle tentative que l’on voit
l’importance de cette vision historique, puisque la définition a varié en fonction des
préoccupations des économistes et par voie de conséquence du contexte historique.
Nous pouvons retenir néanmoins trois définitions
 L’économie comme science des richesses : définition donnée par les classiques du
XIXème siècle Adam Smith, Jean-Baptiste Say qui cherchent à analyser la manière dont
se forment se distribuent, et se consomment les richesses
 L’économie comme science de l’échange marchand : proposée par néo-classiques.
 L’économie comme science de la rareté et des choix efficaces : « L’économie est une
science qui étudie le comportement humain en tant que relation entre les fins et les
moyens rares et à usage alternatif. » C’est la définition donnée en 1962 par L. Robbins.

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Chapitre 1 Les Mercantilistes

Le « Mercantilisme » désigne le courant de pensée qui s’est développé aux XVIe et XVIIe
siècles, en rapport avec le développement du commerce international.
Le terme « Mercantilisme » est attribué par les économistes libéraux de la fin du XVIIIe
siècle et c'est Adam Smith qui dans la richesse des nations va regrouper les économistes
sous cette étiquette en s’opposant au « système mercantile » qui glorifie la puissance de
l'État, et préconise son intervention dans l'économie, par la détention du monopole dans
certains secteurs ainsi que par les différentes mesures protectionnistes.
SECTION I Les économistes mercantilistes
Les mercantilistes sont pour la plupart des commerçants, des banquiers et financiers le
plus souvent des « fonctionnaires ».
Les plus célèbres d’entre eux sont : Jean-Baptiste Colbert ; Gresham Thomas Jean Bodin ;
Antoine de Montchrestien ; William Petty.
1. Jean-Baptiste Colbert (1619 – 1683)
Né à Paris, Jean-Baptiste Colbert est un des principaux ministres de Louis XIV. Contrôleur
général des finances de 1665 à 1683, secrétaire d'État de la Maison du roi et secrétaire
d'État de la Marine de 1669 à 1683.
Plaidant en faveur d'une politique économique interventionniste et mercantiliste (le
colbertisme), Colbert favorise le développement du commerce et de l'industrie en France
par la création de fabriques et monopoles royaux, étatiques. Sous l’effet de ses conseils se
sont développés le commerce colonial, l'industrie textile, ainsi que les techniques de
gestion des finances publiques.
2. Gresham Thomas (1519-1579)
Né en Angleterre, financier anglais. Marchand prospère, il conseilla pendant trois règnes
(dont celui d’Elizabeth I) la couronne britannique, ce qui lui permit de restaurer les
richesses par des emprunts et des changes judicieux et contribua à l’affirmation de la
couronne en tant que première puissance économique mondiale. On lui attribua au XIXe
siècle la loi de Gresham, résumée par le dicton : « la mauvaise monnaie chasse la bonne » ;
selon laquelle, quand deux monnaies ont le même cours légal de circulation, les agents
thésaurisent ou exportent celle dont la valeur est la plus élevée et seule circule
effectivement la monnaie dépréciée, qui remplit alors mal son rôle de moyen d’échange.
3. Jean Bodin (1530-1596)
Né à Angers, légiste et économiste français. Son ouvrage Les six livres de la République
(1576) est une étape importante entre Machiavel et Montesquieu dans la formation de la
science politique.

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Bodin y défend un « gouvernement tempéré sans être démocratique » dans lequel le
pouvoir nécessaire de la monarchie est équilibré par la présence d’assemblées.
4. Antoine de Montchrestien (1575-1621)
Économiste et dramaturge français. Il fut le premier (en 1616) à utiliser le terme économie
politique dans le titre du Traité d’économie politique, marquant ainsi la place de l’économie
dans l’organisation de la société.
5. William Petty (1623-1687)
Né à Romsey, économiste anglais. Il est à l’origine de plusieurs concepts modernes, tels que
le plein emploi, les dépenses publiques, la vitesse de circulation de la monnaie.
SECTION II Les principales idées mercantilistes
 Pour les mercantilistes, la richesse est monétaire : Ce sont les métaux précieux qui
expriment la richesse et la puissance des nations (Colbert) ; pour accroître la richesse, il faut
collecter le maximum de métaux précieux.
 Les auteurs mercantilistes considèrent l’accumulation de richesse or et argent, et donc
l’enrichissement comme une fin louable, aboutissant au bullionisme (issu du mot anglais
bullion qui désigne l’or en lingot, ce terme traduit l’intérêt presque exclusif des
mercantilistes pour les métaux précieux) ou au chrysohédonisme (attitude visant à
atteindre le bonheur par la possession d’or). L'accumulation et le placement de l'or et de
l'argent sont au cœur des préoccupations des mercantilistes.
 Pour les auteurs mercantilistes, le commerce est source d’enrichissement, l’agent
économique le plus important est le commerçant et l’activité la plus enrichissante pour la
nation est le commerce. Ainsi le Roi (le pouvoir public) doit encourager le commerce en
leur offrant la protection militaire. Puisque l’idée de Nation et de son intérêt apparaît à la
même époque, très rapidement l’idée se fait qu’une voie privilégiée pour enrichir le pays
(et ses marchands) et donc pour renforcer la puissance de son monarque, est un commerce
extérieur florissant.
C’est Thomas Gresham, qui a défini le premier La notion de « balance du commerce » en
1549 dans le Bref Examen (publié à titre posthume en 1581) : du temps où les transactions
internationales se réglaient au moyen de l’or et de métaux précieux, une balance du
commerce excédentaire signifie une entrée nette de métaux précieux et donc
l’enrichissement de la nation, c’est-à-dire que la valeur de ses exportations soit supérieure
à celle de ses importations. C’est en effet cette idée qui impliqua pour toutes les nations de
devoir équilibrer leur balance commerciale par la variation des prix sous l’effet de
l’augmentation ou de la baisse de la quantité de métaux précieux disponibles dans le pays.
 L’État est au centre des préoccupations des mercantilistes, il doit intervenir par toutes
sortes de mesures visant à préserver les intérêts de l’Etat nation. Se développa alors la
notion de nation et de l’autre monde. L 'Etat dans sa nouvelle conception va s’opposer à
toutes sortes de pratiques féodales archaïques qui représentaient des entraves au
développement des activités commerciales telles les taxes intérieures payées à l’entrée des
villes ou les privilèges de l'Eglise, qui n’ont plus lieu d’être dans le sens où la puissance des
princes ne tient plus à la bénédiction de l’église mais à son rôle dans l’économie. Pour cette
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raison, les mercantilistes favorisent les monopoles afin de doter l'Etat de moyens financiers,
et fiscaux afin qu'il puisse mener une politique autonome.
Les mercantilistes sont considérés comme pionniers dans l’analyse du rôle de l'Etat
moderne. La puissance militaire d'un Etat est mesurée par sa capacité à se procurer des
armes et des mercenaires. L’État doit donc intervenir par la mise en œuvre de politiques
économiques protectionnistes visant à favoriser les importations de produits de base et de
matières premières et l’exportation de produits finis et manufacturés
L’État doit jouer son rôle économique pleinement en intervenant dans tous les domaines
de la vie économique visant à, protéger et développer l’activité des commerçants : car leur
enrichissement c’est celui de la Nation qui renforce et garantit la pérennité de la puissance
publique. Le souverain doit donc établir des règlements qui protègent les métiers nationaux
de la concurrence extérieure, dicter des normes de fabrication très stricte afin d’évincer la
concurrence extérieure (protectionnisme de norme) et intérieure (par l’interdiction de
l’innovation, le gel des techniques). Il doit donc aussi adopter une politique fiscale qui
favorise les artisans, et les commerçants les banquiers au mépris des seigneurs et du clergé.
Il doit favoriser le développement des manufactures, notamment de produits de luxe.
SECTION III Les différentes écoles mercantilistes
Le mercantilisme s'est développé en Espagne mais surtout dans les deux Etats-nation qui
dominent alors l'Europe : l'Angleterre et la France. Mais le pays le plus cité par les
mercantilistes comme le modèle à suivre est la Hollande. Ce pays où le pouvoir appartient
aux marchands, domine économiquement l'Europe grâce à la puissance de son commerce.
Les mercantilistes français et anglais, se servent de la Hollande pour montrer que le
commerce international est un vecteur de richesse pour une nation.
1- Le colbertisme
En France, le courant mercantiliste se traduit par le colbertisme pratiqué sous Louis XIV.
Les mercantilistes Français préconisent l’intervention de l’Etat en matière de
réglementation des manufactures, de la construction ; de l’infrastructure.
La France disposant d’un atout particulier sa nombreuse population et son grand territoire,
devant lui donner des atouts agricoles. Mais le mercantilisme français est surtout
caractérisé, à partir de la fin du XVIe siècle, par l’accent mis sur la nécessité du
développement de l’artisanat et de l’industrie et ce à travers des écrits de Barthélémy de
Laffémas (1545-1611, contrôleur général du commerce sous Henri IV), qui publie en 1597
un Règlement pour dresser les manufactures du royaume et d’Antoine de Montchrestien. Il
faudra attendre le ministère de Colbert pour que ces mesures soient mises en application. Il
met en place une politique douanière, réglementaire et manufacturière et pose ainsi les
bases de la tradition interventionniste de l’État Français.
2- Le bullionisme
En Espagne, le courant mercantiliste est nommé bullionisme qui vise à accumuler les
métaux précieux issus des colonies amérindiennes et à les empêcher ensuite de sortir du
pays.

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Les mercantilistes Espagnols conseillent de développer plus la colonisation des régions
riches en métaux (le nouveau monde : EU) afin de développer les exportations et réaliser
une balance commerciale excédentaire.

3- Le commercialisme
Ou mercantilisme britannique selon lequel l’accroissement du stock de métaux précieux
nécessite un certain protectionnisme. Ainsi, il faut limiter les importations et encourager les
exportations. Le Royaume-Uni étant une île, il est évident que le commerce maritime soit
au centre des préoccupations des mercantilistes britanniques dont John Lock
(Considérations sur l’intérêt et la valeur de la monnaie, 1691) qui vont insister sur
l’importance du commerce maritime. Tous ces auteurs plaident en faveur de
l’établissement d’un monopole du transport maritime britannique, moyen à la fois de
s’assurer un contrôle effectif du commerce extérieur et de jouer systématiquement le rôle
d’intermédiaire dans les transactions marchandes européennes
A partir de la moitié du XVIIIe siècle, les penseurs libéraux tels que Smith, Hume ou
Quesnay critiquent le mercantilisme, ce qui mettra fin à ce courant de pensée au profit des
physiocrates et des classiques.
Chapitre 2 Les physiocrates
École de pensée préclassique Française du milieu du XVIII éme siècle. Etymologiquement le
mot physiocratie est l’association de deux mots d’origine grecque Physis (Nature) et Kratos
(pouvoir). La physiocratie signifie donc « pouvoir de la nature ».
Le courant physiocratique est apparu dans un contexte historique particulier marqué par :
 Un développement sans précédent des secteurs industriel et commercial
 Le déclin de la production agricole : crise agricole de 1739 à 1743 qui a sévi en France
 une crise politique qui a conduit à la guerre de 7ans et l‘affaiblissement du pouvoir
central.
 Le libéralisme politique qui revendique l’égalité civile qui transforme les individus en
citoyens
 Le mouvement intellectuel, culturel et philosophique ; qui a dominé, en Europe et
particulièrement en France, le XVIIIe siècle « siècle des Lumières. »
SECTION I Les principaux économistes physiocrates
La physiocratie est un courant de pensée constitué d’un groupe restreint d’économistes,
essentiellement en France.
1. François Quesnay (1694-1774).

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Economiste Français et médecin à la cour de Louis XV, est le fondateur de l’école des
physiocrates et l’auteur du «tableau économique » publié en 1758. Marx, comme
Schumpeter ont pu voir en lui le véritable créateur de l’économie moderne.
2. Pierre Le Pesant de Boisguilbert (1646-1714)
Contemporain de Louis XIV et qui, s’interrogeant sur les causes de l’appauvrissement de la
France, réclame des mesures de libéralisation du commerce et de réforme fiscale et
condamne l’interventionnisme réglementaire de l’État. Il analysera l’ensemble de l’activité
économique sous l’angle de la circulation des richesses dans sa Dissertation de la nature
des richesses, de l’argent et des tributs (1707). Avec lui apparaît pour la première fois l’idée
d’un ordre économique naturel, qui sera développée par la physiocratie et l’école classique.
3. Richard Cantillon (1680-1734)
Effectue dans son Essai sur la nature du commerce en général publié à titre posthume en
1755 une transition entre mercantilisme et physiocratie et sera l’un des principaux
inspirateurs des physiocrates.
4. Jacques Claude Marie Vincent de Gournay (1712-1759)
Il initie François Quesnay à l’économie et est l’auteur de la fameuse devise « laissez faire,
laissez passer ! » adoptée par les physiocrates. Mais il se sépare d'eux en n'acceptant pas
leur second principe : la terre est le seul élément de la richesse. Négociant avant tout, il se
rapproche de l'école d'Adam Smith et estime que les produits de l'industrie et le commerce
sont facteurs de richesse. Il a exercé sur ses amis une profonde influence, en particulier sur
Turgot qui a écrit l'Éloge de Gournay, où il analyse sa pensée. On lui doit la traduction du
Traité sur le commerce et les avantages qui résultent de la réduction de l'intérêt de l'argent
de J. Child ; du Traité contre le haut taux de l'usure, de Culpeper (1754). Il a écrit Observations
sur la Société d'agriculture de Bretagne (1760).

5. Anne Robert Jacques Turgot (1727-1781)


Disciple de Quesnay, mais ayant développé une vision propre, Turgot est considéré comme
l’une des figures les plus représentatives du Siècle des Lumières et un visionnaire. Il se fait
remarquer par un Tableau philosophique des progrès de l’esprit humain (1750).
Il se lie aussi avec les «physiocrates» tels Gournay et Quesnay, il prône l’initiative privée
mais ne croit pas que l’agriculture soit le seul fondement de la richesse des Nations. Les
manufactures et le commerce lui paraissent des constituants tout aussi essentiels.
Dans le petit traité de Turgot : Réflexions sur la formation et la distribution des richesses
(1766), on retrouve déjà l’essentiel des idées qui ont cours dans l’Europe des Lumières en
matière d’économie et seront reprises dix ans plus tard par Adam Smith.
À cette occasion, il tente de faire agréer une unité de mesure universelle le «mètre», qui
sera officialisée bien après sa mort par la Convention le 7 avril 1795.
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SECTION II Un Renouveau des Cadres Conceptuel et Analytique
Les physiocrates ont plusieurs mérites notamment sur le plan conceptuel. Ils ont en effet
apporté une définition plus réaliste de la richesse constituée de biens réels dont la
reproduction se fait grâce à la force de travail.
Ils ont posé les libertés individuelles comme condition sinequanone de la réalisation de la
production
Ils sont les précurseurs de la comptabilité nationale des notions de classes sociales de
produit net et de circuit économique, notamment à travers le tableau économique
Sur le plan analytique l’analyse en termes de classes sociales, l’analyse sectorielle et le
recours aux nouveaux paramètres d’efficacité dont la productivité des terres reprise surtout
par Ricardo.
1- Nature de la Richesse
La richesse est réelle et matérielle et non pas monétaire : elle est constituée de biens
matériels. La monnaie est essentielle mais uniquement pour jouer son rôle de moyen de
paiement et de moyen d’échange donc pour assurer la circulation des richesses matérielles
2- Origines de la Richesse
Les physiocrates revendiquent la suprématie de l’agriculture, car c’est la seule activité
créatrice de richesse, la seule activité qui permet de dégager un produit net », c’est-à-dire
d’accroître le montant de richesses par rapport aux richesses « avancées ».
Les physiocrates sont aussi contemporains de la « révolution agricole » qui précède
immédiatement la Révolution industrielle, cette révolution marquée par le mouvement des
enclosures, l’amélioration de toutes les performances du secteur, l’augmentation de la
production agricole grâce à une meilleure utilisation des terres, des nouvelles techniques et
de nouvelles inventions qui ont amélioré la rentabilité des terres très attachés en outre aux
propriétaires fonciers et moins à la « bourgeoisie » émergente.
Au contraire, l’industrie, les « arts et manufactures » transforment les richesses en «
valeurs d’usage », mais ne créant pas de surplus, les commerçants quant à eux contribuent
à la circulation de ces richesses et donc ces deux classes sont stériles
3- La théorie du produit net

Quesnay et d’autres physiocrates observent le fonctionnement des exploitations agricoles


et élaborent une comptabilité de ces exploitations. Le point de départ est donc
l’observation empirique qui permit d’établir plusieurs nouveaux concepts, le produit net, et
les premiers principes de la comptabilité nationale
Produit net représente la différence entre la richesse obtenue par la production et la
richesse dépensée pour produire. / Produit Net = rente (de la terre) + impôts

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Dans cette définition on comprend pourquoi l’industrie et le commerce ne créent pas de
richesses car il ne crée pas de matières. Le revenu brut de ces activités, est égal aux
dépenses faites pour produire, par conséquent le produit net est nul. La seule classe qui
crée la richesse c’est l’agriculture. Par conséquent l’agriculteur crée un surplus, un produit
net positif, c’est la seule classe productive
4- La notion de classes sociales

Quesnay distingue 3 classes sociales


 la classe productive constituée de deux acteurs économiques les fermiers et les travail-
-leurs agricoles, c’est-à-dire tous ceux qui travaillent la terre et dégagent un produit net.
Elle produit, achète, vend et verse une rente annuelle à la classe des propriétaires fonciers.
Les fermiers dont la fonction est de produire les biens agricoles, possèdent le bétail et les
semis (capital), emploient des travailleurs agricoles et paient un loyer aux propriétaires
terriens ; les travailleurs agricoles travaillent pour les fermiers et touchent des salaires
 La classe des propriétaires fonciers (clergé, Roi) sont ceux qui perçoivent les impôts et
les fermages. Il s’agit des propriétaires terriens. Ils achètent aux deux autres classes grâce à
la rente foncière qui leur est versée par la classe productive.
 La classe stérile composée par les commerçants et les artisans. Cette classe produit,
achète et vend, mais ne dégage aucun surplus. Les artisans produisent des biens
manufacturés, ils consomment des biens agricoles et des matières premières ; - les
commerçants vendent des produits importés et exportent des produits agricoles ; Bien
qu’ils ne créent pas de surplus la classe stérile et les propriétaires ne sont pas totalement
inutiles, en effet ils contribuent à faire circuler les richesses dans l’économie.
5- Une nouvelle conception de l’exercice du pouvoir
La liberté et la propriété sont des droits naturels que l’Etat doit respecter et protéger. Le
rôle du pouvoir est de garantir l'application du droit naturel. Selon les physiocrates, il existe
un ordre naturel gouverné par des lois qui lui sont propres.
6- Le Tableau Économique
Il décrit la manière dont se forment et se distribuent les richesses. La distribution des
richesses produites se fait selon un circuit propre aux rapports sociaux de cette société.
Quesnay fait l’analogie entre la circulation des richesses dans l’économie et la circulation du
sang dans un corps. Il a une conception organiciste de l’économie.
La richesse, c’est-à-dire le produit net, est dégagée par le seul travail agricole à la condition
que les « avances foncières » (investissements) soient réalisées par les propriétaires
fonciers et le roi.

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Ce n’est alors qu’à la condition que le circuit de ces dépenses soit respecté que les avances
foncières peuvent être reconstituées et le produit agricole à nouveau dégagé à la période
suivante.
L’exemple donné par Quesnay est celui d’une économie dont la Production Totale réalisée
par les agriculteurs est de 5 Milliards
La classe productive produit pour 5 milliards, elle dépense 2 milliards sous forme d’avances
annuelles ou « capital circulant » (pour leur propre alimentation et pour semer et produire
l’année prochaine ou semences) et 1milliard sous forme d’avances primitives (capital fixe)
des produits manufacturés qu’ils achètent pour 1 milliard. Les 2 milliards qui restent sont
versés aux propriétaires fonciers sous forme de loyers et fermages
La classe productive est la seule qui fait des avances primitives et annuelles, elle est donc la
seule qui entretient le capital fixe et le capital circulant, est capable de dégager un revenu
supplémentaire le produit net, un surplus qui permet d’équilibrer et de faire fonctionner
l’économie. Sans ce surplus les propriétaires n’ont pas de revenus et la classe stérile
manque d’argent. Les agriculteurs injectent ainsi des revenus dans le circuit.
Les propriétaires perçoivent 2 milliards de loyers, ne créent et ne transforment rien, ils
consomment, 1 milliard de produits agricoles et 1 milliard de produits manufacturés. Elle
dépense aussi la totalité de son revenu.
La classe stérile grâce aux 2 milliards de produits manufacturés qui leur ont été
commandés, peuvent acheter pour 2 milliards des produits agricoles qu’ils consomment ou
transforment, le produit net est nul.

7. Les physiocrates : des réformateurs


Les physiocrates proposent des recommandations de politique économique qui sont
synthétisées dans une formule bien connue de Gournay : «  le laissez-faire, laissez-passer »

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L’idée des physiocrates étant que pour une meilleure répartition de la richesse créée par
l’agriculture est de la laisser circuler librement aussi bien à l’échelle nationale
qu’internationale notamment les grains. L’augmentation des prix qui en découlera permet
l’enrichissement des agriculteurs.
Ce chapitre s’appuie en partie sur Cours Pour Licence 3 « Histoire de la pensée
économique » de M.ALAIN MARCIANO UM1 Université de Montpellier I

Chapitre III L’école de pensée classique


La période classique couvre le XIXe siècle, pour dominer la pensée économique pendant
près de deux siècles. Adam Smith est considéré comme le père fondateur de cette école.
David Ricardo, Robert Malthus ; sont ses successeurs, ainsi que Karl Marx qui est, d’une
certaine manière, le « dernier des classiques ».
La pensée classique s’est développée dans une Europe en pleine mouvance marquée par la
première révolution industrielle, la naissance et le développement du capitalisme
industriel, puis de ses crises dans la seconde moitié du XIXe siècle.
C’est dans cet ordre que leur interrogation principale a porté sur le processus
d’accumulation des richesses et donc de croissance économique dont :
1) les causes de la richesse (ce qui conduit à s’interroger sur le processus de production, les
mécanismes de la division du travail et les mécanismes de l’échange);
2) La nature de la richesse ( nature de la monnaie ; concepts de valeur et de prix)
3) La répartition de la richesse (détermination des revenus et mécanismes de la
redistribution).
4) Les limites éventuelles que pourrait rencontrer ce processus d’accumulation des
richesses, par l’analyse des crises et des cycles.
Section I Les principaux auteurs classiques
Adam Smith (1723-1790)
Né à Kirkcaldy, économiste et philosophe écossais. Il fut surtout influencé par le physiocrate
François Quesnay. Son chef-d’œuvre parut en 1776 : Recherche sur la nature et les causes
de la richesse des nations, est considéré comme l’ouvrage fondateur tout à la fois de la
théorie classique, de la science économique et du libéralisme économique moderne).

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Jean Baptiste Say (1767-1832)
Est le représentant français de l’école classique. Reprenant pour l’essentiel les thèses de
Smith, il demeure célèbre pour avoir, le premier, dans son Traité d’économie politique
(1803), mis en avant la fameuse « loi des débouchés » qui deviendra la « loi de Say ». Il est
également caractéristique par son refus de la théorie de la valeur travail et son adhésion à
une forme de la théorie de la valeur utilité.
David Ricardo (1772-1823)
Est le « grand classique », celui qui, dans ses Principes de l’économie politique et de l’impôt
(1817), complète l’œuvre de Smith d’une analyse approfondie des conditions de la
répartition et de la croissance économique, approfondit la réflexion monétaire et établit
définitivement la théorie classique comme le paradigme dominant de la science
économique.
Thomas Robert Malthus (1766-1834)
Connu pour son Essai sur les principes de population (1795), avant qu’il devienne le
principal contradicteur de son ami David Ricardo qui l’incite à publier ses conceptions
générales des mécanismes économiques dans des Principes d’économie politique (1820).
John Stuart Mill (1806-1873)
Est souvent considéré comme le dernier des grands auteurs classiques. Dans son Traité
d’économie politique (1848), il amorce déjà un début de critique vis-à-vis de la théorie
classique, développant ses idées sur les droits sociaux et les libertés des travailleurs.
Bastiat Frédéric (1801-1850)
Né à Bayonne, économiste français. Peu porté vers la théorie, Bastiat fut surtout un
propagandiste du libéralisme économique ; dans la série des Sophismes économiques
(1845), il brocarda le protectionnisme, le socialisme à la Proudhon et même l’économie
politique Ricardienne soupçonnée d’un pessimisme excessif envers les vertus du « laisser-
faire ».
Section II : Ordre spontané et harmonie naturelle des intérêts
L’harmonisation des intérêts individuels conduit à un ordre spontané, naturel, un ordre
social qui s’obtient sans référence à la puissance divine, ni la morale naturelle et sans
intervention extérieure ; source de crise économique. Cette idée de l’ordre spontané refuse
tout interventionnisme de l’Etat qui serait néfaste pour la bonne marche de l’économie. Cet
argument au profit du libéralisme économique apparaît clairement chez Adam Smith sous
la forme de la « Main Invisible ».
Il y a donc un effet de composition entre les différentes actions individuelles qui se
combinent et se compensent de façon à engendrer un système qui est prospère.
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Section III La théorie économique d’Adam Smith
Dans son ouvrage Richesse des Nations A Smith défend des thèses libérales : le laissez-faire,
la division du travail, le marché et la main invisible les intérêts individuels.
1- La théorie de la valeur chez Smith

Adam Smith est un contemporain de la première révolution industrielle marquée par une
forte amélioration des qualités et niveaux de vie, des progrès techniques et technologiques,
ce qui explique optimisme dans la pensée de Smith. C’est ainsi qu’apparait le « concept de
marché » : Le marché devient un mode d’organisation de la société (et de l’économie). Ce
concept se généralise.
Sur un marché, les échanges entre individus sont totalement impersonnels ; ce qui est
nouveau par rapport à ce qui se passait avant la révolution industrielle parce que les
économies fonctionnaient sur la base de relations personnelles (Le marché « déshumanise
» l’économie). Basée sur le marché, l’économie devient essentiellement une économie
d’échange (Il faut produire pour échanger).
L’échange nécessite une valeur commune pour pouvoir comparer les marchandises et
réaliser ces échanges.
Adam Smith propose une théorie de la valeur travail, et pour arriver à cette théorie, il fait la
différence entre valeur d’usage et valeur d’échange : Il refuse de fonder la valeur sur
l’utilité. en partant du fameux paradoxe de la valeur de l’eau et du diamant : Certains biens
ont une valeur d’usage mais pas de valeur d’échange, comme l’eau. D’autres biens ont peu
de valeurs d’usage mais une valeur d’échange très élevée, comme le diamant. Il y a un
paradoxe dans le fait que l’eau sera vendue très cher dans le désert.
D’après Smith, le prix s’explique donc soit par sa rareté soit par ses coûts de production
mais en aucun cas par la valeur retirée par la consommation de l’eau ; ce que démontre
Smith, c’est que la valeur d’échange d’un bien ne peut pas être définie par l’utilité retirée
par le consommateur, alors la valeur sera fondée par le travail, comme étant valeur
d’échange de toutes marchandises :
 La valeur d’un bien est mesurée par la quantité de travail demandée pour produire ce
bien dans ce cas on dit que la valeur est mesurée par le travail « incorporé » dans le
bien.
 La valeur d’un bien peut être aussi mesurée par la quantité de travail commandée par le
bien lui-même ; on parle de théorie de la valeur « commandée ».
Chez Smith, l’interprétation qu’il faut retenir est la première ; il nous propose à la fois une
théorie de la valeur travail, mais aussi une théorie de la valeur travail incorporée.
2- La théorie de la répartition des revenus
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Les classiques considèrent qu’il existe deux types de revenus ; les revenus primaires et les
revenus secondaires. Les revenus primaires sont les revenus qui sont directement liés au
processus de production, comme les salaires versés aux travailleurs productifs, les profits et
les rentes foncières. Les revenus secondaires sont des revenus de redistribution, de
transfert, qui correspondent aux impôts, intérêts et les salaires versés aux travailleurs
improductifs
Les revenus auxquels s’intéressent les économistes classiques sont les revenus primaires
qui peuvent être eux aussi classés en 2 catégories ; les revenus du travail et ceux de la
propriété. Les revenus de la propriété sont des revenus résiduels. Le profit est le résidu qui
reste, une fois les salaires payés ; la rente est ce qu’il reste lorsque le produit du travail de
la terre a été payé.
C’est le travail qui fonde tous les revenus, qui fonde donc la richesse des nations : c’est à
partir du travail et des salaires que la collectivité va vivre. Cependant, le travail est lui-
même une marchandise ; par conséquent, quelle est la valeur de cette marchandise ? Elle
ne fait que dépendre du travail incorporé.
Comme toute marchandise, le travail a deux prix, le prix/salaire naturel et le prix/salaire
courant :
Le salaire naturel est le salaire de subsistance : il est déterminé par la valeur des biens
nécessaires à la subsistance du travailleur. Puisqu’il s’agit du salaire naturel, il est normal
que le salaire courant corresponde au salaire de subsistance. Il est possible cependant que
le salaire courant diffère du salaire de subsistance, mais cette situation n’est pas durable
car si le salaire courant est plus élevé que le salaire de subsistance alors la population va
augmenter (baisse du taux de mortalité), augmentant par conséquent l’offre de travail, ce
qui entraine une baisse du salaire jusqu’à son niveau naturel, qui est un point d’équilibre.
Inversement quand le salaire baisse de son niveau d’équilibre (de subsistance). Ceci est la
loi d’Airain.
3- Division du travail, main invisible et laisser-faire
Le point de départ de la Richesse des nations est une réflexion sur la notion de Richesse.
Smith considère que les définitions données par les mercantilistes et les physiocrates
étaient trop restrictives.
La Richesse est donc constituée de toutes les choses nécessaires et commodes (superflus)
tout ce que le travail a permis de créer. Cette Richesse est doublement fondée sur le
travail : le travail produit des marchandises qui ont une valeur, et d’autre part, le travail
crée aussi de la Richesse quand il est organisé de manière particulière (division du travail).
C’est la division du travail qui permet l’accroissement des capacités productives des
travailleurs, et donc qui permet d’augmenter la Richesse de la Nation.

15
Le concept de division du travail est venu à Smith à partir de l’observation d’une fabrique
d’épingles où la division des tâches entre travailleurs leur permet d’être efficaces. Il va
théoriser cette observation en disant que la division du travail augmente la productivité par
3 moyens différents : La spécialisation des ouvriers, La diminution des pertes de temps liées
aux changements de tâches et l’introduction de machines
Adam Smith est le premier à proposer une théorie de la division du travail, qui est au cœur
de la mondialisation. La division du travail est le résultat spontané du fait que les individus
cherchent à échanger des biens avec d’autres individus.
Cette division du travail va se combiner à un autre mécanisme : le mécanisme de la Main
Invisible, expliquant comment des individus, qui ne sont préoccupés que de leur intérêt
personnel, puissent néanmoins contribuer au bien collectif et à la Richesse collective. Il y a
donc un effet de composition dans la société qui articule les actions individuelles, les unes
avec les autres, de façon à produire de l’ordre social et de l’efficacité.
Le concept de main invisible a été utilisé pour caractériser le libéralisme de Smith et aussi
pour associer le nom (et sa pensée) au marché. Cette argumentation est extrêmement
abusive, les écrits de Smith ne permettent pas de justifier l’idée qu’il ait pu associer le
marché à la main invisible.
Smith n’a jamais fait référence au marché, ni à la concurrence. Il est difficile de considérer
que ce principe fonde une économie libérale concurrentielle marchande. Malgré tout, la
main invisible justifie une organisation de la société dans laquelle l’intervention de l’État est
limitée.
4- Accumulation, croissance et commerce extérieur

La division de travail et la main invisible s’appliquent également au niveau international


entre les pays, la règle doit être le libre-échange, meilleur moyen d’assurer la paix et la
prospérité des pays. Le libre-échange possède une fonction à la fois économique et
politique.
On est dans cette idée où la libéralisation du commerce international supprimera tous les
conflits. Le libre-échange a une dimension économique qui est d’éviter que l’économie ne
tombe pas dans l’État stationnaire.
L’argumentation de Smith est la suivante : son point de départ est l’accumulation or
l’investissement n’est possible que s’il y a eu une épargne préalable. Seuls les capitalistes
peuvent épargner et donc l’épargne des capitalistes est le fondement de la croissance
économique. Le problème est que le profit baisse dans le long terme parce que plus le
capital est important, plus il y a eu d’investissement dans le passé, moins il y a de possibilité
de placements rentables. Le taux de profit baisse et donc le taux de croissance baisse
également jusqu’à s’arrêter complètement. Lorsqu’il n’y a plus de possibilités
d’investissement, il n’y a plus non plus de croissance ou profit possible : on se retrouve
16
dans un État stationnaire. Cet État stationnaire est la situation vers lequel toute économie
tend à long terme.
Il y a un moyen d’échapper à cette fatalité : le commerce extérieur et le libre-échange parce
que cela ouvre de nouvelles possibilités d’investissement et de profit et donc de croissance.
Le commerce international va s’accompagner par une division internationale du travail qui
conduit chaque pays à se spécialiser dans la production des biens pour lesquels ils
possèdent un avantage absolu.
Smith propose une théorie de commerce internationale fondée sur les avantages absolus
qui sera critiquée par Ricardo, qui à son tour propose une théorie des avantages relatifs.
Cette avantage absolu permet de produire de biens a un prix plus faible que les autres pays
et donc contribue à l’augmentation de la richesse et supprime l ‘État stationnaire.
Le libre-échange supprime les frontières entre les pays, contribue à la richesse et au bien-
être de tous de manière tout-à-fait spontanée. Cette logique est assez libérale, mais est
limité.
5- libéralisme ou interventionnisme de l’État
Smith n’est pas dogmatique. Il a conscience que le système libéral a des imperfections, en
particulier il a conscience des oppositions des intérêts qui existent entre « classe sociales ».
Il a conscience que les rapports entre les individus sont déterminés par des rapports de
force (employeurs / employés).
Il admet donc que l’État puisse améliorer ces rapports entre les classes sociales. Cela le
conduit à accepter les lois d’aide aux pauvres. Cette dimension donne un aspect social a son
libéralisme que d’autres auteurs n’ont pas ; Or il a cette conviction que le libéralisme,
malgré ces défauts est moins pire, en particulier, même si le libéralisme accroit les
inégalités. C’est un système qui permet la croissance et cette croissance profite à tout le
monde, ce qui n’est pas le cas dans les autres systèmes.
Section IV David Ricardo et théories de la valeur et de la répartition
On oppose traditionnellement les pensées de Smith d’un côté et ceux de Malthus et de
Ricardo de l’autre, parce que le premier était optimiste dans le système capitaliste pendant
que de l’autre côté, Malthus et Ricardo étaient pessimistes. Ils percevaient dans le système
capitaliste des tensions et des conflits, par contre Smith y voyait que de l’ordre et de
l’harmonie.
Une des explications tient dans le fait qu’ils n’ont pas vécu la même époque, il y a environ
une cinquantaine d’années entre leurs publications respectives et la situation d’Angleterre
a changé radicalement. Entre les deux il s’est passée la 1ère révolution industrielle, elle a
commencé et s’est terminé. C’est ce qui a conduit Malthus à écrire son essai sur la
population.

17
Avec la 2ème révolution industrielle, l’augmentation de la population qui pose des
problèmes de subsistance et qui conduit l’Angleterre d’importer des matières premières
agricoles de l’étranger. Ces importations ont posé un certain nombre de problèmes aux
propriétaires terriens (concurrence de l’étranger) qui vont faire pression sur le
gouvernement pour que soit voté un certain nombre de lois en occurrence les « corn laws
», visant à réguler le prix du blé de façon à encourager les exportations et à décourager les
importations quand le prix baisse en dessous d’un niveau donné.
Ricardo écrit son premier essai en 1815, « Essai sur l’influence du prix du maïs sur les profits
». C’est un essai dans lequel il démontrait qu’une augmentation des taxes sur l’importation
de grain ne pouvait entraîner qu’une augmentation du prix. Son deuxième ouvrage sort en
1817, Principes d’économie politique et de l’impôt. Ici, Ricardo analyse la distribution des
revenus entre les différentes catégories économiques (travailleurs, propriétaires,
capitalistes). La rente ne fait pas partie du coût de production, qui n’est composé que des
salaires et du profit. Il montre que les salaires évoluent en fonction de la subsistance des
travailleurs, et les rentes augmentent lorsque la population augmente parce que les coûts
de production de la nourriture décollent quand la population augmente. Cette théorie de la
rente est proche de celle de Malthus, mais Ricardo était tout aussi convaincu par son
principe des populations (de Malthus).
1- La théorie de la valeur travail de Ricardo

Ricardo propose une théorie de la valeur travail basée sur le travail incorporé qui s’oppose
à la théorie de la valeur commandé, que l’on trouve chez Smith et Malthus. Ricardo
s’oppose à cette théorie de la valeur travail commandé parce que, dans ce cas, la valeur
n’est pas indépendante de la répartition des revenus ; si les salaires changent, dans une
théorie de la valeur travail commandé, le prix des biens va changer également, montrant
bien que la valeur d’un bien dépend de la manière dont les revenus se répartissent entre
salaires et profit.
Ricardo cherche une théorie dans laquelle cette dépendance de la répartition des revenus
disparait. Dans une théorie de la valeur travail incorporé, il y a bien indépendance face à la
répartition des revenus parce que la valeur d’un bien dépend des conditions de production
uniquement. Le problème dans cette théorie, c’est quand on essaie d’échanger des biens :
La valeur d’échange des biens dépend de la répartition des revenus, et change donc quand
la répartition des revenus changent. Ces 2 théories de la valeur travail posent donc
problème et va pousser les prochains économistes à tendre vers une théorie de la valeur
utilité. Ricardo tentera longtemps de régler ce problème de dépendance prix/répartition
des revenus.
2- La théorie de la répartition des revenus de Ricardo
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Ricardo a été témoin des tensions entre les travailleurs et les industriels, qui portaient sur
la répartition des revenus, un problème auquel il fallait apporter des réponses
Ricardo distingue 3 types de revenus :
 Les salaires, revenu du salarié : il doit se fixer au minimum de subsistance : le niveau du
salaire ne peut pas être durablement différent du minimum de subsistance, de son
niveau naturel
 Les profits : représentant le revenu du capitaliste : c’est un revenu résiduel qui provient
de la différence entre le prix du bien et le coût de production le prix du bien est tiré de
sa valeur qui est issue de la valeur incorporée. Le profit, toujours positif, est égal à la
différence entre la valeur du travail incorporé et le minimum de subsistance.
3 - La Rente Ricardienne
La rente est liée aux différences de fertilités entre les terres. La rente est un surplus qui
varie d’une terre à une autre en fonction des quantités qu’on peut produire sur ces terres.
Pour comprendre cette théorie, il faut comprendre 2 hypothèses : d’une part la rareté des
terres fertiles qui sont limitées et d’autre part les rendements marginaux décroissants.
Le raisonnement de Ricardo est le suivant : au fur et à mesure que l’accumulation du capital
se développe la demande de biens agricoles va augmenter grâce à une augmentation de la
demande de travail de la part des capitalistes, et donc une augmentation du salaire, au-
dessus de son niveau naturel, ce qui, comme chez Malthus et Smith, entraine une
augmentation de la population, qui va stimuler à son tour la demande de biens agricoles.
Pour faire face à l’augmentation de la demande de biens agricoles, il faut étendre la culture
des terres les plus fertiles, vers les moins fertiles dont la productivité est plus faible. La
différence entre le produit et la production réalisée ; constitue la rente que reçoivent les
propriétaires et qui augmente pour une qualité de terre plus importante. Puisque les taux
de profits sont uniformes (car la concurrence entre les capitalistes les poussent à offrir une
partie de ce profit pour avoir le droit à exploiter les terres les plus fertiles, ce qui conduit à
une harmonisation des taux de profit et à une distribution de la totalité du surplus aux
propriétaires terriens). Ce surplus est donc exogène au processus de production puisqu’il
n’est pas lié à une qualité particulière, le prix du blé va se fixer sur les coûts de production
des terres les moins fertiles.
Pour avoir une rente sur la terre marginale, il faut une interprétation intensive. Une
utilisation de plus en plus intensive du travail et donc une productivité intensive
décroissante.
Le premier travailleur utilisé à une productivité importante qui lui permet de dégager un
surplus par rapport à son salaire et son profit. La productivité du travail étant décroissante,
l’utilisation de plus en plus croissante du travail implique une rente de moins en moins
importante. Par conséquent, sur chaque terre, même les moins fertiles on emploie des
19
travailleurs qui ont des productivités différentes, donc des travailleurs qui produisent de la
rente et d’autres non.
La rente existe parce que le prix du blé est élevé ; par conséquent, l’inverse n’est pas vrai,
c’est-à-dire que ce n’est pas la rente qui explique le prix du blé. Cela explique pourquoi les
propriétaires terriens ont intérêt à maintenir un prix du blé élevé.
Ricardo pense que l’évolution des taux de profit commande la croissance économique. Si,
dans le cas où il y a croissance économique, les salaires vont rester constants, la rente
foncière va augmenter, et la part de la rente dans le revenu national va augmenter aussi.
Par conséquent, la part des salaires et des profits va baisser (relativement à l’augmentation
de la part de la rente dans le produit national). La baisse des profits va amener à l’état
stationnaire. Le seul moyen d’éviter l’état stationnaire, c’est donc d’éviter que la rente
augmente ; il faut donc éviter que les prix du blé augmentent en adoptant des politiques de
libre-échange pour faire baisser le prix du blé.
4-Le libéralisme économique chez Ricardo

Au début du XIXème siècle, l’Angleterre a commencé à prendre des mesures


protectionnistes, précisément pour garantir un prix du blé élevé (Corn Laws). Ces mesures
protectionnistes ne sont pas très populaires et seront abrogées en 1846, sous l’action d’une
ligue anti-« corn laws », menée par Ricardo, qui plaidait le libre- échange
Ils justifient leur position par le fait qu’un déficit de la balance des paiements, implique des
sorties d’or du pays. Les prix des marchandises nationales baissent et les prix des
marchandises importées augmentent, cela va entraîner une baisse des importations au
profit des exportations, jusqu’à un rééquilibrage de la balance des paiements.
Le libre échange est bénéfique puisqu’il implique la spécialisation de chaque pays dans la
production des biens dans lesquels il a un avantage et empêche l’état stationnaire.
Section V Malthus et l’utilité de la misère
1- Les « poor laws » des lois d’assistance aux pauvres
En 1793, la Grande-Bretagne est en conflit avec la France et ces guerres rendent les
importations de blé et des produits agricoles difficiles (blocus continental) ce qui conduit à
une augmentation du prix du pain. Ces augmentations sont amplifiées par des mauvaises
récoltes ce qui crée des tensions, et conduit à la mise en place en 1795 d’un barème de «
Speenhamland » de façon à garantir un revenu de subsistance aux travailleurs.

La conséquence négative, au-delà de la baisse des salaires, est que ce nouveau barème a
empêché la formation d’un nouveau marché du travail en décourageant les travailleurs, au
revenu faible, de retourner au travail.
2-La Loi de la population de Malthus

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La loi selon laquelle la population humaine double tous les 25 ans et que le rythme de
croissance de la population croît sur la base de progression géométrique. Les subsistances,
elles, croissent à une base de progression arithmétique.
Malthus ne croît pas dans le réalisme de ses chiffres, les tendances sont des possibilités, des
risques, car il pense qu’il y a des « freins », qui régulent l’évolution de la population.
On ne peut pas agir (ou très peu) sur l’évolution des subsistances car les terres deviennent
de moins en moins fertiles. On ne peut agir que sur la population au moyen de freins ou
mécanismes préventifs : Le contrôle des naissances Le contrôle du mariage et l’anticipation
et Les freins positifs (ou destructifs) : épidémies , guerres, famine…
3-Critique de la valeur travail de Ricardo
Dans la théorie de la valeur travail incorporé de Ricardo, les prix relatifs des marchandises
sont proportionnels à la quantité de travail direct et indirect qui est incluse dans les
marchandises.
Pour 2 secteurs d’activité, les prix relatifs des produits fabriqués ne dépendent pas
simplement du rapport entre les quantités de travail incorporé : Une théorie de la valeur
travail est incapable de déterminer les prix relatifs Pour Malthus, la valeur dépend du
travail commandé (Achat de travail).
Section VI L’utilitarisme
L’utilitarisme est une doctrine qui se fonde sur l’idée que l’utilité est le critère d’évaluation
des actions individuelles et aussi des actions collectives.
1- Jérémy Bentham

Jérémy Bentham a vécu à Londres à la même époque que Kant. Il sera donc influencé par la
philosophie des lumières ; il veut trouver un fondement objectif à la morale et au droit qui
ne doit pas être fondé sur des préceptes religieux. Son raisonnement part d’un constat :
tous les êtres humains se comportent de la même façon, en suivant un même principe,
obtenir le plus grand Bonheur possible en évitant la Souffrance. Par conséquent, pour lui,
une action sera jugée bonne et utile si elle a pour conséquence de nous rendre heureux.
Pour déterminer la valeur d’une action, il faut agréger les Bonheurs individuels de façon à
maximiser le Bonheur de la collectivité, ou de minimiser la somme des Souffrances
individuels. Toute la philosophie utilitariste de Bentham s’organise autour de cette double
idée. Pour Bentham le Plaisir d’une action peut se mesurer à la somme monétaire que je
suis prêt à payer pour obtenir ce Plaisir, ou à la somme que je souhaite recevoir pour sa
non-réalisation. Ces deux définitions correspondent au coût d’opportunité d’une action.
2- John Stuart Mill

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John Stuart Mill est considéré comme le penseur du couronnement de l’école Classique : il
a synthétisé et modernisé les thèses de l’école Classique. Il pense que les individus sont le
produit de leur environnement/éducation.
Pour J.S. Mill, l’économie est une science morale qui ne peut pas avoir recours à
l’expérimentation, mais l’économie reste une science, dans le sens où, contrairement à
l’éthique ou la philosophie, elle se limite à un aspect des comportements humains :
L’acquisition de Richesses.
L’économiste ne peut pas se contenter de décrire ce qui est, d’avoir une vision « positive » ;
l’économiste doit aussi juger ou permettre de juger cet état des choses. Cet élément
normatif chez J.S. Mill est l’une des caractéristiques de son approche.
Le libéralisme de Mill est tout à fait paradoxal, différent des autres économistes Classiques.
Il croît dans la liberté individuelle et la nécessité de respecter cette liberté, mais il admet
que l’on puisse intervenir dans le fonctionnement de la société, en particulier, si le plus
grand Bonheur du plus grand nombre n’est pas atteint alors l’intervention de l’Etat est tout
à fait légitime pour corriger ces lois naturelles.
Section VII Le libéralisme européen
1- Jean-Baptiste Say et l’impossibilité des crises

Jean-Baptiste Say est décrit comme le disciple de Smith, mais donne une définition de la
Richesse qui est plus large que celle de Smith. Il considère que l’industrie est plus
productive que l’agriculture, mais à la différence de Malthus ou Ricardo, cette perception
est plus optimiste parce qu’il pense que l’industrie ne subit pas la loi des rendements
décroissants comme l’agriculture et ce à cause de la confiance dans les entrepreneurs.
L’Entrepreneur est un individu central dans l’économie. L’activité économique repose sur
l’Offre. Les entrepreneurs se distinguent du propriétaire terrien, du capitaliste ou même du
salarié. Pour lui attribuer un revenu, il faut admettre que le travail de l’entrepreneur, qui
est improductif chez les classiques, devienne productif. Jean-Baptiste Say peut justifier du
fait que les entrepreneurs soient des producteurs de Richesses. Le revenu des
entrepreneurs est lié à leur activité d’innovation.
2- « La loi des débouchés » de JB Say

La loi des débouchés est une version modernisée de l’idée d’harmonie naturelle des
intérêts. Cette loi signifie qu’il ne peut pas y avoir de crise de surproduction ; puisque l’offre
crée sa propre demande le système capitaliste est toujours en équilibre globalement, il
n’est pas nécessaire que l’Etat intervienne pour corriger ces déséquilibres. Il y a plusieurs
formulations de cette loi des débouchés
Quand on dit que l’on achète des produits avec d’autres produits, cela peut signifier qu’il y
a absence de monnaie comme régulateur du marché, et que la monnaie n’affecte pas les
22
échanges : la monnaie est neutre, la monnaie est un Voile, c’est-à-dire que la monnaie n’a
pas de valeur en elle-même et, dès qu’un individu a vendu un bien, il cherche
immédiatement à utiliser la somme obtenue pour acheter d’autres biens.
Il n’y a pas de thésaurisation chez Jean-Baptiste Say : l’épargne placée sert à financer
l’investissement.
3-Les harmonies naturelles de Frédéric Bastiat (1801 – 1850) Frédéric Bastiat était à la foi
un économiste, un journaliste et un homme politique. Dans ses 2 ouvrages : Les Sophismes
Economiques et Harmonies Economiques, Bastiat y développera l’idée que les intérêts
individuels s’harmonisent naturellement et de manière spontanée. Il propose ainsi la
suppression de l’Etat et la privatisation de tous ses domaines d’intervention

Chapitre IV L’École de Pensée Socialiste

Dans la pensée socialiste on distingue le socialisme scientifique et le socialisme non


scientifique utopique

Section I Le socialisme non scientifique utopique


Les socialistes utopiques non scientifiques ont écrit entre le XVIIIème et le XIXème siècle,
pour décrire des modèles alternatifs de société. La société va changer et c’est un Homme
providentiel qui va permettre le changement. C’est un entrepreneur, qui a compris le
fonctionnement des sociétés, mais à la différence des autres entrepreneurs, il agit pour
l’intérêt collectif, le bien-être de tous, se voit comme un Messie.
Section II : Le socialisme préscientifique français
Il s’est développé par suite de la révolution française, se situe entre les utopistes et Marx.
1. Le socialisme industrialiste de St Simon
Selon La théorie du comte Claude-Henry de Rouvroy de St Simon (1760-1825) le
développement est nécessairement lié à l’industrie. Il pense que les sociétés humaines
évoluent de manière cyclique et linéaire, cyclique car il existe une alternance de périodes
de croissance et de crise et linéaire car cette évolution se fait dans une tendance de
progrès.
Les périodes «d’or» : les périodes de création, sont des phases constructives dites
«organiques» dans lesquelles les individus partagent des valeurs communes garantissant la
cohésion et l’harmonie sociale, la croissance. Les phases de crises sont des périodes
critiques, pendant lesquelles, tout ce qui a été créé, se détruit, mais prépare une phase
meilleure
Sa doctrine, St Simon l’appelle « l’industrialisme », car le fonctionnement de l’économie
repose sur les scientifiques et les industriels et non pas sur les hommes politiques dont il
faut empêcher l’intervention. Les questions politiques sont mises au second plan au profit
des questions industrielles et économiques. Mais cette école de pensée va dégénérer en

23
secte. Malgré tout, le St Simonisme aura une influence indirecte très grande sur les
entrepreneurs importants au XIXème siècle, et en particulier Ferdinand de Lesseps.
2. Le socialisme mutuelliste de Pierre-Joseph Proudhon
Proudhon (1809 -1864), essaie de construire un système qui réconcilie le libéralisme fondé
sur l’individualisme, et le socialisme. Pour Proudhon; il y a une harmonie spontanée dans la
société qui n’est pas le produit de la recherche de l’intérêt privé mais la conséquence du
fait que les individus acceptent la dimension collective de leur existence.
Proudhon plaide en faveur d’un fédéralisme fondé sur des « mutuelles » c’est-à-dire d’une
mise-en-commun de ressources pour réaliser des actions communes
Contrairement aux libéraux, Proudhon pense que la division du travail n’est pas
uniquement technique : elle doit correspondre à la nature humaine. Dans le raisonnement
économique de Proudhon, le travail n’acquiert de valeur que lorsqu’il est partagé, lorsque
plusieurs individus mettent leur travail en commun d’où la nécessité de diviser le travail.
La propriété est une idée fondamentalement contradictoire. Elle est utile à la fois à la
société et aux individus et c’est cette utilité qui la justifie, elle permet l’enrichissement et le
développement de la société. L’aspect négatif, le despotisme : le droit d’user et d’abuser
que l’on peut associer, au droit de propriété. La violence de la propriété privée s’exprime
par l’appropriation de la force collective puisque le capitaliste emploie les travailleurs de
manière collective mais il ne les paie que de manière individuelle, et donc il ne paie pas la
puissance qui résulte du travail solidaire. Le « vol » repose donc de la négation de la nature
sociale de l’Homme.
Section III Le socialisme scientifique de Karl Marx
1. La théorie de la valeur travail
Marx a une réflexion philosophique sur le concept de la valeur. Il distingue deux dimensions
de la valeur :
 La dimension abstraite de la valeur  : Le travail est l’essence de l’Homme, au sens où il
n’y a que l’Homme qui travaille.
 La dimension concrète de la valeur  : Tous les travaux se distinguent les uns des autres,
donc les valeurs d’usages sont aussi différentes.
Dans sa théorie de la valeur travail Marx avance une vision objective dans laquelle la valeur
de la marchandise est déterminée par le temps de travail socialement nécessaire à sa
production. Il distingue le travail direct, qu’il appelle « le travail vivant », et le travail
indirect, le travail nécessaire pour produire les outils de production. Marx pense par ailleurs
que dans le système capitaliste, les entreprises vont chercher à réduire la quantité de
travail pour produire, en innovant et en améliorant leurs techniques de production.
2. L’exploitation capitaliste et la plus-value
Marx refuse que le travail soit une marchandise puisque ce n’est pas le travail qui est vendu
au capitaliste, c’est la force de travail, ou, plus précisément, l’usage de la force de travail. La
valeur travail est mesurée par la quantité de travail nécessaire pour produire cette force de

24
travail, c’est-à-dire la valeur du panier, la valeur des biens qui permettent aux travailleurs
de reconstituer la force de travail.
Le travailleur est exploité selon Marx, dans le sens où le revenu qu’il perçoit est différent de
celui qu’il aurait dû percevoir.
Le capitaliste bénéficie de la valeur créée par le travail alors qu’il ne crée aucune valeur. La
différence entre la valeur créée par le travail et le salaire versé au travailleur correspond à
ce que Marx appelle : la plus-value. L’exploitation et la plus-value sont inévitables dans un
système capitaliste, parce que la société capitaliste est divisée en classes et que les moyens
de production appartiennent aux capitalistes.
3. La dynamique des sociétés capitalistes et l’accumulation du capital
Dans la société marchande, la logique est de vendre pour pouvoir acheter. Pour Marx le
cycle sur lequel fonctionnent les sociétés marchandes est le suivant :
Marchandises Argent Marchandises
La logique capitaliste est inversée
Argent Marchandises Argent
Le point de départ du cycle économique est l’argent dont disposent les capitalistes pour
pouvoir acheter des marchandises, y compris les moyens de production. La finalité du cycle
du système capitaliste est le profit, rendu possible par l’accumulation du capital, laquelle
fonctionne sur l’exploitation des travailleurs et la plus-value.
Le capitaliste sépare son revenu en 2 sommes : l’argent qui rembourse l’avance initiale, ce
qui lui permet de reconstituer son capital, et utilise la plus-value pour sa consommation
personnelle et acheter du capital supplémentaire. C’est ce que Marx appelle la
reproduction élargie du capital.
L’accumulation provient uniquement de la plus-value. Par conséquent, les capitalistes ont
intérêt à embaucher de plus en plus de travailleurs. Le processus semble donc sans fin.
Avec l’accumulation de capital, la production augmente mais les ouvriers ne peuvent pas
acheter des marchandises : la demande solvable n’est pas suffisante pour absorber ce qui
est produit par le système, et donc il y a des crises de surproduction. Ces crises de
surproduction conduisent à la disparition des entreprises les plus vulnérables, ce qui se
traduit par une augmentation de la taille, des entreprises, ou par une concentration dite
capitaliste.
Le système est donc instable car fonctionne selon une dynamique de crises de plus en plus
grave, jusqu’au moment où cette instabilité conduira à la disparition du système
capitaliste. Cette instabilité sera renforcée par un autre phénomène.
4. La baisse tendancielle du taux de profit
Selon Marx la baisse tendancielle du taux de profit conduit à la disparition du système
capitaliste. Le capitalisme se caractérise par ces expansions et crises, et pour Marx plus il y
a de crises économiques, plus le système s’affaiblit.
Selon Marx, la baisse tendancielle des taux de profit, trouve sa source, dans une diminution
tendancielle de la capacité à extraire de la plus-value. Cette diminution trouve son origine
dans le fait que : sous l’effet de la concurrence, chaque capitaliste a intérêt à introduire du
25
progrès technique, à substituer du capital au travail pour rendre ce dernier plus productif.
Ce faisant il réduit sa capacité à extraire de la plus-value (puisque seul le travail en est
producteur). Mais la loi du prix unique fait que les marchandises sont vendues à un prix de
production prenant en compte un « taux de profit moyen » de la branche. Au total, les
entreprises les plus « capitalistiques » bénéficieront de la péréquation des profits et
capteront, au regard de leurs conditions de production, un surprofit. Les entreprises les
moins capitalistiques augmenteront à leur tour la « composition organique de leur capital »
(le rapport entre capital et travail dans la combinaison productive) pour se retrouver dans
la situation des premières.
Ce comportement global conduira donc à augmenter l’accumulation du capital et à une
baisse de l’extraction globale de la plus-value et donc à une baisse tendancielle des taux de
profit, jusqu’au blocage de l’accumulation par le déclenchement d’une crise capitaliste qui
ne trouvera son issue que dans la destruction et/ou la dévalorisation du capital accumulé.
Les rapports de production propres au capitalisme s’avèrent bien un obstacle au
développement du capitalisme.

Chapitre V L’école de Pensée Néoclassique ou le Marginalisme


Les néoclassiques qui ont défini ce que l’on appelle aujourd’hui l’économie « orthodoxe »,
représentés par l’ensemble des théories qui constituent à la fois une continuité et une
critique de l’école classique.
Il existe 3 écoles qui ont participé à la révolution marginaliste :
 L’école de Lausanne, en Suisse et son chef de file Léon Walras
 L’école autrichienne et de Vienne avec Carl Menger
 L’école de Cambridge, au Royaume Uni avec Alfred Marshall et Stanley Jevons

Section I : L’école de Lausanne


1. Léon Walras et la théorie de l’équilibre général (1834- 1910).
Léon Walras a obtenu en 1870 la chaire d’économie politique à l’école de Lausanne. Son
ouvrage de référence, traitant de l’équilibre général, intitulé Traité d’économie politique
pure permet à Walras d’avoir une influence énorme sur la pensée économique.
1-1 Les trois branches de l’économie politique
L’économie politique pure, correspond à la théorie de la détermination des prix dans un
régime de libre concurrence absolue. C’est une théorie de l’échange et de la détermination
des rapports d’échange. La science qui étudie ces éléments est une science exacte au sens
où elle n’a aucun rapport avec les jugements de valeurs ; c’est une science mathématique. Il
y a donc, chez Léon Walras, une séparation stricte entre la technique et l’éthique, un
dualisme qui a caractérisé tous les principes de la science économique

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L’économie politique appliquée, c’est la théorie de la production de la Richesse Sociale.
Son objectif est de chercher les règles d’une production abondante et bien proportionnelle
de la Richesse Sociale. Ici, on a abandonné l’idée d’individualisme, on parle de richesse
collective, sociale. Une fois les règles déterminées, on les applique à un ensemble de
domaine, telle que l’agriculture, le commerce, l’industrie, les crises
L’économie sociale est une branche qui recherche les règles de la répartition de la Richesse
Sociale entre les Hommes. Elle cherche à déterminer des règles de Justice et non plus des
règles d’efficacité Léon Walras affirme que c’est une question de Justice Sociale, d’équité
que de nationaliser des terres
1-2 - L’équilibre général de Léon Walras
Léon Walras veut montrer que l’échange de long terme entre des individus bien informés,
motivés par l’intérêt personnel et rationnels (maximisateurs), peut conduire à une
organisation de la production et à une distribution des richesses efficaces et mutuellement
bénéfiques.
La spécificité de l’analyse est que la seule forme d’interaction sociale admise est celle qui
passe par le marché). Cette coordination repose essentiellement sur les prix : il faut donc
démontrer qu’il existe un système de prix, qui rende les échanges entre individus
mutuellement avantageux. En outre, la logique de l’équilibre général s’oppose à la logique
de l’équilibre partiel, dans le sens où l’équilibre général suppose l’interdépendance des
marchés (système d’équations simultanées).
L’équilibre général se caractérise par le fait qu’il existe un système de prix tel que :
 Sur chaque marché, la demande est égale à l’offre
 Chaque agent est capable d’acheter et de vendre exactement ce qu’il souhaite.
 Toutes les firmes/consommateurs sont capables d’échanger précisément les quantités
de biens qui maximisent les profits et les utilités
C’est un équilibre réel au sens où la monnaie ne joue aucun rôle, et tout fonctionne parce
que les marchés sont parfaitement concurrentiels, les agents sont maximisateurs et les prix
sont flexibles. L’équilibre général s’obtient après une procédure dite de tâtonnement et
tout se passe comme-ci il y avait un commissaire-priseur qui annonçait les prix, les individus
réagissent en faisant des propositions d’offres et de demandes, maximisant leur utilité.
Techniquement, l’équilibre général est possible s’il y a autant d’équations que d’inconnus,
mais c’est une condition nécessaire mais pas suffisante.

2. Pareto (1848-1923)
Est à la fois économiste et sociologue. Il a pris la suite de Walras. Il pensait que la
collectivité était un élément important dans l’identité des individus et les élites joueraient
un rôle déterminant.
2-1 L’utilité chez Pareto

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D’après Stanley Jevons (1874) et Carl Menger (1871), l’utilité est mesurable : il est donc
possible de résumer le plaisir et la satisfaction accordés par la consommation à partir d’un
nombre cardinal. Ce nombre est élaboré depuis une échelle, graduée, qui classe les biens
par niveau de satisfaction. On peut alors effectuer des rapports d’utilité entre les biens.
L’utilité cardinale est intéressante parce qu’elle permet de comparer les satisfactions que
les individus retirent, et permet de mesurer l’utilité collective.
L’idée de Pareto est donc de dire qu’il n’est pas nécessaire de quantifier les utilités
individuelles mais d’ordonner les paniers de consommation, en fonction de la satisfaction
retirée, ce qui conduira Edgeworth à proposer la notion de « courbe d’indifférence » et la «
carte » d’indifférence des individus ;
Pareto distingue deux types de satisfactions individuelles : les satisfactions strictement
économiques, parce qu’elles proviennent de la consommation de biens et services et que
Pareto appelle « l’ophélimité », et les satisfactions non purement économiques, reposant
sur les relations humaines et l’appartenance à une société, en suivant des préférences
morales, que Pareto appelle « l’utilité ».
2-2 L’optimalité parétienne
L’« Optimum de Pareto » correspond à un état de la société représentant le maximum
d’ophélimités pour la collectivité. L’optimum de Pareto est donc une situation où il y a
unanimité entre les individus sur les transformations sociales à réaliser : chaque individu à
un droit de veto sur les modifications que l’on veut réaliser. Il faut distinguer les 2
formulations différentes de cette conception d’unanimité
 Soit on exige l’accord explicite de chaque individu à la transformation sociale
proposée« principe faible de Pareto »,
 Soit on se contente d’une adhésion implicite « principe fort de Pareto ».
Dans la version forte de l’unanimité, il suffit qu’un individu soit favorable à la
transformation, et que les autres soient indifférents pour que cette transformation soit
acceptée, ce qui est bien plus contraignant pour le fonctionnement de la société, puisque,
d’une certaine façon, un individu peut imposer sa préférence au reste de la collectivité.
Section II L’école autrichienne
Les économistes autrichiens sont hétérodoxes mais libéraux, et défendent le marché : on
parle, d’anarcho-capitalisme, on défend une société sans Etat, fondée en particulier sur des
droits de propriété. On parlera aussi de libertarianisme (Doctrine préconisant un système
politique, économique et social fondé sur le droit naturel à la liberté individuelle). C’est
une économie subjectiviste, fondée sur l’idée que les valeurs économiques sont toutes
subjectives. C’est une école psychologique.
La conception du marché est différente que chez les néoclassiques ; le marché est un
processus qui permet de coordonner les actions individuelles. L’efficacité économique n’est
plus définie par la réalisation de l’équilibre général, mais par l’existence d’un ordre social,
dans lequel les anticipations des différents agents se coordonnent et s’équilibrent.
1. Carl Menger (1840-1921).

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Le principe unificateur de l’approche de Menger est cette conception qualitative de
l’économie, reposant sur l’approche subjectiviste de l’action humaine.
 La théorie des institutions : Menger est le premier à expliquer l’origine des institutions
et leur développement dans le cadre d’une analyse économique. Son raisonnement est
simple: Les individus se trouvent face à des problèmes récurrents, qu’ils essaient de
résoudre : lorsque ces solutions fonctionnent, elles sont adoptées, et elles deviennent
progressivement une règle ou une institution. En fait les institutions émergent de manière
tacite/implicite, sans que les agents ne se mettent d’accord sur la règle à adopter,
anticipant que tous les agents utiliseront la même règle (anticipation croisée). Les
institutions par conséquent n’ont pas à être créées par l’Etat selon une logique
descendante, puisqu’elles émergent spontanément d’une logique ascendante.
 La théorie des besoins et définition de la valeur : La valeur chez Carl Menger n’est
pas liée aux biens économiques en eux-mêmes, mais à l’importance que les individus leur
accordent. Cette importance est liée à la capacité de ces biens à satisfaire les besoins des
individus. Par conséquent, chez Menger, les biens économiques ne sont pas définis de
manière objective, ni uniquement par la rareté mais liés aux besoins des individus.
2. Friedrich Von Wieser et le coût d’opportunité (1851-1926)
Prend la suite de Carl Menger à l’université de Vienne en 1903. L’un de ses apports à
l’économie est celui de sa théorie des coûts d’opportunité. Le coût d’un bien pour un
individu n’est pas représenté uniquement par le prix réel de ce bien, mais il faut ajouter
dans le coût du bien l’ensemble des opportunités sacrifiées pour pouvoir se procurer ce
bien. Ce coût a une dimension subjective évidente parce que les opportunités sacrifiées
diffèrent d’un individu à l’autre. L’extension de la dimension subjective aux producteurs,
est un aspect innovant à l’époque et original l’école néoclassique.
4. La seconde école de Vienne
4-1 Friedrich August Von Hayek (1899-1992)
Commence sa carrière à Vienne, puis en 1950 il quitte l’Angleterre pour les Etats Unis
(Université de Chicago). Il travaillera sur la théorie des cycles et des fluctuations, l’impact
du savoir sur la coordination des actions individuelles. Parmi les ouvrages les plus
importants, «  la Route de la Servitude » et «La Constitution de la Liberté »
Son objectif était de montrer la primauté du marché sur les autres formes d’organisation.
Hayek est un ultralibéral des plus convaincus, ce qui explique le fait qu’il a été conseiller de
Margareth Thatcher ; et un défenseur de la dérèglementation en Grande-Bretagne.
Hayek était en faveur de la privatisation de l’émission de monnaie et c’était un farouche
opposant à l’Euro, car c’est une monnaie construite de manière artificielle et qui n’a donc
aucune légitimité économique.
Pour Hayek, le problème économique est celui de l’utilisation de la connaissance qui est
répartie entre tous les individus. Son argument est simple : les individus ne savent pas
consciemment leur connaissance, leur savoir, il est difficilement transmissible à d’autres
personnes et donc inaccessible au planificateur central, ce qui veut dire qu’une organisation
de l’économie planifiée depuis le centre ne permet pas d’exploiter ce savoir inconscient. Le
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marché est donc la seule procédure/institution qui soit susceptible d’utiliser les savoirs
individuels, qui permet aux individus de découvrir des informations, de percevoir des
écarts, des déséquilibres.
4-2 Joseph Schumpeter 1883-1950
Il est connu pour sa théorie de l’évolution (des cycles) et sa théorie de l’entrepreneur. Il
considère que l’élément moteur, permettant à une société d’évoluer, est l’innovation.
L’entrepreneur est le seul, capable d’identifier ces possibilités d’innovation.
Section 3 L’école de Cambridge : le marginalisme anglais
1. William Stanley Jevons 1835-1882
Jevons est l’un des fondateurs du marginalisme, et le premier à avoir expliqué que le
comportement économique dépend de l’utilité marginale et à avoir lié la valeur à l’utilité.
Jevons fait référence à Jérémy Bentham et s’inscrit dans une approche hédoniste : l’utilité
et la valeur dépendent du plaisir que les individus retirent de la consommation des biens.
2. Alfred Marshall (1842, 1924)
Est le véritable fondateur de l’école anglaise et le théoricien de l’équilibre partiel et de
l'école néo-classique. Marshall refuse de raisonner en termes d’équilibre général. Il
s’intéresse aux fonctionnements des marchés pris individuellement. Son raisonnement est
que l’économie ne s’autorégule pas globalement : il peut y avoir déséquilibre sur certains
marchés, mais, globalement, l’intervention de l’Etat est nécessaire pour réaliser l’équilibre
général.
Alfred Marshall sera le premier à développer le concept d’externalités. L’externalité est une
conséquence inattendue qui se produit à l’issu d’un processus de production (la pollution).
Voir pour ces deux chap IV et V « Histoire de la Pensée Économique »Ghislain Deleplace ; Christophe Lavialle Dunod Paris
2008

Chapitre VI L’École de Pensée Keynésienne

Le keynésianisme est une doctrine économique dérivée des idées de John Maynard Keynes,
un nouveau paradigme qui a dominé la période des « Trente Glorieuses » (1945-1975).
Section I John Maynard Keynes
John Maynard Keynes (1883-1946), est né à Cambridge. Fils d’un économiste respecté, John
Neville Keynes, professeur à l’université de Cambridge, Keynes est considéré comme le plus
grand économiste du XXe siècle. J. M. Keynes commença son cursus à Cambridge par les
mathématiques, avant d’étudier l’économie avec Alfred Marshall et Arthur Pigou.
Keynes élabora un plan visant à l’instauration d’un système monétaire international. Il le
défendit au nom du gouvernement britannique à la conférence de Bretton-Woods en 1944,
contre le « plan White » présenté par les États-Unis. S’il n’eut pas gain de cause, il fut
cependant l’un des architectes de la création du FMI et de la BIRD

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Section II La Révolution Keynésienne
La publication en 1936 par John Maynard Keynes de la Théorie générale de l’emploi, de
l’intérêt et de la monnaie déclencha la « révolution keynésienne » dans le domaine de la
macroéconomie qui ne propose pas seulement un nouveau cadre analytique mais
également la nécessité d’une intervention de l’État pour assurer le plein emploi.
La non remise en cause explicite de la microéconomie marginaliste par Keynes, qui
concentre ses attaques sur la macroéconomie « classique », autorise Hicks dans son article
« M. Keynes and the Classics : a Suggested Interpretation », publié en 1937, a affirmer que
Keynes n’a pas, en fait, révolutionné la science économique : il n’aurait fait que souligner,
comme Walras, la nécessité de prendre en compte toutes les interdépendances de marché
et de raisonner en équilibre général.
Les seules différences introduites par Keynes, et qui n’auraient alors rien d’une révolution
analytique, seraient de raisonner à partir d’une vision agrégée, plutôt que de mener l’étude
d’un équilibre général de n micromarchés comme le fait Walras. La macroéconomie n’est
donc pas un domaine spécifique de l’analyse économique ; elle est une simple méthode
visant à simplifier le raisonnement (la prise en compte des interdépendances de marché) et
son exposition ; de mettre l’accent sur des problèmes de court terme, là où les classiques
avaient tendance à raisonner sur le seul long terme.
Section III : La « Macroéconomie » Keynésienne : Une Nouvelle Analyse
Macroéconomique
Au plan de l’analyse dans le keynésianisme de la synthèse qui s’impose, comme la nouvelle
orthodoxie, l’équilibre de sous-emploi est vu comme une situation de court terme, due à
une rigidité à la baisse du taux d’intérêt et surtout du taux de salaire.
La macroéconomie classique s’intéresse aux structures fondamentales de l’économie,
tandis que la macroéconomie keynésienne s’intéresse à la gestion de la conjoncture.
Au plan de la politique économique, les politiques économiques keynésiennes sont donc
des politiques macroéconomiques visant à soutenir la conjoncture économique en levant
les contraintes de demande pesant à court terme sur la croissance économique.
Le message keynésien se réduit alors au choix de la combinaison appropriée des politiques
monétaire et budgétaire (le Policy-mix), de manière à arbitrer entre les deux maux qui, en
situation de prospérité retrouvée, sont présentés comme alternatifs : le chômage et
l’inflation (arbitrage dont les conditions sont révélées par la fameuse courbe de Phillips
Les politiques économiques classiques, elles, sont au contraire des politiques
microéconomiques visant à jouer sur les structures fondamentales de l’économie
(comportements microéconomiques et fonctionnement des marchés).
L’école de Chicago, avec Milton Friedman (prix Nobel 1976), a progressivement imposé le
monétarisme qui prône la neutralité des autorités monétaires et éclipsé progressivement le
keynésianisme, avec les attaques menées par Friedrich Von Hayek et Robert Lucas (prix
Nobel 1995).
Section IV Principaux apports de la Théorie Générale Keynésienne
1. La remise en cause de la loi de Say
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La vision néoclassique, pense que la détermination de l’emploi résulte de la confrontation
sur un marché du travail d’une offre et d’une demande de travail, équilibrées par les
variations du salaire, il ne peut exister du chômage que si une des conditions de la
concurrence pure et parfaite est violée ; et il ne peut y avoir de chômage involontaire
qu’en raison de l’existence d’un blocage du processus d’ajustement des salaires, en
l’occurrence si une rigidité des salaires à la baisse les empêche de s’ajuster alors même que
l’offre de travail est supérieure à la demande de travail au taux de salaire en vigueur.
La critique de cette analyse constitue le point de départ de la Théorie générale.
L’argumentaire classique est en effet manifestement contraire aux « faits stylisés » des
années trente, période au cours de laquelle le chômage augmente en dépit d’une déflation
salariale. Il faut donc, selon Keynes, changer de diagnostic et « penser » le chômage
involontaire en l’absence de toute hypothèse sur la rigidité des salaires.
Il s’agit donc de fonder une théorie de ce qu’il appelle le « chômage involontaire au sens
strict » Élaborer une telle théorie de l’emploi exige alors, une remise en cause du postulat
de la loi de Say : c’est en effet à la condition que les firmes soient contraintes sur leurs
débouchés (par la demande qui s’adresse à elles) qu’elles peuvent être conduites à ne pas
augmenter l’emploi, alors même que les salaires baissent.
Il faut donc admettre que, dans le cas général, la loi de Say n’est pas vérifiée et que le
niveau de l’emploi est déterminé par les seules firmes en fonction des anticipations qu’elles
font des débouchés : c’est le principe de la demande effective.
2. Une nouvelle Conception du rôle de la Monnaie
Pour augmenter l’investissement, et donc l’emploi, il faut en effet baisser les taux d’intérêt
Pour ce faire, il faut que la politique monétaire augmente la liquidité en circulation : la
théorie de l’emploi et de l’intérêt est une théorie de la monnaie.
Or en période de crise, la « préférence pour la liquidité » augmente au fur et à mesure que
la politique monétaire fournit de la liquidité : c’est le cas de la « trappe à liquidité ».
Une telle préférence pour la liquidité vient de ce que, la possession de monnaie (de
liquidité) est une assurance contre l’incertitude. En situation d’incertitude accrue, les
agents préfèrent donc rationnellement thésauriser plutôt que d’engager une action de
consommation et/ou d’investissement. L’insuffisance de la demande globale est donc
l’expression de la non-neutralité de la monnaie, de la même manière que la loi de Say, qui
réfutait la possibilité d’une telle déficience de la demande, était le corollaire logique du
postulat classique de la neutralité monétaire.
Dans le cas où la politique monétaire s’avérerait incapable de baisser le taux d’intérêt, il
vaudrait mieux directement augmenter l’investissement par l’investissement public (et
accepter des déficits budgétaires). C’est ce qu’exigent en général les situations de profonde
dépression économique.
3. Rôle de l’État dans la Théorie Keynésienne
Si l’économie de marché ne peut garantir le plein emploi, une intervention extérieure à la
logique du marché est nécessaire : l’État doit mener une politique macroéconomique qui
peut prendre diverses formes (monétaire, budgétaire, des revenus)

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Ce qui est mis en doute par Keynes est la croyance « classique » dans les capacités
d’ajustement automatique d’une économie de marché et les vertus collectives de la
poursuite des seuls intérêts individuels. Pour autant, Keynes ne revendique pas le
dépassement du capitalisme et de la régulation marchande comme avaient pu le faire avant
lui, à la fin du XIXe siècle, les hétérodoxies socialistes. Il se veut un défenseur de l’économie
de propriété privée, mais rejette l’idée qu’elle se régule spontanément par les seuls
mécanismes marchands.
La sauvegarde de cette forme particulière d’organisation économique et sociale exige alors,
l’intervention économique, éventuellement massive, de l’État. C’est aussi dans ce «
paradoxe » apparent que réside le caractère révolutionnaire de la Théorie générale.
« L’État n’a pas intérêt à se charger de la propriété des moyens de production. S’il est
capable de déterminer le volume global des ressources consacrées à l’augmentation de
ces moyens et le taux de base de la rémunération allouée à leurs détenteurs, il aura
accompli tout le nécessaire. […] Hors la nécessité d’une direction centrale pour maintenir
la correspondance entre la propension à consommer et l’incitation à investir, il n’y a pas
plus de raison qu’auparavant de socialiser la vie économique. » (John Maynard Keynes,
Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie, 1936)
Section V Les « post-keynésiens » : Une reformulation de la théorie de la croissance
Nicolas Kaldor (1908-1986) reformule la théorie keynésienne de la croissance issue du
modèle de Roy Harrod (1939) en y introduisant la répartition du revenu national entre les
salaires et les profits.
Ce modèle est radicalisé en 1962 par un Italien, Luigi Pasinetti, qui montre que le taux de
profit dépend en fait du taux d’accumulation du capital et de la seule propension à
épargner des capitalistes ; en outre, le taux de profit est d’autant plus élevé que cette
propension est faible. Autrement dit, d’une part les salariés n’ont aucune influence sur le
taux de profit ; et d’autre part les profits sont d’autant plus élevés qu’ils sont davantage
dépensés. Cette théorie post-keynésienne constituait une autre ligne d’attaque de la
théorie néoclassique, qui se combinait avec la critique de la fonction de production
agrégée. À la différence des modèles de croissance à la Solow-Samuelson-Modigliani, dans
lesquels le capital physique limite la croissance et est rémunéré à sa productivité marginale,
cette théorie insiste en effet sur deux points : d’une part, le fonctionnement d’une
économie en croissance dépend de façon cruciale des comportements d’investissement;
d’autre part, contre une théorie néoclassique dans laquelle tous les revenus sont de même
nature, les profits et les salaires jouent un rôle différent et asymétrique dans la dynamique
économique. Par une autre voie (celle de la dépense et non celle de la place dans le
processus de production), on retrouve un accent mis sur la structure sociale du capitalisme,
déjà observé dans l’approche classique ancienne (Smith, Ricardo) et moderne (Sraffa), ainsi
que chez Marx et les marxistes

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