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La parole de Dolto

Conférence donnée les 13 janvier et 31 mars 2010 à l’université de Caen.

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Aborder encore aujourd’hui cet aspect majeur de l’œuvre de F. Dolto
c’est prendre le risque de déformer sa pensée.

Spécialisé dans l’étude des interactions précoces chez le nourrisson, j’ai


vécu les années 70, et suivantes, comme celles qui ont révolutionnées
nos connaissances dans le domaine de la psychologie de l’enfant.

Certes, il y a eu des précurseurs qui ont très tôt compris l’importance des
échanges entre le bébé et son environnement immédiat. Ainsi Henri
Wallon a montré, dès 1929, le rôle majeur que jouait le tonus musculaire
dans l’établissement des relations émotionnelles entre le nourrisson et
sa mère. Julian De Ajuriaguerra prolongea la théorie wallonienne des
émotions par le concept de « dialogue tonique » dans cette relation
dyadique mère bébé.

De son côté, René Spitz insistera sur la nature « cénesthésique » du


mode de communication des nourrissons. Une page de son ouvrage
« De la naissance à la parole » est prophétique. Les rares adultes, écrit-
il, qui conservent les capacités de communication du bébé sont « des
gens possédant des dons qui sortent de l’ordinaire. Ce sont par exemple
des compositeurs, des musiciens, des danseurs, des acrobates, des
aviateurs, des peintres, des poètes, etc. », ….allant même jusqu’à
penser que « les hypnotiseurs et les médiums sont logés à la même
enseigne et qu’ils nous dérangent pour ces raisons. Mais une chose est
certaine : ils s’écartent invariablement tous quelque peu de l’homme
occidental moyen qui, lui, met l’accent dans sa culture sur la perception
diacritique ». Cette idée qu’il développe sur 2 pages est très proche de
cette affirmation de Françoise Dolto : « Seuls les quelques individus qui,
dans leur histoire, arrivent à ne pas laisser en eux mourir l'enfant,
réussissent à créer quelque chose et à faire avancer les
choses »… « Mais les plus inventeurs, les plus innovateurs sont des
isolés, des marginaux » (la cause des enfants, p.274). De la même
manière les « castrations symboligènes » de F. Dolto sont identiques, de
mon point de vue, au 3° organisateur du psychisme d e R. Spitz, le
« non » qui va permettre à l’enfant d’accéder à la pensée.

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Pour le nourrisson, les signaux cénesthésiques sont les moyens
normaux et naturels de communication et la mère perçoit les réponses
de son enfant de la même manière.
René Spitz parle même d’une sensibilité quasi « télépathique » (terme
que reprendra François Dolto) de la mère à l’égard de son enfant
capable de percevoir des signaux dont nous sommes totalement
ignorants.

Parallèlement à ces théories psychologiques et psychanalytiques de


l’époque, la linguistique et la psycholinguistique ont insisté, à leur tour,
sur la nature tonale de la compréhension de la langue par le bébé. Ainsi,
pour le linguiste, le nourrisson est incapable de comprendre le sens des
mots (il ne possède pas encore la fonction linguistique tributaire elle-
même de la fonction sémiotique) mais perçoit par contre les émotions
transmises par la voix. Ainsi quand un adulte s’adresse à un nourrisson,
il palatalise (monte dans un registre aigu) spontanément, permettant au
bébé une compréhension émotionnelle contenue dans la voix.
Yvan Fonagy (linguiste et psychanalyste), de son côté, a travaillé entre
autres choses, sur les bases pulsionnelles de la phonation. Il a tenté de
démontrer l’universalité du rôle des pulsions dans l’apparition des
premiers sons chez l’enfant (les sons me, ma quand le bébé a faim et les
sons pa, pe quand il est repu, par exemple). Claude Hagège, cependant,
reste très prudent sur cette tentative phono symbolique universelle
(1999).

A Bucarest, dès 1946, à la demande du gouvernement Hongrois, la


pédiatre Emmi Pikler fonde une pouponnière modèle, au 3 rue Loczy,
pour accueillir les enfants orphelins et abandonnés juste après la fin de
la guerre. Un véritable travail méthodologique et de recherche se met en
place pour servir de soutien professionnel aux différentes crèches du
pays et des études longitudinales sont systématiquement menées pour
mesurer le travail effectué sur ses enfants. Visitée par le monde entier,
cette pouponnière pilote prend en charge des bébés orphelins à qui,
pour les armer dans leur vie future, Loczy va développer chez eux une
autonomie affective et intellectuelle. Les films produits par Loczy
expliquent la pédagogie mise en place par Emmi Pikler et son équipe.
Un des aspects novateur, qui frappe le tout de suite le visiteur, est, outre
le calme qui règne dans cette pouponnière, l’utilisation de la parole.
Chaque nurse communique systématiquement avec l’enfant dont elle
s’occupe ; tout au long des soins, elle lui parle en le regardant. Elle lui dit
ce qu’elle lui fait, elle commente ses réactions, lui demande ce qu’il
préfère, lui annonce les changements de nurses, etc.

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La manière de parler de chaque adulte revêt un caractère commun : ton
uni, voix douce, débit constant. Le but de cette technique particulière de
prise en charge est d’élaborer autour de l’enfant, à la manière de René
Spitz, une « barrière de sécurité », barrière qu’habituellement la mère
fabrique (et qui fait partie intégrante de sa « préoccupation primaire »).
Plus tard, aux USA, le pédiatre T. Berry Brazelton utilisera à peu près la
même technique de communication pour créer une « enveloppe » ou
une « bulle » de parole qui calmera le bébé pendant l’auscultation, et le
pédiatre français Albert Grenier, fera la même chose avec de grands
prématurés dans son service au CHR de Bayonne : parler au bébé,
parce qu’il est un sujet entendant la parole de l’adulte et capable de se
détendre pour écouter cette parole.

Les années 80 et suivantes vont voir se développer la « Bébologie »,


puis la « Foetologie ». Le nourrisson a des compétences, des
potentialités de plus en plus marquées. Et le fœtus, grâce aux progrès
des techniques d’analyses in utero, est un « objet » d’étude à la mode.
(Le nombre d’émissions grand public consacré au fœtus et au bébé est
considérable. Le « bébé est une personne », [même si ce terme est
impropre au sens wallonien, « sujet » serait plus judicieux et l’exemple
clinique d’ « Alexandre » que rencontre Maurice Titran, pédiatre formé
par Dolto est une séquence forte] par de Bernard Martino et Tony Lainé,
a été diffusé fin 84 sur TF1 et il marque le début de cet engouement pour
le grand public).
Concernant le fœtus, nous savons que les acquisitions sensorielles se
font, comme tous les mammifères dans cet ordre : le tact et le toucher
dès la 7° semaine autour de la bouche, 11 semaines pour tout le visage
et 20 semaines sur tout le corps et les muqueuses (Ce que Franz
Veldman, promoteur de l’haptonomie, a bien compris).L’équilibration et
le système vestibulaire dès la 8° semaine. L’odorat : à 8 semaine, la
structure du bulbe olfactif est proche de celui de l’adulte. Le goût : les
papilles fonctionnent dès la 13° semaine et le fœtu s a des préférences
marquées pour le sucré dès le 4° mois. L’audition : dès la 26° semaine,
le fœtus réagit aux sons extérieurs. Au terme de la grossesse, il préfère
aussi le bruit au silence, les voix au bruit, les voix féminines aux voix
masculines et avant tout la voix de sa mère. Enfin, la vision se constitue
très progressivement à partir de 32 jours de gestation, mais ne sera
fonctionnelle qu’à la 40° semaine, date d’achèvemen t des
photorécepteurs. Le fœtus engramme toutes sorte d’impressions
(sonores comme la voix des parents, la sonorité de la langue, la
ponctuation de la langue, les émotions contenues dans la langue, etc.).
Le nouveau né, à terme, voit dès sa naissance. Les travaux de Robert
Fantz, en 1963, montrent que le bébé à des préférences visuelles mais
que sa vision n’est nette qu’à 20 cm de la cible. Concernant l’odorat, il

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reconnaît immédiatement l’odeur de sa mère, et celle-ci est, de loin, la
préférée. Au niveau auditif, il reconnaît la voix de ses parents, de ceux
qui se sont manifestés pendant la grossesse (fratries) et les musiques
qu’il a pu entendre pendant la période intra utérine. Les bébés de 3 à 5
jours allemands et français ne pleurent pas de la même manière : les
pleurs sont croissants pour les français, les pleurs sont décroissants
pour les allemands. Les nouveaux nés suivent ainsi des modèles
caractéristiques de la langue que ceux-ci entendaient dans le ventre de
leur mère. En outre, ils ont une préférence marquée pour les modèles
mélodiques propres à leur langue ambiante.
Tobie Nathan, ethnopsychiatre, se demande quelle langue parlent les
bébés avant de prononcer la langue des humains ? Psychologues et
psychiatres pensent aujourd’hui qu’il existe une langue commune, que S.
Freud considérait comme étant une « langue fondamentale » de nature
symbolique, dont il retrouvait les vestiges dans ses interprétations des
rêves. Les cognitivistes modernes postulent l’existence de modules
neuronaux génétiquement programmés pour accueillir les artifices
logiques des langues. Les linguistes, quant à eux, pour qui toutes les
langues sont structurellement équivalentes, conçoivent implicitement une
sorte de « métalangue » englobant toutes les formes possibles de
langues. Pour Tobie Nathan les bébés parlent une sorte de langue
interactive et au cours de consultations d’ethnopsychiatrie, lorsque les
parents sont dans l’incapacité de fournir à l’enfant des réponses
conformes à l’éthos du groupe d’origine, ceux-ci refusent l’interaction
avec leurs parents. Les groupes culturels restreints considèrent que les
bébés parlent la langue de leurs ancêtres fondateurs. Ils en veulent pour
preuve que quand un bébé n’accède pas à la parole, seule une
intervention reconnaissant sa parenté avec les ancêtres et formulée
dans la langue et la logique ancestrale parvient à lui délier la langue.
A l’université de l’Indiana, Kelly Mix et Melissa Clearfield expérimentent
les capacités de « calcul » des bébés : ils sont très tôt capables de faire
des différences perceptives entre 1, 2, 3, 4 et 5 objets qu’on leur
présente bien avant l’apparition de la fonction sémiotique. Ghislaine
Dehaene-Lambertz et son mari Stanislas Dehaene (Collège de France)
ont montré en 2008, à l’imagerie médicale, que le cerveau des bébés
traite déjà les variations de nombre et de nature des objets perçus dans
des zones cérébrales distinctes et ce dès 3 mois.

Parallèlement à toutes ces recherches novatrices, Françoise Dolto


reprendra d’octobre 1976 à octobre 1978 l’antenne sur « France Inter »,
pour présenter « lorsque l’enfant parait », émission animée par Jacques
Pradel. Ce fut enfin un immense succès médiatique après les échecs
d’une première tentative anonyme qu’elle fit en 1967 et d’une seconde

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en 1969. Elle conquit les Français en utilisant une langue simple
(préciser) et directe, accessible à tous, et se donnait la peine de
répondre par courrier aux très nombreux auditeurs. Elle fût, à l’époque,
beaucoup plus connue par sa parole que par ses écrits.

Françoise Dolto pour qui « tout est langage ».


Mais de quel langage s’agit-il ?
Déjà, dès l’âge de 8 ans, Françoise Marette décide que plus tard « elle
sera « médecin d’éducation » c'est-à-dire un médecin qui sait que les
enfants peuvent être malades pour des choses de l’éducation » (la
cause des enfants, p230) « Mais que les docteurs sont bêtes, ils ne
comprennent pas les enfants ». C’est dans les années 30, pendant son
externat à l’hôpital des Enfants Malades, et durant son analyse, qu’elle
prit conscience de l’impact thérapeutique qu’avait la parole sur les
enfants hospitalisés. « Le langage de vérité est salvateur » (La cause
des enfants, p. 247). C’est donc à partir d’observations cliniques directes
(à la manière de René Spitz) qu’elle va peu à peu construire et étayer sa
théorie. Certes les débuts furent difficiles : railler par ses condisciples,
passant pour folle, celle qui « parlait aux bébés » due affronter un monde
médical qui considérait le nouveau né uniquement comme un tube
digestif.
« Je préconisais l’abandon de la médecine que j’appelais vétérinaire »
(la cause des enfants p.256).
En fait, cette géniale intuition (nous sommes dans les années 30), trop
en avance sur son temps, en effet, le statut du bébé est d’être un objet,
une chose. Les travaux de Anne Gauvain-Piquard depuis 1979, ceux de
Frédéric Leboyer sur la N.S.V. en 1967, etc.) fut aussi par la suite une
des trois raisons invoquée par la Société Internationale de Psychanalyse
pour l’exclure en 1960. « Vous êtes intuitive, c’est inutile, voir nuisible en
psychanalyse ». [Les 2 autres raisons sont : les gens qui ne vous
connaissent pas ont un transfert sauvage sur vous et votre pratique
sociale de prévention est suspectée de communisme] On peut bien sûr
faire ici le parallèle avec Célestin Freinet, « enseignant réfractaire » qui
fut radié de l’éducation nationale pour « pédagogie subversive ».

Donc cette révélation de la parole thérapeutique auprès des nourrissons


va être le point de départ d’une pratique clinique de plus en plus au point
et performante, étayée par une théorisation osée et novatrice qui
l’amènera jusqu’à son concept d’ « image inconsciente du corps ». Mais
pas n’importe quelle parole. Et surtout pas celle du « parler bébé » qui
est, pour François Dolto, de la non communication, car de la même
nature que celle que nous utilisons avec nos animaux de compagnie en
bêtifiant justement. Cette parole de vérité est une parole qui s’adresse à
un sujet qui est lui-même être de langage. Toutes les intuitions cliniques

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qu’elle a eues à cette époque étaient trop nouvelles et révolutionnaires
pour les professionnels qui l’entouraient. Ne pas aller trop vite,
convaincre de jeunes collègues et ne pas rester isolée, furent sa
démarche tant qu’elle n’eut pas en elle « les mots pour le dire ». Cette
certitude que l’enfant comprend dès la naissance la parole vraie de son
histoire, il va lui falloir, inlassablement en convaincre son entourage
professionnel. Dans les « cahiers du nouveau-né », c’est-à-dire quarante
après sa découverte, elle doit encore répéter sans cesse que le bébé
comprend ce qui se dit de lui, de ses parents et de son histoire. « C’est
la parole vraie, qui peut, par l’imaginaire probablement, restituer sa
structure symbolique, dans la vérité de la relation à qui lui parle de lui, de
ce qu’il souffre, de son histoire » (Naître et ensuite, 1978, p.204.) « Il
n’est jamais trop tôt pour parler à un être humain »…« il est un être de
parole dès la « vie » (préciser que « vie » ou « période » n’ont pas la
même neutralité. A mettre en relation avec « l’évangile au risque de la
psychanalyse » et « la foi au risque de la psychanalyse ». Mais préciser
aussi que la fin de la période fœtale et le début de la vie extra utérine
sont, non pas discontinues, mais bien un continuum : « un prématuré,
c’est un fœtus qui vit ») fœtale » p.208 et « On dirait que quand les
choses sont parlées, il ne reste que la paix du corps. Sinon le corps
parle, à la place de ce qui ne peut se dire »… « Puisque ça peut se dire
en paroles, mon corps n’a plus besoin de jouer l’interdit d’être vivant »
p.212. Ce que Françoise Dolto dit ici, c’est que l’expression
psychosomatique des enfants qui souffrent est le langage de l’absence
de parole à leur sujet. Cependant, si le bébé comprend tout, nous ne
savons toujours pas comment il comprend. « Tout est langage, et le
langage en paroles est ce qu’il y a de plus germinant dans le cœur et
dans la symbolique de l’être humain qui naît ».
L’enfant « est entièrement dans le langage. Il entend et comprend tout,
mais ne sait pas se faire entendre ni comprendre » (la cause des enfants
p.295).
Cette parole vraie s’adresse toujours à un sujet, puisque Françoise
Dolto présuppose l’existence d’un sujet sous sa forme symbolique dès
avant sa naissance. Elle parle très bien de ce « sujet » qu’est le foetus
dans « Naître et ensuite » p. 224. La fécondation est, pour elle, « la
rencontre de trois désirs : celui d’un père, d’une mère et d’un enfant ».
Mais comment un œuf fécondé peut-il désirer vivre ? « Il l’a désiré, sans
cela, écrit-elle, il ne serait pas là. Il assume le désir de survivre». Dans
« tout est langage » (1984) elle complète sa pensée à ce sujet (p.233)
« le fait qu’il survit c’est que tous les jours il reconduit en tant que sujet
son contrat avec son corps. C’est ça vivre, c’est reconduire tous les jours
son désir de survivre. »

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« Il y a chez l’enfant qui naît, un impact de l’inconscient des parents qui
le marque au cours de sa gestation…. ». « Tous les souvenirs de nos
parents et de nos ancêtres sont inscrits en nous. Nous sommes, en
notre être, représentants d’une histoire, même si nous ne le savons pas,
à partir de laquelle nous allons nous développer ». (La cause des
enfants p.280). Elle aborde ici l’importance du transgénérationnel. Dans
« tout est langage », (1984/87), à la question : « Vous faites de la
psychanalyse avec des enfants qui n’ont pas encore le langage » elle
répond : « Pas le langage verbal pour s’exprimer, mais ils ont le langage,
sans cela on ne peut pas faire de psychanalyse avec des enfants »
(p.197) « Quelle valeur ont les mots en eux-mêmes pour un petit qui ne
sait pas parler ? » « On leur dit très peu de mots. On « est » avec eux
dans ce qu’ils font. Etre. Les mots sont ceux qui nous expriment nous-
même, en vérité, pas des mots « à leur portée », mais des mots du
vocabulaire clair pour nous ».
« C’est du niveau inconscient à inconscient. (L'inconscient cognitif est
actuellement étudié par la méthode de « l'amorçage ». Stanislas
Dehaene (collège de France) et Lionel Naccache montrent, comme
d'autres chercheurs avant eux, que « l'amorce », un mot présenté de
façon si brève (flash lumineux de quelques millisecondes) que l'individu
ne le perçoit pas consciemment, facilite beaucoup le traitement de mots
à la signification proche. Mais ils viennent de franchir une étape
majeure : cette fois, ils ont pu, grâce aux techniques de l'imagerie
cérébrale, démontrer l'activation d'aires cérébrales distinctes pour les
traitements conscient et non conscient de l'information. Analogie
possible inconscient = fichiers cachés de l’ordinateur) La façon de
regarder, c’est du langage. C’est un échange de langage inter
psychique, le regard ».
Mais « comment peut-on comprendre que l’enfant comprenne le
langage ? » « Je ne sais pas, mais c’est vrai. Et il comprend toutes les
langues. Si une chinoise lui parle en chinois, une arabe en arabe, une
française en français, il comprend. Il comprend toutes les langues. Peut-
être « intuitionne-t-il » (néologisme doltoïen) ce qu’on veut lui dire. Peut-
être est-ce une communication d’un esprit à autre esprit. Il en a
l’entendement. » Nous ne sommes pas loin du métalangage des
linguistes, de l’origine commune de toutes les langues. De la langue
ancestrale.
« J’ai parlé toutes les langues, le syriaque et l’araméen du talmud de
Babylone. Je pourrais expliquer les mystères de la langue étrusque, il
suffirait qu’on me le demande. J’ai parlé le sabir des ports
méditerranéens, le chinook des trappeurs…. » François Weyergans « La
vie d’un bébé » 1986 p. 80.

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Mais « les mots, pour prendre sens, doivent d’abord prendre corps, être
du moins métabolisés dans une image du corps relationnelle » (in
L’image inconsciente du corps 1984, p. 45.), cette idée de Dolto est à
mettre en relation avec le fameux « et le Verbe s’est fait chair »
incarnation de la parole du Christ qu’elle considère être comme le
premier psychanalyste.

Dans « Françoise Dolto à l’œuvre, la clinique pas sans la théorie » Hervé


Petit écrit que même « s’il n’y a pas de mots, il y a malgré tout du
langage qui exprime des choses qui ont un sens. Dolto écoute le
langage des bébés : mimiques et comportement. Ce langage, c’est le
langage du corps - ou plutôt, c’est un langage–corps. Le corps est
langage et le langage est encore du corps. Et c’est à la conjonction du
corps et du langage que naît, ce que nous appelons la vie psychique. »

Le produit de l’infans (celui qui ne parle pas encore), c’est, ce que


Dolto appelle « l’image inconsciente du corps ». (Expliciter l’historique
des travaux sur le corps). Il s’agit de son concept central, qu’elle élabora
lentement et qui ne doit rien à personne tant il lui est personnel.
(Précisons aussi que Jacques Lacan l’avait accepté). Ce concept lui est
devenu nécessaire, car en replaçant le corps au centre de sa clinique et
de sa théorie, elle pût psychanalyser l’infans et faire remonter son
analyse aux confins des structures les plus archaïques, c'est-à-dire
jusqu’à la période fœtale. « L’image inconsciente du corps est la
synthèse vivante de nos expériences émotionnelles » (l’iic p.22) reste
cependant très proche de la définition que Paul Schilder donne de son
Image du Corps : « elle est structurée par nos expériences libidinales
successives » (donner ici les 3 formes de l’image du corps chez
Schilder : générale, individuelle et pathologiques). A la différence,
cependant que F. Dolto nomme cette image « inconsciente » d’une part,
et que, d’autre part, elle en situe l’origine à la « période fœtale ». L’IIC
est l’incarnation symbolique inconsciente du sujet désirant.

Gérard Guillerault, dans « Comprendre Dolto » (2008) donne


plusieurs définitions possibles de cette image inconsciente du corps :

L’image du corps est un redoublement de soi. C’est le corps plus la


tendance à la représentation (d’où le terme « image »). C’est en somme
ni le corps ni l’image ;

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Elle est du corps, ce qui ne se réduit pas au corporel. C’est le corps pas
sans le désir ;

C’est l’échafaudage à la constitution du moi… mais c’est un état où


corps et psychisme sont indiscernables ;

L’image du corps, c’est ce qui porte chez chacun la marque de son


histoire personnelle.

Dolto, d’une certaine manière, considère que le fœtus et le bébé, parce


qu’ils appartiennent à l’espèce humaine, sont spontanément beaucoup
plus attirés par la parole, que par n’importe quelle autre sonorité. La
parole est ainsi reconnue, à la fois comme faisant partie intégrante de
son univers psychique, et comme étant son futur mode de
communication. La parole fait immédiatement sens pour lui. Il est donc
très avide de ces paroles qui vont le construire, même au niveau
inconscient. Et si les paroles de l’adulte au sujet de l’enfant sont
« vraies », elles vont le confirmer comme sujet et avoir sur lui un effet
résilient. Inversement, taire, ne pas dire, parler faux et parler mauvais,
c’est le blesser et le traumatiser. Ne rien dire à l’enfant, dans le but
louable de vouloir le protéger (de la mort d’un parent, de la dépression
de sa mère, par exemple), c’est pire que tout, car cela produit l’effet
inverse. Parfois, il y a des choses capitales qui concernent son histoire
et qu’il est décisif de lui dire le plus tôt possible pour lui éviter d’en
souffrir. Dire la vérité, c’est toujours prévenir. Inlassablement, Françoise
Dolto insistera sur la nécessité de dire la vérité aux infans, aux bébés et
aux enfants. On dit des mots qui édulcorent, on dit : « il est parti ». « Un
père meurt, une grand-mère meurt » et on dit à l’enfant : « il est parti,
elle est partie ». « Nous arrivons à des situations où, au lieu d’une vie
symbolique enrichie chez ceux qui sont restés ou chez ceux qui sont nés
après ce mort, c’est au contraire une vie symbolique tout à fait
appauvrie. Si nous avons souffert d’un deuil, cela fait partie de l’histoire
de la famille et de ceux qui naîtront après, ça leur appartient car ce mort
qui a vécu fait parie de la richesse vivante et symbolique de la famille »
(in parler de la mort, p.29, 16 octobre 1985, conférence à l’E.P.C.I).

On retrouve ici, mais sur un autre registre, le discours que tient Boris
Cyrulnik, dans une monographie confidentielle « De la parole comme
d’une molécule » (1991), sur les effets de la parole sur l’autre. Certaines
interactions langagières ont une fonction tranquillisante. La parole a sur

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l’organisme des effets biologiques, une influence matériellement
repérable. Dire sa souffrance ou la taire, modifient différemment les
sécrétions neuro endocriniennes. Les mots d’amour apaisent et les mots
méchants ont une fonction toxique ou angoissante.

Françoise Dolto aborde aussi une autre dimension du langage : le


langage mental. C’est le parlé intérieur, non vocalisé, ni sub vocalisé,
que les futures mères, par exemple, utilisent quand elles s’adressent
intérieurement à leur fœtus sous forme quelquefois d’un dialogue
mental. Et ce langage mental fonctionne lui aussi : le fœtus réagit
parfaitement à ce langage de la mère. (« La cause des enfants » p.330
et dans « naître et ensuite » pp.225/226). (Lire : La montée de la rue
Saint Jacques). « C’était vers 5 mois ; comme ça, je me promenais,
quand tout d’un coup le sentiment d’une présence, très attentive, et
comme égale à la mienne.
Je me dis, mais enfin….. je me suis retournée à droite, à gauche, mais il
n’y avait personne, je marchais…. et puis, je suis arrivée, j’en ai parlé à
mon mari, et je lui ai dit : « tu sais, c’est peut-être le bébé qui est là.
C’est tout de même étrange que je ne puisse pas savoir si c’est une fille
ou un garçon. » Bon, voilà ! A partir de ce moment, cette présence ne
m’a pas quittée. Il y avait une présence en moi. Et je l’ai retrouvée dans
les 2 autres grossesses que j’ai eues. »
« Et puis à 7 mois, c’est très, très manifeste, il y eut une lutte. J’ai eu des
grossesses absolument sans aucun problème, mais il y avait une lutte
psychique ; c’est : « j’en ai marre de ce que tu fais….repose-toi »,
quelque chose comme ça….parce que je travaille, je travaille, je suis très
active, mais le bébé demandait du repos. Et puis, moi j’aurais bien
continué, mais je sentais (ce n’est pas une parole), je sentais : « il faut
que tu te reposes », ce n’était pas mon corps qui parlait, parce que mon
corps….. J’ai beaucoup de réserves ! Mais il y avait quelqu’un qui n’avait
pas les mêmes réserves que moi et qui voulait que je me repose…..
Pour le premier, je circulais à vélo, et j’ai fait de la moto pour le dernier
jusqu’à la veille de l’accouchement….. Je posais mon ventre sur le
réservoir, et vogue la galère ! Ce n’était pas une fatigue physique, c’était
une fatigue d’ordre général ; je le sentais dans moi, et moi je n’étais
fatiguée ni dans ma tête, ni dans mon corps.
C’est peut-être pour ça qu’il aime tant les moteurs celui-là. Ça m’a
beaucoup arrangé de faire de la moto, parce que pour le premier, je
faisais de la bicyclette, alors là, qu’est-ce qu’il pouvait s’agiter, à partir de
7 mois ! Et là c’était étonnant : dans la montée de la rue Saint Jacques.
C’est une montée la rue Saint Jacques !
Et bien, la montée de la rue Saint Jacques à bicyclette, je peinais, et ça
rouspétait dans mon ventre, et plus ça gesticulait, plus ça me fatiguait….

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Alors je lui parlait, et je lui disait : « écoute, je t’en prie, nous n’y
arriverons pas…. Tiens-toi tranquille, ne gesticule pas et je vais y arriver,
sinon je n’y arriverai pas….je suis fatiguée, et tu as besoin, comme moi
de te reposer. »
Bon, immédiatement, ça s’arrêtait. Quand je descendais de mon vélo,
arrivant à la porte, je disais : « maintenant tu peux y aller » et ça se
mettait à gesticuler….la rumba là-dedans… la rumba c’est l’aîné
d’ailleurs. Mais il s’était arrêté à ma parole. Quant à la voix du père, pour
tous les bébés, étonnante la réceptivité ! La voix du père,
immédiatement, arrêtait le mouvement, et le mettait à l’écoute. C’est très
étonnant ces expériences ».

Il y a là, à l’évidence, la preuve que cette communication psychique


fonctionne entre la mère et son fœtus. Le langage mental, la mère le fait
spontanément et son fœtus le perçoit, même si celui-ci ne lui est pas
directement adressé. « Il lui était arrivé de croire qu’il parlait, mais il avait
pris la voix de sa mère pour la sienne » (François Weyergans, « la vie
d’un bébé » p.66). (De la même manière, nous savons aujourd’hui que si
nous mentalisons une action, elle produit des effets. Exemple des gens
alités à l’hôpital).

Une autre situation, bien connue des sages-femmes, confirme l’intuition


de F. Dolto. Il s’agit de effets des premières paroles autour du berceau.
L’impact des premiers mots a le caractère d’une prédiction magique. On
peut bien sûr penser que la naissance entraîne des modifications bio
chimiques importantes (libérations d’ocytocine, de lulibérine,
d’endorphine, de dopamine, etc.) pour les acteurs et que les émotions
très importantes à ce moment là en facilitent la mémorisation. Quoiqu’il
en soit, les premiers mots induisent les comportements futurs de la mère
et de son bébé. « Les paroles qui ont été dites à la naissance
s’inscrivent toujours comme un destin » (p.235) à la manière des fées
(bonnes ou mauvaises) penchées sur le berceau du nouveau-né.

Françoise Dolto aborde aussi directement, dans « Naître et ensuite », le


problème de la mémorisation (et de sa restitution) de la langue par le
bébé au cours des premiers mois de la vie. « Ma petite chérie dont les
yeux sont plus beaux que les étoiles » est un engramme de l’amour
maternel inscrit dans l’image du corps d’une enfant de 9 mois. (lire le
texte qui explique le rêve et sa signification).

Il s’agit d’une amie de Dolto, psychanalyste qu’elle estimait beaucoup, et


qui, à la fin des années 50 est morte d’une maladie de Hodgkin. Elle
voyait Dolto une fois par semaine durant sa maladie. Lors de leurs

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dernières rencontres (des métastases médullaires se développaient et
elle devint paraplégique, puis grabataire), elle se mit à raconter un rêve
qui lui procura un bonheur intense qui ne « peut pas exister sur terre ».
« Pour vivre, revivre un émoi pareil, qu’est-ce qu’on donnerait dans le
monde pour vivre ça ! ».
Et ce rêve était accompagné de paroles qui n’avaient pas de sens, de
syllabes qui n’avaient aucun sens. Dolto nota ses syllabes. « Quand je
redis ses syllabes, c’est extraordinaire, c’est merveilleux ! ».
Dolto lui dit alors : « Et si ses paroles étaient de l’hindou ? » Parce qu’il
s’agissait d’une femme qui, à l’âge de 1 mois avait été vivre en Inde
jusqu’à l’âge de 9 mois (son père, anglais, y a fait un court séjour
professionnel). Et pendant ces 8 mois passés en Inde, elle avait été
gardée par une jeune fille de 14 ans qui s’est entièrement occupée
d’elle. Elle le savait car elle avait des photos de cette époque.
Dolto lui propose de faire des recherches, à commencer par la maison
indienne de la cité universitaire. Elle rencontra des hindous, mais il faut
savoir qu’en Inde, il y a 16 langues officielles et quelques 4000 dialectes.
Enfin un étudiant pût lui traduire ses syllabes en riant : « ma petite chérie
dont les yeux sont plus beaux que les étoiles » est une berceuse que
toutes les nounous de cette région chantent à leur bébés en les tenant
dans les bras.
A partir de là, Dolto va interpréter magistralement ce rêve.
Avant cette épreuve qui la guettait, [dont-elle avait l’intuition, l’épreuve de
cette tumeur médullaire qui allait lui donner une image du corps coupée
en 2 et qui allait l’empêcher de marcher sur ses propres jambes, donc
elle retournait au « porté » comme image inconsciente du corps, au
« porté par une personne »], elle fait ce rêve nirvanique et merveilleux,
avec ses paroles « ma petite chérie dont les yeux sont plus beaux que
les étoiles » (paroles qui font du bien au sens de B. Cyrulnik).
L’engramme de cette parole est celui de l’amour maternel (ici de son
substitut : la jeune fille) inscrit dans l’image du corps d’une enfant qui ne
se porte pas encore sur ses propres jambes, mais qui est portée par les
jambes du corps de qui elle est l’objet partiel, aimé.
Cette parole qui lui était parlée en rêve, c’était une parole d’elle parlant
hindou à elle-même, « allant-devenant femme ».
Avec sa maladie, si elle « allait dé-devenant »un corps adulte intègre,
elle restait une femme dans la relation d’amour avec une autre.
C’était dans les années 50 et elles (Dolto et sa collègue) n’en étaient
encore qu’aux balbutiements de la compréhension du langage qui
s’incarnait dans les bébés. Qui s’incarnait dans leur image du corps dans
la relation du bébé à l’adulte nourricier et tutélaire, et si celui-ci est aimé
et aimant, il est l’initiateur de nos désirs et complice de nos émois.

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Beaucoup de praticiens, ont rencontré, au cours de leur carrière, des cas
cliniques analogues et quelque fois chez des sujets encore plus jeunes.

Enfin, les neurosciences semblent donner de plus en plus raison à


Françoise Dolto. Gérard Pommier, en 2004, (« comment les
neurosciences démontrent la psychanalyse ») recense toutes les
recherches en imagerie médicale prouvant l’existence d’une activité
cérébrales spécifiques de l’inconscient. Les derniers travaux de
Ghislaine Dehaene-Lambertz semblent montrer qu’il existe une
organisation cérébrale chez le bébé (3 mois) suffisante pour l’orienter
vers l’écoute de la parole. Mais ce système n’est pas forcément dédié au
langage et pourrait aussi fonctionner pour la musique (2006). Chez le
nouveau-né l'activation de l’aire de Broca est surprenante. Elle permet
d'assurer des fonctions qui sont encore très immatures (production
verbale) ou bien inexistantes (intégration grammaticale) à 3 mois. Ces
travaux montrent que le nourrisson de 3 mois, bien qu'incapable de
répéter des phrases entières, possède déjà le circuit neuronal qui lui
permet de repérer les éléments répétés de la phrase.

Il y a bien sûr un avant et un après Dolto. Aujourd’hui, dans les crèches,


les garderies et les pouponnières, le personnel parle au bébé selon sa
technique. Les associations d’adoptions transculturelles (exemple
France Mali) font de même. Tout est parlé, dit, explicité à l’enfant qui va
quitter son pays avec ses nouveaux parents adoptifs. Les unités
d’oncologie pédiatrique, les services de néonatologie, les maternités etc.
font de plus en plus la même chose. La parole de Françoise Dolto est
donc toujours d’actualité.

En fait, l’originalité et la force de Dolto, c’est, qu’à la manière de René


Spitz que j’ai évoqué au tout début, elle a gardé en elle, toute sa vie, les
caractéristiques de l’enfance. « Quand je serai grande, je tâcherai de me
souvenir de comment c’est quand on est petit ». A la manière de ces
médiums décrits par René Spitz, elle a toujours sût comprendre
parfaitement les bébés : elle est bilingue ; elle parle et comprend notre
langue comme vous et moi, et en plus, elle sait parler bébé et le
comprendre.

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Bibliographie

Dolto F Au jeu du désir, Seuil, 1981.

Dolto F Parler de la mort, Mercure de France, 1998.

Dolto F Tout est langage, Folio, 1994, 2002.

Dolto F La cause des enfants, le livre de poche, 1985, 1989.

Dolto F L’image inconsciente du corps, Folio, 1984, 1992.

Dolto F Psychanalyse et pédiatrie, Seuil, 1971, 1939.

Dolto F « Naître et ensuite », les cahiers du nouveau né pp 189 à 356


1991.
Dolto F « D’amour et de lait », les cahiers du nouveau né pp 341 à 395
1980, 1978.
Clot Y « Conscience, inconscient, émotions chez L. Vygotski », la
Dispute, 2004.
Dehaene S « L’inconscient cognitif » Collège de France, cours du
06/01/09.
Dehaene-Lambertz G « Bases neuronales du langage chez le
nourrisson », communication 12/03/2010, 38° réunion de la société euro-
péenne de neuro pédiatrie.
Golse B « Réponse à Peter Fonagy » La psychiatrie de l’enfant, Puf,
vol. 44, 2001/2002.
Guillerault G « Comprendre Dolto » A. Colin, 2008, chapitre 3

Leboyer F « Pour une naissance sans violence », Seuil 1974

Martino B « Le bébé est une personne », Balland 1985.

Petit H « Françoise Dolto à l’œuvre, la clinique pas sans la théorie »


Le coq-héron n° 168, pp. 47 à 55.
Pommier G « Comment les neurosciences démontrent la psychanalyse »
Flammarion, 2004.
Schilder P « L’image du corps » gallimard, 1935, 1968.

Spitz R « De la naissance à la parole » puf, 1976, 1965.

Wallon H « Les origines du caractère chez l’enfant » puf, 1970, 1929/32

Weyergans F « La vie d’un bébé », Gallimard, 1986.

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