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On peut considérer que de cette époque date la tradition républicaine

qui ne sera interrompue que par le régime de Vichy.

Les gouvernements de fait (1940-1945). – Ils apparaissent comme des


parenthèses dans l’histoire constitutionnelle et n’ont duré qu’à peine quatre
ans. Ils ont en commun de se situer dans des logiques différentes de celles
qui relèvent de l’application d’un texte constitutionnel, parce qu’ils sont
établis pour répondre à des situations de crises exceptionnelles liées à la
défaite militaire de juin 1940 et à l’occupation du territoire. La France
présente en effet cette particularité de voir ses régimes constitutionnels mal
résister aux défaites militaires. Tel avait déjà été le cas à la fin du Second
Empire. Ils ont en commun d’être radicalement opposés, quant à l’attitude
à avoir face à l’occupant, quant à l’idéologie qui les sous-tend et quant à
l’organisation du régime politique.
(A) Le régime de Vichy. – Le gouvernement de Paul Reynaud, réfugié à
Bordeaux (dont faisait partie, à un poste subalterne, Charles de Gaulle), fut
amené à démissionner le 16 juin 1940 parce qu’il refusait de demander
l’armistice. Le maréchal Pétain, reconnu en France comme le vainqueur de
la bataille de Verdun lors de la Première Guerre mondiale, fut appelé par le
président de la République pour diriger le nouveau gouvernement, dans des
conditions constitutionnelles normales ; ce gouvernement signa l’armistice
dès le 22 juin 1940, et comme Paris était occupé par les troupes
allemandes, Vichy fut choisi comme « capitale du nouveau régime », à la
fois pour sa position géographique centrale mais aussi pour ses capacités
hôtelières qui pouvaient ainsi accueillir un personnel nombreux.
Les chambres réunies en Assemblée nationale votèrent le 10 juillet 1940
une loi constitutionnelle donnant le pouvoir au maréchal Pétain de
promulguer une nouvelle constitution. Seuls 80 parlementaires se sont
opposés à ce qu’ils considéraient comme un acte de décès de la
République. Mais il est vrai que cette loi pouvait, sur le strict plan
juridique et formel, être analysée comme une révision du mode de révision
prévu par les lois constitutionnelles de 1875.
(a) Les gouvernements de Vichy. – Le 11 juillet sont promulgués les trois
actes constitutionnels définissant les pouvoirs du chef de l’État : le
maréchal Pétain cumule les fonctions de chef de l’État et de chef du
gouvernement ; il n’y a plus de référence à la République (« Nous,
maréchal de France, chef de l’État français, décrétons… »).
La devise républicaine est remplacée par le nouveau mot d’ordre du
régime, Travail, Famille, Patrie.
Les assemblées élues sont « ajournées jusqu’à nouvel ordre » ; les élections
sont ultérieurement supprimées, y compris les élections locales.
Le 21 janvier 1941, le chef de l’État nomme les membres d’un Conseil
national sans pouvoirs.
Le gouvernement est restreint : il comprend des « ministres, secrétaires
d’État » dont le nombre est limité à 12 auxquels s’ajoutent les secrétaires
d’État à la Guerre, à la Marine et à l’Aviation ; les questions relatives à
l’information, la presse et la radiodiffusion sont rattachées directement à la
présidence du Conseil.
Les ministres des Finances, de l’Agriculture et du Ravitaillement, de la
Production industrielle et du Travail, des Communications et des Colonies
« se réunissent périodiquement en conseil sous la présidence et sur la
convocation du vice-président du Conseil », alors que l’ensemble du
gouvernement se réunit sous la présidence du chef de l’État : lui-même a
défini son idéal dans un message le 8 juillet 1940 : « Un petit nombre
conseille, quelques-uns commandent, un chef gouverne. »
La plupart des ministres sont des techniciens, des grands commis,
inspecteurs des finances comme Bouthillier ou Baudoin, ingénieurs
agronomes comme Caziot.
La concentration s’accentue très vite : il n’y a plus que neuf ministres et
quatre secrétaires d’État.
Le vice-président du Conseil fait figure de dauphin : Darlan occupe la
fonction en février 1941.
Lorsque les Allemands imposent le retour de Pierre Laval pour développer
la collaboration avec l’Allemagne, Pétain le nomme chef du gouvernement
et lui confère, par un acte constitutionnel d’avril 1942, une responsabilité
claire devant le chef de l’État.
Les ministères comme le chef de l’État se sont installés à Vichy pour
maintenir la fiction d’un État non occupé et souverain ; il est pourtant
évident que toutes les décisions importantes sont soumises au bon vouloir
des autorités allemandes.
Au fur et à mesure que la victoire change de camp, le gouvernement de
Vichy s’enfonce dans une collaboration de plus en plus totale, renforcée
après l’occupation totale du territoire français le 11 novembre 1942 et la
suppression de la zone dite « libre » en représailles au débarquement allié
en Afrique du Nord.
Les derniers éléments accompagneront Pétain et Laval à Siegmaringen
sous la forme surréaliste d’une « Commission gouvernementale française
pour la défense des intérêts nationaux ».
(b) Le projet de constitution de 1944. – Conformément aux vœux des
États-Unis, le maréchal Pétain a fait préparer par ses juristes un projet de
constitution après plusieurs autres projets qui ne furent pas publiés ; il ne
faisait d’ailleurs que se conformer avec retard à la loi constitutionnelle du
10 juillet 1940.Ce projet, signé le 30 janvier 1944, prévoit le vote des
femmes, la création de provinces dirigées par des gouverneurs, une sorte de
conseil constitutionnel sous le nom de Cour suprême de justice.
Il instaure un système proche des institutions de 1875 telles que Thiers les
avait conçues, avec un « chef de l’État, président de la République », élu
pour dix ans par un « collège de parlementaires et d’élus locaux »
désignant un Premier ministre, des ministres et des secrétaires d’État. Le
gouvernement est responsable devant le Congrès national : ce congrès
aurait été constitué de deux assemblées : la Chambre des députés et le
Sénat. Ce texte ne fut évidemment jamais appliqué.
(B) La France libre et le gouvernement provisoire de la République
française
(a) Les structures de la clandestinité. – Le général de Gaulle, le 18 juin
1940, a lancé depuis Londres un appel à la « résistance » et à la poursuite
du combat contre l’envahisseur par tous les moyens. Il a fallu attendre un
certain temps pour que des forces significatives le rejoignent soit en
Grande-Bretagne, soit dans les territoires de l’Empire français, soit sur le
territoire occupé. D’abord reconnu « chef des Français libres » dès le
28 juin 1940, de Gaulle crée en septembre 1941 un Comité national
français qui tente d’être perçu comme le véritable gouvernement français,
ce que ne voulaient pas les États-Unis et le président Roosevelt,
fondamentalement hostiles au général de Gaulle.
Ce comité veut se donner déjà les apparences d’un véritable gouvernement
provisoire : création d’un journal officiel, promulgation d’une ordonnance
organisant les pouvoirs publics : une répartition des tâches s’opère entre
des commissaires, sur le modèle des ministères.
Le 27 mai 1943, Jean Moulin, agissant au nom du chef de la France libre,
met en place le Conseil national de la Résistance : il s’agit en priorité
d’organiser la lutte intérieure et la Résistance.
b) Le gouvernement provisoire de la République française. – La création
du Comité français de libération nationale en Afrique du Nord libérée
(juin 1943) renforce encore la structure gouvernementale avec des
commissaires qui ont en charge les ministères traditionnels : Intérieur
(A. Philip), Affaires étrangères (R. Massigli), Colonies (R. Pleven)… ; une
Assemblée consultative provisoire est mise en place en novembre 1943.
Le 2 juin 1944, à la veille du débarquement allié, le Comité se proclame
gouvernement provisoire de la République française ; il est reconnu par de
nombreuses puissances étrangères : le 9 août, une ordonnance rétablit la
légalité républicaine : « La forme du gouvernement de la France est et
demeure la République. En droit, celle-ci n’a pas cessé d’exister. »
Le 10 septembre, le général de Gaulle nomme un nouveau gouvernement
provisoire, avec des ministres issus à la fois de la Résistance intérieure et
des anciens commissaires ; l’entrée de communistes annonce le tripartisme
que connaîtront les premiers gouvernements de la Libération.
On y trouve les noms de Jules Jeanneney, ancien président du Sénat,
G. Bidault, P. Mendès France, R. Mayer, F. Billoux, R. Pleven, H. Frenay,
R. Capitant, le général Catroux, P.-H. Teitgen. Beaucoup d’entre eux
joueront un rôle important dans la IVe République.