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Un groupe

à univers mystique

Mémoire de culture musiques-actuelles 2018-2019 proposé par Nicolas Buvat


« Tool est exactement ce que son nom semble signifier : c'est une grosse bite,
c'est un outil ; c'est aussi un verbe, qui indique l'idée de travailler, d'ouvrager, de creuser.
C'est un processus actif de recherche. » Maynard James Keenan.
Nous avons ici l'essence même de ce groupe, dans cette citation du chanteur de
Tool : de l'humour sarcastique, du travail vers le renouveau et une pensée libre. Ceci sera
leur marque de fabrique, des clubs misérables au fin fond de Los Angeles jusqu'aux
tournées des plus grands stades et festivals, offrant leur musique comme un fruit de
réflexion, un outil spirituel.

Née en 1991 sous l'impulsion d'Adam Jones et de Maynard James Keenan, la


formation commencera vite à se faire connaître dans les petits clubs hollywoodiens, et à la
suite de sept concerts et une démo enregistrée, les maisons de disques commencent à se
croquer la pomme pour être la première sur le ver. Aujourd'hui, le groupe compte 5 EPs,
une compilation CD/DVD, et 4 albums, ces derniers tous multiples disques de platines aux
Etats-Unis.
Autant de succès, pour une musique singulière qui réside dans des riffs de guitare et
de basse fins et puissants couplés à des recherches sonores, une voix sombre et éclatante
qui apporte du lyrisme à une musique complexe et parfois froide, des structures longues
aux développements tortueux, des métriques et rythmiques peu conventionnelles, de belles
harmonies modales simples mais inhabituelles ; une musique qui souligne l'aspect occulte
et métaphorique des textes.
En 28 ans de carrière, le groupe ne s'est jamais séparé. Seul Paul d'Amour, premier
bassiste, sera remplacé par Justin Chancellor en 1995. Cela témoigne de leur stabilité.

Maynard James Keenan Chant Depuis 1991


Adam Jones Guitare Depuis 1991
Danny Carey Batterie / Percussion Depuis 1991
Paul d'Amour Basse 1991-1995
Justin Chancellor Basse Depuis 1995

Le groupe apparaît donc au début des années 90, dans un contexte musical en
plein renouveau. En effet, la New Wave, le Heavy Metal et sa branche Glam, à leurs
apogées dans les années 80, connaissent un déclin d’intérêt. Au même moment, 3 albums
redéfinissent la planète rock :

3
-Metallica par Metallica en été 91
-Nevermind de Nirvana en 92
-Blood Sugar Sex Magik des Red Hot Chili Peppers début 92

Ces trois albums ont tracé la voix du rock des prochaines années par le biais
d'alternatives, repoussant les frontières des styles pré-établis, donnant ainsi naissance à ce
qu'on appelle le Grunge et le Funk Metal, et dans un plus grand ensemble ce qu'on appelle
le rock alternatif. On voit aussi apparaître un Metal plus abordable et commercial avec
l'album éponyme de Metallica qui sera surnommé le Black Album.
Ainsi, avec cette nouvelle mouvance en construction, la musique « rock »
devient un véritable laboratoire où tout est envisageable.

Tool s'est inscrit directement dans cette grande mouvance, en gardant tout au
long de sa carrière sa singularité autant dans sa musique que dans ses images, refusant les
étiquettes Grunge ou encore Glam auxquelles les médias l'identifiaient. Le groupe a gardé
un maximum de liberté sur sa musique. Ainsi l'univers du groupe, autant musical que
mystique, reste à ce jour singulier, ce qui fait de Tool un groupe qui représente au mieux la
musique alternative des années 90.
Ainsi, le groupe est souvent considéré comme du Metal Progressif, de par ses
morceaux contemplatifs et longs avec de relatives complexités rythmiques .

L'image du groupe est aussi au cœur de Tool, comme une extension de sa musique,
autant du point de vue de la relation aux médias que par l'imagerie employée par le groupe
(pochettes, livrets, clips...). Ainsi nous verrons que la musique de Tool, élément qui paraît
être le seul fondamental, est en fait inscrit dans un plus grand ensemble, un univers
singulier autour de l'esprit, de la conscience et de la spiritualité.
Cet univers sera ensuite un lieu de naissance, de création, donc un outil spirituel,
autant pour le groupe que pour les fans. Et nous pourrons découvrir des mythes, des
légendes, des cultes et des théories énigmatiques sur cet univers et cette musique où tout
est intimement et implicitement lié, comme dans un cercle parfait...

4
En route pour un voyage multidimensionnel autour de cette
problématique :

En quoi la
musique et
l'univers de
Tool sont-ils en
symbiose ?
Sommaire

I : Tool et l'art du rythme..............................................p7


a) une complexification rythmique au fil des années.................................................p7
b) des percussions diverses et variées........................................................................p9
c) les riffs...................................................................................................................p10
d) la polyrythmie.......................................................................................................p11
e) métriques impaires inspirées de mathématiques.................................................p12
f) comment complexifier du 4/4...............................................................................p14
g) analyse et relevé de Lateralus...............................................................................p16

II : L'univers travaillé par Tool....................................p31


a) des albums ''concepts''..........................................................................................p31
b) les textes................................................................................................................p32
1) abstraits... …...................................................................................................p32
2) … pouvant être soulignés par le mix..............................................................p37
3) et le jeu des images........................................................................................p38
c) les clips officiels....................................................................................................p38
d) les pochettes d'albums..........................................................................................p39
e) le jeu scénique.......................................................................................................p40
f) des morceaux ''cachés''..........................................................................................p41

III : Tool devenu outil spirituel et source de théorie...p43


a) le rapport aux médias...........................................................................................p43
b) la censure..............................................................................................................p44
c) la désinformation pour se jouer des médias.........................................................p45
d) le rapport au public..............................................................................................p46
e) les théories de fans...............................................................................................p46
f) les réalisations des fans.........................................................................................p47

Conclusion...................................................................p49
Annexes........................................................................p51
Bibliographie................................................................p56

6
I : Tool et l'art du rythme

Tool est souvent associé à la mouvance rock/metal progressif de par ses


morceaux longs et complexes ; et si le groupe ne dément pas la possible influence de
groupes tels que King Crimson, Genesis, ou encore Pink Floyd, il ne se revendique pas
comme leur fils, et ne se définit pas dans le progressif.
De plus, s'il est vrai que le rythme a une part très importante dans la musique
du groupe, et qu'entendre « Tool » nous fait penser à la complexité rythmique, les
membres du groupe ne sont pas tous de savants rythmiciens. En effet, seul Danny Carey a
suivi des études musicales, au conservatoire de Kansas City où il a obtenu un diplôme
universitaire. Par ailleurs, au début de Tool, les autres membres n'aspiraient pas
spécialement à devenir musiciens.
Pourtant, c'est dans une recherche de singularité sonore que Tool a développé
sa complexité rythmique, bien loin de celle associée à d'autres groupes de Metal progressif
comme Dream Theater. Le groupe californien se rapprochera plus de rythmiques parentes
de musiques tribales et orientales.

a) une complexification rythmique au fil des années

Je vous propose un tableau chronologique présentant les durées et métriques


principales de chaque morceau.

Année album titre longueur métrique(s) principale(s)


1991 72826 1:Cold and Ugly 03:47:00 {4/4}
2:Hush 02:38:00 {4/4}
3:Part of Me 02:57:00 {4/4} {9/8}
4:Crawl Away 04:45:00 {4/4} {9/8}
5:Sober 04:30:00 {4/4}
6:Jerk-Off 03:56:00 {4/4}
1992 Opiate 1: Sweat 03:46:00 {7/8} {6/8} {4/4}
(Zoo Entertainment) 2: Hush 02:48:00 {4/4}
3: Part of Me 03:17:00 {4/4} {9/8}
4: Cold and Ugly (live) 04:09:00 {4/4}
5: Jerk-Off (live) 04:23:00 {4/4}
6: Opiate 05:26:00 {4/4}
piste cachée :
the Gaping Lotus Experience 02:19:00 {4/4}

7
1993 Undertow 1: Intolerance 04:54:00 {13/16+15/16} {4/4}
(Zoo Entertainment) 2: Prison Sex 04:56:00 {4/4}
3: Sober 05:06:00 {4/4}
4: Bottom 07:13:00 {4/4}
5: Crawl Away 05:29:00 {4/4} {9/8}
6: Swamp Song 05:31:00 {3/4} {7/4}
7: Undertow 05:21:00 {4/4} {3/2} {11/8 + 13/8}
8: 4 Degrees 06:03:00 {4/4} {3/4+4/4}
9: Flood 07:45:00 intro en {4/4}  {13/8}
69 : Disgustipated 15:47:00 {12/8}
1996 Ænima 1: Stinkfist 05:11:00 {4/4} {6/4}
(Zoo Entertainment) 2: Eulogy 08:29:00 {4/4} {4/4+2/4}
3: H. 06:03:00 {4/4}
4: Useful Idiot 00:39:00 ???
5: Forty-Six & 2 06:03:00 {4/4} {7/16}
6: Message to Harry Manback 01:53:00 {4/4} assez souple
7: Hooker with a Penis 04:34:00 {4/4} {3/4ou12/8} {5/8}
8: Intermission 00:56:00 {4/4} swing {5/4} swing
9: Jimmy 05:24:00 {5/4 ou 6/8+2/4} {6/8}
10 : Die Eier von Satan 02:17:00 {9/8en 5/8+4/8}
11 : Pushit 09:56:00 {6/4ou12/8}
12 : Cesaro Summability 01:26:00 ???
13 : Ænema 06:40:00 {12/8ou6/4}
14 : (-) Ions 04:00:00 ???
15 : Third Eye 13:47:00 {6/8ou3/4}{4/4}{12/8ou6/4}
2001 Lateralus 1: the Grudge 08:36:00 {5/16} {5/4} {4/4+3/4}
(Zoo Entertainment) 2: Eon Blue Apocalypse 01:04:00 libre
3: the Patient 07:13:00 {6/8+2/4ou5/4}
4: Mantra 01:12:00 ???
5: Schism 06:47:00 {6/4}{13/8}{12/8+9/8+3/4}..
6: Parabol 03:04:00 {4/4}
7: Parabola 06:03:00 {4/4}
8: Ticks & Leeches 08:10:00 {7/4ou 7/8} {4/4}
9: Lateralus 09:24:00 {6/8} {9/8+8/8+7/8} {5/8}
10 : Disposition 04:46:00 {4/4}
11 : Reflection 11:07:00 {4/4}
12 : Triad 08:46:00 {12/8ou3/4}
13 : Faaip de Oaid 02:39:00 ???
2006 10,000 Days 1: Vicarious 07:06:00 {9/8+11/8} {5/4} {12/8+8/4}
(Volcano II/ Tool 2: Jambi 07:28:00 {9/8} {6/4} {9/4}
Dissectional : U.S.) 3: Wings for Marie, Pt. 1 06:11:00 {12/8}
4: 10,000 Days (Wings, Pt. 2) 11:13:00 {12/8} {9/8} {15/8}
5: the Pot 06:21:00 {4/4} {¾}
6: Lipan Conjuring 01:11:00 sur pulsation
7: Lost Keys (Blame Hofmann) 03:46:00 {4/4} {4/4+3/4}
8: Rosetta Stoned 11:11:00 {4/4} {5/8}{5/4} {11/8} {3/4}
9: Intension 07:21:00 {3/4+4/4} {4/4}
10 : Right in Two 08:55:00 {11/4}
11 : Virgini Tres 05:02:00 ???
(??? : sans tempo)

Ce tableau fait apparaître l'utilisation de métriques plus variées, et d'ambitus


de longueur plus grands dans les albums et morceaux plus contemporains, ce qui atteste
d'une meilleure maîtrise rythmique.

8
b) des percussions diverses et variées

Set de batterie de Danny Carey

« Il s'agit avant tout de disposer ma batterie de façon à ne pas entraver la


musique, afin que je sois un canal pour elle. » Danny Carey
Le batteur de Tool utilise en effet cinq toms acoustiques (nombre censé représenter
le côté masculin de l'esprit d'après le groupe), et six tambours électroniques hexagonaux
(nombre du côté féminin de l'esprit, toujours d'après le groupe). L'utilisation de pads et
autres éléments électroniques est aussi un outil de recherche sonore pour le batteur. De
plus, il a étudié les tablas avec le maître Aloke Dutta, ce qui l'a fortement influencé tant
dans ses recherches sonores que dans ses types de jeu.
Ainsi nous pouvons entendre des tablas et autres percussions orientales dans
certains morceaux tel que Disposition, Pushit (live), …

On voit dans le double morceau Intension/Right in Two le large panel


percussif de Danny Carey. On l'entend utiliser des percussions orientales, puis des sons
électroniques, et des sons de cloches ou de crotales, pour arriver aux tablas sur le deuxième
couplet de Right in Two. La batterie acoustique arrive ensuite, puis laisse place à un solo de
tablas traditionnel. Enfin, la batterie fait son retour dans un chaos assourdissant. Tout au
long de cette œuvre, le batteur de Tool nous montre aussi l'étendue sonore de ses
nombreuses cymbales.
On ne peut que constater la richesse de types de jeu de Danny, allant de pair avec sa
richesse sonore.

Ainsi il peut passer d'un jeu d'ambiances sonores

9
à un jeu de percussionniste traditionnel

(intension 2:05)

à un jeu électronique presque mélodique

(intension 4:40)

à un jeu metal à base de double pédale

(right in two 6:20)

à des claves

(right in two 6:58)

c) les riffs

Adam Jones ne s'est jamais considéré comme un grand guitariste, il essaye


juste de faire de la musique à son niveau ; aussi, les longs solos virtuoses de ses pairs l'ont
toujours ennuyé. Ainsi, tout au long de sa carrière, il a préféré travailler sur les
accompagnements et les sons, considérant sa guitare comme un instrument percussif.
Dans Eulogy par exemple, le riff principal de guitare est constitué d'un décalage
grâce à des groupes de 3 sur du 4/4. Ce riff est l'identité rythmique du morceau, et sera
développé pour donner une phrase benjamine de la première.

10
(Eulogy 2:07 riff principale) (Eulogy 4:43 riff développé)

Dans le même morceau voici un autre exemple de développement de riff, grâce à la


conservation des accents de la phrase :

(Eulogy 5:05 à la basse) (Eulogy 6:10)

Un autre exemple de l'aspect percussif du jeu d'Adam Jones avec le riff en 9/8 de
Jambi, où le guitariste se permet des accents alambiqués avec un jeu en palm mute au
mediator

(Jambi 0:14)

Que ce soit au côté de D'Amour ou de Chancellor à la basse, le travail de riffs


complexes a toujours été essentiel au groupe et fait partie de ses caractéristiques.

(Prison Sex 3:01 riff de Paul d'Amour basé sur des groupes de 3)

(The Pot riff principale de Justin Chancellor)

d) La polyrythmie

« Il se peut que nous entendions la première note de la prochaine mesure à


différents endroits, et alors nous l'utilisons pour en déduire un cycle. Si quelqu'un a une
interprétation qui nous permet d'entendre les choses d'une façon différente, cela changera

11
tout si nous suivons ça. Cela ne semble pas naturel à la plupart des gens de superposer 2
temps différents, mais si tu laisses respirer ça et que tu le joues encore et encore, tu
trouves des endroits où c'est en conflit et d'autres où ça se rejoint, et tu peux
éventuellement déceler une relation très intéressante entre les deux. » Justin Chancellor
La polyrythmie apparaît de manière récurrente dans le travail de Tool, comme une
marque de fabrique, de manière à hypnotiser l'auditeur dans un mélange subtil de
différents tempi.

Dans Eulogy, le groupe crée à plusieurs reprises des sensations singulières en usant
de groupes de 3 (de ternaire) sur du binaire.
Dans l'introduction (annexe 1), un procédé d'accumulation est mis en place autour
du riff principal développé par des claves puis des guitares. Le riff déjà marqué
rythmiquement par des groupes de 3 dans une métrique 4/4, est souligné par des claves, et
des sons électroniques marquant les groupes de 3 qui se recalent ou non sur la métrique.
Tout cela encercle l'auditeur dans une forme de transe, où on ne sait plus quel est le
véritable tempo, quelle est la véritable métrique.
A environ 6:35, l'instrumentation rock laisse place à un duo batterie-chant, ensuite
rejoint par les guitares (annexe 2). Ici, le groupe se laisse un cycle de 4 mesures de 4/4
pour développer une polyrythmie chant-charleston-(guitares) ternaire (groupes de 3), et la
grosse caisse-caisse claire tenant la métrique binaire ; on remarquera la complexité de la
polyrythmie tenue par Danny Carey.

La récurrence de cet élément s'explique par l'image spirituelle et occulte défendue


par le groupe. En effet, la polyrythmie amène le public à entendre la musique d'une autre
façon et à la vivre comme une expérience spirituelle.

e) métriques impaires inspirées de mathématiques

Le titre éponyme de l'album Lateralus est inspiré de la célèbre suite de Fibonnacci,


suite mathématique additionnant ses deux précédents termes pour obtenir le suivant:

Fn = Fn-1 + Fn-2
(avec F0 = 0 et F1 = 1)

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ainsi cette suite nous donne la série suivante :

0, 1, 1, 2, 3, 5, 8, 13, 21, 34, 55, 89, 144, 233, 377, 610, 987, …

En écoutant Lateralus on peut remarquer la construction du texte, suivant cette suite


de par ses pieds entre les silences: (partition en I.g))

Black 1
Then 1
White are 2
all i see 3
In my infancy 5
red and yellow then came to be 8
Reaching out to me 5
lets me see 3

As below so above and beyond I imagine 13


Drawn beyond the lines of reason 8
Push the envelope 5
Watch it bend 3

On notera également que Maynard James Keenan commence à chanter à 1 minute et


37 secondes, soit 1,617 minutes, ce qui est approximativement le nombre d'or
(1,61803398875).

Le nombre d'or est une proportion mathématique utilisée pour calculer des proportions en
architecture et en art, et que l'on retrouve dans certaines structures du vivant. Cette valeur
pourrait même d'après certains expliquer la structure de notre monde, ce qui lui confère un
côté mystique. Toutefois, il est certain que cette valeur a été une source d'inspiration pour
l'Homme et qu'une « nombre d'or mania » existe.

D'autre part, le nombre d'or est directement issu de la suite de Fibonnacci. En effet, la
proportion « divine » est environ égale au rapport entre un terme de la suite et son
prédécesseur ; et plus les termes de la suite sont élevés, plus l'égalité est précise ; on dit
que

13
Fn+1 / Fn = ƥ
lorsque n → +∞
(nombre d'or : ƥ)

Pour finir, on voit très clairement que la plupart des métriques utilisées sont
inscrites dans la suite de Fibonnacci (5/8, 8/8...)
Et le riff marquant du morceau, utilisé dans le refrain, est une succession de trois
métriques :
9/8 + 8/8 + 7/8
Si on met à la suite les trois numérateurs, on obtient 987 ; et dans la suite :

F16 = 987

Cela pourrait-être une coïncidence, mais au vu des autres rapports avec les mathématiques,
on peut penser qu'il s'agit d'un choix et non du hasard.

Lateralus est l'exemple le plus flagrant de l'utilisation de mathématiques et de mystique


dans le processus de composition du groupe ; cela est parfaitement cohérent avec l'image
du groupe.

f) comment complexifier du 4/4

Un des grands combats de Tool a été de s'éloigner, dès les débuts, des normes
pré-établies de la musique de la fin des années 80. Cela s'est manifesté
principalement dans le travail rythmique : en s'éloignant de la métrique 4/4, mais
aussi en distordant cette même métrique.

Le groupe est devenu spécialiste de cet art en usant de groupes


polyrythmiques, d'accents en l'air, de riffs étalés sur plusieurs mesures...

14
Voici un exemple où la batterie maintient des groupes de 3 sur des accords de guitare
placés sur les deuxièmes et quatrièmes temps. (Third Eye 6:36)

Un autre exemple dans le même morceau : (7:10)

Sur la première mesure, le pattern de batterie nous suggère une métrique ternaire de par
ses groupes de trois croches entre les coups de grosse caisse et caisse claire. De plus, le
chant appuie cet effet en étant également écrit à l'aide de groupes de 3. La guitare et la
basse marquent quant à elles un cycle 6+2 pour rappeler à la fois les groupes de 3 et
ramener la véritable métrique.

Le fait de complexifier la métrique la plus exploitée dans la musique occidentale à


l'aide de décalages rythmiques permet de créer une tension auditive, une sorte de surprise,
sans déstabiliser les normes d'un auditeur peu averti.

15
g) analyse et relevé de Lateralus

Le titre Lateralus illustre bien la musique que produit Tool. Ce morceau sorti en
2001 dans l'album éponyme, utilise le mode de ré dorien, un mode mineur et lumineux de
par sa sixte majeure qui, ici, reste presque caché pour laisser planer le doute du mineur
naturel. Le si bémol est même emprunté par la basse à la mesure 82. On peut voir tout
l'aspect complexe, méditatif et ésotérique de ce groupe avec ses références à la suite de
Fibonnacci et sa construction en longueur où tous les éléments s'imbriquent les uns dans
les autres. L'univers musical navigue entre passages instrumentaux planants, rythmiques
violentes, envolées lyriques et puissance vocale pour nous envoûter.
Lateralus commence par une douce ligne de guitare, bientôt rejointe par des effets
sonores, et la section rythmique arrivant crescendo sur un ostinato rythmique bref et
intense. Le crescendo arrive à terme après une bonne minute, nous dévoilant un riff massif
et explosif étalé sur trois mesures de 9 plus 8 plus 7 croches (mesure 7), qui conclura en
triomphe l'introduction de la pièce.
Arrive le chant, basé sur la suite de Fibonnacci (2ème page du relevé), accompagné
uniquement par la batterie tenant un motif tribal en 5/8. Ce couplet sera alors développé
en accumulation. La basse arrive à l'entre-couplet, puis la guitare en même temps que
revient le chant. Nous avons ici un bel exemple de riff d'Adam Jones, un jeu de guitare très
rythmique en palm mute au plectre, riff qui sera ensuite utilisé à l'unisson avec Justin
Chancellor pour sortir du couplet en développement accumulatif (mesure 30).
Une belle mise en place en groupes de 3 (mesure 32) et à la grande stupéfaction des
auditeurs, le riff de 9+8+7 de l'introduction se révèle être l'instrumental du refrain, en lui
ajoutant la voix de Maynard James Keenan.
Le refrain laisse place au deuxième couplet, identique au premier, à ceci près que
l'entre-couplet est lui aussi occupé par du chant. La mise en place précédant le deuxième
refrain possède un groupe de trois de moins que son pair, puis le refrain n'utilise que deux
tournes au lieu de trois.
S'ensuit un petit solo de guitare sur trois tournes de refrain (mesure 36). Adam
Jones commencera par une polyrythmie en groupes de 3 n'utilisant que do et ré sur la
première tourne, puis dégagera un thème assez aéré sur la deuxième pour ensuite le
répéter en changeant quelques informations, comme la première note remplacée par un ré.
Le chant revient ensuite avec encore plus d'énergie, prenant le relais d'un solo qui se
métamorphose en accompagnement rythmique, reprenant le motif percussif du crescendo
de l'introduction sur un la, note finale du solo. La métrique repasse en 6/8 pour un final
surpuissant (mesure 45), où la basse et le chant sont en homorythmie, ensuite rejoints par
la guitare en powerchord et la batterie marquant des pêches sur la cymbale crash.
Cette surpuissance est contrastée par un arrêt de l'instrumentation, exceptée la
basse, laissant respirer l'auditeur. Justin Chancellor cite à son tour l'ostinato rythmique de
l'introduction. Il sera rejoint par une charleston marquant des groupes de cinq doubles,
créant une polyrythmie douce et cérébrale (mesure 53). Adam Jones pose peu à peu la ligne

16
de guitare de l'introduction, et nous fait réaliser que nous sommes dans le développement
de cette idée. Maynard James Keenan vient ensuite poser une voix aérienne et libre. A
partir de la mesure 73, Danny Carey renforce sa polyrythmie par un jeu charleston-caisse
claire-grosse caisse, renforçant l'arrivée du lead de chant vers une sorte de refrain du pont,
où une idée mélodique est développée. L'accumulation d'éléments et d'énergie fait
poursuivre l'idée jusqu'à sortir de la polyrythmie, pour ensuite arriver à un deuxième solo
de guitare annoncé par une descente de toms (mesure 102).
Ce solo est à l'image d'Adam Jones : simpliste mais extrêmement riche. Le guitariste
n'étant pas un guitar hero et n'aimant pas la virtuosité, il préfère travailler le son et
l'ambiance. Ainsi ce solo est basé sur un la, tenu huit mesures en attaquant de plusieurs
façons la corde, et en noyant le son dans divers effets. Le soliste réitère le procédé sur un
ré, pour ensuite dégager une phrase simple. La section rythmique rend le solo encore plus
vivant grâce à diverses mises en place.
Le solo est contrasté par un motif de guitare seul en powerchord, qui semble
toujours être en 6/8, mais le retour de la batterie nous surprend de par sa métrique 6/4
binaire (mesure 122). Le chanteur vient se greffer sur les groupes de 3 de la basse et de la
guitare, puis l'ambiance se durcit par crescendo. Justin Chancellor martèle plusieurs cordes
de sa basse, provoquant un mur sonore, couplé aux cymbales de Danny Carey, laissant la
place à Adam Jones qui éclaircit l'ambiance par un ostinato mélodique (mesure 128). Ce
même ostinato sera utilisé en outro, accompagné par de longues pêches, pour ensuite finir
sur un immense point d'orgue final couronnant l’œuvre de près de 9 minutes 30 et 13
pages.
Lateralus est comme une spirale où toutes les parties s'imbriquent les unes dans les
autres, puis reviennent à une partie précédente pour mieux la développer. Lorsqu'on
regarde ce morceau de manière savante, on se demande comment une pièce aussi
mathématique peut être musicale ; à l'inverse, lorsqu'on écoute cette composition, on ne
soupçonne pas qu'elle soit aussi millimétrée. A travers sa musique, Tool arrive à envoûter
son public tout en ayant un côté savant.
Page Mesures

18 1à9

19 10 à 21

20 22 à 32

21 33 à 38

22 39 à 48

23 49 à 60

24 61 à 72

25 73 à 84

26 85 à 96

27 97 à 108

28 109 à 120

29 121 à 126

30 127 à 137

17
18
19
20
21
22
23
24
25
26
27
28
29
30
II : L'univers travaillé par Tool

On ne peut limiter Tool à sa musique. Cela reviendrait à ne considérer que sa


partie émergée ; la partie immergée de l'iceberg Tool, son univers, est bien plus vaste.

a) des albums ''concepts''

Les titres de Tool sont souvent liés entre eux par des transitions, qui peuvent être
une pièce entière, et certains morceaux forment entre eux des sortes de sagas ; ainsi, un
album devient une œuvre entière complexe dont il est difficile de séparer les pistes :
(Tracklist Lateralus)

Pistes Transitions
1 : The Grudge
2 : Eon Blue Apocalypse Morceau de transition / intro The Patient
3 : The Patient
4 : Mantra Morceau de transition / intro Schism
5 : Schism
6 : Parabol
Forment un morceau
7 : Parabola
8 : Ticks & Leeches
9 : Lateralus
10 : Disposition
11 : Reflection Trilogie
12 : Triad
13 : Faap De Oaid
Cette façon de travailler a permis à Tool de développer des pièces éclectiques,
donnant du relief à leurs albums. Pour ce faire, le groupe a su utiliser des modes de

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compositions peu communs ; par exemple Faap de Oaid :

« Ce morceau représente une situation où tout part en vrille ; il contient l'enregistrement


des élucubrations d'un mec qui travaillait soi-disant à la zone 51. Qui sait si, au moment où
il était en train de parler, il avait toute sa tête puisqu'il semble être sujet à une crise de
panique ; il s'agit peut être d'un schizophrène, nous ne le saurons sans doute jamais. »
Danny Carey

Cet appel avait en fait été diffusé à une émission radio américaine, Coast to coast A.M.
animée par Art Bell, et la personne au bout du fil finit par admettre que son histoire était
fausse.

On retrouve cette approche dans Message To Harry Mamback qui serait inspiré d'un
message laissé sur le répondeur d'un colocataire de Maynard James Keenan, dans lequel un
italien lance des insultes, accompagné d'un piano très doux.

Et que penser de (-) ions qui s'apparente à une composition de sound design,
évoquant une onde électrique ?

Le groupe n'hésite pas à briser ses propres codes en changeant l'instrumentation,


l’esthétique musicale, etc, pour donner du relief à son propos.

b) les textes

De manière générale, les textes de Tool sont difficiles à comprendre, Keenan ayant
une plume abstraite, pleine de métaphores, de sarcasmes et de double, voire triple sens.
Ainsi, ses paroles sont quelquefois mal interprétées.

1) abstraits...

Le principal sujet du groupe est le thème de la conscience, la pensée, le mysticisme, etc.


Tool prônant le libre arbitre, il lui arrive d'attaquer, de manière subtile ou non, quelques
organismes religieux, politiques, ou qu'ils estiment sectaires ; cependant la plupart des
textes restent abstraits et sans cible explicite.

Je vous propose d'étudier puis de mettre en relation les textes de deux morceaux
successifs de l'album 10 000 Days : Intension et Right In Two
Le premier semble parler de l'esprit, ou à l'esprit ; son titre, Intension, peut indiquer

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qu'il s'agit de la définition de l'esprit, de ce que il est capable de faire dès sa création, de
son intention. Cela est appuyé par des couplets à connotations diverses.
Le second a un côté encore plus mystique puisqu'Eden est mentionné, que des anges
sont faits spectateurs de l'Homme, et que la notion de Père est présente. Nous avons ici un
propos très pessimiste vis-à-vis du genre humain, lui même métaphorisé en singe, en
espèce fratricide.

Intension

Pure as we begin
Purs comme nous commençons
Pure as we come in
Purs comme nous arrivons
Pure as we begin
Purs comme nous commençons
Ruled by will alone
Dirigés par la volonté seule

Pure as we begin
Purs comme nous commençons
Here we have a stone
Ici nous avons une pierre
Gather place, erase so
Lieu de rassemblement, effacer pour que
Shelter turns to home
L'abri se transforme en maison

Pure as we begin
Purs comme nous commençons
Here we have a stone
Ici nous avons une pierre
Throw to stay the stranger
Jeter pour rester l'étranger
Swore to crush his bones
Juré d'écraser ses os

Ruled by will alone


Dirigés par la volonté seule

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Spark becomes a flame
L'étincelle devient une flamme
Flame becomes a fire
La flamme devient un feu
Light the way or warm this
Éclaire la route ou réchauffe ce
Home we occupy
Foyer que nous occupons

Spark becomes a flame


L'étincelle devient une flamme
Flame becomes a fire
La flamme devient un feu
Forge a blade to slay the stranger
Forge une lame pour tuer l'étranger
Take whatever we desire
Prends tout ce que nous désirons

Moved by will alone


Mû par la volonté seule
Pure as we begin
Purs comme nous commençons

Pure as we begin
Purs comme nous commençons
Move by will alone
Meus-toi par la volonté seule
Leave as we come in
Pars quand nous arrivons
Pure as light
Purs comme la lumière
Return to one
Retourne à l'unique

Move by will alone


Meus-toi par la volonté seule
Move by will alone
Meus-toi par la volonté seule

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Right in two

Angels on the sideline


Anges sur la touche
Puzzled and amused
Perplexes et amusés
Why did Father give these humans free will?
Pourquoi le Père a t-il donné le libre arbitre à ces humains ?
Now they're all confused
Maintenant ils sont tous confus

Don't these talking monkeys know that Eden has enough to go around?
Ces singes parlants ne savent-ils pas qu'Eden est suffisamment peuplé ?
Plenty in this holy garden, silly monkeys
Nombreux dans ce saint jardin, singes idiots
Where there's one you're bound to divide it right in two
Là où il y a unité, vous ne pouvez vous empêcher de la séparer en deux

Angels on the sideline


Anges sur la touche
Baffled and confused
Déroutés et confus
Father blessed them all with reason
Père les a tous bénis de raison
And this is what they choose?
Et c'est ce qu'ils choisissent?

Monkey killing monkey killing monkey


Un singe qui tue un singe qui tue un singe
over pieces of the ground
Pour des morceaux de sols
Silly monkeys
Singes idiots
Give them thumbs, they forge a blade
Donnez leur des pouces, ils forgent une lame
And where there's one they're bound to divide it right in two
Là où il y a unité, ils ne peuvent s'empêcher de la séparer en deux
right in two.
En deux

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Monkey killing monkey killing monkey over pieces of the ground
Un singe qui tue un singe qui tue un singe pour des morceaux de sols
Silly monkeys
Singes idiots
Give them thumbs, they make a club to beat their brothers down
Donnez leur des pouces, ils fabriquent un bâton pour battre leurs frères
How they've survived so misguided is a mystery
Comment ont ils survécus si égarés est un mystère
Repugnant is a creature who would squander the ability
Répugnante est la créature qui gaspillerait la capacité
To lift an eye to heaven, conscious of his fleeting time here
À lever un œil au ciel, conscient d'être éphémère

Gotta divide it all right in two


Il leur faut tout diviser en deux

Fight till they die over sun, over sky


Se battre jusqu'à ce qu'ils meurent pour le soleil, le ciel
They fight till they die over sea, over air
Ils se battent jusqu'à leur mort pour la mer, les airs
They fight till they die over blood, over love
Ils se battent jusqu'à mourir pour le sang, l'amour
They fight till they die over words, polarizing
Ils se battent jusqu'à la mort pour des mots, ils polarisent

Angels on the sideline again


Anges de nouveau sur la touche
Benched along with patience and reason
Sur le banc avec patience et raison
Angels on the sideline again
Anges de nouveau sur la touche
Wondering where this tug of war will end
Se demandant où ce bras de fer prendra fin

Gotta divide it all right in two


Il leur faut tout diviser en deux

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Nous pourrons établir des liens entre ces deux pièces, au delà du fait que les
musiques sont mises adroitement bout à bout par un crescendo sonore nous faisant arriver
sans même le comprendre sur l'arpège du couplet de Right In Two. En effet, plusieurs
phrases du deuxième morceau font écho à Intension comme « Forge a blade » ou bien
encore « Divide it right in two » qui pourrait renvoyer à « Return to one », phrase
conclusive du premier morceau.
Cela nourrit quelques suppositions quant à l'interprétation de ce duo. Le premier
serait l'intention du Père en donnant le libre arbitre et la raison à l'Homme, et le second ce
que ce dernier en a fait: « Father blessed them all with reason, And this is what they
choose? ». Cette interprétation est aussi portée par l'arrangement des morceaux :
Intension est contemplatif grâce à un tempo lent, un thème au chant basé sur deux notes et
chanté de manière presque religieuse à plusieurs, ce qui lui donne une atmosphère
apaisante ; tandis que Right In Two est bien plus agressif, malgré une intro calme : le
morceau est construit comme un gigantesque crescendo. Les guitares finissent par être
saturées, la batterie dense et lourde, le chant violent.
Cependant, le texte d'Intension étant très abstrait, de nombreuses interprétations
sont possibles, ce dernier pourrait très bien être la voix de la folie de l'Homme, l’aliénant
jusqu'au résultat de Right In Two : « Forge a blade to slay the stranger. Take whatever we
desire.».
Et pourtant ces deux interprétations sont contraires.

Tool se joue des doubles sens, comme le dis Danny Carey : « les paroles sont laissées
à l'interprétation de chacun ». De plus, le groupe ne transcrit pas ses paroles dans les
livrets des albums, ni sur internet ; encore une fois dans le même but. Tool va même plus
loin dans ce sens par le biais du mixage.

2) … pouvant être soulignés par le mix

D'une façon générale, le mixage d'un morceau de Tool comporte trois plans
principaux : le premier plan est la guitare, sur-mixée et présente aux deux extrémités de la
largeur stéréo, ce qui nous donne une sensation d’enveloppement et de puissance. Au
second plan, et plus au centre nous retrouvons la voix, qui reste leader malgré la
suprématie de la guitare grâce à son aspect mélodique et sa panoramique centrale. Le
dernier plan est celui de la basse et de la batterie, ainsi que des reverbs encore plus
lointaines.
Une signature du groupe est le son de Maynard James Keenan, évidemment aidé par
la production. Le chanteur de Tool a une palette presque infinie entre ses extrêmes
nuances, ses effets vocaux, et ses diverses techniques vocales.
Dans Eulogy par exemple, Maynard est sous-mixé par rapport à la guitare dans les
couplets, pour lesquels il utilise une voix nasillarde couplée à une distorsion rendant la
compréhension assez difficile. Les refrains gagnent en volume et en compréhension grâce à

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une voix plus aiguë, plus chantée, moins nasillarde et moins traitée. Ce procédé accentue le
texte qui parle d'une personne morte dans les couplets, puis à cette personne dans les
refrains. A 5:20 arrive une voix parlée, sous-mixée et traitée avec la même distorsion que
celle du couplet. Son intelligibilité est aussi remise en question par du sound-design de
cordes métalliques passant au premier plan, nous incitant à tendre l'oreille pour
comprendre le texte, inaudible.
Le sous-mixage de la voix permet au groupe d’accroître le côté abstrait de ses textes,
et entourer ce chant leader par la guitare, malgré la puissance de cette dernière, lui permet
de trôner naturellement sur la musique. Cela peut aussi permettre au groupe d'utiliser le
chant à d'autres fins que le sens : il apporte de l'harmonie, du timbre, du grain... Et ainsi
Maynard James Keenan peut laisser son rôle de leader pour devenir accompagnateur.

3) et le jeu des images

Tool aime jouer sur les différents niveau de lecture de sa musique, entre l'image renvoyée
et sa véritable signification, en l'arrangeant de manière à créer une certaine ambiance sans
rapport avec le texte, en utilisant par exemple du sound design.
Je vous propose d'étudier Die Eier Von Satan de l'album Ænima. (Texte en Annexe 3)
Le texte est une recette de gâteau à la Marijuana. Cependant, les percussions
métalliques et les guitares agressives tenant un leitmotiv en 9/8, le texte en allemand dit
d'une voix grave et éloquente, ainsi que les applaudissements et cris d'une foule ont fait
croire à plus d'un que la musique portait sur le nazisme.
Le groupe, et particulièrement Maynard, peut être considéré comme un grand
parolier qui se plaît à déformer et à cacher ses propos tout en ayant des messages forts à
faire passer, mais toujours dans une certaine finesse.

c) les clips officiels


Adam Jones, guitariste de Tool, eut une brève mais talentueuse carrière dans le
cinéma. Il a notamment participé aux effets spéciaux de Jurassic Park et étudié avant cela
des techniques du maquillage, des effets spéciaux et du stop-motion. Ce bagage lui permit
de diriger la réalisation des clips du groupe en travaillant avec de la pâte à modeler, comme
dans Prison Sex, ou sur du maquillage et bien plus encore.
Les clips sont à l'image de la musique du groupe : étranges, abstraits, dérangeants et
énormément travaillés. Des créatures humanoïdes, difformes voire monstrueuses sont un
motif récurrent, presque une signature. Cela permet au spectateur d'être concerné sans
s'identifier totalement aux personnages, et cela peut aussi provoquer une sensation de
malaise.
Le groupe n'as sorti que sept clips officiels à l'heure actuelle, qui sont Hush, Sober,
Prison Sex, Stinkfist, Ænema, Schism, et Parabola.

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d) les pochettes d'albums

« J'aime les images qui rendent mal à l'aise, mais qui en même temps sont belles ; ça
peut être quelque chose d'assez répugnant mais qu'on ne peut s'empêcher de regarder, ou
quelque chose qu'on ne voudrait jamais voir mais qui, d'une certaine façon, se révèle être
beau. » Adam Jones

Comme pour leurs clips, Tool aime déranger grâce à ses supports visuels, comme ses
pochettes d'albums.
Ci-dessus, l'arrière de la pochette d' Undertow où l'on voit le titre de l'album inscrit
dans les poils du flanc d'un cochon, lequel repose sur une armada de fourchettes. Si le
message, comme toujours, n'est pas explicite, l'image garde le mérite de déranger.
Le groupe s'est entouré de plusieurs artistes pour l'aider dans la conception des
pochettes et des livrets : d'abord Cam De Leon pour Undertow et Ænima, puis Alex Grey,
artiste toujours en étroite collaboration avec le groupe. Tool gagna un Grammy Award en
2007 pour la pochette de 10 000 Days.

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Pochette et livret de 10 000 Days

Le CD est accompagné de son livret, présentant diverses images psychédéliques, et


d'une paire de lunettes sur la pochette pour visionner ces images.

Tool a développé au fil des années un univers visuel singulier et propre au groupe,
aux frontières du psychédélisme, du mystique et du choquant ; une signature visuelle à
l'image de la musique du groupe.

e) le jeu scénique

Aller à un concert du groupe est une expérience à part entière. La disposition


scénique est peu orthodoxe, Maynard James Keenan se place à l'arrière de la scène, avec le
batteur Danny Carey, tandis que le guitariste et le bassiste se placent à l'avant-scène ; de
plus, le chanteur prend une posture étrange, tournant souvent le dos au public en étant
crispé. Même s'il est probable que Maynard ait des soucis de trac liés au public, il explique
qu'il ne s'entend pas chanter lorsqu'il est à l'avant-scène.
Tool projette aussi des vidéos sur écran géant au cours de ses prestations, qui, combinées à
des effets lumineux, créent un spectacle unique. Le groupe laisse attendre son public
plusieurs dizaines de minutes avec de la vidéo et des ambiances musicales au début de
leurs concerts.
« Nous essayons de bousculer leur notion du temps. Juste avant de commencer à jouer, il y
a une clameur provenant de la salle tandis qu'une vidéo est projetée. Nous attendons un
moment. » James Maynard Keenan

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f) des morceaux cachés

En 1992, Tool sort Opiate sous la maison de disque Zoo Entertainment. L'EP est
affiché à six pistes. A la fin de la dernière piste, éponyme de l'album, après plusieurs
secondes de silence, une nouvelle musique arrive, ensuite surnommée The Gaping Lotus
Experience par les fans, il s'agit du premier morceau caché de Tool.
Une année plus tard, le groupe sort son premier album : Undertow. Si aujourd'hui
l'album est présenté sous dix pistes, l'édition originale n'en présentait que neuf : à la fin de
sa neuvième piste, le CD saute 59 pistes à une vitesse folle pour arriver sur sa soixante-
neuvième, Disgustipated. La Ghost Track de 1993 longue de 15 minutes 47 nous raconte que
les carottes redoutent la récolte, sur une musique bruitiste en 12/8 réalisée à partir de
percussions diverses et variées comme des coups de feu et des coups de hache dans un
piano. Le texte nous est dicté comme à un office religieux ; puis le chant prend la place du
parler, bouclant deux phrases « This is necessary » et « life feeds on life ». L'ambiance,
alors hautement bruitiste et sectaire laisse ensuite place à plusieurs minutes de criquets,
pour qu'une voix, bien plus tard, nous berce d'une histoire aux allures religieuses et
sanguinolentes.

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Ce morceau si particulier est en lien avec deux anecdotes de concert de Tool : dans
l'été 1992, le groupe est convié à un concert anti-vivisection avec plusieurs autres groupes ;
Maynard chantera « This is necessary » accompagné de Tool et du Rollins Band qui
explosèrent des guitares et tirèrent des balles à blancs sur un rythme tribal. Le morceau
qui n'avait aucunement été préparé dura une vingtaine de minutes. En 1993, le groupe joua
à un concert dans un lieu régi par l'église scientologue ; lorsque le groupe le découvrit,
Maynard James Keenan se contenta de bêler tel une chèvre dans son micro en fixant la
foule. Disgustipated est pour résumer une musique anti-sectaire et anti-anti-vivisection.

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III : Tool devenu outil spirituel et
source de théorie

Si nous parlons bien d'un univers mystique, c'est que Tool s'est épanoui en laissant
beaucoup de mystères derrière lui, autant dans sa musique que dans son univers parallèle
et son image. Ainsi, il a laissé une place au public et, inconsciemment, aux médias dans
l'univers Tool.

a) le rapport aux médias

Dès ses débuts, le groupe est comparé à la mouvance Glam Metal, puis au Grunge
avec l'arrivée de Nirvana, et d'une façon générale au Metal Progressif :
« J'en ai marre de cette tendance à nous ranger avec les groupes de Metal ; non que j'ai
quoi que ce soit contre eux, mais ce n'est pas ce que nous faisons. Nous avons certes un
côté un peu dur, mais ce n'est pas le cas ; la presse ne semble pas faire la différence entre
alternatif et Metal […] Je ne comprend pas, c'est comme si nous n'avions pas le droit d'être
Tool, tout simplement. » Maynard James Keenan
Le groupe revendique sa singularité tandis que les médias recherchent une étiquette à
coller sur le groupe pour trouver sa place sur l'étagère. Cela accentue les difficultés des
rapports entre le groupe et les médias ; en effet le groupe semble ne pas beaucoup
apprécier ces derniers et veut rester maître de son image, refusant la plupart des
interviews et une grosse exposition médiatique ; et lorsque Tool accepte des séances photo
ou des interviews, le groupe reste maître de son image.

« Le groupe fait bien comprendre qu'il n'apprécie pas certaines prises de vue, pas plus qu'il
ne pose de certaines façons. Ils avaient l'air aussi intéressés que le Pape dans un bordel. »
un photographe ayant travaillé avec le groupe

Ce monopole de l'image a permis aux membres de Tool de rester quasi inconnus pendant
des dizaines d'années tout en vendant des millions d'albums.
« J'apprécie le fait que je puisse encore aller voir la première partie lors de l'un de nos
concerts à guichet fermé, et qu'on ne me reconnaisse même pas. » Adam Jones.

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b) la censure

De part son aspect ésotérique, le groupe a, à plusieurs reprises, été confronté à la


censure. En 1993, le groupe a choisi de sortir Undertow sous deux pochettes dont une
censurée, pour permettre à l'album d'être vendu dans des grandes enseignes telles que
Walmart et ainsi permettre à un public plus divers et plus large de pouvoir écouter sa
musique.
Dans ce même album, Prison Sex fut censuré par certaines chaînes musicales. Les paroles
sombres et métaphoriques parlant du cycle de la violence, ainsi que le clip en stop motion
de pâte à modeler totalement déroutant, ont étés interprétés comme une allusion à la
sodomie en milieu carcéral, voire une ode à la pédophilie. La phrase « Do unto others what
has been done to you » (Fais aux autres ce qui t'a été fais) est le fil conducteur du texte, et
marque le cycle de la violence, cycle qui dit qu'un enfant qui a subi des violences, sexuelles,
physiques ou mentales, aura plus de chances de reproduire ces mêmes violences
ultérieurement en passant de victime à bourreau. Le texte ne se positionne pas, il montre
juste l'existence de ce fait sans l'approuver ou le désapprouver. Mais ce texte si abstrait, le
clip présentant des humanoïdes subissant ou infligeant des violences qui semblent être
sexuelles, même en pâte à modeler, et la musique assez violente, complexe et inhabituelle
de Tool sont facilement mal interprétées par le grand public et par les médias. (Texte en
annexe 4)

image tirée du clip de Prison Sex.

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Dans l'album suivant, Ænima, le single Stinkfist à été nommé « Track n°1 » par MTV
trouvant le clip trop choquant.

c) la désinformation pour se jouer des médias

« La lacrymologie est une sorte de philosophie de vie qui consiste à s'occuper de soi,
de la souffrance ou de n'importe quelle connerie du genre qui se trouve à l'intérieur de toi,
mais tu dois le faire par toi-même. C'est notre philosophie. Tous les programmes
développés en douze étapes, les religions et les Eglises, la scientologie ou je ne sais quoi
encore ne conviennent pas pour ça . Tu dois aller chercher au fond de toi et y arriver par
toi-même.» Adam Jones
En 1993, pour la sortie de son album Undertow, Tool fait passer dans les copies
promotionnelles de l'album une petite histoire décrivant la lacrymologie, une sorte de
religion des pleurs dont le groupe s'inspirerait et dont il serait adepte. Le guitariste Adam
Jones aurait rencontré un auteur, Ronald P. Vincent, dans le milieu underground de Los
Angeles qui lui aurait enseigné sa doctrine, elle-même expliquée dans son unique œuvre A
Joyful Guide To Lachrymologie.
« Ce qui est dit dans ce livre, c'est qu'il faut en gros utiliser la souffrance pour en tirer
quelque chose, plutôt que de la laisser nous submerger. Beaucoup de gens qui n'arrivent
pas à maîtriser ça finissent par se jeter du haut d'un immeuble. » Danny Carey
Pendant plusieurs années, la presse et le public ont marché dans la farce de Tool ; s'il est
très étonnant de voir ce groupe si virulent envers les religions et les sectes entrer dans une
philosophie qui semble y être semblable, on voit après quelques recherches que l'auteur et
le livre n'ont jamais existé, et il semble que le groupe s'amuse de la crédulité des médias.

En 2005, aux alentours du début du mois d'avril, un message est posté sur le site
internet du groupe, disant que Maynard James Keenan arrêterait l'enregistrement de 10
000 Days car il aurait trouvé Jésus. Interrogé quelques jours plus tard à ce sujet, le
chanteur confirmera cela. Keenan finira par avouer son poisson d'avril après avoir donné
une peur bleue à toute la communauté du groupe.

Le groupe lance lui même des fake news sur les futurs albums, multipliant les
fausses annonces de sorties, de titres...
Ce sens de l'humour si particulier et décapant est une marque de fabrique de Tool, groupe
dont les membres sont fans de l'humoriste Bill Hicks, au point de lui dédier l'album Ænima
en 1996 après sa mort en 1994.

45
d) le rapport au public

Le groupe considère que la meilleure façon de communiquer avec ses fans réside
dans sa musique, ainsi il ne donnera pas de séance d'autographe ; cela vient aussi du fait
que Tool ne voulait pas que l'image des membres du groupe soit mise en avant.
En déménageant en Arizona, Maynard James Keenan a brouillé les pistes pour éviter
que des fans un peu trop fanatiques le retrouvent dans sa vie privée. On pourra alors
l'entendre répondre sur sa vie privée, en interview, sur un ton tout à fait sérieux : « J'ai
deux chiens, un perroquet gris d'Afrique et un rouge d'Amazonie, j'ai des carpes japonaises
dans un bassin que j'ai construit, trois dragons d'eau et trois caméléons. J'ai eu une dinde,
mais je l'ai donnée à un ami qui avait un ranch et l'une de ses oies l'a tuée. »

e) les théories de fans

L'attitude asociale du groupe, sa musique peu conventionnelle, et ses textes


interprétables de mille et une façons ont conduit le public de Tool à spéculer sur l'art du
groupe, voici quelques théories farfelues imaginées par les fans du groupe.
L'album Lateralus aurait une deuxième grille de lecture basée sur la suite de
Fibonnacci, même suite utilisée dans la composition du titre éponyme, qui serait une
meilleure expérience auditive, voici la tracklist :

-Mantra
-Mantra (à l'envers)
-Schism
-The Patient (à l'envers)
-Parabol
-Eon Blue Apocalypse (à l'envers)
-Parabola
-The Grudge (à l'envers)
-Ticks And Leeches
-Faaip de Oiad (à l'envers)
-Lateralus
-Triad (à l'envers)
-Disposition
-Reflection (à l'envers)
-Reflection
-Disposition (à l'envers)

D'autres ordres sont théorisés par les fans.

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Tool ne comprend pas toujours ces théories : « Ce n'est pas super? Ils l'écoutent à
l'envers et ils se disent alors: ''il faut prendre un verre de boisson glacée, mais seulement à
moitié plein, et quand tu bois à la paille, le rythme de la toute dernière aspiration coïncide
avec...'' Non mais c'est une blague ou quoi? » Maynard James Keenan

Des fans ont aussi repéré que l'addition des titres Virgini Tres et Wings For Marie
(Pt 1) fait la même durée que la piste 10 000 Days (Wings Pt 2), et en écoutant
simultanément les deux, le résultat marche relativement bien. Ce nouveau morceau est
surnommé Perfect Sync par la communauté de Tool.

Montage de Perfect Sync sur logiciel informatique

f) les réalisations des fans

De pair avec les nombreuses extrapolations des fans, le Fan-Art du groupe est
extrêmement développé, que ce soit des illustrations voir même des clips vidéos. Comme je
l'ai mentionné précédemment, Tool ne comptabilise que sept clips officiels ; cependant ce
nombre est multiplié par deux en lui ajoutant les clips officieux réalisés par des fans, parmi
lesquels on retrouve The Pot, Vicarious, The Grudge et le désormais célèbre Right In Two.
Ces clips font aujourd'hui partie de l'univers étendu de Tool, en effet The Pot dépasse
largement ses compatriotes officiels sur YouTube avec ses soixante-douze millions de
visionnages, et tout le monde ne sait pas que ces clips n'ont pas été réalisés sous la houlette
de Tool. Ces clips font bel et bien partie du groupe.

The Grudge, clip non-officiel, est à l'image de ce Fan-Art de l'univers Tool étendu.
L'artiste n'as pas hésité à s'approprier ce chef-d’œuvre en y ajoutant du sound design pour
coller d'avantage à l'histoire de son film. Film nous présentant les dérives possibles de la
religion, et qui est donc une attaque à la croyance religieuse ; ce court-métrage a aussi un
côté film d'horreur de par ses animations à la limite du gore, et de son personnage
surnaturel avec ses lunettes, son chapeau et sa bicyclette faisant penser à un méchant de

47
film d'horreur. On a ici une sur-interprétation du texte portant sur la tolérance tout en
gardant le côté film d'horreur d'un clip de Tool.

Image tirée du clip de The Grudge réalisé par un fan.

Chez Tool, le Fan-Art fait partie intégrante de son univers, l'embrassant et le


développant encore plus loin, pour que chaque jour il grandisse et arrive ailleurs.

48
Conclusion

A travers ce mémoire, on voit apparaître trois types d'univers possibles pour un


groupe de musique actuelle tel que Tool.
Comme j'ai déjà pu le souligner, le groupe est souvent associé à la mouvance metal
progressif. Cette association non revendiquée par le groupe a été établie sur la complexité
rythmique et structurale si caractéristique de Tool. Et il est vrai qu'un véritable travail
rythmique technique est au centre de ses compositions, avec des riffs complexes
accompagnant des percussions savantes et diverses, jouant de polyrythmie avec la ligne
mélodique. Ces caractéristiques principales, accompagnées d'harmonies modales souvent
arabisantes, en ré, motif récurrent des musiques orientales, et de structures longues et
complexes, créent une atmosphère particulière, sombre mais relaxante, puissante mais
douce, une atmosphère d'oxymore, une musique mystérieuse et singulière. Voici ce qui est,
à mon sens, l'identité musicale de Tool, soit son univers au premier plan.
L'identité musicale singulière de Tool est en cohérence avec le second plan de son
univers : l'univers étendu, c'est à dire tout ce qui a été travaillé par le groupe mais qui n'est
pas directement de la musique. La conceptualisation des albums avec beaucoup de liens, de
mystères et d'éléments cachés ainsi que le côté abstrait des textes difficiles à interpréter
est cohérente avec une musique mystérieuse et complexe. Les visuels vont aussi dans le
même sens, les pochettes d'albums aux allures mystiques et spirituelles, les clips abstraits
auxquels on s'identifie, les images horribles dont on ne peut détacher les yeux. Tout est
toujours mystérieux de par son ésotérisme, sa dualité ou son paradoxe.
Ce qui propulse la formation dans une dimension plus vaste est le troisième plan de
son univers, celui que j’appelle extra-étendu. L'univers extra-étendu est l'identité du
groupe qui n'a pas été créé par ce dernier. Chez Tool ce dernier plan est immense. C'est
l'image que le groupe renvoie par le biais des médias par exemple, le fruit de leur relation
tumultueuse, mais aussi ce que cette image crée, et donc ce que les fans créent : le Fan-Art.
L'univers extra-étendu est en effet puissant puisque nombre de clips de Fan-Art sont
devenus des références du groupe.
Ces trois plans de son univers font de Tool un groupe tridimensionnel.

Il apparaît que la musique et l'univers de Tool sont en symbiose puisque chaque


dimension du groupe est une source d'inspiration pour les deux autres.
Tout d'abord, la musique fait partie de l'univers de Tool, elle en est même la base, il
ne faut pas oublier qu'à l'origine le groupe était juste une bande de potes qui jouait à
volume très élevé autour de bières dans un garage. On a pu établir que la musique de la
formation a été nourriture de tout le reste de son univers : la musique de Tool est
singulière et bizarre, le groupe est alors une énigme et les médias ne sont pas réceptifs à sa

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musique et envoient donc une image négative du groupe, qui jouera quant à lui de cette
image avec ironie. Mais aussi : la musique de Tool est singulière et bizarre, ce qui renvoie
une part de mystère à son auditoire, mystère dont le public se servira pour créer moult
théories et Fan-Arts.
Ensuite, si la musique a inspiré les visuels et autres dérivés de l'univers de Tool, il
est évident que l'inverse est possible, et il est même certain que ce fut le cas dans son
histoire. Le groupe reconnaît volontiers avoir plusieurs artistes comme inspirations, Bill
Hicks, Cam de Leon ou encore Alex Grey ont inspiré Tool et ont collaboré, ou collaborent
toujours, à certaines œuvres du groupe. Des événements extérieurs ont aussi servi à
l'élaboration de certains titres tel que Message To Harry Manback ou encore Wings For
Marie (Pt 1) et 10 000 Days (Wings Pt 2) qui ont été inspiré de la mort et de l'histoire de la
mère de Maynard James Keenan, morte après environ 10 000 jours de paralysie partiel.
On a également pu voir que, comme les médias et les fans se sont inspirés du groupe
dans la confection d'articles, de théories mystiques, de clips vidéos et bien d'autres; Tool a
su se jouer d'eux dans sa quête créatrice, en créant le mythe de la Lacrymologie par
exemple, qui lui a sans doute inspiré d'autres histoires ou musiques. Il est certain que les
médias et le public du groupe ont joué un rôle dans le développement de Tool, lequel ne
serait pas le même aujourd'hui sans ces membres inconscients.

La symbiose créatrice entre musique et univers étendu chez Tool réside dans un
partage inconscient entre plusieurs parties : les membres du groupe et son équipe
(producteurs, maisons de disques, Alex Grey...), les fans du groupe et son grand public, et
les médias. Ce partage s'opère dans un bazar digne d'un souk, et est créateur d'identité.
Ainsi Tool devient une communauté où tout le monde a une part au pinceau du groupe.
Le problème soulevé par ce mémoire est celui de la définition du groupe de musique.
Est-il défini uniquement par sa musique ? Si ici la réponse est clairement non, nous ne
pouvons pas généraliser cela à toutes les formations, même si, aujourd'hui, l'image d'un
projet est passée au centre du milieu musical.

Après 28 ans d'existence et seulement quatre albums, cinq EP et une compilation à


son actif, un nouvel album est visiblement prévu pour courant 2019, treize années après 10
000 Days. La symbiose sera t-elle encore au rendez-vous ?

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Die Eier Von Satan (Annexe 3)

Die Eier von Satan


Les œufs de Satan
Eine halbe tasse staubzucker
Une demie tasse de sucre
Ein viertel teeloffel salz
Un quart de cuillère à café de sel
Eine messerspitze turkisches haschisch
Un bout de couteau de Haschisch turc
Ein halbes pfund butter
Une demie livre de beurre
Ein teeloffel vanillenzucker
Une cuillère à café de sucre vanillé
Ein halbes pfund mehl
Une demie livre de miel
Einhundertfunfzig gramm gemahlene nusse
150 grammes d'arachides
Ein wenig extra staubzucker
Un peu de sucre
Und keine eier
Et pas d’œuf
In eine schussel geben
Mettre dans un bol
Butter einruhren
Incorporer le beurre
Gemahlene nusse zugeben und
Ajouter les arachides et
Den teig verkneten
Pétrir la pâte
Augenballgrosse stucke vom teig formen
Former des boules avec la pâte
Im staubzucker walzen und
Rouler dans le sucre et
Sagt die zauberworter
Dire la formule magique
Simsalbimbamba saladu saladim
Auf ein gefettetes backblech legen und
Placer sur une plaque à pâtisserie graissée et
Bei zweihundert grad fur funfzehn minuten backen und
Cuire au four à 200 degrés pendant 15 minutes et
Keine Eier
Sans Œufs

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Prison Sex (Annexe 4)

It took so long to remember just what happened


Il a fallu si longtemps pour me souvenir de ce qui s'est passé
I was so young and vestal then
J'étais si jeune et vestale
you know it hurt me
Tu sais que ça m'a blessé
but I'm breathing so I guess I'm still alive
Mais je respire donc je suppose que je suis encore en vie
even if signs seem to tell me otherwise
Même si les signes semblent me dire le contraire
I've got my hands bound
J'ai les mains liées
my head down, my eyes closed
La tête baissée, les yeux fermés
and my throat wide open
Et ma gorge grande ouverte
Do unto others what has been done to you
Fais aux autres ce qui t'a été fait
I'm treading water
Je marche sur l'eau
I need to sleep a while
J'ai besoin de dormir un moment
My lamb and martyr, you look so precious
Mon agneau et martyre, tu as l'air si vulnérable
Won't you come a bit closer
Ne voudrais tu pas venir un peu plus près
close enough so I can smell you
Assez proche pour que je puisse te sentir
I need you to feel this
Il faut que tu ressentes ça
I can't stand to burn too long
Je brûle d'impatience
Released in this sodomy
Relâchée dans cette sodomie
For one sweet moment I am whole
Pour un moment je me sens entier
Do unto you now what has been done to me
Fais aux autres ce qui m'a été fait
You're breathing so I guess you're still alive
Tu respires donc je suppose que tu es en vie
even if signs seem to tell me otherwise
Même s'il semblerait que ce soit le contraire
Won't you come just a bit closer
Ne voudrais tu pas venir un peu plus près

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close enough so I can smell you
Assez proche pour que je puisse te sentir
I need you to feel this
Il faut que tu ressentes ça
I need this to make me whole
J'ai besoin de ça pour me sentir entier
There's release in this sodomy
Il y a du relâchement dans cette sodomie
For I am your witness that
Car je suis ton témoin
blood and flesh can be trusted
On peut faire confiance au sang et à la chair
And only this one holy medium brings me piece of mind
Et seul ce saint medium m'apporte cet état d'esprit
Got your hands bound, your head down
Tu as les mains liées, la tête baissée
your eyes closed
Les yeux fermés
You look so precious now
Tu as l'air si délicat maintenant
Show me something
Montre moi quelque chose
Thought I could make it end
Je pensais pouvoir y mettre fin
Thought I could wash the stains away
Je pensais pouvoir faire partir les tâches
Thought I could break the circle if I
Je pensais pouvoir briser le cercle si je
Slipped right into your skin
glissais directement dans ta peau
So sweet was your surrender
Si douce était ta rédemption
We have become one
Nous ne faisons plus qu'un
I have become my terror
Je suis devenu ma terreur
And you my precious lamb and martyr
Et toi mon agneau délicat et martyre
I have found some kind of temporary sanity in this
J'ai trouvé une sorte de santé mentale temporaire dans cela
shit blood and cum on my hands
Putain de sang et de sperme sur mes mains
I've come round full circle
Je suis venu autour du cercle
My lamb and martyr, this will be over soon
Mon agneau et martyre, ce sera bientôt fini
You look so precious
Tu as l'air si délicat

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Bibliographie

Livres :

-Tool :Unleashed de Joel McIver


-Tool : Reflets et métamorphoses de Christophe Muller
-Une parfaite union des contraires de Sarah Jensen et Maynard James
Keenan

Liens internet :

Site officiel de Tool : https://www.toolband.com/


https://fr.wikipedia.org/wiki/Tool
https://www.metalorgie.com/groupe/Tool
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maynard_James_Keenan
https://fr.wikipedia.org/wiki/Adam_Jones_(musicien)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Danny_Carey
https://fr.wikipedia.org/wiki/Justin_Chancellor
https://fr.wikipedia.org/wiki/Paul_D%27Amour

Remerciements

à Robin Vandamme pour son aide à l'analyse du mixage.

à Jean-Claude Exertier pour sa bienveillance et sa culture.

à Yves Robert pour son encadrement.

à la machine à café pour ses cafés noisette.

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