Vous êtes sur la page 1sur 155

Résumé

Alors que la revue actuarielle des provisions pour sinistres n'était jusqu'à aujourd'hui qu'un exercice interne que
nous partagions avec les Commissaires aux comptes et qui permettait de s'assurer que ces montants étaient
suffisants pour faire face à nos engagements, Solvabilité 2 va rendre ces calculs obligatoires et nous amener à en
publier les résultats.
Les conclusions seront d'une grande importance car la marge entre la provision comptable et le Best Estimate
sera admise dans les capitaux qui viendront en couverture de la solvabilité.
Sur les branches qui se liquident rapidement, comme les sinistres matériels ou bien les sinistres corporels
"légers", les méthodes classiques basées sur les triangles (Chain Ladder) donnent des résultats très concluants.
En revanche, sur la branche Auto RC Corporel qui se liquide en plusieurs années et qui représente 60% de nos
provisions, nous obtenons des résultats très différents selon que nous appliquons la méthode sur les triangles de
règlements ou bien sur le triangle de la charge des sinistres.
Si bien qu'une pratique usuelle revient à souvent considérer la dernière évaluation du gestionnaire sinistre
comme meilleure estimation pour les sinistres graves.
Nous chercherons donc dans ce mémoire à tester des méthodes statistiques alternatives, afin de conforter ou bien
écarter les résultats obtenus par les méthodes classiques.
Attention, ce mémoire ne traitera pas les calculs liés à la volatilité des provisions et à la mesure du risque de
provisionnement sur un an. Il convient de procéder dans l'ordre ; ces calculs de volatilité pourront faire l'objet
d'une étude ultérieure afin d'obtenir les facteurs de volatilité propres à l'entreprise (les USP, pour Undertaking
Specific Parameters)
Avant d'appliquer les méthodes, nous chercherons d'abord à partir des informations dont nous disposons à
déterminer l'inflation qu'ont subie les sinistres et nous retraiterons et actualiserons les montants afin d'obtenir une
base homogène en euros constants (mise en as-if).
Nous appliquerons la méthode classique basée sur les triangles et nous nous servirons de ses résultats comme
base de comparaison.
Ensuite nous testerons deux méthodes alternatives et originales.
La première commence à se faire connaître sous le nom des matrices de transition. Elle s'appuiera sur la
distribution du nombre de sinistres répartis par tranches de coût.
La seconde méthode est issue des travaux de la MAAF, elle s'appuie sur la recherche pour chaque année de
survenance et pour chaque année d'inventaire de la loi de distribution théorique qui caractérise le mieux les
sinistres.
Ces deux nouvelles méthodes apporteront des résultats sensiblement proches de ceux obtenus classiquement.
Ils apporteront surtout un regard différent et une analyse plus précise de la distribution des sinistres et de son
évolution dans le temps.
Elles trouvent cependant des limites, notamment sur l'estimation de la charge des sinistres des années de
survenance les plus anciennes.

Mots clés :

Solvabilité 2 – PSAP - Best Estimate - Sinistres graves – Chain ladder – Actualisation – Inflation – Euros
constants – As if – Retraitements - Matrices de transition – nombre et coût moyen – lois de distribution –
Adéquation de loi – tests d'adéquation - Lognormale – Pareto – GPD - Pareto bornée

2 / 155
Abstract

While actuarial estimation of outstanding loss was only an internal exercise we shared with Auditors and wich
helped to ensure that these amounts were sufficient, Solvency 2 will make the calculations required and will lead
us to publish the results.
Results will be very important because the margin between the booked outstanding and the best estimate will be
integrated in the capital in order to cover the solvency.
On the lines of business that develop quickly, such as property damage and small bodily injury claims, the
traditional methods based on triangles (Chain Ladder) give very good results.
However, the MTPL line of business develops on several years and represents 60% of our provisions, we get
very different results depending on whether we apply the method on triangles of paid claims or on triangles of
incurred claims.
So a common practice is to consider the final assessment of the claim manager as the best estimate for the large
claims.
We therefore seek in this paper to test alternative statistical methods to consolidate or not the results obtained by
conventional methods.
Be careful, this paper will not deal with the calculations related to the volatility of reserves and the measure of
the risk of reserving in one year. These calculations of volatility could lead to further study to obtain the
volatility factors specific to the company (well-known as USP, for Undertaking Specific Parameters)
Before applying the methods, we will first look at the available data to determine the inflation experienced by the
incurred claims and we will update their amounts in order to obtain consistent amounts in constant euros (set as-
if)
Second we will apply the classical method of reserving based on triangles (Chain Ladder) and we will use the
results as a basis for comparison.
Then we will test two alternative and original methods.
The first method is known as the transition matrix. It will be based on the distribution of the number of claims in
incremental classes of cost.
The second method comes from the studies of the MAAF and is based on the research for each underwriting year
and for each development year of a probability distribution that best characterizes the claims.
These two new methods provide results quite close to those obtained conventionally.
They will especially bring a different look and a more accurate distribution of losses and its evolution over time.
There are limits, however, especially on the estimation of incurred claims for old underwriting years.

Keywords :

Solvency 2 – Outstanding claims – Best Estimate - Large claims – Chain Ladder – Discounting – Inflation –
constant euros - Transition matrix – claims number and average cost – probability disrtibution - goodness of fit -
Fit Testing - Lognormal - Pareto - GPD - bounded Pareto

3 / 155
Remerciements

Je tiens à remercier tout particulièrement Sophie Landais, Responsable de la Gestion Actif – Passif au sein de la
Direction de la Stratégie Financière, de m'avoir accompagné et de m'avoir conseillé tout au long de la réalisation
de ce mémoire.

Je remercie Sophie Beuvaden, Directeur Financier du Groupe Covéa et Olivier Le Borgne, Directeur de la
Stratégie Financière de GMF Assurances de m'avoir accueilli dans l'entreprise.

Je remercie également (par service et par ordre alphabétique) :

- de la Gestion Actif – Passif


o Jean-Philippe Constantin
o Karine Désira
o Céline Escribano
o Manuela Nogueira
o Isabelle Steinbach
- de la Prévision de résultat
o Alain Bodin
o Jean-François Bécar
o Hélène Grelou
- de la Trésorerie
o Tom Lavi
o Yolande Marc
o Catherine Poiret
- De la Direction Comptable
o Martine Chouchane
- de la Direction des Sinistres, pôle 3CS
o Luc Debert
o Florence Ferraro
- De la Direction des sinistres, pôle sinistres corporels importants
o Isabelle Meunier

4 / 155
Table des matières

INTRODUCTION................................................................................................................................................. 7
PARTIE I - PRESENTATION DE LA GESTION DES SINISTRES CORPORELS IMPORTANTS ........ 9
1. LA GESTION DES SINISTRES A GMF ASSURANCES ..................................................................................... 9
2. LE CALCUL DES DIFFERENTES PROVISIONS .............................................................................................. 12
3. LE CADRE REGLEMENTAIRE DE L'INDEMNISATION DES SINISTRES ............................................................ 14
PARTIE II - ANALYSE DESCRIPTIVE DES SINISTRES AUTOMOBILES RC CORPORELS ........... 18
1. LE POIDS DES SINISTRES GRAVES ............................................................................................................. 18
2. EVOLUTION DE LA SINISTRALITE ............................................................................................................. 19
3. PRESENTATION DES DONNEES .................................................................................................................. 20
4. PROBLEMATIQUE DES RENTES ................................................................................................................. 23
5. DETERMINATION DU SEUIL ...................................................................................................................... 26
6. LES TRIANGLES........................................................................................................................................ 31
7. ANALYSE DE LA DISTRIBUTION PAR CLASSES .......................................................................................... 35
8. MESURE DE LA DISPERSION DE LA CHARGE SINISTRES ............................................................................. 46
9. PRESENTATION DE 4 SINISTRES TRES GRAVES (SUPERIEURS A 1 M€) ....................................................... 48
10. CONCLUSIONS ......................................................................................................................................... 49
PARTIE III – RETRAITEMENT DES MONTANTS EN EUROS CONSTANTS ...................................... 50
1. INTRODUCTION ........................................................................................................................................ 50
2. EVOLUTION DU COUT DES SINISTRES A PARTIR DES TRIANGLES DE SINISTRALITE GMF .......................... 51
3. EVOLUTION DU CAPITAL CONSTITUTIF EN FONCTION DU COUT HORAIRE DE LA TIERCE PERSONNE ET DU
TAUX TECHNIQUE ............................................................................................................................................... 57
4. ETUDE DE LA FFSA ET DU GEMA SUR LES SINISTRES CORPORELS AUTOMOBILE.................................... 60
5. ETUDE DU REASSUREUR SECURA POUR LE GEMA SUR LES SINISTRES CORPORELS AUTOMOBILE ........... 64
6. SYNTHESE DES DIFFERENTES VALEURS REPERTORIEES SUR L'EVOLUTION DU COUT DES SINISTRES ......... 67
7. PROPOSITION D'UN MODELE D'EVOLUTION DU COUT DES SINISTRES ........................................................ 68
PARTIE IV – APPLICATION DE LA METHODE CHAIN LADDER........................................................ 78
1. INTRODUCTION ........................................................................................................................................ 78
2. BREF RAPPEL SUR LA METHODE CHAIN LADDER ..................................................................................... 78
3. APPLICATION AU TRIANGLE TOTAL.......................................................................................................... 80
4. APPLICATION AUX SINISTRES NON GRAVES (<75K€)............................................................................... 81
5. APPLICATION AUX SINISTRES GRAVES (>75K€)....................................................................................... 82
6. COMPARAISON ENTRE LES CALCULS SUR LES TRIANGLES TOTAUX ET LES TRIANGLES SCINDES GRAVES ET
NON-GRAVES...................................................................................................................................................... 83
7. APPLICATION SUR LES MONTANTS ACTUALISES PUIS INFLATES POUR LES SINISTRES GRAVES (>75 K€) .. 84
PARTIE V –METHODE DES MATRICES DE TRANSITION .................................................................... 85
1. INTRODUCTION ........................................................................................................................................ 85
2. PRESENTATION DE LA METHODE .............................................................................................................. 85
3. CONSTRUCTION DES MATRICES DE TRANSITION....................................................................................... 87
4. RESULTATS DE LA METHODE SUR LES MONTANTS EN EUROS CONSTANTS 2009 ....................................... 93
5. RESULTAT DE LA METHODE POUR LES SINISTRES GRAVES (>75 K€) APRES INFLATION ............................ 96
6. BACKTESTING.......................................................................................................................................... 98
7. CHOIX DU COUT MOYEN PAR TRANCHE.................................................................................................. 105
8. AUTRES INTERETS DE LA METHODE ....................................................................................................... 108
PARTIE VI – METHODE BASEE SUR LES PARAMETRES DE LOIS ET LEUR PROJECTION..... 114
1. INTRODUCTION ...................................................................................................................................... 114
2. VARIANTE PROPOSEE ............................................................................................................................. 115
3. TENDANCE A LA DEFORMATION DE LA DISTRIBUTION DES SINISTRES .................................................... 115
4. ADEQUATION DE LOI – RAPPELS DE STATISTIQUES ................................................................................ 116
5. APPLICATION DE LA LOI LOGNORMALE.................................................................................................. 127
6. APPLICATION D'AUTRES LOIS : PARETO ET GPD.................................................................................... 136

5 / 155
7. APPLICATION DE LA LOI DE PARETO BORNEE......................................................................................... 137
8. PROJECTION DU PARAMETRE DE LOI, DU COUT MOYEN, DES NOMBRES ET DE LA CHARGE ULTIME ......... 145
9. RESULTATS OBTENUS ............................................................................................................................ 148
PARTIE VII – SYNTHESE ET OUVERTURE............................................................................................. 150
1. SYNTHESE DES RESULTATS OBTENUS PAR LES 4 METHODES .................................................................. 150
2. TABLEAU DES AVANTAGES ET INCONVENIENTS ..................................................................................... 151
3. PRINCIPAUX DEFAUTS DE CES METHODES ET OUVERTURE ..................................................................... 152
4. RECOMMANDATIONS ............................................................................................................................. 153
5. OUVERTURE VERS D'AUTRES METHODES ET D'AUTRES PROBLEMATIQUES PROCHES .............................. 153
BIBLIOGRAPHIE............................................................................................................................................ 154

6 / 155
INTRODUCTION
L'assurance automobile est véritablement aujourd'hui une industrie de masse : les processus de gestion des
sinistres sont bien rôdés et les risques sont contrôlés.
Le risque de l'assureur automobile se situe dans la gestion de la charge des sinistres afin de déterminer au mieux
la charge ultime et donc la prime.
La mécanique mise en place s'appuie sur une estimation et une évaluation du sinistre avant d'arriver à son
règlement complet, dit "à l'ultime". Sont alors constituées des provisions techniques. Tout l'enjeu sera d'en
prévoir les montants, au moins suffisants et mieux encore au plus juste.

La question du provisionnement est dictée par l'approche prudentielle du Code des Assurances : les provisions
techniques doivent être suffisantes pour le règlement intégral de leurs engagements vis-à-vis de leurs assurés
(Article R331-1). Cette prudence est de mise, elle implique alors l'existence de marges de sécurité dans le
provisionnement. Jusqu'à présent ces marges n'étaient pas mises en évidence mais leur existence suffisait à
l'assureur, à ses Commissaires aux comptes et à l'Autorité de Contrôle Prudentiel pour valider sa position en
regard de ses engagements.
Dorénavant avec l'avènement de Solvabilité 2 et ses principes de valorisation en juste valeur, les assureurs
devront présenter toutes les marges disponibles pour couvrir leur besoin de solvabilité, notamment ces marges de
provisions, différence entre les provisions comptabilisées et les provisions valorisées en Best Estimate.

On retrouve également le besoin de valorisation en juste valeur des éléments du bilan pour les opérations de
rapprochement, de fusion ou bien d'acquisition de sociétés d'assurances. Pour les achats ou les échanges de titres,
les sociétés d'assurance doivent alors être valorisées, les marges de provisions doivent être prises en compte dans
la valeur des titres de la société.

Si les sinistres matériels et les sinistres corporels de faibles montants et de courtes durées ne posent pas de soucis
particuliers en termes de provisionnement, il en est tout autre pour les sinistres graves, qui présentent des
montants importants et qui sont réglés sur plusieurs années : l'incertitude générée par les sinistres graves est la
principale source d'incertitude dans l'estimation de la charge et le provisionnement.

GMF Assurances présente un portefeuille de 2,7 millions de véhicules assurés. Notons que la population de son
portefeuille est particulière, il s'agit des fonctionnaires et employés de l'état et ne sera pas un échantillon
représentatif de la population totale, notamment en termes de comportement sur la route. On dénombre ces cinq
dernières années environ 17.000 sinistres corporels en RC par survenance et environ 250 sinistres graves (dont le
coût dépasse 150 K€)

D'un point de vue pratique, une base de données des sinistres a été constituée : l'historique depuis 1996 des
données individuelles de sinistres a été désarchivé et mis à disposition dans une base de données. La matière
nécessaire à une étude statistique est donc présente.

Une première lecture des chiffres fait ressortir quelques éléments importants : pour une année de survenance, les
sinistres corporels graves représentent 1% des sinistres corporels en nombre et 50% en montant. Sur le stock de
provisions, les sinistres graves représentent 80% du montant. Il s'agit donc d'un enjeu de première importance.
Nous verrons également que l'essentiel de l'incertitude se situe autour de ces sinistres graves.

7 / 155
L'objet de cette étude sera alors de chercher à calculer les provisions des sinistres graves en vision dite "Best
Estimate" ; nous appliquerons la méthode classique Chain Ladder et nous testerons deux méthodes alternatives.

Ce mémoire suivra le raisonnement suivant : avant de nous attaquer directement aux méthodes statistiques et aux
projections, nous prendrons le temps de poser le cadre et d'analyser les données. Dans le premier chapitre nous
poserons d'abord le cadre de la gestion des sinistres graves en RC Automobile, en partant d'un exemple concret
de sinistre puis en exposant les règles de calcul des provisions. Nous effectuerons dans le deuxième chapitre une
analyse descriptive des sinistres survenus entre 1996 et 2009 afin de bien comprendre comment les sinistres se
répartissent par classe de coûts et quelle évolution dans le temps cette répartition présente. Cela permettra de
mettre en avant les problématiques de variabilité et de prévisibilité.
Dans le troisième chapitre, nous verrons pourquoi il peut être nécessaire de retraiter les montants avant
d'appliquer certaines méthodes et de les passer en euros constants afin d'avoir un ensemble de données
homogènes. Nous mettrons en particulier en avant que l'évolution du coût des sinistres est dû certes à l'inflation
des prix mais également et ce pour une part très importante au taux technique utilisé pour les calculs de capitaux
constitutifs de rentes viagères.
Dans le quatrième chapitre, nous appliquerons la méthode classique Chain Ladder et nous proposerons quelques
variantes simples : avant ou bien après actualisation des montants, sinistres graves et non-graves mélangés ou
bien séparés.
Alors nous pourrons tester deux méthodes alternatives. Dans le cinquième chapitre, nous développerons une
méthode basée sur les matrices de transition, qui permet de suivre l'évolution des sinistres par classe de coûts, de
pister les sinistres dont les coûts varient fortement et de projeter ce genre de phénomène.
Dans le sixième chapitre, nous appliquerons une variante à la méthode proposée par nos collègues de la MAAF.
Il s'agit de trouver la loi de distribution théorique qui se rapproche le plus de la distribution empirique des
sinistres, pour chaque année de survenance et pour chaque année de développement, de mesurer l'évolution dans
le temps de la distribution des sinistres et d'en projeter la tendance.
Et pour conclure, nous proposerons une synthèse des résultats obtenus et un regard critique aussi bien sur la
pertinence de ces méthodes que sur leur efficacité.

8 / 155
PARTIE I - Présentation de la gestion des sinistres corporels importants

Pour résumer :
• Dans ce chapitre, nous allons présenter comment se déroule un sinistre important dans le temps.
• Nous verrons comment sont calculées les différentes provisions
• Nous verrons quels sont les liens entre le cadre juridique et les enjeux économiques, notamment
en ce qui concerne la problématique du taux d'actualisation (ou barème de capitalisation)

1. La gestion des sinistres à GMF Assurances

Présentation d'un exemple de suivi d'un sinistre grave

Voici le cas présenté selon la chronologie des évènements :

28.01.2010 : Survenance du sinistre

Il s'agit d'un sinistre particulièrement grave : suite à une glissade sur une plaque de verglas, le véhicule heurte le
fossé ; un bébé de 2 mois est sévèrement touché : il est dans le coma et souffre d'un double traumatisme crânien.

29.01.2010 : Déclaration du sinistre

Le sociétaire déclare le sinistre.


Le sinistre est référencé par son numéro de sinistre : Y4.10.20.07.69
Une fiche d'information et une fiche médicale sont immédiatement envoyées.
- Ces fiches sont obligatoires
- Elles sont envoyées à toutes les victimes
Le dossier est ouvert avec pour information "IP probable". L'évaluation forfaitaire est de 48 K€

17.02.2010 : Retour par courrier des fiche d'information et fiche médicale

Les fiches sont reçues au centre de gestion.


Elles sont envoyées au Service médical.
Le Service médical analyse l'état de la victime et propose une fourchette d'AIPP de 25 à 66 %.
Le Service médical envoie une fiche d'alerte par fax au Centre de Gestion.

19.02.2010 : demande du dossier par le Service des sinistres corporels graves

Le dossier passe en "IP Importante", l'évaluation forfaitaire est alors de 183 K€.

25.02.2010 : Mise à jour de l'évaluation du dossier

Le dossier est étudié par le Service des sinistres corporels graves.


Les postes de préjudice sont passés en revue.
Le dossier est évalué à 4.520 K€.

Organisation du Département Corporels

Le Département Corporels est dirigé par Isabelle MEUNIER.


Il se décompose en 2 groupes :

- Les sinistres corporels graves

Ceux pour lesquels l'AIPP dépasse 50% et/ou bien s'il y a une Tierce Personne viagère.
L'équipe est composée de 2 chargés d'études (Joël CAUQUI et Christian MALEZIEUX) et traite environ 60
dossiers nouveaux par an.

9 / 155
- Les sinistres corporels médians

Ceux pour lesquels le taux d'AIPP est compris entre 20 à 50%, sans TP
L'équipe est composée d'un responsable (Jean-Christophe RIOU) et de 5 gestionnaires. Elle traite environ 450
nouveaux dossiers par an.

Le stock de dossiers non clos est d'environ 2.000 sinistres.

Le parcours "type" et la durée de vie d'un dossier de sinistre corporel grave

Le parcours "type" d'un sinistre corporel grave est le suivant :


- La survenance de l'accident
- L'hospitalisation de la victime
- La période de rééducation
- Le retour à domicile, ou bien le placement en établissement spécialisé
- L'accompagnement

La durée de vie d'un sinistre grave :


- Dans le cas des victimes avec atteintes médullaires, les délais de règlement varient de 3 à 4 ans (5 ans
maximum) ;
- Pour les autres catégories de victimes (traumatisme crânien, état pauci-relationnel, jeunes victimes), les
délais de règlement sont plus longs.

Par exemple, pour une jeune victime, la consolidation des blessures n'intervient pas en général avant 18 ans.
L'indemnisation peut être effectuée sous forme de rente temporaire, puis une rente viagère "prendra le relai" ; en
attendant cette dernière reste en Provisions pour Sinistres A Payer (PSAP).

La clôture du dossier intervient uniquement si l'état médical n'est plus susceptible d'évoluer.

Les intervenants

- les chargés d'études


- les inspecteurs corporels spécialisés (ICS), au nombre de 17 au sein de Covéa AIS
- les médecins corporels importants (en région)
- les avocats spécialisés corporels importants. Sur un réseau de 650 avocats, certains sont labélisés
Corporels Importants.
- Les architectes spécialisés, qui interviennent dans le cadre de l'aménagement du logement de la victime
- Les ergothérapeutes
- Fidélia, dans le cadre de l'assistance en aide humaine
- Le médecin-chef de l'enseigne
- L'ADAMS (l'Agence de Développement des Activités sociales et Médico Sociales)

Les postes de préjudices

Selon la Nomenclature Dintilhac (depuis 2005), il y a 25 postes de préjudices définis.


La liste exhaustive des préjudices est reportée en Annexes (Annexe 1).

Ces postes concernent 2 phases principales :

- l'avant consolidation, soit la phase d'hospitalisation, comprenant les dépenses de santé actuelles (DSA), la Perte
de Gains Professionnels Actuels (PGPA)…

- l'après consolidation, soit le retour à domicile, comprenant les dépenses de santé futures (DSF), la Perte de
Gains Professionnels Futurs (PGPF), l'Assistance Tierce Personne (ATP)…

Il y a bien sûr la victime directe, mais aussi les victimes par ricochet : la famille proche, pour lesquels on prend
en compte les préjudices financiers (patrimoniaux) et les préjudices dits d'affection (extra-patrimoniaux).

Les principaux préjudices, par ordre d'importance en montant de provisions, sont :


- Assistance Tierce Personne (ATP)

10 / 155
- Perte de gains professionnels futurs (PGPF)
- Médicaux (Dépenses de Santé Actuelles et Futures – DSA et DSF)
- Déficit fonctionnel permanent (DFP)
- Déficit fonctionnel temporaire (DFT)

Lorsque la victime se retrouve handicapée, le logement devra être adapté. Il s'agira du préjudice de Frais de
Logement Adapté (FLA). Il ne s'agit pas de financer l'acquisition d'un nouveau logement mais bien d'aménager
le logement aux nouveaux besoins de la victime (sauf lorsque cela devient impossible du fait d'escaliers, de
pentes importantes, de couloirs trop étroits).

L'approche GMF

En termes de provisionnement, la politique GMF est de provisionner de manière la plus prudente (exemple : on
prend le haut de la fourchette d'AIPP ou le nombre d'heures maximum de Tierce Personne)
Si le sinistre s'avère plus grave que prévu, la provision est relvée.

En termes de suivi des victimes, le concept important est celui du Projet de vie.
Il ne s'agit pas de décider pour la victime, mais de l'accompagner, d'être à ses côtés.

En termes de "protection financière" des victimes, ces dernières peuvent être amenées à percevoir des sommes
importantes. Un entourage peu scrupuleux pourrait vouloir récupérer ces montants et les dilapider à d'autres fins.
(Risque de captation et risque de dilapidation)
C'est pourquoi le poste de provisionnement de la Tierce Personne, un poste "vital" pour la victime et de loin le
plus conséquent, est toujours versé en rente.
Souvent, la victime, et notamment la victime d'un traumatisme crânien, peut être placée sous protection juridique
sous contrôle d'un juge des tutelles.

La Maison des Quatre

Covéa AIS a notamment créé le concept novateur de la "Maison des Quatre". Il s'agit d'une solution alternative
du retour à domicile qui consiste à regrouper sous le même toit quatre traumatisés crâniens graves afin de
mutualiser l'aide humaine.
La durée de vie du dossier dépasse en général les 5 ans et taux d'AIPP est autour de 70%.
Pour ces traumatisés crâniens, le handicap est souvent invisible. Le traumatisme crânien se caractérise en effet
par des lésions irréversibles du cerveau, qui persistent à des degrés divers, des déficits neurologiques et
neuropsychologiques (troubles de la mémoire et du comportement, difficultés d'élaboration des stratégies...).
Contrairement à la victime paralysée qui doit se laver mais qui ne peut pas, la victime d'un traumatisme crânien
peut se laver mais ne le sait plus forcément.
Il existe 11 Maisons des Quatre dans la région bordelaise et il en est prévu une quarantaine sur tout le territoire.
En général, une maison est rachetée puis transformée et aménagée en Maison des Quatre. Parfois l'installation
d'un ascenseur peut s'avérer nécessaire.
Financées par Covéa, les Maisons des Quatre sont généralement ouvertes pour une victime gérée par Covéa AIS
et pour 3 ou 4 autres victimes issues de foyers d'accueil, pour des causes diverses : accidents de la route ou bien
accident de la vie. Les résidents participent au loyer et bénéficient en retour de l'infrastructure et de l'aide
humaine. Ce projet a donc une véritable vocation sociale et permet une alternative nouvelle à la réinsertion.

Ce concept est souvent apprécié des victimes car il leur permet une vie sociale, dans un cadre de vie classique, et
surtout avec une autonomie vis-à-vis de leurs parents. (La solution est d'autant plus pérenne si arrive un jour où
les parents ne peuvent plus s'occuper de leur enfant)

Ce concept est difficile et très long à mettre en place, il faut réussir à réunir toutes les conditions pour son bon
fonctionnement : au delà de l'accord des services sociaux et de la recherche du site, le plus délicat est de trouver
des victimes volontaires et aptes à vivre en commun et dont la famille ne s'oppose pas à ce type de placement.

Cf article suivant :
Le quotidien d'une Maison des Quatre, L'Argus de l'assurance, Floriane Bozzo, 27 mars 2009
http://www.argusdelassurance.com/social/le-quotidien-d-une-maison-des-quatre.34507

11 / 155
2. Le calcul des différentes provisions

Calcul de la provision pour l'Assistance Tierce Personne (ATP)

Selon l'âge de la victime et le nombre d'heures de Tierce Personne prévu par jour, on calcule le montant à
provisionner jusqu'à la fin de sa vie.

Il s'agit d'un calcul de rente viagère, selon un taux d'actualisation fixé à 2,43%, une table de mortalité TD 88-90
et un coût horaire d'une Tierce Personne à 15 €/heure.

Pour une année, on compte 400 jours travaillés, afin de prendre en compte les congés.

Dans le cas d'un enfant, l'état n'est pas consolidé avant 18 ans.
On affecte une Tierce Personne pour "surcharge parentale". En effet, sans accident, les parents étaient déjà dans
la configuration de s'occuper de leur enfant, quasiment 24h/24 lorsqu'il est nourrisson. La Tierce Personne sera
affectée à raison de 3 heures par jour. (pour les soins et pour délester les parents)

Retour au sinistre du 28.01.2010 :

De 0 à 3 ans : 3h/jour
Ö 15 €/h * 3 h/jour * 400 jours/an * 3 ans = 54.000 €

De 3 à 7 ans : 6h/ jour


Ö 15 €/h * 6 h/jour * 400 jours/an * 4 ans = 144.000 €

De 7 à 12 ans : 9 h/jour
Ö 15 €/h * 9 h/jour * 400 jours/an * 5 ans = 270.000 €

A partir de 12 ans, on compte 10h/jour et de manière viagère.


La table TD 88-90 et le taux de 2,43% donnent le prix d'un euro de rente à partir de 13 ans de 31,046 €.
Ö 15 €/h * 10 h/jour * 400 jours/an * 31,046 = 1.862.760 €

Total Assistance Tiers Personne = 2.330.760 €

Calcul de la provision pour Perte de Gains Professionnels Futurs (PGPF)

Il s'agit du salaire qu'aurait touché la victime sans avoir eu l'accident.

Pour les jeunes victimes, on considère un salaire médian (1.500 €/mois), que l'on projette viagèrement.

Prix d'un euro de rente à partir de 18 ans : 29,779.


Ö 1500 €/ mois * 12 mois * 29,779 = 536.002 €

En fonction de son âge, si la victime est proche de la retraite, elle aura cotisé aux différents régimes d'assurance
retraite et détiendra un certains nombres de points. Cette information est à prendre en compte lors du calcul de la
provision.

Les taux d'actualisation utilisés

Plusieurs taux d'actualisation des rentes peuvent être utilisés :

- Le taux utilisé par le Service Corporel pour le calcul de l'évaluation (PSAP). Il est fixé à 2,43%.

- Le taux prescrit par le Code des Assurances pour le calcul de la Provision Mathématique des rentes en
service (Article A331-10). Il s'agit de 60% de la moyenne du TME, plafonné à 3,5%. Il vaut 2,17% fin
2009.

- Le taux proposé par les juridictions est celui publié dans la Gazette du Palais. Il vaut 3,2% depuis 2004.

12 / 155
- Le Barème de Capitalisation pour l'Indemnisation des Victimes (BCIV). Ce taux est utilisé lors des
transactions entre assureurs. Il s'agit de la moyenne sur 6 mois du TEC 10. Au 31 octobre 2009, il vaut
3,67%.

- Le taux utilisé contractuellement entre l'assureur et les réassureurs. Il est aujourd'hui de 3%.

Le coût horaire de la Tierce Personne

Il s'agit-là, avec le taux d'actualisation, du paramètre le plus impactant et le plus sensible.

Le coût réel de la Tierce Personne aujourd'hui est d'environ 12/13 €.

Il y a quelques années, les enseignes MAAF et MMA distinguaient les coûts suivants :
- présence active : 13 – 15 €/h
- surveillance : 10 – 12 €/h

GMF ne faisait pas de différenciation et prenait un coût horaire de 15€/h.

Depuis le rapprochement vers Covéa AIS, un seul montant a été retenu, toujours dans un objectif de prudence,
soit un coût horaire unique de la Tierce Personne à 15€/h.

Le coût de la TP est négocié lors d'une transaction ou prononcé par un juge. Une fois la transaction conclue ou le
jugement rendu, la rente est versée à la victime, qui gère après de son côté, en tant qu'employeur.

La variable d'ajustement

Dans les 15 années à venir, l'heure de TP va évoluer à la hausse. La variable d'ajustement permet de tenir compte
de l'augmentation de ce coût sur la durée de gestion restante.
L'hypothèse retenue est de 2% par an avec un maximum de 20% au total.
Elle intervient principalement dans le cas de jeunes victimes.

Cas de la Garantie du Conducteur Responsable :

S'il est le responsable de l'accident, un conducteur blessé ne peut pas être indemnisé au titre de la loi Badinter.
Un contrat spécifique est alors proposé. Il est certes optionnel mais il est très souvent inclus dans le produit
vendu.
En revanche, l'indemnisation est limitée. Selon les Conditions Générales de ce contrat d'assurance, l’évaluation
est faite pour les seuls préjudices prévus au contrat (ATP, PGPA, PGPF, DFP) et selon les règles du droit
commun français, c'est-à-dire selon les mêmes règles que celles appliquées par les tribunaux et qui régissent
l'indemnisation des victimes non responsables.
Ne sont pas notamment pas pris en charge au titre de cette garantie les préjudices personnels tels que Pretium
Doloris, Préjudice d'Agrément, Préjudice Esthétique, Préjudice Moral.
Ainsi, le taux d'AIPP est déterminé par l'expert médical de la compagnie selon le barème indicatif des déficits
fonctionnels séquellaires en droit commun français diffusé dans la revue Le « Concours Médical » (édition
2006).

Plafond de la garantie
Tous préjudices confondus, le plafond est de 1 000 000 € en formules Confort et 500 000 € en formules Eco,
sauf en cas d'alcoolémie et usage de stupéfiant, où l'indemnité, réduite de moitié, ne peut excéder respectivement
500 000 € en Confort et 250 000 € en Eco.

13 / 155
3. Le cadre réglementaire de l'indemnisation des sinistres

AIPP, définition et exemples

l'AIPP (Atteinte à l'Intégrité Physique et Psychique) s'appelait avant l'IPP (Incapacité Permanente Partielle).

Elle est évaluée sous la forme d'un pourcentage d'incapacité et elle concerne la réduction du potentiel physique,
psychosensoriel ou intellectuel dont reste atteinte la victime.

A la consolidation l’AIPP est évaluée lors de l’expertise médicale, et son indemnisation dépend du taux d'AIPP
(ou taux d'IPP) retenu et de l'âge de la victime. Le calcul du taux d'AIPP est fait par un médecin diplômé en
réparation du préjudice corporel par comparaison avec des cas similaires à celui de la victime.

Exemple de taux d'invalidité :

(Extrait du site http://www.association-aide-victimes.fr/AIPP-AAF.htm )


- Perte d'une phalange : Inférieur ou égal à 1 %
- Perte, paralysie d'un doigt ou perte de l'odorat ou d'une partie de la voix : 1 à 5 %
- Perte de l'ouïe d'une oreille ou d'un orteil, genou remplacé par une prothèse : 5 à 10 %
- Perte de tous les orteils, Perte de toutes les dents, Perte de la voix : 10 à 15 %
- Perte du pouce gauche (pour un droitier), Paralysie du visage : 15 à 20 %
- Perte du pouce droit (pour un droitier), Perte de la vision d'un œil : 20 à 25 %
- Perte d'une jambe remplacée par une prothèse, Perte d'un pied : 25 à 30 %
- Perte de la main gauche (pour un droitier) : 30 à 40 %
- Perte de la main droite (pour un droitier), Perte du bras gauche : 40 à 50 %
- Perte du bras droit (pour un droitier), Perte de la jambe, Perte totale de la vue ou de l'ouïe : 50 à 60 %
- Traumatismes très graves : Para ou tétraplégie, Traumatisme crâniens... : 60 à 100 %

Article 1382 du Code Civil - 9 février 1804

"Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à
le réparer."
Cet article est le fondement de la responsabilité civile, du dédommagement et de la réparation.

La Loi Badinter ou Loi du 5 juillet 1985

Robert Badinter, avocat, ancien Président du Conseil Constitutionnel, ancien Ministre de la Justice, a obtenu
l'abolition de la peine de mort.

La loi du 5 juillet 1985, dite Loi Badinter crée un régime spécial d'indemnisation des victimes d'accident de
circulation.
On peut dire qu'elle a révolutionné l'indemnisation des victimes et marque ainsi un tournant majeur.
Elle a pour objectif de faciliter et d'accélérer l'indemnisation des victimes de ces types d'accidents, en les
protégeant particulièrement.
Les dispositions s'appliquent aux victimes d'un accident de la circulation dans lequel est impliqué un véhicule
terrestre à moteur : piétons, cyclistes, mais aussi passagers.

Décret du 8 août 1986

Lors de la conversion totale ou partielle d'une rente, le capital alloué au crédirentier est calculé par application au
montant annuel atteint par l'arrérage, à la date d'application de la décision du juge, du taux de capitalisation de
6,5% et de la table de mortalité MKH.

Le calcul de la Provision Mathématique de rentes

Article A331-10 du Code des Assurances

Le calcul des provisions pour rentes doit être effectué selon la table TD 88-90 et un taux d'actualisation qui ne
peut excéder 60 % du taux moyen des emprunts de l'Etat français calculé sur base semestrielle, sans pouvoir
dépasser 3,5 %.

14 / 155
L'arrêté du 20 décembre 1996

L’arrêté du 20 décembre 1996 a modifié les règles de provisionnement des rentes (utilisation de la table
TD 88-90 et 60% du TME au lieu de la table CR et de 4,75 %)
Pour information, la table CR remonte à 1887, lorsque la Caisse des Retraites adopta une table déduite des
observations portant sur sa clientèle.

Impact
Cet arrêté a eu un impact très important sur les montants provisionnés. Le changement de table couplé à un
changement de taux technique ont conduit à des valorisations des sinistres beaucoup plus importantes.
L'impact est immédiat pour les Provisions Mathématiques (PM), mais également par construction pour les
Provisions pour Sinistres A Payer (PSAP) qui doivent règlementairement être suffisante en regard des
engagements.
Cela a notamment fortement impacté les réassureurs qui ont vu la charge des sinistres fortement augmenter en
1996. Il a été accordé de lisser l'impact sur 3 années.
Il est admis que cette rupture entraîne de ne plus pouvoir considérer les informations antérieures dans le cadre de
projection classique.

La Loi 1974 sur la revalorisation des rentes

Article L421-1 du Code des Assurances

IV.-Le fonds de garantie est également chargé de gérer et de financer, à compter de l'exercice 2003, les
majorations de rentes prévues à l'article 1er de la loi n° 74-1118 du 27 décembre 1974 relative à la revalorisation
de certaines rentes allouées en réparation du préjudice causé par un véhicule terrestre à moteur.

Loi n°74-1118 du 27 décembre 1974 relative à la revalorisation de certaines rentes allouées en réparation du
préjudice causé par un véhicule terrestre à moteur

Sont majorées de plein droit, selon les coefficients de revalorisation prévus à l'article L. 455 du code de la
sécurité sociale, les rentes allouées soit conventionnellement, soit judiciairement, en réparation du préjudice
causé, du fait d'un accident de la circulation, à la victime ou, en cas de décès, aux personnes qui étaient à sa
charge.

Remarque importante :
Il est très probable que dans un avenir proche, le FGAO, du fait des difficultés financières qu’il rencontre, ne
rembourse plus aux assureurs le montant des revalorisations des rentes allouées aux victimes à la suite d’un
accident de la circulation et que cette charge n’incombe aux assureurs.
Ö impact sur les rentes en service (donc sur la Provision Mathématique)
Ö impact sur les rentes potentielles (dons sur les PSAP)

Les derniers projets de réformes législatives

- Proposition de loi Lefrand (16 février 2010)


Caractère obligatoire d'une nomenclature de postes de préjudices indemnisables

- Proposition de loi Béteille (9 juillet 2010)


Une nomenclature et un barème national d'invalidité régulièrement mis à jour.

- Proposition de loi Fourcade (4 août 2011)


Nomenclature unique des postes de préjudice, un barème unique de capitalisation et un barème unique
d'évaluation des atteintes à l'intégrité physique et psychique.

Ces trois dernières propositions de loi n'ont pas abouti.

La Garantie du Conducteur Responsable

Souvent considéré comme le "grand oublié" de la loi Badinter de 1985, la proposition de loi Béteille proposait
d'aligner le sort du conducteur-victime à celui des autres. Le législateur souhaiterait faire passer le conducteur
responsable accidenté au même niveau que les victimes de l'accident prévues par la Loi Badinter.

15 / 155
Plusieurs barèmes de capitalisation : quels sont les enjeux ?

Conversion de rentes en capital : dans quels cas ?

Dans des cas assez rares, une victime peut demander à se faire indemniser sous forme de capital plutôt que sous
forme de rentes.
Pour les postes vitaux pour la victime, comme le besoin en Tierce Personne et les Frais de Soins Futurs, la
pratique retenue par les juges et les assureurs est le versement sous forme de rentes, afin d'éviter le risque de
dilapidation et le risque de captation. Mais il existera toujours des cas où s'exerce une pression forte de
l'entourage.
Pour d'autres postes, comme le préjudice de Perte de Gains Professionnels Futurs, la victime peut souhaiter
recevoir son indemnité sous forme de capital plutôt que sous forme de rentes. La victime peut souhaiter initier un
nouveau départ, en procédant à l'acquisition d'un logement adapté, sans passer par la gestion d'une rente et
l'obtention d'un crédit immobilier.
Ou bien si la rente correspond à un faible montant, l'indemnisation en capital peut s'avérer plus simple à gérer.
Ces différents cas de figures peuvent conduire à devoir convertir le montant d'une rente indemnitaire en un
unique capital.

Dans le cas des tiers payeurs et notamment des organismes sociaux (Sécurité Sociale, Hôpitaux Publics), ces
derniers ont avancé des frais de soins à la victime et demandent remboursement auprès de l'assureur du
responsable. Ils procèdent alors à un recours, venant en déduction des indemnités totales allouées à la victime.
Cela peut conduire à des solutions inéquitables telles que l'épuisement du capital versé à la victime lorsque les
tiers payeurs évaluent leur créance avec un barème de capitalisation qui leur est plus favorable que celui utilisé
pour l'évaluation du capital indemnisant la victime. Des dispositions récentes obligent ces tiers payeurs à une
imputation poste par poste.

Conversion de rentes en capital : comment ça marche ?

Le calcul du capital est opéré à l’aide d'un barème de capitalisation.


Les barèmes de capitalisation reposent sur deux paramètres : le taux d’intérêt et l’espérance de vie escomptée par
une table de mortalité.
Légalement, le barème à correspond au décret du 8 août 1986 suite à la Loi Badinter du 5 juillet 1985. Il est
totalement obsolète et lèse fortement les victimes.
Il est en effet basé sur une table de mortalité de 1960-1964 (table MKH), qui sous-estime l’espérance de vie
actuelle (pour les hommes : 67 ans en 1986 contre 76 ans actuellement ; pour les femmes : 74 ans en 1986 contre
83 ans actuellement) et sur un taux d’intérêt de 6,50%, qui est très élevé au regard des taux actuels (taux légal
3,29% en 2003). Or plus le taux d’intérêt retenu est élevé, plus le capital est faible. Et plus l’espérance de vie est
courte, plus le capital est faible également. On voit bien que ce barème va doublement à l'encontre de l'intérêt de
la victime.
Si l'on prend l'exemple d'une victime de trente ans, l'euro de rente viager, issu du décret du 8 août 1986 est de
14,163, alors qu'il est de 22,925 en appliquant le barème TD 88-90 de l'article A331-10 du Code des assurances,
l'on mesure le gouffre qui sépare l'application des deux barèmes.
Au cours des années, les différentes Cours d'Appel ont progressivement admis de nouveaux barèmes dans les
arrêts rendus.

Conversion de rentes en capital : quel avenir ?

En 2003, le Professeur LAMBERT-FAIVRE a remis un rapport au Ministre de la Justice dans lequel le Conseil
national d’aide aux victimes a exprimé le souhait de voir publié annuellement, sous l’égide des pouvoirs publics,
un barème officiel de capitalisation actualisée d’un taux d’intérêt officiel et des dernières évaluations statistiques
de l’espérance de vie publiée par l’Insee.
Les récentes propositions de loi ont intégré cette demande mais n'ont pas encore abouti.

Les conséquences pour cette étude

Ce sujet nous a permis de mettre en lumière un point sensible que nous reverrons tout au long de ce mémoire : le
coût d'un sinistre dépend de deux paramètres de gestion que sont le taux technique et la table de mortalité.
Le montant d'un sinistre sera alors très sensible à ces deux paramètres et seront fortement impacté à chaque
changement de ces paramètres.

16 / 155
Le taux technique utilisé a été très fortement impacté suite à l'arrêté de 1996. Ensuite il suivra l'évolution et les
fluctuations du taux moyen des emprunts d'Etat (TME).
Nous aurons alors des montants de sinistres qui seront dépendants de ces fluctuations.
Nous aurons l'occasion de calculer l'impact des changements de paramètres, en particulier dans le chapitre où
nous chercherons justement à obtenir une base de montants homogènes en euros constants et donc de nous
affranchir de ces fluctuations.

Plusieurs référentiels d'indemnisation : quels enjeux ?

Les postes de préjudices patrimoniaux ne posent pas de problèmes majeurs d'évaluations des montants, on peut
s'appuyer sur des éléments économiques concrets, comme les dépenses effectuées ou à effectuer.
En revanche, pour les postes de préjudices extra-patrimoniaux, il devient beaucoup plus complexe de quantifier
des montants d'indemnité à accorder à la victime.
Il convient alors d'utiliser un référentiel d'indemnisation, où des montants sont préconisés en fonction de la
gravité des éléments.

Prenons le cas du préjudice pour Déficit Fonctionnel Permanent (DFP). Il s'agit du préjudice lié à la réduction
du potentiel physique, psychosensoriel ou intellectuel. L'évaluation médicale mentionne un pourcentage d'IPP.
On multiplie le taux d'IPP par le prix du point d'IPP. Le prix du point d'IPP est fixé selon les séquelles, le taux
d'incapacité et l'âge de la victime. Plus le taux d'incapacité est élevé, plus le prix du point est élevé. Plus la
victime est jeune, plus longtemps elle devra supporter son déficit, plus le prix du point est élevé.

Ces référentiels sont établis par les Cour d'Appel compétentes. Problème : il y a 22 Cours d'Appel en France, soit
autant de référentiels ! (pas tout à fait car certaines ont adopté un référentiel commun, comme les 7 Cours
d'Appel du Sud-Ouest : Agen, Angers, Bordeaux, Limoges, Pau, Poitiers et Toulouse)
Certaines Cours d'Appel sont réputées pour être plus sévère et ont des barèmes plus élevés, comme celle d'Aix-
en-Provence par exemple. Il y a donc l'opportunité pour l'avocat d'une victime de choisir la Cour d'Appel (en
fonction du lieu de l'accident, de l'adresse de la victime ou du siège de la compagnie d'assurances)

Il y a donc une inégalité de traitement des victimes. Mais elle se heurte au refus de créer un référentiel commun :
les juges souhaitent rester indépendants et souverains de leurs décisions. En face, des organismes professionnels
(FFSA et GEMA) militent pour la création d'un référentiel unique pour plus de lisibilité et d'équité entre les
victimes.

Les conséquences sur cette étude

Cette information aura pour conséquence d'avoir une variabilité géographique du coût des sinistres.
Pour une même gravité donnée, deux sinistres pourront présenter des montants assez différents.
Dans cette étude, nous ne pouvons pas remonter au niveau des postes de préjudices, nous ne traiterons pas cette
problématique. En revanche il est important de garder à l'esprit la non-bijection entre le coût d'un sinistre et sa
gravité.

Articles et rapports

Nous vous proposons en bibliographie des références à des articles de presse et à des rapports officiels qui
reprennent ces deux dernières problématiques toujours d'actualité et qui montrent que les débats sont toujours
ouverts et toujours très sensibles.

17 / 155
PARTIE II - Analyse descriptive des sinistres Automobiles RC Corporels

Pour résumer :
• Dans ce chapitre, nous verrons quels sont les enjeux en nombres et en montants des sinistres de
RC corporels graves
• Nous verrons que les rentes doivent faire l'objet d'une attention particulière
• Nous discuterons autour de la problématique de détermination d'un seuil de gravité
• Nous effectuerons une analyse détaillée par tranches de coût, selon que nous souhaitons suivre
l'évolution par années de survenance ou bien par années de développement
• Nous ferons une première ébauche de l'évolution de la distribution des sinistres dans le temps

1. Le poids des sinistres graves

Dans ce paragraphe, on va mettre en évidence l’importance des sinistres graves en affichant quelques montants
simples mais bien parlant.

A noter :
- les nombres et les montants des diverses survenances seront ceux vus à la fin de l’inventaire 2009
- on considèrera les sinistres graves à partir d’un seuil de 152 K€ (soit 1 MF)
- il s'agit des sinistres ayant dépassé ce seuil au moins une fois durant toute leur gestion

En nombres

Nombres
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Graves 251 270 216 240 223 243 238 261 228 266 295 249 182 124
RCC 24 102 22 986 22 192 21 728 20 591 20 158 18 939 17 205 17 669 17 691 17 203 17 543 16 589 16 232
Auto 480 810 454 255 435 345 449 306 436 004 455 716 468 184 487 599 478 835 474 602 471 782 476 441 473 360 506 612
Poids Graves / RCC 1,0% 1,2% 1,0% 1,1% 1,1% 1,2% 1,3% 1,5% 1,3% 1,5% 1,7% 1,4% 1,1% 0,8%

Les sinistres graves représentent environ 1% des sinistres RC Corporels.

En charge des sinistres

Charge des sinistres (en k€)


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Graves 74 149 76 499 77 629 61 877 60 880 89 566 90 621 105 935 94 471 130 606 118 074 117 608 86 292 79 165
RCC 152 515 151 624 153 832 136 507 132 260 164 445 159 451 168 494 157 853 197 995 188 239 193 822 173 234 187 209
Auto 481 638 466 991 466 245 475 167 463 615 521 217 543 526 551 474 539 503 582 607 573 905 586 379 597 051 721 941
Poids Graves / RCC 49% 50% 50% 45% 46% 54% 57% 63% 60% 66% 63% 61% 50% 42%

En montant, les sinistres graves représentent environ 50% de la charge des sinistres RC Corporels.

En coût moyen

Coûts moyens (en €)


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Graves 295 413 283 329 359 395 257 822 273 004 368 586 380 760 405 882 414 345 491 000 400 250 472 319 474 131 638 426
RCC 6 328 6 596 6 932 6 283 6 423 8 158 8 419 9 793 8 934 11 192 10 942 11 048 10 443 11 533
Auto 1 002 1 028 1 071 1 058 1 063 1 144 1 161 1 131 1 127 1 228 1 216 1 231 1 261 1 425
Poids Graves / RCC 47 43 52 41 43 45 45 41 46 44 37 43 45 55

Le coût moyen d'un grave est environ 40 à 50 fois plus élevé qu'un sinistre RC Corporels.

18 / 155
En stock de provisions

PSAP Totales Dossier/Dossier (en k€) 1 641 999 100%


Auto 1 254 045 76%
RC 1 080 924 66%
RC Corporel 958 619 58%
Graves (>152 K€) 677 466 41%
Non-graves (<152 K€) 178 995 11%
Sinistres antérieurs à 1996 102 157 6%
RC Matériel 122 305 7%
Dommages accidents 69 762 4%
Dommages non-accidents (vol, incendie, bris de glace) 16 929 1%
Assurance du conducteur 77 642 5%
Défense pénale 8 789 1%
Habitation 327 983 20%
Assurances de personnes 57 000 3%
Autres 2 971 0%

Les sinistres graves représentent 41% du stock total de PSAP.

En conclusion, les sinistres graves représentent 1% des sinistres en nombres, mais ils représentent la moitié des
sinistres en montant.
On retrouve bien un équivalent de la loi des 80/20, également appelée loi de Pareto.

2. Evolution de la sinistralité

Nombres et fréquences

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

Portefeuille 2 379 518 2 264 724 2 184 921 2 162 635 2 162 496 2 202 651 2 281 483 2 368 110 2 442 200 2 487 355 2 533 526 2 592 900 2 645 822 2 688 189
Nombres
de sinistres 24 102 22 986 22 192 21 728 20 591 20 158 18 939 17 205 17 669 17 691 17 203 17 543 16 589 16 232
RCC
Fréquences
1,01% 1,01% 1,02% 1,00% 0,95% 0,92% 0,83% 0,73% 0,72% 0,71% 0,68% 0,68% 0,63% 0,60%
RCC
Nombres
de sinistres 251 270 216 240 223 243 238 261 228 266 295 249 182 124
graves
Fréquences
0,011% 0,012% 0,010% 0,011% 0,010% 0,011% 0,010% 0,011% 0,009% 0,011% 0,012% 0,010% 0,007% 0,005%
graves

Nombre et fréquence des sinistres Auto RC Corporels Nombre et fréquence des sinistres Auto RC Corporels Graves

30 000 1,20% 350 0,014%

300 0,012%
25 000 1,00%

250 0,010%
20 000 0,80%
200 0,008%
15 000 0,60%
150 0,006%
10 000 0,40%
100 0,004%

5 000 0,20% 50 0,002%

0 0,00% 0 0,000%
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

Nombre Fréquence Nombre Fréquence

On constate une baisse de la sinistralité corporelle globale, aussi bien en nombres qu'en fréquences.
Cette tendance est en adéquation avec les chiffres de la Sécurité Routière et la baisse de la mortalité et des
accidents de la route ces dernières années.
En revanche, on note d'ores et déjà que les sinistres graves présentent des nombres et des fréquences constants.

A noter la chute des graves en 2008 et 2009. Pour la survenance 2008, il s'agit en effet d'une sinistralité
particulièrement faible constatée cette année-là. Pour la survenance 2009, il s'agit du temps nécessaire pour qu'un
sinistre grave soit considéré et valorisé comme tel.

19 / 155
3. Présentation des données

a. Présentation générale

Les données disponibles

- Au niveau agrégé : nous recevons chaque année les inventaires de gestion, présentant la somme des
montants et des nombres de sinistres par survenance. Cela nous permet chaque année de compléter les
triangles.
Cette source de données s'appuie sur une segmentation par garanties. Mais elle ne permet pas d'obtenir
la séparation entre graves et non-graves.

- Au niveau individuel : nous avons un infocentre fonctionnant sous SAS qui permet d’avoir les
informations au niveau individuel des sinistres :
o Le montant individuel des sinistres au 31/12 de chaque année depuis 1996 : décaissements,
encaissements (les recours) et évaluation
o L’état du dossier : en cours (E) ou terminé (T)
C'est cette source de données qui nous permettra de constituer nos bases de données pour les sinistres
graves, que ce soit pour reconstituer des triangles ou bien pour faire des études descriptives et des
modélisations individuelles.

Les données qu'il serait souhaitable d'avoir

Aujourd'hui le système d'information gère les sinistres et leurs montants au niveau de la garantie.
Pour une analyse plus fine, il serait souhaitable d'avoir les informations suivantes :

- décomposition du coût du sinistre selon les différents postes de préjudices


- paramètres utilisés pour le calcul de l'évaluation : taux d'actualisation, table de mortalité, coût horaire de
la tierce personne
- paramètre de gravité : taux d'AIPP

Les bases de données à venir


- Le projet de Révision du Système d’Information des sinistres (RSI) ne prévoit pas d’approfondir le
périmètre des informations sur les sinistres corporels.

- Base de données BVCI (Base Victimes Corporels Importants)


Cette base est en cours de saisie et n'est pas encore opérationnelle.
Elle ne reprend l'historique qu'à partir de 2007.

- Base de données VICTIMES


Cette base est à l’étude, initiée par la direction AIS – Pilotage (Sylvie Airaud)
L'idée est de créer une base de données qui contiendra toutes les informations relatives aux victimes.

b. La séparation graves / non-graves selon l'état règlementaire B10

Un ancien état règlementaire est toujours produit : il s’agit de l’état B10. Il sert de base pour l'élaboration des
inventaires de gestion.
Il prévoyait notamment de classer les sinistres RC Corporel selon leur gravité, graves ou non graves, suivant une
certaine nomenclature, basée sur le décès de la victime ou d'un taux d’IPP supérieur à 25%.
Cette particularité était décrite par l’article A331.25 du Code des Assurances, mais cet article a été abrogé en
1993.

20 / 155
Mais l'observation des triangles obtenus nous amène à penser que cette base de données est bancale et que la
saisie du critère de gravité n'a pas dû rester constante.

Etat B10
Part des sinistres graves en RC Corporels
5,0% 70%

4,5%
60%
4,0%

3,5% 50%

3,0%
40%
2,5%
30%
2,0%

1,5% 20%

1,0%
10%
0,5%

0,0% 0%
1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004

En nombres (G) En montant (D)

De 1995 à 2000, on note que la part des sinistres graves passe de 4% à 1% en nombres, et de 60% à 10% en
montant de charge de sinistres.

Ce qui nous fait penser que le critère de gravité n'a pas dû être renseigné de manière constante lors de la saisie
par le gestionnaire sinistre :
- primo, le champ n’est pas à remplir obligatoirement
- secundo, l'information concernant le taux d’IPP donné par le médecin-conseil est une fourchette ; le
gestionnaire devait entrer une seule valeur, le maximum par prudence.
Ceci est peut-être dû à la migration du système d’information de gestion des sinistres (de "Solution" vers
"Evolution").
A noter que cette source présente une information divergente des données nouvellement recueillies sous SAS
selon un seuil fixe de 152 K€ : sur les années 2000, en termes de montants, l'état B10 fait état d'une proportion
de 10% et la séparation par le montant fait état d'une proportion de 50%. Alors qu'en termes de nombres, les
deux sources affichent une proportion égale de l'ordre de 1% !
Conclusion :
Nous ne retiendrons pas l'état B10 pour la séparation des graves / non-graves dans notre étude.

c. Présentation détaillée des données individuelles

Au niveau des sinistres individuels :

- NUMSIN : il s'agit du numéro de sinistre


Il est enregistré sur 10 positions, dont les 2 premières représentent l'année de survenance.

- CTTOT1 : Il s'agit du coût total de la garantie 1, soit la RC

- EVA1 : Il s'agit de l'évaluation de la garantie 1, soit la RC

- ETADOS : Il s'agit de l'état du dossier (E : En-cours – T : Terminé – S : Sans-suite – A : Annulé)

Prenons pour exemple le suivi d'un sinistre grave, dont l'identifiant est le suivant :

NUMSIN
96J9201345

Suivons les 3 variables qui nous intéressent : coût, provision et état du dossier

Variable CTTOT1
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
2 294 501 3 127 921 3 133 274 3 266 716 3 477 050 3 951 767 3 953 887 3 954 315 3 791 016 3 773 110 3 773 110 3 773 110 3 773 110 3 773 110

21 / 155
Variable EVA1
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
2 244 812 2 957 511 2 911 776 2 776 097 60 980 193 000 193 000 193 000 50 000 0 0 0 0 0

Variable ETADOS
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
E E E E E E E E E T T T T T

On vérifie que lorsque le sinistre est considéré "Terminé" en N+9, sa provision est nulle.

Par soustraction du coût total moins l'évaluation, on obtient les règlements cumulés nets de recours :

Règlements cumulés nets de recours


N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
49 690 170 410 221 498 490 620 3 416 071 3 758 767 3 760 887 3 761 315 3 741 016 3 773 110 3 773 110 3 773 110 3 773 110 3 773 110

Cela nous permet de tracer le profil des règlements, de la provision et de la charge du sinistre année après année :

Sinistre n° 96 J9 20 13 45

4 500 000
5 6
4 000 000

3 500 000
2
3 000 000
4
1 Charge
2 500 000
Règlements
2 000 000 Provisions

1 500 000

1 000 000
3
500 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Cela permet la lecture suivante :

1- le sinistre a été ouvert à environ 2,3 M€


2- dès la 2e année, il est revu fortement à la hausse, à 3,1 M€
3- des règlements sont effectués durant les 4 premières années
4- en N+4, un montant important de 3 M€ a été réglé (3 rentes : Tierce Personne, Invalidité, Frais de soins)
5- en N+5, le sinistre a encore connu une réévaluation à la hausse, dû à un règlement de 300 K€ et d'une
évaluation de 200 K€
6- en N+9, le sinistre redescend très légèrement, la provision est éteinte, le sinistre est clos à hauteur de 3,8
M€

22 / 155
4. Problématique des rentes

a. Rentes : la mécanique de passage de la PSAP à la PM

Entre la survenance du sinistre et le versement d'une rente, il y a quelques étapes que nous allons décrire selon
l'évolution dans le temps comme suit :

ƒ Survenance du sinistre, peu d'information.


Ouverture selon une évaluation forfaitaire (183 K€)

ƒ Arrivée d'informations plus détaillées :


- âge de la victime
- gravité de l'accident
- taux d'AIPP
- nombres d'heures journalières de Tierce Personne (3h, 6h, 12h, 24h ?)
- coût horaire de la TP (15 €/heure)

ƒ écriture d'une PSAP (Provision pour Sinistre A Payer)


Le gestionnaire estime le montant périodique nécessaire à la victime pour faire face à ses
besoins et, selon l'âge de la victime, à l'aide d'une table de mortalité et d'un taux
d'actualisation, il calcule un capital à provisionner.
Le taux utilisé actuellement est de 2,43%. Il s'agit :
- soit du dernier taux utilisé pour la comptabilisation de la PM
- soit du taux le plus bas atteint pour garantir une certaine prudence dans le
provisionnement
- avec une contrainte : une valeur de taux qui reste constante au fil des ans pour
permettre une stabilité dans les règles de gestion et de provisionnement


(Quelques mois voire années passent avant la consolidation de l'état de la
victime)

ƒ jugement / transaction : le montant de la rente à verser est désormais fixé, soit par un juge,
soit en accord entre l'assureur et la victime

ƒ Deux flux viennent se compenser :


• (-) règlement du sinistre ; le sinistre sort de la PSAP
• (+) écriture de capitaux constitutifs ; le sinistre entre en PM (Provisions
Mathématiques)
L'écriture en capitaux constitutifs se fait selon un taux prédéfini. Le taux utilisé
actuellement est de 2,50%. En attendant le taux qui ne sera connu qu'en fin d'année, l'idée
est de prendre le dernier taux connu, arrondi à 0,25% près.

ƒ 31/12/2010 : comptabilisation de la Provision Mathématique selon les règles citées dans le


Code des Assurances. A savoir le maximum entre 60% du TME et 3,5%.

23 / 155
Historique du taux utilisé pour les capitaux constitutifs :

date de départ de la rente TAUX


01/07/2003 2,50%
01/01/2003 2,75%
01/01/1999 3,00%
01/01/1998 2,50%
01/01/1995 3,50%
01/01/1901 4,75%
Source : Rapport annuel sur les rentes, Luc Debert, Direction des Sinistres AIS 3CS

Exemple d'ouverture de rente :

Mois d'affection N° Nom Année Code Capitaux capitaux Total mensuel EVA EVA N° de sinistre
sur sinistre rente rentier de sin. Pdt constitués annulés en net Précédente Suivante Commentaires
Tierce
juin-09 2078 xxxxx 1997 4 792 602,38 4 792 602,38 4 940 000 150 000 1T97201458
Personne
Source : Rapport annuel sur les rentes, Luc Debert, Direction des Sinistres AIS 3CS

Historique du TME :

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Moyenne du TME
6,17 5,53 4,40 5,17 5,38 5,01 4,65 4,29 4,05 3,35 3,91 4,45 4,27 3,62
sur 6 mois
Minimum entre 60%
3,50 3,32 2,64 3,10 3,23 3,01 2,79 2,57 2,43 2,01 2,35 2,67 2,56 2,17
du TME et 3,5%
Source : site internet Banque de France

b. Retraiter les rentes potentielles : nécessaire mais impossible

Qu'appelle-t-on une rente potentielle ?

Il s'agit de la part de Provision pour Sinistre A Payer (PSAP) concernant le capital nécessaire au paiement d'une
rente future dont le montant est estimé mais non encore figé.

Pourquoi il est nécessaire de retraiter les rentes potentielles ?

La problématique des rentes potentielles concerne en fait deux éléments : les rentes potentielles contenues dans
les PSAP mais aussi les règlements effectués au moment de l'ouverture de la rente.
Lorsqu’on projette des triangles de règlements et des triangles de charge sinistres, on projette les rentes passées
en règlements et les rentes potentielles.
Lors de telles projections, type Chain Ladder, on suppose que la tendance est indépendante de l’année de
survenance et qu’il n’y a pas de paramètre fluctuant. Or les rentes passées et les potentielles sont calculées selon
deux paramètres importants : le taux d’actualisation et le coût horaire de la Tierce Personne. Ces paramètres sont
en perpétuelle évolution : les taux ont diminué et les coûts horaires ont augmenté. On projette donc des rentes
passées et potentielles plus faibles que ce qu'elles seraient aujourd'hui.

Or on sait que le poste de préjudice Tierce Personne, toujours versé en rentes, représente la moitié des provisions
dans le cas des sinistres graves.
La part des capitaux constitutifs potentiels dans les PSAP sera donc très importante.
Des projections de triangles de type Chain Ladder sans retraiter ces informations peuvent s’avérer hasardeuses…

Pourquoi il est impossible de retraiter les rentes potentielles ?

L’information relative aux rentes potentielles n’est pas accessible.


Les rentes potentielles sont calculées par les gestionnaires de sinistres lors de la rédaction de la fiche sinistre
(fichier Word). Puis le montant global, tous préjudices confondus, est saisi dans le système d’information
(variable EVAGAR1, pour évaluation de la garantie n°1, soit la garantie RC pour le produit Auto)
L’absence d'informations précises sur les rentes potentielles est donc très pénalisante.

24 / 155
Le projet de Révision du Système Informatique (RSI) n'a pas prévu de revenu sur la gestion des sinistres
corporels.
Les bases de données BVCI et VICTIMES pourront, quand un historique suffisant sera constitué, dans un futur
lointain, répondre à ce besoin.

c. Etude d'impact

Prenons un sinistre très grave présentant les caractéristiques suivantes :


ƒ âge de la victime : 20 ans
ƒ AIPP > 80%, Tierce Personne requise : 24H par jour
ƒ 400 jours par an (en comptant les congés payés)

Cas n°1 : rente ouverte en 1996

Coût horaire de la Tierce Personne : 11€/H


(Remarque : ce coût horaire a été calculé de manière rétroactive, sur la base de l'évolution du SMIC entre 1996 et
2005, passant de 5,75 à 8,03 €/H)
Montant de la rente annuelle : 24 * 11 * 400 = 105.600 €/an
60% du TME = 3,70%
Taux utilisé = 3,50%
Table TD88-90
Provision Mathématique = 2,5 M€

Cas n°2 : rente ouverte en 2005

Coût horaire de la Tierce Personne : 15€/H


Montant de la rente annuelle : 24 * 15 * 400 = 144.000 €/an
60% du TME = 2,01%
Taux utilisé = 2,01%
Table TD88-90
Provision Mathématique = 4,6 M€

Montant de la PM Impact
11 €/H 15 €/H 11 €/H 15 €/H
3,50% 2 490 682 3 396 384 3,50% 100% 136%
2,01% 3 379 200 4 608 000 2,01% 136% 185%

On note une augmentation de 85% entre les deux montants correspondant au même cas de figure !

25 / 155
5. Détermination du seuil

Au cours de cette étude, il est important de noter qu'il ne sera pas possible de proposer pour le seuil un montant
exact.
Cependant nous chercherons à fournir un montant qui corresponde à un ordre de grandeur, qui permettra de
séparer les sinistres en 2 populations : les sinistres à faible occurrence et à coût élevé, et les sinistres à forte
occurrence et à coût faible.

a. L'évaluation d'un sinistre corporel important par la Direction des Sinistres

Au sein de la Direction des Sinistres, le département 3CS (et plus précisément Florence Ferraro) est en charge de
mettre à jour chaque année les montants des évaluations forfaitaires.

Une évaluation forfaitaire permet à un gestionnaire Sinistres lorsqu'il ouvre un nouveau dossier de proposer un
montant lorsqu'il a très peu d'information sur l'accident, sur les victimes et sur les dégâts matériels.

L'exercice de mise à jour des évaluations forfaitaires s'appuie sur une étude du coût moyen des sinistres sur les
dernières années.

Prenons l'exemple de la garantie "Incendie" pour les véhicules "4 roues" :


- on réunit une population de sinistres clos sur les 21 derniers mois, de novembre 2008 à juillet 2010
- le nombre de sinistres clos est de 2.625
- le coût total réglé est de 9,8 M€
- le coût moyen est donc de 3.721 € par sinistre
- l'évaluation forfaitaire proposée est de 4.210 € par sinistre, soit 13% de plus que le coût moyen. Cette marge est
une mesure de prudence au cas où les coûts étaient amenés à dériver fortement dans les mois suivants.

Voici les montants des évaluations forfaitaires pour les sinistres de RC Corporel :

Dommages corporels adverses Montant


Libellé Type de dommages corporels
Corporel sans AIPP Contusions, ecchymoses, éraflures 4 500 €
ou
Absence TOTALE d'information sur la nature des blessures
(c'est-à-dire qu'on a seulement l'identité ou même seulement
l'indication qu'il y a un blessé mais il n'y a aucune mention
dans la rubrique blessures sur le constat ou bien l'assuré dit
qu'il ne sait absolument rien)
Corporel avec AIPP probable Tout sauf corporel sans AIPP et avec AIPP importante 48 000 €
Corporel avec AIPP importante - Paralysie des membres inférieurs, 183 000 €
- Fracture vertébrale,
- Amputation partielle ou totale de membres
Mortel Décès 100 000 €
Tableau extrait du document "Evaluations administratives des sinistres Auto"

26 / 155
Historique de l'évaluation forfaitaire correspondant aux sinistres graves :

Année RC Corporelle Commentaire


1988 67 078 €
1989 70 127 €
1990 73 176 €
1991 83 847 € Montant par victime : Victime avec blessures très graves avec I.T.T
88 116 € supérieure à 3 mois (fractures multiples, coma, etc…)
1992
1993
1994 99 092 €
1995 106 714 €
1996 129 582 €
1997 137 204 €
1998 144 827 €
Montant par victime : Victime avec blessures très graves (fractures
1999 160 071 €
multiples ou de la colonne vertébrale, coma, etc…)
2000 160 071 €
2001 170 000 €
2002 170 000 €
2003 185 000 €
Montant par victime : IPP très importante (fractures multiples ou de
2004 185 000 €
la colonne vertébrale, coma, etc…).
2005 185 000 €
2006 183 000 € Montant par victime : Corporel avec IP importante ( paralysie des
183 000 € membres inférieurs, fracture vertébrale, amputation totale ou
2007
partielle de membres).
2008 183 000 € En 2006 seulement, le montant IRD est à 185 000 €, alors que le
2009 183 000 € montant VTM est à 183 000 €.

Remarque : à partir de 2006, le forfait RC Matériel n'est plus inclus d'office au forfait Dommages corporels et
fait l'objet d'une évaluation propre pour un montant de 2.000 €.

Conclusion :

Un sinistre corporel important se situe en moyenne autour de 183 K€ et au-delà.


Il sera judicieux de prendre un montant un peu inférieur afin d'être sûr de tous les capter.
Nous utiliserons par la suite un seuil de 75 K€ ou un seuil de 150 K€, en fonction de la taille de la population
souhaitée.

27 / 155
b. Méthode du boni de liquidation

En étudiant les boni et mali de liquidation sur les survenances anciennes (1996, 1997…), on s'est aperçu que les
sinistres graves étaient en général générateurs de mali alors que les sinistres attritionnels étaient générateurs de
boni.
On arrivait à la conclusion que nous ayons 2 populations bien distinctes de sinistres, et que le gain des uns
compensait la perte des autres.

Pourquoi les sinistres graves génèrent des mali et les sinistres attritionnels des boni ?

Prenons un exemple très simplifié :

À la date t=0, le gestionnaire ouvre 10 sinistres. Il a très peu d'informations sur ces sinistres. Le gestionnaire va
évaluer ces 10 sinistres en utilisant un montant forfaitaire, calculé selon le coût moyen des accidents corporels
des années passées.

Au fur et à mesure, les informations arriveront, il pouvoir réévaluer les sinistres de manière plus précise.

Finalement, au bout d'un an, en t=1, un de ces sinistres sera un sinistre grave, dont la charge sera bien supérieure
au coût initialement prévu. Ce sinistre sera donc générateur d'un fort mali de liquidation.
En revanche, les 9 autres sinistres seront un peu moins graves que prévus. Ils seront donc générateurs de boni de
liquidation.

A l'inventaire de l'année n

survenance n-1 survenance n

10 sinistres 10 sinistres
Tout est connu peu d'informations
coût total = 1 M€ coût inconnu
coût moyen = 100 K€ évaluation = coût moyen (n-1) = 100 K€

A l'inventaire de l'année n+1

survenance n

10 sinistres
Tout est connu

1 sinistre grave = 500 K€


=> 1 mali de 400 K€

9 sinistres non-graves = 50 K€
=> 9 boni de 50 K€

En fait, il s'agit du même mécanisme que l'assurance, où ceux qui n'ont pas d'accident payent pour ceux qui en
ont ! C'est l'effet mutualisation des risques.

D'où l'idée : regardons dans le passé au-delà de quel seuil les sinistres ont plutôt tendance à déclencher des mali
de liquidation.

28 / 155
Regardons une survenance assez ancienne pour avoir un certain recul, soit l'année 1997, et traçons le boni/mali
de liquidation des sinistres, classés par ordre de gravité, du plus grave au moins grave :

Mali de liquidation
sinistres classés du plus grave au moins grave

4 000 000

3 000 000

2 000 000

1 000 000

0
1 11 21 31 41 51 61 71 81 91 101 111 121 131 141 151 161 171 181 191
-1 000 000

-2 000 000

-3 000 000

-4 000 000

-5 000 000

On s'aperçoit que la courbe est globalement en dessous de zéro jusqu'à la zone des sinistres entre le n°80 et le
n°100. Cela correspond à des sinistres compris entre 170 K€ et 206 K€.

Traçons maintenant la moyenne mobile du précédant graphe (moyenne mobile sur 20 valeurs, en prenant les 10
précédentes et les 10 suivantes) :

Moyenne mobile (20) des mali de liquidation


sinistres classés du plus grave au moins grave

200000

0
1 18 35 52 69 86 103 120 137 154 171 188 205 222 239 256 273 290 307 324 341

-200000

-400000

-600000

-800000

-1000000

La courbe coupe l'axe des abscisses de manière franche au sinistre n°108.


Cela correspond au sinistre de montant 161 K€.

29 / 155
Traçons maintenant le cumul des boni/mali, du 1er « pire » sinistre au kième sinistre. Lorsqu’on arrivera au
23.000ième sinistre de la survenance 1997, nous aurons le dégagement global de boni/mali.

Cumul des mali de liquidation


sinistres classés du plus grave au moins grave

0
1 41 81 121 161 201 241 281 321 361 401 441 481 521 561 601 641 681 721 761

-5 000 000

-10 000 000

-15 000 000

-20 000 000

-25 000 000

-30 000 000

On lit que les sinistres les plus graves n’ont de cesse de provoquer et d’accumuler du mali ! La courbe atteint un
plancher autour des 25 M€, à partir des sinistres n°80 (soit 206 K€), voire n°220 (soit 86 K€).

Cumul des mali de liquidation


sinistres classés du plus grave au moins grave

40 000 000

30 000 000

20 000 000

10 000 000

0
1 1753 3505 5257 7009 8761 10513 12265 14017 15769 17521 19273 21025 22777
-10 000 000

-20 000 000

-30 000 000

Ce graphe permet de confirmer que les sinistres graves sont générateurs de mali et que les sinistres moins graves
générateurs de boni.
Ici, en RC Corporel :
- les 220 pires sinistres (sinistres n°220 = 86 K€) génèrent 25 M€ de mali
- les autres sinistres génèrent 55 M€ de boni

Conclusion :

30 / 155
Nous avons biens 2 populations distinctes de sinistres, qui se séparent autour d'un seuil de gravité, qu'on peut
estimer entre 86 et 220 K€.

Le même exercice sur les années suivantes (1998, 1999, 2000…) permet de constater un même ordre de
grandeur, soit entre 100 et 200 K€.

c. Méthode de la fonction moyenne des excès

Cette méthode est présentée dans l'article suivant :

Les sinistres graves en assurance automobile : Une nouvelle approche par la théorie des valeurs extrêmes.
Noureddine BENLAGHA, Michel GRUN-REHOMME, Olga VASESCHKO, Université Paris 2, Revue
MODULAD, 2009

Elle a été implémentée par la Direction Technique. (Marie Astier et Stéphanie Hillion)

La lecture graphique d'un seuil n'a pas donné de résultats concluants.

6. Les triangles

a. Les différents triangles

- Triangles des montants

o Triangle des décaissements


Il s'agit de l'ensemble des règlements de sinistres, qu'ils soient versés à la victime, à ses proches,
directement ou par l'intermédiaire de son avocat en passant par la Caisse des Règlements
Pécuniaires des Avocats (CARPA), ou bien des règlements adressés aux Caisses Primaires
d'Assurance Maladie, lorsque ces derniers ont avancé les frais de soins

o Triangle des encaissements


Il s'agit des recours auprès d'un assureur adverse ou bien du FGAO, dans le cas où la responsabilité
de l'assuré est partagée voire nulle. Ou bien dans le cadre de la Convention IRCA.

o Triangle des provisions


Il s'agit de l'évaluation faite par le gestionnaire sinistre. Quand le gestionnaire sinistres reçoit
l'appel et ouvre le dossier sinistre, il recueille les premières informations sur l'accident et effectue
une première évaluation, en se basant sur des évaluations forfaitaires. Lorsque des précisions
arriveront, le gestionnaire affinera son évaluation.

o Triangle de la charge des sinistres


Il s'agit de la somme des montants déjà payés cumulés et des montants provisionnés. Cela
correspond au coût total des sinistres.

- Triangles des nombres

o Total
o En-cours
o Terminés

- Triangles des coûts moyens

o Total
o En-cours
o Terminés

Séparer les coûts moyens entre les sinistres terminés et les sinistres en-cours permet de mettre en évidence une
réalité bien connue : les sinistres non-graves sont réglés rapidement et présentent un coût moyen faible, les
sinistres plus graves sont réglés plus lentement et présentent un coût moyen élevé.

31 / 155
b. Présentation du profil des décaissements et de la charge des sinistres de masse

RCC - Sinistres < 152 K€ - Survenance 1996

120 000
Dégagement de boni
La convergence est rapide L'ultime est connu
100 000

80 000
Règlements
Charge
60 000
Provisions

40 000

La provision est faible


20 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Les sinistres inférieurs à 152 K€ :


- On note que ces sinistres présentent un règlement rapide.
Au bout de 4 ans, ils sont réglés à hauteur de 95%.
Au bout de 8 ans, ils sont réglés à hauteur de 99%.
- La provision se vide en conséquence rapidement.
- La charge ultime est également rapidement connue et stable dans le temps.
Au bout de 5 ans, la charge est supérieure à la charge ultime de 0,5%, soit environ 300 K€ en montant.
- Ce profil de sinistres présente un dégagement de boni, de l'ordre de 40% du montant de la charge
ultime.
Ce dégagement de boni est logique et n'est pas le fait d'un "sur-provisionnement" : à l'ouverture, ces
sinistres "moins graves" étaient provisionnés de la même manière que les sinistres "plus graves", étant
donné qu'on n'avait pas encore assez d'informations. Ils étaient donc ouverts à un niveau forfaitaire
relativement élevé.

32 / 155
c. Présentation du profil des décaissements et de la charge des sinistres graves

RCC - Sinistres > 152 K€ - Survenance 1996


Insuffisance Incertitude forte
100 000

90 000
La charge ultime n'est
toujours pas connue
80 000

70 000

60 000 Règlements
Charge
50 000
La provision est encore Provisions
40 000 importante
30 000

20 000

10 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Les sinistres supérieurs à 152 K€ :

- Ces sinistres présentent un règlement très lent.


- La première année, on fait face à une insuffisance de provisionnement, à l'existence d'un mali de
liquidation. Il s'agit de la conséquence logique de manque d'informations à l'ouverture des sinistres. Les
sinistres les "plus graves" sans informations sont ouverts avec un montant forfaitaire moyen
relativement bas.
- Il y a des mouvements d'assez grande amplitude pendant les 10 premières années.
- La provision reste élevée pendant un long moment.
- Au bout de 14 ans, la charge ultime n'est toujours pas connue.

33 / 155
d. Présentation du profil des décaissements et de la charge de tous les sinistres

RCC - Tous sinistres - Survenance 1996

200 000

180 000

160 000

140 000

120 000 Règlements


Charge
100 000
Provisions

80 000

60 000

40 000

20 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Pour tous les sinistres, on peut s'apercevoir et conclure que :

- les sinistres "les plus graves" génèrent l'incertitude au niveau total et la provision représente
essentiellement ces sinistres.
- Pour la première année, l'effet de l'ouverture au dessus du montant forfaitaire pour les sinistres les plus
graves et en dessous du niveau forfaitaire pour les sinistres les plus graves se compensent partiellement.

e. Triangles capés ou bien triangles séparés ?

Il y a deux manières possibles de traiter les triangles : soit en séparant totalement les sinistres graves des sinistres
non-graves, soit en dissociant du montant des sinistres graves la partie supérieure au seuil et en laissant la partie
inférieure au seuil dans le triangle des non-graves.

La question sous-jacente est de savoir dans quelle population positionner un sinistre lorsqu'il n'est pas encore
grave ?

Triangles séparés

Avantages :
- on suit l'évolution du sinistre en intégralité
- on sépare 2 populations de sinistres bien distinctes

Inconvénients :
- il est nécessaire de remettre à jour chaque année l'intégralité du triangle : si par exemple un sinistre
ancien devient grave aujourd'hui, il faudra le sortir du triangle des non-graves sur les années passées.
- les triangles ne seront pas figés dans le temps, l'analyse d'une année à l'autre sera différente

Triangles capés / écrêtés

Avantages :
- la mise à jour annuelle des données est simple, il n'y a pas à revenir en arrière
- le traitement des sinistres graves s'apparentera à ce que fait un réassureur

Inconvénients :
- on perd en finesse d'informations

34 / 155
7. Analyse de la distribution par classes

a. Définition des classes

Nous allons définir des classes bornées par deux montants et compter le nombre de sinistres présents dans
chaque classe.
Pour définir ces classes, nous allons prendre une échelle logarithmique, afin de mettre en évidence la singularité
de ce genre de distribution, où il y a beaucoup d'effectifs pour de petits montants et peu d'effectifs pour de grands
montants. Propriété typique de la distribution lognormale par exemple.
Les montants seront multipliés par 2 pour passer d'une classe à la suivante ; pour la kième classe, le montant
vaudra :
-156,25 * 2k, soit 156,25 * exp ( k * ln ( 2 ) ) ; k variant de 0 à 13

Classes
n° 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15

Borne
- infini -1 280 000 -640 000 -320 000 -160 000 -80 000 -40 000 -20 000 -10 000 -5 000 -2 500 -1 250 -625 -312,5 -156,25
inférieure

Borne
-1 280 000 -640 000 -320 000 -160 000 -80 000 -40 000 -20 000 -10 000 -5 000 -2 500 -1 250 -625 -312,5 -156,25 0
supérieure

b. Premier axe d'analyse : Evolution de la répartition des sinistres pour toutes les survenances

Les chiffres suivants correspondant à des montants pour toutes les survenances étudiées vue à l'inventaire 2009.

Classes Survenances

n° borne inférieure borne supérieure 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

1 - infini -1 280 000 0,05% 0,04% 0,05% 0,02% 0,04% 0,06% 0,05% 0,11% 0,12% 0,14% 0,11% 0,12% 0,06% 0,06%

2 -1 280 000 - -640 000 0,03% 0,06% 0,07% 0,06% 0,03% 0,08% 0,10% 0,11% 0,07% 0,15% 0,09% 0,12% 0,10% 0,07%

3 -640 000 - -320 000 0,12% 0,13% 0,11% 0,11% 0,14% 0,18% 0,19% 0,20% 0,26% 0,26% 0,25% 0,19% 0,27% 0,19%

4 -320 000 - -160 000 0,29% 0,27% 0,24% 0,35% 0,36% 0,29% 0,33% 0,37% 0,27% 0,29% 0,46% 0,48% 0,54% 0,45%

5 -160 000 - -80 000 0,52% 0,59% 0,59% 0,59% 0,63% 0,67% 0,75% 0,80% 0,62% 0,79% 0,86% 0,89% 0,94% 0,85%

6 -80 000 - -40 000 1,2% 1,2% 1,3% 1,2% 1,3% 1,6% 1,3% 1,4% 1,3% 1,5% 1,5% 1,6% 1,9% 1,9%

7 -40 000 - -20 000 2,3% 2,2% 2,2% 2,3% 2,2% 2,4% 2,5% 2,4% 2,6% 2,4% 2,8% 2,9% 3,1% 2,2%

8 -20 000 - -10 000 4,1% 4,2% 4,4% 4,6% 4,5% 4,7% 4,9% 5,0% 5,1% 5,1% 5,5% 5,4% 6,7% 8,3%

9 -10 000 - -5 000 7,6% 7,7% 7,6% 8,2% 8,0% 8,1% 8,3% 8,2% 8,5% 8,7% 8,9% 9,0% 11,6% 33,4%

10 -5 000 - -2 500 12,9% 14,4% 14,4% 14,3% 14,3% 13,6% 14,0% 13,4% 13,7% 13,7% 13,7% 20,3% 24,8% 22,4%

11 -2 500 - -1 250 16,5% 17,5% 18,4% 19,0% 18,5% 19,2% 18,8% 19,7% 20,0% 20,1% 19,5% 13,6% 11,3% 10,3%

12 -1 250 - -625 22,7% 22,3% 21,7% 20,7% 20,9% 20,4% 19,9% 19,8% 19,3% 18,8% 18,5% 18,1% 15,4% 5,9%

13 -625 - -312,5 5,7% 5,5% 5,4% 5,3% 5,0% 4,7% 5,0% 5,2% 5,2% 5,2% 5,3% 5,1% 4,3% 2,0%

14 -312,5 - -156,25 3,6% 3,5% 3,5% 3,4% 3,3% 3,2% 3,2% 3,0% 3,3% 3,3% 3,6% 3,4% 2,6% 1,2%

15 -156,25 - 0 22,5% 20,3% 20,1% 20,2% 21,0% 20,9% 20,8% 20,4% 19,9% 19,6% 18,9% 18,8% 16,6% 10,8%

Total 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0% 100,0%

Premier constat général : la répartition globale des sinistres reste relativement stable au fur et à mesure des
survenances et ne connaît pas de changement radical : si on prend une classe de sinistres graves, comme la classe
n°4 (160 – 320 K€), la proportion reste comprise entre 0,24 et 0,46%. Si on prend par exemple les sinistres de la
classe n° 10 (2.500 – 5.000 €), le nombre de sinistres oscille entre 12,9% et 14,4%.
On note que les sinistres allant de 0 à 5.000 € représentent autour de 80% des sinistres.

Deuxième constat, on constate d'ores et déjà que, pour les sinistres graves, c'est-à-dire ceux supérieurs à 80 K€,
soit les classes 1 à 5, les proportions augmentent de manière significative au fur et à mesure des années de
survenance : pour les classe n°1 et 2, on passe de 0,05% en 1996 à plus de 0,10% en 2006 ; pour la classe n°3, on
passe de 0,12% en 1996 à 0,25% en 2006 ; pour la classe n°4, on passe de 0,29% en 1996 à 0,46% en 2006 ; et
pour la classe n°5, on passe de 0,52% en 1996 à 0,86% en 2006.

35 / 155
A noter des tendances particulières :
- la tranche n°15 qui comprend les sinistres à coût nul (comprenant majoritairement des sinistres "sans suite")
passe de 22,5% en 1996 à 18,9% en 2006.
- la 5e tranche (de 1.250 à 2.500 €) devient plus importante, en passant de 16,5% à 20%, au détriment de la 4e
tranche (de 625 à 1.250 €) qui passe de 22,7% à 18,5%
- les survenances "grisées" 2007 et 2008 : on note une inversion des proportions entre 2006 et 2007 sur les
classes 10 et 11 qui se répartissent à 14% et à 20% en 2006 et puis l'inverse en 2007.
- la survenance 2009 est à considérer à part, sachant que les sinistres n'ont pas encore assez d'ancienneté pour
être correctement évalués.

Traçons la répartition des sinistres par classes et par survenance, nous obtenons le graphique suivant :

Répartition du nombre de sinistres par classe


25,00%

1996
20,00%
1997
1998
15,00% 1999
2000
2001
10,00% 2002
2003
2004
5,00%
2005
2006
0,00%
0

156

313

625

1 250

2 500

5 000

10 000

20 000

40 000

80 000

160 000

320 000

640 000

1 280 000

Mise à part les sinistres compris entre 0 et 156 €, on note la forme en "cloche" qui nous renvoie à la distribution
normale, ce qui correspond en fait à une distribution lognormale étant donnée l'échelle logarithmique.

On notera tout particulièrement le décalage progressif des courbes vers la droite ainsi que l'épaississement de la
queue de distribution, ces deux phénomènes appuyant l'effet selon lequel les sinistres graves deviennent plus
nombreux en proportion.

Par ailleurs, on confirme le transfert particulier du nombre de sinistres de la 4e à la 5e classe : les points de la 4e
classe se décalent vers le bas, et inversement pour les points de la 5e classe.

36 / 155
Focus sur la répartition des sinistres graves :

Survenances

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006

- infini -1 280 000 11 9 11 5 7 12 9 17 19 23 18

-1 280 000 - -640 000 7 12 14 12 6 16 17 17 12 25 15

-640 000 - -320 000 27 29 22 23 27 34 33 32 42 42 40

-320 000 - -160 000 67 58 50 71 69 55 58 59 44 48 74

-160 000 - -80 000 119 128 122 121 122 128 133 129 102 130 138

-80 000 - -40 000 276 258 262 250 246 299 237 230 206 244 244

On note une augmentation notable des sinistres graves en nombres, les sinistres des 2 plus hautes classes ont
même tendance à doubler :
- les sinistres supérieurs à 1,2 M€ passent d'une dizaine à une vingtaine
- idem pour les sinistres compris entre 640 K€ et 1,2 M€
- les sinistres compris entre 320 K€ et 640 K€ passent de la trentaine à la quarantaine

Répartition du nombre de sinistres par classe


2,00%

1,80%

1,60%

1,40%

1,20% 1 280 000


640 000
1,00%
320 000
0,80% 160 000
80 000
0,60%

0,40%

0,20%

0,00%
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006

En proportion, on note que les 5 plus hautes classes gagnent du terrain, et passent de 1,0% à 1,8% des sinistres.

L'année 2004 est remarquable : elle marque une rupture dans la tendance haussière. Cette survenance montre en
effet une charge sinistre globale relativement faible. (Dernière charge connue : 98 M€ en 2004, contre 110 M€
en 2003 et 135 M€ en 2005)

Première conclusion importante :


On note une déformation progressive de la distribution des sinistres au fur et à mesure des années de
survenance : proportionnellement, il y a de plus en plus de sinistres dans les classes hautes.
Nous chercherons dans les chapitres suivants à expliquer l'évolution de la distribution des sinistres, en
nous penchant sur l'étude de l'inflation des sinistres mais également sur l'évolution de certains paramètres
qui participent fortement à ce phénomène.

37 / 155
c. Deuxième axe d'analyse : Evolution de la distribution des sinistres pour une survenance
donnée

Analyse des nombres

Evolution de la répartition du nombre de sinistres par classe :

Nous allons prendre une année de survenance, l'année 1996 car elle présente l'historique le plus long, et nous
allons observer l'évolution du nombre de sinistres par classe au fur et à mesure des années de développement.

Classes Survenance 1996

n° borne inférieure borne supérieure n n+1 n+2 n+3 n+4 n+5 n+6 n+7 n+8 n+9 n+10 n+11 n+12 n+13

1 - infini -1 280 000 4 14 14 10 11 9 8 10 10 11 11 11 11 11

2 -1 280 000 - -640 000 6 14 11 23 26 23 15 12 9 6 8 7 7 7

3 -640 000 - -320 000 18 33 33 43 37 41 35 30 28 32 30 32 28 27

4 -320 000 - -160 000 53 112 98 86 68 60 69 70 72 66 64 61 64 67

5 -160 000 - -80 000 133 128 117 100 105 108 108 109 116 115 120 119 120 119

6 -80 000 - -40 000 317 360 312 300 297 294 288 279 275 280 275 275 275 276

7 -40 000 - -20 000 491 554 530 516 529 524 524 526 522 524 524 526 522 521

8 -20 000 - -10 000 1 069 1 108 1 000 973 961 954 955 960 952 950 945 941 945 945

9 -10 000 - -5 000 5 320 2 367 1 861 1 793 1 784 1 770 1 753 1 741 1 737 1 733 1 738 1 744 1 743 1 745

10 -5 000 - -2 500 4 328 3 269 3 014 2 969 2 961 2 974 2 971 2 967 2 976 2 968 2 973 2 969 2 970 2 968

11 -2 500 - -1 250 2 726 3 688 3 726 3 755 3 763 3 773 3 778 3 795 3 791 3 797 3 793 3 794 3 796 3 793

12 -1 250 - -625 2 177 4 716 5 136 5 169 5 185 5 185 5 197 5 204 5 211 5 215 5 217 5 217 5 216 5 218

13 -625 - -312,5 710 1 162 1 268 1 284 1 288 1 289 1 292 1 291 1 298 1 298 1 298 1 299 1 300 1 300

14 -312,5 - -156,25 482 773 817 835 837 837 836 837 837 838 838 838 838 838

15 -156,25 - 0 4 037 4 642 5 059 5 143 5 148 5 157 5 169 5 168 5 167 5 170 5 170 5 169 5 168 5 168

Total 21 871 22 940 22 996 22 999 23 000 22 998 22 998 22 999 23 001 23 003 23 004 23 002 23 003 23 003

Au niveau du total, on note un saut de quasiment 1.100 sinistres. Il s'agit des sinistres tardifs, c'est-à-dire les
sinistres survenus fin 1996 et déclarés en 1997. Dès l'année suivante, ce nombre est stabilisé, on peut considérer
que la totalité des sinistres survenus est connue.

Ensuite on note que la répartition est globalement uniforme : il n'y a pas d'inversion radicale des sinistres graves
et des sinistres non-graves.

On note alors que les valeurs par classe sont vraiment stables à partir de la 3e ou 4e année.

On remarque que la première année se démarque nettement des suivantes :


- La 1ère année, la classe n° 9 (de 5.000 à 10.000 €) est fortement représentée : 5.320 sinistres. De la
même manière la classe n°10 (de 2.500 – 5.000 €) présente un effectif important la première année :
4.328 sinistres. Ensuite ces deux classes vont fortement diminuer pour passer dans les classes 11, 12 et
15.
- De manière inverse, les classes "basses" 312 – 625 et 625 – 1250 sont en sous-effectif la première année
- Les années suivantes, les sinistres vont se répartir dans les classes voisines ou les suivantes, avec
notamment un transfert des classes médianes vers les classes basses, ce qui est en adéquation avec le
principe de prudence du provisionnement

38 / 155
Focus sur le nombre de sinistres par montant d'évaluation forfaitaire :

Voici ci-dessous un tableau reprenant les montants singuliers qui sont exactement atteints par les sinistres :

Classe concernée Montant (€) Montant (F) n n+1 n+2 n+3 n+4 n+5 n+13
-10 000 - -5 000 -7 622,45 -50 000 174 28 8 3 2 1 1
-6 829,71 -44 800 583 20 0 0 0 0 0
-5 854,04 -38 400 1 368 27 2 0 0 0 0
-5 396,69 -35 400 470 63 2 2 2 1 1
-5 000 - -2 500 -4 573,47 -30 000 236 86 11 6 5 0 … 0
-4 421,02 -29 000 1 220 62 8 4 3 0 0
-2 500 - -1 250 -1 524,49 -10 000 232 124 19 13 8 5 5
-1 433,02 -9 400 196 18 10 9 9 9 9
-1 250 - -625 -975,67 -6 400 640 2 000 2 240 2 241 2 237 2 235 2 238
-156,25 - 0 0,00 0 3 021 3 240 3 605 3 667 3 672 3 676 3 685

A noter :

- L'évaluation forfaitaire d'un montant de 5.854 € (soit 38.400 F) est présent 1.368 fois
- L'évaluation forfaitaire d'un montant de 4.421 € (soit 29.000 F) est présent 1.220 fois
Ceci appuie le fait que les classes correspondant à ces montants affichent une représentation forte la
première année de développement
- Au bout de 2 ou 3 ans, les montants "ronds" ne sont plus atteints. Les sinistres vont se répartirent sur
des valeurs de montant bien distinctes
- Le nombre de sinistres à 0 est important. Il s'agit aussi des sinistres sans-suite et des sinistres annulés.
- Le montant de 975,67 € (soit 6.400 F) correspond au montant forfaitaire de la Convention IRSA. On
note que bon nombre de sinistres sont finalement réglés à ce montant-là.

Remarque sur la Convention IRSA :

Convention IRSA : Convention inter sociétés de règlement des sinistres automobile


La Convention IRSA est un contrat mis en place depuis 1974 entre les assureurs visant à simplifier la procédure
de règlement et à réduire le temps d'indemnisation des victimes.
Il s'agit des sinistres matériels.
Pour les sinistres corporels, il a été mis en place depuis 2002 la Convention IRCA (Convention d'indemnisation
et de recours corporel automobile).

Nous trouvons des sinistres dits matériels dans notre échantillon car, lorsqu'ils ont été ouverts, ils l'ont été avec
l'information "Corporel" activée.

Historique du forfait de la Convention IRSA :

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 … 2009


en Euros -975,67 -1 051,90 -1 036,65 -1 097,63 -1 128,12 -1 128 -1 172 -1 204 -1 204
en Francs -6 400 -6 900 -6 800 -7 200 -7 400

Premières conclusions :

- la répartition des sinistres en classes montrent une remarquable stabilité dans le temps
- Le phénomène d'étalement est notoire

39 / 155
Evolution de la répartition des sinistres par classe pour une survenance donnée :

On trace la répartition des sinistres de la survenance 1996 par classe de coûts et pour 3 premières années de
développement n et n+2 :

Répartition des sinistres et Lois Normales associées


Survenance 1996
20%
18%
16%
14%
12%
10%
8%
6%
4%
2%
0%
-4

-7

-14

-27

-52

-102

-200

-392

-768

-1 506

-2 952

-5 785

-11 339

-22 224

-43 559

-85 376

-167 337

-327 980

-642 840

-1 259 966
Développement n Loi normale Dév. n Développement n+2 Loi normale Dév. n+2

Nous avons également affiché les Lois Normales associées.

Point méthodologique : Ces Lois Normales sont recherchées à partir des données sinistres et nous n'avons pris
que les sinistres inférieurs à 160 K€ afin de représenter la distribution de la plus grande partie des sinistres, les
non-graves, afin que la distribution ne soit pas "perturbée" par les sinistres graves, à savoir une moyenne
fortement tirée à la hausse (donc vers la droite) et une volatilité très forte (une courbe trop aplatie). Nous nous
pencherons sur les sinistres graves dans le paragraphe suivant.
Les paramètres sont estimés à partir de la méthode des moments, décrite au chapitre VI, paragraphe 4,
Adéquation de lois – Rappels de statistiques)

On retrouve bien une distribution en forme de "cloche" typique de la Loi Normale.

On note 3 éléments :
- pour le développement n, nous avons un pic correspondant à une population importante de sinistres
ouverts dans les 2 classes : de 2.500 à 5.000 et de 5.000 à 10.000. Ces classes correspondent aux
montants forfaitaires les plus souvent utilisés : 4.421 € (29.000 F) et 5.854 € (38.400 F)
- on constate ensuite un décalage de la courbe vers la gauche : cela signifie que le coût moyen diminue,
les sinistres ouverts pour la plupart à un montant forfaitaire plutôt prudent deviennent pour la plus
grande partie un peu moins chers.
- On constate enfin que la cloche a tendance à s'étaler (son écart-type augmente) ; après avoir été
concentrés sur deux montants forfaitaires essentiellement, les sinistres finissent par prendre chacun leur
propre valeur et se dispersent.

40 / 155
Focus sur la répartition des sinistres graves ( > 75 K€)

Toujours pour la survenance 1996, regardons l'évolution de la distribution des sinistres graves au fur et à mesure
des années de développement.

Passage du développement n à n+2 :

Distribution des sinistres >75K - Survenance 1996


12%

10%

8%

6%

4%

2%

0%
6,0 6,8 7,5 8,3 9,0 9,8 10,5 11,3 12,0 12,8 13,5 14,3 15,0 15,8

Données dév. n Loi normale dév. n Données dév. n+2 Loi normale dév. n+2

On note que la distribution :


- se déplace vers la droite : le coût moyen des sinistres graves augmente
- et qu'elle s'aplatit : les sinistres se dispersent, notamment vers des valeurs plus élevées

Passage du développement n+2 à n+13 :

Distribution des sinistres >75K - Survenance 1996


12%

10%

8%

6%

4%

2%

0%
6,0 6,8 7,5 8,3 9,0 9,8 10,5 11,3 12,0 12,8 13,5 14,3 15,0 15,8
Données dév. n+2 Loi normale dév. n+2 Données dév. n+13 Loi normale dév. n+13

On note que la distribution :


- revient très légèrement vers la gauche : le coût moyen diminue très légèrement, c'est lié à la prudence
dans les évaluations dossier/dossier des sinistres
- et qu'elle s'aplatit encore très légèrement : les sinistres continuent de se disperser

41 / 155
Deuxième conclusion importante :
Pour une année de survenance donnée, l'évolution des sinistres présente deux populations distinctes :
• Pour les sinistres de masse : la distribution revient "vers la gauche", le coût moyen diminue, la
distribution s'élargit modérément, dû au passage d'une distribution concentrée sur les montants
forfaitaires à une distribution dispersée selon des coûts distincts
• Pour les sinistres graves (>75K€) : la distribution connaît une évolution en deux temps, d'abord
un décalage "vers la droite" témoignant de l'augmentation du coût moyen, dû à l'évaluation des
sinistres graves non plus selon un montant forfaitaire mais à leurs coûts réels, mouvement
accompagné d'un aplatissement conséquent. Puis un léger retour "vers la gauche", signe de la
prudence générale dans le provisionnement.

42 / 155
Analyse de la charge des sinistres

Evolution de la répartition du coût total des sinistres par classe :

Classes Coût total des sinistres par classe (en K€) - Survenance 1996

n° borne inférieure borne supérieure n n+1 n+2 n+3 n+4 n+5 n+6 n+7 n+8 n+9 n+10 n+11 n+12 n+13

1 - infini -1 280 000 -7 156 -26 597 -27 403 -22 728 -28 329 -27 753 -24 704 -25 989 -26 791 -31 483 -32 434 -31 299 -31 384 -28 578

2 -1 280 000 - -640 000 -5 462 -12 144 -10 663 -19 246 -22 760 -20 819 -12 582 -9 895 -7 068 -4 758 -6 203 -5 472 -5 935 -6 122

3 -640 000 - -320 000 -8 199 -13 734 -15 024 -18 290 -16 004 -17 281 -15 491 -13 620 -12 970 -14 747 -13 591 -14 657 -12 658 -12 442

4 -320 000 - -160 000 -11 538 -24 743 -22 629 -19 413 -16 130 -13 433 -15 375 -15 417 -16 075 -14 312 -13 880 -13 402 -14 072 -14 758

5 -160 000 - -80 000 -14 768 -13 954 -12 866 -10 353 -11 204 -11 656 -11 695 -11 876 -12 667 -12 620 -13 152 -13 103 -13 123 -13 018

6 -80 000 - -40 000 -17 169 -19 423 -17 132 -16 417 -16 345 -16 073 -15 721 -15 305 -15 013 -15 366 -15 051 -15 076 -15 122 -15 141

7 -40 000 - -20 000 -15 348 -15 919 -14 882 -14 441 -14 905 -14 686 -14 632 -14 711 -14 582 -14 628 -14 682 -14 746 -14 610 -14 599

8 -20 000 - -10 000 -14 169 -15 283 -13 917 -13 613 -13 413 -13 259 -13 252 -13 300 -13 207 -13 160 -13 069 -13 017 -13 079 -13 086

9 -10 000 - -5 000 -34 266 -16 376 -13 080 -12 668 -12 627 -12 503 -12 380 -12 281 -12 263 -12 226 -12 255 -12 295 -12 286 -12 300

10 -5 000 - -2 500 -16 911 -11 712 -10 658 -10 457 -10 417 -10 461 -10 442 -10 425 -10 467 -10 438 -10 454 -10 439 -10 442 -10 434

11 -2 500 - -1 250 -4 935 -6 635 -6 707 -6 759 -6 770 -6 788 -6 796 -6 826 -6 821 -6 832 -6 826 -6 829 -6 833 -6 826

12 -1 250 - -625 -2 074 -4 622 -5 049 -5 083 -5 099 -5 102 -5 113 -5 119 -5 126 -5 131 -5 132 -5 132 -5 132 -5 134

13 -625 - -312,5 -330 -546 -595 -603 -605 -606 -607 -606 -610 -610 -610 -610 -611 -611

14 -312,5 - -156,25 -115 -183 -192 -197 -197 -197 -197 -197 -197 -197 -197 -197 -197 -197

15 -156,25 - 0 -54 -85 -91 -93 -94 -94 -94 -94 -94 -94 -94 -94 -94 -94

Total -152 491 -181 955 -170 888 -170 362 -174 898 -170 711 -159 079 -155 663 -153 950 -156 602 -157 631 -156 369 -155 579 -153 341

Répartition du coût des sinistres par classe


Survenance 1996
200 000
1 280 000
180 000
640 000
160 000 320 000
160 000
140 000
80 000

120 000 40 000


20 000
100 000 10 000
5 000
80 000
2 500
60 000 1 250
625
40 000
313

20 000 156
0
0
n n+1 n+2 n+3 n+4 n+5 n+6 n+7 n+8 n+9 n+10 n+11 n+12 n+13

On remarque en premier lieu qu'au total la première année montre une forte évolution du coût total des sinistres.
Il s'agit de deux effets :
- les sinistres tardifs, survenus en 1996 mais déclarés en 1997 ou après
- les insuffisances de provisionnement pour les sinistres graves où l'information n'était pas encore connue
en 1ère année
Ces deux effets qui apparaissent au niveau des provisions dossier/dossier sont pris en compte au niveau des
provisions comptables avec l'ajout des provisions dites d'inventaire, pour tardifs et insuffisances.

On voit bien apparaître les sinistres graves entre la 1ère et la 2ème année de développement : les 4 tranches les plus
hautes s'élargissent fortement. En cumulé, ces 4 tranches passent de 32 M€ à 77 M€.

43 / 155
De manière opposée, on voit bien la tranche 5.000 – 10.000 se réduire fortement sur les 3 premières années de
développement, passant de 34 M€ à 13 M€.

Ensuite, on constate une remarquable stabilité de la charge totale cumulée pour les sinistres en deçà de 80.000 €.

Et à l'inverse une très forte fluctuation des 2 plus hautes tranches.

Le tableau de l'évolution des coûts moyens par tranche est affiché en Annexes et montre la même tendance :
- la remarquable stabilité du coût moyen des sinistres des classes basses, due au fait qu'ils sont
rapidement réglés et connus
- la variation importante du coût moyen des sinistres des classes les plus hautes, due au fait que ces
sinistres sont encore ouverts, qu'ils continuent de varier et surtout de manière très importante

Troisième et dernière conclusion importante :


Pour une année de survenance donnée, l'évolution du coût des sinistres présente des caractéristiques très
intéressantes par classes de coûts : la propension notable qu'ont les classes les plus basses à voir leurs
coûts diminuer et à rester stables très rapidement. Et inversement, les 3 classes de coûts les plus hautes
connaissent une évolution remarquable marquée par l'insuffisance dans un tout premier temps puis par
une variabilité prononcée même au-delà de la 10e année de développement.

En Annexes (Annexe 2), nous présentons des tableaux supplémentaires qui permettent de conforter les
précédentes conclusions, en observant plus particulièrement :
- Le nombre de sinistres "en cours" par classe et par année de développement
- La répartition des provisions par classe et par année de développement
- Le taux de clôture des sinistres par classe et par développement
- La vitesse de règlement des sinistres par classe :
- La répartition du coût cumulé des sinistres par classe et par année de développement
- Le coût moyen des sinistres par classe

44 / 155
Focus sur les sinistres supérieurs à 1,2 M€

Nombre de sinistres supérieurs à 1,2 M€


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 4 11 9 6 8 7 4 14 4 13 7 16 4 10
N+1 15 16 18 11 11 9 8 18 11 24 18 21 11
N+2 15 17 15 10 10 11 9 16 16 25 20 20
N+3 10 16 15 8 11 10 12 17 16 25 20
N+4 11 16 11 9 9 13 13 20 16 25
N+5 11 16 13 7 8 14 14 18 19
N+6 8 14 10 6 8 14 12 17
N+7 10 12 11 5 7 14 11
N+8 10 13 11 6 7 13
N+9 11 13 10 6 7
N+10 11 13 11 6
N+11 11 11 11
N+12 11 9
N+13 12

Charge des sinistres (en K€)


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 7 156 23 908 21 203 15 822 17 340 24 902 14 032 48 548 9 949 40 463 23 287 63 576 8 740 41 526
N+1 27 799 32 212 52 802 28 795 25 848 29 282 30 689 49 801 35 044 64 650 48 915 70 109 33 725
N+2 28 616 38 389 39 690 20 975 23 430 32 395 31 676 52 323 47 182 67 984 62 345 63 606
N+3 22 728 31 805 39 055 18 344 26 772 28 528 44 106 49 912 45 885 66 706 62 989
N+4 28 329 34 031 25 785 19 686 22 733 40 583 44 926 55 821 43 907 73 519
N+5 30 218 34 178 34 936 16 447 20 661 43 382 44 853 53 884 46 603
N+6 24 704 29 984 27 322 17 390 19 717 44 292 42 425 54 395
N+7 25 989 23 627 31 016 17 560 18 683 41 649 39 102
N+8 26 791 27 907 31 400 16 982 18 635 37 723
N+9 31 483 27 845 32 875 17 022 18 641
N+10 32 434 27 284 33 716 15 127
N+11 31 299 26 191 35 040
N+12 31 384 26 328
N+13 29 795

Poids des sinistres supérieurs à 1,2 M€ par rapport au total des sinistres RC Coprporel
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 5% 14% 12% 10% 11% 15% 8% 24% 6% 20% 11% 28% 6% 22%
N+1 15% 18% 26% 16% 15% 17% 17% 25% 20% 30% 26% 33% 19%
N+2 17% 21% 22% 13% 15% 19% 19% 28% 27% 34% 33% 33%
N+3 13% 18% 22% 12% 18% 17% 25% 29% 28% 34% 33%
N+4 16% 20% 16% 13% 16% 23% 26% 32% 27% 37%
N+5 18% 21% 22% 11% 15% 25% 27% 32% 29%
N+6 16% 19% 18% 12% 14% 26% 26% 32%
N+7 17% 16% 21% 12% 14% 24% 24%
N+8 17% 18% 21% 12% 14% 23%
N+9 20% 18% 21% 12% 14%
N+10 21% 18% 22% 11%
N+11 20% 17% 23%
N+12 20% 17%
N+13 19%

Ces trois derniers tableaux montrent à quel point le peu de sinistres très graves, compris entre 4 et 25, ont une
importance majeure dans la charge totale des sinistres, entre 10% et 30% !

Comme nous l'avions déjà mentionné, mais il est important de le rappeler à ce stade-là, le nombre de sinistres
très graves augmente pour passer de 10-15 dans les années 1990 à 20-25 dans les années 2000. (lecture ligne
N+2)

On note également que les années de survenance sont très inégalement impactées par les sinistres très graves.

45 / 155
Ainsi, les survenances 1996 à 1998 affichent plus d'une dizaine de sinistres très graves, pour une charge évoluant
autour de 30 M€.
Les survenances 1999 et 2000 en revanche connaissent moins d'une dizaine de sinistres très graves, pour une
charge évoluant entre 15 et 20 M€.
Puis à partir de la survenance 2003 et les suivantes, on dépasse la vingtaine de sinistres très graves et la charge
dépasse les 50, 60 voire 70 M€.

8. Mesure de la dispersion de la charge sinistres

Nous allons chercher à mesurer 3 dispersions :


- la dispersion du coût individuel des sinistres autour du coût moyen
- la dispersion des sinistres au sein de chaque classe de montant
- la dispersion de la somme des sinistres autour de la valeur totale

a. présentation du modèle collectif et application

Soit les variables aléatoires :


- Y le coût d'un sinistre
- N le nombre de sinistres
- X la somme du coût des sinistres

On a les 2 premiers moments du coût total probable des sinistres :

- E(X) = E(N) . E(Y)

Le coût total probable est le produit nombre probable de sinistres par coût moyen probable des sinitres.

- V(X) = E(N) . V(Y) + V(N) . E(Y)²

Si N suit une loi de Poisson, V(N) = E(N)


V(X) = E(N) . ( V(Y) + E(Y)² )
Or V(Y) = E(Y²) – E(Y)²
Donc V(X) se simplifie et se calcule simplement selon V(X) = E(N) . E(Y²)

Application à la survenance 1996 vue fin 2009 :

Coût = Coût moyen Ecart- Ecart-type


Classes Nombre Somme(Y) E(Y) Somme(Y²) Part E(Y²) V(Y) = E(Y²)-E(Y)² type relatif
- infini -1 280 000 11 28 577 845 2 597 986 8,24E+13 82% 7,49E+12 7,41E+11 860 730 33%
-1 280 000 - -640 000 7 6 122 142 874 592 5,52E+12 5% 7,88E+11 2,33E+10 152 712 17%
-640 000 - -320 000 27 12 441 839 460 809 5,96E+12 6% 2,21E+11 8,37E+09 91 491 20%
-320 000 - -160 000 67 14 758 188 220 271 3,38E+12 3% 5,05E+10 1,99E+09 44 606 20%
-160 000 - -80 000 119 13 018 474 109 399 1,49E+12 1% 1,25E+10 5,33E+08 23 096 21%
-80 000 - -40 000 276 15 140 892 54 858 8,64E+11 1% 3,13E+09 1,22E+08 11 059 20%
-40 000 - -20 000 521 14 599 249 28 022 4,26E+11 0% 8,18E+08 3,31E+07 5 752 21%
-20 000 - -10 000 945 13 086 476 13 848 1,88E+11 0% 1,99E+08 7,47E+06 2 733 20%
-10 000 - -5 000 1745 12 299 719 7 049 9,01E+10 0% 5,17E+07 1,97E+06 1 405 20%
-5 000 - -2 500 2968 10 434 362 3 516 3,81E+10 0% 1,28E+07 4,83E+05 695 20%
-2 500 - -1 250 3793 6 826 179 1 800 1,28E+10 0% 3,37E+06 1,32E+05 364 20%
-1 250 - -625 5218 5 133 887 984 5,15E+09 0% 9,86E+05 1,82E+04 135 14%
-625 - -313 1300 610 956 470 2,97E+08 0% 2,29E+05 7,94E+03 89 19%
-313 - 0 2318 291 220 126 5,78E+07 0% 2,49E+04 9,14E+03 96 76%
Total 19 315 153 341 428 7 939 1,00E+14 100% 5,20E+09 5,13E+09 71 648 902%

46 / 155
En appliquant le modèle collectif :

σ(X) = racine ( E(N) . E(Y²) ) = racine ( 19.315 * 5,20E+09 ) = 10.018.409

Coût total Ecart-type Ecart-type relatif


153 341 428 10 018 409 7%

Analyse :

- on note que lorsqu'on prend tous les sinistres, le coût moyen vaut 7.939 € et l'écart-type vaut 71.648 €,
soit un écart-type relatif de 902%
- lorsqu'on regarde au niveau de chaque tranche, on s'aperçoit que l'écart-type relatif est autour de 20%
- Et lorsqu'on regarde la somme des sinistres, l'écart-type relatif vaut 7%

On voit bien l'effet de mutualisation, où la somme de variables fortement dispersées donne au global une
dispersion assez faible.

b. Application du programme de réassurance et écrêtement

Le programme de réassurance non-proportionnel à excédent de sinistre était appliqué en 1996 pour un plafond de
2.058.000 €, soit 13,5 MF.

On applique ce plafond de réassurance puis différents seuils d'écrêtement à la distribution des sinistres et on
mesure les effets sur la dispersion :

Réassurance et écrêtement à différents seuils


Plafond Nombre E(Y²) Charge sinistres Ecart-type e-t relatif Q 97,5% Coût moyen Ecart-type e-t relatif Prime pure
infini 0 5 196 403 001 153 341 428 10 018 409 7% 172 977 150 7 939 71 648 902% 64
2 058 000 7 3 012 307 788 145 573 451 7 627 760 5% 160 523 586 7 537 54 365 721% 61
1 280 000 11 1 863 663 601 138 843 583 5 999 722 4% 150 602 822 7 188 42 567 592% 58
640 000 18 1 026 634 276 130 161 441 4 453 026 3% 138 889 212 6 739 31 324 465% 55
320 000 45 574 958 470 120 599 602 3 332 465 3% 127 131 113 6 244 23 151 371% 51
160 000 112 309 624 791 109 361 414 2 445 486 2% 114 154 479 5 662 16 660 294% 46
80 000 231 160 699 865 96 902 939 1 761 794 2% 100 355 992 5 017 11 642 232% 41

La prime pure est calculée grâce à l'exposition du portefeuille, soit 2.379.517 risques assurés en 1996.

On constate que le programme de réassurance permet d'écrêter 7 sinistres et de réduire l'écart-type de la somme
des sinistres de 10 à 7,6 M€.

On peut lire le gain pour un sociétaire en termes de prime pure : sa prime pure passe de 64 à 61 €.

Pour info : plafond des programmes de réassurance en excédent de sinistres depuis 1996

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
2 058 000 2 058 000 2 058 000 2 058 000 2 058 000 2 100 000 2 100 000 2 100 000 3 100 000 4 000 000 4 000 000 4 000 000 4 000 000 4 000 000

47 / 155
9. Présentation de 4 sinistres très graves (supérieurs à 1 M€)

Voici 4 sinistres survenus en 1996 et l'évolution de leurs coûts et de leurs provisions au fil des années de
développement :

Les 3 premiers sont pris au hasard et sont représentatifs des autres sinistres très graves. Le quatrième a été choisi
pour le caractère singulier qu'il présente.

Sinistre 96.U9.20.31.22 Sinistre 96.LU.20.57.61


6 000 000 4 500 000

4 000 000
5 000 000
3 500 000

4 000 000 3 000 000

2 500 000
3 000 000
2 000 000

2 000 000 1 500 000

1 000 000
1 000 000
500 000

0 0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Coût du sinistre Provisions Coût du sinistre Provisions

Sinistres 96.5W.20.39.94 Sinistres 96.14.20.14.69


4 000 000 1 400 000

3 500 000 1 200 000


3 000 000
1 000 000
2 500 000
800 000
2 000 000
600 000
1 500 000
400 000
1 000 000

500 000 200 000

0 0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Coût du sinistre Provisions Coût du sinistre Provisions

Ces 4 graphes sont très parlants : ils montrent la volatilité très importante que connaissent les sinistres les plus
graves :
- Le premier sinistre (en haut à gauche) ne se fait connaître qu'à partir de la 3e année puis il montre une
augmentation continue de sa charge qui passe de 2 M€ à 5 M€ en huit ans, puis finit par être réglé et sa
charge diminue à 4 M€.
- Le deuxième sinistre (en haut à droite) n'apparaît que la 2e année, est valorisé autour de 3 M€, connaît
un pic à 4 M€ la 4e année, puis est réglé rapidement (passage en rentes) et vaut finalement 3 M€.
- Le troisième sinistre (en bas à gauche) est ouvert à un montant assez modéré, à 250 K€, augmente à 1,5
M€ la 2e année puis grimpe à 3,5 M€ la 6e et 7e année, pour redescendre et s'établir à 2,4 M€.
- Ces trois premiers sinistres montrent une tendance relativement commune : un premier délai où le
sinistre n'est pas encore connu ou bien faiblement provisionné, une phase plus ou moins longue où son
coût s'accroit fortement pour atteindre un pic, propre aux règles de prudence, puis il est réglé dans les 2
ou 3 années qui suivent à un montant légèrement inférieur.
- Le quatrième sinistre est très particulier : il n'excède pas les 400 K€ pendant 11 ans, puis devient
soudainement très grave et passe à 1,2 M€. Il s'agit d'une aggravation de l'état de la victime qui aboutira
à une amputation.

La conclusion qui s'impose ici est que, quelques soient les moyens employés afin de prévoir la charge
ultime des sinistres, que ce soient des évaluations dossier/dossier ou bien des estimations statistiques, la
prévisibilité de la charge ultime semble être une tâche impossible.
On pourra toutefois essayer de mesurer la propension qu'ont les sinistres à varier fortement et la
probabilité qu'ils ont de sauter d'une classe à une autre, et ce conditionnellement à leur coût à une année
de développement donnée. C'est ce que nous tenterons de faire en appliquant la méthode des matrices de
transition.

48 / 155
10. Conclusions

Nous avons mis en évidence :

- L'importance et le poids des sinistres graves

Quelques chiffres à retenir :


o Pour les survenances récentes, 17.000 sinistres Auto RC et environ 200 sinistres corporels
graves (>152 K€), soit 1% en nombres
o En montant, ces sinistres graves représentent 50% de la charge sinistres d'une survenance
donnée
o En montant de provisions, les sinistres graves représentent 680 M€ de PSAP sur 960 M€ de
PSAP de RC Corporel Auto.

- La mise à disposition d'une base de données SAS très intéressante : montants individuels de règlements,
de provisions, état du dossier, des survenances 1996 à 2009, revues chaque année

- Des informations hélas non disponibles, notamment les paramètres qui servent à l'estimation des
capitaux constitutifs de rentes (âge de la victime, taux d'actualisation, nombre d'heures de Tierce
Personne, coût horaire de la Tierce Personne)

- La difficulté de détermination d'un seuil de gravité et la possibilité de différencier 2 populations de


sinistres en fonction de leur montant

- Les comportements bien distincts des sinistres selon leurs montants


o Le caractère remarquablement stable et donc prévisible des sinistres de masse
o Inversement, la variation forte dans le temps des sinistres graves (>160K€) que ce soit en
termes de nombres ou en termes de montants

- La dispersion de la charge sinistre, au niveau individuel et collectif, et l'effet de la mutualisation des


risques

- L'aptitude des sinistres graves (>75 K€) a pouvoir être modélisés selon des lois de distribution
classiques (loi lognormale par exemple)

- L'importance des sinistres très graves (>1 M€) et leur propension à varier très fortement

49 / 155
PARTIE III – Retraitement des montants en euros constants

Pour résumer :
• Nous allons rechercher l'inflation à partir des triangles de coûts moyens.
• Sans informations plus précises sur la gravité des sinistres, ces derniers seront difficiles à
exploiter mais donneront toutefois une indication
• Le poste de préjudice de l'Assistance Tierce Personne est de loin le plus important (50% du coût
total) et présente l'inflation la plus importante
• Le calcul est basé sur des paramètres de taux d'actualisation et de coût horaire de la TP.
Nous verrons comment l'évolution de ces paramètres impacte l'inflation
• Nous nous baserons sur deux études : une étude de la FFSA/GEMA et une étude du réassureur
Secura pour le GEMA
• Nous construirons un "mini" modèle d'inflation : celle-ci sera fonction de l'année d'inventaire et
de la tranche de coût du sinistre. Il prendra en compte l'évolution du taux d'actualisation et du
coût horaire de la TP

1. Introduction

Supprimer l'inflation, ou comment effacer les effets du temps

L'idée est de remplacer tous les montants contenus dans les triangles par leur valeur actualisée à fin 2009, afin
d'obtenir une base d'informations homogène.
En effet, sans procéder à l'actualisation des montants, un sinistre grave de 1996 présenterait un montant bien
moindre qu'un sinistre de 2009, à gravité équivalente. Ces deux sinistres ne seraient pas alors classés du même
côté d'un certain seuil ou bien pas forcément dans la même classe de montant.
C'est cet effet que nous allons tenter de corriger.

Voici d'autres manières de le dire :


- retraitement de l'évolution du coût des sinistres
- actualisation des montants en "valeur 2009"
- Passage des euros courants aux euros constants
- mise en "as-if" des montants à la date de l'étude.

Un système d'information qui n'offre pas suffisamment d'informations détaillées

Idéalement, afin de mesurer l'évolution dans le temps du coût des sinistres corporels, il serait nécessaire de
connaître :
- l'évolution des coûts par poste de préjudices : assistance tierce personne, préjudices personnels,
souffrances endurées, pertes de gains professionnels, frais de soins, aménagements du logement et du
véhicule…
- les paramètres utilisés pour l'estimation des capitaux pour des rentes futures prévues (usuellement
appelées "rentes potentielles") : âge de la victime, taux technique utilisé, table de mortalité utilisée,
nombres d'heures de TP, coût horaire de la TP…
- lorsqu'il y a eu une réévaluation d'un dossier les éléments générateurs de cette évolution

Malheureusement, nous n'avons pas ces informations disponibles dans une base de données.
Les gestionnaire sinistres rédigent et remplissent des fiches "papier" détaillées.
Mais un seul montant total est finalement saisi dans le système d'information de la gestion des sinistres : le
montant de l'évaluation par garantie, c'est-à-dire un montant global de la garantie "RC".

Recouper différentes sources d'information et proposer un modèle d'évolution du coût des sinistres

Malgré ce manque de finesse et de détails dans les informations sur les sinistres, nous possédons une base de
sinistres importante : nous avons les montants de règlements et de provisions des sinistres corporels de la
survenance 1996 à la survenance 2009, soit un triangle de 13 années de développement par 13 années de
survenances, ce qui nous donne 105 distributions de sinistres corporels ((n+1)*(n+2)/2).
Nous allons nous baser sur différentes sources d'informations, issues de nos données ou bien d'études de la
profession, afin de construire le modèle qui refléterait le mieux possible l'évolution du coût des sinistres.

50 / 155
2. Evolution du coût des sinistres à partir des triangles de sinistralité GMF

Comment se propage l'inflation dans le triangle ?

Théoriquement, l'évolution du coût des sinistres se propage dans le triangle selon un axe "diagonal"
correspondant à l'axe des années calendaires :

années de survenances
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005
N
N+1
années de développent

N+2
N+3
N+4
N+5 Axe "calendaire"
N+6
N+7
N+8
N+9

En effet, un règlement de sinistres effectué en 2009 pour la survenance 1996 ou pour la survenance 2009 se fera
selon la même valeur de la monnaie.

Mais est-il possible de calculer l'évolution du coût des sinistres selon l'axe des années calendaires ?

Cela ne va pas être possible. Parce qu'il y a 2 effets importants selon l'axe de développement :

1 – En considérant le triangle des règlements :


Pour une survenance donnée, le coût moyen des sinistres réglés va présenter une variation à la hausse en fonction
du délai de clôture : plus un sinistre mettra du temps à être réglé, plus il sera grave et donc plus son coût sera
élevé.

2 – En considérant le triangle de la charge des sinistres (règlements + provisions)


Pour une survenance donnée, le coût moyen des sinistres (c'est-à-dire règlements + provisions) va être surévalué
pour les premières années de développement à cause des marges de prudence dans le provisionnement.

Ces 2 effets vont apparaître clairement dans les prochains triangles.

C'est pourquoi nous nous effectuerons nos calculs d'inflation :


- le long de l'axe des survenances
- de manière indépendante entre les années de développement
(Si ce n'est pas encore tout à fait clair, nous allons détailler ces calculs dans 2 pages)

51 / 155
Une inflation globale ou bien des inflations par classe de coûts ?

Nous allons chercher l'inflation contenue dans les triangles au niveau de la totalité des sinistres puis dans des
triangles triés au-delà et en deçà d'un seuil.

Mais nous allons voir que ces 2 approches ont des limites :

Si on prend le triangle dans sa globalité :

Les sinistres très graves supérieurs à 1 M€ sont peu nombreux mais ils ont un effet important sur le coût moyen
des sinistres.
En fonction des survenances, il se peut qu'il y en ait un nombre conséquent, ou bien au contraire, très peu. Cela
va impliquer un coût moyen très volatile. (cf prochain triangle)

Aussi, nous savons que la distribution des sinistres présente une évolution bien précise entre 1996 et 2009 : on
note une diminution du nombre de sinistres non-graves et une augmentation du nombre de sinistres graves.
Moins de sinistres non-graves, plus de sinistres graves, la conséquence sur le coût moyen va être directe : il sera
amené à augmenter fortement.
Mais cette forte augmentation n'est pas de l'inflation mais la conséquence de l'évolution de la distribution des
sinistres !
Cela va appuyer l'idée selon laquelle l'évolution du coût moyen ne peut être analysée dans sa globalité mais
plutôt par tranche.

Si on sépare le triangle en deux tranches de coût autour d'un seuil :

L'idée est de séparer les sinistres en deux tranches de coût : en deçà et au-delà d'un certain seuil.

Nous ferons évoluer ce seuil pour mesurer l'inflation en fonction de la valeur de ce seuil.
Nous prendrons 3 valeurs : 75 K€, 300 K€ et 1,2 M€ (on multiplie le seuil par 4 à chaque fois)

Cependant, on retombera sur le problème que nous cherchions à résoudre : en posant un seuil fixe, si nous
prenons un sinistre de 1996 et un sinistre de 2009 autour de cette valeur, ils seront classés probablement dans la
même population alors qu'ils ne correspondront pas du tout à la même gravité !

De plus, lorsqu'on appliquera une inflation à des sinistres proches du seuil, ils vont avoir tendance à "sauter"
d'une population à la suivante. La tranche basse va "perdre" ses sinistres les plus élevés qui "sauteront" le seuil,
le coût moyen de la tranche basse sera donc limité à la hausse. Et parallèlement, la tranche haute va gagner de
nouveaux sinistres, mais ces derniers vont donc devenir les "petits" sinistres de la tranche haute. Le coût moyen
de la tranche haute sera donc également limité à la hausse. Cette méthode aura donc tendance à minorer
l'inflation.

52 / 155
Calcul de l'évolution du coût des sinistres

On va chercher à mesurer l'évolution du coût des sinistres contenue dans le triangle des coûts moyens suivant :

Coût moyen AVANT actualisation yi


1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2 004 2 005 2 006 2 007 2 008 2 009
N 6 656 8 096 8 502 7 756 8 369 8 683 9 300 12 355 9 983 12 034 12 841 13 525 9 087 11 504
N+1 7 491 7 957 8 934 8 240 8 065 8 520 9 607 11 644 9 834 11 975 10 940 11 951 10 406
N+2 7 017 8 066 8 006 7 525 7 385 8 379 8 901 10 754 9 738 11 313 10 985 11 009
N+3 6 993 7 644 7 804 7 179 7 232 8 049 9 128 10 087 9 356 10 962 10 892
N+4 7 179 7 525 7 087 6 963 6 966 8 549 8 917 10 034 8 980 11 131
N+5 7 005 7 157 7 137 6 712 6 808 8 592 8 783 9 832 8 906
N+6 6 527 6 905 6 668 6 600 6 688 8 505 8 642 9 794
N+7 6 386 6 556 6 704 6 644 6 510 8 376 8 395
N+8 6 315 6 585 6 716 6 478 6 478 8 097
N+9 6 424 6 526 6 841 6 393 6 394
N+10 6 466 6 506 6 797 6 236
N+11 6 414 6 498 6 879
N+12 6 382 6 550
N+13 6 290

On s'aperçoit déjà que les montants sont de plus en plus élevés quand les années de survenance avancent. Cela
suggère qu'il y a bien une évolution du coût des sinistres. (et nous verrons par la suite que cette information est
en partie vraie, mais trompeuse !)

Comme nous l'avons vu auparavant, idéalement, l'évolution du coût des sinistres se transmet et devrait se
calculer selon l'axe des années calendaires (sens de la diagonale descendante). Cependant il n'est pas possible de
comparer et de mesurer une évolution du coût des sinistres selon des années de développement différentes (sens
de la verticale descendante). Car, pour rappel, dans ce triangle, issu de la division du triangle de la charge des
sinistres par leur nombre, le coût moyen aura une tendance à la baisse, il s'agit de l'effet de prudence dans le
provisionnement.

On va donc chercher un taux d'évolution du coût des sinistres en actualisant les montants afin d'obtenir un
triangle présentant un coût moyen stable par année de développement. (stable sur une même ligne)

Attention, le mot "actualisation" est à prendre au pied de la lettre : contrairement à l'habitude selon laquelle un
montant est diminué après son actualisation, qui consiste à rapporter un montant futur à sa valeur présente, dans
cette étude, l'actualisation aura pour effet d'augmenter un montant passé pour le rapporter à sa valeur présente
2009.

En fait, bien que, de manière intuitive, le fait d'obtenir le même montant AVANT et APRES actualisation sur la
dernière diagonale paraissait logique, cela s'avère finalement faux.

Revenons la définition du coût moyen : le coût moyen est le rapport entre la charge des sinistres et le nombre de
sinistres. La charge des sinistres est la somme des paiements cumulés et des provisions. Or, les paiements
cumulés correspondent à la somme de paiements non cumulés, ayant eu lieu chacun à des dates différentes !
Nous ne pouvons pas actualiser le coût moyen d'un seul coup, mais il faut en fait actualiser les flux à chaque date
!

Nous actualiserons donc séparément :


- les paiements nets non cumulés pour chaque année
- les provisions pour chaque année

Remarque :
Cela s'appuie sur une hypothèse forte : on considère alors que la provision d'un dossier est revu et réévalué
chaque année. Ainsi la valeur de la provision pourra être considérée en euros courants et donc être actualisée.
Dans la pratique, il est demandé aux gestionnaires sinistres de revoir tous les dossiers au moins une fois par an.
Cela dit, s'il n'y a pas d'éléments nouveaux, il n'est pas forcé que la provision soit revue, ne serait-ce pour
changer l'hypothèse du coût horaire de la Tierce Personne ou bien le taux d'actualisation.

53 / 155
La recherche de ce taux d'actualisation va se faire par un processus itératif qui consistera, pour une année de
développement donnée, à minimiser l'écart quadratique moyen entre les différentes valeurs et leur valeur
moyenne :
2
n
⎡ xi − x m ⎤
∑ ⎢
i =1 ⎣ xm ⎦

EQM ( x1 ; x 2 ;...; x n ) =
n

Nous choisirons pour initier la recherche un taux de 2% par exemple, puis nous affinerons ce choix, pour
converger vers le taux optimal :

Taux d'actualisation optimal t


4,38%

On obtient le coût moyen actualisé.

Coûts moyens actualisés


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Moyenne
N 11 621 13 540 13 623 11 907 12 309 12 234 12 554 15 978 12 369 14 285 14 603 14 735 9 485 11 504 12 910
N+1 12 603 12 822 13 792 12 191 11 428 11 569 12 487 14 488 11 734 13 674 11 972 12 530 10 462 12 442
N+2 11 515 12 644 12 036 10 851 10 199 11 071 11 252 12 989 11 282 12 533 11 663 11 207 11 603
N+3 11 254 11 743 11 489 10 163 9 793 10 428 11 266 11 911 10 599 11 842 11 281 11 070
N+4 11 343 11 365 10 310 9 720 9 305 10 847 10 801 11 614 9 996 11 747 10 705
N+5 10 940 10 695 10 233 9 285 9 000 10 721 10 471 11 199 9 757 10 256
N+6 10 170 10 239 9 551 9 064 8 776 10 485 10 167 10 995 9 931
N+7 9 903 9 710 9 528 9 045 8 524 10 233 9 788 9 533
N+8 9 752 9 675 9 486 8 801 8 450 9 860 9 337
N+9 9 838 9 548 9 572 8 665 8 340 9 193
N+10 9 846 9 475 9 478 8 475 9 318
N+11 9 755 9 425 9 518 9 566
N+12 9 698 9 444 9 571
N+13 9 587 9 587

54 / 155
Le graphe suivant nous montre l'évolution des coûts moyens selon leur année de développement pour chaque
survenance :

Coût moyen par année de survenance - AVANT actualisation

16 000
1 996
14 000 1 997
1 998
12 000
1 999
2 000
10 000
2 001
2 002
8 000
2 003
2 004
6 000
2 005
2 006
4 000
2 007

2 000 2 008
2 009
0
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13

Après actualisation des montants, on retrouve bien un ensemble de courbe qui se retrouve dans un canal borné.

Coût moyen par année de survenance - APRES actualisation

18 000
1996
16 000
1997

14 000 1998
1999
12 000 2000
2001
10 000
2002
2003
8 000
2004
6 000 2005
2006
4 000
2007
2008
2 000
2009
0
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13

55 / 155
Calcul de l'évolution du coût des sinistres en deçà et au-delà de différents seuils

Nous effectuons le même calcul, à trois sous-populations de sinistres :

Evolution du coût des sinistres à partir des triangles


Tous ensembles 4,4%
Inférieur à 75 K€ 1,7%
Supérieurs à 75 K€ 2,8%
Supérieurs à 300 K€ 3,4%
Supérieurs à 1,2 M€ 3,6%

Le premier constat est que nous trouvons une évolution des coûts qui est une fonction croissante du coût des
sinistres.

Le deuxième résultat est très surprenant : l'évolution globale des coûts est plus élevée que celle de la tranche la
plus haute !
=> Comment une tendance moyenne peut-elle être supérieure à la tendance de tous ses éléments ?

Prenons un exemple très simplifié afin de comprendre :


Exemple simplifié SANS évolution de la distribution des sinistres

Survenance 1996 Survenance 2009

Nombre Coût moyen Total Nombre Évolution du coût des sinistres Coût moyen Total

Population "non graves" 9 sinistres 10 90 9 sinistres 2,0% 13 116

Population "graves" 1 sinistre 100 100 1 sinistre 4,0% 167 167

Total 10 sinistres 190 10 sinistres 283

Coût moyen global 19 28,3

Évolution du coût des sinistres calculée 3,1%

Exemple simplifié AVEC évolution de la distribution des sinistres

Survenance 1996 Survenance 2009

Nombre Coût moyen Total Nombre Évolution du coût des sinistres Coût moyen Total

Population "non graves" 9 sinistres 10 90 8 sinistres 2,0% 13 103

Population "graves" 1 sinistre 100 100 2 sinistres 4,0% 167 333

Total 10 sinistres 190 10 sinistres 437

Coût moyen global 19 43,7

Évolution du coût des sinistres calculée 6,6%

Cela s'explique en fait par l'évolution et la transformation dans le temps de la distribution des sinistres.
Conclusion : Lorsqu'on s'intéresse à l'augmentation du coût moyen des sinistres, il convient de parler de
l'évolution de la distribution des coûts plutôt que de leur inflation
Cette conclusion s'avère fondamentale pour la suite du mémoire.

56 / 155
3. Evolution du capital constitutif en fonction du coût horaire de la Tierce
Personne et du taux technique

On reprend pour le calcul de la PSAP le taux utilisé par le service Sinistres Corporels.
On reprend pour le coût horaire de la TP le montant utilisé par le service Sinistres Corporels.

Taux utilisé pour le calcul des évaluation de capitaux à constituer


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Taux utilisé 4,75% 3,50% 3,50% 3,50% 3,50% 3,50% 3,50% 3,50% 2,50% 2,50% 2,43% 2,43% 2,43% 2,43%

PERV (Prix de l'Euro de Rente Viagère)


Age de la victime
Année 0 10 20 30 40 50 60 70 80
1996 19,826 19,457 18,643 17,590 15,999 13,827 11,205 8,173 4,976
1997 25,510 24,663 23,211 21,435 19,018 15,989 12,584 8,906 5,273
1998 25,510 24,663 23,211 21,435 19,018 15,989 12,584 8,906 5,273
1999 25,510 24,663 23,211 21,435 19,018 15,989 12,584 8,906 5,273
2000 25,510 24,663 23,211 21,435 19,018 15,989 12,584 8,906 5,273
2001 25,510 24,663 23,211 21,435 19,018 15,989 12,584 8,906 5,273
2002 25,510 24,663 23,211 21,435 19,018 15,989 12,584 8,906 5,273
2003 25,510 24,663 23,211 21,435 19,018 15,989 12,584 8,906 5,273
2004 32,428 30,783 28,383 25,616 22,163 18,145 13,899 9,574 5,533
2005 32,428 30,783 28,383 25,616 22,163 18,145 13,899 9,574 5,533
2006 33,026 31,302 28,814 25,957 22,413 18,313 13,999 9,624 5,552
2007 33,026 31,302 28,814 25,957 22,413 18,313 13,999 9,624 5,552
2008 33,026 31,302 28,814 25,957 22,413 18,313 13,999 9,624 5,552
2009 33,026 31,302 28,814 25,957 22,413 18,313 13,999 9,624 5,552

"Inflation" de 1996 à 2009 due à la baisse des taux


Age de la victime
0 10 20 30 40 50 60 70 80
"Inflation" 4,0% 3,7% 3,4% 3,0% 2,6% 2,2% 1,7% 1,3% 0,8%

Coût horaire de la TP utilisé pour le calcul des évaluation de capitaux à constituer


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Coût horaire de la TP 10 10 10 10 13 13 13 13 13 15 15 15 15 15

Inflation de 1996 à 2009 due à l'évolution du coût de la TP : 3,2 %

57 / 155
Capital constitutif pour une TP 24H/24
Age de la victime
Année 0 10 20 30 40 50 60 70 80
1996 1 903 288 1 867 893 1 789 761 1 688 602 1 535 906 1 327 391 1 075 708 784 629 477 709
1997 2 448 982 2 367 622 2 228 276 2 057 760 1 825 689 1 534 982 1 208 088 854 964 506 177
1998 2 448 982 2 367 622 2 228 276 2 057 760 1 825 689 1 534 982 1 208 088 854 964 506 177
1999 2 448 982 2 367 622 2 228 276 2 057 760 1 825 689 1 534 982 1 208 088 854 964 506 177
2000 3 183 676 3 077 908 2 896 758 2 675 089 2 373 396 1 995 476 1 570 514 1 111 453 658 031
2001 3 183 676 3 077 908 2 896 758 2 675 089 2 373 396 1 995 476 1 570 514 1 111 453 658 031
2002 3 183 676 3 077 908 2 896 758 2 675 089 2 373 396 1 995 476 1 570 514 1 111 453 658 031
2003 3 183 676 3 077 908 2 896 758 2 675 089 2 373 396 1 995 476 1 570 514 1 111 453 658 031
2004 4 047 038 3 841 712 3 542 257 3 196 917 2 765 882 2 264 507 1 734 584 1 194 895 690 503
2005 4 669 659 4 432 745 4 087 220 3 688 751 3 191 402 2 612 893 2 001 443 1 378 725 796 735
2006 4 755 770 4 507 519 4 149 171 3 737 794 3 227 496 2 637 091 2 015 876 1 385 909 799 477
2007 4 755 770 4 507 519 4 149 171 3 737 794 3 227 496 2 637 091 2 015 876 1 385 909 799 477
2008 4 755 770 4 507 519 4 149 171 3 737 794 3 227 496 2 637 091 2 015 876 1 385 909 799 477
2009 4 755 770 4 507 519 4 149 171 3 737 794 3 227 496 2 637 091 2 015 876 1 385 909 799 477

Inflation totale de 1996 à 2009


Age de la victime
0 10 20 30 40 50 60 70 80
Inflation 7,3% 7,0% 6,7% 6,3% 5,9% 5,4% 4,9% 4,5% 4,0%

Evolution du capital constitutif 24h/24 en fonction de l'âge de


la victime et de l'année de calcul de la provision

5 000 000
4 500 000
4 000 000
3 500 000
3 000 000
2 500 000
2 000 000
1 500 000
1 000 000
500 000
2008

0
2006
2004
0

2002
20

40

2000
60

1998
80
1996

58 / 155
Evolution du capital constitutif 24h/24 en fonction de l'âge de la victime et
de l'année de calcul de la provision
5 000 000

4 500 000

4 000 000
0
3 500 000 10
3 000 000 20
30
2 500 000
40
2 000 000 50
1 500 000 60
70
1 000 000
80
500 000

0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

59 / 155
4. Etude de la FFSA et du GEMA sur les sinistres corporels automobile

Dans cette partie, nous allons nous pencher sur les données issues d'une étude réalisée par la FFSA :
Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008, FFSA et GEMA, Béatrice GATTERER et Julien
ALLELY, Avril 2010.

Cette étude très complète avait pour objet de présenter les caractéristiques et les singularités relatives aux
sinistres corporels en assurance automobile :
la fréquence des sinistres corporels automobiles
le poids des sinistres corporels par rapport à la totalité des sinistres automobile, en nombre et en charge
le coût des sinistres et des indemnités en fonction de la gravité (exprimée en % d'AIPP)
la répartition des différents postes d'indemnités
la variation annuelle moyenne du coût des sinistres et des différents postes d'indemnités

Parue en avril 2010, elle se base sur les chiffres à fin 2008.

Pour mener cette étude, les auteurs se sont appuyés sur les données issues des membres de la FFSA et du
GEMA, mais également des états règlementaires issus de l'ACAM représentant tout le marché et notamment
aussi des données issues du fichier des indemnités versées aux victimes d'accidents de la circulation, géré par
l'AGIRA.

Dans le cadre de ce chapitre du mémoire, nous rappelons que l'objet est de trouver l'inflation ad-hoc qui permet
de retraiter les sinistres en euros constants 2009 et qui, sous la contrainte de n'avoir pour information uniquement
le coût des sinistres et non d'autres informations telles que la gravité, le taux d'AIPP…, s'oriente vers une
inflation fonction du montant du sinistre.

Nous allons donc extraire de l'étude de la FFSA 7 tableaux qui nous permettront d'avoir un ordre de grandeur de
l'inflation en fonction du coût des sinistres.

Remarque importante :

Dans ce rapport, un paragraphe est consacré à l'étude des sinistres graves au-delà d'un seuil de 0,5 M€, actualisés
en euros 2008.
Cette notion d'actualisation est bien là notre préoccupation dans ce chapitre.
Les auteurs proposent de revaloriser les montants des sinistres avec l'indice des salaires (Indice des taux de
salaire brut horaire des ouvriers – Toutes activités France entière).
Nous pouvons lire dans cette étude que cet indice des salaires connaît une inflation comprise entre 3,0 et 3,4%
(variation annuelle moyenne respectivement sur 5 puis sur 10 années)

60 / 155
Cas des sinistres correspondants à des victimes blessées avec AIPP

Evolution de l'indemnité totale moyenne en 2008

Variation annuelle moyenne

Blessés avec Sur les 10 Sur les 5


AIPP dernières dernières
années (1998- années (2003-
2008) 2008)

45 680 € +6,5% +5,5%


Source : Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008 - FFSA/GEMA - Avril 2010

Ce tableau nous montre que :


un sinistre avec AIPP s'élève en moyenne à environ 45 K€
l'inflation sur ce type de sinistre est de l'ordre de 6%

Evolution des indemnités des blessés avec AIPP des principaux postes de préjudice en 2008

Variation annuelle moyenne

Blessés avec Poids du poste Sur les 10 Sur les 5


Postes de préjudice dernières dernières
AIPP de préjudice
années (1998- années (2003-
2008) 2008)

Dépenses de Santé Actuelles et Futures 14 940 € 22% +6,0% +4,4%


Déficit Fonctionnel Permanent 10 265 € 12% +2,3% +2,5%
Perte de Gains Professionnels Actuels 3 860 € 33% +5,6% +3,3%
Préjudices Personnels 5 610 € 8% +4,7% +4,2%
Assistance Tierce Personne 7 040 € 15% +16,4% +11,8%
Autres indemnités 1 270 € 3% +7,1% +4,1%
Ensemble des indemnités 45 680 € 100% +6,5% +5,5%
Source : Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008 - FFSA/GEMA - Avril 2010

A noter que le poste de préjudice Assistance Tierce Personne présente une inflation comprise entre 12 et 16% !

Evolution de l'indemnité moyenne totale des blessés avec AIPP selon la gravité

Variation annuelle moyenne


Taux d'AIPP en % Coût moyen
sur 5 années (2003-2008)

1à5 9 195 € +4,4%


6à9 30 825 € +6,3%
10 à 14 53 295 € +6,9%
15 à 19 86 950 € +8,0%
20 à 29 130 585 € +7,6%
30 et plus 644 100 € +8,5%
Source : Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008 - FFSA/GEMA - Avril 2010

Ce tableau nous permet de mettre en regard la gravité des sinistres et leur coût moyen.

Il faut noter le "gradient" d'inflation en fonction du coût des sinistres : on relève bien que plus les montants sont
élevés, plus l'inflation est forte.

61 / 155
Cas des sinistres très graves correspondant aux victimes atteintes d'une AIPP supérieure à 50%

Evolution de l’indemnité moyenne totale

Variation annuelle moyenne

Blessés avec Sur les 10 Sur les 5


AIPP >50% dernières dernières
années (1998- années (2003-
2008) 2008)

988 000 € +8,9% +7,6%


Source : Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008 - FFSA/GEMA - Avril 2010

Ce tableau nous montre :


le coût moyen d'un sinistre très grave dont l'AIPP dépasse les 50% s'élève à environ 1 M€
l'inflation sur ce type de sinistre est de l'ordre de 8%

Evolution des indemnités des blessés avec AIPP supérieure à 50% des principaux postes de préjudice en 2008

Variation annuelle moyenne

Blessés avec Poids du poste Sur les 10 Sur les 5


Poste de préjudice dernières dernières
AIPP >50% de préjudice
années années
(1998-2008) (2003-2008)

Déficit Fonctionnel Permanent 206 000 € 21% +1,2% -0,2%


Préjudices Personnels 57 000 € 6% +3,0% +1,4%
Dépenses de Santé Actuelles et Futures 233 000 € 24% +8,8% +5,8%
Perte de Gains Professionnels Actuels 33 000 € 3% +5,6% +3,3%
Assistance Tierce Personne 341 000 € 35% +16,6% +11,3%
Autres indemnités 118 000 € 12% ns ns
Ensemble des indemnités 988 000 € 100% +8,9% +7,6%
Source : Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008 - FFSA/GEMA - Avril 2010

A noter : le poste de préjudice Assistance Tierce Personne présente une inflation comprise entre 11 et 16%

Evolution de l’indemnité moyenne versée au titre de l’ensemble des préjudices selon le taux d’AIPP

Variation moyenne annuelle

Coût moyen Sur les 10 Sur les 5 dernières


dernières années années
(1998-2008) (2003-2008)

Cas d'AIPP > 50% 988 000 € +8,9% +7,6%


dont 50 à 59% d'AIPP 425 000 € +7,1% +7,3%
dont 60 à 79% d'AIPP 728 000 € +7,0% +3,7%
dont 80% d'AIPP et plus 2 018 000 € +10,3% +9,8%
Source : Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008 - FFSA/GEMA - Avril 2010

Ce tableau appuie la tendance selon laquelle plus un sinistre est grave et cher, plus l'inflation subie sera
également importante.

62 / 155
Niveau d’indemnisation moyenne par poste de préjudice

Taux d'AIPP

Détail Ensemble
Poste de préjudice
50 - 60% 60 - 80% > 80% > 50%

Coût Coût Coût


Poids Poids Coût moyen Poids Poids
moyen moyen moyen

Déficit Fonctionnel Permanent 134 000 € 32% 203 000 € 28% 317 000 € 16% 206 000 € 21%
Préjudices Personnels 42 000 € 10% 52 000 € 7% 91 000 € 5% 57 000 € 6%
Dépenses de Santé Actuelles et Futures 90 000 € 21% 134 000 € 18% 522 000 € 26% 233 000 € 24%
Perte de Gains Professionnels Actuels 36 000 € 8% 32 000 € 4% 29 000 € 1% 33 000 € 3%
Assistance Tierce Personne 59 000 € 14% 194 000 € 27% 848 000 € 42% 341 000 € 35%
Autres indemnités 64 000 € 15% 113 000 € 16% 211 000 € 10% 118 000 € 12%
Ensemble des indemnités 425 000 € 100% 728 000 € 100% 2 018 000 € 100% 988 000 € 100%
Source : Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008 - FFSA/GEMA - Avril 2010

Ce tableau permet de mettre en avant le poste de préjudice afférant à la Tierce Personne : ce poste représente
14% du coût d'un sinistre lorsque le taux d'AIPP est compris entre 50 et 60%. Ce poids augmente et passe à 42%
lorsque le taux d'AIPP est supérieur à 80%.
Cette forte pondération de la Tierce Personne pour les sinistres les plus graves et les plus chers induit pour la
charge finale comme pour le coût moyen un poids de 35% au final.
Ce chiffrage rejoint les informations que nous donnent les gestionnaires de sinistres corporels importants selon
lesquelles la Tierce Personne représente environ la moitié du coût d'un sinistre corporel important.

63 / 155
5. Etude du réassureur Secura pour le GEMA sur les sinistres corporels
automobile

5.1 Présentation de Secura

Le 5 juillet 2010, KBC Groupe a conclu avec l'australien QBE Insurance Group un accord sur la vente de la
société de réassurance Secura SA.
Secura SA est une société européenne spécialisée dans la réassurance vie et non vie, desservant une clientèle
diversifiée et centrée sur l'Europe. Établie à Bruxelles, elle occupe 86 personnes. Fin 2009, la contribution de
Secura au bénéfice net consolidé de KBC Groupe se montait à 28,6 millions d'euros.

5.2 Présentation de l'étude

L'étude a été réalisée en novembre 2010 pour le GEMA (Groupement des Entreprises Mutuelles d'Assurances)

Il s'agit d'une étude sur les grands sinistres corporels ayant pour objectifs d'analyser et d'anticiper l'évolution du
coût de ces sinistres.

- seuil retenu : 250 K€ (valeur en dernière situation d'inventaire)


- source : avis de sinistres survenus en France – Echantillon de 41 cédantes
- période 1996 - 2009

5.3 Extrait de quelques graphiques importants et conclusions

Le graphique suivant présente à titre d'information la répartition des séquelles pour les sinistres supérieurs à 250
K€.

Séquelles

9% 2%

10%

3% 46%

23%
7%

Traumatisme crânien Paraplégie Autres séquelles Etat végétatif


Tétraplégie Décès Inconnue

Source : Etude des grands sinistres corporels – Secura / GEMA / Novembre 2010

64 / 155
Le graphique suivant présente l'âge moyen des victimes en fonction de la classe de coût.
On note que plus le coût du sinistre est élevé, plus l'âge de la victime est faible.
Ce résultat correspond naturellement au fait qu'il faille provisionner des montants plus importants pour parer aux
dépenses de la vie restante de la victime.

Age moyen par classe de coût

45

40

35

30

25

20

15

10

0
250-500 500-1000 1000- 1500- 2000- 3000- 4000- 5000- >6000
1500 2000 3000 4000 5000 6000

Source : Etude des grands sinistres corporels – Secura / GEMA / Novembre 2010

Le graphique suivant présente la composition de la charge sinistre répartie par classe de coût.
On note en particulier la place singulière que prend le poste de préjudice pour Tierce Personne : ce poste
représente 6% de la charge pour les sinistres compris entre 250 et 500 K€. Il représente ensuite un peu plus de
20% pour les sinistres compris entre 500 K€ et 3 M€. Puis il représente plus de 50% pour les sinistres supérieurs
à 3 M€ !

Composition de la charge sinistre par classe de coût

70%

60%

50%

40%

30%

20%

10%

0%
250-500 500- 1000- 1500- 2000- 3000- 4000- 5000- >6000 Tous
1000 1500 2000 3000 4000 5000 6000 sinistres

FMP & Hospitalisation ITT IPP


Préjudice Professionnel TP avant consolidation TP & Placement
Frais Futurs & Appareillages Logement & Véhicule Préjudices Personnels
Préjudice moral Divers

Source : Etude des grands sinistres corporels – Secura / GEMA / Novembre 2010

Le graphique suivant présente l'inflation constatée par classe de coût.


On note que l'inflation est une fonction croissante du coût des sinistres, allant de 6% à partir de 500 K€ jusqu'à
un peu plus de 8% pour les sinistres supérieurs à 3 M€.

65 / 155
Inflation par classe de coûts

9,00%

8,00%

7,00%

6,00%

5,00%

4,00%

3,00%

2,00%

1,00%

0,00%
250-500 500-1000 1000- 1500- 2000- 3000- 4000- 5000- >6000
1500 2000 3000 4000 5000 6000

Source : Etude des grands sinistres corporels – Secura / GEMA / Novembre 2010

5.4 Inflation par postes de préjudice et poids des postes de préjudice

Le tableau suivant présente l'inflation selon les postes de préjudice.


On obtient par la pondération selon la composition du coût des sinistres en fonction des préjudices l'inflation
globale des sinistres importants.

Postes de préjudice Inflation Composition


FMP & Hospitalisation 4,32% 10,5%
ITT 0,42% 1,3%
IPP 0,00% 7,6%
Préjudice Professionnel 7,38% 10,1%
TP avant consolidation 6,12% 4,6%
TP & Placement 11,10% 50,2%
Frais Futurs & Appareillages 5,38% 6,6%
Logement & Véhicule 8,42% 2,3%
Préjudices Personnels 2,38% 3,7%
Préjudice moral 8,63% 2,1%
Divers 10,00% 1,0%
Total 7,98% 100,0%
Source : Etude des grands sinistres corporels – Secura / GEMA / Novembre 2010

On obtient une inflation globale de 8%.

66 / 155
6. Synthèse des différentes valeurs répertoriées sur l'évolution du coût des
sinistres

Source Paramètre étudié Commentaires

Evolution du coût des sinistres

Sinistres non- Sinistres corporels Sinistres corporels


graves graves très graves

entre 300 K€ et 1,2


< 300 K€ > 1,2M€
M€

Ces informations sont indicatives.


Ces valeurs ont été trouvées en
s'appuient uniquement sur les coûts
Triangles GMF 1,7% 3,4% - 3,6% et non sur la gravité intrinsèque des
sinistres. De plus, on a vu que ces
valeurs sont par construction limitées
à la hausse.

Etude FFSA / GEMA 3,7% - 7,6% 7,6% - 10,3%

Etude Secura / GEMA 5,5% - 6,5% 7,1% - 8,4%

Evolution du poste Tierce Personne

Il s'agit uniquement de l'évolution du


coût horaire. Cela ne prend pas en
Capitaux constitutifs GMF 4,0% - 7,3% compte l'évolution du poste TP,
notamment l'évolution du nombre
d'heures de TP à gravité constante.

Etude FFSA / GEMA 11% - 17%

Etude Secura / GEMA 11,1%

Indice des prix

INSEE 2%

Indice des salaires

INSEE 3%

67 / 155
7. Proposition d'un modèle d'évolution du coût des sinistres

L'idée est, à partir des études présentées précédemment, de proposer un modèle d'inflation qui s'appuierait de
l'unique donnée disponible, à savoir, le coût du sinistre.
Et d'obtenir au final une inflation en fonction de la classe de coût des sinistres.

Concernant le poste de la Tierce Personne, nous avons vu certaines propriétés :


C'est le poste qui prend le plus d'importance : jusqu'à 50% du coût d'un sinistre
Il présente l'inflation la plus forte : de l'ordre de 11%
Il présente une évolution par palier, due aux règles de gestion et aux paramètres de coût horaire et de taux
technique

Nous allons alors tenter de construire pas à pas un modèle d'inflation qui tiendra compte de ces éléments.

7.1 Première étape : paramètres retenus en fonction de la tranche coût

Nous partons des études proposées par la FFSA/GEMA et par Secura/GEMA et nous allons mettre en regard
des classes de coûts qui présentent le même ordre de grandeur :

Etude FFSA / GEMA


Classe de sinistres APIP 50 à 60% AIPP 60 à 80% AIPP sup à 80%
Coût moyen 425 K€ 728 K€ 2,0 M€
poids de la TP 14% 27% 42%
inflation de la TP 11 - 17%
inflation totale 7,1 - 7,3% 3,7 - 7,6% 9,8 - 10,3%

Etude Secura / GEMA


Classe de coûts 250 - 500 K€ 500 – 2 000 K€ 2 000 – 3 000 K€ 3 000 et plus
poids de la TP 9% 20% 35% 55%
inflation de la TP 11,1%
inflation totale 6% 5,5 - 6,5% 7,1 - 8,1% 8,1 - 8,4%

Nous observons que nous obtenons des ordres de grandeur cohérents entre les deux études, que ce soit pour le poids de la TP que pour
l'inflation mesurée.

Nous proposons alors de retenir les valeurs suivantes :

Valeurs retenues
Classe de coûts 250 - 500 K€ 500 – 2 000 K€ 2 000 – 3 000 K€ 3 000 et plus
Valeur basse de la tranche 250 500 2 000 3 000
Poids de la TP 9% 20% 35% 55%
Coût de la TP 23 100 700 1 650
Coût du reste 228 400 1 300 1 350
Inflation de la TP 11,1% 11,1% 11,1% 11,1%
inflation totale 6% 6% 7,5% 8%
Calcul inflation du reste 5,5% 4,7% 5,6% 4,2%

68 / 155
L'inflation du reste est calculée par la formule de composition du taux :

(Poids de la TP) * (1 + inflation de la TP) + (1 - poids de la TP) * (1 + inflation du reste) = 100% * (1 + inflation totale)

Pour l'inflation du reste, nous conserverons une valeur unique moyenne de 5,0%.

7.2 Deuxième étape : prise en compte de l'effet palier de l'inflation du coût de la TP

Reprenons les résultats obtenus dans le chapitre détaillant l'évolution du capital constitutif en fonction du coût
horaire de la Tierce Personne et du taux technique utilisé par les gestionnaires.

N'ayant pas l'information de l'âge de la victime dans notre base des sinistres, nous allons nous appuyer sur le cas
moyen, à savoir celui concernant une personne de 30 ans (car l'âge moyen de constitution d'une rente dans notre
fichier sur les Provisions Mathématiques est de 34 ans, auquel on retranche entre 3 et 5 ans pour la clôture du
dossier et le passage effectif en rente, soit une trentaine d'année)

Evolution du capital constitutif


pour une personne de 30 ans
(base 100 en 1996)
Année Indice du coût
1996 100
1997 122
1998 122
1999 122
2000 158
2001 158
2002 158
2003 158
2004 189
2005 218
2006 221
2007 221
2008 221
2009 221
Inflation de la TP de 1996 à 2009 6,3%

Evolution du capital constitutif horaire pour une personne de 30 ans


250

200

150

100

50

0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

On a bien le phénomène de paliers successifs. Ils sont dus à l'évolution du coût horaire de la TP et à l'évolution
du taux technique. La gestion des sinistres ne répercute pas cette évolution chaque année, mais de manière
ponctuelle pour 2 raisons : primo afin de ne pas faire fluctuer les provisions fortement et trop souvent ; secundo
pour une raison pratique : ne pas changer trop souvent de paramètres de calcul à la gestion des sinistres.

69 / 155
Comme cela est observable dans toutes les études, l'inflation globale du poste Tierce Personne est de l'ordre de
11,1%.

Cette inflation s'explique par 2 composantes :


- l'inflation due à l'évolution du coût horaire de la TP et du taux technique, ce qui correspond à une
inflation moyenne de 6,3%
- l'inflation due à l'augmentation du nombre d'heures de TP allouées lors des transactions ou bien par les
juges.

Ce 2e effet a été souligné dans l'étude de la SCOR. Cela est consécutif à l'évolution du périmètre de
l'indemnisation dans un contexte où la notion de réparation intégrale prend de plus en plus d'ampleur.

L'inflation de ce 2e effet est calculée par la formule de composition du taux :

(1 + inflation du capital constitutif) * (1 + inflation due aux nombres d'heures)


= (1 + inflation globale de la TP)

Soit :
(1 + 6,3%) * (1 + inflation due aux nombres d'heures) = (1 + 11,1%)
inflation due aux nombres d'heures = 4,5%

On en déduit alors par composition des taux l'inflation globale de la TP :

Evolution du coût global de la TP pour une personne de 30 ans

Inflation due au capital Inflation de la TP hors


Année Inflation composée Indice de coût
constitutif de la TP effet capital constitutif

1996 100
1997 21,9% 4,5% 27,4% 127
1998 0,0% 4,5% 4,5% 133
1999 0,0% 4,5% 4,5% 139
2000 30,0% 4,5% 35,9% 189
2001 0,0% 4,5% 4,5% 198
2002 0,0% 4,5% 4,5% 206
2003 0,0% 4,5% 4,5% 216
2004 19,5% 4,5% 24,9% 269
2005 15,4% 4,5% 20,6% 325
2006 1,3% 4,5% 5,9% 344
2007 0,0% 4,5% 4,5% 360
2008 0,0% 4,5% 4,5% 376
2009 0,0% 4,5% 4,5% 393
Inflation de la TP
de 1996 à 2009 11,1%

A des fins de vérification, pour passer de 100 à 393 en 13 années, on retrouve bien une inflation de 11,1%.

Evolution du coût global de la TP pour une personne de 30 ans


450
400
350
300
250
200
150
100
50
0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

70 / 155
7.3 Troisième et dernière étape : Evolution globale du coût d'un sinistre

Maintenant on va chercher les évolutions des coûts de la TP et des coûts du "reste" en fonction afin de les
sommer pour obtenir l'évolution des coûts globaux des sinistres.

Dans le tableau suivant, on part du bas du tableau (année 2009) où on reprend le coût de la TP en fonction de la
classe de coût des sinistres calculé lors de la première étape et on remonte en s'appuyant sur l'indice de coût
précédemment établi :

Evolution de la TP
Classe de coûts 250 500 2000 3000
1996 6 25 178 420
1997 7 32 227 535
1998 8 34 237 559
1999 8 35 248 584
2000 11 48 337 794
2001 11 50 352 830
2002 12 53 368 867
2003 12 55 384 906
2004 15 69 480 1 132
2005 19 83 579 1 365
2006 20 88 613 1 445
2007 21 92 641 1 511
2008 22 96 670 1 579
2009 23 100 700 1 650

Pour l'évolution du coût du reste, on part du bas du tableau (année 2009) en reprenant le coût du "reste" calculé
lors de la première étape, et on remonte en appliquant une actualisation de 5,0% :

Evolution du coût du "reste"


Classe de coûts 250 500 2000 3000
1996 121 212 689 716
1997 127 223 724 752
1998 133 234 760 789
1999 140 246 798 829
2000 147 258 838 870
2001 154 271 880 914
2002 162 284 924 959
2003 170 298 970 1 007
2004 178 313 1 019 1 058
2005 187 329 1 070 1 111
2006 197 346 1 123 1 166
2007 206 363 1 179 1 224
2008 217 381 1 238 1 286
2009 228 400 1 300 1 350

71 / 155
Enfin, on fait la somme des deux tableaux précédents pour retrouver le coût global des sinistres :

Evolution du coût total par classe de coût


Classe de coûts 250 500 2 000 3 000
1996 126 238 868 1 136
1997 134 255 951 1 287
1998 141 268 997 1 348
1999 148 281 1 046 1 413
2000 157 306 1 175 1 664
2001 165 321 1 232 1 743
2002 174 337 1 292 1 826
2003 182 353 1 355 1 914
2004 194 382 1 499 2 190
2005 206 412 1 649 2 475
2006 216 433 1 736 2 612
2007 227 454 1 820 2 735
2008 238 477 1 908 2 864
2009 250 500 2 000 3 000
Inflation totale
de 1996 à 2009 5,4% 5,9% 6,6% 7,8%

Une première conclusion à partir de ce tableau est qu'on retrouve une inflation totale qui est croissante en
fonction du coût des sinistres. Et on retombe sur les ordres de grandeur issus des études de la FFSA/GEMA et de
Secura/GEMA : une inflation globale qui croît de 5,5 à 8%.

72 / 155
7.4 Modèle retenu

Nous proposons d'arrondir les bornes des tranches à la centaine de k€ près :

Tranches de coûts retenues


1996 100 200 900 1 100
1997 100 300 1 000 1 300
1998 100 300 1 000 1 300
1999 100 300 1 000 1 400
2000 200 300 1 200 1 700
2001 200 300 1 200 1 700
2002 200 300 1 300 1 800
2003 200 400 1 400 1 900
2004 200 400 1 500 2 200
2005 200 400 1 600 2 500
2006 200 400 1 700 2 600
2007 200 500 1 800 2 700
2008 200 500 1 900 2 900
2009 300 500 2 000 3 000

Inflation par année et par tranche de coût


1996 5,4% 5,9% 6,6% 7,8%
1997 5,3% 5,8% 6,4% 7,3%
1998 5,4% 5,8% 6,5% 7,5%
1999 5,4% 5,9% 6,7% 7,8%
2000 5,3% 5,6% 6,1% 6,8%
2001 5,3% 5,7% 6,2% 7,0%
2002 5,4% 5,8% 6,4% 7,3%
2003 5,4% 6,0% 6,7% 7,8%
2004 5,2% 5,5% 5,9% 6,5%
2005 5,0% 5,0% 5,0% 4,9%
2006 5,0% 4,9% 4,8% 4,7%
2007 5,0% 4,9% 4,8% 4,7%
2008 5,0% 4,9% 4,8% 4,7%

Inflation par tranche de coût et par année


9,0%

8,0%

7,0%

6,0%
250
5,0% 500

4,0% 2000
3000
3,0%

2,0%

1,0%

0,0%
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008

73 / 155
Sur ce graphe, on retrouve bien une inflation croissante en fonction de la classe de coût : pour l'année 1996,
l'inflation croît de 5,4 à 7,8%.

Mais ce qui est plus étonnant et pas forcément intuitif au premier abord, c'est le fait d'obtenir une inflation
constante et identique à partir de 2005.

En fait, cela correspond au dernier palier de l'évolution du capital constitutif. Depuis 2005, les paramètres de
coût horaire et de taux technique n'ont pas changé : respectivement 15€/h et 2,43%.
L'inflation globale étant constituée de 3 éléments : l'inflation du "reste" à 5%, l'inflation du nombre d'heures de
TP de l'ordre de 4,5% et l'inflation du capital constitutif de zéro sur cette période. Nous obtenons donc une
inflation constante d'environ 5%.

On retrouve cet effet "palier" entre 2000 et 2003 et entre 1997 et 1999.

Pour les sinistres compris en 10 K€ et 100 K€, nous allons appliquer une inflation de 3%.

Pour les sinistres inférieurs à 10 K€, nous allons appliquer une inflation de 2%.

Indice des prix à la consommation


(source INSEE)

4,00%
3,50%
3,00%
2,50%
2,00%
1,50%
1,00%
0,50%
0,00%
-0,50%
-1,00%
janv-99

janv-00

janv-01

janv-02

janv-03

janv-04

janv-05

janv-06

janv-07

janv-08

janv-09

Application du modèle d'inflation :

Nous allons prendre pour chaque année de survenance et pour chaque année de développement les données
individuelles des sinistres RC Corporels : les flux (paiements nets non cumulés) et les stocks (provisions
dossier/dossier)
Nous allons déterminer pour chaque sinistre dans quelle tranche de coût il se situe et lui appliquer une inflation
donnée par notre modèle.
L'outil utilisé sera une macro VB sous Excel.

Critique de ce modèle

Ce modèle présente une faille indéniable : on va appliquer une inflation "moyenne" sur un coût de sinistre
unitaire, dont la répartition des postes n'aura peut-être rien à voir avec la répartition moyenne des sinistres de sa
classe de coût.
Cela reste un "modèle" qui tente de palier le manque d'informations nécessaires au niveau des montants de
chaque sinistre.

74 / 155
Premiers aperçus des triangles après actualisation des montants

Triangles des coûts moyens avant et après actualisation

Coûts moyens AVANT actualisation


1 996 1 997 1 998 1 999 2 000 2 001 2 002 2 003 2 004 2 005 2 006 2 007 2 008 2 009
N 6 656 8 096 8 502 7 756 8 369 8 683 9 300 12 355 9 983 12 034 12 841 13 525 9 087 11 504
N+1 7 491 7 957 8 934 8 240 8 065 8 520 9 607 11 644 9 834 11 975 10 940 11 951 10 406
N+2 7 017 8 066 8 006 7 525 7 385 8 379 8 901 10 754 9 738 11 313 10 985 11 009
N+3 6 993 7 644 7 804 7 179 7 232 8 049 9 128 10 087 9 356 10 962 10 892
N+4 7 179 7 525 7 087 6 963 6 966 8 549 8 917 10 034 8 980 11 131
N+5 7 005 7 157 7 137 6 712 6 808 8 592 8 783 9 832 8 906
N+6 6 527 6 905 6 668 6 600 6 688 8 505 8 642 9 794
N+7 6 386 6 556 6 704 6 644 6 510 8 376 8 395
N+8 6 315 6 585 6 716 6 478 6 478 8 097
N+9 6 424 6 526 6 841 6 393 6 394
N+10 6 466 6 506 6 797 6 236
N+11 6 414 6 498 6 879
N+12 6 382 6 550
N+13 6 290

Coûts moyens APRES actualisation


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 10 483 12 777 12 982 11 127 11 244 11 381 11 613 15 881 11 661 13 696 14 068 14 475 9 362 11 504
N+1 12 270 12 721 14 323 11 640 10 933 11 179 12 267 14 289 11 325 13 369 11 761 12 422 10 436
N+2 11 202 12 740 11 669 10 222 9 729 10 805 10 884 12 571 10 944 12 300 11 499 11 123
N+3 10 850 11 112 11 060 9 489 9 290 9 902 10 746 11 469 10 276 11 608 11 119
N+4 10 627 10 710 9 669 9 012 8 640 10 206 10 262 11 173 9 668 11 503
N+5 10 178 9 965 9 616 8 453 8 247 10 058 9 922 10 748 9 423
N+6 9 295 9 443 8 782 8 183 8 010 9 818 9 609 10 535
N+7 8 974 8 735 8 710 8 159 7 758 9 557 9 224
N+8 8 740 8 646 8 663 7 913 7 682 9 178
N+9 8 788 8 506 8 748 7 775 7 571
N+10 8 790 8 430 8 648 7 583
N+11 8 698 8 377 8 685
N+12 8 638 8 393
N+13 8 526

75 / 155
Coût moyen par année de survenance - AVANT actualisation

18 000

1 996
16 000
1 997

14 000 1 998
1 999
12 000 2 000
2 001
10 000
2 002
2 003
8 000
2 004
6 000 2 005
2 006
4 000 2 007
2 008
2 000
2 009

0
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13

Coût moyen par année de survenance - APRES actualisation

18 000
1 996
16 000 1 997
1 998
14 000
1 999
12 000 2 000
2 001
10 000
2 002
2 003
8 000
2 004
6 000 2 005
2 006
4 000
2 007
2 000 2 008
2 009
0
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13

En Annexes (Annexe 3), nous présentons les triangles de nombres de sinistres obtenus pour les tranches
supérieures (>75 K€, >300K€ et >1,2M€), AVANT et APRES actualisation.

Ces triangles permettent de mettre en lumière que la mise en euros constants 2009 a eu pour conséquence
d'augmenter le coût des sinistres des survenances les plus anciennes et donc de faire apparaître plus de sinistres
graves pour ces survenances. En proportion, on obtiendra des proportions constantes de sinistres graves par
rapport au nombre total de sinistres, ce qui était l'effet recherché par l'actualisation.

76 / 155
Exemple de la transformation de la distribution des sinistres suite à l'actualisation

Survenance 1996 vue en 2009


Avant actualisation Après atualisation
Montant log ( montant ) Nombre cumulé Nombre cumulé
75 000 11,23 246 349
150 000 11,92 119 163
300 000 12,61 50 75
600 000 13,30 20 34
1 200 000 14,00 12 16
2 400 000 14,69 6 7
4 800 000 15,38 0 2

Montant cumulé en fonction d'un montant


Survenance 1996 vue 2009
400

350

300

250

200

150

100

50

0
0 1 000 000 2 000 000 3 000 000 4 000 000 5 000 000 6 000 000

AVANT actualisation APRES actualisation

Logarithme du montant cumulé en fonction d'un montant


Survenance 1996 vue 2009
400

350

300

250

200

150

100

50

0
11,00 11,50 12,00 12,50 13,00 13,50 14,00 14,50 15,00 15,50 16,00

AVANT actualisation APRES actualisation

77 / 155
PARTIE IV – Application de la méthode Chain Ladder

Pour résumer :
• La méthode Chain Ladder est une méthode intuitive et la plus classique
• Comme tout modèle, il faut vérifier son hypothèse
• L'application au niveau global donne des résultats très divergents entre le triangle des paiements
et le triangle de la charge
• Nous segmenterons les triangles entre graves et non-graves afin d'apporter une analyse
complémentaire
• Nous appliquerons également la méthode Chain Ladder sur les triangles retraités : il s'agira des
triangles passés dans un premier temps en euros constants puis auxquels nous appliquerons
ensuite une inflation projetée

1. Introduction

A l'origine, la méthode Chain Ladder ne devait pas être traitée dans ce mémoire, cette méthode étant très
classique.
Mais cette méthode est incontournable et indispensable à toute recherche sur les charges ultimes et le
provisionnement. Nous allons voir quelques développements concernant la problématique des sinistres graves.

Nous chercherons dans ce présent chapitre à calculer les charges ultimes et les provisions en Best Estimate
associées.

Ce chapitre ne fera pas l'objet du calcul d'un écart-type des réserves ou bien d'un intervalle de confiance des
réserves. Nous n'appliquerons donc pas les méthodes modernes, dites stochastiques, de type analytiques (Thomas
Mack, 1993) ou bien se basant sur des méthodes de tirages aléatoires et de redistribution des résidus (Bootstrap).

Nous verrons qu'avant même de chercher à trouver une distribution de la réserve, dont les calculs sont certes très
intéressants, la recherche de la charge ultime relève déjà d'un exercice particulièrement délicat, où l'utilisation de
différentes méthodes nous amène souvent à faire le grand écart !

2. Bref rappel sur la méthode Chain Ladder

La méthode Chain Ladder est la méthode classique de calcul de provisions, elle s'appuie sur un mode opératoire
simple et intuitif.
Nous partons des triangles de paiements cumulés et nous cherchons à projeter le déroulement futur des
paiements.

Triangle de paiements cumulés


Années de survenance
1996 1997 … i … 2008 2009
N xxx xxx xxx xxx xxx xxx xxx
Années de développement

N+1 xxx xxx xxx xxx xxx xxx


… xxx xxx xxx xxx xxx
xxx xxx xxx xxx
N+j xxx xxx xxx Ci,j
xxx xxx xxx Ci,j+1 ?
… xxx xxx Ci,j+2 ?
N+9 xxx Ci,j+3 ?

78 / 155
La méthode Chain Ladder propose d'estimer le montant Ci,j+1 de manière intuitive suivante :

n − j −1

∑C i , j +1
C i , j +1 = f j ⋅ C i , j , avec f j = i =0
n − j −1

∑C
i =0
i, j

En fait, la méthode Chain Ladder est un modèle, et ce modèle s'appuie sur une hypothèse, unique et forte :

C i , j +1
Hypothèse H0 : Pour j=0,…,n-1, les ratios des facteurs adjacents sont indépendants de l'année de
Ci , j
survenance i.

C 0, j +1 C1, j +1 C i , j +1
Cela revient à écrire : = = ... =
C 0, j C1, j Ci , j

Dans la pratique, ces égalités ne sont qu'approximativement vérifiées et on choisit comme facteur
commun f j précédemment calculé.

On calcule ainsi de proche en proche les valeurs futures suivantes par année de survenance jusqu'à la fin des
temps (ou à l'ultime).

La différence entre la charge ultime ainsi estimée et le dernier paiement connu nous donne ainsi la provision dite
"Best Estimate".

Vérification de l'hypothèse

Comme tout modèle, il convient de vérifier l'hypothèse afin de valider ou non les résultats que nous fournit ce
modèle.

Afin de vérifier le modèle Chain Ladder, il existe plusieurs possibilités dont les plus courantes sont :

- vérification graphique de l'alignement des couples (Ci,j , Ci,j+1)


C 0, j +1 C1, j +1 C i , j +1
- vérification graphique de la constance des ratios , ,...,
C 0, j C1, j Ci, j

Nous aurons l'occasion d'appliquer ces tests graphiques et de vérifier l'hypothèse en Annexes (Annexe 8)
concernant la méthode Chain Ladder.

Cela nous permet notamment de mettre en avant des phénomènes particuliers qui présentent des développements
atypiques la première année :
- pour la survenance 2006, le ratio est anormalement faible, cela provient d'une erreur dans le
paramétrage des forfaits à l'ouverture lors de l'évolution du système d'information
- pour la survenance 2007, il s'agit d'une sinistralité connue pour être particulièrement forte en sinistres
graves cette année-là
- et inversement pour la survenance 2008, il s'agit d'une année connue pour avoir eu une sinistralité
particulièrement faible cette année-là

79 / 155
3. Application au triangle total

Année de survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Dernière charge connue (1)
152 839 151 954 154 189 136 839 133 327 165 071 160 165 170 095 158 551 198 461 188 511 194 040 173 484 187 209
Dernier paiement cumulé connu (2)
145 437 139 163 132 427 124 897 124 544 131 567 111 754 114 300 98 931 98 398 90 431 78 454 56 632 21 339
Provisions pour Sinistres A Payer (3) = (1) – (2) Total
7 402 12 792 21 762 11 941 8 783 33 503 48 411 55 795 59 621 100 063 98 080 115 587 116 852 165 870 856 461
Charge ultime - méthode sur le triangle des paiements (4)
145 437 139 874 136 465 131 627 133 618 143 816 126 464 133 528 121 857 130 687 131 683 131 505 128 046 129 812
Best Estimate - méthode sur le triangle des paiements (5) = (4) – (2) Total
0 711 4 037 6 730 9 074 12 249 14 711 19 228 22 926 32 289 41 252 53 051 71 414 108 474 396 145
Charge ultime - méthode sur le triangle de la charge sinistres (6)
152 839 149 762 152 168 135 160 130 853 162 107 155 440 161 943 146 546 180 130 168 856 169 132 143 569 161 847
Best Estimate - méthode sur le triangle de la charge sinistres (7) = (6) – (2) Total
7 402 10 599 19 741 10 263 6 309 30 540 43 686 47 643 47 615 81 732 78 425 90 678 86 937 140 508 702 078

On note deux résultats très différents, selon que nous employons la méthode basée sur le triangle des règlements
ou bien la méthode basée sur le triangle de la charge des sinistres. Dans le premier cas, nous obtenons un Best
Estimate de 396 M€, dans le second cas un Best Estimate de 702 M€ !

Profil des paiements et de la charge -


Réalisé pour la survenance 1996 / Projeté pour la survenance 2009
250 000

200 000

150 000

100 000

50 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

1996 - Paiements 2009 - Paiements 1996 - Charge 2009 - Charge

On remarque sur ce graphique que les projections de paiements et de la charge ne convergent pas du tout.
Pour la survenance 2009, la charge ultime projetée est estimée à 130 M€ à partir des paiements ou à 162 M€ à
partir de la charge !
Il s'agit-là du problème le plus connu sur l'estimation des Best Estimate : la divergence entre la méthode Chain
Ladder appliquée sur les règlements et la méthode Chain Ladder appliquée sur la charge.
La pratique courante veut que pour des branches longues comme la RC Corporel Auto, on écarte la méthode des
règlements. Pour deux raisons : la première raison s'appuie sur la déformation de la répartition des sinistres ;
moins de sinistres de masse et plus de sinistres graves, on ne peut plus projeter en une seule fois une population
aussi hétérogène. La deuxième raison vient du fait que, si les sinistres n'ont pas été retraités en euros constants, et
notamment afin de prendre en compte l'effet très important du taux utilisé pour les rentes, il paraît difficilement
concevable de projeter des règlements qui n'ont plus rien à voir les uns avec les autres.
La pratique usuelle s'appuie alors sur les résultats obtenus par la méthode sur la charge sinistre. Cette dernière a
le mérite de projeter la tendance qui quantifie l'excès de prudence accordée par le passé. Mais elle rencontre tout
aussi vite une critique imparable : elle s'appuie sur des montants provisionnés, donc issus d'une politique de
provisionnement. Politique qui a pu varier au cours du temps. Les données utilisées ne reflètent plus uniquement

80 / 155
le caractère exogène de la sinistralité, c'est-à-dire le fait que les règlements de sinistres dépendent uniquement
des accidents qui sont par nature des phénomènes aléatoires. Mais par opposition, les données relatives à la
charge des sinistres y compris l'évaluation effectuée par le gestionnaire est donc le fait d'actes de gestion, dont
les paramètres (provisions forfaitaires et marge de prudence) ont été définis en interne.
Pour palier ce problème, on ne retient que les coefficients sur les dernières années d'inventaire ; cela permet de
limiter les "écarts" de gestion.
Décriée par les puristes, utilisées par l'ensemble du marché, cette méthode continue d'alimenter le débat. Et
proposer des méthodes alternatives pourrait permettre d'avoir une approche différente et d'apporter des
arguments supplémentaires.

4. Application aux sinistres non graves (<75K€)

Année de survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Dernière charge connue (1)
76 758 73 731 71 421 71 328 67 464 69 992 65 127 59 482 59 983 61 674 63 184 65 990 72 613 93 615
Dernier paiement cumulé connu (2)
76 612 73 517 71 207 70 938 67 030 69 219 64 068 57 923 57 363 57 793 56 168 52 055 40 368 16 981
Provisions pour Sinistres A Payer (3) = (1) – (2) Total
145 214 214 391 434 773 1 059 1 558 2 619 3 881 7 016 13 934 32 245 76 634 141 117
Charge ultime - méthode sur le triangle des paiements (4)
76 612 73 632 71 348 71 171 67 397 69 774 64 850 58 997 59 190 60 738 61 326 61 549 60 648 60 468
Best Estimate - méthode sur le triangle des paiements (5) = (4) – (2) Total
0 115 141 233 367 555 782 1 074 1 826 2 945 5 158 9 494 20 280 43 487 86 457
Charge ultime - méthode sur le triangle de la charge sinistres (6)
76 758 73 820 71 447 71 379 67 515 70 098 65 147 59 307 59 763 61 120 62 086 62 445 59 168 61 518
Best Estimate - méthode sur le triangle de la charge sinistres (7) = (6) – (2) Total
145 304 240 442 486 879 1 080 1 384 2 399 3 327 5 918 10 390 18 800 44 537 90 330

Ici, les résultats obtenus par l'application de la méthode sur les deux triangles donnent des résultats convergents :
le Best Estimate est autour de 86 – 90 M€.

Profil des paiements et de la charge - non-graves (<75K€)


Réalisé pour la survenance 1996 / Projeté pour la survenance 2009

120 000

100 000

80 000

60 000

40 000

20 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

1996 - Paiements 2009 - Paiements 1996 - Charge 2009 - Charge

On voit bien que les courbes de paiements et de charge convergent rapidement, que ce soit pour le réalisé (1996)
ou pour la projection (2009).

81 / 155
5. Application aux sinistres graves (>75K€)

Année de survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Dernière charge connue (1)
76 081 78 224 82 768 65 510 65 864 95 079 95 038 110 614 98 569 136 787 125 327 128 051 100 871 93 594
Dernier paiement cumulé connu (2)
68 824 65 646 61 220 53 960 57 514 62 348 47 686 56 377 41 567 40 605 34 263 26 398 16 264 4 358
Provisions pour Sinistres A Payer (3) = (1) – (2) Total
7 257 12 578 21 548 11 551 8 350 32 730 47 352 54 236 57 002 96 182 91 064 101 652 84 607 89 237 715 344
Charge ultime - méthode sur le triangle des paiements (4)
68 824 66 242 65 149 60 239 66 680 75 204 62 001 78 454 64 667 74 787 76 519 77 535 75 425 89 475
Best Estimate - méthode sur le triangle des paiements (5) = (4) – (2) Total
0 596 3 929 6 279 9 166 12 856 14 316 22 077 23 099 34 181 42 256 51 136 59 161 85 117 364 170
Charge ultime - méthode sur le triangle de la charge sinistres (6)
76 081 75 899 80 585 63 866 63 409 91 581 89 596 100 922 85 382 115 273 103 898 104 017 83 395 118 218
Best Estimate - méthode sur le triangle de la charge sinistres (7) = (6) – (2) Total
7 257 10 253 19 364 9 907 5 895 29 233 41 910 44 545 43 814 74 668 69 636 77 618 67 130 113 861 615 091

On retrouve ici les résultats très divergents obtenus pour l'ensemble des sinistres.
Étant donné que les triangles des sinistres non-graves affichent des résultats très convergents et des ultimes
obtenus très rapidement, le souci provient alors des sinistres graves.

Profil des paiements et de la charge - graves (>75K€)


Réalisé pour la survenance 1996 / Projeté pour la survenance 2009

160 000

140 000

120 000

100 000

80 000

60 000

40 000

20 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

1996 - Paiements 2009 - Paiements 1996 - Charge 2009 - Charge

La projection sur 13 ans des règlements et de la charge pour la survenance 2009 donne deux courbes qui ne
convergent pas du tout vers le même ultime. Dans le cas du triangle des paiements, la charge ultime estimée est
de 89 M€. Dans le cas du triangle de la charge, la charge ultime estimée est de 118 M€.

82 / 155
6. Comparaison entre les calculs sur les triangles totaux et les triangles scindés graves et
non-graves

Ici nous ne garderons que les résultats obtenus par la méthode Chain Ladder basée sur la charge des sinistres.

Nous récupérons tout d'abord les résultats obtenus au global dans le paragraphe précédent 3.
Et nous effectuons ensuite la somme des résultats obtenus sur les triangles non-graves et graves des paragraphes
précédents 4 et 5.

Année de survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Dernière charge connue (1)
152 839 151 954 154 189 136 839 133 327 165 071 160 165 170 095 158 551 198 461 188 511 194 040 173 484 187 209
Dernier paiement cumulé connu (2)
145 437 139 163 132 427 124 897 124 544 131 567 111 754 114 300 98 931 98 398 90 431 78 454 56 632 21 339
Provisions pour Sinistres A Payer (3) = (1) – (2) Total
7 402 12 792 21 762 11 941 8 783 33 503 48 411 55 795 59 621 100 063 98 080 115 587 116 852 165 870 856 461
Charge ultime - méthode sur le triangle de la charge sinistres (4)
Global 152 839 149 762 152 168 135 160 130 853 162 107 155 440 161 943 146 546 180 130 168 856 169 132 143 569 161 847
graves + non-graves 152 839 149 719 152 032 135 246 130 925 161 679 154 743 160 229 145 144 176 393 165 985 166 462 142 563 179 736
Différence 0 43 136 -86 -72 428 697 1 714 1 402 3 737 2 871 2 670 1 006 -17 889 -3 343
Best Estimate - méthode sur le triangle de la charge sinistres (5) = (4) – (2) Total
Global 7 402 10 599 19 741 10 263 6 309 30 540 43 686 47 643 47 615 81 732 78 425 90 678 86 937 140 508 702 078
graves + non-graves 7 402 10 556 19 605 10 349 6 381 30 112 42 989 45 929 46 214 77 995 75 553 88 008 85 931 158 398 705 421
Différence 0 43 136 -86 -72 428 697 1 714 1 402 3 737 2 871 2 670 1 006 -17 889 -3 343

Les deux Best Estimate totaux obtenus sont très proches : 702 M€ et 705 M€. Mais ce résultat étonnant est
trompeur : en regardant les résultats obtenus pour chaque survenance, nous constatons de fortes différences, il se
dessine 2 phénomènes qui se compensent :
- pour la dernière survenance connue 2009, l'écart est négatif et important : -18 M€ entre les deux ultimes
obtenus. Cela correspond à une estimation plus élevée de la charge ultime dans le cas de l'approche
séparée.
- pour les survenances antérieures, et notamment les 6 précédentes, de 2003 à 2008, les écarts sont
positifs et de montants supérieurs à 1 M€ mais pas très élevés. Cela correspond à une estimation moins
élevée de la charge ultime dans le cas de l'approche séparée.

Il est difficile d'apporter une explication précise sur ces écarts et de pouvoir conclure sur une méthode meilleure
que l'autre. Séparer les sinistres graves et non-graves a permis de manière évidente de bien mieux cerner les
résultats concernant les sinistres non-graves. Mais peut-on en dire de même pour les sinistres graves ?
L'application de la méthode Chain Ladder est-elle mieux justifiée sur un triangle de sinistres graves ? Alors que
nous obtenons justement une population réduite et qui présente une déformation d'autant plus marquée dans le
temps, aussi bien sur l'axe des années de survenance que sur l'axe des années calendaires (axe "diagonal" du
triangle). Pour les sinistres graves, leurs nombres augmentent fortement au fur et à mesure des années, et leurs
coûts unitaires également.

A cela s'ajoute le fait que le coefficient de passage de la première à la deuxième année est d'autant plus volatile
pour les sinistres graves. Dans le triangle global, ce coefficient est beaucoup moins volatile car il est combiné
avec le coefficient des non-graves qui lui est très stable. Un coefficient très volatile pour le triangle des graves va
impliquer un risque d'erreur important dans l'estimation de la charge ultime.

83 / 155
7. Application sur les montants actualisés puis inflatés pour les sinistres graves (>75 K€)

Ici, nous nous baserons sur les triangles de la charge actualisée des sinistres obtenus en appliquant le modèle
d'inflation que nous avons proposé dans le chapitre précédent. Nous appliquons à chaque sinistre un taux
d'actualisation en fonction de la tranche de coût dans laquelle il se trouve et en fonction de son année de
survenance. Nous avons vu que cela permettait de prendre en compte l'évolution du taux technique utilisé pour
les calculs de rentes et l'évolution du coût horaire de la Tierce Personne. Bien sûr l'écueil vient du fait d'appliquer
une actualisation "moyenne" sur un coût de sinistre unitaire.
Ensuite, à partir des données unitaires retraitées, nous reconstituons un triangle qui sera alors en euros constants
à valeur 2009.
C'est sur ce triangle que nous appliquerons la méthode Chain Ladder. Suite au retraitement en euros constants, ce
triangle n'est alors plus "perturbé" par les évolutions successives de paramètres.
Nous appliquerons alors une inflation future sur les flux futurs projetés. Nous prendrons une valeur unique de
6%. Cette valeur est l'inflation moyenne des sinistres graves obtenue à partir des études présentées.

Nous obtenons alors les résultats suivants :

Année de survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
Dernière charge connue (1)
76 081 78 224 82 768 65 510 65 864 95 079 95 038 110 614 98 569 136 787 125 327 128 051 100 871 93 594
Dernier paiement cumulé connu (2)
68 824 65 646 61 220 53 960 57 514 62 348 47 686 56 377 41 567 40 605 34 263 26 398 16 264 4 358
Provisions pour Sinistres A Payer (3) = (1) – (2) Total
7 257 12 578 21 548 11 551 8 350 32 730 47 352 54 236 57 002 96 182 91 064 101 652 84 607 89 237 715 344
Charge ultime - méthode sur le triangle de la charge sinistres (4)
sans
76 081 75 899 80 584 63 867 63 409 91 581 89 596 100 922 85 381 115 273 103 899 104 016 83 394 118 219
actualisation
avec
actualisation
76 531 76 262 81 035 63 439 62 097 92 730 92 227 101 796 85 152 116 004 101 583 99 074 76 116 108 440
puis inflation
+6%
Best Estimate - méthode sur le triangle de la charge sinistres (5) = (4) – (2) Total
sans
7 257 10 253 19 364 9 907 5 895 29 233 41 910 44 545 43 814 74 668 69 636 77 618 67 130 113 861 615 091
actualisation
avec
actualisation
7 707 10 616 19 815 9 479 4 583 30 382 44 541 45 419 43 585 75 399 67 320 72 676 59 852 104 082 595 456
puis inflation
+6%
Différence -450 -363 -451 428 1 312 -1 149 -2 631 -874 229 -731 2 316 4 942 7 278 9 779 19 635

On note un écart global de 19,6 M€ entre les résultats issus des données non retraitées et des données retraitées.
Cette fois, l'écart correspond à une tendance unique et concentrée essentiellement sur les 4 dernières survenances
: de 2006 à 2009. Les deux dernières survenances 2008 et 2009 présentent les écarts les plus importants. La
méthode basée sur les montants retraités donne une estimation de la charge ultime plus faible.
Ici encore, même si la méthode basée sur les montants retraités parait plus séduisante car elle permet d'appliquer
la méthode Chain Ladder sur un triangle "nettoyé" de toutes fluctuations extérieures, elle demeure toutefois le
fruit de deux approximations fortes : la première vient de l'application du modèle d'actualisation proposée et la
deuxième du choix d'un taux d'inflation futur projeté.
Les résultats obtenus sont proches des résultats initiaux mais ne sont pas forcément plus justes. Il s'agit d'une
méthode supplémentaire qui vient s'ajouter au faisceau de méthodes et qui permet de conforter les résultats
lorsqu'ils sont convergents comme c'est le cas ici.

84 / 155
PARTIE V –Méthode des matrices de transition

Pour résumer :
• La méthode des matrices de transition se base sur la répartition du nombre de sinistres par
tranche de coûts et sur le passage des sinistres d'une tranche à une autre au fur et à mesure des
années de développement
• Elle serait donc judicieuse pour capter au mieux les tendances sur les sinistres graves
• La sélection du coût moyen d'une tranche fera l'objet d'une attention particulière
• Nous allons mesurer la performance de prévision de la méthode par back-testing et la comparer
avec la méthode Chain Ladder
• Elle présente des intérêts supplémentaires, comme la détection d'anomalies et le suivi des
boni/mali par tranche de coûts

1. Introduction

Origines de la méthode

Christian PARTRAT présente cette méthode dans son ouvrage Provisionnement technique en assurance non-vie.
(Chapitre 2, paragraphe 8 : Approche micro-sinistralité, méthode de Hachemeister Pages 90 à 95)

La méthode est également présentée dans le document de John B. Mahon, Transition Matrix Theory And
Individual Claim Loss Development, CAS Forum, Printemps 2005.
Son objectif était orienté sur la problématique de tarification en réassurance.

Ces deux auteurs rappellent que cette méthode a été développée par Charles Hachemeister en 1980. ("A
Stochastic Model for Loss Reserving", 21st. International Congress of Actuaries, 1980, Vol.1, pp 185-194)

Pré-requis

Cette méthode s'appuie sur les nombres de sinistres. Il sera donc impératif que les sinistres soient tous
comparables afin d'être classés équitablement. Leurs montants devront alors transformés en euros constants.
(Mise en as-if)

2. Présentation de la méthode

Double objectif, double intérêt : décrire, puis prédire.

- Analyse descriptive : construction des matrices de transition à partir des survenances passées

- Analyse prédictive : projection du nombre de sinistres par classe de coûts et projection de la charge
ultime

Il s'agit d'une méthode logique et intuitive. Basée d'une part sur les nombres et coûts moyens et d'autre part sur le
passage d'une année de développement à la suivante comme le fait Chain Ladder, il s'agit d'une sorte de mix des
deux méthodes classiques, avec en plus la finesse apportée par une segmentation en tranches de coûts

Choix des paramètres pour la construction des matrices

- nombre de classes et bornes des classes

Comme nous l'avons vu dans la Deuxième Partie de ce mémoire, dans l'analyse descriptive des sinistres et
notamment par classe de coûts, l'idée est de conserver l'échelle logarithmique des coûts.

Nous allons partir des sinistres inférieurs à 75 K€, puis passer aux bornes suivantes en multipliant par 2 :
75, 150, 300, 600, 1.200, 2.400, 4.800, 9.600
Puis ceux supérieurs à 9,6 M€.

85 / 155
Nous rencontrerons très rarement des sinistres supérieurs à 9,6 M€ et jamais de sinistres supérieurs à 19,2 M€.
Ce sera donc notre dernière classe.

Cela nous permettra d'obtenir 9 classes.

Nous verrons que ce classement nous permettra d'obtenir :


- un nombre très important de sinistres dits non-graves (inférieurs à 75 K€), correspondant à un montant
important de ces sinistres non-graves
- des nombres de plus en plus faibles, mais qui permettent toujours d'obtenir des observations
- des montants totaux par tranches qui ont la particularité notoire suivante : quelque soit la classe, le
montant total des sinistres de la classes est toujours d'un ordre de grandeur compris entre 10 et 20 M€.

Une dernière classe est nécessaire pour comptabiliser les sinistres absents à un certain moment mais qui
apparaîtront plus tard. Il s'agit des sinistres tardifs qui ne sont pas présents au 1er développement, ou bien des
sinistres reclassés, qui quitteront la garantie RC Corporel pour rejoindre la garantie RC Matériel.

Ce qui nous fait un total de 10 classes. Ce qui semble raisonnable : c'est suffisant pour avoir un détail intéressant,
mais ce n'est pas trop important pour permettre d'être lisible et exploitable.

La distinction des statuts des sinistres "En-cours" et "Terminés" ?

Les études pré-citées (de Christian Partrat et de John Mahon) proposent dans leur méthode de distinguer les
sinistres en fonction de leur statut, qu'ils soient en-cours ou bien terminés, en développement k ou bien en
développement k+1, ce qui multiplie par 2 le nombre de classes et par 4 les transitions possibles :
E => E / E => T / T => E / T => T.

Nous choisirons de ne pas les suivre. Cela rend l'étude beaucoup trop complexe.
Dans ce cas, les coûts moyens devront donc être déterminés par statut et par maturité. Or nous avons déjà vu,
lors de la recherche de l'inflation à partir des triangles et plus particulièrement en fonction du statut des sinistres,
que le coût moyen des sinistres varie fortement en fonction de la classe de coût et de la vitesse de règlement. Les
sinistres terminés en 1 an auront un coût moyen très faible. Les sinistres qui mettront plusieurs années à être
réglés auront un coût très élevé. Il y en aura d'ailleurs un très faible nombre, ce qui rend le calcul d'un coût
moyen d'autant plus périlleux. Cela rajoute une incertitude trop grande sur le coût moyen des sinistres en cours à
partir d'une maturité supérieure à 3-4 ans.

Prenons l'exemple patent des sinistres non-graves :

Survenance 1996 – Sinistres inférieurs à 75K€ - en euros courants


Coût moyen des sinistres terminés, à chaque année de développement
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
1 562 2 784 5 907 9 867 15 240 14 753 13 458 14 498 15 447 7 674 11 524 17 521 16 170 24 087
Coût moyen de tous les sinistres - en-cours et terminés
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
4 554 3 719 3 349 3 276 3 276 3 254 3 238 3 219 3 199 3 205 3 195 3 194 3 187 3 191

Dans le 1er cas, quel coût moyen retenir ? Un coût moyen par maturité ? On risque de sur-paramétrer le modèle !
Dans le 2e cas, à part les 3 premiers développements, le coût moyen affiche une constance très acceptable. (Ces
sinistres sont clos dans 99% des cas au bout de 4 ans)

Dans le cas des sinistres graves, la distinction du coût moyen en fonction du statut n'a plus trop de sens : à
l'intérieur d'une classe, que le sinistre soit en cours ou bien terminés, l'information du coût moyen reste la même ;
et la notion selon laquelle les sinistres les plus chers seront terminés le plus tardivement sera alors une
information qui sera traitée par la distinction par classes.

Conclusion : il aurait alors fallu retenir un coût moyen par classe, par maturité et par statut, ce qui fait un modèle
totalement "sur-paramétré" et donc inexploitable.

86 / 155
3. Construction des matrices de transition

Voici la première matrice de transition, correspondant à l'année de survenance 1996, et au passage de la 1ière
année de développement (N) à la 2e année de développement (N+1).

Classes initiales - année de développement k

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Inférieurs [ 600 – [ 1.200 - [ 2.400 - [ 4.800 - Supérieurs
[ 75 - 150 ] [ 150 - 300 ] [ 300 - 600 ] Absents (*) Total
à 75 1.200 ] 2.400 ] 4.800 ] 9.600 ] à 9.600
Inférieurs
1 22 220 99 6 5 1 1 426 23 757
à 75
2 [ 75 - 150 ] 130 70 14 5 0 8 227
Année de développement k+1

3 [ 150 - 300 ] 24 24 17 7 0 6 78

4 [ 300 - 600 ] 27 13 15 36 3 2 3 99
Classes finales

5 [ 600 - 1.200 ] 7 2 5 2 15 3 34

6 [ 1.200 - 2.400 ] 1 2 3 1 1 4 1 13

7 [ 2.400 - 4.800 ] 1 2 1 1 1 3 2 11

8 [ 4.800 - 9.600 ] 1 1 2 0 4
Supérieurs
9 0 0
à 9.600
10 Absents (*) 76 102 178

Total 22 487 212 61 57 21 7 3 2 0 1 551 24 401

Comment lire ce tableau :

- au total, nous aurons 24.401 sinistres ouverts

- par exemple, il y a eu 22.220 sinistres de classe 1, soit inférieurs à 75 K€, en 1ère année de
développement, et qui sont restés en classe 1 en 2ème année de développement.

- il y a eu 99 sinistres de classe 2, soit compris entre 75 et 150 K€, en 1ère année de développement, et qui
sont passés en classe 1 en 2ème année de développement. Leurs coûts ont diminué.

- il y a eu 130 sinistres de classe 1, en 1ère année de développement, et qui sont passés en classe 2 en 2ème
année de développement. Leurs coûts ont augmenté.

- il y a eu 1.551 sinistres qui étaient absents en 1ère année de développement et qui vont rejoindre les 10
classes en 2ème année de développement. Il s'agit des sinistres tardifs.

- il y a 178 sinistres qui sont absents en 2ème année de développement. Il peut s'agir de tardifs non encore
apparus. On en trouvera 77. Et il en restera 101 qui correspondront à des sinistres reclassés, c'est-à-dire
qu'ils ont été ouverts en RC Corporels et qu'ils ont été reclassés en RC Matériels.

- On remarque déjà que sur les 212 sinistres ouverts en Classe 2, 24 deviendront plus chers et 99
deviendront moins chers. On note que cette tendance est générale, cela reflète la prudence employée par
les gestionnaires sinistres.

87 / 155
Passage en pourcentages

Classes initiales - année de développement k

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Inférieurs à [ 1.200 - [ 2.400 - [ 4.800 - Supérieurs à
[ 75 - 150 ] [ 150 - 300 ] [ 300 - 600 ] [ 600 - 1.200 ] Absents (*)
75 2.400 ] 4.800 ] 9.600 ] 9.600
1 Inférieurs à 75 98,81% 46,70% 9,84% 8,77% 4,76% 91,94%
Classes finales Année de développement k+1

2 [ 75 - 150 ] 0,58% 33,02% 22,95% 8,77% 0,52%

3 [ 150 - 300 ] 0,11% 11,32% 27,87% 12,28% 0,39%

4 [ 300 - 600 ] 0,12% 6,13% 24,59% 63,16% 14,29% 28,57% 0,19%

5 [ 600 - 1.200 ] 0,03% 0,94% 8,20% 3,51% 71,43% 0,19%

6 [ 1.200 - 2.400 ] 0,00% 0,94% 4,92% 1,75% 4,76% 57,14% 0,06%

7 [ 2.400 - 4.800 ] 0,00% 0,94% 1,64% 1,75% 4,76% 100,00% 0,13%

8 [ 4.800 - 9.600 ] 0,00% 14,29% 100,00%


Supérieurs à
9
9.600
10 Absents (*) 0,34% 6,58%

Total 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00%

Comment lire ce tableau :

- ce tableau est un tableau d'occurrence

- les sinistres ouverts dans la classe 1 en 1ère année de développement se sont retrouvée à 98,81% en
classe 1 en 2ème année de développement, à 0,58% en classe 2, à 0,11% en classe 3, etc…

88 / 155
Calcul matriciel simple

Proposons d'écrire sous forme matricielle les éléments suivants :


- "Mat1" la matrice correspondant au tableau des pourcentages précédent
- "Vec1" le vecteur colonne correspondant au nombre de sinistres par classe de coût dans l'état dit de
départ :
22 487

212

61

57

21

1 551

Il s'agit de la dernière ligne du tableau des nombres précédent.

Fonctionnement de la matrice de transition

On trouve alors le résultat du produit matriciel Vec2 = Mat1 * Vec1 qui donnera le vecteur colonne de l'état dit
d'arrivée du nombre de sinistres par classe de coût :

23 757

227

78

99

34

13

11

178

Il s'agit de la dernière colonne du tableau des nombres précédent, le calcul est vérifié.

Ö il s'agit là du "moteur" de la méthode !

Sous Excel, la formule s'écrit de la manière suivante :

={PRODUITMAT($A$1:$J$10;$L$1:$L$10)}

De manière récurrente, on pourra trouver :

- Vec3 = Mat2 * Vec2 = Mat2 * ( Mat1 * Vec1 ) = ( Mat2 * Mat1 ) * Vec1


- …
- Vec14 = Mat13 * Vec 12 = ( Mat12 * … * Mat1 ) * Vec1

On rejoint l'hypothèse markovienne, selon laquelle un état donné ne dépend que de l'état précédent et non de tous
les états antérieurs.

Le produit de 2 matrices de passage donnera à son tour une matrice de passage d'un état de départ k à un état
d'arrivée k+2.

89 / 155
Somme des matrices, tendance générale et probabilités de passage

L'idée maintenant est de sommer toutes les matrices de nombres concernant un développement donné. Nous
obtiendrons alors une matrice de passage en nombres puis une matrice de transition en pourcentages, qui va
représenter la tendance moyenne de passage d'un état au suivant. Cette tendance moyenne sera une probabilité de
passage par classe de départ.

Classes initiales - année de développement N

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Inférieurs à [ 1.200 - [ 2.400 - [ 4.800 - Supérieurs à
[ 75 - 150 ] [ 150 - 300 ] [ 300 - 600 ] [ 600 - 1.200 ] Absents (*) Total
75 2.400 ] 4.800 ] 9.600 ] 9.600
1 Inférieurs à 75 235 361 897 252 39 4 1 14 274 250 828

2 [ 75 - 150 ] 1 259 858 189 27 6 97 2 436


Année de développement N+1

3 [ 150 - 300 ] 370 161 411 91 7 3 42 1 085

4 [ 300 - 600 ] 188 77 134 273 30 7 1 41 751


Classes finales

5 [ 600 - 1.200 ] 71 19 47 51 116 7 1 1 18 331

6 [ 1.200 - 2.400 ] 28 6 18 13 12 48 6 3 5 139

7 [ 2.400 - 4.800 ] 12 3 9 4 6 4 30 7 4 79

8 [ 4.800 - 9.600 ] 7 2 2 1 3 2 2 33 1 2 55

9 Supérieurs à 9.600 2 1 1 1 0 5

10 Absents (*) 1 300 2 5 1 1 280 2 588

Total 238 598 2 026 1 068 499 185 72 40 45 1 15 763 258 297

Classes initiales - année de développement N

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10
Inférieurs à [ 1.200 - [ 2.400 - [ 4.800 - Supérieurs à
[ 75 - 150 ] [ 150 - 300 ] [ 300 - 600 ] [ 600 - 1.200 ] Absents (*)
75 2.400 ] 4.800 ] 9.600 ] 9.600
1 Inférieurs à 75 98,64% 44,27% 23,60% 7,82% 2,16% 1,39% 90,55%

2 [ 75 - 150 ] 0,53% 42,35% 17,70% 5,41% 3,24% 0,62%


Année de développement N+1

3 [ 150 - 300 ] 0,16% 7,95% 38,48% 18,24% 3,78% 4,17% 0,27%

4 [ 300 - 600 ] 0,08% 3,80% 12,55% 54,71% 16,22% 9,72% 2,50% 0,26%
Classes finales

5 [ 600 - 1.200 ] 0,03% 0,94% 4,40% 10,22% 62,70% 9,72% 2,50% 2,22% 0,11%

6 [ 1.200 - 2.400 ] 0,01% 0,30% 1,69% 2,61% 6,49% 66,67% 15,00% 6,67% 0,03%

7 [ 2.400 - 4.800 ] 0,01% 0,15% 0,84% 0,80% 3,24% 5,56% 75,00% 15,56% 0,03%

8 [ 4.800 - 9.600 ] 0,00% 0,10% 0,19% 0,20% 1,62% 2,78% 5,00% 73,33% 100,00% 0,01%
Supérieurs à
9 0,00% 0,05% 0,09% 2,22%
9.600
1
Absents (*) 0,54% 0,10% 0,47% 0,54% 8,12%
0
Total 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00% 100,00%

Cette dernière matrice, exprimée en pourcentages, donne la notion de probabilité qu'a un sinistre en partant d'une
classe donnée d'atterrir dans une classe identique ou bien dans une autre classe.

Par exemple, un sinistre de classe 4 a une probabilité de 54,71% de rester dans la classe 4, une probabilité de
18,24% de passer dans la classe 3, une probabilité de 10,22% de passer dans la classe 5, etc…

90 / 155
Application de la méthode et projection

Prenons la survenance 2009, pour laquelle nous ne connaissons que le développement N.

En N+1 : Vec2 = Mat1 * Vec1

16 830 16 009

164 138

73 69

52 37

Vec2 = 22 = Mat1 * Vec1 = Mat1 * 11

9 5

4 0

5 5

0 0

174 1 058

On voit que ce premier passage a permis aux sinistres tardifs d'atterrir dans les différentes classes, et notamment
dans la classe 1. Et les classes supérieures voient leur effectif augmenter : les sinistres graves se manifestent et
ne sont plus provisionnée à leur niveau forfaitaire d'ouverture.

En N+13 : Vec14 = ( Mat13 * … * Mat1 ) * Vec1

16 982 16 009

142 138

65 69

29 37

Vec14 = 13 = ( Mat13 * … * Mat1 ) * 11

6 5

2 0

2 5

0 0

90 1 058

Entre le 2e état (N+1, soit Vec2) et le dernier état (N+13, soit Vec14), les classes de sinistres graves se sont
légèrement "dépeuplées", il s'agit de l'effet de la prudence employée par les gestionnaires sinistres.

91 / 155
Résultat de la projection pour la survenance 2009

Projection des nombres de sinistres par classes - Survenance 2009

Classes N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13

1 16 009 16 830 16 900 16 934 16 953 16 961 16 967 16 974 16 978 16 980 16 980 16 982 16 982 16 982

2 138 164 148 138 135 139 141 140 140 141 142 141 143 142

3 69 73 69 69 68 65 64 64 64 65 66 64 64 65

4 37 52 50 44 40 38 35 34 33 30 29 30 30 29

5 11 22 23 21 19 18 17 16 15 15 14 14 13 13

6 5 9 8 9 8 7 6 6 4 5 5 5 5 6

7 0 4 4 4 4 4 4 3 3 3 4 4 3 2

8 5 5 5 4 3 3 2 2 2 2 1 1 2 2

9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0,19

10 1 058 174 125 108 101 98 96 94 92 91 90 90 90 90

Remarque : les nombres affichés ici sont des entiers, mais en réalité il s'agit de nombres pouvant comporter des
décimales, notamment les très graves qui apparaissent ici à zéro alors qu'il s'agit d'un nombre probable (par
exemple 0,19 en classe 9 en N+13), étant donné qu'il s'agit du fruit d'un calcul à partir de pourcentages.

Multiplication du nombre par le coût moyen par classe

Projection des charges par classe - Survenance 2009 - euros constants - en K€

Coût moyen
Classe ultime retenu N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
(en €)

1 3 800 93 615 63 955 64 218 64 349 64 420 64 450 64 474 64 500 64 515 64 522 64 525 64 532 64 531 64 531

2 100 936 14 126 16 553 14 960 13 948 13 611 14 010 14 182 14 082 14 089 14 193 14 380 14 230 14 449 14 290

3 203 740 13 804 14 778 14 057 14 030 13 842 13 203 13 132 13 040 13 133 13 272 13 349 13 029 12 962 13 266

4 406 858 14 516 21 067 20 498 18 058 16 339 15 289 14 157 13 762 13 256 12 206 11 756 12 248 12 019 11 733

5 809 441 9 621 17 466 18 426 16 780 15 745 14 281 13 494 12 711 12 518 12 087 11 138 11 166 10 924 10 887

6 1 607 716 7 508 14 678 13 330 14 831 13 566 12 055 9 912 9 294 7 185 7 646 8 233 8 265 7 293 10 087

7 3 190 785 0 11 386 13 727 13 775 13 790 12 748 11 421 9 721 11 147 11 075 11 348 12 266 11 039 7 885

8 6 330 538 34 018 31 193 28 559 22 238 18 463 18 930 15 290 14 400 13 372 10 941 9 108 7 286 9 720 9 720

9 12 558 598 0 4 747 0 1 205 2 503 1 252 2 696 0 0 2 412 2 412 2 412 2 412 2 412

Charge totale 187 209 195 824 187 775 179 215 172 278 166 219 158 757 151 510 149 216 148 354 146 248 145 434 145 348 144 810

On obtient donc une estimation de la charge "ultime" (N+13 en réalité) de la survenance 2009 de 144,8 M€.

A titre de comparaison, la méthode Chain Ladder appliquée au triangle des montants actualisés donne une charge
N+13 de 135,7 M€

On remarque que la classe 1 (les non-graves inférieurs à 75 K€) ont une forte propension à dégager des boni. Il
s'agit toujours de l'effet des forfaits prudents à l'ouverture.

On remarque aussi que les classes supérieurs présentent des montants totaux du même ordre de grandeur (entre
10 et 20 M€ par classe).

On remarque enfin que la dernière classe, dont le montant des sinistres est supérieur à 9,6 M€ présente des
montants inférieurs : 2,4 M€. Il s'agit d'un coût estimé probable, étant donné que le nombre de sinistre espéré est
de 0,19.

92 / 155
4. Résultats de la méthode sur les montants en euros constants 2009

Ultimes projetés toutes survenances

Nous appliquons la méthode à toutes les survenances, de 1997 à 2009, en partant de la dernière distribution
connue, c'est-à-dire à l'inventaire 2009. Nous obtenons alors les colonnes dans le tableau suivant :

Projection des charges ultimes - Matrices de transition (k€)


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 239 535 278 124 274 857 229 707 221 451 219 392 209 385 258 832 196 177 229 729 232 298 243 450 148 584 187 209
N+1 297 208 294 165 319 940 254 176 227 043 226 668 232 429 246 426 200 321 237 583 202 725 218 415 173 983 195 824
N+2 272 026 295 207 261 309 223 932 202 603 219 675 207 159 217 652 194 359 219 095 198 779 196 047 154 591 187 775
N+3 263 576 257 629 247 786 208 047 193 636 201 538 204 815 198 984 182 755 206 918 192 455 184 013 149 063 179 215
N+4 258 175 248 344 216 669 197 647 180 116 207 888 195 730 193 980 172 036 205 086 178 733 176 881 144 568 172 278
N+5 247 278 231 092 215 503 185 429 171 936 204 980 189 271 186 631 167 754 198 331 173 018 170 966 140 444 166 219
N+6 225 828 219 016 196 816 179 505 166 990 200 099 183 323 182 967 159 367 187 463 164 939 163 096 135 068 158 757
N+7 218 040 202 602 195 231 179 012 161 750 194 805 175 991 164 239 153 218 177 917 157 738 155 725 130 655 151 510
N+8 212 363 200 577 194 185 173 613 160 169 187 096 165 207 161 768 151 243 174 722 155 415 153 423 129 197 149 216
N+9 213 540 197 336 196 078 170 575 157 883 187 481 164 682 160 306 149 520 173 176 154 192 152 357 128 557 148 354
N+10 213 589 195 565 193 853 166 385 158 940 184 712 161 917 158 205 148 211 170 451 152 215 150 327 127 304 146 248
N+11 211 351 194 328 194 684 164 903 158 162 183 455 160 927 157 368 147 666 169 175 151 377 149 483 127 015 145 434
N+12 209 900 194 715 193 925 164 166 158 071 183 753 160 662 157 127 147 483 169 361 151 524 149 511 126 625 145 348
N+13 207 174 191 336 192 779 164 628 158 002 182 512 160 398 156 423 146 806 168 042 150 629 148 770 126 705 144 810

Note : les cellules en jaune seront analysées de manière détaillée

Comparaison avec la méthode Chain Ladder appliquée aux montants en euros constants 2009

Dernière charge connue (k€) – par survenance


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
207 174 194 715 194 684 166 385 157 883 187 096 175 991 182 967 167 754 205 086 192 455 196 047 173 983 187 209

Projection des charges ultimes - Chain Ladder (k€) – par survenance


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
207 174 192 186 191 651 163 074 153 122 180 395 166 234 167 261 146 065 171 819 154 536 147 790 120 102 135 714

Projection des charges ultimes - Matrices de transition (k€) – par survenance


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
207 174 191 336 192 779 164 628 158 002 182 512 160 398 156 423 146 806 168 042 150 629 148 770 126 705 144 810

Ecarts (k€) – par survenance


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme

0 -850 1 128 1 554 4 880 2 117 -5 836 -10 838 741 -3 777 -3 907 980 6 603 9 096 1 891

Analyse :

On note au total un écart très faible, de moins de 2 M€. En revanche, il existe des écarts importants par
survenance.

En revanche, on note des écarts importants, positifs ou négatifs, lorsqu'on regarde par survenance.

Afin de comprendre pourquoi nous obtenons des résultats sensiblement différents, nous proposons de nous
pencher sur un cas précis : la survenance 2000 vue en n+13.

=> Pourquoi la méthode Chain Ladder projette une charge ultime de 153 M€ et la méthode des matrices de
transition projette une charge de 158 M€, soit un écart de 5 M€ ?

93 / 155
Regardons ce qu'il se passe dans les deux méthodes lors du passage de N+12 à N+13.

Afin de comparer deux transitions identiques, nous allons considérer que le montant de la survenance 2000 vu en
N+12 est "acquis" et est le même pour les deux méthodes, à savoir celui obtenu par les matrices de transition :
158.071 K€, et faire abstraction des projections précédentes. (Nous ne retrouverons donc pas le 153 M€ cité pour
Chain Ladder mais c'est normal, ce n'est pas le but de cette démonstration !)

Dans le cas de la méthode Chain Ladder, le calcul est simple : il s'agirait de faire le produit suivant :
- Montant (2000, N+13) = Montant (2000, N+12) * Montant (1996, N+13) / Montant (1996, N+12)
- soit 158.071 * 207.174 / 209.900 = 156.018
Soit une baisse de la charge sinistres de 2 M€.

Dans le cas des matrices de transition, nous voyons dans le tableau que nous passons de 158.071 à 158.002. La
charge sinistre reste quasiment stable.

Regardons de près ce qu'il se passe pour deux tranches données :

Survenance 1996
Nombre Nombre
Montant Montant
Coût moyen N+12 N+13 Evolution
N+12 N+13
réalisé réalisé
tranche 6 1 600 000 6 9 9 600 000 14 400 000 +4 800 000
tranche 7 3 200 000 7 5 22 400 000 16 000 000 -6 400 000
Somme 32 000 000 30 400 000 -1 600 000

Survenance 2000
Nombre Nombre
Montant Montant
Coût moyen N+12 N+13 Evolution
N+12 N+13
projeté projeté
tranche 6 1 600 000 2,94 4,41 4 704 000 7 056 000 +2 352 000
tranche 7 3 200 000 2,38 1,70 7 616 000 5 440 000 -2 176 000
Somme 12 320 000 12 496 000 +176 000

On note que :
- pour la survenance 1996, la charge passe de 32,0 à 30,4 Me soit une diminution de 1,6 M€
- pour la survenance 2000, les nombres en N+12 sont issus des projections précédentes depuis N+9 ; nous
considérerons ces nombres, 2,94 et 2,38, comme "acquis" fin N+12.
- les nombres de la survenance 2000 en N+13 sont obtenus de la manière suivante :
o 4,41 = 2,94 * 9 / 6
o 1,70 = 2,38 * 5 / 7
=> il s'agit de l'application pure et simple de la méthode des matrices de transition
- au final, on note que la charge la survenance 2000 ne varie quasiment pas entre N+12 et N+13, autour
de 12,3 et 12,5 M€, contrairement à la survenance 1996.

Explications :
- ce qui va jouer, c'est la répartition initiale en N+12 du nombre de sinistres entre les deux tranches
o pour la survenance 1996, on a respectivement 6 et 7 sinistres, soit un ratio de 0,86
o pour la survenance 2000, on a respectivement 2,94 et 2,38 sinistres, soit un ratio de 1,25
o nous avons donc proportionnellement plus de sinistres graves (en tranche 7) en 1996 qu'en
2000
- nous avons alors :
o d'un côte deux distributions de départ des sinistres entre tranches différentes
o et de l'autre côté, nous appliquons de manière indépendante l'évolution du nombre de sinistres
pour chacune des tranches

Ce qu'il faut retenir :

Alors que la méthode Chain Ladder applique une évolution globale du montant total des sinistres pour une
survenance donnée, d'une année de développement à la suivante, la méthode des matrices de transition se base en
revanche sur la répartition des sinistres par tranches à chaque développement et applique pour chaque tranche
l'évolution des sinistres prédéfinie.

94 / 155
Cette dernière remarque m'amène à avoir une préférence pour cette dernière méthode : elle prend en compte à la
fois la distribution spécifique pour une survenance donnée et à la fois l'évolution dans le temps du nombre de
sinistres. Par exemple, une survenance nouvelle avec une proportion importante et singulière de sinistres graves
se verra continuer à conserver cette pondération dans le temps alors que la méthode Chain Ladder l'aurait alignée
sur les survenances passées et aurait minimisé cette particularité.

Mais tout n'est pas aussi manichéen, la méthode Chain Ladder conserve une longueur d'avance sur d'autres
aspects : cette dernière simule le comportement passé moyen exact alors que les matrices de transition s'appuie
sur un coût moyen estimé par tranche de coûts.

Une fois de plus, il s'agit d'une méthode supplémentaire, une approche un peu différente, qui apporte un résultat
valable, mais également critiquable. Les résultats n'étant pas divergents, cela confortera un ordre de grandeur.
L'analyse qualitative reste alors nécessaire.

95 / 155
5. Résultat de la méthode pour les sinistres graves (>75 K€) après inflation

Nous nous penchons ici uniquement sur le cas de sinistres graves supérieurs à 75K€. Nous éliminons la tranche
n°1 et nous gardons toutes les suivantes, car nous avions vu dans les chapitres précédents que les sinistres non-
graves ne posaient pas de souci majeur d'estimation dans le cadre de la méthode Chain Ladder alors qu'ils en
posent en termes de coût moyen dans la méthode des matrices de transition.
Nous obtiendrons des montants en euros "courants" en appliquant un taux d'inflation future de 6% aux flux
futurs estimés pour les sinistres graves.

Derniers paiements connus (k€) - par survenance


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
68 824 65 646 61 220 53 960 57 514 62 348 47 686 56 377 41 567 40 605 34 263 26 398 16 264 4 358
PSAP (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 257 12 578 21 548 11 551 8 350 32 730 47 352 54 236 57 002 96 182 91 064 101 652 84 607 89 237 715 344
Charge des sinistres (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 78 224 82 768 65 510 65 864 95 079 95 038 110 614 98 569 136 787 125 327 128 051 100 871 93 594

Méthode Chain Ladder - après actualisation puis inflation (6%)


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 532 76 262 81 035 63 439 62 097 92 730 92 227 101 796 85 152 116 004 101 583 99 074 76 116 108 439
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 707 10 616 19 815 9 479 4 583 30 382 44 541 45 419 43 585 75 399 67 320 72 676 59 852 104 082 595 455

Méthode Matrice de transition - après actualisation puis inflation (6%)


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 532 74 980 81 396 64 290 64 503 96 577 85 399 89 728 82 514 111 556 97 403 97 845 78 722 104 542
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 707 9 334 20 175 10 330 6 989 34 229 37 713 33 351 40 947 70 951 63 140 71 446 62 458 100 185 568 956

Ecart entre les deux méthodes


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
0 1 281 -361 -851 -2 406 -3 847 6 828 12 068 2 638 4 448 4 180 1 230 -2 606 3 897 26 499

Les conclusions

- Globalement, pour les sinistres graves, la méthode des matrices de transition propose un Best Estimate
plus faible que celui issu de la méthode Chain Ladder : respectivement 569 M€ contre 595 M€
- Survenance par survenance, la tendance reste la même :
• sur la survenance 2009, on note dans les 2 méthodes une insuffisance de provisionnement : le
Best Estimate est supérieur à la PSAP comptabilisée.
• Sur les survenances 2004 à 2008, on relève des Best Estimate qui suivent les mêmes ordres de
grandeurs entre les deux méthodes et que les écarts sont contenus.
• Sur les survenances 2002 et 2003, on note que les Best Estimate présentent des écarts
importants. Les provisions nécessaires sont moins importantes dans le cas de la méthode des
matrices de transition. Nous allons expliquer ces écarts dans le paragraphe suivant. Ces 2
écarts expliquent la plus grosse partie des écarts entre les 2 méthodes.
• Sur les survenances 2000 et 2001, des écarts se présentent, mais ils sont négatifs.
• Pour les survenances antérieures à 2000, les écarts deviennent minimes. L'erreur d'estimation
se rapproche de l'ordre de grandeur de l'erreur de prévision. Cela n'a plus de sens de creuser
davantage ici, cela peut se jouer à un sinistre très grave près, qui s'aggrave ou bien qui
s'améliore.

96 / 155
Analyse locale des écarts

Les écarts les plus significatifs sont sur les années de survenances 2002 et 2003.

Pour la survenance 2002 :

- L'avant-dernière tranche (4,8 M€ - 9,6 M€) présente 3 sinistres fin 2009 : 6,3, 8,5 et 9,2 M€, soit un
coût moyen de 8 M€.
- Hors la méthode s'appuie sur un coût moyen de 6,3 M€.
- Soit un delta de 1,7 M€ par sinistre, soit un écart total de 5,1 M€.
- On explique ainsi une grande partie de l'écart, qui est de 6,8 M€.

Pour la survenance 2003 :

- A fin 2009, soit 2003 vue N+7, cette survenance présente un sinistre grave présent dans la dernière
tranche de coût (supérieur à 9,6 M€).
- Historiquement, cette configuration ne s'était présenté qu'une seule fois : pour 2002 vue N+7, il existait
un sinistre dans cette tranche, et en 2002 vue N+8, il est passé dans la tranche inférieure. (très
exactement, le sinistre est passé de 9.604.886 € à 9.245.794 €)
- Le sinistre de 2003 a donc suivi le même chemin, il a donc été projeté dans une classe inférieure et s'est
vu "simulé" avec un coût moyen de 6 M€ au lieu de 12 M€, soit un écart de 6 M€.

Conclusions et analyse critique :

L'analyse de ces écarts nous montre que cette méthode est très sensible à 2 éléments :
- le nombre de sinistres dans les dernières tranches
- le coût moyen utilisé

Ces écarts sont partiellement expliqués par ces phénomènes ponctuels, mais les écarts entre les résultats des deux
méthodes, Chain Ladder et Matrices de transition, relèvent notamment de ce que nous avions souligné dans le
paragraphe précédent : nous partons dans le cas des matrices de transitions de la distribution propre à chaque
année de survenance et il se peut alors qu'il y ait des répartitions bien différentes entre les survenances,
notamment au niveau des sinistres graves.

Matrices de transition
Avantages Inconvénients
Cette méthode s'appuie sur la distribution des sinistres Cette méthode est très sensible :
propre à chaque survenance. - aux coûts moyens des sinistres ; ces coûts moyens
Une survenance donnée peut présenter plus ou moins sont d'autant plus difficiles à déterminer qu'il y a peu
de sinistres graves au départ. La méthode prendra en de sinistres dans les tranches les plus graves
compte cette répartition des sinistres et ne fera pas un - au nombre de sinistres dans les tranches les plus
calcul "aveugle" comme Chain Ladder graves : il y a peu de sinistres graves dans chaque
tranche, donc tirer une probabilité de passage à partir
d'un faible échantillon devient périlleux

97 / 155
6. Backtesting

Description de la méthode de backtesting

On se place pour une survenance donnée à un inventaire donné, puis on fait comme si on ne connaissait pas ce
qui s'est déroulé ensuite.

Par exemple, on part de la survenance 1996 et on se place en N (soit en fin 1996).


Puis on applique :
- soit les coefficients Chain Ladder sur le montant de la charge connue en fin de première année
- soit la mécanique des matrices de transition à partir de la répartition des sinistres par tranche de coûts
vue en fin de première année

Backtesting sur la méthode Chain Ladder

Prenons la survenance 1996, vue en fin de première année.


La charge sinistres s'élève à 239,5 M€.
Nous allons multiplier cette charge par les coefficients de passage Chain Ladder trouvés pour tout le triangle.

N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
Charge des sinistres - Réalisé
239 535 297 208 272 026 263 576 258 175 247 278 225 828 218 040 212 363 213 540 213 589 211 351 209 900 207 174
Coefficient Chain Ladder
1,0502 0,9157 0,9388 0,9584 0,9622 0,9525 0,9678 0,9796 0,9942 0,9895 0,9956 0,9974 0,9870
Charge des sinistres - Projeté Chain Ladder
239 535 251 551 230 348 216 256 207 268 199 433 189 954 183 840 180 098 179 046 177 172 176 396 175 932 173 648
Ecart Réalisé / Projeté Chain Ladder
-15% -15% -18% -20% -19% -16% -16% -15% -16% -17% -17% -16% -16%

La projection obtenue est de 173,6 M€.

Notons que la charge réelle s'écarte fortement dès N+1 de la charge projetée.
Nous avions vu dans le chapitre précédent portant sur la méthode Chain Ladder que la survenance 1996
présentait un coefficient atypique pour ce passage N+1 / N.
Le résultat de ce backtesting donne une prévision assez lointaine de ce que l'on a réellement obtenu en N+13, à
savoir 207,2 M€ réalisé contre 173,6 M€ projeté.

On réitère ce backtesting pour la survenance 1996, mais on se place en N+1, puis on projette.

N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
Charge des sinistres - Réalisé
239 535 297 208 272 026 263 576 258 175 247 278 225 828 218 040 212 363 213 540 213 589 211 351 209 900 207 174
Coefficient Chain Ladder
1,0502 0,9157 0,9388 0,9584 0,9622 0,9525 0,9678 0,9796 0,9942 0,9895 0,9956 0,9974 0,9870
Charge des sinistres - Projeté Chain Ladder
239 535 297 208 272 156 255 507 244 887 235 630 224 430 217 207 212 786 211 543 209 329 208 411 207 864 205 165
Ecart Réalisé / Projeté Chain Ladder
0% -3% -5% -5% -1% 0% 0% -1% -2% -1% -1% -1%

Cette fois, il y a très peu d'écart entre le projeté et le réalisé.


On obtient en N+13 un projeté de 205,2 M€ contre un réalisé de 207,2 M€.

98 / 155
Puis on continue d'avancer dans le temps pour projeter la charge N+13 en partant de N+2, puis N+3 etc…

Survenance 1996 - Backtesting - Projection Chain Ladder N+13 en partant du réalisé aux développements suivants
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12
173 648 205 165 205 067 211 644 216 297 215 307 206 442 205 951 204 757 207 101 209 340 208 059 207 174
Ecart par rapport au réalisé N+13
-16% -1% -1% 2% 4% 4% 0% -1% -1% 0% 1% 0% 0%

Comparaison entre Backtesting et Réalisé


Survenance 1996

250 000

200 000

150 000

100 000

50 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13

Projection N+13 Réalisé N+13

99 / 155
Backtesting sur la méthode des matrices de transition

Nous partons toujours de la survenance 1996, vue en fin de première année.


Et nous allons appliquer les matrices de transition obtenues en sommant toutes les survenances.

Projection des nombres :

Distribution réelle du nombre de sinistres par classes – Survenance 1996


Tranches N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
1 22 487 23 757 23 859 23 899 23 921 23 931 23 939 23 945 23 949 23 950 23 950 23 953 23 951 23 951
2 212 227 213 201 191 188 184 183 180 184 185 184 188 186
3 61 78 73 53 62 71 79 84 87 88 90 84 86 88
4 57 99 85 74 62 54 49 44 46 39 39 42 42 41
5 21 34 29 34 29 25 29 24 22 23 21 22 18 18
6 7 13 11 22 21 18 9 10 7 6 6 6 6 9
7 3 11 9 4 4 3 2 3 5 6 6 7 7 5
8 2 4 5 5 5 6 5 4 3 3 3 2 2 2
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 1 551 178 117 109 106 105 105 104 102 102 101 101 101 101

Projection du nombre de sinistres par classes – Survenance 1996


Tranches N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
1 22 487 23 700 23 798 23 847 23 872 23 884 23 892 23 902 23 907 23 910 23 911 23 913 23 913 23 913
2 212 233 208 193 188 193 195 194 194 196 198 196 199 197
3 61 91 91 93 92 89 88 88 89 90 90 88 88 90
4 57 73 70 62 56 52 49 47 46 42 40 42 41 40
5 21 33 34 30 28 25 24 22 22 21 19 19 19 19
6 7 13 12 13 12 11 9 8 6 7 7 7 6 8
7 3 6 7 6 6 5 5 4 4 4 4 4 4 3
8 2 3 4 3 2 3 2 2 2 2 1 1 2 2
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 1 551 249 178 155 144 140 137 134 132 131 129 129 129 129

Ecart Réel / Projeté – Survenance 1996


Tranches N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
1 0 57 61 52 49 47 47 43 42 40 39 40 38 38
2 0 -6 5 8 3 -5 -11 -11 -14 -12 -13 -12 -11 -11
3 0 -13 -18 -40 -30 -18 -9 -4 -2 -2 0 -4 -2 -2
4 0 26 15 12 6 2 0 -3 0 -3 -1 0 1 1
5 0 1 -5 4 1 0 5 2 0 2 2 3 -1 -1
6 0 0 -1 9 9 7 0 2 1 -1 -1 -1 0 1
7 0 5 2 -2 -2 -2 -3 -1 1 2 2 3 3 2
8 0 1 1 2 3 3 3 2 1 1 2 1 0 0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 0 -71 -61 -46 -38 -35 -32 -30 -30 -29 -28 -28 -28 -28

On observe qu'il y a assez peu d'écart entre la projection du nombre de sinistres par tranche et le nombre de
sinistres réel.
On note des écarts sensibles :
- pour les tranches 1 et 10 : le modèle simule plus de sinistres qui disparaissent que ce que la survenance
1996 ne présente.
- La tranche 6 présente 9 sinistres d'écart en N+3 et N+4, ce qui représente une différence de charge
atteignant 15 M€.
- La tranche 8 présente 3 sinistres d'écarts entre N+4 et N+6, ce qui représenter une différence de charge
de 15 M€

100 / 155
Projection des montants :

Distribution réelle des charges par classe


Tranches N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
1 128 961 106 467 95 398 94 141 94 390 93 723 93 279 92 837 92 734 92 727 92 524 92 596 92 373 92 484
2 22 348 22 875 21 271 20 612 19 521 19 284 18 670 18 666 18 466 18 915 18 996 18 969 19 412 19 165
3 14 342 17 224 15 991 12 278 13 153 15 223 17 224 18 276 18 586 19 006 19 435 17 893 18 363 18 750
4 22 783 40 176 35 947 31 160 26 308 23 247 19 793 17 995 18 556 15 552 15 944 16 728 17 002 16 283
5 17 703 26 512 24 719 27 495 25 357 21 028 24 282 19 579 17 587 17 731 16 749 16 987 14 761 14 322
6 12 072 21 335 19 812 33 706 33 884 27 591 14 324 16 086 11 236 9 881 9 829 9 818 9 807 14 974
7 10 394 37 075 29 833 13 542 12 735 8 519 6 727 9 963 18 042 21 681 21 886 26 133 25 954 18 969
8 10 932 25 544 29 055 30 643 32 826 38 662 31 531 24 638 17 157 18 047 18 226 12 227 12 227 12 227
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
Somme 239 535 297 208 272 026 263 576 258 175 247 278 225 828 218 040 212 363 213 540 213 589 211 351 209 900 207 174

Projection des charges par classe


Tranches N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
1 85 451 90 059 90 433 90 617 90 715 90 757 90 790 90 826 90 847 90 857 90 861 90 871 90 869 90 869
2 21 398 23 472 20 957 19 448 18 945 19 489 19 724 19 582 19 593 19 738 20 000 19 790 20 095 19 875
3 12 428 18 501 18 552 18 897 18 819 18 032 17 994 17 904 18 054 18 265 18 382 17 947 17 860 18 287
4 23 191 29 623 28 499 25 137 22 786 21 353 19 801 19 252 18 534 17 063 16 428 17 100 16 777 16 378
5 16 998 26 654 27 145 24 287 22 566 20 358 19 079 17 859 17 562 16 944 15 609 15 648 15 291 15 236
6 11 254 20 714 18 839 21 144 19 135 16 957 13 846 12 882 9 935 10 541 11 307 11 362 10 025 13 556
7 9 572 20 550 21 627 19 648 18 612 16 551 14 449 11 902 13 513 13 368 13 316 14 234 12 811 9 151
8 12 661 21 814 22 397 17 727 15 656 17 450 14 094 13 469 12 910 10 563 9 105 7 284 10 108 10 108
9 0 4 957 0 945 1 980 990 2 321 0 0 2 328 2 328 2 328 2 328 2 328
Somme 192 954 256 343 248 449 237 850 229 216 221 938 212 098 203 676 200 949 199 666 197 337 196 563 196 164 195 788

Ecart Projeté / Réalisé


Tranches N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
1 -34% -15% -5% -4% -4% -3% -3% -2% -2% -2% -2% -2% -2% -2%
2 -4% 3% -1% -6% -3% 1% 6% 5% 6% 4% 5% 4% 4% 4%
3 -13% 7% 16% 54% 43% 18% 4% -2% -3% -4% -5% 0% -3% -2%
4 2% -26% -21% -19% -13% -8% 0% 7% 0% 10% 3% 2% -1% 1%
5 -4% 1% 10% -12% -11% -3% -21% -9% 0% -4% -7% -8% 4% 6%
6 -7% -3% -5% -37% -44% -39% -3% -20% -12% 7% 15% 16% 2% -9%
7 -8% -45% -28% 45% 46% 94% 115% 19% -25% -38% -39% -46% -51% -52%
8 16% -15% -23% -42% -52% -55% -55% -45% -25% -41% -50% -40% -17% -17%
9 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0%
Somme -19% -14% -9% -10% -11% -10% -6% -7% -5% -6% -8% -7% -7% -5%

La charge réellement obtenue pour la survenance 1996 en N+13 est de 207,2 M€.
La charge projetée par les matrices de transition est de 195,8 M€, soit un écart de 5%.
Cet écart est plus faible que celui trouvé par la méthode Chain Ladder (16% pour rappel).

Notons quelques éléments :


- les écarts ont tendance à se compenser entre tranches
- les tranches 1 à 6 montrent des prévisions proches de ce qui est observé en N+13
- la tranche 7 donne un écart de 10 M€, écart que l'on retrouve sur la charge totale.

Itération

De la même manière, on se déplace d'année en année, on se place successivement sur la survenance 1996, vue
fin N+1, puis vue fin N+2, etc… et on projette la distribution du nombre de sinistres vue à ces instants-là pour
obtenir une prévision en N+13.

101 / 155
Survenance 1996 - Backtesting - Projection Matrices de transition N+13 en partant du réalisé aux développements suivants
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12
195 788 208 101 202 984 205 968 207 283 208 512 202 366 204 448 203 165 203 999 206 027 205 254 202 053
Ecart par rapport au réalisé N+13
-5% 0% -2% -1% 0% 1% -2% -1% -2% -2% -1% -1% -2%

On note que :
- en N+4, la charge N+13 est déjà bien évaluée
- en N+12, la méthode des matrices de transition estime la charge N+13 à 202,0 M€ contre 207,2 M€
réalisé.

Comparaison entre Backtesting et Réalisé


Survenance 1996

250 000

200 000

150 000

100 000

50 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13

Projection N+13 - Matrices de transition Réalisé N+13 Projection N+13 - Chain Ladder

On peut en conclure dans un premier temps que, pour la survenance 1996, la méthode des matrices de transition
donnait une meilleure prévision pendant les 6 premières années de développement et qu'ensuite la méthode
Chain Ladder est plus proche du résultat final.

102 / 155
Résultat du backtesting et performance de prévision

Ecart - Backtesting Chain Ladder


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N -16% 5% 4% 2% 5% -12% -9% 12% -3% -3% 9% 19% -10%
N+1 -1% 6% 15% 8% 2% -13% -3% 2% -5% -5% -9% 2%
N+2 -1% 16% 3% 4% 0% -8% -6% -2% 0% -4% -3%
N+3 2% 8% 4% 2% 2% -10% -1% -4% 0% -3%
N+4 4% 8% -5% 2% -1% -3% -1% -3% -1%
N+5 4% 5% -2% -1% -2% -1% -1% -3%
N+6 0% 4% -6% 1% 0% 1% 1%
N+7 -1% 0% -4% 4% 0% 2%
N+8 -1% 1% -2% 3% 1%
N+9 0% 0% -1% 1%
N+10 1% 0% -1%
N+11 0% 0%
N+12 0%

Ecart - Backtesting Matrice de transition


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N -5% 3% 2% 6% 7% -12% -10% -1% -4% -7% -5% 15% -9%
N+1 0% 4% 3% 8% 5% -12% -7% -4% -5% -6% -9% 2%
N+2 -2% 9% 0% 4% 4% -8% -8% -6% 0% -5% -7%
N+3 -1% 4% 0% 5% 5% -9% -5% -9% -2% -4%
N+4 0% 6% -6% 4% 1% -4% -7% -6% -1%
N+5 1% 4% -4% 0% 0% -1% -7% -7%
N+6 -2% 4% -7% 0% 0% 2% -4%
N+7 -1% -1% -5% 3% 2% 1%
N+8 -2% -1% -5% 2% 3%
N+9 -2% -2% -2% 1%
N+10 -1% -3% -1%
N+11 -1% -3%
N+12 -2%

Meilleure prévision
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N MT MT MT CL CL CL CL MT CL CL MT MT MT
N+1 MT MT MT CL CL MT CL CL MT CL MT MT
N+2 CL MT MT CL CL MT CL CL CL CL CL
N+3 MT MT MT CL CL MT CL CL CL CL
N+4 MT MT CL CL MT CL CL CL MT
N+5 MT MT CL MT MT CL CL CL
N+6 CL MT CL MT MT CL CL
N+7 CL CL CL MT CL MT
N+8 CL CL CL MT CL
N+9 CL CL CL MT
N+10 MT CL CL
N+11 CL CL
N+12 CL

Ce dernier tableau indique, pour une année de survenance donnée et pour une année de développement donnée,
quelle méthode permet d'obtenir l'écart le plus faible entre la projection et le réalisé, selon le code couleur
suivant :
CL = Chain Ladder MT = Matrices de transition

103 / 155
Backtesting : analyse critique et conclusions

Ce dernier tableau nous permet de constater en un rapide coup d'œil que, des deux méthodes, aucune ne semble
globalement meilleure que l'autre.

La méthode des matrices de transition donne généralement une meilleure prévision au début du développement,
c'est-à-dire lorsque l'on n'a encore peu d'informations, entre N et N+2. La méthode Chain Ladder semble ensuite
prendre le relais à partir de N+3 en termes de "performance prédictive".

Ce constat nous amène à la critique suivante : la méthode des matrices de transition semble finalement conduire
à un échec. En effet, si plus l'information devient précise, plus une méthode s'en écarte par rapport à une autre,
alors c'est qu'elle n'est pas une méthode convaincante et qu'elle perd sa crédibilité.

Crédibilité. Ce mot ramène aux techniques fondamentales. Des développements ont conduit à des méthodes de
provisionnement qui se basent sur la crédibilité, comme la méthode Bornhuetter – Fergusson, qui s'appuie sur
l'exposition au risque que présente la dernière survenance connue, soit par rapport au nombre de véhicules
assurés par exemple, soit par rapport aux montants des primes perçues. On cherche alors à asseoir notre
prévision sur un mix d'informations : les cadences moyennes du passé et un comportement particulier pour la
dernière survenance.

Ici, avec la méthode des matrices de transition, on s'appuie sur une information importante : la connaissance, dès
la fin de la première année, de la présence ou non d'une proportion importante de sinistres graves. Ces derniers
seront ensuite projetés par classe de coûts.

Je pense alors que, bien que la méthode des matrices de transition montre ses limites et s'incline devant Chain
Ladder pour les développements au-delà de N+3, cette dernière reste toutefois pertinente dans son utilisation
lorsqu'on se situe en début de développement, là où la méthode Chain Ladder présente justement sa faiblesse, en
véhiculant et en démultipliant une erreur d'estimation au fur et à mesure des années de développement.

Pourquoi la méthode des matrices de transition n'arrive-t-elle à fournir des résultats convergents vers le bon
ultime alors que l'information devient quasiment totale et qu'il n'y a plus de provisions ?
La première raison concerne l'utilisation d'un coût moyen par tranche. Alors que plus on avance dans le temps,
plus les sinistres se rapprochent de leur montant ultime, dans les matrices de transition, les sinistres restent
irrémédiablement attirés vers une autre valeur, le coût moyen.
La deuxième raison, et non des moindres, il s'agit d'un écueil fort de la méthode : nous nous basons sur le coût
total des sinistres et nous ne prenons pas en compte l'avancement des règlements effectifs des sinistres. Si bien
que nous pouvons en arriver à simuler des choses qui ne sont plus simulables. Prenons le cas d'un sinistre passé,
dont le changement de tranche de coût servira pour le modèle. Supposons qu'au bout de N+12, ce sinistre était
provisionné de manière très importante, par exemple 5 M€, mais qu'il n'avait encore connu aucun règlement. Il
finit par s'avérer beaucoup moins grave que prévu et il se retrouve finalement être reclassé en N+13 dans une
classe très inférieure, par exemple à 500 K€. La méthode appliquera alors aveuglement ce cas de figure à un
sinistre récent qui se retrouve en N+12, à une valeur proche de 5 M€. Mais si ce dernier a pourtant déjà été
intégralement réglé, qu'il est arrivé à son coût ultime et qu'il n'a plus de provisions, ce sinistre sera alors projeté
par erreur à un coût N+13 de 500 K€ ! Pour résumer, même si le montant de ce sinistre est intégralement connu
et certain, nous le re-simulons totalement.
Ce cas de figure aurait néanmoins connu un traitement similaire dans le cas de la méthode Chain Ladder. Mais
cette dernière s'appuie sur une masse de sinistres, donc aura tendance à prendre la moyenne de toutes les
évolutions possibles, quelque soient les coûts et ce genre de phénomène sera atténué.

Conclusion, les deux méthodes apparaissent une nouvelle fois complémentaires et convergentes, l'analyse
qualitative de la sinistralité apportant la touche ultime.

104 / 155
7. Choix du coût moyen par tranche

• La première option, la plus simple, serait de prendre la moyenne des deux bornes de la tranche.
(le "milieu" de la tranche, par analogie avec la géométrie)

Tranche Borne inférieure Borne supérieure Milieu de la tranche

1 0 75 000 37 500
2 75 000 150 000 112 500
3 150 000 300 000 225 000
4 300 000 600 000 450 000
5 600 000 1 200 000 900 000
6 1 200 000 2 400 000 1 800 000
7 2 400 000 4 800 000 3 600 000
8 4 800 000 9 600 000 7 200 000
9 9 600 000 19 200 000 14 400 000

• Une deuxième option serait de prendre le coût moyen observé par tranche :

Coût moyen par tranche de coût - vue fin 2009


Tranche 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
1 3 861 3 781 3 762 3 778 3 687 3 848 3 793 3 774 3 631 3 673 3 847 3 871 4 454 5 848
2 103 039 102 602 103 012 103 004 102 948 102 465 103 774 104 801 101 059 103 082 103 284 104 997 103 095 102 366
3 213 067 209 615 212 546 212 566 207 609 208 479 209 830 206 764 203 719 210 919 201 781 200 057 210 731 200 054
4 397 155 405 940 406 516 404 049 430 760 412 725 415 577 417 456 447 477 426 825 432 450 394 276 427 236 392 332
5 795 693 840 442 832 246 843 476 788 340 848 986 928 355 850 850 768 553 778 980 827 440 855 471 825 214 874 682
6 1 663 728 1 648 647 1 435 972 1 827 922 1 779 671 1 657 703 1 757 191 1 839 189 1 741 242 1 823 823 1 709 863 1 540 843 1 521 997 1 501 591
7 3 793 806 2 561 438 3 572 945 3 231 737 2 858 637 3 092 396 2 730 844 3 685 698 2 951 103 3 051 606 3 356 721 3 239 747 3 822 630
8 6 113 309 8 255 582 6 430 018 5 583 436 5 169 555 4 984 696 8 035 592 7 615 695 7 671 873 6 215 871 6 998 711 6 793 723 5 095 366 6 803 632
9 11 716 072 11 269 247 10 331 388

Tranche Moyenne Maximum Minimum


1 3 775 3 871 3 631
2 103 109 104 997 101 059
3 207 695 213 067 200 054
4 415 055 447 477 392 332
5 832 766 928 355 768 553
6 1 674 956 1 839 189 1 435 972
7 3 226 870 3 822 630 2 561 438
8 6 554 790 8 255 582 4 984 696
9 11 105 569 11 716 072 10 331 388

On constate des éléments importants :


- Une remarque globale :
Le milieu de la tranche est toujours bien supérieur à la moyenne par tranche observée historiquement.
Cela vient du fait que, à l'intérieur même des tranches, les sinistres conservent un comportement
identique à une distribution lognormale : il y a plus de sinistres du côté de la borne inférieure que du
côté de la borne supérieure.
- Deux remarques particulières à la première tranche :
ƒ Primo : il y a un nombre très importants de petits sinistres (soit nuls, correspondant
aux "sans suite", soit à la valeur du forfait IRCA, correspondant à un mode de
règlement conventionnel rapide inter-assureurs)
ƒ Secundo : cette tranche contient les sinistres ouverts avec un forfait à l'ouverture. Ce
forfait à l'ouverture contient une part de prudence par construction (comme nous
l'avons vu dans un chapitre précédent, sans aucune information à l'ouverture, les
sinistres de masse et les sinistres graves sont ouverts avec le même forfait). Le coût

105 / 155
moyen de cette tranche est alors naturellement surévalué les 2 premières années de
développement, comme on peut le constater.

• Une troisième option est issue d'un raisonnement statistique découlant de la remarque
précédente

On a l'intuition que les sinistres sont distribués de manière quasi-lognormale à l'intérieur des tranches.
Mais on n'a pas assez d'effectifs par tranche pour en calculer les paramètres afin de trouver la valeur moyenne,
tout en testant l'inférence.
On a vu que globalement, les sinistres au-delà du seuil de 75 K€ ont tendance à suivre une loi lognormale.
On va donc chercher l'espérance de cette distribution entre les bornes, inférieure et supérieure, de chaque tranche
de coûts.

106 / 155
Notations et calculs

Notons Z le montants des sinistres supérieurs à 37,5 K€ pour une survenance donnée vue fin 2009.
Notons Y, la crête, soit la valeur ( Z – 37,5 K€).
Si Y suit une loi lognormale, alors X = log(Y) suit une loi normale.

Pour une variable X suivant une loi normale, si on note φ (.) la densité de la loi normale standard et Φ (.) sa
fonction de répartition, alors la moyenne de X entre des bornes a et b vaut alors :

a−μ b−μ
φ( ) −φ( )
E ( X a < X < b) = μ + σ σ *σ
b−μ a−μ
Φ( ) − Φ( )
σ σ
En prenant par exemple la distribution des sinistres de la survenance 1996 vue fin 2009 (parce qu'il s'agit de celle
pour laquelle on a le plus d'ancienneté) :

Lorsqu'on prend les sinistres supérieurs à 37,5 K€ et qu'on les tronque, on obtient :
- μ =10,3631
- σ =1,7364
En appliquant la formule précédente, on obtient :

Fonction de Moyenne de Moyenne de


Borne inférieure Log Normalisation Densité
répartition l'intervalle l'intervalle

(Borne inf. - 37,5 K€) (loi standard) φ (.) Φ(.) pour Y = Log(Z) pour Z = Exp(Y)

37 500 -infini -infini 0 0


75 000 10,53 0,0973 0,3971 0,5388 9,0834 46 308
150 000 11,63 0,7300 0,3056 0,7673 11,0578 100 936
300 000 12,48 1,2180 0,1900 0,8884 12,0212 203 740
600 000 13,24 1,6569 0,1011 0,9512 12,8195 406 858
1 200 000 13,97 2,0749 0,0463 0,9810 13,5567 809 441
2 400 000 14,68 2,4833 0,0183 0,9935 14,2667 1 607 716
4 800 000 15,38 2,8871 0,0062 0,9981 14,9640 3 190 785
9 600 000 16,07 3,2885 0,0018 0,9995 15,6550 6 330 538
19 200 000 16,77 3,6888 0,0004 0,9999 16,3429 12 558 598

Synthèse des coûts moyens possibles

Moyenne des Modèle


Milieu de la
Tranche sinistres par loi lognormale
tranche
tranche tronquée

1 37 500 3 777 3 800


2 112 500 103 104 100 936
3 225 000 207 784 203 740
4 450 000 415 551 406 858
5 900 000 831 262 809 441
6 1 800 000 1 680 059 1 607 716
7 3 600 000 3 261 179 3 190 785
8 7 200 000 6 593 540 6 330 538
9 14 400 000 11 105 569 12 558 598

107 / 155
8. Autres intérêts de la méthode

Repérer des anomalies

Distribution des sinistres par tranche de coût - par survenance vue en fin de 1er développement (N)
Tranche 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
0 21 961 20 721 20 160 19 829 18 954 18 631 17 384 15 728 16 200 16 166 15 345 16 134 15 314 15 711
1 526 672 629 506 469 388 356 307 347 309 855 391 309 298
2 212 212 206 176 164 151 142 109 146 139 122 114 133 138
3 61 67 89 70 49 59 92 80 74 97 141 115 74 69
4 57 55 47 39 28 33 35 38 33 34 36 35 29 37
5 21 24 21 16 19 5 8 16 17 13 6 11 8 11
6 7 5 11 4 5 3 2 9 5 7 3 8 3 5
7 3 7 4 2 5 2 1 4 1 4 3 3 1 0
8 2 4 5 2 2 5 3 7 1 4 2 8 0 5
9 0 0 0 1 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 1 551 1 519 1 311 1 340 1 248 1 204 1 158 1 205 1 101 1 222 1 023 968 910 0

Nombre de sinistres de la tranche 1


[37,5 K€ - 75 K€]
vu en fin de 1er développement
900

800

700

600

500

400

300

200

100

0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

On remarque pour la survenance 2006 vue en fin de premier développement un nombre anormalement grand de
sinistre de la tranche 1.
Après renseignements pris auprès du Pôle 3CS de la Direction des Sinistres (Comptabilité, Contrôle interne,
Charge des Sinistres), il s'agit d'une anomalie survenue lors de la mise en place du projet EVAGAR, dont
l'objectif était de proposer plus de finesse dans l'évaluation des garanties par l'ajout des informations "sous-
garanties".

Le projet EVAGAR a démarré en avril 2006 avec des anomalies sur les sinistres corporels.
La source de ces anomalies était corrigée au cours du 3ème trimestre.
Les gestionnaires devaient corriger les sinistres en anomalie.
Les consignes de gestion fines ont été donnée en septembre 2006 et il s'est avéré à l'usage que l'application des
consignes telles qu'elles étaient comprises augmentait le nombre de sinistres avec IP probable (forfait à 48 K€)
De plus lors de la modification d'un sinistre ouvert antérieurement à EVAGAR, la gestion rapatriait l'évaluation
du référentiel et non l'évaluation antérieure. Si le gestionnaire ne corrigeait pas tout de suite, cela pouvait
augmenter le nombre de garantie 1 (RC) à 48 K€.

Un calcul rapide de l'impact financier :


- 350 sinistres attendus environ pour 2006
- 855 – 350 = 500 sinistres à 48 K€
- soit une charge supplémentaire de 24 M€, qui impliquera un boni inverse l'année suivante.

La conclusion qui s'impose est de supprimer le 1er développement de la survenance 2006 de toute analyse
statistique, telle Chain Ladder, qui devait s'appuyer sur ces informations.

108 / 155
Analyse des boni/mali par tranche de coûts

Nous allons travailler dans ce paragraphe sur la survenance 1996, sur des montants en euros courants (non
retraités de l'inflation), afin de pouvoir rapprocher les boni/mali de ce qui s'est observé en compte de résultat.

Nous allons expliquer de manière beaucoup plus fine les transitions les plus significatives :
- N => N+1
- N+1 => N+13
- N => N+13

Charge de la survenance 1996 - en k€ courants

200 000

180 000

160 000

140 000

120 000

100 000

80 000

60 000

40 000

20 000

0
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13

On peut déjà remarque de manière macro que la survenance 1996 :

- a engendré une insuffisance de -29,4 M€ entre N et N+1, qui correspond à la forte montée de la charge
lors de N+1. D'avance, on sait que cela correspondra aux tardifs et aux insuffisances.

- a engendré un boni de +28,6 M€ entre N+1 et N+13, ce qui correspond à la lente descente de la charge.
Cela provient de la prudence du provisionnement et aux règlements effectifs et progressifs des sinistres
à des coûts plus faibles qu'estimés.

- a été quasi neutre entre N et N+13 (mali de -0,8 M€) : la charge est au même niveau à l'arrivée qu'au
départ !

109 / 155
Passage de la 1ère année de développement à la 2e année : N => N+1

Matrices de transition du nombre de sinistres


Classes initiales
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Total
1 22 411 52 9 1 0 0 0 0 0 1 431 23 904
2 72 55 6 0 0 0 0 0 0 9 142
3 37 24 41 3 1 0 0 0 0 3 109
Classes finales

4 9 10 2 15 1 0 0 0 0 3 40
5 2 4 1 2 3 0 0 0 0 1 13
6 2 2 1 1 2 2 0 0 0 2 12
7 1 0 0 0 0 2 0 0 0 0 3
8 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 76 0 0 0 0 0 0 0 0 102 178
Total 22 610 147 60 22 7 4 0 0 0 1 551 24 401

Matrices de transition des boni/mali (en k€)


Classes initiales
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Total
1 19 294 2 580 1 372 305 0 0 0 0 0 -6 053 17 498
2 -5 188 -412 476 0 0 0 0 0 0 -1 013 -6 137
3 -6 613 -2 210 -990 556 523 0 0 0 0 -652 -9 387
Classes finales

4 -3 314 -2 496 -365 -228 714 0 0 0 0 -1 287 -6 976


5 -1 731 -2 964 -636 -616 -292 0 0 0 0 -667 -6 906
6 -2 914 -2 380 -1 357 -1 397 -1 687 -274 0 0 0 -3 153 -13 162
7 -2 950 0 0 0 0 -1 644 0 0 0 0 -4 594
8 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 304 0 0 0 0 0 0 0 0 0 304
Total -3 113 -7 882 -1 500 -1 381 -743 -1 917 0 0 0 -12 825 -29 361

tardifs Nombre 1 551 Ces tableaux nous permettent de constater que :


boni/mali (k€) -12 825
iso-classes - au total, on constate bien une insuffisance
non-graves Nombre 22 411
la première année de 29,3 M€,
correspondant bien à la différence entre la
boni/mali (k€) 19 294
charge N+1 de 181,5 M€ et la charge N de
152,1 M€
graves Nombre 116 - il y a 1.551 tardifs qui n'apparaissent qu'en
boni/mali (k€) -2 196 N+1 et qu'ils génèrent un coût de 12,8 M€
amélioration Nombre 73 - les sinistres non-graves qui restent en
boni/mali (k€) 6 526 Classe 1 génèrent un boni de 19,3 M€
aggravation Nombre 174 - il y a 73 sinistres qui passent d'une classe
boni/mali (k€) -40 462
supérieure à une classe inférieure. Leurs
coûts diminuent, cela génère un boni de
disparus Nombre 76
6,5 M€
boni/mali (k€) 304
- il y a 174 sinistres qui passent d'une classe
Total Nombre 24 401 inférieure à une classe supérieure. Leurs
boni/mali (k€) -29 361 coûts augmentent, cela génère un mali de
40,5 M€
- Au total, on obtient un mali de 29,4 M€

110 / 155
Passage de la 2ème année de développement à la 14e année : N+1 => N+13

Matrices de transition du nombre de sinistres


Classes initiales
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Total
1 23 839 88 23 2 0 0 0 0 0 102 24 054
2 24 47 48 6 1 1 0 0 0 0 127
3 12 2 34 17 4 0 0 0 0 0 69
Classes finales

4 3 3 3 15 5 1 0 0 0 0 30
5 0 0 1 0 2 5 0 0 0 0 8
6 0 1 0 0 1 4 0 0 0 0 6
7 1 1 0 0 0 1 3 0 0 0 6
8 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 25 0 0 0 0 0 0 0 0 76 101
Total 23 904 142 109 40 13 12 3 0 0 178 24 401

Matrices de transition des boni/mali


Classes initiales
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Total
1 15 556 4 777 3 856 565 0 0 0 0 0 -375 24 380
2 -1 190 581 4 512 1 622 578 1 526 0 0 0 0 7 628
3 -2 031 -216 1 030 3 182 2 380 0 0 0 0 0 4 346
Classes finales

4 -1 158 -953 -580 225 1 981 756 0 0 0 0 271


5 0 0 -542 0 368 3 792 0 0 0 0 3 618
6 0 -1 079 0 0 -479 -648 0 0 0 0 -2 206
7 -3 820 -2 890 0 0 0 -1 336 -1 410 0 0 0 -9 458
8 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 41 0 0 0 0 0 0 0 0 0 41
Total 7 398 221 8 276 5 595 4 827 4 089 -1 410 0 0 -375 28 621

Ces tableaux nous permettent de constater que :


tardifs Nombre 178
boni/mali -375 - au total, on constate un boni 28,6 M€,
iso-classes correspondant bien à la différence entre la
non-graves Nombre 23 839
charge N+1 de 181,5 M€ et la charge
N+13 de 152,8 M€
boni/mali 15 556
- les sinistres non-graves qui restent en
Classe 1 génèrent un boni de 15,6 M€
graves Nombre 105 - il y a 201 sinistres qui passent d'une classe
boni/mali 146 supérieure à une classe inférieure. Leurs
amélioration Nombre 201 coûts diminuent, cela génère un boni de
boni/mali 29 527 29,6 M€
aggravation Nombre 53 - il y a 53 sinistres qui passent d'une classe
boni/mali -16 274
inférieure à une classe supérieure. Leurs
coûts augmentent, cela génère un mali de
disparus Nombre 25
16,3 M€
boni/mali 41
- Au total, on obtient un boni de 28,6 M€
Total Nombre 24 401
boni/mali 28 621

111 / 155
Passage de la 1ère année de développement à la 14e année : N => N+13

Matrices de transition du nombre de sinistres


Classes initiales
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Total
1 22 424 81 16 1 0 0 0 0 0 1 532 24 054
2 51 44 23 2 2 0 0 0 0 5 127
3 27 9 14 12 0 0 0 0 0 7 69
Classes finales

4 6 11 5 5 1 0 0 0 0 2 30
5 0 1 1 1 2 2 0 0 0 1 8
6 1 1 1 1 2 0 0 0 0 0 6
7 3 0 0 0 0 2 0 0 0 1 6
8 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 98 0 0 0 0 0 0 0 0 3 101
Total 22 610 147 60 22 7 4 0 0 0 1 551 24 401

Matrices de transition des boni/mali


Classes initiales
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Total
1 32 338 4 627 2 495 305 0 0 0 0 0 -4 995 34 770
2 -3 532 113 1 874 535 1 666 0 0 0 0 -457 200
3 -5 018 -937 170 2 309 0 0 0 0 0 -1 646 -5 122
Classes finales

4 -2 308 -2 887 -1 527 110 15 0 0 0 0 -856 -7 454


5 0 -838 -546 -135 404 1 643 0 0 0 -856 -328
6 -1 211 -1 472 -2 128 -1 747 -1 016 0 0 0 0 0 -7 574
7 -9 932 0 0 0 0 -2 874 0 0 0 -2 800 -15 607
8 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
9 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0 0
10 375 0 0 0 0 0 0 0 0 0 375
Total 10 711 -1 393 337 1 377 1 068 -1 231 0 0 0 -11 609 -739

- au total, on constate un mali de -0,7 M€,


tardifs Nombre 1 551 correspondant bien à la différence entre la
boni/mali -11 609 charge N de 152,1 M€ et la charge N+13
iso-classes de 152,8 M€
non-graves Nombre 22 424
- les sinistres non-graves qui restent en
Classe 1 génèrent un boni de 32,3 M€
boni/mali 32 338
- il y a 140 sinistres qui passent d'une classe
supérieure à une classe inférieure. Leurs
graves Nombre 65 coûts diminuent, cela génère un boni de
boni/mali 797 15,5 M€
amélioration Nombre 140 - il y a 123 sinistres qui passent d'une classe
boni/mali 15 469 inférieure à une classe supérieure. Leurs
aggravation Nombre 123 coûts augmentent, cela génère un mali de -
boni/mali -38 109
38,1 M€
- Au total, on obtient un mali de -0,7 M€
disparus Nombre 98
boni/mali 375
Total Nombre 24 401
boni/mali -739

112 / 155
Synthèse des passages entre les 3 états sélectionnés

1-2 2 - 14 1 - 14
tardifs Nombre 1 551 178 1 551
boni/mali -12 825 -375 -11 609
iso-classes
non-graves Nombre 22 411 23 839 22 424
boni/mali 19 294 15 556 32 338

graves Nombre 116 105 65


boni/mali -2 196 146 797
amélioration Nombre 73 201 140
boni/mali 6 526 29 527 15 469
aggravation Nombre 174 53 123
boni/mali -40 462 -16 274 -38 109
disparus Nombre 76 25 98
boni/mali 304 41 375
Total Nombre 24 401 24 401 24 401
boni/mali -29 361 28 621 -739

Les conclusions :

Cette étude nous permet de faire une analyse qui distingue la part de la charge des sinistres tardifs et la part de la
charge des insuffisances.

Cela permet de remarquer que les tardifs représentent environ 12 M€ et que ce montant est relativement bien
estimé et stable dès l'année N+1. Cela vient probablement du fait que les tardifs qui ont lieu en fin d'année N
sont traités dès le début de l'année N+1 et les mois qui suivent permettent d'affiner l'évaluation de ces sinistres.

On note également que les sinistres non-graves (inférieurs à 75K€) génèrent une masse importante de boni : 32
M€, et ce en 2 temps : dès la 1ère année 19 M€, puis 15 autres M€ entre N+1 et N+14.
Nous rappelons qu'il est dans la nature-même de ces sinistres de dégager des boni. En effet, lorsque l'on ne
détient aucune information, ils sont évalués à un même forfait à l'ouverture que les sinistres graves. Par
construction, ils finiront globalement par dégager un boni.

Il est intéressant de noter que le passage de 1 à 14 n'est pas la somme directe des différentes catégories prise
entre 1 et 2 et prise entre 2 et 14.
Par exemple, pour les améliorations, 15,5 ≠ 6,5 + 29,5.
Ce qui signifie que des sinistres se sont d'abord aggravés avant de finalement dégager des boni de liquidation.

Au final, au dossier/dossier et en retranchant l'effet tardifs (étant donné que ces derniers sont pris en compte dans
une provision d'inventaire), cette survenance a été initialement surévaluée d'environ 12 M€ sur une charge totale
de 152 M€, soit une marge de prudence de 8%. (inflation comprise, cette dernière a eu tendance à éroder la
marge le temps passant, ces montants étant en euros courants)

113 / 155
PARTIE VI – Méthode basée sur les paramètres de lois et leur projection

Pour résumer :
• Cette méthode a été développée à la MAAF, nous en proposerons une variante
• Cette méthode est une combinaison de deux techniques
• Il s'agit d'abord de procéder à des adéquations de loi de la distribution pour chaque année de
survenance et pour chaque année de développement
• Nous allons ensuite effectuer une projection des paramètres de loi ainsi obtenus par la technique
classique des triangles (Chain Ladder)
• L'idée est de capter la tendance à la déformation de la distribution des sinistres dans le temps et
de projeter cette tendance
• Nous procéderons par un rappel des techniques statistiques : lois de distribution, estimation de
paramètres et tests d'adéquation
• Nous testerons alors différentes lois : log-normale, Pareto, GPD et Pareto bornée
• Nous verrons alors pourquoi nous retiendrons cette dernière et comment nous allons projeter les
paramètres et obtenir alors des projections de charges ultimes par survenance

1. Introduction

Cette méthode a été développée par la MAAF :


- Elle a fait l'objet d'une mémoire ISUP soutenu par David CAILLAUD en 2005 : Modélisation des
sinistres graves en Assurance non-vie
- Cette méthode est aujourd'hui utilisée sur les sinistres graves dépassant un seuil de 75 K€.
- Elle est implémentée et automatisée sous le logiciel Igloo de l'éditeur EMB.

Cette méthode s'appuie sur deux techniques classiques :


- d'une part la méthode Chain Ladder qui consiste en projection du triangle de la charge des sinistres
- et d'autre part la recherche d'une adéquation de loi de distribution paramétrique, que nous pouvons
obtenir pour les sinistres vus pour chaque année de survenance et chaque année de développement

En combinant ces deux techniques, la méthode "MAAF" s'enchaîne de la manière suivante :


1. pour chaque année de survenance et chaque année de développement, on étudie la loi de distribution des
sinistres
2. il est alors proposé une loi mélange de 2 distributions lognormales :
- les sinistres supérieurs à 75 K€ afin d'avoir un échantillon suffisamment grand
- les sinistres supérieurs à 300 K€ afin de modéliser au mieux ces derniers
Un paramètre de pondération des deux lois sera calculé de manière optimale par minimisation de la
somme du carré des écarts.
3. on projettera ensuite les paramètres des lois lognormales selon la méthode Chain Ladder, afin de
caractériser la distribution des sinistres à l'ultime.

Avantages

Cette méthode est très intéressante car elle exploite une propriété bien particulière des sinistres graves : l'aptitude
qu'ont ces derniers à suivre des lois lognormales. Cette méthode cherche ensuite à projeter les paramètres de loi
de distribution des sinistres, et donc la tendance qu'a la distribution des sinistres à se déformer au fil des ans.

Inconvénients

Les triangles obtenus pour les paramètres de lois μ1, μ2 et σ1, σ2 ne font pas toujours ressortir de tendance nette,
notamment pour les écart-types. Si bien qu'on est souvent contraint à retenir la dernière diagonale connue et non
la projection Chain Ladder.

114 / 155
2. Variante proposée

Dans ce mémoire, nous proposons alors :

- de simplifier la méthode :
Nous n'utiliserons qu'un seul seuil, 75 K€ afin de conserver un échantillon suffisamment important, et nous ne
procéderons pas à une loi-mélange et à la recherche optimisée des paramètres qui en découlent.
Personnellement, je pense que cela a tendance à "sur-paramétrer" le modèle, qui présente déjà un certain niveau
de complexité.

- de tester différentes lois de distribution :


Nous testerons la loi lognormale, mais également la loi de Pareto, la loi de Distribution de Pareto Généralisée
(GPD) et la loi de Pareto bornée.
Nous passerons ces lois aux cribles des différents tests d'adéquation.
Nous proposerons également de "re-jouer" le passé : à partir des paramètres obtenus par estimation, nous allons
simuler les sinistres des années de survenance et de développement antérieures et comparer les distributions
obtenues avec les distributions réelles des sinistres (coût moyen réel versus coût moyen simulé, charge totale
réelle versus charge totale simulée et montant maximum réel versus montant maximum simulé)

3. Tendance à la déformation de la distribution des sinistres

On a vu que les sinistres suivaient 2 tendances, selon les 2 axes dans la représentation en triangle :

- l'axe des années de développement : ceci correspond à l'axe le plus connu, qui correspond à l'axe suivi
par la "vie" des sinistres par survenance au fil du temps, et qui représentent la prudence ou au contraire
l'insuffisance dans le provisionnement du dossier.
Cet axe est celui qui est naturellement étudié par la méthode Chain Ladder.

- l'axe des années de survenances : cet axe permet de faire ressortir les changements dans la distribution
des sinistres : au fur et à mesures, il y a moins de sinistres au total, mais plus de graves. La distribution
se transforme, et c'est ce que l'on va chercher à mesurer.

Explications :

Lors de l'analyse descriptive des données puis lors de l'étude des sinistres par les matrices de transition, nous
avons pu observer une tendance bien particulière : d'un côté nous avons un nombre total de sinistres qui est en
nette diminution et de l'autre nous avons un nombre croissant de sinistres graves, et le nombre est d'autant plus
croissant que nous sommes dans les tranches élevées de sinistres graves.
On en était déjà arrivé à la conclusion que les méthodes type Chain Ladder, bien que très pratiques, sont loin
d'être parfaites car elles projettent des montants agrégés de sinistres dont la distribution varie fortement au fur et
à mesure des années.

L'idée, c'est d'arriver à modéliser la déformation de la distribution des sinistres dans le temps et de projeter cette
déformation pour obtenir les distributions ultimes des années récentes.
Cette méthode trouvera son application sur des années récentes, dont la distribution est en train de s'affiner. Pour
des années anciennes, la distribution à l'ultime est déjà bien connue.

La déformation de la distribution des sinistres selon l'axe des années de développement a la même explication
que dans le cas Chain Ladder : il s'agit entre la première et la deuxième année de la connaissance des dossiers,
puis ensuite de dégagement des marges de prudence (et ponctuellement de rechargement en cas d'insuffisance).
En revanche, la déformation selon l'axe des années de survenance est plus ardue. Comme constaté, il y a moins
de sinistres au total, mais plus de graves. Le fait qu'il y ait plus de sinistres graves correspond donc à une hausse
des coûts, ou en d'autres termes, à de l'inflation.
Etudier la déformation de la distribution dans le temps reviendra donc d'une certaine manière à analyser
l'inflation sous jacente.
C'est pourquoi l'étude de la déformation de la distribution des sinistres, si elle débouche sur une tendance visible,
sera très enrichissante.

Nous allons alors étudier de la distribution approchée par des lois paramétriques. Et nous allons ensuite tenter
d'observer les tendances que pourraient montrer les paramètres selon les axes étudiés.

115 / 155
4. Adéquation de loi – Rappels de statistiques

Rappels fondamentaux

Variable aléatoire continue

Notre variable aléatoire est ici le montant des sinistres pour une survenance donnée et un développement donné.
Il s'agit d'une variable aléatoire continue, comprise entre 0 et + infini.
Nous avons vu que le montant maximum obtenu se situe autour de 10 M€.

Densité de probabilité

Il existe une fonction f telle que


• F(x) ≥ 0 pour tout x
+∞
• ∫ f (t )dt = 1
−∞

Fonction de répartition

F(x) représente la fonction de répartition


x
F(x) = P(X ≤ x) = ∫ f (t )dt
−∞

Fonction de répartition empirique

Fn(x) = ( nombre de sinistre ≤ x ) / ( nombre total de sinistres )

Moments d'une variable continue

+∞
E(X) = ∫ t. f (t )dt
−∞
+∞ +∞
V(X) = ∫ (t − E ( X ))². f (t )dt = ∫ t ². f (t )dt − ( E ( X ))²
−∞ −∞

σ(X) = V (X )

116 / 155
Lois de distribution testées

Loi lognormale

X suit une loi lognormale de paramètres m et σ si ln(X) suit une loi normale de mêmes paramètres.
Elle est très utilisée pour caractériser la distribution de montants positifs.

La densité s'écrit :

1 1 ln( x) − m
f(x) = exp(− ( )²) , pour x > 0
xσ 2π 2 σ
Moments :
σ²
E(X) = exp(m + )
2

V(X) = (exp(σ ²) − 1). exp( 2m + σ ²)

Forme de la loi lognormale

Densité de la loi lognormale


m=0, σ =1

0 1 2 3

117 / 155
Loi de Pareto

La loi de Pareto est connue car elle se cache derrière la "règle des 80-20" : 20% des effectifs explique 80% du
phénomène. (par exemple : 20% des personnes les plus riches paient 80% de la masse des impôts)

Sa fonction de répartition s'écrit :


α
⎛x ⎞
F(x) = P(X<x) = 1 − ⎜ m ⎟
⎝ x ⎠

Sa densité s'écrit :
α .x m α
f(x) =
x α +1
Son espérance s'écrit :
α
E(X) = .x m pour α > 1
α −1
Pour α < 1, l'espérance (ou notre coût moyen) sera infini.
Plus α sera petit et proche de 1, plus le coût moyen sera extrêmement élevé.

Propriété :

x
ln( ) suit une loi exponentielle de paramètre α.
xm

Densité de la loi de Pareto

0 1 2 3 4 5 6 7

alpha = 1 alpha = 2 alpha = 3

118 / 155
Loi de la Distribution de Pareto Généralisée (GPD)

La Distribution de Pareto Généralisée est souvent utilisée pour modéliser les sinistres graves.

Sa fonction de répartition s'écrit :

1

⎛ ( x − xm ) ⎞ α
F ( x) = 1 − ⎜⎜1 + α . ⎟⎟
⎝ β ⎠
Avec :
- xm le paramètre de seuil
- α le paramètre de forme (shape)
- β le paramètre d'échelle (scale)

Sous R, elle est implémentée avec la librairie "evir".

Loi de Pareto bornée

Nous allons simplement dans ce cas proposer de poser une borne maximale à la distribution.

Daniel Zajdenweber propose cette idée dans un exemple de phénomène économique extrême : les sinistres
d'origine climatique aux États-Unis.
Une conclusion importante est de constater que, si le paramètre α de la loi de Pareto est inférieur à 1, alors
l'espérance - et donc la prime - vaut l'infini, et que ce risque n'est pas assurable.
L'idée est alors de proposer une borne : le sinistre maximum possible (souvent abrégé SMP).

La loi de distribution s'écrit alors :

α
⎛x ⎞
1− ⎜ m ⎟
F ( x) = ⎝ x ⎠
α
⎛ xm ⎞
1− ⎜ ⎟
⎝ SMP ⎠

En effet, quand x tend vers SMP, F(x) tend vers 1. Il s'agit bien d'une fonction de répartition.

Nous nous servirons de cette formule par exemple pour calculer la distance nécessaire au test d'adéquation de
Kolmogorov – Smirnov ( pour rappel : Dn = sup|Fn(x) - F(x)| )

Grandeurs utiles :

Espérance

L'espérance s'écrit :

α
xm α ⎛⎜ 1 1 ⎞⎟
E( X ) = . .⎜ α −1 −
⎛ x ⎞
α
α − 1 ⎝ xm SMP α −1 ⎟⎠
1− ⎜ m ⎟
⎝ SMP ⎠
Cela nous permettra d'obtenir le coût moyen (et de voir qu'une prime peut être proposée).

119 / 155
Estimateur par Maximum de Vraisemblance (EMV, ou MLE en anglais)

L'estimateur α̂ de α par la méthode du Maximum de Vraisemblance est tel que :

α
⎛ x ⎞ ⎛ x ⎞
n.⎜ m ⎟ . ln⎜ m ⎟ n
n
+ ⎝
SMP ⎠ ⎝ SMP ⎠ − ln⎛⎜ xi ⎞
α α ∑ ⎜x ⎟⎟ = 0
⎛ xm ⎞ i =1 ⎝ m ⎠
1− ⎜ ⎟
⎝ SMP ⎠

En écrivant cette formule sous Excel, on peut aisément en déduire l'estimateur α̂ avec la fonction valeur cible.

Et enfin, voici la formule de la fonction de répartition inverse:

Soit q un quantile donné.

Alors
1

⎛ q.SMP α − q.x m α − SMP α ⎞ α
F −1 (q ) = ⎜⎜ − α


⎝ SMP α .x m ⎠

Ceci permettra :
- de simuler la répartition théorique des sinistres selon la loi de Pareto bornée et d'en obtenir par exemple
la somme des sinistres
- d'obtenir un QQ-Plot

120 / 155
Estimation des paramètres de distribution

Il existe principalement 2 méthodes afin de trouver les paramètres d'une distribution :

Méthode des moments

Cette méthode est la plus intuitive (elle est même évidente dans les cas simples !). Il s'agit de partir des
statistiques le plus souvent significatives de la distribution : la moyenne et l'écart-type.

Elle se justifie par les propriétés de convergence des moments empiriques vers les moments théoriques
(théorème fondamental de la statistique asymptotique).

Par exemple, pour la loi normale (et par extension à la loi lognormale en passant préalablement au logarithme),
nous obtenons :

1 n
μ̂ = ∑ Xk
n k =1
1 n
σˆ ² = ∑ ( X k − X k ) 2
n k =1

Méthode du Maximum de Vraisemblance

Nous allons définir une fonction de vraisemblance L ("L" pour Likelihood, in English). Cette fonction L
dépendra des réalisation (x1,…,xn) et d'un (ou plusieurs) paramètres θ.

On cherchera alors la valeur θˆn qui maximise la fonction L :

. L( x1 ,..., x n ,θˆn ) = max L( x1 ,..., x n ,θ )


θ

Habituellement, on prend pour fonction de vraisemblance le produit des densités :

n
L( x1 ,..., x n ,θ ) = ∏ f θ ( x k )
k =1

Puis pour maximiser cette fonction, on passe au log (pour obtenir une somme) et on cherche à résoudre
l'équation (ou le système d'équations) qui annule la dérivée :
∂ ln L
=0
∂θ

121 / 155
Par exemple, pour la loi de Pareto :

− (1+α )
⎛x ⎞
f ( xi ) = α .⎜⎜ i ⎟⎟
⎝ xm ⎠
− (1+α ) − (1+α )
n n
⎛x ⎞ ⎛x n

∏ f ( xi ) = ∏ α .⎜⎜ i ⎟⎟ = α .∏ .⎜⎜ i
n
⎟⎟
i =1 i =1 ⎝ xm ⎠ i =1 ⎝ x m ⎠

⎛ n ⎞ n
⎛x ⎞
ln⎜⎜ ∏ f ( xi ) ⎟⎟ = n. ln(α ) − (1 + α ).∑ ln⎜⎜ i ⎟⎟
⎝ i =1 ⎠ i =1 ⎝ xm ⎠

⎛ n ⎞
∂ ln⎜⎜ ∏ f ( xi ) ⎟⎟
⎝ i =1 ⎠ = n − ln⎛⎜ xi ⎞
n

∂α

α i =1 ⎜⎝ x m
⎟⎟ = 0

n
⇒ α̂ =
n
⎛x ⎞
∑ ln⎜⎜ i ⎟⎟
i =1 ⎝ xm ⎠

122 / 155
Test d'adéquation

Rappel sur les tests d'adéquation

L'idée intuitive

Effectuer une adéquation de loi repose sur l'intuition que l'on a que la distribution empirique que nous avons
représente une loi théorique.

Cette intuition rejoint la théorie, il s'agit du théorème fondamental de la statistique (Glivenko-Cantelli) :

La fonction de répartition empirique Fn(x) converge vers la fonction de répartition réelle F(x) quand la taille de
l'échantillon tend vers l'infini.

1 n
Ce dernier découle de la Loi des Grands Nombres : ∑
n i =1
→∞
X i ⎯n⎯
⎯→ E ( X )

L'hypothèse de test

Nous allons alors tester l'hypothèse suivante :

H0 : La loi F(x) est bien celle qui a engendrée l'échantillon Fn(x)

La mécanique du test

Nous devons donc identifier une statistique qui mesure l'écart entre la fonction de répartition empirique et la
fonction de répartition théorique.

Puis nous calculerons sa distribution sous H0.

Nous pourrons nous baser :


- soit sur un seuil critique à ne pas dépasser pour nue probabilité donnée, de 5% par exemple
- soit directement sur la p-value pour laquelle il faudra rester au dessus de 5%

Test du Chi-2

Il s'agit du test le plus classique en statistique.


Il s'utilise en général pour les lois de distribution discrètes.

Pour le cas des lois de distribution continues, il présente quelques inconvénients.


Ce test repose sur un regroupement des valeurs par classe. Il y aura donc une perte d'informations.
Si le nombre de classes choisi est trop petit, on perdra beaucoup d'informations et il sera difficile de dire qu'une
loi théorique sera meilleure qu'une autre.
Si le nombre de classes choisi est trop grand, on n'aura pas assez d'informations à l'intérieur des classes et le test
du chi-2 ne sera pas assez précis.

Il existe des tests plus adaptés aux distributions continues et qui donneront de meilleurs résultats. (Ils sont dits
"plus puissants")

Nous ne l'utiliserons pas dans ce mémoire.

Test de Kolmogorv - Smirnov

Ce test est le plus connu et le plus simple.

Il s'agit de calculer la distance maximale entre les fonctions théoriques et empiriques. Si cette distance dépasse
une certaine valeur, qu'on lira dans un tableau, on dira que l'échantillon est mauvais.

Dn = sup|Fn(x) - F(x)|

123 / 155
Si la distance maximale est suffisamment petite, le test permettra d'accepter l'hypothèse H0 :

Source : http://www.aiaccess.net/French/Glossaires/GlosMod/f_gm_adequation.htm

Si la distance maximale est trop grande, le test impliquera de rejeter l'hypothèse H0 :

Source : http://www.aiaccess.net/French/Glossaires/GlosMod/f_gm_adequation.htm

Sous Excel :
- la statistique Dn peut-être calculée facilement
1,36
- pour un seuil de 5%, la valeur critique de Dn à ne pas dépasser vaut
n
Sous le logiciel R :
- la statistique Dn et la p-values sont directement calculées

Il est à noter que ce test est surprenant : il ne 'appuie que sur un seul point de la fonction de répartition ! Il est
pourtant reconnu pour être suffisamment puissant.
Transition assurée avec le test suivant, dans une certaine logique, il serait plus judicieux de regarder la distance
entre la distribution empirique et la distribution théorique sur tout l'échantillon.

Test de Cramer - Von Mises

C'est ce que propose le Test de Cramer Von Mises en mesurant la surface entre les 2 distributions :

124 / 155
Source : http://www.aiaccess.net/French/Glossaires/GlosMod/f_gm_adequation.htm

Formellement, cela correspond à :

+∞
S = ∫ ( Fn ( x) − F ( x))².dx
−∞

Après transformation, cela reviendra à tester la statistique suivante :

2.i − 1 ⎞
2
n
⎛ 1
W ² = ∑ ⎜ F ( x(i ) ) − ⎟ +
i =1 ⎝ 2n ⎠ 12.n

Sous Excel :
- la statistique W² peut-être calculée facilement
- pour un seuil de 5%, la valeur critique de W² à ne pas dépasser vaut 0,461

Sous le logiciel R :
- la statistique W² et la p-values sont directement calculées

Test d'Anderson - Darling

Dans la continuité du test précédent de Cramer – Von Mises, le test d'Anderson – Darling propose de donner
plus d'importance aux observations situées en queues de distribution. Car c'est souvent ces évènements rares qu'il
est intéressant de mesurer.

L'idée est alors de pondérer la surface par le terme suivant :


[F(x).(1 - F(x))]-1

Ce terme est minimal aux alentours de la médiane et maximal aux extrémités.

La statistique devient alors :

A² = ∫ ( Fn ( x) − F ( x))².[F ( x).(1 − F ( x)] .dx


+∞ −1
−∞

Qui s'exprime également sous la forme d'une somme :

1 n
A² = − n − .∑ (2.i − 1).(ln( F ( x (i ) )) + ln(1 −F ( x ( n +1−i ) ))
n i =1

125 / 155
Sous Excel :
- la statistique A² peut-être calculée facilement
- pour un seuil de 5%, la valeur critique de A² à ne pas dépasser vaut 2,492

Sous le logiciel R :
- la statistique A² et la p-values sont directement calculées

Propriété importante

La distribution de la statistique de test (D, W ou A) ne dépend pas de la loi de distribution cible, si les paramètres
de lois sont connus.
Ceci n'est plus vrai lorsque les paramètres de loi doivent être estimés à partir de l'échantillon.

• dans le cas du test de Kolmogorov – Smirnov :

Quand n est grand, la distribution de la statistique Dn tend vers la distribution asymptotique et la statistique Dn
ne dépend pas de la distribution recherchée F(x).
On peut alors utiliser les valeurs critiques tabulées de la distribution asymptotique de Kolmogorov – Smirnov.
(en bref, quelque soit la distribution testée, on peut l'appliquer)

• dans le cas des tests de Cramer - Von Mises et Anderson – Darling :

Il est possible d'ajouter des termes correctifs qui ne dépendent que de la taille de l'échantillon à la statistique
standard de façon à ce que la valeur "corrigée" de la statistique puisse être utilisée avec l'unique table des valeurs
critiques de la distribution asymptotique de la statistique et le seuil dépend si les paramètres sont connus ou non.

Par exemple, dans le cas du test d'Anderson – Darling appliqué à la loi normale, la statistique A² doit être
corrigée selon :
0,75 2,25
A * ² = A².(1 + + )
n n²
Et le seuil dans le cas où les paramètres sont initialement inconnus et estimés passe de :
seuil = 2,492 => seuil = 0,787

Les tests de Cramer - Von Mises et Anderson – Darling implémentés sous le logiciel R correspondent aux tests
relatifs à la loi normale dans le cas où les paramètres sont estimés.

126 / 155
5. Application de la loi lognormale

Recherche des paramètres de loi

Nous allons pour chaque année de survenance et chaque année d'inventaire rechercher les paramètres de la loi
lognormale.

Nous procéderons par la méthode des moments.

Paramètre m de la loi lognormale


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 10,66 10,63 10,75 10,53 10,64 10,86 10,82 11,38 11,06 11,27 11,15 11,33 11,04 11,14
N+1 11,19 11,27 11,15 11,14 10,90 10,99 11,14 11,44 11,11 11,21 11,20 11,25 11,22
N+2 11,21 11,48 11,23 11,22 11,00 11,03 11,25 11,42 11,23 11,41 11,22 11,30
N+3 11,31 11,42 11,33 11,17 11,11 11,04 11,26 11,46 11,40 11,44 11,27
N+4 11,32 11,37 11,24 11,28 11,13 11,15 11,29 11,41 11,34 11,36
N+5 11,32 11,28 11,10 11,26 11,11 11,07 11,28 11,30 11,35
N+6 11,24 11,21 10,92 11,17 11,05 11,00 11,27 11,23
N+7 11,17 11,14 10,90 11,16 10,97 10,95 11,24
N+8 11,11 11,15 10,91 11,11 10,93 10,96
N+9 11,10 11,11 10,87 11,10 10,92
N+10 11,06 11,12 10,90 11,06
N+11 11,06 11,12 10,93
N+12 11,01 11,10
N+13 11,02

Paramètre σ de la loi lognormale


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 1,60 1,90 1,79 1,78 1,90 1,65 1,50 1,58 1,59 1,69 1,40 1,57 1,30 1,55
N+1 1,64 1,60 1,84 1,76 1,83 1,71 1,79 1,58 1,83 1,88 1,68 1,71 1,57
N+2 1,72 1,62 1,84 1,79 1,64 1,75 1,63 1,56 1,83 1,88 1,75 1,73
N+3 1,73 1,71 1,72 1,76 1,59 1,76 1,65 1,59 1,76 1,87 1,71
N+4 1,78 1,72 1,71 1,65 1,68 1,77 1,62 1,69 1,81 1,89
N+5 1,71 1,71 1,72 1,60 1,70 1,86 1,63 1,69 1,84
N+6 1,64 1,71 1,71 1,67 1,74 1,89 1,65 1,73
N+7 1,73 1,67 1,78 1,68 1,73 2,02 1,59
N+8 1,71 1,62 1,80 1,73 1,75 1,90
N+9 1,73 1,62 1,84 1,67 1,74
N+10 1,79 1,63 1,79 1,65
N+11 1,80 1,59 1,80
N+12 1,82 1,60
N+13 1,80

127 / 155
Tests d'adéquation

Dans le cas de la loi lognormale, nous effectuons la transformation suivante : Y = ln ( X – 75K€ ).


Ainsi, nous allons tester l'adéquation de Y à une loi normale.
Nous allons donc pouvoir utiliser les tests de Lilliefors (il s'agit du test de Kolmogorov – Smirnov dont les paramètres de lois sont estimés), de Cramer – von Mises et
d'Anderson – Darling. Ces tests sont implémentés sous R.

Nous obtenons les p-values suivantes :

Test d'adéquation des distributions des montants des sinistres à la distribution lognormale

1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD Li CM AD

N 0% 1% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 2% 7% 2% 1% 1% 0% 0% 0% 0% 4% 1% 1% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 0%

N+1 0% 0% 0% 0% 0% 0% 15% 28% 30% 0% 0% 0% 2% 8% 11% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 2% 1% 3% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 7% 11% 13% 19% 16% 13% 8% 26% 26%

N+2 0% 0% 0% 0% 0% 0% 2% 5% 6% 0% 0% 0% 24% 32% 41% 0% 0% 0% 0% 0% 0% 40% 44% 30% 0% 0% 0% 23% 10% 3% 46% 22% 25% 42% 9% 7%

N+3 0% 0% 0% 0% 0% 0% 2% 6% 9% 0% 0% 0% 51% 72% 43% 0% 0% 0% 21% 11% 5% 33% 17% 27% 15% 19% 26% 20% 11% 7% 37% 51% 51%

N+4 0% 0% 0% 2% 1% 1% 13% 4% 4% 0% 0% 0% 17% 2% 0% 2% 2% 2% 57% 64% 47% 13% 10% 8% 28% 50% 50% 89% 68% 66%

N+5 10% 15% 20% 51% 33% 19% 99% 99% 87% 0% 0% 0% 8% 1% 0% 25% 39% 51% 28% 25% 18% 51% 31% 37% 34% 53% 41%

N+6 6% 3% 4% 37% 38% 25% 92% 93% 92% 1% 0% 0% 6% 1% 0% 89% 94% 94% 23% 25% 16% 46% 39% 53%

N+7 6% 1% 1% 34% 31% 16% 46% 75% 85% 1% 0% 0% 3% 1% 0% 41% 27% 18% 84% 91% 91%

N+8 5% 1% 1% 49% 68% 72% 61% 88% 93% 0% 0% 0% 2% 0% 0% 86% 81% 81%

N+9 14% 3% 2% 51% 40% 36% 64% 78% 86% 2% 0% 0% 0% 0% 0%

N+10 6% 1% 0% 53% 71% 64% 55% 82% 91% 1% 0% 0%

N+11 8% 2% 0% 66% 60% 62% 71% 93% 97%

N+12 9% 1% 0% 57% 47% 50%

N+13 3% 1% 0%

On remarque que :

- Les tests ne sont quasiment jamais positifs lors des 3 premières années de développement.
- Puis les tests deviennent positifs à partir de la 4e année de développement (sauf pour les survenances 1996, 1999 et 2000)
- En général, pour un point donné dans le triangle, les 3 tests proposent la même conclusion.
- On note que parfois le test de Kolmogorov – Smirnov est plus "tolérant" que les deux autres tests, ce qui est en adéquation avec ce qui avait été annoncé en théorie :
ce test est moins puissant que les deux autres tests, les tests de Cramer – von Mises et d'Anderson – Darling accordant plus de poids à l'adéquation en queues de
distribution.

128 / 155
Observations graphiques : fonction de répartition et QQ – Plot

Exemple de cas où le test d'adéquation ne fonctionne pas : la survenance 1996 vue 2009

Tracé de la fonction de répartition théorique et de la distribution réelle :

Ajustement

1.0
0.8
plnorm(t8 - S, m1, s1)

0.6
0.4
0.2
0.0

0e+00 1e+06 2e+06 3e+06

t8

La courbe rouge est proche des valeurs réelles mais s'en écartent sensiblement.

Tracé du QQ-plot sur les montants :


3e+06
2e+06
Empirique

1e+06
0e+00

0e+00 2e+06 4e+06 6e+06 8e+06 1e+07

Théorique

On remarque que pour les montants jusqu'à 2 M€, les points sont alignés.
En revanche, pour les derniers quantiles, les montants théoriques s'éloignent fortement des montants réels, le
dernier montant théorique dépasse les 10 M alors que le dernier montant réel est un peu inférieur à 4M€.

129 / 155
Tracé du QQ-plot sur le log des montants :

Normal Q-Q Plot

2
1
0
Sample Quantiles

-1
-2
-3
-4
-5

-3 -2 -1 0 1 2 3

Theoretical Quantiles

Ce graphe nous permet comme le précédent de constater un écart pour les quantiles les plus hauts, mais
notamment un écart important (et non visible sur le précédent graphe) sur les premiers quantiles, pour les
sinistres très proches du seuil initial de 75 K€.

Il y a bien correspondance entre le test d'adéquation et les tests graphiques.

130 / 155
Exemple de cas où le test d'adéquation fonctionne : la survenance 1998 vue 2009

Tracé de la fonction de répartition théorique et de la distribution réelle :

Ajustement

1.0
0.8
plnorm(t8 - S, m1, s1)

0.6
0.4
0.2
0.0

0e+00 2e+06 4e+06 6e+06 8e+06 1e+07

t8

Cette fois, la courbe rouge colle de très près la distribution empirique.

Tracé du QQ-plot sur les montants :


1e+07
8e+06
Empirique

6e+06
4e+06
2e+06
0e+00

0e+00 2e+06 4e+06 6e+06 8e+06

Théorique

Les points semblent bien alignés, le dernier point ne s'éloigne pas trop : 11 M€ réel contre 10 M€ théorique.

131 / 155
Tracé du QQ-plot sur le log des montants :

Normal Q-Q Plot

3
2
1
Sample Quantiles

0
-1
-2

-3 -2 -1 0 1 2 3

Theoretical Quantiles

De la même manière, en redonnant de l'importance aux petits sinistres, ces derniers sont bien alignés.

132 / 155
Comparaison entre le coût moyen réel et l'espérance de la distribution théorique

Ecart espérance / coût moyen - Survenance 1996 (en k€)


N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
Coûts
moyens 205 290 308 329 364 362 328 320 310 324 326 324 319 309
observés
Espérance
de la loi 227 353 398 444 477 431 369 390 364 371 393 400 389 382
lognormale
Ecart 11% 22% 29% 35% 31% 19% 12% 22% 18% 14% 21% 24% 22% 24%

On constate que l'espérance calculé à partir de la loi lognormale affiche des montants supérieurs aux coûts
moyens constatés, de 11% à 35%.

Comparaison entre la somme réelle des sinistres et la somme simulée des sinistres

Pour procéder à la simulation des sinistres à partir de la loi considérée, nous considérons le nombre de sinistres
(par exemple 240 sinistres pour la survenance 1996 vu 1996) et nous simulons le coût des sinistres pour chaque
sinistre.
i − 0,5 −1
Pour i = 1 à n, on obtient le quantile q i = et on simule le coût xi = F ( qi )
n
Ecart Somme simulée / Somme réelle - Survenance 1996 (en k€)
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10
N+11 N+12 N+13
Somme
réelle
49 132 92 561 90 051 91 193 95 673 91 955 80 703 77 729 76 502 79 005 80 267 79 019 78 412 76 081
des
sinistres
Somme
des
53 105 109 619 111 993 118 058 119 726 105 105 87 743 90 849 86 566 86 775 92 203 92 874 91 006 89 653
sinistres
simulés*
Ecart 8% 18% 24% 29% 25% 14% 9% 17% 13% 10% 15% 18% 16% 18%
(*) Correspond à la somme des sinistres simulés du quantile n°1 au quantile n°n

Ici, de la même manière, la charge des sinistres simulés est très supérieure à celle réellement constatée.

Comparaison entre le sinistre réel maximum et le sinistre simulé maximum

Ecart valeur maximale simulée / Montant maximal des sinistres - Survenance 1996 (en k€)
N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
Montant
maximal
2 295 3 128 3 133 4 029 4 113 4 113 4 114 4 115 3 791 4 795 5 202 4 187 4 249 3 820
des
sinistres
Valeur
maximale 4 188 9 279 11 367 12 834 14 267 11 462 8 613 10 106 9 212 9 599 11 099 11 417 11 237 10 740
simulée *
Ecart 83% 197% 263% 219% 247% 179% 109% 146% 143% 100% 113% 173% 164% 181%
(*) Correspond au nième quantile

Le phénomène est d'autant plus saisissant lorsqu'on simule le plus grand sinistre, pour le nième quantile, où n est
le nombre de sinistres pour l'année de survenance donnée.
Par exemple, avec une loi lognormale présentant de tels paramètres en N+4, μ = 11,32 et σ = 1,78, le sinistre
maximum simulé, le dernier et le n°263, vaut alors 14,3 M€. Hors cette valeur aurait eu lieu l'année 2000.
L'année 2000, le sinistre maximum constaté, toutes survenances confondues, valait 4,7 M€. Même en 2009, le
seuil de 14 M€ n'a pas été atteint. Ce montant en l'an 2000 est simplement impossible, avec les paramètres de
l'époque de taux technique et de coût horaire de la Tierce Personne.

En Annexes (Annexe 4), nous exposons les résultats sous forme de triangles pour toutes les survenances.
Cela nous permet de constater que les écarts entre la distribution observée et la distribution théorique sont plus
ou moins élevés en fonction des différentes survenances.

133 / 155
Comparaison graphique

Prenons par exemple de la survenance 1996 :

Survenance 1996 - Coût moyen des sinistres


600

500

400

300 réel
simulé

200

100

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Survenance 1996 - Somme des sinistres


140 000

120 000

100 000

80 000
réel
60 000 simulé

40 000

20 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Survenance 1996 - Montant maximal des sinistres


16 000

14 000

12 000

10 000

8 000 réel
simulé
6 000

4 000

2 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

On constate que la loi lognormale surestime le coût des sinistres (coût moyen et coût total). Et que la distribution
est "tirée" vers le haut par les sinistres que les derniers quantiles peuvent atteindre.

134 / 155
Tendance graphique des paramètres de loi

Paramètre mu de la loi lognormale


11,60

11,40 Surv. 1996


Surv. 1997
11,20 Surv. 1998
Surv. 1999
11,00
Surv. 2000
Surv. 2001
10,80
Surv. 2002
Surv. 2003
10,60
Surv. 2004
Surv. 2005
10,40
Surv. 2006
Surv. 2007
10,20
Surv. 2008

10,00 Surv. 2009

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Paramètre σ de la loi lognormale


2,20

2,00 Surv. 1996


Surv. 1997
Surv. 1998
1,80 Surv. 1999
Surv. 2000
Surv. 2001
1,60
Surv. 2002
Surv. 2003
1,40 Surv. 2004
Surv. 2005
Surv. 2006
1,20
Surv. 2007
Surv. 2008

1,00 Surv. 2009

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Le paramètre mu de la loi lognormale présente nettement une tendance, qui est identique à celle du coût moyen :
il a tendance à augmenter fortement les premières années (on passe d'un forfait à l'ouverture global, graves et
non-graves, puis les sinistres deviennent réellement graves). Ensuite, le coût moyen "dégonfle" à cause de l'effet
de la prudence.

En revanche, le paramètre sigma ne présente pas une tendance générale et continue. Nous ne pourrons pas en
effectuer de projection correcte.

L'espérance de coût moyen étant basée sur les 2 paramètres simultanément par la formule E ( X ) = exp(m + σ ² ) ,
2
Il ne nous sera pas possible de projeter un coût moyen de manière fiable.
=> loi lognormale

135 / 155
6. Application d'autres lois : Pareto et GPD

En Annexe, nous avons réitéré l'étude précédente aux lois suivantes : Loi de Pareto (Annexe 5) et Loi GPD
(Generalized Pareto Distribution, Annexe 6).

Ces deux études nous ont amenés à rejeter ces deux lois.

Voici quelques éléments précis qui nous ont amenés à cette conclusion.

En ce qui concerne la Loi de Pareto :

- Il existe de nombreux cas où le paramètre α estimé est inférieur à 1. Ce qui signifie par construction
mathématique que l'espérance, soit le coût moyen, vaut l'infini ! Ce qui revient à dire que le risque
devient inassurable.
- Pourtant, le test de Kolmogorv – Smirnov affiche très majoritairement des résultats positifs conduisant à
accepter l'hypothèse H0
- En revanche, le tracé des QQ-Plot montre que les points ne s'alignent pas du tout. Notamment pour les
montants élevés : un point peut avoir une abscisse "distribution théorique" de 40 M€ et une ordonnée
"distribution observée" de 4M€, on est très loin de la bissectrice !
- Lorsque le paramètre estimé tend vers 1, le coût moyen devient incroyablement élevé. Par exemple, si
on prend la survenance 1996 vue en N+2, le paramètre estimé vaut 1,03. Cela conduit à un coût moyen
estimé de 2,4 M€ alors que le coût moyen réel valait 308 K€ !
- De même pour la charge totale estimée, en s'appuyant sur la simulation des n sinistres :
o Dans les cas où le paramètre tend vers 1, la charge simulée est très supérieure à la charge
réelle. Par exemple, en 1996 vue N+2, la charge simulée vaut 149 M€ alors que la charge
réelle vaut 90 M€ !
o Dans le cas où le paramètre descend sous le seuil de 1, la charge simulée est encore plus
surévaluée. Par exemple, en 1996 vue N+3, la charge simulée vaut 179 M€ alors que la charge
réelle vaut 91 M€ !
- Le phénomène prend encore plus d'importance lorsqu'on simule le nième quantile de la distribution, soit
le sinistre maximum possible (SMP) :
o Dans les cas où le paramètre tend vers 1, le sinistre maximum simulé est très supérieure au
sinistre maximum réel. Par exemple, en 1996 vue N+2, le sinistre maximum simulé vaut 36
M€ alors que le sinistre maximum réel vaut 3,1 M€ !
o Dans le cas où le paramètre descend sous le seuil de 1, le sinistre maximum simulé est encore
plus surévalué. Par exemple, en 1996 vue N+3, le sinistre maximum simulé vaut 51 M€ alors
que le sinistre maximum réel vaut 4,0 M€ !
- En termes d'évolution du paramètre α en fonction des années de développement et des années de
survenance, une tendance se dessine très nettement. Il évolue de manière inverse des coûts moyens : il
part d'assez haut, baisse fortement puis remonte modérément ensuite.

Bien que nous ayons pu effectuer une projection valable de ce paramètre, la forte propension de la loi de Pareto à
simuler des sinistres à coûts très élevés nous conduisent à ne pas l'utiliser en l'état.

En ce qui concerne la Loi GPD (Generalized Pareto Distribution) :

Nous arrivons globalement à des résultats similaires, mais légèrement atténués :


- le test de Kolmogorov – Smirnov fonctionne dans quasiment tous les cas
- les QQ-plot montrent des points relativement proches de la bissectrice
- il existe ponctuellement des cas où le coût moyen est infini
- la somme des sinistres simulés n'est pas très éloignée de la somme des sinistres observés
- les sinistres maximum simulés sont en général supérieurs aux sinistres maximum observés, mais pas de
manière délirante comme pour la Pareto
- le paramètre α de la loi GPD ne montre pas de tendance lisible dans le temps
- le paramètre β de la loi GPD montre une tendance nette, qui ressemble à celle du coût moyen observé

Nous n'utiliserons donc pas la loi GPD pour projeter les sinistres.

136 / 155
7. Application de la loi de Pareto bornée

Proposition pour le seuil : un montant qui suit l'inflation

Regardons l'historique et l'évolution selon l'axe des années calendaires du montant maximal atteint :

Montant maximal (en k€)


Années de survenance
Années
d'inventaire 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 MAX
1996 2 295 2 295
1997 3 727 3 128 3 727
1998 3 707 3 728 3 133 3 728
1999 4 656 5 131 4 216 4 029 5 131
2000 4 537 4 472 4 773 3 546 4 113 4 773
2001 4 824 4 541 4 100 4 767 3 910 4 113 4 824
2002 5 083 4 787 4 543 4 114 4 768 3 915 4 114 5 083
2003 5 900 5 768 4 789 5 163 4 114 4 910 4 115 4 115 5 900
2004 4 771 6 000 5 769 4 590 5 163 4 519 4 911 4 116 3 791 6 000
2005 6 100 5 434 6 880 8 271 5 418 5 175 5 663 6 759 6 427 4 795 8 271
2006 5 862 6 451 7 613 7 532 8 934 5 500 4 724 6 703 6 899 6 505 5 202 8 934
2007 7 000 7 293 6 519 7 610 7 532 8 934 5 904 4 724 5 073 10 069 6 229 4 187 10 069
2008 4 080 9 623 7 522 6 523 7 612 7 532 8 934 4 877 4 725 5 093 10 071 8 300 4 249 10 071
2009 8 445 10 331 9 526 8 583 7 397 7 618 11 160 8 939 4 877 4 725 5 101 11 431 8 307 3 820 11 431

Dans l'objectif d'avoir un paramètre que nous pourrons projeter pour les années futures postérieures à 2009.
Nous proposons un montant maximal initial de 4 M€ fin 1996 et une inflation des sinistres les plus graves de 8%
(inflation proposée par les études FFSA et GEMA).

Nous obtenons alors comme seuil maximal la série suivante :

Maximum réel Maximum retenu

1996 2 295 4 000


1997 3 727 4 320
1998 3 728 4 666
1999 5 131 5 039
2000 4 773 5 442
2001 4 824 5 877
2002 5 083 6 347
2003 5 900 6 855
2004 6 000 7 404
2005 8 271 7 996
2006 8 934 8 636
2007 10 069 9 327
2008 10 071 10 073
2009 11 431 10 878

137 / 155
Maximum réel et maximum retenu
14 000

12 000

10 000

8 000

6 000

4 000

2 000

0
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009

Maximum réel Maximum retenu

Important :

L'idée ici est double :

1 – ne s'appuyer sur une loi qui n'aura qu'un seul paramètre inconnu : le paramètre α. La borne de la loi tronquée
sera imposée.

2 – le fait d'avoir une inflation comme paramètre du modèle va permettre de prendre en compte cette évolution
des coûts des sinistres. La distribution étant dépendante de la borne de troncature et donc de l'inflation, cela va
conduire mécaniquement à faire évoluer tous les sinistres de cette distribution. De manière imagée, on tire sur le
fil et tout le reste suit.

138 / 155
Recherche du paramètre α

Nous allons appliquer la méthode du maximum de vraisemblance à la loi de Pareto bornée.


Nous avons vu la formule page 121. Le résultat sera trouvé grâce à la fonction "valeur cible" d'Excel.

Paramètre de la loi de Pareto bornée


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 1,42 1,30 1,24 1,44 1,27 1,25 1,36 0,92 1,13 0,97 1,16 0,98 1,27 1,10
N+1 0,99 0,95 0,94 0,99 1,11 1,12 1,01 0,89 1,02 0,93 1,00 0,97 1,03
N+2 0,95 0,81 0,90 0,94 1,13 1,07 0,98 0,90 0,93 0,82 0,97 0,94
N+3 0,88 0,83 0,88 0,99 1,09 1,07 0,98 0,87 0,87 0,81 0,96
N+4 0,86 0,87 0,95 0,97 1,07 0,99 0,97 0,88 0,88 0,85
N+5 0,89 0,93 1,04 0,99 1,08 1,01 0,98 0,95 0,87
N+6 0,97 0,98 1,16 1,04 1,10 1,05 0,98 0,98
N+7 1,01 1,04 1,16 1,05 1,16 1,04 1,02
N+8 1,05 1,05 1,14 1,06 1,19 1,07
N+9 1,06 1,08 1,14 1,09 1,20
N+10 1,07 1,08 1,15 1,13
N+11 1,07 1,10 1,13
N+12 1,11 1,10
N+13 1,10

Test d'adéquation de Kolmogorov – Smirnov

Ce test n'est pas implémenté sous R. On va donc directement le traiter sous Excel.
Nous n'aurons pas la p-value en lecture directe mais nous pourrons comparer la distance maximale D trouvée
avec le seuil critique qui vaut 1,36 / racine(n).

Test d'adéquation des distributions des montants à la distribution de Pareto bornée - Distance D de Kolmogorov - Smirnov
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 0,0646 0,0936 0,0589 0,0674 0,0935 0,0628 0,1318 0,0689 0,0829 0,1163 0,2033 0,1066 0,1752 0,0780
N+1 0,0785 0,0887 0,0686 0,0680 0,0899 0,0699 0,0631 0,0605 0,0529 0,0502 0,0430 0,0412 0,0625
N+2 0,0767 0,1083 0,0563 0,0737 0,0452 0,0609 0,0760 0,0662 0,0490 0,0396 0,0265 0,0300
N+3 0,0936 0,0971 0,0556 0,0779 0,0442 0,0557 0,0454 0,0537 0,0449 0,0511 0,0286
N+4 0,0663 0,0541 0,0452 0,0932 0,0411 0,0484 0,0376 0,0521 0,0400 0,0528
N+5 0,0507 0,0334 0,0389 0,0992 0,0433 0,0567 0,0444 0,0323 0,0535
N+6 0,0590 0,0301 0,0460 0,0720 0,0330 0,0598 0,0492 0,0253
N+7 0,0516 0,0319 0,0539 0,0661 0,0366 0,0743 0,0420
N+8 0,0475 0,0362 0,0548 0,0682 0,0310 0,0590
N+9 0,0403 0,0352 0,0702 0,0557 0,0461
N+10 0,0393 0,0339 0,0596 0,0608
N+11 0,0344 0,0385 0,0553
N+12 0,0285 0,0386
N+13 0,0337

Les cellules vertes sont celles pour lesquelles le test est positif et l'hypothèse d'adéquation acceptée. Et l'inverse
pour les cellules orange.

139 / 155
Observations graphiques : fonction de répartition et QQ – Plot

Exemple de cas où le test d'adéquation fonctionne : la survenance 1996 vue 2009

Distributions réelle et théorique


100%

90%

80%

70%

60%

50%

40%

30%

20%

10%

0%
0 1 000 000 2 000 000 3 000 000 4 000 000 5 000 000 6 000 000 7 000 000 8 000 000

Les points sont proches de la courbe simulée.

QQ-Plot
Pareto (jaune) et Pareto bornée (bleu)
4 500 000

4 000 000

3 500 000

3 000 000

2 500 000

2 000 000
1 500 000

1 000 000

500 000

0
0 5 000 000 10 000 000 15 000 000 20 000 000

La loi de Pareto bornée permet d'avoir des points "rapprochés" de la bissectrice contrairement à la loi de Pareto
classique. Les sinistres simulés les plus graves ne dérivent pas vers des montants délirants atteignant 20 M€ mais
restent sous un seuil raisonnable de 10 M€.

140 / 155
Exemple de cas où le test d'adéquation ne fonctionne pas : la survenance 1996 vue 1999

Distributions réelle et théorique


100%

90%

80%

70%

60%

50%

40%

30%

20%

10%

0%
0 500 000 1 000 1 500 2 000 2 500 3 000 3 500 4 000 4 500 5 000
000 000 000 000 000 000 000 000 000

Pour les sinistres supérieurs à 500 K€, la distribution simulée est inférieure aux observations.

QQ-Plot
Pareto bornée
4 500 000

4 000 000

3 500 000

3 000 000

2 500 000

2 000 000

1 500 000

1 000 000

500 000

0
0 500 000 1 000 1 500 2 000 2 500 3 000 3 500 4 000 4 500 5 000
000 000 000 000 000 000 000 000 000

Tous les sinistres graves sont sous la bissectrice. Le QQ-plot confirme le test de Kolmogorov-Smirnov et le rejet
de l'hypothèse H0, bien que nous ne sommes pas très éloignés de la bissectrice.

141 / 155
Comparaison entre le coût moyen réel et l'espérance de la distribution théorique

Nous réitérons ici la comparaison entre les montants caractéristiques de la distribution observée et ceux issus de
la loi de Pareto bornée qui en découle.

Ecart espérance / coût moyen - Survenance 1996


N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
Coûts
moyens 205 290 308 329 364 362 328 320 310 324 326 324 319 309
observés
Espérance
de la loi
206 314 333 373 390 381 350 340 324 325 324 330 318 323
Pareto
bornée
Ecart 1% 8% 8% 13% 7% 5% 7% 6% 5% 0% -1% 2% 0% 4%

Il est intéressant de noter qu'au bout d'un certain nombre d'années, à partir de N+9 jusqu'à N+13, le coût moyen
observé et le coût moyen simulé sont très proches.

Comparaison entre la somme réelle des sinistres et la somme simulée des sinistres

Ici, il s'agit dans un premier cas de la somme des sinistres observés et dans le deuxième cas de la somme des
sinistres simulés à partir de la loi de Pareto bornée. Nous prenons le nombre n de sinistres observés, nous
obtenons n quantiles, allant de 0% à 100% et nous en simulons les montants.

Ecart Somme simulée / Somme réelle - Survenance 1996 (en k€)


N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9
N+11 N+10
N+12 N+13
Somme
réelle
49 132 92 561 90 051 91 193 95 673 91 955 80 703 77 729 76 502 79 005 80 267 79 019 78 412 76 081
des
sinistres
Somme
des
49 385 100 266 97 291 103 177 102 635 96 781 85 942 82 394 79 901 79 129 79 538 80 228 78 011 78 995
sinistres
simulés*
Ecart 1% 8% 8% 13% 7% 5% 6% 6% 4% 0% -1% 2% -1% 4%

Comme précédemment, le montant simulé devient très proche du montant observé. Ce qui va jouer en faveur de
ce modèle.

Comparaison entre le sinistre réel maximum et le sinistre simulé maximum

De la même manière, nous simulons le sinistre maximum possible à partir du nombre n de sinistres.

Ecart Somme simulée / Somme réelle - Survenance 1996 (en k€)


N N+1 N+2 N+3 N+4 N+5 N+6 N+7 N+8 N+9 N+10 N+11 N+12 N+13
Montant
maximal
2 295 3 128 3 133 4 029 4 113 4 113 4 114 4 115 3 791 4 795 5 202 4 187 4 249 3 820
des
sinistres
Valeur
maximale 2 883 3 982 4 281 4 664 5 015 5 315 5 501 5 759 5 973 6 290 6 617 7 012 7 167 7 560
simulée
Ecart 26% 27% 37% 16% 22% 29% 34% 40% 58% 31% 27% 67% 69% 98%

Nous obtenons des montants simulés bien supérieurs à ceux observés. Cependant, ils restent à des niveaux
raisonnables, comparativement aux lois de Pareto classique et GPD.

En Annexes (Annexe 7), nous exposons les résultats sous forme de triangles pour toutes les survenances.
Cela nous permet de constater que les écarts entre la distribution observée et la distribution théorique sont plutôt
contenu, comparativement aux autres distributions testées. En revanche, il semble toutefois apparaître à la lecture
de ces tableaux des écarts importants entre la somme des sinistres observées et simulées pour les survenances
1998 et 1999.

142 / 155
Comparaison graphique

Prenons par exemple la survenance 1996 :

Survenance 1996 - Coût moyen des sinistres


450 000

400 000

350 000

300 000

250 000
réel
200 000
simulé
150 000

100 000

50 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Survenance 1996 - Coût total des sinistres


120 000 000

100 000 000

80 000 000

60 000 000 réel


simulé
40 000 000

20 000 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Survenance 1996 - Montant maximal des sinistres


8 000 000

7 000 000

6 000 000

5 000 000

4 000 000 réel


simulé
3 000 000

2 000 000

1 000 000

0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

En bornant la loi de Pareto, nous obtenons des montants maximaux de sinistres relativement contenus. Entre le
réalisé et le simulé, le coût moyen et le coût total sont proches.

143 / 155
Tendance graphique des paramètres de loi

Paramètre α de la loi de Pareto bornée


1,50

1,40 Surv. 1996


Surv. 1997
1,30 Surv. 1998
Surv. 1999
1,20
Surv. 2000
1,10 Surv. 2001
Surv. 2002
1,00 Surv. 2003
Surv. 2004
0,90
Surv. 2005

0,80 Surv. 2006


Surv. 2007
0,70 Surv. 2008
Surv. 2009
0,60
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14

Le paramètre α de la loi de Pareto bornée montre une tendance claire, qui ressemble à la tendance inverse du
coût moyen.

La loi de Pareto bornée affiche des données calculées (espérance) et simulées (somme et maximum) proches de
la distribution réelle.

=> loi de Pareto bornée = OK !

144 / 155
8. Projection du paramètre de loi, du coût moyen, des nombres et de la charge ultime

Projection du paramètre α de la loi de Pareto bornée

Projection du paramètre de la loi de Pareto bornée


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Chain Ladder
N 1,42 1,30 1,24 1,44 1,27 1,25 1,36 0,92 1,13 0,97 1,16 0,98 1,27 1,10
N+1 0,99 0,95 0,94 0,99 1,11 1,12 1,01 0,89 1,02 0,93 1,00 0,97 1,03 0,91 0,8241
N+2 0,95 0,81 0,90 0,94 1,13 1,07 0,98 0,90 0,93 0,82 0,97 0,94 0,99 0,86 0,9523
N+3 0,88 0,83 0,88 0,99 1,09 1,07 0,98 0,87 0,87 0,81 0,96 0,92 0,97 0,85 0,9815
N+4 0,86 0,87 0,95 0,97 1,07 0,99 0,97 0,88 0,88 0,85 0,96 0,93 0,97 0,85 1,0027
N+5 0,89 0,93 1,04 0,99 1,08 1,01 0,98 0,95 0,87 0,88 1,00 0,96 1,00 0,88 1,0360
N+6 0,97 0,98 1,16 1,04 1,10 1,05 0,98 0,98 0,91 0,92 1,05 1,01 1,05 0,92 1,0487
N+7 1,01 1,04 1,16 1,05 1,16 1,04 1,02 1,00 0,93 0,94 1,07 1,03 1,08 0,95 1,0268
N+8 1,05 1,05 1,14 1,06 1,19 1,07 1,03 1,02 0,95 0,96 1,09 1,05 1,10 0,97 1,0184
N+9 1,06 1,08 1,14 1,09 1,20 1,09 1,05 1,04 0,96 0,98 1,11 1,07 1,12 0,98 1,0144
N+10 1,07 1,08 1,15 1,13 1,22 1,10 1,06 1,05 0,98 0,99 1,12 1,08 1,13 0,99 1,0139
N+11 1,07 1,10 1,13 1,13 1,22 1,10 1,06 1,05 0,98 0,99 1,12 1,08 1,13 0,99 1,0000
N+12 1,11 1,10 1,13 1,13 1,22 1,10 1,06 1,05 0,98 0,99 1,12 1,08 1,13 0,99 1,0000
N+13 1,10 1,10 1,13 1,13 1,22 1,10 1,06 1,05 0,98 0,99 1,12 1,08 1,13 0,99 1,0000

Projection de la borne de la loi tronquée, selon une inflation de 8%

Années Montant Années Montant


calendaires maximum calendaires maximum
1996 4 000 2009 10 878
1997 4 320 2010 11 749
1998 4 666 2011 12 689
1999 5 039 2012 13 704
2000 5 442 2013 14 800
2001 5 877 2014 15 984
2002 6 347 2015 17 263
2003 6 855 2016 18 644
2004 7 404 2017 20 135
2005 7 996 2018 21 746
2006 8 636 2019 23 486
2007 9 327 2020 25 365
2008 10 073 2021 27 394
2009 10 878 2022 29 585

Remarque : Aujourd'hui, il apparaît étonnant que les sinistres de 2022, soit dans à peine 13 ans, atteindront des
valeurs maximales proches de 30 M€ ! Mais la même remarque devait déjà avoir lieu en 1996, où il devait
paraître difficilement concevable de s'orienter vers un montant maximal des sinistres 3 fois supérieurs au
montant de l'époque, soit 4 M€ !
Notons que si la tendance actuelle continue, à savoir une forte augmentation des sinistres graves et une inflation
quasi nulle des sinistres de masses, on aura une différenciation encore plus forte entre ces deux populations de
sinistres !

145 / 155
Projection de l'espérance de la loi de Pareto bornée, soit le coût moyen attendu :

On obtient ces montants grâce à la formule développée page 120, en utilisant les deux données nécessaires : le
paramètre α et le montant maximum possible SMP.

Projection de l'espérance de la loi de Pareto bornée, soit le coût moyen attendu


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 206 231 245 207 242 249 226 383 295 367 291 375 258 324
N+1 314 332 343 330 291 290 339 406 343 398 363 389 357 443
N+2 333 403 371 356 288 313 358 407 396 480 386 412 390 486
N+3 373 403 386 340 307 318 365 433 447 500 400 431 408 511
N+4 390 394 359 356 319 356 375 435 445 481 405 437 413 519
N+5 381 369 325 351 318 352 378 400 465 466 389 420 395 500
N+6 350 353 283 335 312 341 381 390 442 441 365 394 370 470
N+7 340 329 289 337 292 347 367 380 431 431 354 382 357 456
N+8 324 329 297 333 285 337 362 374 426 425 347 375 350 448
N+9 325 321 299 325 283 334 358 371 423 421 342 370 344 443
N+10 324 327 299 310 279 330 355 367 420 417 337 365 339 437
N+11 330 323 311 313 282 334 359 372 426 423 341 369 342 443
N+12 318 323 315 316 284 338 363 376 432 429 344 373 345 449
N+13 323 326 318 319 286 341 367 381 438 435 347 376 348 455

Projection du nombre de sinistres supérieurs à 75 K€ :

Les nombres sont obtenus par la projection classique Chain Ladder.

Projection du nombre de sinistres (Chain Ladder)


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Chain Ladder
N 240 262 270 232 208 190 239 234 217 237 293 288 244 263
N+1 319 320 300 299 287 303 295 323 287 331 306 317 310 333 1,2673
N+2 292 311 277 291 299 317 299 311 282 302 305 305 302 325 0,9740
N+3 277 297 272 294 280 307 290 282 253 289 304 292 289 311 0,9571
N+4 263 285 265 275 264 295 276 274 239 286 291 280 277 298 0,9581
N+5 254 271 264 264 256 287 272 277 234 279 284 273 270 291 0,9766
N+6 246 266 257 253 251 280 264 271 228 272 277 266 263 283 0,9734
N+7 243 266 249 252 251 277 259 268 225 269 274 263 260 280 0,9890
N+8 247 259 244 248 254 273 257 266 223 267 272 261 258 278 0,9915
N+9 244 258 245 245 250 271 255 264 222 264 269 259 256 275 0,9920
N+10 246 255 241 246 249 270 254 263 221 263 268 258 255 274 0,9960
N+11 244 252 240 246 249 270 254 263 221 263 268 258 255 274 1,0000
N+12 246 250 240 246 249 270 254 263 221 263 268 258 255 274 1,0000
N+13 246 250 240 246 249 270 254 263 221 263 268 258 255 274 1,0000

146 / 155
Projection de la charge des sinistres ( = coût moyen projeté * nombre de sinistres projetés ) :

Nous multiplions les éléments obtenus dans les deux tableaux précédents :

Projection de la charge sinistres ( = coûts moyens projetés * nombre de sinistres projetés )


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 49 506 60 450 66 026 48 122 50 393 47 310 54 071 89 546 63 952 86 873 85 181 107 924 63 063 85 249
N+1 100 297 106 369 102 982 98 550 83 494 87 784 100 107 131 101 98 322 131 774 111 028 123 425 110 622 147 616
N+2 97 325 125 184 102 817 103 522 86 119 99 133 106 927 126 469 111 788 144 900 117 629 125 703 117 882 157 883
N+3 103 211 119 813 104 985 99 983 86 013 97 719 105 970 122 195 113 086 144 457 121 670 125 934 117 999 158 700
N+4 102 673 112 339 95 089 98 000 84 116 105 101 103 577 119 297 106 309 137 545 118 010 122 290 114 349 154 547
N+5 96 833 99 987 85 690 92 727 81 358 100 909 102 721 110 929 108 783 130 164 110 718 114 784 106 924 145 335
N+6 86 022 93 799 72 744 84 867 78 366 95 613 100 660 105 598 100 589 120 029 101 180 104 882 97 311 132 922
N+7 82 500 87 498 71 871 84 864 73 327 96 110 95 011 101 804 97 195 115 772 96 948 100 522 93 010 127 578
N+8 80 044 85 097 72 556 82 587 72 341 92 070 92 872 99 479 95 185 113 219 94 266 97 786 90 270 124 312
N+9 79 302 82 784 73 312 79 615 70 743 90 415 91 259 97 731 93 714 111 334 92 207 95 701 88 163 121 875
N+10 79 746 83 292 72 004 76 195 69 568 89 106 89 989 96 351 92 584 109 861 90 529 94 004 86 433 119 914
N+11 80 469 81 458 74 714 76 995 70 126 90 088 91 078 97 543 93 957 111 422 91 389 95 003 87 203 121 518
N+12 78 323 80 670 75 506 77 788 70 675 91 063 92 162 98 733 95 334 112 986 92 242 95 996 87 966 123 125
N+13 79 355 81 589 76 292 78 574 71 216 92 032 93 243 99 920 96 715 114 553 93 088 96 984 88 722 124 734

Rappel de la charge observée des sinistres :

Charge des sinistres réellement observée


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
N 49 132 66 470 71 436 53 768 54 821 56 833 54 137 96 680 55 889 87 465 76 768 120 209 54 184 93 594
N+1 92 561 97 886 115 564 94 784 85 459 88 698 96 209 123 026 96 704 132 790 111 834 135 141 100 871
N+2 90 051 109 997 103 440 89 198 83 920 97 454 98 925 122 113 109 858 135 815 124 416 128 051
N+3 91 193 102 587 101 544 85 381 82 570 93 366 107 296 114 326 105 496 132 617 125 327
N+4 95 673 100 603 86 391 80 947 77 075 104 182 104 494 114 373 99 326 136 787
N+5 91 955 92 095 88 419 75 695 73 780 105 162 102 207 111 772 98 569
N+6 80 703 86 657 77 722 72 959 71 554 103 636 99 740 110 614
N+7 77 729 78 826 78 856 74 301 68 317 100 812 95 038
N+8 76 502 79 435 79 044 70 786 67 816 95 079
N+9 79 005 78 143 81 889 68 868 65 864
N+10 80 267 77 499 80 785 65 510
N+11 79 019 77 078 82 768
N+12 78 412 78 224
N+13 76 081

Remarque :

Comme nous l'avons vu page 143 pour la survenance 1996, la charge observée et la charge simulée sont très
proches lorsqu'on arrive en N+9 et après.
(A noter, la projection de la page 143 correspond à la somme des n sinistres simulés, alors qu'ici, la projection
correspond au produit du nombre de sinistres par l'espérance du coût de sinistres, ce qui doit conduire à des
montants sensiblement proches mais pas exactement égaux. Par exemple, pour 1996 en N+13, nous obtenions
78.955 k€ dans le cas de la simulation et 79.355 k€ ici même dans le cas du produit du nombre par l'espérance)

En revanche :

Pour les cellules en jaune, s'agissant de certaines survenances éloignées (1998, 1999, 2000, 2003 et 2004), les
montants simulés sur la dernière diagonale sont très différents de ce qui s'est réellement passé.

Ces dernières observations nous montrent que la méthode de loi de Pareto bornée a tendance à parfois sous-
estimer fortement et à parfois sur-estimer fortement la charge des sinistres.
Cette méthode donne donc des résultats intermédiaires trop éloignés de la réalité ; ceci ne peut nous permettre de
conclure autrement que par un constat d'échec de cette méthode.

147 / 155
9. Résultats obtenus

Derniers paiements connus (k€) - par survenance


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
68 824 65 646 61 220 53 960 57 514 62 348 47 686 56 377 41 567 40 605 34 263 26 398 16 264 4 358
PSAP (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 257 12 578 21 548 11 551 8 350 32 730 47 352 54 236 57 002 96 182 91 064 101 652 84 607 89 237 715 344
Charge des sinistres (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 78 224 82 768 65 510 65 864 95 079 95 038 110 614 98 569 136 787 125 327 128 051 100 871 93 594

Méthode Chain Ladder - après actualisation puis inflation (6%)


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 532 76 262 81 035 63 439 62 097 92 730 92 227 101 796 85 152 116 004 101 583 99 074 76 116 108 439
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 707 10 616 19 815 9 479 4 583 30 382 44 541 45 419 43 585 75 399 67 320 72 676 59 852 104 082 595 455

Méthode de la projection de paramètres de loi


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 81 589 76 292 78 574 71 216 92 032 93 243 99 920 96 715 114 553 93 088 96 984 88 722 124 734
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 257 15 943 15 072 24 614 13 702 29 684 45 557 43 542 55 148 73 947 58 825 70 585 72 458 120 376 646 711

Ecart entre les deux méthodes


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
451 -5 328 4 743 -15 135 -9 119 698 -1 016 1 877 -11 563 1 452 8 495 2 090 -12 606 -16 295 -51 256

La première constatation, c'est que le résultat global du Best Estimate obtenu par cette méthode n'est pas
complètement aberrant : le Best Estimate obtenu est de 647 M€ contre 595 M€ pour la méthode Chain Ladder
appliquée en tenant compte de l'actualisation et d'une inflation projetée.

Le fait d'être au dessus indique que cette méthode est plus "sévère" sur la charge ultime obtenue, cette dernière
est attendue plus élevée par cette méthode.

On le voit bien notamment sur les deux survenances les plus récentes 2008 et 2009.

En revanche, pour les survenances les plus anciennes, de 1997 à 2000 et en 2004, cette nouvelle méthode donne
des résultats beaucoup trop sévères : alors que l'on est en mesure de se dire qu'au bout de plus de 10 ans de
développement et avec toute la précaution que prennent les gestionnaires sinistres, cette méthode conclurait que
ces anciennes survenances seraient fortement sous-provisionnées !

En conclusion, cette dernière méthode s'appuyant sur la loi de Pareto bornée peut donner une indication sur la
suffisance de provisionnement sur les survenances récentes mais n'est pas valables pour des années de
survenances anciennes pour lesquelles l'information est déjà bien avancée et pas mal connue.

148 / 155
Etude de la sensibilité à l'inflation

Scénario "inflation basse" - 5%


Charge ultime - méthode basée sur la projection des paramètres de loi de distribution
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 76 804 71 883 73 859 67 791 85 758 86 032 91 796 87 113 103 554 87 367 90 056 83 404 111 319
Best Estimate - méthode basée sur la projection des paramètres de loi de distribution
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 BE
7 257 11 158 10 662 19 899 10 277 23 409 38 346 35 419 45 546 62 948 53 104 63 657 67 140 106 962 555 784

Scénario central - 8%
Charge ultime - méthode basée sur la projection des paramètres de loi de distribution
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
79 355 81 589 76 292 78 574 71 216 92 032 93 243 99 920 96 715 114 553 93 088 96 984 88 722 124 734
Reserve en Best Estimate - méthode basée sur la projection des paramètres de loi de distribution
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 BE
7 257 15 943 15 072 24 614 13 702 29 684 45 557 43 542 55 148 73 947 58 825 70 585 72 458 120 376 646 711

Scénario "inflation forte" - 11%


Charge ultime - méthode basée sur la projection des paramètres de loi de distribution
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 86 083 80 377 82 919 74 180 97 687 99 746 107 094 105 323 123 802 96 745 101 415 91 543 135 551
Reserve en Best Estimate - méthode basée sur la projection des paramètres de loi de distribution
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 BE
7 257 20 437 19 156 28 959 16 666 35 339 52 060 50 717 63 756 83 197 62 483 75 017 75 278 131 194 721 514

On note que cette méthode est très sensible à l'hypothèse d'inflation retenue pour la projection des sinistres
graves.

149 / 155
PARTIE VII – Synthèse et ouverture
1. Synthèse des résultats obtenus par les 4 méthodes

Derniers paiements connus (k€) - par survenance


1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
68 824 65 646 61 220 53 960 57 514 62 348 47 686 56 377 41 567 40 605 34 263 26 398 16 264 4 358
PSAP (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 257 12 578 21 548 11 551 8 350 32 730 47 352 54 236 57 002 96 182 91 064 101 652 84 607 89 237 715 344
Charge des sinistres (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 78 224 82 768 65 510 65 864 95 079 95 038 110 614 98 569 136 787 125 327 128 051 100 871 93 594

Méthode Chain Ladder - sans actualisation ni inflation


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 75 899 80 585 63 866 63 409 91 581 89 596 100 922 85 382 115 273 103 898 104 017 83 395 118 218
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 257 10 253 19 364 9 907 5 895 29 233 41 910 44 545 43 814 74 668 69 636 77 618 67 130 113 861 615 091

Méthode Chain Ladder - après actualisation puis inflation (6%)


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 532 76 262 81 035 63 439 62 097 92 730 92 227 101 796 85 152 116 004 101 583 99 074 76 116 108 439
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 707 10 616 19 815 9 479 4 583 30 382 44 541 45 419 43 585 75 399 67 320 72 676 59 852 104 082 595 455

Méthode Matrice de transition - après actualisation puis inflation (6%)


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 532 74 980 81 396 64 290 64 503 96 577 85 399 89 728 82 514 111 556 97 403 97 845 78 722 104 542
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 707 9 334 20 175 10 330 6 989 34 229 37 713 33 351 40 947 70 951 63 140 71 446 62 458 100 185 568 956

Méthode de la projection des paramètres de loi


Ultimes projetés (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009
76 081 81 589 76 292 78 574 71 216 92 032 93 243 99 920 96 715 114 553 93 088 96 984 88 722 124 734
Best Estimate (k€) - par survenance
1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 2004 2005 2006 2007 2008 2009 Somme
7 257 15 943 15 072 24 614 13 702 29 684 45 557 43 542 55 148 73 947 58 825 70 585 72 458 120 376 646 711

Il est important de garder un coup d'œil sur la dernière charge connue de sinistres et la charge ultime projetée par
une méthode. Par exemple, si on prend la survenance 1999, la dernière méthode basée sur les paramètres de loi
donne un résultat complètement aberrant : elle estime l'ultime à 78,6 M€ alors que la charge connue est de 65,5
M€. Cette dernière méthode ne donne pas les gages suffisants pour être conservée.

En revanche, la méthode des matrices de transition donne des résultats relativement cohérents avec la dernière
charge connue et des résultats pas très éloignés des méthodes Chain Ladder sans et avec actualisation.
Il s'agit d'une méthode complémentaire intéressante et qui permet d'avoir des analyses supplémentaires. (analyse
par tranche de coûts, mise en évidence d'anomalies, analyse des dégagements de boni/mali)
Cependant, sa mise en œuvre nécessite le retraitement des données et des hypothèses importantes : de coûts
moyens par tranches et d'inflation future projetée.

150 / 155
2. Tableau des avantages et inconvénients

Méthode Avantages Inconvénients


Ne prend pas en compte la
déformation de la distribution des
Facilité de mise en œuvre (travail sinistres (plus de graves et moins
Chain Ladder simple uniquement sur les données de non-graves)
d'inventaires) Projette une inflation future
globale égale à l'inflation passée
globale
- Mise en euros constants (à - Nécessite d'actualiser les
valeur 2009 ici) => traitement données : au niveau unitaire des
homogène des sinistres. sinistres
Chain Ladder après actualisation
- Après le retraitement des - Nécessite d'obtenir l'inflation
puis inflation
montants, mise en œuvre passée pour l'actualisation
classique des triangles (Excel ou - Nécessite de faire une
ResQ) hypothèse d'inflation future

- Mise en euros constants (à - Nécessite d'actualiser les


valeur 2009 ici) => traitement données : au niveau unitaire des
homogène des sinistres. sinistres
- prise en compte détaillée de la - Nécessite d'obtenir l'inflation
répartition des sinistres par passée pour l'actualisation
Matrices de transition tranche de coûts => déformation - Nécessite de faire une
de la distribution des sinistres hypothèse d'inflation future
captée de manière "empirique" - Résultats déconnectés des
- Après le retraitement des charges de sinistres pour les
montants, mise en œuvre simple survenances anciennes et
des matrices (macros Excel) pourtant proches de leurs ultimes
- Approche théorique de la
distribution des sinistres => on
s'éloigne de la "réalité" des
sinistres
- prise en compte de la - Nécessite les tests d'adéquation
déformation de la distribution des de lois pour chaque inventaire et
Projection de paramètres de loi
sinistres => captée de manière chaque survenance (sous R ou
"théorique" et paramétrique sous Igloo)
- Résultats déconnectés des
charges de sinistres pour les
survenances anciennes et portant
proches de leurs ultimes

151 / 155
3. Principaux défauts de ces méthodes et ouverture

Ces méthodes ne prennent pas en compte le fait que les sinistres soient encore en-cours ou bien terminés. Un
sinistre terminé n'a plus lieu de faire l'objet d'une prévision, son coût ultime n'est plus à estimer, il est connu.
La méthode des matrices de transition peut faire l'objet d'une telle prise en compte. Mais nous avons vu que cela
devient très délicat, que l'obtention d'un coût moyen en fonction de l'état du dossier et de sa vitesse de clôture
était difficile à obtenir précisément et que cela rajoutait une couche d'incertitude à un modèle déjà fortement
chahuté (nombre conséquent de classes de coût, volatilité sur les nombres de sinistres par classes, volatilité du
coût moyen par classe)

Ces méthodes ne prennent pas en compte le fait qu'un sinistre grave ait été réglé à hauteur de 10% ou bien à
hauteur de 90%.
Dans le cas où un sinistre grave est réglé à 90%, il n'a plus lieu de re-simuler intégralement son coût, notamment
si le montant simulé apparaît finalement inférieur à ce qui déjà été réglé !

Ce mémoire a traité les montants de sinistres nets de recours encaissés. Une étude pourrait être menée sur la
prévisibilité différenciée entre les règlements bruts et les encaissements de recours.

Nous avons vu que la dernière étape de ces méthodes consiste à appliquer une inflation future estimée.
Soit cette inflation future est implicitement prise en compte dans la méthode Chain Ladder (dite "simple")
lorsque l'on n'applique pas d'actualisation, par le jeu des coefficients de passages. Et dans ce cas, la méthode
projette une inflation future correspondant à celle subie par le passé.

Soit nous appliquons explicitement une inflation future, que nous avons prise à 6% pour les sinistres graves dans
cette étude.
Cette inflation future mériterait de faire l'objet d'une étude à part entière : l'inflation future sera-t-elle égale à
l'inflation passée, supérieure ou inférieure ?
L'inflation future contenant une part du taux d'actualisation utilisé pour le passage en rentes, les taux
d'actualisation sont en lien direct avec les taux d'intérêt.

Tous ces paramètres (inflation, taux d'intérêt, salaires) peuvent faire l'objet de modélisations stochastiques et de
projections. Les résultats de ces simulations pourraient ensuite être utilisés afin de calculer le Best Estimate dans
les différents scénarios en utilisant une ou plusieurs méthodes passées en revues.

152 / 155
4. Recommandations

Les recommandations faites ici concernent l'obtention de données sur les sinistres qui permettraient d'effectuer
des études plus poussées et plus précises.

Obtenir les données concernant les rentes potentielles :


- quelle est la part de la rente potentielle dans le montant de la provision ?
- quel taux d'actualisation a été utilisé ?
- quel coût horaire a été retenu ?
- quel âge a la victime ?

Obtenir les montants des sinistres importants par poste de préjudice, et notamment les deux plus importants :
- quelle est la part correspondant au préjudice d'Assistance Tierce Personne ?
- quelle part correspond à la Perte de Gains Professionnels Futurs ?

5. Ouverture vers d'autres méthodes et d'autres problématiques proches

Recherche de la provision pour sinistres en Best Estimate

Les variantes de la méthode Chain Ladder classique :

- Bornhuetter-Fergusson (s'appuie sur l'exposition au risque sur les survenances récentes)


- Cape-Code / Benktander / Crédibilité (idem précédent avec récursivité)
- London Chain
- Moindres carrés de De Vylder
- Munich Chain Ladder (corrélation entre triangle des paiements et triangle des charges)

Méthode basée sur les sinistres individuels :

- Murphy MacLennan (EMB) : projection unitaire des sinistres individuels graves


Méthode expérimentée dans le mémoire de Philippe Guay et Catherine Hubert, MMA, 2009.

Volatilité de la provision pour sinistres à l'ultime

Modèle récursif de Thomas Mack (1993) (3 hypothèses et une formule analytique du MSEP)

Modèles factoriels (GLM : Generalised Linear Models)


- Christophides (régression lognormale, ie. à variance constante)
- Renshaw et Verrall (régression poissonnienne, ie. variance = espérance)

Bootstrapping à l'ultime (tirage aléatoire puis ré-échantillonnage du triangle, répété 1.000 fois)

Volatilité de la provision pour sinistres à 1 an (Solvabilité 2)

Mertz et Wüthrich (formule développée à partir du modèle de Thomas Mack)

Bootstrapping à 1 an (proposé par le logiciel ResQ de EMB)

153 / 155
BIBLIOGRAPHIE
Mémoires

Mesure d'incertitude en provisionnement IARD : Modélisation des branches longues et traitement des valeurs
extrêmes, Catherine Hubert et Philippe Guay, MMA, Mémoire CEA 2009

Modélisation des sinistres graves en Assurance non-vie. David CAILLAUD, MAAF, Mémoire ISUP 2005

Articles

A method for projecting individual large claims, Karl MURPHY, Andrew McLENNAN, CAS Forum, 2006

Transition Matrix Theory And Individual Claim Loss Development, John B. Mahon, CAS Forum, 2005

Credible claims reserves : the Benktander Mathod, Thomas Mack, ASTIN Bulletin, 2000

Stochastic Claims Reserving Methods in Non-Life Insurance , Michael Mertz et Mario Wüthrich, 2006

Les valeurs extrêmes en assurance, Christan PARTRAT, Séminaire ISFA, 24 et 25 octobre 2000

Les sinistres graves en assurance automobile : Une nouvelle approche par la théorie des valeurs extrêmes.
Noureddine BENLAGHA, Michel GRUN-REHOMME, Olga VASESCHKO, Université Paris 2, Revue
MODULAD, 2009

Ouvrages

Provisionnement Technique en Assurance Non-Vie, Christian PARTRAT, 2007, Economica

Statistiques et probabilités, Jean-Pierre LECOUTRE, 3e édition, 2006, Dunod

Mathématiques de l'assurance non-vie, Tomes 1 et 2 Michel DENUIT et Arthur CHARPENTIER, 2005,


Economica

Assurance : Comptabilité, Réglementation, Actuariat - Alain TOSETTI, Thomas BEHAR, Michel


FROMENTEAU, Stéphane MENART, 2000, Economica

Théorie de l'assurance dommages, Pierre PETAUTON, 2000, Dunod

Sites internet

http://freakonometrics.blog.free.fr/ - Arthur CHARPENTIER

Articles de presse

Dommages corporels : vers une indemnisation harmonisée ? La Tribune de l'assurance, septembre 2011

Dommages corporels : Pourquoi les assureurs rêvent d'un référentiel, Gérard Defrance, L'Argus de l'assurance,
26 janvier 2007
http://www.argusdelassurance.com/actualites/pourquoi-les-assureurs-revent-d-un-referentiel.20726

Quel barème choisir pour capitaliser les rentes, L'Argus de l'assurance, Gérard Defrance, 14 décembre 2007
http://www.argusdelassurance.com/actualites/quel-bareme-choisir-pour-capitaliser-les-rentes.23733

Le quotidien d'une Maison des Quatre, L'Argus de l'assurance, Floriane Bozzo, 27 mars 2009
http://www.argusdelassurance.com/social/le-quotidien-d-une-maison-des-quatre.34507

Les victimes de la route inégalement indemnisées, Le Figaro, 15 octobre 2006

154 / 155
Eudes

Étude des Grands Sinistres Corporels : inflation et superinflation, SECURA, 2010

Assurance automobile : les sinistres corporels en 2008, FFSA et GEMA, Béatrice GATTERER et Julien
ALLELY, Avril 2010

Rapports

Rapport du Professeur LAMBERT—FAIVRE à l'intention du Ministre de la Justice, 2003


http://www.justice.gouv.fr/art_pix/syntheseindemcorp.pdf

Livre Blanc sur l'indemnisation du dommage corporel, Association Française de l'Assurance, FFSA et GEMA,
avril 2008
http://www.associationfrancaisedelassurance.fr/webassfass/assfass.nsf/html/livre-blanc-sur-l-indemnisation-du-
dommage-corporel/$file/Livre_Blanc-corporel.pdf

Autre source d'informations

Le Fichier des Victimes Indemnisées FVI


http://www.victimesindemnisees-fvi.fr

Le fichier FVI a pour objet d’informer le public des indemnités allouées aux victimes d’accidents de la
circulation dans le cadre de décisions prises soit par accord transactionnel, soit par voie judiciaire
Le fichier FVI est géré par l'AGIRA, Association pour la Gestion des Informations sur le Risque en Assurance.
L'AGIRA regroupe la FFSA, le GEMA, le FGAO et l'ensemble des sociétés d'assurance.
Le fichier FVI fait l’objet chaque année d’un rapport statistique sur l’analyse des indemnités allouées aux
victimes d’accidents de la circulation

155 / 155