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COMMISSION EUROPÉENNE

DG Marché intérieur

INSTITUTIONS FINANCIÈRES
Assurance

MARKT/2509/03–FR
Orig. EN

Bruxelles, le 3 mars 2003


MARKT/F3/UL D(2003)

NOTE DES SERVICES DE LA COMMISSION

Objet: Conception d'un futur système de contrôle prudentiel applicable dans


l'Union européenne – Recommandations des services de la Commission

I Introduction

Contexte

1. Le projet Solvabilité II a été lancé en vue d'étudier la nécessité de réviser le


système de solvabilité aujourd'hui en vigueur dans l'Union européenne. Il a été
scindé en deux phases, dont la première touche à présent à son terme. Au cours de
cette première phase, les services de la Commission et les États membres ont
examiné un certain nombre de questions (utilisation des systèmes fondés sur le
risk-based capital, leçons à tirer du processus de Bâle engagé dans le secteur
bancaire, utilisation des modèles internes, évolution impulsée par l'approche
Lamfalussy, liens entre comptes financiers et comptes prudentiels, etc.1), afin de
réfléchir à la forme globale à donner à un futur système européen de solvabilité.

2. Dans le document MARKT/2535/02, intitulé «Considérations sur la forme d'un


futur système de contrôle prudentiel», les services de la Commission résumaient le
travail accompli au cours de la première phase et donnaient une vue d'ensemble
des solutions envisageables au titre d'un système Solvabilité II. Ce document a été
discuté lors des réunions du sous–comité Solvabilité du CA tenues
les 7 et 14 février 2003. Les services de la Commission ont également reçu un
certain nombre d'observations écrites de la part des États membres, du secteur de
l'assurance et des autres parties intéressées. Les présentations et les débats qui ont
eu lieu à l'occasion du Solvency Market Day ont encore fourni un éclairage utile.

1
Tous les documents relatifs au projet Solvabilité II peuvent être téléchargés à partir de la page
consacrée à l'assurance sur le site Internet de la Commission:
http://europa.eu.int/comm/internal_market/insurance/solvency/solvency2-workpapers_fr.htm

Commission européenne, B-1049 Bruxelles / Europese Commissie, B-1049 Brussel – Belgique. Téléphone: +32-2-299.11.11
Bureau: C107 1/58. Téléphone: ligne directe +32-2-299.22.76. Télécopieur: +32-2-299.30.75

http://europa.eu.int/comm/internal_market/
E-mail: ulf.linder@cec.eu.int
Objectif de la présente note

3. La présente note vise à préparer le débat d'orientation que tiendra le comité des
assurances, le 9 avril prochain, sur la direction à donner désormais au projet
Solvabilité II.

4. Faisant suite au document MARKT/2535/02 (et au questionnaire correspondant,


portant la référence MARKT/2500/03), elle expose les idées provisoires des
services de la Commission sur la forme globale à donner à un futur système
européen de solvabilité. Ces recommandations sont toutefois susceptibles de
modifications, à la lumière des conclusions du débat d'orientation du CA.

5. En fin de note, les services de la Commission font des observations sur le travail
qu'il conviendra d'accomplir dans le cadre de la seconde phase du projet Solvabilité
II.

2
II Considérations générales sur un futur système européen de contrôle
prudentiel

Points de départ

6. Le nouveau système doit doter les autorités de contrôle des instruments


nécessaires pour évaluer correctement la «solvabilité globale» d'une entreprise
d'assurance. En d'autres termes, il ne doit pas uniquement prévoir des indicateurs
et ratios quantitatifs, mais aussi couvrir des aspects qualitatifs influençant
l'exposition au risque de l'entreprise d'assurance considérée (gestion, contrôle
interne des risques, position concurrentielle, etc.).

7. Un système de solvabilité défini dans cette acception large pourrait utilement se


fonder sur une structure à trois piliers du type proposé par le comité de Bâle, avec
les ajustements que requiert le contrôle des assurances. L'adoption d'une telle
structure supposerait néanmoins de tenir spécialement compte de l'interaction
s'exerçant entre contrôle quantitatif et qualitatif au titre des différents piliers ainsi
que du rôle de la publicité de l’information. L'importance du processus de
surveillance prudentielle (deuxième pilier) serait notamment soulignée. Les
recommandations provisoires des services de la Commission, présentées ci-après,
sont organisées autour d'une structure à trois piliers.

8. Le système de solvabilité doit encourager et même inciter les entreprises


d'assurance à mesurer et à gérer leurs risques. À cet égard, il existe clairement le
besoin d'élaborer des principes européens communs de gestion des risques et de
surveillance prudentielle. En outre, les exigences quantitatives de marge de
solvabilité doivent couvrir les risques les plus importants auxquels les entreprises
d'assurance sont exposées. Cette approche axée sur les risques devrait conduire à
la reconnaissance (totale ou partielle) des modèles internes, sous réserve que
ceux-ci permettent aux entreprises d'assurance d'améliorer leur gestion des risques
et reflètent mieux leur véritable profil de risque qu'une formule standard.

9. Afin de clarifier les différents rôles joués par les exigences de fonds propres dans le
système de solvabilité, les services de la Commission trouveraient pertinent
d'opérer une distinction entre une exigence «cible» qui serait fondée sur le besoin
de fonds propres économiques, défini en fonction d'une certaine probabilité de
faillite, et une exigence minimale absolue, plus faible et plus aisément calculable.
Une telle approche à deux niveaux des exigences de fonds propres offrirait
l'avantage d'accorder aux autorités de contrôle et aux entreprises d'assurance le
temps nécessaire pour prendre les mesures correctives qui peuvent s'imposer.

10. Pour garantir la cohérence requise entre secteurs financiers, le système


Solvabilité II doit, dans sa forme générale, être compatible avec l'approche et les
règles applicables dans le secteur bancaire. Des produits présentant des risques
similaires devraient, en principe, être assujettis au même type de contrôle et faire
l'objet des mêmes exigences de marge de solvabilité ou d'adéquation des fonds
propres.

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11. Le nouveau système de solvabilité doit viser un contrôle plus efficace des groupes
d'assurance et des conglomérats financiers. Si le principe de base est celui d'un
contrôle exercé «en solo», des formes de coopération et de coordination entre les
autorités compétentes pourraient néanmoins être développées. Les services de la
Commission vont donc réfléchir plus avant à la répartition des missions
prudentielles aux niveaux de l'entreprise individuelle et du groupe. En outre, il
conviendrait d'inviter la Conférence des autorités de contrôle européennes à
intensifier ses efforts en vue de renforcer l'efficacité du contrôle exercé sur les
groupes. La reconnaissance possible des modèles internes utilisés au niveau des
groupes soulève également la question de cette coopération des autorités de
contrôle.

12. Le futur système doit conduire à une harmonisation accrue des méthodes de
contrôle quantitatif et qualitatif et, partant, contribuer à l'instauration de conditions
de concurrence égales dans le secteur de l'assurance ainsi qu'entre les secteurs
financiers. Par conséquent, il doit, dans la mesure du possible, être fondé sur le
principe d'une harmonisation maximale. Cet avis est clairement partagé par le
secteur de l'assurance, le Parlement européen et le Comité économique et social
européen.

13. Le futur régime réglementaire et prudentiel doit être aussi souple et efficace que
possible. Il doit être adaptable à la nature changeante des opérations d'assurance
comme à l'évolution rapide des produits, des techniques et des modèles. Il
conviendrait donc de recourir à l'approche Lamfalussy ou à la comitologie afin
d'élaborer un cadre prudentiel permettant l'emploi de méthodes plus complexes
tout en conservant une certaine souplesse. Le comité des assurances – ou l'organe
qui lui succédera – conservera un rôle pivot d'orientation des travaux effectués au
titre du projet Solvabilité II conformément à l'approche Lamfalussy. Une
coopération étroite entre le comité des assurances «nouvelle version» et la
Conférence des autorités de contrôle européennes sera nécessaire. En tant que
futur organe de niveau 3 selon l'approche Lamfalussy, celle-ci revêtira d'ailleurs
une importance croissante pour la fourniture d'avis techniques à la Commission.

Contexte international

14. Pour promouvoir une plus grande convergence des efforts de normalisation
prudentielle, le futur système doit aussi tenir compte des projets menés en la
matière au niveau international – et notamment des travaux réalisés par des
organisations telles que l'association internationale des contrôleurs d'assurance
(AICA), l'association actuarielle internationale (AAI) et l'International Accounting
Standards Board (IASB). Une contribution importante de l'Union européenne à
ces projets est également cruciale, pour garantir un échange bilatéral d'idées.

15. Les orientations, les normes et les principes de solvabilité définis par l'AICA
doivent être pris en considération dans la seconde phase du projet Solvabilité II.
Étant donné la forte implication européenne dans les travaux menés par l'AICA en
matière de solvabilité, les services de la Commission estiment qu'une coordination
des deux projets serait à la fois possible et mutuellement bénéfique. De plus, le
calendrier de travail de l'AICA semble correspondre à celui de l'UE.

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16. Les services de la Commission estiment aussi que l'engagement de la profession
actuarielle – AAI/groupe consultatif actuariel européen – et les travaux qu'elle
réalise seront importants pour la poursuite du projet Solvabilité II. Par sa
participation à des groupes de travail technique, le groupe consultatif conservera
notamment un rôle de premier plan. De plus, le groupe de travail constitué par
l'AAI sur «une structure de solvabilité et de capital fondée sur le risque» (risk-
based solvency capital structure) rendra son rapport en mai 2003. Ce rapport ainsi
que la contribution de spécialistes de l'AAI/du groupe consultatif pourraient se
révéler utiles pour la définition d'un niveau de capital souhaitable («exigence-
cible») ainsi que pour l'élaboration de critères de validation des modèles internes.

17. Comme le concluait le rapport du Forum Group on Reporting Requirements2, les


règles comptables élaborées par l'IASB contribueront, de manière décisive, à faire
converger comptes financiers et prudentiels. Le projet de l'IASB sur la
comptabilité des assurances influera clairement sur le projet Solvabilité II. L'IASB
a scindé son travail en deux phases, dont la première prévoit la mise en place de
solutions temporaires à compter de 2005, et la seconde l'application d'une norme
complète spécifique à l'assurance à partir de 2007 ou de 2008. Cette norme
constituera une référence importante pour les travaux réalisés dans le cadre du
projet Solvabilité II.

18. Les services de la Commission estiment que les exigences d'information formulées
au titre du projet Solvabilité II devront tenir compte de l'avancement des travaux
menés par l'IASB. Il conviendrait ainsi de prévoir la mise en œuvre de règles
comptables compatibles avec leur résultat probable. Dans les domaines où les états
financiers prescrits par l'IASB ne permettraient pas de répondre au besoin
d'information des autorités de contrôle, des retraitements ou des compléments
d'information pourraient toutefois se révéler nécessaires. Les règles comptables
actuellement en vigueur, pour autant qu'elles soient conformes au résultat probable
des travaux de l'IASB, pourraient servir de base à l'élaboration de critères
quantitatifs dans le cadre du projet Solvabilité II.

2
Ce rapport peut être téléchargé à partir de la page consacrée aux services financiers sur le site
Internet de la Commission:
http://europa.eu.int/comm/internal_market/fr/finances/cross-sector/index.htm

5
III Recommandations provisoires pour un futur système européen de contrôle
prudentiel

Ces recommandations suivent l'ordre de présentation de l'annexe au document


MARKT/2500/03.

Recommandations pour le premier pilier

Provisions techniques d'assurance non–vie

19. La plus grande harmonisation des provisions de sinistres doit constituer un volet
essentiel du nouveau système européen de solvabilité. À cette fin, les services de la
Commission recommandent la fixation d'un seuil quantitatif de référence pour le
niveau de prudence des provisions techniques ainsi que l'élaboration d'une norme
en matière de provisions techniques qui contienne des éléments relevant tant du
premier que du deuxième piliers. S'ils conviennent de la difficulté d'établir les
distributions de probabilités correspondantes, les services de la Commission
estiment néanmoins qu'une telle approche pourrait favoriser un processus de
provisionnement structuré, stimuler le processus de surveillance prudentielle et
encourager le développement des modèles internes. La question du seuil de
référence à retenir devra être discutée plus avant. Par ailleurs, les techniques et les
méthodes prescrites par la norme devront être compatibles avec celles utilisées
pour établir les comptes conformément aux règles énoncées par l'IASB.

20. L'utilisation actuelle de la provision pour égalisation pourrait changer – l'IASB


étant susceptible de la classer dans les fonds propres. Les services de la
Commission considèrent toutefois que, dans le cadre du futur système européen de
solvabilité, les entreprises d'assurance devraient conserver la possibilité de
constituer des réserves en franchise d'impôt, en tant que capital affecté, et de
prendre en compte de telles réserves statutaires pour satisfaire aux exigences de
marge de solvabilité. Ils estiment aussi que la question devrait être traitée à un
stade ultérieur du projet, lorsque la structure générale des exigences de fonds
propres et leur lien avec l'information financière auront été définis.

Provisions techniques d'assurance vie

21. Les règles actuelles d'établissement des provisions techniques d'assurance vie
seront probablement revues à la lumière d'un nouveau système de solvabilité à
deux niveaux et de la mise en application des solutions comptables conçues par
l'IASB. Cet organisme devrait utiliser un taux de marché hors risque pour
l'actualisation des flux de trésorerie et instaurer des règles d'évaluation applicables
aux options intégrées et aux garanties incluses dans les produits d'assurance vie.
Cela considéré, il sera peut-être nécessaire d'élaborer une norme prudentielle
afférente aux provisions techniques d'assurance vie, qui exigerait aussi bien une
marge prudentielle qu'une réserve de résistance (resilience reserve). Un travail
détaillé en la matière devra être accompli au cours de la seconde phase du projet
Solvabilité II.

6
Investissement

22. Certains ont fait valoir que les règles de solvabilité aujourd'hui en vigueur dans
l'Union européenne couvraient insuffisamment le risque d'actif, en particulier en
assurance non–vie. Les services de la Commission recommandent donc que
celui-ci soit intégré plus explicitement dans le calcul du niveau de capital
souhaitable. On peut en outre discuter de la question de savoir si le nouveau
système doit prévoir un nombre restreint de limites quantitatives (ou «filets de
sécurité») pour réduire le risque inhérent à des portefeuilles très déséquilibrés. Il
convient, par ailleurs, de déterminer si ces limites quantitatives doivent obéir au
principe d'une harmonisation minimum ou, au contraire, maximum.

23. Les services de la Commission tendent à penser que non seulement les provisions
techniques, mais aussi l'exigence de fonds propres correspondant au niveau de
capital souhaitable devraient être couverts par des actifs sûrs, diversifiés et
adéquatement dispersés. Une période transitoire pourrait se révéler nécessaire
pour l'introduction d'une telle exigence.

Règles sur les fonds propres

24. Les services de la Commission proposent de fixer des exigences réglementaires de


fonds propres à deux niveaux: un niveau de capital souhaitable et un niveau de
capital minimum. Tous deux seraient contraignants pour les sociétés, le système
réglementaire prévoyant les interventions prudentielles et les sanctions déclenchées
par leur non-respect. En outre, il pourrait être nécessaire de définir des actions
prudentielles graduées dans le cas où la capitalisation d'une entreprise d'assurance
se situe entre le niveau souhaitable et le niveau minimum (ou «garde-fou») (voir le
deuxième pilier).

25. Le niveau de capital souhaitable devrait, en principe, correspondre aux fonds


propres économiques dont une société a besoin pour fonctionner avec une faible
probabilité de faillite, qui serait quantifiée. Le calcul de l'exigence de fonds propres
correspondante devrait prendre en considération et quantifier la plupart des risques
auxquels une entreprise d'assurance est exposée. Les services de la Commission
estiment que, dans le cas des sociétés opérant dans des conditions normales, le
niveau de capital souhaitable devrait constituer le principal instrument de contrôle
prudentiel. Il conviendrait d'élaborer un cadre standardisé au niveau européen,
avec l'aide éventuelle de l'AAI/du groupe consultatif. Un jeu de coefficients
européens standard pourrait ainsi être mis au point, tout en laissant aux pays
disposant de statistiques suffisantes la possibilité d'utiliser leurs propres
coefficients. Le cadre standardisé susmentionné pourrait donc être conçu de façon
modulaire. De plus, il devrait tenir compte des couvertures de réassurance et
traiter de la question des sinistres de faible fréquence, mais de forte intensité.
L'horizon temporel et le niveau de confiance devraient aussi entrer en ligne de
compte.

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26. Le nouveau système européen devrait autoriser les sociétés à recourir à des
modèles internes de risques pour calculer le niveau souhaitable de leur fonds
propres. Cette option devrait toutefois être assujettie à la validation, par l'autorité
de contrôle, du modèle interne de risques utilisé. Des critères de validation
devraient donc être définis au niveau européen, avec l'aide éventuelle de l'AAI/du
groupe consultatif et de l'AICA ainsi qu'en se fondant sur l'expérience du secteur
bancaire. Des modèles partiels pourraient être reconnus, afin d'encourager
l'utilisation des modèles internes en général.

27. Un niveau de capital minimum («garde-fou») devrait être établi en tant que seuil
déclencheur d'une intervention prudentielle de dernier ressort. Il devrait être
calculé de manière simple et objective, dès lors que l'intervention prudentielle, à un
tel niveau, peut impliquer une décision de justice dans certains pays. Ce calcul
pourrait être effectué de manière indépendante, ou on pourrait retenir une fraction
du niveau de capital souhaitable. Les services de la Commission trouveraient
avantageux d'opter pour la première option. Le niveau de capital minimum
pourrait être calculé de manière similaire à l'actuelle exigence de marge de
solvabilité, avec l'ajout de certains éléments visant à rendre cette exigence plus
efficace dans ses effets. Une solution consisterait à exprimer l'exigence en
pourcentage des provisions techniques (calculées d'une manière plus harmonisée).
Le minimum absolu pourrait être fixé au même niveau, environ, que le prévoit le
système actuellement applicable en non–vie. En vie, d'autres considérations seront
peut-être nécessaires pour fixer le niveau du garde-fou. Enfin, les services de la
Commission ne prévoient pas que l'utilisation de modèles internes puisse remplacer
l'exigence de capital minimum.

Recommandations pour le deuxième pilier

Contrôle interne et gestion des risques

28. Des principes relatifs au contrôle interne dans les entreprises d'assurance devraient
être développés conformément aux futures recommandations du groupe de Madrid
institué par la Conférence (voir la partie IV ci-après).

29. Les entreprises d'assurance devraient aussi être tenues d'appliquer des principes de
saine gestion des risques. De tels principes pourraient être élaborés sur la base du
cadre général défini par le groupe de Londres (ou «Sharma»)3 institué par la
Conférence (voir la partie IV ci-après), mais aussi s'inspirer de ce qui se fait dans
le secteur bancaire. Il devrait notamment s'agir de principes concernant les
activités de souscription et d'instructions générales afférentes à la gestion des
polices, des sinistres et des provisions techniques.

30. Les entreprises d'assurance devraient, en outre, avoir l'obligation de présenter un


plan relatif à leur politique d'investissement, qui renforce leur gestion financière.

31. Il conviendrait aussi d'attacher une importance particulière à l'adéquation des actifs
et des passifs et à la gestion actif-passif ainsi qu'à la structure des programmes de
réassurance souscrits par les entreprises d'assurance.

3
Le rapport de ce groupe peut être téléchargé à partir de la page consacrée à l'assurance sur le site
Internet de la Commission (ibid. note n° 1).

8
32. Enfin, les entreprises d'assurance pourraient être tenues de faire preuve d'une
attitude loyale et équitable (fair attitude) à l'égard des assurés, en ce qui concerne,
par exemple, leur politique de partage des bénéfices et la divulgation
d'informations (voir également le troisième pilier).

Processus de surveillance prudentielle

33. Le processus de surveillance prudentielle est essentiel au bon fonctionnement d'un


nouveau régime européen de solvabilité. Plusieurs aspects importants d'un tel
processus pourraient utilement être harmonisés au niveau européen, sans que soit
pour autant perdue de vue la nécessité d'un contrôle adapté aux besoins des
différentes sociétés.

34. Les autorités de contrôle ont, en effet, besoin d'un cadre commun pour évaluer les
pratiques du gouvernement d'entreprise. Des indicateurs d'alerte précoce et des
scénarii de référence en matière de tests de résistance (stress tests) pourraient aussi
être harmonisés au niveau européen, avec des adaptations possibles en fonction
des caractéristiques de chaque marché. Le processus de surveillance prudentielle
devrait également comprendre une analyse de l'évolution à long terme des
entreprises d'assurance, en vue d'apprécier leur situation financière sur une base
continue.

35. Par ailleurs, un jeu minimum de statistiques communes harmonisées faciliterait la


communication entre les autorités de contrôle et promouvrait la convergence des
pratiques prudentielles.

36. Enfin, on pourrait fixer des critères minimums pour les contrôles sur place, car
ceux-ci risquent de devenir un volet obligatoire de la procédure de validation des
modèles internes.

Coordination de l'action prudentielle en temps de crise

37. Le nouveau système de solvabilité devrait traiter de la nécessaire coordination de


l'action prudentielle lorsqu'une ou plusieurs entreprises, voire un marché entier,
éprouve(nt) des difficultés à remplir les obligations prudentielles qui lui ou leur
incombent. En outre, il devrait éviter de fixer des obligations procycliques pouvant
aggraver une situation d'ores et déjà difficile.

Pouvoirs et mesures prudentiels

38. Comme indiqué ci-dessus lors de la discussion des deux niveaux réglementaires de
capital envisagés, les pouvoirs d'intervention et les responsabilités des autorités de
contrôle devraient être précisément définis.

39. L'objectif d'un renforcement du processus de surveillance prudentielle est de mieux


ajuster le système prudentiel au profil de risque de chaque entreprise d'assurance.
Dans certains cas particuliers, les autorités de contrôle pourraient ainsi fixer des
exigences allant au-delà des exigences standard ou demander la divulgation
d'informations plus détaillées. À cet égard, il conviendrait d'élaborer des principes
généraux régissant les dérogations aux règles de base.

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Transparence des contrôles et responsabilité des autorités de contrôle

40. Il conviendrait de fixer des principes garantissant la transparence de l'action


prudentielle vis-à-vis du marché. Les critères généraux et la méthode d'évaluation
employés par les autorités de contrôle doivent ainsi être rendus publics.

Contrôle par les pairs

41. La plus grande complexité du futur système de solvabilité en général et


l'importance accrue de l'action prudentielle menée au titre du deuxième pilier en
particulier pourraient rendre nécessaire l'instauration d'un processus de contrôle
par les pairs des méthodes de travail utilisées par les autorités de contrôle, afin de
renforcer le système en question. L'organisation d'un tel contrôle pourrait, par
exemple, incomber à la Conférence des autorités de contrôle européennes. Bien
qu'aucune discussion détaillée à ce sujet n'ait encore eu lieu au niveau européen,
les services de la Commission estiment que celui-ci devrait être traité dans le cadre
du projet Solvabilité II.

Recommandations pour le troisième pilier

42. La publication d'informations au titre du troisième pilier constituera un volet


important du futur système de contrôle prudentiel applicable à l'assurance dans
l'Union européenne. Transparence et publicité pourraient, en effet, contribuer à
renforcer les mécanismes du marché ainsi que la surveillance fondée sur les
risques. Dépendant des méthodes et des mesures adoptées pour les premier et
deuxième piliers, les exigences d'information relevant du troisième pilier ne
pourront toutefois être définies que lors des travaux devant désormais être
accomplis dans le cadre du projet Solvabilité II.

43. À cet égard, les services de la Commission estiment – dans l'esprit des
recommandations formulées par le Forum Group on Reporting Requirements –
qu'il convient de suivre de près l'avancement des travaux menés par l'IASB,
l'AICA (notamment via son sous–comité sur la publicité renforcée – Subcommittee
on Enhanced Disclosure) ainsi qu'au titre du projet Bâle II, de manière à
coordonner les exigences d'information en vue de réduire la charge administrative
imposée aux entreprises.

44. Cependant, il faut réfléchir soigneusement à la question de savoir si certaines


informations à visée prudentielle doivent ou non être rendues publiques. Cette
question se pose avec une acuité particulière pour les sociétés ayant du mal à
remplir leurs obligations réglementaires, le simple fait de publier cette information
pouvant fortement aggraver leur situation.

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IV Prochaines étapes du projet Solvabilité II

45. Sous réserve que le comité des assurances avalise, d'une manière générale, les
recommandations incluses dans la présente note, les services de la Commission
entendent élaborer un document de gestion de projet détaillant l'organisation et le
calendrier provisoire des prochaines étapes du projet Solvabilité II. Ce document
sera discuté au sein du sous–comité Solvabilité du CA, puis présenté au CA
(éventuellement à sa réunion du mois de juillet) pour débat et approbation.

46. Le projet Solvabilité II recouvre un certain nombre de tâches extrêmement


complexes et impliquant une charge de travail importante. Le document de gestion
de projet formulera donc des propositions sur la manière dont ces tâches
pourraient être structurées et réparties entre les groupes de travail de la
Commission ainsi qu'entre les groupes de travail de la Conférence (dans l'esprit de
l'approche Lamfalussy) et mentionnera les cas où des intervenants extérieurs
pourraient être invités à fournir matière à réflexion. Il fixera, en outre, les
modalités selon lesquelles les différents groupes de travail devront faire rapport
ainsi que le mode de leurs relations.

47. L'organisation du projet Solvabilité II dépendra toutefois des décisions qui seront
prises concernant l'extension de l'approche Lamfalussy à l'assurance. Les services
de la Commission estiment que celle-ci offre clairement des avantages et que les
concepts généraux qu'elle définit pourraient aussi être appliqués dans le domaine
du contrôle des assurances. Dans tous les cas, ils tiendront le CA informé de
l'évolution de la question.

48. Le modèle, qui a prouvé sa valeur, utilisé pour les groupes de travail technique sur
les provisions techniques d'assurance non–vie et sur l'assurance vie, pourrait être
repris pour la création de groupes dont le fonctionnement serait dirigé ou facilité
par la Commission. Ces groupes seraient essentiellement composés de spécialistes
émanant des autorités de contrôle des États membres. Étant donné les contraintes
de ressources à la Commission, il est également probable que les États membres
devraient assurer le secrétariat de certains d'entre eux. Il est enfin envisagé que des
spécialistes externes compétents dans les matières traitées (actuaires, comptables,
experts de sociétés) soient invités à participer au travail de certains groupes.

49. Comme indiqué précédemment, la Conférence des autorités de contrôle


européennes continuera à jouer un rôle important dans le projet Solvabilité II,
même si sa contribution risque de changer de nature dans le cadre de l'approche
Lamfalussy envisagée. Le rapport produit par le groupe de Londres (ou groupe
Sharma), qui a fourni un aliment précieux aux discussions tenues lors de la
première phase, servira ainsi de base à la plupart des travaux de seconde phase sur
la gestion des risques. Pareillement, les conclusions du groupe de Madrid sur le
contrôle interne des risques seront directement intégrées à ces travaux de seconde
phase. Conformément à l'approche Lamfalussy, la Commission, au niveau 2,
demandera donc à la Conférence, au niveau 3, d'entreprendre de nouveaux
travaux.

11
50. Les services de la Commission pourront également demander à des parties
extérieures (telles que le CEA ou les organisations représentatives des mutuelles)
d'apporter une contribution ou de fournir des informations de référence aux
groupes de travail.

51. Le projet Solvabilité II requerra la mobilisation de ressources humaines


importantes au niveau tant de l'Union européenne que des États membres. Il est
toutefois peu probable que les équipes de la Commission en charge du dossier
«assurance» puissent être renforcées de manière significative. Par conséquent,
l'essentiel du travail technique devra être accompli par des experts nationaux.

52. Enfin, le projet Solvabilité II est un projet à long terme, ce qui implique que
différents jeux de règles pourront être introduits à différents moments. Pendant un
certain temps, il y aura ainsi coexistence de règles prudentielles anciennes et
nouvelles. Les services de la Commission estiment qu'une telle période transitoire
sera nécessaire au bon calibrage des nouvelles règles et permettra une bonne
compréhension des différences potentielles entre ancienne et nouvelle approches.

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