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Les différentes scènes du récit 

Première scène : vv.1-6 : Situation initiale et personnages.


Dés le début de son récit, le narrateur prend le soin de nous présenter la situation. Un homme
natif de Béthanie, de la famille de Marie et Marthe, est malade, le narrateur insiste sur sa
maladie qu’il mentionne trois fois dans les trois premiers versets. Marie est présentée comme
celle qui avait oint le Seigneur d'une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses
cheveux. Les deux sœurs envoient dire à Jésus, que celui (leur frère) qu’il aime est malade.  
Devant cette annonce de maladie de cet homme que le narrateur nous confirme que Jésus
aimait, et qu’il aimait aussi ses deux sœurs. Jésus a une attitude qui frise l’indifférence.
Il reste en effet encore deux jours à l’endroit où il était avant de se mettre en chemin vers
Béthanie. De plus, il se contente de déclarer que : «Cette maladie n'aboutira pas à la mort, elle
servira à la gloire de Dieu: c'est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié.»

Deuxième scène vv. 7-16 dialogue entre Jésus et les disciples


Quand finalement Jésus decide d’aller en Judée avec les disciples, s’instaure entre eux un
dialogue qui n’est pas exempt de malentendus. Dans ce dialogue, les disciples rappellent à
Jésus les risques qu’il court en décidant de retourner en Judée, car on cherche à l’arrêter et à le
lapider Jn 10,31-39. Jésus insiste, lui, sur la nécessité pour lui d’accomplir la mission que le
père lui a assignée. C’est pourquoi résolument il est décidé à aller aux devants de ses
détracteurs. À cette insistance les disciples, Thomas encourage le groupe à s’unir au sort de
Jésus
Le premier malentendu avec ses disciples apparaît quand Jésus parle de sommeil à propos de
la mort de Lazare, les disciples comprennent, en effet qu’il dort, c’est-à-dire qu’il se repose et,
en conséquence, qu’il va guérir. Mais Jésus précise que Lazare est bien mort et il se réjouit de
cette mort, car elle est dans l’intérêt des disciples : afin qu’ils croient…et que lui soit glorifié.
Le retard que Jésus a pris avant d’aller en Judée fait donc partie du dessein de Dieu.
Mais en parlant du sommeil - mort de Lazare et le danger d’aller en Judée, le récit laisse
entrevoir la mort prochaine de Jésus L’insistance sur l’importance et la nécessité de rejoindre
Lazare, est une décision de Jésus d’aller au devant de sa propre mort.

Troisième scène v 17-27 Rencontre entre Jésus et Marte

Marthe, ayant appris que Jésus, venait se dissocie du groupe formés par les soeurs et les
juifs et caractérisé par le deuil, et elle va à la rencontre de Jésus C’est encore elle qui prend
l’initiative d’aborder Jésus, en l’appelant kurie. Elle lui exprime son regret et sa confiance. Le
regret de n’avoir pas été là, certainement Jésus serait intervenu pour libérer son frère de
l’emprise de la maladie, le sauvant ainsi de la mort. Mais sans rien solliciter, elle confesse sa
foi-connaissance en Jésus thaumaturge, elle dit bien qu’elle reconnaît l’étroite relation qui unit
Jésus à Dieu, au point que Dieu, ne peut rien refuser à Jésus Bien que tardive la présence de
Jésus est toujours motif de tous les espoirs. Jusqu’à ce niveau nous ne sommes pas en droit de
dire que Marthe demande implicitement à Jésus de ressusciter Lazare, parce juste après elle
dit savoir que son frère ressuscitera à la résurrection, au dernier jour.

Devant cette foi juive, Jésus évoque la résurrection, mais il se présente comme la résurrection
et la vie, révélant ainsi sa propre identité à Marthe : VEgw, eivmi h` avna,stasij kai. h` zwh,\
Après l’affirmation de Jésus sur lui-même, contrairement à ce que dit Moloney, il me semble
que Marthe bascule de la simple connaissance : v.24 Oi=da à la foi v.27 evgw. pepi,steuka ….
Du savoir on passe au discours de la foi. Le verbe croire est repris deux fois. Une première
fois dans la bouche de Jésus sous forme d’une interpellation. Crois-tu cela ? Une seconde fois
dans la bouche de Marthe, comme réponse à l’interpellation de Jésus. Marthe passe d’un
savoir sur un événement à venir à un « croire » en celui qui se révèle comme étant la
Résurrection. Car si le savoir ne donne pas la vie, la foi en celui qui est la Résurrection
permet, dès maintenant, l’accès à une vie que même la mort ne peut atteindre.
Si Jésus s’est placé au centre de son autorévélation, en utilisant l’ego eimi, Marthe se place en
position de croyante dans une affirmation non générale mais personnelle et qui l’engage
evgw. pepi,steuka. L’emploi du parfait, exprime la permanence dans l’acte de croire. La
permanence de l’adhésion à la personne Jésus triplement confessé : 1.tu es le christ.2 le fils de
Dieu.3. Celui qui vient dans le monde. La triple confession de Marthe représente une phase
bien avancée de son adhésion à Jésus.
Si son doute v.39. (Seigneur, il sent déjà…) peut étonner, il ne peut être considérer comme
une certaine régression de sa foi. En revanche, il est à mettre sous le compte du phénomène de
dramatisation, qui contribue à nourrir le suspense du récit et à alimenter la curiosité du
lecteur. Et l’interpellation de Jésus est une invitation à la plénitude de la foi autant pour
Marthe, pour les juifs que pour les lecteurs.

Quatrième scène Vv. 28-37 : rencontre entre Jésus et Marie (et les juifs qui
l’accompagnent dans le deuil)

Alors que le dialogue de Jésus avec Marthe est plus long v 21-28, celui avec Marie
considérablement court. Au total, Marie ne dit qu’une seule phrase. v.32 Ce dialogue à tout
l’air d’une transition. Il trouve, cependant, tout son sens dans le parallélisme que le narrateur a
voulu souligner entre ces deux sœurs. Ce parallèle montre bien deux attitudes face à la mort
devant Jésus

Les deux soeurs rencontrent Jésus au même endroit et lui adressent des paroles en partie
identiques. Marie ne reprend qu’une partie du discours de sa sœur. Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort v.32.» Moloney dit que l’idée que Marthe a de Jésus, faiseur de
miracles, ne se retrouve pas dans la bouche de Marie. À mon avis, comme Marthe, Marie croit
que Jésus aurait sauvé son frère de la maladie et de la mort, par-là elle croit aussi dans la
capacité de Jésus de faire de miracles.
À l’idée de Moloney, selon laquelle, c’est Marie, et non Marthe, qui accepte que Jésus est la
résurrection et la vie, ici aussi, le texte ne me permet pas une telle affirmation. Marie, en effet,
affirme simplement sa confiance inconditionnelle dans le pouvoir de la présence de Jésus On
note aussi que dans le dialogue avec Marie, si dialogue il y a, Jésus ne renouvelle pas sa
révélation, comme étant lui, la résurrection et la vie. L’occasion n’est donc pas donnée à
Marie, d’exprimer explicitement jusqu’où va son adhésion à Jésus.

Seuls les éléments que le narrateur nous donne peuvent nous orienter : L’onction mentionnée
au v.2 comme prolepse de l’onction de Béthanie Jn 12,1-11 où Jésus lui-même justifie le
comportement de Marie, car ce geste dit-il est fait « pour le jour de mon ensevelissement ».
Marie a, certes, accompli un rite de deuil, mais c’est sur Jésus vivant et non sur un cadavre.
Avec ses gestes Marie a confessé la résurrection, d’où l’importance du geste au point que le
narrateur s’en sert pour présenter Marie. Quand sa sœur lui fait part de l’appel du maître, c’est
avec empressement que Marie, se précipite à la rencontre de Jésus. Et elle tombe à ses pieds
e;pesen auvtou/ pro.j. Le geste de tomber à ses pieds peut exprimer la douleur de Marie, mais
aussi l’adoration. Beaucoup d’éléments dans les textes placent Marie plus du côté du deuil
que de l’adoration. Le narrateur en effet concentre des motifs de deuil, de mort et des pleurs
dans ses références à Marie ; d’abord au debut du récit dans la référence à l’onction. Et après
quand le narrateur revient sur le personnage de Marie, il le revêt d’habits de pleureuse et de
deuil en l’associant au groupe des juifs, venus pour la consoler.

Bien que le verbe evmbrima,omai exprime un sentiment d’irritation, de colère, de


mécontentement, à côté de celui d’une intense émotion intérieure, un trouble profond. Nous
ne pensons pas, comme Moloney, que la vue des larmes de Marie et des Juifs ait irrité
profondément Jésus car elle témoigne de leur incrédulité. Ceux-ci, côtoient Jésus, mais
demeurent aveugles quant à ce qu’il est vraiment. Si tel était le cas, me semble t-il, Jésus
n’aurait pas dit à ses propres disciples, qu’il était dans leur intérêt, ce retard qu’il avait pris
avant d’aller vers Lazare, et donc la mort de celui-ci, parce que, la résurrection de Lazare
sera un signe de la Présence de Dieu, et confirmation de sa filiation divine. Ce qui sera donc
une occasion de croire autant pour ses disciples, que pour les autres aussi. La résurrection de
Lazare n’étant pas encore réalisée, Marthe, Marie et les juifs ne pouvaient être objet d’une
quelconque irritation de la part de Jésus. Une telle irritation serait compréhensible, si après la
résurrection de Lazare, ils demeuraient dans leur incrédulité.
Pour nous, ce sont les pleurs et la tristesse de Marie qui éveillent en Jésus le trouble et
la tristesse et lui donne l’occasion de pleurer devant cette énigme de la mort humaine, par
laquelle lui-même s’apprête résolument à passer. N’est-il pas aussi vrai homme !

Cinquième scène : v 38-44 Jésus devant le tombeau de Lazare


En détaillant les faits et gestes de chaque futur témoin du signe que Jésus va accomplir, le
narrateur a pris le soin de préparer la venue de tous au tombeau. Arrivé devant le tombeau
Jésus demande qu’on enlève la pierre. C’est alors que le narrateur fait intervenir Marthe pour
augmenter le suspens : seigneur, il sent déjà, c’est le quatrième jour. Tous les signes de la
mort sont là, toute l’attention se concentre sur Jésus
Celui-ci grâce à une parole, le mort va revivre. L’efficacité de la parole de Jésus est mise en
valeur. Le narrateur signale que c’est avec une voix forte que Jésus appelle Lazare par son
non à venir dehors.

Sixième scène v 45-54 la mort de Jésus est décidée

Les gestes, signes et paroles de Jésus dans l’évangile de Jean ne sont pas interprétés de la
même façon par tous. D’un côté beaucoup de juifs crurent… en lui de l’autre, les grands
prêtres et les pharisiens informés de la résurrection de Lazare, en conclurent que Jésus
représentait un danger pour toute la nation. Ceci étant pour Caïphe, le grand prêtre, vaut
mieux qu’un seul meure plutôt que tout le peuple. Le narrateur interprète les paroles de
Caïphe comme une prophétie, dans le sens d’une vérité qui dépasse l’intention de Caïphe. En
effet la mort de Jésus sauvera tout un peuple. Bien plus elle permet l’unité de toute l’humanité
dispersèe.v52

Les paroles de Caïphe v.54 sur la mort de Jésus renvoient à l’explication de la mort de Lazare
donnée par Jésus à ses disciples au v.4. Si la mort de Lazare n’a pas abouti à la mort mais a
été pour la gloire de Dieu, la mort de Jésus débouchera sur la vie d’une multitude.
Ces paroles font une inclusion d’un récit de résurrection qui se termine avec la décision de la
mort de Jésus Le v.54 boucle de ce fait meme notre episode.

Intrigue de révélation de Jésus :


Tout le récit est centré sur Jésus Dans chaque séquence il est le personnage principal. Présent
du début a la fin du récit et révèle chaque fois une facette de son identité, comme on peut le
noter dans ces séquences :

Dans la séquence avec Marthe : Jésus, v. 25. Se place au centre de la révélation VEgw,
eivmi h` avna,stasij kai. h` zwh,\ avec un ego eimi utilisé au sens absolu qui est une référence
directe au nom de Yahvé.
En disant qu’il est la résurrection et la vie, Jésus utilise deux termes qui font partie des
catégories juives. La résurrection qui surviendra au dernier jour et sera l’occasion du
jugement final de Dieu. Ces deux réalités sont anticipées et actualisées par Jésus Maintenant
et déjà, et en lui, le jugement de Dieu a lieu.

Dans la séquence avec Marie, Jésus n’apparaît plus en maître de la vie, il se trouble, il verse
des larmes, il frémit. Lui qui vient de se proclamer maître de la mort.
En s’approchant de la mort de Lazare, annonce de la sienne, en voyant les marques de deuil,
Jésus est entraîné lui aussi dans ces manifestations propres à l’homme face à l’épreuve de la
mort. Ce trouble pourrait signifier qu’il éprouve face à la mort, le sentiment de tous les
humains, il apparaît en vérité comme un homme.

Dans la séquence devant Lazare, c’est un Jésus qui est maître de la scène Il manifeste son
autorité sur les temoins de la scene en donnant des ordres, v.39 Enlevez cette pierre v.44
Déliez-le et laissez-le aller!».
Par sa prière il dévoile, le Père dont il est l’envoyé, et avec lequel il se révèle être en profonde
intimité et communion. En conférant à Jésus son autorité pour réveiller Lazare, Dieu atteste
qu’il reconnaît Jésus pour son Fils unique et il le glorifie.
C’est alors, faisant de Lazare un interlocuteur, Jésus l’invite à venir dehors dans une
intervention brève et efficace. Lazare sort parce que la Parole de Jésus fait vivre. Il est
« réveillé »parce qu’il a entendu la parole de Jésus En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure
vient - et maintenant elle est là - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui
l'auront entendue vivront. Jn 5, 25.
Le sens et le but du signe que Jésus va accomplir est révélé d’avance : à cause de cette
foule…afin qu’elle croie. Afin qu’elle croie que si un mort est appelé à la vie c’est qu’un
événement imprévisible et incroyable a lieu. Le dernier jour, attendu et craint, jour de
résurrection et de jugement, est désormais réalité présente dans Jésus, résurrection et vie. La
vie qui appartient au Père est remise au Fils qui peut la donner.

Intrigue de résolution

Le manque est posé d’entrée, dès le premier verset. Lazare est malade. Et c’est ce qui fait
démarrer le récit. La complication va grandissante au cours de l’épisode. Car, le manque est
décrit comme une détresse de plus en plus extrême et irréversible. Lazare est malade v.1, puis
mort v.14 enterré depuis quatre jours v.17 enfin en état de composition. C’est précisément
quand il atteint son point culminant que le manque est comblé. À l’appel de celui qui s’est
présenté comme la résurrection et et la vie Lazare sort du lieu de la mort. Il passe de la mort à
la vie.
Lazare est l’objet d’une résurrection de la part de Jésus