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LEXIQUE

Comment rencontrer Dieu ?


Comment s'approcher de Dieu ? La réponse du P. Miguel Roland Gosselin, sj, aumônier
d'étudiants. Publié le 18 février 2014.

S’il y a un service à rendre aux gens, c’est


bien de les éveiller à cette vérité toute simple
et ordinaire de la présence de Dieu, qui nous
invite à une relation directe avec lui,
quotidiennement, discrètement, parfois
brutalement, de mille et une façons. Et
d’ailleurs, s’il en était autrement, comment
Jésus aurait-il imaginé de l’appeler «Père» et
de nous inviter à en faire autant? Quel serait ce
père qui n’aurait aucune relation directe avec
nous, qui ne se laisserait pas approcher, dont
la bonté ne serait pas immédiatement
perceptible? Tout l’art est d’y être attentif,
d’éveiller ses «sens spirituels» et d’apprendre
à lire, sentir, goûter la bonté de Dieu,
directement sensible. Cette proximité à Dieu
est le fond premier de tout homme.La présence
de Dieu est une expérience communeAu
désert, Moïse ne peut voir Dieu que de dos: le
voir en face, ce serait mourir ! Dieu est
l’Infiniment grand, sa transcendance est
infinie, mais et c’est précisément la bonne
nouvelle biblique, Dieu s’est fait aussi proche,
de plus en plus proche. Jusqu’à nous rejoindre
en Jésus, en se faisant l’un de nous. Les
disciples qui marchent avec Jésus ne voient
pas Dieu («Dieu, nul ne l’a jamais vu» dira
saint Jean), mais Jésus, lui, est en intimité
directe avec Dieu, qu’il appelle son «Père» ; et
derrière Jésus les disciples sont invités à
entrer, peu à peu, dans l’intimité de Dieu. Ce
qui leur deviendra pleinement possible après
Pâques. Nous saurons alors «jusqu’où» Dieu
s’est fait proche. Cet homme Jésus, c’était
«Dieu né de Dieu» qui pouvait dire en vérité:
«Qui me voit, voit le Père». Jésus nous dévoile
l’infinie proximité du Dieu très Haut, l’infinie
douceur paternelle du Tout-puissant.Dieu
s'accroche au cœur de l'hommeCe que Jésus a
révélé, ce qu’il nous dévoile, c’est que les
hommes sont faits pour une relation directe et
filiale à Dieu. C’est même probablement ce qui
caractérise l’homme, parmi tous les vivants.
Un vivant est un être «humain» dès lors que
Dieu, dans le cœur de ce vivant, a planté sa
tente. Dieu est là, il s’est accroché à son cœur,
et il l’attend. Il veut engager une relation avec
lui. Dieu n’habite pas un ciel lointain et
inaccessible, mais plutôt le secret de notre
cœur ; il est la source qui nous féconde à
l’intérieur, ou l’ami qui frappe à la porte:
«Voici, je me tiens à la porte et je frappe ; si
quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte,
j’entrerai chez lui et prendrai mon repas avec
lui et lui avec moi» (Apocalypse 3,20).Lorsque
la Bible dit que nous sommes «à l’image de
Dieu», elle dit cette intimité du Créateur dans le
cœur de sa créature. Dieu se reconnaît en
nous, il est chez lui en nous. Dans le cœur de
l'homme, il entrevoit le visage de son Fils, le
Christ. La tradition chrétienne a beaucoup
développé ce thème. Cf. St Augustin : «Ô
beauté si ancienne et si nouvelle, longtemps je
t’ai cherchée… Je te cherchais en dehors de
moi, alors que tu étais au-dedans de moi».
Intimior intimo meo, plus intime à moi-même
que moi-même. Maurice Zundel: «Dieu est une
rencontre que chacun doit faire en soi.» Etty
Illesum (juive, morte à Auschwitz): «Il y a en
moi un puits très profond et dans ce puits il y a
Dieu».Le quotidien de notre expérience
communeNotre expérience commune, c’est de
se lever le matin, de rencontrer des gens, de
faire son travail, etc. Ou bien nous survolons
notre existence, ou bien nous apprenons à
donner aux événements leur vrai poids de vie,
à les accueillir dans leur densité pleine de
promesse et de sens. Or cela suppose de
s’arrêter, de rentrer en soi-même, de laisser
parler le fond de son cœur, là où précisément
Dieu «frappe à la porte». Dieu qui frappe à
notre cœur, c’est ce petit élan intérieur qui
m’alerte devant un pauvre que je croise et à
qui je parle, c’est cette joie que j’éprouve
quand un ami inattendu m’a visité.La vie
spirituelle ne consiste pas à sortir du monde
pour rejoindre Dieu ; elle consiste, au contraire,
à vivre pleinement dans le monde. Mais
j’entends : «vivre», au sens fort. Jésus vivait
pleinement sa vie d’homme, il la prenait à bras
le corps : marchant, écoutant, consolant,
festoyant et pleurant aussi à l’occasion… Or
Dieu était là, immédiatement.Et la vie devient
prière…Les événements de la vie sont la
matière de notre prière. Saint Ignace disait aux
jésuites que, s’il ne devait rester qu’un
«presque rien» de prière dans leur journée, ce
devrait être le temps qu’il faut pour remercier
Dieu: Mon Dieu, merci pour ceci, pour cela, car
là je crois que tu étais présent, tu as pris soin
de moi aujourd’hui. C’est ce qui s’appelle
«rendre grâce». C’est l’attitude eucharistique,
celle que nous célébrons de la plus belle façon
au cours de la messe. Remercier le Seigneur,
lui demander pardon, lui offrir le jour qui vient
et toutes les questions qu’on se pose : voilà ce
qui honore la présence de Dieu, présence
directe et immédiate dans nos vies. Nous
devrions, peu à peu, devenir comme Jacob au
désert qui fait cette découverte passionnante:
«Dieu était là, et je ne le savais pas».A quoi
j’ajoute tout de même qu’on ne prie pas
seulement à partir des événements de sa vie,
mais aussi à partir des Écritures, dans la
Parole de Dieu. Si je ne laboure pas l’évangile,
jour après jour, comment deviendrai-je un
familier de ce Jésus qui, précisément,
m’apprend cet art d’être présent à Dieu au
cœur de la vie? Dieu a mille façons de souffler
de la vie.Quant aux expériences plus
«mystiques», on les reconnaît à leurs fruits, tels
que les décline l’épître aux Galates: «amour,
joie, paix, patience, bonté, etc.» (Galates
5,22-23). On reconnaît la touche de Dieu
quand il y a, dirait saint Ignace: «accroissement
de foi et de charité» et communion sereine
avec l’Église du Christ.Dieu n’en finit pas de
se faire proche, il n’en finit pas – lui-même,
directement – de frapper à notre cœur. Et il
n’en aura jamais fini. Jusqu’au jour, au
dernier jour, quand nous «rendrons l’esprit»,
comme nous disons joliment. Ce jour-là
l’Esprit de Jésus aura achevé son œuvre en
nous, pour nous apprendre à confesser Dieu
de mieux en mieux comme un «Père». Alors là,
vraiment, en plénitude nous serons des «Fils»
et, comme dit Paul, «Dieu sera tout en tous».

Miguel Roland-Gosselin, sj, publié le 18 février 2014

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