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Initiation à l'Analyse Narrative du NT

Exercice nº 05: Jn 11, 1-54


Mbumba Kawanga Crispin

Les différentes scènes du récit 

Première scène : vv.1-6 : Situation initiale et personnages.


Dés le début de son récit, le narrateur prend le soin de nous présenter la situation. Un homme natif de
Béthanie, de la famille de Marie et Marthe, est malade, le narrateur insiste sur sa maladie qu’il
mentionne trois fois dans les trois premiers versets. Marie est présentée comme celle qui avait oint le
Seigneur d'une huile parfumée et lui avait essuyé les pieds avec ses cheveux. Les deux sœurs envoient
dire à Jésus que, celui (leur frère) qu’il aime est malade.   Devant cette annonce de maladie Jésus a
une attitude qui frise l’indifférence, alors que le narrateur aussi confirme que Lazare, comme ses deux
sœurs, était aimé de Jésus, Jésus reste en effet encore deux jours à l’endroit où il était avant de se
mettre en chemin vers Béthanie. De plus, il se contente de déclarer que : Cette maladie n'aboutira pas
à la mort, elle servira à la gloire de Dieu: c'est par elle que le Fils de Dieu doit être glorifié.

La sollicitation d’une intervention de Jésus en faveur de Lazare, malade, constitue le seul


programme narratif de cet épisode. Cette maladie est en fait le ressort qui fait partir le récit. La réponse
de Jésus ne clôt pas le programme narratif mais le laisse ouvert jusqu’à la fin de l’épisode quand il
intervient sur Lazare. Avant le retour à la vie de Lazare, le narrateur fera alors défiler des personnages
qui convergeront vers Jésus. Par leurs positionnements face à la maladie et la mort d’une part et à la
personne de Jésus, résurrection et vie, de l’autre, le narrateur amène le lecteur non seulement à la
compréhension de l’identité de l’envoyé de Dieu, mais, à croire dans le Fils de Dieu.

Deuxième scène vv. 7-16 : Dialogue entre Jésus et les disciples


Quand finalement Jésus decide d’aller en Judée avec les disciples, s’instaure entre eux un dialogue
qui n’est pas exempt de malentendus. Dans ce dialogue, les disciples rappellent à Jésus les risques
qu’il court en décidant de retourner en Judée, car on cherche à l’arrêter et à le lapider Jn 10,31-39. En
revanche, Jésus insiste sur la nécessité pour lui d’accomplir la mission que le père lui a assignée. C’est
pourquoi résolument il est décidé à aller au devant de ses détracteurs. À cette insistance de Jésus,
Thomas encourage le groupe à s’unir au sort de Jésus.

Le premier malentendu avec ses disciples apparaît quand Jésus parle de sommeil à propos de la mort
de Lazare, les disciples comprennent, en effet que Lazare dort, c’est-à-dire qu’il se repose et, en
conséquence, qu’il va guérir. Mais, Jésus précise que Lazare est bien mort et il se réjouit de cette
mort, car elle est dans l’intérêt des disciples : afin qu’ils croient…et que lui soit glorifié. Le retard que
Jésus a pris avant d’aller en Judée fait donc partie du dessein de Dieu. Mais en parlant du sommeil -
mort de Lazare et le danger d’aller en Judée, le récit laisse entrevoir la mort prochaine de Jésus.
L’insistance sur l’importance et la nécessité de rejoindre Lazare, est donc une décision de Jésus d’aller
au devant de sa propre mort.

Troisième scène vv. 17-27 : Rencontre entre Jésus et Marte

Marthe, ayant appris que Jésus, venait se dissocie du groupe formés par les soeurs et les juifs et
caractérisé par le deuil, et elle va à la rencontre de Jésus C’est encore elle qui prend l’initiative
d’aborder Jésus. Elle lui exprime son regret et sa confiance. Le regret de n’avoir pas été là,
certainement Jésus serait intervenu pour libérer son frère de l’emprise de la maladie, le sauvant ainsi
de la mort. Mais sans rien solliciter, elle confesse sa foi connaissance en Jésus thaumaturge, elle dit
reconnaître l’étroite relation qui unit Jésus à Dieu, au point que Dieu, ne peut rien refuser à Jésus. Bien
que tardive la présence de Jésus est toujours motif de tous les espoirs. Jusqu’à ce niveau nous ne
sommes pas en droit de dire que Marthe demande implicitement à Jésus de ressusciter Lazare, parce
juste après elle dit savoir que son frère ressuscitera à la résurrection, au dernier jour.

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Devant cette foi juive, Jésus évoque la résurrection, mais il se présente lui-même comme la
résurrection et la vie, révélant ainsi sa propre identité à Marthe : VEgw, eivmi h` avna,stasij kai. h`
zwh,\
Après l’affirmation de Jésus sur lui-même, contrairement à ce que dit Moloney, il me semble que
Marthe bascule de la simple connaissance : Oi=da à la foi v.27 evgw. pepi,steuka Du savoir on passe
au discours de la foi. Le verbe croire est repris deux fois. Une première fois dans la bouche de Jésus
sous forme d’une interpellation. Crois-tu cela ? Une seconde fois dans la bouche de Marthe, comme
réponse à l’interpellation de Jésus. Marthe passe d’un savoir sur un événement à venir à un « croire »
en celui qui se révèle comme étant la Résurrection. Car si le savoir ne donne pas la vie, la foi en celui
qui est la Résurrection permet, dès maintenant, l’accès à une vie que même la mort ne peut atteindre.

Si Jésus s’est placé au centre de son autorévélation, en utilisant l’ego eimi, Marthe se place en
position de croyante dans une affirmation non générale mais personnelle et qui l’engage evgw.
pepi,steuka. L’emploi du parfait, exprime la permanence dans l’acte de croire. La permanence de
l’adhésion à la personne Jésus triplement confessé : 1.tu es le christ.2 le fils de Dieu.3. Celui qui vient
dans le monde. La triple confession de Marthe représente une phase bien avancée de son adhésion à
Jésus.
Si son doute du v.39. Seigneur, il sent déjà peut étonner, il ne peut, cependant, être considérer
comme une certaine régression de sa foi. En revanche, il est à mettre sous le compte du phénomène de
dramatisation, qui contribue à nourrir le suspense du récit et à alimenter la curiosité du lecteur.

Quatrième scène vv. 28-37 : Rencontre entre Jésus et Marie (et les juifs qui l’accompagnent dans
le deuil)

Alors que le dialogue de Jésus avec Marthe est plus long v 21-28, celui avec Marie
considérablement court. Au total, Marie ne dit qu’une seule phrase. v.32 Ce dialogue à tout l’air d’une
transition. Il trouve, cependant, tout son sens dans le parallélisme que le narrateur a voulu souligner
entre ces deux sœurs. Ce parallèle montre bien deux attitudes face à la mort devant Jésus

Les deux soeurs rencontrent Jésus au même endroit et lui adressent des paroles en partie
identiques. Marie ne reprend qu’une partie du discours de sa sœur : Seigneur, si tu avais été ici, mon
frère ne serait pas mort v.32 et elle reste là. Moloney dit que l’idée que Marthe a de Jésus, faiseur de
miracles, ne se retrouve pas dans la bouche de Marie. À mon avis, comme Marthe, Marie en croyant
que la présence de Jésus aurait sauvé son frère de la maladie, Marie croit aussi dans la capacité de
Jésus de faire de miracles.
À l’idée de Moloney, selon laquelle, c’est Marie, et non Marthe, qui accepte que Jésus est la
résurrection et la vie, ici aussi, le texte ne permet pas une telle affirmation. Marie, en effet, affirme
simplement sa confiance inconditionnelle dans le pouvoir de la présence de Jésus On note aussi que
dans le dialogue avec Marie, si dialogue il y a, Jésus ne renouvelle pas sa révélation, comme étant lui,
la résurrection et la vie. L’occasion n’est donc pas donnée à Marie, d’exprimer explicitement jusqu’où
va son adhésion à Jésus.

Seuls, les éléments que le narrateur nous donne peuvent nous orienter : L’onction mentionnée au v.2
comme prolepse de l’onction de Béthanie Jn 12,1-11 où Jésus lui-même justifie le comportement de
Marie, car ce geste dit-il est fait « pour le jour de mon ensevelissement ». Marie a, certes, accompli un
rite de deuil, mais c’est sur Jésus vivant et non sur un cadavre. Avec ses gestes Marie a confessé la
résurrection, d’où l’importance du geste au point que le narrateur s’en sert pour présenter Marie.
Quand sa sœur lui fait part de l’appel du maître, c’est avec empressement que Marie, se précipite à la
rencontre de Jésus. Et elle tombe à ses pieds e;pesen auvtou/ pro.j. Le geste de tomber à ses pieds peut
exprimer la douleur de Marie, mais aussi l’adoration. Beaucoup d’éléments dans les textes placent,
cependant, Marie plus du côté du deuil que de l’adoration. Le narrateur en effet concentre des motifs
de deuil, de mort et des pleurs dans ses références à Marie ; d’abord au debut du récit dans la référence
à l’onction. Et après quand le narrateur revient sur le personnage de Marie, il le revêt d’habits de
pleureuse et de deuil en compagnie des juifs venus la consoler et qui pleurent avec elle.

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Ce sont donc les pleurs et la tristesse de Marie et des juifs qui éveillent en Jésus, non la colère
et de mécontentement, mais le trouble et la tristesse et lui donne l’occasion de pleurer devant cette
énigme de la mort humaine, par laquelle lui-même s’apprête résolument à passer. N’est-il pas aussi
vrai homme !

Cinquième scène : v 38-44 : Jésus devant le tombeau de Lazare

En détaillant les faits et gestes de chaque futur témoin du signe que Jésus va accomplir, le
narrateur a pris le soin de préparer la venue de tous au tombeau. Arrivé devant le tombeau Jésus
demande qu’on enlève la pierre. C’est alors que le narrateur fait intervenir Marthe pour augmenter le
suspens : seigneur, il sent déjà, c’est le quatrième jour. Tous les signes de la mort sont là, et toute
l’attention se concentre sur Jésus.
L’efficacité de la parole de Jésus est mise en valeur. Le narrateur signale que c’est avec une voix forte
que Jésus appelle Lazare par son non à venir dehors. Grâce à cette parole, le mort va revivre.

Sixième scène vv. 45-54 : La mort de Jésus est décidée

Les gestes, signes et paroles de Jésus dans l’évangile de Jean ne sont pas interprétés de la
même façon par tous, comme nous l’avons vu dans Jn 9 devant le signe de Jésus sur l’aveugle de
naissance. Ici aussi, on trouve cette division, d’un côté, beaucoup de juifs crurent en lui après avoir vu
ce que Jésus avait fait, et de l’autre, une partie est allée rapporter le déroulement des faits aux
pharisiens. Les grands prêtres et les pharisiens informés de la résurrection de Lazare, en conclurent
que Jésus représentait un danger pour toute la nation. Il vaut mieux, alors pour Caïphe, le grand prêtre
cette année-là, qu’un seul meure plutôt que tout le peuple. Le narrateur interprète les paroles de Caïphe
comme une prophétie, dans le sens d’une vérité qui dépasse l’intention même de Caïphe. La mort de
Jésus n’est pas le simple résultat d’une décision humaine, elle a une dimension prophétique et salutaire
pour tous. En effet la mort de Jésus sauvera tout un peuple. Bien plus, elle permet l’unité de tous les
enfants de Dieu dispersés.v.52

Les paroles de Caïphe et du narrateur vv.49-52 sur la mort de Jésus renvoient à l’explication
de la mort de Lazare donnée par Jésus à ses disciples au v.4. Si la mort de Lazare n’a pas abouti à la
mort mais a été pour la gloire de Dieu, la mort de Jésus débouchera sur la vie d’une multitude et Jésus
lui-même sera glorifié. Ces paroles font une inclusion d’un récit de résurrection qui se termine avec la
décision de la mort de Jésus.

Intrigue de résolution

Le manque est posé d’entrée, dès le premier verset. Lazare est malade. Et c’est ce qui fait
démarrer le récit. La complication va grandissante au cours de l’épisode. Car, le manque est décrit
comme une détresse de plus en plus extrême et irréversible. Lazare est malade v.1, puis mort v.14
enterré depuis quatre jours v.17 enfin en état de composition. C’est précisément quand il atteint son
point culminant que le manque est comblé. À l’appel de celui qui s’est présenté comme la
résurrection et et la vie Lazare sort du lieu de la mort. Il passe de la mort à la vie. L’intrigue de
résolution sur le miracle du passage de la mort à la vie est en réalité déjà une intrigue de révélation de
la résurrection et la vie. Le miracle comme signe est une occasion même de la révélation de celui qui
désormais se désigne Résurrection et vie.

Intrigue de révélation de Jésus :

Tout le récit est centré sur Jésus Dans chaque séquence il est le personnage principal. Présent
du début a la fin du récit et révèle chaque fois une facette de son identité, comme on peut le noter dans
ces séquences :

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Dans la séquence avec Marthe : quand Jésus affirme que Lazare ressuscitera, Marthe comprend cela
à partir de sa foi juive, c’est ainsi qu’elle parle de la résurrection au dernier jour. Jésus se place, alors,
au centre de la révélation VEgw, eivmi h` avna,stasij kai. h` zwh,\ avec un ego eimi utilisé au sens
absolu qui est une référence directe au nom de Yahvé.
La résurrection qui surviendra au dernier jour et sera l’occasion du jugement final de Dieu, n’est plus
un événement que l’on doit attendre. La résurrection est là, présente en Jésus. La résurrection c’est lui.
Elle est anticipée et actualisée, maintenant et déjà, et donc en lui Jésus, le jugement de Dieu a lieu.

Dans la séquence avec Marie, Jésus n’apparaît plus en maître de la vie, il se trouble, il verse des
larmes, il frémit. Lui qui vient de se proclamer maître de la mort. En s’approchant de la mort de
Lazare, annonce de la sienne, en voyant les marques de deuil, Jésus est entraîné lui aussi dans ces
manifestations propres à l’homme face à l’épreuve de la mort. Ce trouble pourrait signifier qu’il
éprouve face à la mort, le sentiment de tous les humains, il apparaît en vérité comme un homme.

Dans la séquence devant Lazare, c’est un Jésus qui est maître de la scène. Il manifeste son autorité
sur les témoins de la scène en donnant des ordres, Enlevez cette pierre v. 39. Déliez-le et laissez-le
aller! v. 44.
Par sa prière il dévoile, le Père dont il est l’envoyé, et avec lequel il se révèle être en profonde intimité
et communion. En conférant à Jésus son autorité pour réveiller Lazare, Dieu atteste qu’il reconnaît
Jésus pour son Fils unique et il le glorifie.
C’est alors, faisant de Lazare un interlocuteur, Jésus l’invite à venir dehors dans une intervention
brève et efficace. Lazare sort parce que la Parole de Jésus fait vivre. evxh/lqen o` teqnhkw.j. Le mort
est « réveillé » parce qu’il a entendu la parole de Jésus. En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient
- et maintenant elle est là - où les morts entendront la voix du Fils de Dieu et ceux qui l'auront
entendue vivront. Jn 5, 25.
Le sens et le but du signe que Jésus va accomplir sont révélés d’avance : à cause de cette foule…afin
qu’elle croie. Afin qu’elle croie que si un mort est appelé à la vie, c’est qu’un événement imprévisible
et incroyable a lieu. Le dernier jour, attendu et craint, jour de résurrection et de jugement, est
désormais réalité présente dans Jésus, résurrection et vie. La vie qui appartient au Père est remise au
Fils qui peut la donner.