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L’Encéphale (2008) 34, 31—37

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CLINIQUE

Folie à deux : actualités d’un concept ancien,


à propos de deux cas
Folie à deux: Update of an old concept
regarding two cases
S. Mouchet-Mages ∗, R. Gourevitch, H. Lôo

Service hospitalo-universitaire, centre hospitalier Sainte-Anne, Inserm, U796, faculté de médecine Paris-Descartes,
université Paris-Descartes, 7, rue Cabanis, 75014 Paris, France

Reçu le 25 octobre 2006 ; accepté le 16 février 2007


Disponible sur Internet le 4 septembre 2007

MOTS CLÉS Résumé La folie à deux est une entité psychiatrique considérée comme rare. Les premières
Folie à deux ; définitions furent apportées par Lasègue et Falret en 1877 : deux sujets, vivant en association
Délires induits ; proche, dans un milieu clos et isolé, partagent des idées délirantes sur le même thème. Il existe
Délires partagés ; plusieurs classifications. L’épidémiologie du trouble est assez mal connue, car la plupart des
Délires collectifs ; données sont basées sur de simples rapports de cas. Ce travail présente deux cas cliniques
Psychose ; de folie à deux, l’un mettant en jeu un délire paranoı̈aque initié par l’épouse d’un couple ;
Schizophrénie l’autre un délire paranoı̈de partagé par la mère de la patiente schizophrène. Les différences et
similitudes de chacun de ces deux cas constituent une illustration des données de la littérature.
Une revue de la littérature a permis de mettre en évidence les caractéristiques cliniques les plus
fréquentes des cas de délire à deux (notamment la fréquence de l’association mère—fille et celle
du diagnostic de schizophrénie chez le sujet inducteur), les conditions favorisant l’émergence
du délire, les hypothèses psychopathologiques principales pouvant en expliquer la survenue,
ainsi qu’une hypothèse génétique. Une revue des implications médicolégales et des modalités
thérapeutiques est également proposée. Les cas cliniques présentés sont discutés au regard de
ces différents éléments.
© L’Encéphale, Paris, 2008.

Summary
KEYWORDS Introduction. — Folie à deux or induced delusional disorder is a rare mental disorder. It was
Folie à deux; initially described by the French Lasègue and Falret in 1877. Two subjects, who live in a close
Shared delusional relationship, in isolation, share delusional ideas based on the same themes. Various classifica-
disorder; tions exist. Its epidemiology remains unclear, because most of the data have been extrapolated
from case reports.
∗ Auteur correspondant.
Adresse e-mail : s.mouchet-mages@ch-sainte-anne.fr (S. Mouchet-Mages).

0013-7006/$ — see front matter © L’Encéphale, Paris, 2008.


doi:10.1016/j.encep.2007.02.001

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32 S. Mouchet-Mages et al.

Induced delusional Case reports. — In this paper, we describe and comment two cases of shared paranoid disorder:
disorder; in the first case report, a husband shares the paranoiac delusion of his wife; the second case
Shared paranoid report describes a shared paranoid disorder between a schizophrenic daughter and her mother.
disorder; Literature findings. — A review of the existing literature is also presented. Some clinical charac-
Psychosis; teristics arise, such as frequent mother—daughter associations and diagnosis of schizophrenia
Schizophrenia in inducing subject. Particular social and psychopathological conditions for the occurrence of a
shared delusional disorder are described, such as personality traits and genetic influences. This
article also reviews some forensic issues, which may be of importance, since this disorder is
underdiagnosed. Data concerning the principles of its treatment are sparse, but most authors
consider that the separation of the two subjects has to be the basis of any intervention. The
inducing subject has to be treated with specific medical interventions, including the prescrip-
tion of antipsychotics. Sometimes, the separation is enough to eliminate the delusional ideas
from the induced subject, who, according to the ICD-10 and DSM-IV, is the only one to meet
the criteria for shared delusional disorder. The case reports are discussed in light of the review,
and some propositions for their treatment are made.
Conclusion. — As shared delusional disorder is a rare disease, only few data exist on its patho-
physiology and mechanisms, and controlled studies are needed in order to understand its specific
implications better and to define recommendations for its management.
© L’Encéphale, Paris, 2008.

Introduction posés par son diagnostic et de présenter une revue actuelle


de la littérature.
La question de l’éventuelle diffusion d’un sujet à un autre
de troubles délirants est intrigante. Certes, le discours d’un Deux exemples d’une pathologie rare
délirant semble souvent hermétique et impénétrable et ne
doit pas a priori trouver écho chez l’autre. Il existe pourtant
des cas où cette diffusion du délire semble survenir. S’agit- Cas no 1 : un couple de retraités porte plainte
il alors d’une contamination ou de la simple imitation d’un contre leurs enfants
délire par un sujet proche ? S’il existe une contagion, com-
ment expliquer le faible nombre de patients partageant le Madame P., âgée de 68 ans, est interpellée par la police
même délire au sein des asiles ? Et l’absence de recrudes- et conduite à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de
cence de maladies mentales chez leurs soignants ? C’est dans police, suite à une plainte de son voisinage pour des troubles
ce contexte qu’a été initialement décrite l’entité connue du comportement survenus à domicile. Madame se débat
sous le terme de « folie à deux », posant la question du et exprime clairement ses convictions : son fils, adepte
concept de maladie mentale et de la définition de la norme. de l’Église de scientologie, les persécute afin d’hériter
Pour la plupart des auteurs, les premiers cas de folie à plu- l’argent de leur assurance vie. Il veut leur mort et les
sieurs ont été décrits par Lasègue et Falret, en 1877 [20] harcèle, installé dans l’appartement du dessus. Il a percé
(voir Encadré 1), qui introduisirent le terme de « folie à le plafond pour les surveiller et insuffle régulièrement
deux », mais la paternité du concept pourrait faire débat un gaz à l’odeur d’éther sous la porte d’entrée. Le
[1] : une première observation aurait déjà été réalisée par bilan médical réalisé à l’hôpital général est négatif. La
Legrand-du-Saulle en 1871 et même par Baillarger dès 1860. patiente est hospitalisée d’office dans son service de
Régis [29] a apporté des nuances à ces définitions jusque là secteur.
un peu redondantes : « la folie à deux, confirmée dans les L’histoire remonte en fait à une dizaine d’années, au
deux sujets, est essentiellement caractérisée par un délire départ à la retraite des deux membres de ce couple. Depuis,
partiel, ordinairement de persécution, survenant simul- ils sont sujets à de multiples persécutions : contraints de
tanément chez deux individus franchement héréditaires ou vendre leur pavillon, leurs enfants ont tenté de « s’emparer
simplement prédisposés et cela, en vertu : (1) de cette de l’argent » en demandant en vain la mise en place d’une
prédisposition morbide ; (2) du contact intime et perpétuel mesure de protection. Le couple a ensuite déménagé à plu-
dans lequel ils vivent et (3) d’influences occasionnelles, qui sieurs reprises, toujours poursuivi par ses persécuteurs, au
agissent à la fois sur eux et jouent, à l’égard de la pro- premier rang desquels leur fils. Monsieur, à la demande de
duction de leur délire, le rôle de causes déterminantes » Madame, a porté plainte contre celui-ci pour tentative de
[29]. Pour Régis, la notion de contagion des maladies pro- meurtre et a demandé la garde de leurs petits-enfants.
posée par Lasègue et Falret n’est pas pertinente : la folie Madame soupçonne pourtant son mari d’être également
communiquée ne serait pas une folie à deux, mais des manipulé : leur fils chercherait à inciter son père à étouffer
folies simultanées où seul se communique le thème du sa mère avec un oreiller. Les disputes se multiplient entre
délire. les époux, avec des violences physiques et verbales ; c’est
L’objectif de ce travail est de présenter deux cas exem- au cours de l’une d’elles que la police est appelée par les
plaires de cette pathologie rare, d’exposer les problèmes voisins.

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Folie à deux : actualités d’un concept ancien, à propos de deux cas 33

Encadré 1 : Principes de Lasègue et Falret [20] Encadré 1 (Suite)

(1) Dans les conditions ordinaires, la contagion de la (7) L’indication thérapeutique principale consiste à
folie n’a pas lieu d’un aliéné à un individu sain séparer l’un de l’autre les deux malades. Il arrive
d’esprit, de même que la contagion des idées alors que l’un des deux peut guérir, surtout le
délirantes est très rare d’un aliéné à un autre second, quand il est privé du point d’appui de celui
aliéné. qui lui a communiqué le délire.
(2) La contagion de la folie n’est possible que dans (8) Dans la plupart des cas, le second malade est moins
les conditions exceptionnelles que nous venons fortement atteint que le premier. Il peut même
d’étudier sous le nom de folie à deux. quelquefois être considéré comme ayant subi
(3) Ces conditions spéciales peuvent être résumées une simple pression morale passagère et comme
ainsi : n’étant pas aliéné, dans le sens social et légal du
(a) Dans la folie à deux, l’un des deux individus est mot. Il n’a pas alors besoin d’être séquestré, tandis
l’élément actif ; plus intelligent que l’autre, il que l’on fait enfermer son congénère.
crée le délire et l’impose progressivement au (9) Dans quelques cas rares, la pression morale
second, qui constitue l’élément passif. Celui-ci exercée par un aliéné sur un autre individu plus
résiste d’abord, puis subit peu à peu la pression faible que lui peut s’étendre à une troisième per-
de son congénère, tout en réagissant à son tour sonne ou même, dans une mesure plus faible, à
sur lui, dans une certaine mesure, pour recti- quelques personnes de l’entourage. Mais il suffit
fier, amender et coordonner le délire, qui leur alors presque toujours de soustraire l’aliéné actif à
devient alors commun et qu’ils répètent à tout ce milieu qu’il a influencé à divers degrés, pour que
venant, dans les mêmes termes et d’une façon l’entourage abandonne peu à peu les idées fausses
presque identique. qui lui avaient été communiquées.
(b) Pour que ce travail intellectuel puisse
s’accomplir parallèlement dans deux esprits
différents, il faut que ces deux individus
vivent, pendant longtemps, absolument d’une
Monsieur, ancien brigadier, confirme à l’équipe médicale
vie commune, dans le même milieu, parta-
les comportements de son fils. Il avoue se sentir par
geant le même mode d’existence, les mêmes
moments comme « téléguidé » par lui. Au cours de
sentiments, les mêmes intérêts, les mêmes
l’hospitalisation, il confie à son épouse que des menaces
craintes et les mêmes espérances et en dehors
continuent de leur être adressées en son absence. Les
de toute autre influence extérieure.
médecins interdisent alors les visites de Monsieur à l’hôpital.
(c) La troisième condition, pour que la conta-
Après quelques semaines d’hospitalisation, la compliance
gion du délire soit possible, c’est que ce
passive de la patiente vis-à-vis du traitement antipsycho-
délire ait un caractère de vraisemblance ; qu’il
tique et l’absence de troubles du comportement permettent
se maintienne dans les limites du possible ;
de préparer la sortie. Alors, Monsieur déclare : « vous savez,
qu’il repose sur des faits survenus dans le
je crois bien que c’est ma femme qui entendait les menaces.
passé ou sur des craintes et des espérances
Moi, je voulais surtout lui faire plaisir ». Madame ne partage
conçues pour l’avenir. Cette condition de vrai-
pas les doutes de Monsieur ni son ébauche de critique ; elle
semblance seule le rend communicable d’un
reste quant à elle très convaincue.
individu à un autre et permet à la conviction
Au total, il est possible de poser le diagnostic chez
de l’un de s’implanter dans l’esprit de l’autre.
Madame de délire paranoı̈aque selon la classification
(4) La folie à deux se produit toujours dans les
française, trouble délirant persistant (F22) selon la CIM-10
conditions ci-dessus indiquées. Toutes les obser-
[5] ; et, toujours selon la CIM-10, de trouble délirant induit
vations présentent des caractères très analogues,
chez Monsieur (F24), dans le contexte d’une relation étroite,
sinon presque identiques, chez l’homme et chez
avec un contenu délirant similaire (thèmes de persécution et
la femme, comme chez l’enfant, l’adulte et le
de spoliation par leurs enfants). L’élément inducteur initial
vieillard.
semble avoir été l’épouse, mais le mari semble également
(5) Cette variété de la folie est plus fréquente chez la
avoir apporté ses propres éléments à l’édification du propos
femme, mais on l’observe aussi chez l’homme.
délirant.
(6) On pourrait faire intervenir dans sa production
l’hérédité, comme cause prédisposante, lorsqu’il
s’agit de deux personnes appartenant à la même Cas no 2 : mère et fille spoliées par la mafia corse
famille, comme la mère et la fille, les deux sœurs,
le frère et la sœur, la tante et la nièce, etc. Mais B. et sa mère R., âgée de 80 ans, consultent pour la
cette cause ne peut plus être invoquée dans les cas première fois un psychiatre en urgence, suite au diagnostic
où il n’existe entre les deux malades aucun lien de très angoissant de maladie de Parkinson d’évolution fou-
parenté, par exemple lorsque la maladie se produit droyante qui vient d’être annoncé à la fille. Elles refusent
entre le mari et la femme. de se séparer ne fût-ce qu’un seul instant et les médecins
sont alors contraints d’écouter les deux femmes s’exprimer
en même temps. La maladie de Parkinson de B. a été

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diagnostiquée par un professeur de neurologie de grand


Encadré 2 : Critères diagnostiques du 297.3 selon le
renom. Ce dernier ne veut pas la soigner, car « il est mani-
DSM-IV : trouble psychotique partagé
pulé par la mafia corse », en lien avec la nouvelle femme
de son père, qu’elles n’ont pas vu depuis de nombreuses
A. Survenue d’idées délirantes chez un sujet dans le
années. Par sa faute, elles sont depuis près de 40 ans l’objet
contexte d’une relation étroite avec une ou plu-
de persécutions nourries : filatures, menaces, échec de B.
sieurs personnes, ayant déjà des idées délirantes
au concours de l’agrégation du fait de pressions internes,
avérées.
désintérêt des hommes à leur égard à toutes deux. Devant le
B. Le contenu des idées délirantes est similaire à celui
tableau présenté par les deux femmes de manière concomi-
de la personne ayant déjà des idées délirantes
tante, elles sont hospitalisées dans le service de leur secteur,
avérées.
chacune dans une unité différente, en hospitalisation
C. La perturbation n’est pas mieux expliquée par
libre.
un autre trouble psychotique (par exemple, une
Lors de son arrivée, B. exprime un vaste délire flou et
schizophrénie) ou un trouble de l’humeur avec
peu cohérent, de mécanismes intuitif et interprétatif, de
caractéristiques psychotiques et n’est pas due aux
thématique persécutive, avec dissociation idéo-affective.
effets physiologiques directs d’une substance (par
Sa mère explique avoir reçu des lettres de menaces et pense
exemple, une substance donnant lieu à un abus,
que des personnes haut placées pourraient être impliquées.
un médicament) ou d’une affectation médicale
Elle ne présente pas de détérioration intellectuelle mani-
générale.
feste à cette époque. Les psychiatres de la mère et de la fille
concluent alors à un délire chronique à deux avec adhésion
totale des deux patientes, l’élément inducteur semblant
être la fille : « ma mère ne savait rien au début. C’était une
naı̈ve. Elle a eu du mal à croire à mon hypothèse, mais elle redondantes, certes nuancées, n’ont malgré tout que peu
a bien fini par s’y ranger ! ». Le diagnostic porté chez B. est d’implications pratiques [10].
celui de schizophrénie paranoı̈de (selon la CIM-10, F20.0). La Plus récentes, les classifications internationales DSM-IV
mère répond aux critères CIM-10 de trouble délirant induit [12] (Encadré 2 ) et CIM-10 [5] (Encadré 3 ) proposent
(F24). des critères diagnostiques assez semblables entre eux et
Après une année de suivi ambulatoire chaotique et de proches des définitions historiques. Elles proposent cepen-
refus de traitement psychotrope, une réévaluation cog- dant des critères diagnostiques pour le sujet passif (ou
nitive met en évidence chez la mère des difficultés de cas secondaire) exclusivement, considérant que le sujet
concentration, avec amnésie massive, désorientation tem- actif ne doit bénéficier que de son seul diagnostic propre
porospatiale, réponses à côté. Concomitamment à cette (schizophrénie, trouble délirant persistant. . .). Par ailleurs,
symptomatologie démentielle, un délire persiste a minima, le DSM-IV exclut l’existence d’une étiologie organique ou
mais moins construit et plus pauvre. On ne note pas de modi- toxique. La CIM-10 ajoute un critère de relation étroite
fication de l’état délirant chez l’une ou l’autre des femmes entre les deux sujets. Ces critères sont remplis dans nos
malgré leur séparation au cours d’une hospitalisation simul- deux cas, bien que la détérioration cognitive de R. ne per-
tanée. mette pas d’éliminer une étiologie organique. L’existence
d’idées délirantes avant l’apparition du syndrome démentiel
Revue de la littérature
Encadré 3 : Directives pour le diagnostic de trouble
Ces deux cas de présentations différentes illustrent bien cer-
délirant induit selon la CIM-10 : code F24
taines des caractéristiques cliniques communément décrites
« Un seul des partenaires présente un trouble psycho-
dans la littérature.
tique authentique. Les idées délirantes sont induites
chez l’autre personne et sont habituellement aban-
Caractéristiques cliniques et démographiques données lors de la séparation. On ne peut porter le
diagnostic de trouble psychotique induit que si :
Depuis les premières descriptions cliniques, différentes clas-
sifications ont été proposées, soulignant le mode et la a. Deux ou plusieurs personnes partagent la même idée
chronologie de la transmission des idées délirantes [14] : délirante ou le même système délirant et se ren-
folie communiquée chez les sujets réputés faibles d’esprit forcent mutuellement dans cette conviction.
et de caractère, en l’absence de pathologie propre ; folie b. Il existe une relation très étroite entre ces per-
imposée, comprenant un sujet passif plus crédule que sonnes.
délirant [20] ; folie simultanée chez deux sujets prédisposés c. On met en évidence des arguments chronologiques
de manière héréditaire [29] ; folie communiquée, persistant ou déduits du contexte montrant que le délire a
après séparation des sujets [22] ; folie induite ou induction été induit chez le partenaire passif du couple ou
de nouvelles idées délirantes chez un sujet déjà délirant [4]. du groupe par contact avec le partenaire actif.
Pour Clérambault [6], il existerait de nombreuses formes Inclure : folie à deux, psychose symbiotique,
intermédiaires et le plus souvent les deux sujets participe- trouble paranoı̈aque induit, trouble psychotique
raient au délire : « dans ce duo vésanique, le néophyte n’est induit. Exclure : folie simultanée ».
pas forcément un plagiaire : c’est quelquefois un collabora-
teur et non le moindre » [28]. Ces classifications, riches et

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autorise cependant le diagnostic de trouble psychotique l’éclosion du délire chez le sujet primaire pourrait être favo-
partagé. risée par le sujet secondaire, cela expliquant en retour la
Il n’existe à notre connaissance que peu de données plus grande facilité de ce dernier à adhérer au délire [9] ; le
épidémiologiques. L’incidence serait de 1,7 à 2,6 % [34]. Le délire apparaı̂trait crédible pour les sujets, car résolvant un
type des associations est assez mal connu, mais plus de 90 % problème du groupe [9]. Cette notion de crédibilité apparaı̂t
des cas seraient issus d’une même famille [3,7,9,14]. Ces nettement dans le DSM jusqu’à la version IIIR [11], mais
chiffres peuvent apparaı̂tre biaisés : en effet, ces études disparaı̂t du DSM-IV [12].
ne portent le plus souvent que sur les sujets hospitalisés Déjà évoquée par Lasègue et Falret, la question de la
et le nombre de cas est probablement sous-évalué du fait prédisposition semble capitale dans l’éclosion de la folie à
de nombreux facteurs (étude des cas primaires uniquement deux. Ainsi, pour certains auteurs [34], son origine pourrait
sans identification du cas secondaire, tolérance familiale). être au moins en partie génétique [30]. Si des cas cliniques
Certaines caractéristiques historiquement admises sont ont pu être rapportés dans la littérature, concernant des
remises en cause par une revue récente de la littérature jumeaux monozygotes [30,34], avec un taux de gémellité
depuis 1942 [32] : en particulier, elle ne retrouve pas supérieur à celui de la population générale américaine, les
d’argument pour une intelligence supérieure du sujet actif, données restent controversées [34] ; elles n’expliquent pas
ni de différence d’âge ou de sexe entre les deux sujets, la rareté avec laquelle des patients psychotiques consan-
malgré une prédominance féminine. Pour Silveira et See- guins partagent le même système délirant [31], laissant
man [32], la littérature aurait été biaisée par les théories penser que la similarité génétique seule ne permet pas
originales de Lasègue et Falret, considérant que certains d’expliquer cette « contagion de la folie ».
groupes, enfants, sujets âgés ou handicapés, pauvres et
femmes étaient soumis, simples d’esprit et suggestibles,
ce qui aurait conduit à des descriptions sélectionnées a Prise en charge
priori.
En revanche, les critères d’isolement social extrême sont Lasègue et Falret ont d’emblée proposé la séparation
également retrouvés dans la revue de Silveira et Seeman, comme pilier du traitement des délires à deux, permet-
ainsi que la fréquence de l’appartenance à la même famille tant l’amendement du délire chez le sujet secondaire
nucléaire. [20]. Cependant, cet effet ne serait pas toujours obtenu
Wehmeier et al. [34] se sont attachés à retrouver au sein [6]. Il existe très peu de données récentes concernant le
de la littérature les différentes caractéristiques des délires traitement des sujets présentant une folie à deux [31]. Tra-
partagés : il s’agirait en majorité d’idées de persécution ditionnellement, les patients sont séparés et hospitalisés
(51 %), mystiques (27 %), de grandeur (2—13 %), de reven- dans deux services différents s’ils le nécessitent.
dication (2 %) ; le diagnostic du sujet primaire serait celui Ils sont alors traités par des neuroleptiques, comme des
de schizophrénie pour 60 % des cas, de réaction paranoı̈de patients présentant des pathologies autonomes. Il n’existe
dans 18 % des cas. Une analyse de 97 cas de folie à deux de la à notre connaissance pas de donnée sur le traitement phar-
littérature japonaise [17] retrouve des incidences proches. macologique spécifique des folies à deux.
Les rechutes sont fréquentes quand les sujets sont réunis
[31]. Seule une modification de la dynamique interne du
Facteurs étiologiques et psychopathologiques couple délirant pourrait permettre sa guérison, ce qui
nécessiterait une thérapie de groupe [23]. Par ailleurs,
Plusieurs auteurs ont contribué à dégager des l’impact traumatique de la séparation est non négligeable
caractéristiques psychopathologiques relatives à la « loi et conduirait pour certains à en discuter l’opportunité [24].
du milieu clos » de Lasègue et Falret : tout d’abord, la La séparation s’est avérée d’un effet différent sur les
répartition des profits entraı̂ne la cohésion, favorisée couples de nos deux cas. Elle a permis une critique partielle
par la « division du travail » [6] ; la durée d’exposition rationalisée chez Monsieur P. (cas no 1), mais est demeurée
au délire est souvent longue, mais ne constitue pas une sans effet chez R. (cas no 2). La détérioration cognitive
condition nécessaire [8] ; il existerait une fixation affective débutante pourrait sans doute être mise en cause chez cette
narcissique [19], une homosexualité latente entre les sujets dernière.
[10], ainsi qu’un rapport intime entre eux ; le délire semble Les délires à deux peuvent présenter des implications
s’organiser autour de la situation du couple, symbolisant médicolégales. Ainsi, de nombreux cas cliniques ont rap-
son conflit avec l’extérieur mais également ses tensions porté une hétéro-agressivité, parfois meurtrière, de couples
internes [23] ; enfin, une question centrale se pose : le délirants [2,15]. D’autres troubles du comportement pour-
milieu clos est-il la cause du délire ou la conséquence de la raient être également liés à la folie à deux, comme la
structure de ses membres [27] ? conservation pathologique du corps ou des effets person-
De nombreux auteurs ont également insisté sur la fonc- nels d’un défunt [26], les meurtres rituels, suicides collectifs
tion du délire pour l’un ou l’autre des deux sujets : le délire ou pactes suicidaires. La menace de dissolution d’un couple
semble par certains égards apparaı̂tre profitable à l’un et (par la maladie par exemple) entraı̂nerait chez ces sujets
l’autre des protagonistes [20,33]. Il permet la conservation une auto-agressivité, le plus souvent létale. La thématique
de l’isolement et la cohésion du groupe ; le sujet secondaire mystique serait un critère de dangerosité [18]. Un fait divers
pourrait accepter le délire pour maintenir la relation à son du début du xxe siècle marqué par l’extrême violence (yeux
codélirant [16] ; il est possible de mettre en évidence des arrachés, blessures multiples) et la froideur affective a
processus d’identification réciproques entre les deux sujets beaucoup marqué les esprits, celui des sœurs Papin [13].
ou alors du sujet secondaire envers le sujet primaire [21] ; Il a été commenté par Lacan dans un texte célèbre [19].

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Discussion à deux [23] : « les délires, (autrement dit les convictions


et les sentiments) se transmettent, mais non les psychoses
(autrement dit les mécanismes génétiques de ces délires) »
La littérature concernant la folie à deux présente des [6].
particularités : en effet, la plupart des publications sont
constituées de rapports de cas, plus ou moins cri-
tiqués et analysés par leurs auteurs. Il existe très peu Conclusion
d’études épidémiologiques et les données de prévalence
et d’incidence ne sont pas bien connues. La revue de la La description des deux couples délirants présentés dans ce
littérature n’a pas mis en évidence d’essai clinique ni de travail, l’analyse de leur sémiologie, de leurs différences et
méta-analyse. L’évaluation des sujets apparaı̂t également de leurs similitudes illustrent certains des facteurs communs
difficile : ainsi, seuls les cas primaires sont identifiés et aux différents cas de folie à deux, tels que décrits dans la
les études publiées portent souvent sur les patients hos- littérature : deux sujets, vivant en association proche, dans
pitalisés et non sur ceux suivis en ambulatoire. Ainsi, la un milieu clos et coupé de l’extérieur, partagent des idées
folie à deux est une entité nosographique rare, mais pro- délirantes. Si l’amélioration décelable lors de la séparation
bablement sous-diagnostiquée : l’hospitalisation d’un sujet des sujets a été fréquemment rapportée, elle n’est pas une
délirant n’implique pas forcément la mise en évidence d’un règle absolue. Elle soulève cependant une question, celle
codélirant, si ce dernier n’est pas présent ou s’il est lui- de la nature du contenu transmis : ainsi, le délire diffère
même réticent. de la structure psychotique, même s’il faut, pour qu’il soit
Les classifications internationales excluent pour le diag- accepté, qu’il survienne sur un terrain prédisposé.
nostic l’existence d’un autre trouble chez le sujet passif La contagion des maladies mentales est impossible dans
et n’admettent que pour celui-ci les diagnostics de trouble les conditions habituelles, dans lesquelles un sujet délirant
psychotique partagé (DSM-IV) ou de trouble délirant induit est un élément original, « anormal », au regard de son entou-
(CIM-10). Cette restriction pourrait concerner un certain rage. Or la part subjective de définition de la norme est
nombre de cas décrits dans la littérature, parmi lesquels problématique dans le cas de la folie à deux, puisque
deux diagnostics ont été posés pour le cas secondaire, celui l’évaluateur familial est lui-même délirant. Cette question
de folie à deux et celui d’un autre trouble psychotique. Elle de la définition de la norme apparaı̂t quotidienne en psy-
renvoie également à la discussion de certains auteurs [31] : chiatrie, différant pour chaque situation clinique.
« le diagnostic de trouble psychotique induit est insuffisant Ainsi, la tolérance, la banalisation, l’ambivalence dans
en lui-même : les diagnostics des cas primaire et secondaire la demande de soins de certaines familles pour leur parent
doivent être déterminés et il doit être établi si le sujet malade pose parfois question, même sans constituer un cas
secondaire présente une « psychose imposée » (et est donc extrême de folie à deux.
« impressionnable ») ou une « psychose communiquée » auto-
nome (et est authentiquement délirant) ». Si l’on applique
les critères du DSM-IV et de la CIM-10, seule la première Références
entité pourrait correspondre à de réels cas de folie à deux.
Ainsi que le souligne Munro [25] « en réalité, la majorité [1] Berrios GE. Folie à deux - a mad family. (Classic Text
des individus présentant une folie à deux ne sont pas psy- no 35, with introduction by G. E. Berrios). Hist Psychiatr
1998;9(35):383—95.
chotiques : ce sont des gens impressionnables qui adoptent
[2] Bourgeois ML, Duhamel P, Verdoux H. Delusional parasitosis:
des croyances fausses après une relation trop longue et trop folie à deux and attempted murder of a family doctor. Br J
proche avec un sujet délirant ». Psychiatr 1992;161:709—11.
Cependant, l’absence de régression des symptômes lors [3] Boyer Ch, Degiovanni A. Délire à deux : résultats d’une
de la séparation pose la question de l’attribution d’un diag- enquête auprès des psychiatres de l’Ouest. Ann Med Psychol
nostic indépendant au sujet secondaire, malgré les critères 1990;148(2):211—5.
d’exclusion du DSM-IV. . . A contrario, on pourrait imaginer [4] Chenivesse P, Marinescu M, De Luca M. Folies de voisinage, folie
que le fait de privilégier un autre diagnostic entraı̂ne une à deux ? Étude de cas. Évol Psychiatr 2003;68(3):431—41.
sous-évaluation de la fréquence de la folie à deux. . . De la [5] CIM-10/ICD-10. Classification internationale des maladies.
même manière, puisqu’il s’agit d’un délire partagé et que Dixième révision. Chapitre V (F). Troubles mentaux et troubles
du comportement. Descriptions cliniques et directives pour le
le sujet primaire est lui-même influencé en retour par le
diagnostic. Organisation mondiale de la santé. Traduction de
développement des idées délirantes qu’il a induites chez l’anglais par C.B. Pull. 1993, deuxième tirage, 336 p.
son partenaire, ne peut-on pas également conclure qu’il [6] de Clérambault GG. Œuvre psychiatrique. Paris: P.U.F; 1942.
présente lui aussi un délire à deux ? Cette attitude serait plus p. 3—89.
satisfaisante pour le clinicien, bien conscient que l’activité [7] Delay J, Deniker P, Lempérière T, et al. Démonopathie familiale
délirante est bien, dans la plupart des cas, le fait d’un couple à induction réciproque. Ann Med Psychol 1954;2(1):402—5.
et non d’un seul individu. [8] Delay J, Deniker P, Pichot P, et al. À propos de l’étude de 22
Ainsi, les définitions de la folie à deux se heurtent familles délirantes. Considérations sur les délires à deux et à
elles aussi à la complexité du concept, décrivant à la plusieurs. CR 53e congrès des médecins aliénistes et neurolo-
fois l’état d’un sujet, de son partenaire et leur relation. gistes de France et des pays de langue française, Nice. Paris:
Masson; 1955. p. 200—207.
Cette complexité, présente d’emblée mais dont rendent
[9] Deutsch H. Folie à deux. In: La psychanalyse des névroses et
médiocrement compte les classifications opérationnelles autres essais. Paris: Payot; 1970. p. 203—211.
modernes, avait permis à Clérambault d’énoncer une loi [10] Dewhurst K, Todd J. The psychosis of association — folie à deux.
essentielle qui serait la seule loi fixe en matière de folie J Nerv Ment Dis 1956;124:451—9.

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Folie à deux : actualités d’un concept ancien, à propos de deux cas 37

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