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OCT

07 É tu d e s é c o n o m iq u e s e t fi n an c i è re s

Mondialisation et inégalité
Perspectives de l’économie mondiale

Mondialisation et
inégalité

Perspectives de l’économie mondiale


07

OCT
World Economic Outlook, October 2007 (French) FMI
F O N D S M O N É T A I R E I N T E R N A T I O N A L
Études économiques et financières

PERSPECTIVES DE
L’ÉCONOMIE MONDIALE
Octobre 2007

Mondialisation et inégalité

Fonds monétaire international


©2007 Fonds monétaire international

Production : Division des services multimédias, TGS


Couverture et conception artistique : Luisa Menjivar
et Jorge Salazar
Graphiques : Theodore F. Peters, Jr.
Composition : Choon Lee

Édition française
Division française, Services linguistiques, TGS
Traduction : M. Servais, T. Lopinot,
Y. Chevalier-Delanoue, Eugenio Maseda
Correction & PAO : A. Berthail-Costa,
V. Andrianifahanana, C. Helwig, A. Rousseau

Perspectives de l’économie mondiale (Fonds monétaire international)


Perspectives de l’économie mondiale : étude effectuée par les
services du Fonds monétaire international.—1980– —Washington.
Le Fonds, 1980–
v.; 28 cm.—(1981–84: Occasional paper/International Monetary
Fund ISSN 0251-6365)
Annual.
Has occasional updates, 1984–
ISSN 0258-7440 = World economic and financial surveys
ISSN 0256-6877 = World economic outlook (Washington)
1. Economic history—1971– —Periodicals. I. International
Monetary Fund. II. Series: Occasional paper (International
Monetary Fund)
HC10.W7979 84-640155
338.5’443’09048—dc19
AACR 2 MARC-S
Library of Congress 8507
Publication semestrielle
ISBN 978-1-58906-689-2

Prix : 57 dollars EU
(54 dollars EU pour les enseignants
et les étudiants de l’enseignement supérieur)

Les commandes doivent être adressées à :


International Monetary Fund, Publication Services
700 19th Street, N.W., Washington, DC 20431 (U.S.A.)
Téléphone : (202) 623-7430 Télécopie : (202) 623-7201
Messagerie électronique : publications@imf.org
Internet : http://www.imf.org
TABLE DES MATIÈRES

Hypothèses et conventions viii

Préface x

Avant-propos xi

Résumé analytique xv

Chapitre 1. Perspectives et enjeux mondiaux 1


La croissance mondiale vigoureuse face aux remous sur les marchés financiers 1
Légère révision à la baisse des perspectives de référence et intensification
des risques de dégradation 6
Entrées massives de devises 29
Maintenir une croissance vigoureuse 33
Enjeux 39
Appendice 1.1. Évolution des marchés des produits de base 42
Appendice 1.2. Changements climatiques : répercussions économiques
et riposte des pouvoirs publics 56
Bibliographie 71

Chapitre 2. Perspectives nationales et régionales 75


États-Unis et Canada : les incertitudes entourant les perspectives américaines ont augmenté 75
Europe occidentale : quel est le ressort de la reprise? 83
Pays industrialisés d’Asie : la déflation n’est pas encore définitivement vaincue au Japon 87
Pays émergents d’Asie : bien gérer les entrées massives de devises 90
Amérique latine : réagir à la forte hausse des entrées de devises 93
Pays émergents d’Europe : activité en expansion et déséquilibres en hausse 96
Communauté des États indépendants : tensions entre objectifs d’inflation
et de taux de change 100
Afrique subsaharienne : tirer parti de la mondialisation 103
Moyen-Orient : mettre en balance les facteurs cycliques et à long terme
dans la politique budgétaire 108
Bibliographie 111

Chapitre 3. Comment gérer des entrées massives de capitaux 113


Deux épisodes d’afflux massif de capitaux dans les pays émergents 115
Recensement des épisodes d’entrées massives de capitaux 117
Réponses aux entrées massives de capitaux 119
Liens entre les résultats macroéconomiques et les réponses des autorités 129
Conclusions 136

iii
TABLE DES MATIÈRES

Appendice 3.1. Analyse d’événements et indices de politique économique :


données et méthodologie 137
Bibliographie 141

Chapitre 4. Mondialisation et inégalité 145


Évolution récente des inégalités et de la mondialisation 147
Quel est l’effet de la mondialisation sur l’inégalité? 152
Étude empirique de la mondialisation et de l’inégalité 161
Conclusions et implications pour l’action publique 171
Appendice 4.1. Source des données et méthodologie 172
Bibliographie 179

Chapitre 5. L’évolution de la dynamique du cycle conjoncturel mondial 183


Les cycles économiques mondiaux : rappel historique 184
L’économie mondiale est-elle plus stable? 187
Les facteurs de modération du cycle économique mondial 192
Conclusions 199
Appendice 5.1. Données et méthodologie 202
Bibliographie 209

Annexe : Examen des perspectives par le Conseil d’administration, septembre 2007 213

Appendice statistique 219


Hypothèses 219
Modifications récentes 223
Données et conventions 223
Classification des pays 225
Caractéristiques générales et composition des différents groupes de pays 227
Liste des tableaux 231
Production (tableaux A1–A4) 233
Inflation (tableaux A5–A7) 241
Politiques financières (tableau A8) 247
Commerce extérieur (tableau A9) 248
Transactions courantes (tableaux A10–A12) 250
Balance des paiements et financement extérieur (tableaux A13–A15) 256
Flux de ressources (tableau A16) 260
Scénario de référence à moyen terme (tableau A17) 264

Perspectives de l’économie mondiale, questions d’actualité 265

Encadrés
1.1 Qui est touché par l’envolée des prix des produits alimentaires? 12
1.2 Répercussions macroéconomiques des récentes turbulences sur les marchés
financiers : rappel des épisodes précédents 16
1.3 Consultation multilatérale sur les déséquilibres mondiaux 27
1.4 La liquidité mondiale, qu’est-ce que c’est? 35

iv
TABLE DES MATIÈRES

1.5 Goulets d’étranglement dans le raffinage 45


1.6 Tirer le meilleur parti des biocarburants 49
1.7 Le débat sur le taux d’actualisation 64
1.8 Prix ou quantités dans un contexte d’incertitude (Weitzman, 1974) 67
1.9 Les échanges de permis d’émissions dans l’Union européenne 69
2.1 Quels risques les marchés du logement représentent-ils pour la croissance mondiale? 78
2.2 Réformes du marché du travail dans la zone euro et arbitrage salaires–chômage 85
2.3 Gérer les conséquences macroéconomiques d’apports d’aide massifs et volatils 106
3.1 Le contrôle des mouvements de capitaux peut-il être efficace? 122
4.1 Mesurer l’inégalité : concepts, méthodologies et indicateurs 154
4.2 Les effets de la mondialisation sur l’inégalité : que nous apprennent les études
réalisées au niveau national? Cas du Mexique, de la Chine et de l’Inde 156
5.1 Principales économies et fluctuations de la croissance mondiale 194
5.2 L’amélioration des résultats macroéconomiques :
coup de chance ou coup de maître? 200
5.3 Nouveaux indices de cycle conjoncturel pour l’Amérique latine :
une reconstruction historique 207
A1. Hypothèses de politique économique retenues pour les projections relatives
à un échantillon de pays avancés 220

Tableaux
1.1 Perspectives de l’économie mondiale : aperçu des projections 8
1.2 Demande mondiale de pétrole par région 47
2.1 Pays avancés : PIB réel, prix à la consommation et chômage 76
2.2 Pays avancés : soldes des transactions courantes 77
2.3 Pays d’Asie (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation
et solde des transactions courantes 90
2.4 Pays de l’hémisphère occidental (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation
et solde des transactions courantes 93
2.5 Pays émergents d’Europe : PIB réel, prix à la consommation
et solde des transactions courantes 96
2.6 Communauté des États indépendants : PIB réel, prix à la consommation
et solde des transactions courantes 100
2.7 Pays d’Afrique (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation
et solde des transactions courantes 104
2.8 Pays du Moyen-Orient (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation
et solde des transactions courantes 109
3.1 Épisodes d’entrées nettes massives de capitaux privés — Statistiques sommaires 119
3.2 Analyse de régression appliquée à la croissance du PIB après l’afflux de capitaux 132
3.3 Analyse de régression appliquée au taux de change réel 134
3.4 Épisodes d’entrées nettes de capitaux 139
4.1 Facteurs déterminant le coefficient de Gini, échantillon complet 164
4.2 Estimation du modèle de référence avec les parts de revenu par quintiles,
échantillon complet 170
4.3 Facteurs déterminant le coefficient de Gini, hétérogénéité régionale 178
5.1 Régressions transversales 199
5.2 Régressions de panel et probit 199

v
TABLE DES MATIÈRES

Graphiques

1.1 Indicateurs mondiaux 1


1.2 Inflation mondiale 2
1.3 Marchés du crédit parvenus à maturité 3
1.4 Indicateurs des marchés financiers parvenus à maturité 4
1.5 Conditions de financement des pays émergents 5
1.6 Secteur extérieur des principaux pays avancés 6
1.7 Secteur extérieur des pays émergents et des pays en développement 7
1.8 Perspectives mondiales 9
1.9 Indicateurs courants et avancés 10
1.10 Révision des perspectives mondiales 11
1.11 Écart de production et tensions sur les capacités 22
1.12 Évolution de la productivité et du coût de la main-d’œuvre dans les pays avancés 23
1.13 Soldes des transactions courantes et avoirs extérieurs nets 24
1.14 Effet simulé de remous financiers sur l’économie mondiale 26
1.15 Flux de capitaux privés vers les pays émergents 30
1.16 Transactions courantes et mouvements de capitaux pour quelques pays
émergents ou en développement 31
1.17 La croissance mondiale sous différents angles 33
1.18 Indices des cours des produits de base 43
1.19 Prix du pétrole brut et de l’essence 44
1.20 Évolution de la consommation et de la production de pétrole 47
1.21 Stocks et production de l’OPEP 48
1.22 Cours à terme du pétrole et cours de produits énergétiques et de métaux 54
1.23 Sources de la demande et cours de produits alimentaires liés aux carburants 55
1.24 Émissions de gaz à effet de serre par région 58
1.25 Émissions de carbone liées aux carburants, effectives et prévues à politique inchangée 59
1.26 Évolution des dégâts agrégés causés par les changements climatiques 61
1.27 Baisses du PIB par habitant à différents niveaux de réchauffement 62
1.28 Émissions de gaz à effet de serre avec différents objectifs de concentration 63
1.29 Émissions de gaz à effet de serre, objectifs de Kyoto et émissions prévues 70
2.1 États-Unis : indicateurs de l’investissement 75
2.2 Europe occidentale : perspectives d’inflation 84
2.3 Japon : la déflation n’est pas encore définitivement vaincue 88
2.4 Pays émergents d’Asie : gérer les entrées massives de devises 91
2.5 Amérique latine : les entrées de capitaux compliquent la gestion macroéconomique 94
2.6 Pays émergents d’Europe : la croissance rapide du crédit
alimente la demande intérieure 97
2.7 Communauté des États indépendants : faire face aux entrées de capitaux 101
2.8 Afrique subsaharienne : profiter de la mondialisation 105
2.9 Moyen-Orient : comment les recettes pétrolières sont-elles utilisées? 110
3.1 Entrées nettes de capitaux privés dans les pays émergents 113
3.2 Flux bruts de capitaux privés, solde extérieur courant et accumulation de réserves 116
3.3 Solde extérieur courant, entrées de capitaux privés et constitution de réserves
par régions 117
3.4 Ventilation des entrées nettes entre IDE et autres flux 118

vi
TABLE DES MATIÈRES

3.5 Caractéristiques des épisodes d’entrées nettes massives de capitaux privés 120
3.6 Indice de pression du marché des changes 126
3.7 Évolution des indicateurs de politique économique 127
3.8 Indicateurs de politique économique et entrées nettes massives de capitaux privés 128
3.9 Variables macroéconomiques représentatives : moyennes durant, avant et après
les épisodes d’entrées nettes de capitaux privés 130
3.10 Croissance du PIB après l’afflux de capitaux, choix de variables macroéconomiques
et d’indicateurs de politique économique 131
3.11 Appréciation du taux de change effectif réel et réponse des autorités
à l’accélération de l’inflation 133
3.12 Dimension régionale 135
3.13 Résistance aux pressions du marché des changes et durée des épisodes
d’afflux de capitaux 136
3.14 Politique budgétaire et pressions de la balance des paiements 137
3.15 Mexique : recensement des épisodes d’entrées nettes massives de capitaux privés 140
4.1 Mondialisation commerciale 147
4.2 Mondialisation financière 148
4.3 Évolution tendancielle de l’inégalité dans le monde 150
4.4 Parts de revenu par quintiles 151
4.5 Revenu par habitant par quintiles 152
4.6 Revenu par habitant par quintiles dans certains pays 153
4.7 Inégalité et mondialisation : cas de certains pays 162
4.8 Influence du capital en technologies de l’information et de communication (TIC),
du crédit au secteur privé, de l’éducation et de l’emploi sectoriel 163
4.9 Explication des variations du coefficient de Gini 165
4.10 Décomposition des effets de la mondialisation sur l’inégalité 166
4.11 Inégalité et exportations agricoles 167
4.12 Stock d’investissement direct étranger par secteurs 168
4.13 Inégalité et technologie, 1981–2003 169
4.14 Explication de la variation de la part de revenu des quintiles supérieur et inférieur 171
4.15 Inégalité, part des importations provenant des pays en développement, titres
de créances entrants et investissement direct étranger sortant, 1981–2003 178
5.1 Une croissance mondiale forte et stable 184
5.2 Perspective historique des expansions 185
5.3 Perspective historique des récessions 186
5.4 Volatilité de la croissance dans les principales régions du monde 188
5.5 Décomposition de la variation de la volatilité de la production mondiale
par région 189
5.6 Décomposition de la variation de la volatilité de la production mondiale
par composantes de dépenses 190
5.7 Décomposition de la variation de la volatilité de la production des États-Unis 191
5.8 Volatilité des pays à croissance rapide 193
5.9 Déterminants des différences dans les attributs des cycles conjoncturels 198
5.10 Contribution aux différences de résultats 202

vii
HYPOTHÈSES ET CONVENTIONS

Les projections de la présente édition des Perspectives de l’économie mondiale reposent sur un certain
nombre d’hypothèses. On suppose que les taux de change effectifs réels resteront constants aux niveaux
moyens observés entre le 22 août et le 19 septembre 2007, et que les taux bilatéraux des monnaies
faisant partie du mécanisme de change européen II (MCE II) resteront constants en valeur nominale
par rapport à l’euro; que les politiques économiques nationales actuelles seront maintenues (en ce
qui concerne les hypothèses relatives aux politiques budgétaires et monétaires des pays industrialisés,
voir l’encadré A1); que le cours moyen du baril de pétrole sera de 68,52 dollars le baril en 2007 et de
75,00 dollars le baril en 2008, et qu’il restera constant en valeur réelle à moyen terme; que le LIBOR
(taux offert à Londres sur les dépôts interbancaires à six mois en dollars) s’établira en moyenne à 5,2 %
en 2007 et à 4,4 % en 2008; que le taux des dépôts interbancaires à trois mois en euros sera en moyenne
de 4,0 % en 2007 et de 4,1 % en 2008; enfin, que le taux des certificats de dépôt à six mois au Japon se
chiffrera en moyenne à 0,9 % en 2007 et à 1,1 % en 2008. Il s’agit évidemment d’hypothèses de travail
plutôt que de prévisions, et l’incertitude qui les entoure s’ajoute aux marges d’erreur inhérentes à toute
projection. Les estimations et projections sont fondées sur les statistiques disponibles jusqu’à fin sep-
tembre 2007.

Les conventions suivantes sont utilisées dans la présente étude :


... indique que les données ne sont pas disponibles ou pas pertinentes;
— indique que le chiffre est égal à zéro ou qu’il est négligeable;
– entre des années ou des mois (par exemple, 2005–06 ou janvier–juin) indique la période cou-
verte, de la première à la dernière année ou du premier au dernier mois indiqué inclusivement;
/ entre les deux années (par exemple, 2005/06) indique un exercice budgétaire (financier).
Par «billion», il faut entendre mille milliards.
Par «points de base», on entend un centième de point (de pourcentage). Ainsi 25 points de base équi-
valent à ¼ de point (de pourcentage).
Dans les graphiques et les tableaux, les zones mises en relief dénotent des projections des services
du FMI.
Les chiffres ayant été arrondis, il se peut que les totaux ne correspondent pas exactement à la somme
de leurs composantes.
Dans la présente étude, le terme «pays» ne se rapporte pas nécessairement à une entité territoriale
constituant un État au sens où l’entendent le droit et les usages internationaux. Il s’applique également
à un certain nombre d’entités territoriales qui ne sont pas des États, mais qui peuvent être considérées
comme des économies distinctes aux fins de l’analyse économique et de l’établissement des statistiques.

viii
FURTHER INFORMATION
INFORMATIONS ET DONNÉES
AND SUPPLÉMENTAIRES
DATA

Le présent rapport sur les perspectives de l’économie mondiale peut être consulté en version inté-
grale sur le site Internet du FMI, www.imf.org. On trouvera à la même adresse un ensemble d’informa-
tions (extraites de la base de données) plus étoffé que celui contenu dans le rapport, sous forme de
fichiers renfermant les séries le plus souvent demandées par les lecteurs. Ces fichiers peuvent être télé-
chargés et sont utilisables avec divers logiciels.
Les changements ci-après ont été apportés pour alléger l’Appendice statistique des Perspectives de
l’économie mondiale. À compter de la présente édition, la version imprimée du rapport n’inclura que les
tableaux de la partie A dans l’Appendice statistique.
La partie A contient les tableaux 1, 2, 3, 6, 7, 8, 11, 20, 25, 26, 31, 35, 43 et 44 des éditions antérieures
des Perspectives de l’économie mondiale; les tableaux 1.2 et 1.3 qui faisaient partie du texte principal du
rapport, et un nouveau tableau sur les flux de capitaux privés. Les tableaux de la partie A présentent
des données récapitulatives pour les pays avancés, ainsi que les pays émergents et les pays en développe-
ment, dans les catégories suivantes : production, inflation, politiques financières, commerce extérieur,
transactions courantes, balance des paiements et financement extérieur, flux de ressources, et scénario
de référence à moyen terme.
La partie B de l’Appendice statistique contient les autres tableaux. L’ensemble de l’Appendice statis-
tique, qui inclut les tableaux des parties A et B, ne sera disponible que sur le site Web (www.imf.org/ex-
ternal/pubs/ft/weo/2007/02/index.htm).
Les demandes de renseignements sur le contenu des Perspectives de l’économie mondiale et de la base de
données y afférentes doivent être adressées par courrier classique ou électronique ou par télécopie (le
service ne peut répondre aux demandes de renseignements par téléphone) à :

World Economic Studies Division


Research Department
International Monetary Fund
700 19th Street, N.W.
Washington, D.C. 20431, U.S.A.
Messagerie électronique : weo@imf.org Télécopie : (202) 623-6343

ix
FOREWORD
AVANT-PROPOS

L’équipe chargée d’élaborer les Perspectives de


l’économie mondiale n’a pas ménagé sa peine,
tout au long de cet été turbulent, pour anticiper les
événements, affiner ses analyses et maintenir à jour
nos prévisions. Sous la direction de Charles Collyns
et Tim Callen, la Division des perspectives de l’écono-
mie mondiale a travaillé en étroite collaboration avec
d’autres économistes du Département des études et de
Les pays émergents sont la nouvelle locomotive
divers départements du FMI, pour faire en sorte que
de la croissance mondiale
ces Perspectives soient aussi actuelles que possible (Pourcentage de la croissance mondiale)
tout en apportant cette indispensable perspective à
long terme. Nous espérons qu’elles vous aideront à Contributions à la croissance du PIB réel
mieux comprendre les événements de la période ré- Sur la base des taux PPA 35
cente, mais aussi à réfléchir à ce que nous réservent
2006 30
les quinze prochains mois.
2007 25

L
’économie mondiale est entrée dans une 20

période incertaine, qui pourrait aussi être 15


difficile. Les turbulences financières d’août 10
et de septembre menacent de mettre fin à cinq
5
années consécutives de croissance spectaculaire
0
dans le monde. Les marchés du crédit ont connu Chine Inde États- Zone Russie Japon Brésil
Unis euro
de graves problèmes et, si cette première phase
est désormais achevée, nous attendons encore de
Sur la base des taux du marché 35
voir quelles en seront les conséquences exactes.
2006
30
Pour le moment, toutefois, la situation se 2007
caractérise toujours davantage par des mena- 25

ces que par des conséquences graves pour les 20


grands agrégats macroéconomiques. À ce stade, 15
nous nous attendons à ce que la croissance
10
mondiale ralentisse en 2008, mais conserve
5
un rythme soutenu. L’expansion économique
devrait rester modérée aux États-Unis, où les 0
États- Zone Chine Japon Inde Royaume- Russie
problèmes du secteur immobilier sont plus aigus Unis euro Uni

qu’on ne le pensait précédemment et où l’im-


Source : calculs des services du FMI.
pact des perturbations du crédit ne s’est sans
doute pas encore fait pleinement sentir. Nous
nous attendons aussi à un certain ralentissement
au Japon, où le second trimestre a été décevant,
ainsi qu’en Europe, où il apparaît que certaines
banques étaient beaucoup plus engagées qu’on
ne le pensait dans les instruments financiers

xi
AVANT-PROPOS

exposés aux crédits hypothécaires à risque sur le l’Allemagne, au sortir d’un processus de réuni-
marché américain. fication long et difficile, apparaissait comme le
La bonne nouvelle vient des pays émergents moteur de la croissance. Mais les graves pertur-
et des pays en développement, qui ont bien ré- bations qu’a connues le marché des liquidités
sisté à la tourmente financière récente et posent interbancaires et les difficultés rencontrées par
aujourd’hui les bases d’une croissance mondiale certaines banques européennes ces derniers
solide en 2008. Pour la première fois, la Chine mois étaient dans une large mesure inattendues.
et l’Inde ont apporté la plus forte contribution Reste à savoir, maintenant, comment ces évolu-
nationale à la croissance mondiale (en parité tions influeront sur l’économie réelle.
de pouvoir d’achat, voir graphique). La Chine Je voudrais souligner, enfin, que les consé-
apporte aussi la plus forte contribution mesurée quences pour les déséquilibres mondiaux
aux prix du marché. De façon plus générale, les demeurent incertaines. Il semble probable
pays émergents et les pays en développement que le déficit extérieur courant des États-Unis
recueillent les fruits de la gestion macroécono- diminuera par rapport au PIB, ne serait-ce que
mique prudente conduite tout au long de la parce que le dollar s’est encore déprécié depuis
décennie. Il existe certes des facteurs de vulné- l’été — il a perdu plus de 20 % de sa valeur par
rabilité possible, et il faut donc se garder de tout rapport à son récent pic de 2002. Fort heureu-
excès d’optimisme, mais les pays émergents de- sement, un cadre de coopération a été mis en
vraient, dans l’avenir prévisible, confirmer leur place par les principaux pays impliqués dans ces
solidité actuelle. déséquilibres; c’est le résultat le plus important
Quant aux risques pour l’économie mon- de la consultation multilatérale organisée par
diale, nous estimons qu’ils penchent pour la le FMI cette année. Les pays producteurs de pé-
plupart dans un sens défavorable à la crois- trole continuent d’accroître leurs dépenses d’in-
sance; autrement dit, les événements imprévus frastructure et d’investissement et la Chine reste
qui pourraient survenir risquent davantage de déterminée à rééquilibrer sa demande afin de ré-
ralentir l’expansion que de l’accélérer. Le gra- duire son excédent extérieur courant, tandis que
phique 1.10 illustre les probabilités que la crois- l’Europe et le Japon poursuivent le processus de
sance soit supérieure ou inférieure à nos pré- réformes qui devrait les aider à se restructurer et
visions, compte tenu des erreurs de prévision stimuler leur demande intérieure. Nous pensons
antérieures, mais l’asymétrie qu’il révèle — et que ce cadre facilitera la correction progressive
qui découle de notre lecture des événements des déséquilibres et réduira les risques de fluc-
qui pourraient détourner l’économie mondiale tuations erratiques des taux de change, mais la
de notre scénario central — se situe presque situation demande à être suivie de près.
entièrement du côté des risques de révision à la Venons-en maintenant à nos travaux analy-
baisse de nos prévisions. tiques. Le chapitre 3 met en lumière un défi
Certains de ces risques ont déjà reçu une at- majeur pour de nombreux pays émergents ou
tention considérable : c’est le cas, en particulier, en développement — comment gérer les entrées
de ceux qui relèvent des marchés immobiliers et massives de capitaux dont ils bénéficient. Cet
des secteurs financiers. Mais d’autres sont plus afflux a certes ralenti au cours de l’été, mais les
surprenants : ainsi, les prix pétroliers restent dernières informations disponibles indiquent
élevés et la forte hausse des prix des denrées ali- qu’il aurait repris. Le chapitre expose les ensei-
mentaires fait craindre une reprise de l’inflation gnements que nous pouvons tirer des épisodes
dans les pays émergents et les pays en développe- récents d’entrées massives de capitaux recensés
ment. L’une des principales inconnues concerne de par le monde, et examine quels types de poli-
cependant ce qui se passera en Europe. Jus- tiques macroéconomiques peuvent aider à assu-
qu’aux événements de cet été, celle-ci était dans rer que la croissance restera solide après cet af-
la phase ascendante de son cycle économique et flux. Il apparaît que l’intervention sur le marché

xii
AVANT-PROPOS

des changes, stérilisée ou non, ne permet pas mais des mesures plus efficaces doivent être
de limiter l’appréciation du taux de change réel prises pour s’assurer que ses effets bénéfiques
ou d’éviter une décélération de la croissance sont mieux partagés.
une fois que les capitaux ont cessé d’affluer. Ce Le chapitre 5 offre un espoir — tempéré
qui est réellement utile, c’est de faire preuve de cependant par une mise en garde — au sujet
prudence dans les dépenses budgétaires. Il ne des perspectives à long terme de l’économie
s’agit pas de couper dans les dépenses lorsque mondiale. Si l’on analyse les chiffres du passé,
les capitaux affluent, mais plutôt de s’astreindre en se reportant aussi loin que les données com-
à une certaine discipline budgétaire. La grande parables le permettent (ce qui nous ramène aux
prudence que certains des principaux marchés alentours de 1960), il apparaît clairement que les
émergents ont montrée dans ce domaine de- cinq dernières années ont été marquées par la
puis la fin des années 90 doit être saluée, et a croissance la plus forte et la plus largement par-
sans aucun doute contribué à la solidité qu’ils tagée que l’on ait connue depuis les années 60.
affichent aujourd’hui. Espérons que d’autres Ce n’est pas le fruit du hasard, mais plutôt le
pays sauront tirer la même leçon. résultat d’une amélioration des cadres de po-
Le chapitre 4 se place dans une perspective à litique monétaire et budgétaire, ainsi que du
plus long terme pour analyser comment l’iné- perfectionnement des institutions de nombreux
galité a évolué à travers le monde, en particu- pays à revenu intermédiaire ou faible. Cela dit, la
lier durant l’essor récent des diverses formes de chance y a eu aussi sa part — le monde a connu
«mondialisation». Nous avons beaucoup écrit cinq années de faible inflation due notamment
sur les bénéfices de la mondialisation, y com- au coût peu élevé des produits manufacturés
pris dans la dernière édition des Perspectives de (imputable au processus de mondialisation) et
l’économie mondiale, mais les conclusions de ce à la relative stabilité des flux de capitaux privés.
chapitre devraient être considérées davantage On aurait donc tort de penser qu’il n’y aura pas
comme un avertissement. Dans presque tous de chocs à l’avenir, et ce chapitre avance des re-
les pays, en effet, l’inégalité s’est accentuée commandations qui aideraient à assurer que ces
au cours de la période récente. Les auteurs chocs n’aient pas de répercussions majeures.
montrent que le coupable n’est pas l’essor du En définitive, le principal message de ces
commerce international. Il semblerait plutôt Perspectives est que, aussi longtemps que les pa-
que la diffusion des nouvelles technologies à ramètres fondamentaux des politiques écono-
travers le monde, que ce soit en général ou par miques resteront solides et que les institutions ne
le canal de l’investissement direct étranger, seront pas altérées, l’économie mondiale devrait
ait bénéficié dans des proportions beaucoup continuer à connaître une croissance rapide à
plus importantes aux personnes les mieux for- laquelle participeront comme à présent la quasi-
mées. Il ne faut pas en déduire, bien sûr, que totalité des pays. Les événements de ces derniers
l’on doit s’opposer à l’adoption des nouvelles mois ont constitué un test essentiel pour la stabi-
technologies — cela ferait à coup «dérailler» la lité financière mondiale et révélé des facteurs de
croissance. L’objectif des autorités doit être au vulnérabilité insoupçonnés. Pour autant que ces
contraire d’offrir les possibilités d’éducation et facteurs restent circonscrits à un petit nombre
les autres services sociaux (soins de santé abor- de pays industrialisés et que l’on s’y attaque en
dables, régimes de retraite d’un coût raison- temps utile, l’impact sur la croissance mondiale
nable, etc.) nécessaires pour que le plus grand devrait être limité.
nombre de personnes possible puisse trouver L’important, dans les années qui viennent,
et conserver un emploi à forte productivité. Ce sera de faire en sorte que les pays émergents
serait une erreur d’éluder la question de l’ac- et les pays en développement continuent de
centuation de l’inégalité; la mondialisation est connaître une croissance rapide sans interrup-
une source de prospérité pour le monde entier, tion majeure. La stabilité macroéconomique est

xiii
AVANT-PROPOS

une condition nécessaire, mais pas suffisante, ment partagés par tous les pays et, dans chacun
de la croissance économique. Nous devons d’eux, par une fraction aussi large que possible
poursuivre le processus de libéralisation du com- de la population. Nous ferions bien de nous pré-
merce, permettre aux capitaux de se porter sur parer à de nouveaux chocs majeurs, favorables
les placements les plus productifs dans les pays ou non, et de redoubler d’efforts pour nous
pauvres et — c’est le plus important — veiller assurer que les politiques menées et les institu-
à ce que les fruits de la croissance soient large- tions en place permettront d’y faire face.

Simon Johnson
Conseiller économique et Directeur du Département
des études

xiv
RÉSUMÉ ANALYTIQUE

La croissance mondiale a été vigoureuse au premier expansion. Aux États-Unis, où le ralentissement


semestre de 2007, bien que les remous sur les marchés fi- du secteur du logement a continué de peser lour-
nanciers aient assombri les perspectives. Si les prévisions dement sur l’activité, la croissance a atteint en
pour 2007 n’ont guère été touchées, la projection de réfé- moyenne 2¼ % au premier semestre de 2007.
rence pour la croissance mondiale en 2008 a été révisée L’inflation a été maîtrisée dans les pays avan-
à la baisse de près de ½ point par rapport à la mise à cés, mais elle a progressé dans de nombreux pays
jour des Perspectives de l’économie mondiale en émergents et pays en développement, du fait de
juillet 2007. La croissance mondiale resterait quand la hausse des prix de l’énergie et des produits
même vigoureuse, à 4¾ %, portée par des paramètres alimentaires. Aux États-Unis, l’inflation hors
fondamentaux généralement solides et une forte expan- énergie et alimentation a reculé progressivement
sion dans les pays émergents. Cependant, les perspectives pour s’établir au-dessous de 2 %. Dans la zone
ont bien plus de chances d’être révisées à la baisse qu’à euro, l’inflation est généralement restée infé-
la hausse, la principale crainte étant que les tensions rieure à 2 % cette année, mais la hausse des prix
sur les marchés financiers s’aggravent et provoquent un de l’énergie et des produits alimentaires a contri-
ralentissement mondial plus prononcé. Dans l’immé- bué à une remontée de l’inflation en septembre;
diat, les pouvoirs publics ont donc pour tâche de rétablir au Japon, les prix ont dans l’ensemble stagné.
des conditions plus normales sur les marchés financiers Les tensions inflationnistes ont été plus fortes
et de préserver l’expansion. Les autres facteurs qui dans quelques pays émergents et pays en déve-
pèsent sur les perspectives sont le risque de tensions in- loppement, en raison de leur forte croissance et
flationnistes, la volatilité des marchés pétroliers et l’effet de la plus grande importance de la hausse des
des entrées massives de devises sur les pays émergents. prix des produits alimentaires dans leurs indices
Par ailleurs, des problèmes à plus long terme tels que le des prix à la consommation. L’accélération des
vieillissement de la population, la résistance croissante prix des produits alimentaires tient à l’utilisation
à la mondialisation et le réchauffement planétaire sont croissante du maïs et d’autres produits alimen-
une source de préoccupation. taires dans la production de biocarburants, ainsi
qu’aux mauvaises conditions climatiques dans
certains pays (appendice 1.1). Les cours du pé-
Conjoncture économique mondiale trole et des autres produits de base sont restés
La croissance mondiale est restée vigoureuse élevés du fait de la vigueur de la demande.
au premier semestre de 2007, à plus de 5 % La situation sur les marchés financiers est de-
(chapitre 1). En Chine, l’expansion s’est encore venue plus volatile. Comme noté dans l’édition
accélérée, à 11½ %, tandis que la croissance en d’octobre 2007 du Rapport sur la stabilité finan-
Inde et en Russie est demeurée très rapide. À eux cière dans le monde (Global Financial Stability
seuls, ces trois pays ont représenté la moitié de la Report), les conditions d’accès au crédit ont été
croissance mondiale au cours de l’année écou- resserrées, car les craintes croissantes concernant
lée. L’expansion est restée vigoureuse aussi dans les retombées des tensions sur le marché des
d’autres pays émergents et pays en développe- prêts hypothécaires à risque aux États-Unis ont
ment, notamment dans des pays africains à faible entraîné une hausse brutale du rendement des
revenu. Parmi les pays avancés, la croissance a ra- titres garantis par ces prêts, ainsi que d’autres
lenti dans la zone euro et au Japon au deuxième titres à risque élevé. Étant donné l’incertitude
trimestre de 2007, après deux trimestres de forte entourant la distribution des pertes et les craintes

xv
RÉSUMÉ ANALYTIQUE

croissantes concernant le risque de contrepartie, rapport au dollar et en valeur effective réelle,


les liquidités se sont raréfiées dans certains seg- mais l’excédent des transactions courantes de la
ments des marchés financiers. Dans un premier Chine a continué d’augmenter et ses réserves de
temps, les marchés d’actions ont reculé, sous change sont montées en flèche.
l’effet de la baisse de la valeur en bourse d’institu-
tions financières, mais les cours se sont redressés
depuis, et le rendement des obligations d’État à Perspectives et risques
long terme a diminué, car les investisseurs ont re- Étant donné les remous sur les marchés fi-
cherché des valeurs sûres. Les pays émergents ont nanciers, les projections de référence pour la
été touchés aussi, bien que relativement moins croissance mondiale ont été légèrement révisées
que lors de turbulences financières antérieures, à la baisse depuis la mise à jour des Perspectives de
et les prix des actifs restent élevés par rapport l’économie mondiale en juillet, mais la croissance
au passé. mondiale devrait rester vigoureuse. Elle devrait
Avant les récentes turbulences, les banques atteindre 5,2 % en 2007 et 4,8 % en 2008, ce
centrales à travers le monde étaient générale- dernier chiffre étant inférieur de 0,4 point à la
ment en train de durcir leur politique moné- prévision précédente. Les révisions à la baisse
taire pour éviter les tensions inflationnistes qui les plus marquées concernent les États-Unis, où
voyaient le jour. En août, cependant, face aux la croissance devrait s’établir à 1,9 % en 2008,
remous croissants sur les marchés, les grandes les pays où les effets de contagion des États-Unis
banques centrales ont injecté des liquidités seront probablement les plus marqués et les pays
sur les marchés monétaires pour stabiliser les où les répercussions des remous persistants sur
taux d’intérêt à court terme. En septembre, les marchés financiers seront probablement les
la Réserve fédérale a abaissé le taux des fonds plus sérieuses (voir chapitre 2).
fédéraux de 50 points de base et les marchés Les projections de référence pour la crois-
financiers s’attendent à de nouvelles baisses sance ont manifestement plus de chances d’être
dans les mois à venir. Les anticipations d’un révisées à la baisse qu’à la hausse. Si les para-
resserrement monétaire de la part de la Banque mètres fondamentaux qui soutiennent la crois-
d’Angleterre, de la Banque du Japon et de la sance sont solides et si la forte expansion dans
Banque centrale européenne ont été repoussées les pays émergents qui prennent de plus en plus
depuis le début des turbulences financières. Les d’importance est intacte, les risques de dégrada-
banques centrales de quelques pays émergents tion liés aux marchés financiers et à la demande
ont aussi injecté des liquidités pour atténuer les intérieure aux États-Unis et en Europe occiden-
tensions sur les marchés interbancaires, mais tale ont augmenté. Si la récente réévaluation du
pour d’autres, la priorité reste de faire face aux risque et le renforcement de la discipline sur
craintes inflationnistes. les marchés du crédit pourraient renforcer les
Les principales monnaies ont continué dans fondements de l’expansion à l’avenir, les risques
une large mesure d’évoluer comme depuis le à court terme qui pèsent sur la croissance sont
début de 2006. Le dollar américain s’est encore ainsi accrus. L’ampleur des répercussions sur
affaibli, bien que sa valeur effective réelle soit la croissance dépendra de la vitesse à laquelle
encore jugée supérieure à son niveau fondamen- la liquidité du marché retrouve un niveau plus
tal à moyen terme. L’euro s’est apprécié, mais il normal et du degré de resserrement du crédit.
reste dans une fourchette qui correspond plus Les projections de référence des services du FMI
ou moins aux paramètres fondamentaux. Le reposent sur l’hypothèse selon laquelle la liqui-
yen a rebondi vivement ces derniers mois, mais dité du marché est rétablie progressivement dans
il reste sous-évalué par rapport aux paramètres les mois à venir et que le marché interbancaire se
fondamentaux à moyen terme. Le renminbi a normalise, même s’il est prévu que des écarts de
continué de s’apprécier progressivement par rémunération plus larges subsistent. Néanmoins,

xvi
RÉSUMÉ ANALYTIQUE

il reste fort possible que les remous sur les risques se dissipent, un nouveau durcissement
marchés financiers persistent pendant quelque monétaire pourrait en fin de compte être néces-
temps. Une période prolongée de resserrement saire. En cas de ralentissement plus prolongé,
des conditions d’accès au crédit pourrait peser un assouplissement de la politique monétaire
lourdement sur la croissance, en particulier par devrait être envisagé. Au Japon, si les taux d’inté-
l’effet sur les marchés du logement aux États- rêt devront finalement retrouver un niveau plus
Unis et dans quelques pays européens. Les pays normal, il faudra, avant de relever les taux, qu’il
émergents d’Europe et les pays de la Commu- soit clairement établi que l’inflation prospective
nauté des États indépendants qui enregistrent un est fermement orientée à la hausse et que les
déficit courant élevé et des entrées massives de craintes concernant la volatilité récente du mar-
financement extérieur seraient aussi affectés si ché diminuent.
les entrées de capitaux diminuaient. Il conviendra de tirer en temps voulu les en-
Plusieurs autres facteurs pourraient aussi seignements des remous actuels sur les marchés
influer sur les perspectives de l’économie financiers internationaux. Une série de ques-
mondiale. Si, récemment, le risque posé par tions concerne les différentes méthodes que
l’inflation a diminué quelque peu en général, les banques centrales ont utilisées pour injecter
les cours du pétrole ont atteint de nouveaux des liquidités afin d’atténuer les tensions sur les
sommets et un nouveau bond des cours ne peut marchés financiers et le lien entre ces injections
être exclu, étant donné le niveau limité des ca- de liquidités et les dispositifs de protection finan-
pacités de production disponibles. Par ailleurs, cière. Il conviendra aussi de régler une série de
la persistance des déséquilibres mondiaux reste questions d’ordre réglementaire, comme noté
préoccupante. plus en détail dans l’édition d’octobre 2007 du
Rapport sur la stabilité financière dans le monde.
Il faudra veiller davantage à assurer une transpa-
Enjeux rence et une information adéquates de la part
Les pouvoirs publics à travers le monde se des institutions systémiquement importantes.
doivent dans l’immédiat de maintenir une forte Il sera utile aussi d’examiner la réglementation
croissance non inflationniste, une tâche qui du risque de liquidité, le périmètre de consoli-
est compliquée par les récents remous sur les dation des risques appliqué par les institutions
marchés financiers. Dans les pays avancés, après financières et la notation des produits financiers
un durcissement qui a ramené les politiques complexes; enfin, il sera opportun d’examiner si
monétaires à un niveau proche du neutre ou la structure d’incitations existante garantit une
supérieur, les banques centrales ont remédié à la évaluation adéquate des risques tout au long de
raréfaction récente des liquidités sur les marchés la chaîne des produits structurés.
et aux risques correspondants dans le secteur Les pays avancés ont rééquilibré substantielle-
financier, tout en continuant de se fonder sur ment leurs finances publiques lors de l’expansion
une évaluation des paramètres fondamentaux actuelle, mais ils doivent redoubler d’efforts pour
économiques pour prendre leurs décisions de en assurer la viabilité face au vieillissement de la
politique monétaire. Aux États-Unis, des signes population. L’amélioration récente des situations
selon lesquels la croissance restera probablement budgétaires tient en grande partie à la croissance
inférieure à la tendance justifieraient d’abaisser rapide des recettes qui résulte de la forte crois-
de nouveau les taux d’intérêt, à condition que sance des bénéfices et des revenus élevés, et on
les risques d’inflation restent limités. Dans la ne sait pas exactement dans quelle mesure ce
zone euro, la politique monétaire peut rester surcroît de recettes sera durable. Par ailleurs,
inchangée à court terme, étant donné les risques les programmes budgétaires actuels prévoient
représentés par les turbulences financières pour des réductions additionnelles limitées des ratios
la croissance et l’inflation. Cependant, si ces d’endettement au cours des prochaines années.

xvii
RÉSUMÉ ANALYTIQUE

Les pouvoirs publics devraient adopter des pro- aussi à un rééquilibrage nécessaire de la de-
grammes plus ambitieux de rééquilibrage bud- mande et à une résorption ordonnée des désé-
gétaire à moyen terme, ainsi que des réformes quilibres mondiaux.
qui permettront de faire face aux pressions crois- À l’échelle internationale, un thème commun
santes sur les dépenses de santé et de sécurité est la nécessité de tirer parti des possibilités
sociale, bien que, dans la plupart des pays, il soit créées par la mondialisation et les progrès tech-
possible de laisser opérer les stabilisateurs budgé- nologiques, tout en redoublant d’efforts pour
taires automatiques en cas de récession. faire en sorte que les avantages de ces change-
Plusieurs pays émergents font encore face à ments soient bien répartis parmi la population
un risque de surchauffe et à une hausse des prix dans son ensemble. Il est particulièrement im-
des produits alimentaires, et un nouveau dur- portant de veiller au bon fonctionnement des
cissement monétaire sera peut-être nécessaire. marchés : il est prioritaire d’accroître la produc-
Par ailleurs, en dépit des événements récents sur tivité dans le secteur financier et les services en
les marchés financiers, les entrées massives de Europe et au Japon, de résister aux mouvements
devises continueront probablement de compli- protectionnistes aux États-Unis et en Europe,
quer la tâche des pouvoirs publics. Comme noté ainsi que d’améliorer les infrastructures, de
au chapitre 3, il n’existe pas de formule simple développer les systèmes financiers et de renfor-
pour faire face à ces entrées de devises. Les pays cer l’environnement économique dans les pays
doivent se montrer pragmatiques, et trouver un émergents et les pays en développement.
dosage approprié de mesures qui sont adaptées La mondialisation est souvent tenue respon-
à leur contexte particulier et à leurs objectifs à sable de la hausse des inégalités observée dans
plus long terme. La politique budgétaire jouera la plupart des pays et des régions. Il est noté au
probablement un rôle essentiel. L’amélioration chapitre 4 que les progrès technologiques ont
des situations budgétaires tient à une forte crois- contribué le plus à la hausse récente des inégali-
sance des recettes, due au niveau élevé des cours tés, mais que la mondialisation financière — et
des produits de base, qui ne sera peut-être pas l’investissement direct étranger en particulier
durable. Par ailleurs, les dépenses publiques ont — a joué un rôle aussi. Contrairement à ce
augmenté dans de nombreux pays, ce qui a en- qu’on pense généralement, la mondialisation
core compliqué la gestion des entrées massives commerciale est en fait associée à une baisse des
de devises. Des mesures visant à éviter une forte inégalités. Il est important de veiller à ce que les
expansion des dépenses publiques, en particulier avantages de la mondialisation et des progrès
dans les pays émergents d’Europe, mais aussi en technologiques soient partagés plus largement
Amérique latine, aideraient à gérer les entrées de dans l’ensemble de la population. Grâce à une
devises et à continuer de réduire l’endettement amélioration de l’éducation et de la formation,
public. Cependant, dans les pays exportateurs les travailleurs disposeraient des compétences
de carburants, il est possible d’accroître les dé- appropriées pour l’économie mondiale du sa-
penses compte tenu des capacités d’absorption voir qui voit le jour. Une amélioration de l’accès
et de la position conjoncturelle de l’économie. des pauvres au crédit serait utile aussi, de même
Un durcissement des normes prudentielles dans qu’une libéralisation des échanges qui accé-
les systèmes financiers et une libéralisation des lérerait les exportations agricoles des pays en
sorties de capitaux peuvent jouer un rôle utile. développement.
Dans certains cas, un assouplissement du taux Le chapitre 5 examine l’expansion mondiale
de change faciliterait la régulation monétaire. actuelle dans une perspective historique : non
En ce qui concerne la Chine, une plus grande seulement la croissance a été plus vigoureuse
flexibilité à la hausse du renminbi ainsi que des que lors d’autres cycles récents, mais ses avan-
mesures qui réformeraient le régime de change tages sont aussi partagés plus largement dans
et doperaient la consommation contribueraient le monde entier et la volatilité économique a

xviii
RÉSUMÉ ANALYTIQUE

été plus faible. En fait, l’amélioration des poli- long terme et les coûts économiques immédiats
tiques monétaires et budgétaires, ainsi que des de leur atténuation. La politique énergétique doit
institutions, et la poursuite du développement s’attacher moins à protéger les sources d’énergie
financier signifient que les cycles conjoncturels nationales, et davantage à veiller au bon fonction-
seront probablement de plus longue durée et de nement du marché du pétrole et des autres mar-
moindre ampleur que dans le passé. Néanmoins, chés de l’énergie, à encourager la diversification
il convient de ne pas surestimer les perspectives des sources d’énergie (par exemple, en réduisant
de stabilité, et la récente augmentation de la vo- les obstacles aux échanges de biocarburants) et
latilité sur les marchés financiers a souligné que à mettre davantage l’accent sur les incitations de
les conditions favorables risquent de ne pas se prix pour limiter la croissance de la consomma-
maintenir. La fin brutale de la période de crois- tion d’énergie.
sance vigoureuse et soutenue des années 60 et Des progrès encourageants ont été accomplis
du début des années 70 nous avertit utilement de dans l’élaboration d’une stratégie conjointe de
ce qui peut se passer si les pouvoirs publics n’a- résorption des déséquilibres mondiaux, et il faut
justent pas leur action pour faire face en temps maintenant mener celle-ci à terme. La consulta-
opportun aux risques qui apparaissent. tion multilatérale sur les déséquilibres mondiaux
Dans certains domaines importants, une ac- organisée par le FMI, à laquelle ont participé
tion internationale conjointe sera cruciale. Il est les principaux pays concernés, représente la
très décevant de constater la lenteur des progrès première utilisation d’une approche innovatrice
récents du cycle des négociations commerciales face à des problèmes systémiques. Cette consul-
de Doha, et les grands pays commerçants devront tation a permis aux participants de mieux com-
faire preuve d’esprit d’initiative pour redynamiser prendre les problèmes des uns et des autres et de
le processus de libéralisation multilatérale du réaffirmer leur soutien à la stratégie du Comité
commerce. Une stratégie multilatérale est mani- monétaire et financier international (CMFI)
festement nécessaire aussi en ce qui concerne les — soutenir la croissance mondiale tout en ré-
changements climatiques et la sécurité énergé- duisant les déséquilibres — ainsi que de faire
tique. Comme noté à l’appendice 1.2, le réchauf- part des mesures spécifiques qu’ils entendent
fement planétaire est peut-être le plus gros pro- prendre dans le cadre de cette stratégie. La
blème d’action collective à l’échelle mondiale, les consultation a débouché sur une série de plans
conséquences négatives des activités de certains d’action qui, selon l’analyse des services du FMI,
étant ressenties largement par d’autres. Il impor- contribueront largement à atteindre les objectifs
tera que les pays établissent ensemble un cadre de la stratégie du CMFI. Avec l’accord des parti-
d’action fondé sur le marché qui met en balance cipants à la consultation, l’exécution de ces plans
les coûts des émissions de dioxyde de carbone à sera surveillée régulièrement par le FMI.

xix
1
C HAPITRE

PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Bien que la croissance mondiale soit restée vigoureuse Graphique 1.1. Indicateurs mondiaux1
au cours des derniers trimestres, les remous sur les (Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
marchés financiers ont assombri les perspectives. Les
L’économie mondiale enregistre sa période de plus forte croissance soutenue
projections de référence pour la croissance mondiale en depuis le début des années 70. L’expansion devrait rester supérieure à la tendance à
2008 ont été révisées à la baisse de près de ½ point par long terme en dépit des récentes turbulences financières, sous l’impulsion des pays
émergents et des pays en développement. L’inflation reste généralement faible, tandis
rapport à la mise à jour des Perspectives de l’éco- que le volume des échanges continue d’augmenter vigoureusement, quoique plus
nomie mondiale (ci-après Perspectives) en juillet lentement qu’en 2006.

2007 : la croissance resterait quand même vigoureuse, Croissance du PIB PIB réel mondial
8 6
à 4¾ %, portée par des paramètres fondamentaux réel mondial par habitant
5
généralement solides et la forte expansion dans les pays Tendance,
Tendance, 1970–20062
6
émergents (graphique 1.1). Cependant, les perspectives 1970–20062 4

ont bien plus de chances d’être révisées à la baisse qu’à 3


4
la hausse, la principale crainte étant que les tensions 2
sur les marchés financiers persistent et provoquent un 1
2
ralentissement mondial plus prononcé. Dans l’im-
0
médiat, les pouvoirs publics ont donc pour tâche de
0 –1
rétablir des conditions plus normales sur les marchés 1970 75 80 85 90 95 2000 05 10 1970 75 80 85 90 95 2000 05 10
financiers et de préserver l’expansion continue de l’ac-
tivité. Les autres facteurs qui pèsent sur les perspectives 8 Croissance du PIB réel Prix à la consommation 20
Pays en développement
sont le risque de tensions inflationnistes, la volatilité (médiane)
des marchés pétroliers, l’effet des entrées massives de 6 Pays en développement 15
(médiane)
devises sur les pays émergents et la persistance de désé-
quilibres mondiaux élevés. À plus long terme, il faudra 4 10
s’attaquer aux obstacles à une croissance soutenue qui
découlent du vieillissement de la population et de la 2 5
résistance croissante à la mondialisation. Pays
Pays avancés
avancés
0 0
1970 75 80 85 90 95 2000 05 10 1970 75 80 85 90 95 2000 05 10

La croissance mondiale vigoureuse face


16 Volume du commerce mondial Déséquilibres mondiaux 8
aux remous sur les marchés financiers (biens et services) (somme absolue des soldes
courants en pourcentage
La croissance mondiale est restée supérieure à 12 Tendance, du PIB mondial)
1970–20062 6
5 % au premier semestre de 2007. La croissance
8
chinoise s’est accélérée pour atteindre 11½ % et,
4
pour la première fois, elle apporte la plus forte 4
contribution à la croissance mondiale tant aux
2
taux de change du marché qu’aux parités de 0

pouvoir d’achat (PPA). L’Inde a continué d’enre-


–4 0
gistrer une croissance supérieure à 9 % et la Rus- 1970 75 80 85 90 95 2000 05 10 1970 75 80 85 90 95 2000 05 10
sie affiche une croissance proche de 8 %. À eux
1Les zones ombrées correspondent aux projections des services du FMI. Sauf indi-
seuls, ces trois pays ont représenté la moitié de cation contraire, les agrégats sont pondérés sur la base de la parité de pouvoir d’achat.
2Taux moyen de croissance des pays (somme pondérée en fonction de la parité
la croissance mondiale au cours de l’année écou-
de pouvoir d’achat). Au fil des ans, la pondération des pays à croissance plus
lée, mais d’autres pays émergents et pays en dé- rapide augmente, ce qui oriente la courbe vers le haut.

1
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

veloppement ont maintenu aussi une expansion


Graphique 1.2. Inflation mondiale vigoureuse. La croissance rapide dans ces pays a
(Variation sur douze mois des prix à la consommation, compensé la croissance modérée qui persiste aux
sauf indication contraire)
États-Unis (environ 2¼ % au premier semestre),
où la correction du marché du logement a conti-
L’inflation est maîtrisée dans les pays avancés, mais elle a progressé dans les pays
émergents du fait du rebond des cours du pétrole et de la hausse des prix alimentaires. nué de freiner considérablement l’activité. Dans
la zone euro et au Japon, la croissance a ralenti
5 Agrégats mondiaux — Inflation Agrégats mondiaux — Inflation 5 au deuxième trimestre, après deux trimestres de
non corrigée hors alimentation/énergie
Pays forte expansion.
Monde émergents2
4 4
L’inflation a été maîtrisée dans les pays
Pays avancés ces derniers mois, mais la hausse des
émergents2
prix des produits alimentaires a contribué à
3 3
accroître les tensions inflationnistes ailleurs
Monde (graphique 1.2). Aux États-Unis, l’inflation hors
2 2
Pays énergie et alimentation a reculé progressive-
avancés1 Pays avancés1 ment pour avoisiner 2 %, en grande partie à
1 1
2002 03 04 05 06 Juil. 2002 03 04 05 06 Juil. cause du ralentissement de l’augmentation des
07 07
prix du logement. Dans la zone euro, l’inflation
Pays avancés — Inflation Pays avancés — Inflation
est généralement restée inférieure à 2 % cette
4 4
non corrigée hors alimentation/énergie année, mais la hausse des prix de l’énergie et
des produits alimentaires a contribué à une re-
États-Unis3
montée de l’inflation en septembre; au Japon,
2 2
Zone euro les prix ont dans l’ensemble stagné. Cependant,
Zone euro l’inflation s’est redressée dans plusieurs pays
États-Unis3
0 0 émergents et pays en développement, du fait
Japon Japon
de la croissance vigoureuse de la demande in-
térieure et de la plus grande importance de la
–2
2002 03 04 05 06 Août 2002 03 04 05 06
–2
Août
hausse des prix alimentaires dans leurs indices
07 07 des prix à la consommation. L’accélération des
prix des produits alimentaires tient à l’utilisation
25 Pays émergents — Inflation Indice des cours des produits 100 croissante du maïs et d’autres produits alimen-
non corrigée de base (moyenne sur trois
20 mois de la variation en % 80 taires dans la production de biocarburants, ainsi
sur un an)
Métaux 60 qu’aux mauvaises conditions climatiques et aux
15 Russie
ruptures d’approvisionnement dans plusieurs
40
10 pays (encadré 1.1). Par ailleurs, les cours du
Brésil 20
pétrole ont atteint récemment de nouveaux som-
5
Inde 0 mets, en raison d’une croissance de la demande
Alimentation
0 –20 plus vigoureuse que prévu initialement face à la
Chine Combustibles
–5 –40 diminution de la production de l’Organisation
2002 03 04 05 06 Août 2002 03 04 05 06 Août
07 07 des pays exportateurs de pétrole (OPEP), d’une
hausse plus faible que prévu de la production
Sources : Haver Analytics; calculs des services du FMI. hors OPEP et de la persistance des problèmes
1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande,
Royaume-Uni, Suède et zone euro. géopolitiques (appendice 1.1).
2Afrique du Sud, Brésil, Bulgarie, Chili, Chine, Corée, Estonie, Hong Kong (RAS), Hongrie,
La situation sur les marchés du crédit s’est
Inde, Indonésie, Malaisie, Mexique, Pologne, Singapour, province chinoise de Taiwan
et Thaïlande. détériorée nettement depuis fin juillet, car une
3Déflateur des dépenses de consommation des ménages.
réévaluation du risque de crédit a accru la volati-
lité et réduit largement la liquidité. Dans un pre-

2
LA CROISSANCE MONDIALE VIGOUREUSE FACE AUX REMOUS SUR LES MARCHÉS FINANCIERS

mier temps, la hausse des impayés sur les prêts Graphique 1.3. Marchés du crédit parvenus à maturité
hypothécaires à risque aux États-Unis a entraîné (Taux d’intérêt en pourcentage, sauf indication contraire)
un accroissement brutal du rendement des titres
garantis par ces prêts et une forte augmentation La situation sur les marchés du crédit s’est détériorée nettement depuis fin juillet :
les problèmes du marché américain des prêts hypothécaires à risque ont entraîné
des marges sur les crédits structurés, en parti- une forte hausse du rendement des investissements à risque élevé. Les taux d’in-
culier aux États-Unis et dans la zone euro (gra- térêt des titres publics ont donc baissé, en raison d’un report sur les valeurs sûres
et de l’évolution des anticipations concernant l’orientation de la politique monétaire.
phique 1.3; voir aussi un examen détaillé dans
l’édition d’octobre 2007 du Rapport sur la sta-
7 Taux nominaux à court terme1 Taux d’intérêt réels 3
bilité financière dans le monde (Global Financial à court terme2
Stability Report, GFSR). À compter de la mi-août, 6 États- 2
États-Unis
Unis
l’incertitude croissante qui entoure le montant 5 Japon 1
et la distribution des moins-values et les craintes Zone
4 0
euro
concernant les engagements hors bilan des 3 –1
institutions financières ont aggravé les tensions
2 –2
sur les marchés. En conséquence, les émissions
1 –3
d’obligations d’entreprises à rendement élevé Japon
Zone euro
se sont taries, le marché des billets de trésorerie 0 –4
2000 02 04 06 Sept. 2000 02 04 06 Août
adossés à des actifs s’est nettement contracté, les 07 07

liquidités se sont soudainement raréfiées sur le


8 Taux d’intérêt nominaux Taux d’intérêt réels 3
marché interbancaire et les institutions financées à long terme 3 à long terme2
par les marchés monétaires à court terme ont 2
été mises en difficulté. Le rendement des effets 6 États- États-
Unis 1
Unis
publics a baissé fortement : les investisseurs ont Japon
0
recherché des valeurs sûres et les anticipations 4
–1
de la politique monétaire ont été révisées. Vers Zone
euro –2
la fin de septembre, certaines tensions ont com- 2 Japon Zone euro
mencé à s’atténuer, après une baisse de 50 points –3

de base du taux des fonds fédéraux, mais la situa- 0 –4


2000 02 04 06 Sept. 2000 02 04 06 Août
tion reste tendue sur le marché du crédit, avec 07 07
des marges plus larges et peu d’émissions d’actifs
à risque. Les marchés d’actions des pays avancés 500 Pentes des courbes de 240 Marges des obligations de 1200
rendement (points de base)4 sociétés (points de base) 5
ont aussi reculé après les records atteints en 180 Europe 900
400
août, du fait de la baisse de la valeur en bourse États- rendement élevé
Unis 120 (échelle de droite) 600
des institutions financières, mais les cours ont re- 300
Europe premier
60 rang (échelle 300
gagné le terrain perdu (graphique 1.4). 200 (de gauche)
0 0
Les pays émergents ont été affectés aussi : les
100 Japon EU premier
marges souveraines se sont creusées, les marchés –60
rang (échelle
–300
Zone de gauche)
d’actions ont reculé et les flux de capitaux ont 0 euro –120 EU rendement –600
élevé (échelle de droite)
diminué (graphique 1.5). Cependant, globale- –100 –180 –900
2000 02 04 06 Sept. 2000 02 04 06 Sept.
ment, les répercussions ont été moindres que 07 07
lors des remous antérieurs sur les marchés finan-
ciers, et les cours des actions dans les pays émer- Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; Merrill Lynch; calculs des services du FMI.
1Bons du Trésor à trois mois.
gents sont de nouveau au plus haut. Ce ressort 2Par rapport à l’inflation non corrigée. Écarts par rapport à la moyenne de 1990–2007
s’explique par deux facteurs. Premièrement, les (août).
3Obligation d’État à dix ans.
remous sont liés à des problèmes sur des mar- 4Obligation d’État à dix ans moins bon du Trésor à trois mois.
5Écarts par rapport à la moyenne de 2000–07 (septembre).
chés d’instruments de crédit innovateurs et dans
des structures institutionnelles qui sont moins

3
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

courants dans les pays émergents. Deuxième-


ment, la plupart des pays émergents ont réduit
Graphique 1.4. Indicateurs des marchés financiers leur vulnérabilité extérieure en renforçant le
parvenus à maturité
bilan de leur secteur public et leur cadre d’ac-
Les marchés d’actions ont été touchés initialement par les remous sur les marchés tion. Cela dit, certains pays qui ont enregistré des
du crédit : la volatilité a augmenté nettement. Cependant, les cours ont regagné du
terrain perdu ces dernières semaines. entrées massives de capitaux à court terme ont
subi des pressions sur les marchés interbancaires
120 Marchés d’actions 30 Coefficients ajustés de 45 lorsque ces flux ont commencé à s’inverser.
(mars 2000 = 100; monnaie capitalisation des résultats 1
110 nationale) Avant les récents remous, les banques cen-
Pays
100 20 30
industrialisés Japon trales à travers le monde étaient généralement
90 Wilshire (MSCI) (échelle de droite)
5000 10 15 en train de relever leurs taux directeurs pour
80
éviter les tensions inflationnistes qui apparais-
70
0 0 saient. Cependant, en août, face aux tensions
60
50
Topix Allemagne croissantes sur les marchés, les banques centrales
DJ Euro –10 États-Unis –15
Stoxx (échelle de (échelle de des principaux pays avancés ont injecté des liqui-
40 gauche) gauche)
30 –20 –30 dités à l’aide d’opérations d’open-market à une
2000 02 04 06 Sept. 2000 02 04 06 Sept.
07 07 échelle sans précédent depuis la crise Long-Term
Capital Management (LTCM)/Russie en 1998
Volatilité des marchés d’actions Volatilité des monnaies 42
100 pour stabiliser les taux d’intérêt au jour le jour.
(moyenne mobile sur trois mois (moyenne mobile sur trois mois
de la volatilité effective du de la volatilité effective) 36 Elles ont aussi facilité l’accès à leurs guichets
80 S&P 500) Euro/dollar Yen/dollar
(effectif) (effectif) 30 d’escompte et, au Royaume-Uni, les autorités
S&P 500
60 ont élargi la couverture de la garantie des dé-
24
pôts pour rassurer les déposants après qu’une
18
40 banque s’est trouvée en difficulté. En septembre,
12 la Réserve fédérale a réagi à l’augmentation
20
Yen/dollar Euro/dollar 6 des risques pesant sur la croissance en abaissant
VIX 2 (implicite) (implicite)
0 0 le taux des fonds fédéraux de ½ point, et les
2000 02 04 06 Sept. 2000 02 04 06 Sept.
07 07 opérateurs des marchés s’attendent à de nou-
velles baisses dans les mois à venir. Par ailleurs,
30 Prix des biens résidentiels Croissance du crédit privé 21 les anticipations d’un resserrement monétaire
(variation en % sur un an) (variation en % sur un an)
par la Banque centrale européenne (BCE) et
Royaume-
20 Uni États- 14 la Banque du Japon ont été repoussées. Les
États- Unis
Zone
Unis
euro
banques centrales de plusieurs pays émergents
10 7 (par exemple, de l’Argentine, du Kazakhstan
et de la Russie) ont injecté aussi des liquidités
Zone euro pour atténuer les tensions sur les marchés inter-
0 0

Japon Japon bancaires, mais pour d’autres, la priorité reste


–10 –7 de faire face aux craintes d’inflation (l’Afrique
1995 97 99 2001 03 05 07 : 2000 02 04 06 Août
T2 07 du Sud, le Chili et la Chine ont relevé leurs taux
d’intérêt depuis août).
Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; Datastream; CEIC Data Company Limited; Le dollar américain a regagné temporaire-
Haver Analytics; FMI, International Financial Statistics; OCDE, Perspectives économiques;
calculs des services du FMI. ment du terrain perdu en août au milieu des
1Ratios des cours des actions à la moyenne mobile des résultats des dix années précé-
dentes, corrigés de la croissance tendancielle nominale. Moyennes mobiles sur trois mois
turbulences financières, mais il est de nouveau
des écarts par rapport à la moyenne de 1990 à septembre 2007. orienté à la baisse depuis, sur fond de déficit
2 VIX : indice de volatilité de la Bourse d’options de Chicago. Il s’agit d’une moyenne
pondérée de la volatilité implicite pour les huit options d’achat et de vente du S&P 500. courant élevé, de croissance économique lente
et de baisse du taux des fonds fédéraux (gra-
phique 1.6). Selon les services du FMI, le dollar

4
LA CROISSANCE MONDIALE VIGOUREUSE FACE AUX REMOUS SUR LES MARCHÉS FINANCIERS

reste surévalué par rapport aux paramètres


fondamentaux à moyen terme1. Bien que l’euro
se soit en général apprécié en valeur effective,
Graphique 1.5. Conditions de financement
il reste dans une fourchette qui correspond des pays émergents
plus ou moins aux paramètres fondamentaux
à moyen terme. La livre sterling et le dollar Les flux de capitaux vers les pays émergents et la croissance du crédit privé sont restés
vigoureux au premier semestre de 2007. Depuis juillet, les remous sur les marchés
canadien se sont aussi appréciés en valeur ef- financiers ont entraîné un creusement des écarts de rendement des obligations et un
fective réelle; la livre est considérée comme recul des cours des actions, mais, en général, les prix des actifs restent proches de
leur sommet dans les pays émergents.
étant surévaluée par rapport aux paramètres
fondamentaux, alors que la valeur du dollar 70 Financement des pays émergents Marges de taux d’intérêt 1200
(milliards de dollars EU) (points de base)
canadien correspond plus ou moins aux para- 60 1000
mètres fondamentaux. Le yen s’est déprécié un 50
800
peu plus rapidement jusqu’à fin juin, en dépit 40
de l’augmentation de l’excédent courant du 600
30 Rendement
Japon, car la persistance de taux d’intérêt faibles élevé 400
20
et le déclin de la préférence nationale des inves-
10 EMBI+ 200
tisseurs japonais ont encouragé les sorties de ca-
AAA
pitaux. Cependant, le yen a rebondi depuis, car 0 0
2002 03 04 05 06 Août 2002 03 04 05 06 5 oct.
la volatilité accrue des marchés a entraîné le dé- 07 07
nouement de certaines opérations spéculatives
sur écart de rendement vis-à-vis du yen («carry 0,6 Coévolution des marges1 Marchés d’actions émergents 600
(2001 = 100; Europe
trade»); il reste toutefois sous-évalué par rapport 0,5 monnaie nationale) orientale 500
aux paramètres fondamentaux à moyen terme.
0,4 400
Le renminbi a continué de s’apprécier pro- Amérique
latine
gressivement par rapport au dollar américain 0,3 300
et sa valeur effective réelle a augmenté modéré-
0,2 200
ment ces derniers mois (graphique 1.7). Néan- Asie
moins, l’excédent des transactions courantes de 0,1 100

la Chine a continué de se creuser et ses réserves 0,0 0


2002 03 04 05 06 5 oct. 2002 03 04 05 06 Sept.
de change de monter en flèche, pour dépasser 07 07
1,4 billion de dollars fin août. D’autres pays
émergents ont enregistré aussi des entrées mas- 25 Taux d’intérêt à court terme Croissance du crédit privé 35
(pourcentages) (variation annuelle
sives de devises, sous la forme de transactions sur un an)
28
courantes et d’opérations en capital, d’où une 20 Amérique Amérique
latine latine
appréciation considérable de la monnaie dans 21
15 Asie
plusieurs pays et une accumulation rapide des 14
réserves de change qui a alimenté une croissance 10
Europe 7
vigoureuse du crédit intérieur. De manière gé- orientale Europe
5 orientale
nérale, les monnaies des pays émergents se sont 0
Asie
affaiblies en juillet et en août, du fait des remous –7
0
sur les marchés financiers internationaux, mais 2002 03 04 05 06 Sept. 2002 03 04 05 06 Juin
07 07
elles se sont redressées depuis.
Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; Capital Data; FMI, International Financial
Statistics; calculs des services du FMI.
1Moyenne de la corrélation croisée glissante sur trente jours entre les marges des marchés
obligataires émergents.
1Plusieurs méthodes d’évaluation du niveau d’un taux

de change par rapport aux paramètres fondamentaux à


moyen terme sont décrites dans FMI (2006).

5
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Légère révision à la baisse


des perspectives de référence et
intensification des risques
Graphique 1.6. Secteur extérieur de dégradation
des principaux pays avancés
Étant donné les remous sur les marchés
Le dollar américain a continué de se déprécier, alors que le déficit courant des États-
Unis a baissé modérément au cours des derniers trimestres, mais reste proche de financiers, les projections de référence pour
6 % du PIB. Le yen a rebondi en août, car les turbulences financières ont entraîné le l’économie mondiale ont été légèrement révi-
dénouement d’opérations spéculatives sur écart de rendement vis-à-vis du yen.
L’euro reste orienté à la hausse. sées à la baisse depuis la mise à jour des Perspec-
tives en juillet 2007, mais la croissance devrait
Taux de change effectif nominal 140
(indice, 2000 = 100)
rester vigoureuse. Selon les dernières prévisions
130 du FMI, la croissance mondiale ralentirait de
120 5,4 % en 2006 à 5,2 % en 2007 et à 4,8 % en
Zone
États- euro
110
2008 (tableau 1.1 et graphique 1.8). Les révi-
Unis
sions à la baisse les plus marquées concernent
100
les États-Unis et les pays où les effets de conta-
90
gion financière et commerciale du ralentisse-
Japon 80 ment américain seront probablement les plus
70 marqués (en particulier, le Canada, le Mexique
2000 02 04 06 Sept.
07 et certains pays émergents d’Asie).
Aux États-Unis, il est maintenant prévu que
Taux de change effectif réel 30
(écart par rapport à la moyenne de 1980–2007)
la croissance s’établira encore à 1,9 % en 2008,
20 soit presque 1 point au-dessous des projections
antérieures. Les difficultés actuelles sur le mar-
10
ché hypothécaire devraient prolonger la baisse
0 de l’investissement résidentiel, alors que la
Japon
–10
hausse des prix de l’énergie, la croissance atone
États- de l’emploi et la baisse des prix du logement
Zone Unis –20
euro pèseront probablement sur les dépenses de
–30 consommation. Dans la zone euro, la croissance
2000 02 04 06 Sept.
07 a été révisée à la baisse à 2,1 % en 2008, soit
0,4 point de moins qu’en juillet, en raison des
Soldes des transactions courantes 6 effets retardés de l’appréciation de l’euro, des
(en pourcentage du PIB)
répercussions du ralentissement américain sur
Japon 3
les échanges commerciaux et du durcissement
0 des conditions de financement. Au Japon, les
Zone prévisions de croissance sont ramenées à 2 % en
euro –3 2007 et à 1,7 % en 2008 (soit 0,6 et 0,3 points de
moins que prévu en juillet, respectivement), du
–6
fait de données inférieures aux prévisions pour
États-Unis
–9 le PIB au deuxième trimestre, du ralentissement
2000 01 02 03 04 05 06 07 :
T2 de la croissance mondiale et d’une légère ap-
préciation du yen. Dans les pays émergents et
Sources : Haver Analytics; calculs des services du FMI. les pays en développement, la croissance devrait
rester très vigoureuse. La croissance chinoise
devrait atteindre 10 % en 2008, soit 0,5 point de
moins que prévu dans la mise à jour de juillet.

6
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

Pour les projections de référence, il est sup- Graphique 1.7. Secteur extérieur des pays émergents
posé que la liquidité du marché est rétablie et des pays en développement
graduellement dans les mois à venir et que le
marché interbancaire se normalise, bien que des Les monnaies des pays émergents et des pays en développement se sont généra-
lement appréciées, face aux entrées massives de devises et en dépit de lourdes
marges plus larges persistent sur les actifs plus interventions qui ont porté les réserves à des niveaux records.
risqués après une période prolongée de marges
exceptionnellement faibles et que les pratiques 120 Taux de change effectif Taux de change effectif 130
en matière de prêts soient plus strictes. Ces hy- nominal (indice, 2000 = 100) nominal (indice, 2000 = 100)
120
pothèses correspondent à ce qui s’est produit 110 Chine Europe
centrale3 110
dans le passé après des remous sur les marchés NEI1
financiers (encadré 1.2). Il est supposé aussi que 100
100
la Réserve fédérale abaisse les taux d’intérêt de Afrique4 90
Moyen-
50 points de base d’ici la fin de l’année, et que la Orient 5 80
90 ASEAN-42
BCE et la Banque du Japon s’abstiennent de rele- Inde
Amérique 70
ver leurs taux d’intérêt jusqu’à la fin de l’année. latine 6
80 60
Dans ces conditions, les services du FMI sont 2000 02 04 06 Sept. 2000 02 04 06 Sept.
07 07
d’avis que de solides paramètres fondamentaux
continueront de soutenir une croissance mon- 30 Taux de change effectif réel Taux de change effectif réel 40
diale vigoureuse. Dans les pays avancés, ce ressort (écart par rapport à la moyenne (écart par rapport à la moyenne
de 1990–2007) de 1990–2007) 30
20
tient notamment à la solidité des bilans et du Europe
Chine centrale3 20
capital des principales institutions financières 10
Moyen- 10
au début de la période récente, à la rentabilité Inde
Orient 5
0
élevée et à l’endettement généralement faible du 0
secteur des entreprises, ainsi qu’à la bonne tenue –10 NEI1
–10
des marchés du travail et du patrimoine net des –20 ASEAN-42
Amérique
latine 6 –20
ménages. Par ailleurs, la croissance vigoureuse de Afrique4
–30 –30
la demande intérieure dans les pays émergents de- 2000 02 04 06 Sept. 2000 02 04 06 Sept.
07 07
vrait rester un moteur important de la croissance
mondiale, le renforcement du bilan des secteurs 900 Réserves de change Réserves de change 450
publics et des cadres d’action permettant à la plu- 800
(indice, 2000 = 100) (indice, 2000 = 100)
400
Moyen-
part de ces pays de faire face à un affaiblissement 700 Orient 350
Chine
de la demande extérieure (graphique 1.9). En 600
300
Afrique
fait, un ralentissement des entrées de capitaux 500
subsaharienne 250
par rapport au rythme élevé du premier semestre 400 Inde
200
de 2007 pourrait atténuer les craintes d’une ap- 300 Europe centrale
200 NEI1 Amérique 150
préciation excessive des monnaies ou d’une crois- latine
100 ASEAN-4 2 100
sance trop rapide du crédit.
0 50
Cependant, il est clair que les prévisions de 2000 02 04 06 Juil. 2000 02 04 06 Juin
07 07
référence risquent d’être révisées à la baisse plu-
tôt qu’à la hausse. Comme indiqué dans le gra- Sources : FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.
1Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.
phique en éventail du panneau supérieur du gra- 2Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.
phique 1.10, les services du FMI sont d’avis qu’il 3Hongrie, Pologne et République tchèque.
4Afrique du Sud, Botswana, Burkina Faso, Cameroun, République du Congo, Côte d'Ivoire,
existe une chance sur six que la croissance mon- Djibouti, Éthiopie, Gabon, Ghana, Guinée, Guinée équatoriale, Kenya, Madagascar, Mali,
diale tombe à 3½ % ou moins en 2008. L’aug- Maurice, Mozambique, Namibie, Niger, Nigéria, Ouganda, Rwanda, Sénégal, Soudan, Tanzanie,
Tchad et Zambie.
mentation du risque de dégradation depuis la 5Arabie Saoudite, Bahreïn, Égypte, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Jordanie,
Koweït, Liban, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.
mise à jour de juillet 2007 tient principalement 6Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.
à la détérioration des conditions de financement

7
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Tableau 1.1. Perspectives de l’économie mondiale : aperçu des projections


(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
Écart par rapport
aux projections
Projections actuelles de juillet 2007
2005 2006 2007 2008 2007 2008
Production mondiale 4,8 5,4 5,2 4,8 — –0,4
Pays avancés 2,5 2,9 2,5 2,2 –0,1 –0,6
États-Unis 3,1 2,9 1,9 1,9 –0,1 –0,9
Zone euro 1,5 2,8 2,5 2,1 –0,1 –0,4
Allemagne 0,8 2,9 2,4 2,0 –0,2 –0,4
France 1,7 2,0 1,9 2,0 –0,3 –0,3
Italie 0,1 1,9 1,7 1,3 –0,1 –0,4
Espagne 3,6 3,9 3,7 2,7 –0,1 –0,7
Japon 1,9 2,2 2,0 1,7 –0,6 –0,3
Royaume-Uni 1,8 2,8 3,1 2,3 0,2 –0,4
Canada 3,1 2,8 2,5 2,3 — –0,5
Autres pays avancés 3,9 4,4 4,3 3,8 0,1 –0,3
Nouvelles économies industrielles d’Asie 4,7 5,3 4,9 4,4 0,1 –0,4
Pays émergents et en développement 7,5 8,1 8,1 7,4 0,1 –0,2
Afrique 5,6 5,6 5,7 6,5 –0,7 0,3
Afrique subsaharienne 6,0 5,7 6,1 6,8 –0,8 0,4
Europe centrale et orientale 5,6 6,3 5,8 5,2 0,1 –0,2
Communauté des États indépendants 6,6 7,7 7,8 7,0 0,2 –0,1
Russie 6,4 6,7 7,0 6,5 — –0,3
Russie non comprise 6,9 9,8 9,4 8,1 0,6 0,3
Asie, pays en développement d’ 9,2 9,8 9,8 8,8 0,2 –0,3
Chine 10,4 11,1 11,5 10,0 0,3 –0,5
Inde 9,0 9,7 8,9 8,4 –0,1 —
ASEAN-4 5,1 5,4 5,6 5,6 0,2 –0,1
Moyen-Orient 5,4 5,6 5,9 5,9 0,5 0,4
Hémisphère occidental 4,6 5,5 5,0 4,3 — –0,1
Brésil 2,9 3,7 4,4 4,0 — –0,2
Mexique 2,8 4,8 2,9 3,0 –0,2 –0,5
Pour mémoire
Union européenne 2,0 3,2 3,0 2,5 –0,1 –0,3
Croissance mondiale calculée sur la base des cours de change 3,3 3,8 3,5 3,3 –0,1 –0,4
Volume du commerce mondial (biens et services) 7,5 9,2 6,6 6,7 –0,5 –0,7
Importations
Pays avancés 6,1 7,4 4,3 5,0 –0,3 –1,0
Pays émergents et en développement 12,1 14,9 12,5 11,3 –0,3 0,2
Exportations
Pays avancés 5,8 8,2 5,4 5,3 –0,1 –0,9
Pays émergents et en développement 11,1 11,0 9,2 9,0 –1,5 –0,2
Cours des produits de base (en dollars EU)
Pétrole1 41,3 20,5 6,6 9,5 7,4 1,7
Produits de base hors combustibles (moyenne fondée sur la
pondération des exportations mondiales de produits de base) 10,3 28,4 12,2 –6,7 –2,3 1,1
Prix à la consommation
Pays avancés 2,3 2,3 2,1 2,0 0,1 –0,1
Pays émergents et en développement2 5,2 5,1 5,9 5,3 0,5 0,6
Taux du LIBOR à six mois (en pourcentage)3
Dépôts en dollars 3,8 5,3 5,2 4,4 –0,2 –0,9
Dépôts en euros 2,2 3,1 4,0 4,1 0,2 0,4
Dépôts en yen 0,1 0,4 0,9 1,1 0,1 –0,1
Note : On suppose que les taux de change effectifs restent, en valeur réelle, aux niveaux observés entre le 22 août et le 19 septembre 2007.
Voir l’appendice statistique pour détails, groupes et méthodologies.
1Moyenne simple des cours U.K. Brent, Dubaï Fateh et West Texas Intermediate. Le cours moyen du pétrole en 2006 était de 64,27 dollars le

baril; hypothèse pour 2007 : 68,52 dollars le baril; et pour 2008 : 75 dollars le baril.
2À l’exclusion du Zimbabwe; voir le tableau 2.7 pour plus d’informations.
3Taux à six mois pour le dollar EU et le yen. Taux à trois mois pour l’euro.

8
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

et à l’incertitude entourant l’évolution de la de-


mande intérieure aux États-Unis et en Europe,
comme le montre le panneau inférieur du gra- Graphique 1.8. Perspectives mondiales
(PIB réel; variations en pourcentage sur un an)
phique 1.10. On considère maintenant que la
demande intérieure en Europe occidentale et au Si les projections ont été révisées légèrement à la baisse en raison des récentes
Japon risque plutôt d’être révisée à la baisse, et turbulences financières, la croissance devrait rester soutenue en 2007–08. Les pays
émergents d’Asie restent la locomotive de l’économie mondiale, mais toutes les
que les prévisions ont plus ou moins autant de régions devraient enregistrer de bons résultats.
chances d’être révisées à la hausse qu’à la baisse
dans les pays émergents — précédemment, la ba- 9 6
lance penchait du côté d’une révision à la hausse États-Unis
8 5
Pays émergents
dans ces pays. Par contre, les risques liés à l’in- 7 4
flation et à la volatilité du marché pétrolier sont 6 Monde 3

aujourd’hui un peu moins préoccupants, car les 5 2


4 1
contraintes affectant l’offre et les tensions sur les
3 0
marchés des produits de base seraient réduites Zone
2 euro –1
par un ralentissement de la croissance mondiale. Pays
Japon
1 industrialisés1 –2
La persistance des déséquilibres mondiaux reste
0 –3
quant à elle préoccupante. 1996 98 2000 02 04 06 08 1996 98 2000 02 04 06 08

12 Europe 8
Chine Inde
Risques liés aux marchés financiers centrale et
8 orientale4 6
Les éditions antérieures des Perspectives et du
4 4
Rapport sur la stabilité financière dans le monde NEI 2
ont noté avec préoccupation que la volatilité 0 2
Brésil
accrue et un élargissement des primes de risque –4 0
par rapport à des niveaux exceptionnellement
–8 Amérique –2
faibles pourraient peser considérablement sur ASEAN-43 latine 5
l’activité économique. La manifestation de ces –12 –4
1996 98 2000 02 04 06 08 1996 98 2000 02 04 06 08
risques lors des remous récents sur les marchés
financiers entraîne une révision à la baisse des 15 8
prévisions de référence. Néanmoins, la situation 12 CEI 6 7
sur les marchés financiers demeure une source 9 Moyen-
Orient 6
majeure de risque de révision à la baisse des pers- 6
5
pectives de l’économie mondiale. Si le scénario 3
4
de référence suppose un retour à des conditions 0 Afrique
3
–3 subsaharienne
plus normales sur les marchés après une réé- 2
–6
valuation du risque, il reste fort possible que Russie
–9 1
les remous récents persistent pendant quelque
–12 0
temps et entraînent un «resserrement du crédit» 1996 98 2000 02 04 06 08 1996 98 2000 02 04 06 08

plus prononcé que prévu dans le scénario de


Sources : Haver Analytics; estimations des services du FMI.
référence, avec des répercussions macroécono- 1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande,

miques bien plus sérieuses. Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro.


2Corée, Hong Kong (RAS), Singapour et province chinoise de Taiwan.
Comme expliqué plus en détail dans l’édition 3Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande.
4Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne et République tchèque.
d’octobre 2007 du Rapport sur la stabilité finan- 5Argentine, Brésil, Chili, Colombie, Mexique, Pérou et Venezuela.
cière dans le monde, l’évolution récente des mar- 6Communauté des États indépendants.

chés financiers représente un retour inévitable


à une plus grande discipline de marché après

9
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Graphique 1.9. Indicateurs courants et avancés une période où les primes de risque étaient
(Variations en pourcentage par rapport à l’année précédente, très faibles et le coût du crédit peu élevé, ce qui
sauf indication contraire)
devrait en fin de compte renforcer les fonde-
La croissance de la production industrielle et du commerce a ralenti depuis 2006, du ments de la croissance mondiale. Cependant, la
fait du fléchissement de la croissance dans les pays avancés. Les indicateurs de con-
fiance des consommateurs et des entreprises ont reculé récemment, mais restent correction a été extrêmement désordonnée, en
généralement positifs. La demande intérieure continue d’augmenter vigoureusement raison de l’incertitude entourant la distribution
dans les pays émergents.
des moins-values et le tarissement de la liquidité
16 Production industrielle Commerce mondial 40 sur le marché monétaire. Alors que les marchés
Pays (en DTS) Pays
12 émergents2 émergents2
32 réévaluent les risques et que l’incertitude est
24
réduite, la solidité initiale du capital et de la ren-
8 Monde tabilité des principales institutions financières et
16
4 la dispersion des pertes parmi les investisseurs
8
devraient limiter les risques systémiques. L’issue
0
0 la plus probable qui est incluse dans le scéna-
Monde Pays
–4 Pays industrialisés1 –8 rio de référence est donc un retour graduel à
industrialisés1
–8 –16 des conditions plus normales sur les marchés
1999 2001 03 05 Juill. 1999 2001 03 05 Juill.
07 07 après une réévaluation des risques de crédit et
Confiance des chefs d’entreprise
un durcissement des pratiques en matière de
Confiance des consommateurs
70 (indice) 10 180 (indice) 8 prêts. Certains segments des marchés financiers
Zone euro
65 (échelle de 0
160 Zone euro 4 se contracteront probablement très fortement
droite) (échelle de droite)
140 0 — notamment le marché des prêts hypothécaires
60 –10 États-Unis
120 (échelle de gauche) –4 à risque (subprime) et les formes plus risquées de
55 –20 100 –8 titrisation — alors que les primes de risque pour
80 –12 les emprunts d’entreprises de deuxième catégo-
50 –30 Japon3
Japon (échelle de rie seront probablement plus élevées de manière
(échelle de droite) 60 –16
45 –40 gauche)
États-Unis 40 –20 durable. Cependant, l’effet sur les taux d’intérêt
(échelle de gauche)
40 –50 20 –24 appliqués aux emprunteurs à moindre risque
1999 2001 03 05 Sept. 1999 2001 03 05 Sept.
07 07 pourrait être assez limité. Il est à noter que l’in-
cidence des turbulences financières sur les taux
9 Consommation privée mondiale Investissement mondial 16
d’intérêt des prêts hypothécaires conformes aux
8
Pays
Pays
12
normes habituelles et des emprunts d’entrepri-
7 émergents 2,4
émergents 2,4 ses de premier rang a été faible, l’augmentation
6 8 des primes ayant été compensée au moins en
Monde
5
partie par une baisse du rendement des obliga-
4 4
tions d’État de référence.
Monde
3 Néanmoins, au moment de la rédaction du
0
2 Pays Pays
industrialisés1 industrialisés1 présent rapport, la situation reste volatile sur les
1 –4 marchés financiers et les tensions pourraient
1999 2001 03 05
07 : 1999 2001 03 05 07 :
T2 T2 persister sur les marchés du crédit même si les
Sources : confiance des chefs d’entreprise : pour les États-Unis, Institute for Supply
Management; pour la zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Banque du banques centrales s’emploient à garantir la li-
Japon. Confiance des consommateurs : pour les États-Unis, Conference Board; pour la quidité des marchés et à calmer ceux-ci. On ne
zone euro, Commission européenne; pour le Japon, Bureau du Premier Ministre.
Pour les autres indicateurs : Haver Analytics. sait pas dans quelle mesure un tarissement de la
1Australie, Canada, Danemark, États-Unis, Japon, Norvège, Nouvelle-Zélande,
Royaume-Uni, Suède, Suisse et zone euro. demande d’actifs titrisés pourrait conduire à la
2Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Bulgarie, Chili, Chine, Colombie, Corée, Estonie, Hong
réintermédiation du crédit dans le système ban-
Kong (RAS), Hongrie, Inde, Indonésie, Israël, Lettonie, Lituanie, Malaisie, Mexique, Pakistan,
Pérou, Philippines, Pologne, République slovaque, République tchèque, Roumanie, Russie, caire, ce qui limiterait les possibilités de nouvelle
Singapour, province chinoise de Taiwan, Thaïlande, Turquie, Ukraine et Venezuela.
3 Les données sur la confiance des consommateurs au Japon sont fondées sur un indice expansion du crédit. Par ailleurs, la persistance
de diffusion, où des valeurs supérieures à 50 indiquent un raffermissement de la confiance. de tensions sur les marchés interbancaires et les
4Les données pour la Chine, l’Inde, le Pakistan et la Russie ont été calculées par interpolation.

10
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

autres marchés de financement à court terme Graphique 1.10. Révision des perspectives mondiales
pourrait mettre à plus rude épreuve la liqui-
dité et la rentabilité des banques. Cela pourrait Les perspectives mondiales risquent clairement d’être révisées à la baisse. Les risques
les plus importants ont trait à la situation des marchés financiers mondiaux et à la
entraîner non seulement un recul durable sur demande intérieure aux États-Unis et en Europe occidentale.
les segments plus risqués, mais aussi un durcis-
sement des conditions d’accès au crédit même Perspectives de croissance du PIB mondial 1 7
(variation en pourcentage)
pour les emprunteurs de première qualité parmi
les ménages et les entreprises. Si les répercus-
6
sions seront probablement les plus marquées aux
États-Unis et en Europe occidentale, où l’utili-
sation des crédits structurés et l’exposition des 5
investisseurs à ceux-ci sont les plus élevées, elles
pourraient être ressenties de manière plus large,
4
étant donné l’intensification des relations inter-
nationales au sein du système financier mondial. Prévision centrale
Par ailleurs, la persistance de la volatilité pour- Intervalle de confiance de 50 % 3
Intervalle de confiance de 70 %
rait faire apparaître d’autres sources de risque Intervalle de confiance de 90 %
financier. Jusqu’à présent, les pays émergents
2
ont généralement été moins affectés que par le 2004 05 06 07 08

passé par les turbulences récentes dans les pays


Facteurs de révision à la hausse/baisse des perspectives mondiales2 0,08
avancés, en dehors de quelques pays où les flux (en points de pourcentage de la croissance du PIB mondial)
de capitaux à court terme se sont inversés. Ce- Révision à la hausse de Avril 2007 0,06
pendant, plusieurs pays sont devenus tributaires la croissance mondiale Juillet 2007
0,04
Aujourd’hui
d’entrées massives de financement extérieur,
0,02
notamment quelques pays émergents d’Europe
0,00
et de la Communauté des États indépendants
(CEI). Dans ces pays, des perspectives de crois- –0,02
sance prometteuses ont conduit à des entrées –0,04
massives d’investissements directs étrangers, mais
–0,06
aussi à des apports bancaires et à des émissions
–0,08
d’obligations internationales souvent libellés
Révision à la baisse de
en monnaies étrangères, qui ont été utilisés la croissance mondiale –0,10
pour financer une expansion du crédit et une –0,12
Situation Demande Demande Demande Inflation Marché Déséquilibres
croissance rapide de la consommation. Ces flux des intérieure intérieure intérieure pétrolier mondiaux
pourraient être compromis par une réévaluation marchés aux EU en Europe dans les pays
financiers et au Japon émergents
plus approfondie du risque et un durcissement
des pratiques en matière de prêts, ainsi que par Source : estimations des services du FMI.
1Ce graphique en éventail indique l’incertitude entourant la prévision centrale des Perspectives
une augmentation générale de l’aversion pour le avec des intervalles de probabilité de 50, 70 et 90 %. L’intervalle de confiance de 70 %
risque si les turbulences persistaient. inclut l’intervalle de confiance de 50 %, et l’intervalle de confiance de 90 % inclut les inter-
valles de confiance de 50 et 70 %. Voir encadré 1.3 de l’édition d’avril 2006 des Perspectives.
2 Le graphique indique la contribution de chaque facteur à la «balance» globale des facteurs
qui influent sur la croissance mondiale; celle-ci est illustrée par l’asymétrie de la densité de
probabilité pour la croissance du PIB mondial dans le graphique en éventail. Les perspectives
Risques liés à la demande intérieure sont révisées à la baisse si la probabilité des résultats en deçà de la prévision centrale dépasse
50 % (encadré 1.3 de l’édition d’avril 2006 des Perspectives). La somme des barres pour chaque
aux États-Unis prévision est égale à la différence entre la valeur attendue de la croissance mondiale découlant
de la distribution des résultats (la densité de probabilité) dans le graphique en éventail et la
Selon les projections de référence, la crois- prévision centrale de la croissance du PIB mondial. Cette différence et l’asymétrie de la densité
de probabilité dans le graphique en éventail dépendent aussi de l’écart-type des erreurs de
sance américaine ne serait que modérée jusqu’à prévision dans le passé — qui, entre autres, varie selon le terme de l’horizon de prévision. Pour
la fin de 2008. Cependant, la probabilité que rendre les facteurs comparables d’une période à l’autre, leurs contributions sont transformées
par changement d’échelle de manière à tenir compte des différences dans les écarts-types.
la demande intérieure soit révisée à la baisse a

11
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.1. Qui est touché par l’envolée des prix des produits alimentaires?

Au cours de l’année écoulée, les prix de certains


produits alimentaires — notamment le maïs, le Inflation non corrigée, alimentaire
soja et le blé — ont augmenté substantiellement. et non alimentaire
L’envolée des cours des produits de base hors car- (Variations en pourcentage sur douze mois,
burants, y compris les produits alimentaires, a été janvier 2005–avril 2007)
examinée dans l’édition de septembre 2006 des
Perspectives. Le présent encadré réexamine l’évolu- Alimentaire Non corrigée Non alimentaire

tion des prix des produits alimentaires en tenant Monde 5


compte de l’utilisation accrue de certains produits
alimentaires comme source de carburant (voir en- 4
cadré 1.6) — un phénomène qui pourrait modi-
fier substantiellement la structure de la demande 3
de produits alimentaires. C’est particulièrement
important pour les pays à faible revenu, étant 2
donné la forte exposition de leur population aux
variations des prix des produits alimentaires1. Plus 1
précisément, le présent encadré cherche à :
• recenser les facteurs qui expliquent la hausse 0
2005 06 Avr.
récente des prix des produits alimentaires; 07
• évaluer les répercussions sur les échanges nets
et l’inflation dans différentes régions; Pays avancés 3,5
• fournir une évaluation de l’action des pou- 3,0
voirs publics.
2,5
Effet sur les balances commerciales 2,0
Pour beaucoup de pays, l’alimentation repré- 1,5
sente une part considérable des recettes d’expor-
tation ou des paiements d’importations. Donc, 1,0
la hausse des prix des produits alimentaires peut 0,5
avoir des répercussions importantes sur la balance
0,0
commerciale nette d’un pays2. Plusieurs pays expor- 2005 06 Avr.
07
tateurs de produits alimentaires de l’hémisphère
occidental — tels que l’Argentine, la Bolivie et Pays émergents et pays en développement 12
le Chili — et de l’Afrique septentrionale — tels
que l’Afrique du Sud, la Namibie et le Swaziland 10
— ont profité de la hausse des prix des produits
8
alimentaires depuis 2002 (deuxième graphique).
Cependant, une bonne partie des pays plus pauvres 6
d’Afrique — par exemple, le Bénin, le Cap-Vert, le
4

2
Note : Les auteurs de cet encadré sont Kevin Cheng
et Hossein Samiei, qui ont reçu l’aide de Murad Omoev. 0
2005 06 Avr.
1Les facteurs à l’origine de la récente envolée des
07
prix des produits alimentaires sont examinés à l’ap-
pendice 1.1. Source : calculs des services du FMI.
2Sur la base des coefficients de pondération des

produits de base de COMTRADE, on calcule l’effet


direct cumulé des variations des prix des produits
alimentaires sur la balance commerciale par rapport Ghana et le Niger —, plusieurs pays asiatiques —
à l’année de référence (2002), en supposant que les parmi lesquels le Bangladesh, la Chine, le Népal et
structures des échanges restent inchangées. le Sri Lanka — ainsi que les pays du Moyen-Orient

12
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

Effet direct des prix des produits alimentaires


Revenu par habitant et poids de l’alimentation sur l’inflation non corrigée
dans l’IPC général1 2000–06 20071
Contribution Contribution
80 (%) (%)
Bangladesh Monde 26,6 36,4
70

Poids de l’alimentation (pourcentages)


Nigéria Afghanistan Pays avancés 14,2 18,4
60 Afrique 46,5 37,9
Kenya CEI 41,3 26,9
50 Pays en développement
d’Asie 34,1 55,9
Russie 40 Europe centrale et orientale 29,9 33,0
Chine Moyen-Orient 37,4 52,2
30 Hémisphère occidental 25,6 37,2
Inde États-
Brésil Unis 20 Sources : autorités nationales; calculs des services du FMI.
1Janvier–avril.

10
Royaume-Uni Effet direct. Pour beaucoup de pays en développe-
0 ment, l’alimentation représente une part considé-
0 1 2 3 4 5 6 7 8
Log du revenu par habitant (dollars EU) rable des dépenses de consommation et de l’indice
des prix à la consommation non corrigé. En fait,
Source : calculs des services du FMI. cette part tend à être corrélée négativement avec
1Équation : poids de l’alimentation = 79,8 – 10,4 x par revenu
les niveaux de revenus (deuxième graphique). Par
par habitant avec R 2 = 0,5835 et ratio t = –14,59.
exemple, le poids de l’alimentation dans le panier
de consommation atteint en moyenne plus de 60 %
en Afrique subsaharienne, contre environ 30 % en
sont des perdants nets. L’Australie, le Canada, les Chine et seulement 10 % aux États-Unis3.
États-Unis et la Nouvelle-Zélande figurent parmi les La contribution directe de l’alimentation à l’in-
pays avancés qui ont profité de la hausse des prix. flation4 pour l’ensemble des pays est passée d’envi-
ron ¼ en 2000–06 à plus de pendant les quatre
Effet sur l’inflation premiers mois de 2007 (tableau et carte). Elle a
L’augmentation des prix internationaux de augmenté de manière assez spectaculaire dans les
produits alimentaires a fait monter le coût de la pays en développement d’Asie, la contribution de
vie, à la fois directement et par son effet poten- la Chine (plus de ¾) étant parmi les plus élevées.
tiel sur les prix des produits non alimentaires. La Sa contribution a progressé aussi dans la plupart
hausse moyenne des prix intérieurs des produits des autres régions en développement. En Afrique,
alimentaires (total pondéré par la parité de pou- elle a diminué — mais reste élevée — en partie à
voir d’achat de la hausse des prix intérieurs des cause de hausses des prix antérieures liées à des
produits alimentaires d’un pays) est passée à en- conditions climatiques défavorables — par exemple
viron 4½ % pendant les quatre premiers mois de en Afrique de l’Est en 2006.
2007, contre environ 3 % sur la même période
en 2006 (premier graphique). Ce chiffre est de 3Ces coefficients surestiment peut-être la véritable

plus de 9 % pour les pays en développement (à consommation de produits alimentaires dans quelques
l’exclusion du Zimbabwe et d’autres pays pour pays en raison du temps qu’il faut pour les réviser.
4La contribution est égale à la part de l’alimentation
lesquels on dispose de données insuffisantes).
Pour analyser les effets des prix des produits ali- dans l’indice des prix à la consommation multipliée
par la hausse des prix des produits alimentaires divisée
mentaires sur l’inflation non corrigée dans les dif-
par l’inflation non corrigée. Pour calculer cette contri-
férentes régions, nous utilisons deux méthodes : le bution, les prix des produits alimentaires et l’inflation
traitement comptable de l’inflation pour calculer non corrigée ont tout d’abord été agrégés dans les
l’effet direct et une analyse économétrique pour régions. La contribution directe suppose qu’il n’y a
estimer l’effet indirect par le biais des répercus- aucun changement dans la structure de consommation
sions sur les prix des produits non alimentaires. en réaction aux variations des prix.

13
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.1 (fin)

Contribution de l’inflation alimentaire à l’inflation non corrigée (janvier–avril 2007, sur un an)

Carte produite par le service Plus de 75 %


de cartograhie de la Banque mondiale.
Les frontières, couleurs, dénominations Entre 50 et 75 %
et autres informations figurant sur cette
carte ne dénotent pas, de la part du Groupe
Entre 25 et 50 %
de la Banque mondiale, le moindre jugement Moins de 25 %
sur le statut juridique de tel ou tel territoire BIRD 35674
ni un aval ou l’acceptation des frontières.
Pas de données SEPTEMBRE 2007

Effet indirect. Les prix des produits alimen- possibles (pour lesquels des données mensuelles
taires pourraient aussi accroître l’indice des sont disponibles)5 :
prix à la consommation non corrigé de manière • pour les trois pays avancés, sur la base des fonc-
indirecte en relevant les prix des produits non tions généralisées de réaction à une impulsion,
alimentaires — par exemple par le biais d’une la hausse des prix des produits alimentaires
réaction des salaires à la hausse des prix des pro- ne semble pas avoir un effet manifeste sur la
duits alimentaires — en particulier dans les pays hausse des prix des produits non alimentaires;
plus pauvres où l’alimentation représente une • pour les quatre pays émergents, à l’exception
part considérable des dépenses des ménages. de l’Inde, les résultats semblent indiquer qu’il
Un modèle d’autorégression vectorielle est es- existe un effet significatif : une augmentation
timé à l’aide de données mensuelles pour illus- temporaire de 1 point des prix des produits ali-
trer l’effet indirect dans dix pays de différents mentaires pourrait accroître la hausse des prix
groupes de revenu : États-Unis, Royaume-Uni et non alimentaires de 0,1 à 0,6 point, les effets
Suisse pour les pays avancés; Brésil, Chine, Inde disparaissant seulement après six mois à un an;
et Russie pour les pays émergents; et Kenya, • de la même manière, pour les trois pays à
Ouganda et Tanzanie pour les pays à faible faible revenu, les prix des produits alimen-
revenu. Le modèle comprend trois variables en- taires semblent être un déterminant signifi-
dogènes (la hausse annuelle des prix intérieurs
des produits alimentaires et non alimentaires et
5Les modèles utilisent des observations mensuelles
le taux annuel de variation de la masse moné-
pour la période janvier 1995–avril 2007. Les retards opti-
taire au sens large) et deux variables exogènes
maux sont choisis sur la base des critères d’information
(la hausse annuelle des prix internationaux des
de Schwarz. Nous utilisons les réactions généralisées à
produits alimentaires et de l’énergie). L’objectif une impulsion de Pesaran, qui n’exige pas une mise en
est d’établir l’effet des prix des produits alimen- ordre des variables endogènes. Les résultats des estima-
taires sur les prix des produits non alimentaires tions et les réactions aux impulsions pour les dix pays
après avoir neutralisé tous les autres facteurs seront disponibles sur le site Web des Perspectives.

14
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

catif des prix des produits non alimentaires. Conclusions et implications pour l’action
Une augmentation temporaire de 1 point des pouvoirs publics
des prix des produits alimentaires pourrait L’utilisation de produits alimentaires comme
relever la hausse des prix des produits non source de carburant pourrait avoir de sérieuses im-
alimentaires de 0,1 à 0,9 point, cet effet per- plications pour la demande de ces produits si l’ex-
sistant pendant une période pouvant aller pansion des biocarburants se poursuit : l’élasticité-
jusqu’à un an. revenu de la demande augmentera probablement
Ces résultats illustrent l’effet probable d’une et si l’offre répondra à la montée de la demande, la
hausse des prix des produits alimentaires sur période de rattrapage pourrait être prolongée6. Les
les prix des produits non alimentaires dans dif- progrès technologiques dans la production de pro-
férentes régions, mais — étant donné le petit duits alimentaires et de biocarburants atténueront
nombre de pays de l’échantillon et la simplicité les effets à long terme sur l’équilibre offre-demande
du modèle utilisé — des travaux supplémentaires de produits alimentaires, mais il est déjà justifié de
sont nécessaires pour obtenir des données plus réexaminer les cadres d’action et une coordination
robustes à l’échelle mondiale. internationale s’impose peut-être :
• Si un pays décide de promouvoir les biocarbu-
Autres efffets rants tout en protégeant ses agriculteurs, cela
La hausse des prix des produits alimentaires pourrait accroître la facture des importations
pourrait avoir d’autres effets sur la situation alimentaires d’un autre pays (probablement plus
macroéconomique et la répartition des revenus. pauvre) et représenter des risques supplémen-
• Une banque centrale qui cible l’inflation devra taires pour l’inflation ou la croissance. Cet effet
peut-être réduire les tensions inflationnistes serait atténué si les États-Unis et les pays produc-
résultant de la hausse des prix des produits teurs de biocarburants de l’UE réduisaient les
alimentaires lorsque l’effet sur les prix des obstacles aux importations de biocarburants de
produits non alimentaires est significatif. pays en développement (tels que le Brésil) où la
Comme noté ci-dessus, il s’agira probablement production est meilleur marché, plus efficiente
d’un problème plus sérieux pour les pays en et moins nuisible à l’environnement (voir en-
développement, où les répercussions sur les cadré 1.6). Cela pourrait aussi permettre aux
prix des produits non alimentaires sont plus autres pays en développement ayant un avantage
prononcées. Par exemple, les taux d’intérêt comparatif potentiel dans la production de bio-
ont été relevés récemment en Chine (en août), carburants d’accéder à ce secteur.
au Mexique (en mai) et au Chili (en juillet) • Dans beaucoup de pays, les décisions de poli-
en partie pour prévenir les effets potentiels tique monétaire sont axées sur l’inflation hors
d’une hausse des prix des produits alimen- alimentation et énergie, parce que les variations
taires. En Chine, l’envolée des prix intérieurs des prix des produits alimentaires sont souvent
de la viande a accéléré la hausse des prix des imprévisibles et déterminées par l’offre, et ont
produits alimentaires, portant l’inflation non des effets transitoires sur l’inflation globale. Ce-
corrigée à 6,5 % en août. pendant, les banques centrales — en particulier
• La hausse des prix des produits alimentaires dans les pays en développement où les prix des
pèsera aussi probablement sur la répartition produits alimentaires ont une influence considé-
des revenus dans un pays importateur net de rable sur les prix des produits non alimentaires
produits alimentaires, parce que les produits — devront surveiller de près les prix des produits
alimentaires tendent à absorber une plus alimentaires et réagir rapidement si les variations
grande partie des dépenses pour les plus dé- de ceux-ci menacent la réalisation des objectifs
munis. En fait, le Programme mondial pour fixés en matière d’inflation.
l’alimentation a averti récemment qu’en raison
du renchérissement des produits alimentaires,
ses coûts d’achat ont augmenté de près de 6Dans le cas de la production sucrière au Brésil,
50 % au cours des cinq dernières années, et l’offre a répondu vivement à l’accroissement de la de-
il lui est donc difficile d’alimenter le même mande de production d’éthanol en 2005–06, ce qui a
nombre de personnes que dans le passé. entraîné une baisse des prix.

15
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.2. Répercussions macroéconomiques des récentes turbulences


sur les marchés financiers : rappel des épisodes précédents
En quoi la récente tourmente financière peut- des créances adossées à des crédits hypothécaires
elle toucher la croissance mondiale? Le présent se sont creusés mais ils se maintiennent aux alen-
encadré tente d’apporter des éléments de ré- tours des moyennes historiques, voire sont infé-
ponse en comparant la conjoncture actuelle à rieurs. Les écarts de taux des obligations souve-
quatre épisodes précédents de perturbations raines des pays émergents on été moins touchés
financières : le krach boursier aux États-Unis que lors d’épisodes précédents, du fait de l’ori-
en 1987, le défaut sur la dette russe et l’effon- gine des perturbations actuelles et de la moindre
drement de Long-Term Capital Management vulnérabilité externe des pays émergents.
(LTCM) en 1998; l’éclatement de la bulle des En revanche — et ce qui est plus inquiétant —
«dotcom» en 2000, et les retombées des attaques les perturbations sur les marchés monétaires et
terroristes du 11 septembre 2001. Tous ces épi- dans les opérations interbancaires semblent plus
sodes ont comme caractéristique commune ma- fortes que lors d’autres épisodes récents. Ceci
nifeste une intensification soudaine et générali- se manifeste par le net accroissement de l’écart
sée de l’incertitude et de la difficulté à jauger les TED — la différence entre le taux de l’eurodol-
risques. En outre, dans bien des cas, ces épisodes lar, le taux pratiqué par les banques entre elles
allaient de pair avec un tarissement des liquidi- sur le marché de l’eurodollar, et le taux des bons
tés. Ils présentent toutefois des différences consi- du Trésor sans risque, tout particulièrement à
dérables sur le plan des causes fondamentales, une échéance de trois mois. L’écart entre les
des ripostes et des retombées sur la croissance et taux de la politique monétaire et les taux inter-
sur l’emploi. bancaires s’est aussi considérablement creusé.
Pour analyser les épisodes de turbulences sur Cette perturbation, persistante malgré les injec-
les marchés financiers il est possible de retracer tions de liquidités des principales banques cen-
l’évolution de leurs principales variables (pre- trales, semble s’expliquer à la fois par la volonté
mier graphique)1. De prime abord, l’épisode des banques de préserver leurs propres liquidités
actuel ressemble aux précédents au regard de pour parer à d’éventuels appels de fonds et par
l’aversion grandissante des investisseurs pour le une perception plus aiguë des risques de contre-
risque, d’où une plus forte volatilité des marchés partie, vu les incertitudes quant à la répartition
et une ruée vers les actifs plus sûrs. À certains des pertes issues des turbulences financières.
égards, les fluctuations du marché ont été plus Une des grandes questions est de savoir com-
limitées dans l’épisode actuel. Malgré une pous- ment l’onde de choc des turbulences financières
sée de volatilité sur les marchés boursiers, le risquerait de se propager à l’ensemble de l’éco-
repli des valeurs sur les places américaines et nomie? Deux mécanismes semblent se déclen-
dans le reste du monde a pour l’instant été plus cher durant les épisodes de crise : un mécanisme
modéré que par le passé. Les écarts de taux des de transmission «fondamental» par lequel les
obligations d’entreprise à rendement élevé et entreprises et les ménages doivent assumer des
coûts plus élevés ou subir des contraintes de
financement, et un mécanisme de «confiance»
Note : Alasdair Scott est le principal auteur de cet
qui risque de contenir la demande globale du
encadré.
1Dans les graphiques du présent encadré, le crack fait des incertitudes quant à l’avenir.
de 1987 est centré sur le 19 octobre 1987, date de S’agissant du mécanisme du crédit, les épi-
l’effondrement de l’indice Dow Jones; le défaut sur sodes précédents montrent que le creusement
la dette russe et l’épisode de LTCM sont centrés sur des écarts de taux et les restrictions en matière
le 17 août 1998, jour du défaut et de la dévaluation; de crédit risquent de perdurer et d’avoir un effet
l’éclatement de la bulle des «dotcom» est centré sur le modérateur sur la consommation et l’investisse-
13 mars 2000, le lendemain du maximum atteint par
ment. Dans le présent épisode deux facteurs par-
l’indice du NASDAQ; l’épisode du 11 septembre 2001
est centré sur cette date; et l’actuel épisode est centré ticuliers pourraient amplifier l’impact macroéco-
sur le 26 juillet 2007, date la première chute sensible nomique. Premièrement, le risque d’une décrue
des places boursières de la planète. après la montée rapide des titrisations constatée

16
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

Volatilité récente des marchés mise en perspective 1


(Mois avant et après événement sur l’axe des x)

Aujourd’hui Krach 19872 Russie/LTCM Krach TI 2000 11 sept. 2001

Indice S&P 500 MSCI World, hors


50 Indice volatilité VIX (indice, 1 année avant = 100) 225 indice américain 225
200 (indice, 1 année avant = 100) 200
40
175 175
30 150 150
20 125 125
100 100
10
75 75
0 50 50
–12 –6 0 6 12 –12 -6 0 6 12 –12 –6 0 6 12

Écart TED3 Marges sur créances EMBI + marges


3 (pourcentages) à rendement élevé 12 (pourcentages) 20
(pourcentages)
10
15
2 8
6 10
1 4
5
2
0 0 0
–12 –6 0 6 12 –12 –6 0 6 12 –12 -6 0 6 12

Encours des billets de trésorerie


Crédit à la consommation des sociétés non financières Taux cible des fonds fédéraux
5 (variation en pourcentage (variation en pourcentage 40 (pourcentages) 10
sur trois mois) sur trois mois) 30
4 8
20
3
10 6
2
0 4
1
–10
0 2
–20
–1 –30 0
–12 –6 0 6 12 –12 –6 0 6 12 –12 –6 0 6 12

Indice de confiance des consom- Indice manufacturier ISM Anticipations de IFO


160 mateurs du Conference Board (pourcentage de croissance signalé) 65 (différences annuelles) 15
140 60 10
120 55 5
100 50 0
80 45 –5
60 40 –10
40 35 –15
–12 –6 0 6 12 –12 –6 0 6 12 –12 –6 0 6 12

Sources : Bloomberg LP; Haver Analytics; calculs des services du FMI.


1Toutes les séries se rapportent aux États-Unis, sauf MSCI World, EMBI+ et les anticipations de IFO. TI : technologies
de l’information.
2Toutes les séries de données ne sont pas disponibles pour cet épisode.
3Différence entre les taux des dépôts en eurodollars à trois mois et des bons du Trésor à trois mois.

17
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.2 (fin)

durant ces dernières années, époque où les in-


vestisseurs en quête de rendement étaient dispo- Croissance de la production réelle
sés à prendre plus de risques2. Deuxièmement, lors d’épisodes antérieurs
(Pourcentages)
la capacité du secteur bancaire à assurer la réin-
termédiation des flux de crédit dans les bilans
Pays avancés, États-Unis exclus
pourrait être limitée par les contraintes pesant
États-Unis
sur les fonds propres des banques et par les
Pays émergents1
pertes déjà subies dans les récentes turbulences.
Pour ces deux raisons, l’impact sur la disponi- Krach TI 12
bilité de crédit dans l’ensemble de l’économie 2000
1987 Russie /LTCM 10
pourrait aller bien au-delà d’une révision de la krach 11/9
quantification du risque. 8

À l’issue des précédents épisodes de turbu- 6


lences financières, la confiance des entreprises 4
et des ménages aux États-Unis s’est en règle
2
générale amenuisée; or les mesures de la
confiance à l’étranger tendent à suivre celles 0
qui prévalent aux États-Unis. Les précédents –2
épisodes montrent toutefois que ces indicateurs 1986 90 95 2000 05
peuvent rebondir rapidement, comme à l’issue
du krach boursier de 1987 et lors du défaut sur Source : calculs des services du FMI.
1 Comprend 27 pays émergents ou en développement.
la dette russe et de la crise de LTCM. Dans la
plupart des cas, la réaction rapide des banques
centrales pour relâcher l’orientation monétaire
a grandement contribué au rétablissement de sur l’activité économique? La croissance de la
la confiance. L’année 2000 a fait figure d’ex- production américaine a en fait repris après
ception. À l’époque la réserve fédérale avait les épisodes de 1987 et de 1998 et en 2001 elle
continué à relever ses taux d’intérêt pendant n’a pratiquement pas été touchée (deuxième
encore six mois après que le NASDAQ eut at- graphique). En 1987, 1998 et 2001, la réserve
teint son maximum, et elle n’a commencé à les fédérale a rapidement baissé les taux. Qui plus
relâcher que neuf mois plus tard. Les indices de est, les événements de 1998 et 2001 trouvaient
confiance n’ont repris qu’une année plus tard leur origine en dehors du système financier
environ. Cette fois-ci la réserve fédérale a réduit américain. En revanche, l’éclatement de la bulle
les taux d’intérêt de 50 points de base et les des technologies de l’information en 2000 a
marchés financiers s’attendent à ce que les taux précédé une courte récession et une longue pé-
diminuent encore de 50 points de base au début riode baissière sur les marchés, sans doute parce
de l’année prochaine. que les remous financiers étaient liés à une réé-
Quelles ont donc été les retombées des pré- valuation fondamentale des perspectives de ren-
cédents épisodes de turbulences financières tabilité. En dépit de la forte relance monétaire
et budgétaire qui a suivi, il a fallu un certain
temps à la demande pour reprendre de l’allant
2Par exemple, entre 2000 et 2006, les actifs gérés par et à la valeur des actifs pour revenir à des ratios
les fonds spéculatifs se sont accrus de plus de 250 %. de bénéfices plus représentatifs3.
L’émission de dérivés de crédit, d’obligations garanties
et de titres adossés sur les crédits immobiliers ou des ac-
tifs a connu durant cette période un essor encore plus 3L’activité dans le reste du monde suit généralement

net, ce qui est tout à fait conforme à l’augmentation de celle des États-Unis. L’analyse des services du FMI pu-
l’effet de levier dans une logique de rendement. Voir le bliée dans les Perspectives de l’économie mondiale d’avril
Rapport sur la stabilité financière dans le monde d’avril 2007 a relevé d’importants effets de débordement des
2007 (Global Financial Stability Report, p. 50–57). taux de croissance de la production aux États-Unis

18
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

En résumé, hormis leurs retombées sur les épisodes examinés dans la présente analyse la
marchés monétaires, les récentes turbulences croissance s’est accélérée, facilitée en cela par
qui ont secoué les marchés financiers n’ont pas une politique monétaire plus accommodante.
été exceptionnellement fortes par rapport aux Cependant, pour trois raisons au moins les re-
épisodes précédents. Qui plus est, les périodes tombées macroéconomiques des perturbations
antérieures de tourmente financière n’ont pas récentes risquent d’être plus importantes que
toujours été annonciatrices d’un ralentissement ce que l’on serait en droit d’attendre au vu des
de l’activité économique — dans trois des quatre expériences passées. Premièrement, les récents
aléas des marchés financiers sont liés à la cor-
sur ceux du reste du monde. Qui plus est, de précé- rection à l’œuvre sur le marché immobilier
dents travaux ont signalé que l’évolution des prix de américain qu’ils peuvent d’ailleurs exacerber,
l’immobilier aux États-Unis imprimait son rythme à au risque de provoquer un net ralentissement
celle des prix dans le reste du monde — voir l’édition de l’économie. Deuxièmement, les incertitudes
de septembre 2004 dans les Perspectives de l’économie
persistantes et la perte de confiance dans les
mondiale, p. 92. De récents travaux des services du FMI
ont signalé les conditions financières qui servent de crédits structurés pourraient aboutir à un repli
vecteur privilégié pour la transmission des chocs des durable de la titrisation. Troisièmement, les
États-Unis au reste du monde (voir Bayoumi and Swis- actuelles turbulences ont mis à rude épreuve
ton, 2007, pour qui les taux d’intérêt à court terme les systèmes bancaires aux États-Unis et dans les
sont les facteurs les plus importants dans le mécanisme
autres pays, ce qui pourrait accentuer encore
de contagion, mais les prix réels des actions et les ren-
dements nominaux des titres publics sont également plus les contraintes qui pèsent sur la disponibi-
importants). lité du crédit.

augmenté, car les événements récents sur les mar- que ses principaux moteurs — chômage faible et
chés financiers ont accru le risque de problèmes richesse des ménages — restent en place.
plus prolongés dans le secteur du logement qui Cependant, il est évident que les risques de révi-
pourraient commencer à avoir des répercussions sion à la baisse de la demande intérieure ont aug-
plus sérieuses sur le reste de l’économie. menté. Il est à craindre que le durcissement de
La correction du secteur du logement améri- l’accès au crédit touche un plus large éventail de
cain, qui dure maintenant depuis deux ans, pèse ménages et réduise encore la demande effective
considérablement sur l’activité : la baisse de l’in- de logement, tout en accroissant l’offre, parce que
vestissement résidentiel à elle seule a amputé de les confiscations sont en hausse et que des ventes
près de 1 point la croissance du PIB au cours de ne sont pas menées à terme. Les projections de ré-
l’année écoulée. Selon la prévision de référence férence incluent déjà une nouvelle baisse de 5 %
pour l’économie américaine, cette correction se des prix du logement, mais la baisse pourrait être
poursuivra pendant une bonne partie de 2008. plus brutale, ce qui rendrait plus difficile le refi-
Les ratios stocks/ventes restent exceptionnel- nancement et affaiblirait les bilans des ménages,
lement élevés, les conditions d’accès au crédit avec pour résultat un freinage de la consom-
hypothécaire ont maintenant été durcies au-delà mation et de l’investissement résidentiel. Si la
du secteur des prêts à risque, y compris pour les situation sur le marché du travail se détériorait de
prêts «Alternative-A» et les prêts géants de pre- manière plus générale ou si le marché boursier
mière catégorie, et les taux d’impayés devraient reculait de manière soutenue, il serait aussi plus
continuer d’augmenter à mesure que les taux difficile pour les ménages d’absorber l’effet de
d’intérêt des prêts à taux ajustable sont révisés cette correction du secteur du logement. Dans ces
à la hausse. Cependant, si la consommation ra- conditions, les risques de récession ont augmenté,
lentira, elle devrait demeurer solide, à condition même si la Réserve fédérale devrait réagir rapide-

19
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

ment en assouplissant encore la politique moné- Mais une correction du marché du logement
taire face à des indices de détérioration, et l’issue en Europe occidentale pourrait-elle être aussi
plus probable semblerait être une période plus profonde qu’aux États-Unis? Il ressort de l’ana-
prolongée de croissance inférieure au potentiel. lyse qui figure à l’encadré 2.1 que le degré de
surévaluation des prix du logement est peut-
être bien plus élevé sur certains marchés natio-
Risques liés à la demande intérieure naux en Europe qu’aux États-Unis, et une crise
en Europe occidentale et au Japon générale du crédit aurait manifestement un
En dépit de la révision à la baisse des prévi- effet considérable sur les marchés du logement.
sions de référence, la demande intérieure en Néanmoins, il existe des facteurs modérateurs.
Europe occidentale et au Japon risque d’être Premièrement, en général, les marchés du loge-
inférieure aux prévisions, surtout si les remous ment en Europe occidentale ont évité les prêts
sur les marchés financiers persistent. L’Europe à risque, et les pratiques en matière de prêts ne
occidentale a été touchée directement par les s’y sont pas détériorées comme aux États-Unis.
remous sur le marché américain des prêts hy- Deuxièmement, plusieurs facteurs structurels
pothécaires à risque : plusieurs banques ont propres à certains pays, notamment une im-
souffert du fait de leur engagement dans le migration massive et les contraintes affectant
secteur du logement, notamment sous la forme l’offre, continueront probablement de soutenir
d’instruments hors bilan garantis par des lignes le secteur du logement sur certains marchés
de crédit de protection, ainsi qu’en raison de nationaux.
problèmes sur les marchés de financement. Dans le cas du Japon, l’exposition directe
Bien que l’action de la BCE et de la Banque au secteur américain des prêts hypothécaires à
d’Angleterre ait aidé à faire face aux craintes risque est bien plus limitée. Cependant, de ré-
systémiques, les écarts de rémunération se sont cents indicateurs de l’activité font apparaître un
creusés, l’incertitude a augmenté et l’effet sur la affaiblissement de l’expansion, et la consomma-
demande intérieure pourrait s’avérer bien plus tion et l’investissement pourraient être touchés
marqué que celui déjà inclus dans les prévisions si les remous récents sur les marchés financiers
de référence révisées. s’intensifiaient et sapaient la confiance.
Un risque particulier a trait au marché du
logement en Europe occidentale. Le marché
du logement s’est emballé dans plusieurs Risques dans les pays émergents
pays à croissance rapide, principalement l’Es- Dans les pays émergents, il est maintenant
pagne, l’Irlande et le Royaume-Uni, où les considéré que la croissance de la demande inté-
rapides hausses des prix et fortes augmenta- rieure a un peu plus de chances d’être révisée à
tions du ratio investissement résidentiel/PIB la hausse qu’à la baisse. La Chine et l’Inde ont
ont dépassé même celles observées pendant encore enregistré une croissance vigoureuse au
la flambée immobilière aux États-Unis (voir premier semestre de 2007, mais de nouvelles
encadré 2.1 au chapitre 2). L’augmentation révisions à la hausse restent possibles. En particu-
constante des taux d’intérêt directeurs a déjà lier, on ne sait pas très bien dans quelle mesure
contribué à calmer quelque peu cette euphorie le durcissement de la politique économique dans
immobilière et l’évolution récente renforcera ces deux pays permettra de ralentir la croissance
probablement cette tendance, en particulier si vigoureuse de la demande qui a suscité des
les conditions d’accès au crédit sont durcies. craintes de surinvestissement (surtout en Chine)
Comme des hausses de prix rapides dans quel- et de surchauffe (surtout en Inde).
ques pays font craindre d’éventuels excès, un Néanmoins, il existe des risques considérables
ralentissement semble souhaitable, à condition de révision des prévisions à la baisse dans quel-
qu’il ne soit pas trop marqué, ni trop rapide. ques pays. Le principal risque de dégradation est

20
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

que la persistance de turbulences sur les marchés l’orientation de leur politique monétaire. Dans
financiers internationaux pourrait perturber les les pays émergents et les pays en développement,
flux financiers vers les pays émergents et cau- les risques d’inflation sont plus immédiats.
ser des problèmes sur les marchés nationaux. Les marchés des produits de base sont la source
Comme déjà noté, les pays émergents d’Europe la plus évidente des récentes tensions à la hausse
et les pays de la CEI qui affichent des déficits sub- sur les prix. La croissance vigoureuse de la de-
stantiels des transactions courantes et qui sont mande a maintenu les cours du pétrole et des mé-
tributaires d’apports bancaires semblent particu- taux à des niveaux élevés depuis 2006, tandis que
lièrement vulnérables, d’autant que l’on craint les prix des produits alimentaires sont aussi mon-
que l’expansion du crédit ait entraîné une dété- tés en flèche. En dépit des récentes turbulences fi-
rioration de sa qualité et une envolée des prix du nancières, l’offre reste limitée et ce domaine reste
logement. Ailleurs, les pays émergents d’Asie et une source importante de risque. C’est particuliè-
d’Amérique latine semblent généralement bien rement le cas dans les pays émergents et les pays
moins vulnérables que dans le passé à un dur- en développement où l’alimentation représente
cissement des conditions de financement sur les souvent 35–40 % de la consommation et où la cré-
marchés internationaux, étant donné le niveau dibilité de la politique monétaire est moins bien
élevé de leurs réserves de change, le renforce- établie, ce qui accroît la probabilité que la hausse
ment du bilan de leur secteur public et l’amé- des prix des produits alimentaires et de l’énergie
lioration de leur gestion macroéconomique. influe sur les anticipations inflationnistes et se ré-
Cependant, la croissance dans ces pays serait percute sur les autres prix et les salaires.
vulnérable aux retombées d’un ralentissement Le rétrécissement des écarts de production de
de la croissance de la demande globale dans les manière plus générale constitue une deuxième
pays avancés, notamment par l’effet modérateur source de tensions inflationnistes. Les marchés
sur les prix des exportations de produits de base. des biens manufacturés étaient un vecteur de dés-
Les autres risques de dégradation ont trait aux inflation jusqu’il y a peu, car la croissance rapide
contraintes affectant l’offre dans certains pays, de la productivité, en particulier dans les pays
par exemple les pénuries d’énergie qui apparais- exportateurs d’Asie de l’Est, et les capacités dispo-
sent en Argentine et les problèmes de produc- nibles après la récession mondiale en 2000–01 ont
tion dans plusieurs pays exportateurs de pétrole, entraîné une baisse des prix des importations hors
comme le Nigéria. carburants dans les pays avancés. Cependant, au
cours des trois dernières années, cette tendance
s’est inversée : les écarts de production se sont
Tensions inflationnistes rétrécis du fait de la croissance soutenue, non
Le dynamisme récent de l’activité mondiale seulement dans les pays avancés, mais aussi dans
et la hausse des cours des produits de base font les pays émergents (graphique 1.11)2. En consé-
craindre que le durcissement des contraintes quence, plusieurs pays émergents font face à des
affectant les ressources renforce les tensions in- risques de surchauffe, et ceux-ci pourraient aussi
flationnistes et encourage les banques centrales aggraver les tensions inflationnistes dans les pays
à durcir leur politique monétaire de manière avancés qui résultent de la hausse des prix des
plus agressive que prévu dans les projections.
Ces craintes se sont atténuées dans les pays avan-
2Il est notoirement difficile de mesurer les écarts de pro-
cés depuis les récents remous sur les marchés
duction, sauf avec beaucoup de recul. Le graphique 1.11
financiers, mais, même avec une trajectoire de présente une mesure agrégée simple de l’écart de produc-
croissance un peu plus lente que prévu précé- tion, qui repose sur une technique d’estimation de la pro-
demment, l’évaluation de l’ampleur des risques duction potentielle de Hodrick-Prescott, ainsi que d’autres
mesures qui sont fondées sur des estimations du taux de
inflationnistes reste un facteur déterminant pour chômage non accélérateur de l’inflation et de l’utilisation
les banques centrales dès lors qu’il s’agit d’établir des capacités dans le secteur manufacturier.

21
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

importations hors carburants. Cependant, il est


évident que ces risques seraient atténués en cas de
ralentissement mondial prononcé.
Graphique 1.11. Écart de production
Par ailleurs, on craint que les tensions sur les
et tensions sur les capacités1
marchés du travail dans les pays avancés s’inten-
Selon divers indicateurs de l’écart de production, celui-ci diminue dans les pays sifient si l’atonie de la productivité et la hausse
avancés et les pays émergents. Le fait que les cours des produits de base restent des rémunérations entraînent une accélération
élevés est un autre indicateur des pressions sur l’offre.
des coûts unitaires de main-d’œuvre. Jusqu’à
présent, cela concerne principalement les États-
6 Économie mondiale États-Unis 8
(écart de production Unis — qui sont plus avancés dans le cycle et où
4 seulement) Pays Utilisation 6
avancés des capacités Écart de la croissance de la productivité est la plus lente
4
2 production depuis le début des années 90 (graphique 1.12).
2
0 Si ce ralentissement est probablement en grande
0
–2 partie cyclique, les chiffres récents s’expliquent
Monde –2
–4 TCNAI moins
peut-être en partie par un tassement de la poussée
Pays
taux de chômage –4
émergents de la productivité résultant de l’application des
–6 –6
nouvelles technologies de l’information à partir
–8 –8
1980 85 90 95 2000 05 1980 85 90 95 2000 05 des années 90. Par ailleurs, la rémunération des
salariés a augmenté. Donc, les coûts unitaires de
6 Zone euro 12 Japon Utilisation 1,5 main-d’œuvre se sont accélérés, mais ils ne consti-
Utilisation des capacités
4 des capacités 8 (échelle de gauche) 1,0 tuent pas encore une menace sérieuse, car la
4
Écart de production croissance américaine restera probablement mo-
2 (échelle de droite) 0,5
dérée et les entreprises disposent d’une certaine
0 0 0,0
marge de manœuvre, grâce à leurs marges bénéfi-
–2 –4 –0,5
ciaires élevées, pour limiter les répercussions de la
Écart de
–4 production –8 –1,0 hausse des coûts sur les prix. Dans la zone euro et
TCNAI moins
TCNAI moins taux de chômage
–6 taux de chômage –12
(échelle de droite)
–1,5 au Japon, les coûts unitaires de main-d’œuvre ont
–8 –16 –2,0 été contenus, parce que l’évolution de la produc-
1980 85 90 95 2000 05 1980 85 90 95 2000 05
tivité a été favorable, en particulier dans la zone
euro, et les rémunérations ne semblent guère
20 Pays émergents Cours réels des produits 500
(écart de production de base (1995 = 100) augmenter, même si les taux de chômage sont
16 seulement)
Pays émergents 400 tombés à un creux cyclique. Donc, les craintes
12
d’Europe concernant la pression des coûts de main-d’œuvre
8 Amérique Pétrole2
Asie 300
latine sont encore, au stade actuel, largement prospec-
4 Alimentation
tives, et liées à la possibilité d’une accélération des
0 200
augmentations salariales si les marchés du travail
–4
100 continuent de se tendre.
–8 Métaux

–12 0
1980 85 90 95 2000 05 1980 85 90 95 2000 05
Marché pétrolier tendu
Sources : OCDE, Perspectives économiques; estimations des services du FMI.
1Les estimations du taux de chômage non accélérateur de l’inflation (TCNAI) viennent de Le marché pétrolier mondial reste très tendu,
l’OCDE. Celles de l’écart de production, en pourcentage du PIB potentiel, reposent sur
des calculs des services du FMI. L’utilisation des capacités est mesurée comme suit : écart et, comme les capacités disponibles demeurent
par rapport aux moyennes de 1980–2006 pour les EU (pourcentage des capacités totales) limitées, des chocs sur l’offre ou une montée des
et le Japon (taux d’utilisation des capacités dans le secteur manufacturier) et écarts par rap-
port à 1985–2006 pour la zone euro (pourcentage des capacités industrielles). incertitudes géopolitiques pourrait entraîner de
2 Moyenne simple du cours au comptant des bruts U.K. Brent, Dubaï Fateh et West
Texas Intermediate. nouvelles hausses des prix qui pourraient se tra-
duire rapidement par une poussée de l’inflation
non corrigée (voir appendice 1.1). Les réper-

22
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

cussions sur la production seront peut-être plus Graphique 1.12. Évolution de la productivité et du coût
modérées que dans les années 70, parce que les de la main-d’œuvre dans les pays avancés1
économies consomment moins d’énergie et que (Variations en pourcentage sur quatre trimestres)
la crédibilité accrue des politiques monétaires a
La productivité de la main-d’œuvre a ralenti aux États-Unis, mais a progressé dans
mieux ancré les anticipations inflationnistes (voir la zone euro et au Japon. Les coûts unitaires de main-d’œuvre ont augmenté aux
encadré 1.1 de l’édition d’avril 2007 des Perspec- États-Unis, mais sont restés largement contenus dans la zone euro et au Japon,
les rémunérations n’étant guère orientées à la hausse.
tives). Jusqu’à présent, l’économie mondiale a été
en mesure d’absorber sans répercussion majeure États-Unis Zone euro Japon

la montée soutenue des cours du pétrole pendant Productivité 6


les cinq dernières années. Néanmoins, si les capa-
cités de l’OPEP se sont accrues (en particulier en
3
Arabie Saoudite) et si les États du Golfe engagent
des investissements massifs, la réaction globale de
l’offre à la hausse récente des cours a été faible 0

jusqu’à présent, en partie parce que la demande


croissante a accru le prix des investissements dans –3
1985 90 95 2000 05 07 :
les nouvelles capacités de production et que le T2
climat d’investissement est incertain dans certains
Rémunération des salariés 12
pays producteurs. Par ailleurs, la demande de pro-
duits pétroliers a continué d’augmenter, en parti- 9

culier dans les pays émergents à croissance rapide, 6


et le manque de capacités de raffinage constitue
3
une contrainte croissante. Donc, le recul des
cours du pétrole au deuxième semestre de 2006 0

s’est avéré temporaire et les cours ont atteint de –3


nouveaux sommets pendant l’été 2007. Au stade 1985 90 95 2000 05 07 :
T2
actuel, les marchés s’attendent à ce que les cours
Emploi 6
restent proches de leur niveau actuel jusqu’à la
fin de 2008, mais l’incertitude reste élevée, et les
prix des options indiquent que les cours ont une 3

chance sur six de dépasser 95 dollars le baril sur


cette période. 0

–3
Déséquilibres mondiaux 1985 90 95 2000 05 07 :
T2
La persistance de déséquilibres mondiaux
Coûts unitaires de 6
élevés reste préoccupante pour l’économie mon- main-d’œuvre
diale. Le déficit des transactions courantes des
3
États-Unis devrait diminuer légèrement pour
atteindre 5½ % du PIB cette année et l’an pro- 0
chain, grâce à la récente dépréciation du dollar
américain en valeur effective réelle et à un rééqui- –3

librage de la croissance de la demande mondiale.


–6
Néanmoins, si les taux de change effectifs réels et 1985 90 95 2000 05 07 :
T2
les politiques économiques demeurent inchangés,
Sources : Haver Analytics; OCDE, Perspectives économiques; calculs des services du FMI.
le déficit américain restera proche de ce niveau 1Les estimations portent sur le secteur des entreprises non agricoles aux États-Unis et
— qui équivaut à 1,5 % du PIB mondial — en sur l’ensemble de l’économie pour la zone euro et le Japon.

23
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

2012 (graphique 1.13). Il est prévu que les excé-


dents courants des pays exportateurs de pétrole
diminueront à mesure que ces pays augmentent
leurs dépenses. Cependant, l’excédent courant de
la Chine s’est creusé fortement au cours des der-
niers trimestres : il devrait atteindre 12 % du PIB
Graphique 1.13. Soldes des transactions courantes
et avoirs extérieurs nets en 2008 et rester élevé à moyen terme. En consé-
(En pourcentage du PIB mondial) quence, l’excédent courant des pays émergents
d’Asie prévu pour 2012 a été révisé à la hausse, à
Le déficit des transactions courantes des États-Unis ne diminuera que lentement
par rapport à la production mondiale et restera voisin de 1,5 % du PIB mondial
1¼ % du PIB mondial.
en 2012. Les engagements extérieurs nets des États-Unis continueront donc La persistance de déséquilibres élevés suscite
d’augmenter, avec en contrepartie, une hausse soutenue des avoirs nets des
pays émergents d’Asie.
deux craintes principales. Premièrement, les capi-
taux nécessaires pour financer le déficit courant
États-Unis Zone euro américain deviendront peut-être moins faciles à
Japon Pays exportateurs obtenir, ce qui provoquerait un ajustement désor-
Pays émergents de pétrole1
d’Asie 2
donné — c’est peu probable, mais ce serait très
coûteux. Deuxièmement, la persistance de désé-
Soldes des transactions courantes 1,5
quilibres commerciaux élevés pourrait susciter
1,0 une montée des mouvements protectionnistes.
0,5 Au stade actuel, on peut se demander quelle
0,0 a été l’influence des récentes turbulences
financières sur les risques d’un ajustement
–0,5
désordonné. Ces dernières années, l’écono-
–1,0
mie américaine a profité d’entrées massives
–1,5 de capitaux, attirés par la sophistication et la
1997 2000 03 06 09 12
–2,0 sécurité apparemment offertes par le système
financier américain, ainsi que par la solidité
Avoirs extérieurs nets 10 de l’économie américaine elle-même. Dans un
scénario d’«ajustement ordonné», le déficit des
5 transactions courantes des États-Unis diminue-
rait progressivement grâce à un rééquilibrage
0
de la demande et à de nouvelles variations des
–5 taux de change, et serait financé sans problème.
Cependant, les rendements obtenus par les
–10 investisseurs aux États-Unis ont été plus faibles
qu’ailleurs ces dernières années — à cause de
–15
1997 2000 03 06 09 12 la dépréciation du dollar et d’une appréciation
des actifs plus lente que sur d’autres marchés.
Sources : Lane and Milesi-Ferretti (2006); estimations des services du FMI.
1Algérie, Angola, Arabie Saoudite, Azerbaïdjan, Bahreïn, Émirats arabes unis, Équateur,
En conséquence, les investisseurs étrangers aux
Gabon, Guinée équatoriale, République islamique d’Iran, Koweït, Libye, Nigéria, Norvège, États-Unis s’étaient tournés vers des instruments
Oman, Qatar, République du Congo, République arabe syrienne, République du Yémen,
Russie, Turkménistan et Venezuela. à rendement et à risque plus élevés3. Lors des
2Chine, Corée, Hong Kong (RAS), Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, province
chinoise de Taiwan et Thaïlande.
3Il est à noter que, au cours des derniers trimestres, une

part élevée des flux de capitaux nets vers les États-Unis est
de source officielle. Certains investisseurs officiels adop-
tent aussi des stratégies d’investissement plus agressives,
par exemple en transférant des réserves dans des fonds
souverains.

24
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

récents remous sur les marchés, ils se sont sans part de mesures spécifiques s’inscrivant dans cette
doute détournés des obligations structurées stratégie qui, conjuguées, devraient permettre de
adossées à des emprunts au profit des obligations réduire substantiellement les déséquilibres dans
d’État américaines, plus sûres et plus liquides. les années à venir (encadré 1.3).
Les conséquences à plus long terme des événe-
ments récents restent à voir. Il est possible que la
désillusion des instruments de crédit adossés à Deux scénarios de dégradation
des actifs entraîne un rejet plus durable des actifs Il est évident que bon nombre des risques
américains de la part des investisseurs, ce qui pesant sur l’économie mondiale sont liés entre
accroîtrait les risques d’une résorption désordon- eux, l’évolution sur les marchés financiers ayant
née des déséquilibres. des conséquences importantes pour les autres
Par ailleurs, il est à craindre que la persistance facteurs intérieurs et extérieurs. En principe,
de déséquilibres commerciaux élevés soit une les turbulences financières — même impor-
source de mouvements protectionnistes, en tantes, comme les récents remous sur le marché
particulier là où l’économie locale ne s’adapte du crédit — pourraient être absorbées sans
pas bien à la concurrence des importations, conséquence majeure pour l’activité mondiale,
si bien que les effets bénéfiques d’une écono- à condition que les marchés se stabilisent, que
mie ouverte sur la croissance ne semblent pas les prix s’ajustent de manière ordonnée et que
être bien partagés parmi les différents groupes les pertes soient prises en compte. En fait, des
sociaux. Les sentiments protectionnistes pour- turbulences financières antérieures — en parti-
raient être exacerbés par l’impression que la culier, le recul du marché boursier en 1987, ainsi
politique de change est utilisée de manière iné- que l’effondrement de LTCM et la cessation de
quitable pour obtenir un avantage concurrentiel. paiement de la Russie en 1998 — n’ont eu qu’un
Le manque de progrès récents dans les négo- effet limité et temporaire sur l’activité mondiale.
ciations du cycle de Doha et le recours croissant Néanmoins, l’interaction entre une détérioration
à une prolifération de traités commerciaux de la situation financière et d’autres facteurs
bilatéraux témoignent de l’importance accrue de vulnérabilité dans les pays avancés et les
accordée aux intérêts nationaux dans le domaine pays émergents pourrait entraîner un ralentis-
commercial. On a jusqu’à présent résisté dans sement de l’activité mondiale plus marqué et
une large mesure aux pressions en faveur d’un plus prolongé que prévu dans les projections
durcissement des restrictions aux échanges ou de référence. Ce serait davantage à rapprocher
de mesures de représailles, mais les risques pro- du long ralentissement mondial qui a suivi le
tectionnistes liés aux déséquilibres commerciaux crash boursier de 2000, lorsqu’une correction
élevés seraient substantiellement accrus en cas des cours boursiers est allée de pair avec une
de ralentissement de l’économie mondiale et de réévaluation du rendement de l’investissement
montée du chômage. dans les technologies de pointe, non seulement
Dans ce contexte, des progrès encourageants aux États-Unis, mais aussi en Europe et en Asie.
ont été accomplis dans l’élaboration d’une stra- Aujourd’hui, le principal facteur de vulnérabilité
tégie conjointe de correction des déséquilibres semble être la possibilité d’une interdépendance
mondiaux. La consultation multilatérale organi- entre le resserrement du crédit et la correction
sée par le FMI représente la première utilisation du marché du logement aux États-Unis et dans
d’une approche innovatrice face à des problèmes les autres pays où les prix du logement ont aug-
systémiques. Cette consultation a permis aux menté rapidement ces dernières années.
principaux pays concernés de mieux comprendre Le graphique 1.14 présente les résultats d’une
ensemble les questions en jeu et de réaffirmer modélisation macroéconomique visant à simuler
leur soutien à la stratégie du Comité monétaire et l’effet d’un choc financier aux États-Unis sur
financier international (CMFI), ainsi que de faire trois acteurs essentiels de l’économie mondiale :

25
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Graphique 1.14. Effet simulé de remous financiers sur l’économie mondiale


(Écart par rapport au scénario de référence)

Des remous considérables et persistants sur les marchés financiers principalement américains (baisse de 10 % des prix du logement
et des cours des actions, et hausse de 50 points de base de la prime d’échéance, par rapport au scénario de référence) pèseraient
substantiellement sur l’activité mondiale, avec des répercussions des États-Unis sur le reste du monde par les circuits commerciaux
et financiers, notamment par des corrections des marchés du logement. Un assouplissement monétaire atténuerait cet impact. Par
contre, des remous d’une même ampleur initiale qui disparaîtraient rapidement auraient des retombées macroéconomiques bien
plus faibles.

Remous temporaires Remous durables

États-Unis Autres pays avancés Pays émergents

Production (pourcentages)
0,5 0,5 0,5
0,0 0,0 0,0
–0,5 –0,5 –0,5
–1,0 –1,0 –1,0
–1,5 –1,5 –1,5
–2,0 –2,0 –2,0
–2,5 –2,5 –2,5
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

Inflation (points)
0,5 0,5 0,5
0,0 0,0 0,0
–0,5 –0,5 –0,5
–1,0 –1,0 –1,0
–1,5 –1,5 –1,5
–2,0 –2,0 –2,0
–2,5 –2,5 –2,5
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

Taux d’intérêt à court terme (points)


0,0 0,0 0,0
–0,5 –0,5 –0,5
–1,0 –1,0 –1,0
–1,5 –1,5 –1,5
–2,0 –2,0 –2,0
–2,5 –2,5 –2,5
–3,0 –3,0 –3,0
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12

Source : estimations des services du FMI.

26
LÉGÈRE RÉVISION À LA BAISSE DES PERSPECTIVES DE RÉFÉRENCE ET INTENSIFICATION DES RISQUES DE DÉGRADATION

Encadré 1.3. Consultation multilatérale sur les déséquilibres mondiaux

De quoi s’agit-il et pourquoi était-ce nécessaire? nir la croissance mondiale tout en réduisant les
Le 5 juin 2006, le FMI a engagé sa première déséquilibres — et à la réduction des risques
consultation multilatérale — un nouvel outil de d’un ajustement désordonné.
la surveillance multilatérale — en vue de s’atta- À cet effet, les consultations ont commencé
quer aux déséquilibres mondiaux des comptes par des entretiens bilatéraux avec de hauts fonc-
des transactions courantes de manière à soutenir tionnaires de chacun des pays ou régions partici-
la croissance mondiale. Cinq pays ou régions ont pants, qui ont été suivis de réunions conjointes de
accepté d’y participer — Arabie Saoudite, Chine, hauts fonctionnaires de tous les pays ou régions
États-Unis, zone euro et Japon. Ces participants participants avec les services du FMI. Ces entre-
ont été choisis soit parce qu’ils sont directement tiens ouverts et constructifs ont permis de mieux
concernés par les déséquilibres existants (par comprendre les questions en jeu et les positions
le déficit ou l’excédent de leurs transactions de chacun. Les participants ont réaffirmé que la
courantes), soit parce qu’ils représentent une réduction des déséquilibres mondiaux constituait
très grande partie de la production mondiale un défi multilatéral et que leur correction d’une
et peuvent contribuer à soutenir la croissance manière compatible avec une croissance soutenue
mondiale à mesure que la demande et l’épargne était une responsabilité partagée. Ils ont souligné
s’ajustent. aussi qu’une résorption ordonnée des déséqui-
Le principal enjeu était que, en dépit d’un libres allait dans l’intérêt de l’économie mondiale
large accord sur les mesures nécessaires pour dans son ensemble, notamment parce que la per-
appuyer un processus de rééquilibrage mondial sistance de ces déséquilibres pourrait aggraver les
— comme noté dans la stratégie du Comité mo- mouvements protectionnistes.
nétaire et financier international (CMFI)1 —, Quel a été le résultat?
les progrès dans l’application de ces mesures
étaient relativement lents et les déséquilibres Les participants ont réaffirmé leur soutien à la
restaient élevés. Il était donc nécessaire d’établir stratégie proposée par le CMFI pour réduire les
de nouveaux moyens d’atteindre l’objectif fixé. déséquilibres par l’adoption de mesures qui al-
Donc, un objectif primordial de cette première laient dans l’intérêt de chaque pays tout en étant
consultation multilatérale était de faciliter un souhaitables d’un point de vue multilatéral. La
dialogue et, en fin de compte, d’encourager consultation s’est terminée par la publication
une action qui pourrait contribuer largement des plans d’action de chaque participant qui
au rééquilibrage mondial — c’est-à-dire soute- incluent des mesures importantes dans tous les
domaines principaux de la stratégie du CMFI2.
Lorsqu’ils seront exécutés, ces plans d’action
Note : Les principaux auteurs du présent encadré pourraient réduire considérablement les risques
sont Hamid Faruqee et Gian Maria Milesi-Ferretti. à l’échelle mondiale. Par ailleurs, la publication
1Depuis avril 2004, le CMFI a fait part dans chacun
de ces plans d’action a fourni une feuille de
de ses communiqués de ses vues sur les mesures néces- route précise qui servira à évaluer les progrès de
saires pour faciliter une résorption ordonnée des désé-
leur exécution. Dans son communiqué d’avril
quilibres mondiaux — la «stratégie du CMFI». Si cette
stratégie a évolué quelque peu au fil du temps, du fait
20073, le CMFI a pris connaissance avec satisfac-
de la nature changeante des déséquilibres, le Comité a tion du rapport sur la consultation, notant que
demandé en septembre 2006 de prendre des mesures les plans d’action énoncés par les participants
qui stimuleraient l’épargne nationale aux États-Unis, représentaient de nouveaux progrès dans l’appli-
notamment le rééquilibrage budgétaire; de nouveaux cation de la stratégie du Comité. En juillet 2007,
progrès dans les réformes propices à la croissance
en Europe; la poursuite des réformes structurelles,
y compris le rééquilibrage budgétaire, au Japon; des 2Voir FMI, «Le Comité monétaire et financier in-

réformes qui stimulent la demande intérieure dans les ternational du FMI fait le point sur la consultation
pays émergents d’Asie et un assouplissement des taux multilatérale», communiqué de presse no 07/72, 14
de change dans plusieurs pays affichant un excédent avril 2007.
courant; et une augmentation des dépenses compa- 3Voir FMI, «Communiqué du Comité monétaire et

tible avec la capacité d’absorption et la stabilité macro- financier international du Conseil des Gouverneurs du
économique dans les pays producteurs de pétrole. FMI», communiqué de presse no 07/71, 14 avril 2007.

27
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.3 (fin)

le Conseil d’administration du FMI a abouti à tion de l’investissement dans les autres pays
une évaluation similaire4. émergents d’Asie, pourrait réduire le déficit
courant américain de ¼ à ½ % supplémen-
Des résultats tangibles? taire du PIB, avec en parallèle une réduction
S’il est difficile de quantifier précisément les des excédents dans ces régions, en supposant
effets du plan d’action proposé pour corriger une action plus ou moins comparable à celle
les déséquilibres mondiaux, des estimations des des participants à la consultation multilatérale.
services du FMI qui reposent sur des simulations • On peut s’attendre aussi à ce que les variations des
du modèle économique mondial5 et d’autres soldes du secteur privé jouent un rôle essentiel dans
données empiriques semblent indiquer que, la réduction des déséquilibres des transactions cou-
lorsqu’il sera intégralement appliqué, le plan rantes, notamment par une augmentation de
d’action pourrait réduire le déficit des transac- l’épargne des ménages aux États-Unis et un
tions courantes des États-Unis de 1 à 1¾ % du raffermissement de la demande intérieure pri-
PIB à moyen terme et donc limiter l’accumula- vée dans les pays affichant un excédent cou-
tion des engagements extérieurs américains. Les rant. Si l’ampleur de cet ajustement pourrait
excédents diminueraient proportionnellement être considérable, son rythme est incertain,
ailleurs, en particulier en Arabie Saoudite et en d’autant qu’il dépend de variables qui sont
Chine. Pour effectuer ces calculs, les services du difficiles à prévoir, telles que les prix du loge-
FMI ont supposé un assouplissement du taux de ment aux États-Unis. Ces incertitudes, ainsi
change, avec une appréciation réelle conforme que d’autres impondérables tels que les cours
aux attentes actuelles du marché comme prévu du pétrole, renforcent les arguments en faveur
dans les taux à terme et les prévisions du consen- d’un ajustement rapide de l’action des pou-
sus, ainsi que des réformes des marchés finan- voirs publics, d’autant que cela concorde aussi
ciers en Chine; l’exécution de réformes structu- avec les intérêts nationaux des pays concernés.
relles propices à la croissance dans la zone euro
et au Japon; une augmentation substantielle de Et maintenant?
l’investissement conforme au plan d’action en Il s’agit maintenant d’appliquer le plan d’ac-
Arabie Saoudite; et un ajustement budgétaire tion. Depuis la consultation et le rapport qui a
d’environ 2 % du PIB (compatible avec l’objectif suivi, chaque participant a accompli des progrès
d’un budget fédéral équilibré) et des mesures de dans l’exécution de ses projets, mais il reste
stimulation de l’épargne privée aux États-Unis. beaucoup à faire. En particulier :
Il est à noter toutefois que la seule action des • Aux États-Unis, le déficit fédéral a diminué
participants à la consultation ne suffira pas pour plus rapidement que prévu et le Congrès a
ajuster les déséquilibres mondiaux de manière adopté l’objectif du gouvernement d’équili-
ordonnée tout en maintenant une croissance brer le budget d’ici l’exercice 2012. Toutefois,
soutenue. En particulier : il n’existe pas de consensus sur les moyens
• Les autres pays ont un rôle important à jouer. Une d’atteindre ces objectifs tout en disposant de
augmentation des dépenses des autres pays ressources suffisantes pour financer la guerre
exportateurs de pétrole, ainsi qu’un assouplis- et alléger l’impôt minimum de remplacement,
sement des taux de change et une augmenta- et il existe des obstacles politiques à une ré-
forme plus profonde des droits à prestations.
• En Chine, le renminbi s’est apprécié en valeur
4Voir FMI, «Le Conseil d’administration du FMI exa- effective réelle d’environ 6 % au cours de
mine les résultats de la consultation multilatérale sur l’année écoulée et sa marge de fluctuation
les déséquilibres mondiaux», Note d’information au quotidienne par rapport au dollar a été élargie
public no 07/97, 7 août 2007. de 0,3 à 0,5 %. Cependant, l’excédent des tran-
5Le modèle budgétaire global a été utilisé pour déter-
sactions courantes de la Chine a continué de se
miner les effets de la politique budgétaire sur le compte
creuser, du fait de la bonne tenue persistante
des transactions courantes. Voir Faruqee et al. (2007),
l’appendice 1.2 de l’édition de septembre 2005 des Pers-
des exportations. Une appréciation plus rapide
pectives de l’économie mondiale et l’encadré 1.3 de l’édition du renminbi aiderait à fournir les indications
de septembre 2006 des Perspectives de l’économie mondiale. de prix appropriées pour l’investissement et,

28
ENTRÉES MASSIVES DE DEVISES

conjuguée à des mesures supplémentaires de • En Arabie Saoudite, les dépenses publiques


rééquilibrage de la demande intérieure, aide- ont été accrues en 2007 dans trois domaines
rait à limiter l’excédent courant de la Chine essentiels — investissements dans le secteur
à terme. Par ailleurs, la politique monétaire pétrolier, projets sociaux et infrastructures
pourrait ainsi davantage être axée sur le ra- — comme prévu. Des programmes massifs
lentissement de la croissance du crédit et de
d’investissement reposant sur des partenariats
l’investissement.
public–privé se poursuivent aussi, bien qu’il
• Dans la zone euro, des progrès sont accomplis
reste beaucoup à faire pour atteindre les ob-
dans le programme de réformes structurelles,
jectifs à moyen terme.
notamment l’amélioration de l’efficience
La consultation multilatérale sur les déséqui-
de la compensation et du règlement sur les libres mondiaux constitue donc la première
marchés financiers de l’UE. Pour renforcer la utilisation d’une méthode innovatrice pour
concurrence, la productivité et la croissance, s’attaquer à des problèmes systémiques. Avec
il faudra opérer de nouvelles réformes sur les l’approbation de l’ensemble des pays membres
marchés de produits, du travail et financiers, du FMI, un groupe de pays membres — avec la
par exemple en appliquant la directive sur les participation des services et de la direction du
services dans tous les pays membres. FMI — a mené une série d’entretiens ciblés,
• Au Japon, on a noté récemment, sur le front constructifs et confidentiels. Le résultat est un
des réformes structurelles, des progrès dans ensemble de plans d’action cohérents qui ont été
bien accueillis par le FMI. Avec l’accord des parti-
le placement et la formation des travailleurs,
cipants à la consultation, l’exécution de ces plans
ainsi que dans la libéralisation des entrées
d’action sera surveillée régulièrement par le FMI.
d’investissements directs étrangers. Des me- Selon l’analyse des services du FMI, ces plans
sures supplémentaires seront nécessaires pour d’action — lorsqu’ils seront exécutés —contri-
renforcer la concurrence et ainsi rehausser la bueront largement à atteindre les objectifs de la
productivité, en particulier dans le secteur des stratégie du CMFI, à savoir soutenir la croissance
biens non échangeables. mondiale tout en réduisant les déséquilibres.

les États-Unis, les autres pays avancés et les pays laquelle, en cas de récession, les effets de conta-
émergents. Si le choc est temporaire — c’est- gion se feront sentir de façon plus que propor-
à-dire qu’il commence à s’inverser après deux tionnelle par rapport à un léger ralentissement
trimestres —, l’effet sur le PIB est relativement de l’activité. Avec cette combinaison d’événe-
faible et essentiellement limité aux États-Unis ments, l’économie mondiale pourrait ralentir
eux-mêmes. Si le choc est prolongé — huit tri- brutalement.
mestres —, l’effet sur la production aux États-
Unis est bien plus marqué, car l’effet de richesse
commence à se faire sentir et à peser sur la Entrées massives de devises
consommation, et la Réserve fédérale serait ame- Au cours de l’année écoulée, un grand nombre
née à abaisser agressivement les taux d’intérêt de pays émergents et de pays en développement
pour stabiliser la production et l’inflation. Par ont enregistré des entrées nettes de devises éle-
ailleurs, les répercussions sur les autres pays sont vées en regard du passé, tant par le biais de tran-
bien plus sensibles : les marchés du logement sactions courantes que d’opérations en capital.
s’affaiblissent dans le monde entier, la croissance La hausse récente des flux de capitaux privés vers
des échanges commerciaux ralentit, les cours des les pays émergents a été particulièrement specta-
actions reculent et les primes de risques augmen- culaire. Comme l’indique le graphique 1.15, les
tent. Ce scénario correspond à l’observation faite flux bruts en dollars ont augmenté nettement
dans l’édition d’avril 2007 des Perspectives selon ces dernières années, pour atteindre des niveaux

29
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Graphique 1.15. Flux de capitaux privés deux fois plus élevés que lors du sommet précé-
vers les pays émergents dent en 1996, juste avant la crise asiatique. Ces
(Milliards de dollars EU) chiffres s’expliquent en partie par le processus
permanent de diversification financière interna-
Les flux bruts de capitaux privés vers les pays émergents ont augmenté rapidement
ces dernières années, alors que les flux nets sont restés élevés par rapport au passé. tionale. L’augmentation des flux nets vers les pays
Bien que l’investissement direct étranger ait augmenté, les flux d’investissements de émergents a été un peu moins marquée, mais ces
portefeuille et d’autres investissements ont progressé plus nettement, en particulier
vers les pays émergents d’Asie et d’Europe ainsi que la CEI. flux ont quand même atteint des niveaux records
sur la période 2005–06, ont encore augmenté au
Pays émergents d’Asie Amérique latine premier semestre de 2007 et devraient rester éle-
Pays émergents d’Europe Afrique et Moyen-Orient vés globalement, en dépit des récents remous sur
et CEI
les marchés financiers.
1200 Flux bruts par région Flux nets par région 300 Une abondance de devises offre une belle
1000 250 occasion de stimuler la croissance à long terme
800
200 si ces ressources sont utilisées avec prudence.
150 Cependant, les pays font face aussi à de gros
600
100 problèmes macroéconomiques à court terme
400
50 dès lors qu’il s’agit de gérer ces entrées massives
200 de devises. Si la flexibilité du taux de change est
0
0 –50 limitée, une forte hausse des entrées nettes de
–200 –100 devises peut vite provoquer une croissance ra-
1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
pide du crédit, des augmentations substantielles
Flux bruts des prix des actifs intérieurs, une surchauffe de
l’économie et éventuellement des tensions in-
500 Par type Vers les pays émergents 250 flationnistes. Le fait de laisser le taux de change
400 Investissement 200 s’apprécier accroît les possibilités de régulation
direct étranger Investissements
de portefeuille
150 monétaire, mais peut aussi entraîner une perte
300 Investissements 100 de compétitivité et limiter les possibilités d’ex-
de portefeuille
200 50
portation. Par ailleurs, il convient aussi d’éviter
100 0
un accroissement de la vulnérabilité à un ren-
–50
0 Investissement versement soudain des entrées de devises — une
direct étranger –100
–100 Autres Autres crainte soulignée par les remous récents sur les
investissements investissements –150
–200 –200
marchés financiers internationaux.
1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
Si ces problèmes sont d’ordre général, les pays,
selon leur groupe, font face à des situations exté-
180 Vers les pays émergents Vers l’Amérique latine 120
d’Europe et la CEI rieures et intérieures différentes, qui influent sur
150 Autres Investissements Investissement 90 les arbitrages à opérer (graphique 1.16). Com-
investissements de portefeuille direct étranger
120
60
ment les pays ont-ils réagi et quels enseignements
90 Investissement peuvent être tirés? Le chapitre 3 du présent
direct étranger 30
60 Investissements
rapport examine les augmentations des flux de
de portefeuille 0 capitaux depuis la fin des années 80. De manière
30
générale, au cours des dernières années, les pays
0 Autres –30
investissements ont assoupli leur régime de change et ont laissé
–30 –60 leur monnaie s’apprécier davantage, bien que
1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
la résistance à l’appréciation par le biais des in-
Sources : FMI, base de données des Perspectives de l’économie mondiale; calculs des terventions reste généralement élevée. Les mon-
services du FMI.
naies se sont donc nettement appréciées dans
des pays d’Amérique latine qui ciblent l’inflation

30
ENTRÉES MASSIVES DE DEVISES

(Brésil, Chili et Colombie) et dans des pays émer- Graphique 1.16. Transactions courantes et mouvements de
gents d’Asie (la Corée, l’Inde et la Thaïlande sont capitaux pour quelques pays émergents ou en développement
de bons exemples). L’assouplissement du taux de (En pourcentage du PIB)
change présente comme avantages d’accroître le L’accumulation des réserves dans la plupart des pays émergents d’Asie et les pays
contrôle direct de la monnaie centrale, et donc exportateurs de pétrole du Moyen-Orient tient principalement aux excédents élevés
des transactions courantes (l’Inde étant une exception). Dans les pays émergents
de la croissance du crédit, et de réduire les opé- d’Europe, des entrées nettes massives de capitaux ont financé des déficits sub-
rations spéculatives sans risque et donc l’attrait stantiels des transactions courantes.
des entrées de capitaux sous forme d’opérations
Solde courant Flux nets de capitaux privés
spéculatives sur écart de rendement. Cependant, Flux nets officiels Erreurs et émissions
face à des entrées massives de capitaux, les pays Variation des réserves
ont continué aussi d’intervenir de façon inten-
sive, accumulant des réserves afin de limiter 16 Chine Inde 6

l’appréciation réelle de leur monnaie, bien que le


12 4
chapitre 3 semble indiquer que ces interventions
n’ont généralement pas atteint leur but sur des 8 2
périodes prolongées.
Une conclusion du chapitre 3 est que, en 4 0

présence d’entrées massives de capitaux, la ri-


0 –2
gueur budgétaire réduit la pression sur le taux
de change réel et le risque d’un atterrissage –4 –4
1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
brutal lorsque les flux de capitaux ralentissent
ou s’inversent. Il existe des limites bien connues 10 ASEAN-4 et NEI 1 Amérique latine 6
à l’utilisation d’une politique budgétaire discré-
8
4
tionnaire pour un réglage fin, qui s’appliquent
6
particulièrement à ce contexte, parce que les 2
4
flux de capitaux sont volatils et difficiles à pré-
2 0
voir, et ont des répercussions macroéconomiques
0
incertaines, alors qu’une modification fréquente –2
–2
à court terme des instruments de politique –4
–4
budgétaire réduirait la transparence et la prévi-
–6 –6
sibilité. Cela dit, il semble que les pays qui font 1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
face à un risque de surchauffe dans le contexte Pays émergents d’Europe Exportateurs de pétrole
d’une croissance vigoureuse de la production et 10 du Moyen-Orient 2 24
8 18
d’entrées massives de capitaux tireraient parti
6
d’une plus grande rigueur budgétaire, en écono- 4
12

misant une plus grande partie de leurs recettes 2 6

en hausse, plutôt qu’en laissant les dépenses 0 0

publiques monter en flèche ou en abaissant pré- –2 –6


–4
maturément les impôts. Cet enseignement est –12
–6
particulièrement intéressant pour les pays émer- –8 –18
gents d’Europe et les pays de la CEI qui affichent –10 –24
1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
un déficit courant élevé, où les facteurs de vulné-
rabilité sont particulièrement évidents et où les Source : calculs des services du FMI.
dépenses publiques ont augmenté rapidement. 1ASEAN-4 : Indonésie, Malaisie, Philippines et Thaïlande. NEI : Corée, Hong Kong (RAS)
Singapour et province chinoise de Taiwan.
Au-delà des instruments de politique macro- 2Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Koweït, Libye,

économique, plusieurs pays ont cherché à limiter Oman, Qatar, République arabe syrienne et République du Yémen.

ou à décourager les entrées de capitaux. En parti-

31
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

culier, le Chili dans les années 90 et, plus récem- Une dernière série de mesures cherche à
ment, l’Argentine (depuis 2005), la Thaïlande compenser les effets secondaires des entrées de
(depuis 2006) et la Colombie (depuis mai 2007) capitaux sur l’économie nationale. Première-
ont établi des réserves obligatoires non rémuné- ment, des pays ont durci la réglementation et
rées pour certains types d’entrées de capitaux, le contrôle des prêts bancaires pour limiter le
ce qui revient à imposer les entrées de capitaux à risque d’une augmentation de la vulnérabilité des
court terme. Récemment, d’autres pays, comme bilans. Deuxièmement, des pays ont adopté des
le Brésil, la Corée et le Kazakhstan, ont adopté mesures fiscales, entre autres, pour calmer leurs
d’autres mesures spécifiques visant à réduire les marchés d’actions et de biens immobiliers : par
entrées de capitaux à court terme par l’intermé- exemple, la Chine a relevé récemment le droit de
diaire du système bancaire, et l’Inde a introduit timbre pour les transactions boursières et Singa-
de nouvelles restrictions aux emprunts commer- pour a ajusté à la hausse les frais de réaménage-
ciaux extérieurs. Il semble que ces mesures aient ment des biens immobiliers. Troisièmement, des
un effet qui tend à diminuer au fil du temps, pays ont utilisé des incitations budgétaires pour
car des moyens sont trouvés pour éviter les res- compenser certaines implications de l’apprécia-
trictions, et, si elles sont durables, puissent aussi tion de leur monnaie : par exemple, le Brésil a
freiner le développement du système financier4. établi des droits d’importation dans certains sec-
Dans le même sens, il est noté au chapitre 3 que teurs. Il convient d’utiliser avec prudence les me-
le contrôle des mouvements de capitaux n’a pas sures budgétaires de ce type et veiller à ce qu’elles
beaucoup influé sur les effets macroéconomiques n’aient pas de conséquences microéconomiques
des entrées de capitaux. ou politico-économiques négatives. Il serait plus
Par ailleurs, la libéralisation des restrictions productif de renforcer la capacité d’adaptation
aux sorties de capitaux peut aider à atténuer les de l’économie aux variations des taux de change,
tensions sur les marchés des changes tout en en- par exemple en réformant le marché du travail et
courageant une plus grande diversification inter- en améliorant le climat des affaires.
nationale des portefeuilles pour les investisseurs Globalement, l’expérience récente et les
nationaux et l’intégration dans les marchés inter- observations du chapitre 3 confirment qu’il
nationaux. Les pays d’Asie de l’Est ont obtenu les n’existe pas de formule universelle unique pour
meilleurs résultats en la matière, comme en té- faire face aux conséquences macroéconomiques
moigne le niveau élevé et croissant des sorties de à court terme des entrées massives de devises.
capitaux de ces pays, et des réformes similaires Les pays doivent plutôt se montrer pragmatiques,
se sont poursuivies au cours de l’année écoulée et trouver un dosage approprié de mesures qui
dans un large éventail de pays, parmi lesquels le sont adaptées à leur contexte particulier et à
Brésil, la Chine, la Colombie, l’Inde, la Malaisie, leurs objectifs à plus long terme. Jusqu’à présent,
le Maroc, le Pérou et la Thaïlande. Cependant, la plupart des pays ont réussi dans une large me-
il est difficile de préciser à quel moment ces ré- sure à éviter une appréciation de leur monnaie
formes feront sentir leurs effets et de quantifier qui conduit à une surévaluation substantielle de
l’ampleur de ces effets, ce qui relativise la valeur celle-ci, mais il subsiste des risques de surchauffe.
de ces réformes pour la gestion macroécono- Pour un certain nombre de pays, il serait plus fa-
mique à court terme. cile d’atteindre les objectifs de régulation moné-
taire et d’inflation en assouplissant quelque peu
4En Thaïlande, les contrôles avaient un champ d’ap-
le taux de change. Il semble aussi être possible
plication très large dans un premier temps, y compris les de mener des politiques budgétaires plus res-
investissements directs étrangers, et ont eu un effet négatif trictives, en économisant une plus grande partie
marqué sur les marchés d’actions et des changes; leur des recettes en forte croissance plutôt qu’en les
champ d’application a été rapidement réduit. En Argen-
tine et en Colombie, les contrôles ont été définis de ma- dépensant, de poursuivre la libéralisation des
nière plus restrictive et semblent avoir eu un effet limité. sorties de capitaux et de renforcer les cadres ré-

32
MAINTENIR UNE CROISSANCE VIGOUREUSE

glementaires et prudentiels afin de limiter la vul-


nérabilité des bilans à une croissance trop rapide
du crédit intérieur. Graphique 1.17. La croissance mondiale
sous différents angles
Plus des deux tiers de la croissance mondiale proviennent des pays émergents et des
Maintenir une croissance vigoureuse pays en développement. Ces pays représentent aussi une part croissante du commerce
mondial, et affichent une dispersion et une volatilité de la croissance plus faibles.
L’expansion mondiale actuelle est la période
de croissance la plus forte depuis le début des États-Unis Chine
Zone euro Inde
années 70 (graphique 1.17). L’évolution récente Japon Autres pays émergents
Autres pays avancés ou en développement
est aussi remarquable à d’autres égards. Premiè-
rement, avec la croissance rapide du commerce
Contributions à la croissance mondiale aux taux de change PPA (1970–2006)1 7
mondial, l’ouverture a augmenté de plus de
6
10 points depuis 2001, et l’ouverture financière a
5
progressé rapidement aussi. Deuxièmement, les
4
pays émergents et les pays en développement re-
présentent maintenant une part élevée de la crois- 3

sance, à savoir plus de deux tiers contre environ la 2

moitié dans les années 90. Troisièmement, ce ne 1

sont pas seulement quelques pays dynamiques qui 0

obtiennent de bons résultats; en fait, la plupart –1


1970 75 80 85 90 95 2000 05
des pays et des régions se portent bien par rapport
à leur propre passé, comme en témoigne la dimi- Part du PIB mondial Part du commerce mondial 70
(pondéré par la PPA) (pourcentage du PIB mondial)
nution de la dispersion des taux de croissance par 60
1,0
rapport à la tendance. Quatrièmement, la volati-
50
lité de la croissance a diminué substantiellement. 0,8
40
Le chapitre 5 du présent rapport offre une 0,6
perspective à plus long terme de l’expansion 30
0,4
actuelle, et examine quelle est la part respective 20

des bonnes politiques économiques et de la 0,2 10


chance dans la dynamique du cycle conjoncturel 0,0 0
1970 75 80 85 90 95 2000 05 1970 75 80 85 90 95 2000 05
mondial. Selon les données présentées, un cer-
tain nombre de changements structurels — des
5 Dispersion de la croissance Volatilité de la croissance3 5
politiques monétaires de meilleure qualité, une par rapport à Pays
la tendance2 Pays
volatilité réduite des politiques budgétaires, une émergents
4 émergents
ou en déve- 4
amélioration des institutions et un plus grand ou en déve-
loppement
loppement
développement financier — impliquent que les 3 Monde 3

cycles conjoncturels seront probablement de


2 Pays 2
plus longue durée et de moindre ampleur que Monde
avancés
dans le passé. Pays
1 avancés 1
Cependant, le chapitre avertit que le cycle
conjoncturel n’est certainement pas mort et 0 0
1980 85 90 95 2000 05 1980 85 90 95 2000 05
conclut sur une note prudente : la période ac-
tuelle partage plusieurs caractéristiques avec Source : calculs des services du FMI.
1Taux de change fondés sur la parité de pouvoir d’achat (PPA).
les années 60 et le début des années 70 — une 2Écart-type de la croissance de l’année en cours moins la croissance moyenne en 1970–2006.
période de croissance mondiale vigoureuse et 3Moyennes pondérées de l’écart-type de la croissance sur des périodes mobiles de
sept ans.
durable, mais suivie d’une période plus mou-
vementée qui est ponctuée par l’effondrement

33
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

de l’ancrage monétaire (le système de Bretton le commerce, et en particulier les exportations


Woods des taux de change fixes), des chocs des pays en développement, tend à réduire les
considérables sur l’offre et une poussée infla- inégalités, alors que la mondialisation financière,
tionniste. La récente augmentation de la vola- notamment l’investissement direct étranger, a
tilité sur les marchés financiers a souligné que accru les inégalités, en partie parce qu’elle est
les conditions favorables risquent de ne pas se étroitement liée à la diffusion des nouvelles
maintenir, mais, au-delà de ces considérations, technologies. Plusieurs enseignements peuvent
il existe aussi un certain nombre de problèmes en être tirés : il est important pour les pays en
plus profonds qui, s’ils ne sont pas résolus, pour- développement de réaliser leur potentiel d’ex-
raient sérieusement compromettre la poursuite portation, en particulier dans l’agriculture; il est
de l’expansion actuelle. opportun d’accroître l’accès à l’éducation et au
Premièrement, si la plupart des pays se portent crédit pour veiller à ce que les groupes à plus
bien au niveau global, la distribution des gains faible revenu disposent des compétences et des
est de plus en plus source de préoccupation. Les ressources requises pour profiter des possibilités
rapides progrès technologiques et la poursuite offertes par les nouvelles technologies et la mon-
de la mondialisation du commerce et de la fi- dialisation; et il est nécessaire de mettre en place
nance ont fortement accéléré la croissance et ont des dispositifs de protection adéquats pour les
aidé à faire reculer la pauvreté, mais ils ont aussi groupes affectés par le nouvel environnement.
contribué à accroître la concentration du revenu Une deuxième tendance qui pourrait influer
et de la richesse, tant dans les pays avancés que sur la dynamique de croissance est que l’épargne
dans les pays émergents et les pays en dévelop- mondiale risque de devenir plus rare, ce qui
pement. Ceux qui possèdent du capital et des pousserait à la hausse les taux d’intérêt réels.
compétences rares ont été amplement récom- Ces dernières années, l’expansion mondiale a
pensés, mais les gains ont été plus limités pour été soutenue par un accès facile au financement
les travailleurs moins qualifiés et ceux qui ont un extérieur à des taux d’intérêt relativement faibles.
accès limité à l’emploi ou au crédit. La hausse Cela s’explique en partie par la politique de
des inégalités a déjà suscité de la résistance à la crédit très facile que les pays avancés ont menée
mondialisation et a contribué aux récents revers après la récession de 2000–01 afin d’éviter la
dans le processus de libéralisation multilatérale déflation, mais cette source de liquidité s’est pro-
des échanges, mais le retour de bâton protection- gressivement tarie (encadré 1.4). L’abondance du
niste pourrait devenir encore plus virulent. Au- crédit est liée aussi aux innovations financières
delà des considérations relatives au bien-être et à qui ont accru la liquidité et amélioré la distribu-
l’économie politique, les inégalités ont aussi un tion des risques, ce qui, en dépit de la récente
coût économique réel, car elles impliquent que volatilité des marchés, devrait offrir des gains per-
les ressources humaines ne sont pas utilisées de manents. Un troisième facteur est l’évolution de
manière productive, une grande partie de la po- l’épargne et de l’investissement à l’échelle mon-
pulation mondiale continuant d’avoir un accès diale, qui a créé ce que le Président de la Réserve
insuffisant à l’éducation, aux soins de santé, ainsi fédérale, M. Ben Bernanke, a appelé un «excès
qu’aux opportunités économiques et financières. d’épargne», c’est-à-dire, peut-être de manière
Le chapitre 4 du présent rapport examine plus plus exacte, des taux d’investissement faibles en
en détail la relation entre la mondialisation et dehors de la Chine et un taux d’épargne très
l’inégalité des revenus. Il est noté que les progrès élevé en Chine.
technologiques sont de loin le principal facteur Cependant, cette tendance de l’épargne et de
de la hausse des inégalités, en raison des gains l’investissement à l’échelle mondiale va probable-
de revenus qu’ils entraînent pour les travailleurs ment changer au fil du temps. Les excédents des
très qualifiés. La mondialisation a des effets com- pays exportateurs de pétrole devraient diminuer
pensateurs sur la répartition du revenu : en fait, assez rapidement, à mesure qu’ils accroissent leur

34
MAINTENIR UNE CROISSANCE VIGOUREUSE

Encadré 1.4. La liquidité mondiale, qu’est-ce que c’est?

Ces dernières années, on a accordé beaucoup


d’attention au concept de liquidité. Les baisses Mesures de la politique monétaire
des primes de risque dans diverses catégories
d’actifs, la bonne tenue des cours des actions
Taux d’intérêt
et obligations et des prix immobiliers, le niveau
faible des taux d’intérêt réels à long terme et la 8 États-Unis 10
hausse des flux de capitaux internationaux ont Taux d’intérêt réel à court terme
(%)
4 (échelle de droite) 6
été interprétés comme des signes d’un «excès
de liquidité» dans l’économie mondiale. Par 0 2
ailleurs, cependant, les principales banques cen-
trales durcissent leur politique monétaire depuis –4 –2
quelque temps. À la mi-août, les liquidités se –8 Écart vis-à-vis du taux de Taylor –6
sont raréfiées soudainement sur plusieurs mar- (échelle de gauche)
–12 –10
chés monétaires et les marges sur plusieurs types 1972 77 82 87 92 97 2002 07:
d’actifs à risques se sont creusées notablement, T2
si bien que les banques centrales ont dû procé-
der à une injection substantielle de fonds pour 8 Zone euro1 Taux d’intérêt réel à court terme 10
(%) (échelle de droite)
stabiliser les taux d’intérêt à court terme. Quelle 4 6
définition de la liquidité peut permettre de rap-
0 2
procher ces événements?
Le terme «excès de liquidité» est rarement –4 –2
bien défini. En fait, de multiples définitions de Écart vis-à-vis du taux de Taylor
–8 (échelle de gauche) –6
la liquidité, qui ne sont guère distinguées avec
soin, sont souvent utilisées. L’une d’entre elles –12 –10
1972 77 82 87 92 97 2002 07 :
associe un excès de liquidité à des taux d’intérêt T2
faibles ou à un accès facile au crédit, qui est le
résultat d’une politique monétaire exceptionnel- 10 Japon 10
lement accommodante de la part des principales (%)
banques centrales. Une autre met l’accent sur la 0 0
liquidité du marché, qui est associée à une ten- Taux d’intérêt réel à court terme
–10 (échelle de droite) –10
dance structurelle à l’innovation, à l’extension
et à l’intégration financières. Le présent enca- –20 Écart vis-à-vis du taux de Taylor –20
dré évalue la tendance récente des indicateurs (échelle de gauche)
simples de la liquidité mondiale qui sont liés à –30 –30
ces différentes notions de liquidité et examine 1972 77 82 87 92 97 2002 07 :
T2
leur influence sur la baisse des primes de risque
à l’échelle mondiale. Mesures quantitatives
Mesures de l’orientation des politiques monétaires 10 Monnaie centrale et réserves2 10
Une indication indirecte simple de l’orienta- 8 Monnaie centrale Réserves 8
tion de la politique monétaire est donnée par Monnaie centrale plus réserves
6 6
l’évolution des taux directeurs réels. Une politique
4 4
monétaire peut être jugée très accommodante si les
taux directeurs réels sont négatifs. Le premier 2 2
graphique présente l’évolution des taux direc- 0 0
teurs réels pour les États-Unis, la zone euro et le –2 –2
1972 77 82 87 92 97 2002 07 :
Japon. La politique monétaire américaine a été
T2
très accommodante entre le premier trimestre
de 2003 et le troisième trimestre de 2005, mais Source : calculs des services du FMI.
1Avant 1998, moyenne pondérée par la parité de pouvoir d’achat
les taux sont aujourd’hui proches d’un niveau
pour les pays membres de la zone euro.
2Variation sur trois ans pour les États-Unis, la zone euro et le
Japon, en dollars EU par rapport au PIB.
Note : Les auteurs du présent encadré sont Gianni
De Nicolò et Johannes Wiegand.

35
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.4 (suite)

neutre. Par ailleurs, même pendant la phase des taux de croissance élevés jusqu’il y a peu.
d’expansion, le degré d’accompagnement a été Cependant, cet indice mélange différents types
moindre que celui observé à la fin des années d’indicateurs et il est difficile d’en tirer des
70 et au début des années 80. La politique mo- conclusions fermes.
nétaire de la BCE suit une tendance similaire, En dépit du retour à une politique monétaire
quoique moins prononcée, depuis 1999. Au neutre aux États-Unis et dans la zone euro, les
Japon, ce n’est qu’en 1997–98 que la politique taux d’intérêt réels à long terme sur les titres pu-
monétaire a été très accommodante. blics dans les pays avancés sont restés faibles par
Une autre indication de l’orientation de la rapport à leur moyenne historique. Un facteur
politique monétaire, qui figure aussi au premier qui a probablement influé sur les taux d’intérêt
graphique, est l’écart entre un taux d’intérêt à long terme est la tendance de l’épargne et de
nominal à court terme et un «taux Taylor», qui l’investissement à l’échelle mondiale. En parti-
est obtenu en calculant une règle de Taylor, ou culier, l’abondance de l’épargne mondiale par
une fonction de réaction monétaire qui met rapport à l’investissement a peut-être contribué,
en rapport le taux d’intérêt directeur au taux entre autres, à une hausse de la demande de
d’inflation et à la position conjoncturelle de titres à plus long terme. Dans ces conditions, les
l’économie. Un taux d’intérêt nominal à court excédents élevés des transactions courantes dans
terme qui est plus bas que le taux de Taylor re- les pays exportateurs de pétrole et les pays asia-
flète un accompagnement monétaire agressif1. tiques, ainsi que les sorties de capitaux qui en
Globalement, cette mesure donne des résultats sont le corollaire, on peut-être aussi contribué à
très similaires au taux directeur réel, avec un la baisse des taux d’intérêt à long terme2.
accompagnement monétaire agressif entre 2002
et fin 2006 aux États-Unis et, dans une moindre Liquidité des marchés financiers
mesure, en Europe. Plus récemment, toutefois, Les mesures de la politique monétaire exami-
les taux se sont rapprochés de ceux résultant de nées jusqu’à présent ne prennent pas en compte
la règle de Taylor à la suite du durcissement des les implications, pour la liquidité du marché, de
politiques monétaires. la rapidité de la financiarisation des économies
On peut aussi mesurer l’orientation de la et de l’innovation financière au cours des dix
politique monétaire de manière quantitative. dernières années3.
Un agrégat monétaire mondial fondé sur la Selon la théorie monétaire et financière tradi-
croissance de la monnaie centrale dans les prin- tionnelle, la liquidité est un attribut d’un actif.
cipaux pays avancés, qui figure dans la partie Plus un actif est liquide, moins il coûtera cher de
inférieure du premier graphique, confirme le convertir en espèces — par définition, l’actif
généralement l’accompagnement monétaire le plus liquide — à n’importe quel moment. On
du début des années 2000, qui a dépassé par peut réduire le coût en empruntant pour répar-
son ampleur celui des années 70. L’expansion tir les ventes d’actifs dans le temps, mais la capa-
a atteint son sommet en 2002–04, mais s’est in- cité d’emprunt et son coût dépendront de la ca-
versée depuis. On élargit parfois cet indice en pacité et de la volonté de financement des autres
ajoutant l’accumulation mondiale des réserves opérateurs de marché4. Il semble donc que le
de change, qui est une indication de l’expansion
monétaire par les banques centrales des pays af-
fichant des excédents extérieurs, dont un grand 2Voir Warnock and Warnock (2006).
nombre sont des pays émergents. La «liquidité 3Une simple illustration est fournie par une décom-
mondiale» mesurée de la sorte fait apparaître position des variations de M2/PIB entre les variations
du ratio des actifs «liquides» au total des actifs dans
l’économie — le ratio de M2 au total des actifs finan-
1Le taux de Taylor est corrélé positivement avec ciers d’une économie — et du ratio du total des actifs
i) le taux d’intérêt réel neutre, qui est une fonction de financiers au PIB, un indicateur de la financiarisation.
la croissance de la production potentielle (qui varie Il ressort des données portant sur les dix dernières an-
dans le temps), ii) l’écart entre la hausse des prix à nées que le «ratio de liquidité» agrégé a diminué alors
la consommation et l’objectif fixé pour l’inflation, et que la financiarisation a progressé.
iii) l’écart de production. Pour les paramètres exacts 4Cette capacité peut être accrue temporairement

de l’indice, voir le chapitre 2 de l’édition de septembre par des injections de fonds des banques centrales. Cepen-
2004 des Perspectives de l’économie mondiale. dant, ces injections n’accroissent pas en soi la liquidité

36
MAINTENIR UNE CROISSANCE VIGOUREUSE

degré de liquidité d’un actif ne puisse pas être


Indicateurs de liquidité
défini indépendamment de la liquidité de son
marché. Par ailleurs, la liquidité du marché peut
se tarir rapidement en raison d’une réévaluation Écart de rendement entre bons du Trésor américain 0,6
à trois mois peu négociés et souvent négociés
du risque de contrepartie par les opérateurs. On
en a eu la preuve récemment lorsque les grandes 0,4
banques centrales ont injecté temporairement
des quantités massives de fonds pour soutenir la Cycle
0,2
liquidité du marché interbancaire.
Tendance
Il est à souligner que la prime de risque d’un actif
inclut une prime de liquidité. Le degré de liquidité 0,0
1983 88 93 98 2003 2 oct.
d’un actif échangeable a de la valeur et donc un 07
prix. En conséquence, une plus grande liquidité
du marché peut réduire les risques liés à un por- Marché d’actions mondial1 1000
tefeuille d’actifs donné (Longstaff, 2001). Une (1er janvier, 2000 = 100)
implication importante est qu’une plus grande 800
partie du patrimoine des investisseurs pourrait 600
être investie dans des actifs «à risques», même si Cycle
400
la tolérance au risque n’a pas changé.
Trois indicateurs d’un concept de liquidité Tendance 200
fondé sur les marchés financiers sont illustrés dans 0
le deuxième graphique5. Le premier est l’écart de 1995 97 99 2001 03 05 1er oct.
rendement entre les bons du Trésor américain à 07
trois mois moins fréquemment négociés et plus
Marché d’actions dans les pays émergents 2 2000
fréquemment négociés, qui est un indicateur sup- (1er janvier, 2000 = 100)
plétif de la prime de liquidité sur le marché des
1500
obligations d’État américaines à court terme. Le
deuxième repose sur un ratio du rendement au Cycle
1000
volume6 établi par Amihud (2002), qui prend en
compte deux dimensions de la liquidité du mar- 500
ché — la profondeur, ou le volume des échanges Tendance
qui peut être exécuté sans influer de manière 0
1995 97 99 2001 03 05 1er oct.
significative sur les prix, et la résilience, ou la vitesse 07
à laquelle les fluctuations des prix résultant des
échanges se dissipent. Plus précisément, il suit Marché d’obligations 2,0
la liquidité des marchés des actions — mesurée mondial3
1,6
par une moyenne pondérée par la capitalisation Cycle
du marché de l’inverse des ratios quotidiens du 1,2
rendement au volume des marchés des actions 0,8
dans les pays avancés et les pays émergents. Une Tendance
hausse de cet indicateur indique une amélioration 0,4
0,0
1998 2000 02 04 06 1er oct.
07
du marché telle qu’elle a été définie, mais simplement
la capacité des opérateurs d’obtenir des fonds pour Sources : Datastream; Federal Reserve Board; calculs des
services du FMI.
régler certaines transactions. 1Moyenne pondérée par la capitalisation du marché des
5Dans l’édition d’avril 2007 de son Financial Stability
ratios rendement quotidien/volume des marchés d’actions
Report, la Banque d’Angleterre établit un indicateur dans les pays avancés et les pays émergents.
2Moyenne pondérée par la capitalisation du marché des
similaire pour le marché où les banques britanniques
ratios rendement quotidien/volume des marchés d’actions
opèrent. dans les pays émergents.
6Le ratio du rendement au volume est donné par le 3Ratio d’efficience du marché du JPMorgan Global
rendement absolu quotidien sur le marché des actions (All Maturities) Bond Index.
divisé par le ratio du volume échangé à la capitalisa-
tion du marché.

37
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.4 (fin)

de la liquidité. Le troisième indicateur mesure la font clairement apparaître une diminution his-
liquidité des marchés des obligations — mesurée torique des primes de liquidité, qui contribue
par une version du ratio d’efficience du marché probablement à la baisse globale des primes de
établi par Hasbrouck et Schwartz (1988), qui est risque.
égal au ratio de la volatilité des rendements des À la mi-août, sur fond d’aggravation des pro-
marchés obligataires sur une période de cinq jours blèmes dans le secteur des prêts hypothécaires à
divisé par la volatilité des rendements quotidiens risque aux États-Unis, les liquidités se sont raré-
multiplié par la durée de la période (cinq jours)7. fiées sur le marché monétaire de plusieurs pays
Cet indicateur devrait être plus proche de 1 sur les avancés. Les indicateurs de liquidité des marchés
marchés plus résilients, car, sur ceux-ci, la volatilité mondiaux d’actions et d’obligations ont baissé
à court terme du processus de détermination des brutalement, bien que la liquidité des marchés
prix, mesurée au dénominateur, se dissipe rapi- soit restée plus élevée que les faibles niveaux
dement, ce qui rend la volatilité des rendements enregistrés à la fin des années 90. Cependant,
dans une stratégie «acheter pour conserver» pour la liquidité a diminué plus nettement sur les
un horizon d’investissement donné comparable marchés d’obligations, davantage touchés par le
à la volatilité du rendement quotidien multipliée tarissement des liquidités sur les marchés moné-
par la longueur de l’horizon. taires, que sur les marchés d’actions.
Comme indiqué au deuxième graphique, la
liquidité du marché des bons du Trésor améri- Conclusion
cain a progressé vivement depuis le début des En dépit des événements récents sur les
années 80. La liquidité des marchés d’actions marchés, les taux d’intérêt à long terme et les
a augmenté substantiellement aussi depuis le marges relatives à une large gamme d’actifs
milieu des années 90, en particulier dans les restent faibles par rapport à leur moyenne à
pays émergents. La liquidité des marchés obli- long terme. Cependant, cela ne semble plus lié à
gataires s’est accrue nettement aussi, comme en un accompagnement monétaire agressif. En par-
témoigne le fait que le ratio d’efficience du mar- ticulier, les indicateurs de politique monétaire
ché soit de plus en plus proche de l’unité. confirment une période de politique générale-
Ces trois indicateurs de liquidité du marché ment accommodante dans les pays industrialisés
observent des cycles, mais ceux-ci ne sont que au début des années 2000, mais cette période a
faiblement liés aux variations des taux directeurs pris fin. Au moins une partie de l’augmentation
réels et ne sont pas liés aux mesures quantita- de la liquidité mondiale et de la diminution
tives de la politique monétaire, ce qui semble correspondante des primes de risque est proba-
indiquer que des facteurs séculaires sont à l’ori- blement due à une composante structurelle, et
gine de la plus grande liquidité des marchés à peut-être durable, liée à la liquidité accrue des
l’échelle mondiale8. Globalement, ces données marchés financiers. Celle-ci résulte de la mon-
dialisation financière, de l’innovation financière,
7Le ratio d’efficience du marché a été calculé pour par exemple la titrisation et la croissance des
un indice mondial de rendement des marchés obli- marchés de dérivés, et de l’augmentation du
gataires, le JPMorgan Global (All Maturities) Bond nombre de participants aux marchés. Même lors
Index. des récents remous sur les marchés, cette amélio-
8On peut obtenir une estimation du cycle de la ration ne semble pas avoir été complètement an-
prime de liquidité sur le marché des obligations d’État nulée. Cependant, les marchés monétaires ne se
américaines à court terme et des indicateurs de liqui- sont pas encore normalisés et cela pourrait en-
dité des marchés d’actions et d’obligations en filtrant core peser sur la liquidité mondiale. Par ailleurs,
des données quotidiennes à des fréquences standard le faible niveau des taux d’intérêt à long terme
du cycle conjoncturel à l’aide d’un filtre Hodrick-Pres- s’explique peut-être aussi par les déséquilibres
cott. Des estimations d’un modèle d’autorégression mondiaux entre l’épargne et l’investissement,
vectorielle avec des indicateurs de liquidité des mar- qui se corrigeront probablement à moyen terme.
chés d’actions et d’obligations et les taux directeurs
réels américains donnent une relation négative mais
statistiquement insignifiante entre les taux directeurs remplacent les taux directeurs réels américains dans
réels américains en vigueur et la liquidité future du le modèle. Cependant, il reste à analyser de manière
marché, alors qu’il n’y a aucune relation lorsque approfondie la relation entre la liquidité du marché et
des mesures quantitatives de la politique monétaire l’orientation de la politique monétaire.

38
ENJEUX

absorption pour s’aligner sur le potentiel de re- grande incertitude entoure la capacité des États-
cettes découlant de la hausse des prix à l’exporta- Unis de continuer de financer un déficit courant
tion. Dans les pays avancés et dans certains pays à élevé à un coût raisonnable, d’autant que les
revenu intermédiaire aussi, le vieillissement de la excédents diminueront dans les autres pays et
population tendra à accroître les taux de consom- que les autres systèmes financiers se développent
mation, car une part croissante de la population et deviennent plus compétitifs sur le plan de la
quittera la population active. En Chine en parti- rareté, de la liquidité et de la gamme de produits
culier, il est probable que les taux de consomma- offerts. Les pays émergents et les pays en déve-
tion augmenteront substantiellement par rapport loppement qui sont devenus tributaires de l’épar-
au faible niveau actuel (seulement 35 % du PIB) : gne extérieure — comme les pays émergents
l’épargne de précaution va diminuer et le système d’Europe — pourraient aussi avoir plus de mal à
financier sera mieux en mesure de fournir du se financer à l’extérieur.
crédit aux ménages, alors que les pouvoirs publics
chercheront à rééquilibrer la demande intérieure
et que la population vieillit rapidement. Enjeux
Troisièmement, davantage de ressources seront Les pouvoirs publics à travers le monde ont
peut-être nécessaires pour engager des investisse- pour tâche immédiate de préserver l’expansion
ments et faire face aux changements climatiques. continue de l’activité face aux risques représen-
La croissance rapide actuelle a été réalisée avec tés par les récents remous sur les marchés finan-
des taux d’investissement mondial relativement ciers, tout en restant attentifs aux tensions infla-
faibles : elle a été portée par des gains de produc- tionnistes. Par ailleurs, il convient de s’attaquer
tivité résultant de la mondialisation commerciale plus énergiquement aux obstacles plus profonds
et financière, ainsi que de l’application des nou- à la pérennisation de la prospérité mondiale.
velles technologies de l’information. Cependant, Après un durcissement qui a ramené les poli-
l’impulsion de la mondialisation et des nouvelles tiques monétaires à un niveau proche du neutre
technologies risque de s’atténuer, surtout si l’on ou supérieur, les banques centrales de la plupart
ne s’attaque pas aux problèmes de répartition des pays avancés ont dû faire face récemment à
du revenu. Par ailleurs, la nécessité de réduire le la raréfaction spectaculaire des liquidités sur les
taux de réchauffement planétaire est de plus en marchés et aux tensions qui en résultent. Elles
plus acceptée : de nouveaux investissements de- ont pris les mesures nécessaires pour garantir le
vront être engagés pour maîtriser les émissions de bon fonctionnement des marchés financiers tout
dioxyde de carbone, par exemple dans la produc- en continuant de se fonder sur une évaluation
tion d’électricité. Selon de récentes estimations, des paramètres fondamentaux économiques pour
les efforts d’atténuation pourraient coûter envi- prendre leurs décisions de politique monétaire.
ron 1 % du PIB. L’appendice 1.2 examine plus en Il s’agit d’éviter de faire croire que les banques
détail les conséquences macroéconomiques des centrales réagiront automatiquement à des pro-
changements climatiques et les problèmes que blèmes financiers en prenant des mesures pour li-
ceux-ci posent pour l’action des pouvoirs publics. miter les pertes, ce qui accroîtrait l’aléa moral, ré-
Globalement, plusieurs tendances à moyen duirait la discipline de crédit et conduirait à une
terme contribueront peut-être à ralentir la pro- dérive inflationniste dans la politique monétaire.
ductivité, à faire monter les taux d’intérêt et à Les pouvoirs publics devront attendre que les
mettre en place des conditions moins propices conséquences de la volatilité récente soient plus
à une croissance mondiale rapide. Les fonds claires pour établir leur politique. Aux États-Unis,
pourraient devenir moins facilement disponibles des signes selon lesquels la croissance restera
et l’économie mondiale pourrait devenir plus probablement inférieure à la tendance justifie-
vulnérable à des renversements des flux de capi- raient de nouvelles réductions des taux d’intérêt,
taux et à des crises financières. À cet égard, une à condition que l’inflation reste limitée. Dans

39
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

la zone euro, la politique monétaire peut rester ment des normes prudentielles dans les systèmes
inchangée à court terme, étant donné les risques financiers et une libéralisation des sorties de ca-
représentés par les turbulences financières pour pitaux pourraient tous jouer des rôles utiles.
la croissance et l’inflation. Cependant, si ces Il conviendra de tirer en temps voulu les en-
risques se dissipent, un nouveau durcissement seignements — tant pour les pays avancés que
monétaire pourrait en fin de compte être néces- pour les pays en développement — des turbu-
saire. En cas de ralentissement plus prolongé, un lences récentes sur les marchés financiers afin de
assouplissement de la politique monétaire devrait réduire la vulnérabilité à l’avenir. Une série de
être envisagé. Au Japon, étant donné les perspec- questions concerne les différentes méthodes que
tives incertaines en matière de prix, la politique les banques centrales ont utilisées pour injecter
monétaire doit rester accommodante. Le retour des liquidités afin d’atténuer les tensions, ainsi
à une politique monétaire plus neutre doit aller que le lien entre ces injections de liquidité et les
de pair avec un affermissement des perspectives dispositifs plus larges de protection financière.
d’inflation et une réduction des craintes concer- Pour certains pays, un renforcement des systèmes
nant les conséquences de la volatilité récente des de garantie des dépôts et des mécanismes de
marchés financiers. faillite bancaire pourrait accroître les possibili-
En dépit de la dégradation des perspectives de tés de fournir des liquidités aux institutions de
croissance des pays avancés, plusieurs pays émer- manière disciplinée, en réduisant au minimum
gents font encore face à un risque de surchauffe l’aléa moral sans créer de risque systémique. Il
et à une hausse des prix des produits alimen- faudra aussi régler une série de questions d’ordre
taires, et un nouveau durcissement monétaire réglementaire, comme noté plus en détail dans
sera peut-être nécessaire pour maîtriser l’infla- l’édition d’octobre du Rapport sur la stabilité
tion. Par ailleurs, en dépit de l’évolution récente financière dans le monde. Premièrement, il fau-
sur les marchés financiers, les entrées massives dra veiller davantage à assurer une transparence
de devises résultant des excédents courants et adéquate en matière de risque, notamment pour
de la persistance des entrées nettes de capitaux les engagements hors bilan, afin que le marché
continueront probablement de compliquer la soit en mesure d’évaluer le risque de manière ap-
tâche des pouvoirs publics. Dans certains cas, un propriée alors que les instruments financiers sont
assouplissement des taux de change faciliterait devenus plus complexes, en particulier du fait
la régulation monétaire. En particulier pour la du recours croissant à la titrisation. Deuxième-
Chine, une plus grande flexibilité à la hausse ment, il est nécessaire de renforcer les pouvoirs
du renminbi, ainsi que des mesures qui réfor- et contrepouvoirs dans l’ensemble de la chaîne
meraient le régime de change et doperaient la de produits structurés pour que les initiateurs
consommation, contribuerait aussi à un rééquili- de prêts soient bien encouragés à évaluer les
brage nécessaire de la demande et à une résorp- capacités de remboursement. Troisièmement, il
tion ordonnée des déséquilibres mondiaux. De convient de réexaminer la méthode de notation
manière plus générale, les pouvoirs publics dans des produits financiers complexes afin que les
les pays émergents doivent gérer de manière investisseurs soient avertis des risques de liqui-
pragmatique les arbitrages entre une croissance dité et de marché, en plus des risques de crédit.
excessive du crédit tirée par une accumulation Quatrièmement, il faut encourager les institu-
rapide de réserves et les craintes d’une perte de tions financières à améliorer leur gestion du
compétitivité due à l’appréciation des taux de risque de liquidité. Cinquièmement, il convient
change, mais ils doivent s’abstenir de prendre peut-être d’élargir le périmètre de consolidation
des mesures qui pourraient entraîner des inef- des risques appliqué par les banques pour tenir
ficiences microéconomiques et d’autres coûts à compte du fait que les banques sont parfois for-
plus long terme. Une meilleure maîtrise de la cées, dans des circonstances défavorables, d’inter-
croissance des dépenses publiques, un durcisse- venir pour soutenir leurs entités apparentées.

40
ENJEUX

Les pays avancés ont rééquilibré substantielle- • Au Japon, une augmentation de la dette nette
ment leurs finances publiques lors de l’expansion est prévue même si le rééquilibrage est pour-
actuelle, mais ils doivent redoubler d’efforts pour suivi, et des progrès plus rapides que ceux
en assurer la viabilité face au vieillissement de prévus aujourd’hui permettraient de s’assurer
la population, même s’il faut laisser opérer les contre des chocs et aideraient à relever le défi
stabilisateurs automatiques dans la plupart des du vieillissement de la population.
pays en cas de récession. Les déficits structurels Les pays émergents et les pays en développe-
des administrations publiques ont été réduits ment ont aussi, en général, tiré parti des récentes
substantiellement dans les principaux pays depuis conditions favorables pour rééquilibrer leurs
2003, et de nouveaux progrès sont attendus en finances publiques, ce qui a contribué largement
2007. Cependant, les perspectives jusqu’en 2012 à réduire la vulnérabilité des bilans. Toutefois,
font apparaître un rééquilibrage supplémentaire comme pour les pays avancés, on craint qu’une
limité, d’où une faible réduction du ratio dette bonne partie de cette amélioration récente tienne
nette/PIB par rapport aux niveaux actuels. Par à une forte croissance des recettes — résultant, par
ailleurs, une bonne partie du rééquilibrage opéré exemple, du niveau élevé des cours des produits
ces dernières années tient à la croissance rapide de base et des bénéfices — qui ne sera peut-être
des recettes qui résulte de la forte progression pas durable. Par ailleurs, beaucoup de pays ont
des bénéfices et des revenus élevés, et on ne sait laissé leurs dépenses publiques s’accélérer, ce qui a
pas exactement dans quelle mesure ce surcroît aggravé les craintes de surchauffe. La plupart des
de recettes sera durable. Les pouvoirs publics de- pays ont une longue liste de réformes budgétaires
vraient adopter des programmes plus ambitieux à opérer — améliorer la structure de la fiscalité,
de rééquilibrage budgétaire à moyen terme, ainsi renforcer l’affectation des dépenses et consolider
que des réformes qui permettront de faire face le cadre général de gestion budgétaire — et de-
aux pressions croissantes des dépenses de santé et vraient redoubler d’efforts dans ce domaine.
de sécurité sociale (voir encadré 1.3 de l’édition De manière plus générale, les pays doivent
d’avril 2007 des Perspectives). poursuivre les réformes qui permettent à leur
• Aux États-Unis, l’objectif récemment adopté économie de tirer pleinement parti des possibilités
d’équilibrer le budget fédéral d’ici 2012 est un créées par la mondialisation et les progrès techno-
pas en avant, mais les mesures qui permettront logiques. À cet égard, il est particulièrement im-
d’atteindre cet objectif ne sont pas encore portant de veiller au bon fonctionnement des mar-
en place et un objectif à moyen terme plus chés : les priorités sont la libéralisation des secteurs
ambitieux — par exemple, équilibrer le bud- financiers et des services en Europe occidentale
get sans recourir aux recettes de la sécurité et au Japon, et un large éventail de réformes dans
sociale — préparerait mieux à l’intensification les pays émergents et les pays en développement
des pressions sur les dépenses qui s’annonce et qui permettront d’améliorer les infrastructures, de
contribuerait à ajuster le compte des transac- développer les systèmes financiers et de renforcer
tions courantes. l’environnement économique.
• Dans la zone euro, les ministres de l’Euro- Il est de plus en plus admis qu’il faut redoubler
groupe se sont engagés à atteindre des ob- d’efforts pour que les bénéfices de la mondiali-
jectifs à moyen terme propres à chaque pays sation et des progrès technologiques soient bien
d’ici 2010. Bien que cet engagement soit le répartis, c’est-à-dire qu’ils ne reviennent pas
bienvenu, il sera important que les pays qui seulement à ceux qui sont riches et bien placés,
n’atteignent pas leurs objectifs à moyen terme mais aussi à la population dans son ensemble.
ajustent leur déficit d’au moins ½ point de PIB Comme noté dans les chapitres analytiques de
par an — un objectif qui, sur la base des pro- l’édition d’avril 2007 des Perspectives et dans le
grammes actuels, ne sera probablement pas présent rapport, une série de mesures seraient
atteint par quelques pays en 2007. utiles dans tous les pays avancés et les pays en dé-

41
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

veloppement. Une amélioration de l’éducation et mettre l’accent sur les incitations de prix pour
de la formation veillerait à ce que les travailleurs limiter la croissance de la consommation d’éner-
disposent des compétences appropriées pour être gie et les mesures qui encouragent la diversifica-
compétitifs et contribuer à l’économie mondiale tion internationale des sources d’énergie (par
du savoir qui émerge aujourd’hui. Des réformes exemple, en réduisant les obstacles aux échanges
des marchés du travail sont nécessaires pour que de biocarburants).
des emplois soient créés de manière flexible dans Enfin, il reste important d’entreprendre une
les secteurs les plus dynamiques. Il faut aussi ren- action commune pour résorber les déséquilibres
forcer les dispositifs de protection sociale pour mondiaux de manière ordonnée. Après la consul-
mieux protéger ceux qui pourraient être affectés tation multilatérale organisée par le FMI, il s’agit
par les changements, sans entraver ceux-ci. maintenant pour les pays participants d’appliquer
Dans certains domaines importants, une action systématiquement les plans d’action annoncés,
internationale conjointe sera cruciale. Il est très qui, selon l’analyse des services du FMI, contri-
décevant de constater la lenteur des progrès ré- bueront largement à réduire les déséquilibres
cents du cycle de négociations commerciales de tout en soutenant la croissance. Avec l’accord des
Doha, et les grands pays commerçants devront participants à la consultation, l’application de ces
faire preuve d’esprit d’initiative pour trouver un plans sera surveillée par le FMI, notamment dans
moyen de redynamiser le processus de libéralisa- les futures éditions des Perspectives.
tion multilatérale du commerce. La prolifération
persistante de traités commerciaux bilatéraux
constitue une préoccupation. Bien que ces traités Appendice 1.1. Évolution des marchés
puissent apporter des avantages aux pays concer- des produits de base
nés, ils ont aussi des externalités négatives, et il Les auteurs de cet appendice sont Kevin Cheng, Valerie
est bien nécessaire d’établir un code de conduite Mercer-Blackman et Hossein Samiei, qui ont bénéficié
pour réduire le détournement des échanges et du concours de Nese Erbil et de To-Nhu Dao.
limiter les complexités qui découlent d’ensembles
multiples de règles d’origine et autres règlements. Les marchés des produits de base ont générale-
Une stratégie multilatérale est manifestement ment été tendus depuis le début de 2007, en dépit
nécessaire aussi en ce qui concerne les change- des remous récents sur les marchés financiers.
ments climatiques et la sécurité énergétique. Le L’indice des cours des produits de base et des prix
réchauffement planétaire est peut-être le plus de l’énergie établi par le FMI a progressé de 21 %
gros problème d’action collective à l’échelle mon- pendant les huit premiers mois de l’année, du fait
diale, les conséquences négatives des activités de du rebond des cours du pétrole, ainsi que de la
certains étant ressenties largement par d’autres. Il hausse des cours des métaux et des prix des pro-
faut espérer que les pays puissent établir ensemble duits alimentaires (graphique 1.18). Les cours du
un cadre d’action fondé sur le marché qui met pétrole ont atteint un sommet en septembre, en
en balance les coûts des émissions de dioxyde de grande partie à cause de la vigueur de la croissance
carbone à long terme et les coûts économiques de la demande face à une offre tendue. Les cours
immédiats de leur atténuation, ce qui pourra sus- des métaux sont restés solides, en dépit d’un recul
citer une large participation tout en distribuant à la suite de ventes massives lors des récents remous
les coûts de manière équitable. Pour ce qui est sur les marchés financiers, et les prix des produits
de la sécurité énergétique, il convient d’accorder alimentaires ont augmenté en raison de la vigueur
plus d’importance aux conséquences environ- de la demande — en particulier pour la production
nementales : il faut moins privilégier la stratégie de biocarburants — et de l’insuffisance de l’offre.
autarcique de développement des sources na- Comme les risques géopolitiques et les risques liés à
tionales d’énergie, qui s’accompagne souvent l’offre devraient persister et que la demande — en
d’atteintes considérables à l’environnement, et particulier de Chine, des États-Unis et du Moyen-

42
APPENDICE 1.1. ÉVOLUTION DES MARCHÉS DES PRODUITS DE BASE

Orient — devrait se raffermir, les cours du pétrole


resteront probablement élevés faute d’une modifi-
cation de la politique des quotas de l’OPEP ou d’un
ralentissement majeur de l’économie mondiale. Les
cours des métaux devraient continuer de reculer
après les sommets atteints récemment, bien que la
hausse des coûts de production limite leur recul.
Les prix des produits alimentaires devraient aussi se
modérer à moyen terme, bien que la demande de
biocarburants et des pays émergents puisse conti-
nuer de les soutenir.

Hausse des cours du pétrole :


demande vigoureuse et offre tendue Graphique 1.18. Indices des cours des produits de base1
(Janvier 2002 = 100)
Niveau record pour le cours du pétrole brut. Après
un recul en janvier, le cours au comptant moyen
400
du pétrole (APSP) est resté solide depuis fin mars.
En dépit de l’annonce par l’OPEP d’une augmen-
350
tation des quotas de 0,5 million de barils par jour Métaux
(mbj) à compter de novembre et d’un recul en
300
août lors des remous sur le marché américain des
prêts hypothécaires à risque, le cours au comptant
250
moyen du pétrole a atteint un record absolu à la Énergie
mi-septembre, le West Texas Intermediate s’éta- 200
blissant à plus de 83 dollars et le Dubaï à plus de
75 dollars; le Brent a atteint un record aussi, à près Alimentation
150
de 80 dollars fin septembre (graphique 1.19, pan-
neau supérieur). Les cours à long terme ont aug-
100
menté beaucoup moins que les cours au comptant : Matières premières
Boissons agricoles
depuis début juillet, la courbe à terme du pétrole
50
brut est passée d’un report partiel (les cours à 2003 04 05 06 07 08

terme sont plus élevés que le cours au comptant)


Source : estimations des services du FMI.
à un déport (situation opposée) pour la première 1La zone ombrée contient des projections.
fois en trois ans (graphique 1.19, deuxième pan-
neau). Il semble donc que les préoccupations du
marché concernent surtout l’offre actuelle de
pétrole sur fond d’incertitude accrue autour de
l’offre et de baisse des stocks de brut5. L’affaiblis-
sement du dollar américain — qui réduit les prix

5En général, le cours à terme est égal au cours au comp-

tant plus les coûts du portage (tels que les coûts des in-
térêts, de stockage et de l’assurance) moins les avantages
du portage. Lorsque le marché au comptant est tendu,
les avantages résultant de la détention du produit com-
pensent peut-être les coûts du portage, ce qui pousse le
cours à terme au-dessous du cours au comptant.

43
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

réels pour les consommateurs et les producteurs


— a peut-être aussi contribué à une hausse du
Graphique 1.19. Prix du pétrole brut et de l’essence cours en dollar : les cours du pétrole n’ont pas
augmenté aussi nettement en euro ni en DTS (gra-
Cours au comptant moyen du pétrole (APSP) et prix des contrats à terme 90 phique 1.19, troisième panneau).
(dollars EU le baril, janvier 2006–décembre 2009)
Forte hausse des prix de l’essence. Les goulets
80 d’étranglement au niveau du raffinage ont
Brent
poussé les prix de détail de l’essence aux États-
70
Unis à un niveau record fin mai, mais les prix
Prix des contrats à terme APSP
au 5 octobre 2007
60 ont reculé quelque peu depuis (encadré 1.5). Si
Cours au comptant WTI la tendance à long terme des prix de l’essence
APSP
50 est déterminée par les cours du pétrole brut,
2006 07 08 09
les variations de l’offre au niveau du raffinage
Courbes à terme du West Texas Intermediate (WTI) peuvent, sur des périodes plus courtes, provo-
à la Bourse de commerce de New York quer une divergence des cours du brut et des
(dollars EU le baril) 85
prix de l’essence6. En fait, la montée de la marge
Prix des contrats à terme 80
au 5 octobre 2007 de raffinage («crack spread») en mai 2007 a suivi
75 deux hausses brutales en moins de deux ans7, ce
70 qui reflète peut-être une vulnérabilité accrue des
Prix des contrats à terme prix de l’essence aux chocs affectant l’offre face
au 2 avril 2007 65
à l’augmentation des goulets d’étranglement au
60 niveau du raffinage. Les problèmes de raffinage
Comptant 12 24 36 48 60
Mois après la date de fixation du prix aux États-Unis ont eu des répercussions dans
d’autres régions, en partie par une hausse de la
Cours au comptant moyen du pétrole dans plusieurs monnaies 130 demande des importations de produits raffinés
(prix le baril, janvier 2006–juin 2007, janvier 2006 = 100)
120 — en particulier aux États-Unis et au Moyen-
En dollars
EU Orient — d’où un creusement des écarts entre
110
le cours du brut et les prix de l’essence sur tous
100
les marchés principaux au deuxième trimestre
90
(graphique 1.19, panneau inférieur). Les goulets
En DTS En euros 80 d’étranglement au niveau du raffinage ont pesé
70 aussi sur le cours du West Texas Intermediate
2006 2007 Sept.
07 — le brut de référence aux États-Unis — par rap-
Écarts de prix brut–essence et différentiel implicite des contrats à terme
port aux autres bruts, en particulier le Brent, les
américains1,2 (dollars EU le baril, prix hebdomadaires) 80
stocks de brut s’accumulant dans l’attente d’être
Ouragan MTBE remplacé Fermetures 70
Katrina par l’éthanol 3 de raffineries 60 raffinés dans le centre des États-Unis. Lorsque les
50 problèmes de raffinage dans le Midwest améri-
États- États-Unis
40 cain se sont atténués, le West Texas Intermediate
Unis (sur la base des
Asie contrats à terme) 30
Europe
20
s’est redressé pour dépasser le Brent fin juillet.
10
0
–10
2004 05 06 07 08 09 Août 6En outre, la demande d’essence a une forte compo-
10
sante saisonnière qui pourrait provoquer de larges écarts
Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; estimations des services du FMI. entre le cours du brut et le prix de l’essence.
1Différentiels : WTI et essence à octane 93 pour les États-Unis; Brent et essence à
7La première hausse a eu lieu lorsque l’ouragan Katrina
octane 95 pour l’Europe; et Dubaï et essence à octane 95 pour l’Asie.
2Les marges de craquage des contrats à terme sont celles du 19 septembre 2007. a endommagé les raffineries du Golfe du Mexique et la
3MTBE : methylterbiobutyl éther.
deuxième lorsque l’éthanol a été introduit comme additif
de l’essence.

44
APPENDICE 1.1. ÉVOLUTION DES MARCHÉS DES PRODUITS DE BASE

Encadré 1.5. Goulets d’étranglement dans le raffinage

Les prix de l’essence et du diésel aux États-


Unis et ailleurs ont augmenté nettement en Consommation d’essence
mai 2007, les marges de raffinage (prime par et capacité de raffinage
rapport au cours du pétrole brut) atteignant des Consommation d’essence aux États-Unis selon la source 10
niveaux proches de ceux observés après l’oura- (moyenne sur douze mois, millions de barils par jour)
gan Katrina. La hausse des marges tient aux
interruptions du raffinage aux États-Unis dues Importations 9
à des retards dans l’entretien et à des facteurs Dont : exportations
imprévus, qui, conjuguées à des capacités de raf-
finage tendues au niveau mondial, ont entraîné 8

un déstockage juste avant l’été, période où la


demande des carburants de transport est la plus Essence fournie par
des raffineries américaines 7
forte. Les marges ont diminué depuis (voir gra- et des déstockages
phique 1.19, panneau inférieur).
Les problèmes de raffinage ne sont pas nou- 6
1996 98 2000 02 04 06 Juin
veaux aux États-Unis. La capacité de raffinage est 07
à la traîne de la croissance de la consommation,
d’où une plus grande dépendance à l’égard des Offre mondiale de brut, Capacité de raffinage,
importations d’essence au fil des ans (panneau selon la densité et selon la complexité
supérieur du graphique)1. Les nouveaux investis- la teneur en soufre1 de la distillation 2
sements ont été freinés par une réglementation
environnementale stricte qui peut varier consi-
Brut lourd ou Raffinage
dérablement d’un endroit à l’autre et aggrave sulfureux 54 % simple
donc l’incertitude, ainsi que par la faiblesse du 82 %
marché pétrolier pendant toutes les années 90 Brut Raffinage
(qui a maintenu les marges bénéficiaires du Brut inter- léger complexe
raffinage à un bas niveau). Aucune nouvelle raf- médiaire 20 % 18 %
finerie n’a été construite aux États-Unis depuis 26 %
la fin des années 70. Si la capacité notionnelle a
augmenté quelque peu grâce à l’expansion des
Sources : HPI Consultants; Agence internationale de l’énergie;
capacités dans les raffineries existantes et à une Platt’s Haverly Crude Assay Library; calculs des services du FMI.
plus grande efficience, ce processus est limité 1La qualité du brut est définie par sa densité et sa teneur en
soufre. Il est classé comme lourd si sa densité API est inférieure
par le vieillissement des unités de distillation et
à 30 degrés, intermédiaire si elle se situe entre 30 et 40 degrés,
par le durcissement des spécifications des car- et léger autrement. Il est sulfureux si sa teneur en soufre est
burants, qui ont entraîné un allongement des supérieure à 0,05 part par million.
2Un raffinage simple est un processus de distillation ou de
périodes d’inactivité et de traitement. reformage simple. Un raffinage complexe est un craquage
Il existe aussi une asymétrie à plus grande catalytique ou thermique, y compris possibilité d’amélioration.
échelle entre le type de brut disponible et les ca-
pacités de raffinage. La majorité des raffineries
ne peuvent transformer le pétrole lourd ou brut élevée à l’échelle mondiale) en distillats de qua-
sulfureux2 (dont l’offre est relativement plus lité tels que l’essence et le diésel à basse teneur
en soufre (dont la demande est relativement
de plus en plus élevée) (panneau inférieur du
Note : L’auteur de cet encadré est Valerie graphique).
Mercer-Blackman.
1Il existe aussi des problèmes de capacité de raffi-

nage en Europe et au Japon, mais, contrairement aux


États-Unis, la consommation s’est stabilisée dans ces de brut dont la teneur en soufre par unité est relati-
régions. vement élevée. Ces deux propriétés impliquent que le
2Le pétrole lourd est un type de brut qui est relati- brut exige une distillation supplémentaire et plus com-
vement dense, c’est-à-dire qu’il a une densité élevée plexe pour être transformé en un produit léger à basse
par unité volumétrique. Le brut sulfureux est un type teneur en soufre.

45
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.5 (fin)

En partie à cause de ces asymétries à l’échelle les expansions de près de 11 millions de mbj qui
mondiale, l’OPEP (2007) prévoit que la crois- sont prévues à l’échelle mondiale pour les cinq
sance des échanges de produits raffinés dépassera prochaines années, l’Asie et le Moyen-Orient de-
la croissance des échanges de brut d’ici 2020, vraient représenter environ 7 mbj.
une bonne partie de la croissance provenant des Cependant, ces projections risquent d’être
échanges de produits raffinés à partir de brut révisées à la baisse. La hausse des coûts des maté-
sulfureux (qui est abondant au Moyen-Orient) riaux et un manque chronique de main-d’œuvre
et principalement à destination des marchés qualifiée risquent de retarder ou d’entraver
asiatiques. Les investissements prévus dans le raf- les projets. En outre, l’incertitude qui découle
finage pour les années à venir devraient accroître des préoccupations environnementales et les
les capacités de production, quoique lentement. efforts déployés pour adopter des énergies plus
L’Agence internationale de l’énergie prévoit que propres, en partie en durcissant la réglementa-
la plupart des nouvelles capacités de distillation tion des émissions, accroîtront probablement les
se trouveront dans les pays émergents : parmi coûts des investissements dans le raffinage.

Consommation soutenue. La demande mondiale port à la même période l’an dernier, et les stocks
de pétrole a progressé au premier semestre de ont stagné. La hausse de la production hors OPEP
2007, d’environ 1 % sur un an, contre environ (1,0 mbj) a été compensée par une baisse de la
½ % pendant la même période en 2006. La de- production de l’OPEP (0,9 mbj) (graphique 1.20,
mande a été languissante dans beaucoup de pays panneau du milieu), due à des réductions des
de l’OCDE : la consommation a baissé en Europe quotas et à des fermetures d’usines au Nigéria. En
et au Japon au premier semestre de 2007, car les outre, la croissance de la production hors OPEP a
températures élevées de l’hiver dernier ont réduit été plus faible que prévu, du fait d’une baisse de la
la demande de fuel domestique. La demande s’est production en Alaska, au Mexique et en Norvège,
affaiblie aussi aux États-Unis au début de 2007, et ce, en dépit d’une forte croissance en Azer-
mais a fini par augmenter de 1¼ % sur un an au baïdjan et en Russie (graphique 1.20, panneau
premier semestre de 2007 en raison de la forte inférieur). Selon des estimations préliminaires,
consommation des carburants de transport, en l’offre mondiale a diminué de 0,4 mbj en août à
particulier de diésel. Cependant, la faiblesse de la cause des interruptions de la production dues à un
demande globale pour les pays de l’OCDE a été ouragan au Mexique et de travaux d’entretien en
plus que compensée par la croissance vigoureuse mer du Nord. Les stocks commerciaux de pétrole
de la demande dans les pays hors OCDE — avec et de produits pétroliers de l’OCDE ont stagné au
en tête la Chine, l’Inde et le Moyen-Orient (pan- premier semestre de 2007. Les stocks d’essence
neau supérieur du graphique 1.20 et tableau 1.2). américains ont chuté à partir de février 2007 et
Le fait que la croissance de la consommation se situent maintenant nettement en deçà de leur
hors OCDE soit forte en dépit du niveau élevé moyenne sur cinq ans. Les stocks de brut ont com-
des cours s’explique par la croissance rapide mencé à diminuer au troisième trimestre de 2007
du revenu dans les pays émergents et des prix (–10 %), mais ils restent aisés (graphique 1.21,
inférieurs au marché (en particulier au Moyen- panneau supérieur). Aucune donnée détaillée
Orient), ainsi que par un affaiblissement du dollar n’est disponible sur les stocks hors OCDE.
américain qui rend le pétrole plus abordable dans Capacités disponibles de l’OPEP en hausse. Les ca-
les monnaies locales. pacités de production de pétrole brut de l’OPEP
Offre et stocks. En dépit de la croissance vigou- ont augmenté de 0,5 mbj au premier semestre de
reuse de la demande, la production globale a été 2007 par rapport à la même période en 2006. Avec
inchangée au premier semestre de 2007 par rap- les baisses de production antérieures, les capaci-

46
APPENDICE 1.1. ÉVOLUTION DES MARCHÉS DES PRODUITS DE BASE

Tableau 1.2. Demande mondiale de pétrole par région


Demande Variation annuelle
2005 2006 2007* 2005 2006 2007* Graphique 1.20. Évolution de la consommation
Millions de barils par jour Pourcentages et de la production de pétrole
Membres de l’OCDE 49,67 49,23 49,41 0,6 –0,9 0,4
Amérique du Nord 25,50 25,26 25,66 0,5 –0,9 1,6
Contribution de pays et régions à l’augmentation
Dont : 70
de la consommation de pétrole
États-Unis 20,80 20,67 20,92 0,3 –0,6 1,2 60
(pourcentages, premier semestre de 2007
Europe 15,61 15,56 15,38 0,8 –0,3 –1,2 par rapport au premier semestre de 2006)
50
Pacifique 8,57 8,40 8,38 0,8 –1,9 –0,3 40
30
Non membres de l’OCDE 34,05 35,27 36,56 3,2 3,6 3,6 20
Dont : 10
Chine 6,69 7,16 7,58 4,2 6,9 5,9 0
Autres pays asiatiques 8,79 8,87 9,11 1,9 0,9 2,8 –10
Ex-URSS 3,80 3,98 3,92 1,2 4,7 –1,5 –20
Moyen-Orient 5,99 6,28 6,58 4,6 4,8 4,7 –30
Afrique 2,94 2,93 3,06 6,1 –0,3 4,4 –40
Amérique latine 5,13 5,31 5,49 2,9 3,6 3,5 –50
Chine États- Moyen-Orient Inde Arabie Autres CEI Japon
Monde 83,75 84,50 85,92 1,7 0,9 1,7 Unis hors Arabie Saoudite pays
Source : Agence internationale de l’énergie, Oil Market Report, Saoudite OCDE
septembre 2007.
Note : OCDE = Organisation de coopération et de développement
économiques. Croissance de la consommation, de la production et des capacités
4
*Projections. de l’OPEP par semestre1 (variations sur un an
en millions de barils par jour)
Demande 3
tés disponibles ont ainsi été portées à un niveau Production hors OPEP
plus aisé. Si cela pourrait en principe atténuer la Production OPEP 2
Capacités OPEP
pression à la hausse sur les cours en réduisant les
1
craintes de perturbations de l’offre, l’effet sur les
cours actuels a été plus que compensé par la baisse 0
de la production de l’OPEP (graphique 1.21).
Perspectives. La croissance de la demande de- –1
2004 : S1 2005 : S1 2006 : S1 2007 : S1 2008 : S1
vrait dépasser la croissance de l’offre hors OPEP 2004 : S2 2005 : S2 2006 : S2 2007 : S2 2008 : S2
en 2007 et en 2008. Les prévisions révisées de
l’Agence internationale de l’énergie font état Croissance de l’offre de pétrole au premier semestre de 2007 2
0,4
(variations annuelles en millions de barils par jour)
d’un marché plus tendu que prévu précédem- 0,3
ment. Quant à la croissance de l’offre, elle devrait 0,2
être limitée : hors OPEP, elle devrait rester terne, 0,1
à 0,6 mbj en 2007 (légèrement plus que la hausse 0
observée en 2006), en raison de nombreux re- –0,1
tards dans l’exécution de projets et de baisses de –0,2
la production plus marquées que prévu dans des –0,3
Azerbaïdjan
Inde

États-Unis
Soudan

Russie
Kazakhstan
Malaisie

Canada
Royaume-Uni
Mexique

Chine
Vietnam
Équateur

Brésil
Oman
Norvège

champs arrivant à maturité (en particulier au


Mexique, en Norvège et au Royaume-Uni). Les
projections de l’OPEP sont plus optimistes : la
production hors OPEP progresserait d’environ
0,8 mbj en 2007. La croissance rapide de l’offre Sources : Agence internationale de l’énergie; estimations des services du FMI.
1Les projections de l’offre hors OPEP et de la demande sont de l’AIE. Aucune projection
de biocarburants accroîtra l’offre des carburants
n’est disponible pour la production et les capacités de l’OPEP.
de transport, mais les biocarburants ne repré- 2Y compris pétrole brut et pétrole brut synthétique de sables asphaltiques, de schiste
bitumineux et autres.
sentent encore qu’un peu plus de 1 % du total
des carburants utilisés (encadré 1.6). L’effet des
biocarburants sur les cours du pétrole devrait

47
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

être modéré — mais il est tangible sur les prix des


produits alimentaires.
Pour ce qui est de la demande, par contre,
l’Agence internationale de l’énergie prévoit que
la consommation augmentera de 1,4 mbj, sous
l’impulsion des pays émergents, en particulier la
Graphique 1.21. Stocks et production de l’OPEP Chine, l’Inde et le Moyen-Orient, ainsi que des
États-Unis — en dépit d’une légère révision à la
Inventaires hebdomadaires américains de pétrole brut et d’essence 60 baisse de la croissance de la demande américaine
(écart par rapport à la moyenne de cinq ans,
1er janvier 2006–28 septembre 2007) 50
après les remous sur le marché du crédit en août
Brut 40
2007. Par ailleurs, la demande de carburants
30
hors transport dans les pays de l’OCDE — qui est
plus sensible au climat — devrait augmenter au
20
deuxième semestre de 2007, en supposant que
10
les températures retrouvent un niveau plus nor-
0
Essence mal après une année 2006 relativement douce.
–10
Selon les prévisions de l’OPEP, l’augmentation
–20
2006 07 28 sept. de la consommation mondiale sera un peu plus
07
faible (1,3 mbj en 2007).
Capacités disponibles de l’OPEP 6 En conséquence, bien que les cours du pé-
(millions de barils par jour)
5
trole se situent au plus haut de leur fourchette
historique et que de modestes baisses soient pos-
4
sibles, la pression à la hausse subsiste. Une carac-
3 téristique importante de la récente montée des
cours est que — contrairement à la flambée des
2
cours en août de l’an dernier — elle n’a pas été
1 suivie d’une intensification des risques géopoli-
0 tiques. De nouvelles pressions à la hausse pour-
2000 01 02 03 04 05 06 07
raient donc se matérialiser si la situation géo-
politique se détériore. L’intensité des pressions
Objectifs et production de l’OPEP 30
(millions de barils par jour) à la hausse dépendra en partie de la politique
28
de l’OPEP en matière de quotas, de l’évolution
du dollar et de l’activité mondiale, mais le sens
Production
26 et l’ampleur de ces pressions restent incertains.
L’OPEP a indiqué qu’elle envisagerait d’accroî-
24
Objectif implicite de l’OPEP tre encore l’offre au quatrième trimestre de
(hors Angola et Iraq)
22
2007 si nécessaire, son évaluation (voir ci-des-
sus) étant compatible avec un objectif de cours
20 implicite dans la fourchette 60–70 dollars. Si
2001 02 03 04 05 06 Août
07 l’activité économique dans les pays de l’OCDE
Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; Energy Information Agency, Ministère amé- devrait ralentir quelque peu, la demande de pé-
ricain de l’énergie; Agence internationale de l’énergie; estimations des services du FMI. trole ne sera touchée notablement que si le ra-
lentissement concerne aussi les pays émergents
où la croissance de la consommation de pétrole
est la plus importante.
Au 5 octobre, les marchés à terme et les mar-
chés des options indiquaient que les cours du

48
APPENDICE 1.1. ÉVOLUTION DES MARCHÉS DES PRODUITS DE BASE

Encadré 1.6. Tirer le meilleur parti des biocarburants

Le niveau élevé des cours du pétrole ces der- l’essence. L’envolée des prix de l’huile de palme
nières années, ainsi que le généreux soutien des depuis 2006 a éliminé récemment l’avantage en
pouvoirs publics, a entraîné une forte augmen- coûts relatifs que le biodiésel malaisien avait par
tation de l’utilisation des biocarburants comme rapport au diésel, mais il reste meilleur marché à
supplément aux carburants de transport dans produire que les autres types de biodiésel. Selon
les pays avancés1. En 2005, les États-Unis ont suc- certaines estimations, le biodiésel à base de jatro-
cédé au Brésil comme premier producteur mon- pha qui est produit en Inde est peut-être moins
dial d’éthanol, alors que l’Union européenne coûteux à produire que le diésel, mais il subsiste
(UE) est le plus gros producteur de biodiésel. des inefficiences. Tous les biocarburants sont
Le présent encadré examine cette évolution, et moins nuisibles à l’environnement que l’essence
se demande si la campagne énergique en faveur ou le diésel, mais les avantages relatifs de l’étha-
de la production de biocarburants a un sens à nol à base de maïs ou de blé sont faibles. Les bio-
l’échelle mondiale, d’un point de vue écono- carburants de deuxième génération présentent
mique et environnemental. des avantages bien plus grands pour l’environne-
ment, mais ils sont plus coûteux à produire2.
Quels sont les coûts et les avantages Outre ces aspects quantifiables de la produc-
des biocarburants? tion de biocarburants, il existe d’autres coûts,
Les pouvoirs publics et les analystes ne s’accor- indirects, qui s’accéléreraient rapidement si les
dent pas sur la viabilité des biocarburants en tant biocarburants de première génération étaient
que supplément aux carburants de transport. utilisés plus intensivement qu’aujourd’hui. Pre-
Une partie de leur désaccord provient de la diffi- mièrement, l’utilisation croissante de céréales
culté de mesurer leurs avantages nets. Les coûts et d’huiles comme matières premières dans la
moyens de production et les émissions nettes de production de biocarburants pourrait faire mon-
gaz à effet de serre peuvent varier substantielle- ter les prix des produits alimentaires au-delà des
ment selon l’endroit, l’intensité de main-d’œuvre, niveaux actuels. Deuxièmement, la plantation
les prix des matières premières, l’échelle de de ces matières premières à une plus grande
production et les infrastructures disponibles. Par échelle — en particulier pour le biodiésel
ailleurs, les progrès rapides de certaines tech- — exercerait une pression supplémentaire sur
niques de production de biocarburants rendent des ressources mondiales en terrains et en eau
obsolètes les estimations antérieures. déjà très exploitées. Selon une étude de LMC
Sous réserve de ces limitations, le tableau pré- International (2006), il faudrait, pour accroître
sente des indicateurs des coûts et des avantages la production de biocarburants de manière à sa-
de la production d’une unité de biocarburant. tisfaire 5 % des besoins mondiaux en carburant
Seul l’éthanol brésilien tiré du sucre de canne d’ici 2015, relever de 15 % la superficie plantée
est moins coûteux à produire que l’essence et de toutes les terres cultivées. Enfin, il y aurait
que l’éthanol à base de maïs (environ 15 % et, des coûts fixes substantiels pour mettre en place
en équivalent énergie, 25 % de moins, respecti- les infrastructures et la flotte de véhicules né-
vement). Par ailleurs, l’éthanol à base de sucre cessaires pour la distribution de l’éthanol à une
de canne produit 91 % moins d’émissions de plus grande échelle3.
gaz à effet de serre par kilomètre voyagé que

2Des recherches sont en cours en vue de mettre au

Note : L’auteur de cet encadré est Valerie point des biocarburants issus de déchets de substances
Mercer-Blackman. végétales au lieu d’aliments, mais il faudra attendre
1L’éthanol représente plus de 80 % des biocarbu- au moins cinq ans pour que ces biocarburants de
rants utilisés dans le monde; il peut être mélangé à deuxième génération soient viables d’un point de vue
l’essence et est produit à partir de maïs, de blé et de commercial.
sucre. Le biodiésel peut remplacer le diésel et est pro- 3Les véhicules traditionnels à essence ne peuvent uti-

duit à partir d’huiles alimentaires (soja, palme, colza) liser que du carburant contenant un maximum d’envi-
et d’autres matières grasses. ron 15 % d’éthanol sans modifications coûteuses.

49
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.6 (suite)

Coûts et avantages de la production de biocarburants


(Chiffres de 2007 ou derniers chiffres disponibles)
Indicateurs des avantages
Indicateurs de coût pour l’environnement
Coût de Part du coût de la Analyse du cycle Création nette d’éner-
production matière première de vie des émis- gie renouvelable par
par litre dans le coût de pro- sions de GES2 rapport aux carburants
Carburant en dollars1 duction total (en %) (en %) à base de pétrole3
Éthanol
Première génération
À base de sucre de canne, Brésil 0,23–0,29 37 –91 1,7
À base de maïs, États-Unis 0,40 39–50 –18 1,22
À base de blé, Europe 0,59 68 –47 1,1
À base de betterave sucrière, Europe 0,76 34 –35 1,7
Deuxième génération
Éthanol à base de déchets cellulosiques 0,71 90 –88 8,2
Essence en valeur énergétique (marché américain)4 0,34 73 0 1,0
Biodiésel
Première génération
À base d’huile de palme, Malaisie 0,54 80–85 –70 à –1106 5,1
À base de maïs, États-Unis 0,66 80–85 –70 3,8
À base d’huile de colza, Europe 0,87 80–85 –21 à –38 3,8
Deuxième génération
À base de jatropha, Inde5 0,40–0,65 80–85 –100 à –120 7,3 (e)
Diésel en valeur énergétique (marché américain)4 0,41 75 0 1,0
Sources : Kojima, Mitchell, and Ward (2007); Energy Charter Secretariat (2007); Larson (2006); Farrell et al. (2006); USDA Foreign
Agricultural Service (2007); Ministère américain de l’agriculture (2006); Sheehan et al. (1998); World Wildlife Fund (2007); Renewable
Energy (2007); European Biomass Association; estimations des services du FMI.
1Les coûts sont très sensibles au niveau et à la variabilité des cours des matières premières. Les cours moyens entre le 1er trimestre de

2006 et le 2e trimestre de 2007 ont été utilisés pour les estimations, alors que les cours du pétrole brut atteignaient en moyenne 65 dollars.
Les subventions ne sont pas prises en compte dans les estimations des coûts. Les coûts du transport ne sont pas pris en considération.
2Variation des émissions de GES par kilomètre parcouru sur le cycle de vie en remplaçant les combustibles fossiles par des biocarburants

dans les véhicules conventionnels. Par cycle de vie, on entend que les émissions sont mesurées sur le cycle de production du carburant.
3Nouvelle énergie créée par rapport à l’énergie utilisée dans la production, la distribution et la vente au détail des biocarburants.

Mesurée par rapport à la nouvelle énergie créée dans la production du combustible fossile respectif (en mégajoules/mégajoules).
4L’éthanol produit environ un tiers d’énergie de moins par litre que l’essence dans les véhicules conventionnels, et le biodiésel environ 8 % de

moins que le diésel. Les coûts de l’essence et du diésel ont donc été ajustés à la baisse pour être comparables aux coûts des biocarburants.
5Le jatropha est un arbre résistant à la sécheresse qui produit de l’huile et qui ne se dispute pas les terres arables ni l’eau avec les

produits alimentaires. Il est cultivé en Inde et, dans une moindre mesure, en Afrique et en Amérique centrale, comme matière première
pour les biocarburants. (e) = estimation.
6Cette estimation repose sur des pratiques optimales de gestion des terres et ne tient pas compte des émissions éventuellement

causées par la déforestation des forêts tropicales humides qui est présumée par certains groupes de défense de l’environnement.

D’autre part, il existe aussi des avantages de tuyaux d’échappement qu’ils produisent,
indirects qui pourraient être considérables, en ils peuvent réduire la pollution locale d’agents
particulier pour les pays en développement pro- tels que les particules de soufre — en particu-
ducteurs de produits de base. Premièrement, lier lorsque les flottes de véhicules sont vieilles.
les biocarburants permettent de diversifier les Enfin, un producteur d’un pays en développe-
sources d’énergie et donc réduisent la vulné- ment qui a signé le protocole de Kyoto peut ob-
rabilité d’un pays à la volatilité des cours du tenir des crédits par le biais du mécanisme pour
pétrole. Ils promettent aussi de contribuer au le développement propre pour chaque unité
développement rural en créant des emplois dans d’énergie renouvelable créée (appendice 1.2).
la production des matières premières et la fabri- Globalement, certains biocarburants pré-
cation relativement simple des biocarburants. sentent donc des avantages d’un point de vue
Étant donné le niveau négligeable des émissions économique et environnemental à des dosages

50
APPENDICE 1.1. ÉVOLUTION DES MARCHÉS DES PRODUITS DE BASE

modestes. Quant à savoir si les avantages nets • Dans l’UE, la plupart des pays offrent des
sont réalisés et comment ils sont répartis, cela exemptions fiscales pour les biocarburants (un
dépend dans une large mesure du contexte dans avantage considérable étant donné le niveau
lequel ils sont introduits. élevé des taxes sur les carburants) et des sub-
ventions à la recherche. Le droit de douane
Quels sont les effets probables des politiques actuelles moyen pour les importations d’éthanol est
des États-Unis et de l’UE en matière de biocarburants? de 0,19 dollar le litre, alors que les droits de
Plusieurs pays ont encouragé la production douane appliqués aux matières premières ser-
intérieure de biocarburants afin de réduire leur vant à la production du biodiésel vont jusqu’à
dépendance à l’égard des importations de pé- 6,5 %. Les objectifs officiels varient d’un pays
trole4. Les incitations les plus généreuses sont à l’autre, mais la plupart convergent vers l’ob-
offertes par les États-Unis et les pays de l’UE. jectif actuel de l’UE, volontaire et assez ambi-
• Aux États-Unis, un crédit d’impôt de 0,51 dollar tieux : les biocarburants doivent représenter
et de 1 dollar est accordé par gallon d’éthanol 5,75 % du total des carburants d’ici 2010.
et de biodiésel vendu, respectivement. Il existe L’UE a aussi un objectif légalement contrai-
aussi un droit de douane de 0,54 dollar par gnant de 10 % d’ici 2020.
gallon (0,14 dollar par litre) pour les impor- Pour illustrer les effets des politiques améri-
tations d’éthanol (aucun pour le biodiésel)5. caines et européennes, un deuxième scénario,
Dans plusieurs États, 10 % d’éthanol doivent hypothétique mais politiquement improbable,
être ajoutés à l’essence comme composé a été simulé jusqu’en 2012. Ce scénario illustre
oxygéné (pour qu’il brûle de manière plus l’effet d’une élimination des crédits d’impôt
efficiente) depuis mai 2006; d’autres États et des droits de douane pour les biocarburants
ont des incitations fiscales supplémentaires. aux États-Unis et dans l’UE sur la production
Au niveau fédéral, la loi sur l’énergie de 2005 mondiale de biocarburants et sur les exporta-
établit comme objectif que les carburants tions nettes de produits de base. De nombreuses
renouvelables doivent atteindre 7,5 milliards interactions importantes sont ignorées, et
de gallons d’ici 2012 (environ 10 % de l’usage l’analyse doit donc être considérée comme une
prévu d’essence). Cet objectif devrait être at- illustration des effets probables plutôt qu’une
teint principalement grâce à l’éthanol à base prévision. La prévision de référence pour la pro-
de maïs qui est produit dans le pays. Un projet duction et la consommation de biocarburants
de loi qui quintuplerait presque cet objectif, à par pays repose sur les projections à moyen
35 milliards de gallons d’ici 2022, est en cours terme de l’Agence internationale de l’énergie,
d’examen. alors que les projections de référence pour les
cours des produits de base sont celles du FMI.
Il est supposé que la demande totale de biocar-
4Outre les pays de l’UE et les États-Unis, il existe des
burants en 2012 et sa répartition entre les pays
avantages fiscaux pour les consommateurs en Austra-
restent exactement les mêmes dans les deux
lie, au Brésil, au Canada et en Inde. Par ailleurs, un
grand nombre de pays ont adopté des objectifs — cer-
scénarios et qu’elles restent dictées dans une
tains obligatoires — et mis en place des incitations large mesure par les objectifs et les mandats. Les
fiscales à la recherche en vue d’accroître la production prix de détail de la plupart des biocarburants de
de biocarburants. Parmi ces pays figurent l’Argentine, première génération demeurent déterminés par
le Brésil, le Canada, la Chine, la Colombie, l’Inde, le les prix intérieurs des carburants du fait de leur
Japon, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande. part négligeable dans le total des carburants des
5Cependant, les États-Unis et l’UE appliquent des
transports. Les seuls changements par rapport
droits de douane aux huiles utilisées comme matières au scénario de référence sont donc la distribu-
premières pour le biodiésel, ce qui, au départ, place tion géographique de la production et les prix
paradoxalement les producteurs intérieurs dans une
des matières premières.
situation d’infériorité par rapport aux importateurs.
Cela est compensé par le crédit de 1 dollar le gallon Selon ce deuxième scénario, la production à
(aux États-Unis) et par les exemptions fiscales pour le l’aide d’autres matières premières, plus chères,
biodiésel (en Europe); ces distorsions ont conduit à un aux États-Unis et dans l’UE deviendrait non ren-
«arbitrage des subventions» entre les pays. table et cesserait, l’offre venant de plus en plus de

51
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.6 (fin)

effet indirect par le biais des cours des produits


Progression de la production et des exportations de base. La hausse de la demande de sucre de
de biocarburants d’ici 20121 canne et d’huile de palme qui s’ensuivrait relève-
(Variations en pourcentage par rapport rait leur prix de 15 % et de 20 %, respectivement,
aux prévisions de référence) alors que l’affaiblissement de la demande de
Progression nette de la production de biocarburants maïs, de blé, d’huile de soja et d’huile de colza
en pourcentage de la production mondiale (principales matières premières de biocarburants
(échelle de gauche)2 aux États-Unis et dans l’UE) réduirait leur prix de
Progression nette des exportations en pourcentage 10 % par rapport au scénario de référence7. En
du total des échanges (échelle de droite)3
2012, le ratio des exportations nettes au total des
40 0,4 échanges de marchandises progresserait en gé-
néral pour les pays producteurs de biocarburants
30 0,3
(ce serait moins le cas pour les pays exportateurs
20 0,2 de céréales). Il diminuerait légèrement pour
les importateurs nets d’huile de palme, tels que
10 0,1
l’Inde et l’Afrique, et de manière négligeable
0 0,0 pour les États-Unis et l’UE (moins de 0,01 % du
total des échanges). Au total, les coûts de produc-
–10 –0,1
tion et les émissions de gaz à effet de serre dimi-
–20 –0,2 nueraient en moyenne à l’échelle mondiale grâce
–30 –0,3
à l’arrivée sur le marché de producteurs plus ef-
ficients. Les coûts budgétaires pour les États-Unis
–40 –0,4 et l’UE baisseraient aussi, mais très faiblement8.
Malaisie
Inde

Colombie
Brésil

Union européenne
Afrique
Thaïlande
Amérique centrale

États-Unis
Indonésie

Chine

Comment améliorer l’action des pouvoirs publics?


L’analyse qui précède montre comment les
politiques menées aujourd’hui aux États-Unis et
dans l’UE entretiennent des structures de pro-
Sources : Agence internationale de l’énergie; estimations des
services du FMI.
1Dans le deuxième scénario, l’éthanol est produit exclusivement à partir
de sucre de canne et le biodiésel à partir d’huile de palme (jatropha en Inde). technique de production est assez simple. Aux niveaux
2Variation en pourcentage de la production d’éthanol et de bio-
de consommation prévus, il n’y aurait pas encore
diésel en 2012 par rapport à la prévision de référence.
3Variation des exportations nettes dans le deuxième scénario par de contrainte significative sur l’usage des terres. Par
rapport au scénario de référence divisée par les échanges (exporta- ailleurs, le marché du biodiésel indien à base de jatro-
tions plus importations de biens, estimations du FMI). Dans le pha devrait s’ouvrir dans le deuxième scénario, car il
deuxième scénario, les prix du maïs, du blé et de l’huile de soja
est déjà en voie de développement, mais il n’a pas un
baissent de 10 %, et ceux du sucre et de l’huile de palme augmentent
de 15 et de 20 %, respectivement. élan suffisant dans le scénario de référence.
7Les variations des prix reposent sur les prévisions

du Ministère de l’agriculture des États-Unis et des


calculs des services du FMI fondés sur des élasticités
pays importateurs à plus faible coût (graphique). historiques. Le sucre est très protégé aux États-Unis
D’ici 2012, l’éthanol serait produitprincipalement et dans l’UE, et il est donc fort possible d’accroître sa
par le Brésil et d’autres pays d’Amérique latine, culture dans le monde entier (notamment dans la ré-
et le biodiésel par des pays asiatiques (à base de gion très productive du sud et du centre du Brésil). En
jatropha dans le cas de l’Inde)6. Il existe aussi un conséquence, contrairement au maïs aux États-Unis,
les prix ne doivent pas augmenter trop nettement
pour provoquer une réaction de l’offre.
6Dans le deuxième scénario, il est supposé que les 8Les principaux coûts budgétaires directs et indirects

pays produisent de l’éthanol et du biodiésel en pro- aux États-Unis et dans l’UE tiennent à la politique
portion de leurs exportations de sucre de canne et agricole, qui est censée rester inchangée dans les deux
d’huile de palme, respectivement, prévues pour 2007, scénarios. Voir l’encadré 5.2 de l’édition de septembre
sur la base des données fournies par le Ministère de 2006 des Perspectives de l’économie mondiale pour un exa-
l’agriculture des États-Unis. La raison en est que la men de ces coûts.

52
APPENDICE 1.1. ÉVOLUTION DES MARCHÉS DES PRODUITS DE BASE

duction inefficientes. Cela ne signifie pas qu’il biocarburants pour l’environnement seraient
ne faut pas encourager l’usage de biocarburants pleinement maximisés (voir appendice 1.2).
en tant que supplément, en faible quantité, • Une prescription en matière de mélange qui
aux carburants traditionnels; ils présentent des serait assortie d’un délai précis pourrait se
avantages pour l’environnement par rapport aux justifier face aux coûts fixes du passage à une
carburants à base de pétrole. Certaines mesures nouvelle technologie.
pourraient être appliquées afin d’accroître ces • Il faut promouvoir la recherche et le déve-
avantages nets. loppement dans le domaine des énergies re-
• La meilleure chose à faire serait d’autoriser nouvelables. Les pouvoirs publics ont un rôle
le libre-échange des biocarburants tout en légitime à jouer en finançant des recherches
appliquant une taxe sur le carbone à tous les prometteuses sur ces activités, étant donné
carburants de manière à tenir compte des leur caractère de bien public, surtout si l’effet
coûts des émissions. Ainsi, les avantages des sur l’environnement n’est pas bien évalué.

pétrole dépasseraient en moyenne 77 dollars le Marchés du gaz naturel et du charbon


baril pour le reste de 2007 et 76 dollars le baril en Les prix du gaz naturel ont évolué diffé-
2008, avec une probabilité de 50 % que le Brent remment d’un côté à l’autre de l’Atlantique
s’établisse entre 69 dollars et 87 dollars d’ici jan- (graphique 1.22, panneau du milieu). Aux États-
vier 2008 (graphique 1.22, panneau supérieur). Unis, après avoir augmenté au premier trimestre
À moyen terme, l’Agence internationale de de 2007, les prix ont reculé à la suite d’une
l’énergie s’attend à ce que les tensions sur le accumulation record des stocks et des remous
marché subsistent et s’intensifient peut-être sur les marchés financiers, bien qu’ils se soient
d’ici 2012, en supposant que la croissance du redressés quelque peu en septembre. Par contre,
PIB reste vigoureuse. La demande mondiale après avoir baissé en avril, les prix au Royaume-
moyenne resterait vigoureuse pour la période Uni ont été dans une large mesure orientés à la
2007–12, avec une augmentation 1,9 mbj par hausse, à cause de problèmes climatiques et de
an — légèrement au-dessus de l’augmentation l’entretien de facilités de stockage, sur fond de
annuelle moyenne pour la période 2002–07, une demande vigoureuse. Les prix à l’exportation du
période de hausse des cours — sous l’effet de gaz russe ont diminué quelque peu au cours de
l’accélération de la demande hors OCDE. La ca- l’année écoulée. Les prix moyens du charbon
pacité de production de l’OPEP devrait augmen- ont augmenté de plus de 32 % au cours des huit
ter en moyenne de 0,8 mbj par an et celle hors premiers mois de 2007, et la demande devrait
OPEP de seulement 0,5 mbj par an sur la même continuer de s’accroître, la Chine devenant im-
période (contre 0,7 mbj au cours des cinq an- portatrice nette pour la première fois en avril.
nées précédentes), car la hausse des coûts d’in-
vestissement et les retards prolongés des projets,
ainsi que le net déclin de champs importants Produits de base non énergétiques
freinent les projets d’expansion des capacités. L’indice des produits de base non énergé-
Comme l’augmentation des capacités sera pro- tiques établi par le FMI a progressé de 7 % au
bablement inférieure à celle de la demande, la cours des huit premiers mois de 2007. La forte
pression à la hausse sur les cours à moyen terme hausse des cours des métaux de ces dernières
pourrait persister faute d’un ralentissement de années s’est prolongée, alors que les prix de
l’activité mondiale. certains produits alimentaires ont augmenté

53
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

vivement. Les cours des matières premières agri-


coles et les prix des boissons ont progressé plus
Graphique 1.22. Cours à terme du pétrole lentement. L’indice devrait reculer quelque peu
et cours de produits énergétiques et de métaux à mesure que l’offre répond à l’accroissement de
la demande, mais les risques de baisse des prix
Cours à terme Intervalle de confiance de 50 % alimentaires à court terme devraient être limités
Intervalle de confiance Intervalle de confiance de 90 % par la forte demande de biocarburants.
de 70 % (incluant (incluant les intervalles de Cours des métaux vigoureux en raison de problèmes
l’intervalle de confiance confiance de 50 et 70 %)
de 50 %) affectant l’offre. Si les prix ont reculé à la suite de
Cours à terme du Brent au 5 octobre 20071 120
ventes massives lors de la récente crise du crédit,
(dollars EU le baril) ils sont restés vigoureux, dans une large mesure à
cause de problèmes affectant l’offre. Globalement,
100
les cours ont augmenté d’environ 8¾ % au cours
des huit premiers mois de 2007, sous l’impulsion
80
du plomb — qui a établi de nouveaux records
pendant cette période — ainsi que du cuivre et
60 de l’étain (graphique 1.22, panneau inférieur).
Cependant, les cours du nickel et de l’uranium
40 ont nettement reculé récemment après avoir at-
2005 06 07 Oct.
08 teint un record au début de l’été. Si la demande
a été soutenue — par exemple, pour le cuivre à
Cours de produits énergétiques2 280
(mars 2005 = 100) cause de la demande accrue de la Chine aux fins
240
Gaz naturel GB du restockage, et pour l’uranium (pendant le pre-
Gaz naturel 200 mier semestre de 2007) en raison d’une demande
Gaz naturel
russe
EU 160 accrue d’énergie nucléaire —, les facteurs liés à
120 l’offre semblent avoir été le principal déterminant
80
de la hausse des prix. Les conflits sociaux dans les
Charbon
mines de cuivre au Chili, au Mexique et au Pérou
40
ont continué de perturber la production, tandis
0
Mars 06 Août que les augmentations salariales qui en ont résulté
2005 07 ont accru le coût de production à long terme. En
outre, certaines politiques restrictives — telles que
Indices des cours de métaux 1200
(janvier 2002 = 100) le durcissement de la réglementation des expor-
Uranium 1000 tations d’étain en Indonésie — ont réduit l’offre.
800
Enfin, les regroupements ont réduit le nombre
Cuivre d’usines alors que de nouveaux projets ont été re-
600
Zinc
tardés. En conséquence, les stocks sont faibles pour
400 la plupart des métaux, ce qui réduit le volant de sé-
Nickel Aluminium
curité en cas de perturbations de l’offre. Les cours
200
devraient reculer après les récents records, mais ils
0 devraient être soutenus par la hausse des coûts à
2002 03 04 05 06 Août
07 plus long terme, du fait de la concurrence intense
pour la main-d’œuvre qualifiée, ainsi que de l’aug-
Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; calculs des services du FMI.
1À partir des options sur contrats à terme. mentation des coûts du matériel et de l’énergie.
2Les données sur les cours du gaz naturel britannique commencent le 11 mars 2005.
Prix alimentaires soutenus sur fond de demande
vigoureuse des biocarburants. Les prix des produits
alimentaires ont augmenté de 10½ % pendant la

54
APPENDICE 1.1. ÉVOLUTION DES MARCHÉS DES PRODUITS DE BASE

période janvier–août, sous l’impulsion du soja,


des huiles comestibles et du blé, et sont restés
relativement à l’abri des récents remous sur les
marchés financiers. L’expansion de la produc-
tion de biocarburants a accru la demande de
maïs, de soja et d’huiles comestibles. Bien que les Graphique 1.23. Sources de la demande
prix du maïs aient reculé de 8½ % pendant les et cours de produits alimentaires liés aux carburants
huit premiers mois de 2007 — en raison d’une
Contribution à la hausse de la consommation mondiale de maïs, 1996–2007
croissance de la production de 15 % par rapport (pourcentages) 8
Production
à 2006 en réaction au niveau élevé des prix —, d’éthanol EU 7
ils sont encore supérieurs d’environ 50 % à ce Chine 6

qu’ils étaient pendant la même période en 2006. Reste du 5


monde 4
À la mi-juillet, les prix du blé ont atteint leur plus
3
haut depuis le milieu des années 90, en raison de
2
conditions climatiques défavorables, alors que les
1
stocks sont faibles par rapport au passé. Les prix
0
de la viande ont augmenté de plus de 8 %, du
–1
fait de la hausse du coût des aliments pour ani- 1996 97 98 99 2000 01 02 03 04 05 06 07

maux. La hausse des prix est allée de pair avec


Courbes à terme pour le maïs1
un resserrement général des soldes demande- (septembre 2005 = 100) 200
offre, comme en témoignent la baisse du ratio 2007
180
stocks/consommation pour le maïs, le blé et la
viande, ainsi que la baisse prévue pour le soja. 160
Par contre, les prix du sucre ont diminué nette- 2006
ment au cours de l’année écoulée en raison de 140
la vigueur de l’offre au Brésil et des possibilités
2005 120
limitées d’exportation d’éthanol brésilien à base
de sucre. 100
Sept. 06 07 08 09 10
Globalement, l’envolée récente des prix des 2005
produits alimentaires s’explique par une combi-
naison de facteurs : Contribution à la hausse de la consommation mondiale de soja
et de colza, 1996–2007
• La forte demande de biocarburants. La hausse (pourcentages) 10
Biocarburants
de la production d’éthanol aux États-Unis EU/UE
8
devrait représenter 60 % de l’augmentation Chine
mondiale de la consommation de maïs en Reste 6
du monde
2007 (graphique 1.23, panneau supérieur). 4
Les effets sur les prix du maïs ont été ampli-
2
fiés par l’engagement des pouvoirs publics
de promouvoir l’utilisation de l’éthanol, qui 0
a orienté à la hausse les prix des contrats
–2
à terme (graphique 1.23, panneau du mi- 1996 97 98 99 2000 01 02 03 04 05 06 07

lieu). Selon le Ministère de l’agriculture des


Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; Ministère américain de l’agriculture;
États-Unis, la quantité de maïs utilisée pour estimations des services du FMI.
1Cours à terme au 8 août de chaque année.
produire de l’éthanol aux États-Unis devrait
passer de 14 % de la production totale amé-
ricaine en 2005/06 à 30 % d’ici 2010/11. De
la même manière, l’utilisation croissante de

55
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

l’huile de soja et de colza dans la production concurrence intense dans le segment des micro-
de biocarburants aux États-Unis et dans l’UE processeurs alors que les capacités sont excéden-
a représenté l’essentiel de la croissance de la taires sur le marché des DRAM, de la fragilité de
demande de ces produits ces dernières années la demande et du niveau élevé des stocks. Cette
(graphique 1.23, panneau inférieur). La forte tendance devrait se poursuivre au deuxième
expansion de la production de biocarburants a semestre de 2007 et au-delà : la prévision de
aussi indirectement poussé à la hausse les prix croissance des ventes pour 2007 a été révisée net-
des autres produits alimentaires non liés aux tement à la baisse, de 10 % à 1,8 %.
carburants en encourageant les agriculteurs à
se détourner des autres plantations et en aug-
mentant le coût de la nourriture du bétail. Appendice 1.2. Changements climatiques :
• La demande accrue des pays émergents. La répercussions économiques et riposte
Chine a été une source importante de la crois- des pouvoirs publics
sance de la demande de produits alimentaires Les principaux auteurs de cet appendice sont Ben
dans le monde, représentant par exemple 35– Jones, Michael Keen, John Norregaard et Jon Strand.
40 % de l’augmentation de la consommation
Il existe maintenant un large consensus selon
mondiale de soja et de viande. La contribution
lequel des changements climatiques d’origine
de l’Inde à la demande mondiale de produits
humaine se produisent, se poursuivront dans un
alimentaires, en particulier de viande, a aug-
avenir prévisible et s’intensifieront probablement
menté aussi récemment. Bien que la consom-
(GIEC, 2007b)8. Les problèmes que ces change-
mation accrue de produits alimentaires par les
ments posent pour la politique économique sont
pays émergents ait orienté à la hausse les prix
substantiels. Le plus important est peut-être que
des produits alimentaires, il est peu probable
les changements climatiques constituent une ex-
qu’elle a joué un rôle important dans l’envolée
ternalité à l’échelle mondiale : les conséquences
récente de ces prix, car la demande de pro-
sociales des émissions de gaz à effet de serre
duits alimentaires de ces pays a commencé à
(GES) qui sont à l’origine du processus ne sont
augmenter vigoureusement dans les années 90,
pas supportées totalement par ceux qui émettent
bien avant l’envolée actuelle des prix.
les gaz, mais bien partagées dans le monde entier
• Des chocs affectant l’offre. Des conditions cli-
— les pays à faible revenu étant probablement
matiques défavorables ont pesé sur la récolte
les plus sérieusement touchés. Cela soulève des
mondiale de certains produits alimentaires.
questions importantes de coordination internatio-
Par exemple, la grave sécheresse en Austra-
nale. Celles-ci sont aggravées par le fait que le mal
lie, gros exportateur de blé, a fait baisser la
vient non pas du flux actuel, mais bien du stock
production de blé australienne de 60 % en
cumulé; en d’autres termes, une bonne partie des
2006. En outre, une épidémie du syndrome
dégâts futurs s’explique par des émissions anté-
dysgénésique et respiratoire du porc a réduit
rieures. D’autres questions théoriques et pratiques
considérablement les stocks de porcs en Chine
et a fait monter les prix intérieurs de la viande
de plus de 50 % en août 2007 (sur un an), ce 8Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolu-
qui a porté la hausse annuelle des prix des tion du climat (GIEC) a été mis en place par le Programme
produits alimentaires à plus de 16 %. des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) et l’Or-
ganisation météorologique mondiale pour synthétiser les
Semi-conducteurs. Les recettes des ventes mon-
études sur les changements climatiques. Il est à noter que
diales de semi-conducteurs ont diminué de plus les opinions divergent pour ce qui est des relations entre
de 2 % sur un an au premier semestre de 2007, les activités humaines et les concentrations atmosphériques
contre une croissance de plus de 9 % pendant accrues de gaz à effet de serre, ainsi qu’entre les concen-
trations accrues et les variations de température observées
la même période de 2006. Cela s’explique par la et projetées (voir, par exemple, Lindzen, Chou, and Hou
baisse des prix de vente moyens, qui résulte de la (2001), ainsi que Carter et al. (2007)).

56
APPENDICE 1.2. CHANGEMENTS CLIMATIQUES : RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET RIPOSTE DES POUVOIRS PUBLICS

tiennent aux longs retards dans le processus et À politiques inchangées, les émissions entraî-
à l’incertitude considérable qui subsiste, notam- neront, selon les projections du GIEC (2007b),
ment le risque (même s’il est relativement peu une augmentation des températures mondiales
probable) d’événements extrêmement nuisibles. moyennes se situant entre 1,1 et 6,4° C (au-des-
Le présent appendice explore ces problèmes. sus des niveaux préindustriels) d’ici 210013. À
Il décrit brièvement ce que l’on sait de la science titre d’illustration, un réchauffement de 5° C se-
des changements climatiques, en vue d’examiner rait plus ou moins comparable à l’écart entre les
leurs répercussions économiques. Il expose aussi températures de la dernière période glaciaire et
les aspects économiques des interventions des celles d’aujourd’hui.
pouvoirs publics visant à réduire les dégâts causés Bien que leur moment et leur incidence
par les changements climatiques et des stratégies géographique soient incertains, plusieurs effets
d’atténuation visant à limiter les changements climatiques sont attendus. Les plus fortes hausses
atmosphériques qui provoquent les changements de température sont prévues pour les régions
climatiques. Ces questions seront explorées de du nord de l’Amérique du Nord, de l’Europe
manière plus approfondie dans l’édition d’avril et de l’Asie, et les plus faibles (mais néanmoins
2008 des Perspectives. considérables) dans les régions tropicales. La
distribution des chutes de pluie changera pro-
bablement : de nombreuses régions déjà sèches
Enjeu (notamment en Afrique, en Asie du Sud, en
Les principaux GES émis par l’activité hu- Australie, au Moyen-Orient et autour de la Mé-
maine sont le dioxyde de carbone (CO2), qui diterranée) deviendront encore plus sèches.
représente environ 77 % des émissions, ainsi que Il existe d’autres effets possibles (mais très
le méthane et l’oxyde nitreux, qui représentent incertains) sur les chutes de pluie dans de nom-
environ 14 et 8 %, respectivement9. La concentra- breuses régions tropicales (comme l’Amazone)
tion atmosphérique de GES (exprimée en équi- et sur les phénomènes saisonniers (la mousson
valent CO2) est passée d’environ 300 parties par en Asie, par exemple), avec des conséquences
million (ppm) en 1750 à 430 ppm aujourd’hui et éventuelles pour la viabilité de fortes populations
progresse d’environ 2 ppm par an10. La tempé- et de ressources naturelles essentielles. Le risque
rature moyenne mondiale a augmenté d’environ d’inondation devrait être accru du fait de la plus
0,7° C entre 1906 et 200511, et il est prévu que les grande intensité des chutes de pluie et de l’élé-
concentrations existantes de GES provoqueront vation du niveau des mers (de 0,2 à 0,6 mètre au
une nouvelle augmentation considérable des cours de ce siècle14, plus en cas de fonte accélé-
températures dans les décennies à venir12. rée des glaciers). En outre, la fréquence et/ou
la sévérité des conditions climatiques exception-
9La vapeur d’eau est le GES le plus abondant, mais les
nelles, notamment les ouragans, les inondations,
activités humaines n’ont qu’un effet direct faible sur sa
quantité et, contrairement aux autres GES, l’effet de la va-
peur d’eau sur le climat n’est que de relativement courte 13Le GIEC (2007b) présente des projections de tempé-

durée. Les références aux GES excluent dorénavant la rature pour divers scénarios, en fournissant pour chacun
vapeur d’eau. de ceux-ci une limite supérieure et inférieure, avec une
10Stern et al. (2007). probabilité de 82 % que l’augmentation de la température
11GIEC (2007b). Cependant, l’augmentation n’a pas été se situe entre ces deux limites : la fourchette donnée ici
uniforme. est entre la plus basse et la plus élevée de ces limites. Tous
12Selon des estimations fondées sur des modèles, même ces scénarios reposent sur une hypothèse commune — qui
si les concentrations atmosphériques étaient maintenues sert de référence simple et facile — selon laquelle un
constantes aux niveaux de 2000, un nouveau réchauffe- doublement des concentrations de CO2 par rapport aux
ment d’environ 0,2° C se produirait au cours des vingt niveaux préindustriels implique une probabilité de 66 %
prochaines années (avec une meilleure estimation d’un ou plus d’un réchauffement moyen mondial en surface de
réchauffement cumulé de 0,6° C d’ici la fin du siècle) : 2 à 4,5° C (avec une meilleure estimation voisine de 3° C).
GIEC (2007b). 14GIEC (2007a).

57
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Graphique 1.24. Émissions de gaz à effet de serre par région les vagues de chaleur et les sécheresses, devrait
augmenter, en particulier en Afrique, en Asie et
Émissions cumulatives de dioxyde de carbone, 1750–2000 35 dans les Caraïbes.
(pourcentage des émissions cumulatives)
30 Au-delà de ces effets, il pourrait y avoir des
25 «points de basculement», qui, s’ils sont dépas-
20 sés, entraîneraient des effets climatiques plus
15 spectaculaires et irréversibles. Il s’agit de la fonte
10 rapide des glaciers, de l’inversion du Gulf Stream,
5 qui entraînerait des changements climatiques
0 spectaculaires dans le nord de l’Europe, et de la
États- Union Autres Russie Chine Inde Autres pays
Unis européenne pays en dévelop- fonte à grande échelle de la toundra au Canada,
avancés pement
en Chine et en Russie, qui provoquerait une
Émissions actuelles de dioxyde de carbone à partir de combustibles 30 émission massive de méthane. Bien qu’une incer-
fossiles, 2004 (pourcentage des émissions totales) titude considérable entoure le niveau précis de
25
ces seuils, bon nombre de ceux-ci — par exemple
20
la fonte irréversible de l’inlandsis du Groenland,
15
qui causerait une hausse de plusieurs mètres du
10 niveau des mers — pourraient se situer dans la
5 fourchette des augmentations de température
0 qui sont possibles (même dans certains scénarios
États- Union Autres Russie Chine Inde Autres pays
Unis européenne pays en dévelop- d’atténuation) au cours du siècle présent.
avancés pement
Sources des émissions de gaz à effet de serre
Emissions par habitant, 2004 30
(tonnes d’équivalents de dioxyde de carbone) Les changements climatiques sont causés par
25
le stock accumulé de GES, alors que la plupart
20
des mesures qui visent à limiter le risque peuvent
15 seulement s’attaquer aux flux des émissions15. Les
10 deux panneaux supérieurs du graphique 1.24
5 présentent les sources du stock de CO2 (émis-
0 sions accumulées depuis 1750) par région, ainsi
États- Union Autres Russie Chine Inde Brésil Pays Pays
Unis euro- pays OCDE hors que les émissions annuelles en 2004, en pourcen-
péenne avancés OCDE tage du total. Les pays avancés représentent en-
viron 75–80 % de ce stock, mais une partie bien
Emissions par unité de PIB, 20041 2000
plus grande des émissions actuelles provient des
1500 pays émergents et des pays en développement
(ci-après, les «pays en développement» incluront
1000 les pays émergents).
Les deux panneaux inférieurs du gra-
500
phique 1.24 montrent que les émissions par ha-
bitant sont environ quatre fois plus élevées dans
0
États- Union Autres Russie Chine Inde Brésil Pays Pays les pays de l’OCDE qu’ailleurs; cependant, par
Unis euro- pays OCDE hors
péenne avancés OCDE rapport au PIB, elles sont plus élevées dans les
Sources : Baumert, Herzog, and Pershing (2005); Agence internationale de l’énergie
(2006, 2007).
1Tonnes d’équivalents de dioxyde de carbone par million de dollars EU, corrigés de 15Il existe des méthodes de géo-ingénierie qui cherchent
la parité de pouvoir d’achat. plutôt à limiter le réchauffement résultant d’une concen-
tration atmosphérique donnée en limitant le rayonnement
solaire (voir, par exemple, Schelling (2007).

58
APPENDICE 1.2. CHANGEMENTS CLIMATIQUES : RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET RIPOSTE DES POUVOIRS PUBLICS

pays en développement. Étant donné cette ten-


dance de l’intensité des émissions et la croissance
prévue, la part des pays en développement dans
le total des émissions, à politiques inchangées,
devrait augmenter substantiellement entre 2004
et 2050 (graphique 1.25).

Répercussions macroéconomiques
et budgétaires des changements climatiques
Les répercussions macroéconomiques et bud-
gétaires des changements climatiques pourraient
être substantielles :
• Les changements de température à long terme
Graphique 1.25. Émissions de carbone liées aux carburants,
et la plus grande intensité et/ou fréquence
effectives et prévues à politique inchangée
des conditions météorologiques exception- (Millions de tonnes de carbone par an)
nelles16 pourraient avoir des conséquences
négatives directes sur la production et la pro- 5000
ductivité, en particulier dans les secteurs de Chine
l’agriculture, de la pêche et du tourisme17. Les
effets sur l’agriculture varieront probablement 4000
d’une région à l’autre : la production devrait
Autres
diminuer dans les régions plus chaudes (et pays hors
généralement plus pauvres), alors que les OCDE 3000

régions du nord (souvent plus prospères)


États-Unis
pourraient bénéficier d’une augmentation des
Pays en 2000
températures de 1 à 3° C18. transition
• L’élévation du niveau des mers et la violence
accrue des inondations seront coûteux. Selon 1000
Autres pays Inde
une étude, une augmentation d’un mètre OCDE
réduirait de près de 10 % le PIB de plusieurs
pays, parmi lesquels le Bangladesh, l’Égypte, 0
1970 80 90 2000 10 20 30 40 50

Sources : Baumert, Herzog, and Pershing (2005); Agence internationale de l’énergie


16Il existe des signes d’une augmentation rapide des (2007).
coûts économiques des conditions climatiques exception-
nelles. Par exemple, selon Munich Re (cité dans «UN
Finance Initiative CEO Briefing», 2006), les coûts en infra-
structures et autres coûts des conditions météorologiques
exceptionnelles ont augmenté en moyenne de 6 % par
an entre 1950 et 2005. Si cette tendance se poursuivait,
les pertes atteindraient 800 milliards de dollars d’ici 2041,
avec des pertes de plus d’un billion de dollars pour les
années de pointe.
17Pour donner seulement un exemple du coût de ces

phénomènes, la production agricole du Malawi a diminué


d’environ 25 % et le PIB de 7 % pendant la sécheresse de
1991–92.
18Cependant, cela dépendrait dans une large mesure

d’un effet très puissant de fertilisation du carbone, dont


l’existence reste incertaine.

59
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

la Mauritanie et le Vietnam (Dasgupta et al., • La perte de la biodiversité et de systèmes


2007). Une telle élévation est un peu supé- écologiques, ainsi que les effets des change-
rieure à l’estimation du consensus et les coûts ments climatiques sur la santé humaine et la
diminueront probablement plus que propor- qualité de la vie, ont des conséquences «non
tionnellement si l’élévation est plus faible, marchandes».
mais les effets pourraient être considérables. Pour élaborer une riposte efficace, il convient
Quelques petits États insulaires, dont Kiribati, d’évaluer la nature, l’ampleur et la distribution
les Maldives, les Îles Marshall et la Micronésie, de ces répercussions. Les spécialistes du climat
sont particulièrement exposés, de même que ont naturellement mis l’accent sur l’incertitude
les populations des régions côtières d’un plus liée à la dynamique complexe et non linéaire du
large groupe de pays, notamment de nom- processus de réchauffement, mais une incerti-
breux centres urbains en expansion rapide19. tude considérable entoure aussi l’estimation des
• Le risque de migration et de conflit généralisé effets sur l’économie et le bien-être en général.
est accru, en raison de la détérioration du Parmi les principales variables figurent les taux
climat à long terme et de l’augmentation des de croissance de la population et de la produc-
dégâts provoqués par des conditions météoro- tivité, en particulier le taux de convergence ré-
logiques exceptionnelles. gionale de la croissance économique, l’intensité
• Les positions budgétaires se détérioreront en des émissions dans le temps et pour différentes
raison de l’affaiblissement des assiettes tradi- régions, et le taux d’adoption des nouvelles tech-
tionnelles de l’impôt et/ou de l’augmentation nologies. Pour agréger les effets dans le temps,
des dépenses d’atténuation et d’adaptation il faut aussi choisir un taux d’actualisation, un
(voir plus bas). choix qui, comme examiné plus loin, a été au
• D’un côté plus positif, les mécanismes d’atté- centre de nombreux débats récemment.
nuation pourraient être profitables — l’uti- Plusieurs études traitent de ces questions, à
lisation réduite de taxes qui sont sources l’aide de modèles qui mettent l’accent sur diffé-
de plus de distorsions générant un «double rents liens. Le récent rapport Stern (Stern et al.,
dividende», dont profiteraient les finances pu- 2007) utilise un modèle «intégré» climat–macro-
bliques et l’environnement. économie et un cadre des probabilités pour le
• Les coûts de l’atténuation des émissions de bien-être qui inclut des effets non marchands et
dioxyde de carbone, notamment la hausse des phénomènes exceptionnels peu probables
des prix de l’énergie et l’augmentation des mais très nuisibles. Le graphique 1.26 présente
investissements, deviennent importants dans l’évolution temporelle des dégâts attendus (en
de nombreux pays (jusqu’à présent, principa- pourcentage du PIB mondial par habitant) pour
lement les pays industrialisés). les trois principaux scénarios de Stern, qui dif-
• La baisse des exportations de biens et services fèrent par la sensibilité du climat et l’évaluation
(produits agricoles, poissons et tourisme) ou des effets non marchands (tels que la perte de la
le besoin accru de produits alimentaires et biodiversité). Les zones ombrées indiquent les
d’autres importations essentielles posent des intervalles de confiance de 90 % correspondants.
problèmes de balance des paiements dans Les pertes prévues augmentent substantielle-
certains pays. Les dégâts causés aux infrastruc- ment au fil du temps : la fourchette des estima-
tures de transport (ports et routes) risquent de tions centrales va de 1 à 2 % du PIB en 2050, de
perturber les flux commerciaux. 2 à 8 % en 2100 et de 5 à 14 % en 220020.

19Douze des 16 mégavilles (plus de 10 millions d’habi- 20Jusqu’à 20 % en 2200 si l’on tient compte du coût

tants) du monde, toutes en croissance rapide, se trouvent disproportionné des changements climatiques pour les ré-
dans des régions côtières (UN Finance Initiative CEO gions plus pauvres. Cela n’est pas inclus dans les scénarios
Briefing, novembre 2006). du graphique 1.27.

60
APPENDICE 1.2. CHANGEMENTS CLIMATIQUES : RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET RIPOSTE DES POUVOIRS PUBLICS

Parmi les autres études qui évaluent les réper-


cussions macroéconomiques des changements
climatiques à différents niveaux de réchauffe-
ment figurent Mendelsohn et al. (2000), Nord-
haus and Boyer (2000), Hope (2006) et Tol Graphique 1.26. Évolution des dégâts agrégés causés
(2005). Le graphique 1.27 présente certains de par les changements climatiques
(Baisse du PIB par habitant en pourcentage)
ces résultats, ainsi que les estimations centrales
des trois scénarios du rapport Stern susmen-
Estimation centrale Intervalle de confiance de 90 %
tionnés. Ces résultats couvrent un large éventail
de coûts économiques éventuels, allant d’un Climat, effets marchands et risque de catastrophe de référence
0
manque à produire négligeable (et même un
gain, à de faibles niveaux de réchauffement) à
une perte d’environ 10 % pour un réchauffe- –10

ment moyen de 6° C (qui est possible, mais im-


probable d’ici 2100, selon le GIEC). –20

Pourquoi les estimations des effets écono-


miques des changements climatiques diffèrent- –30

elles autant? L’analyse de Mendelsohn repose sur


une couverture sectorielle relativement étroite et –40
2000 2050 2100 2150 2200
suppose une capacité d’adaptation relativement
élevée. Nordhaus et Stern incluent des estima- Climat, effets marchands et risque de catastrophe «élevés»
tions des effets non marchands plus larges et, 0

à des niveaux de réchauffement plus élevés, ils


tiennent davantage compte des risques et des –10

coûts des catastrophes et des perturbations éco-


nomiques qui en résultent. Nordhaus, Stern et –20
Tol vont au-delà des effets agrégés, et constatent
que les pays les plus pauvres seront probable- –30
ment touchés le plus durement et le plus vite, en
général à cause de leur plus grande exposition –40
2000 2050 2100 2150 2200
aux changements climatiques physiques et de
leur plus faible résistance socioéconomique21.
Climat, effets marchands, risque de catastrophe
Par exemple, avec un réchauffement de 2,5° C, et effets non marchands de référence
0
Tol note des effets économiques globalement po-
sitifs, du fait de la hausse de la production dans
–10
les pays riches, mais aussi (comme Nordhaus)
une baisse du PIB d’environ 4 % en Afrique. À
–20
des niveaux de réchauffement plus élevés, des
effets similaires sur la répartition du revenu
–30
persistent, bien que les effets économiques de-
viennent négatifs partout (mais avec un élargis-
–40
2000 2050 2100 2150 2200

21Qui résulte souvent de revenus plus faibles, d’une plus


Source : Stern et al. (2007).
grande dépendance à l’égard de l’agriculture et d’écosys-
tèmes vulnérables, de l’insécurité alimentaire et du dé-
veloppement moindre des infrastructures et des services
publics.

61
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

sement de la marge d’incertitude). La prise en


compte des effets des changements climatiques
sur la répartition du revenu conduit à des effets
plus marqués que si l’on privilégie la production
totale. Le choix de taux d’actualisation différents
influe considérablement aussi sur les évaluations
qui ressortent de l’agrégation des effets dans le
temps (voir examen ci-dessous).

Graphique 1.27. Baisses du PIB par habitant Action des pouvoirs publics face
à différents niveaux de réchauffement aux changements climatiques
Si les avis diffèrent quant à l’ampleur et à l’ur-
Hope Tol, équité
gence des mesures à prendre, il existe un large
Mendelsohn Stern — climat, effets marchands consensus sur la nécessité de réduire les risques
et risque de catastrophe de référence
Nordhaus, production économiques considérables présentés par les
Stern — climat, effets marchands
et risque de catastrophe «élevés» niveaux de réchauffement attendus selon les
Nordhaus, population
Stern — climat, effets marchands projections à politiques inchangées. Ces mesures
Tol, production et non marchands, et risque sont essentiellement de deux types, mais une ac-
de catastrophe «élevés»
tion sur les deux fronts est maintenant largement
3
considérée comme étant nécessaire :
• adapter le comportement et l’investissement
pour réduire les effets économiques et so-
0 ciaux des changements climatiques, par
Pourcentage du PIB mondial

exemple en construisant des ouvrages de


protection contre les inondations face à l’élé-
–3 vation du niveau des mers,
• atténuer l’ampleur des changements climatiques
en réduisant les émissions de GES; il s’agit
–6
d’améliorer le rendement énergétique, de cap-
ter et de stocker le CO2, d’utiliser davantage
l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables
–9
(énergie éolienne, des vagues, marémotrice,
géothermique, solaire, hydroélectrique et bio-
–12 masse pour le chauffage, l’électricité et les bio-
0 1 2 3 4 5 6
Augmentation de la température mondiale moyenne (degrés celsius)
carburants) et de réduire la déforestation.
Si un certain nombre de mesures sont en place
Sources : Hope (2006); Stern et al. (2007).
(certaines sont examinées ci-dessous), il faudra
probablement élargir leur ampleur et leur champ
d’application. Cependant, la question de savoir
dans quelle mesure une intervention des pouvoirs
publics est souhaitable a suscité un débat animé,
par suite des évaluations différentes des coûts
et des avantages relatifs de l’action et de l’inac-
tion. Par exemple, le rapport Stern se prononce
en faveur d’une action coordonnée à l’échelle
mondiale qui stabiliserait la concentration atmos-

62
APPENDICE 1.2. CHANGEMENTS CLIMATIQUES : RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET RIPOSTE DES POUVOIRS PUBLICS

phérique autour de 450–550 ppm. À cet effet,


propose le rapport, il faudrait réduire substantiel-
lement les émissions (non seulement par rapport
à la forte hausse prévue à politiques inchangées,
mais aussi en valeur absolue), en commençant
entre 2020 et 2030 (graphique 1.28). Cette re-
commandation est à rapprocher de la conclusion
de Stern selon laquelle les coûts potentiels des
changements climatiques à politiques inchangées
sont équivalents à une baisse de 5 à 14 % de la
consommation mondiale par habitant, à compter
d’aujourd’hui22, alors que les coûts d’atténuation
correspondant à une stabilisation (autour de
500–550 ppm) avoisineraient 1 % du PIB (avec
une fourchette de +/–3 %)23. Graphique 1.28. Émissions de gaz à effet de serre
Ces résultats sont fortement influencés par avec différents objectifs de concentration
(Gigatonnes d’émissions de carbone par an)
l’utilisation dans le rapport Stern d’un taux d’ac-
tualisation faible, ce qui correspond au point de
20
vue selon lequel il est moralement inapproprié À politique inchangée
d’accorder moins d’importance au bien-être
des générations futures qu’à celui de notre gé- Stabilisation
à 750 ppm
nération. Un taux d’actualisation faible accorde 15
beaucoup d’importance aux avantages de l’atté-
Stabilisation
nuation, qui se matérialisent dans une large me- à 650 ppm
sure à long terme, par rapport à ses coûts à court
10
terme, et justifie donc un effort d’atténuation Stabilisation
immédiat considérable. Un problème fondamen- à 550 ppm
tal dès lors qu’il s’agit de recueillir une large ad- Émissions antérieures
hésion aux mesures d’atténuation est l’absence 5

d’un consensus sur le taux d’actualisation à uti-


liser pour concevoir et évaluer d’autres résultats Stabilisation
à 450 ppm
(encadré 1.7).
0
1850 1900 1950 2000 2050 2100 2150 2200 2250 2300
Adaptation aux changements climatiques
Source : Edmonds et al. (2007).
L’adaptation est le processus par lequel les
effets économiques négatifs des changements
et de la variabilité climatiques sont limités par
des changements dans le comportement privé et
la politique des pouvoirs publics, qui réduisent
l’exposition aux conditions météorologiques

22Jusqu’à 20 % si l’on tient compte du coût dispropor-

tionné des changements climatiques pour les régions


plus pauvres. Cela n’est pas inclus dans les scénarios du
graphique 1.27.
23Ces évaluations des coûts augmentent nettement

(elles sont multipliées par trois) avec une atténuation plus


agressive visant à stabiliser les émissions à 450 ppm.

63
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Encadré 1.7. Le débat sur le taux d’actualisation

Le choix du taux d’actualisation est au cœur positif que pour refléter la possibilité d’une
des simulations utilisées pour déterminer le catastrophe planétaire). D’autres économistes,
moment et l’ampleur de nombreuses réponses tels que Nordhaus (2006), font valoir que cette
possibles au changement climatique. Le taux ap- position n’est pas la seule possible d’un point de
proprié pour actualiser la consommation future vue éthique, et qu’elle ne semble pas décrire de
dans des modèles de croissance types (Ramsey) façon réaliste bon nombre des décisions qui sont
est donné par prises aujourd’hui (les investissements publics
r S Hg dans l’infrastructure, par exemple). Preuve de
l’importance de cette question, le relèvement
où S (taux pur de référence temporelle) est du taux pur de préférence temporelle au niveau
le taux auquel l’utilité future est actualisée, g (qui reste modeste) de 1,5 ramène l’ordre de
le taux de croissance de la consommation par grandeur des dommages attendus de 5–20 % à
habitant, et H l’élasticité de l’utilité marginale de 1,4–6 % de la consommation mondiale.
la consommation (qui décrit le taux auquel la so- Les opinions sur le taux d’actualisation appro-
ciété valorise la consommation des générations prié diffèrent aussi à d’autres égards. Dasgupta
dont le bien-être s’accroît par rapport à celle des (2007) soutient qu’une valeur de H = 1 est trop
générations dont le bien-être diminue, et saisit faible, car elle implique qu’une réduction de
ainsi l’aversion pour l’inégalité entre les généra- 10 % de la consommation de n’importe quelle
tions). Le choix des paramètres retenus est cru- génération future cause la même perte de
cial, compte tenu du décalage très sensible qui bien-être social qu’une réduction de 10 % de
existe, dans le temps, entre les coûts à supporter la consommation courante — on pourrait en
pour limiter l’impact du changement climatique effet soutenir que la perte devrait être plus faible
(qui se font sentir rapidement) et les avantages puisque, du fait de la croissance, les générations
qu’on en retirerait (qui se concrétiseront bien futures auront un niveau de consommation plus
plus tardivement). Plus le taux d’actualisation élevé. Porter la valeur présumée de cette élasti-
est faible, plus la pondération relative attachée cité du chiffre retenu par Stern, à savoir 1, à un
aux avantages futurs est grande, et plus il y a de modeste 1,5 ramène l’ordre de grandeur des
raisons d’agir maintenant. dommages susmentionnés de 5–20 % à 3–15 %.
Stern et al. (2007) retiennent les valeurs sui- Comme le soulignent Stern et al. (2007), toute-
vantes : S , H et g = 1,013, soit un taux fois, une plus grande aversion pour l’inégalité
d’actualisation R de 1,4 %. La faible valeur de S conduirait aussi à donner une pondération plus
illustre l’opinion selon laquelle la même pondé- forte aux pertes de bien-être immédiates des
ration devrait être donnée au bien-être de toutes pays pauvres, ce qui tendrait à renforcer les argu-
les générations présentes et à venir (S n’étant ments en faveur d’une action rapide.

exceptionnelles et à la détérioration du climat Une bonne partie de l’adaptation s’opérera


à long terme. Elle comprend deux grands do- probablement par des décisions du marché, sans
maines : 1) l’adoption de mesures spécifiques qu’il soit nécessaire pour les pouvoirs publics d’in-
pour réduire les coûts des changements clima- tervenir — un exemple étant la création récente,
tiques (par exemple, planter des produits plus sur le marché du crédit, de dérivés climatiques et
résistants ou renforcer les ouvrages de défense d’obligations catastrophe. Cependant, un appui
contre les inondations) et 2) le renforcement des pouvoirs publics sera probablement nécessaire
des capacités de réaction à ces changements (par face à de graves défaillances du marché qui em-
exemple, améliorer les prévisions météorolo- pêchent une adaptation efficiente, par exemple :
giques ou mieux planifier les risques budgétaires • une information insuffisante sur la nécessité
correspondants). de s’adapter aux changements climatiques et

64
APPENDICE 1.2. CHANGEMENTS CLIMATIQUES : RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET RIPOSTE DES POUVOIRS PUBLICS

sur les possibilités d’action, ainsi que sur la va- grès technologiques élargiront probablement les
riabilité du climat; possibilités d’action. Cependant, pour les mettre
• une attention limitée aux intérêts des géné- en pratique, il faudra que des mesures soient
rations futures, d’où un investissement insuf- arrêtées par les principaux émetteurs et qu’il soit
fisant dans la réduction de l’exposition au dans leur propre intérêt de les appliquer. Il est
risque climatique; crucial que les responsables de l’élaboration des
• des imperfections du marché de crédit et un politiques (y compris les institutions internatio-
accès insuffisant au capital, qui entravent une nales) conçoivent de telles mesures, encouragent
adaptation exigeant des investissements substan- et facilitent un accord à leur sujet, et veillent à
tiels, en particulier dans les pays les plus pauvres; leur application. Le problème du «resquilleur»
• des problèmes d’aléa moral qui peuvent se impliqué par les externalités en jeu est un pro-
présenter lorsque des ménages, entreprises ou blème fondamental qu’il conviendra de sur-
pouvoirs publics vulnérables sont (ou pensent monter : les effets nocifs des émissions de GES
qu’ils sont) protégés contre les risques clima- sont ressentis par l’ensemble de la communauté
tiques. Par exemple, un particulier s’attend mondiale, alors que les coûts de l’atténuation
peut-être à être indemnisé de pertes au titre sont supportés pleinement par l’émetteur — si
d’une assurance ou d’un plan d’intervention bien que chaque pays préférera peut-être que
de l’État, et les pouvoirs publics anticipent l’atténuation se fasse par les autres plutôt que
peut-être une aide extérieure en cas de catas- par lui-même24.
trophe naturelle. Les principales possibilités d’action pour atté-
Une adaptation efficiente passera aussi par nuer les émissions de GES sont les suivantes :
une coordination internationale en présence de • Des taxes sur les émissions de GES, la
problèmes touchant plusieurs pays, par exemple meilleure option étant une taxe sur le carbone
pour gérer les grands réseaux fluviaux, tels que appliquée uniformément à toutes les sources
le Gange ou le Nil, en réaction à de nouvelles d’émission et à tous les pays. Certaines taxes
formes de stress hydrique. De la même manière, existantes — notamment les accises sur les
les pouvoirs publics devront peut-être coopérer carburants — pèsent sur les émissions, mais
au niveau mondial ou régional pour surmonter la méthode est généralement loin d’être
les obstacles à l’adaptation, par exemple pour systématique.
améliorer les prévisions climatiques régio- • Des systèmes de plafond et d’échange, qui
nales ou fournir de l’aide aux populations qui fixent une quantité totale d’émissions tout
émigrent en cas de catastrophe. Cependant, en autorisant les échanges de droits d’émis-
l’élaboration de l’action dans ce domaine est sion (tels que le système d’échange de droits
entravée par une pénurie de solides données d’émission de l’Union européenne, qui est
quantitatives sur l’ampleur probable des coûts examiné ci-dessous).
et avantages de l’adaptation. Une estimation des • Des systèmes mixtes, qui combinent des taxes
coûts de l’adaptation pour protéger les pays en et des éléments des systèmes de plafond et
développement des risques liés aux changements d’échange.
climatiques se situe entre 3 et 37 milliards de • Des normes d’efficacité énergétique pour
dollars chaque année — soit une très large four- les véhicules, les bâtiments et les processus
chette (le chiffre le plus élevé représentant envi- industriels, telles que les normes américaines
ron un tiers du total de l’aide publique au déve-
loppement et du financement concessionnel). 24Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas d’incitation na-

tionale à l’atténuation : il pourrait y avoir des avantages


Atténuation des émissions de gaz à effet de serre au niveau local ou national si la pollution de l’air local
ou l’insécurité énergétique était réduite. Cependant, un
Il existe plusieurs moyens plausibles d’atté- écart risque de subsister entre les intérêts nationaux et
nuer notablement les émissions, et les futurs pro- collectifs.

65
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

Corporate Average Fuel Economy ou le programme Cependant, si les hypothèses sont plus réa-
japonais Top Runner. listes, les deux instruments diffèrent considéra-
• Des subventions pour mettre au point et dif- blement. Un facteur essentiel est l’incertitude
fuser de nouvelles et/ou de meilleures tech- entourant les coûts de la réduction des émissions
niques en matière d’efficacité énergétique, de GES (voir l’encadré 1.8, qui s’inspire de
de stockage de l’énergie, d’énergies renouve- Weitzman, 1974). Dans le cas où le coût marginal
lables, d’énergie nucléaire et de séquestration de la réduction des émissions n’augmente que
du carbone (telles que les dépenses de l’UE au lentement avec le niveau de la réduction, tan-
titre du budget du Programme-cadre). dis que l’avantage marginal de cette réduction
• Des programmes de gouvernance et d’inci- diminue rapidement, un système de plafond et
tation visant à réduire la déforestation et les d’échange est généralement préférable à un sys-
émissions agricoles (tels que les paiements tème de taxes. Intuitivement, une courbe plate
aux propriétaires de forêts au Costa Rica et des coûts marginaux signifie que des surprises
au Mexique). dans le niveau des coûts marginaux auront un
Les cinq premières options ci-dessus visent effet marqué sur le niveau effectif d’atténuation
à réduire les émissions de carbone liées aux dans le cas d’un système de taxes (contre aucun
combustibles fossiles, qui représentent environ effet, bien entendu, dans le cas d’un système
60 % — un pourcentage en hausse — du total de plafond et d’échange) qui, en raison de la
des émissions de GES. La dernière option est à courbe à forte pente des avantages marginaux, a
prendre en considération principalement dans un effet prononcé sur l’avantage social effectif.
les pays en développement, où un large potentiel De la même manière, un système de taxes sera
de réduction de la déforestation à faible coût a généralement préférable lorsque la pente de
été identifié (voir par exemple Chomitz (2007) la courbe des coûts marginaux est relativement
et Grieg-Gran (2006)). forte et que la fonction de dégradation est relati-
L’action doit être conçue de manière à ce que vement plate.
l’atténuation soit efficiente, avec une répartition Pour voir les implications de ce qui précède
jugée équitable des coûts et des avantages. En dans le contexte des changements climatiques, il
général, cela passe par des mesures qui égalisent convient de se rappeler que les effets nocifs du
les coûts marginaux de l’atténuation parmi les réchauffement planétaire viennent non pas du
secteurs et les pays, avec des mécanismes de flux mais du stock cumulé des émissions. Cela si-
compensation appropriés pour corriger les effets gnifie que la fonction de détérioration attendue
néfastes sur la distribution des revenus. est relativement plate, parce que les émissions
Un choix fondamental, qui sera probable- sur un intervalle relativement bref ajoutent rela-
ment au centre des débats sur les politiques tivement peu aux stocks accumulés de GES. Cela
climatiques au-delà de la période du protocole pourrait amener à préférer un instrument fiscal
de Kyoto (2008–12), est à opérer entre les taxes établi sur des périodes relativement courtes, mais
sur le carbone et les systèmes de plafond et ajusté au fil du temps grâce à un suivi des émis-
d’échange. Dans des conditions idéales — possi- sions (et fondé sur de meilleures informations,
bilité d’échanger et d’adjuger les droits d’émis- il faut l’espérer, grâce à une meilleure com-
sion, concurrence parfaite et certitude totale préhension de l’effet d’autres concentrations
quant aux coûts de l’atténuation —, un système atmosphériques).
de taxes uniformes sur les émissions de GES Des considérations d’économie politique pour-
équivaut à un système commun de plafond et raient aussi influencer le choix entre les deux
d’échange, c’est-à-dire que ces taxes pourraient systèmes. Les partisans des systèmes de plafond
conduire au même niveau d’atténuation, pour le et d’échange sont d’avis qu’il est difficile de coor-
même coût total (réduit au minimum), et mobi- donner les politiques fiscales entre les pays et les
liser le même montant des recettes. juridictions. Par ailleurs, il est possible d’allouer les

66
APPENDICE 1.2. CHANGEMENTS CLIMATIQUES : RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET RIPOSTE DES POUVOIRS PUBLICS

Encadré 1.8. Prix ou quantités dans un contexte d’incertitude (Weitzman, 1974)

Le niveau de réduction des émissions est opti-


mal lorsque la valeur sociale marginale de la réduc- Prix ou quantités en contexte d’incertitude
tion (MBA) est égale à son coût marginal (MCA),
c’est-à-dire au niveau de réduction des émissions A Perte due à la taxation
dans chaque panneau du graphique. Si la courbe Perte due aux permis d’émissions
MCA correspondait exactement à la ligne continue
présentée ici, cet optimum pourrait être atteint
soit en imposant une réduction des émissions de Les permis d’émissions sont préférables aux taxes
A, soit en taxant les émissions au niveau T (ce der- MCA'
D Coût marginal de
nier étant tel que, lorsque le coût que l’opérateur

Coût/avantage marginal de la réduction


la réduction (MCA)
privé supportera s’il choisit de réduire légèrement
F MCA''
ses émissions est égal à la taxe qu’il paiera s’il ne le
C
fait pas, il réduit les émissions exactement de A).
E
Les deux instruments seraient alors exactement T
B
équivalents. Mais supposons maintenant — après
l’adoption de l’instrument et avant qu’il puisse
être modifié — que les coûts de réduction des
émissions se révèlent plus élevés, et atteignent
MCA¾ Dans ce cas, le résultat idéal serait le ni-
veau de réduction des émissions correspondant
au point C. Si la taxe est fixée à T, cependant, la Avantage marginal de
réduction d’émissions se situera effectivement à la réduction (MBA)
B, donc à gauche de C — autrement dit, elle sera A
Réductions
trop faible. Si l’on compare les avantages et coûts
marginaux associés à cette politique erronée, on
observe une perte de bien-être ex post — par rap- Les taxes sont préférables aux permis d’émissions
port à la situation idéale au point C — donnée par MCA' MCA
le triangle BDC. La restriction quantitative (permis MCA''
Coût/avantage marginal de la réduction

d’émissions) différera aussi de l’optimum ex post F


s’il apparaît que les coûts marginaux sont égaux à
MCA¾: dans ce cas, si la quantité est fixée au niveau D C
A, la réduction sera excessive et provoquera une B E
T
perte de bien-être donnée par le triangle CEF. In-
versement, si les coûts de réduction marginaux se
révèlent plus faibles que prévu, à MCA¾¾, il y aura à
la fois une perte de bien-être associée à une réduc- MBA
tion excessive dans le cadre de la taxation, et une
autre perte associée à une réduction insuffisante
dans le système des permis d’émissions.
Si l’on compare les panneaux supérieur et in-
férieur, la perte due à la taxation sera supérieure A
Réductions
ou inférieure à celle entraînée par le système des
permis d’émissions en fonction des pentes res-
pectives des courbes MBA et MCA. La taxation est de MBA est relativement faible et celle de MCA
préférable dans le panneau inférieur, où la pente relativement prononcée.

plafonds de manière à réduire les conséquences réduisant ainsi les risques d’abandon de celui-ci
de l’atténuation pour la répartition des revenus à l’avenir. Il pourrait être aussi plus facile d’expli-
et à renforcer l’intérêt de maintenir le système, quer une politique qui repose explicitement sur

67
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

des orientations scientifiques quant au niveau ap- d’émission ont fait face à une forte résistance de
proprié d’émission qu’un simple système de taxes. puissants groupes industriels au sein de l’Union
D’autres estiment qu’un système de taxes offre européenne, alors que les systèmes de plafond et
des signaux plus clairs et plus stables de la valeur d’échange prévoyant seulement des adjudications
future de réduction des émissions ou pourrait limitées ont rencontré bien moins de résistance.
être un outil plus utile pour les pays importateurs Les normes d’efficacité énergétique sont géné-
qui font face à une offre monopolistique25, alors ralement inférieures à des systèmes bien conçus
que certains systèmes d’échange pourraient être de taxes et de plafond et d’échange, parce qu’elles
exposés à une volatilité substantielle des prix (les ne s’attaquent pas au problème des prix trop bas
prix étant plus sensibles aux chocs sur la demande des émissions, ne peuvent pas tenir compte de la
lorsque l’offre totale est fixe). variation des coûts de l’atténuation au niveau des
Des systèmes mixtes, qui combinent des taxes entreprises et conduisent à renoncer à des recettes
et des éléments des systèmes de plafond et potentielles. Cependant, de telles normes peuvent
d’échange, ont été proposés pour éviter certains être utiles lorsque les individus évaluent à court
inconvénients de ces deux systèmes. Il s’agit par terme le rendement de leurs investissements. En
exemple de vendre des permis supplémentaires outre, leur utilisation est peut-être appropriée dans
à un prix fixe afin d’éliminer les hausses bru- des marchés où l’évaluation d’autres options est
tales des prix. Cependant, ces systèmes ont des limitée par leur complexité substantielle ou par le
limites : par exemple, ils augmentent la difficulté niveau élevé des coûts de transaction par rapport
d’établir des mécanismes qui relient les systèmes aux avantages potentiels, par exemple sur les mar-
d’échange26. chés des biens de consommation électroniques27.
Dans la pratique, un élément controversé des L’établissement de prix réalistes pour le car-
systèmes de plafond et d’échange est une ten- bone, à l’aide de systèmes de taxes ou de systèmes
dance des droits d’émission à être distribués en de plafond et d’échange, peut largement contri-
partie ou en totalité sans frais pour les émetteurs, buer à fournir des incitations appropriées en vue
plutôt que d’être adjugés au plus offrant. Cela du développement d’autres sources d’énergie.
rend la mise en place du système plus acceptable Des subventions publiques au développement
pour les émetteurs actuels, mais compromet une de nouvelles techniques en matière d’efficacité
source potentielle de recettes publiques. Dans énergétique, de stockage de l’énergie, d’énergies
le système d’échange de droits d’émission de renouvelables, d’énergie nucléaire et de séques-
l’Union européenne (encadré 1.9), au moins tration du carbone sont peut-être néanmoins un
95 % des droits d’émission sont aujourd’hui dis- supplément utile aux systèmes de taxes sur les
tribués aux entreprises, sur la base de leurs émis- émissions et de plafond et d’échange si leur déve-
sions antérieures. Les taxes sur les émissions de loppement et leur production conduisent à des
GES et les propositions d’adjudication des droits externalités positives notables. Les concepteurs
privés de nouvelles techniques ne profiteront
peut-être pas pleinement du rendement social du
25Par exemple, Strand (à paraître) montre qu’une taxe
développement de nouvelles techniques (peut-
a des avantages pour les importateurs en ce sens qu’elle
donne un avantage stratégique lorsque l’offre de com-
être parce que celles-ci peuvent être facilement
bustibles fossiles est monopolistique, car les exportateurs copiées), d’où une insuffisance de l’investissement
choisissent alors généralement une politique de prix faute de subventions. Cependant, des subventions
et/ou d’offre moins agressive dans le cas de taxes. En
d’autres termes, dans ces conditions, une taxe constitue
un moyen plus efficace pour les importateurs d’extraire
une rente des exportateurs. 27Aux États-Unis, environ 2 dollars par ménage ont été
26Par exemple, McKibbin et Wilcoxen (2002) proposent consacrés depuis 1978 aux normes fédérales d’efficacité
un système où le prix du carbone à court terme est déter- énergétique des appareils électriques : il est estimé que
miné par un système de plafond et d’échange avec un prix ces dépenses ont conduit à des économies de 1.270 dollars
plancher, mais sans aucun échange entre les pays. par ménage en valeur actuelle (Meyers et al., 2002).

68
APPENDICE 1.2. CHANGEMENTS CLIMATIQUES : RÉPERCUSSIONS ÉCONOMIQUES ET RIPOSTE DES POUVOIRS PUBLICS

Encadré 1.9. Les échanges de permis d’émissions dans l’Union européenne

Le système d’échange de permis d’émissions (2008–12) devrait créer une certaine pénurie (li-
lancé par l’Union européenne (UE) en 2005 mitée, cependant) sur le marché en entraînant
(EU–ETS) est au cœur des efforts déployés par une réduction des émissions de l’ordre de 2,4 %
l’UE pour atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés en 2010, par rapport au scénario à politiques in-
en matière d’émissions de gaz à effet de serre changées (Capoor and Ambrosi, 2007).
dans le cadre du Protocole de Kyoto. L’objectif Deuxièmement, suite à la cession à titre
est de plafonner les émissions globales de dioxyde gratuit de permis d’émissions aux installations
de carbone des centrales électriques et des princi- participantes, le marché anticipe qu’à l’avenir,
paux émetteurs industriels représentant environ ce type d’allocation reposera sur les émissions
40 % des émissions de carbone de l’UE. Les per- actuelles, ce qui limite l’incitation à réduire ces
mis d’émissions pour les phases I et II (2005–07 émissions. La rigidité des règles d’entrée et de
et 2008–12) sont alloués aux différentes installa- sortie (les unités qui sortent du système perdent
tions, lesquelles sont libres de les échanger avec le bénéfice des cessions à titre gratuit, et les
d’autres participants dont les permis sont infé- nouveaux entrants bénéficient le plus souvent
rieurs ou supérieurs à ce dont ils ont besoin pour de cessions de permis à titre totalement gratuit)
couvrir leurs niveaux d’émission effectifs. amplifie ces problèmes.
Le système est censé favoriser une réduction Le système EU–ETS est un exemple novateur
donnée des émissions globales dans des condi- de réponse internationale coordonnée au chan-
tions d’efficience économique en permettant gement climatique. Sa conception et son fonc-
aux entreprises participantes de réduire leurs tionnement s’améliorent grâce, en particulier,
émissions aux coûts marginaux les plus bas. Des à une meilleure harmonisation des cessions de
défauts de conception ont cependant réduit l’ef- permis d’émissions, de leur suivi et des méthodes
ficacité du système. utilisées pour en assurer le respect. Cependant,
Premièrement, l’allocation totale a finalement des efforts supplémentaires s’imposent pour amé-
excédé les émissions effectives dans la période liorer son efficacité économique, notamment en
initiale (2005–07) sous l’effet, entre autres, de ce qui concerne les règles d’allocation de ces per-
difficultés d’information et d’une baisse de la mis (allocation totale, à chacun des participants
demande d’énergie consécutive à l’envolée des et entre ces derniers). La fixation de plafonds lo-
prix des produits pétroliers. Le processus engagé caux plutôt que nationaux est aussi à l’étude dans
pour déterminer les plafonds pour la phase II le cadre de l’harmonisation du système.

à grande échelle de ce type présentent aussi des limiteront les futures émissions de GES. C’est
inconvénients substantiels : elles réduisent le coût difficile pour les raisons suivantes :
de la production et accroissent donc peut-être la • Les externalités négatives liées aux émissions
production de pollution; en outre, les incitations de GES sont mondiales, si bien que l’intérêt
fiscales entraînent non seulement une perte personnel des pays ne les encourage peut-être
directe de recettes, mais peuvent aussi créer des pas à atténuer les émissions autant que l’exige
possibilités d’évasion fiscale; enfin, il est difficile leur intérêt collectif.
de déterminer le niveau correct des subventions. • Bien que la réduction des émissions doive
Étant donné les recettes en jeu, il deviendra pro- commencer bientôt pour avoir un effet no-
bablement de plus en plus important de surveiller table à l’avenir, la majeure partie des avantages
le coût et l’efficacité de ces subventions. se matérialisera dans un avenir relativement
lointain. Il se peut donc que les électeurs et
Problèmes de coordination et d’exécution les pouvoirs publics accordent trop peu d’im-
Il est essentiel que les principaux pays émet- portance aux avantages futurs de la réduction
teurs s’accordent sur l’exécution de mesures qui actuelle des émissions.

69
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

• L’incertitude considérable qui subsiste, no-


tamment pour ce qui est d’événements très
nuisibles mais peu probables, appelle à la
prudence — mais implique peut-être aussi
qu’il est utile, dans une certaine mesure, de
limiter les actions coûteuses aujourd’hui (en
reconnaissant qu’elles détournent peut-être
des ressources d’autres usages qui présentent
un avantage immédiat manifeste) tout en s’in-
formant davantage sur le problème et ses solu-
tions possibles.
• Les futurs dégâts causés par les changements cli-
matiques tiennent aux émissions du passé, dont
Graphique 1.29. Émissions de gaz à effet de serre, près de 80 % ont leur source dans les pays avan-
objectifs de Kyoto et émissions prévues
cés (graphique 1.24). Il semble donc que ceux-
(Millions de tonnes de dioxyde de carbone)
ci sont davantage responsables du problème.
Cependant, d’autre part, plus de la moitié des
8000
émissions actuelles et une bien plus grande par-
tie des émissions futures devraient provenir de
Émissions en 2004 pays moins avancés (graphique 1.25).
Objectif annuel de Kyoto, 2008–12
6000 • Les effets des changements climatiques sont
Prévision, 2012
répartis de manière inégale parmi les pays.
Un grand nombre de pays tropicaux (dont
la plupart sont pauvres) souffriront considé-
4000
rablement du réchauffement planétaire. Par
contre, certains pays qui sont aujourd’hui
froids (parmi lesquels le Canada, la Russie et
2000 le nord de l’Europe) peuvent s’attendre à peu
pâtir, ou même à profiter, d’un changement
climatique modéré.
• Les pays craignent naturellement de désavan-
0
tager leurs producteurs sur les marchés mon-
ne

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diaux en relevant les prix de l’énergie à moins


Ca
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que leurs concurrents ne fassent de même.


Ro

Les premières initiatives de coopération in-


Sources : Capoor and Ambrosi (2007); Agence internationale de l’énergie (2006). ternationale — principalement le protocole
de Kyoto — n’ont eu qu’un succès limité. Le
graphique 1.29 présente les émissions des prin-
cipaux pays industrialisés qui sont soumis aux
limitations des émissions au titre du protocole de
Kyoto, en 2004 et comme prévu pour 2012 (lors-
que le protocole arrive à expiration), ainsi que
les objectifs fixés par le protocole. Une réduction
des émissions est prévue pour les États-Unis, qui
sont inclus aussi ici, mais comme ceux-ci n’ont
pas ratifié le protocole, il n’y a pas d’engagement
de leur part. Plusieurs pays qui ont ratifié le

70
BIBLIOGRAPHIE

protocole sont loin aujourd’hui de tenir leurs en- l’échelle internationale et encourage l’innovation
gagements. La pénalité — à savoir des objectifs tout au long de la chaîne logistique.
plus stricts dans un accord futur — est faible et
manque peut-être de crédibilité28.
Il est essentiel de s’accorder rapidement sur Conclusions
l’extension et le développement de mécanismes Les changements climatiques résultant des
pour l’après-Kyoto, entre autres à cause des longs augmentations d’origine humaine des concen-
délais de mise en œuvre pour de nombreux in- trations atmosphériques des GES présentent un
vestissements dans l’énergie et, partant, de la né- sérieux problème pour le bien-être humain. La
cessité de réduire l’incertitude entourant les prix compréhension du problème et des possibilités
probables du carbone à l’avenir. Il sera important d’action de la part des pouvoirs publics s’est dé-
aussi d’élargir le champ d’application d’un nou- veloppée rapidement ces dernières années, mais
veau mécanisme aux principaux émetteurs parmi il reste beaucoup à apprendre, notamment en ce
les pays émergents et les pays à faible revenu. qui concerne la nature, l’ampleur et la probabi-
Certains efforts déployés actuellement par des lité des effets macroéconomiques et budgétaires
parties non engagées par le protocole de Kyoto, des changements climatiques et des différentes
notamment l’Australie et les États-Unis, pour ripostes à ceux-ci.
limiter les émissions ont soutenu le développe- Pour faire face efficacement aux changements
ment et la diffusion de nouvelles technologies climatiques, une coopération internationale
visant à promouvoir l’efficacité énergétique. En est nécessaire pour gérer les risques et les coûts
outre, quelques pays non-Annexe I ont cherché économiques liés aux réductions nécessaires des
à réformer leur tarification de l’énergie et à émissions de GES et au développement de la
réduire la déforestation afin de renforcer la sécu- capacité d’adaptation. Il conviendra d’élargir et
rité énergétique et de réduire la pollution atmos- d’approfondir sensiblement, ainsi que de rendre
phérique à l’échelon local. Dans chaque cas, la bien plus efficients, les mécanismes existants de
limitation de la croissance des émissions de GES coopération, tout en tenant dûment compte de
a eu des effets positifs importants. la nécessité d’un partage équitable de la charge,
Une série de cadres d’action et de processus afin de relever ce défi.
internationaux plus larges est en cours de déve-
loppement, ce qui devrait aider à réduire les émis-
sions de GES. Il s’agit d’initiatives de promotion Bibliographie
de la coopération technologique, par exemple Agence internationale de l’énergie (AIE), 2006, “CO2
le partenariat Asie–Pacifique, ainsi qu’un projet Emissions from Fossil Fuel Combustion On-Line Da-
conjoint entre l’Union européenne et la Chine tabase,” Version 2005–06 (Paris: OECD/IEA).
visant à mettre en place un projet pilote de stoc- ———, 2007, International Energy Outlook (Paris:
kage du carbone, peut-être un prélude important OECD/IEA).
à une diffusion à plus grande échelle de cette Amihud, Yakov, 2002, “Illiquidity and Stock Returns:
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ton: World Resources Institute).
Bayoumi, Tamim, and Andrew Swiston, 2007, “Fo-
28Si un pays ne réduit pas ses émissions comme il en
reign Entanglements: Estimating the Source and
a pris l’engagement au titre du protocole de Kyoto, son
quota sera réduit de 130 % du «déficit» actuel lors de
Size of Spillovers Across Industrial Countries,” IMF
futures périodes d’application d’un accord (non encore Working Paper 07/182 (Washington: International
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71
CHAPITRE 1 PERSPECTIVES ET ENJEUX MONDIAUX

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73
2
C HAPITRE
HAPTER

PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Sur fond des perspectives mondiales décrites au chapitre 1, Graphique 2.1. États-Unis : indicateurs de l’investissement
le présent chapitre analyse les perspectives et les enjeux (Variations en pourcentage, sauf indication contraire)
dans les principaux pays avancés et les principaux La faiblesse des dépenses d’investissement, en particulier dans le secteur résidentiel,
groupes régionaux de pays émergents et de pays en est au centre du ralentissement de l’économie américaine. Sur fond des récentes
turbulences financières, les perspectives d’investissement restent très incertaines.
développement. De manière générale, il s’agit dans l’im-
médiat de préserver une forte croissance non inflation- 12 PIB réel et composantes 6 Investisssement 1 30

niste face aux récents remous sur les marchés financiers Matériel et
9 logiciels Construction non
Consommation 4 résidentielle 20
internationaux. Il faut aussi poursuivre les réformes (échelle de dr.)
6 (échelle de dr.)
nécessaires pour pérenniser une croissance vigoureuse. 2 10
3
PIB réel
0 0
États-Unis et Canada : les incertitudes 0
Contribution
entourant les perspectives américaines –3 Investisssement -2 des stocks2 –10
(échelle de g.) Résidentiel
ont augmenté (échelle de dr.)
–6 -4 –20
Après un premier trimestre 2007 maussade, 2003 04 05 06 07 : 2003 04 05 06 07 :
T2 T2
l’économie américaine a rebondi vivement au
1,6 Ventes et stocks de 8 Investissement résidentiel 30
deuxième trimestre, la croissance atteignant nouvelles maisons3 et mises en chantier 4
3,8 % en taux annualisé. Les exportations nettes 1,4 Stocks 20
7
(échelle de dr.)
et l’investissement des entreprises ont accéléré 10
1,2
sensiblement la croissance, bien que l’expansion Ventes 6 0
de la consommation privée ait ralenti nettement 1,0 (échelle de g.)
5 Investissement –10
du fait de la hausse des prix de l’essence, et l’in-
0,8 résidentiel
vestissement résidentiel a continué d’amputer Mises –20
4 en chantier
sensiblement la croissance (graphique 2.1). Ce- 0,6 –30
pendant, les données récentes ont fait apparaître 0,4 3 –40
1995 98 2001 04 Juil. 1995 98 2001 04 Août
un affaiblissement de l’économie américaine, en 07 07
partie à cause des effets des remous récents sur les
40 Indicateurs de conjoncture 70 Ratios stocks/ventes 1,8
marchés financiers. Si les dépenses de consomma- Indice ISM
30 (échelle de dr.) 65
tion des ménages, l’emploi et la construction non Détail
1,6
résidentielle sont solides, les indicateurs du mar- 20 60

ché du logement sont très faibles, et la confiance 10 55


des consommateurs, les indicateurs des enquêtes Industrie 1,4
0 50 manufacturière
de conjoncture ISM et les commandes de biens
–10 Investissement 45
durables ont tous baissé récemment. matériel et Gros 1,2

Dans ces conditions, la projection pour la crois- –20 logiciels 40


(échelle de g.)
sance américaine est inchangée pour 2007, à 1,9 %, –30 35 1,0
1995 98 2001 04 Août 1995 98 2001 04 Juil.
mais a été abaissée de 0,9 point (par rapport à la 07 07
mise à jour des Perspectives de juillet) pour 2008, à Sources : Bloomberg Financial Markets, LP; Haver Analytics; calculs des services du FMI.
1,9 % (tableau 2.1). Les difficultés actuelles sur le 1IVariation en pourcentage sur un an.
2Contribution de la variation des stocks privés réels à la croissance du PIB.
marché hypothécaire devraient prolonger le recul 3Moyennes mobiles sur trois mois de millions d’unités de ventes et de mois de stocks.
4Moyennes mobiles sur trois mois de la variation en pourcentage sur un an.
de l’investissement résidentiel, alors que la baisse
des prix du logement encouragera probablement

75
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Tableau 2.1. Pays avancés : PIB réel, prix à la consommation et chômage


(Variations annuelles en pourcentage; chômage en pourcentage de la population active)
PIB réel Prix à la consommation Taux de chômage
2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008
Pays avancés 2,5 2,9 2,5 2,2 2,3 2,3 2,1 2,0 6,0 5,6 5,3 5,5
États-Unis 3,1 2,9 1,9 1,9 3,4 3,2 2,7 2,3 5,1 4,6 4,7 5,7
Zone euro1 1,5 2,8 2,5 2,1 2,2 2,2 2,0 2,0 8,6 7,8 6,9 6,8
Allemagne 0,8 2,9 2,4 2,0 1,9 1,8 2,1 1,8 9,1 8,1 6,5 6,3
France 1,7 2,0 1,9 2,0 1,9 1,9 1,6 1,8 9,7 9,5 8,6 8,0
Italie 0,1 1,9 1,7 1,3 2,2 2,2 1,9 1,9 7,7 6,8 6,5 6,5
Espagne 3,6 3,9 3,7 2,7 3,4 3,6 2,5 2,8 9,2 8,5 8,1 8,2
Pays-Bas 1,5 3,0 2,6 2,5 1,5 1,7 2,0 2,2 4,7 3,9 3,2 3,1
Belgique 1,4 3,0 2,6 1,9 2,5 2,3 1,8 1,8 8,4 8,2 7,6 7,6
Autriche 2,0 3,3 3,3 2,5 2,1 1,7 1,9 1,9 5,2 4,8 4,3 4,2
Finlande 2,9 5,0 4,3 3,0 0,8 1,3 1,5 1,8 8,4 7,7 6,7 6,5
Grèce 3,7 4,3 3,9 3,6 3,5 3,3 3,0 3,2 9,9 8,9 8,5 8,5
Portugal 0,5 1,3 1,8 1,8 2,1 3,0 2,5 2,4 7,6 7,7 7,4 7,1
Irlande 5,9 5,7 4,6 3,0 2,2 2,7 2,5 2,1 4,4 4,4 4,7 5,5
Luxembourg 4,0 6,2 5,4 4,2 2,5 2,7 2,2 2,2 4,2 4,4 4,4 4,6
Slovénie 4,1 5,7 5,4 3,8 2,5 2,5 3,2 3,1 6,5 6,0 6,0 6,0
Japon 1,9 2,2 2,0 1,7 –0,3 0,3 — 0,5 4,4 4,1 4,0 4,0
Royaume-Uni1 1,8 2,8 3,1 2,3 2,0 2,3 2,4 2,0 4,8 5,4 5,4 5,4
Canada 3,1 2,8 2,5 2,3 2,2 2,0 2,2 1,9 6,8 6,3 6,1 6,2
Corée 4,2 5,0 4,8 4,6 2,8 2,2 2,6 2,7 3,7 3,5 3,3 3,1
Australie 2,8 2,7 4,4 3,8 2,7 3,5 2,3 2,8 5,1 4,8 4,4 4,3
Taiwan, province chinoise de 4,1 4,7 4,1 3,8 2,3 0,6 1,2 1,5 4,1 3,9 3,9 4,0
Suède 2,9 4,2 3,6 2,8 0,8 1,5 1,9 2,0 5,8 4,8 5,5 5,0
Suisse 2,4 3,2 2,4 1,6 1,2 1,0 1,0 1,0 3,4 3,3 2,4 2,7
Hong Kong (RAS) 7,5 6,9 5,7 4,7 0,9 2,0 2,0 3,2 5,7 4,8 4,2 4,0
Danemark 3,1 3,5 1,9 1,5 1,8 1,9 1,9 2,0 5,7 4,5 3,6 3,9
Norvège 2,7 2,8 3,5 3,8 1,6 2,3 0,8 2,5 4,6 3,4 2,8 2,9
Israël 5,3 5,2 5,1 3,8 1,3 2,1 0,5 2,5 9,0 8,4 7,5 7,2
Singapour 6,6 7,9 7,5 5,8 0,5 1,0 1,7 1,7 3,1 2,7 2,6 2,6
Nouvelle-Zélande2 2,7 1,6 2,8 2,3 3,0 3,4 2,4 2,7 3,7 3,8 3,8 4,3
Chypre 3,9 3,8 3,8 3,7 2,6 2,5 2,0 2,4 5,3 4,5 4,0 4,0
Islande 7,2 2,6 2,1 –0,1 4,0 6,8 4,8 3,3 2,1 1,3 2,0 3,2
Pour mémoire
Principaux pays avancés 2,3 2,6 2,1 1,9 2,3 2,3 2,1 1,9 6,0 5,6 5,3 5,7
Nouvelles économies
industrielles d’Asie 4,7 5,3 4,9 4,4 2,3 1,6 2,0 2,3 4,0 3,7 3,5 3,4
1Sur la base de l’indice harmonisé des prix à la consommation d’Eurostat.
2Les prix à la consommation excluent les taux d’intérêt.

les ménages à accroître leur épargne et pèsera déterminer au stade actuel dans quelle mesure
donc sans doute sur les dépenses de consomma- le coût et l’offre de crédit dans l’ensemble de
tion. Cependant, les exportations devraient aug- l’économie seront touchés. La réintermédiation
menter vivement, grâce à la baisse persistante du du crédit dans les bilans des banques à mesure
dollar et à la croissance vigoureuse dans les pays qu’elles absorbent des entités hors bilan qui ont
partenaires, et la bonne santé des bilans des entre- des problèmes financiers pourrait réduire les
prises devrait soutenir leur investissement. nouveaux prêts, alors que les problèmes rencon-
Cependant, ces perspectives risquent d’être trés par les établissements spécialisés de crédit
révisées à la baisse. Si le récent nouvel affai- hypothécaire réduiront l’offre de financement
blissement du dollar pourrait conduire à une du logement. Les marges sur les marchés à haut
croissance des exportations plus vigoureuse que rendement resteront probablement élevées, ce
prévu dans le scénario de référence, trois risques qui affectera les perspectives d’investissement.
sont particulièrement apparents. Un recul notable des prêts octroyés par les ins-
• Premièrement, si les remous sur les marchés fi- titutions financières aurait manifestement des
nanciers semblent s’être calmés, il est malaisé de effets négatifs sur les perspectives de croissance.

76
ÉTATS-UNIS ET CANADA : LES INCERTITUDES ENTOURANT LES PERSPECTIVES AMÉRICAINES ONT AUGMENTÉ

• Deuxièmement, le marché du logement repré- Tableau 2.2. Pays avancés :


sente un risque considérable de dégradation. soldes des transactions courantes
Les stocks de maisons invendues sont élevés, (En pourcentage du PIB)
les impayés sont en hausse, les conditions 2005 2006 2007 2008
d’accès au crédit ont été durcies sur le marché Pays avancés –1,3 –1,4 –1,3 –1,4
États-Unis –6,1 –6,2 –5,7 –5,5
des prêts hypothécaires à risque, et le coût de Zone euro1 0,3 — –0,2 –0,4
certains autres types de prêts hypothécaires de Allemagne 4,6 5,0 5,4 5,1
France –1,1 –1,2 –1,6 –1,8
qualité supérieure est en hausse : un ralentis- Italie –1,5 –2,4 –2,3 –2,2
sement du secteur du logement plus profond Espagne –7,4 –8,6 –9,8 –10,2
Pays-Bas 7,7 8,6 7,4 6,7
et plus prolongé que prévu dans le scénario de Belgique 2,6 2,0 2,5 2,5
référence constitue un risque. Non seulement Autriche 2,1 3,2 3,7 3,7
cela prolongerait le recul de l’investissement Finlande 4,9 5,2 5,0 5,0
Grèce –6,4 –9,6 –9,7 –9,6
résidentiel, mais des baisses plus marquées des Portugal –9,7 –9,4 –9,2 –9,2
prix du logement pèseraient davantage sur les Irlande –3,5 –4,2 –4,4 –3,3
Luxembourg 11,1 10,6 10,5 10,3
finances et la consommation des ménages, sur- Slovénie –1,9 –2,5 –3,4 –3,1
tout si le marché du travail continuait de s’af- Japon 3,6 3,9 4,5 4,3
Royaume-Uni –2,5 –3,2 –3,5 –3,6
faiblir (voir encadré 2.1 pour un examen des Canada 2,0 1,6 1,8 1,2
effets des prix du logement sur la croissance).
Corée 1,9 0,7 0,1 –0,4
• Troisièmement, au stade actuel, on ne sait pas Australie –5,8 –5,5 –5,7 –5,6
très bien dans quelle mesure le net ralentisse- Taiwan, province chinoise de 4,5 6,8 6,8 7,1
Suède 7,0 7,2 6,0 5,7
ment récent de la croissance de la productivité Suisse 13,5 15,1 15,8 15,0
s’explique par des facteurs structurels plutôt que Hong Kong (RAS) 11,4 10,8 11,2 9,5
Danemark 3,8 2,4 1,3 1,3
conjoncturels. Jugeant que ce ralentissement Norvège 15,5 16,4 14,6 15,1
est en partie structurel, les services du FMI ont Israël 3,3 5,6 3,7 3,2
Singapour 24,5 27,5 27,0 25,4
révisé à la baisse, à 2¾ %, leurs estimations de la Nouvelle-Zélande –8,6 –8,7 –8,5 –8,6
croissance potentielle à moyen terme. Toutefois, Chypre –5,6 –5,9 –5,5 –5,6
Islande –16,1 –27,3 –11,6 –6,0
si la croissance de la productivité était plus faible
Pour mémoire
que prévu aujourd’hui, cela se répercuterait sur Principaux pays avancés –2,0 –2,2 –1,9 –1,9
les anticipations de revenus, et réduirait donc la Zone euro2 — –0,2 –0,1 –0,3
consommation et l’investissement. Nouvelles économies
industrielles d’Asie 5,5 5,6 5,4 4,9
Du fait du ralentissement de l’économie, les 1Somme des soldes des pays membres de la zone.
tensions inflationnistes se sont atténuées. Mesurée 2Après correction pour tenir compte des discordances dans les
par le déflateur des dépenses de consommation données sur les transactions intérieures à la zone.

des particuliers hors alimentation et énergie,


l’inflation sur douze mois est tombée au-dessous
de 2 %. Les pressions sur l’inflation hors alimenta- réunion de septembre. Des signes selon lesquels
tion et énergie devraient continuer de s’atténuer la croissance resterait probablement inférieure à
dans les mois à venir du fait du ralentissement de la tendance justifieraient d’abaisser de nouveau
la hausse des prix du logement (un facteur im- les taux d’intérêt, à condition que l’inflation reste
portant de l’inflation hors énergie et alimentation maîtrisée. Au stade actuel, les marchés s’attendent
au cours de l’année écoulée) et de l’atonie de à une nouvelle baisse de 50 points de base des
la croissance, bien que la dépréciation du dollar taux de la Réserve fédérale dans les mois à venir.
puisse alourdir les prix à l’importation. Le déficit des transactions courantes devrait
Étant donné l’évolution de la «balance des tomber de 6,2 % du PIB en 2006 à 5,5 % du PIB
risques» pesant sur la croissance et l’inflation, la en 2008, en supposant que la valeur effective réelle
Réserve fédérale a abaissé de 50 points de base du dollar américain reste à son niveau actuel (ta-
le taux des fonds fédéraux, à 4,75 %, lors de sa bleau 2.2). La forte croissance des exportations et

77
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Encadré 2.1. Quels risques les marchés du logement représentent-ils pour la croissance mondiale?

Après une longue période de forte hausse,


les prix du logement aux États-Unis ont ralenti Évolution des prix du logement
nettement depuis le milieu de 2005 et la baisse (Variations en pourcentage)
ultérieure de l’investissement résidentiel a lour-
dement pesé sur l’économie au cours de l’année
Hausse annuelle réelle des prix du logement1 40
écoulée. Dans bien d’autres pays — tant avan-
cés qu’émergents —, le marché du logement a Irlande 30
flambé ces dernières années et, dans certains Royaume-Uni
pays, il a ralenti aussi récemment. Jusqu’à pré- 20
sent, il n’y a pas eu de forte correction comme Espagne
aux États-Unis, mais on peut encore craindre 10
que l’expérience américaine laisse peut-être pré-
sager une baisse brutale du marché du logement 0
États-Unis
dans les pays qui ont aussi enregistré une hausse
–10
rapide des prix du logement, avec les risques qui 1997 99 2001 03 05 07 :
en résultent pour la croissance de la production. T2
Les récentes turbulences financières ont accru
le risque de difficultés plus prolongées dans le Hausse des ratios d’évaluation du logement, 1997–2006 200
secteur du logement américain qui pourraient
Prix/revenu disponible
avoir des répercussions plus sérieuses sur l’en- 150
Prix/loyer
semble de l’économie. Le durcissement des
100
conditions d’accès au crédit pourrait toucher
un plus large éventail de ménages et réduire da- 50
vantage la demande effective de logements. En
outre, les prix du logement pourraient baisser 0
plus brutalement que prévu actuellement, ce qui
–50
aurait des conséquences pour l’investissement

Canada

Suisse
Suède
Espagne

Japon
Pays-Bas

Danemark
Irlande

Royaume-Uni
Moyenne

Australie

États-Unis

Corée
Finlande

Allemagne
Norvège
Nouvelle-Zélande

Italie
France

résidentiel et les dépenses de consommation.


Par ailleurs, il se peut que les conditions d’accès
au crédit soient durcies aussi dans certains pays
d’Europe occidentale — en raison du niveau
élevé de leurs engagements sur des billets de
trésorerie adossés à des actifs et des tensions per-
Augmentation des prix du logement 400
sistantes sur les marchés de financement à court dans les pays émergents, 2000–20062 350
terme — et cela pourrait peser lourdement sur Prix réels du logement 1 300
leur marché du logement. PIB réel par habitant 250
200
Forte hausse des prix du logement 150
Les indicateurs traditionnels, c’est-à-dire les 100
ratios prix du logement/revenus et prix du lo- 50
gement/loyers, ont augmenté nettement dans 0
–50
plusieurs pays de l’Organisation de coopération
Lettonie

Malaisie
Taiwan, prov. chin. de
Estonie

Lituanie

Indonésie
Inde

Chili
Hong Kong (RAS)
Argentine

Hongrie

Thaïlande

Colombie
Slovénie

Singapour
République tchèque

Chine
Afrique du Sud

et de développement économiques (OCDE) et


plusieurs pays émergents ces dernières années
(premier graphique). En particulier :
• Par rapport aux revenus et aux loyers, de
nombreux pays industrialisés ont enregistré
Sources : OCDE; calculs des services du FMI.
1Déflatée par l’IPC.
2Les données pour l’Inde couvrent la période 2000–05.
Note : Le principal auteur du présent encadré est
Andrew Benito, qui a reçu l’aide de Sergei Antoshin.

78
ÉTATS-UNIS ET CANADA : LES INCERTITUDES ENTOURANT LES PERSPECTIVES AMÉRICAINES ONT AUGMENTÉ

des hausses des prix du logement encore plus L’analyse qui suit prolonge et met à jour une
fortes qu’aux États-Unis. Pour les pays de étude antérieure du FMI qui modélise la hausse
l’OCDE en moyenne, le ratio prix du loge- des prix du logement en fonction d’un ratio
ment/revenus a augmenté de plus d’un tiers d’accessibilité (ratio décalé prix du logement/re-
et le ratio prix du logement/loyers de près de venu disponible), de la croissance du revenu dis-
deux tiers depuis 1997. Les plus fortes hausses ponible par habitant, des taux d’intérêt à court
des prix du logement par rapport aux revenus terme, de la croissance du crédit, de la croissance
ont été observées en Espagne, en France, en de l’indice boursier du pays et de la croissance
Irlande, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni. Par de la population en âge de travailler (Terrones,
contre, en Allemagne et au Japon, ces ratios
2004). Cette étude antérieure est prolongée de
ont diminué au cours des dix dernières années.
deux manières. Premièrement, les taux d’intérêt
• Sur la base de données limitées, de nombreux
à long terme sont ajoutés aux variables utilisées
pays émergents ont enregistré aussi des hausses
dans l’étude antérieure. Cette inclusion s’avère
substantielles des prix du logement depuis
2000, qui ont dépassé la croissance du revenu généralement significative. Deuxièmement, des
par habitant. Les plus fortes hausses ont été équations distinctes sont calculées pour chaque
observées en Estonie et en Lettonie (bien que pays, si bien que le rôle attribué à chaque fac-
les données ne concernent que les capitales et teur peut varier d’un pays à l’autre, bien que les
surestiment donc probablement la progression mêmes variables soient incluses pour tous les
pour l’ensemble du pays). D’autres fortes aug- pays. L’équation est calculée pour un groupe de
mentations ont été notées en Afrique du Sud, 18 pays de l’OCDE où des données adéquates
en Lituanie et dans la République tchèque, où sont disponibles, en utilisant des données trimes-
les prix réels du logement ont presque doublé trielles pour la période 1970–2006.
ou plus. Cependant, les prix réels du logement Les résultats indiquent que près des trois quarts
ont baissé en Colombie, en Indonésie et à de la hausse des prix réels du logement sur la
Singapour. période 1997–2006 peut s’expliquer en moyenne
• En Chine, la hausse des prix réels du logement par le modèle estimé, ce qui laisse quand même
a été inférieure à la croissance du revenu réel encore une large composante inexpliquée. Pour
sur la même période, bien qu’il y ait eu des ex- les États-Unis, les prix réels du logement ont
pansions localisées dans des villes en croissance augmenté d’environ un tiers de plus que ce que
rapide telles que Beijing et Shanghai. peuvent expliquer les déterminants fondamentaux
(deuxième graphique). La partie inexpliquée est
Risque d’un ralentissement des marchés du logement
encore plus élevée dans plusieurs autres pays, dont
Pour déterminer le risque d’un ralentissement l’Irlande, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Cepen-
plus large des marchés du logement, il faudrait dant, une incertitude considérable entoure ces
notamment savoir dans quelle mesure la hausse estimations, car des conditions locales qui ne sont
des prix antérieure peut se justifier par des varia-
pas prises en compte dans l’analyse économétrique
tions des déterminants fondamentaux des prix
pourraient jouer un rôle important. Par exemple,
du logement, parmi lesquels les taux d’intérêt,
la structure des migrations, les contraintes affec-
l’offre de financement, la croissance des revenus
tant l’offre et les variations de l’offre de finance-
et la démographie. Cela dépend aussi de l’évo-
lution future de ces facteurs, y compris les taux ment hypothécaire — y compris les prêts à risque
d’intérêt à long terme. L’évaluation différera — pourraient tous être importants. D’autre part,
probablement d’un pays à l’autre, de même que une partie de la hausse des prix du logement qui
l’horizon temporel auquel le risque se rapporte1. est expliquée par le modèle, par exemple par le
rôle de la croissance du crédit, ne reflète peut-être
pas seulement des paramètres fondamentaux éco-
1Voir par exemple Girouard et al. (2006) et la série
nomiques. Néanmoins, les estimations semblent
de documents présentés au symposium de Jackson
indiquer que le marché du logement de plusieurs
Hole sur le logement, le financement du logement et pays avancés autres que les États-Unis pourrait être
la politique monétaire, 30 août–1er septembre 2007. vulnérable à une correction.

79
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Encadré 2.1 (fin)

Prix du logement et activité économique


Risques pour la croissance de la production, Les pays les plus exposés à un ralentissement
1997–20061 du secteur du logement sont probablement
Hausse effective et prévue 250 ceux qui ont enregistré les plus fortes hausses
des prix du logement 2 des composantes de la demande globale qui
Effective 200
sont sensibles aux prix du logement ainsi que
Prévue
150
ceux où la forte hausse des prix semble moins
facilement être expliquée par les variations des
100 paramètres fondamentaux. Au cours des dix
dernières années, la croissance a été stimulée
50
dans bien des pays de l’OCDE par la vigueur de
0
l’investissement résidentiel : les pays affichant
la plus forte hausse des prix du logement en-
–50 registrent généralement la plus forte hausse
IRL

SWI
NOR

ITA
DAN
NLD
AUS

EU

CAN
RU
ESP
FRA

NZL

JPN
SWE

FIN

COR
GER

de l’investissement résidentiel (deuxième gra-


phique). Par exemple, en Espagne et en Irlande,
le ratio investissement résidentiel réel/PIB a pro-
Variation de l’investissement résidentiel3 3 gressé de 1,8 point, contre 0,6 point aux États-
(en pourcentage du PIB) Unis sur la même période, bien qu’une partie
DAN
2 de cet écart s’explique par l’affaiblissement de
Investissement résidentiel

ESP IRL
NOR l’investissement résidentiel aux États-Unis en
CAN SWE
1 20062. La capacité des constructeurs à réagir à
EU FIN FRA
une hausse des prix est cependant limitée dans
ITA AUS RU
0 certains pays, comme les Pays-Bas et le Royaume-
SWI NLD
Uni, par des restrictions en matière d’urbanisme
JPN NZL –1 et d’occupation des terrains (Barker (2004).
GER COR
Cela explique peut-être pourquoi la pression de
–2 la demande de logements a accru les prix plus
–50 0 50 100 150 200 250
Hausse des prix du logement 2 que l’investissement résidentiel dans ces pays.
Lorsque les constructeurs estiment que la
Variation du taux d’épargne des ménages3 10 rentabilité de nouveaux investissements dans le
logement diminue, l’investissement résidentiel
ITA
5 peut baisser rapidement, ce qui inverse une par-
NOR
SWI DAN SWE tie de l’impulsion donnée par l’investissement
Taux d’épargne

GER FIN NZL dans le logement à la croissance de la produc-


IRL 0
FRA
CAN
tion. C’est déjà une caractéristique notable de
AUS RU la correction observée aux États-Unis. Plusieurs
EU ESP –5
JPN
NLD autres pays, tels que le Danemark, l’Espagne et
–10 l’Irlande, pourraient aussi faire l’objet d’une
COR correction de ce type. Cependant, le rythme et
–15 l’ampleur de la correction dépendent de fac-
–50 0 50 100 150 200 250
Hausse des prix du logement 2
teurs propres à chaque pays. Aux États-Unis, la
correction a été aggravée par la forte inversion
de tendance sur le marché des prêts hypothé-
Source : calculs des services du FMI.
1AUS : Australie; CAN : Canada; DAN : Danemark; ESP : Espagne; caires à risque, un facteur moins important
FIN : Finlande; FRA : France; GER : Allemagne; IRL: Irlande; ITA : Italie;
JPN : Japon; COR : Corée; NLD : Pays-Bas; NOR : Norvège; NZL :
Nouvelle-Zélande; SWE: Suède; SWI : Suisse; RU : Royaume-Uni;
et EU : États-Unis.
2Taux de croissance cumulatif en prix constants. 2L’écart est encore plus élevé pour les ratios no-
3Différence sur la période 1997–2006.
minaux, du fait de la variation du prix relatif du
logement.

80
ÉTATS-UNIS ET CANADA : LES INCERTITUDES ENTOURANT LES PERSPECTIVES AMÉRICAINES ONT AUGMENTÉ

ailleurs parce que ce type de prêts représente cente hausse. Cela explique peut-être pourquoi
une bien plus petite partie du total des prêts. la période antérieure est allée de pair avec une
Une baisse des prix du logement pourrait expansion plus marquée de la consommation.
aussi toucher l’économie au sens plus large par Les dépenses de consommation sont influen-
son effet sur des dépenses de consommation. cées aussi par nombre de facteurs autres que les
La vigueur de ce lien varierait aussi d’un pays prix du logement. Il s’agit des revenus actuels et
à l’autre et dépendrait aussi de la raison pour attendus, du patrimoine financier et des condi-
laquelle les prix du logement ont évolué. Une tions des prêts aux particuliers. Lors de la récente
baisse des prix du logement devrait peser sur correction du marché du logement aux États-
les dépenses de certains ménages par le biais Unis, la croissance vigoureuse de l’emploi et la
d’un effet de richesse négatif, bien que d’autres bonne tenue des marchés d’actions ont soutenu
ménages (par exemple, les locataires qui envi- la consommation. L’évolution de ces facteurs
sagent d’acheter un logement) profitent d’une déterminera aussi dans quelle mesure un ralentis-
baisse des prix. Les dépenses peuvent aussi être sement du marché du logement ira de pair avec
touchées par la voie des garanties, parce que les une baisse des dépenses dans les autres pays.
variations des prix du logement influent sur la En somme, après une période de croissance
valeur acquise et sur les conditions auxquelles remarquable des prix du logement, un recul a
les ménages peuvent emprunter auprès des été observé dans plusieurs pays avancés. Cela re-
banques. Ce dernier effet tend à être plus mar- présente un risque pour la croissance de la pro-
qué dans des pays tels que les États-Unis et le duction mondiale : les pays qui ont enregistré
Royaume-Uni, où le financement par extraction une augmentation inexpliquée des prix du loge-
hypothécaire est plus facilement disponible3. Le ment plus forte qu’aux États-Unis représentent
graphique montre que la corrélation interna- près de 20 % de la production totale des pays
tionale entre le ratio d’épargne des ménages et avancés. Ces risques ont peut-être été aggravés
les prix du logement est faible. Il ressort aussi par les récents remous sur les marchés financiers
des travaux effectués que ces liens varient au fil et par la réévaluation des risques qui en a ré-
du temps dans un pays donné, selon les raisons sulté. Par ailleurs, des banques de pays d’Europe
pour lesquelles les prix du logement ont varié4. occidentale sont engagées sur le secteur du loge-
Par exemple, au Royaume-Uni, les hausses des ment américain, et les tensions sur les marchés
prix du logement ont été liées plus étroitement de financement à court terme pourraient limiter
aux anticipations d’une hausse des revenus au leurs opérations de prêt et peser sur le marché
milieu et à la fin des années 80 que lors de la ré- du logement dans les pays concernés. L’ampleur
de ces risques est encore incertaine. En général,
l’investissement résidentiel est la composante
3Voir l’édition d’avril 2002 des Perspectives de l’éco-
de la demande qui est la plus vulnérable à un
nomie mondiale, p. 81–94; Klyuev and Mills (2006), et affaiblissement du marché du logement, bien
Carroll, Otsuka, and Slacalek (2006).
4Voir Benito et al. (2006), p. 142–54. Les transactions que la consommation puisse aussi être menacée
relatives au logement tendent aussi à être liées aux dans certains pays. La correction du marché du
dépenses consacrées aux biens de consommation du- logement américain a aussi fait sentir ses effets
rables, étant donné le nombre de ménages qui achètent par les circuits financiers et ces liens doivent être
ce type de biens pour leur nouveau logement. surveillés de près.

le ralentissement de la demande des importations et la moins bonne tenue des marchés d’actions
devraient plus que compenser les effets du renché- américains par rapport aux marchés étrangers ont
rissement du pétrole et la baisse du revenu d’inves- signifié que la position des engagements extérieurs
tissement net. En dépit des emprunts extérieurs nets des États-Unis s’est en fait améliorée légère-
considérables qui sont nécessaires pour financer ment en 2006 pour la troisième année consécutive.
le déficit, les plus-values résultant de la déprécia- Néanmoins, bien que la valeur effective réelle du
tion du dollar américain ces dernières années dollar américain reste supérieure à sa valeur fon-

81
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

damentale à moyen terme, on ne peut pas comp- Les remous récents sur les marchés financiers
ter sur les plus-values pour stabiliser l’encours des ont souligné la nécessité pour les autorités de ré-
engagements à terme. Il est donc important que glementation et de contrôle d’accorder plus d’at-
l’épargne nationale augmente dans les années à tention à certains aspects du système financier
venir pour soutenir une réduction du déficit des américain (voir aussi l’édition d’octobre 2007 du
transactions courantes. Global Financial Stability Report). Par exemple, une
L’évolution budgétaire est restée favorable : plus grande transparence et une meilleure in-
il est maintenant prévu que le déficit de l’État formation de la part des institutions financières
fédéral avoisinera 1,2 % du PIB pour l’exercice systémiquement importantes, notamment sur les
2007, soit moins de la moitié du chiffre prévu au instruments hors bilan, contribueraient à réduire
budget. Ce bon résultat s’explique par l’abon- l’incertitude entourant le risque de contrepar-
dance des recettes et par des dépenses infé- tie qui a conduit à la raréfaction des liquidités
rieures aux prévisions1. Le gouvernement améri- dans certains segments des marchés financiers.
cain a pour objectif d’équilibrer le budget d’ici Il est important aussi d’examiner comment la
l’exercice 2012 (un objectif adopté aussi par le titrisation et l’innovation financière de manière
Congrès dans sa résolution budgétaire). Cepen- plus générale ont influé sur la structure des in-
dant, les projections officielles ne prennent pas citations dans les marchés financiers. Il s’agirait,
totalement en compte l’allégement de l’impôt entre autres, d’examiner si les initiateurs de prêts
minimum de remplacement, ni les coûts de la ont été moins encouragés à évaluer le risque de
guerre dans les années à venir. Les projections manière précise et si les investisseurs se fient de
reposent aussi sur une maîtrise des dépenses manière excessive aux agences de notation pour
qui sera peut-être difficile à assurer. En tenant l’évaluation des risques, plutôt que de procéder à
compte de ces facteurs, les services du FMI leurs propres vérifications.
prévoient que le déficit restera probablement Au Canada, la croissance du PIB réel s’est accé-
supérieur à 1 % du PIB jusqu’à l’exercice 2012. lérée pour dépasser 3 % au premier semestre de
À leurs yeux, une stratégie de rééquilibrage 2007. La vigueur de la demande intérieure reste
budgétaire plus ambitieuse que celle envisagée le principal moteur de la croissance : elle s’ex-
aujourd’hui, conjuguée à des réformes de la plique par l’amélioration persistante des termes
sécurité sociale et de Medicare, contribuerait de l’échange, ainsi que par la forte croissance
davantage à garantir la viabilité des finances pu- du crédit et de l’emploi, alors que la correction
bliques à long terme; toutefois, il faudrait laisser des stocks qui avait pesé sur la croissance fin
opérer les stabilisateurs budgétaires automa- 2006 s’est inversée. Néanmoins, les perspectives
tiques en cas de ralentissement prolongé. Cette à court terme sont assombries par la dégradation
stratégie devrait viser à équilibrer le budget des perspectives aux États-Unis et par les récents
sans tenir compte de l’excédent de la sécurité remous sur les marchés financiers, qui ont touché
sociale. La maîtrise des dépenses est essentielle certaines parties des marchés canadiens, et la
à cet égard, mais un accroissement des recettes prévision de croissance pour 2008 a été révisée à
pourrait aussi être envisagé. la baisse, à 2,3 % (0,5 point de moins que dans la
mise à jour des Perspectives de juillet). La hausse
de l’inflation hors énergie et alimentation se
1Selon certaines estimations, 40 % de l’augmentation
situant au-dessus du milieu de la fourchette cible
des recettes pendant la période 2004–06 peut s’expliquer
de la Banque du Canada (1–3 %) en dépit de
par le fait que les bénéfices des entreprises ont augmenté
plus vite que le PIB, 40 % par la croissance des plus-values l’appréciation substantielle du dollar canadien,
et une bonne partie des 20 % restants par la croissance la banque centrale a relevé son taux directeur à
plus vigoureuse des revenus de la tranche supérieure 4½ % en juillet (la première augmentation de-
(pour lesquels, étant donné la progressivité du système
fiscal, les taux d’imposition moyens sont plus élevés). Voir puis mai 2006), mais ne l’a plus modifié depuis.
Swiston, Mühleisen, and Mathai (2007). La position budgétaire reste solide : le budget af-

82
EUROPE OCCIDENTALE : QUEL EST LE RESSORT DE LA REPRISE?

fiche un excédent et le ratio de la dette publique ment sur les exportations des pays qui ne disposent
est fermement orienté à la baisse. pas d’un volant de sécurité suffisant en matière de
compétitivité, parmi lesquels l’Espagne, la France
et le Portugal. Le durcissement des conditions
Europe occidentale : quel est le ressort d’accès au crédit à l’échelle mondiale entraînera
de la reprise? probablement un ralentissement des marchés du
Les remous sur les marchés financiers se sont logement européens et pèsera sur l’investissement
produits à un moment où l’Europe occidentale résidentiel et la consommation des ménages. La
enregistre ses meilleurs résultats économiques de- croissance souffrira probablement aussi du resser-
puis une dizaine d’années. Une longue période rement du crédit bancaire. Un certain nombre de
de forte croissance mondiale, la bonne santé des banques européennes ont des engagements consi-
bilans des entreprises, des conditions de finance- dérables sur le marché du logement américain,
ment accommodantes et les réformes antérieures notamment sous la forme d’instruments hors bilan
ont jeté les bases d’un redressement vigoureux. garantis par des lignes de crédit de protection,
L’économie de la zone euro connaît une crois- et le secteur dans son ensemble a été touché par
sance voisine de 3 % (sur un an) depuis le milieu la hausse du coût du financement et la pénurie
de 2006, bien que la croissance ait ralenti au de liquidités. Face aux tensions sur les marchés
deuxième trimestre de 2007, en partie à cause interbancaires à court terme, la Banque centrale
du climat et des vacances. La croissance a été européenne (BCE) et la Banque d’Angleterre ont
tirée par une accélération générale des dépenses injecté des liquidités. Du côté positif, la forte utili-
d’investissement, en particulier en Allemagne, en sation des capacités et la rentabilité élevée des en-
réaction à la demande régionale et mondiale éle- treprises devraient soutenir l’investissement, tandis
vée de machines et d’outillage, d’une reprise de que la récente évolution favorable du marché du
la construction et de la vigueur des exportations. travail devrait faire de même pour les dépenses de
La consommation privée a diminué au premier consommation2.
semestre de 2007 du fait du relèvement de la TVA Les prévisions risquent d’être révisées à la
en Allemagne et de l’incertitude préélectorale baisse. La détérioration de la situation sur le mar-
en France, mais la confiance des consommateurs ché du crédit pourrait encore ralentir la consom-
est restée assez élevée jusqu’à juin, lorsqu’elle a mation et l’investissement, en particulier si les
commencé à faiblir. Au Royaume-Uni, le rythme banques réduisent nettement leurs prêts dans les
de l’expansion reste vigoureux et stable, avec trimestres à venir afin d’améliorer leur bilan dans
une croissance de 3 % (sur un an) au deuxième ce qui reste un environnement volatil et incertain.
trimestre de 2007. En Norvège, en Suède et en Dans les pays où les prix du logement semblent
Suisse, la croissance est restée supérieure à son encore excessifs — Espagne, France, Irlande et
potentiel aussi au deuxième trimestre. Royaume-Uni —, la dynamique de croissance
Les données récentes sont mitigées quant à la dépendra du rythme de l’ajustement du secteur
croissance probable en Europe occidentale pour du logement au durcissement des conditions de
les trimestres à venir, bien que les récents remous crédit et, dans certains cas, aux modifications du
sur les marchés financiers et l’affaiblissement de régime fiscal de l’investissement dans le logement.
la croissance aux États-Unis annoncent un ralen- D’autres facteurs — liés principalement à la vo-
tissement probable. Il est maintenant prévu que latilité des cours du pétrole, à un ralentissement
la croissance dans la zone euro ralentira à environ plus prolongé de l’économie américaine et à une
2,5 % en 2007 et à 2,1 % en 2008, tandis que la résorption désordonnée des déséquilibres mon-
croissance au Royaume-Uni devrait tomber de
3,1 % en 2007 à 2,3 % en 2008. Les exportations
souffriront de l’affaiblissement de la demande 2Les baisses d’impôts récemment approuvées en France

extérieure, et la vigueur de l’euro pèsera probable- soutiendront aussi l’activité en 2008.

83
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

diaux — risquent aussi de conduire à une révision


Graphique 2.2. Europe occidentale : à la baisse des prévisions.
perspectives d’inflation La hausse de l’indice général des prix à la
L’inflation est remontée dans la zone euro, parallèlement à l’utilisation croissante
consommation dans la zone euro est restée infé-
des ressources. Les salaires n’augmentent pas encore plus vite que la productivité, rieure à 2 % cette année, mais s’est accélérée en
mais les changements structurels dans l’offre de main-d’œuvre freinent la hausse
des salaires. L’augmentation de la productivité semble concentrée sur les secteurs
septembre et devrait dépasser temporairement
cycliques jusqu’à présent. ce seuil pendant le reste de l’année en raison du
renchérissement de l’énergie et de l’alimentation
4 Hausse de l’IPC Anticipations inflationnistes2 4
(variation en % sur un an) (point mort d’inflation sur dix ans) (graphique 2.2). Elle devrait avoisiner 2 % en
Inflation 2008 : le durcissement des conditions d’accès au
3 non corrigée Royaume-Uni
zone euro
crédit, la diminution de l’excès de la demande par
3
rapport aux ressources et la fin des effets du relè-
2 vement de la TVA en Allemagne devraient com-
2 penser la hausse des prix de l’énergie. En dépit de
Zone euro
1
Inflation l’intensification des tensions sur les marchés du
Inflation non corrigée corrigée1 travail, l’augmentation des salaires dans la zone
Royaume-Uni
0
Sept. 2002
1
Sept.
euro devrait rester modérée dans les trimestres à
1997 99 2001 03 05 03 04 05 06
07 07 venir : le ralentissement de l’activité, l’apprécia-
tion de l’euro et les changements structurels dans
88 Utilisation des capacités Taux de chômage et TCNAI 3 12 l’offre de main-d’œuvre, notamment le renfor-
(pourcentages) (pourcentages)
11
86 cement de la concurrence (en partie à cause de
Zone euro Chômage 10
zone euro
l’élargissement de l’UE) et les entrées massives
84 9
d’immigrants, devraient continuer de contenir
8
82 Royaume-Uni Zone euro
l’inflation (encadré 2.2). Au Royaume-Uni, l’infla-
7
TCNAI TCNAI tion a dépassé temporairement l’objectif de 2 %
80 6
5
fixé par la Banque d’Angleterre, en partie à cause
78 Chômage de la répercussion des hausses des prix de l’éner-
Royaume-Uni 4
Royaume-Uni
76 3 gie, mais elle est tombée récemment au-dessous
1997 99 2001 03 05 07 : 1997 99 2001 03 05 07 :
T3 T2 de cet objectif.
La BCE et la Banque d’Angleterre ont durci
4 Coût de la main-d’œuvre, zone euro Productivité de la main-d’œuvre, 8 leur politique monétaire jusqu’à fin juin face à
(variation en % sur un an) zone euro (variation en % sur un an)
3 Industrie manufacturière 6 l’utilisation croissante des ressources et à l’affer-
extraction et énergie
4 missement de l’inflation, mais, avec à-propos,
2
elles n’ont plus bougé depuis le début des re-
2
1 mous sur les marchés financiers. Dans la zone
0
euro, étant donné les risques qui pèsent sur la
0
Rémunération –2 croissance et l’inflation à la suite de ces turbu-
par employé Services
–1 –4 lences, la politique monétaire peut se permettre
Coût unitaire de main-d’œuvre Construction
–2 –6 de rester inchangée à court terme. Cependant, à
1997 99 2001 03 05 07 : 1997 99 2001 03 05 07 :
T1 T1 mesure que ces risques se dissipent, un nouveau
Sources : Haver Analytics; calculs des services du FMI. durcissement sera peut-être bien nécessaire. À
1Inflation corrigée : hors énergie, alimentation, alcool et tabac.
2Les différences entre les anticipations inflationnistes tirées des points morts d’inflation l’inverse, en cas de ralentissement plus prolongé,
au Royaume-Uni et l’objectif d’inflation de la Banque d’Angleterre s’expliquent en partie un assouplissement de la politique monétaire de-
par le fait que les obligations sont indexées sur l’indice des prix de détail. La hausse
des prix de détail a généralement dépassé celle des prix à la consommation ces dernières vrait être envisagé. Au Royaume-Uni, les autorités
années, principalement parce que l’indice des prix de détail inclut les paiements d’intérêts monétaires devront prendre en considération
hypothécaires. .
3TCNAI : taux de chômage non accélérateur de l’inflation. des facteurs similaires — l’inflation, le taux de
change, le ralentissement possible de l’offre de

84
EUROPE OCCIDENTALE : QUEL EST LE RESSORT DE LA REPRISE?

Encadré 2.2. Réformes du marché du travail dans la zone euro et arbitrage salaires–chômage

L’évolution du marché du travail dans la zone


euro semble avoir été très positive au cours des Indicateurs du marché du travail
dix dernières années. Pendant les années 70, pour la zone euro
sur fond d’expansion de l’État-providence, de
9 Coût de main-d’œuvre Rémunération par 10
l’assurance croissante des syndicats et de mauvais (variation en pourcentage) employé
jugements de politiques macroéconomiques, les (variation en pourcentage) 8
chocs pétroliers et d’autres chocs ont entraîné 1992
6
une nette hausse du chômage et de l’inflation, 6
Négocié
ainsi qu’une diminution du taux d’activité de Horaire
4
la population. Les quelques dernières années 3
n’auraient pas pu présenter un tableau plus 2
2006
différent : alors que les cours du pétrole et les Par employé
prix fixés administrativement ont augmenté ra- 0 0
1992 96 2000 04 06 7 8 9 10 11 12
pidement, les salaires sont restés modérés et, à Chômage (pourcentages)
la mi-2007, le chômage est tombé à son plus bas
depuis vingt-cinq ans, à 7 %. Le présent encadré 28 Emploi Taux d’emploi des 60
examine les facteurs qui expliquent l’amélio- (pourcentage de personnes âgées1
ration de l’arbitrage entre les salaires et le chô- l’emploi total) (pourcentages)
24 50
mage, et conclut que les réformes du marché Hommes
du travail ont été importantes à cet égard. Néan- 20 40
Partiel
moins, il faut redoubler d’efforts pour continuer Total
de réduire le chômage de manière durable et 16 30
pour rehausser le taux d’activité, qui reste relati- Temporaire
Femmes
vement faible. 12 20
1997 99 2001 03 05 07: 1992 96 2000 04 06
Contexte T1

Bien que le chômage ait diminué considé- Augmentation de la population 12


(moyenne annuelle pour 1.000 personnes)
rablement au cours des dernières années dans
la zone euro, les coûts de main-d’œuvre ne se Augmentation naturelle
8
sont pas accélérés. Ils ont ralenti pendant la Migration nette
période 1992–97 et ont stagné par la suite. En
particulier, le taux d’augmentation de la rému- 4
nération par employé et des salaires négociés a
diminué d’environ 7 % en 1992 à environ 2 %
en 1997 et a fluctué entre 1½ et 2½ % par an 0
1960–64
1965–69
1970–74
1975–79
1980–84
1985–89
1990–94
1995–99
2000
2003
2004

depuis lors, et la croissance des salaires réels


a ralenti aussi (graphique). Les changements
dans les politiques économiques nationales et
le comportement des syndicats, ainsi que la Sources : Commission européenne; Eurostat; Haver Analytics.
1Entre 55 et 64 ans.
concurrence accrue des pays émergents en sont
les principales raisons. Des mesures telles que
l’exemption des petites et moyennes entreprises
de la semaine des 35 heures en France, les pos-
sibilités accrues de contrats à durée déterminée bilité et ont aidé à limiter la croissance des coûts
et à temps partiel en Italie (réformes Biagi) et de main-d’œuvre.
les accords sur les horaires variables entre em-
ployeurs et syndicats dans différents secteurs en Cadre analytique
Allemagne ont conduit à une plus grande flexi- La courbe de l’offre de main-d’œuvre (sa-
laires) proposée dans Blanchflower and Oswald
Note : Le principal auteur de cet encadré est Emil (1990) fournit une méthode d’estimation de
Stavrev. l’effet des réformes du marché du travail sur

85
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Encadré 2.2 (fin)

l’offre de main-d’œuvre. Les salaires réels ajustés déréglementation du travail à temps partiel et
pour tenir compte des variations de la producti- du travail temporaire en Espagne et en France
vité sont modélisés en fonction du taux de chô- dans les années 90 est un exemple de réforme.
mage et des facteurs affectant l’offre : À la suite de cette déréglementation, la part
de l’emploi temporaire dans l’emploi total a
Wt augmenté considérablement (graphique)1.
ln –––– = At – Q ln(ut ),
Ct At • Le taux d’activité des travailleurs plus âgés à
augmenté en raison de l’élimination progres-
où Wt représente les salaires, Ct l’indice des prix sive des dispositifs de retraite anticipée. De la
à la consommation, At la productivité totale des même manière, le taux d’activité des femmes
facteurs (ajustée en fonction de la part du tra- a continué de progresser (graphique).
vail), ut le taux de chômage et At l’effet cumulé • Le travail est moins imposé. Les taux effectifs
des facteurs qui influent sur le processus de de cotisation à la sécurité sociale ont diminué
fixation des salaires et donc déplacent la courbe en Allemagne, en France et en Italie, alors
des salaires. Parmi ces facteurs figurent les varia- que le coin fiscal (écart entre salaire brut et
tions des allocations de chômage, le coin fiscal salaire net disponible) a baissé en Espagne, en
entre les salaires gagnés et le pouvoir d’achat France et en Italie pendant la deuxième moi-
des travailleurs, ainsi que les préférences des tra- tié des années 90.
vailleurs en matière d’emploi. • Les syndicats et les travailleurs ont accordé
On peut calculer l’effet cumulé des réformes plus d’importance à l’emploi, notamment à
du marché du travail et des variations des préfé- son maintien et à sa création, peut-être en
rences en matière d’emploi, At, comme résiduel réaction à une plus grande concurrence ex-
térieure, en particulier des pays émergents
de l’équation ci-dessus. L’estimation de cette
d’Asie.
équation pour les données de la zone euro de
• La hausse de l’immigration nette a contri-
1992 à 2006 montre que At a diminué graduel-
bué à freiner la croissance des salaires
lement d’environ 6 % sur la période, ce qui
(graphique). L’emploi d’immigrants qui
semble indiquer une amélioration de l’arbitrage
coûtent moins cher dans l’agriculture et dans
entre les salaires et le chômage, c’est-à-dire un
d’autres secteurs a réduit l’inflation globale,
chômage plus faible pour un niveau donné des
ce qui permet d’avoir la même croissance
salaires réels. des salaires réels pour des augmentations
nominales plus faibles. En outre, en réduisant
Facteurs d’évolution des salaires et de l’emploi l’inadéquation des qualifications et en accep-
Quels sont les facteurs qui ont contribué à tant des emplois qui sont difficiles à pourvoir,
cette amélioration de l’arbitrage entre les sa- les immigrants rehaussent la croissance et la
laires et le chômage dans la zone euro depuis le prospérité, ce qui accroît l’emploi global.
début des années 90?
• Les réformes structurelles ont accru l’offre de
main-d’œuvre pour un salaire réel donné. La 1Banque centrale européenne (2007).

crédit intérieur et les perspectives américaines turelles, a diminué de près de 1 point de PIB en
devront être mis en balance avec la vigueur de la 2006, sous l’impulsion des réductions en Alle-
demande intérieure. magne, en France et en Italie (en tenant compte
Un grand nombre, mais non la totalité, des des mesures ponctuelles), et le ratio de la dette
pays de la zone euro ont profité de la croissance publique au PIB a baissé. Il s’agit maintenant de
vigoureuse des recettes en 2006 pour continuer poursuivre ces progrès. En plus de préparer au
de rééquilibrer leur budget. Le déficit budgétaire vieillissement de la population, la baisse des défi-
de la zone euro, corrigé des influences conjonc- cits budgétaires permettrait de réduire les impôts

86
PAYS INDUSTRIALISÉS D’ASIE : LA DÉFLATION N’EST PAS ENCORE DÉFINITIVEMENT VAINCUE AU JAPON

ayant un effet de distorsion, et partant, d’amé- Pays industrialisés d’Asie : la déflation


liorer durablement les résultats économiques. n’est pas encore définitivement vaincue
Dans le cadre du pacte réformé pour la stabilité au Japon
et la croissance, la plupart des pays de la zone
euro visent à équilibrer leur budget ou même à Au Japon, l’activité s’est contractée légèrement
dégager un léger excédent à moyen terme, et les au deuxième trimestre de 2007, après deux tri-
pays qui n’ont pas encore atteint leurs objectifs à mestres de forte expansion. La baisse du PIB réel
moyen terme sont tenus de procéder à un ajuste- au deuxième trimestre s’explique dans une large
ment d’au moins ½ point de PIB par an. Cepen- mesure par une baisse de l’investissement et un
dant, il semble peu probable que cet objectif sera ralentissement de la croissance de la consomma-
atteint dans un certain nombre de pays, dont la tion. Selon l’enquête Tankan de septembre, la
France (qui a approuvé récemment une série de confiance des chefs d’entreprise reste solide, ce
baisses d’impôts) et l’Italie (où le gouvernement qui cadre avec les bons résultats persistants des
a réduit son ajustement budgétaire en 2007–08, gros exportateurs, mais certaines données ré-
bien que les recettes aient largement dépassé centes sur la demande intérieure, par exemple sur
les prévisions). la consommation des ménages, sont plus mitigées.
Les perspectives à long terme de la zone euro Par ailleurs, la plus grande volatilité des marchés
dépendent de sa capacité d’accélérer la crois- financiers internationaux a assombri les perspec-
sance de la productivité et de l’emploi, ainsi que tives à court terme, bien que l’exposition directe
d’améliorer la flexibilité structurelle de l’éco- du système financier japonais au marché améri-
nomie des pays membres. L’emploi a progressé cain des prêts hypothécaires à risque soit limitée.
récemment grâce à des réformes antérieures Du fait de la faiblesse des chiffres du deuxième
et à des facteurs cycliques, mais la productivité trimestre et d’autres données récentes, la pro-
reste médiocre. Si la zone euro obtient de bons jection de la croissance du PIB réel a été révisée
résultats dans les comparaisons internationales à la baisse, à 2 % en 2007 et à 1,7 % en 2008
de la productivité dans le secteur des biens (0,6 point et 0,3 point de moins que dans la mise
échangeables, sa productivité dans le secteur des à jour des Perspectives de juillet). Les tensions sur
services, qui tend à être davantage protégé de le marché du travail — en août, le taux de chô-
la concurrence, est insuffisante. Pour renforcer mage s’établissait à 3,8 % — devraient accélérer
les perspectives de croissance à long terme, il est la croissance des revenus et de la consommation,
essentiel d’améliorer la disputabilité des marchés et la vigueur des bénéfices et la bonne santé des
des services (en particulier, le commerce de gros bilans devraient soutenir l’investissement des en-
et de détail, ainsi que les services financiers) par treprises. Au stade actuel, les prévisions semblent
la déréglementation et l’ouverture à la concur- avoir un peu plus de chances d’être révisées à la
rence étrangère. La directive sur les services est baisse qu’à la hausse. Si une hausse plus rapide
importante à cet égard et il s’agit maintenant des salaires pourrait stimuler les dépenses de
de l’appliquer de manière utile et peut-être de consommation, la croissance serait freinée par
l’élargir à d’autres secteurs. Les réformes des un ralentissement plus sensible de l’économie
marchés du travail et de produits doivent mettre mondiale, un renchérissement du pétrole ou
l’accent sur le renforcement des incitations à une nouvelle appréciation du yen.
travailler et sur l’assouplissement des salaires. En dépit de quatre années de croissance vi-
La stratégie de Lisbonne est prometteuse à cet goureuse, la déflation n’est pas encore définitive-
égard, à condition que son potentiel soit pleine- ment vaincue (graphique 2.3). En fait, après une
ment exploité. La poursuite de l’intégration fi- période de hausse des prix à la consommation,
nancière peut faciliter le partage des risques liés les variations sur un an de l’indice général et de
aux chocs sur la demande ou l’offre spécifiques à l’indice corrigé des prix à la consommation ont
certains pays (Stavrev, 2007). de nouveau été légèrement négatives ces der-

87
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

niers mois, bien que les prix des terrains soient


maintenant en hausse. Si la baisse des prix à la
Graphique 2.3. Japon : la déflation n’est pas encore consommation s’inversera probablement dans
définitivement vaincue la période à venir à mesure que la hausse des
La croissance soutenue de ces dernières années n’a pas encore permis de sortir prix de l’énergie est répercutée sur l’indice des
définitivement de la déflation. Du fait de la vigueur des dépenses d’investissement et prix à la consommation, les perspectives d’un
d’une augmentation des capacités qui renforce la productivité, et de la persistance
d’anticipations inflationnistes basses, les hausses de prix resteront probablement pas décisif vers l’inflation restent hors d’atteinte.
limitées à court terme. Plusieurs facteurs semblent limiter l’inflation.
Indicateurs d’inflation 4 L’investissement des entreprises a été vigoureux
(variation en pourcentage sur un an)
ces dernières années et, conjugué à des réformes
2 structurelles qui ont accru la productivité, cela
IPC hors produits
alimentaires frais
IPC
a probablement rehaussé le potentiel de crois-
0 sance de l’économie. En fait, les indicateurs
d’utilisation des capacités n’ont commencé que
_2
récemment à indiquer que l’économie fonc-
IPC; hors alimentation
et énergie tionne à pleine capacité. En outre, les salaires ont
Déflateur du PIB
–4
été freinés par l’évolution démographique : les
1995 98 2001 04 07 : travailleurs avec des salaires élevés qui partent à
T2
la retraite sont remplacés par des travailleurs plus
80 Anticipations inflationnistes 2,0 Croissance de l’investissement 20 jeunes ayant des salaires plus faibles, et de plus en
(pourcentages) et du PIB (variation en plus de travailleurs sont engagés dans le cadre de
pourcentage sur un an) 15
Anticipations
60 inflationnistes 1 1,5
contrats temporaires et ont tendance à avoir des
(échelle de g.) 10
salaires inférieurs. Enfin, les anticipations infla-
5 tionnistes sont ancrées à de faibles niveaux après
40 1,0
0 de nombreuses années de déflation. Bien que,
PIB –5 selon certaines mesures, ces anticipations aient
20 0,5
Anticipations infla- augmenté ces derniers mois, les consommateurs
tionnistes à long terme Investissement –10
(échelle de droite) non résidentiel et les investisseurs restent apparemment moins
0 0,0 –15
2004 05 06 Août 2000 02 04 06 07 : certains des perspectives d’une montée de l’infla-
07 T2
tion qu’ils ne l’étaient il y a un an.
Croissance de la productivité, Écart de production Dans ces conditions, la Banque du Japon a
8 des salaires et des coûts unitaires 20 et capacités de production 2
de main-d’œuvre maintenu une politique monétaire accommo-
6 (variation en % sur un an) 10 Écart de production 1
(échelle de dr.)2
dante, laissant son taux directeur inchangé à envi-
Productivité
4 Salaires
0 0 ron 0,5 % depuis février. Même si les taux d’intérêt
2 devront finir par retrouver un niveau plus normal,
-10 –1
0 il faudra, avant de les relever, qu’il apparaisse clai-
Tankan :
-20 ancienne Tankan : –2 rement que l’inflation est fermement orientée à
–2
enquête nouvelle enquête
-30 (échelle de g., (échelle de g., –3
la hausse et que les craintes concernant la récente
–4
inversée)3 inversée)3 volatilité des marchés se sont dissipées. Il est pos-
Coûts unitaires de main-d’œuvre
–6 -40 –4
1995 98 2001 04 07 : 1995 98 2001 04 07 : sible aussi pour la Banque du Japon d’orienter les
T2 T2
anticipations inflationnistes à la hausse. Il serait
Sources : Cabinet Office, Government of Japan; CEIC Data Company Limited; Haver utile aussi qu’elle communique plus clairement le
Analytics; OCDE, Perspectives économiques; calculs des services du FMI.
1Nombre de participants prévoyant une hausse des prix moins nombre de participants taux d’inflation qu’elle souhaite et qu’elle publie
prévoyant une baisse des prix.
2 En pourcentage du PIB potentiel. des communiqués plus prospectifs qui informent
3 Tankan, capacités de production effectives dans l’indice de diffusion pour tous
les marchés financiers de ses vues quant à l’évolu-
les secteurs.
tion probable des risques pesant sur la croissance
et l’inflation, ainsi que de la politique monétaire.

88
PAYS INDUSTRIALISÉS D’ASIE : LA DÉFLATION N’EST PAS ENCORE DÉFINITIVEMENT VAINCUE AU JAPON

Comme les banques centrales dans beaucoup préciera et il ne faut pas s’opposer à cette pres-
d’autres pays ont durci leur politique monétaire sion à la hausse.
au cours de l’année écoulée, les écarts de taux Des progrès considérables ont été accomplis
d’intérêt avec le Japon se sont creusés. Jusqu’à dans la réduction du déficit budgétaire ces der-
l’augmentation récente de la volatilité sur les nières années grâce à la bonne tenue des recettes
marchés financiers, cet écart de taux d’intérêt de l’impôt des sociétés et à la réduction des dé-
avait conduit à des sorties massives de capitaux du penses d’investissement public. Cependant, le
Japon et à un affaiblissement du yen. Les opéra- rythme de l’ajustement va ralentir. Selon l’évalua-
tions spéculatives sur écart de rendement («carry tion effectuée par les services du FMI, le déficit
trade») par rapport au yen — c’est-à-dire emprun- budgétaire structurel ne diminuera que d’environ
ter en yen pour acheter des actifs à rendement ¼ de point de PIB par an, contre environ 1 point
plus élevé dans d’autres monnaies — n’étaient de PIB par an au cours des trois dernières an-
que l’un des facteurs d’explication de ces sorties nées. Comme les perspectives restent favorables,
de capitaux. Les investisseurs japonais se sont aussi un ajustement budgétaire plus vigoureux serait
tournés de plus en plus vers des investissements souhaitable pour orienter fermement à la baisse
étrangers pour diversifier leurs portefeuilles et le ratio de la dette publique. Pour ce qui est des
obtenir des rendements plus élevés, les petits mesures spécifiques, bien qu’il reste possible de
porteurs (par l’intermédiaire des fonds communs réduire davantage les dépenses d’investissement
de placement), les fonds de pension et les compa- public, une vaste réforme du système fiscal qui
gnies d’assurance vie étant les sources principales. élargirait l’assiette de l’impôt sur le revenu, relè-
En fait, la part des actifs financiers des ménages verait le taux de l’impôt sur la consommation et
détenus à l’étranger restant faible, ces sorties de renforcerait l’administration fiscale permettrait
capitaux pourraient se poursuivre même si les d’accroître les recettes. Le rééquilibrage budgé-
écarts de taux d’intérêt se rétrécissaient. taire serait aussi appuyé par de nouvelles réformes
Le yen s’est déprécié en valeur effective réelle structurelles qui rehausseraient le potentiel de
au premier semestre de 2007 pour atteindre croissance : il s’agit en particulier d’accroître l’uti-
son plus bas niveau depuis plus de vingt ans, lisation de la main-d’œuvre et d’encourager une
mais il a regagné du terrain récemment, car la plus grande ouverture et déréglementation du
plus grande volatilité des marchés financiers a marché dans les secteurs protégés.
entraîné le dénouement d’opérations spécula- En Australie et en Nouvelle-Zélande, la crois-
tives sur écart de rendement par rapport au yen. sance est vigoureuse, bien que les remous sur
Bien que le yen soit sous-évalué par rapport aux les marchés financiers internationaux risquent
paramètres fondamentaux à moyen terme, il est de freiner modérément cette croissance à court
opportun que la politique monétaire continue terme. Si les répercussions ont été plus limitées
d’être axée sur la lutte contre la déflation et le que dans d’autres pays, les marchés financiers
maintien de la croissance plutôt que sur le ni- en Australie et en Nouvelle-Zélande ont été
veau du taux de change. En fait, un relèvement touchés par les événements récents : les taux
prématuré des taux directeurs pourrait en fin de d’intérêt interbancaires et les écarts de rému-
compte s’avérer contre-productif en pesant sur la nération ont augmenté, et les liquidités se raré-
croissance, en aggravant la déflation et en allant fient parmi les institutions non bancaires. Néan-
à l’encontre de la résorption des déséquilibres moins, au stade actuel, la priorité à court terme
mondiaux. Néanmoins, si les paramètres fonda- dans les deux pays est de bien juguler l’inflation
mentaux de l’économie nationale continuent face à la vigueur de la demande intérieure et
de s’améliorer et/ou si la volatilité actuelle des aux tensions sur le marché du travail. À cette
marchés financiers continue de décourager les fin, les banques centrales ont relevé récemment
opérations spéculatives sur écart de rendement leurs taux directeurs, à 6½ % en Australie et à
par rapport au yen, il est attendu que le yen s’ap- 8¼ % en Nouvelle-Zélande. Des taux de change

89
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Tableau 2.3. Pays d’Asie (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation


et solde des transactions courantes
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde des transactions courantes2
2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008
Pays émergents d’Asie3 8,7 9,3 9,2 8,3 3,5 3,7 4,9 4,2 4,5 5,8 6,6 6,5
Chine 10,4 11,1 11,5 10,0 1,8 1,5 4,5 3,9 7,2 9,4 11,7 12,2
Asie du Sud4 8,6 9,1 8,4 8,0 5,0 6,4 6,6 4,9 –1,0 –1,4 –2,3 –2,7
Bangladesh 6,3 6,4 5,8 6,0 7,0 6,5 7,2 6,3 — 1,2 1,3 0,8
Inde 9,0 9,7 8,9 8,4 4,2 6,1 6,2 4,4 –1,0 –1,1 –2,1 –2,6
Pakistan 7,7 6,9 6,4 6,5 9,3 7,9 7,8 7,0 –1,4 –3,9 –4,9 –4,9
ASEAN-4 5,1 5,4 5,6 5,6 7,3 8,2 4,0 4,2 2,1 5,2 4,7 3,7
Indonésie 5,7 5,5 6,2 6,1 10,5 13,1 6,3 6,2 0,1 2,7 1,6 1,2
Malaisie 5,2 5,9 5,8 5,6 3,0 3,6 2,1 2,4 15,3 17,2 14,4 13,3
Philippines 4,9 5,4 6,3 5,8 7,6 6,2 3,0 4,0 2,0 4,3 3,8 2,6
Thaïlande 4,5 5,0 4,0 4,5 4,5 4,6 2,0 2,0 –4,5 1,6 3,7 2,2
Nouvelles économies
industrielles d’Asie 4,7 5,3 4,9 4,4 2,3 1,6 2,0 2,3 5,5 5,6 5,4 4,9
Corée 4,2 5,0 4,8 4,6 2,8 2,2 2,6 2,7 1,9 0,7 0,1 –0,4
Hong Kong (RAS) 7,5 6,9 5,7 4,7 0,9 2,0 2,0 3,2 11,4 10,8 11,2 9,5
Singapour 6,6 7,9 7,5 5,8 0,5 1,0 1,7 1,7 24,5 27,5 27,0 25,4
Taiwan, province chinoise de 4,1 4,7 4,1 3,8 2,3 0,6 1,2 1,5 4,5 6,8 6,8 7,1
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre peuvent être

trouvées au tableau A7 de l’appendice statistique.


2En pourcentage du PIB.
3Pays en développement d’Asie, nouvelles économies industrielles d’Asie et Mongolie.
4Maldives, Népal et Sri Lanka.

flexibles et des politiques budgétaires prudentes le niveau record des envois de fonds de l’étranger
ont joué un rôle essentiel dans la gestion des a dopé la consommation et où les dépenses pu-
effets des entrées massives de capitaux et de bliques ont augmenté vivement), en Corée (où le
l’amélioration des termes de l’échange sur les secteur industriel a rebondi) et en Indonésie (où
deux économies. Dans ces conditions, il est im- la baisse des taux d’intérêt a stimulé la demande
portant que ces deux pays continuent de mener intérieure). En Thaïlande, l’incertitude politique
une politique budgétaire restrictive dans la pé- a continué de peser sur la confiance et la de-
riode à venir. mande intérieure. La croissance semble être res-
tée vigoureuse au troisième trimestre, la volatilité
des marchés financiers internationaux ayant eu
Pays émergents d’Asie : bien gérer un effet limité sur la région jusqu’à présent, mais
les entrées massives de devises la détérioration des perspectives des pays avancés
La croissance dans les pays émergents d’Asie ralentira probablement la croissance des exporta-
est restée exceptionnellement rapide au premier tions à l’avenir.
semestre de 2007. Elle a été tirée par la Chine, Dans ces conditions, les projections de crois-
où le PIB réel a progressé de 11½ % (sur un sance ont été révisées légèrement à la baisse
an) au premier semestre de 2007, sous l’effet de depuis la mise à jour des Perspectives de juillet.
l’accélération des exportations et de l’investisse- La croissance régionale devrait être de 9,2 %
ment, et par l’Inde, où la hausse de la demande cette année et de 8,3 % en 2008 (tableau 2.3).
intérieure, en particulier de l’investissement, a En Chine, la croissance devrait atteindre 11,5 %
conduit à une croissance de 9¼ % (sur un an) au en 2007, puis tomber à 10 % en 2008; en Inde,
premier semestre. La croissance s’est accélérée la croissance serait de 8,9 % cette année et de
aussi à Singapour (où la consommation et l’inves- 8,4 % en 2008. Les nouvelles économies indus-
tissement se sont raffermis), aux Philippines (où trielles d’Asie devraient être les plus touchées par

90
PAYS ÉMERGENTS D’ASIE : BIEN GÉRER LES ENTRÉES MASSIVES DE DEVISES

la détérioration des perspectives américaines, et


leur croissance pour 2008 a été révisée à la baisse, Graphique 2.4. Pays émergents d’Asie :
à 4,4 % (0,4 point de moins que dans la mise à gérer les entrées massives de devises
jour des Perspectives de juillet). Parmi les pays de
l’ASEAN-4, un redressement en Thaïlande, grâce Les entrées de devises dans les pays émergents d’Asie ont été très élevées, princi-
au rétablissement de la confiance, devrait com- palement du fait des excédents courants. Les pouvoirs publics ont réagi en laissant
les monnaies s’apprécier dans une certaine mesure et en libéralisant les sorties de
penser des ralentissements modestes en Malaisie capitaux, tout en continuant d’accumuler des réserves.
et aux Philippines
Au stade actuel, les perspectives ont plus ou Solde courant et flux nets de capitaux privés 16
(en pourcentage du PIB; moyennes sur 2004–05 et 2006–07, respectivement)
moins autant de chances d’être révisées à la 14
Flux nets de capitaux privés
hausse qu’à la baisse. Le ralentissement de la Solde courant
12
demande des exportations asiatiques, en parti- 10

culier des biens électroniques, et la possibilité 8


6
de nouveaux remous sur les marchés financiers
4
internationaux constituent des risques de dégra-
2
dation particuliers. Par contre, le ralentissement
0
prévu de la croissance chinoise ne se matériali- –2
sera peut-être pas, à moins que les autorités dur- Pays émergents1 Chine Inde NEI ASEAN-4

cissent leur politique monétaire de manière plus


14 Variations des taux de change effectifs nominaux et des réserves 140
décisive et laissent la monnaie s’apprécier plus (variations en pourcentage sur décembre 2003–décembre 05 et
12 décembre 2005–juillet 07, respectivement) 120
rapidement. Cependant, une croissance plus
10 100
rapide à court terme signifierait des risques de
8 80
dégradation accrus liés au surinvestissement au-
6 60
delà de la période couverte par les projections. 4 40
En Inde, la croissance pourrait aussi être plus 2 20
vigoureuse que prévu, surtout si les solides béné- 0 0
fices des entreprises continuent d’accélérer les Taux de change effectif nominal (échelle de gauche)
–2 –20
Réserves (échelle de droite)
dépenses d’investissement. –4 –40
Pays émergents1 Chine Inde NEI ASEAN-4
Les entrées de devises dans la région ont été très
élevées (graphique 2.4). Les transactions courantes 35 Flux de capitaux privés 2 Variations des écarts d’intérêt 2
ont représenté une bonne partie de ces entrées de (en pourcentage du PIB; et des dépenses publiques3
30 variation entre 2004–05 Hong Kong 1
capitaux : l’excédent courant de la région devrait et 2006–07) (RAS) Inde Corée
25
Sorties de capitaux

atteindre 6½ % du PIB cette année — l’excédent 0

Écarts d’intérêt
20
Malaisie
Malaisie Thaïlande
chinois augmente rapidement et celui de la RAS Province Singapour –1
15
de Hong Kong, de la Malaisie, de Singapour et de chinoise Province
Philippines de Taiwan Chine
10 chinoise
la province chinoise de Taiwan reste élevé. Les flux Chine de Taiwan Indonésie –2
5
nets de capitaux vers la région, qui sont dominés Thaïlande –3
0 Philippines
par l’investissement direct étranger, ont augmenté Inde Vietnam
–5 –4
aussi cette année, même s’ils restent inférieurs aux 0 5 10 15 20 25 –3 –2 –1 0 1 2 3
Entrées de capitaux Dépenses publiques
niveaux observés en 2004. Néanmoins, ils consti-
tuent la principale source d’entrées de devises
Source : calculs des services du FMI.
pour la Corée, l’Inde et le Vietnam. 1Chine, Corée, Hong Kong (RAS), Inde, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour,
province chinoise de Taiwan et Thaïlande.
Les entrées massives de devises offrent des 2 Hors RAS de Hong Kong et Singapour, qui sont des centres financiers régionaux.
occasions de dynamiser l’investissement et la crois- 3 L’écart d’intérêt est l’écart entre le taux d’intérêt national et le taux américain, La
variation est la différence entre la dernière observation et la moyenne de 2005. Les varia-
sance, mais créent aussi des problèmes à court tions des dépenses publiques, en pourcentage du PIB, sont la différence entre la moyenne
terme. Cependant, les pouvoirs publics ont géné- de 2006–07 et celle de 2004–05.

ralement réussi à maintenir la compétitivité exté-

91
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

rieure — les exportations de la région continuent • Le repli de l’inflation a permis à quelques


d’augmenter rapidement —, tout en limitant les banques centrales d’abaisser les taux d’intérêt
risques de surchauffe et en se préparant à des (Indonésie, Philippines et Thaïlande), alors
retournements éventuels de ces flux de devises. que d’autres ont durci récemment leur poli-
Dans la plupart des pays, l’inflation reste faible tique monétaire (Chine, Corée et Inde). La
ou a reculé considérablement après des pressions maîtrise des dépenses publiques a joué un rôle
à la hausse (Indonésie et Philippines), alors que aussi dans plusieurs pays, notamment la RAS de
la croissance du crédit a ralenti (la Corée et Sin- Hong Kong, l’Inde, la Malaisie et la province
gapour sont des exceptions). En Inde, l’inflation chinoise de Taiwan.
s’est repliée ces derniers mois, mais il subsiste des Les pouvoirs publics devront réagir de manière
risques de hausse — l’inflation hors alimentation souple aux flux de devises à l’avenir. Il serait utile
et énergie reste élevée, la croissance du crédit de- de continuer d’assouplir les restrictions aux sorties
meure rapide et les cours des actions ont progressé de capitaux, non seulement du point de vue de la
nettement au cours des douze derniers mois. En gestion de la demande à court terme si les entrées
Chine, la montée des prix des produits alimen- de devises restent massives, mais aussi en raison
taires a porté la hausse des prix à la consommation des avantages plus larges dont bénéficieront les
à 6,5 % en août (bien que la hausse des prix des investisseurs sur le plan de la diversification de
produits non alimentaires reste modérée), le cré- leurs portefeuilles. Comme noté au chapitre 3, la
dit augmente vigoureusement et on craint une maîtrise des dépenses budgétaires peut constituer
surévaluation des cours des actions. un moyen efficace de gérer des entrées massives
Grâce à des mesures pragmatiques adaptées de capitaux et devra jouer un rôle dans la riposte
aux circonstances des pays, les entrées de devises des pouvoirs publics. C’est particulièrement le cas
dans la région ont été bien gérées. dans des pays tels que l’Inde et le Pakistan où le
• Des réformes du taux de change ont été opé- rééquilibrage doit se poursuivre en dépit des pro-
rées dans quelques pays (Chine et Malaisie) et grès accomplis récemment dans la réduction du
la plupart des monnaies se sont appréciées en déficit et de la dette publics. Le contrôle rigoureux
valeur nominale et en valeur effective réelle au du secteur financier et la poursuite du dévelop-
cours des deux dernières années. Néanmoins, pement des marchés financiers intérieurs seront
les réserves ont continué de s’accumuler importants aussi (voir l’édition d’octobre 2007
rapidement. du Global Financial Stability Report). À cet égard, le
• Les restrictions aux sorties de capitaux ont été fait que, dans quelques pays, les entreprises aient
assouplies. Grâce à une réforme réglementaire, accru leurs emprunts en devises est préoccupant,
il est plus facile pour les investisseurs privés d’ac- car elles ont ainsi accru leur exposition à une cor-
quérir et de détenir des actifs étrangers (Chine, rection éventuelle des taux de change.
Corée, Malaisie et Thaïlande) et les caisses na- Par ailleurs, un assouplissement du taux de
tionales de retraite ont été autorisées à investir change serait utile dans certains pays. En Chine, la
une part croissante de leurs actifs à l’étranger forte hausse des réserves n’a été stérilisée que par-
(Thaïlande). Les investissements directs des tiellement et a accru la liquidité déjà substantielle
pays de la région à l’étranger ont augmenté du système bancaire, menaçant de provoquer une
aussi : les entreprises asiatiques ont cherché à nouvelle accélération de la croissance des prêts
accroître leur présence sur la scène mondiale et et des investissements. Un taux de change plus
à acquérir des ressources naturelles à l’étranger. flexible donnerait à la politique monétaire plus de
En Thaïlande, de vastes contrôles des entrées chances de privilégier les objectifs intérieurs, en
de capitaux ont été mis en place en décembre particulier la nécessité de ralentir la croissance des
2006, mais la plupart d’entre eux ont été élimi- prêts et des investissements. Conjuguée à des me-
nés, alors qu’en Inde, les restrictions aux em- sures qui rendraient moins nécessaire une épargne
prunts commerciaux extérieurs ont été durcies. de précaution (notamment une augmentation des

92
AMÉRIQUE LATINE : RÉAGIR À LA FORTE HAUSSE DES ENTRÉES DE DEVISES

Tableau 2.4. Pays de l’hémisphère occidental (échantillon) :


PIB réel, prix à la consommation et solde des transactions courantes
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde des transactions courantes2
2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008
Hémisphère occidental 4,6 5,5 5,0 4,3 6,3 5,4 5,3 5,8 1,4 1,5 0,6 —
Amérique du Sud et
Mexique3 4,5 5,4 4,9 4,2 6,2 5,2 5,2 5,8 1,7 1,8 0,8 0,2
Argentine 9,2 8,5 7,5 5,5 9,6 10,9 9,5 12,6 1,9 2,5 0,9 0,4
Brésil 2,9 3,7 4,4 4,0 6,9 4,2 3,6 3,9 1,6 1,2 0,8 0,3
Chili 5,7 4,0 5,9 5,0 3,1 3,4 3,9 4,1 1,1 3,6 3,7 2,3
Colombie 4,7 6,8 6,6 4,8 5,0 4,3 5,5 4,6 –1,5 –2,1 –3,9 –3,5
Équateur 6,0 3,9 2,7 3,4 2,1 3,3 2,1 2,3 0,8 3,6 2,4 2,5
Mexique 2,8 4,8 2,9 3,0 4,0 3,6 3,9 4,2 –0,6 –0,3 –0,7 –1,1
Pérou 6,7 7,6 7,0 6,0 1,6 2,0 1,5 2,3 1,4 2,8 1,3 1,1
Uruguay 6,6 7,0 5,2 3,8 4,7 6,4 8,0 6,8 — –2,4 –2,8 –2,8
Venezuela 10,3 10,3 8,0 6,0 16,0 13,7 18,0 19,0 17,8 15,0 7,8 4,1
Amérique centrale4 4,5 5,9 5,4 4,9 8,4 7,0 6,5 6,0 –5,1 –5,0 –5,6 –5,8
Caraïbes4 6,5 8,4 6,0 4,4 6,7 8,0 6,4 5,3 –0,3 –0,4 –1,0 –0,6
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre peuvent être
trouvées au tableau A7 de l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.
3Y compris la Bolivie et le Paraguay.
4La composition de ce groupe régional figure au tableau F de l’appendice statistique.

dépenses consacrées aux soins de santé, aux re- principalement par les relations commerciales,
traites et à la protection sociale), une appréciation ainsi que par un ralentissement de la croissance
du renminbi — qui est aujourd’hui sous-évalué par des envois de fonds des travailleurs émigrés,
rapport aux paramètres fondamentaux à moyen et la fin de la forte hausse des constructions
terme — doperait aussi la consommation en ac- d’hôtels dans les Caraïbes. Dans plusieurs pays
croissant le pouvoir d’achat des ménages. Avec la exportateurs de produits de base d’Amérique du
réduction des incitations à l’investissement dans Sud — dont l’Argentine, la Colombie, le Pérou,
le secteur exportateur, cela contribuerait à une l’Uruguay et le Venezuela —, la croissance de-
réduction de l’excédent très élevé des transactions vrait ralentir après avoir été très élevée en 2006,
courantes. Ailleurs, une gestion flexible du taux de en partie à cause des contraintes croissantes qui
change permettrait aux pays de s’adapter à l’évolu- affectent l’offre. La croissance s’est raffermie au
tion des marchés financiers internationaux, alors Brésil en 2007, en réaction à l’assouplissement
que la politique monétaire serait en mesure de de la politique monétaire après que l’inflation a
réagir aux fluctuations de la «balance des risques» été rapprochée des objectifs de la banque cen-
pesant sur la croissance et l’inflation. trale, mais devrait aussi ralentir en 2008.
Ces projections régionales semblent avoir un
peu plus de chances d’être révisées à la baisse qu’à
Amérique latine : réagir à la forte la hausse, principalement parce que les remous
hausse des entrées de devises pourraient persister sur les marchés financiers in-
Après une croissance de 5½ % en 2006, le ternationaux, ce qui aurait des conséquences pour
rythme de l’expansion dans les pays de l’hémis- l’Amérique latine par les voies commerciales et
phère occidental devrait ralentir à 5 % pour l’en- financières. Jusqu’à présent, les répercussions des
semble de 2007 et à 4,3 % en 2008 (tableau 2.4). turbulences financières récentes sur l’Amérique
Ce fléchissement s’expliquerait en partie par les latine ont été relativement limitées, parce que le
répercussions du ralentissement de l’activité aux renforcement des cadres de politique macroéco-
États-Unis sur le Mexique et l’Amérique centrale, nomique et des bilans des secteurs publics a contri-

93
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Graphique 2.5. Amérique latine : les entrées de capitaux bué à ancrer la confiance des investisseurs. Cepen-
compliquent la gestion macroéconomique dant, un ralentissement de l’économie américaine
pèserait sur la demande d’exportations latino-
Plusieurs pays latino-américains enregistrent des entrées massives de capitaux qui américaines, le Mexique et l’Amérique centrale
font monter les réserves de change et contribuent à la croissance rapide du crédit et
à la hausse des cours des actions. L’ampleur des variations des taux de change face étant les plus exposés en raison de leurs relations
à ces entrées de devises a varié d’un pays à l’autre. De fortes hausses des dépenses commerciales plus étroites avec les États-Unis. Par
publiques accentuent la pression de la demande.
ailleurs, les pays exportateurs de produits de base
Amérique latine Colombie
d’Amérique du Sud seraient touchés par un recul
Argentine Mexique des prix des produits alimentaires, des métaux ou
Brésil Pérou de l’énergie qui résulterait d’un ralentissement
Chili
de la demande mondiale. Les répercussions par
le biais des circuits financiers seraient fort pro-
9 Flux nets de capitaux privés Réserves de change 500
(en pourcentage du PIB) (indice, janvier 2003 = 100) bablement moins spectaculaires que les «arrêts
450
6
brutaux» observés dans le passé, car les paramètres
400
économiques fondamentaux des pays latino-amé-
350
3
300
ricains sont plus solides, mais le tassement des
250 cours des actions et l’augmentation des marges
0
200 d’emprunt provoqueraient néanmoins un ralentis-
–3 150 sement. D’autre part, certains facteurs pourraient
100 entraîner une révision à la hausse des prévisions.
–6 50 La forte augmentation des entrées de capitaux au
2003 04 05 06 07 2003 04 05 06 Août
07 premier semestre de 2007 a fait monter les prix
des actifs locaux et a accéléré la croissance du
200 Taux de change vis-à-vis Dépenses publiques 30
du dollar (variation en pourcentage)
crédit, et de nouvelles mesures seront peut-être né-
(indice, janvier 2003 = 100) cessaires pour freiner la croissance de la demande
175
20 intérieure dans plusieurs pays en réaction aux
150 craintes de surchauffe (graphique 2.5).
10 La gestion des entrées de devises constitue un
125 enjeu macroéconomique important pour l’Amé-
0 rique latine. Jusqu’en 2006, ces entrées de de-
100
vises étaient principalement liées au commerce :
75 –10 la vigueur de la demande étrangère et les cours
2003 04 05 06 Août 2003 04 05 06 07
07 élevés des produits de base ont accru les recettes
d’exportation, et l’excédent courant régional
800 Cours des actions Croissance du crédit privé 50 a atteint le niveau record de 1,8 % du PIB. Par
(indice, janvier 2003 = 100) (variation en pourcentage
700 par rapport à l’année 40 contre, les entrées de capitaux nettes étaient en
précédente)
600 30 baisse, car les pouvoirs publics ont profité de
500 20 l’amélioration des résultats budgétaires pour
400 10 rembourser leurs emprunts extérieurs. Cepen-
300 0 dant, ces tendances se sont inversées récem-
200 –10 ment. Les excédents courants se modèrent en
100 –20 2007, car la vigueur de la demande intérieure
0 –30 a accéléré la croissance des importations. Par
2003 04 05 06 Août 2003 04 05 06 Juil.
07 07 contre, les entrées de capitaux nettes ont aug-
menté rapidement depuis le milieu de 2006,
Sources : Haver Analytics; FMI, International Financial Statistics; et calculs des avec une montée en flèche des investissements
services du FMI.
de portefeuille et des apports bancaires, en par-

94
AMÉRIQUE LATINE : RÉAGIR À LA FORTE HAUSSE DES ENTRÉES DE DEVISES

ticulier en Argentine, au Brésil et en Colombie3. a provoqué des sorties de capitaux substantielles


Les récents remous sur les marchés financiers qui ont compensé la pression à la hausse sur la
internationaux ont ralenti ces flux, mais on monnaie. Ailleurs, le solde des administrations
s’attend à ce que les pays d’Amérique latine publiques est généralement resté excédentaire ou
continuent d’enregistrer des entrées massives légèrement déficitaire, ce qui a aidé à réduire les
de capitaux dans la période à venir, bien qu’ils ratios de la dette au PIB. Cependant, les recettes
doivent être prêts à faire face éventuellement à budgétaires étant portées par la vigueur de la
une volatilité accrue. croissance et des exportations, plusieurs pays ont
Les pays d’Amérique latine ont laissé leur aussi laissé les dépenses publiques s’accélérer, ce
taux de change fluctuer de manière plus flexible qui a donné une impulsion budgétaire procycli-
que dans le passé, en réaction aux variations des que et a aggravé les risques de surchauffe. Ces
pressions sur les marchés des changes. Face aux risques sont particulièrement évidents en Argen-
entrées massives de capitaux au premier semestre tine, où des mesures récentes ont accentué l’im-
de 2007, les monnaies se sont appréciées nota- pulsion budgétaire, et au Venezuela.
blement dans plusieurs pays, dont le Brésil, la Les pays latino-américains ont adopté diverses
Colombie, le Paraguay et le Pérou, en dépit d’in- mesures pour chercher à décourager les entrées de
terventions persistantes. Au Brésil, les entrées de capitaux, mais leur effet a été limité. Par exemple,
devises au premier semestre de 2007 ont été deux en mai 2007, la Colombie a appliqué un coeffi-
fois plus élevées que pendant la même période cient de réserves obligatoires non rémunérées de
de 2006, et le real a atteint son niveau le plus 40 % pour six mois aux entrées d’investissements
élevé vis-à-vis du dollar depuis sept ans, malgré de portefeuille et de capitaux bancaires — l’Ar-
des interventions massives. Cette appréciation a gentine avait un mécanisme similaire (avec un
contribué à contenir l’inflation, ce qui a permis taux de 30 % pour un an) en place depuis 2005.
à la banque centrale de continuer à abaisser les Cependant, ces mesures n’ont eu généralement
taux d’intérêt et, partant, de réduire le large écart qu’un effet limité sur l’évolution du marché. Plus
d’intérêt vis-à-vis des autres pays. En juillet–août, important à long terme, des pays ont assoupli les
les pressions sur le marché se sont inversées, du restrictions aux sorties de capitaux. Par exemple,
fait des turbulences financières, et initialement l’Argentine, le Brésil, le Chili, la Colombie et le
les monnaies de la région se sont dépréciées, bien Pérou ont relâché les limites imposées aux porte-
qu’elles aient regagné du terrain perdu ces der- feuilles d’actifs étrangers détenus par les fonds col-
nières semaines. En Argentine, le peso a fluctué lectifs de placement et les fonds de pension. Au fil
dans une fourchette étroite sur fond des interven- du temps, ces mesures devraient aider à relever les
tions de la banque centrale et, au Venezuela, le rendements et à diversifier les portefeuilles, tout en
taux de change est inchangé depuis plus de deux atténuant les tensions sur le marché des changes.
ans et l’inflation a augmenté pour avoisiner 20 %. Plusieurs pays ont aussi eu recours à d’autres
Les choix de politique budgétaire ont influé sur mesures microéconomiques pour limiter les effets
les arbitrages auxquels les pays d’Amérique latine des entrées massives de devises sur leur économie
font face dans la gestion des entrées de devises. ou pour limiter les effets de la forte croissance
Au Chili, la politique budgétaire a joué un rôle dé- de la demande intérieure sur l’inflation. Par
libérément contre-cyclique : les pouvoirs publics exemple, le Brésil a relevé les droits d’importation
ont cherché à dégager un excédent structurel appliqués aux textiles, vêtements et chaussures
corrigé des variations des cours du cuivre, un dé- afin de protéger la production nationale, à forte
terminant essentiel des recettes, et cette stratégie intensité de main-d’œuvre, de la concurrence des
importations asiatiques; le Brésil et la Colombie
3Voir le chapitre 2 de l’édition d’octobre 2007 des Pers-
ont mis en place des lignes de crédit bon marché;
pectives économiques régionales de l’hémisphère occi- et l’Argentine a maintenu de vastes mesures ad-
dental (Regional Economic Outlook: Western Hemisphere). ministratives pour limiter la hausse des prix à la

95
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Tableau 2.5. Pays émergents d’Europe : PIB réel, prix à la consommation


et solde des transactions courantes
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde des transactions courantes2
2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008
Pays émergents
d’Europe 5,6 6,3 5,8 5,2 4,9 5,1 5,1 4,1 –5,2 –6,6 –7,3 –7,5
Turquie 7,4 6,1 5,0 5,3 8,2 9,6 8,2 4,6 –6,2 –7,9 –7,5 –7,0
Turquie non comprise 4,9 6,4 6,1 5,2 3,5 3,2 3,8 4,0 –4,8 –6,0 –7,3 –7,8
Pays baltes 9,0 9,7 8,8 6,3 4,2 4,8 6,5 6,4 –9,4 –15,1 –18,3 –18,3
Estonie 10,2 11,2 8,0 6,0 4,1 4,4 6,0 7,0 –10,0 –15,5 –16,9 –15,9
Lettonie 10,6 11,9 10,5 6,2 6,7 6,5 9,0 8,9 –12,6 –21,1 –25,3 –27,3
Lituanie 7,6 7,5 8,0 6,5 2,7 3,8 5,2 4,6 –7,1 –10,9 –14,0 –12,6
Europe centrale 4,5 6,0 5,8 4,9 2,4 2,1 3,3 3,3 –3,2 –3,7 –4,1 –4,7
Hongrie 4,2 3,9 2,1 2,7 3,6 3,9 7,6 4,5 –6,8 –6,5 –5,6 –5,1
Pologne 3,6 6,1 6,6 5,3 2,1 1,0 2,2 2,7 –1,7 –2,3 –3,7 –5,1
République slovaque 6,0 8,3 8,8 7,3 2,8 4,4 2,4 2,0 –8,6 –8,3 –5,3 –4,5
République tchèque 6,5 6,4 5,6 4,6 1,8 2,5 2,9 4,4 –1,6 –3,1 –3,4 –3,5
Europe du Sud
et du Sud-Est 4,5 6,8 6,0 5,7 7,0 6,0 4,6 5,1 –8,7 –10,5 –13,6 –13,1
Bulgarie 6,2 6,1 6,0 5,9 5,0 7,3 8,2 7,9 –12,0 –15,8 –20,3 –19,0
Croatie 4,3 4,8 5,6 4,7 3,3 3,2 2,3 2,8 –6,4 –7,8 –8,4 –8,8
Malte 3,3 3,3 3,2 2,6 2,5 2,6 0,6 2,0 –8,0 –6,1 –9,4 –8,2
Roumanie 4,1 7,7 6,3 6,0 9,0 6,6 4,3 4,8 –8,7 –10,3 –13,8 –13,2
Pour mémoire
Slovénie 4,1 5,7 5,4 3,8 2,5 2,5 3,2 3,1 –1,9 –2,5 –3,4 –3,1
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre peuvent être
trouvées au tableau A7 de l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.

consommation, notamment une limitation des dans les réformes budgétaires au Mexique : entre
ajustements des prix dans les secteurs réglemen- autres, des mesures ont été prises pour limiter
tés, des accords de prix sélectifs et des restrictions le coût des retraites dans la fonction publique
aux importations. Si elles sont durables, les me- et élargir l’assiette de l’impôt afin de remplacer
sures appliquées par l’Argentine pourraient aggra- les recettes pétrolières en baisse et de fournir un
ver les contraintes de capacité dans les principaux financement supplémentaire pour les dépenses
secteurs et mettre à mal le climat des affaires. d’infrastructure et les dépenses sociales.
À plus long terme, l’expansion actuelle des
pays d’Amérique latine est la plus longue de-
puis les années 60 et cette croissance soutenue Pays émergents d’Europe : activité
a permis de réduire les facteurs de vulnérabilité en expansion et déséquilibres
extérieure. Cependant, la région reste en bas du en hausse
classement de la croissance mondiale et les pou- La croissance dans les pays émergents d’Europe
voirs publics devraient tirer parti de la situation s’est accélérée pour atteindre 6,3 % en 2006 et n’a
actuelle pour faire avancer les réformes qui sont ralenti que légèrement au premier semestre de
nécessaires pour soutenir une croissance plus 2007 (tableau 2.5). Les dépenses consacrées aux
rapide de l’investissement et de la productivité. nouvelles capacités de production et l’activité dans
Parmi les obstacles à de meilleurs résultats fi- la construction ont stimulé l’investissement, alors
gurent l’inefficience des secteurs publics, le déve- que la hausse des revenus disponibles, l’améliora-
loppement limité de l’intermédiation financière, tion des marchés du travail et l’accès facile au cré-
l’insuffisance des infrastructures et la forte iné- dit, principalement par des prêts interbancaires in-
galité des revenus. Il est encourageant de noter ternationaux, ont continué de doper les dépenses
que des progrès ont été accomplis récemment de consommation et l’investissement, en particulier

96
PAYS ÉMERGENTS D’EUROPE : ACTIVITÉ EN EXPANSION ET DÉSÉQUILIBRES EN HAUSSE

dans les pays baltes et les pays d’Europe du Sud Graphique 2.6. Pays émergents d’Europe : la croissance
et du Sud-Est. Les exportations ont profité d’une rapide du crédit alimente la demande intérieure
expansion en Europe occidentale — qui est le prin-
cipal partenaire commercial — ainsi que de l’inté- La vive croissance du crédit dans les pays baltes et d’autres pays émergents d’Europe
soutient l’expansion des circuits financiers, mais elle pose des problèmes macro-
gration accrue des pays émergents d’Europe dans économiques et prudentiels. Elle a dopé la demande intérieure, d’où une nette dété-
les chaînes de production régionales et de l’amélio- rioration des positions extérieures. Une politique budgétaire procyclique a aggravé
les déséquilibres dans certains cas. Les déficits courants ont été financés principale-
ration de la qualité de leurs produits exportés. En ment par des prêts entre banques et d’autres emprunts, plutôt que par des investis-
particulier, une hausse des exportations a soutenu sements directs étrangers, comme en Europe centrale.

l’économie turque, où la demande intérieure a


50 Crédit privé Prêts en devises au 100

Croissance réelle du crédit privé, 2004–06


ralenti en raison du durcissement monétaire opéré
secteur privé1
pour réduire l’inflation après la montée en flèche (pourcentage du total
40 Pays baltes 80
des prêts, 2005)
de celle-ci au milieu de 2006. En Hongrie, la crois-
sance est restée plus faible que dans le reste de la 30 Autres pays émergents 60
d’Europe 2
région, en partie à cause de l’effet à court terme du
rééquilibrage des finances publiques. 20 Amérique latine 40
Europe
Cependant, les bons résultats récents sont allés occi-
10 Europe Pays émer- dentale 20
de pair avec des craintes croissantes concernant le centrale gents d’Asie
creusement des déséquilibres extérieurs et la sur- 0 0
20 40 60 80 100 120 140 Pays AEE EC AL EA
chauffe dans les pays baltes et les pays d’Europe du Crédit privé (pourcentage du PIB de 2006) baltes
Sud et du Sud-Est, où l’expansion du crédit a sti-
Impulsion budgétaire 3,4 Composition des entrées de
mulé la demande intérieure privée et a fait monter 2 (en pourcentage du PIB, capitaux 5 (pourcentage du PIB, 30

l’inflation et les déficits extérieurs (graphique 2.6). moyenne 2004–06) moyenne 2004–06 )
Inv. direct étr. 25
1 Inv. de portefeuille
En Lettonie, le déficit des transactions courantes Autres inv. 20
s’est creusé à 21 % du PIB en 2006, mais le déficit 0 15
est élevé aussi, à 10–16 % du PIB, dans les autres
10
pays baltes, en Bulgarie et en Roumanie. L’essor –1
du crédit dans les pays baltes et les pays d’Europe 5
–2
du Sud et du Sud-Est est alimenté par l’accès facile 0
au financement par des banques étrangères appa- –3 –5
AL LI HO ES SL TC RO PL CR TU Pays EC ESS Turquie
rentées à des taux d’intérêt réels faibles et, dans baltes
certains cas, par des politiques budgétaires procy-
15 Croissance de la demande Solde courant 12
cliques (graphique 2.6). Une part élevée du crédit intérieure (pourcentages) (en pourcentage du PIB)
Pays émergents 8
dans les pays baltes et les autres pays émergents 10 Amérique latine d’Asie
Pays baltes
d’Europe est libellée en monnaies étrangères ou 4

indexée à des monnaies étrangères (davantage 5 0


Europe
que dans d’autres régions émergentes) et liée au Europe centrale centrale
0 –4
secteur immobilier, et les asymétries des bilans
–8
qui en résultent créent des problèmes pruden- Autres pays émergents
–5 Autres pays émergents
d’Europe2 –12
d’Europe 2 Pays
tiels et macroéconomiques. En Europe centrale, baltes
–10 –16
les positions extérieures se sont renforcées, en 2000 02 04 06 2000 02 04 06
partie parce que les entrées de capitaux ont géné- Sources : FMI, International Financial Statistics; calculs des services du FMI.
ralement pris la forme d’investissements directs 1EC : Europe centrale; AEE : autres pays émergents d’Europe; EA : pays émergents d’Asie;
AL : Amérique latine.
étrangers dans les secteurs des biens échangeables, 2Bulgarie, Croatie, Malte, Roumanie et Turquie.
3LE : Lettonie; LI : Lituanie; HO : Hongrie; ES : Estonie; SL : République slovaque; TC :
et les exportations qui en résultent contribuent
République tchèque; RO : Roumanie; PL : Pologne; CR : Croatie; et TU : Turquie.
à contenir le déficit des transactions courantes. 4Différence première dans le solde structurel corrigé, le cas échéant, de manière à isoler
l’effet de la politique budgétaire sur la demande en excluant les dons de l’UE et les recettes
L’inflation a été mieux maîtrisée aussi dans les des privatisations des recettes, et les paiements à l’UE des dépenses.
5ESS : Europe du Sud et du Sud-Est.
pays d’Europe centrale, en partie grâce à l’indé-

97
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

pendance de la politique monétaire alors que la la production d’Europe occidentale. Le resserre-


plupart des pays ciblent l’inflation, à l’appréciation ment du crédit à l’échelle mondiale pèsera pro-
nominale antérieure des monnaies et à l’effet de bablement sur la croissance des prix du logement
freinage exercé par la concurrence mondiale sur et les dépenses de consommation des ménages,
les salaires, bien que l’expansion de la demande avec des implications pour la construction et l’in-
commence maintenant à mettre à l’épreuve les vestissement des entreprises5. Un ralentissement
ressources4. des exportations est probable aussi en raison du
Le niveau élevé des déséquilibres extérieurs fléchissement de la demande extérieure d’Europe
dans les pays baltes et les pays d’Europe du Sud occidentale et, dans une moindre mesure, de la
et du Sud-Est fait craindre une éventuelle suréva- vigueur des monnaies et de la hausse des coûts sa-
luation des taux de change en termes réels, bien lariaux. Cependant, l’écart de salaire encore consi-
qu’il soit admis qu’une partie de l’appréciation dérable vis-à-vis de l’Europe occidentale et la forte
réelle des taux de change enregistrée récemment croissance de la productivité continueront de sou-
par ces pays correspond à une amélioration des tenir la compétitivité. Le ralentissement de l’activité
paramètres fondamentaux. Parmi les facteurs devrait être plus prononcé dans les pays baltes, où
de soutien figurent la forte croissance de la pro- un fléchissement de la demande serait opportun.
ductivité dans le secteur des biens échangeables Ces prévisions risquent d’être révisées à la
(effet bien connu de Balassa-Samuelson), les baisse, principalement à cause de la possibilité
transferts de l’UE aux nouveaux pays membres, d’un resserrement du crédit plus brutal que
qui devraient rester considérables dans les années prévu. En outre, les risques d’une résorption dé-
à venir, et l’amélioration de la qualité des services. sordonnée des déséquilibres extérieurs élevés se
Par ailleurs, une partie de l’appréciation réelle est concentrent sur quelques pays, avec des effets de
probablement un ajustement exceptionnel lié, par contagion sur le reste de la région. Les pays qui af-
exemple, à l’adoption de l’acquis communautaire fichent des déséquilibres extérieurs élevés — pays
et à l’offre accrue de capitaux étrangers qui résulte baltes, Bulgarie et Roumanie — seront peut-être
de la confluence de conditions de financement fort touchés par le coût accru du financement
exceptionnellement favorables à l’échelle mon- extérieur et la hausse des primes de risque, après
diale et de changements structurels dans la base les récentes turbulences financières, bien que
des investisseurs pour les pays émergents. Les flux la solidité de leur position budgétaire puisse
spéculatifs ont peut-être contribué aussi à l’appré- atténuer les retombées dans certains cas. Une
ciation réelle des monnaies, mais il est difficile de contagion par la voie des marchés financiers est
quantifier des facteurs de ce type. Les pays émer- possible : une augmentation de la prime de risque
gents d’Europe, en particulier ceux dont le besoin d’un pays émergent d’Europe pourrait pousser
de financement extérieur est élevé et où l’asymé- les investisseurs à réévaluer le risque souverain des
trie des monnaies dans les bilans du secteur privé autres pays de la région. Le «prêteur commun»
est considérable, pourraient donc être vulnérables — un petit groupe de banques principalement
à un changement d’opinion des investisseurs. européennes représentant une part élevée des
Il est prévu que la croissance régionale ralentira créances sur les banques et le secteur privé des
à 5,8 % en 2007 et à 5,2 % en 2008. La demande pays émergents d’Europe — constitue un autre
intérieure fléchira en raison du durcissement mo- canal éventuel de transmission de chocs financiers
nétaire et budgétaire, mais devrait rester solide, dans l’ensemble de la région. Il existe un risque
grâce, entre autres, aux transferts massifs de l’UE d’effets externes des pays émergents d’Europe
et à l’attrait encore considérable des transferts de

5La croissance rapide du crédit dans les pays baltes étant


4La forte hausse de l’inflation prévue en Hongrie pour de plus en plus préoccupante, les banques suédoises qui
2007 s’explique par des augmentations substantielles des opèrent dans ces pays ont annoncé leur intention de dur-
prix réglementés. cir les conditions d’accès au crédit.

98
PAYS ÉMERGENTS D’EUROPE : ACTIVITÉ EN EXPANSION ET DÉSÉQUILIBRES EN HAUSSE

sur l’Europe occidentale par les voies financière les filiales et succursales des banques de pays
et commerciale, mais il est bien plus faible que avancés tirent l’expansion du crédit et la solidité
parmi les pays émergents d’Europe (Haas and de leurs banques mères est rassurante, mais ces
Tamirisa, 2007). banques en sont peut-être venues à se reposer
La politique macroéconomique doit donc avoir de manière excessive sur les solides bénéfices
pour priorité d’assurer un atterrissage en douceur de leurs établissements dans les pays émergents
de l’économie, tout en limitant les facteurs de (Tamirisa and Igan, 2006). Une étroite coopéra-
vulnérabilité et en jetant les bases d’une crois- tion internationale entre les autorités de tutelle
sance durable à long terme. Les pays appliquant est donc nécessaire afin de s’attaquer en temps
un régime de change fixe (par exemple, les pays opportun et de manière efficace aux problèmes
baltes et la Bulgarie) ou un régime de flottement qui apparaissent. Il est prioritaire aussi de sensi-
fortement administré (par exemple, la Croatie) biliser davantage les emprunteurs aux risques et
devraient s’appuyer davantage sur une politique d’améliorer l’infrastructure de marché qui faci-
budgétaire restrictive pour freiner la pression lite l’évaluation du risque par les banques (par
de la demande. Les pays appliquant un taux de exemple, les agences de notation).
change flottant (par exemple, la Roumanie) Pour les nouveaux pays membres de l’UE qui
peuvent aussi relever les taux d’intérêt si besoin souhaitent adopter l’euro, la tâche principale
est pour contenir les tensions inflationnistes, tout consiste à satisfaire aux critères d’adhésion et à
en freinant les expansions budgétaires procy- entrer dans l’union monétaire dans une position
cliques. Comme les multiplicateurs de la politique qui leur permet de continuer à obtenir de bons
budgétaire sont généralement faibles dans les résultats par la suite. L’appréciation soutenue
économies ouvertes de la région, il vaut la peine en termes réels qui va de pair avec la conver-
d’envisager des mesures budgétaires spécifiques gence rapide des revenus dans les nouveaux pays
qui visent à réduire les incitations fiscales et les membres, même dans les cas où l’économie n’est
subventions aux emprunts immobiliers. L’exécu- pas en surchauffe, rend particulièrement difficile
tion de programmes de rééquilibrage budgétaire le respect du critère d’inflation (Haas and Tami-
est une priorité dans les pays où la viabilité des risa, 2007). Il est donc essentiel que les nouveaux
finances publiques à long terme n’est pas assurée, pays membres continuent de mener une politi-
par exemple, la Hongrie, la Pologne et la Répu- que macroéconomique cohérente et d’accroître
blique tchèque. Dans quelques pays, il convient la flexibilité structurelle de leur économie pour
aussi de faire avancer les réformes structurelles entrer dans la zone euro sans heurts et obtenir
visant à assouplir les prix et les salaires. de bons résultats dans l’UEM. En particulier
Il est essentiel d’appliquer un contrôle ban- dans les pays qui sont encore loin d’atteindre des
caire rigoureux, en particulier des prêts en objectifs budgétaires à moyen terme «prudents»,
devises et des prêts immobiliers, pour préserver l’ajustement budgétaire aidera à atténuer la pres-
la qualité du crédit et les fonds propres des sion cyclique de la demande, tout en plaçant les
banques alors que les bilans sont en expansion finances publiques sur une trajectoire viable à
rapide. De nombreux pays durcissent leur ré- plus long terme et en aidant à respecter les cri-
glementation prudentielle et administrative tères budgétaires de Maastricht avec une certaine
afin d’encourager les banques à renforcer leur marge. Il est essentiel aussi de communiquer
gestion des risques et/ou à réduire le rythme clairement les perspectives des nouveaux pays
de la croissance du crédit, mais l’efficacité de membres pour ce qui est de l’adoption de l’euro,
ces mesures semble très limitée jusqu’à présent car cela aidera les ménages, les entreprises et
(Hilbers, Ötker-Robe, and Pazarbasioglu, 2007). les marchés financiers à prendre les décisions
Une réaction plus énergique sur le plan pruden- appropriées et peut-être à corriger les asymétries
tiel est justifiée dans les pays où la qualité des monétaires accumulées sur la base d’attentes an-
prêts est préoccupante. Dans beaucoup de pays, térieures plus optimistes.

99
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Tableau 2.6. Communauté des États indépendants : PIB réel, prix à la consommation
et solde des transactions courantes
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde des transactions courantes2
2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008
Communauté des
États indépendants (CEI) 6,6 7,7 7,8 7,0 12,1 9,4 8,9 8,3 8,8 7,6 4,8 3,1
Bélarus 9,3 9,9 7,8 6,4 10,3 7,0 8,1 10,0 1,6 –4,1 –7,9 –8,1
Kazakhstan 9,7 10,7 8,7 7,8 7,6 8,6 8,6 7,8 –1,8 –2,2 –2,2 –1,1
Russie 6,4 6,7 7,0 6,5 12,7 9,7 8,1 7,5 11,1 9,7 5,9 3,3
Turkménistan 9,0 9,0 10,0 10,0 10,7 8,2 6,5 9,0 5,1 15,3 13,0 12,5
Ukraine 2,7 7,1 6,7 5,4 13,5 9,0 11,5 10,8 2,9 –1,5 –3,5 –6,2
CEI-7 12,0 14,6 15,7 13,4 8,4 10,0 12,1 11,7 2,2 7,5 13,7 19,1
Arménie 14,0 13,3 11,1 10,0 0,6 2,9 3,7 4,9 –3,9 –1,4 –4,0 –4,2
Azerbaïdjan 24,3 31,0 29,3 23,2 9,7 8,4 16,6 17,0 1,3 15,7 31,4 39,9
Géorgie 9,6 9,4 11,0 9,0 8,3 9,2 8,5 8,1 –9,8 –13,8 –15,7 –15,2
Moldova 7,5 4,0 5,0 5,0 11,9 12,7 11,2 8,9 –10,3 –12,0 –8,0 –7,3
Ouzbékistan 7,0 7,3 8,8 7,5 10,0 14,2 12,2 9,8 13,6 18,8 21,1 21,0
République kirghize –0,2 2,7 7,5 7,0 4,3 5,6 7,0 7,0 3,2 –6,6 –17,9 –15,1
Tadjikistan 6,7 7,0 7,5 8,0 7,3 10,0 9,9 12,6 –2,5 –2,9 –11,6 –12,6
Pour mémoire
Exportateurs nets d’énergie3 7,1 7,7 7,9 7,3 12,1 9,7 8,5 7,9 10,0 9,2 6,3 4,4
Importateurs nets d’énergie4 4,5 7,7 7,2 6,0 12,0 8,5 10,4 10,3 1,4 –3,0 –5,4 –7,2
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre peuvent être

trouvées au tableau A7 de l’appendice statistique.


2En pourcentage du PIB.
3Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.
4Arménie, Bélarus, Géorgie, Moldova, République kirghize, Tadjikistan et Ukraine.

Communauté des États indépendants : de l’investissement. Le crédit au secteur privé


tensions entre objectifs d’inflation a augmenté rapidement dans l’ensemble de la
et de taux de change région, sous l’effet des entrées de capitaux, de
l’abondance des liquidités intérieures et des amé-
La Communauté des États indépendants liorations structurelles dans le secteur financier.
(CEI) n’a pas été à l’abri des récents remous Sur fond de la raréfaction des liquidités à
sur les marchés financiers, mais ceux-ci se sont l’échelle mondiale et du désengagement des
produits au milieu de la plus longue expansion actifs à risques, les monnaies du Kazakhstan et
économique depuis le début de la transition. de la Russie ont subi des pressions à la baisse fin
Bien qu’elle ait ralenti légèrement, la croissance août. Au Kazakhstan, la crainte que les banques
dans la région est restée vigoureuse au deuxième intérieures soient vulnérables à une réduction du
trimestre de 2007. En Russie, la croissance a crédit à l’échelle mondiale a contribué à ces ten-
avoisiné 7¾ % (sur un an) et l’activité écono- sions, alors qu’en Russie, le rapatriement d’actifs
mique dans les autres pays de la CEI est restée liquides en roubles par des investisseurs non
dynamique aussi. Cette expansion régionale est résidents a été le facteur principal de la déprécia-
soutenue par les cours élevés des produits de tion. Alors que la liquidité des marchés interban-
base et les entrées massives de capitaux, ainsi caires se détériorait et que les banques avaient
que par des gains de productivité persistants. La du mal à obtenir des financements extérieurs et
consommation, portée par la progression des re- commençaient à réduire leurs prêts, les banques
venus réels et l’accès facile au crédit, est restée le centrales des deux pays ont injecté des liquidités
principal moteur de la croissance, mais il semble pour garantir la stabilité du système bancaire.
aussi que la composition de la demande com- La croissance devrait tomber de 7¾ % en
mence à se rééquilibrer, avec la reprise récente 2006–07 à 7 % en 2008, essentiellement à cause

100
CEI : TENSIONS ENTRE OBJECTIFS D’INFLATION ET DE TAUX DE CHANGE

du resserrement du crédit et de l’affaiblissement Graphique 2.7. Communauté des États indépendants :


de l’environnement extérieur. Les cours élevés faire face aux entrées de capitaux
des produits de base et la hausse des dépenses
La CEI a profité d’entrées d’investissements directs, de portefeuille et autres, qui
budgétaires continueraient à soutenir l’activité ont soutenu l’expansion des circuits financiers et de l’économie dans la région.
dans les pays exportateurs nets d’énergie (Azer- Cependant, ces capitaux ont aussi posé des problèmes macroéconomiques. Les
pays doivent choisir si l’appréciation réelle doit se faire principalement à l’aide de
baïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turk- l’inflation ou d’une appréciation nominale, un choix qui est exacerbé par la crois-
ménistan) (tableau 2.6 et graphique 2.7). Dans sance rapide de la demande, des politiques budgétaires expansionnistes et la
flexibilité limitée des taux de change dans la plupart des pays de la CEI.
les pays importateurs nets d’énergie, la croissance
Entrées de capitaux
devrait ralentir plus rapidement, en partie à cause (en pourcentage du PIB)
du renchérissement du pétrole, même si la crois-
sance dans ces pays restera soutenue par l’envo- Investissements Investissements Autres
directs de portefeuille investissements
lée des cours mondiaux des produits de base6 et
10 Exportateurs d’énergie1 Importateurs d’énergie2 10
le dynamisme de l’économie régionale, comme
en témoignent la vigueur de la demande exté-
5 5
rieure et les entrées massives d’investissements
directs étrangers et d’envois privés de fonds de
0 0
l’étranger des pays importateurs nets d’énergie.
Néanmoins, la croissance risque d’être révisée
à la baisse, car les turbulences financières pour- –5 –5

raient avoir un effet plus prononcé sur l’offre de


financement étranger et intérieur, et le ralentis- –10 –10
2001 02 03 04 05 06 07 2001 02 03 04 05 06 07
sement de la croissance mondiale pèsera sur les
cours des produits de base et la demande d’ex- Exportateurs d’énergie Importateurs d’énergie

portations. Si la croissance ralentissait notable- 25 Inflation Dépenses publiques 40


(pourcentages) (variation annuelle en
ment en Russie, la demande d’importations des pourcentage)
30
plus petits pays de la région (Arménie, Géorgie, 20
Moldova, République kirghize et Tadjikistan)7 et 20
les envois privés de fonds vers ces pays seraient 15
probablement affectés. 10
Une période prolongée de croissance vigou- 10
0
reuse de la demande dans la région a accru les
tensions sur les ressources, et a maintenu l’in- 5 –10
2001 02 03 04 05 06 07 2001 02 03 04 05 06 07
flation à un niveau élevé (9–10 %). Les coûts
unitaires de main-d’œuvre sont en hausse dans 100 Croissance du crédit au Taux de change effectif réel 3 140
quelques pays, du fait de l’augmentation des secteur privé (indice, 2001 = 100)
(variation annuelle en
taux d’utilisation de la main-d’œuvre et des ten- 80 pourcentage)
sions sur le marché du travail (Ukraine). Des 120
pénuries de matériel apparaissent aussi, comme 60
en témoigne la hausse des importations de biens
100
d’équipement (Russie). En Azerbaïdjan, l’infla-
40
tion devrait dépasser 10 % en 2007 et en 2008,

20 80
6Beaucoup 2001 02 03 04 05 06 07 : 2001 02 03 04 05 06 07 :
de pays de la région exportent des produits T2 T2
de base : aluminium (Tadjikistan), cuivre (Arménie et
Géorgie), coton (Ouzbékistan et Tadjikistan), et métaux Sources : FMI,International Financial Statistics, et estimations des services du FMI.
1Azerbaïdjan, Kazakhstan, Ouzbékistan, Russie et Turkménistan.
ferreux et ferraille (Géorgie). 2Arménie, Bélarus, Géorgie, République kirghize, Moldova, Tadjikistan et Ukraine.
7Ces pays enregistrent des entrées massives d’envois pri- 3Une augmentation/diminution de l’indice représente une appréciation/dépréciation
vés de fonds de l’étranger (15–35 % du PIB). de la monnaie d’un pays par rapport à celle de ses partenaires commerciaux.

101
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

car une forte expansion budgétaire se heurte créé des problèmes. Contrairement aux recettes
aux limites imposées par l’offre. En plus d’orien- d’exportation des produits de base, qui ont été
ter les prix à la hausse, la croissance vigoureuse au moins en partie stérilisées dans des fonds de
de la demande dans la région pèse aussi sur les stabilisation (par exemple, au Kazakhstan et en
comptes des transactions courantes, qui restent Russie), les entrées de capitaux ont dans une
néanmoins largement excédentaires dans la large mesure fait sentir leurs effets en stimulant
plupart des pays exportateurs d’énergie. La com- la croissance du crédit intérieur et en provo-
pétitivité a souffert de la hausse des prix dans quant des tensions inflationnistes. L’apprécia-
certains pays, bien que de nombreuses monnaies tion nominale qui a fait suite à ces entrées de
de la région (notamment le rouble russe) restent capitaux a été limitée, car de nombreux pays
sous-évaluées par rapport aux paramètres fonda- ciblent le taux de change nominal. Une baisse
mentaux à moyen terme. des recettes non pétrolières et/ou la croissance
La région a attiré beaucoup de capitaux pri- rapide des dépenses publiques ont accentué
vés étrangers ces dernières années. L’investisse- les problèmes de surchauffe (par exemple,
ment direct étranger — privatisations, fusions et en Arménie, en Azerbaïdjan, en Géorgie, en
acquisitions, ainsi qu’investissements dans des Russie et en Ukraine). Plus récemment, les
installations entièrement nouvelles — a soutenu craintes concernant une éventuelle réduction
la croissance, en particulier dans les pays importa- du financement bancaire extérieur du fait des
teurs nets d’énergie. Les entrées d’investissements turbulences financières ont mis en évidence les
de portefeuille et autres investissements ont aug- problèmes qui pourraient surgir si ces flux de
menté aussi au fil des ans, notamment dans les capitaux devaient s’inverser.
pays exportateurs nets d’énergie. Cette tendance Quelques pays de la CEI ont réagi aux entrées
est particulièrement prononcée en Russie et au massives de capitaux et aux risques de surchauffe
Kazakhstan, où les emprunts bancaires extérieurs en élargissant le champ d’application des réserves
sont montés en flèche avant le début des turbu- obligatoires et en durcissant celles-ci, ce qui a
lences financières8. Le niveau élevé des taux d’in- contribué à absorber la liquidité dans le système.
térêt intérieurs et les anticipations d’une nouvelle Cependant, en fin de compte, un assouplissement
appréciation du rouble ont poussé les banques à se des taux de change est nécessaire pour mieux
tourner vers l’extérieur pour financer leurs porte- maîtriser l’inflation (par exemple, au Kazakhstan,
feuilles de prêts intérieurs. De manière plus géné- en Russie et en Ukraine)9, et il convient d’ac-
rale, la flexibilité limitée de la politique de change célérer les préparatifs à un assouplissement des
dans beaucoup de pays de la CEI a peut-être fait taux de change pour ne pas que des anticipations
croire à des «paris sans risque», ce qui a encou- inflationnistes élevées finissent par s’ancrer. Pour
ragé des entrées de capitaux spéculatifs. En ce qui appuyer cette stratégie, il faut redoubler d’efforts
concerne la persistance des apports bancaires et pour mettre au point des instruments monétaires
des entrées d’investissements de portefeuille, les fondés sur le marché, approfondir le marché
perspectives sont plus incertaines après les turbu- monétaire intérieur et durcir la réglementation
lences financières, mais les cours élevés du pétrole financière, en particulier pour veiller à ce que les
et d’autres produits de base continueront proba- emprunts extérieurs ne fragilisent pas les bilans
blement d’attirer des capitaux dans la région. des banques ou des entreprises. Il convient de
Le recours accru aux emprunts bancaires et maîtriser la croissance des dépenses publiques, en
aux entrées d’investissements de portefeuille trouvant un juste équilibre entre la satisfaction de
pour financer la croissance dans la région a besoins sociaux et de besoins d’infrastructures qui

8En Arménie, au Moldova et dans la République kir- 9La banque centrale russe a laissé le rouble s’apprécier

ghize, le financement officiel a contribué largement à la de ½ % vis-à-vis du panier dollar/euro le 26 juin et de


croissance. 0,6 % le 9 août.

102
AFRIQUE SUBSAHARIENNE : TIRER PARTI DE LA MONDIALISATION

restent considérables et l’intensification excessive principalement à cause de la possibilité d’un ra-


des tensions inflationnistes et des pressions à la lentissement de la croissance mondiale, qui pèse-
hausse sur les monnaies. rait sur la demande des exportations de produits
Au-delà du court terme, il est essentiel de stimu- de base africains et durcirait les contraintes fi-
ler l’épargne et l’investissement pour renforcer les nancières, ainsi que des risques liés à l’évolution
perspectives de croissance de la région. Les gains politique dans certains pays.
de productivité de rattrapage vont probablement Dans une perspective à plus long terme,
diminuer au fil du temps, alors que la tendance l’Afrique subsaharienne enregistre manifes-
démographique défavorable pèse sur les perspec- tement sa meilleure période de croissance
tives à long terme. L’investissement (qui s’établit à soutenue depuis l’indépendance. Si les pays
21 % du PIB en 2006 et ne devrait augmenter que exportateurs de pétrole affichent la crois-
légèrement en 2007) reste plus faible que dans les sance la plus rapide, la plupart des autres pays
autres régions du monde, tandis que sa concentra- connaissent aussi une croissance vigoureuse,
tion dans les industries extractives et la construc- et leurs résultats sont supérieurs à la tendance
tion souligne la nécessité de diversifier les sources historique (graphique 2.8). Par ailleurs, les pays
de croissance. Quant à savoir si l’investissement à croissance plus rapide réduisent substantiel-
privé peut relever ce défi, cela dépendra des amé- lement leur taux de pauvreté. Ce succès tient à
liorations qui seront apportées aux institutions la combinaison d’une conjoncture extérieure
et au climat des affaires. L’expansion des circuits favorable (en particulier une amélioration des
financiers et l’établissement de sources de finan- termes de l’échange), d’une bonne exécution
cement aux conditions du marché renforceraient des politiques économiques et de l’ouverture
aussi les perspectives de croissance à long terme. croissante des économies de la région, non
Avec un nouveau renforcement de la réglementa- seulement des pays exportateurs de pétrole et
tion prudentielle (par exemple, un provisionne- de produits de base, mais aussi des pays côtiers
ment plus strict et un relèvement des coefficients et enclavés. Si la hausse des exportations de
de risque pour certaines catégories de prêts) et carburants et de produits de base a joué un
du contrôle bancaire, les banques seraient mieux rôle essentiel, les pays africains ont aussi été en
en mesure de gérer les risques et de préserver la mesure d’accroître leurs exportations manufac-
qualité du crédit alors que les prêts augmentent turières non traditionnelles et de diversifier les
rapidement. destinations de leurs exportations, avec en par-
ticulier de nouvelles destinations en Asie où la
demande de produits provenant des ressources
Afrique subsaharienne : tirer parti naturelles est vigoureuse10.
de la mondialisation La combinaison d’économies plus ouvertes
La croissance en Afrique subsaharienne de- dans une conjoncture extérieure favorable et
vrait passer de 5,7 % en 2006 à 6,1 % en 2007, d’une exécution meilleure et plus cohérente des
puis à 6,8 % en 2008 (tableau 2.7). L’accéléra- politiques économiques, de réformes du climat
tion de la croissance s’explique dans une large des affaires et de réductions des charges de la
mesure par la mise en exploitation de nouvelles dette ont permis aux pays d’Afrique subsaha-
capacités de production dans les pays exporta- rienne d’attirer de plus en plus de capitaux pri-
teurs de pétrole, tels que l’Angola et le Nigéria, vés, ainsi que de recevoir plus d’aide et d’envois
mais la croissance devrait rester relativement de fonds de l’étranger. L’investissement direct
élevée dans la plupart des autres pays de la ré- étranger a été particulièrement élevé dans les
gion, alors que l’inflation serait généralement pays riches en ressources, mais ailleurs aussi, par
en baisse (le Zimbabwe restant une exception).
Cependant, les prévisions ont un peu plus de 10Pour plus de détails, voir Fonds monétaire internatio-

chances d’être révisées à la baisse qu’à la hausse, nal (2007).

103
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Tableau 2.7. Pays d’Afrique (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation


et solde des transactions courantes
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde des transactions courantes2
2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008
Afrique 5,6 5,6 5,7 6,5 6,6 6,3 6,6 6,0 2,0 3,1 — 0,6
Maghreb 4,1 5,2 4,3 5,6 1,5 3,1 3,6 3,4 11,7 14,6 10,4 9,7
Algérie 5,1 3,6 4,8 5,2 1,6 2,5 4,5 4,3 20,7 25,6 19,4 18,4
Maroc 2,4 8,0 2,5 5,9 1,0 3,3 2,5 2,0 2,4 3,4 0,7 0,2
Tunisie 4,0 5,4 6,0 6,2 2,0 4,5 3,0 3,0 –1,1 –2,3 –2,6 –2,7
Afrique subsaharienne 6,0 5,7 6,1 6,8 8,2 7,3 7,6 6,7 –0,9 –0,3 –3,0 –1,6
Corne de l’Afrique3 9,3 10,5 10,9 10,2 7,7 9,3 12,0 10,3 –9,4 –13,5 –9,5 –7,3
Éthiopie 10,2 9,0 10,5 9,6 6,8 12,3 17,8 15,9 –6,8 –10,4 –5,9 –3,0
Soudan 8,6 11,8 11,2 10,7 8,5 7,2 8,0 6,5 –10,7 –14,7 –10,7 –8,5
Région des grands lacs3 6,2 5,6 6,3 7,0 11,5 10,3 9,6 6,5 –3,6 –5,2 –5,8 –7,5
Congo, Rép. dém. du 6,5 5,1 6,5 8,4 21,4 13,2 17,5 8,8 –10,6 –7,5 –8,1 –10,9
Kenya 5,8 6,1 6,4 6,5 10,3 14,5 6,9 7,2 –0,8 –2,4 –3,7 –5,1
Ouganda 6,7 5,4 6,2 6,5 8,0 6,6 7,5 5,1 –2,1 –4,1 –2,4 –6,3
Tanzanie 6,7 6,2 7,1 7,5 4,4 7,3 5,6 5,0 –4,5 –8,6 –10,6 –10,8
Afrique du Sud3 6,5 7,2 9,2 11,0 11,7 10,4 9,0 7,3 4,4 10,9 3,6 2,6
Angola 20,6 18,6 23,1 27,2 23,0 13,3 11,9 8,9 16,8 23,3 7,6 10,7
Zimbabwe4 –5,3 –4,8 –6,2 –4,5 237,8 1.016,7 16.170,2 ... –11,2 –4,0 –0,9 ...
Afrique de l’Ouest
et Afrique centrale3 5,6 4,2 4,6 6,5 11,5 7,5 5,7 5,9 2,7 5,4 –0,4 1,8
Ghana 5,9 6,2 6,3 6,9 15,1 10,9 9,4 8,8 –7,0 –9,7 –9,7 –7,7
Nigéria 7,2 5,6 4,3 8,0 17,8 8,3 5,3 7,4 9,3 12,2 1,8 6,0
Zone franc CFA3 4,5 2,2 4,6 5,3 4,4 3,6 3,1 3,1 –1,5 0,5 –0,7 –0,7
Cameroun 2,0 3,8 3,8 5,3 2,0 5,1 2,0 2,7 –3,3 –0,7 –1,5 –3,1
Côte d’Ivoire 1,8 0,9 1,7 3,8 3,9 2,5 2,5 3,0 0,2 3,0 2,6 1,3
Afrique du Sud 5,1 5,0 4,7 4,2 3,4 4,7 6,6 6,2 –4,0 –6,5 –6,7 –6,4
Pour mémoire
Pays importateurs de pétrole 4,7 5,3 4,9 5,3 5,6 6,5 6,9 6,0 –3,2 –3,9 –4,5 –4,1
Pays exportateurs de pétrole5 7,5 6,3 7,5 9,1 8,9 5,9 6,1 6,0 11,5 14,7 7,2 8,9
1Pour les prix à la consommation, le Zimbabwe est exclu. Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles.

Les variations de décembre à décembre peuvent être trouvées au tableau A7 de l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.
3La composition de ce groupe régional figure au tableau F de l’appendice statistique.
4Étant donné la tendance récente, il n’est pas possible de prévoir avec précision l’inflation ni le PIB nominal et aucune projection n’est donc

présentée pour 2008.


5Y compris le Tchad et la Mauritanie dans ce tableau.

exemple pour financer des projets touristiques. vantage d’aide, en particulier des pays enclavés
Un plus petit nombre de pays a commencé aussi tels que le Lesotho, le Malawi et le Rwanda.
à susciter l’intérêt des investisseurs de portefeuille Jusqu’à présent, dans les pays d’Afrique subsa-
privés — l’Afrique du Sud, avec sa structure fi- harienne, les problèmes posés par la gestion des
nancière bien développée, reçoit la majorité de entrées de devises ont impliqué des arbitrages
ces fonds, mais d’autres pays, tels que le Ghana moins difficiles que dans les autres régions en dé-
et l’Ouganda, qui ont renforcé la crédibilité de veloppement, mais il faut être prêt à y faire face.
leur politique économique, ont enregistré aussi La plupart des pays de la région ont continué de
une hausse des entrées de capitaux. Les dons offi- dégager un déficit élevé des transactions couran-
ciels n’ont pas progressé sensiblement au niveau tes; l’accumulation des réserves de change est
agrégé, en dépit des engagements pris au sommet opportune, mais les réserves restent assez faibles
de Gleneagles, mais plusieurs pays ont reçu da- (en dehors des pays producteurs de pétrole) et

104
AFRIQUE SUBSAHARIENNE : TIRER PARTI DE LA MONDIALISATION

les hausses des taux de change effectifs réels ont Graphique 2.8. Afrique subsaharienne :
été limitées. Les problèmes sont les plus urgents profiter de la mondialisation
pour les pays exportateurs de pétrole. Comme les La croissance a été vigoureuse dans la plupart des pays africains ces dernières
autres pays producteurs de pétrole, les pays expor- années, grâce à l’ouverture croissante aux échanges. Elle a été particulièrement
rapide dans les pays exportateurs de pétrole, où les recettes d’exportation ont
tateurs de pétrole d’Afrique ont enregistré une fait monter les réserves. Les entrées nettes de capitaux privés ont augmenté, en
nette amélioration de leurs termes de l’échange particulier dans les pays côtiers, tandis que les flux officiels ont progressé sensi-
blement vers les pays enclavés, et ont financé des déficits courants en hausse
en raison des récentes hausses des prix des carbu- dans les deux groupes de pays.
rants, et leurs réserves de change ont augmenté Exportateurs de pétrole Exportateurs de pétrole
rapidement. Ces pays doivent veiller à dépenser Exportateurs de produits Exportateurs de produits
de base hors pétrole de base hors pétrole
ces recettes exceptionnelles de manière prudente, Pays côtiers Pays côtiers
sans trop mettre à l’épreuve leurs capacités d’ab- Pays enclavés Pays enclavés
sorption, et à économiser suffisamment pour
10 Croissance du PIB Ouverture 90

Variation de l’ouverture, 1990–2007


les générations futures. Comme noté dans FMI (pourcentages; moyenne
8 mobile sur trois ans)
(2007), il sera important de conjuguer des aug-
60
mentations bien ciblées des dépenses publiques 6

à une amélioration de la réaction de l’offre dans 4


30
l’économie non pétrolière. Des enseignements 2
similaires s’appliquent aussi pour ce qui est de 0
0
la meilleure manière d’utiliser les apports d’aide
–2
supplémentaires. Bien que ceux-ci offrent une
–4 –30
occasion importante de faire reculer la pauvreté, 1990 95 2000 05 –4 –2 0 2 4 6 8
Croissance moyenne du PIB, 1990–2007
il faudra veiller à ne pas évincer d’autres activités
productives en sollicitant davantage les rares res- Solde courant, hors dons Dons officiels
sources intérieures (encadré 2.3). Flux nets de capitaux privés Flux officiels nets
De manière plus générale, pour tirer plei- Variation des réserves
nement parti de la mondialisation, les pays
16 Exportateurs de pétrole Exportateurs de produits de 20
d’Afrique subsaharienne doivent continuer de (en pourcentage du PIB) base hors pétrole 16
se doter d’institutions qui contribueront à amé- 12 (en pourcentage du PIB)
12
liorer la gestion macroéconomique, d’opérer 8
8
des réformes de la gouvernance, entre autres, en 4 4
vue de renforcer la lutte contre la pauvreté, et de 0 0
mettre en place des infrastructures et un climat –4
-4
des affaires propices à l’augmentation de la pro- –8
-8
ductivité et de l’investissement qui est nécessaire –12
pour maintenir une croissance élevée même en –12 –16
1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
présence d’une conjoncture mondiale moins
favorable. Beaucoup de pays devront assouplir 8 Pays côtiers Pays enclavés 12
(en pourcentage du PIB) (en pourcentage du PIB)
leur régime de change et conduire une politique 8
monétaire plus active en réaction à l’intensifica- 4
4
tion des relations commerciales et financières
0
avec le reste du monde. L’Afrique du Sud offre 0
–4
un exemple de premier plan d’une gestion de
ce type sur le continent africain et il est encou- –8
–4
rageant de noter que d’autres pays comme le –12
Ghana suivent le mouvement, ou s’y préparent, –8 –16
1990 95 2000 05 1990 95 2000 05
en vue de mettre en place des régimes de ciblage
de l’inflation et des taux de change plus flottants. Source : calculs des services du FMI.

105
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Encadré 2.3. Gérer les conséquences macroéconomiques d’apports d’aide massifs et volatils

Lors de la réunion du G-8 à Gleneagles


(Écosse) en 2005, les dirigeants mondiaux Variations des flux d’aide dans les pays pauvres,
ont promis une forte augmentation de l’aide 1990–20051
publique au développement aux pays à faible (En pourcentage du PIB)
revenu. L’objectif était d’aider les pays pauvres
à atteindre les objectifs du Millénaire pour le Angola
développement (OMD) établis lors du Sommet Benin
Bénin
du Millénaire des Nations Unies en 2000. L’aug- Burkina Faso
Burundi
mentation promise des apports d’aide offre une
Cambodge
occasion unique de combattre la pauvreté à Cap-Vert
grande échelle; cependant, elle soulève aussi des Rép. Centrafricaine
problèmes macroéconomiques qui doivent être Tchad
Comoros
Comores
résolus pour que cette aide soit la plus bénéfique. Côte d’Ivoire
Guinée équatoriale
Des apports d’aide volatils Éthiopie
Gambie
Les apports d’aide aux pays pauvres sont sou- Ghana
vent élevés et très volatils (Bulír̆ and Hamann, Guinée
Guinée-Bissau
2006). Entre 1990 et 2005, environ 40 pays Haïti
pauvres ont enregistré des entrées nettes d’aide Kenya
(hors allégement de la dette) supérieures à 10 % Lao RDP
du PIB (graphique). Par comparaison, les flux Lesotho
Madagascar
nets de capitaux privés vers les pays émergents Malawi
ont généralement été inférieurs à 5 % du PIB au Mali
cours des vingt dernières années. Par ailleurs, les Mauritanie
Mongolie
variations annuelles des flux d’aide nets peuvent Mozambique
être considérables, dépassant facilement 10 % Namibie
du PIB et même plus de 20 % du PIB pour une Népal
Niger
poignée de pays. En outre, des études récentes Papouasie-Nouvelle-Guinée
montrent que l’aide est volatile et imprévisible Rwanda
même dans les pays qui mènent une politique Sénégal
Sierra Leone
économique saine (Celasun and Walliser, à
Tanzanie
paraître). Cette volatilité pose des problèmes Togo
macroéconomiques particuliers aux pouvoirs Ouganda
publics des pays à faible revenu, où souvent la Vietnam
Zambie
gestion des dépenses publiques est mauvaise, Zimbabwe
les travailleurs qualifiés rares, les structures de
0 10 20 30 40 50 60 70 80
production non diversifiées et les marchés finan-
ciers peu développés.
Source : calculs des services du FMI.
1Flux d’aide minimums, médians et maximums sur la période, hors
Macrogestion des apports d’aide
valeurs extrêmes.
Le problème de la gestion des entrées massives
d’aide présente plusieurs dimensions. Premiè-
rement, la volatilité et l’imprévisibilité de l’aide
peuvent compliquer la gestion des dépenses pu- à la hausse ou à la baisse sur une base annuelle
bliques. Il serait préjudiciable que les dépenses en raison des fluctuations de l’aide. Par ailleurs,
récurrentes (par exemple, dans les secteurs de des périodes prolongées d’entrées massives
la santé et de l’éducation) doivent être ajustées d’aide pourraient peser sur la mobilisation des
recettes intérieures, avec pour conséquence des
déficits considérables de financement public
Note : Le principal auteur du présent encadré est lorsque l’aide est peu à peu supprimée. Enfin,
Thierry Tressel. des contraintes institutionnelles (par exemple,

106
AFRIQUE SUBSAHARIENNE : TIRER PARTI DE LA MONDIALISATION

une capacité insuffisante de gestion et de suivi où elle a été reçue, alors que la banque centrale
des dépenses publiques ou même la corruption) accumulait des réserves de change (Éthiopie et
risquent de limiter la capacité d’absorber rapide- Ghana). Dans d’autres pays, les autorités bud-
ment et efficacement de gros volumes d’aide. gétaires ont accru les dépenses en fonction de
Un autre problème macroéconomique impor- la forte augmentation de l’aide, alors que les
tant se pose lorsque l’aide massive qui est appor- autorités monétaires ont cherché à éviter une
tée est utilisée pour acheter des biens et services appréciation du taux de change réel en stérili-
produits dans l’économie nationale, ce qui peut sant l’expansion monétaire liée à l’augmentation
faire monter le prix des biens non échangés par des dépenses publiques (Mozambique, Ouganda
rapport à celui des biens échangés (le taux de et Tanzanie).
change réel), d’où une perte de compétitivité L’augmentation graduelle des dépenses de
dans les secteurs orientés vers l’exportation et à manière à limiter les tensions sur les capacités
haute valeur ajoutée. Ce phénomène est souvent intérieures et la stérilisation de l’expansion mo-
appelé «syndrome hollandais». Par exemple, nétaire liée à l’utilisation de l’aide reviennent
imaginons que l’aide est consacrée à l’engage- à économiser temporairement une partie de
ment de travailleurs qualifiés, tels que des infir- l’aide sous la forme de réserves de change et
miers, des médecins ou des enseignants. Comme peuvent atténuer le problème du syndrome hol-
les travailleurs qualifiés sont rares, leurs salaires landais et d’autres effets secondaires de l’aide.
augmentent rapidement. En conséquence, les En fait, Prati et Tressel (2006) montrent que
salaires des travailleurs qualifiés dans l’industrie ces politiques ont réduit la demande globale et
manufacturière et dans d’autres secteurs aug- ont atténué les pressions à l’appréciation réelle
mentent aussi, ce qui nuit aux exportateurs qui qui sont liées aux apports d’aide. L’efficacité de
ne peuvent répercuter la hausse de leurs coûts ces politiques pourrait aussi expliquer pourquoi
sur leurs clients. Berg et al. (2007) ne trouvent pas de symptômes
Rajan et Subramanian (2005) confirment que du syndrome hollandais dans un petit groupe
le syndrome hollandais est un véritable problème de pays qui ont enregistré récemment une forte
en montrant que, dans les pays qui ont reçu plus augmentation de l’aide.
d’aide dans les années 80 et 90, les industries Cependant, la redistribution de l’aide dans le
manufacturières orientées vers l’exportation et temps aux fins de la gestion des conséquences
à forte intensité de main-d’œuvre se sont déve- macroéconomiques des apports d’aide élevés
loppées plus lentement que les autres secteurs. pose des problèmes spécifiques. Dans les pays
De la même manière, Prati et Tressel (2006) pauvres, il se peut que le faible développement
notent que les entrées d’aide étrangère font des marchés financiers rende difficile l’exécu-
baisser les exportations globales des pays pauvres, tion d’opérations de stérilisation sur les marchés
comme le syndrome hollandais l’impliquerait. obligataires et que les banques soient ainsi
Cependant, ils ne notent aucun effet négatif de sollicitées, par exemple sous la forme d’un relè-
l’aide décaissée lorsque les pays font face à des vement des réserves obligatoires. La stérilisation
chocs exogènes considérables (sécheresses, chocs pourrait aussi entraîner une augmentation non
considérables sur les cours des produits de base, souhaitée des taux d’intérêt et un évincement de
ouragans ou tremblements de terre) ou pendant l’investissement privé.
une reconstruction d’après-guerre. Cela porte à De manière générale, les pays qui reçoivent de
croire que l’aide pourrait aider la production à l’aide devraient chercher à l’utiliser dans le cadre
se redresser après des événements défavorables. de leur stratégie de réduction de la pauvreté.
Cependant, à court terme, il peut être justifié du
Comment atténuer les effets secondaires de l’aide point de vue des finances publiques et de la ges-
Il ressort d’études de cas de pays que les pays tion macroéconomique d’économiser une partie
bénéficiaires de l’aide ont souvent été réticents à des apports d’aide volatils et imprévisibles sous
laisser leur taux de change réel s’apprécier lors- la forme de réserves de change. Premièrement,
que l’aide est décaissée (Berg et al., 2007). Dans du point de vue des finances publiques, si un sur-
certains pays, les autorités budgétaires n’ont croît d’aide temporaire est dépensé totalement
simplement pas dépensé l’aide pendant l’année dès son arrivée (comme c’était souvent le cas

107
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

Encadré 2.3 (fin)


dans le passé), une forte baisse de l’aide reçue négatifs dans les pays qui ont une faible cou-
par la suite pourrait entraîner une réduction verture des importations par les réserves et qui
coûteuse des dépenses ou un recours à un finan- font face à des chocs exogènes fréquents (par
cement intérieur plus élevé des dépenses qui exemple, des chocs sur les termes de l’échange
pourrait conduire à une perte de contrôle mo- et des sécheresses). Il est peut-être aussi néces-
nétaire et à de l’inflation (Celasun and Walliser, saire d’économiser une partie de l’aide pour lis-
2006). Par contre, le fait d’économiser une partie ser la trajectoire des dépenses lorsque les capaci-
du surcroît d’aide temporaire aiderait à éviter un tés d’absorption du pays sont faibles et lorsqu’il
recours excessif au financement intérieur et une existe des risques d’une perte de compétitivité à
accumulation insoutenable des dépenses. Glo- cause du syndrome hollandais.
balement, une budgétisation efficace à moyen Lorsqu’ils déterminent les trajectoires d’uti-
terme exige que les pays bénéficiaires de l’aide lisation et d’absorption de l’aide, les pouvoirs
lissent leurs dépenses récurrentes, de manière publics des pays bénéficiaires devraient tenir
à financer tous les programmes engagés et les compte des éléments propres à leur pays, tels que
dépenses essentielles irrégulières (Heller, 2005). la stabilité macroéconomique, les améliorations
Enfin, pour éviter la dépendance à l’égard de actuelles et prévues des capacités d’absorption,
l’aide, les périodes prolongées d’apports d’aide les risques de syndrome hollandais et la viabilité
élevés ne doivent pas réduire les efforts de mobi- de la dette. Comme il est difficile d’atteindre
lisation des recettes intérieures (Gupta, Powell, des trajectoires optimales d’utilisation de l’aide
and Yang, 2006). par des ajustements de la politique macroécono-
Du point de vue de la gestion macroéco- mique, les donateurs contribueraient à un usage
nomique, le fait d’économiser une partie des plus efficace de l’aide en coordonnant son dé-
augmentations temporaires de l’aide reflète la caissement sur plusieurs années et en l’adaptant
nécessité de lisser la consommation globale, et aux circonstances spécifiques de chaque pays.
d’équilibrer la demande et l’offre. Il est particu- Dans cette perspective, la déclaration de Paris
lièrement important de constituer des volants de de 2005 sur l’efficacité de l’aide vient à point
réserves pour s’assurer contre d’éventuels chocs nommé pour améliorer la prévisibilité de l’aide.

Par ailleurs, la prudence devra être de mise pour de l’augmentation de leurs coûts, la croissance
ce qui est du financement extérieur, et il faudra du PIB dans les pays exportateurs de pétrole a été
s’assurer que les projets sont choisis avec soin et soutenue par l’expansion dans les secteurs non
que les gains tirés de l’allégement officiel de la pétroliers, qui a été alimentée par la hausse des dé-
dette sont préservés. penses publiques résultant du surcroît de recettes
pétrolières, les entrées de capitaux étrangers et la
croissance rapide du crédit privé intérieur. L’aug-
Moyen-Orient : mettre en balance mentation des dépenses publiques consacrées aux
les facteurs cycliques et à long terme infrastructures et aux projets sociaux, ainsi que les
dans la politique budgétaire programmes d’investissement dans l’expansion
La croissance vigoureuse et prolongée au des capacités de production et de raffinage de
Moyen-Orient reste soutenue par le niveau élevé pétrole, ont réduit les excédents budgétaires et
des cours pétroliers et le dynamisme de la de- courants, en dépit du renchérissement du pétrole
mande intérieure. La croissance régionale est (graphique 2.9). Les pays importateurs de pétrole
restée supérieure à 5 % par an au cours des quatre ont tiré parti de la conjoncture extérieure favo-
dernières années, atteignant 5,6 % en 2006 (ta- rable et de la vigueur de la demande intérieure,
bleau 2.8). Bien que les investissements dans le sec- et leur croissance est passée à 6 % en 2006 et au
teur pétrolier aient stagné en valeur réelle à cause début de 2007. La croissance demeure vigoureuse

108
MOYEN-ORIENT : METTRE EN BALANCE LES FACTEURS CYCLIQUES ET À LONG TERME DANS LA POLITIQUE BUDGÉTAIRE

Tableau 2.8. Pays du Moyen-Orient (échantillon) : PIB réel, prix à la consommation


et solde des transactions courantes
(Variations annuelles en pourcentage, sauf indication contraire)
PIB réel Prix à la consommation1 Solde des transactions courantes2
2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008 2005 2006 2007 2008
Moyen-Orient 5,4 5,6 5,9 5,9 6,9 7,5 10,8 9,2 19,4 19,7 16,7 16,0
Pays exportateurs3 5,6 5,4 5,7 5,6 6,7 8,4 11,0 9,7 22,3 22,7 19,2 18,5
Arabie Saoudite 6,1 4,3 4,1 4,3 0,7 2,2 3,0 3,0 28,5 27,4 22,2 20,1
Iran, Rép, islamique d’ 4,4 4,9 6,0 6,0 12,1 13,6 19,0 17,7 8,8 8,7 7,6 6,6
Koweït 10,0 5,0 3,5 4,8 4,1 2,8 2,6 2,6 40,5 43,0 37,8 35,3
Levant 4,3 6,1 6,3 6,5 7,7 5,3 9,6 7,2 –2,3 –2,6 –2,4 –2,5
Égypte 4,5 6,8 7,1 7,3 8,8 4,2 10,9 7,8 3,2 0,8 1,4 0,8
Jordanie 7,1 6,3 6,0 6,0 3,5 6,3 5,0 4,5 –17,9 –14,0 –12,6 –11,9
Liban 1,0 — 2,0 3,5 –0,7 5,6 3,5 2,5 –13,6 –6,2 –10,6 –9,4
République arabe
syrienne 3,3 4,4 3,9 3,7 7,2 10,0 7,0 7,0 –4,1 –6,1 –5,6 –6,6
Pour mémoire
Israël 5,3 5,2 5,1 3,8 1,3 2,1 0,5 2,5 3,3 5,6 3,7 3,2
1Les variations des prix à la consommation sont données en moyennes annuelles. Les variations de décembre à décembre peuvent être
trouvées au tableau A7 de l’appendice statistique.
2En pourcentage du PIB.
3Arabie Saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, République islamique d’Iran, Koweït, Libye, Oman, Qatar, République arabe syrienne et

République du Yémen.

et plurisectorielle en Égypte et en Jordanie, mais L’inflation s’accélère du fait de la hausse de


l’économie libanaise reste faible après le conflit l’utilisation des ressources et des prix à l’impor-
militaire de l’an dernier. tation (graphique 2.9). En Arabie Saoudite, l’in-
La croissance devrait s’accélérer à court terme, flation a augmenté pour la première fois depuis
portée par les cours élevés du pétrole et des poli- dix ans en 2006, mais son niveau initial était très
tiques budgétaires expansionnistes. La croissance bas. La hausse de l’inflation a été modérée aussi
régionale devrait avoisiner 6 % en 2007 et en au Koweït, étant donné l’ouverture des marchés
2008, avec une accélération dans la République de produits et de facteurs. En Égypte, l’inflation
islamique d’Iran et en Égypte. Il est prévu que s’est accélérée en 2006 et au début de 2007 en
les cours du pétrole restent voisins de leur niveau raison de la pression croissante de la demande et
élevé actuel, mais la vigueur de la demande in- des augmentations des prix administrés (essen-
térieure devrait abaisser les excédents courants tiellement les prix des carburants), ainsi que de
dans la région à environ 16 % du PIB, contre la grippe aviaire, mais elle a ralenti ces derniers
près de 20 % du PIB en 2006. La croissance dans mois, en partie à cause du durcissement monétaire
les pays importateurs de pétrole devrait conti- opéré au deuxième semestre de 2006. Dans la
nuer de dépasser celle des pays exportateurs de République islamique d’Iran, l’inflation élevée est
pétrole, grâce à la vigueur de la consommation maintenant bien établie en raison d’une impulsion
privée et publique, ainsi que de la croissance de prolongée et substantielle des pouvoirs publics.
l’investissement. Les prévisions semblent avoir La faiblesse du dollar américain a aggravé les
plus ou moins autant de chances d’être révisées tensions inflationnistes dans les pays du Conseil
à la baisse qu’à la hausse. Un ralentissement de coopération du Golfe (CCG). La plupart
de la croissance mondiale, une plus grande de ces pays rattachent leur monnaie au dollar
volatilité des marchés financiers et les risques américain, mais, en mai 2007, le Koweït (un des
géopolitiques régionaux pourraient freiner la membres du CCG) a créé la surprise en aban-
croissance, mais la vigueur des cours du pétrole donnant le rattachement au dollar américain au
pourrait rehausser celle-ci. profit d’un panier de monnaies non identifiées et

109
CHAPITRE 2 PERSPECTIVES NATIONALES ET RÉGIONALES

a laissé sa monnaie s’ajuster en fonction des fluc-


tuations de ce panier11. Cette décision du Koweït
est venue peu après que Oman a décidé de ne
Graphique 2.9. Moyen-Orient : comment pas adhérer à l’union monétaire prévue dans la
les recettes pétrolières sont-elles utilisées? région, du moins pas comme membre fondateur,
parce qu’il ne serait pas en mesure de satisfaire à
Les pouvoirs publics ont accru l’investissement dans les infrastructures et les
projets sociaux, en utilisant les recettes pétrolières plutôt qu’en empruntant. Les
toutes les exigences dans les délais prévus (d’ici
excédents budgétaires et courants ont baissé, et l’utilisation croissante des res- 2010). Ces décisions ne compromettent pas né-
sources a fait monter l’inflation, en dépit du ralentissement de la croissance du
crédit privé. cessairement le projet de monnaie unique, mais,
conjuguées au reste de l’évolution économique,
12 Croissance du PIB réel Recettes des exportations 75 elles rendront difficile le respect du délai de
et inflation (variation pétrolières et termes de
en pourcentage) l’échange 60 2010 pour le lancement de la monnaie unique.
Inflation
9 Recettes exportations Les pays du CCG ont convenu aussi que chaque
pétrolières1 45
Croissance du PIB réel
30
banque centrale décidera de sa propre politique
6 pour maîtriser l’inflation. Les tensions inflation-
15
nistes devraient persister dans les pays du CCG,
0
3 car la demande intérieure augmente en réaction
–15 à l’évolution favorable des termes de l’échange
Termes de l’échange2
0 –30 et de la richesse, et le taux de change réel d’équi-
1998 2001 04 07 1998 2001 04 07
libre devrait s’apprécier en conséquence. L’ac-
30 Solde courant 150 12 Solde budgétaire 75
célération des importations liée aux politiques
(en pourcentage du PIB) (en pourcentage du PIB) budgétaires expansionnistes et à la hausse de
Solde courant 8 Solde budgétaire 50
(échelle de gauche) l’investissement devrait réduire les excédents
20 (échelle 100
de gauche) 4 25 courants des pays du CCG, ce qui contribuerait à
résorber les déséquilibres mondiaux.
10 50 0 0
Dans ces conditions, l’enjeu budgétaire dans
–4 Ratio solde budgétaire/ –25 les pays exportateurs de pétrole et de produits
0 0 recettes pétrolières4
Ratio solde courant/ –8 (échelle de droite) –50 de base non pétroliers consiste à trouver le juste
export. de pétrole3 équilibre entre les objectifs de développement à
(échelle de droite)
–10 -50 –12 –75
1998 2001 04 07 1998 2001 04 07 long terme et les facteurs conjoncturels. Comme
il est prévu que les cours du pétrole et des autres
600 Réserves de change brutes 60 Dette publique brute 80
et croissance du crédit (en pourcentage du PIB) produits de base resteront élevés, il serait justi-
au secteur privé fié d’accroître les dépenses publiques, car cela
Réserves brutes5
60 permettrait de consacrer en partie les gains tirés
(échelle de gauche)
400 40
Crois. crédit de l’évolution favorable des termes de l’échange
au sec. privé
(échelle de 40 et de la richesse aux besoins d’infrastructures et
droite) 2 aux besoins sociaux, conformément aux objectifs
200 20
20 à long terme de croissance et de diversification.
Cependant, il faudra mettre en balance ces consi-
0 0 0 dérations et le besoin cyclique à plus court terme
1998 2001 04 07 1998 2001 04 07
de maintenir des excédents budgétaires afin de
Sources : FMI, International Financial Statistics; estimations des services du FMI. compenser la vigueur de la croissance de la de-
1En pourcentage du PIB.
2Variation annuelle en pourcentage.
mande privée dans un contexte caractérisé par
3Milliards de dollars. une hausse rapide des liquidités intérieures. Les

11Au 2 octobre 2007, l’appréciation cumulée du dinar

koweïtien était de 3,4 %.

110
BIBLIOGRAPHIE

pouvoirs publics doivent donc ajuster avec soin le les marchés publics et les marchés intérieurs, et
rythme d’exécution des projets d’investissement d’abolir les contrôles des prix. Un assouplissement
et des projets sociaux en fonction de la capacité des procédures d’embauche et des mesures qui
d’absorption de leur pays, tout en renforçant les faciliteraient la mobilité de la main-d’œuvre et la
mécanismes de marché pour ancrer les anticipa- mise en valeur du capital humain aideraient aussi
tions inflationnistes à long terme à des niveaux ap- à éliminer les goulets d’étranglement au niveau
propriés et en améliorant la gestion des dépenses de l’offre de main-d’œuvre et créeraient des pos-
pour assurer leur efficience et leur efficacité. sibilités d’emploi pour les jeunes, dont le nombre
Pour les pays exportateurs de pétrole et augmente rapidement.
d’autres produits de base, dont le sort est lié aux Ces politiques sont appropriées aussi pour les
fluctuations des cours de ces produits, il s’agit pays importateurs de pétrole : leur population
principalement de diversifier l’activité vers les augmente rapidement et il leur faut éviter une
secteurs non pétroliers, tout en contenant les nouvelle hausse du chômage. Ces pays enre-
tensions inflationnistes cycliques12. Les pouvoirs gistrent aussi des entrées massives de capitaux en
publics des pays exportateurs de pétrole (par raison de l’abondance des liquidités au niveau
exemple, Arabie Saoudite, Émirats arabes unis, régional et mondial, ainsi que des programmes
Koweït et Qatar) doivent donc ajuster le rythme nationaux de privatisation (Égypte). Le maintien
d’exécution des projets à grande échelle en fonc- de la stabilité macroéconomique dans ces condi-
tion des capacités d’absorption de leur pays, tout tions exige un durcissement des politiques bud-
en assouplissant les marchés pour ancrer les anti- gétaires, et, le cas échéant, monétaires, alors que
cipations inflationnistes à long terme à de faibles l’amélioration de la qualité de la surveillance et
niveaux et en mettant en place des outils de ges- de la réglementation renforcerait l’efficience et
tion des liquidités. Dans certains pays (Émirats la solidité des systèmes financiers dans la région.
arabes unis et Qatar), le ralentissement du rythme
des dépenses budgétaires et de gros investisse-
Bibliographie
ments dans le cadre de partenariats public–privé
pourraient être considérés comme un moyen Banque centrale européenne, 2007, Monthly Bulletin
(January), p. 63–75.
de limiter la demande intérieure. Dans la Répu-
Barker, Kate, 2004, “Delivering Stability: Securing
blique islamique d’Iran, un ajustement budgétaire
Our Future Housing Needs,” Review of Hou-
considérable et un durcissement monétaire atté-
sing Supply: Interim and Final Reports (London:
nueront la pression de la demande et orienteront HM Treasury).
l’inflation à la baisse. Benito, Andrew, Jamie Thompson, Matt Waldron,
Sur le front structurel, la stratégie de diversifica- and Rob Wood, 2006, “House Prices and Consu-
tion des pays exportateurs de pétrole dépend de mer Spending,” Bank of England Quarterly Bulletin
réformes qui amélioreront le climat des affaires et (Summer), p. 142–54.
rendront plus attractif l’investissement dans les sec- Berg, Andrew, Shekhar Aiyar, Mumtaz Hussain, Shaun
teurs non pétroliers. Il serait très utile à cet égard K. Roache, Tokhir N. Mirzoev, and Amber Mahone,
d’accroître le rôle du secteur privé dans la fourni- 2007, The Macroeconomics of Scaling Up Aid: Lessons
ture de services qui jusqu’à présent ont été fournis from Recent Experience, IMF Occasional Paper No. 253
(Washington: International Monetary Fund).
par les pouvoirs publics, d’ouvrir à la concurr