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Institut National des Langues et Civilisations Orientales

INALCO

Domaine : Langues, cultures et sociétés du monde

Mention : LLCO (Langues, Littératures et Civilisations Orientales)

Spécialité : Etudes Chinoises

(Option : Histoire, Société et Territoire)

Mémoire de Master 2 Recherche

Le droit de la propriété industrielle et son application en Chine :

Vers une économie chinoise de la connaissance ?

Joris BOUTIN

20900686

Année universitaire : 2013 – 2016


Enseignant référant : Jean-François HUCHET



SOMMAIRE

Introduction…………………………………………………………………………………………….1
Traductions juridiques des transitions économiques............................................................................12
I. Transitions postsocialistes des pays soviétiques : du plan au marché par le droit…………13
II. Modernisations asiatiques : de la copie à l’innovation par le droit………………………..16
III. La singularité de la modernisation postsocialiste chinoise……………………………….23

1ère Partie. Le droit de la propriété industrielle dans la modernisation de l’économie chinoise……...29


I. Une naissance étrangère aux besoins endogènes…………………………………………...30
1. La situation économico-juridique chinoise au lancement des réformes……………..32
2. Les marqueurs de l’influence étrangère présidant à l’adoption des DPI…………….34
3. La persistance de pressions étrangères à la réforme des DPI chinois………………..37
II. Une législation chinoise désormais complète……………………………………………..42
1. La loi sur les marques de commerce………………………………………………...42
2. La loi sur les brevets…………………………………………………………………46
3. Les organes gouvernementaux de reconnaissance des DPI………………………….52
III. DPI chinois et ordre juridique international………………………………………............60
1. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et les conventions
internationales………………………………………………………………………......60
2. Le droit de l’Organisation mondiale du commerce………………………………….61
3. La concordance reconnue des DPI chinois avec les normes internationales………...62

2ème Partie. Sociologie du droit de la propriété industrielle en Chine………………………………...66


I. L’importance des DPI dans la stratégie nationale de développement économique………..71
1. L’explosion des dépenses en R&D…………………………………………………..71
2. Les politiques de soutien aux sciences et technologies ……………………………..74
3. La place centrale des DPI dans la politique nationale d’innovation endogène……...81
II. Les relais épars des politiques centrales aux échelons locaux…………………………….88
1. Des disparités régionales fortes……………………………………………………...88
2. La concentration des DPI dans des pôles de développement………………………..94
3. L’entreprenariat émanant des universités et des centres de recherche publics………99



III. Place et rôle du DPI chez les acteurs de l’innovation…………………………………...102
1. L’explosion quantitative du nombre de brevets chinois……………………………102
2. Un défi qualitatif …………………………………………………………………...107
3. Valorisation des actifs immatériels et internationalisation des firmes chinoises......111

3ème Partie. Application juridictionnelle du droit de la propriété industrielle en Chine…………….120


I. Un système juridictionnel de protection des DPI complet………………………………..121
1. La voie administrative……………………………………………………………...121
2. Les voies pénale et civile de la protection judiciaire des DPI……………………...124
3. Réformes et création de cours spécialisées…………………………………………128
II. La traduction juridictionnelle de l’appropriation nationale des DPI……………………..135
1. Appropriation juridictionnelle des DPI par les agents économiques chinois………135
2. Adoption de cas-guides et interprétations par la Cour Suprême…………………...138
3. Affaires emblématiques…………………………………………………………….139
III. La persistance de difficultés à l’utilisation de l’outil judiciaire…………………………143
1. Une difficile distinction du juridique et du politique en Chine……………………….144
2. Un système difficile d’utilisation pour les étrangers……………………………….147
3. L’absence de précédents juridiques et de jurisprudence…………………………...149

Conclusion…………………………………………………………………………………………..151



SIGLES et ABREVIATIONS

ADPIC Aspects des droits de la propriété intellectuelle qui touchent au commerce


AMF Accords multifibres
ANP Assemblée nationale populaire
DPI Droit de la propriété industrielle
FMI Fonds monétaire international
GATT General Agreement on Tariffs and Trade
GATS General Agreement on Trade in Services
IPR Intellectual Property Rights
MFN Most Favored Nation
MOFCOM Ministry of Commerce of the People’s Republic of China
MOFTEC Ministry of Trade and Economic Cooperation
NDRC National Development and Reform Commission
NIPS National Intellectual Property Strategy
OCDE Organisation pour la coopération et le développement économique
OMC Organisation mondiale du commerce
ONU Organisation des Nations Unies
ORD Organe de règlement des différends
PED Pays en développement
PIB Produit intérieur brut
PMA Pays les moins avancés
PNB Produit national brut
PNTR Permanent Normal Trade Relations
PRC People’s Republic of China
RPC République Populaire de Chine
SAIC State Administration for Industry and Commerce
SIPO State Intellectual Property Office
SPS Mesures sanitaires et phytosanitaires
TRIPS Trade Related Intellectual Property
USTR United States Trade Representative
WIPO World Intellectual Property Organization
WTO World Trade Organization
ZES Zone économique spéciale



Introduction

« Confucian stress on order is a major obstacle to creative thinking. »1


Woo Chia-wei,
Ancien président de la Hong Kong University of Science and Technology

La mythologie de l’ « autre » Chinois

Les observateurs du monde chinois ont été nombreux à relever le particularisme de la culture
chinoise. Depuis les premiers contacts avec cet « autre »2 au temps des jésuites jusqu'à
aujourd’hui, le concept de spécificité chinoise due à une culture, une identité particulière –
fantasmée3, idéalisée ou simplement soulignée – se mêle au rêve d’une identité asiatique
distincte de l’identité occidentale4. Du fait du confucianisme, du taoïsme, du bouddhisme et
de tout ce qui forment les « valeurs asiatiques » 5 , l’« autre » Chinois jouirait de
caractéristiques spécifiques, absentes de l’identité culturelle occidentale, mais aussi de
défauts propres à son identité fondamentalement confucéenne. Les Chinois seraient ainsi, de
par leur identité culturelle, inaptes à la création. La boussole, le papier, la poudre à canon et
toutes les inventions d’origine chinoise ne permettraient pas de ranger les Chinois dans le
bloc des peuples créatifs.

Cette vision culturaliste de l’histoire et des peuples tend à oublier que l’histoire et les cultures
sont des processus, des réalités en perpétuel mouvement caractérisées par leur dynamisme6 et
que l’identité se conjugue en réalité toujours au pluriel7. Ainsi la révolution industrielle que

1
Selon les propros de Woo Chia-wei alors président de la Hong Kong University of Science and
Technology rapportés par SHAW Sin-ming, « It’s true. Asians can’t think », In: Time International, 31 mai
1999
2
Sur la notion d’altérité de la Chine, voir les essais de François Jullien, JULLIEN François, Eloge de la fadeur:
A partir de la pensée et de l’esthétique de la Chine, Paris: Picquier, 1991
3
Comme Voltaire a pu fantasmer sur la réalité du fonctionnaire mandarin chinois, cf. VOLTAIRE, Les lettres
philosophiques, 1734
4
Envisager le monde en bloc, comme Samuel Huntington a pu le faire dans son ouvrage Le Choc des
civilisations (1996), participe à faire exister ces blocs et rend plus probable l’éventualité qu’ils s’entrechoquent
5
Mises en avant notamment par Lee Kuan Yew (1923-2015), ancien premier ministre de Singapour (1959-
1990)
6
Tel que le relève Emile Durkheim dans sa théorie du fait social, DURKHEIM Emile, Les Règles de la
méthodologie sociologique, Paris: Payot, 1894
7
MAALOUF Amin, Les Identités meurtrières, Paris: Grasset, 1998

1
connut l’Europe au XIXème siècle et qui accoucha du monde tel qu’il est aujourd’hui ne s’est
pas inscrite dans la plus pure tradition culturelle occidentale. Elle est le fruit d’un processus
historique mêlant les Lumières et l’engouement pour la science et la technologie à de
nouvelles situations sociologiques et économiques. L’obscurantisme, le féodalisme, le
catholicisme et autres traits caractéristiques du moyen-âge européen ne se sont pas évanouis
d’eux-mêmes. Pourtant perçus comme étant des piliers fondamentaux de la société
européenne de cette époque, ces spécificités ont été balayées par des luttes établissant un
nouvel ordre social et économique.

Le discours qui ferait de l’Asiatique un travailleur et de l’Occidental un créateur constitue


ainsi une bêtise. Ce qui définit l’Occident et l’Orient n’est pas culturel mais bien historique.
Ce que certains définissent comme deux mondes séparés ne constituent en réalité que deux
analyses d’un même processus, celui de l’organisation sociétale, qui ne diffère que dans le
phénotype final. Ainsi, le monde occidental tel qu’il est aujourd’hui est le fruit d’un
processus historique ayant amené une région du monde à passer par plusieurs phases
spécifiques tandis que le monde asiatique est le fruit d’un autre processus historique ayant
amené cette région du monde à passer par d’autres phases spécifiques. Leurs réalités
distinctes ne sont constituées que par leurs divergences historiques et non pas par leur altérité
identitaire fondamentale. Ainsi, les Chinois seraient occidentaux s’ils étaient passés par les
mêmes phases historiques, et, la mondialisation aidant, les Chinois « occidentalisent » leur
mode de vie du fait de leur intégration à un mode d’organisation sociétale fondé sur le
capitalisme globalisé.

Du communisme au capitalisme immatériel en République populaire de Chine

Depuis le lancement des réformes d’ouverture au tournant des années 1970 et 1980 et plus
encore depuis son accession à l’OMC en 2001, la Chine s’intègre au commerce mondial et,
de ce fait, intègre en son sein un modèle de fonctionnement sociétal propre au capitalisme. Ce
capitalisme global s’orientant lui-même vers une économie de la connaissance8, la Chine
rejoint également cette direction. Ainsi, la Chine intègre une économie mondiale où
l’information et la connaissance en constituent une composante importante, comme l’avait

8
DRUCKER Peter F., The Age of Discontinuity; Guidelines to Our changing Society, New York: Harper and
Row, 1969 et DRUCKER Peter F., Post-Capitalist Society, Oxford: Butterworth Heinemann, 1993

2
initialement théorisé Fritz Machlup dans son ouvrage The Production and Distribution of
Knowledge in the United-States en 19629.

Dans cette nouvelle économie où l’information et la connaissance jouent un rôle


fondamental, la question de l’accès au savoir est primordiale. Le phénomène a été étudié par
Jean-Louis Maunoury en 197210 à travers son exposé de la structure de l’« économie du
savoir ». Selon lui, l’économie reposant désormais pour une part importante sur la
connaissance, les structures permettant aux populations d’accéder à ce savoir, telles que les
universités, et celles où le savoir industriel était produit, telles que les centres de recherche et
les laboratoires, prenaient une place centrale dans l’économie.

Précisée par l’économiste français Dominique Foray en 2000, la définition de l’économie de


la connaissance englobe la recherche, l’éducation et leurs liens avec la croissance ainsi que
toutes les questions relatives à l’apprentissage et à la maitrise des compétences
technologiques au sein d’une économie donnée11. Cette définition présente l’avantage de
s’orienter spécifiquement vers les liens qui existent entre l’éducation, la formation et la
recherche et développement ainsi que leurs impacts sur la croissance et l’économie. Cette
orientation se révèle éclairante dans l’optique d’un rattrapage économique chinois où la clé
de la réussite réside dans l’appropriation de technologies étrangères et dans l’intégration au
processus mondial de l’innovation. Ainsi, une économie fondée sur la connaissance est une
économie où la part des emplois intensifs en connaissance est considérablement accrue et où
la part du capital intangible dépasse celle du capital tangible dans le stock réel de capital12.
C’est une économie où les populations sont formées et où l’intangible, la connaissance, reçoit
nécessairement un certain degré de protection juridique, seul à même d’en garantir une valeur
économique. En modernisant son économie, la République populaire de Chine a suivi ce
processus : la population y est désormais formée dans des universités reconnues et
l’intangible prend de la valeur.

Du pragmatisme à la genèse du droit

Afin de s’orienter avec succès dans cette nouvelle économie internationale fondée sur la
connaissance, la Chine dut construire un régime juridique garantissant aux actifs immatériels

9
MACHLUP Fritz, The Production and Distribution of Knowledge in the United States, Princeton: Princeton
University Press, 1962
10
FORAY Dominique, L’économie de la connaissance, Paris: La Découverte, 2009
11
Ibidem,
12
Ibid.,

3
une valeur. Elle a donc procédé à la construction des piliers nécessaires à l’élaboration d’une
économie fondée sur la connaissance : les droits de la propriété intellectuelle (DPI). Les
droits de la propriété intellectuelle recouvrent deux réalités distinctes. Il existe d’une part les
droits liés, d’une manière générale, à la création artistique, tels que les droits d’auteur (en
France) qui correspondent plus ou moins au copyright anglo-saxon. Il existe d’autre part des
droits de la propriété industrielle constitués des brevets, des marques de commerce, des
dessins et modèles industriels et des secrets commerciaux. Ces droits spécifiques au monde
de l’industrie entretiennent un lien particulier avec le concept d’économie de la connaissance.

Les droits d’auteur et le copyright ne protégeant que les travaux artistiques, ils ne se
raccrochent au capitalisme globalisé que par le biais de l’industrie culturelle. Ces droits
n’étant pas directement en lien avec la rentabilité du processus d’innovation, ils seront
absents de la présente étude. Les droits de la propriété industrielle quant à eux plus
directement liés au processus de naissance et de rentabilisation de l’innovation
technologique, ils formeront le cœur de ce travail.

Selon l’OCDE, il existe quatre types d’innovation telles que présentés dans le Manuel
d’Oslo : les innovations de produit, les innovations de procédé, les innovations de
commercialisation et les innovations d'organisation. L'innovation de produit correspond à
« l'introduction d'un bien ou d'un service nouveau. Cela inclut les améliorations sensibles des
spécifications techniques, des composants et des matières, du logiciel intégré, de la
convivialité ou autres caractéristiques fonctionnelles. »13 L'innovation de procédé correspond
à « la mise en œuvre d’une méthode de production ou de distribution nouvelle ou
sensiblement améliorée. Cette notion implique des changements significatifs dans les
techniques, le matériel et/ou le logiciel. »14 L'innovation de commercialisation correspond à
« la mise en œuvre d’une nouvelle méthode de commercialisation impliquant des
changements significatifs de la conception ou du conditionnement, du placement, de la
promotion ou de la tarification d’un produit. »15 Enfin, l'innovation d'organisation correspond
à « la mise en œuvre d’une nouvelle méthode organisationnelle dans les pratiques,
l’organisation du lieu de travail ou les relations extérieures de la firme. »16 La présente étude

13
OCDE, « Définir l’innovation », In: Stratégie de l’OCDE pour l’innovation, en ligne :
<http://www.oecd.org/fr/sites/strategiedelocdepourlinnovation/definirlinnovation.htm>, dernière consultation
[04/02/2016]
14
Ibidem,
15
Ibid.,
16
Ibid.,

4
ayant trait aux droits de la propriété industrielle en lien avec l’innovation, seules les
innovations de produit et de procédé entreront dans son champs.

Ainsi, ce sont les seules innovations technologiques de produit et de procédé (TPP) qui nous
intéresserons. Celles-ci couvrent, selon le Manuel d’Oslo, « les produits et procédés
technologiquement nouveaux ainsi que les améliorations technologiques importantes de
produits et de procédés qui ont été accomplis. Une innovation TPP a été accomplie dès lors
qu'elle a été introduite sur le marché (innovation de produit) ou utilisée dans un procédé de
production (innovation de procédé). Les innovations TPP font intervenir toutes sortes
d'activités scientifiques, technologiques, organisationnelles, financières et commerciales. La
firme innovante TPP est une firme qui a accompli des produits ou des procédés
technologiquement nouveaux ou sensiblement améliorée au cours de la période
considérée. »17

Les brevets et autres droits relevant de la propriété industrielle apparaissent comme les seuls
moyens de privatiser les fruits de l’innovation, la connaissance, d’en avoir un usage
marchand et d’en privatiser les bénéfices. Cependant, après l’observation de plusieurs dérives
relevées par des universitaires 18, la question a été posée de savoir sur les DPI étaient
réellement nécessaires au processus d’innovation. Est-il vital de protéger juridiquement
l’appropriation privée des fruits de l’innovation par les DPI pour favoriser l’éclosion d’une
nouvelle technique participant à la croissance économique ? Les DPI sont-ils nécessaires à
l’éclosion d’une économie de la connaissance innovante ? Les DPI permettent-ils
matériellement le progrès ou constituent-ils simplement un moyen d’en privatiser les
bénéfices ? Que nous enseigne l’histoire chinoise concernant le lien entre protection
juridictionnelle de la propriété privée et innovation, ces deux notions étant considérés en
Occident comme inéluctablement liées ?

La Chine, bien que particulièrement innovante à certaines périodes de son histoire, n’a pas
inventé de système global, légal et centralisé de protection de ses inventions. Ainsi que

17
OCDE, Manuel d’Oslo : La Mesure des activités scientifiques et technologiques, principes directeurs
proposés pour le recueil et l’interprétation des données sur l’innovation technologique, 19972, p. 37
18
DRAHOS Peter, The Global Governance of Knowledge: Patent Offices and Their Clients, Cambridge:
Cambridge University Press, 2010 ou encore MASKUS Keith E., REICHMAN Jerome H. (éd), International
Public Goods and Transfer of Technology Under a Globalized Intellectual Property Regime, Cambridge:
Cambridge University Press, 2005

5
certains spécialistes des DPI chinois le rappellent19, si les différentes dynasties ont accordé
une intérêt particulier au contrôle de la diffusion des contenus imprimés par des moyens
empruntant plus à la censure qu’au droit d’auteur, elles n’ont pas créé de système juridique
protégeant l’appropriation privée des bénéfices des inventions techniques, tel que William P.
Alford le relève :

This high degree of state interest in the control of publication was not mirrored with respect to
the unauthorized reproduction of that which we now protect through trademark or patent.
Although prior to the twentieth century, the Chinese state oversaw matters of commerce and
industry more closely than has typically been recognized, it did not develop comprehensive,
centrally promulgated, formal legal protection for either proprietary symbols or inventions.20

Cependant, les fondements sociaux des concepts de marque ou encore de secret de


commerce, à savoir les moyens d’assurer l’appropriation privée des bénéfices d’une
renommée et de savoir-faire protégés, sont attestés en Chine dès la période des Song du Nord
(960-1127)21. Ce qui en apparence manqua à l’élaboration d’un système de protection légale
centralisé découle du peu d’importance qu’attachait le pouvoir politique à ces questions. En
effet, si une régulation centralisée concernant les contenus imprimés vit le jour dans la Chine
impériale, c’est directement à cause des liens qu’entretenaient ces contenus avec le pouvoir
politique. En ce sens, les classiques confucéens étaient protégés contre les copies non-
autorisées afin d’assurer l’orthodoxie de la pensée lettrée, socle du pouvoir mandarinal.

Les producteurs de thé, de porcelaine ou encore de soie ne transmettant aucun capital


subversif par le biais de leurs productions ne méritaient aucune attention ni protection
particulière22. Il en aurait sûrement été autrement si les élites politiques et commerciales
avaient été liées les unes aux autres comme ce fut le cas en Occident au XIXème siècle23.

19
ALFORD William P., To Steal a Book Is an Elegant Offense: Intellectual Property Law in Chinese
Civilization, Stanford: Stanford University Press, 1995 ou encore MERTHA Andrew C., The Politics of Piracy:
Intellectual Property In Contemporary China, Ithaca: Cornell University Press, 2005
20
ALFORD William P., To Steal a Book Is an Elegant Offense: Intellectual Property Law in Chinese
Civilization, Stanford: Stanford University Press, 1995, p. 15
21
ALFORD William P., op. cit., p. 16
22
« Virtually all known examples of efforts by the state to provide protection for what we now term intellectual
property in China prior to the twentieth century seem to have been directed overwhelmingly toward sustaining
imperial power. (…) It is also evident in the fact that although the Tang and later dynasties went to considerable
lengths to restrict the unauthorized reproduction of government materials and to ensure the accuracy of those it
licensed, they seem to have been unconcerned about the pirating or improper editing of other works. Indeed, it is
more accurate to think of prepublication review and the other restrictions on reprinting described above,
together with the absolute ban on heterodox materials, as part of a larger framework for controlling the
dissemination of ideas, rather than as the building blocks of a system of intellectual property rights, whether for
printers, booksellers, authors, or anyone else. », ALFORD William P., ALFORD William P., op. cit., p. 17
23
BUYDENS Mireille, La propriété intellectuelle : évolution historique et philosophique, Bruxelles : Bruylant,
2012

6
Tout groupe au pouvoir cherchant à protéger ses intérêts propres et les intérêts de ceux qui les
maintiennent au pouvoir, si les marchands avaient été aux commandes de la Chine impériale,
il aurait été fort probable qu’ils usent des capacités étatiques pour protéger leurs intérêts
commerciaux et fassent édicter, comme en Occident, un droit de la propriété intellectuelle.

Des failles du culturalisme

Là où l’analyse de William P. Alford semble la moins pertinente24, c’est dans sa présentation


de la « culture politique » chinoise25 en tant que facteur d’incompatibilité fondamentale avec
les DPI. La vision qui fait de la Chine une société irrémédiablement enchainée à un passé
idéalisé par les classiques confucéens et à la piété filiale s’avère potentiellement aussi erronée
que celle qui fait de l’Occident le lieu de l’éclosion des doctrines justes du fait du marché
libre des idées26. Le confucianisme se révèle, comme le reconnaît lui-même William P.
Alford, être une philosophie politique aux courants multiples en perpétuelle évolution27.

Dépassant l’analyse propre à William P. Alford, et de la même manière que le débat sur les
« valeurs asiatiques » perdait de vue l’état transitoire des nations qu’il cherchait à analyser,
c’est tout un système de réflexion qui semble biaisé28. Là où les culturalistes voient le poids
de l’héritage culturel et traditionnel dans l’explication d’une situation factuelle, c’est en
réalité le poids des institutions politiques et sociales qu’il faut relever, et ce même si ces
institutions politiques et sociales se distinguent difficilement de la notion particulièrement
large et englobante de culture. Les classiques confucéens, comme toute philosophie ou
pensée politique, sont nés d’un système social et politique préexistant. Ils sont venus justifier,
théoriser, idéaliser ou critiquer un système d’organisation sociale dont ils ne sont en aucun
cas les fondements mais les produits29.

24
Ainsi que le relève Wei Shi dans SHI Wei, « Cultural Perplexity in Intellectual Property: Is Stealing a Book
an Elegant Offense? », In: North Carolina Journal of International Law and Commercial Regulation, vol. 32,
issue 1, 2006
25
Pour Alford, et bien qu’il reconnaisse la difficulté à définir strictement une telle notion de « culture
politique », la prégnance du passé mêlée à la piété filiale que l’on trouve dans le confucianisme impérial
empêche l’appropriation privée des fruits de la réflexion autant qu’elle limite l’individualisme d’une manière
générale, ALFORD William P., ALFORD William P., op. cit., p. 20
26
Selon la formule créée par la Cour suprême des Etats-Unis à partir de la pensée de John Stuart Mill, « the
marketplace of ideas »
27
CHENG Anne, Histoire de la pensée chinoise, Paris : Seuil, 1997
28
Ainsi que semble l’esquisser tous les travaux de Peter K. YU, tels YU Peter K., « The Confucian Challenge to
Intellectual Property Reforms », In : The WIPO Journal, vol. 4, 2012 et YU Peter K., « Intellectual Property and
Asian Values », In: Marquette Intellectual Property Law Review, vol. 16, 2012
29
Bien qu’ils aient servi de fondements à la perpétuation de l’organisation sociale et politique chinoise de l’ère
impériale.

7
Si l’ordre social et le pouvoir politique se sont maintenus grâce à ces outils sur toute la
période impériale, ils n’en forment pas pour autant le socle immuable de la civilisation
chinoise, ni ne correspondent à la réalité sociale observée aux différentes époques de l’empire
chinois30. Il est fort à parier que des instruments de régulation de la société plus efficaces les
remplacent, et deviennent la norme, du fait même de leur plus grande efficacité ou de leur
meilleure complémentarité avec la société marchande dans laquelle la mondialisation
capitaliste pousse toute société.

De la culture chinoise dans le capitalisme

L’histoire de la Chine depuis la fin du XIXe siècle est un exemple emblématique du


processus de transition capitaliste. Pourtant aux antipodes de la « culture politique » chinoise
confucéenne traditionnelle, le communisme réussit à s’implanter durablement en Chine
continentale depuis 1949 tandis que la démocratie libérale s’est efficacement implantée à
Taiwan en République de Chine au cours des décennies 1990 et 2000. Si les commentateurs
s’évertuent à trouver dans l’un ou l’autre des systèmes politiques des complémentarités avec
la culture chinoise traditionnelle 31 , ce qui caractérise, distingue et définit aujourd’hui
l’ensemble des sociétés réside au final dans leur degré d’ouverture et d’acceptation des règles
régissant les rapports sociaux et étatiques dans le monde marchand du capitalisme
économique.

William P. Alford avance que, pendant toute la période impériale, l’attachement au passé et
la valorisation de la copie stylistique des œuvres des anciens ont empêché toute appropriation
individuelle des fruits de la création artistique et de l’innovation technique. Ce mode de
fonctionnement serait ainsi la cause de l’incompatibilité fondamentale des DPI avec la
société chinoise traditionnelle. Cependant, l’explication culturelle donnée par William P.
Alford à l’absence de création d’un système de protection des DPI en Chine n’a que peu de
pertinence quant à la question du respect des DPI adoptés ultérieurement. La remise en cause
de l’existence d’une culture chinoise distincte des autres cultures, et tout particulièrement de

30
Il pourrait aussi être envisageable que l’historiographie chinoise, comme en Occident, ait cherché à altérer la
réalité matérielle des rapports sociaux effectivement vécus au sein de la société chinoise pour perpétuer un ordre
social établi. On citera par exemple l’ouvrage de Didier Foucault Histoire du Libertinage sur la prégnance en
réalité toute relative du dogme catholique sur la société du moyen-âge en France. FOUCAULT Didier, Histoire
du Libertinage, Paris: Perrin, 2007
31
« In the area of intellectual property law, the Soviet model proved more accessible to China than those used
by the Guomindang. In large measure this was because of the ways in which the values that underlay the Soviet
model reflected traditional Chinese attitudes toward intellectual property. » ALFORD William P., ALFORD
William P., op. cit., p. 56

8
la culture occidentale, n’est pas l’objet du présent travail. Cependant, l’immuabilité des
cultures et leur présupposée incompatibilité avec un type de comportement sont des dogmes
qu’il est nécessaire de remettre en question. Ainsi que Peter K. Yu l’a admirablement
formulé : « simply put, it is just misleading and overly simplistic to describe piracy and
counterfeiting as a cultural problem. »32

Au fur et à mesure du rapprochement des modes de vie opéré par l’adoption du modèle
économique capitaliste, les codes culturels qui définissent les contours (par définition flous)
d’une société donnée sont amenés à évoluer vers une certaine uniformisation33. Si les DPI
étaient absents de la culture chinoise à l’ère impériale, cela n’induit pas qu’ils seront de facto
incompatibles avec la Chine contemporaine, qui se rapproche pas à pas du modèle de société
capitaliste où la propriété privée et l’individualisme forment des valeurs fondamentales.

Ainsi, l’adoption d’un système de protection des DPI s’inscrit dans l’élan chinois
d’intégration du mode de fonctionnement propre au capitalisme mondialisé d’origine
occidental initié par Deng Xiaoping34. Depuis le lancement des réformes, la société chinoise
digère une partie des règles propres au fonctionnement capitaliste tout en évoluant elle-même
vers une version compatible avec le modèle qu’elle intègre. Si les positions états-uniennes et
européennes ont été déterminantes dans l’adoption du système chinois de protection des DPI
c’est qu’elles étaient l’expression du mode de fonctionnement du commerce international que
la Chine essayait d’intégrer.

La Chine a ainsi adopté un ensemble juridique de protection des DPI cohérent au moment-
même où elle cherchait à intégrer le commerce mondial. Après plusieurs décennies
d’ouverture et de reconstruction de son édifice juridique, la question qui se pose aujourd’hui
n’est plus celle de la compatibilité des DPI avec la culture chinoise mais bien celle de
l’application et du respect des DPI au sein d’une société capitaliste dans laquelle la place de
l’individu et de la propriété privée n’est pas assurée.

32
YU Peter K., « The Confucian Challenge to Intellectual Property Reforms », In : The WIPO Journal, vol. 4,
2012, p. 8
33
Ainsi selon WEI SHI 2006 p. 12-13 : les Chinois ne fonctionnent plus désormais sur le modèle dit traditionnel
du confucianisme mais sur le modèle du pragmatisme. Les individus poursuivent en effet un « self-serving
utilitarianism » plus proche de l’individualisme des sociétés occidentales que de la piété filiale confucéenne
tandis que les réformes institutionnelles sont dictées par l’incrémentalisme et la recherche permanente de son
maintien au pouvoir par le PCC.
34
Et ce indépendamment de la rhétorique communiste des couleurs, spécificités ou autres caractéristiques
chinoises qui ne sont qu’un verbiage populo-culturaliste utilisé à des fins politiques.

9
De la place des droits de propriété industrielle lors d’un rattrapage économique

Depuis le lancement des politiques d’ouverture et de réforme au tournant des années 1970 et
1980, la Chine a perpétuellement été stigmatisée par la communauté internationale
(notamment par les Etats-Unis et l’Union européenne) comme une nation contaminée par le
non-respect chronique du droit de la propriété intellectuelle. Les différents observateurs ont
avancé l’idée d’un modèle de développement chinois fondé sur la copie systématique, illégale
mais tolérée par les autorités nationales (voire encouragée) des biens et techniques étrangères.
Si ces observations se sont avérées peu éloignées de la réalité durant les décennies 1980 et
1990, le gouvernement chinois a, après son accession à l’Organisation mondiale du
commerce en 2001, pourtant effectué un changement d’orientation en ce qui concerne sa
politique de développement économique. Le gouvernement central a ainsi choisi de mettre
l’accent sur le respect des droits de la propriété industrielle comme facteur de création d’une
nouvelle économie tournée vers l’innovation en ce qui concerne les sciences et la
technologie. Dans un contexte post-crise 2007-2008, la Chine cherche de nouveaux moteurs
endogènes à sa croissance économique.

Cette nouvelle politique se fonde en réalité principalement sur les droits de la propriété
intellectuelle en lien avec les industries dont les domaines d’activités relèvent de la science et
de la technologie. La question des droits d’auteur (copyright) s’adressant majoritairement à
l’industrie culturelle apparaît en effet exclue du champ d’application de la nouvelle politique
en matière de développement économique. Afin d’évaluer cette nouvelle politique et ses
effets, il semble dès lors nécessaire de focaliser son attention sur l’application du droit de la
propriété industrielle que forment les brevets, les dessins et modèles industriels, les marques
de commerce et les secrets commerciaux.

Le pouvoir communiste chinois affiche avec entrain son objectif national de créer un système
économique innovant35. La création de ce système repose sur de fortes incitations dont le
cadre légal peut témoigner. Afin d’inciter l’innovation à une échelle individuelle ou
industrielle, l’Etat a mis en place un système d’avantages fiscaux et de protection légale des
fruits des inventions. Ce système vise à assurer juridiquement la rentabilité économique du
processus créatif. Dans cette optique, l’Etat chinois cherche à inscrire son développement

35
comme en témoigne de nombreuses politiques, présentées au public de manière constante par le biais
d’affichage public. Par exemple, le slogan de la municipalité de Pékin intégrant « l’innovation », 创新, à sa
devise est inscrit sur tous les murs de la ville.

10
économique dans une nouvelle phase, en favorisant l’éclosion d’une économie de la
connaissance. En cherchant ainsi à fonder sa croissance sur les nouvelles technologies sans
cesse renouvelées par l’innovation, l’Etat chinois considère dorénavant le respect des DPI
comme une nécessité.

Du respect des DPI dans une période de transition

Au moment même où Pékin cherche à protéger les actifs immatériels issus de la recherche et
développement afin de valoriser le portefeuille d’actifs des entreprises privées ou publiques
et des universités - cette valorisation permettant à terme d’engendrer de l’innovation par
l’investissement – le pouvoir politique doit également faire sortir la Chine d’une situation de
rente engendrée par le piratage. En pleine période de transition, elle doit sortir de la situation
où le piratage lui était rentable à une situation de protection stricte des DPI lui permettant de
devenir innovante afin d’assurer la pérennité de sa croissance.

Le non-respect chronique des DPI propre à une phase spécifique de son développement
économique se doit de laisser la place à leur respect aveugle pour permettre l’avènement
d’une nouvelle ère. Ainsi, l’explication du respect ou du non-respect des DPI par le
culturalisme affiche ici ses faiblesses. Fruit d’une lecture statique de la culture, des sociétés et
du droit, le culturalisme ne permet pas d’expliquer le dynamisme de l’évolution des
situations. Au fur et à mesure que le DPI répond aux besoins de la société chinoise et de
l’Etat, on assiste petit à petit à son appropriation par les acteurs économiques et à son respect.
L’objectif du présent travail est ainsi de montrer les marqueurs de cette appropriation des DPI
aussi bien par l’Etat que par les agents économiques.

La Chine s’inscrit dans une situation historique particulière. Elle conduit en effet une double
transition économique en passant tout d’abord du plan au marché (ce qui correspond aux
transitions postsocialistes vécues par les pays anciennement soviétiques) tout en suivant la
voie de la modernisation économique sur le modèle développé par le Japon, la Corée du Sud
ou encore Taiwan. L’objectif économique actuel de Pékin pourrait être résumé comme suit :
sortir du plan pour aller vers le marché tout en s’extirpant d’une logique productiviste qui a
montré ses limites pour aller vers un système d’innovation endogène à forte valeur ajoutée.
Cette double transition se traduit juridiquement par l’adoption d’un ensemble de lois et par la
mise en place d’institutions en assurant le respect.

11
Traductions juridiques des transitions économiques

Les transitions économiques des anciens pays socialistes révèlent des similitudes avec le
modèle chinois. Ces transitions économiques, faisant passer le fonctionnement de l’économie
nationale du plan au marché, se sont, comme en Chine, traduites juridiquement (I).
Cependant, ces transitions postsocialistes ne sont pas les seuls exemples de transitions
économiques. Ainsi, le modèle asiatique de modernisation économique révèle lui aussi des
spécificités dont l’étude est éclairante pour mettre en lumière la réalité chinoise (II). Ces
deux modèles de transitions économiques, postsocialiste d’une part et asiatique d’autre part,
se retrouvent tous deux dans la singularité du modèle chinois (III).

12
I. Transitions postsocialistes des pays postsoviétiques : du plan au marché par le droit

Pendant et suivant sa chute entre 1989 et 1991, l’ancien bloc soviétique a du construire un
socle juridique apte à faire fonctionner une nouvelle économie de marché. Les anciens pays
socialistes, entrés dans ce que l’on a appelé leur « transition » 36 économique, ont du
reconstruire un ensemble juridique fondé, non plus sur la propriété collective des moyens de
production mais sur la propriété privée. Ces transitions ont été pour la plupart des pays des
transitions brutales, avec des privatisations de masse, accompagnées par l’effondrement des
structures étatiques. En témoigne l’émergence du capitalisme oligarchique comme en Russie
ou encore en Ukraine. L’orientation ultra-libérale imposée par le Consensus de Washington
et sa « thérapie de choc », plutôt que de participer à leur développement économique, a
profondément déstabilisé les sociétés. Le recul de l’Etat s’est accompagné de la paupérisation
des populations, de l’appariation du chômage de masse dans une société qui connaissait le
plein emploi et de la baisse radicale de l’espérance de vie. La régression a été telle qu’on
assista à un retour partiel à l’économie de troc, notamment en Russie. Les transitions des pays
postsoviétiques se sont en réalité traduites par une décennie de crise dont les effets perdurent
encore aujourd’hui.

Bien que la Chine ait entamé son début de transition postsocialiste plus tôt avec les réformes
des années 1980 et que sa transition économique ne se soit pas accompagnée du
démantèlement du pays ni d’un effondrement de l’Etat, les transitions chinoise et
postsoviétique partagent plusieurs similitudes. Les transitions postsocialistes de l’ancien bloc
soviétique et la transition chinoise ont toutes deux eu à transformer, par le droit, un système
de propriété collective en un système fondé sur la propriété privée (transition qui n’est encore
que partiellement opérée en Chine). Les différents pays ont également adopté un ensemble de
législations propres à assurer le fonctionnement d’une économie de marché.

Au sein de ce nouvel ensemble juridique fondé sur la propriété privée, les droits de propriété
intellectuelle prennent une place importante en ce qui concerne l’attrait des capitaux
étrangers, vital pour le développement économique des anciens pays d’économie
communiste. Cependant, la transition postsocialiste de l’ancien bloc soviétique présente une
spécificité. Le bloc soviétique s’est éclaté. Les nouvelles républiques issues du

36
Théorisé par Jeffrey D. Sachs qui conseilla d’abord la Pologne de Solidarność, puis la Slovénie et l’Estonie
avant d’appliquer ses recettes miracles à la Russie, cf. SACHS Jeffrey D., Poland’s Jump to the Market
Economy, Cambridge: MIT Press, 1993 et SACHS Jeffrey D., Understanding Shock Therapy, London: Social
Market Foundation, 1994

13
démantèlement de l’URSS sont entrées en compétition pour attirer les investissements
étrangers nécessaires à leur décollage économique. Les principaux moteurs de croissance
potentielle qu’étaient l’octroi du statut commercial de la Nation la plus favorisée37, l’accès au
crédit bancaire occidental et l’arrivée de capitaux étrangers étant tous trois fonctions de la
mise en place d’un système de protection des DPI 38 , les nouvelles républiques
postsoviétiques ont cherché à mettre en place des régimes juridiques de protection de la
propriété intellectuelle plus favorables que leurs voisins. Certaines se sont orientées vers une
adhésion à l’Union européenne (UE) en s’engageant à respecter l’Etat de droit et l’ensemble
normatif constitué par le droit communautaire. Ces pays ayant intégré l’UE lors des 5ème et
6ème élargissements de 2004 et 2007 (République Tchèque, Estonie, Hongrie, Lettonie,
Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie, Bulgarie et Roumanie), la question du respect des
droits de la propriété intellectuelle s’est peu à peu effacée. D’autres ont pris une trajectoire
divergente, comme la Russie ou l’Ukraine.

Avant sa dissolution, l’URSS avait déjà adopté une loi sur la propriété intellectuelle en mai
199139 sous la pression des Etats-Unis40, cependant, son application fût de courte durée.
L’histoire de la construction du régime juridique de protection des DPI en Russie rejoint celle
de la Chine. L’adoption d’un tel système dans les deux pays a cherché à favoriser d’une part,
leurs démarches d’intégration à l’OMC41 et d’autre part, leurs relations commerciales avec
les Etats-Unis et l’Union européenne. L’adoption de ce système juridique de protection des
DPI ne répondait ainsi pas à une nécessité endogène mais était bien le fruit de pressions
exogènes. Dès lors, son application effective a continué à poser problème jusqu’à très
récemment. La Russie a par exemple pâtit de son image de pirate, qui l’a empêchée d’intégrer
l’OMC entre 1995 et 201142.

37
Most favoured nation en anglais (MFN), principe fondamental du droit de l’OMC qui dispose que le
traitement le plus avantageux accordé à un partenaire commercial donné se doit d’être appliqué au partenaire
bénéficiant de la clause. Voir le site de l’OMC pour plus d’explications :
<http://www.wto.org/english/thewto_e/whatis_e/tif_e/fact2_e.htm>
38
PITTA Laura A., « Intellectual Property Laws in the Former Soviet Republics: A Time of Transition », In:
Santa Clara High Technology Law Journal, vol. 8, issue 2, 1992, p. 500
39
Ibidem
40
NEIGEL Connie, « Piracy in Russia and China: A Different U.S. Reaction », In: Law and Contemporary
Problems, vol. 63, issue 4, 2000, p. 187-188
41
PICK Barbara, « Le droit de la propriété industrielle en Russie post-soviétique et la lutte contre la
contrefaçon », In: Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 37, n°2, 2006
42
La Russie est devenue le 156ème membre de l’OMC après des négociations d’adhésion longues de 18 années,
LANE William P., « Trapped in China’s Shadow? Intellectual Property Protection in Post-WTO-Accession
Russia », In: Boston College International and Comparative Law Review, vol. 36, issue 1, 2013

14
Ayant pourtant suivi le flot des nations à reconnaître et protéger la propriété intellectuelle au
XIXe siècle, la Russie a massivement piraté les DPI de toute origine durant les décennies
1990 et 2000 43 . Le non-respect alors chronique des DPI ne s’expliquait pas par une
incompatibilité culturelle mais bien par l’inscription de l’économie russe dans une période de
transition particulière (et ce même si la version du droit des brevets de la Russie des années
1990 restait floue en matière de sanctions des activités de piraterie, comme l’atteste le fait
que la piraterie ait continué après l’amendement apporté à la loi des brevets en 200344 et
comme l’atteste également le fait que la production et la vente d’articles contrefaits aient
persisté quand bien-même les sanctions étaient clairement définies dans le cadre du droit des
marques). Dans le cas russe, la piraterie repose sur trois piliers fondamentaux : l’importance
économique du crime organisé, la corruption et le pouvoir d’achat relativement faible de la
population45. Il est vraisemblable que le non-respect des DPI sur le sol russe perdure jusqu’à
ce que ces trois piliers fondamentaux disparaissent, au fur et à mesure du développement
économique et de l’enracinement des nouvelles règles juridiques de fonctionnement de la
société. La Russie et la Chine suivent ainsi un cours relativement similaire, les deux pays
étant fortement marqués par la corruption et par des inégalités économiques importantes au
sein de leur population.

En réalité, ce n’est que dans un deuxième temps, quand le droit devient un instrument de
protection des intérêts économiques partagés par un nombre assez important d’agents locaux
que la question de l’application du droit édicté devient primordiale pour une société donnée.
Si les pressions étrangères peuvent effectivement amener une société à adopter
matériellement un ensemble de normes juridiques, elles ne peuvent en aucun cas forcer cette
société à respecter le cadre légal nouvellement établi. Ce n’est qu’une fois qu’elles font sens
au sein de leur environnement économique et politique que les normes du DPI, comme toutes
les normes, sont appliquées. Répondant à un impératif de protection de l’appropriation privée
des bénéfices de l’innovation et de la création, les DPI ne peuvent s’appliquer que dans une
société capitaliste ayant terminé son rattrapage technologique et dont le fonctionnement
repose sur les principes de l’économie de marché, ainsi que l’exemple des modernisations
asiatiques semble l’attester.

43
PICK Barbara, « Le droit de la propriété industrielle en Russie post-soviétique et la lutte contre la
contrefaçon », In: Revue d’études comparatives Est-Ouest, vol. 37, n°2, 2006, p. 183
44
PICK Barbara, op. cit., p. 185
45
EUGSTER Esprit, « Evolution and Enforcement of Intellectual Property Law in Russia », In: Washington
University Global Studies Law Review, vol. 9, issue 1, 2010

15
II. Modernisations asiatiques : de la copie à l’innovation par le droit

Au sortir de la seconde guerre mondiale, les économies des pays anciennement sous
domination japonaise étaient détruites. Le Japon, la Corée du Sud et Taiwan ont entamé un
processus de rattrapage qui s’est poursuivi tout au long de la seconde moitié du XXe siècle
pour accéder aujourd’hui à la catégorie des pays développés. Aujourd’hui considérés comme
des économies avancées, le Japon, la Corée du Sud et Taiwan respectent les droits de la
propriété intellectuelle et considèrent ces derniers comme nécessaires à leur croissance. Le
Japon étant devenu leader dans certains domaines à haute technologie (comme la robotique),
la Corée du Sud rivalisant avec les plus grandes marques de téléphonie mobile (on pensera à
la rivalité Samsung – Apple notamment) et Taiwan disposant de grands groupes nationaux à
la frontière technologique (Acer, Asus et HTC entre autres), ces trois pays, pourtant baignés
de culture confucéenne, accordent tous une place particulière aux droits de la propriété
intellectuelle, désormais garants de leur croissance et de leur rang dans la compétition
internationale. Ceci n’a pas toujours été le cas. Ces trois pays ne sont pas passés d’un stade de
leur développement économique à un autre sans passer par une période de transition46. Ces
trois pays ont tous grimpé « l’échelle du développement »47 à partir d’une phase de copie des
industries étrangères.

L’historique de la « Special 301 »48, le rapport annuel du Bureau du représentant américain


au commerce (United States Trade Representative, USTR) concernant le respect des DPI
dans le monde nous rappelle l’évolution de ces pays concernant le respect des DPI étrangers
sur leur territoire. Entre 1989 et 2014, le Japon, la Corée du Sud et Taiwan ont tous figuré sur
la Watch List ou sur la Priority Watch List par intermittence49. Le Japon a ainsi été inscrit sur
la Watch List entre 1989 et 1993 puis sur la Priority Watch List entre 1994 et 1996 avant de
retourner sur la Watch List entre 1997 et 1999 pour en sortir définitivement à partir de l’an

46
Comme le note Wei Shi : « Japan’s economic development trajectory is significantly characterised by its
variable intellectual property policies in accordance with different stages of the development. If China is to start
a new process for its IPR protection, it is worthwhile to model its process after those who had similar
experience. », SHI Wei, Intellectual Property in the Global Trading System: EU-China Perspective, Berlin:
Springer-Verlag Berlin Heidelberg, 2008, p. 131
47
La terminologie est empruntée en référence à l’ouvrage CHANG Ha-Joon, Kicking Away the Ladder:
Development Strategy in Historical Perspective, London: Anthem Press, 2002
48
Tel que réalisé par l’International Intellectual Property Alliance en 2014, cf. International Intellectual
Property Alliance, 2014 Special 301 : History of Special 301 Rankings, 7 février 2014,
<http://www.iipa.com/pdf/2015SPEC301HISTORICALCHART.pdf>, dernière consultation [22/05/2015]
49
La Watch List et la Priority Watch List indiquent des degrés différents de non-respect des DPI : les pays
placés sur la Priority Watch List sont suspectés d’être sérieusement déficients en matière de respect des DPI
tandis que les pays placés sur la Watch List éveillent les mêmes soupçons mais patientent dans l’antichambre de
la Pirority Watch List.

16
2000. L’évolution de l’inscription du Japon sur la liste des pays suspectés de ne pas respecter
les DPI étrangers par l’exécutif américain témoigne du processus d’appropriation progressive
de la société japonaise des DPI. Peu à peu partie intégrante de leur modèle économique, les
DPI ont fini par y être pleinement respectés, non par diktat étranger mais par nécessité
sociologique et économique endogène.

Le Japon présente des liens historiques avec les DPI qui remontent au début de la
modernisation engagée par le pays pendant l’ère Meiji à partir de 1868. L’introduction des
sciences et des technologies modernes a engendré une légalisation, une « juridicisation » du
régime. Le Japon a alors changé de modèle pour aller vers le modèle de l’Etat-nation
moderne. Les DPI dont l’origine émane de l’Europe et USA ont été intégrés par le Japon à
travers la signature de la Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle50
et celle de Berne pour la protection des œuvres littéraires et artistiques51 à la même date, le 18
avril 189952. Depuis, le Japon a adopté en continu un ensemble de législations nationales
protégeant les DPI53. Il est toutefois intéressant de noter que le fait de créer un système de
protection des DPI était lui-même un acte de copie, dans l’optique de devenir une grande
nation.

Selon l’analyse de Michio Morishima dans son ouvrage Why Has Japan ‘Succeeded’?
Western Technology and the Japanese Ethos54, le développement et la croissance rapide du
Japon des années 1960 est en grande partie due à l’introduction de technologies étrangères.
Le capitalisme et le confucianisme se seraient ainsi rejoints dans un mélange d’éthique
japonaise et de technologie occidentale. Pour certains observateurs, le système de protection
des DPI japonais aurait même servi d’outil de diffusion des technologies plutôt que d’outil de
protection de l’innovation55.

50
Datée du 20 mars 1883, elle a pour objet d’assurer une reconnaissance et une protection internationale aux
brevets et aux marques de commerces déposés par les pays qui en sont signataires,
<http://www.wipo.int/treaties/fr/text.jsp?file_id=288516>
51
Datée du 9 septembre 1886, elle a pour objet d’assurer une reconnaissance et une protection internationale
aux œuvres littéraires et artistiques issues des pays qui en sont signataires,
<http://www.wipo.int/treaties/fr/text.jsp?file_id=283699>
52
L’entrée en vigueur des deux conventions est à dater du 15 juillet 1899
53
SHI Wei, Intellectual Property in the Global Trading System: EU-China Perspective, Berlin: Springer-Verlag
Berlin Heidelberg, 2008, p. 132
54
MORISHIMA Michio, Why Has Japan ‘Succeeded’? Western Technology and the Japanese Ethos,
Cambridge: Cambridge University Press, 1982
55
Comme semble l’indiquer Koichi Hamada tel que rapporté par Wei Shi, « Japan’s IPR related legal system
emphasised the “diffusion of foreign knowledge rather than creating its own” », SHI Wei, Intellectual Property
in the Global Trading System: EU-China Perspective, Berlin: Springer-Verlag Berlin Heidelberg, 2008, p. 133

17
Depuis les politiques du début des années 2000 comme le Intellectual Property Policy
Outline56 de juillet 2002 ou encore le Strategic Program for the Creation, Protection and
Exploitation of IP57 de juillet 2003, le Japon d’aujourd’hui affirme reposer essentiellement
sur une économie fondée sur le respect des DPI. Ces politiques, relativement récentes,
traduisent de la volonté japonaise d’accompagner l’essor et l’affermissement d’une économie
de la connaissance, comme l’explique Wei Shi :

A strong IPR protection only came into being in Japan when (…) a lobbying pressure was
raised by the domestic industrial sectors. In this sense, it was only recently that Japan
substantially came into harmony with the international standards and embarked on a national
undertaking with a view to the construction of a nation built on intellectual property.58

Cette transition s’explique en partie au regard des dépenses en R&D effectuées par le Japon.
Entre 1960 et 2014, le pourcentage du PIB dédié à la R&D est passé de 1,1%59 à 3,583%60,
dépassant celui des Etats-Unis (2,742% du PIB en 2014). Il existe cependant un décalage
entre le moment où les dépenses en R&D deviennent importantes en pourcentage du PIB et le
moment où les DPI sont respectés. Ce décalage correspond au temps nécessaire à la création
de l’innovation, son intégration au circuit commercial national et à son adoption comme
moteur de l’économie par l’ensemble des agents économiques. Le Japon dépensait plus de
2% de son PIB en 1981 alors qu’il n’a été retiré de la Watch List de l’USTR qu’en 2000 (19
ans). Ce type de décalage se retrouve également dans l’exemple coréen (15 ans).

En ce qui la concerne, la Corée du Sud a alterné entre la Watch List et la Priority Watch List
de 1989 à 2008 avant d’en sortir définitivement à partir de 200961. Comme le résume
parfaitement le rapport de l’USTR de 2014 :

56
Dont l’intégralité du texte peut être trouvé à l’adresse suivante :
<http://japan.kantei.go.jp/policy/titeki/kettei/020703taikou_e.html>
57
Dont l’intégralité du texte peut être trouvé à l’adresse suivante :
<http://japan.kantei.go.jp/policy/titeki/kettei/030708f_e.html>
58
SHI Wei, Intellectual Property in the Global Trading System: EU-China Perspective, Berlin: Springer-Verlag
Berlin Heidelberg, 2008, p. 134
59
GOTO Akira (ed), Innovation in Japan, Oxford: Clarendon Press, 1997, p. 7
60
données de l’OCDE, <https://data.oecd.org/rd/gross-domestic-spending-on-r-d.htm>, dernière consultation
[05/02/2016]
61
International Intellectual Property Alliance, 2014 Special 301 : History of Special 301 Rankings, 7 février
2014

18
Korea, which appeared on the Priority Watch List in the original 1989 Fact Sheet, has since
been removed from both the Priority Watch List and the Watch List. Korea has transformed
itself from a country in need of intellectual property rights enforcement into a country with a
reputation for cutting-edge innovation as well as high-quality, high-tech manufacturing. Korea
is now one of the top patent filers internationally and a U.S. trade agreement partner with state-
of-the-art standards of intellectual property rights protection and enforcement.62

Au cours des décennies 1980 et 1990, la Corée du Sud a suivi le modèle japonais en passant
par une phase de piratage chronique des DPI d’origine étrangère pour combler son retard
technologique. Comme le note Wei Shi, « the Korean government has applied a flexible
intellectual property policy of incorporation of imitation into its ‘national development’ and
for a long time been considered as an example of a state in which ‘piracy’ was regarded as
merely a benign form of technology transfer. »63

Cette stratégie de rattrapage économique par la copie a cessé à partir du moment où la


frontière technologique se rapprochait. L’augmentation des investissements en
R&D témoigne de l’effort de rattrapage et de la nécessité actuelle d’en protéger les fruits. En
pourcentage du PIB accordé à la R&D, la Corée du Sud est passée de 0,31%64 à 4,292%65
entre 1971 et 2014, et a dépassé les Etats-Unis depuis 2004 (2,532% pour la Corée contre
2,49% pour les USA). Alors que la Corée dépense plus de 2% de son PIB en recherche et
développement depuis au moins 199466, ce n’est qu’en 2009 que la Corée du Sud a été retirée
définitivement à la Watch List de l’USTR.

On peut supposer que les efforts fournis par l’Etat afin de voir éclore l’innovation alliés à
l’essor d’un lobbying industriel mené par de grands groupes comme Samsung ou encore LG
allant dans le même sens ont favorisé l’émergence d’un système de plus grande protection
des DPI. Comme le résume Shi Wei, le fonctionnement économique fondé sur la copie
adopté par la Corée du Sud n’a rien de culturel, il répond à une situation factuelle de
nécessité d’un rattrapage économique rapide :

62
USTR special 301 2014, p. 2
63
SHI Wei, Intellectual Property in the Global Trading System: EU-China Perspective, Berlin: Springer-Verlag
Berlin Heidelberg, 2008, p. 139
64
KONG Tat Yan, The Politics of Economic Reform in South Korea: A Fragile Miracle, Londres: Routledge,
2000, p. 54
65
données de l’OCDE, <https://data.oecd.org/rd/gross-domestic-spending-on-r-d.htm>, dernière consultation
[05/02/2016]
66
Ibidem

19
Similar to the experience of Japan, the incorporation of piracy into “national development”
policies facilitated domestic industrialization and related economic growth in Korea.
However, by accumulating sufficient indigenous capabilities with extensive science and
technology infrastructures, these two countries reached the later stage of the technological
development where IPR protection became an important element in domestic industrial
activities. Japan and Korea could not have achieved their current levels of technological
sophistication if strong IPR regimes had been imposed on them during the early stage of
their industrialization. The same principle applied to the United States and Western Europe
during their respective industrializations.67

Dans ces deux exemples de modernisation asiatique par la copie, l’Etat s’est d’abord servi
d’un régime de protection des DPI lâche pour intégrer les technologies étrangères et monter
en gamme avant de devenir un ardent défenseur des DPI afin d’assurer la pérennité de sa
croissance dans le cadre d’une économie mondiale de la connaissance. Le Japon et la Corée
du Sud, anciens pirates notoires, se trouvent désormais à l’avant-garde des orthodoxes de la
protection des DPI à l’échelle internationale. Ainsi, ces deux pays pourtant profondément
confucéens participent aujourd’hui activement aux négociations d’expansion de l’Anti-
Counterfeiting Trade Agreement (ACTA) dont ils sont signataires depuis octobre 201168.

Les deux exemples japonais et coréen trouvent un prolongement dans l’exemple chinois de
Taiwan. Les Etats-Unis y ont utilisé le même procédé, la Section 301, les pressions
diplomatiques et la menace des sanctions commerciales pour tenter de faire respecter leur
DPI sur le sol taiwanais. Cette stratégie a perduré entre 1989 et 2008, années pendant
lesquelles Taiwan a oscillé entre la Watch List et la Priority Watch List69, jusqu’à ce que les
DPI y soient respectés (Taiwan est sorti des listes de la Section 301 à partir de 2009). Ici
encore, les DPI ont commencé à être respectés car ils ne répondaient plus uniquement à des
pressions étrangères mais à des besoins endogènes éprouvés par les agents économiques
locaux.

Lorsque les agents économiques taiwanais ont décelé un avantage à faire protéger
efficacement leurs actifs intellectuels, les DPI ont commencé à être respectés. Il est
également intéressant de noter que le respect des DPI est allé de paire avec un plus grand
degré d’ouverture politique et l’essor du constitutionnalisme en République de Chine. Le
respect des DPI s’y est inscrit dans une période plus large de respect et de valorisation du
droit comme instrument de régulation des conflits, comme le note William P. Alford :
67
SHI Wei, « Cultural Perplexity in Intellectual Property: Is Stealing a Book an Elegant Offense? », In: North
Carolina Journal of International Law and Commercial Regulation, vol. 32, issue 1, 2006, p. 42
68
Comme en témoigne le rapport de l’USTR sur la question, <https://ustr.gov/acta>
69
International Intellectual Property Alliance, 2014 Special 301 : History of Special 301 Rankings, 7 février
2014

20
Why was the ROC able to resist it [la pression américaine pour faire respecter les DPI] for
decades during which the island state was highly dependent on US economic and military
support, only to yield to it at a time when Taiwan has the world’s largest per capita foreign
currency reserves and has carved out its own position in the international community? An
answer to this question lies in extraordinary economic, political, technological and diplomatic
changes that have occurred in Taiwan over the past decade and their implications for the
society and its culture. Taiwan’s explosive economic expansion, increasing awareness of the
need for indigenous technology, ever-more-pluralistic political and intellectual life,
growing commitment to formal legal processes, and international aspirations have made
evident the need for intellectual property law and nurtured domestic constituencies with
good reasons for supporting it. On the economic front, it is evident that the type of low-wage,
low-technology exports that fueled Taiwan’s phenomenal growth of prior decades no longer
will suffice to nurture the quality of life to which its people have become accustomed. As both
government and industry have discerned, the ROC needs to generate its own world-class
technology if, in the years ahead, it is to compete with other advanced economies. Greater
protection for intellectual property, in the words of the former Minister of Economic Affaires
Vincent Siew, “is crucial to Taiwan’s own industrial upgrading, as inadequate efforts would
dampen research and development.” So it is that groups as varied as entrepreneurs involved in
the famed Xinzhu science park, engineers behind the ROC’s burgeoning software business,
publishers confronted with mainland piracy and many in the indigenous film and entertainment
industries, among others, have of late raised voices in support of stronger protection.70

Aujourd’hui à la pointe de la technologie avec des groupes industriels puissants


internationalement comme Acer, HTC, Asus ou encore CyberLink, Taiwan éprouve un
besoin évident et souligné par les différents lobbies industriels de protéger les actifs
immatériels des industriels. Le schéma y est le même qu’en Corée du Sud avec des groupes
industriels familiaux au pouvoir politique avéré comme Hyundai, Kia, LG ou encore
Samsung et ainsi qu’au Japon où les Zaibatsu tels que Mitsubishi, Nissan ou Toshiba ont
contribué à renforcer le besoin politique d’un plus grand respect des DPI.

S’il est certain que l’influence du lobbying de ces grands groupes industriels sur les
politiques nationales y est pour beaucoup dans la mise en œuvre du respect des DPI à
Taiwan, en Corée du Sud et au Japon, cette dimension pose question en Chine continentale.
En effet, un tel système d’intrication des intérêts industriels et politiques et la capacité du
lobbying privé à peser sur l’adoption de politiques dépendent pour partie de la forme
politique d’un régime donné. Dans les trois exemples précédents, le développement et le
rattrapage économiques se sont accompagnés d’une ouverture politique allant jusqu’à mettre
en place un Etat de droit. En République Populaire de Chine, et ce malgré le matraquage
médiatique induit par la 4ème session plénière du 18ème Comité central du PCC d’octobre
201471, l’Etat de droit reste une utopie inaccessible en Chine populaire. Dès lors, la question

70
ALFORD William P., op. cit., p. 108
71
YANG Yi, « Highlights of communique of the 4th plenary session of CPC Central Committee », In:
XinhuaNet.com, 23 octobre 2014

21
des capacités des lobbies chinois à peser sur les institutions se pose. La réalité même du
lobbying privé se pose également. Quelles formes prennent le lobbying chinois ? Ont-ils un
réel poids sur des institutions aussi peu indépendantes du PCC que la justice ? De leur côté,
de quel pouvoir réel disposent les juridictions pour faire appliquer des droits dont les
industriels réclament l’application ?

Le respect des DPI, tout comme l’institution d’une forme démocratique de gouvernement ou
le respect des droits de l’Homme, nécessitent en amont l’accès à un certain niveau de
développement économique72. La construction de l’appareil juridique occidental s’est ainsi
développée en parallèle du développement économique et technologique de l’ensemble de la
société. La construction de cet appareil juridique s’est fondée sur la notion pacificatrice de
règlement des différends par le droit. Afin de fonctionner effectivement, cette notion induit
une nécessaire distinction et une institutionnalisation (dé-personnification) des pouvoirs,
pleinement réalisée après plus de deux siècles de luttes sociale en ce qui concerne l’Europe et
les Etats-Unis.

C’est précisément à ce stade de son histoire qu’en arrive actuellement la Chine. Au fur et à
mesure de son développement économique, des pans entiers de la société chinoise en
viennent à être régulés par le droit. Ces droits nouvellement édictés et dont l’application est
réclamée par l’ensemble de la société civile en cours de constitution malgré le malmenage
qu’elle supporte, se voient régulièrement bafoués. Et ce notamment depuis la campagne de
lutte contre les avocats chinois initiée à l’été 2014. La dictature du PCC en Chine
continentale rendant l’ouverture politique inenvisageable, a tendance à ralentir et à obstruer le
processus de « juridicisation » de la société. Il bloque par là-même le développement et
l’adoption du droit par la société comme instrument privilégié de règlement des conflits.
Ainsi, l’Etat ne respectant pas le droit qu’il impose unilatéralement73, il mine la valeur que le
droit est censé revêtir dans les sociétés juridicisées. Dès lors, il ne paraît pas aberrant que les
agents économiques ne respectent pas un droit dont la valeur d’instrument de régulation des
conflits parait niée dès son origine.

72
Sur la question du caractère discutable de l’automaticité des relations entre développement économique et
démocratie voir MARCHESIN Philippe, « Démocratie et développement », In: Tiers-Monde, vol. 45, n°179,
2004
73
Comme il le fait régulièrement en arrêtant des avocats chinois en raison de leur prétendue incitation à la
subversion, cf. l’affaire Pu Zhiqiang

22
III. La singularité de la modernisation postsocialiste chinoise

La Chine présente la particularité de chercher à transformer son économie dans une optique
postsocialiste, pour passer d’une économie de plan à une économie de marché, tout en
cherchant à moderniser son économie sur le modèle étatiste développé par les économies
japonaise, coréenne et taiwanaise, et ce alors même que le Parti communiste cherche coûte
que coûte à se maintenir au pouvoir de manière autoritaire. La transition est pour le moins
singulière et historiquement inédite. Pendant au moins deux décennies, entre 1980 et 2000, la
Chine a réformé son secteur industriel d’Etat et a laissé émerger un secteur privé. Sa
transition postsocialiste n’a pas consisté en une thérapie de choc mais en un pragmatisme
prudent. Son rattrapage technologique s’est alors majoritairement appuyé sur des structures
étatiques fortes héritées du communisme tout en laissant de grands groupes industriels privés
se développer et innover.

Laissant de côté les solutions radicales, la Chine n’est pas passée brutalement du plan au
marché par le biais de privatisations massives. Le secteur public chinois est resté la propriété
de l’Etat au travers de la SASAC74. La politique chinoise a alors consisté à chercher à créer
des champions nationaux capables de tenir la concurrence étrangère. Ce n’est qu’à côté de
ces grandes entreprises d’Etat que le marché s’est développé. Des groupes industriels privés
ont alors émergé. L’Etat ayant réussi à maintenir un régime protectionniste tout au long des
années 1980 et 1990 avant son accession à l’OMC en 2001, le parc industriel chinois, aussi
bien public que privé, a eu le temps de se mettre au niveau de la concurrence internationale
avant d’en affronter le choc.

La modernisation de l’économie chinoise s’est faite pas à pas, de manière pragmatique.


L’Etat y a joué un rôle central. Tout au long des années 1980 et 1990, l’Etat a utilisé ses
devises étrangères accumulées par l’essor des industries manufacturières exportatrices pour
procéder à l’achat de technologies étrangères. L’Etat a ainsi été un pilote du processus de
transfert de technologie. Parallèlement à ce rôle moteur, l’Etat a également favorisé le
rattrapage technologique par une politique de protection des DPI pour le moins légère. Les
entreprises publiques et privées chinoises ont ainsi pu escalader l’échelle du développement
technologique progressivement, à l’abri de la concurrence internationale.

74
State-owned Assets Supervision and Administration Commission of the State Council (SASAC), en chinois
国资委 (guózī wěi) est la commission spéciale placée sur le Conseil des affaires de l’Etat qui gère les actifs de
l’Etat et gouverne les entreprises publiques.

23
Aujourd’hui confronté à un ralentissement de son économie, son modèle de développement
tourné vers les exportations paraît s’essouffler. Afin de garantir une croissance durable, la
Chine doit repenser son orientation économique. Elle semble ainsi entrer dans une phase de
transition allant vers une économie où l’innovation prend le pas sur la copie. La Chine
semble chercher à créer une économie de la connaissance sur son territoire. Ayant conscience
des précédents historiques (Japon, Corée du Sud et Taiwan), elle semble ne pas ignorer la
nécessité de mettre en place un système de protection des DPI performant. Cependant,
plusieurs décennies de croissance économique fondée sur la copie ont marqué les
comportements des agents économiques.

Dès lors, dans quelle situation se trouve actuellement la Chine ? L’ambivalence des attentes
des agents économiques (préservation des situations de rentes des pirates et protection plus
stricte des fruits de l’innovation des industries à la frontière technologique) permet-elle à la
Chine d’être en mesure de faire respecter les DPI de manière uniforme sur l’ensemble de son
territoire ? Dispose-t-elle seulement de groupes industriels capables d’innover ? Dans quel
cadre s’inscrivent ces groupes ? Comment fonctionne le système chinois de l’innovation ?
Est-il performant ? Existent-ils des liens particuliers entre le milieu de la recherche
universitaire (recherche fondamentale), les ministères (gouvernement) et les entreprises
(R&D) comme c’est le cas dans les autres économies de la connaissance ? En poussant plus
avant le questionnement, il est également envisageable de remettre en question le caractère
automatique et indiscutable du lien entre protection des DIP et innovation. Peut-il exister un
système innovant qui ne garantit pas la protection des DIP, tel que ce serait le cas en Chine ?
Enfin, dans une perspective plus politique, l’innovation peut-elle avoir lieu dans un système
politique rigide dont la Chine serait un exemple ?

La Chine populaire ayant été cataloguée depuis les années 1980 comme une nation de pirates,
la question des raisons et des modalités de l’inapplication du DPI a souvent été abordée de
manière biaisée. D’une manière très pragmatique, il est possible d’envisager l’inapplication
matérielle d’un droit comme se découpant en deux phases successives. Tout d’abord, le non-
respect des DPI s’effectue à l’échelle du producteur, lorsqu’il copie des produits et des
techniques protégées par des droits qu’il ne respecte pas. Il s’agit à ce moment-là d’un
comportement social émanant des agents économiques. Cette phase pourrait être qualifiée de
« sociologique » au sens où elle s’inscrit dans un comportement social. Dans un deuxième
temps, ce non-respect de droits pourtant reconnus par l’Etat entre dans une sphère

24
juridictionnelle où il est appréhendé par des juridictions nationales chargées de sa sanction. Il
peut alors être sanctionné ou non, voire mal sanctionné, par les juridictions locales pour
diverses raisons. Cette phase pourrait être qualifiée de « judiciaire ».

Il se pose ainsi plusieurs types de problèmes. Dans un premier temps, sociologiquement, il


peut exister une propension (dont l’origine et la réalité restent à déterminer) à ce qu’une
société ne respecte pas tel ou tel droit. Est-ce une question sociétale de tradition ou de
culture ? Est-ce le recoupement de plusieurs facteurs historiques, sociétaux et économiques ?
Dans un deuxième temps, judiciaire, il peut exister une propension à ce qu’un Etat et ses
institutions ne fassent pas respecter tel ou tel droit à l’ensemble de sa société pour des raisons
variées. Est-ce alors un problème institutionnel, d’organisation juridictionnelle ou de
faiblesse de la répression ? Est-ce un problème de manque de volonté politique ? Est-ce le
fait d’une structuration particulière de l’Etat chinois où les échelons locaux et nationaux ne
fonctionnent pas toujours dans la même direction ?

Certains observateurs ont présenté le non-respect chronique des DPI en Chine populaire
comme étant le fruit de son extranéité originelle. Afin de ne pas avoir à payer indéfiniment
des licences aux tenants étrangers des DPI, la Chine aurait préféré, par choix politique et
économique, ne pas s’encombrer du respect des DPI avant d’avoir atteint un certain stade de
développent marqué par la création d’une capacité innovatrice endogène. La Chine aurait
ensuite choisi d’inverser la tendance lorsqu’il lui aurait semblé opportun, faignant de se plier
aux exigences et pressions exogènes.

Historiquement, la question de l’inapplication des DPI sur le sol chinois a été un point crucial
des négociations d’accession de la Chine à l’OMC. Elle a ensuite été constamment soulevée
par les Etats-Unis et l’Union européenne depuis l’accession de la Chine à l’OMC en 2001. En
guise d’explication, il a été soulevé par les observateurs étrangers (les académiques
américains tels que William P. Alford) que le DPI, en tant que droit d’origine étrangère
souffrait d’une extranéité trop importante pour être appliqué en Chine. Son caractère étranger
l’empêchait d’être appliqué. Hautement technique, nouveau et ne répondant alors pas à des
besoins endogènes nationaux, (dans les années 1980 et 1990, la majeure partie des DPI était
étranger, les acteurs économiques locaux n’avaient pas encore de droits à protéger), les DPI
étaient inappliqués ou mal appliqués par les juridictions nationales car il ne répondait à aucun
besoin local.

25
Pendant les années 1980 et au début des années 1990, la croissance chinoise trouvait en effet
son origine dans les exportations de produits manufacturés. Les gouvernements locaux
étaient alors de véritables entrepreneurs. Les liens institutionnels entre les gouvernements
locaux et les activités économiques étaient ainsi très étroits. Le respect des DPI étant
considéré par les acteurs locaux comme une source de ralentissement de leur croissance, son
non-respect relevait potentiellement d’une stratégie de développement local. La source du
non-respect (ou du respect partiel) des DPI était alors semi-officielle ou relevait d’une
pratique sociale courante protégée (ou encouragée) par les autorités locales. Le droit alors
nouvellement édicté par Pékin n’était pas respecté, la montagne étant haute et l’empereur
étant loin.

De plus, la notion de droit ne recouvre pas les mêmes réalités en Chine que dans les
économies développées. Non du fait d’une altérité culturelle mais de fait de raisons
historiques particulières. La renaissance du juridique est relativement récente en Chine. Le
recours effectif à une juridiction sur l’ensemble du territoire chinois est encore parfois
difficile. Les liens incestueux entretenus par les gouvernements locaux et les juridictions
(l’ensemble sous l’égide du PCC) empêchent les juridictions de fonctionner indépendamment
du pouvoir politique. Aussi, dans une période de nombreux transferts technologiques, les
juridictions nationales n’étaient pas suffisamment bien formées pour appliquer correctement
les distinctions ténues qui existent entre certains types DPI. La question qui se pose alors est
de savoir si cette situation perdure aujourd’hui.

Aujourd’hui, la grande majorité des litiges en matière de DPI concerne uniquement des
acteurs chinois. La part des litiges incluant une partie étrangère a très fortement baissé. Cela
témoigne d’une appropriation des DPI par les acteurs chinois. Dorénavant tournées vers la
création d’un système d’innovation endogène, les politiques chinoises insistent davantage sur
le rôle central du respect des DPI. Les acteurs économiques chinois ont pris conscience du
manque à gagner du non-respect chronique de leurs DPI. Cependant, les changements de
comportements sociaux et institutionnels nécessitent du temps.

Dès lors, la question n’est plus de savoir si les DPI seront un jour respectés sur le territoire
chinois mais de savoir quand et comment. Comme le rappelle Jeffrey W. Berkman,
« although protection has in fact improved, it is unrealistic to ask the P.R.C., as a developing

26
country, to eradicate infringement overnight. »75 Dans ce cadre-ci, les juridictions nationales
(maintenant mieux formées et obéissant à la nouvelle politique gouvernementale) sont-elles
plus enclines à protéger les DPI ? Le DPI serait-il alors aujourd’hui en voie d’application car
il répondrait à des besoins endogènes de protection et de valorisation d’actifs immatériels
développés par les firmes chinoises, dans le cadre d’une transformation de l’économie
nationale ? Assiste-on aujourd’hui à un processus d’appropriation des DIP par les acteurs
chinois ? Assiste-on à l’éclosion d’une économie chinoise fondée sur la connaissance ? Les
disparités économiques régionales étant particulièrement importantes en Chine, assistera-t-on
à une application uniforme et immédiate à l’ensemble du territoire ou à un processus plus
progressif, d’est en ouest, du centre à la périphérie, de l’Etat central au pouvoir local ?

Le droit de la propriété industrielle a été adopté relativement récemment dans l’histoire de


Chine. Depuis le lancement des réformes d’ouverture, la République populaire de Chine a
construit un ensemble juridique complet protégeant les DPI, aujourd’hui en accord avec le
droit international, dans une double optique d’intégration à l’économie internationale d’une
part et de modernisation de son économie d’autre part (1ère Partie).

Afin d’instaurer une économie de la connaissance fondée sur l’innovation, Pékin a également
adopté une multitude de politiques nationales. Le pouvoir central a notamment renforcé les
liens institutionnels entre les acteurs de l’innovation à travers la création de pôles de
développement où les universités et les industriels peuvent coopérer. Les politiques
nationales de mise en avant de l’utilisation des DPI, comme les soutiens d’Etat (subventions,
avantages fiscaux) au dépôt de brevets par exemple, ont été reprises et suivies par les agents
économiques. L’étude de ces politiques et de l’appropriation par les agents économiques des
DPI permet de tracer les contours d’une sociologie du droit de la propriété industrielle en
Chine (2ème Partie).

Cependant, malgré une apparente appropriation des DPI par les agents économiques chinois,
l’utilisation de l’outil judiciaire pour faire valoir ces droits semble parfois rester difficile. La
nouvelle étape de l’application juridictionnelle des DPI censée suivre leur appropriation
nationale tarde à s’installer. En effet, cette application juridictionnelle du droit de la propriété
industrielle en Chine butte sur des difficultés structurelles propres à l’organisation du régime
autoritaire chinois (3ème Partie).

75
BERKMAN Jeffrey W., « Intellectual Property Rights in the P.R.C. : Impediments to Protection and the Need
for the Rule of Law », In: Pacific Basin Law Journal, vol. 15, issue 1, 1996, p. 15

27
La méthodologie adoptée lors de la réalisation du présent travail a été d’étudier des sources
primaires chinoises et secondaires de diverses origines. Les corpus académiques chinois et
étrangers sont ainsi venus éclairer des sources primaires formées de publications officielles
des institutions chinoises, étrangères et internationales, de décisions de justices des cours
chinoises, de rapports économiques concernant les entreprises et l’économie chinoises et
d’entretiens réalisés avec des avocats, des professeurs et des professionnels des DPI sur le
terrain chinois au cours de l’été 2013 et de l’hiver 2016.

28
1ère Partie. Le droit de la propriété industrielle dans la modernisation de l’économie
chinoise

Suite à l’intégration ou la réintégration des grandes organisations internationales telles que


l’ONU76, la Banque mondiale et le FMI77, la Chine émit le souhait de réintégrer le GATT78
au début des années 1980. Durant son long processus d’accession, le gouvernement chinois
dut procéder à la modernisation d’une économie planifiée et à la reconstruction juridique de
l’Etat, tout en intégrant progressivement l’économie mondiale. Les négociations de
l’accession de la Chine à ce qui allait devenir l’OMC en 1994 furent marquées par la
prégnance des vues étatsuniennes et européennes. Les Etats-Unis et les pays européens ont en
effet accordé une grande importance à la question de la reconstruction juridique du pays pour
stabiliser et sécuriser leurs investissements. En ce sens, et pour préserver leur avance
technologique, la protection de leurs propriétés intellectuelles sur le territoire chinois était
primordiale. L’adoption par la Chine d’un droit chinois de la propriété intellectuelle a ainsi
été le fruit d’une pression étrangère ne répondant que partiellement à des besoins endogènes
(I).

Si avant et après l’accession de la Chine à l’OMC en 2001, la Chine dût à plusieurs reprises
amender ses lois sur les marques de commerce et les brevets, ce fut pour partie du fait de
l’influence de ses partenaires commerciaux mais également pour adapter son droit à la
modernisation de son économie. Après de multiples réformes, la Chine dispose aujourd’hui
d’un système de protection des DPI complet et capable de répondre à des besoins désormais
nationaux (II).

En intégrant l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au
commerce (ADPIC)79 au titre de son accession à l’OMC, la Chine est également entrée dans
le cercle mondial de convergence, ou du moins de discussion, des questions de protection des
DPI. Si les DPI chinois se sont avérés en accord avec les normes internationales, la question
du degré de l’intégration chinoise à l’ordre juridique international subsiste toujours (III).

76
Le 25 octobre 1971
77
Le 15 mai 1980
78
General Agreement on Tariffs and Trade dont la Chine est l’une des 23 parties contractantes originelles de
1947
79
Agreement on Trade-Related Aspects of Intellectual Property Rights (TRIPS), annexe 1c des Accords de
Marrakesh instituant l’OMC, <https://www.wto.org/english/tratop_e/trips_e/t_agm0_e.htm>

29
I. Une naissance étrangère aux besoins endogènes

Les premiers essais de rédaction d’un droit de la propriété intellectuelle en Chine remonte au
tournant du XIXe et du XXe siècle 80 . Après l’élaboration des premières normes
internationales en la matière, la Convention de Paris de 1883 puis celle de Berne en 1886
(dont la Chine des Qing n’a jamais été une partie contractante), les puissances commerciales
(Angleterre et Etats-Unis principalement) usèrent de leur influence commerciale et
diplomatique pour faire démarrer le processus d’adoption de règlementations chinoises
relatives aux droits de la propriété intellectuelle sur le territoire chinois. Il apparaît toutefois
que les difficultés à l’adoption d’un système de protection national des DPI trouvèrent leurs
origines dans le scepticisme des plus hautes instances du pouvoir chinois de l’époque quant
au droit de manière générale et non pas dans une incompatibilité de la culture chinoise avec
le concept même de propriété intellectuelle. Comme le relève lui-même William P. Alford : «
Nonetheless, the Empress Dowager Cixi and her most influential advisors, especially in the
years immediately following the Boxer Uprising, regarded law reform as, at best, an
unfortunate short-term expedient needed to calm the restive masses and appease the treaty
powers before Qing power could be reasserted in its proper form. »81 C’est en réalité le
soutien étatique qui manqua à la première tentative d’incorporer les DPI dans la Chine
impériale.

La première moitié du XXe siècle de l’histoire de Chine étant particulièrement mouvementée,


aucune des initiatives alors entreprises à l’époque ne perdura sur le continent chinois après
1949 (la filiation s’est cependant perpétuée en République de Chine sur l’ile de Taiwan avec
le gouvernement nationaliste). Suite à la proclamation de la République populaire en 1949,
les dirigeants chinois tentèrent de mettre sur pied un système de DPI de type soviétique. Très
vite, le droit souffrant d’une étiquette de science bourgeoise et droitière à partir du
mouvement antidroitier de 1957, le droit de la propriété intellectuelle fut totalement écarté
pendant toute la période de la révolution culturelle. Ce n’est qu’à partir de la fin de la
révolution culturelle en 1976 et du début du renouveau juridique que s’est posé la question
d’introduire un système complet de protection des DPI en République populaire de Chine.
Après avoir réinstauré le précédent système socialiste de type soviétique, les gouvernants
communistes chinois envisagèrent d’adopter un système plus complet ayant pour double effet

80
Dont le détail historique pourra être trouvé dans ALFORD William P., op. cit.
81
ALFORD William P., op. cit., p. 47

30
d’encourager le développement technologique chinois et de sécuriser les investissements
étrangers.

A la fin de la révolution culturelle en 1976 et au commencement des réformes de Deng


Xiaoping lancées en 1979, la Chine se trouvait dans une situation économico-juridique
particulièrement difficile. Après toute une période maoïste marquée par la destruction
systématique des institutions économiques et juridiques jugées droitières, l’Etat chinois
devait faire face à une situation économique de sous-développement et à l’inexistence
d’institutions juridiques nécessaires à la sortie d’une telle situation.

Les dirigeants chinois décidèrent alors de passer du renzhi (人治, le gouvernement par
l’homme typique des décennies maoïstes) au fazhi (法治, le gouvernement par le droit
matérialisé par le concept de « légalité socialiste »)82 en lançant la période de réforme et
d’ouverture (改革开放 gaige kaifang). Ils firent entrer la Chine dans une période de
renouveau juridique pour réformer le pays efficacement et de le mettre sur le chemin de la
modernité (1).

Dans un tel contexte, les dirigeants chinois adoptèrent le pragmatisme comme mode d’action
principal tel que l’illustre le slogan de Chen Yun repris par Deng Xiaoping « traverser la
rivière en tâtonnant chaque pierre » (摸着石头过河 mozhe shitou guohe). Cependant, la
question de l’adoption d’une législation sur les DPI ne provient pas d’un besoin ressenti et
exprimé par les acteurs nationaux de l’économie chinoise auquel se devaient de répondre
pragmatiquement les dirigeants chinois. C’est en réalité la volonté d’attirer des
investissements directs étrangers (IDE) qui a présidé à l’élaboration d’une telle législation.
L’élaboration des premiers textes chinois a ainsi été le fruit d’une influence étrangère et
d’une volonté de favoriser le décollage économique n’ayant aucun lien avec des besoins
endogènes de protection de DPI chinois (2).

Suite à l’adoption par la Chine des premiers textes visant à protéger les DPI sur son territoire,
les partenaires commerciaux étrangers, mécontents de la qualité de la protection effective de
leurs droits ont perpétuellement pesé sur les réformes chinoises des DPI à travers différents
outils et ce jusqu’à l’accession de la Chine à l’OMC en 2001 (3).

82
PICQUET Hélène, La Chine au carrefour des traditions juridiques, Bruxelles: Bruylant, 2005

31
1. La situation économico-juridique chinoise au lancement des réformes

Lorsque Deng Xiaoping arrive au pouvoir en 1978, la République populaire de Chine ne


dispose que de fragments juridiques de type soviétique inadaptés à conduire le pays sur le
chemin des réformes économiques. Dans un premier élan de réforme, Deng Xiaoping lance la
politique des « quatre modernisations » (四个现代化 sige xiandaihua) en même tant que le
concept de « légalité socialiste » (社会主义法制 shehuizhuyi fazhi) en 1978, annonçant le
renouveau juridique des années 1980. Les réformes se sont traduites juridiquement par
l’adoption de la Constitution de 1982 83 et d’un ensemble de lois organiques 84 sur le
fonctionnement d’un Etat nouvellement légal, parallèlement à l’adoption de règles matérielles
régissant les rapports sociaux et commerciaux orientées vers l’éclosion et la sécurisation d’un
nouveau type d’économie liée à l’économie mondiale.

La RPC a du adopter un ensemble de textes remodelant intégralement le visage de l’Etat et de


son action en lui donnant un pendant légal. Le renouveau juridique était d’une importance
fondamentale pour attirer et consolider les investissements étrangers essentiels à un
développement économique stable. Le PCC a procédé graduellement à l’instauration de ce
que le chercheur Randall Peerenboom a nommé « a thin rule of law »85 (que l’on traduira en
français par « Etat de droit économique »86).

En ce qui concerne plus particulièrement le droit de la propriété intellectuelle, il est frappant


d’observer que ses fondements juridiques ont été adoptés très tôt dans l’histoire du renouveau
juridique chinois. Ainsi, la loi sur les marques de commerce87 est adoptée la même année que

83
中华人名共和国宪法, Constitution de la République Populaire de Chine, adoptée le 4 décembre 1982, dont
le texte peut être trouvé dans son intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site du gouvernement
central <http://www.gov.cn/gongbao/content/2004/content_62714.htm>, [dernière consultation 23/05/2015].
Une version anglaise officielle peut être trouvée sur le site de l’assemblée populaire
<http://www.npc.gov.cn/englishnpc/Constitution/node_2825.htm> [dernière consultation 23/05/2015]
84
Telles que la loi organique sur le Conseil des affaires de l’Etat 中华人民共和国国务院组织法 adoptée le 10
décembre 1982 ou encore la loi organique sur l’Assemblée nationale populaire 中华人民共和国全国人民代表
大会组织法 adoptée le même jour
85
PEERENBOOM Randall, China’s Long March toward the Rule of Law, Cambridge: Cambridge University
Press, 2002
86
formule empruntée à Leïla Choukroune, cf. CHOUKROUNE Leïla, L’accession de la République populaire
de Chine à l'Organisation mondiale du commerce, instrument de la construction d'un État de droit par
l'internationalisation. Thèse de doctorat, Droit international public, Paris : Université Panthéon-Sorbonne Paris
1, 2004
87
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce, adoptée le 23 août 1982, dont le texte peut être
trouvé dans son intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site du bureau des marques
<http://sbj.saic.gov.cn/flfg1/flfg/201309/t20130903_137807.html>, [dernière consultation 23/05/2015],
reproduite en annexe. Une version anglaise officielle peut être trouvée sur le site de WIPO
<http://www.wipo.int/wipolex/en/text.jsp?file_id=341321> [dernière consultation 23/05/2015]

32
la nouvelle constitution, en 1982. La loi sur les brevets88 est adoptée deux ans après, en 1984,
avant même la loi sur les principes généraux de droit civil 89 adoptée en 1986. En
comparaison avec les pays occidentaux, la Chine a adopté quasi simultanément l’ensemble
des édifices juridiques que des pays comme la France, l’Angleterre, l’Allemagne ou encore
les Etats-Unis ont mis plus d’un siècle à construire.

D’un point de vue strictement économique, la Chine était considérée comme un pays sous-
développé au tournant des années 1970 et 1980. L’économie chinoise était alors
majoritairement constituée d’une agriculture collectivisée (par le biais des communes
populaires) et d’une industrie lourde de type soviétique. Conscients du retard technologique
et économique du pays, les dirigeants chinois décidèrent d’une ouverture progressive de
l’économie chinoise aux investissements étrangers destinés à l’industrie manufacturière
d’exportation pour favoriser un développement progressif. Le lancement des zones
économiques spéciales (ZES) en 1979 a ainsi permis de créer des laboratoires
d’expérimentations avant l’élaboration et l’adoption de politiques nationales étendues à
l’intégralité du territoire chinois90.

Ne disposant alors d’aucune technologie assez développée nécessitant d’être protégée d’une
appropriation par leurs partenaires étrangers, les acteurs nationaux n’avaient aucunement
besoin d’avoir recours à des techniques de protection de leurs connaissances et savoir-faire
par les DPI. Au moment de l’adoption des premières législations du DPI au début des années
1980, c’est précisément les connaissances techniques et technologiques ainsi que les savoir-
faire qui manquaient aux acteurs nationaux du développement chinois. La majeure partie des
acteurs économiques chinois ne disposait pas de connaissances à protéger et à valoriser par le
biais d’outils juridiques sophistiqués, alors-même que le cadre juridique national n’était
encore que balbutiant et le recours au droit un réflexe inexistant. La Chine commençant tout
juste son renouveau juridique, il n’existait aucune pression sociale ou sociétale poussant à

88
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets, adoptée le 12 mars 1984, dont le texte peut être trouvé dans son
intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site du gouvernement central <http://www.gov.cn/flfg/2008-
12/28/content_1189755.htm>, [dernière consultation 23/05/2015], reproduite en annexe. Une version anglaise
officielle peut être trouvée sur le site de SIPO
<http://english.sipo.gov.cn/laws/lawsregulations/201101/t20110119_566244.html> [dernière consultation
23/05/2015]
89
中华人民共和国民法通则, Loi sur les principes généraux de droit civil, adoptée le 12 avril 1986, dont le
texte peut être trouvé dans son intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site de l’assemblée populaire
<http://www.npc.gov.cn/wxzl/wxzl/2000-12/06/content_4470.htm>, [dernière consultation 23/05/2015]. Une
version anglaise officielle peut être trouvée sur le site de WIPO
<http://www.wipo.int/wipolex/en/text.jsp?file_id=182628> [dernière consultation 23/05/2015]
90
BERGERE Marie-Claire, Capitalismes et capitalistes en Chine: XIXe-XXIe siècle, Paris: Perrin, 2007, p. 225

33
l’adoption de normes aussi techniques. Le renouveau juridique du début des années 1980
répondait prioritairement à une volonté politique de légaliser l’action du gouvernement pour
procéder à un gouvernement par la loi (法治 fazhi) et d’attirer des IDE pour moderniser
l’économie chinoise. L’outil juridique était alors vu par les dirigeants comme un outil de
gouvernement et ne traduisait pas encore les volontés de réforme issues des besoins exprimés
par la société.

Cette période de réforme s’inscrit dans une double transition économique dont le droit n’a été
que le reflet ou l’instrument. La Chine amorçait à l’époque sa transition d’un pays sous-
développé avec une économie planifiée vers un pays développé avec une économie de
marché. Dans ce contexte, les seuls acteurs économiques souhaitant pouvoir protéger leurs
connaissances sur le territoire chinois étaient des acteurs d’origine étrangère. De plus, en ce
qui concerne les relations entres acteurs proprement nationaux, la situation de monopole
d’Etat sur les industries ne rendait pas nécessaire l’adoption de DPI protégeant une propriété
privée alors inexistante. Indépendamment du discours politique et théorique développé au
moment de l’adoption du nouveau droit de la propriété intellectuelle au début des années
1980, qui relevait plus de l’idéologie ou du fantasme que de la réalité sociologique91, c’est en
réalité dans l’optique d’attirer des investissements étrangers pour développer son économie et
sous influence étrangère que la Chine s’est dotée d’une législation protégeant les DPI92.

2. Les marqueurs de l’influence étrangère présidant à l’adoption des DPI

Après avoir passé trois décennies à reconnaitre la République de Chine (Taiwan) comme
représentante de la nation chinoise, les Etats-Unis établirent formellement des relations
diplomatiques avec la République Populaire de Chine en janvier 1979. En juillet de la même
année, alors que les relations commerciales des Etats-Unis avec les Etats communistes étaient
déterminées par le Foreign Trade Act de 1974, imposant un traitement discriminatoire aux
pays communistes, les deux pays signèrent un accord commercial, The Agreement on Trade

91
Les hommes politiques de l’époque ont en effet présenté la réforme des DPI comme un élément essentiel de la
course au rattrapage technologique, sans pour autant prendre en compte la réalité sociologique et économique de
la société dans laquelle de telles réformes allaient s’inscrire. ALFORD William P., op. cit., p. 67-69
92
« It was then [au lancement de la politique d’ouverture et de réforme] that China began to embrace an all
encompassing intellectual property rights system (…). One of the key drivers for this was the interest in
attracting foreign investment and foreign technology. » Stoianoff Natalie P., « The Influence of the WTO Over
China’s Intellectual Property Regime », In: The Sydney Law Review, vol. 34, issue 1, 2012, p. 69

34
Relations Between the United States of America and the People’s Republic of China93. Cet
accord commercial posa le cadre général des relations commerciales à construire entre la
Chine et les Etats-Unis. En ce qui concerne les DPI, l’article VI de l’accord se lit comme
suit :

ARTICLE VI

1. Both Contracting Parties in their trade relations recognize the importance of effective
protection of patents, trademarks and copyrights.

2. Both Contracting Parties agree that on the basis of reciprocity, legal or natural persons of
either Party may apply for registration of trademarks and acquire exclusive rights thereto in the
territory of the other Party in accordance with its laws and regulations.

3. Both Contracting Parties agree that each Party shall seek, under its laws and with due regard
to international practice, to ensure to legal or natural persons of the other Party protection of
patent and trademark equivalent to the patent and trademark protection correspondingly
accorded by the other party.

4. Both Contracting Parties shall permit and facilitate enforcement of provisions


concerning protection of industrial property in contracts between firms, companies and
corporations, and trading organizations of their respective countries, and shall provide means,
in accordance with respective laws, to restrict unfair competition involving unauthorized use
of such rights.

5. Both Contracting Parties agree that each Party shall take appropriate measures, under its laws
and regulations and with due regard to international practice, to ensure to legal or natural
persons of the other Party protection of copyrights equivalent to the copy right protection
correspondingly accorded by the other Party.94

Le fait même que cet accord fondamental pour les relations commerciales sino-américaines
prévoit un article entier consacré au respect et à la reconnaissance des DPI est révélateur de
l’importance que reflétait cette question pour les Etats-Unis lors des négociations avec la
Chine. Dès 1979, la Chine avait donc pleinement conscience de l’importance primordiale que
revêtait la question des DPI pour le développement de son commerce extérieur et plus
généralement de son économie. C’était une condition posée par ses partenaires commerciaux
à de bonnes relations commerciales.

93
Signé le 7 juillet 1979 : US–PRC, 31 UST 4651, dont l’intégralité du texte peut être retrouvée ici :
<http://tcc.export.gov/trade_agreements/all_trade_agreements/people_china.asp>, [dernière consultation
23/05/2015]
94
Agreement on Trade Relations Between the United States of America and the People’s Republic of China,
Article VI, 7 juillet 1979, la typographie a été modifiée pour faire ressortir certains éléments

35
La rédaction de cet article induit deux implications majeures. Tout d’abord, elle exprime la
nécessaire adoption par la Chine d’un système légal de protection des DPI d’envergure
nationale dans un contexte de réciprocité. Ce nouveau système se devait ainsi et tout d’abord
de reconnaître les DPI d’entités étrangères sur le territoire chinois et de les faire respecter.
Ensuite, elle induit également la nécessaire conformité du système chinois à venir au système
international de protection des DPI. La Chine se retrouve ainsi dans l’obligation, tout d’abord
de rédiger un ensemble juridique de protection des DPI pour assurer le développement de son
commerce avec les Etats-Unis mais aussi de faire en sorte que ce système soit compatible
avec le système international déjà créé. Le gouvernement chinois ne disposait alors que de
peu de marge de manœuvre pour mettre en place un système répondant à des spécificités
chinoises ou à des conditions particulières propre à sa situation de pays en voie de
développement.

Privé de marge de manœuvre, les rédacteurs des nouveaux DPI chinois se sont inspirés des
différentes rédactions en vigueur à l’étranger afin de rédiger la loi sur les brevets de 1984 :

Resuming efforts under way even prior to the committee’s formal initiation to identify the full
range of options, delegations were dispatched to major industrial nations with differing
patent systems (including the United States, West Germany, and Japan); to socialist states
believed by the Chinese to be relatively prosperous (such as Romania and Yugoslavia); and to
the principal international bodies concerned with intellectual property issues (including the
World Intellectual Property Organization and the United Nations Education, Science and
Cultural Organization). The full patent laws of some 35 jurisdictions were translated and
those of more than 100 other nations summarized, while the legislation and practice of the
Nationalist Chinese, both on the mainland prior to 1949 and on Taiwan since, were carefully, if
quietly, scrutinized, as was the experience of Hong Kong.95

Témoin de l’influence étrangère et de la nécessité d’instituer un cadre protégeant les DPI


d’origine étrangère, la rédaction originelle de la loi sur les brevets semblait promettre une
plus grande protection accordée aux brevets étrangers. En effet, tandis que les Chinois étaient
soumis au pouvoir discrétionnaire de l’Etat et à la prégnance de la danwei pour déposer un
brevet, les étrangers pouvaient déposer les leurs à titre individuel. Cette personnalité de la loi
s’explique par la difficulté de prise en compte du concept de propriété individuelle privée
dans une Chine encore matériellement communiste et collective. En effet, après plus de trente
années de négation du concept même de propriété, reconnaître du jour au lendemain une
propriété individuelle privée sur des concepts intellectuels s’avérait politiquement et
idéologiquement périlleux. Ainsi, la notion de propriété privée dut subir une longue évolution

95
ALFORD William P., op. cit., p. 69

36
avant de n’être reconnue que relativement récemment96. Il a fallu attendre 2007 pour qu’une
loi sur les droits réels soit édictée97.

William P. Alford insiste également sur le fait que la création d’un système juridique de
protection des DPI avait un objet double, directement lié à l’étranger. La création de ce
système servait d’une part d’instrument de sécurisation à l’établissement des relations
commerciales avec les Etats-Unis et d’autre part d’instrument de légitimation politique aux
nouveaux dirigeants chinois :

As with patent, trademark, and copyright, the more general effort at establishing a formal legal
system has held considerable appeal for China’s leaders. It has constituted an unparalleled
vehicle for legitimation both at home and abroad, distinguishing the post-Cultural
Revolution leadership from its predecessors, while easing the anxieties of foreigners about
parting with technology and capital needed to fuel China’s modernization.98

Une fois les législations adoptées, l’influence étrangère s’est encore faite sentir à travers les
mémorandums signés entre la Chine et les Etats-Unis sur l’application des nouvelles
législations tout au long des décennies 1980 et 1990. Les négociations se sont révélées être
un bras de fer entre une nation souhaitant se développer à moindre frais, en évitant de
s’enfermer dans une situation de bonne payeuse de licence, face à des puissances
commerciales développées usant de leur pouvoir diplomatique pour protéger leur avance
technologique et leur domination commerciale.

3. La persistance de pressions étrangères à la réforme des DPI chinois

Suite aux plaintes récurrentes des entreprises américaines implantées ou non en Chine quant
au non-respect chronique de leurs DPI sur le territoire chinois, la diplomatie américaine a
maintenu une pression constante sur le gouvernement chinois. Cette pression s’est exercée
par le biais de mémorandums signés entre la Chine et les Etats-Unis jusqu’à l’accession de la
Chine à l’OMC en 2001. A cette pression diplomatique sur le respect des DPI s’est également

96
Cf. l’historique de Chen Jianfu sur les évolutions constitutionnelles en Chine : CHEN Jianfu, « La dernière
révision de la Constitution chinoise », In: Perspectives chinoises, n°82, 2004 ou encore CHEN Jianfu, « La
révision de la Constitution en République populaire de Chine », In: Perspectives chinoises, n°53, 1999, pp. 66-
79 ainsi que la thèse de Li Bin sur l’évolution du concept de propriété en Chine : LI Bin, La protection de la
propriété en Chine : transformation du droit interne et influence du droit international. Thèse de doctorat, Droit
comparé, Paris : Université Panthéon-Sorbonne Paris 1, 2009
97
中华人民共和国物权法, Loi sur les droits réels, adoptée le 16 mars 2007, dont le texte peut être trouvé dans
son intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site du gouvernement central
<http://www.gov.cn/flfg/2007-03/19/content_554452.htm>, [dernière consultation 23/05/2015]. Une version
anglaise officielle peut être trouvée sur le site de l’assemblée populaire
<http://www.npc.gov.cn/englishnpc/Law/2009-02/20/content_1471118.htm> [dernière consultation 23/05/2015]
98
ALFORD William P., op. cit., p. 93

37
ajoutée une pression relative au respect des droits de l’homme en Chine à la suite des
évènements de Tian’anmen.

La pression permanente de Washington pour que la Chine réforme ses DPI a une origine
double. Le relatif marasme économique américain des années 1990 a en partie poussé les
entreprises américaines à faire du lobbying auprès de Washington. On retrouve dans les
demandes américaines un certain nombre de revendications directement issues des industries
de l’informatique (logiciels) et de l’industrie culturelle (copyright) notamment. La décennie
1990 est marquée par plusieurs négociations sino-américaines relatives aux DPI qui
aboutirent à la signature de plusieurs mémorandums.

Le premier mémorandum sino-américain sur les DPI, le Memorandum of Understanding on


the Protection of Intellectual Property 99 date du 17 janvier 1992. Il insistait sur une
modification matérielle des lois, notamment de la loi sur les brevets100. Il était ainsi prévu une
augmentation de la durée de protection des brevets à 20 ans ainsi qu’une protection
spécifique accordée aux produits pharmaceutiques, chimiques et alimentaires notamment101.
Les réformes envisagées devaient également garder l’optique d’une mise en conformité des
normes chinoises avec les normes internationales102.

Après la signature de ce premier mémorandum et les modifications matérielles des DPI par le
gouvernement chinois, le problème de l’application de ces droits a persisté. De nouvelles
négociations ont conduit à la signature d’un nouveau mémorandum en 1995. Intervenu
quelques heures après que la date limite avant sanctions commerciales ait été dépassée103, le

99
Signé par la Chine et le Etats-Unis le 17 janvier 1992, dont le texte peut être trouvé en intégralité à cette
adresse : <http://tcc.export.gov/trade_agreements/all_trade_agreements/exp_005362.asp>, dernière consultation
[23/05/2015]
100
« The 1992 Patent Law changed the patent law to adapt the law to the needs of building China's socialist
market economic system. The change also reflected China's complying with the Sino-US Memorandum of
Understanding on Intellectual Property Protection reached by China and the United States Government in 1992.
», FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In : Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009
101
MERTHA Andrew C., The Politics of Piracy: Intellectual Property In Contemporary China, Ithaca: Cornell
University Press, 2005, p. 45
102
Memorandum of Understanding on the Protection of Intellectual Property, Article 3.3 : « Upon China's
accession to the Berne Convention and the Geneva Convention, these Conventions will be international treaties
within the meaning of Article 142 of the General Principles of the Civil Code of the People's Republic of China.
In accordance with the provisions of that Article, where there is an inconsistency between the provisions of the
Berne Convention and the Geneva Convention on the one hand, and Chinese domestic law and regulations on
the other hand, the international Conventions will prevail subject to the provisions to which China has declared
a reservation, which is permitted by those Conventions. »
103
BERKMAN Jeffrey W., « Intellectual Property Rights in the P.R.C. : Impediments to Protection and the
Need for the Rule of Law », In: Pacific Basin Law Journal, vol. 15, issue 1, 1996, p. 2 et 7

38
1995 Action Plan104 du 26 février 1995 a quant à lui consisté en une lettre de Madame Wu YI
(吴仪, alors ministre chinoise du commerce extérieur et de la coopération économique)
adressée à l’USTR doublée d’un plan d’action.

Il y était prévu une assistance technique des USA, la création d’un bureau national de
protection des DPI au Conseil des affaires de l’Etat, l’établissement d’un système dual de
recours judiciaire et administratif pour protéger efficacement les DPI, la publication de tous
les textes normatifs concernant les DPI ainsi que l’éducation et la popularisation des DPI au
sein de la société chinoise105. Ce dernier engagement avait pour objectif général d’éviter que
des cours faibles et mal formées soient le seul rempart contre la piraterie, et que l’ensemble
de la société civile intègre plus efficacement les concepts issus des DPI. Résumé par Jeffrey
Berkman, ce mémorandum avait quatre objectifs principaux :

The purpose of the 1995 MOU was to address four major obstacles to the protection of
intellectual property rights: (1) local protectionism, (2) weak enforcement institutions, (3)
incompetency of court and administrative personnel and lawyers, and (4) a general lack of
legal knowledge among the masses.106

Ces quatre grands objectifs ne s’étant malheureusement pas réalisés du jour au lendemain, la
Chine et les Etats-Unis signèrent un troisième mémorandum : le China Implementation of the
1995 Intellectual Property Agreement107 du 17 juin 1996. La guerre commerciale qui couvait
fut ainsi évitée de peu108. En effet, les menaces étatsuniennes de sanctions commerciales à
cause de la piraterie rampante s’étaient accentuées au cours de l’année et les tensions
s’étaient exacerbées. Les négociations se sont alors concentrées sur des questions relatives au
copyright. Les industries américaines étaient en effet enclines à faire remarquer que la
majeure partie des faits de piraterie concernait des DPI d’origine étrangère et tout
particulièrement les copyrights musicaux avec les CD et cassettes audio. En ce qui concerne
la propriété industrielle, les faits faisaient l’objet d’une couverture médiatique moindre. Dans
une volonté affichée par Pékin de lutter contre le protectionnisme local, le gouvernement
s’est engagé à conduire une réforme de l’appareil administratif de l’Etat et de charger le

104
Dont l’intégralité du texte peut être trouvée ici :
<http://tcc.export.gov/trade_agreements/all_trade_agreements/exp_005363.asp> dernière consultation
[23/05/2015]
105
ALFORD William P., op. cit.
106
BERKMAN Jeffrey W., « Intellectual Property Rights in the P.R.C. : Impediments to Protection and the
Need for the Rule of Law », In: Pacific Basin Law Journal, vol. 15, issue 1, 1996, p. 4
107
Dont le texte peut être trouvé dans son intégralité à l’adresse suivante :
<http://tcc.export.gov/trade_agreements/all_trade_agreements/exp_005361.asp> dernière consultation
[23/05/2015]
108
BERKMAN Jeffrey W., op. cit., p. 2

39
ministère de la sécurité publique d’enquêter sur la piraterie pour lutter contre les collusions
entre agence d’application des DPI et pirates officiels locaux. Cependant, le problème
provenant essentiellement et plus généralement de la faiblesse des juridictions en Chine, la
bonne volonté affichée par Pékin ne suffit pas à calmer les industriels américains.

La pression américaine s’est également exercée par le biais de la fameuse section « Special
301 »109 de l’Omnibus Trade and Competitiveness Act of 1988110. Cette section permet à
l’USTR de faire figurer sur une liste spéciale, la Special 301, les pays ne respectant pas
suffisamment les DPI selon le point de vue américain. Le lobbying des industriels américains
passait ainsi par l’USTR pour enclencher les pressions diplomatiques officielles. Entre 1988
et 1995, la Chine a figuré à deux reprises sur la Priority Watch List (1989 et 1990) puis le
pays a été déclaré Priority Foreign Country en 1991 avant d’améliorer quelque peu sa
position pour rester deux années de suite sur la simple Watch List (en 1992 et 1993). La
position de la Chine dans ce classement s’est ensuite maintenue dans la section Priority
Watch List de 1996 à aujourd’hui, indiquant une perception américaine du respect des DPI en
Chine durablement négative111. A titre de comparaison, Hong Kong est sorti de toute liste en
1999, le Japon en 2000, Macao en 2002 et Taiwan en 2009 au même moment que la Corée du
Sud112.

Suites à ces pressions étrangères, la Chine s’est pourvue d’une législation complète
consacrant les DPI. Cependant, dans sa logique de rattrapage économique, la Chine n’a
toutefois pas semblé voir l’intérêt d’assurer une protection stricte et efficace des DPI
nouvellement adoptées. D’une certaine manière, Pékin avait le choix entre un développement
économique accéléré grâce à la copie selon le modèle de modernisation asiatique ou au
paiement de licences d’exploitation des DPI étrangers particulièrement coûteux et ralentissant
de fait son rattrapage économique.

Le gouvernement central a adopté un ensemble de textes visant à protéger les DPI, puis les a
substantiellement réformés en fonction des pressions diplomatiques exercées par les Etats-
Unis par le biais des mémorandums, de l’USTR et des menaces de sanctions commerciales.
Ainsi, la Chine a rejoint les conventions internationales relativement tôt (19 décembre 1984

109
Cf. Introduction, II.
110
Dont le texte peut être trouvé en intégralité à l’adresse : <http://www.gpo.gov/fdsys/pkg/STATUTE-
102/pdf/STATUTE-102-Pg1107.pdf>, dernière consultation [23/05/2015]
111
International Intellectual Property Alliance, 2014 Special 301 : History of Special 301 Rankings, 7 février
2014
112
Cf. Introduction, II.

40
pour la Convention de Paris113 et le 10 juillet 1992 pour la Convention de Berne114) et
réformé ses lois sous les pressions occidentales. Elle bénéficie aujourd’hui d’un système de
protection des DPI matériellement en mesure de protéger efficacement tous types de droit de
la propriété industrielle.

113
Dont le détail de relatif à la signature peut être retrouvé sur le site de WIPO
<http://www.wipo.int/treaties/en/remarks.jsp?cnty_id=209C>, dernière consultation [27/05/2015]
114
Dont le détail de relatif à la signature peut être retrouvé sur le site de WIPO
<http://www.wipo.int/treaties/en/remarks.jsp?cnty_id=931C>, dernière consultation [27/05/2015]

41
II. Une législation chinoise désormais complète

La législation chinoise relative aux droits de la propriété industrielle comprend différents


régimes répartis en deux lois principales. La loi sur les marques de commerces adoptée le 23
août 1982 préside aux droits relatifs aux marques de commerce tels que le nom commercial,
l’enseigne, le logo, etc. (1). Quant à elle, la loi sur les brevets adoptée le 12 mars 1984
reconnait trois types de brevets en Chine : le brevet d’invention, les modèles d’utilité et les
dessins et modèles industriels (2). Ces lois, associées à l’établissement d’un appareil
administratif chargé de l’enregistrement et de la reconnaissance des différents DPI
constituent un ensemble juridique et institutionnel complet, comparable à ceux que l’on
trouve dans les pays développés (3).

1. La loi sur les marques de commerce

La première loi chinoise moderne sur les marques de commerce, adoptée le 23 août 1982115, a
été réformée successivement en 1993116, 2001117 et 2013118 pour satisfaire aux exigences
internationales ainsi qu’aux besoins et réalités chinois. Dans sa version originale de 1982, la
loi avait pour objectif, dont la liste était formulée dans son article 1er, « de protéger le droit
exclusif d’utiliser une marque de commerce, d’encourager les producteurs à garantir la
qualité de leurs produits et de maintenir la réputation de leurs marques afin de protéger les
intérêts des consommateurs et de promouvoir le développement d’une économie socialiste
marchande (社会主义商品经济 shehui zhuyi shangpin jingji). »119 Cet article n’évolua que
marginalement au fil des réformes successives.

115
Cf. note 80, 中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce, adoptée le 23 août 1982, dont le
texte peut être trouvé dans son intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site du bureau des marques
<http://sbj.saic.gov.cn/flfg1/flfg/201309/t20130903_137807.html>, dernière consultation [23/05/2015],
reproduite en annexe. Une version anglaise officielle peut être trouvée sur le site de WIPO
<http://www.wipo.int/wipolex/en/text.jsp?file_id=341321> dernière consultation [23/05/2015]. La version
originale de 1982 peut être trouvée à cette adresse
<http://www.lawinfochina.com/display.aspx?lib=law&id=12152&CGid=> dernière consultation [27/05/2015].
116 er
1 amendement daté du 22 février 1993, dont le texte peut être trouvé dans son intégralité à cette adresse :
<http://www.wipo.int/wipolex/en/details.jsp?id=845>, dernière consultation [27/05/2015]
117 ème
2 amendement daté du 27 octobre 2001, dont le texte peut être trouvé dans son intégralité à cette adresse :
<http://www.wipo.int/wipolex/en/details.jsp?id=5003>, dernière consultation [27/05/2015]
118 ème
3 amendement daté du 30 août 2013, dont le texte peut être trouvé dans son intégralité à cette adresse :
<http://www.wipo.int/wipolex/en/details.jsp?id=13198>, dernière consultation [27/05/2015]
119
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (1982), article 1er, « 第一条 为了加强商标管理
,保护商标专用权,促使生产者保证商品质量和维护商标信誉,以保障消费者的利益,促进社会主义商
品经济的发展,特制定本法。»

42
La loi, découpée en 42 articles, donnait un pendant légal au dépôt de marques devant le
Bureau des marques de commerce120 (chapitres II et III) et définissait leur régime (chapitres
IV, V, VI et VII). Dressant la liste de ce qui ne saurait constituer une marque valable à
l’article 8121, les marques trouvaient un semblant de définition dans l’article 7 de la loi
comme étant « des termes, des designs ou une combinaison des deux »122. La marque,
reconnue pour 10 ans123 renouvelables124, conférait un droit exclusif à son utilisation par son
propriétaire125. Cependant, un tel droit n’était conféré qu’à une liste exhaustive d’entités, à
savoir les « entreprises (企业 qiye), les danwei(事业单位 shiye danwei) et les hommes
d’affaires (个体工商业者 geti gongshangye zhe) »126.

La 1ère réforme de 1993 a été adoptée pour adapter la loi de 1982 à la Convention de Paris
jointe en 1984127. La 2ème réforme a été adoptée en 2001 pour mettre en accord le droit
chinois avec les normes de l’OMC applicables aux droits de la propriété intellectuelle
(ADPIC) 128 . Les modifications apportées ont alors été substantielles avec quelques 47
amendements. L’article 4 a notamment été modifié, l’ancienne liste restrictive des entités
capables de déposer et de jouir d’une marque laissant la place à « toute personne physique (

120
国家工商行政管理总局商标局, Trademark Office of the State Administration for Industry and Commerce
of the People’s Republic of China, créé en 1978 et placé, comme son nom l’indique, sous l’autorité de la State
Administration for Industry and Commerce (SAIC) du Conseil des affaires de l’Etat, <http://sbj.saic.gov.cn/>
121
Liste qui intègre les exceptions classiques des symboles qui ne sauraient être utilisés pour une marque tel que
les symboles nationaux, les noms génériques désignant les objets communs, les symboles discriminants…, Cf.
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce, article 8
122
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (1982), article 7, « 商标使用的文学、图形或
者其组合 »
123
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (1982), article 23, « 注册商标的有效期为十年,
自核准注册之日起计算。»
124
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (1982), article 24, « 注册商标有效期满,需要
继续使用的,应当在期满前六个月内申请续展注册。»
125
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (1982), article 3, « 商标注册人享有商标专用
权,受法律保护。»
126
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (1982), article 4, « 企业、事业单位和个体工
商业者,对其生产、制造、加工、拣选或者经销的商品,需要取得商标专用权的,应当向商标局申请注
册。»
127
SHI Wei, Intellectual Property in the Global Trading System: EU-China Perspective, Berlin: Springer-
Verlag Berlin Heidelberg, 2008, p. 79
128
SHI Wei, op. cit., p. 79 ou encore KOSSOF Paul, « The New Chinese Trademark Law », In: The Trademark
Reporter, vol. 104, issue 4, 2014

43
自然人 ziran ren)ou morale (法人 faren) ainsi que toute autre forme d’organisation (其
他组织 qita zuzhi) »129.

De nouveaux types de marques ont également fait leur apparition avec l’incorporation à
l’article 3 des marques collectives (集体商标 jiti shangbiao), des certifications (证明商标
130
zhengming shangbiao) et l’incorporation d’un article 16 relatif aux indications
géographiques (地理标志 dili biaozhi)131. Fait notable, la nouvelle version de la loi des
marques créait une reconnaissance légale de la protection accordée aux marques notoires (驰
名商标 chiming shangbiao) à son article 13132.

La loi relative aux marques de commerce a également été réformée en 2013, réforme entrée
en vigueur mai 2014. Dans l’optique de créer un cadre de protection des marques enregistrées
plus strict, le dernier amendement prévoit une augmentation significative des réparations
allouées en cas de dommages. Ce dernier amendement crée aussi la possibilité de protéger un
son (声音 shengyin) en tant que marque de commerce133 et de faire enregistrer simultanément
une même marque de commerce pour plusieurs classes 134 . Cet amendement comporte
également un volet visant à améliorer le fonctionnement du Bureau des marques de
commerce. Les articles 19 et 20 imposent notamment au Bureau des marques de commerce
une obligation générale de bonne foi dans son fonctionnement pour lutter contre les
enregistrements frauduleux135.

Dans sa version actuelle, la loi sur les marques de commerce présente également quelques
spécificités. La Chine applique par exemple le mécanisme du primo-déposant fondé sur le

129
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2001), article 4, « 自然人、法人或者其他组
织对其生产、制造、加 工、拣选或者经销的商 品,需要取得商标专用权的,应当向商标局申请商品商
标 注册。»
130
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2001), article 3, « 经商标局核准注册的商标
为注册商标,包括商品商标、服务 商标和集体商标、证明商标。»
131
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2001), article 16, « 商标中有商品的地理标志,
而该商品并非来源于该标志所标示的地区,误导公众的,不予注册并禁止使用。»
132
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2001), article 13, « 就相同或者类似商品申请
注册的商标是 复制、摹仿或者翻译他人未在中国注册的驰名商标,容易导致混淆的,不予注册并禁止
使用。»
133
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2013), article 8, « 任何能够将自然人、法人
或者其他组织的商品与他人的商品区别开的标志,包括文字、图形、字母、数字、三维标志、颜色组合
和声 音 等,以及上述要素的组合,均可以作为商标申请注册。»
134
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2013), article 22, « 商标注册申请人可以通
过一份申请就多个类别的商品申请注册同一商标。»
135
KOSSOF Paul, op. cit., p. 871-877

44
système de droit civil de l’enregistrement de la marque de commerce auprès d’une institution
dédiée et non celui du premier utilisateur propre au système de common law. Cependant, le
système chinois reconnaît et protège également les marques notoires bien que celles-ci ne
soient pas enregistrées136.

Dans cette configuration particulière du primo-déposant (qui est également le cas de la


France), le premier à déposer une marque jouit d’un monopole d’utilisation de celle-ci. Cette
situation crée des difficultés dans le cadre chinois. En effet, il est possible d’enregistrer (en
anglais et plus particulièrement en chinois) une marque existante à l’étranger mais non encore
enregistrée en Chine pour la revendre par la suite à l’entreprise étrangère qui l’utilise
réellement. Les procédures judiciaires pour faire invalider une marque enregistrée
frauduleusement étant longues, incertaines et difficiles, de nombreuses compagnies préfèrent
racheter leur marque plutôt que d’engager des poursuites. En effet, il paraît encore
relativement difficile de faire invalider une marque déposée « frauduleusement »137 en Chine
si celle-ci a bel et bien été utilisée, comme l’attestent les cas Pfizer et Jordan138.

La dernière réforme vise à adresser directement ce type de situation en prévoyant dorénavant


une disposition concernant l’enregistrement de mauvaise foi et la possibilité d’obtenir des
compensations pour une utilisation de bonne foi d’une marque non-déposée. Le principe de
bonne foi prend désormais une importance centrale, notamment dans les procédures
d’enregistrement devant le Bureau des marques139. Il reste cependant à voir comment les
agents économiques et les institutions judiciaires se saisiront de ces nouvelles dispositions.

En plus de viser à protéger les agents économiques ayant déposé une marque, la loi traduit
également une orientation de protection des consommateurs. Sa rédaction semble en effet
avoir pour objectif d’éviter au consommateur de croiser des produits de mauvaise qualité sur
le marché. Les marques visant à asseoir leur domination sur le marché, elles sont amenées à

136
KOSSOF Paul, « Chinese National Well-Know Trademarks and Local Famous Trademarks in Light of the
2013 Trademark Law: Status, Effect, and Adequacy », In: The John Marshall Review of Intellectual Property
Law, vol. 13, issue 1, 2013
137
Selon le point de vue du propriétaire de la marque à l’étranger
138
DRESDEN Matthew, « Not so fast, fashionistas: China trademark registration is still required », In:
ChinaLawBlog.com, 17 juillet 2015, <http://www.chinalawblog.com/2015/07/not-so-fast-fashionistas-china-
trademark-registration-is-still-required.html>, dernière consultation [30/09/2015] ou encore DRESDEN
Matthew, « Don’t Be Like Mike: Register Trademarks In CHINESE », In: ChinaLawBlog.com, 9 aout 2015,
<http://www.chinalawblog.com/2015/08/dont-be-like-mike-register-trademarks-in-chinese.html>, dernière
consultation [30/09/2015]. Pour une analyse du cas Pfizer cf. CHOW Daniel C. K., « Lessons from Pfizer 's
Disputes Over its Viagra Trademark in China », In: Maryland Journal of International Law, vol. 27, issue 1,
2012
139
KOSSOF Paul, op. cit.

45
revendiquer et à défendre la qualité de leurs produits vis-à-vis de leurs concurrents. Protéger
matériellement une marque de commerce vise donc à protéger les investissements réalisés par
une marque dans ses produits et à garantir leur rentabilité. Protéger l’effort économique
fourni par les industriels pour procurer aux consommateurs des produits de qualité sert donc
in fine à protéger les consommateurs140.

2. La loi sur les brevets

La première loi chinoise moderne sur les brevets, adoptée le 12 mars 1984141, a été réformée
successivement en 1992142, 2000 143 et 2008144. Une quatrième réforme est en cours de
préparation, la phase de consultations publiques ayant été menée au printemps 2015.
Amendée à plusieurs reprises pour répondre tout d’abord aux pressions internationales puis
aux besoins nationaux, la loi sur les brevets de la RPC n’offre que peu de « spécificités
chinoises ». Le 1er amendement de 1992 a été adopté suite à l’accession de la Chine à la
Convention de Paris en décembre 1984. Si les modifications apportées à l’époque ont visé à
rendre compatible le droit chinois et la Convention de Paris, il n’en reste pas moins que,
selon les observateurs de l’époque, le droit chinois des brevets servait tout d’abord de base
juridique aux transferts de technologies avant de chercher à soutenir l’éclosion du progrès
technologique endogène145.

Le 2nd amendement de 2000, dans la même optique, était quant à lui destiné à satisfaire les
exigences relatives à l’adhésion de la Chine à l’OMC146. Il s’articulait autour de trois axes

140
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2013), article 1,« 为了加强商标管理,保护
商标专用权,促使生产、经营者保证商 品 和 服 务 质 量 ,维护商标信誉,以保障消 费 者 和生产、经营者
的 利 益 ,促进社会主义市场经济的发展,特制定本法。»,
141
Cf. note 81, 中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets, adoptée le 12 mars 1984, dont le texte peut être
trouvé dans son intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site du gouvernement central
<http://www.gov.cn/flfg/2008-12/28/content_1189755.htm>, [dernière consultation 23/05/2015], reproduite en
annexe. Une version anglaise officielle peut être trouvée sur le site de SIPO
<http://english.sipo.gov.cn/laws/lawsregulations/201101/t20110119_566244.html> [dernière consultation
23/05/2015]
142 er
1 amendement daté du 4 septembre 1992, dont le texte peut être trouvé dans son intégralité à cette adresse :
<http://www.wipo.int/wipolex/en/details.jsp?id=844>, dernière consultation [30/09/2015]
143 ème
2 amendement daté du 25 août 2000, dont le texte peut être trouvé dans son intégralité à cette adresse :
<http://www.wipo.int/wipolex/en/details.jsp?id=860>, dernière consultation [30/09/2015]
144 ème
3 amendement daté du 27 décembre 2008, dont le texte peut être trouvé dans son intégralité à cette
adresse : <http://www.wipo.int/wipolex/en/details.jsp?id=5484>, dernière consultation [30/09/2015]
145
Ainsi que le relève Geoffrey T. Willard : « The Patent Law evidences a commitment on the part of the PRC
to encourage foreign investment and technology transfer. », WILLARD Geoffrey T., « An Examination of
China’s Emerging Intellectual Property Regime: Historical Underpinnings, the Current System and Prospects
for the Future », In: Indiana International & Comparative Law Review, vol. 6, 1996
146
« The direct motivation of the 2000 Patent Law was to be qualified to enter into the World Trade
Organization (WTO). The 2000 Patent Law was an attempt by China to meet the requirements of the Trade-

46
majeurs identifiés par Cheng Jiwen : une simplification des procédures de demande d’octroi
des brevets, une simplification des mesures d’application des droits une fois reconnus et un
renouveau de la protection judiciaire et administrative accordée aux brevets147. L’apparition
dans la lettre de la loi de la notion d’innovation préfigurait également un changement de plus
grande ampleur qui allait s’accentuer avec la réforme de 2008.

Ce n’est qu’avec le 3ème amendement de la loi des brevets de 2008 que le législateur chinois a
cherché à pleinement répondre à des besoins endogènes. En effet, ce dernier amendement,
alors que les deux précédents visaient en partie à assurer la concordance du droit chinois et
du droit international, peut être vu comme ne cherchant à répondre qu’à des objectifs
nationaux. Ainsi, selon Xiaoqing Feng : « In comparison, the third amendment to the Patent
Law is mainly a reflection of the needs of developments of China herself, which is obviously
reflected in the important role of the patent law in the promotion of China's independent
innovation and the establishment of an innovation-oriented country. »148

La modification de l’écriture de l’article 1er de la loi sur les brevets, explicitant le rôle et les
buts visés par la loi, témoigne de cette évolution. En 2000, le remplacement du terme
« développement » (发展 fazhan) par « progrès et innovation » (进步和创新 jinbu he
chuangxin) dans cet article 1er représentait l’apparition des concepts de progrès et
d’innovation comme buts recherchés par la loi des brevets. A partir de 2000, le droit des
brevets visait ainsi directement le progrès technique endogène, ainsi qu’en témoigne la lettre
du texte de son article 1er : « 为了保护发明创造专利权,鼓励发明创造,有利于发明创造
的推广应用,促进科学技术进步和创新 149,适应社会主义现代化建设的需要,特制定
本法。»150

Related Aspects of Intellectual Property Rights Agreement. (…) Two amendments to the Patent Law mainly
attach more importance to importing foreign advanced technology and strengthening intellectual property for
foreign investment. », FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent
Innovation and Patent Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China »,
In : Pittsburgh Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009
147
CHEN Jiwen, « Better Patent Law for International Commitment—The Amendment of Chinese Patent
Law », In: Richmond Journal of Global Law and Business, vol. 2, issue 1, 2001
148
FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In : Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009
149
« 进步和创新 » (progrès et innovation) remplace « 发展 » (développement) de la version de 1992
150
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2000), article 1, dans sa version anglaise officielle : « This Law
is enacted to protect patent rights for inventions-creations, to encourage invention-creation, to foster the
spreading and application of inventions-creations and to promote the development and innovation of science
and technology for meeting the needs of the construction of socialist modernization. »

47
En 2008, le texte de l’article 1er a été substantiellement modifié pour pousser plus avant la
nouvelle orientation nationale. L’objet même de la loi a alors évolué. Alors qu’auparavant la
loi visait à reconnaître l’existence et à protéger le « brevet d’invention-création » (发明创造
专利权 faming chuangzao zhuanliquan), la loi visait dorénavant à protéger les « droits et
intérêts légalement reconnus aux détenteurs de brevets » (专利权人的合法权益 zhuanli
quanren de hefa quanyi). Ce nouvel amendement orientait ainsi la nouvelle loi des brevets
vers une conception plus proche des acteurs, supposés nationaux pour la plus grande partie,
d’une innovation qui se devait d’être endogène. La loi des brevets reconnaissait ainsi
officiellement les DPI comme un instrument de protection et donc de valorisation des
innovations apportées par les acteurs économiques.

La nouvelle orientation nationale s’est également traduite par un travail de reformulation à


caractère plus politique. Ainsi, « favoriser l’application généralisée des inventions-créations »
(有利于发明创造的推广应用 youliyu faming chuangzao de tuiguang yingyong), formule
hasardeuse, a été remplacée par « promouvoir l’application des inventions-créations » (推动
发明创造的应用 tuidong faming chuangzao de yinyong). Tandis que l’objectif politique « de
répondre aux besoins relatifs à l’édification de la modernisation socialiste » (适应社会主义
现代化建设的需要 shiying shehui zhuyi xiandaihua jianshe de xuyao) a été remplacé par la
promotion du « développement économique et social » (经济社会发展 jingji shehui fazhan).
L’article 1er se lisant désormais : « 为了保护专利权人的合法权益 151,鼓励发明创造,
推动发明创造的应用152,提高创新能力,促进科学技术进步和经济社会发展 153,制
定本法。»154

Selon la lettre de l’article 22 de la loi sur les brevets, le brevet d’invention (发明专利 faming
zhuanli) peut être accordé pour tout produit (产品 chanpin), service ou processus (方法
fangfa) qui correspond à certain degré de nouveauté (新颖性 xinying xing), d’inventivité (创

151
« 专利权人的合法权益 » (droits et intérêts légalement reconnus aux détenteurs de brevets) remplace « 发明
创造专利权 » (brevet d’invention) de la version de 2000
152
« 推动发明创造的应用 » (promouvoir l’application des inventions-créations) remplace « 有利于发明创造
的推广应用 » (favoriser l’application généralisée des inventions-créations) de la version de 2000
153
« 经济社会发展 » (le développement économique et social) remplace « 适应社会主义现代化建设的需要 »
(afin de répondre aux besoins relatifs à l’édification de la modernisation socialiste) de la version de 2000
154
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008), article 1, dans sa version anglaise officielle : « This Law
is enacted for the purpose of protecting the lawful rights and interests of patentees, encouraging invention-
creation, promoting the application of invention-creation, enhancing innovation capability, promoting the
advancement of science and technology and the economic and social development. »

48
造性 chuangzao xing) et d’application industrielle (实用性 shiyong xing). L’exigence de
nouveauté a évolué avec la réforme de 2008 en incorporant dorénavant la nécessité d’une
nouveauté également au regard de ce qui se fait à l’étranger (création du standard de la
nouveauté internationale). La réforme de 2008 supprime ainsi l’ancienne distinction
nationale/régionale/mondiale qui permettait potentiellement de breveter les innovations
étrangères inconnues en Chine ou dans la région. Depuis 2008, les brevets ainsi que les
dessins et modèles se doivent de se démarquer substantiellement (明显区别 mingxian
qubie)155 des droits déjà conférés et notamment à l’étranger. L’obtention du brevet advient
après un examen substantiel (实质审查 shizhi shencha). Une fois obtenu auprès du Bureau
des brevets156, la protection dure 20 ans157, comme dans le cas français.

Le droit chinois des brevets présente une spécificité. Selon la lettre de l’article 19, les
étrangers non-implantés en Chine doivent passer pas une agence légale de représentation
pour faire enregistrer leurs brevets158. Tandis que les Chinois (que l’on suppose implantés sur
le territoire) n’en ont que la faculté. Ces agences légales de représentation font l’office d’une
autorisation d’exercice préalable pour éviter l’essor de fraudes 159 . Autre « spécificité
chinoise », l’article 20 oblige les acteurs de l’innovation (étrangers ou chinois) qui veulent
déposer un brevet à l’étranger d’une innovation dont le travail de R&D a été réalisé sur le sol
chinois à d’abord soumettre une demande particulière au State Council 160. Selon Feng

155
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2000), article 23
156
国家知识产权局, guojia zhishi chanquan ju, State Intellectual Poperty Office (SIPO), placé directement sous
la direction du Conseil des affaires de l’Etat (sans passer par l’échelon de la SAIC comme c’est le cas pour le
Bureau des marques), <http://www.sipo.gov.cn/>
157
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 42, 发明专利权的期限为二十年,(…) 均自申
请日起计算。Dans sa version anglaise officielle : « The duration of the invention patent right shall be 20 years
(…) commencing from the date of application. »
158
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 19, 在 中 国 没 有 经 常 居 所 或 者 营 业 所 的 外国
人、外国企业或者外国其他组织在中国申请专利和办理其他专利事务的,应 当 委托依法设立的专利代
理机构办理。 中 国 单 位 或 者 个 人 在国内申请专利和办理其他专利事务的,可 以 委托依法设立的专利代
理机构办理。Dans sa version anglaise officielle : « If a foreigner, foreign enterprise, or other foreign
organization without a regular residence or business site in China intends to apply for a patent or handle other
patent-related matters in China, he or it shall entrust a legally established patent agency with the application and
such matters. If a Chinese unit or individual intends to apply for a patent or handle other patent-related matters
in China, it or he may entrust a legally established patent agency with the application and such matters. »
159
FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In: Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009, p. 10
160
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 20, 任何单位或者个人将在 中 国 完 成 的 发 明
或 者 实 用 新 型 向 外 国 申 请 专 利 的 ,应 当 事 先 报 经 国 务 院 专 利 行 政 部 门 进 行 保 密 审 查 。保密审查的
程序、期限等按照国务院的规定执行。Dans sa version anglaise officielle : « Any unit or individual that
intends to apply for patent in a foreign country for an invention or utility model accomplished in China shall
submit the matter to the patent administration department under the State Council for confidentiality

49
Xiaoqing, cette obligation légale viserait à éviter la sortie vers l’étranger du savoir généré en
Chine161.

Le régime chinois des brevets prévoit une autre spécificité avec le modèle des designated
license (指定许可,zhiding xuke) de l’article 14 162 . Cette spécificité reste cependant
particulièrement encadrée. En effet, elle ne concerne que les entreprises d’Etat (国有企业事
业单位 guoyou qiye shiye danwei), lorsqu’un intérêt national est en jeu (对国家利益或者公
共利益具有重大意义 dui guojia liyi huozhe gonggong liyi juyou zhongda yiyi) concernant
uniquement les brevets d’invention (发明专利 faming zhuanli). Ainsi que l’explique Feng
Xiaoqing : « According to the 2009 Patent Law, designated license is limited to the invention
patent owned by state-owned enterprises and institutions with great significance to the state
interests or the public interest. It excludes the invention patent owned by the collective-
owned enterprises or individuals, thereby greatly reducing the scope of the application of
designated license. »163 Cette exception semble dès lors ne pouvoir s’appliquer qu’à des cas
potentiellement rares.

Le droit chinois des brevets prévoit d’autres droits de propriété industrielle que les brevets à
proprement parler. Le droit chinois répond ainsi au triptyque classique des brevets d’une part,
des modèles d’utilité d’autre part et des dessins et modèles industriels enfin. Les modèles
d’utilité (utility models 实用新型 shiyong xinxing) peuvent être accordés concernant la forme
(形状 xingzhuang) ou la structure (构造 gouzao) d’un produit lorsque cela répond à un

examination. Such examination shall be conducted in conformity with the procedures, time limit, etc. prescribed
by the State Council. »
161
FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In: Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009, p. 12
162
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 14, 国有企业事业单位的发明专利,对国家利
益或者公共利益具有重大意义的,国务院有关主管部门和省、自治区、直辖市人民政府报经国务院批准
,可以决定在批准的范围内推广应用,允许指定的单位实施,由实施单位按照国家规定向专利权人支付
使用费。Dans sa version anglaise officielle : « If an invention patent of a State-owned enterprise or institution
is of great significance to national or public interests, upon approval by the State Council, the relevant
competent department under the State Council or the people's government of the province, autonomous region,
or municipality directly under the Central Government may decide to have the patent widely applied within an
approved scope and allow the designated units to exploit the patent, and the said units shall pay royalties to the
patentee in accordance with the regulations of the State. »
163
FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In: Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009, p. 13

50
critère d’utilisation pratique 164 . Contrairement aux brevets d’invention, ces droits ne
nécessitent pas d’examen substantiel et s’avèrent donc plus faciles à obtenir165. L’impératif
de nouveauté et d’utilisation pratique préside à leur acquisition166 mais le degré d’inventivité
requis est moindre, du fait de l’inexistence d’un examen substantiel. Leur obtention se fait
plus rapidement et plus facilement mais leur durée de protection est plus courte (10 ans)167.

Les dessins et modèles industriels (design patent 外观设计 waiguan sheji) sont accordés
quant à l’apparence d’un produit. La forme (形状 xingzhuang), les motifs (图案 tu’an) ou
encore les couleurs (色彩 secai) d’un produit fondent la protection des dessins et modèles
industriels lorsqu’ils rendent ce produit particulièrement reconnaissable168. Les dessins et
modèles industriels subissent le même type d’examen que les modèles d’utilité et sont donc
aussi faciles à obtenir169. Une fois accordée, leur protection dure 10 ans170.

164
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 2, 实用新型,是指对产品的形状、构造或者其
结合所提出的适于实用的新的技术方案。Dans sa version anglaise officielle : « Inventions and utility models
for which patent rights are to be granted shall be ones which are novel, creative and of practical use. »
165
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 40, 实用新型和外观设计专利申请经初步审查
没有发现驳回理由的,由国务院专利行政部门作出授予实用新型专利权或者外观设计专利权的决定,发
给相应的专利证书,同时予以登记和公告。实用新型专利权和外观设计专利权自公告之日起生效。Dans
sa version anglaise officielle : « If no reason for rejection is discerned after preliminary examination of a utility
model or design patent application, the patent administration department under the State Council shall make a
decision on granting of the utility model or design patent right, issue a corresponding patent certificate, and
meanwhile register and announce the same. The utility model patent right and the design patent right shall
become effective as of the date of announcement. »
166
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 22, 授予专利权的发明和实用新型,应当具备
新颖性、创造性和实用性。Dans sa version anglaise officielle : « Utility models mean new technical solutions
proposed for the shape and structure of a product, or the combination thereof, which are fit for practical use. »
167
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 42, 实用新型专利权和外观设计专利权的期限
为十年,(…) 均自申请日起计算。Dans sa version anglaise officielle : «The duration of the utility model
patent right and of the design patent right shall be ten years respectively (…) commencing from the date of
application. »
168
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 2, 外观设计, 是指对产品的形状、图案或者
其结合以及色彩与形状、图案的结合所作出的富有美感并适于工业应用的新设计。Dans sa version
anglaise officielle : « Designs mean, with respect to a product, new designs of the shape, pattern, or the
combination thereof, or the combination of the color with shape and pattern, which are rich in an aesthetic
appeal and are fit for industrial application. »
169
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 40, « 实用新型和外观设计专利申请经初步审
查没有发现驳回理由的,由国务院专利行政部门作出授予实用新型专利权或者外观设计专利权的决定,
发给相应的专利证书,同时予以登记和公告。实用新型专利权和外观设计专利权自公告之日起生效。»
Dans sa version anglaise officielle : « If no reason for rejection is discerned after preliminary examination of a
utility model or design patent application, the patent administration department under the State Council shall
make a decision on granting of the utility model or design patent right, issue a corresponding patent certificate,
and meanwhile register and announce the same. The utility model patent right and the design patent right shall
become effective as of the date of announcement. »
170
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008) article 42, « 实用新型专利权和外观设计专利权的期
限为十年,(…) 均自申请日起计算。» Dans sa version anglaise officielle : « The duration of the utility model

51
3. Les organes gouvernementaux de reconnaissance des DPI

Les différents textes de loi formant le régime des droits de la propriété industrielle dressent la
liste des organes gouvernementaux présidant à la reconnaissance des DPI. Ces textes
prévoient également l’application administrative et judiciaire des droits reconnus lorsqu’un
litige survient (la question de l’application juridictionnelle des droits reconnus sera traitée
dans la Partie 3., la présente sous-partie n’abordera que les institutions chargées de la
reconnaissance des DPI). Les institutions administratives qui reconnaissent les DPI découlent
de l’adoption des premières lois au début des années 1980. Ces institutions ont évolué au fur
et à mesure des pressions internationales et des besoins endogènes pour former le système
actuel.

Aujourd’hui, à l’échelon central, la reconnaissance des DPI intéresse directement le Conseil


des affaires de l’Etat171 mais à des degrés d’importance divers en fonction du type de droit en
question. Par exemple, le Bureau des brevets, qui s’appelle en réalité Office national des
droits de la propriété intellectuelle172, est directement placé sous l’autorité du Conseil tandis
que le Bureau des marques de commerce173 dépend d’une autre entité elle aussi placée sous
son autorité : l’administration d’Etat pour l’industrie et le commerce (SAIC)174. La SAIC est
définie officiellement comme « l’autorité compétente de niveau ministériel directement
placée sous le Conseil des affaires de l’Etat en charge de la supervision/régulation du marché
ainsi que de l’application des lois y afférant par des mesures administratives. (…) [La SAIC
vise à] maintenir l’ordre sur les marchés ainsi qu’à protéger les droits légitimes et les intérêts
des entreprises et des consommateurs en régulant les domaines de l’enregistrement des
entreprises, de la concurrence, de la protection des consommateurs, de la protection des
marques de commerce ainsi qu’en combattant les fraudes de nature économique. »175

patent right and of the design patent right shall be ten years respectively (…) commencing from the date of
application. »
171
国务院, guowuyuan, State Council, <http://www.gov.cn/guowuyuan/>
172
国家知识产权局, guojia zhishi chanquan ju, State Intellectual Poperty Office (SIPO), appelé Chinese Patent
Office jusqu’en 1998, <http://www.sipo.gov.cn/>
173
国家工商行政管理总局商标局, guojia gongshang xingzheng guanli zongju shangbiao ju, Trademark Office
of the State Administration for Industry and Commerce, <http://sbj.saic.gov.cn/>
174
国家工商行政管理总局, guojia gongshang xingzheng guanli zongju, State Administration for Industry and
Commerce (SAIC), <http://www.saic.gov.cn/>
175
Traduction par l’auteur de la présentation de la SAIC sur son site officiel : « the competent authority of
ministerial level directly under the State Council in charge of market supervision/regulation and related law
enforcement through administrative means. (…) [The institution aims at] maintaining market order and
protecting the legitimate rights and interests of businesses and consumers by carrying out regulations in the

52
Ces deux bureaux des brevets et des marques se situent au même niveau hiérarchique de
l’administration centrale chinoise mais ils ne sont pas constitués selon la même architecture.
Le fait que le Bureau des brevets et le Bureau des marques soient séparés témoigne du
différentiel d’importance accordé aux brevets d’une part et aux marques de commerce d’autre
part. Le Bureau des brevets étant détaché de la SAIC et placé directement sous l’autorité du
Conseil des affaires de l’Etat à travers SIPO, il semblerait que les droits dont il administre la
gestion, les brevets, soient d’une importance toute particulière. De plus, le fait que la
reconnaissance et la protection des marques de commerce ne soient pas du ressort de SIPO
souligne l’existence d’une vision officielle attestant des différences de nature qui existent
entre ces différents droits, justifiant le fait de les gérer par deux entités distinctes.

Figure 1. Organigramme simplifié des organes gouvernementaux chargés de la


reconnaissance des DPI :

State Council
State Administration for
Industry and Commerce State Intellectual Property
Of:ice (SIPO)
(SAIC)

Trademark Of:ice Patent Of:ice

Source : SAIC et SIPO

Le droit des brevets vise à l’innovation endogène, objectif à l’importance nationale telle
qu’on en autonomise et en spécialise les garants avec SIPO. Tandis que le droit des marques
relève d’une manière plus générale du droit de la concurrence et de la protection des
consommateurs, d’où son incorporation à la SAIC. De par l’architecture singulière des
institutions chargées de leur reconnaissance et de leur protection administrative, on peut
relever une vision chinoise particulière des DPI. Alors qu’ils sont avant tout envisagés
comme répondant à un impératif de protection de la propriété industrielle privée dans les

fields of enterprise registration, competition, consumer protection, trademark protection and combating
economic illegalities. », <http://www.saic.gov.cn/english/aboutus/Mission/>

53
pays qui les ont vu naitre, les DPI ne sembleraient être pour l’administration centrale chinoise
que des instruments au service d’une politique économique et étatique nationale.

Le Bureau des marques

Considéré comme le plus grand du monde176, le Bureau chinois des marques de commerce
répond à la même logique structurelle que celle du Bureau des brevets. Placé sous l’autorité
de la SAIC, le Bureau des marques procède nationalement à l’examen des marques de
manière centralisée. L’article 2 de la loi des sur les marques de commerce dispose ainsi que
« le Bureau des marques de commerce de la SAIC sous le Conseil des affaires de l’Etat (国务
院工商行政管理部门商标局, guowuyuan gongshang hang zheng guanli bumen shangbiao
ju) » est responsable de « l’enregistrement et l’administration des marques de commerces à
travers le pays (主管全国商标注册和管理的工作, zhuguan quanguo shangbiao zhuce he
guanli de gongzuo) » 177. L’examen précédant la reconnaissance des marques est présidé par
le chapitre III de la loi sur les marques de commerce.

Le travail d’enregistrement des marques de commerce mis à part, le Bureau des marques joue
également le même type de rôle attribué à SIPO pour les brevets. Le Bureau des marques
participe ainsi à la création normative en appelant à contribuer publiquement aux réformes en
soumettant des propositions. Le Bureau est également en charge de campagnes nationales de
promotion du respect des marques de commerce, d’opérations de sensibilisation et de
publication d’études et de comptes rendus annuels sur l’application du droit des marques de
commerce en Chine.

176
TIAN Lipu, ZHOU Bohua et LIU Binjie, « China’s IP Journey », In: Wipo Magazine, décembre 2010,
consultable en ligne : <http://www.wipo.int/wipo_magazine/en/2010/06/article_0010.html> dernière
consultation [13/01/2016]
177
中华人民共和国商标法, Loi sur les marques de commerce (2013), article 2, « 国务院工商行政管理部门
商标局主管全国商标注册和管理的工作。国务院工商行政管理部门设立商标评审委员会,负责处理商标
争议事宜。» Dans sa version anglaise officielle : « The Trademark Office of the State Administration for
Industry and Commerce under the State Council shall be responsible for the registration and administration of
trademarks throughout the country. »

54
Figure 2. Organigramme simplifié du SAIC-Trademark Office :

State Administration for Industry and


Commerce (SAIC)

Trademark Of:ice (CTMO)

Other Divisions
The Of:ice Examination Opposition and Special
Institution Divisions Divisions
Branches

Source : SAIC-Trademark Office 2015

Le Bureau des marques de commerce est organisé en 24 divisions horizontales (处 chu),


rassemblées ici par type de tâches : le Office Institution (constitué de la General Affairs
Division, de la Legal Affairs Division, etc.), les Examinations Divisions (au nombre de 9), les
Oppositions Divisions (au nombre de 3) et les autres divisions (telles que la International
Registration Division, la Application Acceptance Division, etc.). Au sein des « autres
divisions », il est à noter l’existence d’une division spéciale pour la zone spéciale
d’innovation de Zhongguancun (中关村国家自主创新示范区办事处 zhongguancun guojia
zizhu chuangxin shifanqu banshichu) dont l’importance politique nécessite une
administration à part digne d’un projet pilote.

A l’échelon provincial local, de la même manière que pour le Bureau des brevets, les bureaux
locaux de la SAIC (appelés local Administrations for Industry and Commerce, AICs) ne sont
chargés que de superviser l’utilisation des marques de commerce et de régler les conflits
émanant de leur utilisation frauduleuse à l’échelon local. L’enregistrement est ainsi centralisé
conformément à l’article 2 de la loi sur les marques de commerce.

Le Bureau des brevets

Selon la lettre de la loi sur les brevets, la reconnaissance des brevets se fait uniquement au
niveau central par le Bureau des brevets (SIPO). Les articles 3 et 21 de la loi sur les
brevets précisent que « le département d’administration des brevets sous l’égide du Conseil
des affaires d’Etat » ( 国 务 院 专 利 行 政 部 门 guowuyuan zhuanli xingzheng bumen),

55
autrement dit SIPO, est « responsable de la gestion nationale des brevets » (负责管理全国的
专利工作 fuze guanli quanguo de zhuanli gongzuo). En ce sens, il « reçoit et examine les
demandes avant d’accorder les brevets » (统一受理和审查专利申请,依法授予专利权
tongyi shouli he shencha zhuanli shenqing, yifa shouyu zhuanli quan)178 selon les principes
de l’article 21179 et des dispositions des chapitres II, III et IV de la loi des brevets.

Mis à part l’enregistrement des brevets, SIPO joue également un rôle important dans le
travail de création normative. SIPO lance régulièrement des appels à commentaires
concernant les projets de réforme de la loi sur les brevets 180 ou les régulations
administratives181. De ce point de vue là, l’administration chinoise semble s’être mise en
accord avec les obligations de transparence et de consultation des acteurs intéressés induites
par l’accès à l’OMC en 2001. En plus de participer activement à l’élaboration des normes,
SIPO communique également sur le respect des DPI à travers des publications et des
campagnes de sensibilisation au respect des DPI. SIPO joue également un rôle primordial
dans l’application des DPI quand des litiges surviennent (Cf. Partie 3.).

SIPO était dirigé de 2005 à 2014 par Tian Lipu (田力普), membre du PCC et fervent
défenseur de l'application des DPI182. Diplômé du Institute of Light Industry de Tianjin et

178
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008), article 3, « 国务院专利行政部门负责管理全国的专利
工作;统一受理和审查专利申请,依法授予专利权。» Dans sa version anglaise officielle : «The Patent
Administration Department under the State Council shall be responsible for the administration of patent-related
work nationwide. It shall accept and examine patent applications in a uniform way and grant patent rights in
accordance with law. »
179
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008), article 21, «国务院专利行政部门及其专利复审委员
会应当按照客观、公正、准确、及时的要求,依法处理有关专利的申请和请求。国务院专利行政部门应
当完整、准确、及时发布专利信息,定期出版专利公报。在专利申请公布或者公告前,国务院专利行政
部门的工作人员及有关人员对其内容负有保密责任。» Dans sa version anglaise officielle : « The patent
administration department under the State Council and its Patent Review Board shall, according to the
requirements of objectivity, fairness, accuracy and timeliness, handle patent applications and requests in
accordance with law. The patent administration department under the State Council shall release patent-related
information in a complete, accurate and timely manner, and publish patent gazettes on a regular basis. Before a
patent application is published or announced, the staff members of the patent administration department under
the State Council and the persons concerned shall be obligated to keep such application confidential. »
180
MU Jason, SPEED Samuel, « China: Proposed Revisions To China’s Patent Law: The Fourth Time
Around », In: Mondaq.com, 21 mai 2015,
<http://www.mondaq.com/x/399314/Patent/Proposed+Revisions+To+Chinas+Patent+Law+The+Fourth+Time+
Around>, ou encore COHEN Mark, « Patent Law Revision Released for Public Comment », In: ChinaIPR.com,
1er avril 2015, <http://chinaipr.com/2015/04/01/patent-law-revision-released-for-public-comment/>
181
COHEN Mark, « Revised Patent Administrative Enforcement Rules – Is SIPO Building an Administrative
System so the Patent Law Amendments Will Come? », In: ChinaIPR.com, 27 janvier 2015,
<http://chinaipr.com/2015/01/27/revised-patent-administrative-enforcement-rules-is-sipo-building-an-
administrative-system-so-the-patent-law-amendments-will-come/>
182
COHEN Mark, « The Back Story on the Third Plenum», In: ChinaIPR.com, 11 février 2014,
<http://chinaipr.com/2014/02/11/the-back-story-on-the-third-plenum-ipr-language/>

56
titulaire d’un Master de la China University of Science and Technology 183 , Tian Lipu
bénéficiait d’une formation scientifique et technologique qu’il a mise au service du Bureau
des brevets, qu’il a rejoint en 1981. Tian Lipu est également passé par le Max-Planck
Institute for Innovation and Competition à Munich où il a étudié les droits allemand et
européen des brevets184. Tian Lipu a grimpé les échelons au sein de SIPO un à un avant d’en
devenir le directeur en 2005185.

Tian Lipu a été remplacé en 2014 par Shen Changyu (申长雨), également membre du PCC et
scientifique de formation. Shen Changyu, docteur en ingénierie de la Dalian University of
Technology, a été professeur puis président de la Zhengzhou University of Technology186.
Proche du Conseil des affaires de l’Etat depuis 1993 en tant qu’expert et élu à la Chinese
Academy of Science en 2009, il est nommé directeur de SIPO en 2014187. Shen Changyu n’est
pas un spécialiste des DPI comme l’était Tian Lipu. Cependant, en tant que professeur puis
président d’université technologique et membre de la Chinese Academy of Science, il a
vraisemblablement du être confronté aux questions de respect et d’application des DPI dans
le contexte de la politique nationale d’innovation. Son mandat n’ayant commencé que
relativement récemment, il est difficile de porter un jugement sur son activité. Cependant, la
place des DPI dans la stratégie nationale chinoise étant d’une importance telle, il y a fort à
parier que Shen Changpu poussera plus avant l’élan de ferveur en faveur des DPI influé par
Tian Lipu.

183
CV de Tian Lipu, accessible en ligne : <http://www.chinavitae.com/biography/Tian_Lipu%7C2792>
184
Fiche personnelle de Tian Lipu, accessible en ligne :
<http://www.iphalloffame.com/inductees/2011/Tian_Lipu.aspx>
185
Fiche personnelle de Tian Lipu sur le site de SIPO, accessible en ligne :
<http://english1.english.gov.cn/2006-02/10/content_185207.htm>
186
Fiche personnelle de Shen Changy sur Baidu, accessible en ligne (chinois) :
<http://baike.baidu.com/view/98467.htm>
187
<http://www.sipo.gov.cn/jldzz/scy/grjl/>

57
Figure 3. Organigramme simplifié de SIPO :

State Intellectual Property


Of:ice (SIPO)

The Of:ice The Patent Subordinate Social


Institution Of:ice Units Organizations

Source : SIPO 2015

SIPO est organisé en quatre grands départements avec The Office Institution chargé du
secrétariat, The Patent Office chargé principalement de l’examen des brevets par branche et
de la coopération avec les centres locaux (Pékin, Jiangsu, Guangdong, Henan, etc.), les
Subordinate Units chargées notamment des réexamens, de la recherche et des publications et
finalement des Social Organizations telles que la China Intellectual Property Society, la All-
China Patent Attorneys Association, ou encore la Patent Protection Association etc.

Les succursales provinciales de SIPO ne jouent quant à elles aucun rôle dans l’examen et la
reconnaissance des DPI188. Elles n’ont qu’un rôle administratif dans la gestion des litiges et
dans la promotion des DPI à l’échelon local. La modification de l’organisation du Bureau des
brevets à l’échelon central et local remonte aux suites du 1995 Action Plan189. Il avait été
décidé à l’époque de créer un State Council Working Conference on IPR, des Sub-Central
Working Conferences régionales ainsi que des Task Forces190 pour lutter contre le piratage
des DPI. La déconcentration de la lutte pour la protection des droits avec des branches locales
dépendant directement du Conseil des affaires de l’Etat répondait à l’objectif de court-

188
中华人民共和国专利法, Loi sur les brevets (2008), article 3, « 省、自治区、直辖市人民政府管理专利工
作的部门负责本行政区域内的专利管理工作。» Dans sa version anglaise officielle : « The departments in
charge of patent-related work of the people's governments of provinces, autonomous regions and municipalities
directly under the Central Government shall be responsible for patent administration within their respective
administrative areas. »
189
Infa 1ère Partie I.3
190
Dont les prérogatives sont définies par le 1995 Action Plan aux points I. Intellectual Property Rights
Enforcement Structure ; A. State Council Working Conference on Intellectual Property Rights And Sub-Central
Working Conference et B. Enforcement Task Forces. Le texte intégral peut être trouvé en ligne :
<http://tcc.export.gov/trade_agreements/all_trade_agreements/exp_005363.asp>, dernière consultation
[12/01/2016]

58
circuiter les piratages motivés par des raisons de politique régionale de croissance locale ainsi
qu’une centralisation des procédures de dépôt des brevets afin d’éviter tout doublon et
compétition entre les régions.

L’ensemble des structures institutionnelles créé par la Chine dans le but de conférer des DPI
sur son territoire ne présente que peu de particularités au regard du discours politique officiel
des « caractéristiques chinoises ». S’il existe des spécificités structurelles propres à la Chine,
telles que la séparation institutionnelle de la gestion des brevets et des marques de commerce
dans deux institutions distinctes, ou encore l’existence d’une division spéciale à
Zhongguancun chargée de la gestion et de l’administration locales des marques de commerce,
l’ensemble juridique chinois n’est que partiellement spécifique. Il n’existe ainsi pas de droit
des DPI et de structures en charge de le faire respecter à même d’en faire un droit à part, en
tout point différent des autres DPI nationaux. S’il présente des spécificités, le DPI chinois
n’est particulier qu’esthétiquement ou cosmétiquement, dans sa présentation. Le DPI chinois
est désormais en accord avec les normes internationales. Cependant des questions subsistent
quant à l’interaction entre le système international de protection des DPI et le système
national chinois.

59
III. DPI chinois et ordre juridique international

La construction de l’ordre juridique de protection des DPI en Chine a été fortement


influencée par des pressions étrangères (cf. I. et II.). Ce processus a également eu lieu alors
que la Chine rejoignait les principales conventions internationales dans les années 1980-1990
(1) et qu’elle se rapprochait de l’OMC avant de l’intégrer finalement en 2001 (2).
Aujourd’hui, du fait des pressions étrangères et de la participation chinoise aux instruments
de la scène juridique internationale du droit de la propriété intellectuelle, l’ensemble du
corpus juridique chinois des DPI est en accord avec les normes internationales (3).

1. L’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle et les conventions


internationales

La République populaire de Chine a rejoint les principales conventions relatives à la


protection de la propriété intellectuelle dans les années 1980 et 1990. Elle a d’abord rejoint
l’Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI) en 1980 avant de signer la
Convention de Paris en 1984 puis l’Arrangement de Madrid en 1989 et enfin son Protocole
en 1995.

La RPC a rejoint la Convention de Paris pour la protection de la propriété industrielle le 19


décembre 1984, en même temps qu’elle adoptait sa première législation en matière de brevets
(le 12 mars 1984) et deux ans après l’adoption de sa loi sur les marques de commerce (le 23
août 1982). La Convention de Paris posant un certain nombre de dispositions essentielles du
droit de la propriété industrielle, la Chine s’est mise en adéquation avec ces dispositions
générales suite à plusieurs réformes successives (cf. II. 2.). La Chine a également rejoint le
Système international des brevets (PCT) le 1er janvier 1994. Ce système « permet de
demander la protection d'un brevet pour une invention simultanément dans un grand nombre
de pays en déposant une demande "internationale" de brevet. »191 La Chine, en tant que
membre du système, peut ainsi faire protéger ses brevets à l’international (système que ZTE
et Huawei ont massivement utilisé) et protéger les brevets internationaux sur son territoire
s’ils sont en accord avec sa législation nationale.

La Chine a également accédé au système de Madrid en joignant l’Arrangement de Madrid


concernant l’enregistrement international des marques le 4 juillet 1989 puis son Protocole

191
Ainsi que résumé par l’OMPI sur le site internet de l’organisation :
<http://www.wipo.int/treaties/fr/registration/pct/summary_pct.html>

60
quelques années plus tard, le 1er septembre 1995. Cet Arrangement de Madrid et son
Protocole visent à « protéger une marque dans un grand nombre de pays grâce à l’obtention
d’un enregistrement international dont les effets s’étendent à chaque partie contractante. »192
Ainsi, les marques enregistrées internationalement peuvent également être protégées en
Chine. Cependant, certains observateurs continuent de conseiller aux propriétaires de
marques de commerce d’enregistrer leurs marques directement auprès du Bureau chinois des
marques afin d’éviter tout désagrément193.

La Chine a ainsi rejoint les principales conventions internationales sur la protection des droits
de la propriété industrielle et a intégré les deux principaux mécanismes de reconnaissance des
DPI à l’international dans les années 1980 et 1990 en ayant pour objectif final de contenter
ses partenaires commerciaux (USA et UE en tête) afin d’intégrer l’OMC.

2. Le droit de l’Organisation mondiale du commerce

Les DPI intéressent directement le commerce international. Lors de sa constitution en 1994


par les accords de Marrakech, l’Organisation mondiale du commerce a intégré un volet
concernant les DPI à l’ensemble normatif lui servant de structure. L’Accord sur les Aspects
des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) fait ainsi partie
intégrante du droit de l’OMC. La Chine a rejoint cet accord en 2001, après un processus
d’accession à l’OMC long de plus de 15 ans.

L’ADPIC a introduit pour la première fois des règles relatives aux DPI dans le système
commercial multilatéral afin de répondre à l’impératif de protection croissant de la valeur des
actifs immatériels et d’apporter une solution pour résoudre les litiges commerciaux. Face à
une économie de la connaissance de plus en plus mondialisée, l’OMC se devait d’œuvrer à
une harmonisation internationale de la protection apportée aux marchandises en ce qui
concerne leurs aspects immatériels dits « intellectuels ». L’accord ADPIC a l’avantage
d’imposer un certain seuil de protection avec des outils mis à disposition en cas de faille. Cet
accord porte en effet sur la manière dont les principes fondamentaux des DPI doivent être
appliqués et sur les moyens d’une protection adéquate sur les différents territoires nationaux.
L’objectif final étant d’apaiser les tensions commerciales émanant des différentiels de

192
Ainsi que résumé par l’OMPI sur le site internet de l’organisation :
<http://www.wipo.int/treaties/fr/registration/madrid/summary_madrid_marks.html>
193
DRESDEN Matthew, « China Trademarks. Register Them In China Not Madrid. », In: ChinaLawBlog.com,
en ligne : <http://www.chinalawblog.com/2014/04/the-trouble-with-madrid-system-trademarks.html>

61
protection accordés aux DPI194, l’OMC propose un mécanisme de règlement des différends à
travers son Organisme de règlement des différends (ORD). Afin de faciliter l’adhésion des
pays en voie de développement, l’ADPIC prévoit également d’adapter la protection des DPI
en fonction des situations nationales195.

Au titre de son accession à l’OMC, la Chine s’est engagée à mettre en conformité son droit
national avec un certain nombre d’exigences établies dans son protocole d’accession. L’une
de ces exigences était notamment de se conformer aux ADPIC196. Tout au long des années
1980 et 1990, la Chine avait déjà réalisé l’immense effort d’édicter un droit de la propriété
intellectuelle en prenant en compte les pressions et demandes étrangères197 (cf. infra. I. et II.).
A partir de 2001, la RPC a continué cet effort pour mettre en parfaite adéquation son droit
national avec les normes internationales, ainsi que l’attestent les révisions successives des
lois des brevets et des marques de commerce. Ainsi, les amendements de 2000 et de 2009 de
la loi sur les brevets ont directement été réalisés dans cette optique198. La volonté de respecter
les normes internationales était en effet un des principes directeurs présidant à l’adoption du
dernier amendement de la loi sur les brevets de 2009199.

3. La concordance reconnue des DPI chinois avec les normes internationales

Les DPI chinois sont aujourd’hui considérés, et ce depuis la première décennie des années
2000 200 , comme étant matériellement en adéquation avec les normes internationales
contenues dans les conventions internationales et le droit de l’OMC. Ainsi que Thomas E.
Volper le résumait déjà en 2007 : « to date China’s laws are generally in compliance with
substantive TRIPS provisions »201. Cette concordance avec les normes internationales a par la
suite été testée devant l’Organisme de règlement des différends de l’OMC en matière de

194
Ainsi que la présentation de l’ADPIC en fait état sur le site de l’OMC,
<https://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/tif_f/agrm7_f.htm>
195
Ainsi que la présentation de l’ADPIC en fait état sur le site de l’OMC,
<https://www.wto.org/french/thewto_f/whatis_f/tif_f/agrm7_f.htm>
196
Rapport du groupe de travail sur l’accession de la Chine, WT/ACC/CHN/49, 1er octobre 2001, Titre V, §251-
305, p.56-73.
197
STOIANOFF Natalie P., « The Influence of the WTO Over China’s Intellectual Property Regime », In: The
Sydney Law Review, vol. 34, issue 1, 2012, p. 74
198
FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In: Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009, p. 4
199
FENG Xiaoqing, op. cit., p. 5
200
GUO Shoukang et ZUO Xiaodong, « Chapter 1: Are Chinese Intellectual Property Laws Consistent with the
TRIPs Agreement? », In: TORRESMANS Paul (éd.), Intellectual Property and TRIPS Compliance in China:
Chinese and European Perspectives, Cheltenham: Edward Elgar, 2007
201
VOLPER Thomas E., « TRIPS Enforcement in China - a Case for Judicial Transparency », In: Brooklyn
Journal of International Law, vol. 33, issue 1, 2007

62
Copyright202. La décision trouvant quelques défauts en matière de Copyright, la Chine dut
réformer sa loi sur le Copyright en 2010. Cependant, des problèmes de transparence semblent
persister203 autant que des difficultés à l’utilisation de l’outil judiciaire204.

En ce qui concerne le droit de la propriété industrielle spécifiquement, aucune décision n’est


venue confirmer la conformité du droit chinois au droit international. Cependant, aucune
réclamation officielle n’a non plus été portée par un pays ayant à se plaindre d’un manque de
conformité des DPI chinois avec les normes internationales. Seule la politique d’innovation
endogène, au moment de sa formulation, avait quant à elle créé un débat sur sa conformité au
droit de l’OMC. Cependant, aucune disposition chinoise ne semblait entrer en contradiction
avec l’accord ADPIC205.

Comme le résume l’ancien directeur du Bureau des brevets, Tian Lipu, la volonté politique
de respecter les normes internationales par la législation chinoise provient de l’objectif
politique de se créer une place sur la scène internationale, non pas en tant que pirate mais
bien en tant qu’acteur : « Over the past 30 years, China has acceded to a range of
international conventions and bilateral agreements in the field of patents. We conscientiously
respect our international obligations, and actively participate in international discussions on
major issues such as the harmonization of the international patent system and IP protection of
genetic resources, traditional knowledge and folklore. On the basis of mutual respect and
equality, China has strengthened its dialogue and exchanges with various countries and
international organizations, and has sought to cooperate with them by all means. In this way,
China continues to make a positive and practical contribution to the development of the
international patent system. »206

202
DS362, China - Measures Affecting the Protection and Enforcement of Intellectual Property Rights,
DISPUTE SETTLEMENT, 26 janvier 2009,
<https://www.wto.org/english/tratop_e/dispu_e/cases_e/ds362_e.htm>
203
STOIANOFF Natalie P., « The Influence of the WTO Over China’s Intellectual Property Regime », In: The
Sydney Law Review, vol. 34, issue 1, 2012, p. 77
204
YU Peter K., « The TRIPS Enforcement Dispute », In: Nebraska Law Review, vol. 89, 2011 et YANG Jun
Yung, « Bringing the Question of Chinese IPR Enforcement to the WTO Under TRIPS: An Effective Strategy
or a Meaningless and Overused Tactic by the U.S.? », In: Pittsburgh Journal of Technology Law and Policy,
vol. 10, 2010
205
CHOW Daniel C.K., « Chinaʼs Indigenous Innovation Policies and the World Trade Organization », In:
Northwestern Journal of International Law & Business, vol. 34, issue 1, 2013
206
TIAN Lipu, ZHOU Bohua et LIU Binjie, « China’s IP Journey », In: Wipo Magazine, décembre 2010,
consultable en ligne : <http://www.wipo.int/wipo_magazine/en/2010/06/article_0010.html>, dernière
consultation [13/01/2016]

63
Depuis le début des réformes, la Chine a adopté un ensemble juridique complet de protection
des DPI. Si les marqueurs de l’ineffectivité de ces droits accordés théoriquement sur le
territoire chinois sont restés particulièrement visibles ces dernières décennies, la montée en
gamme récente des entreprises chinoises a changé la donne. Au fur et à mesure du
développement chinois, le non-respect chronique des DPI d’origine étrangère s’est peu à peu
mêlé au non-respect des DPI créés localement. Ainsi, l’ensemble de la société chinoise (du
gouvernement central aux acteurs de l’innovation chinoise) a pris la mesure de l’importance
d’un respect plus stricte des DPI. La Chine semble alors avoir intégré le respect des DPI
comme l’un des objectifs principaux de sa nouvelle phase de développement.

Adopté à un moment de son histoire où il ne répondait pas à des besoins endogènes, le droit
chinois de la propriété intellectuelle a été perçu comme lettre morte pendant plus de deux
décennies. Après avoir géré les pressions étrangères pendant au moins deux décennies, l’Etat
chinois semble avoir désormais adopté une politique nationale ne pouvant se passer d’un
meilleur respect des DPI sur son territoire. Les plans quinquennaux font désormais référence
en permanence à l’innovation. Des plans spécifiques adressés aux milieux de la science et des
technologies ont également été adoptés. Les politiques officielles ne sont plus des lettres
creuses faussement pleines de bonnes volontés mais attestent d’un choix politique réel orienté
vers la création d’une innovation endogène chinoise.

L’Etat central s’est même doté d’une loi générale sur l’innovation technologique (9 décembre
2007)207 établissant un lien direct entre capacité à l’innovation et protection des DPI. Cette loi
dispose par exemple dans son article 7 que « l’Etat formule et met en place une stratégie
relative aux DPI, établit et perfectionne le système des DPI, construit un environnement
social de respect des DPI, protège les DPI selon la loi et encourage l’innovation endogène.
Les personnels des entreprises et institutions scientifiques et technologiques se doivent de
renforcer leur conscience des DPI, de renforcer leurs capacités innovantes endogènes et
d’augmenter leurs capacités d’usage, de protection et de management des DPI. » 208 Cette

207
中华人民共和国科学技术进步法,Loi sur la promotion de la science et de la technologie, adoptée le 29
décembre 2007, dont le texte peut être trouvé dans son intégralité (version actuellement en vigueur) sur le site
du gouvernement central <http://www.gov.cn/flfg/2007-12/29/content_847331.htm>, [dernière consultation
23/05/2015]. Une version anglaise officielle peut être trouvée sur le site de l’assemblée populaire
<http://www.npc.gov.cn/englishnpc/Law/2009-02/20/content_1471617.htm> [dernière consultation 23/05/2015]
208
中华人民共和国科学技术进步法,Loi sur la promotion de la science et de la technologie, article 7 : « 国
家制定和实施知识产权战略,建立和完善知识产权制度,营造尊重知识产权的社会环境,依法保护知识
产权,激励自主创新。

64
stratégie politique générale s’est matérialisée concrètement depuis par une série de
publications annuelles conjointes du Conseil des affaires de l’Etat et de l’Office national des
brevets intitulée National IP Strategy (NPIS) précisée par des Action Plans209.

企业事业组织和科学技术人员应当增强知识产权意识,增强自主创新能力,提高运用、保护和管理知识
产权的能力。»
209
Ainsi que Tian Lipu le présente : « In 2008, the government launched China’s national IP strategy, marking a
turning point in its engagement with IP and clearly indicating China’s steadfast determination to encourage
innovation and create a knowledge-based economy. », TIAN Lipu, ZHOU Bohua et LIU Binjie, « China’s IP
Journey », In: Wipo Magazine, décembre 2010, consultable en ligne :
<http://www.wipo.int/wipo_magazine/en/2010/06/article_0010.html> dernière consultation [13/01/2016]

65
2ème Partie. Sociologie du droit de la propriété industrielle en Chine

Tout au long de la décennie 1990 un débat s’est tenu quant à la capacité de la société chinoise
et du gouvernement à s’approprier, à appliquer et à faire appliquer efficacement les DPI210.
La Chine a alors été présentée comme une nation dont la culture était en contradiction
fondamentale avec la notion même de DPI. Afin d’illustrer cette contradiction fondamentale,
William P. Alford utilisa l’expression chinoise « 窃书不算偷 » (qieshu busuantou), traduite
en anglais par « to steal a book is an elegant offense » et choisie comme titre à son ouvrage
de 1995 sur le droit de la propriété intellectuelle en Chine. L’auteur indique que cet idiome
est une expression chinoise courante de provenance inconnue211. En réalité la provenance de
cette expression est parfaitement connue. Elle provient directement d’un personnage fictif
inventé par Lu Xun dans sa nouvelle intitulée Kong Yiji 《孔乙己》 publiée en 1919212. Ainsi,
l’expression que William P. Alford attache à un confucianisme chinois plusieurs fois
millénaire et fondamentalement opposé à la conception occidentale des DPI provient
vraisemblablement d’une œuvre littéraire datant en réalité du début du 20ème siècle.

La littérature ayant pour thème les liens qu’entretiennent le confucianisme, l’héritage culturel
et les traditions chinoises avec l’irrespect chronique des DPI sur le territoire chinois a ainsi
choisi d’adopter une vision uniforme et relativement fixe de la civilisation chinoise, du
confucianisme et des valeurs asiatiques en général. Elle a tenté d’expliquer une situation
factuelle (le non respect des DPI sur un territoire donné) par la spécificité culturelle chinoise ;
culture qu’elle envisageait, tout en prétendant le contraire, fixe et immuable. Les publications
universitaires des décennies 1990 et 2000 ont ainsi expliqué l’irrespect d’un droit (une réalité
sociale momentanée) par le prisme du culturalisme. A l’instar des débats similaires qui eurent
lieu quant à l’application des DPI sur les territoires nationaux du Japon, de la Corée du Sud et
de Taiwan auparavant, le débat ouvert depuis le début de la construction du système juridique
chinois de protection des DPI et entretenu par les stratégies de développement plus ou moins
officielles s’avère aujourd’hui en voie de disparition du fait de l’appropriation, par les
différents acteurs chinois (aussi bien publics que privés), des DPI.

210
Débat alimenté notamment par la contribution centrale de ALFORD William P., To Steal a Book Is an
Elegant Offense: Intellectual Property Law in Chinese Civilization, Stanford: Stanford University Press, 1995
211
« chinese saying of unknown provenance », ALFORD William P., To Steal a Book Is an Elegant Offense:
Intellectual Property Law in Chinese Civilization, Stanford: Stanford University Press, 1995, p. 1
212
SHI Wei, « Cultural Perplexity in Intellectual Property: Is Stealing a Book an Elegant Offense? », In: North
Carolina Journal of International Law and Commercial Regulation, vol. 32, issue 1, 2006, p. 11

66
Contrairement à ce que les culturalistes prétendaient, le respect ou le non respect des DPI et
du droit en général ne dépend pas d’une inclination traditionnelle et culturelle à suivre tel ou
tel type de comportement mais à son degré de nécessité dans une société à un moment donné.
Ainsi, le droit est adopté et respecté le jour où il répond à une nécessité exprimée de concert
par la société civile et l’appareil gouvernemental, lorsque des groupes d’intérêts réussissent à
traduire leur volonté politiquement. C’est, en réalité, avant tout une question d’institutions et
de choix sociétaux plus qu’une question culturelle.

Il parait également paradoxal de stigmatiser l’ensemble de la culture chinoise comme étant la


cause principale d’une piraterie rampante dans tout type d’industrie (du DVD au prêt-à-porter
en passant par l’automobile). Cette piraterie, qu’il est impossible de nier, n’est ou n’a été en
réalité que le phénotype d’un modèle de développement. Comme les expériences japonaises,
coréennes et taiwanaises l’ont illustré, les effets d’un tel type de développement ne trouvent
pas leur origine dans une identité culturelle prédéterminée et immuable de type
confucéenne213 mais dans un ensemble créé par l’assemblage de situations socio-historiques
et de choix politiques.

En effet, serait-il envisageable de cataloguer la civilisation occidentale comme foncièrement


anti-propriétariste du seul fait que le téléchargement illégal de contenus protégés permet
aujourd’hui à des millions d’internautes occidentaux de ne pas respecter le copyright ou le
droit d’auteur ? Ou encore de cataloguer la civilisation américaine comme fondamentalement
anti-copyright du fait qu’elle ne protégeait pas effectivement les œuvres d’origine étrangère
sur son territoire tout au long de sa période de développement au XIXème siècle ? Au même
titre que la banalisation du téléchargement illégal s’explique par l’expansion de l’internet et
le non respect des copyrights étrangers aux Etats-Unis tout au long du XIX siècle 214
s’explique par la protection de l’industrie nationale du livre naissante, la banalisation du non-
respect des DPI en Chine s’explique par la nécessité d’une croissance rapide et débridée de
son économie.

213
« just as economically deterministic analyses run the risk of being unidimensional, so do approches rooted in
portrayals of culture as essentially impervious to change, wether from within or beyond the society being
examined. Moreover, we must remain mindful that at no time is any society’s culture monolithic, given class,
gender, ethnic, regional, and other differences » ALFORD William P., op. cit., p. 6
214
ALFORD William P., op. cit., p. 5

67
En Chine, au cours des décennies 1980, 1990 et 2000, les DPI n’étaient pas respectés car ils
ne correspondaient tout simplement pas aux besoins sociaux chinois215. Ils ne servaient ni les
élites économiques ni les élites politiques. Comme l’explique Yang Dali dans son ouvrage
sur la réforme de l’Etat chinois, une très grande partie des officiels était entrée dans le monde
des affaires au cours des décennies 1980-1990216. Les interpénétrations entre le monde
politique, le monde des affaires et le monde juridique étaient telles qu’aucun garde fou n’était
respecté. Afin de doper la croissance de leur région, d’assurer un seuil acceptable d’emploi
ou simplement pour augmenter leurs revenus personnels, les officiels ne se préoccupaient pas
alors de savoir si les industries dont ils avaient la charge empiétaient sur les droits de
quelques multinationales étrangères.

La première décennie des années 2000 marque un changement d’orientation chez les officiels
chinois. Ainsi que Tian Lipu le résume en 2010, la Chine est entrée dans une nouvelle phase
de son développement économique dans laquelle l’innovation et les DPI sont censés jouer un
rôle central :

« Today, the goal of sustainable economic development presents China with a number of major
challenges. These relate to an imbalance in our industrial structure and a less than optimal
mode of development. We still have a long way to go before China becomes an innovation-
oriented nation. Like other nations, China has to tackle global challenges such as climate
change, public health and the energy crisis. Each of these challenges has a bearing on the patent
system. They underline the need to continue to stimulate innovation in the search for effective
and durable solutions. Against this backdrop, if we are to succeed in securing the future
development of China’s patent undertakings, the country has no choice but to effectively and
vigorously stimulate innovation throughout Chinese society. This will involve encouraging
companies to make better use of the PCT system, accelerating economic development and
enhancing core national competitiveness. »217

Après les réformes des années 1990-2000 et l’accession à l’OMC, il s’est créé un ensemble
formé d’élites politiques et d’élites économiques qui voyait un intérêt commun à une
protection plus rigoureuse des DPI. Les élites politiques voyant dans les DPI un moyen de
construire une économie fondée sur l’innovation, tandis que les élites économiques y on vu
une opportunité pour gonfler leurs portefeuilles d’actifs immatériels. Réalisant les nouveaux
enjeux de la poursuite de la modernisation économique chinoise, la Chine a ainsi encouragé

215
Comme l’explique Mme Zhang Ping 张平, Professeur des universités à la Peking University Intellectual
Property School / 北京大学知识产权学院, entretien réalisé en chinois le 28/09/2013 à Pékin
216
YANG Dali L., Remaking the Chinese Leviathan: Market Transition and the Politics of Governance in
China, Stanford: Stanford University Press, 2004
217
TIAN Lipu, ZHOU Bohua et LIU Binjie, « China’s IP Journey », In: Wipo Magazine, décembre 2010,
consultable en ligne : <http://www.wipo.int/wipo_magazine/en/2010/06/article_0010.html>, dernière
consultation [13/01/2016]

68
ses entreprises à se hisser aux premiers rangs des entreprises demandant le plus de brevets au
système international de dépôt de brevets (PCT). En 2011, ZTE est devenue l’entreprise y
déposant le plus de brevets. La Chine s’est ainsi propulsée au 4ème rang des nations déposant
le plus de brevets au PCT, derrière les Etats-Unis, le Japon et l’Allemagne218. En 2014, une
autre entreprise chinoise prenait la tête du classement, Huawei, hissant la Chine à la 3ème
place des nations déposant le plus de brevets au PCT, dépassant ainsi l’Allemagne219. Ce
changement de situation en matière d’appréhension et d’utilisation des DPI à l’international
reflète une dynamique similaire sur le territoire national. Les demandes nationales de brevets
chinois ont explosé.

Cette soudaine utilisation des différents systèmes de dépôt des brevets, international et
national, traduit des évolutions politiques entreprises par l’Etat chinois. Tout d’abord, le
gouvernement central a accordé une place et une importance toute particulière à la politique
d’application du droit de la propriété intellectuelle dans son discours concernant la stratégie
nationale de développement économique, en mettant au premier plan la science et la
technologie pour transformer l’économie chinoise en une économie fondée sur l’innovation
(I).

Aujourd’hui arrivées à un nouveau stade de développement, certaines régions du territoire


chinois (les zones les plus industrialisées) éprouvent le besoin de mieux protéger les DPI
pour répondre à des exigences alliant volonté politique centrale et besoins économiques
locaux. De nombreuses zones technologiques spéciales construites sur le modèle de la Silicon
Valley naissent en Chine, à l’image de Zhongguancun. Cependant, alors que toutes les
provinces semblent en parfait accord avec la politique nationale en matière de DPI sur le plan
du discours, il apparaît que certaines disparités régionales limitent encore l’application
uniforme des DPI sur le sol chinois (II).

Les DPI se trouvent ainsi mieux respectés en Chine dans certaines régions du fait qu’ils
répondent à la double intention de développement technologique d’origine étatique et de
valorisation financière des connaissances développées par les firmes chinoises qui se
rapprochent de la frontière technologique. Dans cette logique, les exemples de certaines
entreprises chinoises sont particulièrement frappants. Les politiques de recherche et

218
OMPI, « International Patent Filings Set New Record in 2011 », conférence de presse, 5 mars 2012,
<http://www.wipo.int/pressroom/en/articles/2012/article_0001.html>
219
OMPI, « Telecoms Firms Lead WIPO International Patent Filings», conférence de presse, 19 mars 2015,
<http://www.wipo.int/pressroom/en/articles/2015/article_0004.html>

69
développement lancées par ZTE, Lenovo ou encore Huawei sont édifiantes et participent à la
valorisation du respect des DPI sur le territoire chinois. Il apparaît en effet que le discours
politique semble avoir fortement influencé les acteurs de l’innovation dans leur stratégie de
développement (III).

70
I. L’importance des DPI dans la stratégie nationale de développement économique

La Chine a commencé à afficher sa volonté de faire évoluer son économie vers une économie
fondée sur l’innovation à partir de 2006, lorsque, sous la direction de Wen Jiabao, le Conseil
des affaires de l’Etat dévoila ses directives relatives au plan national à moyen-long terme sur
le développement des sciences et technologies (国家中长期科学和技术发展规划纲要
(2006-2020) 220 guojia zhongchangqi kexue he jishu fazhan guihua gangyao) traduit en
anglais par State Council’s Guidelines on the National Medium and Long Term Program for
Science and Technology Development (2006-2020). Afin de passer d’une économie reposant
essentiellement sur l’exportation et les investissements à une économie de l’innovation
fondée sur la connaissance, la Chine a fortement augmenté ses dépenses de R&D entre 2000
et 2013 (1). Cet effort prononcé trouve son origine dans des politiques nationales de soutien à
la science et technologie (2). Dans ce nouvel agenda politique, les DPI jouent un rôle central
et profitent de nombreux soutiens financiers d’origine étatique (3).

1. L’explosion des dépenses en R&D

L’innovation provient essentiellement des activités de recherche et développement déployées


par les acteurs publics et privés. Selon l’OCDE221, ce que l’on désigne par Recherche et
Développement (R&D) recouvre en réalité trois types de recherche : la recherche
fondamentale222, la recherche appliquée223 et le développement expérimental224. En 2013, la
Chine dépensait quelques 336,5 milliards de dollars en PPA courantes en dépenses intérieures

220
Promulgué par le Conseil des affaires de l’Etat le 9 février 2006, consultable en ligne :
<http://www.gov.cn/jrzg/2006-02/09/content_183787.htm>
221
Selon la définition de l’OCDE : « La recherche et le développement expérimental (R-D) englobent les
travaux de création menés de façon systématique pour accroître la somme des connaissances humaines et
concevoir des applications nouvelles. La R-D comprend trois types d’activité : la recherche fondamentale, la
recherche appliquée et le développement expérimental. », <https://data.oecd.org/fr/rd/depenses-interieures-
brutes-de-r-d.htm>
222
Selon la définition de l’OCDE : « La recherche fondamentale désigne les travaux expérimentaux ou
théoriques entrepris principalement en vue d'acquérir de nouvelles connaissances sur les fondements des
phénomènes et des faits observables, sans viser une application ou utilisation particulière. » Formulation
quasiment identique à celle du Journal Officiel de l’Union européenne, C 323/9, 30.12.2006 : « Les travaux
expérimentaux ou théoriques entrepris essentiellement en vue d'acquérir de nouvelles connaissances sur les
fondements de phénomènes ou de faits observables, sans qu'aucune application ou utilisation pratiques ne soient
directement prévues. »
223
Selon la définition de l’OCDE : « La recherche appliquée désigne aussi des travaux originaux entrepris en
vue d'acquérir des connaissances nouvelles, mais principalement dans un but ou objectif concret. »,
<https://data.oecd.org/fr/rd/depenses-interieures-brutes-de-r-d.htm>
224
Selon la définition de l’OCDE : « Le développement expérimental désigne les travaux menés de manière
systématique sur la base des connaissances existantes, tirées de la recherche ou de l'expérience pratique, pour
fabriquer de nouveaux matériaux, produits ou dispositifs, mettre en place de nouveaux procédés, systèmes et
services, ou améliorer considérablement l’existant. », <https://data.oecd.org/fr/rd/depenses-interieures-brutes-
de-r-d.htm>

71
brutes de R&D, soit presque autant que l’ensemble de l’UE à 28 (342,4 milliards US$ PPA)
mais encore loin derrière les USA (456,9 milliards US$ PPA)225.

Entre 2000 et 2013, la Chine a considérablement augmenté ses dépenses en R&D. Alors
qu’elle dépensait 40 milliards de dollars de R&D en 2000, elle en dépensait plus de 317
milliards en 2013, soit pas loin de huit fois plus en l’espace d’une décennie. La Chine a ainsi
fait passer ses dépenses en R&D, exprimées en pourcentage de son PIB, de 0,9% en 2000 à 2%
en 2013, ainsi qu’en témoigne le tableau ci-dessous :

Figure 4. Evolution des dépenses en R&D de la Chine entre 2000 et 2013 :

2,5 350000

300000
2
250000 % du PIB

1,5
200000

Million dollars
150000 US
1

100000
0,5
50000

0 0

Source : OCDE 2016

Si les budgets chinois en matière de R&D ont explosé ces dernières années, certains étrangers
perçoivent encore la Chine comme ne conduisant pas de recherche fondamentale226. La Chine
a pourtant fait passer ses dépenses en matière de recherche fondamentale de 0,05 à 0,1% de

225
OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie, Volume 2015 Numéro 1,
<http://www.oecd-ilibrary.org/science-and-technology/principaux-indicateurs-de-la-science-et-de-la-
technologie/volume-2015/issue-1_msti-v2015-1-fr>
226
Ainsi que l’affirme Steve Dickinson, Avocat collaborateur chez Harris & Moure, entretien téléphonique
réalisé en Chine le 3 octobre 2013

72
son PIB entre 2000 et 2013 (la France de 0,49 à 0,54%, le Japon de 0,37 à 0,44% et les USA
de 0,42 à 0,48%)227.

Le gouvernement central affichait en 2014 un budget de 43,6 milliards de dollars US (267.4


milliards de yuan renminbi) destinés à la recherche appliquée dans les sciences et
technologies, soit une augmentation de 8,9% par rapport à l’année précédente228. En ce qui
concerne la recherche fondamentale, le gouvernement central affichait en 2014 un budget de
6,6 milliards de $US, soit une augmentation de 12,5% par rapport à l’année précédente229.

Selon une étude dirigée par James Bentley de l’université de Melbourne et publiée en 2015, il
apparaît que les chercheurs chinois sont excessivement peu nombreux à se concentrer
uniquement sur la recherche fondamentale (2% des sujets interrogés). Cependant, ils sont en
revanche particulièrement engagés dans des activités de recherche combinée, alliant
recherche fondamentale et appliquée :

« Pure basic researchers were most common in Italy, Netherlands and Norway, comprising
roughly one quarter of all academics and outnumbering those in the pure-applied category. At
the other extreme, almost no academics were specialised in basic research in China (2 %) and
Malaysia (5 %). However, this reflected a greater tendency to combine basic and applied
research in these countries, rather than an aversion to basic research. »230

Ainsi, la Chine, bien qu’engagée dans une recherche alliant recherche fondamentale et
recherche appliquée semble néanmoins accuser un certain retard en matière de recherche
fondamentale. Comme l’indique le tableau ci-après, la majeure partie des efforts chinois en
matière de R&D se concentre sur des activités de développement expérimental (plus de 80%
du total)231. La Chine semble en effet privilégier lourdement le développement expérimental
au détriment de la recherche fondamentale et de la recherche appliquée. De par son choix,
elle semble privilégier une politique à court-terme visant à favoriser une recherche à impacts
rapides (le développement expérimental) plutôt que des innovations de fonds apportées par la
recherche fondamentale.

227
OCDE, Principaux indicateurs de la science et de la technologie, Volume 2015 Numéro 1,
<http://www.oecd-ilibrary.org/science-and-technology/principaux-indicateurs-de-la-science-et-de-la-
technologie/volume-2015/issue-1_msti-v2015-1-fr>
228
QIU Jane, « China goes back to basics on research funding », In: Nature, vol 507, 11 mars 2014
229
Ibidem.
230
BENTLEY James, GULBRANDSEN Magnus, KYVIK Svein, « The relationship between basic and applied
research in universities », In: Higher Education, vol 70, issue 4, octobre 2015
231
QIU Jane, op. cit.

73
Figure 5. Dépenses en R&D de la Chine par secteur en 2012:

Source : PRC Statistical Yearbook 2013/US NSF Sci. And Eng. Indicators
par Nature.com

Si le gouvernement communiste semble avoir pris conscience de l’importance de l’innovation


pour moderniser l’économie chinoise en y dédiant des moyens conséquents en R&D, les
efforts conduits par la Chine nécessitent un rééquilibrage vers la recherche fondamentale
pour porter pleinement leurs fruits. Il est en effet admis que les plus grandes avancées en
matière d’innovation proviennent de découvertes faites grâce aux recherches
fondamentales232.

2. Les politiques de soutien aux sciences et technologies

L’effort déployé par le PCC et l’Etat chinois pour faire de l’économie chinoise une économie
de l’innovation s’est traduit par une série de politiques adoptées tout au long des années 2000.
Cette volonté de transition économique visant à répondre aux maux de l’économie chinois
déjà énoncés au début des années 2000 (surinvestissement, utilisation inefficace des
ressources et défi environnemental)233 a été marquée par une série de publication de livres

232
BIMBOT René, MARTELLY Isabelle, « La recherche fondamentale, source de tout progrès », In: La revue
pour l’histoire du CNRS, vol 24, 2009
233
CAO Cong, SUTTMEIER Richard P., SIMON Denis F., « China’s 15-year Science and Technology Plan »,
In: Physics Today, vol. 59, issue 12, Décembre 2006

74
blancs, de plans quinquennaux et d’autres communications officielles s’appuyant sur des
secteurs clés dont le développement avait déjà été amorcé dans les années 1990234.

La première de ces publications eu lieu en 2006, quand Wen Jiabao a fait adopter par le
Conseil des affaires de l’Etat un plan dédié à l’essor des sciences et technologies. Le plan
national pour le développement des sciences et technologies à moyen-court terme du Conseil
des affaires de l’Etat (2006-2020) (国家中长期科学和技术发展规划纲要(2006-2020)), en
anglais State Council’s Guidelines on the National Medium and Long Term Program for
Science and Technology Development (2006-2020), a été adopté le 9 février 2006. Ce plan a
été largement commenté235 car il mettait en avant un concept potentiellement inquiétant pour
les entreprises étrangères présentes en Chine : l’innovation endogène (自主创新 zizhu
chuangxin, traduit en anglais par « indigenous innovation » alors que 自主 fait référence à un
procédé autonome, indépendant et non pas spécifiquement « indigène »). Ce concept
d’innovation endogène236, dont l’origine est à trouver dans les travaux sur les processus
d’apprentissage dans les économies en développement 237 , visait à soutenir activement
l’innovation créée sur le territoire chinois afin de permettre à la Chine de devenir une
puissance technologique (创新型国家 chuangxin xing guojia, littéralement : « un pays
innovant ») à l’horizon 2020.

La lettre du plan définissait ainsi le concept d’innovation endogène : « en partant de capacités


innovatrices nationales soutenues, renforcer l’innovation originale, l’innovation intégrée et

234
Comme en témoigne l’étude de Lu Qiwen sur l’industrie des ordinateurs et des nouvelles technologies de
communication sur la décennie 1990 : LU Qiwen, China’s Leap into the Information Age: Innovation and
Organization in the Computer Industry, Oxford: Oxford University Press, 2000
235
CAO Cong, SUTTMEIER Richard P., SIMON Denis F., « China’s 15-year Science and Technology Plan »,
In: Physics Today, vol. 59, issue 12, Décembre 2006 ; MCGREGOR James, China’s Drive for 'Indigenous
Innovation' - A Web of Industrial Policies, U.S Chamber of Commerce Report, 2010 ; AN Siyuan, PECK
Brian, « China’s Indigenous Innovation Policy in the Context of Its WTO Obligations and Commitments », In:
Georgetown Journal of International Law, vol. 42, 2011 ; PRUD’HOMME Dan, « China’s indigenous IP
policies – here to stay? », In: ManagingIP.com, octobre 2013 ; CHOW Daniel C.K., « Chinaʼs Indigenous
Innovation Policies and the World Trade Organization », In : Northwestern Journal of International Law and
Business, vol. 34, issue 1, 2013
236
Le concept d’innovation endogène chinois se rapproche en réalité du concept anglais d’Endogenous
Innovation tel que déployé par Gene M. Grossmn et Elhanan dans GROSSMAN Gene M., HELPMAN Elhanan,
« Endogenous Innovation in the Theory of Growth », In: National Bureau of Economic Research Working
Paper No 4527, novembre 1993. Le fait que la Chine en est une lecture nationaliste ne saurait selon nous
justifier sa traduction en anglais par indigenous. Il nous semble en effet qu’aucune politique de développement
national, dans quelque pays que ce soit, n’ait jamais cherché à créer une situation d’égalité absolue entre les
firmes nationales et étrangères. Toutes ont toujours et avant tout cherché à bénéficier d’abord aux industries
nationales, dans l’optique d’augmenter leur compétitivité face aux concurrents étrangers.
237
HOBDAY Michael, Innovation in East Asia: The Challenge to Japan, Cheltenham: Edward Elgar
Publishing, 1995

75
l’innovation par assimilation. »238 La terminologie a inquiété car elle faisait directement
référence aux innovations assimilées (引进消化吸收再创新, yinji xiaohua xishou zai
chuangxin) et aux capacités nationales d’innovation endogène ou autonome (国家自主创新
能 力 , guojia zizhu chuangxin nengli) en faisant planer un doute sur la volonté du
gouvernement chinois à protéger les innovations et les technologies étrangères déployées sur
le sol chinois.

Le plan prévoyait une forte augmentation des dépenses en R&D jusqu’à 2,5% du PIB en
2020, objectif qui, au vue de la progression actuelle, risque fort d’être atteint voire dépassé
avant 2020. Il prévoyait également que la Chine deviendrait l’un des pays déposant le plus de
brevets au PCT, objectif atteint entre 2011 et 2014239. Il prévoyait finalement que les
chercheurs chinois se positionneraient parmi les plus cités au monde, objectif atteint en
2012240. D’une manière générale, le plan prévoyait d’atteindre ou de dépasser des objectifs
chiffrés attestant de l’enclenchement d’une évolution qualitative de l’économie chinoise
fondée sur les progrès scientifiques et technologiques.

Ainsi que résumé par Cong Cao, Richard P. Suttmeier et Denis Fred Simon, ce plan répond à
quatre problèmes profonds : le manque d’innovation des acteurs économiques chinois, les
risques engendrés par le défi environnemental, le retard technologique militaire et la
défaillance du système scientifique chinois241. C’est à ces quatre problèmes que le plan
cherche à apporter une solution en identifiant des secteurs clés, détaillés dans le tableau ci-
après, sur lesquels porteront les efforts chinois. Le but final étant de permettre aux entreprises
chinoises de répondre aux difficultés rencontrées par la Chine grâce à l’innovation endogène.

238
Conseil des affaires de l’Etat, 国家中长期科学和技术发展规划纲要(2006-2020), State Council’s
Guidelines on the National Medium and Long Term Program for Science and Technology Development (2006-
2020), au point 二、指导方针、发展目标和总体部署, 1.指导方针 : «自主创新,就是从增强国家创新
能力出发,加强原始创新、集成创新和引进消化吸收再创新。»
239
OMPI, « International Patent Filings Set New Record in 2011 », conférence de presse, 5 mars 2012,
<http://www.wipo.int/pressroom/en/articles/2012/article_0001.html> et OMPI, « Telecoms Firms Lead WIPO
International Patent Filings», conférence de presse, 19 mars 2015,
<http://www.wipo.int/pressroom/en/articles/2015/article_0004.html>
240
TANG Li, SHAPIRA Philip, YOUTIE Jan, « Is There a Clubbing Effect Underlying Chinese Research
Citation Increases? », In: Journal of the Association for Information, Science and Technology, vol 66, issue 9,
septembre 2015
241
CAO Cong, SUTTMEIER Richard P., SIMON Denis F., « China’s 15-year Science and Technology Plan »,
In: Physics Today, vol. 59, issue 12, Décembre 2006

76
Figure 6. Tableau des 11 secteurs clés du MLP de 2006 :

重点领域 Secteurs clés


能源 Energie
水和矿产资源 Eau et ressources minérales
环境 Environnement
农业 Agriculture
制造业 Manufacture
交通运输业 Transports
信息产业及现代服务业 NTIC et services modernes
人口与健康 Population et santé
城镇化与城市发展 Urbanisation et développement urbain
公共安全 Ordre public
国防 Défense nationale

Source : Conseil des affaires de l’Etat

Dans tous ces secteurs, le plan envisageait d’appuyer la création d’innovations endogènes en
attribuant des crédits et en soutenant de manière importante les acteurs chinois. Le but affiché
était de réussir à créer un système économique national à la pointe de la technologie. Les
observateurs occidentaux ont été nombreux à craindre la mise en place d’un système de
traitement inégal à la défaveur des industries d’origine étrangère242. Ce système posait la
question de sa concordance avec le droit de l’OMC. Cependant, la contradiction supposée au
droit de l’OMC n’est pas allée jusqu’à la confrontation243. Selon l’analyse qu’en faisait Dan
Prud’Homme en 2013, un système de traitement inégal se maintenait en place et ne semblait
pas faire l’objet d’une remise en question244.

Quatre ans après l’adoption du plan de 2006, le Conseil des affaires de l’Etat a publié une
décision en octobre 2010 destinée à présenter le concept des industries émergentes
stratégiques (战略性新兴产业 zhanlüexing xinxing chanye), en anglais Strategic Emerging

242
CHOW Daniel C.K., « Chinaʼs Indigenous Innovation Policies and the World Trade Organization », In :
Northwestern Journal of International Law and Business, vol. 34, issue 1, 2013 ; PRUD’HOMME Dan,
« China’s indigenous IP policies – here to stay? », In: ManagingIP.com, octobre 2013
243
CHOW Daniel C.K., op. cit., 2013
244
PRUD’HOMME Dan, « China’s indigenous IP policies – here to stay? », In: ManagingIP.com, octobre 2013

77
Industries (SEIs)245. Il était prévu par cette communication du Conseil des affaires de l’Etat
que les industries émergentes stratégiques, au nombre de sept, passent de 2 à 8% du PIB en
2015 et à 15% d’ici 2020246. A partir de cette communication, les efforts étatiques chinois se
sont orientés de manière privilégiée vers ces sept domaines à travers des outils fiscaux, des
politiques de subventions et des dépenses en R&D. Là encore, les entreprises étrangères ont
fait sentir leur frustration d’être maintenues à l’écart des bénéfices potentiels découlant du
traitement favorable réservé aux SEIs247.

Figure 7. Tableau des 7 Industries émergentes stratégiques (SEIs) de 2010 :

战略性新兴产业 SEIs
Efficacité énergétique et protection de
节能环保产业 l’environnement
新一代信息技术产业 Nouvelle génération de TIC
生物产业 Biotechnologie
高端装备制造产业 Equipements haut de gamme
新能源产业 Nouvelles énergies
新材料产业 Nouveaux matériaux
新能源汽车产业 Industrie automobile à nouvelle énergie

Source : Conseil des affaires de l’Etat

On retrouve dans la liste des SEIs une continuité avec les secteurs clés identifiés par le MLP
de 2006 : l’énergie, la gestion des ressources, l’environnement, les nouvelles technologies de
communication, la biotechnologie et la recherche d’une montée en gamme de l’industrie
manufacturière et automobile.

245
Conseil des affaires de l’Etat, 国务院关于加快培育和发展战略性新兴产业的决定, Decision of the State
Council on Accelerating the Fostering and Development of Strategic Emerging Industries, n°32, 10 octobre
2010, <http://www.gov.cn/zwgk/2010-10/18/content_1724848.htm>
246
Conseil des affaires de l’Etat, 国务院关于加快培育和发展战略性新兴产业的决定, Decision of the State
Council on Accelerating the Fostering and Development of Strategic Emerging Industries, n°32, 10 octobre
2010, au point 二、坚持创新发展,将战略性新兴产业加快培育成为先导产业和支柱产业, (三)发展目
标 : « 到 2015 年,战略性新兴产业形成健康发展、协调推进的基本格局,对产业结构升级的推动作用显
著增强,增加值占国内生产总值的比重力争达到 8%左右。 到 2020 年,战略性新兴产业增加值占国内
生产总值的比重力争达到 15%左右,吸纳、带动就业能力显著提高。»
247
The US-China Business Council, China’s Strategic Emerging Industries: Policy, Implementation,
Challenges & Recommandations, mars 2013, <https://www.uschina.org/sites/default/files/sei-report.pdf>

78
Suite à l’adoption du 12ème plan quinquennal de 2011248, le Conseil des affaires de l’Etat a
promulgué une autre communication visant à organiser plus efficacement la stratégie des
SEIs au niveau local. Le Conseil a ainsi publié en juillet 2012 des orientations sur
l’application du 12ème plan quinquennal à destination des provinces en ce qui concerne les
SEIs 249 . Les différents pouvoirs politiques locaux ont par la suite mis en place des
instruments de soutien aux SEIs en fonction des recommandations du plan250. Le 13ème plan
quinquennal (à paraître au printemps 2016) devrait reprendre et renforcer ces efforts engagés
sur les SEIs. Ainsi que le texte du 13ème plan quinquennal adopté par le PCC fin octobre 2015
et publié par le Renmin Ribao en novembre le prévoyait, les investissements destinés aux
SEIs allaient être renforcés251.

La politique d’innovation endogène a également été supportée par l’adoption en mai 2015 par
le Conseil des affaires de l’Etat d’une publication intitulée « Fabriqué en Chine 2025 » (中国
制造 2025, zhongguo zhizao 2025), en anglais Made in China 2025252. Cette publication
reprend les principaux secteurs répertoriés en 2006 puis en 2010-2012 en lançant de
nouveaux projets de développement.

Face à un ralentissement de la croissance chinoise en 2015 et une valeur relativement faible


du Manufacturing Purchasing Managers’ Index (PMI) de Caixin (globalement en dessous de
50 sur l’ensemble de l’année 2015)253, la politique du Made in China 2025 vise directement
la montée en gamme des industries manufacturières chinoises pour leur redonner de la
compétitivité254. Afin de rendre l’industrie manufacturière chinoise plus compétitive face à
ses concurrents indonésiens ou vietnamiens, l’Etat cherche à la faire monter en gamme. Le
248
Conseil des affaires de l’Etat, 国民经济和社会发展第十二个五年规划纲要, 16 mars 2011
<http://www.gov.cn/2011lh/content_1825838_2.htm>
249
Conseil des affaires de l’Etat, 国务院关于印发“十二五”国家战略性新兴产业发展规划的通知,
Notification of the State Council 12th Five Year Plan on the Fostering and Development of Strategic Emerging
Industries, n°28, 9 juillet 2012, <http://www.gov.cn/zwgk/2012-07/20/content_2187770.htm>
250
The US-China Business Council, China’s Strategic Emerging Industries: Policy, Implementation,
Challenges & Recommandations, mars 2013, <https://www.uschina.org/sites/default/files/sei-report.pdf>
251
人民日报,“中共中央关于制定国民经济和社会发展第十三个五年规划的建议”, 4 novembre 2015,
« 支持战略性新兴产业发展,发挥产业政策导向和促进竞争功能,更好发挥国家产业投资引导基金作用,
培育一批战略性产业。 », <http://paper.people.com.cn/rmrb/html/2015-
11/04/nw.D110000renmrb_20151104_2-01.htm>
252
Adoptée par le Conseil des affaires de l’Etat le 8 mai 2015, dont le texte intégral peut être trouvé sur le site
du Ministère de l’industrie et des technologies de l’information,
<http://www.miit.gov.cn/n11293472/n11293832/n11294072/n11302450/16812510.html>
253
L’évolution du Manufacturing MPI de Caixin peut être suivi en ligne, <http://www.investing.com/economic-
calendar/chinese-caixin-manufacturing-pmi-753>
254
LEE Xin En, « Made in China 2025: A New Era for Chinese Manufacturing », In: CKSB Knowledge, 2
septembre 2015, <http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/09/02/technology/made-in-china-2025-a-new-era-for-
chinese-manufacturing/>

79
modèle à suivre étant l’Allemagne avec son Industrie 4.0 (pour une 4ème révolution
industrielle) composée d’usines « intelligentes ».

Ainsi que présenté par Lee Xin En, l’objectif est d’intégrer des technologies telles que
l’internet des objets, l’informatique en nuage ou encore les mégadonnées dans l’industrie
manufacturière, afin de dépasser, à l’image d’une version actualisée du Grand bond en avant,
le Japon, les États-Unis et l’Allemagne d’ici à l’horizon 2049 (le centième anniversaire de la
RPC)255. Afin d’aboutir à cet objectif, le plan prévoit de créer 15 centres innovants d’ici à
2020, et 40 d’ici à 2025.

Comme dans les précédents plans, des secteurs stratégiques ont été identifiés, récapitulés
dans le tableau ci-après. Ces secteurs s’inscrivent dans la continuité des précédents plans
avec toujours la même emphase portée sur l’énergie, la gestion des ressources,
l’environnement, les nouvelles technologies de communication, la biotechnologie, les
transports et la recherche d’une montée en gamme de l’industrie manufacturière et
automobile.

Figure 8. Tableau des 10 des secteurs stratégiques du plan de 2015 (Made in China 2025):

重点领域 Secteurs stratégiques


新一代信息技术产业 Nouvelle génération de TIC
高档数控机床和机器人 Machines-outils automatiques et robots
航空航天装备 Equipement aérospatial
海洋工程装备及高技术船舶 Equipement maritime et navire haute-technologie
先进轨道交通装备 Equipement de transport ferroviaire moderne
节能与新能源汽车 Industrie automobile à nouvelle énergie
电力装备 Equipement énergétique
农机装备 Equipement agricole
新材料 Nouveaux matériaux
Biomédical et instruments médicaux de haute
生物医药及高性能医疗器械 performance

Source : Conseil des affaires de l’Etat

255
LEE Xin En, « Made in China 2025: A New Era for Chinese Manufacturing », In: CKSB Knowledge, 2
septembre 2015, <http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/09/02/technology/made-in-china-2025-a-new-era-for-
chinese-manufacturing/>

80
Selon certains observateurs, ce dernier plan en date serait le mieux conçu des plans chinois
destinés à promouvoir l’innovation et à faire monter en gamme l’économie chinoise256. S’il
reste un instrument politique destiné à orienter les subventions et dépenses en R&D, le plan
Made in China 2025 se démarque selon Scott Kennedy des plans précédents par une
conception originale :

« The plan's language is also very different than under Hu-Wen. The term "indigenous
innovation" appears only twice and "SEI" only once. There is no obvious effort to paint this as
the successor to or extension of SEI, but in fact, to show that an SEI-oriented focus was too
narrow and built on a misunderstanding of China's core needs and comparative advantage. In
addition, the original focus on innovation took inspiration from similar innovation programs
developed in the United States, Japan, and the EU during the 2000's in the wake of the
information technology revolution and a common concern about technological
competitiveness. (…) From a Chinese national-interest perspective, this plan is much better
conceived and more appropriate for China's situation than the "indigenous innovation"
approach and SEIs. It will be more coordinated and utilize a wider array of policy tools. (…) In
terms of challenges, a clear goal is to make Chinese companies more competitive across the
board, to localize production of components and final products, and to have Chinese firms
move up the value-added chain in production and innovation networks, and to achieve much
greater international brand recognition. In addition, the plan calls for Chinese firms to ramp up
their efforts to invest abroad, and to do so by becoming more familiar with overseas cultures
and markets, and to strengthen investment and operation risk management. (The drafters are
clearly sensitive to the high proportion of failed overseas investments.) (…) In some ways, this
represents a frontal challenge to advanced manufacturing in the US, Europe, and East Asia. »257

A partir de la formulation de premier plan de 2006 visant à faire de la Chine une nation
innovante jusqu’à la publication du dernier plan en date en 2015, l’Etat chinois a mis en place
une série de mesures, principalement fiscales et budgétaires, visant à soutenir le processus
d’innovation dans les entreprises publiques et privées. L’un des outils privilégiés mis en
avant par les politiques chinoises pour mesurer l’effort d’innovation entrepris par les
entreprises a été l’utilisation des droits de la propriété industrielle.

3. La place centrale des DPI dans la politique nationale d’innovation endogène

Parallèlement aux plans relatifs à la mise en place d’une économie de l’innovation en Chine,
les organes gouvernementaux ont insisté sur le rôle central que jouaient les DPI dans cette
nouvelle politique à travers des publications spécifiques. Si les DPI étaient toujours
mentionnés dans les plans étudiés ci-dessus, les références étaient faites en termes généraux.
Entrés dans le champ des priorités politiques à partir du plan des sciences et technologies de

256
KENNEDY Scott, « Made in China 2025 », In: Center for Strategic & International Studies Online
Publications, 1er juin 2015, <http://csis.org/publication/made-china-2025>
257
Ibidem

81
2006, les DPI ont fait l’objet de politiques spéciales du Conseil des affaires de l’Etat et d’un
suivi assuré par SIPO.

En 2005, le Conseil des affaires de l’Etat a créé un groupe de travail (工作组, gongzuo zu)258
en anglais leading group ou working group, dirigé par la vice première ministre du Conseil
des affaires de l’Etat Wu Yi (吴仪) et chargé de formuler une stratégie nationale sur la
propriété intellectuelle, en anglais National Intellectual Property Strategy (NIPS). Cet organe
a été à la source de la formulation de plans annuels destinés à promouvoir l’innovation en
améliorant l’utilisation des DPI par les acteurs chinois de l’innovation ainsi qu’en supervisant
politiquement leur application sur le territoire chinois.

Le groupe de travail a rendu sa copie en 2008 en faisant publier par le Conseil des affaires de
l’Etat le 25 juin 2008 une stratégie nationale sur la propriété intellectuelle (国家知识产权战
略 纲 要 , guojia zishichanquan zhanlüe gangyao), en anglais Outline of the National
Intellectual Property Strategy (NIPS). Deux ans après l’adoption du plan national pour le
développement des sciences et technologies à moyen-court terme de 2006 qui posait le
concept d’innovation endogène, la stratégie nationale sur la propriété intellectuelle de 2008
applique au champ des DPI le nouveau concept d’innovation endogène. L’objectif du NIPS
est de formuler une politique générale visant à guider le travail relatif aux DPI en Chine sur
les 15-20 ans.

Selon les analyses de Mark Liang et de Peter K. Yu, ce plan insiste sur l’importance de la
création et de l’utilisation des DPI. Il vise à rendre la création et l’utilisation des DPI
omniprésents dans la stratégie des entreprises engagées dans des processus d’innovation259.

Le paragraphe 7 du NIPS détermine les objectifs à 5 ans :

258
Tel qu’annoncé par l’agence Xinhua le 13 janvier 2005 : 国务院副总理吴仪:中国知识产权保护取得进
展, « 国务院成立了保护知识产权工作组,负责领导和统筹全国知识产权保护工作,督办重大案件。在
工作组统一部署下,中国已经建立了跨部门的知识产权执法协作机制,加强了工作的衔接和协调。工作
组还就全国范围内知识产权的宣传、培训工作做了具体部署,卓有成效地开展了相关工作。»,
<http://www.china.com.cn/chinese/news/755720.htm>
259
LIANG Mark, « Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible Remedies », In: The John
Marshall Review of Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012 et YU Peter K., « Five Oft-repeated
Questions About China’s Recent Rise as a Patent Power », In: Cardozo Law Review De Novo, vol. 78, 2013

82
« 近五年的目标是:

--自 主 知 识 产 权 水平大幅度提高,拥有量进一步增加。本国申请人发明专利年度授权
量进入世界前列,对外专利申请大幅度增加。培育一批国际知名品牌。核心版权产业产
值占国内生产总值的比重明显提高。拥有一批优良植物新品种和高水平集成电路布图设
计。商业秘密、地理标志、遗传资源、传统知识和民间文艺等得到有效保护与合理利用

--运用知识产权的效果明显增强,知识产权密集型商品比重显著提高。企业知识产权管
理制度进一步健全,对知识产权领域的投入大幅度增加,运用知识产权参与市场竞争的
能力明显提升。形成一批拥有知名品牌和核心知识产权,熟练运用知识产权制度的优势
企业。

--知识产权保护状况明显改善。盗版、假冒等侵权行为显著减少,维权成本明显下降,
滥用知识产权现象得到有效遏制。

260
--全社会特别是市场主体的知识产权意识普遍提高,知识产权文化氛围初步形成。»

Ce paragraphe dresse la liste des objectifs fixés par la stratégie officielle. D’une manière
générale, l’accent est mis sur l’utilisation des DPI par les acteurs de l’innovation à travers
l’augmentation des demandes de brevets notamment. Suivant cette orientation, l’Etat central
et les gouvernements provinciaux ont mis en place des systèmes de subventions au dépôt de
brevets, faisant exploser le nombre de brevets attribués en Chine. La lettre du texte fait
également directement référence au concept d’innovation endogène, en appelant à
l’augmentation de la part des droits de propriétés intellectuels endogènes (自主知识产权水
平大幅度提高, zizhu zhishichanquan shuiping da fudu tigao). Cette référence au caractère

260
Dans sa traduction anglaise officielle : « Goals for the next five years:
- The level of the self-relied intellectual property will be higher by a large margin and the quantity of
intellectual property will be greater. China will rank among the advanced countries of the world in terms of the
annual number of patents for inventions granted to the domestic applicants, while the number of overseas patent
applications filed by Chinese applicants should greatly increase. A number of world-famous brands will emerge.
The proportion of the GDP accounted for by the value of core copyright industries will greatly increase. China
should own the rights to a number of high-quality new varieties of plants and high-level layout designs of
integrated circuits. Trade secrets, geographical indications, genetic resources, traditional knowledge as well as
folklores will be effectively protected and reasonably utilized.
- The benefits of utilizing intellectual property rights (IPRs) will be increased significantly and the proportion of
products rich in IPRs should grow significantly. Enterprises should make progress in improving their system for
managing intellectual property, invest more in the area of intellectual property and significantly improve their
capacity to utilize intellectual property in market competition. A number of preponderant enterprises with
famous brands, core intellectual property and rich experience in utilizing the intellectual property system will
emerge.
- The protection of IPRs will be significantly improved. Infringement of IPRs, such as piracy and counterfeiting,
should be significantly reduced, the expense of protecting intellectual property right will decrease a great deal
and abuse of intellectual property should be effectively curbed.
- The awareness of the IPRs in society, especially among market entities, will be greatly enhanced and a
favorable intellectual property culture should be basically formed. »

83
endogène des DPI reconnus a appuyé la crainte d’une protection particulière accordée à
l'innovation nationale au détriment de l'innovation développée par les acteurs étrangers261.

Deux ans après la publication de cette stratégie nationale, SIPO a publié le 18 novembre 2010
une stratégie nationale de développement des brevets (全国专利事业发展战略(2011—2020
年), quanguo zhuanli shiye fazhan zhanlüe)262, en anglais National Patent Development
Strategy 2011-2020. Le plan posait les principaux objectifs à atteindre en matière de brevet
d’ici 2015-2020, ainsi que résumés par Mark Liang :

« - By 2020, a quadrupling of the number of inventions per capita and quantity of Chinese-
origin patent applications filed abroad.
- By 2015, the number of patent filings will reach 2 million. By comparison, in 2010, about a
quarter of that number was filed at the PTO.
- By 2015, China will rank in the top two for number of invention patents granted to domestic
applicants.
- In 2015, 100 billion yuan (15.8 billion USD) of IP transactions will be conducted.
- By 2015, the average time needed to examine a patent, or pendency period, will be reduced to
22 months for invention patent applications and 3 months for utility and design patents. By
comparison, the pendency period for the PTO in recent years has been around 34 months for
the U.S. equivalent of invention patent applications.
- By 2015, the number of SIPO patent examiners will reach 9000.
- By 2015, the number of registered patent agents will reach 10,000.
- By 2015, the establishment of a national data center, 5 regional patent information service
centers and 47 local patent information service centers. »263

Comme on peut le constater, les objectifs posés par le plan de SIPO sont chiffrés. Le
caractère quantitatif du plan et les subventions qui l’accompagnent vont ainsi inciter les
acteurs chinois à déposer des brevets en masse. Ce faisant, les brevets déposés ne traduisent
pas une volonté de faire protéger les fruits de leur processus d’innovation par les acteurs
chinois mais ne représentent en réalité qu’un moyen d’accéder à des subventions et d’afficher
leur alignement avec la politique officielle. Il est également intéressant de noter que dans ce
plan de 2010, alors que le concept d’innovation endogène était particulièrement présent dans
la stratégie nationale du Conseil de 2008, la référence à l’innovation endogène n’apparaît ici
qu’à une seule occurrence, au point IV.4.

261
YU Peter K., « Five Oft-repeated Questions About China’s Recent Rise as a Patent Power », In: Cardozo
Law Review De Novo, vol. 78, 2013
262
Le texte de la stratégie peut être trouvé en intégralité sur le site de SIPO, en chinois :
<http://www.sipo.gov.cn/gk/fzgh/201310/t20131025_860855.html>,
263
LIANG Mark, « Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible Remedies », In: The John
Marshall Review of Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012

84
Le plan vise en effet à : « optimiser la politique de subvention aux brevets et mieux en définir
l’orientation pour améliorer la qualité des brevets, augmenter le nombre de brevets obtenus à
l’étranger et à promouvoir le travail de traduction en terme de droit de la propriété
intellectuelle des résultats de la politique d’innovation endogène. » 264

A la suite de la publication de 2010, SIPO a publié chaque année des plans de promotion de
l’application de la stratégie nationale des DPI (全国专利事业发展战略推进计划, quanguo
zhuanli shiye fazhan zhanlüe tuijin jihua), en anglais Promotion Plan for the Implementation
of the NIPS (2012 年全国专利事业发展战略推进计划265, 2013 年全国专利事业发展战略
推进计划266, 2014 年全国专利事业发展战略推进计划267 et 2015 年全国专利事业发展战
略 推 进 计 划 268 ). Ces différents plans, tout en s’appuyant sur la politique générale
d’augmentation du nombre des brevets visaient également tous à inciter à améliorer la qualité
des brevets269.

En plus de ces plans de promotion, SIPO a également publié des rapports annuels sur la
situation nationale des brevets (全国专利实力状况报告, quanguo zhuanli shili zhuangkuang
baogao) à partir de 2013 (2012 年全国专利实力状况报告270, 2013 年全国专利实力状况报
告271 et 2014 年全国专利实力状况报告272). Ces publications font une analyse de l’année
écoulée, dressent la liste des efforts à poursuivre et proposent de nouvelles orientations pour
améliorer les résultats des années suivantes.

Parallèlement à ces publications de SIPO, le Conseil des affaires de l’Etat a adopté le 10


décembre 2014 un plan d’action pour l’approfondissement de l’application de la stratégie
264
En chinois dans le texte officiel : « 优化专利资助政策,进一步明确提升专利质量、提高国外专利拥有量、
促进自 主 创 新 成果产 权 化 的工作导向。»
265
SIPO, 2012 年全国专利事业发展战略推进计划, 14 novembre 2011,
<http://www.sipo.gov.cn/gk/fzgh/201310/t20131025_860857.html>
266
SIPO, 2013 年全国专利事业发展战略推进计划, 26 novembre 2012,
<http://www.sipo.gov.cn/gk/fzgh/201507/t20150716_1145701.html>
267
SIPO, 2014 年全国专利事业发展战略推进计划, 18 janvier 2014,
<http://www.sipo.gov.cn/gk/fzgh/201507/t20150716_1145702.html>
268
SIPO, 2015 年全国专利事业发展战略推进计划, 16 janvier 2015,
<http://www.sipo.gov.cn/gk/fzgh/201507/t20150716_1145703.html>
269
PRUD’HOMME Dan, Dulling the cutting-edge: How patent-related policies and practices hamper
innovation in China, Shanghai: European Chamber of commerce in China, 2012
270
SIPO, 2012 年全国专利实力状况报告, mai 2013,
<http://www.sipo.gov.cn/yw/2013/P020130426447058176596.pdf >
271
SIPO, 2013 年全国专利实力状况报告, 25 avril 2014,
<http://www.sipo.gov.cn/zscqgz/2014/201404/t20140425_939490.html>
272
SIPO, 2014 年全国专利实力状况报告, 25 mai 2015,
<http://www.sipo.gov.cn/zlssbgs/bwdt/201505/t20150525_1122419.html>

85
nationale des DPI (深入实施国家知识产权战略行动计划 2014-2020 年) shenru shishi
guojia zhishichanquan zhanlüe xingdong jihua) 273 , en anglais Action Plan for In-Depth
Implementation of National Intellectual Property Rights Strategy (2014-2020). Publié après
le 4ème plénum du 18ème congrès du PCC (octobre 2014), ce plan reprend l'objectif posé par le
3ème plénum (novembre 2013) d'améliorer l'utilisation des DPI (加强知识产权的运用和保护
jiaqiang zhishichanquan de yunyong he baohu) 274 . Dans ce plan, on peut noter des
changements terminologiques intéressants. Le texte vise à faire de la Chine un pays « fort »
en DPI (知识产权强国, zhishichanquan qiangguo) et non plus seulement « grand » (知识产
权 大 国 , zhishichanquan daguo). Ce changement terminologique traduit la prise de
conscience institutionnelle des risques liés à la prolifération de brevets de mauvaise qualité et
de la nécessité d'un recentrage qualitatif, déjà mis en avant à partir de 2012 dans les
publications de SIPO275.

Le document insiste ainsi sur les aspects qualitatifs et plus seulement quantitatifs des DPI276
en cherchant à « promouvoir le développement des industries intensives en DPI ; accorder
plus d'importance à la qualité et à la rentabilité des DPI, optimiser la structure industrielle,
guider l'innovation industrielle et promouvoir l'amélioration de la qualité et de l'efficacité
de l'industrie. » 277 Cependant, le document de se démarque pas des anciens plans en
continuant de chercher une augmentation du nombre de brevets déposés par habitant.

En opérant la synthèse de ces deux types de publications, les publications à caractère général
visant le développement des sciences et technologies d’une part et les publications
spécifiquement consacrées au développement de l’utilisation des DPI comme vecteur de
l’innovation d’autre part, il apparaît clair que la Chine a mis au premier plan de son agenda
politique la montée en gamme de son économie. Si ces politiques de soutien au DPI ont

273
Conseil des affaires de l’Etat, 深入实施国家知识产权战略行动计划 2014-2020 年, 10 décembre 2014
<http://www.gov.cn/zhengce/content/2015-01/04/content_9375.htm>
274
COHEN Mark, « Synergies and Contrasts Between The National IP Strategy Action Plan and Fourth Plenum
(with contrasting wordclouds) », In: ChinaIPR.com, 15 janvier 2015,
<http://chinaipr.com/2015/01/15/synergies-and-contrasts-between-the-national-ip-strategy-action-plan-and-
fourth-plenum-with-contrasting-wordclouds/>
275
COHEN Mark, « Action Plan for Further Implementation of the National IP Strategy (2014-2020)
Approved », In: ChinaIPR.com, 30 décembre 2014, <http://chinaipr.com/2014/12/30/action-plan-for-further-
implementation-of-the-national-ip-strategy-2014-2020-approved/>
276
COHEN Mark, « Synergies and Contrasts Between The National IP Strategy Action Plan and Fourth Plenum
(with contrasting wordclouds) », In: ChinaIPR.com, 15 janvier 2015,
<http://chinaipr.com/2015/01/15/synergies-and-contrasts-between-the-national-ip-strategy-action-plan-and-
fourth-plenum-with-contrasting-wordclouds/>
277
Au point II.1. : « 推动知识产权密集型产业发展。更加注重知识产权质 量 和效 益 ,优化产业布局,引
导产业创新,促进产业提 质 增 效 升 级 。»

86
permis une explosion du nombre de brevets déposés en Chine, elles n’ont cependant pas
garanti la qualité des brevets déposés. Les observateurs ont ainsi plusieurs fois montré du
doigt le caractère potentiellement dangereux pour l’innovation même d’une profusion de
brevets de mauvaise qualité278.

Si les politiques de soutien aux DPI et à l’innovation d’une manière générale semblent être
bien diffusées et acceptées à l’échelle de l’Etat central, leur traduction et leur application au
niveau local posent encore problème. En effet, le territoire chinois souffre de multiples
disparités. A l’image de développements similaires dans d’autres pays du monde, il existe
désormais en Chine des régions qui concentrent la plupart des demandes de brevets.
Cependant, la concentration excessive des DPI chinois dans certaines localités traduit leur
relative inexistence à d’autres endroits. Ainsi, le droit de la propriété industrielle ne touche
pas uniformément l’ensemble du territoire chinois, renforçant l’idée d’une Chine à deux
vitesses.

278
Notamment avec des travaux tels que PRUD’HOMME Dan, Dulling the cutting-edge: How patent-related
policies and practices hamper innovation in China, Shanghai: European Chamber of commerce in China, 2012
et LIANG Mark, « Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible Remedies », In: The John
Marshall Review of Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012

87
II. Les relais épars des politiques centrales aux échelons locaux

La politique de soutien au développement des sciences et technologies par la promotion de


l’usage des DPI est bien implantée et acceptée au niveau de l’Etat central. Cependant, la
Chine souffre de fortes disparités régionales, rendant délicate l’application uniforme des DPI
sur l’intégralité du territoire chinois (1). Etant l’outil de prédilection des acteurs visant à
accéder à la pointe de l’économie chinoise, les DPI se concentrent principalement dans les
pôles de développement des grandes métropoles lancés par le gouvernement central en deux
vagues successives, au début des années 1990 puis au début des années 2000 (2). Les
disparités régionales relatives à l’utilisation des DPI apparaissent également du fait de liens
particuliers qu’entretiennent les grandes universités chinoises et les entreprises installées dans
leur environnement immédiat (3).

1. Des disparités régionales fortes

Les disparités régionales et les écarts de développement entre la Chine littorale et la Chine de
l’intérieur constituent une caractéristique fondamentale de la situation économique chinoise
actuelle279. Ainsi, après plus de trente ans de politiques d’ouverture et de réforme, le territoire
chinois peut être envisagé en trois espaces : « une façade littorale riche qui a été le lieu de
l’ouverture maximale de la Chine depuis vingt ans, un intérieur chinois plus pauvre, qui a
bénéficié de la période maoïste (industrialisation lourde, complexe militaro-industriel du
‘Troisième Front’) mais qui souffre aujourd’hui du déclin de l’économie étatisée et un Ouest
chinois qui est une réserve d’espace et de ressources (…) »280. Cette partition du territoire
chinois prend tout son sens quand on y observe le PIB par habitant par province, sans prendre
en compte les disparités intra-provinciales (qui elles aussi peuvent être importantes)281.

Ainsi, les régions côtières concentrent la plus grande partie des richesses, du fait de la
présence d’industries d’exportation et d’une forte concentration industrielle282. Les régions
intérieures, industrialisées lors du « Troisième front », suivent difficilement (en terme de PIB
par habitant) les régions côtières tandis que les régions enclavées et périphériques sont à la
traine, et ce malgré les politiques de développement leur étant particulièrement destinées. A

279
BOQUET Yves, « Dynamiques de développement et inégalités régionales en Chine », In: Espace,
populations, sociétés, 2009/3 et LOCKETT Hudson, « Regional Disparities in China: Time for a Lift Up », In:
CKGSB Knowledge, 16 septembre 2015, <http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/09/16/chinese-
economy/regional-disparities-in-china-time-for-a-lift-up/>
280
BOQUET Yves, op. cit.
281
Ibidem
282
Ibid.

88
partir de 1998, Jiang Zemin et Zhu Ronji ont en effet lancé la stratégie du développement
vers l’ouest (西部大开发, xibu dakaifa), cependant, cette politique s’est majoritairement
concentrée sur des programmes d’infrastructures peinant à réellement industrialiser les
régions283. La carte ci-dessous expose le PIB par habitant par province en 2014, allant du plus
foncé pour les régions au PIB par habitant le plus élevé et au plus clair pour les régions au
PIB par habitant le plus faible.

Figure 9. Carte du PIB par habitant en 2014 :

Source : Bureau national des statistiques de Chine (data.stats.gov.cn), 2016

Les régions littorales les plus développées (par ordre de PIB/habitant284 : les villes autonomes
de Tianjin, Pékin, et Shanghai ainsi que les provinces du Jiangsu, du Zhejiang, de la
Mongolie Intérieure, du Liaoning, du Fujian, du Guangdong et du Shandong) ont bénéficié de

283
LOCKETT Hudson, « Regional Disparities in China: Time for a Lift Up », In: CKGSB Knowledge, 16
septembre 2015, <http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/09/16/chinese-economy/regional-disparities-in-china-
time-for-a-lift-up/>
284
Le tableau des données peut être trouvé en annexe

89
la présence d’un tissu industriel déjà en place sous l’ère maoïste et fortement développé
depuis, lors du décollage économique induit par les politiques d’ouverture et des réformes285.

C’est sur ces mêmes régions que repose aujourd’hui la stratégie de création d’une économie
chinoise de l’innovation. En prenant pour indicateur le nombre de brevets accordés sur
l’année 2014 par SIPO286, on retrouve les villes autonomes de Pékin et Shanghai ainsi que les
provinces du Jiangsu, du Zhejiang, du Guangdong et du Shandong dans le top dix des
provinces où il a été accordé le plus de brevets en 2014. En effet, la création d’une économie
chinoise de l’innovation s’appuie nécessairement sur des zones déjà fortement industrialisées,
disposant des structures et des moyens orientés vers la R&D, seules à même d’effectuer un
saut technologique.

Les autres régions périphériques et du centre ne participent que marginalement à l’effort de


création d’une économie de la connaissance. Ainsi, les provinces du Hebei, du Qinghai, du
Heilongjiang, de Hainan, du Henan, du Shanxi, du Jiangxi, du Guangxi, du Tibet, du Yunnan,
du Guizhou et du Gansu (par ordre de PIB/ habitant décroissant) se retrouvent parmi les
provinces où le moins de brevets ont été accordés en 2014 (additionnées, ces douze provinces
ne représentent que 10% du total des brevets accordés, soit moins que la part que représente
la province du Guangdong à elle seule, qui totalise 15% des brevets accordés sur l’intégralité
du territoire de la RPC).

Si l’on superpose le nombre de brevets accordés par province à la carte du PIB par habitant
des provinces chinoises, on observe aisément qu’il existe en réalité une Chine à deux vitesses
et que la stratégie de création d’une économie de l’innovation touche de manière différente
les provinces.

285
LOCKETT Hudson, op. cit.
286
SIPO, Rapport annuel 2014

90
Figure 10. Carte du nombre de brevets accordés en 2014, par province :

Source : Bureau national des statistiques de Chine (data.stats.gov.cn) et SIPO, 2016

Certaines provinces concentrent la plus grande partie des brevets accordés en 2014 tandis que
les autres provinces sont largement distancées. Si l’on prend comme référence le nombre de
brevets accordés au Jiangsu en 2014 (soit 200032 brevets) comme base 100, le Zhejiang
accordait 94 brevets (soit 188544 au total ou 94% du nombre de brevets que le Jangsu se
voyait accorder) et le Guangdong 90 (179953). Ces trois provinces forment le trio de tête des
provinces où il est accordé le plus de brevets en Chine (elles déposent à elle trois 48% des
brevets déposés en RPC). Viennent ensuite Pékin avec 37 brevets (74661), le Shandong 36
(72818), Shanghai 25 (50488), l’Anhui 24 (48380) et le Sichuan 24 (47120). Chacune des
autres provinces de Chine dépose, comparativement à la base 100 des brevets déposés par le
Jiangsu, moins de 20 brevets.

La politique d’innovation endogène a ainsi plus d’impact et donc plus d’importance dans les
régions, principalement côtières, les plus développées. Dans les autres provinces, la faiblesse
du nombre de brevets accordés traduit d’une potentielle imperméabilité à la politique
d’innovation décidée par l’Etat centrale ou de l’absence de moyens (comparativement aux

91
provinces côtières) destinés à créer de l’innovation par les DPI. La politique visant à créer
une économie de l’innovation en Chine souffre ainsi des fortes disparités régionales
chinoises.

C’est dans ce contexte de disparités régionales fortes que la notion de protectionnisme local
prend tout son sens. Déjà identifié dès le début des années 1990 et notamment lors des
négociations relatives au Memorandum Of Understanding (MOU) entre la Chine et les Etats-
Unis de 1995 comme un problème pour l’application uniforme des DPI287, le protectionnisme
local a également été relevé tout au long des années 1990 dans le cadre des négociations
relatives à l’accession de la Chine à l’OMC. Selon Jeffrey Berkman, le protectionnisme local
était dans les années 1990 le fait d’un manque de volonté politique de la part de Pékin
conjugué au plus grand degré d’autonomie accordé aux provinces dans leur course à la
croissance :

« While Beijing’s directives generally are implemented without question, protection of


intellectual property rights may be one area where Beijing’s support is not sufficient. Indeed,
China’s inability to tackle piracy in large part arises from Beijing’s monumental 1979 decision
to enhance local autonomy in order to promote the transformation from a planned to a market
economy. »288

Du fait de la décentralisation, les pouvoirs locaux ont cherché, dans les années 1990, à
protéger les industries locales qui ne respectaient pas les DPI pour générer de la croissance.
Les observateurs étrangers relèvent encore aujourd’hui le problème du protectionnisme local
comme l’une des raisons du non respect des DPI dans certaines régions. S’il n’existe pas
d’étude poussée sur la question permettant d’éclaircir la nature du phénomène, il est
perpétuellement mentionné depuis 2002 dans les rapports annuels de l’USTR sur le respect
des engagements pris par la Chine au titre de son accession à l’OMC, à croire qu’il existe bel
et bien une Chine immuable : « Effective IPR enforcement remains a serious problem
throughout China. IPR enforcement is hampered by lack of coordination among Chinese
government ministries and agencies, lack of training, resource constraints, lack of

287
BERKMAN Jeffrey W., « Intellectual Property Rights in the P.R.C. : Impediments to Protection and the
Need for the Rule of Law », In: Pacific Basin Law Journal, vol. 15, issue 1, 1996, p. 8
288
BERKMAN Jeffrey W., « Intellectual Property Rights in the P.R.C. : Impediments to Protection and the
Need for the Rule of Law », In: Pacific Basin Law Journal, vol. 15, issue 1, 1996, p. 17

92
transparency in the enforcement process and its outcomes, procedural obstacles to civil
enforcement, and local protectionism and corruption. »289

Certains observateurs mentionnent également une forme particulière de protectionnisme


local290. Il existerait en Chine une forme de protectionnisme local correspondant à une sur-
utilisation offensive des DPI, illustrée par les cas de Schneider-Electrics en 2007 et plus
récemment de Apple en 2014-2015. Dans ce shémas, des compagnies chinoises ayant des
brevets similaires ou proches aux entreprises étrangères attaquent administrativement ou en
justice ces dernières afin de conforter leur position sur le marché chinois et profitent de
soutiens au sein de l’appareil administratif et judiciaire chinois local du fait de leurs
connexions. Les compagnies chinoises seraient ainsi plus à même d’utiliser les outils
administratifs et judiciaires à leur avantage en bénéficiant de relais internes, les officiels et
juges chinois ayant pour objectif de protéger la croissance locale291.

Dans les deux cas cités, les entreprises chinoises (Chint Group pour le cas Schneider-
Electrics et Zhizhen Network Technology pour le cas Apple) disposaient de brevets
semblables ou comparables à leurs concurrents étrangers et ont porté des actions devant les
autorités administratives et judicaires de leur région pour faire invalider les brevets étrangers
et obtenir des réparations. Chint Group remporta ainsi la bataille juridique face à Schneider-
Electrics, comme Zhizhen dans un premier temps face à Apple. Ces deux cas font l’objet
d’une étude plus détaillée dans la 3ème partie, consacrée à l’application juridictionnelle des
DPI.

D’une manière générale aujourd’hui, certains territoires chinois comme les régions littorales
fortement industrialisées ont plus affaire avec les DPI que les autres régions périphériques et
centrales. Toutes les provinces ne vivent ainsi pas les politiques issues de l’Etat central de la
même manière et l’emprise des DPI sur les territoires est de fait inégale. Si les disparités
régionales continuent de croitre et si les ressources destinées à l’innovation continuent de se
concentrer dans certaines régions, il se peut que l’emprise des DPI sur le sol chinois reste

289
Formule reprise à l’identique dans tous les rapports de l’USTR depuis 2002 : USTR, 2002 USTR Report to
Congress on China’s WTO Compliance, Décembre 2002, p. 35 et USTR, 2015 USTR Report to Congress on
China’s WTO Compliance, Décembre 2015, p. 120
290
ROSS Thomas L., « Enforcing Intellectual Property Rights in China », In: China Business Review, 1er
octobre 2012, consultable en ligne : <http://www.chinabusinessreview.com/enforcing-intellectual-property-
rights-in-china/>
291
Cf. 3ème partie, consacrée à l’application juridictionnelle des DPI

93
inégale et de ce fait, que l’application unifore des DPI sur l’intégralité du territoire chinois
soit inaténiable.

2. La concentration des DPI dans des pôles de développement

Décidées au niveau de l’Etat central, les politiques de développement scientifique et


technologique produisent des effets localement. La mise en place d’un réseau innovant se
traduit ainsi spatialement par la création de pôles de développement où sont concentrés les
efforts chinois en terme de R&D, selon la même logique que les ZES attiraient les IDE292. Le
Conseil des affaires de l’Etat, au cours des années 1990 et 2000 a choisi de concentrer les
acteurs de l’innovation dans des lieux dédiés, des zones de hautes technologies et leurs
centres de software notamment. A partir de 1988, le Conseil des affaires de l’Etat a autorisé
et fait la promotion, à travers le programme Torch ( 火 炬 计 划 , huoju jihua) 293 , du
développement de « Zones nationales de développement industriel haute technologie » (国家
级高新技术产业开发区 guojiaji gaoxinjishu chanye kaifaqu), rebaptisées « Parcs haute
technologie » (国家级高新技术园区 guojiaji gaoxinjishu yuanqu) en 1992 et encore
appelées « Zones industrielles nationales de haute technologie » (国家高新技术产业区,
guojia gaoxinjishu chanye qu), plus simplement « Zones haute technologie » (国家级高新区,
guojiaji gaoxin qu) ou encore « Parcs scientifique et technologique » (科技园区, keji
yuanqu). Il existe aujourd’hui 145 zones de ce type294. Chen Kun et Martin Kenney résument
le programme Torch ainsi : « It eased regulations, provided support for building facilities to
attract foreign high-tech companies, and encouraged the establishment of indigenous high-
tech companies in special zones throughout China. »295

Si l’on peut trouver aujourd’hui des zones de développement scientifique et technologique


dans toutes les provinces de Chine, certaines ont une importance particulière du fait de leur
maturité, de leur taille et de leurs capacités innovantes. Ces zones de développement
scientifique et technologique d’envergure nationale se situent en grande partie dans des
régions au développement déjà avancé et tournées vers l’exportation telles que les villes de

292
China Briefing, « Understanding Development Zones in China », In: China-Briefing.com, 5 octobre 2011, en
ligne : <http://www.china-briefing.com/news/2011/10/05/understanding-development-zones-in-china.html>
293
Dirigé par un centre dédié au Ministère des sciences et technologie : 科学技术部火炬高技术产业开发中心,
<http://www.ctp.gov.cn/>
294
中国证券网 China Securities Network, « 国务院新批 16 家国家高新技术产业区数量增至 145 家 », In:
Finance.Ifeng.com, 29 octobre 2015, en ligne : <http://finance.ifeng.com/a/20151029/14047093_0.shtml>
295
CHEN Kun et KENNEY Martin, « Universities/Research Institutes and Regional Innovation Systems: The
Cases of Beijing and Shenzhen », In: World Development, vol. 35, n°6, 2007

94
Pékin avec Zhongguancun (中关村) notamment, Tianjin et Shanghai ainsi que les provinces
du Jiangsu, du Zhejiang, de l’Anhui, du Shandong avec la ville de Qingdao, du Guangdong
avec Shenzhen et Canton, du Liaoning avec Dalian et du Fujian avec Xiamen (ces mêmes
régions qui cumulent un fort PIB par habitant et une forte concentration de brevets accordés,
cf. 1).

Ces pôles de développement ont mis en place des systèmes attractifs pour les entreprises
cherchant à profiter d’un environnement économique propice à l’innovation. Les entreprises
bénéficient de réductions fiscales et d’un environnement hautement compétitif où la
concentration de personnels qualifiés est importante296. Les pôles de développement sont
ainsi considérés par les politiques officielles comme des catalyseurs de l’innovation297.

L’exemple le plus emblématique de ces pôles de développement est Zhongguancun,


littéralement le « Parc des sciences et technologies de Zhongguancun » (中关村科技园区,
zhongguancun keji yuanqu). L’origine de la création de cette zone revient à l’initiative d’un
ingénieur de l’Institut physique de l’Académie chinoise des sciences, Chen Chunxian (陈春
先)298. Cet ingénieur chinois aurait visité la Silicon Valley à plusieurs reprises entre 1978 et
1981 et, une fois revenu en Chine, il aurait eu l’idée de fonder une « Silicon Valley de
Chine ». Il aurait été le premier entrepreneur à avoir ainsi « fait le grand saut »299 et à s’être
confronté au marché dans le district pékinois de Zhongguancun en créant en 1980 une
entreprise privée intitulée « service de technologie avancée » (先进技术服务部, xianjin jishu
fuwubu)300. Le concept de création d’une zone de développement technologique a ensuite été
repris et poursuivi par Liu Chuanzhi (柳传志)301 et dix autres ingénieurs de l’Académie
chinoise des sciences avec le groupe Legend (联想集团 Lianxiang Jituan aujourd’hui devenu

296
Ministère des sciences et technologies, Programme Torch, National High-Tech Industrial Zones in China,
Pékin, 2011, en ligne : <http://www.chinatorch.gov.cn/english/xhtml/images/National%20High-
tech%20Industrial%20Zones.pdf>
297
« By pooling various resources for innovation, attracting high calibre talents from home and abroad and
strengthening R&D investment, the national hi-tech zones have been developing with steadily improved
innovation ability, resulting in fruitful technological innovation achievements that have been transformed into
economic benefits. », Ministère des sciences et technologies, Programme Torch, National High-Tech Industrial
Zones in China, Pékin, 2011, p. 7
298
Tel qu’indiqué sur sa fiche Baike (en chinois), en ligne : <http://baike.baidu.com/view/307437.htm>
299
Selon l’expression chinoise consacrée : «下海» (xiahai)
300
« 1980 年,在中关村一间平房里,中国科学院研究员陈春先带着几个人创办了北京等离子学会先进
技术服务部,并提出要建造“中国的硅谷”。», 姚冬琴 et 张燕 (Yao Dongqin et Zhang Yan), « 新中关村
现象 » (Le nouveau phénomène Zhongguancun), In: 中国经济周刊 (China Economic Weekly), n°47/2015, en
ligne : <http://paper.people.com.cn/zgjjzk/html/2015-12/07/content_1639653.htm>
301
Tel qu’indiqué sur sa fiche Baike (en chinois), en ligne : <http://baike.baidu.com/view/28389.htm>

95
Lenovo) fondé en 1984. Selon le fondateur de Xiaomi, Lei Jun (雷军), Liu Chuanzhi serait
considéré aujourd’hui comme le « parrain de Zhongguancun » : « 柳传志,在我们每一个中
关村人的心里都是中关村人教父。»302.

La zone a été reconnue officiellement en 1988 par le Conseil des affaires de l’Etat303, comme
« Zone expérimentale de développement industriel de haute technologie de Pékin » (北京市
新技术产业开发试验区, Beijingshi xinjishu chanye kaifa shiyanqu) puis rebaptisée « Parc
scientifique et technologique de Zhongguancun » (中关村科技园区 Zhongguancun keji
yuanqu) en 1999 et enfin « Zone de démonstration de l’innovation endogène de
Zhongguancun » ( 中 关 村 国 家 自 主 创 新 示 范 区 Zhongguancun guojia zizhuchangxin
shifanqu)304 en 2009. A partir de 2009, l’objectif a été clairement défini comme étant de
« devenir un centre d’innovation scientifique et technologique de portée mondiale. »305

L’essor de Zhongguancun sur la scène technologique chinoise est directement lié à la


proximité de l’Académie chinoise des sciences et des grandes universités pékinoises telles
que Beida et Qinghua. Les premières entreprises implantées à Zhongguancun (Stone,
Founder et Legend) avaient toutes des liens avec les universités environnantes. Ainsi, Stone
et Founder entretenaient des liens particuliers avec Beida306 et Legend entretenait des liens
particuliers avec l’Académie chinoise des sciences307. Ainsi que le résume Lu Qiwen pour le
cas de Legend : « Legend was established by a state research institute (Chinese Academy of
Science’s Institute of Computer Technology, CAS’s ICT) as a reaction to the changes in the
state’s science and technology policy, especially with regard to the financing of science and
technology research projects and to the challenges posed by newly emerged non-

302
« Nous autres entrepreneurs de Zhongguancun, portons dans nos cœurs Liu Chuanzhi comme étant le parrain
de Zhongguancun. », 新华财经 (Xinhua Finance et Economie), « 雷军:柳传志是中关村人心中的“教父”
», In: XinHuaNet.com, 7 juillet 2015, en ligne : <http://news.xinhuanet.com/fortune/2015-
07/07/c_127995407.htm>
303
«1988 年 5 月 10 日,国务院正式批准《北京市新技术产业开发试验区暂行条例》,并规定,以中关
村地区为中心。» (Le 10 mai 1988, le Conseil des affaires de l’Etat a officiellement approuvé la création de la
« Zone expérimentale de développement industriel de haute technologie de Pékin » avec Zhongguancun pour
centre.), fiche de présentation de Zhongguancun sur le site officiel du parc (en chinois), en ligne :
<http://www.zgc.gov.cn/sfqgk/55179.htm>
304
Ibidem,
305
Ibid. « 目标是成为具有全球影响力的科技创新中心。»
306
« Founder (…) is a commercial offshoot of Beijing University’s Institute of Computer Science and
Technology (ICST). », LU Qiwen, « Organizational Transformation and technological Innovation in Chinese
Electronic Publishing: The Founder Group », In: Euro-Asia Centre Research Series, n°56, avril 1998, p. 2
307
« Legend was a spin-off of the Institute of Computing Technology under CAS. », LU Qiwen, China’s Leap
into the Information Age : Innovation and Organization in the Computer Industry, Oxford : Oxford University
Press, 2000, p. 12

96
governmental S&T enterprises in the Zhongguancun region. (…) The eleven founders of
Legend were all from CAS’s ICT. In addition, they continued to be counted as employees of
ICT. They derived their base salaries from ICT, and they maintained the option of returning
to ICT, should the business venture fail. »308 Ces liens, d’une importance capitale seront plus
amplement développés au point 2.

Le parc scientifique et technologique de Zhongguancun est aujourd’hui composé de seize


parcs industriels répartis dans toute la ville de Pékin et ne se limite pas à la seule zone
communément appelée Zhongguancun. Il totalisait 15 645 entreprises en 2014309, concentrant
principalement leurs activités dans le domaine de l’électronique et des nouvelles technologies
de l’information (电子与信息, dianzi yu xinxi). Le parc concentre également de nombreuses
universités (plus de quarante) et de cent-trente instituts de recherche310.

Pékin n’est pas l’unique ville chinoise à accueillir un pôle de développement. En 1991, le
Conseil des affaires de l’Etat a approuvé la création de vingt-six zones nationales de haute
technologie. En 1992, la création de 25 zones supplémentaires a été approuvée. La ville de
Shanghai a accueilli la sienne à Pudong en juillet 1992, le « Parc haute technologie de
Zhangjiang » (张江高科技园区, Zhangjiang gaokeji yuanqu)311 qui accueille aujourd’hui les
centres de recherche de Huawei et de ZTE. Il a été complété en juillet 2001 avec un centre de
software (上海浦东软件园, Shanghai pudong ruanjian yuan), conformément à la décision de
l’ANP du 12 juillet 2001312 qui établissait 10 centres semblables dans plusieurs villes de
Chine : Pékin, Shanghai, Dalian (Liaoning), Chengdu (Sichuan), Xi’an (Shaanxi), Jinan
(Shandong), Hangzhou (Zhejiang), Canton (Guangdong), Changsha (Hunan) et Nankin
(Jangsu).

Le parc de la ville de Dalian (Liaoning) avait quant à lui été créé en 1991 (大连高新技术产
业园区, Dalian gaoxinjishu chanye yuanqu) auquel s’est ajouté le Dalian Software Park (大
连软件园, Dalian ruanjian yuan) en 2001. Dans la même optique, la ville de Chengdu
(Sichuan) dispose également d’un parc national (成都高新技术产业开发区, Chengdu

308
LU Qiwen, op. cit., p. 69
309
2014 年按注册类型统计主要经济指标, <http://www.zgc.gov.cn/tjxx/nbsj/97800.htm>
310
FABRE Guilhem, GRUMBACH Stéphane, « Le ‘vrai Grand Bond en avant’. La politique de recherche et
d'innovation en Chine», In: Le Débat, n°173, 1/2013
311
Ainsi que présenté sur la page officielle du Parc, en ligne :<http://www.zjpark.com/rules/about>
312
人民网, « 吴邦国指出:努力推动我国软件产业实现跨越式发展 », In: People.com.cn, 12 juillet 2001, en
ligne : <http://www.people.com.cn/GB/shizheng/19/20010712/510519.html>

97
gaoxinjishu chanye kaifaqu) auquel a été adossé un centre de software, le Tianfu Software
Park (天府软件园, Tianfu ruanjian yuan) ou encore comme la ville de Xi'an (Shaanxi) avec
le Xi’an Hi-Tech Industries Development Zone ( 西 安 高 新 技 术 产 业 开 发 区 , Xi’an
gaoxinjishu chanye kaifaqu) et le Xi'an Software Park (西安软件园, Xi’an ruanjian yuan).

Construites sur le modèle des zones de développement scientifique et technologique de


portée nationale, les provinces ont développé des zones de développement scientifique et
technologique de portée provinciale comme à Shenzhen (Guangdong) avec le Shenzhen Hi-
Tech Industrial Park (SHIP, 深圳高科技工业园) et son Software Park (深圳软件园) qui
accueille plusieurs groupes de renommée mondiale : Huawei, ZTE, BYD, BGI et DJI. La
zone a par la suite été promue au rang de zone de développement scientifique et
technologique de portée nationale en septembre 1996 par décision du Conseil des affaires de
l’Etat313.

La liste de ces zones de développement haute technologie correspond aux provinces qui
concentrent le plus d’activité de terme de R&D et de DPI. Cumulant les avantages incitant les
entreprises et les universités à monter des laboratoires de R&D, ces pôles de développement
sont à l’origine d’une proportion importante des demandes de brevets déposés auprès de
SIPO dans ses branches locales (cf. cartes 1 et 2). Selon le Ministère des sciences et
technologie, les Zones nationales de développement haute technologie du programme Torch
concentraient en effet 17,7% des brevets d’invention accordés en Chine en 2010 (en sachant
que les statistiques officielles tiennent compte des brevets déposés à Hong Kong, Macao et
Taiwan, le chiffre est certainement plus important en ce qui concerne les brevets d’invention
accordés en RPC continentale, Hong Kong, Macao et Taiwan exclus)314.

Le dynamisme de ces pôles de développement tient à la forte concentration d’entreprises et


leurs imbrications avec les structures de recherches étatiques. Les centres de recherche
publique et les universités représentent ainsi une pièce maitresse du dispositif qui s’est
construit à la fin des années 1980, initialement à Zhongguancun.

313
Ministère des sciences et technologies, Programme Torch, National High-Tech Industrial Zones in China,
Pékin, 2011, p. 18, en ligne : <http://www.chinatorch.gov.cn/english/xhtml/images/National%20High-
tech%20Industrial%20Zones.pdf>
314
Ministère des sciences et technologies, Programme Torch, National High-Tech Industrial Zones in China,
Pékin, 2009, p. 7

98
3. L’entreprenariat émanant des universités et des centres de recherche publics

L’essor des entreprises de l’informatique et des nouvelles technologies de l’information est


directement lié aux évolutions politiques qui eurent lieu dans le domaine des sciences et
technologies en Chine au milieu des années 1980. En s’appuyant sur un appareil de recherche
publique planifiée relativement fort (centres de recherche publics et universités), le
gouvernement central a plus ou moins directement incité les ingénieurs et les chercheurs des
centres de recherche publics à « faire le grand saut » (下海, xiahai), c’est à dire à se
confronter au marché en créant des entreprises publiques ou privées. Ces nouvelles entités
commerciales ont été créées et ont entretenu des liens étroits avec les universités et les
centres de recherche publics. Tel que le note Lu Qiwen, à partir de 1985, l’objectif des
autorités centrales était clair : « to forge horizontal links between research labs and
enterprises so as to facilitate the flow of technologies from the state S&T system into
industry. »315

Le cas de l’entreprise Legend (aujourd’hui Lenovo) est emblématique de ce type de relations.


Legend a été fondé en 1984 par des membres de l’Académie chinoise des sciences (centre de
recherche public) en tant qu’entreprise de l’Institut des technologies de l’informatique. Dans
la première partie de son existence, elle était ainsi directement rattachée à l’Institut. Onze
membres de l’Académie ont « emprunté » des fonds au centre de recherche auquel ils
appartenaient pour fonder un prototype de société quasi-privée (民营科技企业, minying keji
qiye, littéralement « entreprise technologique non-gouvernementale »). Les fondateurs de
Legend ont emprunté les 200,000 RMB du capital initial à leur structure d’origine, l’Institut
des technologies de l’informatique de l’Académie chinoise des sciences. Dans le même
registre, les fondateurs de Founder (方正集团, fangzheng jituan) ont emprunté le capital
d’origine (300,000 RMB) à l’université de Beida316 qui détenait alors 70% du capital317.

La zone de Zhongguancun accueillant certains centres de recherche de l’Académie des


sciences et quelques-unes des meilleures universités chinoises (les universités de Beida et de

315
LU Qiwen, China’s Leap into the Information Age : Innovation and Organization in the Computer Industry,
Oxford : Oxford University Press, 2000, p. 11
316
LU Qiwen, China’s Leap into the Information Age : Innovation and Organization in the Computer Industry,
Oxford : Oxford University Press, 2000, p. 12
317
Selon la présentation du groupe sur son site web : « Founder Group was established in 1986 by Peking
University, with 70% of its total shares held by Peking University and 30% by the Group's management. », tout
en sachant que le « Group’s management » était lui-même issu de Beida, en ligne :
<http://www.founder.com/templates/T_Second_EN/index.aspx?nodeid=129>

99
Qinghua notamment), il suffisait aux entreprises nouvellement créées de frapper à leur porte
pour trouver les ingénieurs dont ils avaient besoin. L’Académie des sciences, Beida et
Qinghua ont joué un rôle central dans la fourniture de ressources humaines. Lu Qiwen
résume ainsi le rôle joué par l’Académie des sciences dans la dynamique de la nouvelle
politique scientifique et technologique de l’Etat central : « The goal of the S&T system
reform was to shift the majority of the human resources in the science and technology system
onto the so-called battlefield of economic development. CAS played a leading role in this
process. (…) CAS and its institutes directly and jointly had set up seventy-two S&T
enterprises by 1987- about one-third of the total in the so-called ‘Electronics Alley’ in the
Zhongguancun area. »318 Lu Qiwen de préciser également que les entreprises en questions
jouissaient d’un accès illimité aux recherches et aux technologies développées par la CAS,
notamment dans le cas de Legend : « The company used the institute’s intangible science and
technology resources, which were supposed to be the property of the state. »319

Les entreprises créées par des ingénieurs en collaboration avec les grandes universités et les
centres de recherche chinois ont ainsi pu avoir un accès privilégié aux savoirs et
connaissances développés par ces institutions publiques et les adapter pour leur
commercialisation. Les entreprises se sont servies de ce socle de connaissance pour
construire, quelques années plus tard, leurs portefeuilles de DPI. Dans l’optique de favoriser
le transfert des connaissances créées dans le monde de la recherche publique au monde de
l’entreprise et de l’industrie, le gouvernement central a également créé des parcs scientifiques
universitaires (国家大学科技园, guojia daxue kejiyuan, en anglais « university science park,
USP ») au début des années 1990, tels que le Parc scientifique de l’université de Beida en
1992 (北大科技园, beida kejiyuan) ou celui de Tsinghua en 1994 (清华科技园, qinghua
kejiyuan). Chen Kun et Martin Kenney résument ainsi l’objectif du gouvernement chinois :
« The government encouraged greater linkages between the URIs (University Research
Institutes) by encouraging URI-affiliated enterprises, establishing fiscal and legal services for
professorial and student start-ups, strengthening patent laws (from what they were
previously), building new technology industry zones (high-tech zones)/innovation

318
LU Qiwen, China’s Leap into the Information Age : Innovation and Organization in the Computer Industry,
Oxford : Oxford University Press, 2000, p. 102
319
LU Qiwen, China’s Leap into the Information Age : Innovation and Organization in the Computer Industry,
Oxford : Oxford University Press, 2000, p. 103

100
centers/software industry bases near URIs, providing innovation funds for small technology-
based firms, and supporting the establishment of university science parks. »320

Ces parcs scientifiques universitaires (il en existe aujourd’hui plus de cinquante) ont connu
un essor rapide au début des années 1990, qui s’est poursuivi pendant les années 2000. Les
parcs scientifiques universitaires sont aujourd’hui destinés à accueillir en leur sein des
entreprises de haute technologie telles que des start-ups et des petites et moyennes entreprises
(PME). Les entreprises y bénéficient d’avantages fiscaux, de la proximité des centres de
recherche et laboratoires universitaires ainsi que d’un capital humain formé. Les parcs
scientifiques accueillent également les entreprises détenues par les universités elles-mêmes,
les universités chinoises jouissant d’une autorisation à détenir des sociétés à but lucratif321.
Du fait d’une forte concentration de laboratoires de recherche, d’entreprises haute
technologie et de capital humain formé, les parcs scientifiques sont ainsi censés créer un
environnement propice à l’innovation.

320
CHEN Kun et KENNEY Martin, « Universities/Research Institutes and Regional Innovation Systems: The
Cases of Beijing and Shenzhen », In: World Development, vol. 35, n°6, 2007
321
CHEN Kun et KENNEY Martin, « Universities/Research Institutes and Regional Innovation Systems: The
Cases of Beijing and Shenzhen », In: World Development, vol. 35, n°6, 2007

101
III. Place et rôle des DPI chez les acteurs de l’innovation

Le gouvernement central a fait la promotion du développement scientifique et de la montée


en gamme de l’industrie chinoise à travers un réseau de politiques nationales (cf. I.).
L’impact de ce réseau de politiques a été fort dans certaines régions, les régions les plus
développées et notamment au sein de zones particulières, les zones de développement
technologiques. Concentrés dans ces zones, les acteurs de l'innovation, à savoir les
entreprises privées et publiques, les centres de recherche et les universités, ont demandé et se
sont vus accorder des brevets massivement (1).

Face à l’explosion quantitative des brevets demandés et acordés sur le territoire chinois au
cours des dernières années, un défi qualitatif est apparu. De nombreux observateurs ont argué
que la forte augmentation du nombre de brevets en vigueur en Chine était due à l’explosion
du nombre de brevets de moyenne voire de faible qualité, à savoir les dessins et modèles
industriels ainsi que les brevets de design. Il est généralement admis que, ne nécessitant
aucun examen poussé de la part des autorités, ces brevets sont beaucoup plus faciles à obtenir
que les brevets d’invention, lesquels nécessitent un examen substantiel avant d’être accordés.
L’explosion du nombre de brevets en Chine ne témoignerait alors pas d’un véritable
rattrapage technologique mais ne constituerait en réalité qu’une réponse à une incitation
publique d’ordre financier (2).

Cependant, la forte explosion du nombre de brevets en vigueur sur le territoire chinois


témoigne tout de même d’une certaine montée en gamme de certainess entreprises et de la
création de portefeuilles de valeurs immatérielles par certains acteurs de l’innovation. La
stratégie déployée par les firmes chinoises qui consiste à acquérir des brevets pour en faire
une utilisation juridictionnelle agressive témoigne également de la tentative de valorisation de
ces actifs immatériels. Les acteurs chinois de l’innvoation semblent ainsi s’être emparés des
DPI pour valoriser les fruits de leurs efforts en R&D et conforter leur place sur les marchés
(3).

1. L’explosion quantitative du nombre de brevets chinois

Suite à la mise en place d’un ensemble de politiques incitatrices (cf I.), le nombre de brevets
a explosé en Chine. Entre 2000 et 2014, le nombre annuel de demandes de brevets
d’invention a été multiplié par 31 en passant de 23 346 demandes en 2000 à 801 135
demandes en 2014. L’augmentation exponentielle des demandes de brevets des trois types

102
(invention, dessins et modèles industriels ainsi que design) témoigne de l’efficacité des
politiques incitatrices sur les acteurs. Elle témoigne également d’une appropriation des
brevets comme d’un outil économique par les acteurs chinois, aussi bien pour bénéficier de
subventions et d’exemptions fiscales que pour consolider leurs parts de marché et protéger les
fruits de leurs efforts en R&D. Le graphique ci-après présente l’évolution des demandes de
brevets des trois types entre 2000 et 2014.

Figure 11. Graphique du total des demandes domestiques des trois types de brevet (2000-
2014) :

1000000

900000

800000

700000

600000
Inventions
500000
Modèles
400000
Designs
300000

200000

100000

Source : SIPO 2016

Au vu de ce graphique, il est aisé de constater le caractère exponentiel de l’augmentation des


demandes de brevets. Une autre caractéristique de la typologie des demandes chinoises
apparaît également. Les acteurs chinois montrent une tendance forte à privilégier les modèles
et dessins industriels ainsi que les designs. Cependant, la structure des demandes de brevets a
évolué à partir de 2013. L’année 2013 marque une rupture au sens où les demandes de
designs ont sensiblement diminué (alors qu’elles étaient systématiquement plus nombreuses
que les demandes de brevets d’invention sur les années antérieures, la tendance s’est
brutalement inversée en 2013). Elles ont ainsi stagné au dessus de 600 000 entre 2012 et 2013
avant de chuter à environ 550 000 en 2014.

103
Le même type de changement est à noter pour les modèles et dessins industriels, dont les
demandes ont diminué de 20 000 en 2014 par rapport à 2013. Ces changements peuvent être
interprêtés comme découlant de la prise de conscience des autorités chinoises face au risque
de prolifération de brevets de qualité médiocre. Les autorités semblent ainsi avoir rectifié le
tir en faisant évoluer la politique de subvention des brevets pour privilégier la création de
brevets de qualité et limiter la prolifération de brevets de moindre qualité322.

Figure 12. Graphique du total des brevets accordés par année (2000-2014) :

800000

700000

600000

500000

Inventions
400000
Modèles
300000 Designs

200000

100000

Source : SIPO 2016

Le graphique du nombre de brevets accordés par année témoigne également de l’évolution


des politiques incitatrices. Le nombre de designs accordés a sensiblement baissé à partir de
2012. Le nombre d’attribution de modèles et dessins industriels a quant à lui ralenti entre
2013 et 2014. Alors que l’octroi des modèles et dessins industriels ainsi que celui des designs
ont suivi une courbe similaire à celle de la progression des demandes (cf. tableau précédent),
l’octroi des brevets d’invention semble atteindre un plafond à partir de 2012. Nécessitant un
examen substantiel, les brevets d’invention demandent plus de temps et d’expertise à SIPO
pour les valider. Ayant des moyens limités et une immense quantité de brevets à examiner,
SIPO n’apparaît pas en mesure de suivre le rythme des demandeurs de brevet, ce qui explique

322
Dan Prud’Homme, entretien du 23/03/2016

104
une augmentation ralentie à partir de 2012 et une augmentation de la durée des procédures
d’octroi (au moins 3 ans avant l’obtention d’un brevet d’invention en 2014)323.

Afin de se rendre compte de ce que ces chiffres de l’augmentation du nombre de brevets


signifient au regard de l’immensité de la Chine, une analyse de l’évolution du nombre de
demandes de brevets par 1 000 habitants est révélatrice. Entre 2010 et 2015, le rapport du
nombre de demandes de brevets sur la population chinoise a progressé de 0,2 à 0,7 °/oo.

Figure 13. Graphique des demandes de brevets d'invention pour 1 000 habitants (2010-2015) :

0,8

0,7

0,6

0,5

0,4

0,3
Demandes
domestiques de
0,2 brevets d'invention,
en ‰
0,1

0
2010 2011 2012 2013 2014 2015
Source: Dan Prud'Homme, OMPI, OCDE

A titre de comparaison, en l’espace de cinq ans, la Chine a dépassé les niveaux (pour 2010)
de l’Autriche (0,3), du Danemark (0,3) et de l’Allemagne (0,6). En 2015, la Chine (0,7) se
rapprochait progressivement des USA (0,8). Si les demandeurs de brevets continuent au
rythme sur lequel ils sont lancés, il y a de fortes chances que la Chine dépasse les USA d’ici à
2017. Cependant, la Chine est encore loin encore derrière le Japon, dont le ratio des
demandes de brevets pour 1 000 habitants est impressionnant (2,3).

323
李俊慧, « 小米魅族与苹果的知识产权差距有多大? », In: 新浪科技, 28 octobre 2014

105
Figure 14. Tableau du nombre de demandes de brevet par habitant par pays :

Nombre de brevets
d’invention Nombre de brevets
demandés par des Population demandés per capita
Pays entités nationales (en milier) (pour 1000 personnes)
Japon 2010 290081 128057 2,3
USA 2010 241977 309050 0,8
Allemagne 2010 47047 81777 0,6
Autriche 2010 2424 8389 0,3
Danemark 2010 1626 5548 0,3
Chine 2010 293066 1341335 0,2
Chine 2015 968251 1374620 0,7

Source : Source: Dan Prud'Homme, OMPI, OCDE

D’une manière générale, en l’espace de dix ans, entre 2005 et 2015, la Chine a effectué un
bond impressionnant en terme quantitatif et les acteurs chinois se sont emparés des DPI en
tant qu’outil économique. Lorsque l’on observe les secteurs dans lesquels les brevets chinois
sont concentrés, on retrouve une correspondance avec les secteurs privilégiés par les
différents plans de développement technologique.

Entre 1995 et 2004, les secteurs où la Chine déposait le plus de brevets étaient concentrés
autour des « machinery, chemicals and telecommunications equipment. »324 En 2010, on
retrouve cette spécialisation sectorielle à un degré de développement plus avancé :
« electrical machinery, digital communication, computer technology, measurement
instruments and pharmaceuticals. »325 En observant les demandes de brevet par domaine
technologique entre 2000 et 2014, on retrouve les domaines des Industries émergentes
stratégiques (SEIs) de 2010 et les secteurs stratégiques du plan de 2015 (Made in China
2025). Les demandes de brevets entre 2000 et 2014 se sont concentrées dans les mêmes
domaines technologiques mentionnés par les SEIs (l’énergie et l’efficacité énergétique, les
TIC, la biotechnologie, les équipements haut de gamme et les nouveaux matériaux) et les
secteurs stratégiques de Made in China 2025 (les équipements énergétiques, les TIC, le
biomédical, les machines-outils automatiques et les nouveaux matériaux). On retrouve ainsi
les secteurs dans lesquels des grands groupes tels que ZTE, Huawei et Lenovo font parler
d’eux à savoir les TIC, l’électronique et l’informatique.
324
PRUD’HOMME Dan, Dulling the cutting-edge: How patent-related policies and practices hamper
innovation in China, Shanghai: European Chamber of commerce in China, 2012, p. 40
325
PRUD’HOMME Dan, Dulling the cutting-edge: How patent-related policies and practices hamper
innovation in China, Shanghai: European Chamber of commerce in China, 2012, p. 40

106
Figure 15. Tableau des demandes de brevet par domaine technologique (2000-2014) :

Domaine technologique Part


Digital Communication 6.72
Electrical machinery, apparatus, energy 6.69
Computer technology 6.22
Measurement 5.82
Pharmaceuticals 5.49
Materials, metallurgy 4.41
Basic materials chemistry 4.20
Machine tools 3.97
Food chemistry 3.95
Civil engineering 3.85
Autre 48.68

Source : OMPI 2016

Ainsi, selon Markus Eberhardt, l’explosion du nombre de brevets en Chine ne traduit pas un
décollage technologique général mais la réussite sectorielle d’un nombre limité de firmes :
« Our analysis, therefore, suggests that the patent explosion does not reflect a general
technological take-off, but the success of an extremely small group of firms whithin a single
industry. »326

2. Un défi qualitatif

Face à l’augmentation exponentielle du nombre de brevets en Chine, de nombreux


observateurs ont été assez critiques en soulevant un problème de qualité des brevets
chinois327. Dan Prud’homme fournit toute une analyse de l’ensemble normatif et politique
dans lequel s’inscrit l’utilisation des DPI et tout particulièrement les brevets. Il note que,
d’une manière générale, le milieu normatif et politique chinois favorise l’émergence d’une
grande quantité de brevets dont les qualités techniques sont parfois discutables. Une grande
partie des brevets chinois seraient ainsi d’une qualité moindre328. Dan Prud’homme note
également que le nombre important de brevets chinois concerne un certain type de brevet : les

326
EBERHARDT Markus, HELMERS Christian, YU Zhihong, « Is the Dragon Learning to Fly? An Analysis
of the Chinese Patent Explosion », In: CSAE Working Paper, WPS/2011-15, 2011, p. 3
327
Deux auteurs notamment ont publié plusieurs travaux sur la qualité des brevets chinois, Mark Liang et Dan
Prud’homme.
328
PRUD’HOMME Dan, Dulling the cutting-edge: How patent-related policies and practices hamper
innovation in China, Shanghai: European Chamber of commerce in China, 2012, p. 24-29

107
dessins et modèles industriels (obtention en une année) ainsi que les brevets de design
(obtention relativement rapide : en moyenne 6 mois).

Grâce à une fine analyse des statistiques publiées par SIPO, Dan Prod’homme a pu
caractériser qualitativement la récente explosion quantitative de brevets en Chine. Ainsi et
selon lui, l’explosion des dessins et modèles industriels traduit « une augmentation
disproportionnelle des demandes d’attribution de brevets d’une qualité moindre. »329 Tandis
que la Chine fait face à « un niveau disproportionnellement faible de brevet de qualité
supérieure. »330

Face au débat sur la qualité des brevets chinois, certaines études ont soutenu l’hypothèse
d’une attractivité accrue des dessins et modèles industriels ainsi que des brevets de design
pour les pays en voie de développement du fait du seuil de développement des pays
concernés331. Cet intérêt accru pour cette catégorie de brevet laissant peu à peu place à une
répartition plus équilibrée des différents types de brevets au fur et à mesure que les pays se
développaient. La Chine se trouverait ainsi dans une phase de son développement où la
prolifération de brevets de faible qualité représenterait un moment, un passage obligé, de sa
stratégie de rattrapage économique.

Mark Liang apporte quant à lui une autre observation relative à la qualité des brevets
accordés par SIPO332. En comparant les moyens humains de SIPO et de son équivalent
américain, Mark Liang a repéré qu’à nombre à peu près similaire de reconnaissances de
brevets d’invention requérant un examen substantiel, les examinateurs américains étaient
beaucoup plus nombreux que leurs homologues chinois333. Bien qu’ayant augmenté ses

329
« Recently there is a trend towards a disproportionate rise in filings of less-than-highest quality patents. »
PRUD’HOMME Dan, Dulling the cutting-edge: How patent-related policies and practices hamper innovation
in China, Shanghai: European Chamber of commerce in China, 2012, p. 42
330
« China in recent years is witnessing a disproportionately small filing of highest-quality patents. »
PRUD’HOMME Dan, Dulling the cutting-edge: How patent-related policies and practices hamper innovation
in China, Shanghai: European Chamber of commerce in China, 2012, p. 43
331
ODAGIRI Hiroyuki, GOTO Akira, SUNAMI Atsushi, NELSON Richard R. (éd), Intellectual Property
Rights, Development, and Catch Up: An International Comparative Study, Oxford: Oxford University Press,
2010 ou encore LEE Keun, KIM Yee Kyoung, PARK Walter G., « Appropriate Intellectual Property Protection
and Economic Growth in Countries at Different Levels of Development », In: Research Policy, vol. 41, issue 2,
2012
332
LIANG Mark, « Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible Remedies », In: The John
Marshall Review of Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012, p. 495 à 499
333
« The number of SIPO examiners are outnumbered three-to-one by PTO examiners in 2010, though each
patent office received approximately the same number of invention applications that year. » LIANG Mark,
« Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible Remedies », In: The John Marshall Review of
Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012, p. 496

108
effectifs, SIPO parait en sous-effectif pour traiter efficacement le nombre de demandes qui
lui est soumis chaque année334.

Selon ses observations, les examinateurs en charge d’évaluer le bien fondé des brevets
d’invention chinois sont débordés et, sauf à avoir réalisé le miracle de doubler leur
productivité 335 , ils sont en réalité incapables de mener un examen approfondi avant
d’accorder les brevets. Les brevets d’invention accordés par SIPO, bien que censés avoir reçu
un examen substantiel avant d’être accordés, pourraient en réalité n’avoir été examinés que
de manière superficielle. Selon les mots de Mark Liang : « The high volume of applications,
yet comparatively low number of examiners and low pendency period implies that the
substantive review of patent applications in China is very poor. ».

Marl Liang utilise une autre métrique pour évaluer la qualité des brevets chinois. Il avance
ainsi l’idée que la qualité des brevets chinois peut être évaluée par le fait qu’ils font l’objet
d’une protection triadique, c’est à dire dans trois zones géographiques (UE, USA et Japon)336.
La Chine ne protégeant que peu ses brevets sur ces trois zones géographique,
comparativement aux puissances économiques japonaise, européenne et états-unienne, la
qualité de ses brevets n’en serait que médiocre.

Cependant, il nous apparaît important de souligner le fait que les entreprises chinoises n’en
sont qu’à la première phase de leur internationalisation. Elles n’éprouvent ainsi pas la même
nécessité de faire protéger leurs innovations sur ces trois marchés. Sur ce point, il nous paraît
intéressant d’observer la tendance chinoise par rapport aux autres puissances commerciales.
Le tableau ci-après détaille l’évolution des dépots triadiques de brevet d’invention en
fonction de leur origine.

334
Le rythme d’augmentation des examinateurs se révellant selon lui insuffisant face à l’explosion des
demandes : « The rate of increase, however, has been far from sufficient to keep pace with the increase in
filings. (…) Based on the SIPO's accounting, the average workload per examiner therefore increased by 60
percent between 2000 and 2010. » LIANG Mark, « Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible
Remedies », In: The John Marshall Review of Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012, p. 495
335
« While it's probably true to some extent that SIPO's substantive review process has become more efficient, it
is unlikely that patent examiners have managed to nearly double their examining efficiency. » LIANG Mark,
« Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible Remedies », In: The John Marshall Review of
Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012, p. 496
336
LIANG Mark, « Chinese Patent Quality: Running the Numbers and Possible Remedies », In: The John
Marshall Review of Intellectual Property Law, vol. 11, issue 3, 2012, p. 502

109
Figure 16. Evolution des dépots triadiques de brevet d’invention par origine (2001-2013) :

20 000

18 000

16 000 Japon

14 000 USA
12 000
EU 28
10 000
Allemagne
8 000

6 000 Corée du Sud

4 000
France
2 000
Chine
0
2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 2010 2011 2012 2013

Source: OCDE 2016

Alors que le Japon, les Etats-Unis et l’Union européenne forment le triptique de tête des
déposants triadiques avec plus de 14 000 reconnaissances annuelles chacun en 2013, la Chine
fait pâle figure avec seulement 1 780 reconnaissances annuelles. Cependant, la courbe
chinoise est en augmentation constante depuis 2001, au même titre que celle de la Corée du
Sud. Les entreprises chinoises faisant actuellement l’effort de s’internationaliser, il y a for à
parier que la courbe continuera à augmenter au fur et à mesure que les entreprises chinoises
auront pour concurrents directs, sur les marchés internationaux, les firmes japonaises,
européennes et étatsuniennes.

D’une manière générale, l’explosion du nombre de brevets en Chine, qu’ils soient de bonne
ou de mauvaise qualité, témoigne d’une appropriation des droits de la propriété intellectuelle
par les entreprises chinoises. Le fait que les brevets triadiques, c’est à dire déposés sur les
trois plus grands marchés mondiaux (les Etats-Unis, l’UE et le Japon) chinois soient en
augmentation constante depuis le début des années 2000 en est un bon indicateur. En
cherchant à protéger les fruits de leur R&D et en conduisant une stratégie d’acquisition de

110
brevets, en premier lieu sur le territoire national et dans une moindre mesure à l’international,
il semblerait que les entreprises chinoises travaillent à valoriser leurs actifs immatériels.

3. Valorisation des actifs immatériels et internationalisation des firmes chinoises

La détention de droits de la propriété intellectuelle est maintenant considérée en Chine


comme un des indicateurs de la bonne santé et de la force d’une entreprise. Comme le
chercheur au centre de recherche en droit de la propriété intellectuelle de la China University
of Political Science and Law, Li Junhui l’indique : « il va sans dire que les droits de la
propriété intellectuelle représentent le meilleur indicateur de la puissance réelle des
entreprises. » 337 Les entreprises chinoises sont ainsi entrées dans une course à l’accumulation
de brevets pour consolider leurs porte-feuilles de DPI et renforcer leur place sur les marchés.

Le nombre de droits de la propriété intellectuelle conférés en Chine a explosé (cf. 2ème Partie.
III.1). Cette explosion s’est accompagnée d’une forte augmentation des demandes de
reconnaissance de brevets d’origine chinoise auprès de l’Organisation mondiale de la
propriété intellectuelle (OMPI), sous le système du Traité de coopération en matière de
brevets (PCT)338. Les entreprises chinoises sont entrées dans une phase d’internationalisation,
qui s’inscrit dans la politique appelée « 走出去战略 » (zouchuqu zhanlüe, en anglais « Going
global strategy »). Initiée en 1999 et principalement articulée autour des questions
d’investissements directs à l’étranger par les entreprises chinoises339, et tout particulièrement
les entreprises d’Etat, la stratégie chinoise du « 走出去 » a plus tard incité les entreprises
privées chinoises340 à renforcer leur place sur les marchés internationaux en y délocalisant
des activités de R&D et en y protégeant leur DPI dans le but d’acquérir des avantages
compétitifs sur le marché national tout en ayant recours à des ressources humaines formées
dans les grands groupes internationaux.

337
« 专利毋庸置疑是彰显企业知识产权实力强弱的最佳指标。» 李俊慧, « 小米魅族与苹果的知识产权差
距有多大? », In: 新浪科技, 28 octobre 2014, <http://tech.sina.com.cn/zl/post/detail/it/2014-10-
28/pid_8463702.htm>
338
Le système permet « d’obtenir simultanément la protection d’une invention dans un grand nombre de pays en
déposant une demande “internationale” unique au lieu de déposer plusieurs demandes de brevet nationales ou
régionales distinctes », selon la présentation qu’en fait l’OMPI sur son site internet,
<http://www.wipo.int/pct/fr/faqs/faqs.html>, Dernière consultation [13/09/2016]
339
Les IDE chinois sortants sont ainsi passés de 2,7 milliards en 2002 à 102,9 milliards en 2014, SWANSON
Ana, « Gold Rush : Chinese Tech Companies Invest Overseas », In : CKGSB Knowledge, 20 avril 2015,
<http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/04/20/finance-and-investment/gold-rush-chinese-tech-companies-invest-
overseas/>
340
En libéralisant légèrement les régulations en matières d’investissements directs sortants.

111
L’internationalisation des entreprises chinoises s’est traduite ces dernières années par une
augmentation de leurs investissements dans des laboratoires internationaux en dehors de
Chine. Par exemple en 2016, 9 nouveaux centres de R&D ont été annoncés par des
entreprises chinoises pour une valeur estimée à 224 millions de dollar, ce qui plaçait la Chine
juste derrière les USA (16 projets) et l’Allemagne (10 projets) en terme de d’IDE dans des
laboratoires de recherche à l’étranger341. En 2015, Baidu ouvrait par exemple un centre de
R&D dans la Silicon Valley pour une valeur de 300 millions de dollar342.

Comme le rapportent le Wall Street Journal et le Financial Times, Huawei a augmenté son
porte-feuille de brevets en procédant à de lourds investissements dans des activités de
recherche et de développement, à hauteur de 30 milliards sur cinq ans, entre 2010 et 2015.
Huawei a ainsi dépassé Apple en termes de dépenses en R&D, en augmentant de 46% ses
dépenses en 2015 par rapport à 2016 (pour un total de 9,2 milliards de dollar) 343. Huawei
dispose désormais de 16 centres de recherche à travers le monde (dont aux USA, en France et
à Dubai notamment)344.

Par ailleurs, les investissements dans les centres de R&D s’accompagnent également de
rachat ou de prise de participation dans des firmes étrangères. Ana Swanson dresse par
exemple un rapide panorama des activités des firmes chinoises des nouvelles technologies à
l’étranger en 2014 : « China Mobile invested more than a billion dollars in telecom
companies in Pakistan and Thailand; Lenovo spent $2.3 billion on IBM’s low-end server

341
« Chinese companies have been setting up laboratories and research centres across the globe at record pace
over the past few years. In 2016 alone they announced nine new overseas R&D centres for a total capital
expenditure estimated at $224m (…).With four months to go to the end of the year, the figures already represent
a record annual high for China. Only US and German companies have been more active than their Chinese peers
in the year so far. » DETTONI Jacopo, « Chinese R&D goes global », In: Financial Times, 31 août 2016,
<http://www.ft.com/cms/s/3/ded25056-6f64-11e6-9ac1-1055824ca907.html#axzz4K7nZTcxW>
342
SWANSON Ana, « Gold Rush : Chinese Tech Companies Invest Overseas », In : CKGSB Knowledge, 20
avril 2015, <http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/04/20/finance-and-investment/gold-rush-chinese-tech-
companies-invest-overseas/>
343
« Huawei has increased its patent portfolio mainly from its extensive research-and-development investment.
Over the past five years, Huawei has spent nearly $30 billion on R&D. Last year, its R&D spending rose 46% to
$9.2 billion, beating the $8.1 billion Apple spent in its most recent fiscal year. Huawei now has 16 R&D centers
around the world, including in the U.S. and Europe. In a sign that Huawei is making progress in building its
intellectual-property portfolio, earlier this year Apple and Huawei struck a licensing deal whereby the
Cupertino, Calif., company is paying royalties for the Chinese company’s patents, according to a person familiar
with the matter. » OSAWAN Juro, « China Smartphone Makers Snap Up Patents in Fight for Market
Dominance », In: The Wall Street Journal, 20 juin 2016, <http://www.wsj.com/articles/china-smartphone-
makers-enlisting-patents-in-fight-for-market-dominance-1466428889>
344
« Telecommunications group Huawei, the country’s most active foreign investor, announced the launch of an
R&D centre in Dubai in May to cater to the needs of its business in the Middle East and north Africa, and its
fourth one in France a month later to serve its European operations. » DETTONI Jacopo, « Chinese R&D goes
global », In: Financial Times, 31 août 2016, <http://www.ft.com/cms/s/3/ded25056-6f64-11e6-9ac1-
1055824ca907.html#axzz4K7nZTcxW>

112
business in the US; Huaxin bought 85% of French telecom company Alcatel-Lucent; Alibaba
spent $220 million for a 20% stake in mobile video app Tango and joined in a $250 million
fundraising round for a car service Lyft (…). » 345 Ces stratégies des firmes chinoises
d’investissements à l’étranger et de rachat de technologies étrangères visent à affronter la
concurrence étrangère en territoire étranger mais également à renforcer leur compétitivité sur
le marché chinois.

Un des exemples emblématiques de cette stratégie est Lenovo, anciennement Legend Group.
Le groupe s’est affirmé dans les années 1990 comme l’un des leaders de l’informatique
chinois en s’appuyant sur les DPI issus de l’Académie des sciences (Cf. Partie 2, II.2)346. Le
groupe a également procédé au rachat de la division PC d’IBM en mai 2005 pour des
questions stratégiques d’acquisition de DPI. Le groupe a par la suite procédé à d’autres achats
comme de Motorola Mobility en octobre 2014 en justifiant son achat par le fait de renforcer
son porte-feuille de brevets : « When Lenovo bought Motorola Mobility in a $2.91 billion
deal in 2014, the Chinese personal-computer maker cited Motorola’s patents as a reason for
acquiring the company. Even with Motorola’s patents, the company has struggled in the
global smartphone market. »347 Par ces rachats, le groupe ne vise pas uniquement à détenir
des technologies mais également à mieux appréhender les techniques américaines de R&D,
de management et de gestion des ressources humaines. Ana Swanson résume ainsi les achats
de Lenovo : « Lenovo has done a great job of managing its US-based acquisitions. By
retaining the acquired company’s management and staff, and only gradually making changes
to the business model, Lenovo has convinced its American employeers at IBM and Motorola
Mobility that it was ready to learn from their experiences and dedicated to managing the
company for the long haul. »348

Les grands groupes chinois de l’électronique et des nouvelles technologies de l'information et


de la communication renforcent ainsi leurs capacités innovantes en rachetant des groupes
étrangers pour s’en approprier les portes-feuilles de DPI, en investissant dans des centres de
345
SWANSON Ana, « Gold Rush : Chinese Tech Companies Invest Overseas », In : CKGSB Knowledge, 20
avril 2015, <http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/04/20/finance-and-investment/gold-rush-chinese-tech-
companies-invest-overseas/>
346
LU Qiwen, China’s Leap into the Information Age : Innovation and Organization in the Computer Industry,
Oxford : Oxford University Press, 2000
347
OSAWAN Juro, « China Smartphone Makers Snap Up Patents in Fight for Market Dominance », In: The
Wall Street Journal, 20 juin 2016, <http://www.wsj.com/articles/china-smartphone-makers-enlisting-patents-in-
fight-for-market-dominance-1466428889>
348
SWANSON Ana, « Gold Rush : Chinese Tech Companies Invest Overseas », In : CKGSB Knowledge, 20
avril 2015, <http://knowledge.ckgsb.edu.cn/2015/04/20/finance-and-investment/gold-rush-chinese-tech-
companies-invest-overseas/>

113
recherche à l’étranger mais également en ayant recours à des ressources humaines issues des
grands groupes internationaux. Les équipes de recherche et de direction de ces groupes
chinois sont ainsi agrémentées de « vetérans » des hautes technologies issus de la Silicon
Valley. Les fondateurs de Xiaomi étaient issus de Microsoft, Google et Motorola. Hugo
Barra, qui a rejoint Xiaomi en 2014, était précédemment chez Android Google. Baidu a
également recruté largement chez ses concurrents : Andrew Ng à Google Brain349, Xu Wei à
Facebook ou encore Zhang Yaqin à Microsoft…350 Formées dans des milieux très compétitifs
où les brevets sont considérées par les entreprises comme des armes pour renforcer leur place
sur les marchés, les ressources humaines issues de ces grands groupes américains participent
au renforcement du rôle des DPI en Chine et à la valorisation des actifs immatériels dans les
entreprises chinoises qu’elles rejoignent. Toutes ces capacités réunies permettent à des
groupes relativement jeunes (comme Xiaomi) d’asseoir leur position sur les marchés en
s’appuyant de manière permanente sur leur porte-feuille de DPI.

Le cas de Xiaomi, fondée le 6 avril 2010 par des anciens de grands groupes internationaux351
comme Jun Lei (Kingsoft), Bin Lin (Microsoft et Google), Guangping Zhou (Motorola),
Jiangji Wong (Microsoft) et Feng Hong (Google), illustre la nouvelle stratégie déployée par
certains groupes chinois. Auparavant, la Chine exportait des produits assemblés sur son
territoire dont la valeur ajoutée était originaire de pays tiers, comme les USA, le Japon,
l’Europe ou encore la Corée du Sud. Des grands groupes, issus des pays développés, créaient
et détenaient la technologie de pointe qui leur procurait leur avantage sur les marchés.
Aujourd’hui, les entreprises chinoises conçoivent entièrement les produits qu’ils construisent
en Chine et vendent sous leurs marques, en Chine, dans les pays émergents et dans une une
moindre mesure dans les pays développés.

Xiaomi exporte aujourd’hui ses smartphones entièrement conçus sur le territoire chinois sur
les marchés des pays émergents, dont l’Inde notamment352. Afin d’améliorer sa capacité à
concevoir entièrement ses smartphones, Xiaomi a créé un important porte-feuille de brevets,
en dépassant notamment « l’Apple chinois », Meizu, fondé en 2003 par Jack Wong. En 2014,

349
KEDMEY Dan, « Brain builder », In: TIME, 9 octobre 2014
350
THIBAULT Harold, « L’avenir chinois des stars de la Silicon Valley », In: LeMonde.fr, 29 octobre 2014
351
Voir la présentation sur le site officiel du groupe : < http://www.mi.com/en/about/>
352
TONESS Bianca V., « Xiaomi moving Indian user data to servers outside China », In: Bloomberg.com, 27
octobre 2014

114
quatre ans après sa création, Xiaomi possédait 8 fois plus de brevets que Meizu353. Xiaomi
procède également à des achats de brevets auprès de grands groupes internationaux, comme
auprès de Microsoft en mai 2016354. Xiaomi est aujourd’hui considéré par certains comme le
meilleur constructeur de smartphone chinois355.

L’acquisition et la protection de DPI permettent aux entreprises chinoises de combler leur


retard technologique et de renforcer leur place sur les marchés chinois et internationaux. La
Chine est ainsi entrée dans le top 10 des pays d’origine des demandes auprès du PCT de
l’OMPI en 2005 avec 2 499 demandes, puis dans le top 5, en dépassant la France, en 2009
avec 7 900 demandes. Les demandes de brevets en provenance de Chine ont cru de manière
régulière depuis, comme l’indique le graphique ci-après.

353
« 在专利可检索量上,小米是魅族的 8 倍;在发明公布数上,小米是魅族的 2 倍;而在实用新型数方
面,小米是魅族的 10 倍;仅在外观设计数方面,魅族是小米的 1.1 倍。», 李俊慧, « 小米魅族与苹果的
知识产权差距有多大? », In: 新浪科技, 28 octobre 2014, <http://tech.sina.com.cn/zl/post/detail/it/2014-10-
28/pid_8463702.htm>
354
« Other Chinese smartphone makers such as Xiaomi Corp., are buying patents from Western rivals to catch
up. Last month, Xiaomi agreed to purchase about 1,500 patents from Microsoft Corp. as it seeks to one day sell
its devices beyond developing markets such as India and Brazil. (…) Xiaomi is looking toward Western markets
such as the U.S. and Europe. », OSAWAN Juro, « China Smartphone Makers Snap Up Patents in Fight for
Market Dominance », In: The Wall Street Journal, 20 juin 2016, <http://www.wsj.com/articles/china-
smartphone-makers-enlisting-patents-in-fight-for-market-dominance-1466428889>
355
Selon le classement dressé par le site chine-smartphones.com, « Top 10 best Chinese smartphone brands »,
In: Chine-smartphones.com, <http://chinese-smartphones.com/top-10-best-chinese-smartphone-brands/>

115
Figure 17. Tendance des demandes selon le PCT pour les 6 premiers pays d’origine (2002-
2014):

70000

60000

50000 USA

Japon
40000
Chine
30000
Allemagne
20000
Corée du
Sud
10000
France

Source: OMPI 2016

La Chine a dépassé la Corée du Sud en 2010 avec 12 300 demandes puis l’Allemagne en
2013 avec 21 514 demandes. La progression de la Chine est sur une trajectoire régulière
depuis 2009, tirée principalement par quelques entreprises dans les secteurs des nouvelles
technologies de l’information et de la communciation.

Certaines entreprises chinoises ont utilisé massivement l’OMPI pour faciliter la


reconnaissance de leurs brevets à l’étranger. C’est le cas de deux grands groupes chinois,
Huawei et ZTE, qui se maintiennnent dans le top 5 des demandeurs auprès du PCT de
l’OMPI depuis 2011. En 2011, ZTE (1er) et Huawei (3ème) déposaient respectivement 2 826 et
1 831 demandes. En 2012, ZTE se maintenait à la 1ère place du classement avec 3 906
demandes tandis que Huawei descendait à la 4ème place avec 1 801 demandes. En 2013, ZTE
descendait à la 2ème position avec 2 309 demandes et Huawei remontait en 3ème position avec
2 110 demandes. En 2014, Huawei prenait la tête du classement avec 3 442 demandes tandis
que ZTE descendait à la 3ème marche du podium avec 2 179 demandes. Ces deux compagnies
se sont ainsi partagées les premières places des demandeurs de brevets auprès de l’OMPI sur
quatre années consécutives.

116
ZTE et Huawei partagent le podium avec le Japonnais Pannasonic et l'Américain Qualcomm.
Ces quatres firmes concentrent leurs demandes dans le domaine de la communication digitale
(avec 2/3 des brevets demandés par Huawei et 3/5 des demandes de ZTE), des technologies
informatiques et des télécommunications ainsi que le détaille le communiqué de presse de
l’OMPI lors de la parution du rapport annuel du PCT pour l’année 2014 :

« The top three applicants have similar patent filing profiles, with digital communication
accounting for the bulk of their total filings. Digital communication accounted for two-thirds of
all PCT applications filed by Huawei, followed by computer technology and
telecommunications, with each field accounting for 11% of the total. Qualcomm had a similar
PCT filing profile to that of Huawei, with digital communication accounting for two-fifths of
their total applications, followed by computer technology (18%), audio-visual technology
(11%) and telecommunications (10%). As for ZTE, digital communication accounted for
slightly over three-fifths of all filings, followed by computer technology (14%) and
telecommunications (13%). »356

Ces trois domaines qui concentrent les demandes de brevets (la communication digitale, les
technologies informatiques et les télécommunications) correspondent aux secteurs clés mis
en avant par les politiques chinoises de développement technologique (cf. 2ème Partie. I.2).

356
« Telecoms Firms Lead WIPO International Patent Filings », Communiqué de presse de l’OMPI, 19 mars
2015, < http://www.wipo.int/pressroom/en/articles/2015/article_0004.html >

117
Selon Markus Eberhardt cependant, cette nouvelle stratégie déployée par les entreprises
chinoises ne serait limitée qu’au secteur des NTIC, secteur qui concentre la majeure partie
des demandes de brevets aux niveaux national et international :

« Our results show that a tiny number of private Chinese companies, concentrated in the
electronics industry, accounts for the largest share of the dramatic increase in USPTO patents
held by Chinese residents. This selection also concerns the underlying technologies which are
mostly related to electronics and semiconductors. The highly select group of Chinese firms
seeking patent protection in the US also accounts for the overwhelming share of domestic SIPO
patents despite there being a relatively larger number of companies across a wider range of
industries obtaining patent protection with SIPO. (…) the patent explosion being largely the
result of increased patenting by very few companies in the information technology
equipment industry. These relatively young companies managed to grow extremely fast in
size within few years and succeeded placing themselves into leading positions in global
production chains. Our analysis of their patented inventions indicates that these companies are
undertaking a myriad of different innovative activities, including product innovation albeit of a
relatively low-tech character. (…) Our analysis, therefore, suggests that the patent explosion
does not reflect a general technological take-off, but the success of an extremely small
group of firms within a single industry. »357

La valorisation des actifs immatériels passe également par une utilisation juridiquement
aggressive des DPI. Comme le chercheur au centre de recherche en droit de la propriété
intellectuelle de la China University of Political Science and Law, Li Junhui le résume
simplement : « 知识产权是利器 »358 (les droits de la propriété intellectuelle sont une arme).
Les groupes chinois ont ainsi eu massivement recours aux contrats de licence et ont adopté
des postures relativement agressives lors de litiges juridiques. ZTE et Huawei se sont par
exemple régulièrement servis de leurs brevets comme des armes contre leurs concurrents,
qu’ils soient américains, coréens, japonais, européens mais aussi chinois359.

Le nombre de brevets en vigueur en Chine a explosé. Les acteurs chinois de l’innovation sont
également allés chercher une meilleure protection de leur DPI sur les marchés internationaux
à travers le système PCT de l’OMPI. Bien qu’il existe des doutes sur la qualité de l’ensemble
des brevets chinois, il apparaît clair dorénavant que les acteurs de l’innovation se sont

357
EBERHARDT Markus, HELMERS Christian, YU Zhihong, « Is the Dragon Learning to Fly? An Analysis
of the Chinese Patent Explosion », In: CSAE Working Paper, WPS/2011-15, 2011
358
« 发展壮大阶段(4-10 年),知识产权又将成为企业“披荆斩棘”的“利器”。», 李俊慧, « 小米魅族与
苹果的知识产权差距有多大? », In: 新浪科技, 28 octobre 2014,
<http://tech.sina.com.cn/zl/post/detail/it/2014-10-28/pid_8463702.htm>
359
Voir sur les différents littiges les posts de Mark Cohen : COHEN Mark, « SISVEL Vs. Haier: First German
FRAND Case Decided Post Huawei vs. ZTE », In: ChinaIPR.com, 17 novembre 2015,
<https://chinaipr.com/2015/11/17/sisvel-vs-haier-first-german-frand-case-decided-post-huawei-vs-zte/>,
COHEN Mark, « Vringo Settles with ZTE », In: ChinaIPR.com, 14 décembre 2015,
<https://chinaipr.com/2015/12/14/vringo-settles-with-zte/>, COHEN Mark, « Huawei Sues Samsung in
California, Shenzhen », In: ChinaIPR.com, 26 mai 2016, <https://chinaipr.com/2016/05/26/huawei-sues-
samsung-in-california-shenzhen/>

118
appropriés l’outil que sont les DPI pour renforcer leur place sur les marchés et protéger les
fruits de leurs efforts de R&D. Cependant, pour que cette arme économique soit pleinement
efficace, il est nécessaire qu’une protection juridictionnelle en garantisse la valeur. Dès lors,
il apparaît primordial pour la Chine d’assurer le respect des DPI en mobilisant les institutions
administratives et judiciaires qui assurent le respect des DPI sur le territoire national.

119
3ème Partie. Application juridictionnelle du droit de la propriété industrielle en Chine

Parallèlement à l’adoption des textes de lois présidant à la reconnaissance et à la protection


des droits de la propriété industrielle, la République populaire de Chine a mis en place un
appareil juridictionnel administratif et judiciaire visant à en faire assurer le respect (I).

L’application des DPI a posé un problème récurrent et sérieux pendant les décennies 1980 et
1990. Après l’intégration de la Chine à l’OMC en 2001, les acteurs économiques chinois ont
développé leurs capacités innovantes dans l’optique de concurrencer les entreprises
étrangères sur le sol chinois. Les DPI ont peu à peu été adoptés au cours des années 2000 par
les groupes chinois jusqu’à faire aujourd’hui partie intégrante de leur stratégie dans certains
secteurs (notamment celui des NTIC). Cependant, si les DPI semblent avoir été adoptés par
certains acteurs économiques chinois, la question de l’application par les juridictions
nationales de ces droits nouvellement appropriés se pose réellement sur le territoire chinois
(II).

Enfin, l’organisation même du système juridictionnel chinois conduit à la persistance de


difficultés à son utilisation. Ainsi, la mainmise totale du Parti sur la justice nie toute
possibilité de construction d’une indépendance judiciaire pourtant indispensable à la
construction d’un Etat de droit, ne serait-ce qu’économique (III).

120
I. Un système juridictionnel de protection des DPI complet

Les autorités chinoises ont mis en place un système juridictionnel parallèlement au renouveau
du droit au moment de l’ouverture et des réformes dans les années 1980. Le système
juridictionnel de protection des DPI en Chine se fonde sur deux types de recours en cas de
litige. La protection juridictionnelle des DPI est ainsi séparée entre la voie administrative (行
政保护, xingzheng baohu) d’une part et la voie judiciaire civile et pénale (司法保护, sifa
baohu) d’autre part dans un système dual (双轨制, shuangguizhi).

La voie administrative est la voie la plus utilisée par les acteurs chinois afin de faire cesser
une utilisation frauduleuse de leurs DPI. Rapide et relativement efficace, elle est une voie
privilégiée mais elle ne permet pas d’obtenir des dommages et intérêts en réparation des
dommages subis (1).

La voie judiciaire (civile et pénale) est la voie préférée des investisseurs étrangers. Selon la
juge Tao Kaiyuan de la Cour suprême, elle est une voie à l’importance primordiale360.
Cependant, la réforme en cours du droit des brevets pourrait renforcer le rôle de la voie
administrative au détriment de la voie judiciaire361 (2).

Devant la technicité des litiges et face à l’augmentation constante des cas, ce système
juridictionnel de protection des DPI a récemment évolué avec la création de cours
spécialisées dans les règlements des litiges sur les DPI (3).

1. La voie administrative

La voie administrative, majoritairement utilisée par les entreprises chinoises, est gérée par les
branches locales de SIPO (les IPOs) en ce qui concerne les brevets et par celles de la SAIC
(les AICs) en ce qui concerne les marques de commerce. La procédure administrative est une
procédure considérée comme « simple et pratique » 362 mais également plus rapide 363 et

360
陶凯元, « 充分发挥司法保护知识产权的主导作用 », In: 求是, 2016/01,
<http://www.qstheory.cn/dukan/qs/2015-12/31/c_1117608326.htm>
361
« The proposed patent amendments would strengthen the role of administrative agencies in IP enforcement,
to the possible detriment of the judiciary. », COHEN Mark, « Justice Tao Kaiyuan and the Role of the
Judiciary », In: ChinaIPR.com, 17 janvier 2016, <https://chinaipr.com/2016/01/17/justice-tao-kaiyuan-and-the-
role-of-the-judiciary/>
362
FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In: Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009, p. 26
363
China IPR SME Helpdesk, « Enforcement of Intellectual Property Rights in China », mars 2016,
<http://www.china-iprhelpdesk.eu/sites/all/docs/publications/EN_Enforcement_Mar-2016.pdf>

121
permettant d’accéder à une protection plus « active » de ses DPI que la voie judiciaire
considérée comme « passive »364.

Les branches locales IPOs et AICs sont compétentes pour conduire certaines actions contre
les entreprises qui ne respectent pas les DPI d’une partie qui présente une demande. Les
agences locales sont en mesure de conduire des descentes dans les entreprises suspectées et
de saisir des produits qui contreviennent aux DPI de la partie plaignante. Elles peuvent forcer
ces entreprises à suspendre les mesures ou pratiques qui contreviennent aux droits de la partie
adverse. Enfin, elles peuvent également imposer des amendes pour des motifs de violation de
marque de commerce et de brevet365.

Ces actions administratives sont particulièrement efficaces en ce qui concerne la violation des
droits des marques de commerce. Il suffit alors aux branches AICs de saisir les produits
suspectés de violer les droits de la partie plaignante pour constater l’existence ou non de la
violation et de décider d’une amende. En ce qui concerne les violations des brevets, les
actions administratives visent majoritairement à régler les cas de violation des brevets de
design tandis qu’elles ont surtout pour objectif de rassembler des preuves dans l’optique du
règlement du litige devant un juge pour les brevets avec un degré de technicité plus grand
comme les dessins et modèles industriels et les brevets d’invention366. Enfin, ces actions
administratives ne peuvent en aucun cas déboucher sur l’attribution de dommages et intérêts,
prérogative du seul juge civil.

En termes pratiques, le plaignant doit saisir l’agence compétente (IPO ou AIC) par le biais
d’un avocat chargé de constituer un dossier rassemblant les preuves de l’existence et de la
possession du droit de propriété intellectuelle ainsi que les preuves de la violation par la
partie adverse367. La procédure administrative pour une marque de commerce prend entre 3 et
6 mois et coûte entre 20 000 et 50 000 yuans. En ce qui concerne les brevets, les actions en
constatation d’une violation coutent entre 30 000 et 80 000 yuans pour un brevet de design et

364
FENG Xiaoqing, « The Interaction between Enhancing the Capacity for Independent Innovation and Patent
Protection: A Perspective on the Third Amendment to the Patent Law of the P.R. China », In: Pittsburgh
Journal of Technology Law & Policy, vol. 9, 2009, p.26
365
China IPR SME Helpdesk, « Enforcement of Intellectual Property Rights in China », mars 2016,
<http://www.china-iprhelpdesk.eu/sites/all/docs/publications/EN_Enforcement_Mar-2016.pdf>
366
China IPR SME Helpdesk, « Roadmap for Intellectual Property Protection in China, Patent Protection in
China », automne 2008
367
China IPR SME Helpdesk, « Enforcement of Intellectual Property Rights in China », mars 2016,
<http://www.china-iprhelpdesk.eu/sites/all/docs/publications/EN_Enforcement_Mar-2016.pdf>

122
au-delà pour un brevet d’invention, en sachant qu’il sera nécessaire d’ouvrir une procédure
judiciaire par la suite pour trancher un litige technique368.

Intégralement contrôlées par SIPO en ce qui concerne les brevets, les procédures
administratives semblent avoir la faveur du législateur369. Dans sa dernière version proposée,
la réforme du droit des brevets vise à renforcer les procédures administratives au détriment
des procédures judiciaires370. Cette tendance a été relevée par l’American Bar Association
dans ses remarques sur le projet de réforme371 mais également par des acteurs haut placés
dans l’organisation juridictionnelle chinoise. La vice-présidente et juge de la Cour populaire
suprême (nommée le 28 décembre 2013) Tao Kaiyuan (陶凯元) a ainsi publié le 31
décembre 2015 un article insistant sur l’importance d’assurer la primauté de la voie
judiciaire, appelant le législateur à ne pas oublier l’objectif national de renforcer la protection

368
China IPR SME Helpdesk, « Enforcement of Intellectual Property Rights in China », mars 2016,
<http://www.china-iprhelpdesk.eu/sites/all/docs/publications/EN_Enforcement_Mar-2016.pdf>
369
YANG Guoquan, « Introduction of Patent Administrative Enforcement In China », In: PatentEXP.com, 31
mars 2016, <http://www.patentexp.com/?p=1519>
370
COHEN Mark, « Revised Patent Administrative Enforcement Rules – Is SIPO Building an Administrative
System so the Patent Law Amendments Will Come? », In: ChinaIPR.com, 27 janvier 2015,
<http://chinaipr.com/2015/01/27/revised-patent-administrative-enforcement-rules-is-sipo-building-an-
administrative-system-so-the-patent-law-amendments-will-come/>
371
« The proposed expanded role for the administrative department is larger than that of any other patent agency
known to the Sections. In contrast with patent agencies, courts have established procedures for and experience
in litigation and are better suited to make infringement determinations. This particular expertise is why such
complex determinations are universally entrusted to the judiciary. China’s courts now have three decades of
patent adjudication experience and have developed significant guidelines in several areas of patent law. SIPO
and the local IPOs lack substantial experience in patent adjudication. The Sections urge that the responsibility of
making infringement determinations and imposing remedies for infringement be retained solely by China’s
courts, including the newly-established specialized Patent Courts, and not be delegated to an administrative
agency. The Sections respectfully suggest that SIPO follow the pattern of other patent systems by entrusting
such enforcement powers exclusively with China’s courts, especially its Patent Courts. », American Bar
Association, Comments of the American Bar Associations’s Sections of Intellectual Proterty Law and
International Law on the Draft Amendments to China’s Patent Law, avril 2015, accessible en ligne :
<https://chinaipr2.files.wordpress.com/2015/04/aba-sipl-sil-comments-on-draft-patent-law-amendments-final-
en-cn-w-app.pdf>

123
judiciaire des DPI372. Selon l’analyse de la juge Tao, les recours judiciaires peuvent limiter
les abus des procédures administratives373.

2. Les voies pénale et civile de la protection judiciaire des DPI

Le système judiciaire chinois est composé de quatre niveaux374 avec au sommet la Cour
Populaire Suprême (最高人民法院, zuigao renmin fayuan), cour de dernier ressort installée à
Pékin. A l’étage directement inférieur à la Cour suprême se trouvent les Cours populaires
supérieures (高级人民法院, gaoji renmin fayuan) qui servent de cour d’appel des jugements
rendus par les juridictions inférieures mais également de cour de 1ère instance pour certains
litiges d’importance. Il existe une Cour populaire supérieure dans chaque province, province
autonome et ville autonome. Viennent ensuite les Cours populaires intermédiaires (中级人民
法院, zhongji renmin fayuan), à l’échelon sous-provincial des préfectures, qui entendent
certains cas en 1ère instance et d’autres en appel. Enfin, au premier échelon, viennent les
Cours populaires de base (基层人民法院, jiceng renmin fayuan) qui servent de juridiction de
1ère instance dans les échelons sous-préfectoraux des comtés (县、县级市、自治县 et 市辖
区, xian, xianjishi, zishixian et shixiaqu).

Depuis 1993, les autorités chinoises ont mis en place des chambres spécialisées dans le
règlement des litiges en matière de droit de la propriété intellectuelle (庭, ting). Ces chambres
ont été intégrées au sein des Cours intermédiaires et des Cours supérieures375. La chambre
des DPI de la Cour populaire suprême a été créée en octobre 1996. Depuis les années 2000,

372
« 2008 年 6 月国务院发布的《国家知识产权战略纲要》,将“加强司法保护体系”、“发挥司法保
护知识产权的主导作用”作为战略重点之一。党的十八大明确提出要“实施创新驱动发展战略”,党的
十八届三中全会要求“探索建立知识产权法院”,党的十八届四中全会强调“完善激励创新的产权制度
、知识产权制度和促进科技成果转化的体制机制”。2014 年 8 月,全国人大常委会决定在北京、上海
、广州设立知识产权法院。2014 年 12 月,国务院发布《深入实施国家知识产权战略行动计划(2014—
2020 年)》,把“司法保护主导作用充分发挥”作为主要实现目标之一。人民法院要结合工作实际,
扎实有效推动这一目标任务的实现。 », 陶凯元, « 充分发挥司法保护知识产权的主导作用 », In: 求是,
2016/01, <http://www.qstheory.cn/dukan/qs/2015-12/31/c_1117608326.htm>
373
« 通过司法保护知识产权,可以很好地避免行政保护可能形成的执法弊端。 », 陶凯元, « 充分发挥司
法保护知识产权的主导作用 », In: 求是, 2016/01, <http://www.qstheory.cn/dukan/qs/2015-
12/31/c_1117608326.htm>
374
China IPR SME Helpdesk, « Roadmap for Intellectual Property Protection in China, Patent Protection in
China », automne 2008
375
China IPR SME Helpdesk, « Roadmap for Intellectual Property Protection in China, Patent Protection in
China », automne 2008

124
les chambres spécialisées dans le règlement des litiges DPI sont appelées les 3ème chambres
civiles. En 2012, il existait 420 chambres spécialisées dans le règlement des litiges des DPI376.

Les litiges sur les DPI sont entendus, en fonction de la valeur des dommages et intérêts
réclamés, par les Cours intermédiaires et les Cours supérieures. Ainsi, les litiges dont les
dommages et intérêts demandés dépassent une valeur de 100 millions de yuans sont entendus
en première instance par les Cours supérieures. Par ailleurs, les cours saisies peuvent
également renvoyer le litige devant une juridiction de rang supérieur si elles le jugent
nécessaire.

Les demandeurs ont le choix d’assigner la partie adverse devant une juridiction pénale ou
devant une juridiction civile. Cependant, la demande au pénal devra être formulée
prioritairement à la demande de dommages et intérêts devant une juridiction civile. Le juge
civil devra alors attendre la décision du juge pénal pour statuer sur les dommages et intérêts.
Il est toutefois régulièrement noté que la plupart des cas se règlent au civil377.

Les entreprises étrangères, habituées à régler leurs litiges devant un juge, choisissent
majoritairement les recours civils et pénaux pour obtenir d’une part une injonction de la cour
contre la violation de leurs DPI et d’autres parts des dommages et intérêts. La durée de la
procédure varie en fonction des cas (1 an voire plus en 2012), les délais étant plus long si le
litige nécessite une détermination de la validité des brevets que seul SIPO est en mesure de
rendre (avec des délais oscillants entre 1 et 2 ans)378.

Le point le plus important de la procédure consiste à faire le constat de la violation et de son


étendue. Le système chinois nécessite pour ce faire l’implication d’un notaire qui va attester
de l’offre à la vente de produit contrevenant aux DPI ou par l’émission d’un ordre de
préservation des preuves (EPO) par le juge. L’EPO est habituellement utilisé pour prouver la

376
COHEN Mark, « Specialized IP Courts and China’s Quest to Become an Innovative Economy », In:
Blogs.Nottingham.ac.uk/ChinaPolicyInstitute, 3 décembre 2014
377
« Civil enforcement is the lion’s share of judicial IP litigation. », COHEN Mark, « Specialized IP Courts
About To Launch In Three Cities And Are They Good For Foreigners? », In: ChinaIPR.com, 22 août 2014,
<https://chinaipr.com/2014/08/22/specialized-ip-courts-about-to-launch-in-three-cities-and-are-they-good-for-
foreigners/>
378
NELSON Christina, « Enforcing Intellectual Property Rights in China », In : China Business Review, 1
octobre 2012, < http://www.chinabusinessreview.com/enforcing-intellectual-property-rights-in-china/ >

125
production des produits violant les DPI. La Cour pourra alors saisir tous les documents
permettant de prouver la violation sur les lieux de production379.

Une fois les preuves rassemblées, le début de la procédure judiciaire peut commencer.
L’entreprise accusée de violation des DPI doit être poursuivie auprès de la Cour dont le
ressort territorial inclut soit le lieu de production, soit le lieu de vente des produits, soit la
domiciliation de l’entité responsable de la production. Le demandeur peut alors demander un
ordre de conservation des actifs du défendeur (APO) afin de garantir le paiement des
dommages et intérêts par celui-ci380. L’APO a pour effet de geler les comptes et les propriétés
de la société accusée de violation des DPI. La Cour procède ensuite à l’examen du litige et
propose une conciliation entre les parties avant de rendre son jugement si la conciliation est
refusée par l’une des parties.

La procédure pénale est relativement rare en ce qui concerne les DPI. Celle-ci n’est engagée
pour les brevets que lorsque l’entité qui viole les DPI du demandeur a produit des faux
certificats de détention de brevet (cas plutôt rares). Les cas de procédures pénales sont en
revanche plus courants en ce qui concerne les marques de commerce, lorsque l’échelle de la
production issue de la violation des DPI est massive, c’est-à-dire lorsqu’elle atteint un certain
seuil381.

Il existe deux manières principales d’enclencher une procédure pénale. La première consiste
à rapporter la violation auprès du Bureau de la sécurité publique (PSB) afin que celui-ci
décide en toute discrétion d’enclencher ou non des poursuites publiques. La deuxième
s’enclenche lorsque l’autorité administrative en charge du dossier (AIC ou IPO) transfère le
cas au PSB après avoir découvert que le cas dépasse un certain seuil. Une fois le cas récupéré
par le PSB, celui-ci se chargera de collecter les preuves pour constituer le dossier
d’accusation. Le dossier sera ensuite transféré au procureur qui jugera de l’opportunité des
poursuites. Si le dossier est transmis devant le juge, la Cour rendra son verdict après avoir

379
China IPR SME Helpdesk, « Enforcement of Intellectual Property Rights in China », mars 2016,
<http://www.china-iprhelpdesk.eu/sites/all/docs/publications/EN_Enforcement_Mar-2016.pdf>
380
Ibidem
381
China IPR SME Helpdesk, « Enforcement of Intellectual Property Rights in China », mars 2016,
<http://www.china-iprhelpdesk.eu/sites/all/docs/publications/EN_Enforcement_Mar-2016.pdf>

126
entendu les parties et statuera sur la peine (jusqu’à 7 ans de prison ferme assortis d’une
amende)382.

Fait intéressant en Chine, le véritable cœur du pouvoir judiciaire des cours ne se trouve pas
dans le juge ou le panel de juges qui tiennent l’audience mais dans le Comité judiciaire (审判
委员会, shenpan weiyuanhui) qui décide collectivement de l’issu du verdict selon le principe
du « centralisme démocratique » 383 . A l’intérieur de chaque cour, un Comité judiciaire
composé des plus hauts rangs de l’administration de la cour (Président, vice-présidents,
présidents de section, etc.) étudie le cas et rend une décision que les juges de l’audience se
doivent de suivre384.

Entité des plus prestigieuses au sein de la cour, son accès est réservé au personnel de haut
rang qui entretient de bonnes relations avec le Président de la Cour et les dirigeants locaux du
Parti385. Ces Comités judiciaires peuvent être vus comme des relais de l’influence du PCC et
des élites locales ainsi que comme une entité de contrôle des décisions des juges individuels.
Etant donné que seul le PCC fait les carrières et que les gouvernements locaux financent les
cours, il y a peu de chance que ces entités soient les plus ardents défenseurs de
l’indépendance des juges386.

382
China IPR SME Helpdesk, « Enforcement of Intellectual Property Rights in China », mars 2016,
<http://www.china-iprhelpdesk.eu/sites/all/docs/publications/EN_Enforcement_Mar-2016.pdf>
383
La décision finale émanant in fine du Président de la Cour : « According to Article 10 of the Organic Law of
People‘s Courts, the decision of the committee shall follow the majority rule, so one would expect to see voting
records. The fact, however, is that the committee rarely formally voted. As shown in the minutes, in the
situations where there was a decision, it had been reached by consensus, no matter whether or not there were
debates. When expressed opinions were impossible to reconcile, the president‘s words were final: either to seek
further opinions from the higher-level courts, or to ask the adjudicating judges to continue their investigation.
As will be shown below, the hierarchical structure in which the members are embedded leaves little room for
formal voting. », XIN He, « Judicial Decision-Making in an Authoritarian Regime: Piercing the Veil of the
Adjudication Committee in a Chinese Court », In: RCCL Working Paper Series, juillet 2011, p. 8
384
FINDER Susan, « Where is the Supreme People’s Court headed with judicial committee reform? », In:
SupremePeoplesCourtMonitor.com, 21 décembre 2014,
<https://supremepeoplescourtmonitor.com/2014/12/21/where-is-the-supreme-peoples-court-headed-with-
judicial-committee-reform/>
385
« (…) the adjudication committee, as an internal institution of the courts, from its composition to operation,
is heavily influenced by the administrative ranking system. (…) the administrative ranking is the predominant
factor in determining the appointment of its members. It usually consists of officials with the highest
administrative rankings in a court. (…) The committee was composed of not only the president, the vice
presidents and the heads of the major adjudicative and enforcement divisions, but also the disciplinary inspector
(纪检组长). They were appointed simply because they were the members of the Party leadership (党组成员),
who were the de facto court leaders. Moreover, the terms of these judges are for life (…). », XIN He, « Judicial
Decision-Making in an Authoritarian Regime: Piercing the Veil of the Adjudication Committee in a Chinese
Court », In: RCCL Working Paper Series, juillet 2011, p. 10
386
FINDER Susan, « Where is the Supreme People’s Court headed with judicial committee reform? », In:
SupremePeoplesCourtMonitor.com, 21 décembre 2014,

127
3. Réformes et création de cours spécialisées

Les autorités chinoises ont cherché à parfaire le système judiciaire institué depuis les années
1980 à travers plusieurs plans de réformes successives. La réforme actuellement en cours
s’inscrit dans le cadre du 4ème plan quinquennal de réforme des Cours de justice adopté le 4
février 2015 par la Cour suprême387 à la suite du 4ème plénum d’octobre 2014388. Sur le plan
général, le plan quinquennal énonce des principes fondamentaux présidant à l’orientation de
la réforme : indépendance du pouvoir judiciaire ( 审 判 权 的 独 立 性 , shenpanquan de
dulixing), neutralité (中立性, zhonglixing), respect des procédures (程序性, chengxuxing) et
finalité (终局性, zhongjuxing) 389 . Selon Susan Finder, ces principes se distinguent tous de ce
que l’on entend habituellement par « indépendance judiciaire » en Occident390. Le plan
quinquennal prévoit également des mesures contre le protectionnisme local, des mesures de
lutte contre la corruption et une amélioration de la transparence391.

Un an après la publication du plan quinquennal de réforme judiciaire, en mars 2016, la Cour


suprême annonçait l’adoption d’un livre blanc pour guider l’orientation de la réforme392.
L’importance de l’indépendance judiciaire vis-à-vis du pouvoir local y était rappelée,
cependant, cette indépendance n’était pas synonyme d’une indépendance vis-à-vis du pouvoir
politique en général, comme l’analyse Susan Finder : « local courts do not belong to local
governments but are established by the State at the local level to exercise judicial power on

<https://supremepeoplescourtmonitor.com/2014/12/21/where-is-the-supreme-peoples-court-headed-with-
judicial-committee-reform/>
387
最高人民法院, « 最高人民法院关于全面深化人民法院改革的意见 », 4 février 2015, <
http://www.chinacourt.org/law/detail/2015/02/id/148096.shtml >
388 ème
4 plénum du 18ème congrès du PCC qui s’est tenu à Pékin du 20 au 23 octobre 2014, marqué par l’adoption
de l’Etat de droit socialiste aux caractéristiques chinoises (中国特色社会主义法治, zhongguotese shehuizhuyi
fazhi)
389
tels qu’interprétés par Susan Finder dans son blog Supreme People’s Court Monitor, FINDER Susan,
« Supreme People’s Court’s 4th Five Year Reform Plan sees the light of day », In:
SupremePeoplesCourtMonitor.com, 6 février 2015,
<https://supremepeoplescourtmonitor.com/2015/02/26/supreme-peoples-courts-4th-five-year-reform-plan-sees-
the-light-of-day/>
390
« all distinguished from “Western style” judicial independence. », FINDER Susan, « Supreme People’s
Court’s 4th Five Year Reform Plan sees the light of day », In: SupremePeoplesCourtMonitor.com, 6 février
2015, <https://supremepeoplescourtmonitor.com/2015/02/26/supreme-peoples-courts-4th-five-year-reform-
plan-sees-the-light-of-day/>
391
FINDER Susan, « Supreme People’s Court’s 4th Five Year Reform Plan sees the light of day », In:
SupremePeoplesCourtMonitor.com, 6 février 2015,
<https://supremepeoplescourtmonitor.com/2015/02/26/supreme-peoples-courts-4th-five-year-reform-plan-sees-
the-light-of-day/>
392
Ici le compte-rendu de la conférence de presse pour annoncer le nouveau livre blanc :
<http://www.court.gov.cn/zixun-xiangqing-16695.html>. Le texte du livre blanc n’a pas été publié en chinois,
une version anglaise peut être trouvée à cette adresse : <http://english.court.gov.cn/2016-
03/03/content_23724636.htm>

128
behalf of the State. »393 Un autre point important sur lequel insiste le livre blanc se trouve
dans l’accès mis sur la formation et la professionnalisation des juges. D’une manière générale
et tel que synthétisé par Susan Finder, la Cour suprême vise à créer une justice plus
professionnelle, mieux payée, plus compétente et qui tend à se rapprocher des standards
internationaux. La Cour suprême essaye également d’extirper la justice des pouvoirs locaux
tout en la gardant dans le cadre de la direction du Parti394.

Le plan quinquennal de réforme judiciaire publié en février 2015 prévoit dans son point 3
(sur 65) la création de cours spécialisées dans le règlement des litige des DPI : « 3. 推动设
立知识产权法院。根据知 识 产 权 案 件 的 特 点 和审判需要,建立和完善符合知识产权
案件审判规律的专门程序、管辖制度和审理规则。 »395 Ce verbiage juridique au premier
abord vide de sens confirme cependant l'importance accordée aux nouvelles cours
spécialisées dans les priorités de la Cour suprême. L’annonce de la création de ces cours
renforce également caractère « spécial » des DPI (notamment par l’utilisation des termes 特
点 tedian et 专门 zhuanmen).

Après plusieurs années de préparation et de discussion396, il a été décidé à la fin de l’été


2014397 de mettre en place des cours spécialisées dans la protection des DPI à Beijing,
Shanghai et Guangzhou par la décision du Comité permanent de l’Assemblée populaire de
RPC du 31 août 2014398. Cette décision du Comité permanent de l’ANP a été motivée

393
FINDER Susan, « What China’s judicial reform white paper says about its vision for its judiciary », In:
SupremePeoplesCourtMonitor.com, 12 avril 2016, <https://supremepeoplescourtmonitor.com/2016/04/12/what-
chinas-judicial-reform-white-paper-says-about-its-vision-for-its-judiciary/>
394
« The SPC intends to create a more professional judiciary (with a lower headcount), that is better paid, more
competent, has performance indicators that look more like other jurisdictions, with an identity and operating
mechanisms separate from other Party/government organs, that will be more autonomous, no longer under the
thumb of local authorities, but operates within the big tent of Party policy. » FINDER Susan, « What China’s
judicial reform white paper says about its vision for its judiciary », In: SupremePeoplesCourtMonitor.com, 12
avril 2016, <https://supremepeoplescourtmonitor.com/2016/04/12/what-chinas-judicial-reform-white-paper-
says-about-its-vision-for-its-judiciary/>
395
« 3. Promouvoir l'établissement des cours spécialisées en droit de la propriété intellectuelle. Etablir et
améliorer les procédures spéciales, les compétences judiciaires et les règles du procès en accord avec les
procédures juridictionnelles, selon les spécificités propres aux cas DPI et aux besoins du procès. », 最高人民法
院, « 最高人民法院关于全面深化人民法院改革的意见 », 26 février 2015, <http://www.court.gov.cn/zixun-
xiangqing-13520.html>
396 Pour une chronologie des discussions et préparations voir notamment : COHEN Mark, « Specialized IP
Courts about to Launch in Three Cities – And are they Good for Foreigners ? », In: ChinaIPR.com, 22 août
2014
397 王硕, « 最高院:北京上海广州知识产权法院将在年内成立 », In: 中国新闻网, 3 novembre 2014
398 Voir notamment : « 全国人大常委会组成人员建言我国知识产权法院设立 », In: 新华网, 27 aout 2014
et la décision officielle : 全国人民代表大会常务委员会,« 关于在北京、上海、广州设立知识产权法院的
决定 », In: NPC.gov.cn , 31 août 2014

129
premièrement par la volonté de soutenir la stratégie de développement par l’innovation399
mais également pour répondre à la pression internationale. La création de ces nouvelles cours
est ainsi justifiée par Fu Yingpo, directeur du comité des affaires étrangères de l’ANP :

« 知识产权问题就像我们脸上的一道疤。过去每次出去谈判,外方都会谈到中国知识产
权的问题。设立知识产权法院,用突出的方式处理突出的问题,这是很有必要的,对社
会诚信的树立也是一个推动。 »400

La communication du Comité permanent de l’ANP du 31 août 2014 prévoit que les cours
spécialisées serviront de juridiction de 1ère instance pour certaines affaires techniquement
complexes concernant le triptyque habituel des brevets (brevets d’invention, dessins et
modèles industriels et design) mais aussi sur les questions relatives aux obtentions végétales,
aux circuits intégrés et aux secrets industriels401. Ces cours ont également juridiction d’appel
sur les décisions concernant les marques de commerce et des droits d’auteur issus de leur
ressort territorial402. Ces cours devraient également être amenées à entendre des affaires
relatives aux lois sur les monopoles ainsi que les marques notoires. Ne réglant pas
intégralement le problème de la territorialité de l’application des DPI sur le sol chinois,
l’appel des décisions de ces cours spécialisées sera envoyé aux Cours populaires supérieures
(高级人民法院, gaoji renmin fayuan)403.

Une communication de la Cour suprême du 31 octobre 2014 404 est venue préciser les
compétences des cours, ainsi que résumé par Cohen : « The Specialized IP Courts have
jurisdiction over three types of cases: 1. Civil and administrative cases involving patents, new

399
« 为推动实施国家创新驱动发展战略 », dans : 全国人民代表大会常务委员会,« 关于在北京、上海、
广州设立知识产权法院的决定 », In: NPC.gov.cn , 31 août 2014
400
« Le problème des DPI ressemble à une cicatrice sur notre visage. A chaque fois que l’on est en négociation
à l’étranger, nos partenaires en arrivent toujours à remettre le problème du respect des DPI en Chine sur la table.
Mettre en place des cours spécialisées sur les DPI, c’est utiliser la manière forte pour régler un problème
proéminent, c’est essentiel. Ca représente aussi un pas important vers l’instauration d’une plus grande intégrité
sociale. » Selon les propos de Fu Yingpo (傅莹颇), directeur du comité des affaires étrangères de l’ANP (全国
人大外事委员会主任委员), rapporté par l’agence Xinhua dans : « 全国人大常委会组成人员建言我国知识
产权法院设立 », In: 新华网, 27 aout 2014
401
« 二、知识产权法院管辖有关专利、植物新品种、集成电路布图设计、技术秘密等专业技术性较强的
第一审知识产权民事和行政案件。 », dans : 全国人民代表大会常务委员会,« 关于在北京、上海、广州
设立知识产权法院的决定 », In: NPC.gov.cn , 31 août 2014
402
« 三、知识产权法院所在市的基层人民法院第一审著作权、商标等知识产权民事和行政判决、裁定的
上诉案件,由知识产权法院审理。», dans : 全国人民代表大会常务委员会,« 关于在北京、上海、广州
设立知识产权法院的决定 », In: NPC.gov.cn , 31 août 2014
403
Voir à ce sujet l’analyse : COHEN Mark, « Update on Specialized IP Courts », In: ChinaIPR.com, 31
octobre 2014
404
最高人民法院, « 最高人民法院关于北京、上海、广州知识产权法院案件管辖的规定 », 3 novembre
2014, <http://www.chinacourt.org/law/detail/2014/10/id/147980.shtml>

130
plant varieties, layout designs of integrated circuits, technical secrets, computer software and
other technology cases; 2. Administrative cases involving copyright, trademark, and unfair
competition against the administrative action of the State Council department or above the
county level departments; and 3. Civil cases involving the affirmation of well known
trademarks. »405

Selon Mark Cohen, la volonté politique de créer des cours spécialisées sur les DPI remonte à
2008 lorsque le NIPS intimait à la Cour suprême de conduire des études quant à la création
de chambres spécialisées dans le règlement des litiges DPI tout en cumulant les aspects civil,
administratif et pénal des cas406. Le 3ème Plénum du 18ème Congrès du PCC de 2013 orienta la
réforme des chambres de règlement des litiges DPI vers la création de cours spécialisées407.
La Cour de suprême a alors continué son travail pour annoncer lors d’une conférence de
presse le 9 juillet 2014, l’inclusion de la création de Cours spécialisées dans les zones de
concentration des DPI dans son 4ème plan quinquennal sur la réforme judiciaire408. Bien que
spécialisées, les cours s’inséreront dans l’ordonnancement juridictionnel sous la Cour
populaire suprême et les Cours populaires supérieures409.

La création de cours spécialisées répond à l’augmentation du nombre de cas impliquant des


questions techniques délicates avec une valeur, un intérêt commercial et une attention du
public accrus. Le rapport de la Cour suprême de 2015410 rapporte ainsi que les cas DPI ont

405
COHEN Mark, « A Deeper Dive Into the Jurisdiction and Role of Specialized IP Courts », In:
ChinaIPR.com, 15 novembre 2014
406
Ainsi que le point 6 du rapport annuel de la Cour suprême de 2015 en fait état : « 设立知识产权法院。根据
全国人大常委会的决定,在北京、上海、广州设立知识产权法院,审理知识产权民事和行政案件,落实
国家知识产权战略,发挥司法保护知识产权的重要作用。 » (Etablir les cours DPI. Selon la décision du
Comité permanent de l'APC, les cours établies à Pékin, Shanghai et Canton ayant pour fonction d'entendre des
cas civils et administratifs relatifs aux DPI, de mettre en oeuvre le plan de stratégie nationale des DPI et de
mettre en avant l'importance primordiale de la protection juridictionnelle des DPI.), 最高人民法院, « 最高人民
法院工作报告(2015 年) », avril 2015. Voir encore l’analyse de Mark Cohen : « institutional improvements in
the IPR tribunals were set forth as a national goal in the Outline of the National IP Strategy (2008) : “Studies
need to be carried out on establishing special tribunals to handle civil, administrative or criminal cases involving
intellectual property” », COHEN Mark, « Specialized IP Courts About To Launch In Three Cities And Are
They Good For Foreigners? », In: ChinaIPR.com, 22 août 2014, <https://chinaipr.com/2014/08/22/specialized-
ip-courts-about-to-launch-in-three-cities-and-are-they-good-for-foreigners/>
407
COHEN Mark, « Specialized IP Courts About To Launch In Three Cities And Are They Good For
Foreigners? », In: ChinaIPR.com, 22 août 2014, <https://chinaipr.com/2014/08/22/specialized-ip-courts-about-
to-launch-in-three-cities-and-are-they-good-for-foreigners/>
408
徐隽, «《人民法院第四个五年改革纲要(2014 — 2018)》发布 », In: 人民日报, 10 juillet 2014,
<http://www.chinalaw.gov.cn/article/xwzx/fzxw/201407/20140700396509.shtml>
409
« 五、知识产权法院审判工作受最高人民法院和所在地的高级人民法院监督。», dans : 全国人民代表
大会常务委员会,« 关于在北京、上海、广州设立知识产权法院的决定 », In: NPC.gov.cn , 31 août 2014
410
最高人民法院, « 最高人民法院工作报告(2015 年) », avril 2015

131
augmenté de 10% en 2014 par rapport à 2013, une augmentation constante depuis quelques
années411.

L’objectif affiché est également de lutter contre le protectionnisme local, au vu de l’objectif


général du 4ème plan quinquennal dans lequel la création des Cours spécialisées s’inscrit.
Ainsi, selon Mark Cohen, les autorités chinoises espèrent lutter contre le protectionnisme
local en se fondant sur l’expérience américaine : « [Establishing IP courts] has some impact
on correcting local biases at the trial court level, including possible anti-foreign jury bias.
(…) However (…), second instance patent appeals in China generally show an inclination to
support the Chinese domestic party against the foreigner. »412

Un des objectifs de la création de ces cours est également de concentrer les compétences
techniques et technologiques pour améliorer le professionnalisme des juges et diminuer la
pression des gouvernements locaux sur les cas intéressant leur localité. Créer des juridictions
spécialisées en dehors du ressorts territorial des gouvernements locaux est en effet une
manière d’extraire les jugements aux pressons locales.

Fang Xinze, membre du Comité permanent de l’ANP, résume ainsi en trois objectifs la
création de cours spécialisées : « 一是司法尺度要统一,二是要防止司法审判中地方保护
主义盛行,三是要加大对判罚的力度,切实加强知识产权保护。»413 Cependant, comme
les présidents de ces cours spécialisées doivent être nommés par les Assemblées populaires
locales, un risque de protectionnisme subsiste414.

411
Dans son point 3 : « 加大知识产权司法保护力度。依法制裁侵犯知识产权和制售假冒伪劣商品行为,
维护公平竞争的市场秩序,保护知识产权,促进创新驱动发展。各级法院审结一审知识产权案件 11 万
件,同比上升 10%。 » (Intensifier les efforts de protection juridictionnelle des DPI. Sanctionner les violations
aux DPI ainsi que la fabrication et la vente de produits contrefaits et de mauvaise qualité selon la loi, protéger
une concurrence loyale et l'ordre sur le marché, protéger les DPI et promouvoir un développement conduit par
l'innovation. Les diverses cours ont entendu en 1ère instance 110,000 cas de DPI, soit une augmentation de
10%.), 最高人民法院, « 最高人民法院工作报告(2015 年) », avril 2015
412
COHEN Mark, « Specialized IP Courts About To Launch In Three Cities And Are They Good For
Foreigners? », In: ChinaIPR.com, 22 août 2014, <https://chinaipr.com/2014/08/22/specialized-ip-courts-about-
to-launch-in-three-cities-and-are-they-good-for-foreigners/>
413
« Premièrement, les cours auront pour objectif d’unifier les différents échelons juridictionnels. Ensuite, elles
devront prévenir le protectionnisme local dans les affaires judiciaires actuellement rampant. Finalement, elles
veilleront à augmenter les pénalités afin de renforcer véritablement la protection des DPI. », selon les propos de
Fang Xinze (方新则)membre du comité permanent de l’ANP (全国人大常委会委员) relayés par Xinhua dans
« 全国人大常委会组成人员建言我国知识产权法院设立 », In: 新华网, 27 aout 2014
414
« 六、知识产权法院院长由所在地的市人民代表大会常务委员会主任会议提请本级人民代表大会常务
委员会任免。知识产权法院副院长、庭长、审判员和审判委员会委员,由知识产权法院院长提请所在地
的市人民代表大会常务委员会任免。知识产权法院对所在地的市人民代表大会常务委员会负责并报告工

132
Il est également intéressant de noter que Xinhua souligne le fait que ce sont aussi à des
nouveaux besoins endogènes auxquels répond la création des nouvelles cours spécialisées :

« 来自企业的全国人大代表刘艺良十分欢迎设立知识产权法院,他说:“我在广东有投
资企业,也经历过被侵权的案件官司,最后胜诉也是经历了很长的时间,很艰难。我非
常赞成设立知识产权法院。” »415

Ainsi, certains milieux d’affaires chinois semblent aussi soutenir le projet. Ce sont donc
également des DPI chinois que les nouvelles cours visent à mieux protéger.

Les spécialistes chinois des DPI s’accordent à dire que la création des cours spécialisées
constitue un renforcement de la protection des DPI sur le territoire chinois. Ainsi selon le
chercheur au centre de recherche en droit de la propriété intellectuelle de la China University
of Political Science and Law, Li Junhui : « 伴随知识产权专门法院的组建及运行,我国知
识产权司法审判工作得到进一步加强。 »416

Ce renforcement provient du fait que, mieux formées de par leur spécialisation, les cours
spécialisées devraient protéger plus efficacement les DPI. Ainsi, selon le professeur à l’école
des DPI de l’Université de Shanghai, Tao Xinliang (陶鑫良): « 但现有的“知识产权庭”审
判体制与机制仍然难以全面适应形势的迅猛发展和知识产权案件的高度专业性等特点
,因而建立知识产权专门法院已逐渐蔚成我国知识产权业界与学界的共识,成为我国
知识产权审判司法改革的新的突破口。 »417

Mark Cohen partage cet optimisme : « Recent Chinese efforts at developing specialized IP
courts and in promoting greater judicial independence suggest that the system may
significantly improve in the years ahead. (…) A specialized IP court may promote and

作。 », dans : 全国人民代表大会常务委员会,« 关于在北京、上海、广州设立知识产权法院的决定 », In:


NPC.gov.cn , 31 août 2014
415
« Représentant à l’ANP des milieux entrepreneuriaux, Liu Yiliang accueille avec une grande satisfaction
l’instauration des cours spécialisées dans les DPI : « J’ai une société d’investissements à Canton, j’ai aussi dû
mener des actions en justice pour violation de mes droits. J’ai finalement gagné mais après une longue bataille,
c’était très difficile. Je soutiens avec beaucoup de vigueur l’établissement de ces cours. », dans : « 全国人大常
委会组成人员建言我国知识产权法院设立 », In: 新华网, 27 aout 2014
416
« Avec la création et l’entrée en fonction des cours spécialisées dans les DPI, le travail de protection
judiciaire des DPI en Chine a été renforcé. », 李俊慧, « 我国知识产权发展前景广阔 要做好创新保护 », In:
XinhuaNet.com, 14 avril 2016, <http://news.xinhuanet.com/tech/2016-04/14/c_128894081.htm>
417
« Le système actuel de protection judiciaire des DPI n’était pas en mesure de s’adapter au développement
rapide et au haut degré de professionalisme qu’impliquaient les cas DPI. C’est pourquoi la création de Cours
spécialisées dans les DPI a graduellement fait consensus au sein de l’industrie et chez les académiques. La
création de Cours spécialisées représente une grande avancée. », 陶鑫良, « 建立知识产权法院的若干思考 »,
In: 上海法治报, 16 juillet 2014, <http://newspaper.jfdaily.com/shfzb/html/2014-07/16/content_49706.htm#>

133
improve the civil judicial enforcement system by providing more resources, promote the
independence of the judiciary, and provide for more training of judges, particularly on
technical patent matters. The judges of a specialized IP court might be even more
professional and autonomous. They might be better able to handle the administrative cases,
criminal cases and civil cases at the same time. »418

Ainsi, aussi bien chez les spécialistes chinois qu’étrangers, les Cours spécialisées ont été
accueillies avec optimisme. Le fait d’allouer des ressources spécifiques au sein de cours
spécialisées a été reconnu comme un grand pas en avant. De plus, la concentration des cas
DPI au sein de ces cours permettra aux juges d’accéder à une meilleure formation et ainsi de
renforcer leur professionnalisme.

418
COHEN Mark, « Specialized IP Courts About To Launch In Three Cities And Are They Good For
Foreigners? », In: ChinaIPR.com, 22 août 2014, <https://chinaipr.com/2014/08/22/specialized-ip-courts-about-
to-launch-in-three-cities-and-are-they-good-for-foreigners/>

134
II. La traduction juridictionnelle de l’appropriation nationale des DPI

L’appropriation par les acteurs économiques des droits de la propriété intellectuelle


représente une nouvelle étape dans le développement économique et social du pays. Les
agents économiques chinois cherchent à faire valoir leurs droits, considérés maintenant
comme des armes face à leurs concurrents, en ayant recours aux juridictions nationales
chargées de leur application. Dans ce contexte, les juridictions chinoises ont du faire face à
l’augmentation régulière des cas DPI amenés devant elles, traduisant une appropriation
juridictionnelle des DPI par les agents économiques chinois (1).

Afin d’uniformiser l’application des DPI sur le territoire national, la Cour suprême adopte
régulièrement des cas-guides et des interprétations censés aider les juridictions inférieures à
appliquer uniformément les DPI. Ces publications tiennent une place centrale dans
l’application juridictionnelle des DPI (2).

Certaines affaires emblématiques témoignent également de l’appropriation juridictionnelle


des DPI par les agents économiques chinois. Cependant, elles révèlent également des
difficultés quant à l’application juste des DPI en Chine (3).

1. Appropriation juridictionnelle des DPI par les agents économiques chinois

Le nombre de cas DPI traités chaque année par les juridictions chinoises est en augmentation
continue depuis le début des années 2000. Alors que les juridictions civiles chinoises ont
traité 166 408 cas entre 1985 et 2009 (24 ans), ces mêmes juridictions traitaient sur la seule
année 2015 quelques 101 324 cas. Entre 2009 et 2012, la croissance annuelle du nombre de
cas DPI traités chaque année était comprise entre 29% (2009) et 44% (2012). Entre 2013 et
2015, le rythme de l’augmentation annuelle des cas a quelque peu baissé et oscillait entre 5%
(2013) et 7% (2015). Cette forte augmentation du nombre de cas traduit une appropriation
juridictionnelle des DPI par les acteurs chinois. Ayant dorénavant des droits à valoriser, les
agents économiques chinois utilisent désormais les juridictions chinoises pour faire valoir et
protéger des droits endogènes issus de leurs efforts de R&D.

135
Figure 18. Nombre de cas DPI conclus au civil en 1ère instance par toutes les cours populaires
sur l'ensemble du territoire chinois (1985-2015):

180000

160000
Nombre de
140000 cas DPI
conclus en
120000 1ère instance
par toutes les
100000 cours
populaires
80000 sur
l'ensemble
60000
du territoire
40000

20000

Source: Cour populaire suprême 2016

Parallèlement à cette augmentation des cas DPI traités au civil par les juridictions chinoises,
la part des cas impliquant des étrangers dans le total des cas DPI est en diminution constante
depuis 2013. Ainsi que le résume Mark Cohen : « (…) in 2015 foreign related IP cases
dropped 22% in absolute numbers from last year, despite an overall increase of 7.2% of total
decided IP cases. The total number of civil cases involving foreigners was 1,327. As a
consequence, foreign related IP civil cases as a share of total cases dropped from 1.9%
(2013), to 1.8% (2014), to 1.2% (2015). (…) The shrinking reported foreign share contrasts
with the rapid growth of IP cases in China. »419 Cette diminution de la part des cas impliquant
des étrangers (passant de 1,9% en 2013 à 1,2% en 2015) indique que la grande majorité des
cas voit en réalit s’affronter deux entités chinoises.

Cette appropriation juridictionnelle des DPI par les agents économiques chinois est
également géographiquement localisée. Ainsi selon les chercheurs Brian Love, Christine
Helmers et Markus Eberhardt : « Chinese patent litigation is highly concentrated in a few
large jurisdictions. (…) Our data indicates that patent litigation is overwhelmingly a big-city
phenomenon in China and, even among major metropolitan areas, is largely concentrated in
419
COHEN Mark, « Summarizing the SPC’s 2015 White Paper », In: ChinaIPR.com, 22 avril 2016,
<https://chinaipr.com/2016/04/22/summarizing-the-spcs-2015-white-paper/>

136
just a few of the nation’s largest cities.»420 Ces trois chercheurs ont dressé une carte des cas
DPI entendus par les juridictions chinoises entre 2006 et 2011 (issus d’une base de données).
La carte est reproduite ci-après :

Figure 19. Carte des cas DPI jugés par les juridictions chinoises entre 2006 et 2011:

Source : LOVE, HELMERS et EBERHARDT, 2016421

Cette carte de la localisation de l’activité juridictionnelle des DPI (bien que ne représentant
pas l’ensemble de l’activité juridictionnelle des DPI sur la période 2006-2011 mais bien un
extrait issu d’une base de données) est sans surprise quant à la carte de la répartition
géographique des demandes de brevets par les agents économiques chinois (Cf. Partie 2.
II.1.). Les deux cartes témoignent de la localisation aussi bien de l’activité de demande des
DPI que de l’activité juridictionnelle en protection de ces DPI dans les mêmes régions. Selon
le livre blanc de la Cour suprême de 2015, 70% des cas DPI en première instance ont été

420
LOVE Brian, HELMERS Christine et EBERHARDT Markus, « Patent Litigation in China: Protecting Rights
or the Local Economy? », In: Santa Clara Law Digital Commons, 23 février 2016, p. 7 et 23
421
LOVE Brian, HELMERS Christine et EBERHARDT Markus, « Patent Litigation in China: Protecting Rights
or the Local Economy? », In: Santa Clara Law Digital Commons, 23 février 2016, p. 12

137
jugés dans les juridictions de Pékin, de Shanghai, du Jiangsu, du Zhejiang et du
Guangdong422. Les DPI étrangers sont quant à eux massivement regroupés à Pékin423.

2. Adoption de cas-guides et interprétations par la Cour Suprême

Le système judiciaire chinois est un système de droit civil où les précédents juridiques
n’influencent pas les décisions des juges. Contrairement au système de common law, le juge
chinois ne peut que se référer à la loi pour asseoir sa décision. Cependant, la Cour suprême
fait évoluer l’interprétation officielle des DPI en adoptant deux types de documents.

La Cour suprême publie de manière régulière des interprétations judiciaires (司法解释, sifa
jieshi) et des cas guides (典型案例, dianxing anli) afin d’uniformiser l’application des DPI
par les juridictions locales et ainsi contrôler la nécessaire interprétation de la loi. Textes de
références pour les juges chinois, les interprétations judiciaires et les cas guides servent à
orienter les décisions des échelons inférieurs424.

Dans ses rapports annuels sur l’application juridictionnelle des DPI en Chine, la Cour
suprême dresse un bilan de son activité en matière de publication d’interprétations judiciaires.
Dans son rapport de 2014, la Cour a rappelé que le renforcement de l’application uniforme
des DPI sur le territoire chinois passait également par le système d’interprétation judiciaire en
dressant le catalogue de son activité en la matière425. La Cour suprême a par exemple

422
« Beijing, Shanghai, Jiangsu, Zhejiang and Guangdong accounted for 70 percent of the first instance IP
litigation of all types. », COHEN Mark, « Summarizing the SPC’s 2015 White Paper », In: ChinaIPR.com, 22
avril 2016, <https://chinaipr.com/2016/04/22/summarizing-the-spcs-2015-white-paper/>
423
« The Beijing courts, for example, clearly play a key role in foreign related IP adjudication. As
administrative cases are overwhelmingly located in Beijing, the Beijing IP court hears perhaps 80% of the
combined civil/administrative foreign docket. (…) », COHEN Mark, « Summarizing the SPC’s 2015 White
Paper », In: ChinaIPR.com, 22 avril 2016, <https://chinaipr.com/2016/04/22/summarizing-the-spcs-2015-white-
paper/>
424
« The Chinese Supreme People’s Court (SPC) issued illustrative cases for reference in judging IPR disputes
in the lower courts. These cases do not form a part of the law as they would under a common law system, but
coming from the SPC they carry the weight of authority. Drawing the local court’s attention between one’s case
and such illustrative cases should have a favorable effect on the ruling of the local court. », NELSON Christina,
« Enforcing Intellectual Property Rights in China », In: China Business Review, 1er octobre 2012,
<http://www.chinabusinessreview.com/enforcing-intellectual-property-rights-in-china/>
425
« (二)加强司法解释工作
最高人民法院进一步加强司法解释的制定工作,发布《关于 北京、上海和广州知识产权法院案件管辖
的规定》、《关于知识产 权案件管辖等有关问题的通知》、《关于知识产权法院技术调查官 参与诉讼
活动若干问题暂行规定》,为知识产权法院的运行提供 法律和政策保障;发布《关于修改<最高人民法
院关于审理专利 纠纷案件适用法律问题的若干规定>的决定》,根据现行专利法的 规定,对专利权评
价报告、赔偿数额计算等问题作出适应性修改。 最高人民法院加强司法解释起草调研论证工作,围绕
审理侵犯专 利权纠纷案件法律应用问题、审理知识产权与竞争纠纷行为保全 案件法律适用问题、审理
商标授权确权行政案件若干问题、审理 专利授权确权行政案件若干问题等司法解释的起草工作,召开

138
récemment publié, en mars 2016, une interprétation sur l’application juridictionnelle des
brevets destinée aux cours inférieurs426.

Cependant, la manière dont les juridictions chinoises utilisent et fondent leurs décisions sur
ces interprétations judiciaires nécessite plus de travaux afin de percer la valeur réelle de ce
système. Il reste en effet à savoir quel usage font les juridictions de ces interprétations
judiciaires émanant de la Cour populaire suprême.

3. Affaires emblématiques

L’appropriation des DPI par les agents économiques chinois n’est pas allée sans heurter les
intérêts des groupes étrangers opérant en Chine. Un cas a particulièrement marqué le paysage
de l’application du droit des brevets en Chine en 2007. Schneider-Electrics, en litige avec un
de ces concurrents chinois, s’est ainsi vu sommé de payer des dommages et intérêts au
groupe Chint suite à une action en justice intentée en 2006. Cet exemple a fait couler
beaucoup d’encre du fait d’une appropriation visiblement abusive de technologies d’origine
étrangère.

Concurrent direct de Schneider-Electric en Chine et en Europe, le groupe Chint avait


procédé, en Chine, au dépôt de brevets en mars 1999 dont la technologie provenait de brevets
détenus par Schneider-Electrics en Europe. Après une guerre de marché en Europe et
plusieurs procès intentés et gagnés par Schneider-Electrics contre le groupe Chint en Europe
(en Allemagne et en Italie notamment), le groupe Chint a choisi de contre-attaquer en Chine
en assignant Schneider-Electrics en justice pour violation des brevets que le groupe avait
déposé en 1999 à partir des technologies de Schneider-Electrics.

Schneider-Electrics a fait valoir devant SIPO et les juridictions chinoises que les brevets
détenus par Chint provenaient de technologies que Schneider-Electrics avait déjà brevetées
au début des années 1990 en Europe et que donc, les brevets du groupe Chint étaient
invalides. SIPO a cependant reconnu la validité des brevets du groupe Chint en avril 2007 et,
en septembre, la Cour intermédiaire de Wenzhou a sommé Schneider-Electrics de réparer le

了余次征求意见会,广泛征求社会各界对起草内容的意见,集思广益、反复论证,将起草工作做精做细
做实,确保有效发挥司法解释统一法律适用的功能。»
426
SONG Haining, « Chinese Supreme Court’s New Patent Infringement Trial Rules Effective on 2016.4.1 »,
In: PatentEXP.com, 31 mars 2016, <http://www.patentexp.com/?p=1524>, voir également COHEN Mark,
« Revised Patent Infringement Judicial Interpretation Released », In: ChinaIPR.com, 23 mars 2016,
<https://chinaipr.com/2016/03/23/revised-patent-infringement-judicial-interpretation-released/>

139
tort subi par le groupe Chint à hauteur de 334,8 millions de yuan. Schneider-Electrics et le
groupe Chint ont finalement trouvé un accord en appel427.

Cet exemple est révélateur des difficultés qu’ont les entreprises étrangères à faire respecter
l’ensemble de leur DPI sur le territoire chinois. En l’occurrence, Schneider-Electrics n’avait
pas déposé l’ensemble de son portefeuille de brevets en Chine. Son concurrent, le groupe
Chint, s’est servi de ce manquement pour s’approprier ses technologies. Par ailleurs, ce litige
témoigne également de la prégnance du protectionnisme local. Certains observateurs428 ont
relevé que, le groupe Chint ayant saisi la cour populaire de sa ville d’origine, Whenzhou,
pour attaquer Schneider-Electrics, un risque de protectionnisme local existait. La cour de
Wenzhou aurait ainsi cherché à attribuer d’importants dommages et intérêts au groupe Chint
pour renforcer la position du groupe dont l’activité est bénéfique pour la province du
Zhejiang.

Cependant, les entreprises étrangères arrivent parfois à se servir efficacement du système


juridictionnel chinois de protection des DPI. C’est par exemple le cas avec l’affaire qui
opposa Apple et Zhizhen (Shanghai Zhizhen Network Technology) entre 2012 et 2015 sur
une question de brevet lié à une technologie de reconnaissance vocale. Zhizhen avait
développé au début des années 2000 une technologie de reconnaissance vocale, Xiao I Robot,
dont le brevet avait été demandé en 2004 et accordé par SIPO en 2009429. Apple avait quant à
lui acquis en 2010 le groupe Siri qui développait le système de reconnaissance vocal du
même nom pour le commercialiser au moment de la sortie de son iPhone 4S en 2011.
Zhizhen a par la suite assigné Apple en justice en 2012 pour violation de son brevet détenu
depuis 2009.

Alors que Zhizhen assignait Apple en justice pour violation de son brevet, Apple s’était
défendu en arguant que le brevet détenu par Zhizhen n’était pas valide et ne couvrait pas les
technologies utilisées par Siri. SIPO avait cependant reconnu la validité du brevet détenu par
Zhizhen et reconnu sa violation par Apple en septembre 2013. Apple s’est donc retourné
contre la décision du comité d’examen de SIPO en saisissant la Cour intermédiaire de Pékin

427
« On April 15, 2009, Schneider and Chint agreed to a global settlement with Schneider paying Chint RMB
157.5 million (US $23 million). », MCGREGOR James, China’s Drive for ‘Indigenous Innovation’: a Web of
Industrial Policies, USCC reports,
<https://www.uschamber.com/sites/default/files/legacy/reports/100728chinareport_0.pdf>
428
NELSON Christina, « Enforcing Intellectual Property Rights in China », In : China Business Review, 1
octobre 2012, < http://www.chinabusinessreview.com/enforcing-intellectual-property-rights-in-china/ >
429
YE Zhang, « Beijing court rules in favor of US firm over voice-recognition service », In: Global Times, 7
mai 2014, <http://www.globaltimes.cn/content/920505.shtml>

140
pour faire invalider sa décision et le brevet. La Cour intermédiaire de Pékin a cependant
reconnu la validité du brevet en juillet 2014, forçant Apple à faire appel devant la Cour
supérieure de Pékin.

La Cour supérieure donna finalement raison à Apple en avril 2015, en reconnaissant que le
brevet détenu par Zhizhen n’était pas assez précis dans sa définition et ne pouvait donc pas
couvrir les technologies utilisées par le système SIRI. Zhizhen avait alors fait part de sa
volonté de faire appel de cette décision devant la Cour suprême.

Cette bataille juridique entre Apple et Zhizhen témoigne de la difficulté des groupes étrangers
à utiliser efficacement le système juridictionnel chinois mais prouve aussi qu’il n’est pas vain
de faire remonter le litige plus haut dans la hiérarchie juridictionnelle. Afin de luter contre le
protectionnisme local, saisir les hautes juridictions, comme la Cour supérieure de Pékin,
permet de s’extirper des pressions locales qui interviennent dans les juridictions inférieures.

D’autres cas témoignent également de la réussite de certains groupes étrangers à faire


protéger efficacement leurs brevets. C’est le cas de la société américaine Qualcomm, un des
leaders mondiaux dans le domaine des technologies de télécommunication. Qualcomm
détient en Chine un bon nombre de brevets dans le domaine des technologies 3G (WCDMA
et CDMA2000) et 4G (LTE). Le groupe a ainsi mis en place une stratégie de contrats de
licence avec les producteurs chinois de téléphonie mobile430.

Après avoir eu des déboires avec la National Development and Reform Commission (NDRC,
国家发展和改革委员, Guojia fazhan he gaige weiyuanhui, chargée de l’application du droit
de la concurrence) en abus de position dominante dans le domaine du droit de la concurrence
en février 2015431, le groupe a réussi à gagner tous ses procès intentés contre des producteurs
chinois et ainsi forcer les producteurs chinois à conclure avec le groupe des contrat de licence
en 2015. Le groupe a gagné 65 procès intentés devant la Cour spécialisée de Pékin pour
imposer aux producteurs chinois de respecter les contrats de licence432.

430
COHEN Mark, « Qualcomm’s Litigation Strategies and Recent IP Developments in China », In:
ChinaIPR.com, 12 août 2016, < https://chinaipr.com/2016/08/12/qualcomms-litigation-strategies-and-recent-ip-
developments-in-china/>
431
COHEN Mark, « NDRC and Qualcomm Reach Resolution of Antimonopoly Law Complaint », In:
ChinaIPR.com, 10 février 2015, <https://chinaipr.com/2015/02/10/ndrc-and-qualcomm-reach-resolution-of-
antimonopoly-law-complaint/>
432
SCHINDLER Jacob, « The Beijing IP court gave foreign IP plaintiffs a perfect 65-0 win rate in 2015, reports
one of its judges », In: IAM-media.com, 4 juillet 2016, <http://www.iam-
media.com/blog/detail.aspx?g=8dc59dc8-6405-4b86-b241-27e89afc6089>

141
Le groupe Qualcomm a également récemment initié une action en justice à Pékin contre
Meizu pour forcer le producteur chinois à lui payer les frais de licence qu’il doit au groupe au
titre de l’accord que Qualcomm a trouvé avec la NDRC en 2015433. Selon le département
juridique de Qualcomm, le groupe a une confiance absolue dans le système juridictionnel de
protection des DPI en Chine : « We're putting our faith in the court system there and we
wouldn't do that if we didn't think we were in capable hands. »434

433
« Qualcomm puts faith in China's IP legal system », In : ChinaDaily.com, 25 juin 2016,
<http://www.chinadaily.com.cn/business/2016-06/25/content_25847762.htm>
434
Tel que rapporté par le China Daily, « Qualcomm puts faith in China's IP legal system », In :
ChinaDaily.com, 25 juin 2016, <http://www.chinadaily.com.cn/business/2016-06/25/content_25847762.htm>

142
III. La persistance de difficultés à l’utilisation de l’outil judiciaire

Pendant les années 1990 et au début des années 2000, l’ensemble du système juridictionnel
chinois était considéré comme inefficace. Jeffrey W. Berkman dressait d’ailleurs en 1996 un
constat sans appel : « China’s ineffective legal system remains the major impediment to
protection of intellectual property rights. »435 Ce constat de l’inefficacité du système chinois
est encore partiellement valable aujourd’hui au sens où le politique et le Parti continuent
d’avoir une influence majeure sur le pouvoir judiciaire (1).

Cependant, depuis l’adoption de stratégies nationales pour faire de la Chine un pays « fort »
des DPI, l’application juridictionnelle des DPI a changé. L’ensemble juridictionnel mis en
place par la Chine fonctionne de mieux en mieux et notamment au bénéfice des groupes
étrangers opérant en Chine. Mark Cohen considère ainsi comme de « vieilles nouvelles » le
fait que les groupes étrangers arrivent à gagner leurs procès intentés en Chine dans le but de
faire respecter leurs DPI436.

Le réel problème que les entreprises étrangères ont du mal à affronter en Chine correspond en
réalité à un déficit de compréhension du système chinois des DPI. Ne sachant pas comment
utiliser le système chinois et protéger efficacement leurs DPI sur le territoire chinois, les
entreprises étrangères se plaignent de règles du jeu qu’elles trouvent injustes. Cependant, il
existe de nombreux exemples qui permettent de montrer que les étrangers, lorsqu’ils jouent
selon les règles chinoises, arrivent à protéger effectivement, et de mieux en mieux au fil des
années, leurs DPI (2).

Enfin, le système juridictionnel chinois est rendu difficile d’accès par le fait que
contrairement au droit common law anglo-saxon et à la jurisprudence du droit civil
continental, les précédents n’ont aucune valeur juridique en Chine. Ne pouvant se fonder sur
les précédents juridiques et la jurisprudence, l’observateur occidental du système juridique
chinois a du mal à déchiffrer l’état des décisions des cours populaires (3).

435
BERKMAN Jeffrey W., « Intellectual Property Rights in the P.R.C. : Impediments to Protection and the
Need for the Rule of Law », In: Pacific Basin Law Journal, vol. 15, issue 1, 1996, p.16
436
COHEN Mark, « Patent Litigation, Local Protectionism and Empiricism: Data Sources and Data Critiques »,
In: ChinaIPR.com, 10 mars 2016, <https://chinaipr.com/2016/03/10/patent-litigation-local-protectionism-and-
empiricism-data-sources-and-data-critiques/>

143
1. Une difficile distinction du juridique et du politique en Chine

La séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire n’existe pas en Chine. Ces trois
pouvoirs sont tous détenus par une seule entité, le Parti communiste chinois. De fait, les
juridictions chinoises ne sont pas séparées des pouvoirs législatif et exécutif et sont en
permanence sous influence des politiques décidées par le PCC. Pour le Parti, les juridictions
chinoises sont un instrument au service d’une politique décidée par ses plus hautes instances.

Dans son blog d’observation de la Cour populaire suprême, Susan Finder a récemment relevé
les liens qui existaient entre la Cour suprême les politiques chinoises437. La Cour suprême a
ainsi employé à plusieurs occurrences la phrase « servir les intérêts des grandes politiques de
la nation » (服务国家重大战略, fuwu guojia zhongda zhanlüe) dans ses publications et
communications. Le Président de la Cour suprême, Zhou Qiang (周强), a par exemple
affirmé, au point 2 de son allocution devant l’Assemblée populaire le 13 mars 2016, que
l’une des missions de la Cour suprême était de servir les intérêts des grandes politiques de la
nation telles que la nouvelle route de la soie (OBOR), le développement du corridor Pékin-
Tianjin-Hebei et le développement de la région du Yangzi438.

La Cour populaire suprême a en effet adopté plusieurs positions vis-à-vis de sa mission de


service des politiques nationales : pour OBOR en juin 2015439, pour le corridor Pékin-
Tianjin-Hebei en février 2016440 et pour le développement de la région du Yangzi en mars
2016441. Dans ces documents, la Cour suprême invite toutes les juridictions nationales à
soutenir le bon développement de ces projets dans leur activité de rendre la justice.

437
FINDER Susan, « How the Supreme People’s Court serves major government strategies », In:
SupremePeoplesCourtMonitor.com, 21 juin 2016, < https://supremepeoplescourtmonitor.com/2016/06/21/how-
the-supreme-peoples-court-serves-major-government-strategies/>
438
« 服务国家重大战略实施。制定人民法院为“一带一路”建设、为京津冀协同发展、为长江经济带发
展提供司法服务和保障的意见,妥善审理相关案件,推动区域协调发展。 » (Servir les intérêts des
grandes politiques nationales. Apporter une protection judiciaire aux projets de la nouvelle route de la soie, de
coridor économique Pékin-Tianjin-Hebei, de développement de la région du Yangzi en réglant de manière
correcte les litiges et en faisant la promotion d’un développement régional coordonné.), « 两会授权发布:最高
人民法院工作报告 », In: Xinhua, 20 mars 2016, <http://news.xinhuanet.com/politics/2016lh/2016-
03/20/c_1118384470.htm>
439
最高人民法院, « 最高人民法院关于人民法院为“一带一路”建设提供司法服务和保障的若干意见 »,
16 juillet 2015, <http://www.chinacourt.org/law/detail/2015/06/id/148302.shtml>
440
最高人民法院, « 最高人民法院关于为京津冀协同发展提供司法服务和保障的意见 », 18 février 2016,
<http://www.legaldaily.com.cn/index_article/content/2016-02/18/content_6487379.htm>
441
最高人民法院, « 最高人民法院关于为长江经济带发展提供司法服务和保障的意见 », 8 mars 2016,
<http://www.court.gov.cn/fabu-xiangqing-17402.html>

144
Par ailleurs, l’adoption de la politique d’innovation endogène en 2006 a créé quelques peurs
chez les observateurs étrangers, relayées par les commentaires de certains spécialistes
chinois. Ainsi, James McGregor rapportait en 2010 à la Chambre de commerce américaine
les risques de retour en arrière concernant l’influence du politique (et plus spécifiquement de
la politique d’innovation endogène) sur le judiciaire :

« Attorneys who specialize in Chinese IP cases say that since the launch of the indigenous
innovation campaign they have observed backtracking in China’s progress toward an unbiased
legal system that protects IPR. Chinese government officials and academics complain that
China gave away too much in joining the WTO. They say it is unfair that at similar stages in
their development Japan and the Asian Tigers had much weaker IPR protection systems than
China when it agreed to join the WTO. “Under the rules of the WTO, intellectual property
rights, technical barriers to trade and antidumping have become a major barrier for most of
China’s companies to compete in the international arena,” former MOST Minister Xu
Guanghua said in 2009. »442

Il est cependant difficile de prendre position sur la réalité de la prégnance des politiques
chinoises de développement sur l’appareil juridictionnel. Selon les chercheurs Brian Love,
Christine Helmers et Markus Eberhardt, la résolution des litiges DPI par les cours chinoises
sur la période 2006-2011 n’a par exemple pas été particulièrement défavorable aux
entreprises étrangères en cherchant à tout prix à protéger les groupes chinois. Au contraire,
les entreprises chinoises, particulièrement les entreprises d’Etat, n’ont pas bénéficié de
traitements de faveur de la part des juridictions nationales :

« (…) findings on litigation outcomes bear little evidence of protectionism. Foreign patent
owners brought over 10 percent of Chinese patent infringement actions in our database and
won over 70 percent of those cases. By contrast, state-owned entities—presumably those the
Chinese government has the greatest interest in protecting—filed only one suit in our database
and lost three of the fourteen suits filed against them. »443

Lors du dernier Plenum de 2014, le Parti a insisté sur l’importance du respect de l’Etat de
droit pour continuer la réforme chinoise et assurer le développement du pays. Cependant,
l’Etat de droit chinois n’envisage aucune séparation des pouvoirs et ne remet absolument pas
en cause la supériorité du Parti. Selon le cherche Donal C. Clarke, la décision adoptée par le
4ème Plénum sur le renforcement de l’Etat de droit en Chine n’a apporté aucun changement
majeur : « (…) the Decision contemplates no fundamental reform in the relationship between
the legal system and the Party. It is clear that institutionally speaking, the Party will remain

442
MCGREGOR James, « China’s Drive for ‘Indigenous Innovation’: a Web of Industrial Policies », In: USCC
reports, 2010, p. 25, <https://www.uschamber.com/sites/default/files/legacy/reports/100728chinareport_0.pdf>
443
LOVE Brian, HELMERS Christine et EBERHARDT Markus, « Patent Litigation in China: Protecting Rights
or the Local Economy? », In: Santa Clara Law Digital Commons, 23 février 2016, p. 25

145
above the law. » 444 Le Parti restera ainsi aux commandes des activités de toutes les
ramifications de l’Etat, justice incluse.

En ce qui concerne le DPI, la création des nouvelles cours spécialisées a été décidée dans
l’optique d’attaquer le problème de la territorialité de la justice en Chine et de luter contre le
protectionnisme local. Les Cours spécialisées de Pékin, Shanghai et de Canton ont ainsi été
créées afin d’extraire les litiges DPI des mains des pouvoirs économiques locaux 445 .
Cependant, l’étude réalisée par les chercheurs Brian Love, Christine Helmers et Markus
Eberhardt n’a pas trouvé de preuve flagrante de l’existence du protectionnisme local :
« Overall, our findings suggest that Chinese patent litigation is not rife with protectionism.
To the contrary, they suggest that foreign companies perform as well, if not better, than
Chinese firms in patent suits. »446

La véritable prégnance du PCC sur les juridictions et l’absence d’indépendance de la justice


sont particulièrement visibles dans le mécanisme de résolution des litiges. Les litiges sont en
effet résolus, non pas par les juges en charge de l’audience, mais par les Comités judiciaires
(Cf. Partie 3. I.2). Ces Comités judiciaires sont eux-mêmes composés du personnel de haut
rang des cours, et, étant donné que seul le PCC fait les carrières à l’échelon local, le Parti
contrôle indirectement les Comités judiciaires par le contrôle des nominations. Il n’existe
ainsi pas d’indépendance des juges en charge des audiences et la résolution des conflits revêt
potentiellement un aspect politique.

Par ailleurs, le Parti a affirmé sa volonté et s’est engagé à renforcer la formation et la


professionnalisation des juges lors de la décision adoptée par le 4ème Plénum en 2014. Le
Parti s’est engagé à revoir le monde de nomination et de promotion des juges. Le Parti s’est

444
CLARKE Daniel C., « The Fourth Plenum's "Decision": my take », In: Chinese Law Prof Blog, 29 octobre
2014, <http://lawprofessors.typepad.com/china_law_prof_blog/2014/10/the-fourth-plenums-decision-my-
take.html>
445
Voir notamment les propos de Fang Xinze (方新则), membre du Comité permanent de l’ANP, tels que
relayés par Xinhua dans « 全国人大常委会组成人员建言我国知识产权法院设立 », In: 新华网, 27 aout
2014, qui résume en trois objectifs la création de cours spécialisées : « 一是司法尺度要统一,二是要防止司
法审判中地方保护主义盛行,三是要加大对判罚的力度,切实加强知识产权保护。» (Premièrement, les
cours auront pour objectif d’unifier les différents échelons juridictionnels. Ensuite, elles devront prévenir le
protectionnisme local dans les affaires judiciaires actuellement rampant. Finalement, elles veilleront à
augmenter les pénalités afin de renforcer véritablement la protection des DPI.). Le point deux fait en effet
directement mention de l’objectif de luter contre le protectionnisme local.
446
LOVE Brian, HELMERS Christine et EBERHARDT Markus, « Patent Litigation in China: Protecting Rights
or the Local Economy? », In: Santa Clara Law Digital Commons, 23 février 2016, p. 23

146
également engagé à améliorer le fonctionnement interne des juridictions sans proposer de
mesures précises qui sortiraient le juge de l’emprise du Parti447.

2. Un système difficile d’utilisation pour les étrangers

Depuis les décennies 1980 et 1990, un soupçon de protectionnisme local et de discrimination


des étrangers régnaient sur l’application des DPI par les cours chinoises. Le droit à un
traitement national a pourtant été reconnu aux étrangers cherchant à faire valoir leurs DPI en
Chine dès le MOU de 1995448. Pour expliquer une part des difficultés rencontrées par les
étrangers lors de leurs tentatives de faire respecter leur DPI sur le territoire chinois, William
P. Alford avance l’idée selon laquelle les étrangers ne se pliaient en réalité pas au système
chinois et n’adoptaient pas les règles du jeu chinoises. Selon lui, les étrangers n’ont jamais su
avoir une utilisation efficace du système juridique chinois, et ce depuis la fin du XIXe
siècle449. Analyse que partagent également Dan Harris et Steve Dickinson de China Law
Blog450.

Le travail des chercheurs Brian Love, Christine Helmers et Markus Eberhardt montre en
réalité que lorsque les entreprises étrangères se saisissent habilement du système
juridictionnel chinois, elles en sortent majoritairement gagnantes451. Seulement, la difficulté à
opérer en Chine provient de quelques aspects spécifiques au modèle chinois. Cette difficulté
se matérialise à plusieurs moments des expérriences des firmes étrangères en Chine.

447
Voir par exemple l’analyse de Donald C. Clarke sur la question : « The Decision also calls for some
significant reforms in the court system, both apparently designed to address the problem of local protectionism.
Because courts at a given administrative level are in practice answerable to local political authority at that level
(which has power over appointments and finances), they tend to protect any party that local political authority
wants to protect – for example, prominent local businesses. The Chinese legal community has long viewed this
as a problem and proposed various ways of addressing it. », CLARKE Daniel C., « The Fourth Plenum's
"Decision": my take », In: Chinese Law Prof Blog, 29 octobre 2014,
<http://lawprofessors.typepad.com/china_law_prof_blog/2014/10/the-fourth-plenums-decision-my-take.html>
448
BERKMAN Jeffrey W., « Intellectual Property Rights in the P.R.C. : Impediments to Protection and the
Need for the Rule of Law », In: Pacific Basin Law Journal, vol. 15, issue 1, 1996, p. 8
449
ALFORD William P., To Steal a Book Is an Elegant Offense: Intellectual Property Law in Chinese
Civilization, Stanford: Stanford University Press, 1995, p. 35
450
Dan Harris et Steve Dickinson publient très régulièrement des articles sur leur site spécialisé,
http://www.chinalawblog.com/, tentant d’expliquer aux étrangers comment fonctionne le système juridictionnel
chinois afin d’orienter au mieux les investisseurs étrangers dans leurs démarches juridiques. Voir par exemple
DICKINSON Steve, « How to Protect Your IP from China: Step One, Recognize the U.S. is NOT the Only
Place in the World », In: ChinaLawBlog.com, 23 août 2016, <http://www.chinalawblog.com/2016/08/how-to-
protect-your-ip-from-china-step-one-recognize-that-the-u-s-is-not-the-only-place-in-the-world.html>
451
LOVE Brian, HELMERS Christine et EBERHARDT Markus, « Patent Litigation in China: Protecting Rights
or the Local Economy? », In: Santa Clara Law Digital Commons, 23 février 2016

147
Tout d’abord, les nouveaux arrivants étrangers sur le marché chinois doivent s’habituer à
fonctionner dans un système relativement différent de leur environnement d’origine. Ayant à
faire face à une concurrence rude et à un appareil juridictionnel non-indépendant du pouvoir
politique qui a pour objectif un rattrapage économique national, les entreprises étrangères se
plaignent régulièrement du vol de leurs technologies par leurs concurrents chinois sans avoir
mis en place de stratégie visant à les protéger au préalable452. Les entreprises étrangères
doivent en réalité faire protéger leurs DPI en Chine avant même de chercher à y implanter
leurs activités.

Ensuite, l’utilisation du système juridictionnel chinois présente quelques difficultés (Cf.


Partie 3. II.1.). Par exemple, le rassemblement des preuves des activités de piraterie présente
quelques spécificités. Comme le rappelle régulièrement les Position Papers de la Chambre de
commerce de l’Union européenne, tout document attestant d’activité de piraterie doit être
certifié par un notaire pour être recevable par le juge, ce qui pose matériellement de
nombreux problèmes pour les firmes étrangères lors des litiges453.

Cependant et d’une manière générale, l’application des DPI en Chine s’est améliorée ces
dernières années. Ainsi que les études menées auprès des firmes étrangères opérant en Chine
le suggèrent, les entreprises étrangères sont de plus en plus satisfaites de l’application qui est
faite de leur DPI454. Le travail des chercheurs Brian Love, Christine Helmers et Markus
Eberhardt montre ainsi que les entreprises étrangères gagneraient à adopter un comportement

452
Dan Harris et Steve Dickinson publient très régulièrement des articles sur leur site spécialisé,
http://www.chinalawblog.com/, rappelant aux firmes étrangères la nécessité de déposer leurs DPI en Chine le
plus tôt possible afin d’empêcher leur appropriation par leurs concurrents chinois et tentent d’expliquer aux
étrangers comment fonctionne le système juridictionnel chinois afin d’orienter au mieux les investisseurs
étrangers dans leurs démarches juridiques. Voir par exemple DICKINSON Steve, « How to Protect Your IP
from China: Step One, Recognize the U.S. is NOT the Only Place in the World », In: ChinaLawBlog.com, 23
août 2016, <http://www.chinalawblog.com/2016/08/how-to-protect-your-ip-from-china-step-one-recognize-
that-the-u-s-is-not-the-only-place-in-the-world.html>
453
« The Notary Law of the People’s Republic of China, adopted back in May, 2005, and the Civil Procedure
Law of the People’s Republic of China provide the competence and powers of notaries, as well as the
prerequisites for admissibility of evidence in Chinese proceedings. Some of the provisions are linked directly to
the preservation of evidence pre-trial, as well as the requirements evidence must meet to be acceptable. In
practice, stakeholders encounter many problems: they can never be sure that a notary will accept instructions,
they may ask justification of the plaintiff’s right (effectively requiring the party seeking to gather evidence to
prove its case to the notary), or may impose requirements and fees which the evidence securing party has no
choice but to meet. Further, in many provincial jurisdictions notaries are refusing to notarize evidence of a ‘sale’
of IP infringing items, thus making it impossible to secure evidence of infringement. », Chambre de commerce
de l’Union Européenne en Chine, European Business in China Intellectual Property Rights Working Group
Position Paper 2014-2015, 9 septembre 2014, p. 80
454
Voir précisemment la synthèse, par Mark Cohen de trois études sur la question : COHEN Mark, « Slouching
Towards Innovation – A Survey of the Surveys on China’s IP Environment », In: ChinaIPR.com, 25 janvier
2016, < https://chinaipr.com/2016/01/25/slouching-towards-innovation-a-survey-of-the-surveys-on-chinas-ip-
environment/>

148
juridiquement plus agressif vis-à-vis de leurs concurrents chinois qui se rendent coupables de
violation de leurs DPI. En effet selon leur étude, les entreprises étrangères ont de grandes
chances de gagner leurs procès si leurs DPI sont reconnus par SIPO et si elles respectent les
règles du jeu chinoises :

« Contrary to conventional wisdom and high-profile anecdotes, foreign litigants in Chinese


patent suits play the role of patentee more often than defendant and fare just as well in their
suits as privately owned Chinese firms. (…) Protectionism is not rampant in jurisdictions where
patent suits are commonly litigated. Foreign companies are not frequent targets of Chinese
patent suits and, to the contrary, most often appear in our data as patent enforcers, not accused
infringers. Moreover, when foreign companies sue, they win relatively frequently and are
awarded remedies commensurate with those given to domestic patentees. Chinese companies—
especially state-owned firms—fare worse on the merits of their cases, both as plaintiffs and
defendants, and when they sue foreign companies, they actually receive less in damages than
they do in suits against domestic infringers. » 455

3. L’absence de précédents juridiques et de jurisprudence

La difficulté d’appréhension du système juridictionnel chinois provient également de


l’absence de précédents et d’une jurisprudence. Toutes les décisions de justice rendues par les
juridictions chinoises ne sont pas publiées et l’étude des précédents ne fait pas partie des
cursus universitaires. Les avocats chinois et les juges chinois travaillent ainsi d’une manière
véritablement différente à celle de leurs homologues anglo-saxons de common law où les
précédents fondent le droit ou encore de leurs homologues continentaux de droit civil où la
jurisprudence revêt une importance capitale.

Cependant, la réforme judiciaire chinoise tend vers la reconnaissance et la création d’un droit
chinois des précédents « avec caractéristiques chinoises ». Le 4ème plan quinquennal de
réforme des Cours de justice adopté le 4 février 2015 par la Cour suprême sur la réforme
judiciaire prévoit ainsi d’approfondir la méthode des interprétations judiciaires (司法解释,
sifa jieshi) et des cas-guides (典型案例, dianxing anli) par la Cour suprême pour uniformiser
l’application du droit par les juridictions nationales. Le point 23 du plan quinquennal prévoit
ainsi de donner plus de poids aux mécanismes de la Cour suprême : « 完善法律统一适用机
制。完善最高人民法院的审判指导方式,加强司法解释等审判指导方式的规范性、及

455
LOVE Brian, HELMERS Christine et EBERHARDT Markus, « Patent Litigation in China: Protecting Rights
or the Local Economy? », In: Santa Clara Law Digital Commons, 23 février 2016, p. 7 et 24

149
时性、针对性和有效性。改革和完善指导性案例的筛选、评估和发布机制。健全完善
确保人民法院统一适用法律的工作机制。 »456

Il est toutefois nécessaire de souligner les différences qui existent entre un système de
pilotage des décisions des cours de justice par le haut, en l’occurrence par la Cour suprême,
et la constitution, par le bas, d’une jurisprudence par l’exercice d’une indépendance
judiciaire. Dans un système de common law et de jurisprudence en droit civil, c’est le devoir
d’interprétation de la loi par le juge, validé ou non par la hierarchie judiciaire qui crée les
précédents et non pas la création, par la plus haute juridiction, de la bonne interprétation à
appliquer par les juridictions inférieures. Ainsi, tant que l’intégralité des décisions de justice
ne sera pas publiée et que les décisions des juridictions ne seront pas libérées de l’emprise du
Parti, la création d’un droit chinois des précédents « avec caractéristiques chinoises » se
bornera en réalité à faire appliquer une interprétation unique décidée par une Cour suprême
chargée de l’application d’une politique nationale.

456
« Parfaire les mécanisme d’application uniforme de la loi. Améliorer les méthodes de la Cour populaire
suprême de direction des litiges. Renforcer la standardisation, les délais, la spécificité et l’efficacité de la
méthode des interprétations judiciaires. Réformer et parfaire le système de sélection et de diffusion des cas-
guides. Compléter et améliorer les mécanismes de l’application uniforme de la loi. », 最高人民法院, « 最高
人民法院关于全面深化人民法院改革的意见 », 4 février 2015,
<http://www.chinacourt.org/law/detail/2015/02/id/148096.shtml>

150
Conclusion

Depuis l’ouverture et les réformes, la Chine a cherché, en l’espace de trois décennies, à


opérer une transition économique postsocialiste en même temps qu’un rattrapage
technologique sur le modèle asiatique. Afin de relancer son économie et de pacifier sa société
au sortir de la Révolution culturelle, la Chine a amorcé les prémices d’une transition
postsocialiste en laissant se développer parallèlement à l’économie planifiée, une petite
économie privée. Suite à la chute du mur de Berlin et à l’effondrement soviétique en 1991, le
Parti communiste chinois a décidé de poursuivre la réforme d’Etat en faisant évoluer son
modèle pour passer du plan au marché, d’une économie intégralement tirée par le secteur
public à une économie mixte partiellement tirée par le secteur privé. Le PCC a ainsi opéré
une deuxième révolution, en cherchant à passer du contrôle absolu et total de l’Etat sur
l’économie au laissez-faire partiel du secteur privé.

En même temps que la Chine opérait cette transition postsocialiste, elle a cherché à combler
son retard technologique. La Chine s’est donc inscrite dans un double processus de transition
postsocialiste et de rattrapage technologique sur le modèle asiatique. Dans l’optique
particulière du rattrapage technologique dans laquelle se sont inscrits le Japon, la Corée du
Sud, Taiwan et la République Populaire de Chine, le droit de la propriété intellectuelle a
souffert d’un non-respect quasi chronique. Les observateurs étrangers ont alors été nombreux
à trouver dans les « valeurs asiatiques » et le confucianisme les raisons de ce non-respect457,
tout en oubliant que les pays occidentaux avaient eux-mêmes été des pirates notoires quand
cela servait leurs intérêts économiques.

Parfaitement conscients de leur retard technologique, les Etats asiatiques ont choisi
délibérément de ne pas faire respecter des droits qui ne procuraient aucun avantage à leur
société. Le Japon, la Corée du Sud et Taiwan ont alors utilisé la copie comme moyen d’un
développement accéléré et d’un rattrapage technologique à moindre coût. Plutôt que de
s’enfermer dans le système des licences, ces pays ont choisi de grimper l’échelle du
rattrapage technologique par le vol des technologies étrangères. Cependant, une fois la
frontière technologique rejointe, ces pays ont peu à peu fait respecter sur leur territoire des
droits qui bénéficiaient à leurs grands groupes industriels. Ces pays se sont mis à faire
respecter les DPI sur le territoire le jour où il devenait nécessaire de protéger les fruits de

457
Avec pour chef de file William P. Alford, ALFORD William P., To Steal a Book Is an Elegant Offense:
Intellectual Property Law in Chinese Civilization, Stanford: Stanford University Press, 1995

151
leurs investissements massifs en recherche et développement. Les DPI ont peu à peu été
considérés comme économiquement et socialement bénéfiques et ont de ce fait été peu à peu
respectés.

La Chine s’inscrit sur la même trajectoire que le Japon, la Corée du Sud et Taiwan en ce qui
concerne le rattrapage technologique. Cependant, tandis qu’elle s’inscrit également dans la
réalité de sa transition postsocialiste, le non-respect des DPI sur le territoire chinois a répondu
à des caractéristiques propres, non pas culturelles mais matérielles. L’Etat chinois n’a ainsi
pas opéré de transition démocratique, contrairement aux autres Etats asiatiques, où les
différents groupes économiques et sociétaux se sont organisés pour peser sur le jeu politique
par le biais des lobbies. Aujourd’hui, la formulation des politiques chinoises et le contrôle des
institutions étatiques est encore une prérogative réservée au seul Parti. C’est cette spécificité
qui crée les « caractéristiques chinoises ».

Le rôle primordial du PCC s’est retrouvé dans les différentes phases du piratage des DPI (Cf.
Introduction III.). Il existe schématiquement deux phases au piratage des DPI. Tout d’abord,
à l’échelon de la production, se trouve la phase « sociologique ». Le producteur ne respecte
pas les DPI au moment de la production afin de s’assurer un développement rapide et de
réduire ses coûts. Le Parti a ainsi aidé ou favorisé cette phase sociologique du piratage tout au
long des années 1990 car cela permettait au pays de grimper au plus vite l’échelle du
développement et permettait de garantir une croissance un moindre coût. La réforme d’Etat
des années 1990 est venue mettre à mal cette symbiose entre le Parti et les pirates en
interdisant aux entités étatiques telles que l’armée et la police de faire des affaires.

Ayant aujourd’hui beaucoup progressé dans leur rattrapage technologique, les entreprises
chinoises en viennent de plus en plus à respecter les DPI au moment de la production car
elles sont entrées dans une course à l’innovation. Ayant investi massivement en R&D, les
entreprises chinoises se sont servi des DPI comme armes contre leurs concurrents afin
d’asseoir leur position sur les marchés. Ainsi, la phase « sociologique » du piratage tend à
disparaître du fait de la montée en gamme de l’industrie chinoise.

La deuxième phase du piratage est la phase « judiciaire ». Dans les années 1990, les
juridictions chinoises soutenaient le rattrapage technologique national en ne faisant pas ou
peu respecter des DPI alors majoritairement étrangers. Aujourd’hui, cette phase judiciaire du
non-respect des DPI tend également à disparaitre du fait de l’importance accordée à

152
l’application des DPI par les politiques nationales et du fait de l’appropriation de ceux-ci par
des entreprises chinoises. Les juridictions chinoises ayant toujours pour objectif de soutenir
les politiques nationales, elles ont désormais pour mission de protéger les acteurs chinois qui
se servent des DPI comme d’une arme juridique pour obtenir des contrats de licence et
valoriser leurs actifs immatériels.

Le respect des DPI nécessite plusieurs préalables. Après avoir adopté un ensemble normatif
complet, l’Etat doit se doter des juridictions capables d’en assurer le respect. La Chine a ainsi
adopté toutes les lois nécessaires et a créé un ensemble juridictionnel chargé d’en assurer le
respect. Ensuite, en tant qu’instrument de résolution des conflits, le droit doit être accepté par
les agents économiques et par la société. Pour faire fonctionner ce système, la majeure partie
des agents économiques et du corps social doivent accepter de résoudre leurs litiges par le
droit. Enfin, pour que l’ensemble Etat-société applique et respecte effectivement les DPI, il
est nécessaire que celui-ci réponde aux intérêts d’un ensemble de groupes sociaux assez
nombreux et puissants (le Parti, les industries, etc.).

La question de l’exception culturelle chinoise a parfois servi d’explication utile au non-


respect des DPI en Chine. Cependant, il apparaît que la situation actuelle chinoise de respect
partiel des DPI n’est pas le fait d’une exception culturelle mais bien le résultat d’une situation
politico-économique. C’est en réalité une question de jeux de pouvoir, d’expression des
intérêts de groupes économiques et d’évolutions historiques qui président à l’application des
DPI. Ainsi, les DPI ne sont pas ou pas assez respectés non pas du fait de leur extranéité
originelle mais bien du fait de leur incompatibilité partielle avec les différents niveaux de
développement chinois. Ce sont donc les écarts de développement, les disparités régionales et
la nécessité du rattrapage économique qui créent le terreau du non-respect des DPI. Les
spécificités culturelles chinoises, si tant est qu’elles existent, n’expliquent en rien la
spécificité de la situation chinoise.

Les opérateurs économiques étrangers se sont perpétuellement plaints du manque de loyauté


des pratiques chinoises et du fait qu’elles soient défendues par les autorités locales.
Cependant, il apparaît nécessaire de remettre les pratiques chinoises dans le contexte de la
Chine à l’époque de ce tournant historique de la transition postsocialiste et du rattrapage
technologique. Les comportements économiques chinois des années 1980 et 1990 ne
représentaient pas une spécificité culturelle chinoise mais étaient le reflet d’une organisation
sociétale, d’un système politique et économique. Les liens entre l’Etat et les affaires étaient

153
tels que leurs traductions à l’échelle interpersonnelle a été d’une importance primordiale.
Dans un système qui ne fonctionnait pas sur le droit, les guanxi sont devenus des éléments
essentiels du monde chinois des affaires. Ainsi, cette réalité n’est pas plus culturelle que
factuelle. Les hommes d’Etat s’engageaient dans les affaires car le mot d’ordre de l’époque
était « enrichissez-vous ». Dans un moment ou le droit n’avait que peu de prise sur
l’ensemble de la société, il était alors plus facile de monter une entreprise de copie en
copinage avec les autorités loclaes que de s’encombrer à investir dans de la R&D, à déposer
des brevets et à monter une entreprise innovante. S’approprier les technologies des autres et y
apposer son nom était alors plus facile que de faire l’effort du rattrapage puis de l’innovation
et suffisait à une certaine réussite économique.

Mais aujourd’hui, alors que certaines industries chinoises se rapprochent ou atteignent la


frontière technologique, elles éprouvent le besoin de protéger efficacement leurs DPI en tant
que fruits de leurs efforts de R&D. Le pouvoir politique ayant quant à lui besoin d’un
renouveau économique issu de l’innovation pour se maintenir au pouvoir, le Parti a tout
intérêt à imprimer sur l’appareil d’Etat sa volonté de faire respecter les DPI. Il est donc
désormais de l’intérêt du Parti de protéger les intérêts des entreprises innovantes. Ainsi, c’est
grâce à la compatibilité des intérêts du pouvoir politique et des industries de pointe que les
DPI tendent à être respectés en Chine.

La Chine a ainsi cherché à passer du plan au marché tout en modernisant son économie afin
de renouveler sa croissance. Elle s’est engagée vers la construction d’une économie de la
connaissance afin de sortir d’un modèle économique qui commençait à montrer ses limites.
Face à la baisse de la demande mondiale, les exportations chinoises ont chuté, obligeant la
Chine à changer de stratégie économique pour monter en gamme. Au fur et à mesure que
l’économie chinoise est montée en gamme, le système économique chinois a eu besoin d’une
protection plus forte des DPI. Ainsi, les agents économiques se servent aujourd’hui
massivement des DPI mais uniquement dans certaines provinces. L’utilisation des DPI se
trouve en réalité géographiquement localisée et le développement chinois souffre de fortes
disparités régionales.

L’appropriation des DPI par les acteurs chinois est ainsi sectorielle et géographiquement
localisée. La Chine est grande et le système politique chinois partiellement clivé entre les
pouvoirs central et local. Dès lors, l’application ne sera pas uniforme avant le rattrapage
économique et technologique de l’ensemble des régions. Il ne manque à la Chine qu’un

154
développement uniforme sur l’ensemble de son territoire pour assurer un respect total des
DPI et construire une économie fondée sur la connaissance. Ainsi, le problème de
l’application effective du droit en Chine trouve d’abord son origine dans le fait que les écarts
des niveaux de développement entre les provinces sont trop importants et que les disparités
régionales sont fortes.

La deuxième difficulté vient du fait que l’Etat de droit n’est pas complet en Chine. En
l’absence de séparation des pouvoirs, la prégnance du PCC sur les juridictions et donc sur la
justice, est potentiellement sans limite. Cependant, dans les provinces développées, le
contrôle exercé par le PCC se trouve limité par la technicité des DPI. Obligé de faire
respecter un droit qu’il considère nécessaire à son maintien au pouvoir, le Parti en est venu à
perdre son emprise sur l’issue des litiges. Le Parti n’a cependant pas perdu son emprise sur
tous les aspects du droit, comme en témoignent les procès de l’été 2016 suite aux arrestations
des avocats spécialisés dans les droits de l’homme à l’été 2014.

La troisième difficulté provient du fait que le droit n’est pas encore pleinement accepté au
sein de la société comme le premier mode de résolution des conflits. Etant donné que la
société est relativement coupée du processus de création juridique et que le droit est plus ou
moins respecté en fonction des domaines (si les DPI sont plutôt bien respectés, les droits de
l’homme ne le sont pas du tout), le droit ne réussit pas à prendre sa pleine valeur de seul
moyen de résolution des litiges. On retrouve ainsi l’effet d’un système de droit top-down qui
considère le droit encore majoritairement comme un outil de régulation utilisé par l’Etat pour
contrôler alors que le droit, pour être accepté par l’ensemble de la société, doit également être
bottom-up, c’est à dire issu de la société et utilisé par elle pour se défendre contre toutes
sortes d’abus. Ainsi, en Chine, le droit n’est pas encore perçu comme une arme civile de
libération ou de protection, mais plus comme une arme de contrôle des gouvernants sur les
gouvernés.

Ainsi, au fur et à mesure que le respect du droit deviendra la norme au sein d’une société
chinoise de type capitaliste, plus les corps de la société y auront recours pour régler leurs
litiges. Il n’existe en réalité pas d’exception culturelle. La question de l’application du droit et
notamment du droit de la propriété intellectuelle en Chine est une question de développement
et les difficultés d’une application uniforme de ce droit proviennent plus des disparités
régionales fortes que d’une spécificité culturelle.

155
« Quand les idées bourgeoises furent regardées comme les productions d’une
raison éternelle, quand elles eurent perdu le caractère chancelant d’une
production historique, elles eurent alors la plus grande chance de survivre et de
résister aux assauts. Tout le monde perdit de vue les causes matérielles qui leur
avaient donné naissance et les rendaient en même temps mortelles. »458
Paul Nizan, Les Chiens de garde

458
Paul Nizan, Les Chiens de garde, 1932

156
Annexes

Annexe 1 – Loi sur les marques de commerce de 1982 dans sa version réformée de 2013
(extraits)

中华人民共和国商标法

第一章 总则

第 一 条 为了加强商标管理,保护商标专用权,促使生产、经营者保证商品和服务质
量,维护商标信誉,以保障消费者和生产、经营者的利益,促进社会主义市场经济的
发展,特制定本法。

第二条 国务院工商行政管理部门商标局主管全国商标注册和管理的工作。

国务院工商行政管理部门设立商标评审委员会,负责处理商标争议事宜。

第 三 条 经商标局核准注册的商标为注册商标,包括商品商标、服务商标和集体商标
、证明商标;商标注册人享有商标专用权,受法律保护。

本法所称集体商标,是指以团体、协会或者其他组织名义注册,供该组织成员在商事
活动中使用,以表明使用者在该组织中的成员资格的标志。

本法所称证明商标,是指由对某种商品或者服务具有监督能力的组织所控制,而由该
组织以外的单位或者个人使用于其商品或者服务,用以证明该商品或者服务的原产地
、原料、制造方法、质量或者其他特定品质的标志。

集体商标、证明商标注册和管理的特殊事项,由国务院工商行政管理部门规定。

第 四 条 自然人、法人或者其他组织在生产经营活动中,对其商品或者服务需要取得
商标专用权的,应当向商标局申请商标注册。

本法有关商品商标的规定,适用于服务商标。

第七条 申请注册和使用商标,应当遵循诚实信用原则。
商标使用人应当对其使用商标的商品质量负责。各级工商行政管理部门应当通过商标
管理,制止欺骗消费者的行为。

第 八 条 任何能够将自然人、法人或者其他组织的商品与他人的商品区别开的标志,
包括文字、图形、字母、数字、三维标志、颜色组合和声音等,以及上述要素的组合
,均可以作为商标申请注册。

第 十 三 条为相关公众所熟知的商标,持有人认为其权利受到侵害时,可以依照本法
规定请求驰名商标保护。

就相同或者类似商品申请注册的商标是复制、摹仿或者翻译他人未在中国注册的驰名
商标,容易导致混淆的,不予注册并禁止使用。

就不相同或者不相类似商品申请注册的商标是复制、摹仿或者翻译他人已经在中国注
册的驰名商标,误导公众,致使该驰名商标注册人的利益可能受到损害的,不予注册
并禁止使用。

第 十 六 条商标中有商品的地理标志,而该商品并非来源于该标志所标示的地区,误
导公众的,不予注册并禁止使用;但是,已经善意取得注册的继续有效。 _

前款所称地理标志,是指标示某商品来源于某地区,该商品的特定质量、信誉或者其
他特征,主要由该地区的自然因素或者人文因素所决定的标志。

第二章 商标注册的申请

第 二 十 二 条商标注册申请人应当按规定的商品分类表填报使用商标的商品类别和商
品名称,提出注册申请。

商标注册申请人可以通过一份申请就多个类别的商品申请注册同一商标。

商标注册申请等有关文件,可以以书面方式或者数据电文方式提出。

第 二 十 三 条注册商标需要在核定使用范围之外的商品上取得商标专用权的,应当另
行提出注册申请。

第二十四 条注册商标需要改变其标志的,应当重新提出注册申请。
Annexe 2 – Loi sur les brevets de 1984 dans sa version réformée de 2008 (extraits)

中华人民共和国专利法

第一章 总则

第 一 条 为了保护专利权人的合法权益,鼓励发明创造,推动发明创造的应用,提高
创新能力,促进科学技术进步和经济社会发展,制定本法。

第二条 本法所称的发明创造是指发明、实用新型和外观设计。

发明,是指对产品、方法或者其改进所提出的新的技术方案。

实用新型,是指对产品的形状、构造或者其结合所提出的适于实用的新的技术方案。

外观设计,是指对产品的形状、图案或者其结合以及色彩与形状、图案的结合所作出
的富有美感并适于工业应用的新设计。

第 三 条 国务院专利行政部门负责管理全国的专利工作;统一受理和审查专利申请,
依法授予专利权。

省、自治区、直辖市人民政府管理专利工作的部门负责本行政区域内的专利管理工作

第 十 四 条 国有企业事业单位的发明专利,对国家利益或者公共利益具有重大意义的
,国务院有关主管部门和省、自治区、直辖市人民政府报经国务院批准,可以决定在
批准的范围内推广应用,允许指定的单位实施,由实施单位按照国家规定向专利权人
支付使用费。

第 十 九 条 在中国没有经常居所或者营业所的外国人、外国企业或者外国其他组织在
中国申请专利和办理其他专利事务的,应当委托依法设立的专利代理机构办理。

中国单位或者个人在国内申请专利和办理其他专利事务的,可以委托依法设立的专利
代理机构办理。
专利代理机构应当遵守法律、行政法规,按照被代理人的委托办理专利申请或者其他
专利事务;对被代理人发明创造的内容,除专利申请已经公布或者公告的以外,负有
保密责任。专利代理机构的具体管理办法由国务院规定。

第 二 十 条 任何单位或者个人将在中国完成的发明或者实用新型向外国申请专利的,
应当事先报经国务院专利行政部门进行保密审查。保密审查的程序、期限等按照国务
院的规定执行。

中国单位或者个人可以根据中华人民共和国参加的有关国际条约提出专利国际申请。
申请人提出专利国际申请的,应当遵守前款规定。

国务院专利行政部门依照中华人民共和国参加的有关国际条约、本法和国务院有关规
定处理专利国际申请。

对违反本条第一款规定向外国申请专利的发明或者实用新型,在中国申请专利的,不
授予专利权。

第 二 十 一 条 国务院专利行政部门及其专利复审委员会应当按照客观、公正、准确、
及时的要求,依法处理有关专利的申请和请求。

国务院专利行政部门应当完整、准确、及时发布专利信息,定期出版专利公报。

在专利申请公布或者公告前,国务院专利行政部门的工作人员及有关人员对其内容负
有保密责任。

第二章 授予专利权的条件

第二十二条 授予专利权的发明和实用新型,应当具备新颖性、创造性和实用性。

新颖性,是指该发明或者实用新型不属于现有技术;也没有任何单位或者个人就同样
的发明或者实用新型在申请日以前向国务院专利行政部门提出过申请,并记载在申请
日以后公布的专利申请文件或者公告的专利文件中。

创造性,是指与现有技术相比,该发明具有突出的实质性特点和显著的进步,该实用
新型具有实质性特点和进步。
实用性,是指该发明或者实用新型能够制造或者使用,并且能够产生积极效果。

本法所称现有技术,是指申请日以前在国内外为公众所知的技术。

第 二 十 三 条 授予专利权的外观设计,应当不属于现有设计;也没有任何单位或者个
人就同样的外观设计在申请日以前向国务院专利行政部门提出过申请,并记载在申请
日以后公告的专利文件中。

授予专利权的外观设计与现有设计或者现有设计特征的组合相比,应当具有明显区别

授予专利权的外观设计不得与他人在申请日以前已经取得的合法权利相冲突。

本法所称现有设计,是指申请日以前在国内外为公众所知的设计。

第四章 专利申请的审查和批准

第 四 十 条 实用新型和外观设计专利申请经初步审查没有发现驳回理由的,由国务院
专利行政部门作出授予实用新型专利权或者外观设计专利权的决定,发给相应的专利
证书,同时予以登记和公告。实用新型专利权和外观设计专利权自公告之日起生效。

第五章 专利权的期限、终止和无效

第 四 十 二 条 发明专利权的期限为二十年,实用新型专利权和外观设计专利权的期限
为十年,均自申请日起计算。

Annexe 3 – Tableau de l’évolution des dépenses en R&D de la Chine entre 2000 et 2013
(Figure 4)

Années Million dollars US % du PIB


2000 40348 0,902755655
2001 46018 0,950689324
2002 56498 1,070033428
2003 65853 1,133558208
2004 78655 1,229891445
2005 94305 1,324758275
2006 111356 1,388301583
2007 127816 1,395823231
2008 147563 1,469857989
2009 186611 1,701982672
2010 213009 1,758991764
2011 243035 1,836173105
2012 282481 1,982483499
2013 317848 2,082569695

Source : OCDE 2016

Annexe 4 – Tableau du PIB par habitant en Chine en 2014, en yuans (Figure 9)

Rang Province PIB/hab


1 Tianjin 105 231
2 Beijing 99 995
3 Shanghai 97 370
4 Jiangsu 81 874

60 000 – 80 000
5 Zhejiang 73 002
6 Mongolie intérieure 71 046
7 Liaoning 65 201
8 Fujian 63 472
9 Guangdong 63 469
10 Shandong 60 879

40 000 – 60 000
11 Jilin 50 160
12 Chongqing 47 850
13 Hubei 47 145
14 Shaanxi 46 929
15 Ningxia 41 834
16 Xinjiang 40 648
17 Hunan 40 271

20 000 – 40 000
18 Hebei 39 984
19 Qinghai 39 671
20 Heilongjiang 39 226
21 Hainan 38 924
22 Henan 37 072
23 Sichuan 35 128
24 Shanxi 35 070
25 Jiangxi 34 674
26 Anhui 34 425
27 Guangxi 33 090
28 Tibet 29 252
29 Yunnan 27 264
30 Guizhou 26 437
31 Gansu 26 433

Source : Bureau national des statistiques de Chine (data.stats.gov.cn), 2016

Annexe 5 – Tableau du nombre de brevets accordés en 2014, par province (Figure 10)

Rang Province Nombre de brevets accordés % du maximum (Jiangsu)


Entre 90 et 100 %
1 Jiangsu 200032 100
2 Zhejiang 188544 94
3 Guangdong 179953 90
Entre 30 et 40 %
4 Pékin 74661 37
5 Shandong 72818 36
Entre 20 et 30 %
6 Shanghai 50488 25
7 Anhui 48380 24
8 Sichuan 47120 24
Entre 10 et 20 %
9 Fujian 37857 19
10 Henan 33366 17
11 Hubei 28290 14
12 Hunan 26637 13
13 Tianjin 26351 13
14 Chongqing 24312 12
15 Shaanxi 22820 11
16 Hebei 20132 10
17 Liaoning 19525 10
Moins de 10 %
18 Heilongjiang 15412 8
19 Jiangxi 13831 7
20 Guizhou 10107 5
21 Guangxi 9664 5
22 Shanxi 8371 4
23 Yunnan 8124 4
24 Jilin 6696 3
25 Xinjiang 5238 3
26 Gansu 5097 3
27 Mongolie int 4031 2
28 Ningxia 1424 1
29 Hainan 1597 1
30 Qinghai 619 0
31 Xizang 146 0

Source : SIPO, 2016

Annexe 6 – Tableau du total des demandes domestiques des trois types de brevet en
Chine, 2000-2014 (Figure 11)

Année Invention Modèles Designs


2000 25346 68461 46532
2001 30038 79275 56460
2002 39806 92166 73572
2003 56769 107842 86627
2004 65786 111578 101579
2005 93485 138085 151587
2006 122318 159997 188027
2007 153060 179999 253439
2008 194579 223945 298620
2009 229096 308861 339654
2010 293066 407238 409124
2011 415829 581303 507538
2012 535313 734437 642401
2013 704936 885226 644398
2014 801135 861053 548428

Source : SIPO, 2016

Annexe 7 – Tableau du total des brevets des trois types accordés par année en Chine,
2000-2014 (Figure 12)

Années Invention Modèles Designs


2000 6177 54407 34652
2001 5395 54018 39865
2002 5868 57092 49143
2003 11404 68291 69893
2004 18241 70019 63068
2005 20705 78137 72777
2006 25077 106312 92471
2007 31945 148391 121296
2008 46590 175169 130647
2009 65391 202113 234282
2010 79767 342256 318597
2011 112347 405086 366428
2012 143847 566750 452629
2013 143535 686208 398670
2014 162680 699971 346751

Source : SIPO, 2016

Annexe 8 – Tableau des demandes de brevets d'invention pour 1 000 habitants, 2010-
2015 (Figure 13)

Année Inventions Population Ratio


2010 293066 1341335 0,218488297
2011 415829 1347350 0,308627305
2012 535313 1354040 0,395345042
2013 704936 1360720 0,518061027
2014 801135 1367820 0,585702066
2015 968251 1374620 0,70437721

Source : Dan Prud'Homme, OMPI, OCDE

Annexe 9 – Tableau de l’évolution des dépots triadiques de brevet d’invention par


origine, 2001-2013 (Figure 16)

Année Japon USA EU 28 Allemagne Corée du Sud France Chine


2001 16 630 16 022 17 287 7 242 1 157 2 809 154
2002 16 830 16 504 17 356 6 890 1 570 2 753 272
2003 17 909 16 807 17 340 6 747 2 195 2 757 358
2004 18 712 17 230 18 101 6 997 2 570 2 968 403
2005 17 717 17 399 18 411 7 143 2 750 3 051 522
2006 17 992 15 502 16 678 6 532 2 350 2 885 565
2007 17 722 13 916 15 106 5 809 1 982 2 782 695
2008 15 726 13 829 14 738 5 473 1 828 2 887 826
2009 15 330 13 537 14 460 5 561 2 108 2 722 1 297
2010 16 042 12 823 13 558 5 352 2 460 2 472 1 417
2011 16 423 13 254 14 067 5 396 2 668 2 606 1 542
2012 16 220 13 819 14 111 5 440 2 887 2 539 1 657
2013 15 970 14 606 14 162 5 465 3 154 2 484 1 785

Source: OCDE 2016


Annexe 10 – Tableau des tendances des demandes selon le PCT pour les 6 premiers
pays d’origine, 2002-2014 (Figure 17)

Année USA Japon Chine Allemagne Corée du Sud France


2002 41296 14063 1018 14326 2520 5089
2003 41029 17414 1295 14662 2949 5171
2004 43350 20264 1706 15216 3558 5185
2005 46772 24864 2503 16009 4687 5745
2006 51280 27025 3951 16736 5945 6256
2007 54043 27743 5441 17821 7064 6560
2008 51638 28760 6120 18855 7899 7072
2009 45617 29802 7900 16797 8035 7237
2010 45090 32216 12300 17559 9604 7231
2011 49210 38864 16402 18847 10357 7406
2012 51859 43523 18620 18750 11787 7802
2013 57441 43771 21514 17913 12381 7905
2014 61492 42459 25539 18008 13151 8319

Source: OMPI 2016

Annexe 11 – Tableau du nombre de cas DPI conclus au civil en 1ère instance par toutes
les cours populaires sur l'ensemble du territoire chinois, 1985-2015 (Figure 18)

Année Nombre de cas


1985-2009 166408
2009 30509
2010 41718
2011 58201
2012 83850
2013 88286
2014 94501
2015 101324

Source: Cour populaire suprême 2016


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