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La Normandie

À L’AUBE DE L’HISTOIRE
L’exposition a été conçue et élaborée par : Institut national des recherches
le musée départemental des Antiquités – Rouen archéologiques préventives (Inrap)
le musée maritime de l’île Tatihou, M. Jean-Paul Demoule, président de l’Inrap
Saint-Vaast-la-Hougue Mme Nicole Pot, directrice générale de l’Inrap
le Service régional de l’Archéologie, Direction régionale M. Gilbert Aguesse, directeur interrégional de l’Inrap
des Affaires culturelles (Drac) de Haute-Normandie Grand-Ouest
le Service régional de l’Archéologie, Direction régionale
des Affaires culturelles (Drac) de Basse-Normandie Association pour la promotion
l’Institut national de recherches archéologiques des recherches sur l’âge du Bronze (APRAB)
préventives (Inrap) M. Claude Mordant, président
M. Marc Talon, trésorier s
Elle a été financée par le Département
de Seine-Maritime, le Département de la Manche, Ouvrage réalisé sous la direction
et le ministère de la Culture et de la Communication de Somogy éditions d’art
(Directions régionales des Affaires culturelles Conception graphique : Éric Blanchard
de Haute-Normandie et de Basse-Normandie), Relecture et corrections : Bernard Huchet
avec le soutien de l’Institut national de recherches Fabrication :
archéologiques préventives (Inrap). Suivi éditorial : Laurent Lempereur

Département de Seine-Maritime © Somogy éditions d’art, Paris, 2005


M. Didier Marie, président du Département
M. Jean-Yves Merle, vice-président du Département,
chargé de la culture et du tourisme

Département de la Manche
© Département de Seine-Maritime,
musée départemental des Antiquités – Rouen, 2005
© Département de la Manche, musée maritime
de l’île Tatihou, Saint-Vaast-la-Hougue, 2005
© Association pour la promotion des recherches
La Normandie
À L’AUBE DE L’HISTOIRE
M. Jean-François Le Grand, président du Département
Mme Rolande Brécy, vice-présidente chargée sur l’âge du Bronze, 2005
du tourisme
M. Bernard Tréhet, vice-président à la culture

Ministère de la Culture et de la Communication (MCC)


Les découvertes archéologiques
M. Daniel Cadoux, préfet de la région Haute-Normandie
M. Cyrille Schott, préfet de la région Basse-Normandie
de l’âge du Bronze 2300-800 av. J.C.
Mme Véronique Chatenay-Dolto, directrice régionale
des Affaires culturelles de Haute-Normandie
M. Dominique Parthenay, directeur régional
des Affaires culturelles de Basse-Normandie Musée départemental des Antiquités – Rouen
17 novembre 2005 - 27 février 2006

Musée maritime de l’île Tatihou, Saint-Vaast-la-Hougue


12 mars - 15 mai 2006

ISBN............
Dépôt légal :
Imprimé .............

Logos :
CG76 – CG50 – MCC – Inrap – Aprab

Sous la direction de Cyril Marcigny, Cécile Colonna, Emmanuel Ghesquière et Guy Verron
Avec la collaboration de Fabien Delrieu, Erik Gallouin, et Antoine Verney
Avant-propos
Cette exposition sur l’âge du Bronze en Normandie aborde un passé fort loin-
tain, mais essentiel dans l’élaboration des identités, des cultures puisqu’il s’agit
de « l’aube de l’Histoire ». C’est la première fois que des spécialistes s’attachent
à présenter la richesse d’un patrimoine hérité de ces siècles protohistoriques
en Normandie, période contemporaine de l’émergence de la Grèce antique.
Présentée d’abord en Haute-Normandie au musée départemental des Antiqui-
tés de Rouen, puis au musée maritime de l’île Tatihou en Basse-Normandie,
elle est le fruit d’une très étroite collaboration entre les archéologues et les
équipes des musées.
Il était du plus grand intérêt, après les découvertes novatrices de l’archéologie
préventive depuis une dizaine d’années, de montrer au public cette étonnante
diversité des productions et des échanges en Normandie quelque mille ans
avant J.-C., l’évidence d’un commerce avec les autres populations littorales du
nord de l’Europe et celles de l’intérieur du bassin parisien.
À un moment où le mot « Europe » résonne un peu partout dans des débats
toujours passionnés, cette exposition d’une grande qualité esthétique et didac-
tique nous rappelle que depuis la Préhistoire les hommes ont vécu les territoires
à l’échelle du continent, que l’identité régionale, s’il en est une, n’a de consis-
tance qu’à partir d’une impressionnante accumulation de strates culturelles.
En accompagnant l’exposition d’un catalogue, les partenaires donnent à ce projet
toute sa légitimité scientifique car ils permettent la diffusion au plus grand
nombre des acquis de la recherche depuis plus d’un siècle. Chacun conservera
par cet ouvrage une belle synthèse des vestiges significatifs et exceptionnels de
l’âge du Bronze normand. Il y découvrira peut-être quelque convergence surpre-
nante entre les forces et les faiblesses d’un territoire présent et de ce qu’il fut
durant plus de mille ans, entre le XXe siècle et le VIIe siècle avant notre ère. De
telles initiatives démontrent bien que nous ne cultivons pas l’art de l’oubli, mais
celui de la sensibilité et de la passion dans une société du savoir.

Daniel Cadoux,
président de la région Haute-Normandie
Cyrille Schott,
préfet de la région Basse-Normandie
Didier Marie,
président du Département
de Seine-Maritime
Jean-François Le Grand,
président du Département de la Manche
Jean-Paul Demoule,
président de l’Institut national
de recherches archéologiques préventives
EXPOSITION REMERCIEMENTS

Commissariat de l’exposition L’exposition et le catalogue n’auraient pu voir le jour à Laure Dédouit qui nous a aidés lors des dépouillements
Nathalie Roy, conservateur, sans les travaux menés depuis une dizaine d’années par bibliographiques et de l’inventaire des sites.
directeur du musée départemental des Antiquités - les archéologues des deux régions, sous l’égide des DRAC
Nous remercions aussi les spécialistes des sciences
Rouen de Basse et Haute-Normandie qui ont activement
connexes de l’archéologie (géologie, archéozoologie,
Jean-François Détrée, directeur du musée maritime soutenu projets de fouilles et programmes de recherches.
palynologie, …) qui ont apporté leurs contributions aux
de l’île Tatihou Nos remerciements vont bien entendu vers nos collègues différentes analyses des sites présentés dans ce catalogue :
Cécile Colonna, attachée de conservation, archéologues qui ont participé aux travaux du PCR Rose-Marie Arbogast (archéozoologue, CNRS),
musée départemental des Antiquités - Rouen « Habitats et occupation du territoire à l’âge du Bronze Delphine Barbier-Pain (palynologue, Inrap),
et au début du premier âge du Fer en Basse-Normandie » Martine Clet-Pellerin (palynologue, CNRS),
Comité d’organisation de l’exposition (coordonné par Cyril Marcigny et A. Verney) Dominique Corde (fouille anthropologique, Inrap),
Guy San Juan, conservateur régional de l’Archéologie, et aux nombreuses fouilles programmées ou préventives Jean Le Gall (géologue, Université de Caen),
Drac de Haute-Normandie, ministère de la Culture réalisées en Basse et Haute-Normandie : Isabelle Le Goff (anthropologue, Inrap),
et de la Communication Jean-Pierre Lautridou (géomorphologue, Université
François Fichet de Clairfontaine, conservateur régional ceux de l’Institut national
de Caen),
de l’Archéologie, Drac de Basse-Normandie, de recherches archéologiques préventives (Inrap) :
Dominique Marguerie (anthracologue, CNRS),
ministère de la Culture et de la Communication Chris-Cécile Besnard-Vauterin, Laurent Beugnet,
Véronique Matterne (carpologue, Inrap et CRAVO),
Geertrui Blancquaert, David Breton, Vincent Carpentier,
Xavier Savary (pétrographe, Service Archéologie
Comité de coordination scientifique Laurent Chantreuil, Anne-Françoise Chérel,
du Conseil général du Calvados)
Cyril Marcigny, chargé d’opérations et de recherches Christophe Dunikowski, David Flotté, Nicolas Fromont,
à l’Inrap Basse-Normandie (coordination du catalogue) David Giazzon, Mark Guillon, Cyril Hugot,
Fabien Delrieu, ingénieur d’études, Laurent Juhel, Isabelle Kerouanton, Elven Le Goff, Nous ne saurions enfin oublier la direction interrégionale
Drac de Basse-Normandie, ministère de la Culture Denis Lepinay, Charles Lourdeau, Loïc Ménager, Grand-Ouest et le service de la communication
et de la Communication (coordination du catalogue) Éric Néré, Jean-Yves Noël, Jérôme Pain, Hervé Paitier, de l’Institut national de recherches archéologiques
Valérie Renault, Richard Rougier et Véronique Théron ; préventives qui ont soutenu la réalisation de cette
Communication exposition et en ont constamment facilité l’exécution.
ceux du Conseil général du Calvados :
Adeline Boinet, musées départementaux Céline Costé, Cécile Germain-Vallée, Sébastien Giazzon
de Seine-Maritime et Pierre Giraud ;
Géraldine Squesnel, conseil général de la Manche Musée départemental des Antiquités –
Elizabeth Ladrat, Drac de Haute-Normandie, ceux du CNRS et de l’université : José Gomez de Soto, Rouen et musée maritime de l’île de Tatihou,
ministère de la Culture et de la Communication, Guirec Querré et Benjamin Van Denbosshe ; Saint-Vaast-la-Hougue
Drac de Basse-Normandie, ceux du ministère de la Culture Nous remercions en premier lieu, pour avoir soutenu
ministère de la Culture et de la Communication et de la Communication (MCC) : Jean-Claude Blanchet, le projet dès son origine au sein du Département de
Céline Soret, Inrap Grand-Ouest Antoine Chancerel et Yves Desfossé ; Seine-Maritime, Isabelle Maraval, directeur de la culture,
la jeunesse et les sports, et Benoît Proust, directeur
sans oublier les archéologues bénévoles :
Scénographie au musée départemental adjoint, chef de service des musées et du patrimoine.
Gérard Barbanchon, Jean Barge, Cyril Damourette,
des Antiquités - Rouen
Jean-Luc Dron, Caroline Duclos, Alain Huet, Il nous est particulièrement agréable de remercier
Point de vues
Guy Leclerc, Laurence Jeanne, Jean-Marc Yvon, les archéologues avec qui nous avons travaillé pour leur
Gérard Vilgrain, Jean Ladjadj et Nicolas Fromont. disponibilité et leur aide amicale tout au long
de l’élaboration de l’exposition. Nous adressons
Ces remerciements sont également adressés
également nos plus chaleureux remerciements à toutes
aux archéologues de la Carte archéologique des Services
les personnes qui, au sein de chaque musée, ont contribué
régionaux de l’Archéologie des Drac
à la réussite du projet : personnel scientifique,
de Basse et Haute-Normandie et en particulier
administratif et technique, service des publics.
Enfin, notre gratitude s’adresse à tous ceux qui nous
ont apporté aide et conseils :
Geneviève Sennequier, Salima Hellal, Valérie Santiago,
Jean-Noël et Véronique Leborgne, Archéo 27,
Gilles Désiré dit Gossé aux archives départementales
de la Manche, Lucie Voracek au musée de Normandie
à Caen, Jean-Pierre Watté et Rémi Cousin
du muséum du Havre.
PRÊTEURS AUTEURS
Bayeux, musée Baron Gérard Oxford, Ashmolean Museum Nous tenons à remercier tous les auteurs qui ont accepté Ivan Jahier,
Antoine Verney Christopher Brown de rédiger les textes et notices de ce catalogue. assistant d’études, Inrap Basse-Normandie
Bernay, musée municipal Paris, musée du Louvre Thierry Lepert (TL),
Nicole Zapata-Aubé Henri Loyrette, Alain Pasquier, Sophie Bruno Aubry, ingénieur d’études, Drac de Haute-Normandie,
Descamps assistant d’études, Inrap Haute-Normandie chercheur rattaché à l’UMR 7041
Bordeaux, musée d’Aquitaine
Vincent Bernard, (CNRS, Universités de Paris I et X, ministère
Nathalie Mémoire Penmac’h, musée préhistorique
chargé de recherches, CNRS, UMR 6566 de la Culture et de la Communication)
Caen, musée de Normandie Jean-Laurent Monnier
(CNRS, Universités de Rennes 1 et 2 et de Nantes, Hubert Lepaumier,
Jean-Yves Marin, Sandrine Berthelot Quimper, musée départemental
ministère de la Culture et de la Communication) chargé d’opérations et de recherches,
Chalon-sur-Saône, musée municipal Breton Inrap Basse-Normandie
Philippe Le Stum Cyrille Billard,
François Cheval, Louis Bonnamour conservateur du patrimoine, Drac de Basse-Normandie, Laurent Lespez,
Cherbourg-Octeville, muséum Rouen, musée départemental chercheur associé à l’UMR 6566 GEOPHEN-LETG-UMR 6554
Emmanuel-Liais des Antiquités (CNRS, Universités de Rennes 1 et 2 et de Nantes, (CNRS, Université de Caen - Basse-Normandie)
Émilie Perrier-Robbe, Éliane Paysan Nathalie Roy, Cécile Colonna ministère de la Culture et de la Communication) Cyril Marcigny,
Compiègne, musée Antoine Vivenel Rouen, muséum d’Histoire naturelle André Bouffigny, chargé d’opérations et de recherches,
Éric Blanchegorge Isabelle Gasperini Centre de recherches archéologiques Inrap Basse-Normandie, chercheur associé à l’UMR 6566
Daoulas, abbaye Saint-Germain-en-Laye, de Haute-Normandie (CNRS, Universités de Rennes 1 et 2 et de Nantes,
Pierre Nédellec musée des Antiquités nationales Patrice Brun, ministère de la Culture et de la Communication)
Patrick Périn, Catherine Louboutin, directeur de recherches, CNRS, UMR 7041 Éric Mare,
Dublin, National Museum of Ireland
Christine Lorre (Universités de Paris I et X, ministère de la Culture assistant d’études, Inrap Pays de la Loire
Patrick F. Wallace, Raghnall O’Floinn
Saint-Vaast-la-Hougue, et de la Communication) Claude Mordant,
Écomusée du Perche, musée
musée maritime de l’île Tatihou Mary Cahill (MC), professeur de protohistoire, Université de Bourgogne,
départemental ATP du Perche assistant Keeper, Irish Antiquities Division,
Jean-François Détrée, Hélène François Dijon, UMR 5594
Évelyne Wander National Museum of Ireland
Service d’Archéologie du Finistère Guy San Juan,
Elbeuf-sur-Seine, musée Stéphanie Clément-Sauleau, conservateur régional de l’Archéologie
Michel Le Goffic et J. Peuziat
Anne-Gaëlle Dathée assistante d’études, Inrap Basse-Normandie de Haute-Normandie, Drac de Haute-Normandie,
Soissons, musée municipal
Évreux, musée municipal Cécile Colonna (CC), chercheur associé à l’UMR 6566 (CNRS, Universités
Dominique Roussel
Laurence Le Cieux, Gilles Leblond attachée de conservation, musée départemental de Rennes 1 et 2 et de Nantes, ministère de la Culture
Falaise, médiathèque des Antiquités - Rouen et de la Communication)
du pays de Falaise Fabien Delrieu (FD), Élise Sehier,
Élisabeth Delahaye ingénieur d’études, Drac de Basse-Normandie technicienne, Inrap Basse-Normandie
Fécamp, musée des Terre-Neuvas Sophie Descamps (SD), Marc Talon,
et de la Pêche conservateur en chef, musée du Louvre, département directeur interrégional Inrap Nord-Picardie, chercheur
Marie-Hélène Desjardins-Ménégalli des Antiquités grecques, étrusques et romaines associé à l’UMR 8142 (CNRS, Université de Lille 3,
ministère de la Culture et de la Communication)
Flers, musée du Château Jean Desloges,
Anne Esnault conservateur du patrimoine, Drac de Basse-Normandie Antoine Verney,
et chercheur associé à l’UMR 6566 (CNRS, Universités conservateur du musée Baron Gérard, Bayeux
Le Havre, muséum
de Rennes 1 et 2 et de Nantes, ministère de la Culture Guy Verron,
Gérard Breton, Jean-Pierre Watté
et de la Communication) conservateur en chef du patrimoine, sous-direction
Ministère de la Culture de l’Archéologie, de l’ethnologie, de l’inventaire
Jean-François Détrée,
et de la Communication, et du système d’information, direction de l’Architecture
directeur du musée maritime de l’île Tatihou,
Drac de Haute-Normandie et du Patrimoine, ministère de la Culture
Saint-Vaast-la-Hougue
et de Basse-Normandie, Services et de la Communication
Jacques Evin,
régionaux de l’Archéologie Jean-Pierre Watté (JPW),
ingénieur de recherche honoraire au CNRS
Guy San Juan, Thierry Lepert conservateur, muséum d’Histoire naturelle du Havre
François Fichet de Clairfontaine, Erik Gallouin,
Fabien Delrieu technicien, Inrap Basse-Normandie
Rédaction des notices :
Niort, musée du Donjon Emmanuel Ghesquière,
Emmanuel Ghesquière, Cyril Marcigny, Antoine
Michel Gendron assistant d’études, Inrap Basse-Normandie,
Verney et Guy Verron (sauf mention contraire).
chercheur associé à l’UMR 6566 (CNRS, Universités
Les références bibliographiques correspondent
de Rennes 1 et 2 et de Nantes, ministère de la Culture
à la première publication mentionnant l’objet ou le site et
et de la Communication)
les articles pourvus de dessin ou photo.
David Honoré (DH),
assistant d’études, Inrap Haute-Normandie
Sommaire
13 Introduction. Cl. Mordant
14 L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE
16 La Normandie à l’âge du Bronze. G. San Juan
21 Historique de la recherche. G. Verron
24 La première métallurgie en Normandie. C. Billard.
28 Notices
36 L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE
38 Climats et paysages de l’âge du Bronze. T. Lepert
44 Maisons, fermes et villages. C. Marcigny
56 Notices
58 PRODUIRE ET ÉCHANGER
60 L’alimentation et la gestion du milieu. E. Ghesquière et C. Marcigny
64 L’artisanat domestique. E. Ghesquière et C. Marcigny
70 L’artisanat métallurgique : les techniques du bronze. G. Verron
78 Notices
110 MORT ET CROYANCES
112 Les pratiques funéraires. F. Delrieu
116 Les témoins culturels. E. Ghesquière et C. Marcigny
122 Notices
128 APRÈS L’ÂGE DU BRONZE
130 Vers l’âge du Fer. T. Lepert
136 Notices
138 CONCLUSION
140 La Normandie : une province-clé du monde atlantique. P. Brun
144 Glossaire
146 Bibliographie générale
Introduction
Dans tous les tableaux typologiques de l’âge du Bronze de bocage. C’est donc un paysage largement anthropisé, avec
européen, l’emblématique hache de bronze, à talon, de type des champs et des pâtures, qui nous est restitué, très proche
normand, assure depuis longtemps la notoriété et l’origi- de celui reconnu pour les mêmes périodes dans le Sud de
nalité de l’âge du Bronze de Normandie. Cette situation est l’Angleterre. Les céramiques retrouvées dans les habitats
assise sur de spectaculaires collections de dépôts de haches plaident aussi en faveur de ces rapprochements et « cousi-
de bronze reconnues dès le XIXe siècle et régulièrement nage » avec le Sud de l’Angleterre.
augmentées au fil des découvertes fortuites et des recherches Les monuments funéraires, enclos et tumulus, confirment
programmées. Ces outils produits en séries attestent du ces ancrages atlantiques tout comme la pratique de l’inci-
dynamisme industrieux des populations normandes, mais nération des défunts et la modestie, voire l’absence des
cette situation n’en n’est pas moins paradoxale quand on dotations funéraires.
sait la modestie voire l’absence des ressources métallifères
(cuivre et étain) pour l’essentiel de la région. Cette produc- Le grand nombre de dépôts d’objets de bronze, en dehors
tion n’a donc pu se développer que grâce aux échanges de des sépultures, dans les rivières et milieux palustres atteste
ces indispensables matériaux par voies maritimes ou de pratiques sociales de consommation du métal originales
terrestres, et elle a aussi été dopée grâce à ceux générés par et soutenues, conformes elles aussi aux croyances et tradi-
l’axe majeur de la Seine et de ses affluents. tions de ce monde culturel atlantique. Ces bronzes
Cette image dynamique de l’artisanat métallique de cette évoquent des hiérarchies sociales affirmées au sein de ces
région s’intègre dans une large tradition métallique atlan- populations, des notables et des artisans du métal, l’impor-
tique, bien reconnue de l’Andalousie à la Scandinavie. Les tance des échanges.
relations trans-Manche sont aussi mises en évidence suite
aux travaux fondateurs de Jacques Briard, Guy Verron, C’est donc un panorama complet et renouvelé que dresse
Colin Burgess, Brendan O’ Connor. cette exposition pour ces quinze siècles qui marquent l’ou-
verture des sociétés à la maîtrise et l’usage du métal même
Les quinze siècles de l’âge du Bronze régional n’ont été si le silex occupe encore une bonne place dans les outillages
perçus, pendant des décennies, qu’au travers de collections au début de cette période de l’âge du Bronze. C’est aussi un
d’outils et d’armes de bronze privés bien souvent de monde largement ouvert qui transparaît, ancré dans un
contexte, et de larges pans de l’archéologie de ces périodes monde culturel atlantique. La Seine et son réseau fluvial
restaient peu connus : habitats, nécropoles. ouvrent la province sur le bassin parisien et les pays de la
Ce net déséquilibre des données est depuis peu estompé Loire moyenne ; les productions massives d’outils de
grâce aux résultats remarquables des recherches archéolo- bronze, de haches toucheront vers l’Est, les rives des lacs
giques préventives : sondages et fouilles extensives, études suisses voire les confins du domaine méditerranéen.
paléo-environnementales. Les artisans de ce renouveau
sont aussi parmi les réalisateurs de cette exposition; ce sont Cette exposition, fruit d’une belle synthèse des travaux
leurs travaux et leurs résultats qu’ils vous présentent… Et anciens et récents, propose au visiteur une stimulante
quelle belle réussite ! Il n’est pas excessif de dire que ces découverte des artisanats et des paysages anthropisés de ces
recherches récentes, parfois réalisées dans des situations premiers siècles de l’usage du métal sur les rivages de la
difficiles d’urgence, ont, depuis une quinzaine d’années, Manche. Que tous les artisans de ces recherches et de cette
profondément renouvelé nos connaissances. Un nouveau exposition soient félicités pour leur enthousiasme dans la
paysage historique apparaît, « conforme » à la géographie promotion de cette période de l’âge du Bronze européen.
culturelle définie lors des études antérieures, avec un espace
normand bien intégré dans le monde atlantique. Claude Mordant
président de l’Aprab
Parmi ces nouveaux témoins de la vie des populations de
l’âge du Bronze, il convient de souligner l’importance et
l’originalité des connaissances nouvelles dans le domaine
de l’habitat, de l’occupation des sols avec ces nombreuses
fermes encloses de fossés, ces maisons rondes typiques des
îles britanniques, ces larges systèmes de fossés de parcellaires
qui devaient probablement se trouver associés à un paysage
L’âge du Bronze
en Normandie

Cat. 6 Hache à talon


de type normand
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE LA NORMANDIE DANS L’ÂGE DU BRONZE EUROPÉEN

LA NORMANDIE DANS L’ÂGE DU BRONZE EUROPÉEN

’histoire de la Normandie à l’âge du Bronze se Seine sont probablement deux secteurs stratégiques pour

L
confond d’abord avec celle d’une Europe nord- certains échanges de produits précieux entre les provinces
occidentale où la première métallurgie apparaît culturelles découpant l’Europe de l’âge du Bronze.
Douvres
assez discrètement, entre 2500 et 2000 av. J.-C. La Normandie sera partagée entre deux foyers d’influence,
La fonte du cuivre, ou tout du moins l’utilisa- celui de la Bretagne et celui de la basse vallée de la Seine.
tion d’objets de ce métal, est introduite par les En l’absence de ressources minières locales, le développe-
groupes de la culture campaniforme*. Leurs sépultures ment des productions métalliques a dû trouver son origine
individuelles livrent dans nos régions de petits poignards dans le dynamisme des artisans et la position maritime de
dénommés « poignards occidentaux ». À cette période, en la région. La Normandie littorale a pu s’impliquer dans le
Europe du sud-est, en Méditerranée et dans les Balkans, les contrôle d’une partie de la circulation des minerais d’étain
communautés connaissent une économie chalcolithique de Bretagne, de Cornouailles, de l’or irlandais, de l’ambre
depuis près d’un millénaire. Elles précède également celles nordique ou britannique exportés vers la façade atlantique
de l’Europe du nord-ouest de plusieurs siècles, entre 3000 et l’Europe continentale.
et 2500 av. J.-C., pour la fabrication d’objets en bronze. En Si l’appartenance de la Normandie au complexe socio-
Normandie, l’alliage du cuivre et de l’étain commencera à économique du Bronze atlantique a été établie ancienne-
être mis en œuvre au sein de populations agricoles, alors ment, grâce aux nombreuses études menées sur les dépôts
qu’en Crête s’installent les premières structures étatiques d’objets métalliques, la communauté culturelle entre les
Anse-St-Martin
et urbaines avec les palais minoens vers 1900 av. J.-C. Notre populations de part et d’autre de la Manche est aujourd’hui
Omonville Théville Yport région n’entre en effet dans l’âge du Bronze qu’au cours de nettement démontrée par les découvertes d’habitations
Réville Quiévrecourt
Digulleville
Tatihou la première moitié du second millénaire, entre 2000 et 1500 circulaires et de mobiliers céramiques semblables. Ce sont
Flamanville
Valognes
Anneville-en-Saire St-Vigor-d'Ymonville
av. J.-C. certainement ces traits géographiques avantageux de la
Heaurteauville
Vierville Longues
Bernières-
Norville Mais la hiérarchisation des sociétés s’y fait tout de même région, une façade sur une mer « intérieure » liant les
Lessay Vaux sur-Mer Tourville-la-Rivière
Val-de-Reuil sentir, comme partout en Europe, peut-être ici avec une rivages nordiques à ceux de l’Atlantique, le couloir de la
Catenoy
Marchesieux
Martragny
Malleville- Lery Poses
Bernières moindre insistance. Elle s’exprime dès le début de l’âge du Seine pénétrant vers le sud-est du bassin parisien et l’accès
Basly Incarville
Agneaux
St-Lô
Caen Cagny
sur-le-Bec Portejoie
Bronze normand au travers de plusieurs tertres funéraires au Rhône, les plaines bas-normandes conduisant vers la
Fontenay Mondeville
Bretteville-le-Rabet
Chapelle-du-
Bois-des-Fx Vernon
du Cotentin. Ces monuments édifiés pour quelques puis- Loire, qui depuis la fin du Néolithique ont permis à la
Cahagnes Soumont-St-Quentin
Soulangy
sants locaux montrent que ce secteur côtier appartient à la Normandie de tirer parti d’une nouvelle forme d’écono-
Lingreville Guichainville
Conches zone d’influence de la Civilisation des tumulus armoricains mie où les productions en série et la circulation des biens
St-Jean-le Chailloué Rougemontiers
Thomas Cerisé
apparentée à celle du Wessex, dans le sud des îles britan- vont se généraliser. Les chefferies qui ont tenu la région
Loucé
niques. Certains auteurs pensent que les premiers groupes durant l’âge du Bronze normand n’ont apparemment pas
Passais-la- Fort-Harrouard
Conception
fondateurs de cette civilisation pourraient être issus du choisi d’affirmer leur pouvoir et leur idéologie de façon
St-James nord de l’Europe, et que les vestiges bas-normands en trop excessive, mais l’abondance des armes confirme bien
St-Etienne-en-Cogles seraient les jalons culturels. cependant ce bouleversement social dont l’affirmation de
Quoi qu’il en soit, la Normandie, région maritime avant la force est un trait commun au monde européen. On
tout, est manifestement traversée ou impliquée dans des retiendra enfin que les découvertes archéologiques livrent
courants commerciaux d’échelon européen, comme l’at- l’image d’une société normande très réceptive et parfaite-
testent les découvertes de lunules d’or sans doute importées ment intégrée, au fil des siècles, dans le cycle d’évolution
d’Irlande (cat. 105-107), de haches de types oriental ou des techniques et des idées de l’Europe « barbare ».
nordique par exemple. Le Cotentin et la basse vallée de la Guy San Juan

50 0 50 100 > 100 m

Fig. 1
La Normandie à l’âge du Bronze. Carte des principaux sites (DAO, E. Gallouin, Inrap).

16 17
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE LA NORMANDIE À L’ÂGE DU BRONZE

L’âge du Bronze en France…


EN FRANCE AILLEURS AU MEME
MOMENT
et ailleurs
e découpage chronologique proposé pour l’âge du Bronze
-2700
NEOLITHIQUE FINAL
Sépultures collectives
Pyramides de Giseh
en Egypte
(-2550 à -2470)
L français repose sur des phénomènes inégaux de
ruptures technologiques, économiques et sociales, à une
période où une partie du monde entre dans l’Histoire avec l’in-
vention de l’écriture dans les cités états du Proche-Orient
(Fig. 2). Le IVe millénaire est caractérisé en Europe par une
emprise plus forte des populations locales sur leur milieu natu-
-2300 Premier palais minoen rel. L’agriculture et l’élevage sont en plein essor et sont
AGE DU BRONZE ANCIEN à Cnossos en Crête (-2000) marqués par l’introduction de l’araire et de la roue. Au IIIe millé-
Premiers objets de bronze naire, l’emploi du métal s’intensifie, d’abord dans le sud de
la France, puis à la fin de la période dans le nord (accompa-
gnant le phénomène campaniforme). Le IIe millénaire voit s’af-
firmer la pratique de la métallurgie et la diffusion du métal, Chronologie
-1600 Fondation de la citadelle
ce qui entraîne de profondes répercussions sur l’organisation
de la société. Enfin, à l’aube du Ier millénaire, avec l’apparition
et méthodes de datation
AGE DU BRONZE MOYEN de Mycènes en Grèce (-1550) du fer, les réseaux d’échanges mis en place s’effondrent ou se
Essor du commerce du bronze réorganisent au profit d’une nouvelle donne économique et ans le domaine de la préhistoire, la méthode de datation fondamentale a toujours été
sociale.

Cyril Marcigny et Erik Gallouin


D la stratigraphie, inspirée des techniques de la géologie, c’est-à-dire l’étude de la super-
position des couches dans les gisements complexes, les niveaux inférieurs étant, par
définition, plus anciens que ceux qui les recouvrent (chronologie relative).
-1350 Règne du pharaon Ramsès II Vers 2000 avant notre ère, au temps où l’Europe occidentale entrait dans l’âge du Bronze,
AGE DU BRONZE FINAL - (-1301 à -1235) certaines régions du monde possédaient depuis longtemps l’écriture et étaient déjà insé-
PREMIERE PERIODE rés dans l’Histoire. Depuis le XIXe siècle, la chronologie égyptienne est déjà fermement
Nouvelle coutumes, assurée pour ces époques. Dans ces conditions, la présence d’objets importés d’Égypte
pratique exclusive de l'incinération dans des milieux clos explorés en Europe, par exemple en Grèce ou en Italie, fournit la
possibilité de raccorder les chronologies relatives établies pour les aires culturelles occi-
dentales avec la chronologie absolue mise au point en Égypte grâce à l’écriture hiérogly-
-1150 Invention de phique et à l’existence de calendriers. De proche en proche, par l’étude systématique
AGE DU BRONZE FINAL - l'écriture alphabétique des importations, on peut ainsi lier entre eux les divers tableaux chronologiques élaborés
DEUXIEME PERIODE par les Phéniciens (-1000) pour les différentes régions (le « cross-dating » des archéologues anglo-saxons).
Nouvelle coutumes, L’utilisation conjointe de toutes les méthodes disponibles a permis à de nombreux auteurs
pratique exclusive de l'incinération (O. Montélius, P. Reinecke, J. Déchelette, W. Kimmig, J.-J. Hatt, H. Müller-Karpe etc.) d’éta-
blir divers systèmes chronologiques, dont les écarts s’expliquent par la complexité des
données en cause et par la difficulté de leur interprétation (fig. 3).
Il fallut attendre les années 1960 pour que l’on puisse avoir une idée précise de la chro-
-930 Nouvel nologie de la Préhistoire antérieure à 2000 av. J.C. Il se produisit alors ce que l’on a
AGE DU BRONZE FINAL - empire Assyrien (-900) appelé « la révolution du Carbone 14 ». En effet, la découverte puis la rapide mise en
TROISIEME PERIODE application de la méthode de datation par le radiocarbone permit de dater la plupart des
Grands enclos funéraires et cultuels sites du Paléolithique supérieur au Néolithique. Cette méthode, très fiable, repose sur le
fait que toutes les matières carbonées contiennent un peu de carbone radioactif (le 14C),
et qu’après leur mort la mesure de la décroissance de leur concentration en cet isotope
permet de calculer leur âge. Toutefois, différents paramètres interviennent dans le calcul
-800 Création des jeux olympiques de ces datations radiocarbone ; il est nécessaire en particulier de les corriger grâce à des
PREMIER AGE DU FER par les Grecs (-776) courbes complexes dites « courbes de calibration » établies en ayant recours à une autre
Apparition d'objets en fer, méthode de datation : la dendrochronologie. Cette dernière méthode, largement utilisée
nouvelle organisation sociale dans l’étude des palafittes* par exemple, compte les années à partir des cernes de crois-
sance des arbres dont l’épaisseur varie en fonction du climat. Il faut noter que toutes les
méthodes de datation ne donnent pas des dates précises à l’année près mais indiquent
plutôt des plages de temps ou des « fourchettes de possibilité ».
Fig 2
L’âge du Bronze en France… et ailleurs (DAO, E. Gallouin, Inrap ; d’après un dessin de G. Tosselo). Guy Verron et Jacques Evin

18 19
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE HISTORIQUE DE LA RECHERCHE

Fig 3
Tableau chronologique
HISTORIQUE DE LA RECHERCHE
Système allemand Système français Système anglais simplifié de la Protohistoire
de l’Ouest de l’Europe (DAO,
av. J.C. av. J.C.
près de multiples découvertes sporadiques, pour la plupart dans l’Eure et la Seine-Maritime, elle s’est

A
Kupferzeit Fin du IIIe millénaire E. Gallouin, Inrap).

2300
mal interprétées faute de cadre chronolo- donné pour premier objectif la réalisation d’un inventaire
gique clair, l’âge du Bronze s’est trouvé indi- exhaustif des découvertes préhistoriques et protohisto-
vidualisé en 1816 lorsque Christian Jürgen- riques recensées sur le territoire de la Normandie. Le
Bronze A1 Bronze ancien I sen Thomsen a réorganisé le musée de peintre, dessinateur et graveur Léon Coutil (1856-1943),
Metal using neo Copenhague et classé à part les objets en secrétaire de la nouvelle société (fig. 5), a été la cheville
pierre, en bronze et en fer, comme représentatifs des trois ouvrière de cette entreprise. Sous sa signature ont paru de
2000
étapes successives de l’histoire humaine : les âges de la copieux inventaires départementaux dont les nombreuses
Pierre, du Bronze et du Fer. planches dessinées renforçaient considérablement l’inté-
Douze ans plus tard, paraissait à Caen une première étude rêt ; pendant bien des années, ils ont servi de base aux
synthétique sur des découvertes locales de l’âge du Bronze, études sur la Protohistoire normande. C’est également dans
1800 due à Charles Duhérissier de Gerville (1769-1853), un aris- les bulletins annuels de la société qu’ont été publiés les
Early tocrate de Valognes (Manche) qui avait émigré en Grande- résultats des fouilles menées par Alfonse-Georges Poulain
Bronze age Bretagne pendant la Révolution et s’était formé à Londres dans la région de Vernon (dont le mobilier est aujourd’hui
Bronze A2 Bronze ancien II
aux études historiques parmi les « antiquaires » anglais. conservé au musée de Vernon) et surtout de l’abbé
Dans sa « Notice sur quelques objets d’antiquité d’une Philippe, curé de Breuilpont (Eure) au Fort-Harrouard,
1600
Bronze B1 origine incertaine découverts dans le département de la commune de Sorel-Moussel (Eure-et-Loir) aux frontières
Age du Bronze

Bronze moyen I
Bronze B2 1500 Manche » (1828), Charles de Gerville (fig. 4) a commencé
Bronze C1
par dresser un inventaire des trouvailles d’objets métal-
Bronze moyen II liques en cuivre, en bronze et en or mis au jour sur le terri- Fig. 4
Bronze C2 Middle toire de l’actuel département de la Manche au cours des Charles de Gerville
1350 Bronze age
Etape quarante années précédentes (fin XVIIIe et début XIXe siècle). (1769-1853). Le 7 mars
Bronze D Bronze final I (Deverel Rimbury)
ancienne Grâce au réseau dense de correspondants divers qu’il avait 1828, cet antiquaire bas-
du Bronze constitué parmi les érudits locaux, il a pu identifier normand fait lecture à la
Hallstatt A1 Bronze final IIa
final plusieurs dizaines de découvertes demeurées pour la Société des Antiquaires
1150
Hallstatt A2 Bronze final IIb
plupart inédites, dont des trouvailles très importantes de Normandie d’une
Etape
moyenne comme la « fonderie » d’Anneville-en-Saire, la cachette communication intitulée

du Bronze complexe de la Lande de Cartot à Lessay (cat. 37) ou le « Notice sur quelques
Hallstatt B1 Bronze final IIIa final Later « moule à coins de bronze » recueilli près de Théville. objets d’antiquité,
Bronze age Fort de cette moisson, aussi abondante que nouvelle, d’une origine incertaine,
900
Gerville a tenté une typologie de ces productions, fondée à découverts dans
Hallstatt B2/B3 Bronze final IIIb Etape la fois sur la morphologie de ces objets et sur leur fonction le département de
800 final supposée (haches, pointes de lance, épées, bracelets, la Manche ». Cette étude
1er âge du Fer

du Bronze 750
torques etc.), étudié leurs conditions de trouvaille et cher- des découvertes de l’âge
final
ché à les dater. Bien que sa modestie le pousse à indiquer: du Bronze apparaît
Hallstatt C Hallstatt ancien
Early « J’avouerai que je n’ai rien de décisif à ajouter à ce qu’ont comme la plus ancienne
600
Hallstatt D1 Hallstatt moyen Iron age dit mes devanciers », il tire argument du fait que « le bronze et la plus détaillée en
530 Hallstatt D2 Hallstatt final I est toujours la matière de ces instruments » pour conclure langue française pour
Hallstatt D3 Hallstatt final II à leur haute antiquité, et les rapporter à une époque où l’on la première moitié
450
La Tène A La Tène Ia n’utilisait pas encore le fer, faisant sienne, en quelque sorte, du XIXe siècle (Archives
La Tène la théorie des trois âges défendue par les archéologues départementales de
La Tène B1 La Tène Ib ancienne nordiques. la Manche).
2e âge du Fer

La Tène B2 La Tène Ic Par la suite, le développement des sociétés savantes a permis


250
La Tène C1 La Tène IIa La Tène dans leurs bulletins et mémoires la publication de multiples
180 moyenne trouvailles isolées.
La Tène C2 La Tène IIb
La Tène D1 La Tène IIIa La Tène
En 1893, la création de la Société normande d’études
finale préhistoriques, dix ans avant la Société préhistorique fran-
30 La Tène D2 La Tène IIIb çaise, a été l’occasion d’un nouveau développement des
Römische zeit Période gallo-romaine Romano-british recherches sur les plus anciennes occupations de la
Normandie. Fondée par un petit groupe d’amateurs
passionnés, souvent de formation naturaliste, domiciliés
20 21
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE HISTORIQUE DE LA RECHERCHE

Fig. 5
Léon Coutil (1856-1943).
de la Normandie (l’abondant matériel découvert est main-
tenant conservé au musée des Antiquités nationales de Saint-
Chronologie
Ce préhistorien haut-normand
a contribué à la fondation de la Société
Germain-en-Laye).
Aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, la mise
de l’instrumentum :
préhistorique française et a été pendant au point de nouvelles méthodes de recherche appliquées à l’armement
une dizaine d’années la cheville ouvrière l’archéologie à partir de technologies de pointe utilisées
de la Société normande d’Études dans les sciences physiques ou naturelles (fouille fine en ès les premiers travaux sur l’âge du Bronze, les cher-
préhistoriques. Profitant de sa formation
artistique, il illustre avec talent la plupart
de ses articles, faisant de la plupart de
stratigraphie, datations par le 14 C, prospections géophy-
siques, photographies aériennes, analyses pédologiques*,
polliniques*, archéozoologiques ou anthropologiques etc.)
D cheurs ont ressenti le besoin de classer et de dater les
découvertes. Ils ont donc ordonné les objets suivant des
critères morphologiques et ont ainsi créé une chronologie
ces inventaires un outil encore a encore augmenté les possibilités offertes à l’archéologie fondée sur l’évolution des formes. Ce travail a en particulier
inestimable de nos jours protohistorique et permis des progrès substantiels. été réalisé sur les haches et les épées (fig 7).
(anonyme, 1943). Enfin, après 1980, le développement de l’archéologie Au Bronze ancien apparaissent les premières haches en cuivre
préventive a multiplié les opérations de terrain (fig. 6), donc puis en bronze (cat. 1 et 2). Celles-ci ne sont pas a priori liées à Fin du IIIe millénaire
les découvertes, provoquant un nouveau bond des activités belliqueuses, mais cela n’exclut pas une utilisation
en avant des connaissances, dont témoigne la présente mixte, entre le travail du bois et la défense individuelle. Elles sont
exposition. rapidement accompagnées de poignards (cat. 11) et de halle-
Guy Verron bardes dont l’usage ne laisse guère de doute quant à leur utilisa- Bronze ancien I
tion guerrière (même s’il peut s’agir d’armes d’apparat).
À partir de la fin du Bronze moyen et surtout au Bronze final se 2000 2000
dessine en Normandie une évolution des pratiques guerrières,
L’archéologie préventive : peut-être liée à un accroissement démographique. Les pointes
de lance et les épées qui apparaissent et se multiplient ne
un changement d’échelle dans l’étude des sites semblent guère avoir été utilisées pour la chasse (cat. 12-16),
mais très probablement pour des combats singuliers ou en
es années 1980 et 1990 ont été marqués en Normandie sés de l’archéologie préventive ne sont que la partie visible batailles rangées. Elles étaient vraisemblablement détenues Bronze ancien II

L par un accroissement sans précédent des fouilles archéo-


logiques. Ces nombreuses fouilles sont pour la plupart
réalisés dans le cadre de l’archéologie dite préventive, qui a
d’une recherche scientifique qui use de toute les recettes néces-
saire à l’étude des populations du passé : étude anthropolo-
gique, méthodes de datation (dendrochronologie, dosage de
par une « aristocratie » guerrière, d’autant plus redoutable si
elle combattait à cheval. Les éléments de cuirasse et les
éléments de harnais de cheval sont rares dans la région mais 1500
Bronze moyen I
1500
pour objet la sauvegarde et l’étude du patrimoine avant la réali- 14C), archéozoologie, anthracologie, carpologie, palynologie, …. le dépôt de casques de Bernières-d’Ailly montre que de tels
sation de travaux d’aménagement (route, zone industrielle, lotis- Il reste maintenant à concevoir un nouveau niveau dans l’ana- éléments étaient probablement plus courants qu’on ne le Bronze moyen II
sement…). La conscience des destructions occasionnées par lyse des sites, à une nouvelle échelle (régionale ou micro-régio- pense (cat. 87). On ne peut toutefois exclure que l’usage de
les projets de construction n’est pas nouvelle puisque dès 1825 nale) qui permettrait l’étude de manière concomitante de l’en- ces armes ait été essentiellement dissuasif ou ostentatoire. Bronze final I Etape
Victor Hugo s’était scandalisé de la ruine de bâtiments médié- semble des gisements d’une même période de manière à ancienne
du Bronze
vaux lors de réaménagements urbains. Il faudra toutefois comprendre la dynamique sociale des populations anciennes Emmanuel Ghesquière Bronze final IIa
final
attendre les cinquante dernières années pour que se mette en (densité de l’occupation et organisation des « terroirs »). Il est
place, devant l’accélération des grands projets d’aménagement alors aujourd’hui nécessaire de se tourner vers nos collègues Bronze final IIb Etape
moyenne
du territoire, un véritable programme de sauvetage du patri- géographes et de s’inspirer de structures d’analyses déjà utili- du Bronze
1000 1000
moine enfoui organisé par les archéologues du Ministère de la sées pour des époques plus récentes. Bronze final IIIa final
Culture 1. Cyril Marcigny
Le développement de cette archéologie a permis un change- 1 : pour un historique complet, cf. Demoule 2004.
Bronze final IIIb Etape
ment d’échelle dans l’étude des populations anciennes. Les
final
sites sont maintenant étudiés sur de grands espaces (parfois Fig 6 du Bronze
sur plusieurs hectares). L’archéologue peut ainsi saisir dans sa Décapage mécanique final
globalité la vie au sein de l’habitat (à l’échelle d’une maison, à Agneaux Hallstatt ancien
d’une fosse…), replacer la plupart des gisements dans leurs
Hallstatt moyen
contextes (au milieu d’un parcellaire, dans une trame
complexe de site), et même dans certains cas restituer les 500 Hallstatt final I 500
paysages de l’époque.
Ces nouvelles approches ont nécessité une évolution des
méthodes de fouilles (figure 6) ; aujourd’hui la truelle et le
pinceau de l’archéologue côtoient les engins mécaniques (pelle-
teuses, mini-pelles, tamis électriques, …). Ces méthodes peuvent Fig 7
paraître à certain un peu excessive dans les moyens qu’elle L’âge du Bronze en Normandie. Chrono-typologie du mobilier métallique, à gauche les haches, à
utilise, on ne doit toutefois pas oublier que les aspects mécani- droite les épées (DAO, E. Gallouin, Inrap).

22 23
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE LA PREMIÈRE MÉTALLURGIE EN NORMANDIE

LA PREMIÈRE MÉTALLURGIE EN NORMANDIE L’enclos de Mondeville « MIR »


’enclos du MIR, situé en bordure du plateau surmontant l’Orne, mesure 45 x 35 m

pparu à l’aube de la première métallurgie sur tures collectives présentent une grande standardisation et L (fig 11). Un fossé d’environ deux mètres de profondeur, qui était à l’époque doublé

A
d’un talus éventuellement surmonté d’une haie ou d’une palissade, délimite une
une vaste aire allant de l’Europe du Nord aux une vaste diffusion qui dépassent celles qu’ont connues les aire quadrangulaire 1 (grossièrement trapézoïdale) de 1575 m2. Deux interruptions du
rivages de l’Afrique, le phénomène campani- autres cultures néolithiques. fossé, larges de quatre à cinq mètres, sont placées en vis à vis sur les côtés est et ouest
forme reste encore mystérieux. Il se manifeste, En Normandie, nos informations reposent anciennement de l’enclos, ménageant ainsi deux entrées. La surface interne de cette petite enceinte
vers la fin du troisième millénaire av. J.-C., par sur des découvertes de mobilier dans des sépultures collec- n’a pas livré de structures d’habitat mais les nombreux vestiges découverts lors de la
l’apparition de gobelets en forme de cloche tives dites « réutilisées ». Sont venus s’y ajouter des sites fouille des fossés témoignent des activités domestiques réalisées lors de la période d’oc-
renversée et richement décorés de motifs horizontaux. d’habitat et des sépultures individuelles. cupations du site.
Souvent associés dans les sépultures à des objets à carac- Le mobilier céramique se compose de gobelets campaniformes et de céramiques
tère guerrier (brassard d’archer, pointe de flèche en silex, L’HABITAT DU CAMPANIFORME communes. Peu d’objets en pierre (une quarantaine d’outils) ont été trouvés.
poignard en cuivre, fig. 9), ils sont longtemps apparus aux Jusqu’à ces dernières années, les données concernant l’ha- Les ossements de faune recueillis forment un ensemble d’environ 800 pièces dont une
chercheurs comme un simple mobilier de prestige échangé bitat du Campaniforme pour ces périodes sont restées faible part a pu faire l’objet d’une détermination au rang de l’espèce. La faune domes-
à travers toute l’Europe, dans un contexte de montée en exceptionnelles dans le Nord-Ouest de la France. Les habi- tique est représentée par le bœuf, le porc, le cheval, la chèvre ou le mouton, et la faune
puissance des élites guerrières. D’autres ont imaginé des tats actuellement fouillés sont situés dans la vallée de la sauvage par le chevreuil et le cerf.
hordes déferlant sur toute l’Europe, des marchands, des Seine et sur la frange littorale : Bernières-sur-Mer et Deux fragments de bois de cerf façonnés ont aussi été découverts sur le fond du fossé,
prospecteurs de métal ou bien des forgerons. La localisa- Mondeville (Calvados), Val-de-Reuil, Poses et Bernières- au contact du substrat calcaire. Leur morphologie ainsi que leur localisation dans un
tion privilégiée des sites campaniformes le long des côtes ou sur-Seine (Eure), Tourville-la-Rivière, Yport et Octeville- secteur du fossé où le substrat calcaire a été entamé incite à les associer au creuse-
dans les grands estuaires les ont encouragés dans cette voie. sur-Mer (Seine-Maritime), Digulleville et Lingreville ment de ce dernier.
Toutefois, la réalité est sûrement beaucoup plus complexe 1. (Manche). Cyril Marcigny
D’un côté, les associations d’objets que livrent de nouveaux Les sites de basse vallée de la Seine étaient toujours locali- 1 Chancerel, Ghesquière et Marcigny, 2005.
sites d’habitat (industrie lithique*, céramique décorée et sés non loin de la zone inondable du fleuve 2. On y trouve
céramique dite d’accompagnement) montrent clairement des conditions particulières qui ont permis la conservation
que nous avons affaire à un groupe culturel à part entière. de vestiges discrets d’habitat qui ne laissent que très peu de Fig. 10
De l’autre, les gobelets campaniformes propres aux sépul- traces dans le sol (absence de poteaux porteurs ancrés dans Gouttelettes de fusion, Val-de-Reuil « Les Florentins »
(photo B. Dubrac).

le sol). Si l’on a du mal à fixer le début du phénomène 10 m


N
(probablement autour de 2500 av. J.-C.), il est fort probable Y

que les derniers groupes à gobelets campaniformes perdu-


rent jusqu’au début du Bronze ancien, peut-être jusque vers
2000 ans avant J.-C. 0
L’industrie lithique* associée à ce faciès* s’écarte très large-
ment des séries connues pour le Néolithique final. Elle
consiste en un débitage de type « côtier* », utilisant pour la
majeure partie des galets de silex. Les outils sont représen-
tés pour l’essentiel par des grattoirs de petite taille et par
des pointes de flèches perçantes, soit à pédoncule et aile-
rons, soit foliacée* ou triangulaire à base convexe (fig. 8,
cat. 17). Ce type d’industrie peut s’expliquer par un
contexte d’apparition de la métallurgie et donc de margi-
nalisation progressive de l’outillage en silex. Des goutte-
Fig. 9 lettes de fusion de cuivre ont d’ailleurs été découvertes à Meule
Polissoir
Le « set » campaniforme : poignard en cuivre, brassard d’archer, Val-de-Reuil et Poses (fig. 10). Céramique campaniforme Y

La fabrication de poterie est bien attestée par la mise au jour Bois de cerf
Y
pointe de flèche, parures et boutons en os et gobelet
Céramique
en forme de cloche renversée (DAO, E. Gallouin, Inrap). d’un petit four en voûte non enterré à Val-de-Reuil. La céra-
mique d’accompagnement comporte principalement de
Fig. 8 grands pots à fond plat, à profil en S tendant vers le profil
Armatures de flèches de la fin du IIIe millénaire – biconique* et des pots à cordon lisse ou à perforations sous
Campaniforme et Bronze ancien –, restitution le bord. À Poses, la fouille d’un amas de plusieurs centaines
des systèmes d’emmanchement par J. Ladjadj de glands carbonisés permet également d’entrevoir le rôle de Fig. 11
(photo H. Paitier, Inrap). la cueillette dans l’économie de subsistance. Plan de l’enclos campaniforme du « MIR » à Mondeville, Calvados (DAO, E. Gallouin, Inrap).

24 25
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE LA PREMIÈRE MÉTALLURGIE EN NORMANDIE

LA PREMIÈRE MÉTALLURGIE
Si nous savons que les objets en métal ont circulé précoce-
ment au Néolithique final, les hommes du Campaniforme
sont considérés comme étant les premiers à avoir maîtrisé
les techniques de production du cuivre, de l’or et de l’argent.
Au Campaniforme, le nombre de produits en métal est
encore faible. Un poignard en cuivre provient d’une des
sépultures de Bernières-sur-Mer (Calvados, fig. 14). Les
haches plates en cuivre restent toutefois rares dans le nord-
ouest de la France (cat. 22 et 23).
Des découvertes de perles en tôle martelée et de poinçons
en cuivre sont signalées dans quelques sépultures collec-
tives de la boucle du Vaudreuil. La sépulture collective n0 1
de Portejoie (Eure) contient des éléments de céramiques
campaniformes associés à deux petites plaquettes en tôle
d’or, aux bords retournés (cat. 24).
Les gouttelettes de métal découvertes sur les habitats de
Val-de-Reuil « Les Florentins » et de Poses « Le Clos-Saint-
Quentin » sont composées de cuivre presque pur avec des
traces d’arsenic. Les poinçons et les perles en tôle de cuivre
du monument sépulcral de la Butte-Saint-Cyr à Val-de-
Reuil ont la même composition.

Cyrille Billard
1 Salanova, 2000.
2 Billard, Querré et Salanova, 1998.
3 Billard et Penna, 1995.
4 Verron, 2000 ; Marcigny et Ghesquière, 2003b.

Fig. 12 LES SÉPULTURES DU III E MILLÉNAIRE Le site de Léry, « Les Petits Prés-Le Clos des Vignes » (Eure),
L’allée couverte Du point de vue des pratiques funéraires, le Néolithique constitue un ensemble relativement dispersé de cinq sépul-
de Passais-la-Conception connaît une double évolution, l’émergence de l’inhuma- tures individuelles, dont deux ont livré du mobilier campa-
(Orne) a livré durant sa tion collective et la construction des premiers grands niforme (fig 13, cat. 18). Les corps sont inhumés de préfé-
fouille, sous la dir. de A. monuments pour y déposer les morts. À la fin du Néoli- rence en position fléchie sur le côté. Seules les sépultures 1 Fig 13
Chancerel (ministère de thique, ce mouvement voit son aboutissement dans l’utili- et 2 contenaient des objets, vases et parures en grande une sépulture
la Culture et de la sation de grands caveaux collectifs en partie enterrés, quantité. La sépulture 5 est celle d’une jeune femme de 18 campaniforme de Léry,
Communication), des construits vers 3000 av. J.-C. : les allées sépulcrales mégali- à 25 ans accompagnée de deux enfants périnataux, dont le Eure (photo E. Mantel,
fragments de gobelets thiques ou en bois. décès pourrait être lié à des conditions d’accouchement ministère de la Culture
campaniformes (photo Le début de la métallurgie correspond à une période de difficiles. et de la Communication).
C. Marcigny, Inrap). mutation rapide des pratiques funéraires. Non seulement La sépulture individuelle de Poses « La Plaine de Poses » ne
l’inhumation collective est remplacée par l’inhumation contenait qu’un gobelet décoré à la cordelette qui pourrait
individuelle, mais très rapidement apparaît la pratique de appartenir à la phase supposée la plus ancienne du
l’incinération, attestée en particulier aux Pays-Bas. complexe campaniforme 3 (cat. 19). La fosse sépulcrale était
Les hommes du Campaniforme réutilisent donc de grands entourée d’un petit fossé circulaire qui suggère l’apparition Fig 14
caveaux collectifs (Val-de-Reuil et Portejoie, Eure; Passais- des premiers monuments circulaires. Le poignard en cuivre
la-Conception, Orne, fig. 12), parfois en y apportant des Deux sépultures ont également été trouvées à Bernières- de Bernières (Calvados),
modifications architecturales se manifestant par une dimi- sur-Mer (Calvados) : l’une d’entre elles a livré un gobelet trouvé lors de la fouille
nution de l’espace funéraire. En même temps, les sépul- décoré, et l’unique poignard en cuivre de la région d’une sépulture (photo H.
tures individuelles se généralisent. (cat. 111 et fig. 14) 4. Paitier, Inrap).

26 27
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE NOTICES

CHRONOLOGIE 3 HACHE À REBORDS 4 HACHE À TALON ARCHAÏQUE 6 HACHE À TALON DE TYPE


Prov. : Muids (Eure, cant. Les Andelys), Prov. : Dieppe (Seine-Maritime), lieu-dit NORMAND
DE L’ÂGE DU BRONZE
1912. « Rosendahl », 1869. Prov. : Forêt de Roumare
Alliage cuivreux Alliage cuivreux (Seine-Maritime, cant. Notre-Dame
1 HACHE PLATE
L. 12,5 cm. ; l. 5,7 cm ; ép. 2 cm L. 16,5 cm ; l. 6,5 cm ; ép. 2,4 cm de Bondeville), « Cavée de Biessard »,
Prov. : Rouellé (Orne, cant. Domfront),
Bronze moyen I Bronze moyen I découverte en septembre 1844.
découverte avant 1900, au sommet
de la colline de Fosse-Artour. Rouen, musée départemental Rouen, musée départemental L. 13,2 cm ; l. 6,3 cm ; ép. 3 cm
des Antiquités, inv. 2335 bis (A) des Antiquités, inv. 1216 Bronze moyen II
Alliage cuivreux
L. 14 cm ; l. 6 cm ; ép. 1,5 cm Les haches à rebords, seconde famille des Cette hache présente une séparation nette Rouen, musée départemental
Début du Bronze ancien haches de l’âge du Bronze, sont caracté- entre la partie active, ou lame, terminée des Antiquités, n° 379 (D)
Musée du Château de Flers, inv. MF 102 risées par l’existence de rebords latéraux par le tranchant, et la partie destinée à Cette hache provient d’un dépôt d’une
Cette hache plate, de forme sensiblement sur les deux faces de l’objet, qui facilitent l’emmanchement, ou « talon ». Celui-ci douzaine d’objets, dont les sept haches à
trapézoïdale, présente une coupe dissy- la fixation solide d’un manche en bois. comporte deux gorges symétriquement talon conservées ont des formes diverses
métrique. L’une des faces, lisse, corres- Par sa forme, cet exemplaire en consti- disposées sur les deux faces de l’objet, bor- en fonction du traitement subi par cer-
pond au fond du moule monovalve dans tue un magnifique exemple. Mais son 1 Hache plate dées par des rebords saillants et terminées taines d’entre elles après leur sortie du
lequel elle a probablement été coulée ; décor en fait un spécimen rare : des can- par une butée. Il ne s’agit pas encore moule (martelage et affûtage). Elles pré-
l’autre face est rugueuse et légèrement nelures obliques très régulières couvrent d’une hache à talon « normande » de type sentent toutes, au départ de la lame, des
bombée en son milieu. Le tranchant est ses faces latérales, et de fines gravures en classique: l’objet est plus large que les spé- motifs décoratifs variées (simple cavité
épi ornent la partie centrale et soulignent cimens postérieurs, et le passage entre les triangulaire, cavité double, motif en tri- 4 Hache à talon archaïque
« mousse » ; le talon est arrondi et porte
une encoche en V. On n’observe à sa sur- l’arête médiane résultant de la coupe gorges du talon et la lame n’est marqué dent ou gorges multiples) suivant l’habi-
face aucune trace de martelage ou de longitudinale losangique de la hache. que par des reliefs peu accusés, la butée tude normande. Les haches à talon dites
polissage, ni aucune bavure de coulée. Elle faisait partie d’un dépôt du début du qui termine le talon étant nettement de type « normand » ont été produites en
Bronze moyen, dans lequel se trouvaient moins haute que les rebords latéraux. abondance autour de la vallée de la Seine
Biblio.: Hubert 1924, p. 243; Hubert
des haches à rebords de types variés et Biblio.: Estaintot, Vte R. d’ 1869a; Coutil à la fin du Bronze moyen.
1966, p. 92, Verron 1985, p. 154; Verney
1990, p. 27. une hache à talon de forme archaïque. 1898, pl. 3, n° 18; Coutil 1921, pl. 2, n° Biblio.: Verron 1971, p. 59; Verron 1982,
Biblio.: Coutil 1921a, p. 800; Verron 26; Verron 1971, p. 50; Briard et n° 10.
1971, p. 51 ; Verron 1982, n° 2; Blanchet Verron 1976a, p. 84.
2 HACHE PLATE
Prov. : Les Grandes Ventes
et Mordant 1987, figure 12.
(Seine-Maritime, cant. Bellencombre), 5 HACHE À TALON
« forêt d’Eawy », en 1936. 2 Hache plate Prov. : Le Hanouard (Seine-Maritime,
Alliage cuivreux cant. Ourville-en-Caux), vallée de
L. 11 cm ; l. 5 cm ; ép. 1 cm la Durdent, découverte lors de travaux
Début du Bronze ancien routiers (route n° 19), 1840.
Saint-Germain-en-Laye, musée des Anti- Alliage cuivreux
quités nationales, inv. 82741/01 L. 18 cm ; l. 2,9 cm ; ép. 2,5 cm
Les premières haches produites sont, Bronze moyen II
comme cet exemplaire, de simples lames Rouen, musée départemental
de métal. des Antiquités, n° 283.2 (D)
Biblio.: Verron 1977, p. 406. Par sa forme générale, son étroitesse et sa
finition, cette hache constitue un spéci-
men original.
Le dépôt dont elle provient comportait 5 Hache à talon de type normand
une vingtaine de haches et cinq bracelets;
son poids total était de 7,5 kg. La plupart
des objets sont aujourd’hui perdus (cat.
83).
Biblio.: Cochet 1866, p. 443; Coutil 1898,
pl. 4, n° 4; Coutil 1899, p. 10; Verron
1971, p. 56.

3 Hache à rebords

6 Hache à talon de type normand

28 29
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE NOTICES

7 HACHE À AILERONS 9 HACHE À DOUILLE 10 HACHETTES À DOUILLE


Prov. : Longueville (Calvados, cant. Prov. : région de Flers (Orne), avant 1971. Prov. : Couville (Manche, cant. Octeville),
Isigny-sur-Mer), découverte lors Alliage cuivreux lieu-dit le « Champ du Houguet », 1852.
du creusement d’un fossé « sur le chemin L. 13,5 ; l. 3,5 cm ; ép. 4 cm Alliage cuivreux
de Deux-Jumeaux, à 200 m environ Hallstatt C L. 5 cm ; l. 1,7 cm ; ép. 2 cm
de la RN », 1891. Rouen, musée départemental L. 7,5 cm ; l. 2,5 cm ; ép. 2 cm
Alliage cuivreux des Antiquités, inv. 2577.1 (D) Hallstatt C
L. 11,5 cm ; l. 3,3 cm Plus récente que la précédente, datant Rouen, musée départemental
Bronze final III vraisemblablement du premier âge du des Antiquités, n° 1176.1 (D)
Évreux, musée municipal, inv. 3566 Fer, cette hache appartient à la famille des Cherbourg-Octeville, muséum
Sur les haches de ce type ont été ména- haches à douilles armoricaines aux for- Emmanuel-Liais, inv. 7635/1340
gées sur chaque face deux languettes de mes très standardisées, avec une ouver- En 1852 a été mis au jour un dépôt
métal (ou « ailerons ») rabattues en arc de ture et une coupe transversale rectangu- constitué pour l’essentiel de hachettes à
cercle autour des tiges qui terminaient le laire, une forme très longiligne et un douille de petit module (280 haches),
manche de bois. Le spécimen de Longue- décor sommaire constitué de bourrelets caractéristiques des productions armori-
ville appartient à la variante dite « à aile- anguleux. Elle appartient à une variante caines tardives ; ces exemplaires en pro-
rons subterminaux », très fréquente au de grand module (type du Tréhou). viennent.
sein des dépôts du Bronze final III dans Comme souvent dans le cas de ces haches Biblio.: Périaux 1852; Verron 1971,
l’Ouest de la France. tardives, la douille n’a pas été vidée du p. 79; Verron 1976b, fig. 5, n° 9.
Biblio.: Coutil 1907a, n° 35, p. 969; noyau d’argile inséré lors de la fonte et la 7 Hache à ailerons
Verron 1981, p. 10, fig. 17. surface de l’objet ne présente aucune trace 11 POIGNARD
d’usage. On en déduit que ces pièces Prov. : Saint-Maclou (Eure, cant.
8 HACHE À DOUILLE n’étaient pas utilisées comme des haches Beuzeville), lors de la construction
À ÉTRANGLEMENT fonctionnelles mais plutôt comme des de la ligne de chemin de fer entre
Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime, instruments d’échange (paléomonnaies), Pont-Audemer et Honfleur, 1886.
cant. Mont-Saint-Aignan), découverte voire des sortes de lingots pour la com- Alliage cuivreux
fortuite dans le cimetière en creusant mercialisation du métal. L. 25 cm ; l. 5 cm ; ép. 1 cm
une tombe, 1880. Biblio.: Verron 1971, p. 77; Briard et Bronze ancien I
Alliage cuivreux Verron 1976b, p. 52; Bernouis 1999, Évreux, musée municipal, inv. 3433
L. 10 cm ; l. 3,5 cm ; ép. 2 cm p. 132. Poignard de type armoricain, à lame tri-
Bronze final III
angulaire avec une languette large non
Rouen, musée départemental débordante, décorée de trois cannelures 10 Hachettes à douille
des Antiquités, inv. 1771.3 c (D). longitudinales de chaque côté du bourre-
Cette hache à douille appartient à un type let axial.
peu courant, appelé à étranglement, en Biblio.: Coutil 1898, p. 57 et 108-109;
raison d’un rétrécissement de la douille Verron 1981, p. 5-6, fig. 5; Briard et
dans la partie supérieure de l’objet. Verney 1996, fig. 3.
Du même dépôt, voir aussi cat. 36, 53, 60,
65, 66, 82, 86 et 100.
Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1899,
pl. III bis; Ensenat, 1994, n° 20; Verron
1971, n° 45; Verron 1982, n° 11. 8 Hache à douille à étranglement

11 Poignard

9 Hache à douille

30 31
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE NOTICES

12 ÉPÉE 14 ÉPÉE PISTILLIFORME 16 ÉPÉE HALLSTATTIENNE


Prov. : Mont-Saint-Aignan Prov. : dragages de la Seine, entre Prov. : Oissel (Seine-Maritime, cant.
(Seine-Maritime), briqueterie Freneuse et Oissel (Seine-Maritime, cant. Saint-Étienne du Rouvray), « près de l’île
Lancesseur, 1923. Elbeuf et Sotteville-lès-Rouen), 1883. Saint-Martin », dragage dans la Seine,
Alliage cuivreux Alliage cuivreux 1853.
L. 47 cm ; l. 7 cm ; ép. 2 cm L. 54,1 cm ; l. max 6,1 cm ; ép. 1 cm Alliage cuivreux
Bronze moyen II Bronze final II L. 72,5 cm ; l. 6,5 cm ; ép. 1,5 cm
Rouen, musée départemental Rouen, musée départemental Hallstatt C
des Antiquités, n° 2503 (D) des Antiquités, inv. 1804.2.b (D) Rouen, musée départemental
Dans ce dépôt mis au jour en 1923 figu- Cette épée, plus tardive que les précé- des Antiquités, n° 790
rait une exceptionnelle épée à poignée en dentes, témoigne de l’évolution des tech- Cette épée présente une lame pistilli-
bronze, très représentative du savoir-faire niques de combat. Pendant longtemps, les forme, aux bords amincis, et une poignée
des artisans métallurgistes du Bronze épées n’avaient guère été utilisées que plate munie de trous de rivets pour la
moyen. Elle présente une lame effilée à pour leur extrémité pointue. Puis on a fixation de garnitures en matières orga-
base élargie, et une poignée creuse fixée à constaté l’efficacité des chocs donnés par niques. Au début de l’époque hallstat-
la lame par quatre rivets. Un décor incisé le tranchant de la lame, notamment lors tienne, on a fabriqué de telles épées aussi
de lignes parallèles et de chevrons orne la des combats à cheval. D’où l’élargisse- bien en fer qu’en bronze.
fusée. ment des lames « pistilliformes » à l’ap- Biblio.: Cochet 1856, p. 90; Coutil 1898,
Biblio.: Deglatigny 1921, pl. VII; proche de la pointe, pour les alourdir et p. 11 à 12; Verron 1971, p. 29.
O’Connor 1980, fig. 24; Verron 1971, en augmenter l’efficacité. En outre, pour
pl. 8; Verron 1982, n° 4 et 5. résoudre le problème de la liaison entre
lame et poignée, l’arme a ici été fondue
13 LAME D’ÉPÉE d’une seule pièce. Les trous de rivet ména-
Prov. : Mont-Saint-Aignan gés au niveau de la garde et de la poignée
(Seine-Maritime), briqueterie indiquent la fixation de garnitures en os,
Lancesseur, 1923. bois, corne, ivoire ou métal qui amélio-
Alliage cuivreux raient le confort de l’utilisateur et lui per-
L. 43 cm ; l. 5 cm ; ép. 1 cm mettaient d’afficher son statut social par
Bronze moyen II le choix des matières, plus ou moins pré-
Rouen, musée départemental cieuses, utilisées.
des Antiquités, n° 2504 (D) Biblio.: Cochet 1875, p. 105; Coutil 1928,
Seule la lame de cette épée est conservée. pl. VII et IX; Verron 1971, p. 55,
Sa forme générale est identique à celle de n° 21.
l’épée précédente, mais on peut observer
ici les particularités de la languette som- 15 ÉPÉE EN LANGUE DE CARPE
mitale, cachée par la poignée dans l’autre Prov. : Caumont (Eure, cant. Routot),
exemplaire. De forme sensiblement tra- dragages avant 1871.
pézoïdale, elle comporte deux encoches Alliage cuivreux
arrondies dans lesquelles venaient s’insé- L. 64 cm ; l. 5,5 cm ; ép. 1,5 cm
rer les rivets de fixation d’une poignée en Bronze final III
bois ou en métal. Rouen, Musée départemental
Biblio.: Deglatigny 1921, pl. VII; des Antiquités, inv. 438 (A)
O’Connor 1980, fig. 24; Verron 1971, À la fin du Bronze final, on constate, sur
pl. 8; Verron 1982, n° 5. toute la façade atlantique de l’Europe, le
développement d’épées d’une forme nou-
velle, dites en langue de carpe à cause d’un
brusque rétrécissement de la lame à l’ap-
proche de la pointe. Comme dans les
types précédents, la poignée est fondue
d’un seul tenant avec la lame. Celle-ci, à
bords parallèles, est renforcée par une
large nervure centrale. Elle présente, sous
la poignée, deux encoches à bords plats,
sans doute pour y poser les doigts.
Biblio.: Verron 1971, p. 29, n° 23.

12 Épée 13 Lame d’épée 14 Épée pistilliforme 15 Epée en langue de carpe 16 Epée hallstattienne

32 33
L’ÂGE DU BRONZE EN NORMANDIE NOTICES

VERS L’ÂGE DU BRONZE : 20 GOBELET 21 BRASSARD D’ARCHER 24 APPLIQUES EN OR


Prov. : Lingreville/Briqueville-sur-Mer Prov. : Cléon (Seine-Maritime, Prov. : Portejoie (Eure, cant.
LA FIN DU III E MILLÉNAIRE
(Manche, cant. Montmartin-sur-Mer), cant. Caudebec-lès-Elbeuf), Val-de-Reuil), « sépulture collective 1 ».
lieu-dit « Havre de la Vanlée », « Port Angot », découverte fortuite, Or
17 GRATTOIRS
prospection depuis 1970. milieu des années 1990. L. 10 mm ; l. 4 mm
ET POINTES DE FLÈCHE
Céramique Grès ou calcaire gréseux (roche Campaniforme/Bronze ancien
Prov. : Val-de-Reuil (Eure, cant.
Les Andelys), lieu-dit « Les Florentins »,
H. 18 cm ; D. à l’ouv. 15 cm non locale) SRA de Haute-Normandie
Campaniforme/Bronze ancien L. 16 cm ; l. 4 cm Ces deux petites appliques en forme de
fouille préventive, 1987
Silex SRA de Basse-Normandie Campaniforme/Bronze ancien lamelles, aux bords repliés et perforés,
5 grattoirs (L. 3-4,5 cm ; l. 2,7-4 cm) L’érosion croissante du front de mer a Elbeuf-sur-Seine, musée municipal sont les plus anciens témoignages du tra-
et 9 pointes de flèche (L. 2,5-4,2 cm ; donné lieu à plusieurs découvertes de sites Ces deux fragments proviennent d’un vail de l’or en Normandie.
l. 2,1-2,8 cm) archéologiques sur l’estran. Différents brassard d’archer à double perforation. Biblio.: Verron 1976a, p. 398; Eluère
Campaniforme/Bronze ancien gisements ont livré un mobilier abondant Biblio.: Billard C., Querre G. 1982, p. 12.
Évreux, musée municipal piégé dans le colmatage d’un ancien lit de et Salanova L. 1998, p. 351-363.
Ce lot présente des grattoirs et des pointes rivière, appartenant pour une part au 21 Brassard d’archer
25 MINERAI ET PÉPITE D’OR
de flèche. Ces dernières sont caractéris- Campaniforme – Bronze ancien, dont ce 22 HACHE PLATE Minerai de quartz aurifère :
tiques de la fin du Néolithique et du gobelet caréné non décoré. Prov. : Forêt-la-Folie (Eure, cant. Ecos), prov. inconnue.
début de l’âge du Bronze. Elles sont toutes Biblio.: Verron 1977, p. 369-370; Billard « La Butte des Moulins », avant 1898. Pépite : chaîne du Mayoumbé
perçantes mais de types divers. On note et al. 1995. Alliage cuivreux (Congo-Brazzaville)
en particulier une pointe de flèche armo- 17 Grattoirs et pointes de flèche L. 9,5 cm ; l. 4 cm ; ép. 1 cm Or natif
ricaine très régulière, de type ogival court. Bronze ancien Minerai : L. 2,3 cm ; l. 2 cm
Biblio.: Billard, 1991. Évreux, musée municipal, inv. 3421 Pépite : L. 1,2 cm ; l. 0,6 cm ; 1,25 g
Cet exemplaire provient d’un dépôt de Rouen, muséum d’Histoire naturelle
18 GOBELET ET PARURES deux haches plates. (minerai) et collection particulière
FUNÉRAIRES Biblio. : Coutil 1898, p. 63, pl. III ; Coutil (pépite)
Prov. : Léry (Eure, cant. Les Andelys), 1921a, pl. I. L’or a été exploité dès le Bronze ancien en
lieux-dits « Les Petits Prés » et Irlande, Portugal et Bretagne. Il n’a été
« Le Chemin aux Vignes », fouille extrait, semble-t-il, des quartz aurifères
23 HACHE PLATE
préventive 1985-1986. que plus tard, peut-être seulement à par-
Prov. : Évreux, place de l’Hôtel de Ville,
Céramique, os, coquillages tir de l’époque romaine. Par contre les
fouille Bonnin, 1846.
Campaniforme/Bronze ancien gisements alluvionnaires ont pu facile-
Alliage cuivreux
Évreux, musée municipal L. 5,6 cm ment être sollicités. En Bretagne, les cours 22 Hache plate
Ces objets proviennent de la fouille de Bronze ancien d’eau comme la Vilaine ou l’Odet char-
cinq sépultures individuelles relativement Évreux, musée municipal, 5792 rient des sables aurifères. Des recherches
dispersées. La sépulture 1 a livré un gobe- récentes ont montré des teneurs en or
let non décoré et un collier de boutons en supérieures à 0,2 g par m3 de sédiment
os hémisphériques à perforations en V. La dans deux zones, la première allant du
sépulture 2 a livré un gobelet campani- Sud de Saint-Brieuc (Côtes-d’Armor) au
forme décoré, un petit bol de facture plus Sud de Pontivy (Morbihan), la seconde
grossière, quatre pendeloques cannelées 18 Parures funéraires dans la région de Fougères (Ille-et-
en os, dont deux comportent une perfo- Vilaine). Des concentrations de trou-
ration à l’une des extrémités, une centaine vailles d’objets en or y ont été réperto-
de dentales et onze coquilles de gastéro- riées, indice intéressant pour suggérer
podes. Aucun objet n’a été trouvé dans les l’exploitation locale de cet or.
trois autres sépultures. JPW
Biblio.: Billard 1991.
23 Hache plate
19 GOBELET
Prov. : Poses (Eure, cant. Val-de-Reuil),
« La Plaine de Poses », fouille
préventive, 1993.
Céramique
H. 19,5 cm ; D. 16,5 cm
Campaniforme/Bronze ancien
Évreux, musée municipal
Ce gobelet à décor couvrant réalisé à la
cordelette (type AOC) a été découvert au
centre d’un probable cercle funéraire. Il
était situé dans une fosse rectangulaire
évoquant une sépulture.
Biblio.: Billard et Penna, 1995, p. 289- 19
290.
Gobelets

18 20 24 Appliques en or 25 Minerai et pépite d’or

34 35
L’homme
modèle le paysage
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE CLIMATS ET PAYSAGES DE L’ÂGE DU BRONZE

CLIMATS ET PAYSAGES DE L’ÂGE DU BRONZE Constitution d’un diagramme pollinique du forage


à la reconstitution des paysages

I
l est aujourd’hui fréquemment question du réchauffe- 1 1 Forage et carottage d’un prélèvement
ment climatique et de l’influence des activités hu- Dans un milieu particulièrement favorable à la conservation
0 B.P. maines, industries et transports, sur ce phénomène. des pollens (tourbe, par exemple), un sondage est réalisé à
Fin Subatlantique Malgré des données abondantes et des moyens d’ana- l’aide d’un carottier. Les sédiments constituant la stratigra-
lyses conséquents, les débats se poursuivent sans appor- phie sont décrits et la carotte portée au laboratoire.
1800 B.P. ter de réponse claire.
L’homme, par la maîtrise de l’outillage puis par la produc- 2 Extraction et comptage des pollens
Début Subatlantique tion de ses ressources alimentaires, a toujours accru son En laboratoire, les sédiments sont préparés pour extraire les

DU BRONZE
emprise sur les milieux naturels au gré des croissances pollens de leurs gangues minérales à l’aide de différents
3600 B.P. démographiques et des développements technologiques. produits chimiques. La préparation est ensuite examinée au

AGE
Le prélèvement de ressources naturelles minérales, végé- microscope optique, 300 à 500 grains de pollens sont ainsi
Fin Subboréal comptés par échantillon suivant un protocole d’étude rigoureux
tales et animales crée systématiquement un déséquilibre
4650 B.P. (ici, un pllen de blé).
susceptible de provoquer ou d’accélérer une transforma-
HOLOCENE

Début Subboréal tion du milieu environnant. Cette ingérence humaine est 2


3 Élaboration d’un diagramme pollinique
loin d’être toujours négative, au point qu’aujourd’hui
La saisie du comptage des pollens est ensuite replacée dans
5700 B.P. nombre de milieux naturels riches le sont grâce à son
la stratigraphie du site qui est calée dans la chronologie grâce
Fin Atlantique action. En effet, les modifications apportées ont souvent
à des datations 14C. Il est ainsi possible de quantifier par
entraîné une augmentation de la biodiversité.
6750 B.P. tranche chronologique le type et le taux de pollens. Le paysage
L’étude des interactions entre l’homme et son milieu inté-
Début Atlantique resse donc fortement les recherches archéologiques. Les peut alors être restitué.

7800 B.P. données disponibles sont cependant encore peu nom-


breuses et doivent être exploitées avec la plus grande Cyril Marcigny, avec la collaboration de D. Barbier-Pain
Fin Boréal
prudence.
8350 B.P.
L’âge du Bronze s’inscrit dans la période interglaciaire
Début Boréal
actuelle (Holocène, fig. 15). Il s’amorce vers 10 000 av. 3
8900 B.P. J.-C., avec le net réchauffement climatique qui marque la
Fin Préboréal
9450 B.P. sortie de la glaciation précédente. Cette modification clima-
TARDIGLACIAIRE

Début Préboréal tique majeure engendre une remontée du niveau marin,


10000 B.P. qui semble se stabiliser au cours de la période qui nous inté-
Fin Dryas récent
10350 B.P. resse. En parallèle, le couvert végétal se ferme progressive-
Début Dryas récent ment au détriment de la steppe herbacée froide antérieure.
10700 B.P. La forêt, d’abord marquée par le pin, évolue progressive-
Fin Bölling/Allerod ment vers une chênaie mixte, toujours dominante à l’âge
11850 B.P. du Bronze.
Début Bölling/Allerod Le couvert végétal s’adapte au contexte local, zones allu-
13000 B.P. viales, versants, plateaux, côtes maritimes et à la nature des
Dryas ancien sols, terrains sédimentaires, socles anciens… La faune est
15000 B.P. elle-même en partie tributaire de l’évolution de cette végé-
tation.
Les prélèvements des populations préhistoriques sur le
milieu naturel n’étaient pas nuls, mais sans doute négli-
Fig 15 geables compte tenu de leur faiblesse numérique. Cepen-
Tableau chronologique simplifié des phases climatiques de l’Holocène ; comme pour dant, il n’est pas exclu que l’homme ait participé active-
la chronologie de l’âge du Bronze proposée sur le tableau de la figure 3, nous rencontrons ici encore ment à la disparition de certaines espèces animales (en
des problèmes d’échelle entre un modèle climatique global et les répercussions à l’échelon régional limite de biotope*), notamment lors de changements
qui reste encore à enregistrer. Les dates sont exprimées ici en B.P. (before present) : le 0 B.P. climatiques.
correspond à la date de mise au point de la méthode de datation par le comptage du 14C, soit 1950. La situation évolue notablement avec les débuts de l’agri- photo et diagramme D.
Les spécialistes de l’environnement préfèrent l’utilisation de cette échelle de temps qui utilise culture qui nécessite l’ouverture des surfaces indispensables Barbier-Pain, Inrap et
l’année de référence adoptée par tous les laboratoires dans le monde (DAO, E. Gallouin, Inrap). aux cultures. Ces défrichements, mêmes partiels en cas de Laboratoire d’écologie et
pratique d’abattis-brûlis* temporaires, constituent les paléoenvironnements
premières agressions lourdes sur l’environnement. Les atlantiques, Nantes.

38 39
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE CLIMATS ET PAYSAGES DE L’ÂGE DU BRONZE

peuplements de l’âge du Bronze s’inscrivent toujours dans


cette dynamique tout en bénéficiant des conséquences de la
Les paléoenvironnements a. Diagramme pollinique partiel du sondage SM 60 de l'Anse Saint-Martin (In Lespez et al., 2004)
révolution technologique de la métallurgie du bronze. bas-normands Arbres et arbustes Prairies et landes Marais et pl.aquat. Schorre

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Pour appréhender les modifications générées sur l’envi-

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et densité des sites dans le temps et l’espace, analyses paly- Zones

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es enquêtes sur les paléoenvironnements continentaux holocènes ont

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40
nologiques* (fig. 16), exploitation des enregistrements sédi- été relancées en Basse-Normandie au cours de ces dernières années. 50
60
3c ± 70 BP

mentaires témoins de l’érosion (déstabilisation des sols par Afin de répondre aux questions posées par les recherches archéolo- 70
80
3b
Age du Fer
3a
l’agriculture)… giques, elles s’appuient plus particulièrement sur l’étude de basses vallées 90
100
110
Age
Les informations accumulées fournissent une première littorales1 : 120
130 3000
2
image, encore floue, de la pression de l’homme sur son – les petits bassins versants côtiers de la presqu’île de La Hague au nord- 140
150 3200
160 3560 ± 100 BP
environnement. La palynologie enregistre régulièrement ouest du Cotentin, (Manche) qui appartiennent au massif armoricain ; 170 du Bronze
20 20 20 40 20 40 20 40 60 80 100 20 20 40 20 20 40 20 40 20 20000 40000
les modifications du couvert végétal lié à l’agriculture et à – la basse vallée de la Seulles (Calvados) et ses derniers affluents de la rive NbeNbe Grains/gr. - ExagÈration X10.

l’élevage. La concordance est remarquablement bonne droite (la Mue, le Tue) qui s’encaissent dans les plateaux calcaires du Bessin
b. Diagramme pollinique partiel du sondage 0 bis de la basse vallée de la Dives (In Lespez et al., à paraître)
lorsque les recherches archéologiques portent sur les vallées et de la plaine de Caen, extrémité occidentale du bassin parisien ;
où les zones humides enregistrent les pluies polliniques – la basse vallée de la Dives (Calvados) qui s’écoule entre le pays d’Auge à
Schorre
Prairies et pl.cult. Lieux humides

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Arbres et arbustes Landes

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dans de bonnes conditions. Il semble exister une remar- l’est et la plaine de Caen à l’ouest.

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sur la longue durée, elle n’est pas perçue par une pression médiévale et la partie concernant le Néolithique et l’âge du Bronze a été 160
170
2219
plus forte sur les milieux naturels. Toutefois il est fort soulignée en prenant comme limite les datations radiocarbones les plus 180 SS0 ± 52 BP
190
-2 Age du Fer
200
probable que nos « enregistreurs » ne soient pas assez proches (fig. 17). 210
220
Age
3000
sensibles. Il faudra attendre la fin du second âge du Fer Au cours du Bronze moyen, par exemple, les indices d’anthropisation* sont 230
240 SS0
-1b 3200
(IIe et Ier siècles av. J.-C.) pour assister à une accélération de enregistrés dans les trois secteurs étudiés et se traduisent par des traces de 250
260
du Bronze
270

la main mise de l’homme sur la nature. culture de céréales, accompagnées du développement des plantes messi- 280
290
1a
3973
L’image restituée est celle d’une mosaïque très irrégulière, coles et rudérales (plantes annuelles qui poussent avec les récoltes). Elles 300
20 20 20 40 60 20 40 60 80 100 20 20 40 20 40 60 20 20 100000 ± 56 BP
Nbe Nbe Grains/gr
avec des points de fixation longue de l’occupation, des sont liées à La Hague et sur les marges de la vallée de la Dives au dévelop-
implantations éphémères et de grandes zones relativement pement des landes à fougère aigle et des espaces pâturés. Cependant, le c. Diagramme pollinique partiel du sondage 2 bis de la basse vallée de la Dives (In Lespez et al., à paraître)
vides. Du Néolithique à l’âge du Bronze les mêmes surfaces recul du couvert forestier sous l’action des activités agro-pastorales reste Mil.humides Schorre

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Arbres et arbustes Prairies et cultures Landes
ont pu être défrichées et abandonnées à plusieurs reprises

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modéré à l’anse Saint-Martin et dans la vallée de la Dives, comme le montre et aquat.

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60 %. Cette observation vaut aussi bien pour les zones humides où l’aulne

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(30-40 %) se maintient que sur les versants et les plateaux environnants où 230 2265 ± 52 BP
240
250 SS2-2 Age du Fer
les chênes (10-20 %) et les noisetiers (5-10 %) occupent vraisemblablement 260
270
280 SS2 Age
toujours une place importante. Néanmoins dans la vallée de la Mue, les 290
300 -1d 3000
310
3190 ± 55 BP
grains de pollens d’arbres ne représentent que 20 %. L’importance des 320
330
340
SS2 3200
350 -1c
plantes des marais témoigne d’un fond de vallée humide limitant le dévelop- 360 du Bronze

pement des aulnes, mais l’importance des fougères et des prairiales 20 20 20 40 60 20 40 60 80 100 20 20 40 60 80 20 20 40 60 20 20
Nbe Nbe
20000 40000
Grains/gr
témoigne peut-être d’actions anthropiques locales aux dépens du couvert
forestier du fond de vallée (aulnes, 5 % environ) et des versants et plateaux d. Diagramme pollinique partiel du sondage FH de Fontaine-Henry (vallée de la Mue) (In Lespez et al., à paraître)
environnants (chênes, 10 % ; noisetiers, de 15 à 5 %) (fig. 18).

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Cette situation ne montre pas de changement fondamental par rapport au

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Arbres et arbustes Prairies Landes Marais

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Néolithique final. Le passage du Néolithique final à l’âge du Bronze puis au

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reprise du couvert forestier et/ou une diminution des indices d’anthropisa-

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tion) ni par une accentuation nette de l’emprise rurale. Pour tous les sites 2420

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± 40 BP
étudiés en Basse-Normandie, l’âge du Bronze se situe donc dans la conti- 440
FH-1e
460

nuité des dynamiques amorcées dès la fin du Néolithique et il faudra 480

500 3150
attendre l’âge du Fer et plus particulièrement la période de La Tène pour 520
FH-1d
± 45 BP
540
observer une véritable transformation des paysages sous l’action des socié- 560
580
Fig. 16 tés agro-pastorales. 600
20 20 20 20 40 60 80 100 20 20 40 60 80 20 40 20 20 5000
NbeNbe Grains/gr
Carottage dans la Mare de Vaudeville (presqu’île de La Hague, Laurent Lespez et Cyril Marcigny,
Manche) : la sonde descend ici à plusieurs mètres sous le sol avec la collaboration de Martine Clet-Pellerin
actuel pour prèlever une colonne de sédiments qui sera ensuite 1 Clet-Pellerin et Verron, 2004 ; Lespez et al., 2005 ; Marcigny, Lespez et Ghesquière (à Fig 17 Diagramme pollinique des sondages réalisés en Basse-Normandie, dans la Manche : anse Saint-Martin, et dans le Calvados : vallées de la Dives et de la Mue
analysée en laboratoire. paraître). (DAO, M. Clet-Pellerin et L. Lespez, CNRS et Université de Caen).

40 41
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE CLIMATS ET PAYSAGES DE L’ÂGE DU BRONZE

Incarville et la basse pour permettre une régénération de la fertilité des sols ;


Echantillon de pollens représentatif vallée de l’Eure d’autres sont encore couvertes par la forêt primaire holo-
cène. Globalement l’espace disponible est énorme.
de la végétation de l'âge du Bronze Ce contexte éclaire d’un jour nouveau les modalités d’oc-
n amont de la confluence Seine-Eure, la vallée a bénéficié d’impor- cupation de l’actuelle Normandie. Les seules nécessités

E tantes observations qui ont permis d’appréhender la dynamique de


colmatage de la zone inondable. Les sédiments accumulés dans ces
zones humides sont très favorables à la conservation des pollens émis par
agricoles focalisent les implantations là où se conjuguent
les meilleurs sols, les axes naturels de circulation et l’accès
à l’eau. La plaine de Caen, la vallée de la Seine et ses
les végétaux présents dans l’environnement plus ou moins proche. affluents répondent à ces critères et les découvertes archéo-
À Incarville, les accumulations de sédiments colmatant progressivement le logiques le confirment. Les zones côtières de la Basse-
fond de la vallée (séquences stratigraphiques) ont été analysées (palynolo- Normandie, les vallées secondaires et les rebords des
gie, datations radiocarbone et archéologie). Ils se développent sur plus de 4 plateaux présentent des atouts similaires. Ponctuellement,
m d’épaisseur, dont environ 1,50 m pour la fin du Néolithique et les âges du l’exploitation d’une matière première (roche) peut expli-
Bronze et du Fer. quer l’occupation de secteurs moins favorisés.
Les pollens de céréales et les autres végétaux témoins du développement Le développement de la métallurgie du bronze introduit
des pratiques agricoles sont enregistrés par les sédiments à partir de une nouvelle donnée dans l’équation qui régit l’occupa-
5000/4500 ans av. J.-C. Ces observations corroborent les données archéo- tion des sols. Les matières premières (cuivre et étain) sont
logiques locales (les premières implantations néolithiques ne sont pas anté- absentes des formations sédimentaires, donc de l’essentiel
rieures à la fin du Néolithique ancien). L’ouverture du milieu s’exerce au de la Normandie. La maîtrise de la technologie et le
détriment d’un couvert relativement boisé. En arrière-plan, la chênaie mixte contrôle de l’approvisionnement en matières premières et
= semble dominer le paysage avec une place marquée pour le noisetier mais en produits finis est un nouveau facteur de hiérarchisation
aussi le hêtre et le tilleul. Les zones humides sont très largement colonisées sociale. Dès l’âge du Bronze ancien l’occupation semble se
par l’aulne, au point d’être qualifiées d’aulnaies. développer sur les franges du massif armoricain, vers les
Si les conséquences des activités agro-pastorales sont bien attestées par les sources de matières premières. La localisation des décou-
spectres polliniques*, les cultures paraissent éloignées des zones étudiées. En vertes d’objets et de dépôts montre l’importance accrue des
d’autres termes, à Incarville, le milieu naturel n’est pas encore radicalement grandes voies naturelles que sont les vallées, pour appro-
transformé par l’homme au Néolithique et pour l’essentiel de l’âge du Bronze. visionner depuis la Bretagne et la Grande-Bretagne les pôles
Corylus Poacées (type céréale - blé) La situation commence à changer au Bronze final (vers 1200/1000 av. J.- d’occupations privilégiés antérieurs, qui continuent à jouer
C.). L’aulnaie régresse notablement, sans doute sous l’effet de défrichements, leur rôle dans l’économie globale des communautés
et les cultures se rapprochent. implantées depuis plus de deux millénaires.
L’impact humain, désormais bien perçu, se renforce encore dans les couches Thierry Lepert
supérieures attribuées à l’âge du Fer.
Thierry Lepert

Aulne

Fig. 19
Dans le tiers gauche de cette photo aérienne, on aperçoit
le rempart du Hague Dike marqué par un talus qui serpente entre
les parcelles actuelles. Cette fortification du Bronze final marque
Tilleul encore aujourd’hui le paysage de La Hague.

Fig. 18 Photos au microscope électronique à balayage et au microscope optique, D. Barbier-Pain et L. Visset, Laboratoire d’écologie et paléoenvironnements atlantiques, Nantes).

42 43
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE MAISONS, FERMES ET VILLAGES

MAISONS, FERMES ET VILLAGES


urant une bonne partie de la Protohistoire

D
LES PREMIERS PARCELLAIRES
ancienne, l’économie est fondée principale- Les fouilles extensives sur plusieurs hectares, voire plusieurs
ment sur l’agriculture et le territoire est dizaine d’hectares, ont été l’occasion de détecter des struc-
occupé par de nombreux établissements tures à l’organisation plus lâche et d’appréhender l’espace
agricoles. Ces fermes sont généralement entre les sites. Il est ainsi possible aujourd’hui de mieux
composées d’un corps de bâtiment et d’amé- connaître l’occupation et l’exploitation du sol.
nagements les plus divers, regroupés sur une surface de 0,5 Ainsi des systèmes parcellaires ont été identifiés en
à 1 hectare : greniers ou groupes de silos pour stocker les Normandie, comme à Tatihou et Réville dans la Manche4 et
céréales, carrières d’extraction d’argile, puits, fours. Paral- plus récemment à Bernières-sur-Mer dans le Calvados5 et Fig. 21
lèlement à ce type d’occupation domestique, d’autres habi- Saint-Vigor-d’Ymonville en Seine-Maritime6. Ce proces- Fouille de l’abri
tats sont connus en Normandie : abris sous roche dans La sus de construction du paysage est maintenant bien connu sous roche d’Omonville-
Hague1 (fig. 19), sites de hauteur fortifiés ou non2 (Flaman- et bien assimilé par la problématique archéologique fran- la-Petite (Manche), relevé
ville dans la Manche ou Quiévrecourt en Seine-Maritime) çaise, en particulier pour les périodes les plus récentes, mais des niveaux de l’âge
et de véritables habitats groupés3 (Cahagnes dans le Calva- il restait encore inconnu pour l’âge du Bronze. Aujourd’hui, du Bronze ancien
dos ou Malleville-sur-le-Bec dans l’Eure). on sait que ce type de mise en valeur du sol existe depuis le (photo J.M. Yvon, GRAC).

Fig. 20
Restitution graphique de l’environnement
de Tatihou à l’âge du Bronze moyen
(autour de 1500 av. J.-C.)
L’espace de chaque côté de la vallée
de la Saire est occupé par un parcellaire
et par quelques fermes. En vignette, l’état
actuel de la côte du Val de Saire. Tatihou
est maintenant séparé du continent
de presque un kilomètre et la plupart
des vestiges de l’âge du Bronze sont
recouverts par la mer (dessin L. Juhel).

44 45
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE MAISONS, FERMES ET VILLAGES

Bronze ancien sur le littoral normand. Ces premiers parcel- terme. Ces silos viennent peut-être en complément des
laires sont constitués d’enclos accolés, carrés ou rectangu- greniers destinés au stockage des récoltes à court terme.
laires, délimités par de profonds fossés. À l’intérieur de ces Tout aussi fréquents sur les sites d’habitats, des fours ont
1115-828 BC
parcelles, des occupations domestiques, exploitations agri- été régulièrement découverts, généralement à proximité
coles probables (une maison d’habitation, quelques petits des fossés délimitant les enclos. Deux types de fours ont pu
1429-1125 BC bâtiments annexes, des fours), sont installés alors que être distingués lors de la fouille. Les plus classiques sont des
d’autres pièces de terrains sont réservées aux cultures ou fours à sole fixe comme à Nonant (Calvados) et à Tatihou
MONDEVILLE "ZI sud"
aux pâtures (aquarelle 1). (Manche). Ils pouvaient avoir de multiples utilisations dans
le cadre de la cuisson domestique de pains ou de galettes.
1403-1087 BC LES FERMES DU BRONZE MOYEN Les autres fours, à sole surélevée et mobile, n’ont été mis
THAON "Eléazar"
Au Bronze moyen et au début du Bronze final I apparaît en évidence pour la période considérée que sur le site de
en Normandie une forme d’occupation particulière maté- Tatihou (fig. 25). Ils étaient très probablement réservés à
0 30
m rialisée par des enceintes fossoyées, de plan ovale ou rectan- des activités artisanales comme la cuisson des céramiques
N gulaire, délimitant des zones qui peuvent être dans certains ou le séchage des graines.
cas construites (fig. 22 et 23, cat. 26). Ces enclos, de l’ordre Pour dresser un portrait de la vie quotidienne sur ces sites
de 1500 à 6000 m2, sont limités par de puissants fossés domestiques, l’archéologue doit lire et interpréter toutes
ouverts (fig. 23), qui vont avoir un usage important comme ces structures. À Nonant (Calvados), la bonne conserva-
carrière pour édifier les talus délimitant l’habitat, puis tion des structures archéologiques permet de tenter une
comme dépotoir. La fondation de certaines de ces occupa- analyse plus complète.
tions peut être accompagnée par des dépôts votifs dans les Fig. 23
fossés, comme sur le site de Mondeville dans le Calvados Fouille de l’extrémité d’un fossé de l’âge du Bronze à Nonant (Calvados). Cette interruption LES VILLAGES
NONANT "La Bergerie" où des dépôts d’objets métalliques ont été découverts au correspond à l’entrée d’un enclos (photo L. Ménager, Inrap). À côté des fermes, une organisation villageoise semble se
1515-1325 BC niveau des entrées7. dessiner à la fin de l’âge du Bronze. À l’occasion de
1494-1132 BC
Les bâtiments liés à ces enceintes sont pour l’instant peu fouilles préventives sur des surfaces importantes, des
connus car probablement non ancrés de manière impor- habitats groupés relevant de ce nouveau processus
tante dans le sol (construction sur sablière, par exemple). d’utilisation de l’espace ont été mis au jour dans l’Ouest
Seuls les enclos de Tatihou (Manche) et Nonant (Calva- de la France à Cahagnes9 (Calvados) et à Malleville-sur-le
dos) ont livré des grands bâtiments rectangulaires sur Bec10 (Eure).
poteaux porteurs de bois que l’on retrouve également dans
1516-1405 BC
les régions alentour8. Ils présentent des surfaces internes Cyril Marcigny
1424-1267 BC entre 20 et 60 m2, et possédaient peut-être un étage ou
simplement des combles aménagés. À côté de ces bâtiments 1 Marcigny et Juhel, 2004.
probablement résidentiels, de nombreuses petites construc- 2 Beurion et Billard, 2005.
1385-1013 BC
1252- 855 BC tions (fig. 24) étaient destinées à des activités annexes 3 Lepaumier, Marcigny et Ghesquière, 2005.
(greniers, petits ateliers,…). 4 Marcigny et Ghesquière, 2003a.
5 Marcigny et Ghesquière, 2003b.
Les activités dans ces enclos étaient tournées vers la
6 Clément-Sauleau et al., 2002.
production agricole ou domestique. Ainsi, les nombreuses 7 Besnard, Chancerel et Marcigny et al., 2005 ; Chancerel, Marcigny
MONDEVILLE "Etoile"
fosses qui constellent les surfaces d’habitats livrent et San Juan, 2005.
fréquemment des meules et mollettes destinées à la trans- 8 Lepaumier, Marcigny et Ghesquière, 2005.
ŒLE TATIHOU "phase 2" formation des céréales, des outils agricoles en silex ou plus 9 Jahier, 1997.
rarement en bronze, des céramiques destinées à la prépa- 10 Inédit.
ration des aliments ou au stockage (cat. 29). On découvre
Fig. 22 aussi des pesons ou des fusaïoles destinés au tissage
Les enceintes de l’âge du Bronze moyen/final I de Basse-Normandie. Les dates sont ici (cat. 49-50), parfois dans des « fosses-ateliers » comme à Fig. 24
exprimées en BC (before Christ) Mont-Saint-Aignan (Seine-Maritime). Fouille d’un grenier sur quatre poteaux de l’âge du Bronze moyen à Tatihou (Manche).
(DAO, E. Gallouin et D. Giazzon, Inrap). Parmi ces fosses si fréquentes sur les sites domestiques, des Les fosses circulaires correspondent à l’implantation des poteaux porteurs d’une superstructure
structures de plan circulaire plus ou moins profondes en bois (photo C. Marcigny, Inrap).
semblent pouvoir être comparées aux silos étudiés par
l’ethnographie. Ce sont généralement des cavités creusées Fig. 25
en forme de cloche dans lesquelles plusieurs mètres cubes Fouille d’un four
de grains (ou de fruits) peuvent être stockés à l’abri de l’air, à vocation probablement culinaire sur
empêchant ainsi toute germination sur le moyen ou le long l’habitat Bronze ancien/Bronze
moyen de l’île Tatihou (Manche),
détail de l’alandier (photo
C. Marcigny, Inrap).

46 47
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE MAISONS, FERMES ET VILLAGES

Une ferme de l’âge du Bronze


à Nonant (Calvados) N

a ferme de Nonant délimite une surface d’environ 6200 m 2 et dessine

L un plan quadrangulaire irrégulier1 (fig. 22, cat. 26). Tenter de dresser


un portrait « ethnologique » de cette occupation est délicat, on peut
cependant proposer une lecture du site à partir de son organisation, mais
aussi et surtout de l’étude des nombreux restes mobiliers, uniques témoins
des activités domestiques pratiquées lors de la période d’occupation de
l’enceinte.
L’établissement peut être séparé en deux espaces délimités par une palis- la cour "l'avant
sade (l’« avant-cour » et la « cour »). Chacun de ces espaces est le foyer d’ac- cour"
tivités domestiques et de stockage, représentés par des bâtiments, des
structures de combustion et des fosses. Leur fonction reste inconnue mais
il est probable que certains d’entre eux ont eu une vocation résidentielle
alors que d’autres servaient d’annexe (atelier ?, grenier…).
Les dépôts de mobilier sont nombreux dans les fossés : silex, meules et
four
vestiges de céramiques. Ces derniers sont particulièrement importants et
fossé palissadé
permettent de saisir toute la diversité de la batterie de cuisine de l’époque.
fossé ouvert
Fig. 26 Les structures de stockage, greniers et silos, n’ont pas livré suffisamment
foyer à galets chauffés
Restitution graphique de la ferme de Nonant de restes pour connaître le type de denrées mises en réserve. Les pratiques
et de son environnement. agricoles sont cependant attestées par la présence de paléosemences*
Au fond, à droite, on aperçoit un deuxième (blé amidonnier et orge), conservées par carbonisation, et par l’outillage de 50 m
établissement agricole : la ferme de Vaux-sur-Aure mouture.
datée du Bronze ancien et moyen (L. Juhel). L’élevage, notamment des bovidés, devait être aussi une composante essen-
tielle du fonctionnement de ce type d’établissement. L’acidité du sol ne Fig. 27
permet que la conservation des os épais, ce qui entraîne une sur-représen- Plan de la ferme de l’âge du Bronze moyen de Nonant, Calvados
tation des gros animaux (bœuf, cheval…). (DAO, C. Marcigny, Inrap).
L’artisanat est faiblement représenté sur le site. Seul un peson cylindrique
à perforation axiale, découvert dans le fossé d’enceinte, permet d’envisager
une activité de tissage à l’aide d’un métier à tisser semi-vertical.
L’étude stratigraphique du comblement des structures et l’analyse compa-
rative du mobilier archéologique indique une période d’occupation relative-
ment courte (peut-être de l’ordre de la génération) placée à la fin de l’âge du
Bronze ancien et au début du Bronze moyen.
Cyril Marcigny
1 Marcigny, Ghesquière et Giazzon, 2002.

48 49
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE MAISONS, FERMES ET VILLAGES

Le village de Cahagnes pas connue, a peut-être existé au centre du village. L’identifi-


cation d’une grande construction circulaire de 15 m de
Fig. 29
Un bâtiment circulaire de
ne fouille préventive réalisée à Cahagnes, dans le bocage de ces lieux d’habitation sur plusieurs générations. Autour de diamètre, située à quelques mètres au sud et matérialisée au Cahagnes, au premier

U bas-normand, a révélé l’existence d’un village des IXe et


VIIIe siècles avant notre ère. Il n’a pu être reconnu que
dans l’emprise relative à la construction d’une autoroute.
chaque bâtiment, ou presque, s’organisent quelques dépen-
dances de plan quadrangulaire, le plus souvent carrées,
réunies par groupes de 3 à 6 unités. La plupart sont interpré-
sol par de profonds trous de poteaux jumelés, est plus assu-
rée (fig. 30). En l’état, celle-ci s’apparente aux grandes archi-
tectures cultuelles et cérémonielles de Grande-Bretagne, telles
plan l’entrée de la
construction (photo I.
Jahier, Inrap).
Le village est « ouvert » ; il n’est limité par aucun fossé. Il s’orga- tées comme des remises, des celliers et des greniers de celle de Brodgart, à poteaux de bois, ou celle de Stonehenge
nise assez librement par paliers sur le versant ouest de la vallée chaque maisonnée. Deux groupements plus conséquents, à piliers de pierre. Nous en retiendrons à Cahagnes l’idée
de la Seulles, petit fleuve côtier prenant sa source à quelques d’une douzaine de ces édifices isolés de toute maison, d’une sorte de « chapelle » au sein du village. Il est difficile
kilomètres en amont. Cent quinze édifices sur poteaux porteurs, évoquent des zones de stockage collectif, comme à Moel y pour cette structure, dont on a cependant éprouvé le besoin
répartis sur deux hectares, ont été observés. Parmi ces construc- Gaer en Grande-Bretagne où ces zones, plus organisées de renforcer l’ossature par un doublement des boisages,
tions, vingt et une maisons circulaires et ovoïdes ont été indivi- encore, sont groupées en rangées parallèles à l’arrière d’une d’émettre sans réserve l’hypothèse que l’ensemble était
dualisées (cat. 27). Elles représentent au maximum une dizaine aire d’habitations centrale. couvert. Avec une pente à 45°, celle-ci aurait dû culminer
Fig. 28 d’habitations concomitantes. De ces bâtiments, de 8 à 10 m Quelques autres installations, matérialisées par des axes autour de 18 ou 20 m au-dessus du sol. Dans ces conditions,
Restitution d’un bâtiment de diamètre à l’origine, ne reste ici que l’empreinte de la uniques de trous de poteaux, leur sont associés. Sans doute l’hypothèse pose bien entendu un certain nombre de ques-
circulaire de l’âge du couronne interne formée par les poteaux plantés qui suppor- faut-il y voir l’empreinte de châssis artisanaux, celles de tions et de difficultés auxquelles il reste difficile de répondre Fig. 30
Bronze dans le Nord de la taient la toiture (fig. 28 et 29). Celle-ci était entourée à 1 ou 2 m métiers à tisser ou de cadres de tanneries peut-être, dont la par le seul examen des empreintes de poteaux. On peut néan- La grande construction
France (parc archéologique d’une paroi en torchis, sur laquelle s’articulait une porte, et répartition autour de quelques maisons seulement est un moins penser que la technique de ces charpentiers était plus circulaire
d’Asnapio, Villeneuve parfois un porche assis sur deux poteaux plus excentrés. La autre signe vraisemblable d’une diversité des tâches et des grande que celle que nous leur consentons traditionnellement, de Cahagnes, similaire
d’Ascq (photo M. Talon, reconstruction de certains édifices à seulement 1 ou 2 m de statuts au sein de cette communauté. à l’instar de celle des artisans bronziers. aux grandes
Inrap). leur emplacement d’origine montre une permanence manifeste Une grande construction rectangulaire, dont la fonction n’est En ce qui concerne les maisons, la récurrence de la réparti- architectures cultuelles
tion symétrique des piliers permet d’avancer l’hypothèse d’édi- et cérémonielles de
fices à un étage, simple mezzanine ou étage appuyé sur des Grande-Bretagne (photo
sommiers transversaux à l’axe de l’entrée. La faisabilité de ce I. Jahier, Inrap).
principe, vérifiée sur la plupart des plans disponibles sur les
deux rives de la Manche, augurerait alors d’une surface utile
tout à fait honorable, de l’ordre de 120 m2 pour les plus petits
de ces bâtiments.
Ivan Jahier

817 823

C.D
ép
art
e
me
812

nta
l5
4
0 50 m

Fig. 31 Plan du « village » Bronze final/1er âge du Fer de Cahagnes, Calvados. En brun les bâtiments circulaires, en vert les bâtiments quadrangulaires et en jaune
la grande construction circulaire (DAO, J.-M. Richard, Inrap ; d’après les relevés d’I. Jahier, Inrap).

50 51
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE MAISONS, FERMES ET VILLAGES

Le village
de Malleville-sur-le-Bec
(Eure)
Fig. 32 a partie fouillée du village du Buisson-du-Roui, sur la

L
CD

Plan du village commune de Malleville-sur-le-Bec, couvre 4,5 hectares.


.92

de Malleville-sur-le-Bec, Elle comprend une enceinte circulaire monumentale


Eure. (Ring Fort), un ensemble de structures d’habitat et une nécro-
En jaune les bâtiments pole, occupés durant l’âge du Bronze final (fig. 32, cat. 31).
circulaires, en blanc L’enceinte circulaire fossoyée, fouillée sur un peu plus de la
les structures funéraires moitié de sa surface, a un diamètre de 52 m. Quatre interrup-
(enclos circulaires et tions y ont été observées ; celle de l’est-sud-est, la plus large,
incinérations) et en rouge semble être l’entrée principale (fig. 34). Une première limite Fig. 33 Fig. 34
la grande enceinte formée d’une triple palissade correspond vraisemblablement La grande enceinte de Malleville-sur-le-Bec (« Ring-Fort ») Un bâtiment circulaire de Malleville-sur-le-Bec. L’entrée
monumentale avec son à un état antérieur. Quelques arguments, assez ténus, auto- en cours de fouille (photo E. Mare, Inrap). est placée au premier plan en vis-à-vis d’un probable silo
fossé et ses palissades riseraient l’hypothèse d’un troisième ouvrage dont il ne (photo E. Mare, Inrap).
(le Ring Fort) subsiste que quelques trous de poteau. Aucune relation stra-
(DAO, E. Mare, Inrap). tigraphique ne permet, dans l’immédiat, d’établir précisément
la chronologie de ces différents systèmes de clôture. On ne
peut que supposer, en admettant une logique évolutive vers
le monumental, que l’état fossoyé est l’état final.
Enceinte
Vingt-quatre bâtiments de plan circulaire (dont quinze certains,
8
.1

neuf restitués et trois hypothétiques) ont été construits au sud


CR

et à l’est de l’enceinte. Les bâtiments contemporains n’excè-


dent sans doute pas le tiers des ensembles bâtis observés.
Village Nord Les constructions, d’une dizaine de mètres de diamètre
(fig. 33), sont édifiées suivant un plan largement répandu par
ailleurs en Normandie et en Grande-Bretagne durant cette
période : une ossature en bois soutenant la charpente, légè-
rement en retrait d’un mur extérieur en torchis (cat. 28). L’en-
20 m trée est systématiquement orientée vers l’est-sud-est. L’hypo-
thèse d’un étage semble envisageable. Ces constructions sont
accompagnées de structures domestiques, greniers et fosses
de stockage dans le comblement desquelles un lot important
de poteries (cat. 32) et plusieurs lots de graines ont été
recueillis.
La nécropole, située à 130 m au sud-est du village, contient au
moins cinq cercles funéraires, dont les dimensions varient de 2
23 à 10 m de diamètre, et plusieurs dizaines de fosses à incinéra-
CR.
tion. Des trous de poteaux permettent de proposer la restitution
d’une architecture au-dessus de certaines fosses à incinération.
Nécropole La céramique recueillie (218 kg) a permis l’identification de
629 éléments de formes et de 47 profils complets (cat. 32).
Les formes variées répondent aux besoins domestiques.
L’essentiel de cette vaisselle est une production locale, tein-
tée d’influences atlantiques (proches du Sud de l’Angleterre).

Éric Mare

Fig. 35 Restitution du village de Malleville-sur-le-Bec (L. Juhel)

53
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE MAISONS, FERMES ET VILLAGES

Le Hague-Dike : délimitation territoriale La structure défensive peut aussi délimiter un territoire beau-

et fortification du Bronze final coup plus vaste que l’éperon1. De tels exemples sont bien
connus en Grande-Bretagne où ils délimitent des pays entiers
à la même époque. Le plus emblématique reste le mur d’Ha-
l’âge du Bronze, plusieurs éléments nous rappellent que est édifié pour protéger, à l’intérieur de l’enceinte, un habitat drien, rempart de l’âge du Bronze réutilisé à l’époque romaine,

À l’homme est un guerrier, même s’il ne l’est que de façon


ponctuelle. La nécessité de se défendre, qui sous-
entend la possibilité d’attaque, se retrouve à toutes les
collectif ou aristocratique. Les sites protégés apparaissent
dès le Néolithique final sous la forme d’une palissade, comme
à Basly (Calvados, 1re moitié du IIIe millénaire av. notre ère),
qui marque la frontière de l’Écosse. Un barrage semblable, long
de 2,5 km, coupe la pointe de la Hague (à l’est du Cotentin),
délimitant une surface d’une cinquantaine de kilomètres
époques, au moins depuis le Mésolithique jusqu’à aujourd’hui. ou par un système de fossés et de talus, comme à Tatihou carrés. Le rempart a été élevé en trois phases successives,
Cette notion de guerre est mise en évidence par la découverte (Manche). Ils demeurent toutefois peu fréquents en Norman- les deux dernières à l’âge du Bronze final. Cette structure reste Fig. 36
d’habitats fortifiés et d’armes. Les premiers sont représentés die ; la plupart des sites de hauteur n’ont livré aucune structure toutefois encore une exception sur le territoire national. La presqu’île
par des occupations en contexte géographique protégé, soit de barrage de l’âge du Bronze malgré une occupation dense de la Hague barrée
Emmanuel Ghesquière et Cyril Marcigny
par un bras de fleuve (comme à Yainville, Seine-Maritime), soit à l’intérieur. Le caractère défensif ou ostentatoire ne peut par le Hague-Dike.
par un escarpement. Un barrage plus ou moins monumental donc pas être assuré. 1 Marcigny et Ghesquière, 2004 (L. Juhel)

54 55
L’HOMME MODÈLE LE PAYSAGE NOTICES

MAISONS, 27 MAQUETTE D’UNE MAISON


RONDE DU BRONZE FINAL
FERMES ET VILLAGES
Maquette de Ducaroy Grange
SRA de Haute-Normandie
26 MAQUETTE D’UNE FERME
Nonant (Calvados, cant. Bayeux)
Au Bronze final, une nouvelle forme d’ar-
Bronze moyen chitecture domestique apparaît en Haute
Maquette SARL et Basse-Normandie. Des maisons de plan
Guillou-Chevallier-Le Ray circulaire viennent remplacer les bâti-
SRA de Basse-Normandie – Bayeux, ments quadrangulaires du Bronze moyen.
musée Baron Gérard La plupart de ces bâtiments présentent les
À Nonant (voir p. 48-49), comme dans mêmes caractéristiques architecturales :
nos fermes actuelles, la répartition des les édifices ont une base cylindrique de 5
éléments bâtis laisse l’aire centrale de à 8 m de diamètre, à parois en torchis, et
l’enclos dégagée. On observe deux zones coiffés d’une toiture conique. L’accès
de constructions : prend la forme d’un petit porche, en
La partie sud de l’« avant-cour » est occu- avant-corps, orienté au sud ou au sud-est.
pée par un grenier et une deuxième Ces constructions, rarement isolées du-
28 Fragments de torchis
construction. Ce secteur associe ainsi des rant le Bronze final moyen et final, sont
activités domestiques (foyer) et de stoc- regroupées en véritables « hameaux »
kage (grenier, silo). d’une dizaine de bâtiments, associés à
La « cour » est presque vide: les bâtiments de petites dépendances (greniers, remi-
y sont tous implantés dans la partie nord, ses…), des fours et des silos. Elles sont
de chaque côté de l’interruption de la caractéristiques du Bronze atlantique des
palissade. À l’ouest, les constructions qui rivages de la Manche et de la mer du
ont éventuellement pu servir à la rési- Nord. Cette forme de l’habitat perdurera
dence des personnes ou du bétail sont jusqu’au début du second âge du Fer.
situées l’une à côté de l’autre. Ce noyau Ce type de constructions est connu sur les
est opposé au grenier, édifié à l’est de l’in- sites de Cagny (Calvados), Cahagnes
terruption de la palissade. Ce secteur est (Calvados), Malleville-sur-le-Bec (Eure)
donc lui aussi lié à la fois au stockage et ou Gravigny (Eure).
aux activités domestiques. Biblio.: Jahier, 1997 ; Lepaumier, Marcigny
31 Récipients en terre cuite
À proximité des bâtiments, des structures et Ghesquière, 2005 30 INDUSTRIE LITHIQUE 31 MAQUETTE DE VILLAGE
de combustion ont été mises au jour. Les TL Prov. : Tatihou (Manche, cant. Saint- Prov. : Malleville-sur-le-Bec (Eure, cant.
plus fréquentes sont identifiées au déca- Vaast-la-Hougue), lieu-dit « Lazaret », Brionne), lieu-dit « Buisson du Roui »,
page par la concentration de petits galets 28 FRAGMENTS DE TORCHIS fouille préventive, 1996. fouille préventive, 2003
chauffés mêlés à un sédiment plus ou Prov. : Malleville-sur-le-Bec (Eure, cant. Silex Bronze final
moins cendreux ou charbonneux. Le Brionne), lieu-dit « Buisson du Roui », Bronze moyen Maquette de Ducaroy Grange
second type de structure de combustion fouille préventive 2003. Saint-Vaast-La-Hougue, musée maritime SRA de Haute-Normandie
est représenté par un four, protégé par le Torchis de l’Île Tatihou Évocation de la phase récente d’occupa-
pignon de deux bâtiments. L. 6 à 10 cm Les sites d’habitat de l’âge du Bronze tion du « Buisson Roui » (vers 1000 à 800
Bronze final comme celui de Tatihou livrent aussi de av. J.-C.), comportant une enceinte fos-
Biblio. : Marcigny, Ghesquière et Giarron,
Inrap Grand-Ouest nombreux nucleus et outils en silex. Dans soyée monumentale. Le plan d’ensemble
2002
Ces éléments de torchis (mélange de paille ce lot, on distingue en particulier une de l’enceinte, du secteur bâti et de la
et d’argile) proviennent de la paroi d’un pointe de flèche à base concave, dont le nécropole est fidèle dans les grandes
bâtiment. L’endroit présente une surface silex est originaire de la plaine de Caen. lignes aux données de la fouille. La resti-
plane et blanchie, et l’envers une surface Biblio .: Marcigny et Ghesquière, 2003. tution d’un bâtiment circulaire dans l’en-
irrégulière due aux empreintes laissées par ceinte est inspirée d’un exemple britan-
le clayonnage constituant l’armature du 31 RÉCIPIENTS EN TERRE CUITE nique similaire.
mur. Prov. : Malleville-sur-le-Bec (Eure, cant. La représentation de l’environnement du
Biblio.: inédit (fouille Éric Mare, Inrap) Brionne), lieu-dit « Buisson du Roui », site est suggérée en fonction des connais- 30 Industrie lithique
fouille préventive, 2003. sances générales disponibles pour le
29 RÉCIPIENTS EN CÉRAMIQUE H. 6 à 29 cm ; D. 8 à 35 cm Bronze final et en particulier pour l’occu-
Prov. : Tatihou (Manche, cant. Saint- Bronze final pation du département de l’Eure. La
Vaast-la-Hougue), lieu-dit « Lazaret », Inrap Grand-Ouest fouille de Malleville n’a livré aucune don-
fouille préventive, 1996. Cet échantillon de 16 récipients est repré- née précise sur l’état de l’ouverture du
Terre cuite
29 Récipient en céramique sentatif de la vaisselle en terre cuite de la milieu ni sur la localisation des zones cul-
H. de 4 à 40 cm fin de l’âge du Bronze : gobelets, céra- tivées. Les parcelles présentées sur la
Bronze moyen miques de cuisson et de stockage. maquette sont là à titre indicatif. Aucune
Saint-Vaast-La-Hougue, musée maritime Biblio.: inédit (fouille Éric Mare, Inrap) structure parcellaire associée aux aména-
de l’Île Tatihou gements du Bronze final n’a été reconnue
Sur les sites d’habitat de l’âge du Bronze, lors des opérations archéologiques sur le
la fouille permet la découverte de nom- tracé de l’autoroute A 28.
breuses céramiques. À Tatihou, les céra- (Voir p. 52-53)
miques de stockage sont particulièrement Biblio. : inédit (fouille E. Mare, Inrap)
bien représentées. TL
Biblio.: Marcigny et Ghesquière, 2003.

56 57
Produire et échanger
PRODUIRE ET ÉCHANGER L’ALIMENTATION ET LA GESTION DU MILIEU

L’ALIMENTATION ET LA GESTION DU MILIEU


vant le début de l’âge du Bronze, la Norman-

A
die a connu une occupation néolithique
La pêcherie de Saint-Jean-le-Thomas
pendant 2000 ans. Les premières popula- ers 2000 ans av. J.-C., le niveau marin était sensiblement voisin du niveau
tions sédentaires de cette période ont modelé
partiellement le milieu naturel pour tenter
de passer d’une économie de prédation à la
V actuel et les hommes ont construit sur l’estran une vaste installation en bois,
couvrant près de deux hectares, destinée à piéger les poissons. Aujourd’hui
découverte dans un état de conservation exceptionnel, elle est constituée d’aligne-
production des ressources alimentaires, ce qui a bouleversé ments de pieux : au centre, deux structures fermées en bois, en périphérie des aligne-
considérablement les rapports entre l’homme et son milieu. ments rayonnants. Chaque alignement supportait un entrelacs de gaules de saule
Des défrichements parfois importants ont dû être effectués et de noisetier. Des branches très fines, des herbacées ou des tiges de fougères
tandis que certaines forêts étaient conservées. L’agriculture, protégeaient fréquemment la base de ces haies, fortement exposées à la houle et
en rupture avec l’écosystème naturel, a entamé alors une nécessitant un entretien permanent.
lente transformation du milieu et est devenue la clef de L’un des aspects les plus spectaculaires du site réside dans la présence de multiples
voûte du complexe écologique. renforts obliques contrebutant les palissades qui ne devaient pas excéder 1,50 m de
L’âge du Bronze débute donc dans un environnement déjà hauteur.
en partie modelé. Tout au long de la période, le paysage va Les principales essences ayant servi à la fabrication des pieux sont l’aulne, le saule,
évoluer vers un système de culture qualifié d’agrosystème le frêne, le noisetier, plus rarement le chêne. L’analyse des éléments issus de la
qui déséquilibre le biotope* (perturbation des formations fouille des premiers sondages permet également d’avoir un éclairage sur l’approvi-
superficielles, de la flore, de la faune…). Le milieu naturel, sionnement en bois de clayonnage, composé surtout de noisetiers, mais également
en devenant une création humaine, doit donc être mieux de saules et de genêts.
géré pour éviter l’épuisement des sols. La gestion de l’en- Les nombreux chenaux qui traversent l’installation semblent avoir eu une fonction
semble du terroir reste encore inconnue . Il apparaît cepen- importante. Le principe de piégeage des poissons semble toutefois complexe et fort
dant que la frange littorale normande a fait l’objet d’un éloigné des pêcheries actuelles. Il n’en reste pas moins que le site de Saint-Jean-le-
système raisonné de division par des fossés sur plusieurs Thomas représente l’une des plus anciennes installations de ce type en Europe.
kilomètres (fig. 37).
Avec la création des premiers parcellaires au IIe millénaire se Cyrille Billard, Vincent Bernard et André Bouffigny
développe l’utilisation des labours à l’araire, la rotation des
cultures (alternance de périodes de jachère et de mise en
culture) et la fumure (ou l’emploi d’engrais marins comme
le varech) qui entretiennent la bonne fertilité des sols. Une
meilleure maîtrise de l’espace agraire et l’utilisation de
nouvelles pratiques agricoles comme la méture (c’est-à-
dire la culture en association de plusieurs végétaux dans la
même parcelle, limitant ainsi la perte) apportent davan-
tage de souplesse par rapport aux sols et aux conditions
climatiques difficiles durant le Bronze moyen et la fin du
Bronze final.
L’alimentation végétale s’en trouve modifiée. Elle est plus
variée, les céréales y occupant, comme pour les périodes Fig. 38
plus anciennes, la meilleure place, avec là aussi une diver- L’alimentation végétale à l’âge du Bronze :
sité importante. Orge et blés divers sont consommés sous restes carbonisés de prunelles et de glands, et épillets actuels, Fig. 39
forme de bouillies, alors que d’autres blés sont des espèces équivalent du blé épeautre (photos, V. Matterne, Inrap). Sur la
panifiables (fig. 38). Les légumes sont encore peu com- « pêcherie »
Fig. 37 muns. La présence de pois et de lentilles constitue les traces de Saint-Jean-le-
Fouille d’un des fossés de l’île Tatihou (Manche). Ici, des sondages et des relevés stratigraphiques de cultures potagères, complément alimentaire certain. étaient disponibles pour être transformés en alcool selon Thomas (Manche),
sont réalisés systématiquement, de manière à analyser la dynamique de comblement de cette L’importance des récoltes de végétaux sauvages n’est pas à un processus naturel: prune, orge, ivraie ou miel. La majo- reste de clayonnage
structure (photo C. Marcigny, Inrap). négliger : noisettes, prunelles (fig. 38) participaient aux rité de ces produits ont dû être transformés de manière plus (photo, C. Billard,
préparations alimentaires. Enfin, en période de récolte ou moins ponctuelle à l’âge du Bronze, l’imagination MCC).
médiocre, la consommation de glands (fig. 38) n’était humaine n’ayant guère de limite dans ce domaine. Quant
certainement pas à dédaigner. Une sélection de certains aux psychotropes plus violents, ils étaient disponibles sous
végétaux sauvages (fruitiers?) est possible dès cette époque. forme de pavot, connu depuis le Néolithique moyen en
Pour terminer avec l’alimentation végétale, on ne peut faire Normandie, ou de certains champignons de nos régions.
l’impasse sur les alcools et les drogues. Plusieurs produits Les aliments d’origine animale se partagent bien évidem-
60 61
PRODUIRE ET ÉCHANGER L’ALIMENTATION ET LA GESTION DU MILIEU

Pratique agraire
et alimentation végétale
tuent les principales masses de restes retrouvés (os longs, ’agriculture est bien implantée dans toute la moitié Nord de la France à l’âge du
crânes) alors que les autres espèces (mouton, chèvre et
porc) ne livrent généralement que leurs dents. Des traces de
découpe observables sur certains ossements permettent de
L Bronze et les techniques de sa mise en œuvre n’ont pas sensiblement évolué depuis
la fin du Néolithique. Les pratiques agraires restent toutefois inconnues dans le détail,
mais il est possible à partir de quelques exemples archéologiques, comparés aux données
confirmer le découpage de viande pour la consommation. ethnologiques, de proposer une lecture de la mise en œuvre des modes agricoles.
Quelques rares travaux sur l’âge d’abattage des bovins indi- Les différentes phases qui ont précédé l’installation des parcelles agricoles restent diffi-
quent une quantité non négligeable de veaux de quelques ciles à appréhender (phase de défrichement, essartage*, écobuage*…). Cependant, il
mois, faisant preuve du respect des même principes qu’ac- est plus ou moins évident que la forme des parcelles coïncide avec des procédés utili-
tuellement dans le cadre de l’élevage allaitant. sés lors de la mise en culture. Les surfaces quadrangulaires délimitées par des fossés
Le chien, domestiqué depuis longtemps, n’entre pas à cette peuvent être la traduction sur le terrain de la mesure du temps de travail et du travail lui-
époque-là dans la chaîne alimentaire. Il peut être par contre même. La forme générale des parcelles correspond en fait à un nombre de sillons et donc
l’objet de véritables enterrements dans des environnements à des impératifs de labour sûrement réalisé à l’araire. Ce type d’outil agricole est connu
particuliers. depuis la fin du Néolithique et le début de l’âge du Bronze. L’utilisation de l’araire permet
La consommation de gibier devait être encore plus rare que un labour à plat, mais les qualités limitées de cet instrument rendent nécessaire un labour
celle des animaux domestiques. En effet, le pourcentage ne croisé, le plus souvent perpendiculaire.
dépasse jamais les 15 % et encore, parmi ceux-ci, nom- Aboutissement de la mise en culture, la moisson pouvait se faire à la main ou à la faucille
breuses sont les espèces chassées pour leur fourrure pour les espèces à tige plus robuste (fig. 42, cat. 35-36). L’étude du mobilier lithique*
(carnassiers principalement). La présence de chevreuils, peut aussi apporter de nombreux éléments contribuant à l’analyse des pratiques cultu-
cerfs et sangliers prouve toutefois l’existence d’animaux rales. Il n’y a que quelques outils pour lesquels la participation à ces pratiques est presque
chassés pour la viande. Aucun reste de volatile n’a encore sûre. Les microdenticulés* sont assurément les outils les plus directement liés aux acti-
été retrouvé. vités agricoles. Toutes les études tracéologiques* réalisées à partir de ces outils ont
Enfin, seule la pêcherie de Saint-Jean-le-Thomas (Manche) montré leur usage pour la coupe de végétaux, des céréales, du fourrage ou des roseaux
témoigne d’une activité littorale de la pêche1, souvent diffi- selon les cas.
cile à mettre en évidence. Les nombreux hameçons de cette Dernière phase avant la consommation, la mouture des céréales est bien attestée sur
période découverts lors des dragages de la Seine (cat. 43), les sites par la présence de nombreuses meules et molettes (cat. 38-39). Elles ont permis
ainsi que les poids de filet, se rattachent toutefois aussi à de broyer le grain et de le réduire de manière à préparer bouillies et galettes. La panifica-
cette activité2. Dans les milieux privilégiés, littoraux ou tion est, elle aussi, attestée, comme à Tatihou par des plaques en arkose* apparentées
fluviaux, l’alimentation en poissons et en coquillages était aux « plats à pain » en argile cuite que l’on connaît dès le Néolithique moyen (fig 41,
sans doute loin d’être négligeable avec, à la saison, la possi- cat. 56). L’agriculture constitue donc une des activités principales des populations vivant
bilité de pêches intensives de saumons et d’anguilles. sur les sites de l’âge du Bronze normand, même si l’apport de la cueillette ne doit pas être
Enfin, dernière denrée en complément des nourritures de négligé ainsi que la chasse, suggérée par la présence fréquente de pointes de flèche.
la terre et de la mer, la production de sel durant l’âge du
Bronze normand a été mentionnée par certains auteurs3. Cyril Marcigny
L’extraction du sel de mer par évaporation en auget est
soupçonnée dès le Néolithique moyen dans le monde
armoricain. Jusqu’à présent, toutefois, aucun atelier de
bouilleur antérieur à la fin du premier âge du Fer n’a été
découvert en Normandie. Par ailleurs, aucun fragment
Fig. 40 ment entre viandes, poissons, œufs et produits laitiers. Si d’auget n’a été identifié au sein des habitats. Dès le Hall-
Crâne de bovidé les premiers devaient être de consommation occasionnelle, statt, plusieurs sites sont cependant déjà en activité (comme
découvert sur l’habitat les seconds en revanche constituaient un apport saisonnier à Dives-sur-Mer4). Leur fonctionnement consiste à équi-
Bronze final I de très important aux périodes de soudure (dernier trimestre per un foyer d’une grille en terre sur laquelle des augets Fig. 41 Fig. 42
Mondeville « ZI Sud » avant les récoltes). La transformation du lait sous forme de constamment rechargés en eau de mer (ou saumure) Le « plat à pain » Différentes espèces
(Calvados) (photo G. San caillé ou de fromage, probablement aussi vieille que les produiront des pains de sel. découvert à Tatihou, végétales actuelles
Juan, MCC). premières populations agro-pastorales, est confirmée par la Emmanuel Ghesquière Manche (photo S. cultivées à l’âge du
présence de quelques rares récipients identifiés comme des et Cyril Marcigny Clément-Sauleau, Inrap). Bronze : de haut en bas,
faisselles (cat. 41-42). Le cheptel de l’âge du Bronze blé amidonnier, blé
regroupe dans des proportions variables bœufs, moutons 1 L’Homer, 1995 ; Bernard et al., 2004. engrain et orge vêtue
et porcs (cat. 33). Dans le cadre des fouilles archéologiques, 2 Marcigny, Ghesquière et Carpentier, 2004. (photos, V. Matterne,
les ossements bien conservés sont souvent ceux des 3 Édeine, 1962. Inrap).
animaux les plus gros (fig. 40). Ainsi les bovidés consti- 4 Carpentier et Marcigny, 2003.

62 63
PRODUIRE ET ÉCHANGER L’ARTISANAT DOMESTIQUE

L’ARTISANAT DOMESTIQUE
es activités domestiques et artisanales à l’âge du Deux types de production s’apparentent cependant à un technique insurmontable à cette période, il est tout de

L
Bronze se manifestent à travers les vestiges travail de spécialiste, exécuté par des artisans. Il s’agit en même probable que cette activité relève du travail de
mobiliers et immobiliers découverts lors des premier lieu de la production des pointes de flèche : les spécialistes, artisans saisonniers ou permanents.
fouilles: fours et céramiques pour le travail de tailleurs, regroupés sur des sites particuliers, réalisent pour Les activités de tissage tenaient probablement une place
la terre cuite, minières de silex et outils ou certains des pointes de prestige, apogée des techniques de très importante sur tous les sites d’habitat. Toutefois les
parures en pierre pour le travail des roches, taille du silex; pour d’autres, la production est orientée vers témoins de cet artisanat restent extrêmement ténus du fait
atelier enterré et pesons pour le travail des textiles (issus du des pointes utilitaires de qualité (fig. 43). Cette spécialisa- de la non conservation des produits finis. Il est bien rare
milieu végétal ou animal), fours et ustensiles en bronze pour tion semble s’interrompre à la fin du Bronze ancien; par la en effet que la corrosion d’objets en bronze ait permis la
la métallurgie et enfin, vanneries pour le travail du bois. suite, elle n’apparaît plus que pour des pointes de facture fossilisation d’une trame tissée par contact étroit, et plus
L’artisanat céramique est incontestablement celui qui livre plus simple, produites sur les habitats1. rare encore qu’on découvre des tissus en milieu humide
le plus de vestiges sur les sites normands. En revanche, si En second lieu, il s’agit de la production de lames de hache comme dans les tourbières d’Europe du Nord. Les indices
on trouve en abondance des fragments de pots lors des polies en silex, encore largement utilisées à cette période. les plus courants de cette activité restent les pesons, présents
fouilles, il est beaucoup plus rare de retrouver les fours de Cela implique la mise en œuvre de moyens particulière- sur presque tous les sites domestiques (cat. 49), destinés à
potiers ; jusqu’à présent, seul le site de Tatihou a livré des ment impressionnants pour l’exploitation du silex. Les maintenir la tension des fils de chaîne dans les métiers à
fours qui ont pu avoir cette fonction. En forme de « 8 », ils carrières sont creusées sous la forme de puits autour de tisser. Ces éléments cylindriques ou triangulaires, en terre
possédaient une sole suspendue caractéristique dont il ne Bretteville-le-Rabet 2 (à l’aide de pics et leviers en bois de mal cuite, souvent mal conservés, restent les marqueurs les
reste hélas pas de témoin (fig. 44). L’extraction de terre était cerf, cat. 46), ou à flancs de falaise dans le pays de Caux. Au plus fiables de cette activité avec les fusaïoles (cat. 50). Ces
la première étape du travail. De vastes excavations sont sud de la plaine de Caen, les exploitations sont composées grosses perles en céramique étaient pour leur part desti-
fréquemment mises en évidence sur l’ensemble des sites, de milliers de puits de silex s’enfonçant de plusieurs mètres nées à filer les fibres animales ou végétales, en association
sans doute pour prélever le limon ou l’argile susceptible, sous la surface. Ils ont permis la fabrication de milliers de avec un fuseau en bois. Elles restent toutefois assez peu Fig. 48
entre autre, d’être transformée en céramique. haches, entre le Néolithique moyen et l’âge du Bronze fréquentes. Bretteville-le-Rabet, fouilles de 1986. Minière de silex datée du Bronze ancien.
Le tour de potier est encore inconnu à cette époque en moyen. Même si l’exploitation ne pose pas de problème La découverte d’objets en bois reste exceptionnelle durant La stratigraphie des matériaux indique que les stériles calcaires ont été repoussés au fond
Normandie. Les pots sont montés au boudin, qui leur la période considérée. En effet, seul un milieu humide peut de la cavité au fur et à mesure de l’extraction. Dans la phase d’abandon, des matériaux
donne un aspect lourd, la céramique est épaisse et granu- permettre la conservation de ce matériau organique et de surface provenant du creusement d’un puits voisin ont été déversés dans le puits béant
leuse. Pour améliorer la résistance de la poterie lors de sa donc sa découverte. Or, ces espaces n’ont pratiquement
fabrication, éviter sa fissuration lors des retraits au cours pas fait l’objet d’approches dans la région, à quelques
du séchage et permettre le maintien de la céramique à la notables exceptions près (Rouen, Lingreville, Saint-Jean- Persistance de l’exploitation du silex,
cuisson puis à l’utilisation, on incorpore dans la pâte crue le-Thomas). Le bois semble pourtant avoir une impor-
un dégraissant, obtenu par le concassage de blocs de pierre tance inestimable pour les populations de l’âge du Bronze. l’exemple de l’ouest
réduits en poudre et des éléments végétaux. La cuisson, Il permet en effet, outre la confection ponctuelle de vais- ’usage du métal n’a pas supplanté du jour au lendemain les systèmes lithiques
quand elle est portée à une température avoisinant les 600
ou 700° C, solidifie la pâte de façon irréversible. La céra-
mique de l’âge du Bronze, souvent cuite à faible tempéra-
selle et de récipients, la construction des bâtiments (sur
poteaux plantés) et de moyens de communication
(pirogues, bateaux). Les vestiges les plus spectaculaires
L propres aux traditions néolithiques. La main de l’agriculteur, par exemple, se
contenta encore longtemps des vieilles haches polies en pierre ou en silex. Le
phénomène est particulièrement net sur les marges jurassiques du bassin anglo-pari-
ture, est relativement fragile. attribuables à l’âge du Bronze normand sont un grand sien. L’abondance d’un silex de qualité, dédié pendant des générations à la fabrica-
Le travail de la pierre est encore bien développé à l’âge du fragment de pirogue à Rouen (cat. 54), une planche à tion de haches d’abattage, peut expliquer cette résistance à l’avancée du métal. Les
Bronze. Certaines parures sont confectionnées, comme au Marchesieux et une ébauche de récipient à Lingreville fouilles et les datations de laboratoire ont montré que les grandes mines de silex
Néolithique, en schiste (cat. 48). L’outillage en silex conti- (cat. 55), sans oublier la structure palissadée de Saint-Jean- outre-Manche et dans la plaine de Caen ont connu une remarquable persistance de
nue aussi d’être utilisé. Il se divise en plusieurs domaines le-Thomas, en pieux et clayonnage. cette production. Le site de Bretteville-le-Rabet dans le département du Calvados est
Fig. 43 d’activités. Les outils de tous les jours sont obtenus dans le L’analyse des bois utilisés révèle le milieu dans lequel ils ont à cet égard très significatif. Pendant près de 2000 ans, les hommes n’ont cessé de
Pointe de flèche de l’âge cadre domestique, sans qu’il soit possible de les rattacher à été préservés. Ils correspondent souvent à des essences de creuser le sol pour en extraire le silex et le transformer sur place en lames de haches
du Bronze ancien un véritable artisanat spécialisé. Ces pratiques disparais- milieux humides (aulne, saule, noisetier). Les éléments de de types divers. La permanence de la production s’accompagne d’une remarquable
provenant du Hague-Dike, sent d’ailleurs progressivement au cours de la période, bien pirogue sont toutefois réalisés avec du chêne ou de l’orme, permanence technique. On retrouve tout au long de la chronologie le même astu-
Manche (photo, C. que la Normandie dispose du matériau en quantité inépui- de façon assez classique. De multiples instruments peuvent cieux système d’extraction. Le principe repose sur le creusement de puits qui attei-
Damourette, Le Tourp). sable et facilement accessible. être utilisés dans le cadre du travail du bois (scie, hache, gnent les bancs de silex vers 3 m de profondeur (minières, fig. 48). C’est l’accumula-
gouge, cat. 51-53). Cependant, les rares témoins régionaux tion de ces petites cavités, avec un maillage régulier, qui permet d’exploiter le fonds
parvenus jusqu’à nous portent la trace d’un travail à la de façon optimale. L’outillage de son côté, pics en silex ou en bois de cerfs, affiche une
hache, et seule la pirogue de Rouen montre un usage ponc- remarquable permanence (cat. 46) ; à peine peut-on percevoir quelques différences
tuel de la gouge. de détail. Au Néolithique, chaque cavité constituait une unité d’extraction autonome
Emmanuel Ghesquière et Cyril Marcigny que l’on comblait très soigneusement après usage. Les hommes de l’âge du Bronze,
Fig. 44 au contraire, creusaient plusieurs minières en même temps et ne se préoccupaient
Four de « potier » de la fin de l’âge du Bronze ancien de l’île 1 Ghesquière et Marcigny, 1997. pas spécialement de leur comblement.
Tatihou, Manche (photo C. Marcigny, Inrap). 2 Desloges, 1986. Jean Desloges

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PRODUIRE ET ÉCHANGER L’ARTISANAT DOMESTIQUE

Fig. 49 Remontage et restauration d’un vase découvert dans la Manche (photos S. Clément-Sauleau, Inrap).

La céramique
’archéologie étudie de façon privilégiée la céramique mise au jour. En habitudes alimentaires, mais aussi sur les aspects sociaux et culturels (à

L effet, elle est facile à fabriquer et à casser ; c’est un objet éphémère


qui subit plus que d’autres les effets des modes. Elle est donc deve-
nue, dès les premières recherches, l’instrument préféré de l’archéologue
l’aide des proportions de céramiques fines et grossières sur un habitat, par
exemple) ou encore sur les pratiques économiques (organisation des produc-
tions, échanges…).
en mal de chronologie, qui voit dans ces récipients en terre cuite l’empreinte Mais ce qui caractérise le plus le mobilier céramique de l’âge du Bronze est
du temps. La céramique est alors l’objet de toutes les attentions : les vases une plus grande diversification des formes et des décors, qui répondent
sont recollés, mesurés, dessinés, classés par type, décomposés en grands très probablement à des usages plus variés et aux besoins d’une société
thèmes décoratifs, puis plus rarement découpés en lame mince pour étudier plus hiérarchisée. Et même si l’artisanat potier autonome ne semble pas
leurs pâtes (fig 49). exister à cette époque en France septentrionale, la coexistence de réseaux
On en oublie presque que la céramique est avant tout un des témoins privi- d’échanges complexes pour les matières premières nécessaires à la produc- Fig. 50
légiés de la vie quotidienne de l’époque. À la cuisson, la terre cuite subit tion métallique a entraîné une plus grande fluidité des groupes humains, Les céramiques du Bronze ancien
une transformation irréversible qui rend ce matériau, essentiellement miné- et par voie de conséquence une extension des caractéristiques potières et moyen de l’île Tatihou, formes de stockage
ral, particulièrement résistant au temps, contrairement au bois, dans bien (voire une circulation indirecte des céramiques). De vastes aires géogra- et de préparation
des cas détruit par le milieu d’enfouissement. Elle constitue donc souvent phiques présentent alors les mêmes styles céramiques : gobelets dans le
le vestige principal d’une fouille archéologique (de quelques milliers à style campaniforme, cuillers en terre cuite et vases de stockage munis de
plusieurs dizaines de milliers de fragments sur les sites importants) et nous cordons ou de boutons au IIIe millénaire ; cruches à anse, pichets décorés par
renseigne sur le mode de vie des hommes de l’âge du Bronze. estampages ou excisions, urnes décorées de cordons digités au Bronze
La céramique (et sa production) est en effet indissociable du cadre domes- moyen ; coupes tronconiques, céramiques finement décorées d’incisions,
tique. Si les fours pour la cuisson des vases sont presque inconnus en pots de grandes contenances portant un sommaire décor de traînées digi-
Normandie (à part peut-être les fours de Tatihou dont la fonction précise tales, par exemple, au Bronze final.
n’est toujours pas éclaircie), les formes céramiques découvertes lors des À cette époque, d’autres productions en terre cuite se rencontrent parfois sur
fouilles sont suffisamment éloquentes pour illustrer la vie de tous les jours : certains sites d’habitat (pas encore en Normandie) : des chenets, des plateaux
grandes jarres pour stocker (les céréales ou le sel, par exemple, cat. 44), « votifs » richement décorés et au début de l’âge du Fer des céramiques présen-
petits récipients pour cuisiner ou préparer les aliments (marmites, jattes, tant en frise des pictogrammes, sortes de « proto-alphabet ».
terrines, pots…) mais aussi véritable service de table (gobelets, assiettes,
cuillers…). Elle devient ainsi un document apte à nous renseigner sur les Stéphanie Clément-Sauleau

Fig. 51
Céramique en cours
de dégagement
sur le site de Nonant

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PRODUIRE ET ÉCHANGER L’ARTISANAT DOMESTIQUE

système d'ourdissage

0 1 m.

Fig. 52
Le métier à tisser Montant verticaux
du métier à tisser
L’atelier de tissage de Mont-Saint-Aignan
de Mont-Saint-Aignan support du métier à tisser
(Seine-Maritime). a fouille de Mont-Saint-Aignan se situe sur le rebord de trame (les fils horizontaux qui vont former la largeur du tissu).
Entre les deux fosses de calage
du métier ont été découverts
de nombreux pesons très
L plateau nord de Rouen. Les vestiges découverts appar-
tiennent à deux unités d’habitation (maisons circulaires).
Ils comprennent aussi des structures nécessaires à la vie quoti-
Le tissage s’effectue du haut vers le bas. En règle générale la
hauteur du métier ne doit pas dépasser la taille du tisserand
sous peine de difficultés à tisser ; si au contraire le métier est
fragmentés (DAO, D. Lepinay, dienne (ateliers, aire de stockage et fosse d’extraction), datées trop haut, un marchepied est nécessaire. La largeur du métier
Inrap ; photo B. Aubry, Inrap). par une grande quantité de céramiques et des analyses 14C varie selon la largeur du tissu souhaité.
En bas à droite, restitution d’un (1000/850 avant notre ère). Ce métier à une barre de lisses est utilisé afin de tisser la toile.
métier à tisser de l’âge du Bronze Une des particularités du site est d’avoir livré deux fosses Pour ce type de tissu, l’on sépare les fils en deux. Un fil sur deux
(DAO, E. Gallouin, Inrap). ateliers, légèrement ovales, implantées dans le même secteur est placé au-dessus de la barre de séparation, située au bas du
géographique. La profondeur de chaque unité est de 15 cm métier, qui les retient en permanence. Les autres, restés à l’ar-
(sous le niveau de décapage) pour une longueur de 1,80 m et rière, sont reliés par une boucle à la baguette de lisses. L’en-
une largeur de 1 m en moyenne. Le fond de ces deux aména- semble des fils est tendu par les pesons disposés en deux
gements est plat avec, dans un cas, la trace fugace de deux rangées, l’une en avant de la barre de séparation, l’autre en
petites marches creusées. L’extrémité sud de chaque fosse arrière. Lorsque la baguette de lisses est au repos, elle repose
a révélé la présence de deux petits trous de poteaux de 10 contre les montants du cadre ; la barre fixe agit seule, retenant
cm de diamètre et distants de 88 cm. Des pesons (au moins un fils sur deux à l’arrière, une ouverture se crée : c’est la foule
quatre exemplaires) ont été dégagés lors de la fouille entre naturelle. Lorsque la baguette de lisses est en position de travail,
chaque poteau (fig. 52). Les poids sont de forme cylindrique, on la loge contre les deux supports fixés à mi-hauteur des
avec une perforation dans le sens de la longueur. Les trous montants du cadre. Les fils arrière se trouvent donc tendus vers
de piquet ont une implantation oblique et respectent un paral- l’avant, l’ouverture obtenue est la foule artificielle. Lors du
lélisme certain. L’ensemble de ces caractéristiques morpho- tissage, le peloton de fils de trame va et vient, de gauche à droite
logiques permet d’envisager l’implantation de métiers à tisser et de droite à gauche, dans ces ouvertures alternées, chaque
simples dans chacune des fosses. passage constitue une duite. Chaque duite est alors tassée au
Ce type de métier, d’aspect robuste, est connu dès le Néoli- moyen d’une épée de tisserand (sorte de palette en bois).
thique. Il se compose d’un cadre formé de deux montants Une fois le tissu obtenu, quelques mèches de fils peuvent être
verticaux qui soutiennent un axe horizontal sur lequel on vient surajoutées, ou des décors être brochés. Pour cette période,
placer une baguette, l’ensouple, où la chaîne (fils formant la la matière utilisée pour la réalisation des fils peut être végétale
longueur du tissu, montés verticalement et traversés par les (liber, lin, ortie…) ou animale (laine).
fils de trame) est préparée. Deux barres horizontales sont Ce métier, dont la production correspond à des besoins
aménagées sur le cadre : l’une au bas du métier est fixe, c’est domestiques, est plus ou moins mobile. On peut le démonter
la baguette de séparation. L’autre, baguette des lisses, est pièce par pièce (bâti, ensouple, baguette de lisses, poids…)
mobile et se trouve à mi-hauteur du métier. Deux supports et le transporter. Dans le cas présent, l’importance de son
sont également fixés sur les montants du cadre, ils viendront encrage dans le sol permet d’affirmer que la structure qui l’a
porter la baguette des lisses lors du tissage. Les poids de accueilli était vouée de façon permanente à l’activité de
tissage (pesons) sont disposés en deux rangées au bas du tissage. Les pesons mis au jour dans cette structure sont
support du métier à tisser
métier. Les fils de chaîne y sont tendus à leurs extrémités. percés de haut en bas, les nappes de fils de chaîne étaient
Le métier est légèrement incliné vers l’arrière et doit être passées dans l’orifice central puis pelotonnées par un nœud
soutenu. Dans le cas présent, les trous de poteaux situés à coulant. Ce système permet le tissage d’une longueur de
l’arrière du métier semblent tenir ce rôle. L’inclinaison est chaîne importante, sans que celle-ci ne soit coupée.
nécessaire pour former une foule naturelle, mais ne doit pas
Montant verticaux
être trop importante, sans quoi le tisserand ne peut tasser la Bruno Aubry et Elise Sehier
du métier à tisser
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PRODUIRE ET ÉCHANGER L’ARTISANAT : LES TECHNIQUES DU BRONZE

L’ARTISANAT : LES TECHNIQUES DU BRONZE


ur le plan technique, le bronze présente des d’un manche de bois, dont les bords étaient rendus tran-

S
avantages appréciables par rapport à la pierre: il chants par martelage. De telles armes ne devaient guère être
peut être fondu et prendre par moulage des très redoutables, mais constituaient sans doute des biens
formes variées ; si l’objet est brisé, on peut le de prestige, compte tenu de la rareté du métal à cette
refondre et en réutiliser la matière. Il a fallu du époque. Puis on s’est efforcé d’obtenir des pièces plus
temps pour que soient bien mis au point les longues, fondant à part la lame (souvent de forme trian-
procédés permettant, dans les meilleures conditions, la gulaire) et la poignée. Peu à peu, on a réussi à réaliser des
fonte et le traitement du métal, par martelage, ébarbage, épées de plusieurs dizaines de centimètres de longueur, avec
affûtage, recuit, étirage, ciselure etc. Mais une fois ces poignée tantôt en métal et tantôt en matière organique.
méthodes élaborées, on a assisté à un abandon progressif de Plus tard, on s’est aperçu que des lames, dont la largeur et
la pierre, en particulier du silex, et à son remplacement le poids s’accroissaient vers la pointe, pouvaient être utili-
corrélatif par le métal pour la fabrication des armes et des sées efficacement pour frapper aussi bien du flanc de la
outils. Au fil du temps, on constate un appauvrissement de lame que de la pointe. On a donc essayé, avec succès, de
plus en plus marqué de l’industrie lithique (moins de caté- mettre au point des épées de formes variées, adaptées aux
gories d’instruments et moins d’exemplaires par catégo- besoins des fantassins comme des cavaliers.
ries) alors que l’on commençait à fabriquer en bronze des L’évolution de la morphologie des haches reflète une autre
objets appartenant à toutes les catégories fonctionnelles tendance: la volonté d’économiser le métal et d’en réserver
(armes, outils, objets de parure…). l’usage à la seule partie agissante de l’instrument, tout en
En revanche, les minerais de cuivre et d’étain nécessaires sauvegardant sa solidité et son efficacité par un mode de
pour obtenir le bronze (cat. 57-58), sont peu répandus à la fixation adapté de la partie métallique sur la partie en bois.
surface de la planète. Beaucoup, tels les habitants de la De la même façon, pour la fabrication des lances, des jave-
Normandie, étaient donc obligés de les importer, sous la lots et des flèches, on a réservé l’utilisation du métal à l’ex-
forme de lingots ou d’objets usagés susceptibles d’être trémité active de l’objet, la pointe, qui devait pouvoir péné-
refondus (cat. 70). D’où une certaine prééminence des trer dans le corps de l’adversaire ou de l’animal chassé. On
régions productrices et un développement notable du a mis au point des systèmes d’ailerons latéraux qui permet-
commerce (fig. 53). taient de lancer ces objets le plus loin possible et facilitaient
Par ailleurs, le travail du métal suppose la maîtrise de tech- le contrôle de leur trajectoire.
niques complexes, ce qui implique l’existence de spécialistes. La possibilité d’obtenir par martelage et laminage des tôles
Tous ces facteurs expliquent des transformations en de bronze rendit possible la réalisation de casques et de
profondeur de la société au cours de l’âge du Bronze, avec cuirasses en bronze (cat. 87, 91 et 92).
une hiérarchisation plus marquée des groupes, une certaine Pour répondre aux nécessités des paysans et des artisans,
professionnalisation des tâches et de nets contrastes entre jouant sur toutes les propriétés du métal, on a su obtenir
les régions. des faucilles, des scies, des tranchets, des racloirs, des
gouges, des couteaux, des ciseaux, des burins, des poinçons,
L’APPORT DU MÉTAL À LA VIE QUOTIDIENNE : des perçoirs, des alênes, des marteaux, des enclumes (cat.
DE L’OBJET USUEL AU BIEN DE PRESTIGE 69) etc. Au total, presque tout l’outillage de l’ère préindus-
L’évolution de la forme des épées au cours de l’âge du trielle a vu le jour au cours de l’âge du Bronze.
Bronze est significative. Au début (vers 2000 av. J.-C.), on ne Pour faire face aux besoins de la vie domestique, on a fabri-
sait fabriquer que de courtes lames en métal, parfois munies qué des récipients (cat. 86), des rasoirs (cat. 75), des pinces
d’une soie ou d’une languette pour s’insérer à l’intérieur à épiler (cat. 76), des épingles (cat. 77-80), des fibules, des
agrafes (cat. 81) et des ceintures, en même temps que des
torques (cat. 82), des bracelets (cat. 83-85), des brassards,
des anneaux de cheville, des bagues, des grains d’enfilage,
des boucles d’oreille, et des diadèmes, des boutons, des
phalères…
Le bronze a servi à exécuter des mors pour les chevaux, des
clous décoratifs pour les harnachements, des embouts d’es-
sieux et des garnitures de roues pour les chariots, des Minerai de cuivre
broches pour cuire les pièces de viande ou des hameçons 0 50 km
Minerai d'étain
pour la pêche, même des instruments de musiques comme
les « lurs » d’Europe du Nord (cat. 127).
Guy Verron Fig. 53 Carte simplifiée des principales ressources métallifères : cuivre et étain (DAO, E. Gallouin, Inrap) ; d’après Mohen.

70 71
PRODUIRE ET ÉCHANGER ÉCHANGES ET COMMUNICATIONS

La production en série d’outils ou double dépression encadrant une nervure médiane), aussi
bien qu’en relief (nervure médiane, chevron, double chevron,
a fin du Bronze moyen correspond, dans de nombreuses métallurgique normande étaient décalées par rapport aux trident, motif en Y, nervure en demi-cercle ou courtes nervures

L régions d’Europe, à un développement de la production


d’objets métalliques. Les haches ont constitué l’instru-
ment le plus largement fabriqué. Chaque province métallur-
frontières régionales actuelles ; elles s’étendaient de la
Somme à la Loire et des côtes normandes à l’Yonne. La trou-
vaille de dépôts composés majoritairement de haches à talon
multiples parallèles au grand axe de l’objet etc.).
L’étude technologique des exemplaires retrouvés a pour but
de reconstituer les techniques utilisées par les métallurgistes,
gique a privilégié des formes particulières qui permettent de normandes jusqu’en Grande-Bretagne (à Marnhull, dans le de cerner les systèmes d’organisation et de production dans
différencier des écoles régionales : haches à rebords dites Dorset, près des côtes méridionales du royaume, on a mis au les ateliers de l’âge du Bronze, comme de déboucher sur
« médocaines », haches à talon des types « de Haguenau », jour en 1989 un dépôt de quatre-vingt-dix pièces) illustre bien l’étude de la diffusion des objets issus d’un même centre de
« du Centre-Ouest », « breton » ou « normand ». La cartographie l’importance de la diffusion de ces instruments. production et d’en apprécier la portée économique. À diffé-
des découvertes 1 (fig. 54, cat. 74) permet de localiser les À l’inverse, les dépôts rencontrés à l’approche du massif armo- rentes reprises déjà, on a pu individualiser plusieurs haches
centres de production de la métallurgie normande autour de ricain (Vaux-sur-Aure, Calvados) ou dans la zone armoricaine sorties d’un même moule, présentant une morphologie iden-
la basse vallée de la Seine. Or, le fleuve constituait un axe (Perrou, Orne), comportent une majorité de haches à talon de tique et les mêmes barbelures à la jonction des valves du
majeur de circulation à l’échelle européen. Il offrait un débou- type breton. La Basse-Normandie de la fin du Bronze moyen moule. Dans un cas même (La Chapellle-du-Bois-des-Faulx,
ché maritime à l’ensemble du bassin parisien, ouvrait une était donc partagée entre sa fraction occidentale, dominée cat. 74), on a identifié des haches issues d’un même moule à
porte sur la Manche, couloir obligé entre l’Atlantique et la mer par les influences armoricaines, et sa partie sédimentaire, l’intérieur de deux dépôts différents3. Dans l’avenir, on peut
du Nord, et constituait l’une des voies commerciales essen- participant aux mêmes cultures que la basse vallée de la Seine espérer étendre l’échelle de ces recherches pour reconnaître
tielles entre l’Est de l’Europe ou le monde méditerranéen et les et le reste du bassin parisien. les productions d’un même atelier à travers tous les dépôts
îles britanniques, dont l’importance économique s’est accrue Du point de vue typologique, les haches à talon de Normandie connus sur le territoire français. Fig. 55 Coulée de bronze dans un moule en terre lors d’une reconstitution expérimentale (photo,
considérablement quand on a commencé d’y fabriquer les se caractérisent par la grande largeur de la lame (qui les oppose Autre enseignement du dépôt de La Chapelle-du-Bois-des-
premiers bronzes à l’étain. Quelque cinquante dépôts de aux haches bretonnes) et par la variété des décors moulés qui Faulx, une composition stable du métal utilisé (85 % de cuivre
haches à talon, quelquefois fouillés en place comme à La ornent les faces sous le talon (trait distinctif par rapport aux et 15 % d’étain), que l’on peut considérer comme la « recette » L’archéologie expérimentale
Chapelle-du-Bois-des-Faulx 2, ont été mis au jour dans les haches du Centre-Ouest de la France). Le thème décoratif le du ou des fondeurs. Deux haches provenant d’un même moule fin de préciser et de mieux comprendre les différentes étapes qui mènent en métallur-
départements de l’Eure et de la Seine-Maritime, contre une
dizaine dans le Calvados et moins encore dans la Manche et
l’Orne. L’aire de dispersion des haches à talon de type
plus fréquent est celui du « trident », résultant de la combinaison
d’un chevron et d’une nervure médiane. Mais les motifs peuvent
être en creux (cavité unique de contour triangulaire ou ogival,
ont, d’ailleurs, une composition identique, tant pour les consti-
tuants majeurs que pour les traces. L’artisan a donc utilisé
pour les obtenir un même lingot réalisé dans un creuset suffi-
A gie de la matière première au produit fini, un programme d’expérimentation des tech-
niques anciennes est assuré par Jean Ladjadj en Basse-Normandie. Par son travail, il
tente de retrouver puis de faire revivre le savoir-faire des populations de l’âge du Bronze.
normand montre d’ailleurs que les limites de cette province double cavité, dépression unique s’ouvrant vers le tranchant, samment grand pour permettre la coulée de plusieurs objets. Le travail du bronze s’effectue à cette époque presque exclusivement par coulée ; quelques
Le même ensemble a livré deux haches sorties d’un même rares pièces sont martelées dans un second temps, pour leur mise en forme définitive
moule, abandonnées à deux stades différents d’élaboration : (coques, cuirasses, vaisselles). Cette technique de coulée a été expérimentée par Jean
Dépôt de haches à talon de type normand
Fig. 54 l’une est brute de fonte, la seule intervention postérieure à la Ladjadj dans les mêmes conditions qu’à l’âge du Bronze, c’est à dire en foyer ouvert,
Dépôt de haches à talon de type breton
Dépôt mêlant haches à talon de types normand Répartition des dépôts sortie du moule étant l’enlèvement de la masselotte ou cône avec du bois comme combustible.
et breton de hache à talon de la fin de coulée, l’autre a été martelée et affûtée – excellente occa- Le foyer est installé à même le sol, dans une petite cuvette. De dimensions modestes, il
du Bronze moyen dans sion d’observer les conséquences exactes sur la matière et est entretenu par un soufflet constitué d’un sac en peau et d’une tuyère en céramique.
50 0 50 100 150 250 km
le quart nord-ouest de la morphologie des haches des opérations de finition (ébar- Le métal brut est déposé dans un creuset, petit bol en céramique épaisse, présentant
la France (DAO, E. bage, martelage, recuit et affûtage). L’analyse technique des un dégraissant grossier et fréquent. Les moules de coulée sont préparés à l’avance. Ils ont
> 200 m > 100 m
Gallouin, Inrap ; Verron, dépôts de La Chapelle-du-Bois-des-Faulx a montré qu’ils été réalisés par surmoulage, soit d’un objet en bronze existant (moule bivalve, cat. 59-64),
2004). comportaient près des deux tiers de haches brutes de fonte, soit autour d’une pièce modelée en cire (moule entier). Un entonnoir est pratiqué d’un
contre un peu plus d’un tiers de haches affûtées, c’est-à-dire côté pour effectuer la coulée ; dans le cadre des objets à la cire perdue, des évents sont
prêtes à l’emploi. L’étude de la répartition des haches dans laissés, pour une bonne diffusion du métal en fusion.
le dépôt trouvé en place a montré que le rangement des Dans les braises, le creuset monte progressivement en température. Actionné de manière
haches sur plusieurs niveaux n’avait pas été fondé sur des continue, le soufflet apporte l’oxygène nécessaire à la montée en température, jusqu’au
critères technologiques. point de fusion du métal. En bordure immédiate du foyer, le moule est maintenu à une
L’analyse technologique des objets complète avantageuse- température importante, afin d’éviter l’éclatement lors de la coulée.
ment leur étude strictement typologique. Le jour où l’on sera en Après plusieurs dizaines de minutes de chauffe, le métal est en fusion. Les moules sont
mesure d’identifier les choix techniques faits dans les diffé- alors enterrés à demi dans le sol ou dans les cendres, de manière à faciliter la diffusion
rents ateliers, la répartition du travail entre les catégories d’ar- du métal et éviter les accidents dus à l’amplitude thermique.
tisans, l’organisation de la chaîne opératoire, les modalités de Jean Ladjadj utilise des bois de cerfs comme outils de préhension du creuset, bien que
la production, les modes de diffusion et les contraintes d’autres moyens aient pu être utilisés (bois, métal…). Le métal est coulé en une fois
commerciales qui pouvaient peser sur le marché, on disposera jusqu’à remplissage total du moule. Il « fige » presque immédiatement, et les moules
d’une vision beaucoup plus précise de la vie économique et bivalves peuvent être ouverts après un rapide refroidissement. Les moules à la cire perdue,
de la géographie politique de l’Europe à la fin du Bronze moyen. eux, sont brisés. Il ne reste plus alors qu’à éliminer les traces de coulée (cône de coulée,
barbes à la jointure du moule ou sur les évents), puis à aiguiser les parties actives (par marte-
Guy Verron et Antoine Verney lage sur enclume par exemple, cat. 69, ou affûtage à la pierre), avant de réaliser les emman-
1 Verney, 1989. chements.
2 Verron, 1976 et 1982. Emmanuel Ghesquière
3 Verney et Verron, 1996.
72 73
PRODUIRE ET ÉCHANGER ÉCHANGES ET COMMUNICATIONS

ÉCHANGES ET COMMUNICATIONS
ès le début de l’âge du Bronze, la Normandie Il n’en va pas de même pour la navigation en pleine mer,

D
s’ouvre sur le monde avec l’élaboration de qu’il s’agisse de parcours côtier ou de parcours hauturier. Si
réseaux d’échanges, parfois sur de longues des représentations existent, gravées sur des pierres de
distances. Ces nouveaux réseaux dictés, dans Scandinavie et du Nord de la Russie 1, les témoignages
un premier temps, par un besoin croissant en archéologiques ne donnent peut-être qu’une vision
matières premières pour la confection des partielle de la réalité. Pour l’évaluer, il faut se rappeler qu’à
objets métalliques, ont abouti à la création de systèmes de l’âge du Bronze, les choix technologiques étaient déjà rela-
communication performants, avec le développement des tivement ouverts : pirogues, monoxyles ou non (cat. 96),
moyens de transport. bateaux de peaux tendues sur une armature végétale
(cat. 97), et bateaux en planches. Si les pirogues ne
LE CHEVAL, LA ROUE ET LE CHAR pouvaient à coup sûr affronter une mer ouverte (faute de
Très présent jusqu’au Paléolithique supérieur, le cheval se balancier), les deux autres catégories ont pu jouer ce rôle.
retire progressivement de nos latitudes avec le réchauffe- Mais quels ont été leurs rôles respectifs à l’âge du Bronze ?
ment post-glaciaire. Il faut attendre le Néolithique moyen Pour parler de la première, celle des bateaux de peaux (skin
pour le voir réapparaître timidement au niveau régional. boats), il faut avoir recours d’une part aux pierres gravées,
À l’âge du Bronze, son usage est généralisé et il est présent et d’autre part à des témoignages ethnographiques : canoë
dans tous les assemblages fauniques* conséquents. Son de la Terre de Feu ou Umiak esquimo 2. Malheureusement,
usage est multiple. La représentation qui en est faite sur en raison de la nature des matériaux qui les constituaient,
certaines céramiques le représente régulièrement attelé à aucun bateau de ce type n’a été retrouvé alors que très
un char (en binôme), associé à des pratiques belliqueuses vraisemblablement ils étaient particulièrement marins
ou d’apparat, tandis que les bovidés sont associés aux (leurs descendants, les curraghs irlandais, le montrent
instruments de labour. Par ailleurs, la découverte des aujourd’hui).
éléments de mors (cat. 94) ou d’éléments de harnachement Leurs rivaux, les bateaux en planches (plank boats), nous
suggère un usage monté, avec un rôle qui peut se décliner sont connus soit comme des chalands de transport (Brigg
entre moyen de déplacement, communication et échange, Logboat, découvert en 1888 et datant de 800 av. J.-C.), soit
et arme de guerre. Tout l’avantage du cheval sur les autres comme des barques longues de rivière ou d’estuaire,
espèces domestiques locales repose sur cet usage multiple propulsées à l’aviron (Ferriby 1 à 3, cat. 98 ; East Yorkshire,
des capacités de l’animal, en même temps bête de charge, de vers 1300 av. J.-C., ou bien épaves de l’embouchure de la
monte ou d’attelage. Sa probable généralisation durant l’âge Severn). Le site le plus remarquable pour la période est bien
du Bronze a pu bouleverser de manière importante l’art de évidemment le bateau de Douvres. Découvert en 1992, il a
la guerre (chars de combat, cavalerie) et assurer la supréma- été daté de 1550 av. J.-C. 3 Sa structure et ses dimensions (à
tie d’une petite élite guerrière, en même temps que l’origine 13 x 2,3 m) en font un bateau tout à fait manœu- Lunules en or
permettre un accès rapide à des secteurs géographiques vrable sur de longues distances, aussi bien à la voile qu’à de type Irlandais
jusqu’alors isolés du réseau maritime et fluvial. Il est l’aviron. C’est à partir de ce type de bateau que l’on peut 0 50 km
possible que cet animal, que l’on dit « la plus noble penser la longue évolution qui conduira aux embarcations
conquête de l’homme », ait été, avec le mobilier métallique, celto-scandinaves du début de l’ère chrétienne. Fig. 56
le moteur de la croissance à l’âge du Bronze. Une illustration des relations entre
LES ÉCHANGES la France, la Grande-Bretagne et l’Irlande :
LA NAVIGATION À L’ÂGE DU BRONZE Un premier regard sur les cartes normandes permet de la répartition des découvertes de lunules en or
La typologie des bateaux de l’âge du Bronze est bien visualiser la densification des échanges à l’intérieur même (DAO, E. Gallouin, Inrap ; d’après J.-P. Mohen).
évidemment liée à leurs catégories de navigation. La plus de la région et des régions strictement limitrophes,
accessible, celle des rivières et des eaux abritées, est aussi la parfois sur plusieurs centaines de kilomètres (fig. 56).
mieux connue grâce à l’archéologie. De nombreuses C’est le cas des produits en silex bathonien de la plaine de
pirogues monoxyles, c’est-à-dire creusées dans un tronc, Caen (haches polies et pointes de flèche) que l’on
ont été découvertes et étudiées depuis plusieurs dizaines retrouve jusqu’au Bronze moyen disséminés sur tout le
d’années, tant en France qu’à l’étranger. territoire régional. C’est aussi le cas de centaines de
productions métalliques dont les plus emblématiques
restent les haches à talon de type normand, réparties
principalement en Normandie et plus rarement dans les
régions environnantes. Fig. 57
Le mobilier céramique témoigne bien de ces relations entre Lunule en or d’Irlande,
les régions atlantiques et continentales. Ainsi, à Tatihou, Galway County,
durant l’âge du Bronze ancien et moyen, les vases utilisés et National Museum of Ireland (inv. w10)

74 75
PRODUIRE ET ÉCHANGER ÉCHANGES ET COMMUNICATIONS

La pirogue de Rouen
a pirogue de Rouen offre un jalon bien daté pour l’étude de la navigation proto-

L historique, dans une région où les rares embarcations trouvées anciennement


n’ont pu être ni étudiées ni conservées.
Plusieurs pièces de bois travaillées ont été découvertes dans les couches de l’âge du
Bronze, place de la Pucelle à Rouen, en 1994. Il s’agit en particulier d’un fragment de
pirogue monoxyle de 4,50 m de long, et d’un autre élément en bois énigmatique mais
qui pourrait appartenir à la même embarcation1 (fig. 59).
La pirogue a subi d’importants prélèvements de bois, visibles par les traces de coups
de hache. La partie arrière retrouvée a été taillée dans un seul tronc de chêne de
large diamètre (de 1,20 à 1,40 m). En tout, la pirogue pouvait mesurer 6 à 9 m de
longueur. La poupe présente une découpe quasi verticale. Elle est marquée par un net
épaississement du fond (jusqu’à 20 cm) sur les 60 derniers centimètres et par la
présence d’une rainure qui servait à insérer l’arcasse, panneau vertical fermant l’ex-
trémité de la poupe.
Le fond mesure entre 4 et 10 cm d’épaisseur. Les lacunes importantes concernant le
bordé ne permettent pas d’avoir une vision correcte d’éventuels aménagements
internes ou externes, tels que la mise en place de bancs ou la fixation de flotteur, par
exemple. Une nervure médiane vient renforcer la structure de l’embarcation et occupe
toute sa face interne, du fond jusqu’au bordé.
Les seuls éléments rajoutés sur le fond sont, d’une part, une cheville qui le traverse
intégralement et qui a probablement joué le rôle de jauge d’épaisseur, et d’autre part,
un renfort de biais (élément de bois oblique, inséré dans une rainure et destiné à
réparer une fissure).
La pirogue a été datée à la fois par une analyse de carbone 14 et surtout par la dendro-
chronologie, étude des cernes de croissance de l’arbre qui permet d’estimer de déter-
miner que l’arbre a été abattu vers 955 av. J.-C.
Un deuxième élément, en bois de bourdaine, trouvé à proximité, mesure 80 cm de
longueur et a pu constituer, grâce à sa légèreté, un élément d’embarcation, très proba-
blement un élément transversal destiné à rigidifier le bordé. Il est épointé aux deux
extrémités et offre deux grandes encoches. Ce dispositif, qui existe sur les pirogues
d’Hawaï, permet d’amarrer solidement les traverses reliant deux pirogues entre elles,
ou bien de fixer des flotteurs. On peut imaginer qu’il a permis de transporter de lourdes
charges sur la Seine, du bétail en particulier.
La pirogue de Rouen s’inscrit bien dans le répertoire des formes des embarcations
monoxyles de la fin de l’âge du Bronze, sur lesquelles les éléments d’assemblage, en
particulier le panneau arrière, font leur apparition.

Cyrille Billard et Vincent Bernard


Fig. 58 leurs décors sont similaires aux récipients de certains Margaux dans le Sud-Ouest de la France, cat. 104), ou des 1 Billard et al., 2001.
Torque à tampons en or, groupes du Sud de l’Angleterre (groupe de Trevisker et de haches à douille armoricaines du Hallstatt ancien, commu-
du type de Tara (Irlande), Deverel Rimbury, cat. 103). À Quiévrecourt par contre, à la nes à tout le domaine armoricain et largement diffusées.
trouvé dans le Finistère, fin de l’âge du Bronze, les lots céramiques associent gobe- Ces objets témoignent des capacités de déplacement sur de
vers 1200 av. J.-C. lets d’influence continentale (RSFO) et des vases de tradi- grandes distances (y compris par mer) des personnes et des
(musée départemental tion britannique (type Plain Ware, cat. 102). biens. On note ainsi la bonne maîtrise de la navigation
Breton, Quimper) Les échanges à plus longue distance ont été mis en évidence fluviale et maritime côtière (cabotage exclusif ?), et la
à partir de productions métalliques particulières. Ils appar- maîtrise moins accomplie de la circulation terrestre.
tiennent en règle générale au domaine maritime et fluvia-
tile. En effet, sont principalement concernées les côtes du Emmanuel Ghesquière et Cyril Marcigny
Cotentin (lunules, cat. 105-107), celles de la plaine de Caen avec la collaboration de Jean-François Détrée Fig. 59
(cat. 101) et du pays de Caux (cat. 108), ou la vallée de la La pirogue de Rouen,
Seine (cat. 100). D’autres produits métalliques étaient 1 Kristiansen, 2004. en cours de fouille (photo C. Billard).
exportés à partir de la Normandie, telles les haches à talon 2 Johnstone, 1988.
de type normand à la fin du Bronze moyen (hache de 3 Clarke, 2004.

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PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

ALIMENTATION 36 FAUCILLES d’épée, deux poignards à languette, des


ET GESTION DU MILIEU Prov. : Déville-lès-Rouen fragments de haches à douille, à ailerons
(Seine-Maritime, cant. Mont-Saint- et peut-être à talon, deux moitiés de bra-
Aignan), découverte fortuite dans le celets à cannelures terminés par des tam-
33 OSSEMENTS DE FAUNE
cimetière en creusant une tombe, 1880. pons et six exemplaires splendides de
DOMESTIQUE
Alliage cuivreux racloirs quadrangulaires et de racloirs à
Prov. : Vrigny (Orne, cant. Mortrée),
Faucille 1 : L. 13,3 cm ; l. max. 3,65 cm bélière, pièces caractéristiques du « com-
lieu-dit « Belle Eau », fouille préventive,
Faucille 2 : L. 10,2 cm ; l. max. 2,3 cm plexe de l’épée en langue de carpe ».
2004.
Faucille 3 : L. 10,9 cm ; l. max. 2,7 cm
Os Alors que les racloirs à bélière semblent
Bronze final III
Hallstatt ancien résulter d’une fonte directe, les racloirs
Inrap Grand-Ouest Rouen, musée départemental
quadrangulaires paraissent généralement
des Antiquités, inv. 1771.12 a, b et c (D)
Il est fréquent de découvrir de nombreux correspondre à des fragments de lames
ossements dans les dépotoirs de l’âge du Le grand dépôt de Déville-lès-Rouen d’épées ou de poignards, réutilisés en
Bronze et du début du premier âge du Fer. comportait trois faucilles « à languette ». racloir, à la suite d’un remodelage de l’ob-
À Vrigny, dans l’Orne, un vallon a été en Ces languettes permettaient l’attache jet par martelage.
partie rebouché par les poubelles d’un d’une poignée en bois, fixée par un rivet
Biblio.: Gerville 1828, p. 289; Coutil
habitant situé à quelques mètres. Les de bronze passant par le trou visible dans
1895, p. 115; Coutil 1898, p. 54, 62, 78 et
restes osseux sont en particulier très bien la languette. Le tranchant concave de
107; Coutil 1922, p. 499; Verron 1971,
conservés : bœufs, cochons, chèvres… l’une d’elles est dentelé pour permettre de
p. 69-71; Verron 1981, p. 11, fig. 19.
scier les tiges de céréales sous l’épi.
Biblio.: inédit (fouille Emmanuel
Ghesquière, Inrap) 33 Ossements de faune domestique Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 53, 65,
38 MEULE
60, 66, 82, 86 et 100.
Prov. : Tatihou (Manche, cant. Saint-
Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1898, Vaast-la-Hougue), lieu-dit « Lazaret »,
34 GRAINES 36 Faucilles
p. 55-70; Ensenat 1994; Verron 1971, fouille préventive, 1996.
Graines diverses
Bronze final
p. 63-69. Granit
Inrap Grand-Ouest H. max. 40 cm
37 RACLOIRS À BÉLIÈRE ET Bronze moyen
Les sites d’habitat de l’âge du Bronze
livrent fréquemment des restes de graines RACLOIRS QUADRANGULAIRES Saint-Vaast-La-Hougue, musée maritime
carbonisées, comme ici des graines de blé Prov. : Lessay (Manche, cant. Coutances), de l’île Tatihou
lieu-dit « lande de Cartot, hameau de Sur cette meule « dormante », constituée
amidonnier (Triticum Dicoccum), et
Renneville », découverte lors de d’un simple bloc de granit posé au sol, les
d’orge vêtue (Hordeum Vulgare).
terrassements, 1828. céréales étaient écrasées et moulues
Alliage cuivreux manuellement à l’aide d’une « molette »
35 FAUCILLE Racloir 1 : L. 6,8 cm ; l. 4,2 cm ou « broyon » (pierre de broyage).
Prov. : Chailloué (Orne, cant. Sées), Racloir 2 : L. 8,6 cm ; l. 3,5 cm
lieu-dit « Bois Maheu, carrière de Racloir 3 : L. 7 cm ; l. 3,5 cm
Biblio.: Marcigny et Ghesquière, 2003.
M. Léveillé », découverte par un ouvrier Racloir 4 : L. 7,4 cm ; l. 4,4 cm
carrier le 3 avril 1906. Bronze final III 39 BROYONS
Alliage cuivreux Rouen, musée départemental des Antiqui- Prov. : Tatihou (Manche, cant.
Fragment 1 : L. 11 cm ; l. 3,8 cm tés, inv.343.7.1-2 (D) et 343.8.1-2 (D) Saint-Vaast-la-Hougue), lieu-dit
Fragment 2 : L. 8,7 cm ; l. 2,3 cm « Lazaret », fouille préventive, 1996.
L’important dépôt de Lessay a fait l’objet
Bronze final I Granit
de l’un des premiers articles consacrés en
Écomusée du Perche, musée 34 Graines H. 10-20 cm
France à l’âge du Bronze, écrit par Charles
départemental ATP, inv. 90.144.63-64 Bronze moyen
de Gerville en 1828, « Notice sur quelques
Cette lame de métal en arc de cercle ser- Saint-Vaast-La-Hougue, musée maritime
objets d’antiquité d’une origine incertaine 37 Racloirs à bélière et racloirs quadrangulaires
vait à moissonner les céréales. Le bord de l’île Tatihou
découverts dans le département de la
concave de l’objet est martelé pour le Manche ». Ces trois galets présentent des traces d’uti-
rendre tranchant tandis que le bord L’auteur y a décrit la façon dont les lisation se rapportant au broyage de pro-
convexe est renforcé par des bourrelets ouvriers rencontrèrent dans un terrain duits minéraux ou végétaux.
parallèles pour rigidifier l’instrument. La stérile « à un demi-mètre de la surface du Biblio.: Marcigny et Ghesquière, 2003.
protubérance, visible à l’extrémité droite sol, une petite chambre voûtée en forme
du plus gros élément, permet de ranger de four à cuire du pain, et construite
l’objet dans la catégorie des « faucilles à entièrement de glaise très compacte. Le
bouton » (celui-ci étant destiné à la fixa- petit four, qui avait à peine 45 centimètres
tion du manche). de largeur et de hauteur, contenait beau-
Biblio.: Gratry 1906, p. 136; Bigot coup de cendres noirâtres sur lesquelles
et Gosselin 1939; Verron 1981, p. 9-10, était posé un vase d’airain très mince. Ce
fig. 15; Verney 1990b, p. 24-25. vase renfermait tous les objets ».
Gerville en acheta la majeure partie, et il
fit don au musée des Antiquités de Rouen
de différentes pièces en 1843: une remar-
quable plaque à bélière décorée de cercles
concentriques et de soleils, malheureuse-
ment fragmentée, un fragment de cône à
bourrelets transversaux, d’interprétation
douteuse, l’extrémité d’une poignée
35 Faucille 38 Meule 39 Broyons

78 79
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

40 MEULE 43 HAMEÇONS À BARBILLON palette. Le coude est anguleux. Le bar- L’ARTISANAT DOMESTIQUE
Prov. : Lingreville (Manche, cant. Prov. : Vieux Port (Eure, cant. Quillebeuf- billon, acéré, apparaît bien développé.
Montmartin-sur-Mer), lieu-dit « Havre sur-Seine), dragage de la Seine, 1875. D’après Cleyet-Merle (1990, p. 156), les 44 RÉCIPIENTS EN CÉRAMIQUE
de la Vanlée », prospection depuis 1970. Alliage cuivreux hameçons à hampe longue sont utilisés Prov. : Plomb/Braffais (Manche, cant.
Céramique L. 3,7 cm et 4,2 cm plutôt avec un amorçage au vers, pour des Avranches/Brécey), lieu-dit
H. 18 cm ; D. ouv. 15 cm Protohistoire poissons carnassiers de taille moyenne « La Vergée », fouille préventive
Campanifome et Bronze ancien Évreux, musée municipal, inv. 3712 et 3715 comme les perches, tandis que ceux à (U. Grégoire, Inrap), 1999.
SRA de Basse-Normandie Le premier hameçon est à hampe droite, hampe courte reçoivent un amorçage au Terre cuite
L’érosion croissante du front de mer a relativement courte, à profil ouvert. Le blé ou aux fèves cuites pour attirer les her- Bronze moyen
donné lieu à plusieurs découvertes de sites jonc, aplati au niveau du coude, présente bivores comme les carpes, les barbeaux, Inrap Grand-Ouest
archéologiques sur l’estran. Différents une section circulaire au point d’attache les tanches… Ces formes sont attestées Ces fragments de céramiques décorées de
gisements ont livré un matériel riche qui se termine en pointe. Le barbillon dès l’âge du Bronze, en particulier final ; cordons digités sont particulièrement
piégé dans le colmatage d’un ancien lit de apparaît mal dégagé : formé d’une pointe on les retrouve quasiment identiques dans caractéristiques des productions du
rivière, appartenant pour une part au avec une protubérance à la base, il pour- les périodes ultérieures comme à l’époque Bronze moyen de tradition Deverel Rim-
Campaniforme et au Bronze ancien rait résulter d’un accident réparé. Le gallo-romaine, avec seulement une stan- bury. Ils illustrent très bien le travail des
(céramique et silex). La meule et la second présente une hampe droite, dardisation plus poussée. potiers de l’âge du Bronze.
molette découvertes sur le site littoral de longue, à profil ouvert. Le jonc, de section Biblio. : Coutil 1925d, p. 58-59. Biblio.: Marcigny et al., 2005.
Lingreville (cat. 20, 41 et 55) se rappor- quadrangulaire, montre un léger élargis- JPW
tent au travail de mouture des céréales. sement vers le sommet ; ce dispositif ne
45 GOBELET CAMPANIFORME
Biblio.: Verron 1977, p. 369-370; Billard constitue cependant pas une véritable
Prov. : Ifs (Calvados, cant. Caen),
et al., 1995. fouille préventive « Object’Ifs sud », 44 Récipients en céramique
2000-2002.
41 FAISSELLE Terre cuite
Prov. : Lingreville (Manche, cant. D. ouv. 25 cm ; H. 34 cm
Montmartin-sur-Mer), lieu-dit « Havre Campaniforme/Bronze ancien
de la Vanlée », prospections depuis 1970. Inrap Grand-Ouest
Céramique
Ce gobelet campaniforme est couvert
L. 6 cm ; l. 3 cm
Campaniforme/Bronze ancien
d’un décor à la cordelette; il est un témoin
SRA de Basse-Normandie indirect du travail de corderie.
Cette faisselle à multiples perforations se Biblio.: Marcigny et al., 2005.
rapporte très probablement à la fabrica-
tion de fromages. 46 PIC D’EXTRACTION
Prov. : Bretteville-le-Rabet (Calvados,
Biblio.: Verron 1977, p. 369-370; Billard
cant. Bretteville-sur-Laize), lieu-dit
et al., 1995.
« La Fordelle et le Champ Dollent »,
fouille programmée, 1980-1988.
42 FAISSELLE
Bois de cervidé
Prov. : Malleville-sur-le-Bec (Eure, cant.
L. 31 cm ; l. max. 23,5 cm
Brionne), lieu-dit « Buisson du Roui »,
Bronze ancien
fouille préventive 2003.
Caen, musée de Normandie,
Terre cuite
inv. D.85.21.1
Bronze final
Inrap Grand-Ouest La fouille des minières de silex de Brette- 45 Gobelet campaniforme
ville-le-Rabet a livré de nombreux outils
Parmi le riche mobilier céramique décou-
en bois de cerf abandonnés après leur uti-
vert sur l’habitat de Malleville-sur-le-Bec,
lisation. Certains de ces bois ont servi de
cette petite faisselle était probablement
pic ou de piochon, d’autres de leviers
destinée à la fabrication des fromages. 38 Meule pour déchausser les blocs de silex dans la
Biblio.: inédit (fouille Éric Mare, Inrap). plaquette calcaire.
Biblio.: Desloges, 1986, p. 73-101.

41 Faisselle 43 Hameçons à barbillon 46 Pic d’extraction

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PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

47 OUTILS EN BOIS DE CERVIDÉ Scie 1 : L. 9,4 cm ; l. 2,9 cm 52 CISEAU À DOUILLE 54 OBJET EN BOIS
Prov. : Sorel-Moussel (Eure-et-Loir), site Scie 2 : L. 4,9 cm ; l. 2,7 cm Prov. : Auvers (Manche, cant. Carentan), Prov. : Lingreville (Manche, cant.
fortifié du Fort-Harrouard. Bronze final III découverte lors d’un terrassement Montmartin-sur-Mer), « Le Havre
Bois de cervidé Écomusée du Perche, musée proche du château par un soldat de la Vanlée », prospection depuis 1970.
Saint-Germain-en-Laye, musée des Anti- départemental ATP, inv. 90.144.61-62 de la Wehrmacht. Bois d’aulne
quités nationales, F.H.-B137, B110-111 et Ces deux scies sont formées par une lame Alliage cuivreux L. 41 cm ; l. 27 cm ; H. 11 cm
B142 de bronze dont l’un des bords est dentelé. L. 6,05 cm ; l. 1.5 cm ; ép. 1.5 cm Bronze moyen (entre 1640
Le site de Fort-Harrouard, fouillé par Bronze final III et 1420 av. J.-C.)
La plus grande, intacte, possède un trou
l’abbé Philippe dans la première moitié à chaque extrémité. On notera l’existence Saint-Germain-en-Laye, musée SRA de Haute-Normandie
du XXe siècle, a livré plusieurs exemples d’une tige de bronze dans le trou de des Antiquités nationales, inv.83502/28 Cet objet en bois découvert sur le site de
d’outils en bois de cervidé, dont trois sont gauche, qui témoigne de l’utilisation de la Le dépôt d’Auvers a livré 71 objets, parmi Lingreville (cat. 20, 38 et 41) est proba-
lesquels des fragments correspondent à : blement l’ébauche d’une écuelle à 52 Ciseau à douille
ici présentés: une grande pioche à double lame au sein d’un montage plus complexe
pointe, une hachette et l’ébauche d’un (système avec archet ?). L’autre scie, plus 1 bracelet, 1 ciseau, 16 épées, 3 gouges, oreillette. Il est un des rares témoins du
marteau-hache. petite, avait manifestement été brisée. 6 haches à ailerons, 17 haches à douille, travail du bois à l’âge du Bronze.
Biblio.: Mohen et Bailloud, 1987. Pour permettre néanmoins de la réutili- 1 marteau, 1 masselottes, 1 matrice, Biblio.: Billard et al. 1995, p. 94-95.
ser, un nouveau trou de fixation a été 1 moule, 2 poignards, 14 pointes de lance,
percé juste après la cassure du bord droit. 4 racloirs et ce ciseau à bois à douille. Ce 55 FRAGMENTS DE PIROGUE
48 PARURE EN PIERRE
Biblio.: Bigot et Gosselin 1939; type d’instrument a une forme tout à fait Prov. : Rouen, place de la Pucelle, fouille
Prov. : Nonant (Calvados, cant. Bayeux),
Nicolardot et Gaucher 1975, p. 40-41; analogue à celle de nos ciseaux modernes préventive (J-Y. Langlois, Inrap), 1994.
lieu-dit « La Bergerie », fouille
préventive, 1999. Verron 1981, p. 9-10, fig. 15; Verney de menuisiers. On peut donc raisonna- Chêne
Schiste 1990b, p. 24-25; Bernouis 1999, p. 97. blement supposer qu’il avait le même L. totale 5 m ; fragment principal
L. 6 cm usage. L. 2 m ; ép. 8 à 20 cm
47 Outils en bois de cervidé
Bronze Moyen Biblio.: Jacob-Friesen 1968, fig. 3; Bronze final (entre 970 et 940 av. J.-C.
SRA de Basse-Normandie Germont et al. 1988, fig. 4. d’après la dendrochronologie)
Ce fragment de bracelet de schiste a été SRA de Haute-Normandie
perforé à une extrémité, de manière à for- 53 GOUGES À DOUILLE Il ne reste que quelques fragments de bois
mer un pendentif arciforme. Ce type de Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime, travaillés de la pirogue de Rouen (fig. 59).
parure montre la coexistence, durant l’âge cant. Mont-Saint-Aignan), découverte Elle présentait divers aménagements, 53 Gouges à douille
du Bronze, de bijoux en bronze et en fortuite dans le cimetière en creusant dont la rainure de l’arcasse à l’extrémité
pierre. une tombe, 1880. arrière et la nervure de renforcement, la
Biblio.: Marcigny, Ghesquière Alliage cuivreux réparation d’une fissure et une cheville
Gouge 1 : L. 8,35 cm ; l. 2,1 cm dont le trou a probablement servi à
et Giazzon 2002, p. 14-16.
Gouge 2 : L. 9,2 cm ; l. 2 cm contrôler l’épaisseur lors du travail de
Gouge 3 : L. 9,1 cm ; l. max. 2,5 cm creusement.
49 PESONS Gouge 4 : L. 8,8 cm ; l. 1,9 cm
Prov. : Malleville-sur-le-Bec (Eure, cant.
Biblio.: Billard et al. 1999, p. 11-48.
Bronze final III
Brionne), lieu-dit « Buisson du Roui », Rouen, musée départemental
fouille préventive, 2003. des Antiquités, inv. 1771.7 a-d (D) 56 PLAT À PAIN AVEC EMPREINTE
48 Parure en pierre 50 Fusaïoles 51 Scies
Terre cuite DE VANNERIE
En Normandie, les gouges à douille font Bazoches-sur-Vesle (Aisne, cant. Braine).
L. de 8 à 14 cm
leur apparition dans les dépôts du Bronze Terre cuite
Bronze final
final III. Leur forme est identique à celles D. 25 cm ; ép. 2 cm
Inrap Grand-Ouest
des gouges actuelles. Leur abondance Chalcolithique
Ces fragments de pesons perforés en terre (quatre dans le seul dépôt de Déville-lès- 54 Objet en bois
cuite étaient destinés à la tension des fils Musée de Soissons, inv. 93.44.4
Rouen) indique l’importance du travail Cette poterie circulaire plate, appelée plat-
de chaîne des métiers à tisser. du bois à cette époque. Si certains des ins-
Biblio.: inédit (fouille Éric Mare, Inrap) à-pain, est particulièrement intéressante
truments présentés sont intacts, d’autres pour l’empreinte imprimée sur sa face.
ont été écrasés. Dans un cas, on a même Elle révèle ainsi en négatif un travail de
50 FUSAÏOLES fait éclater la douille en bourrant à l’inté- vannerie qui nous échappe le plus sou-
Prov. : Ifs (Calvados, cant. Caen), rieur des débris de bronze. Ceci indique vent (les matériaux organiques utilisés ne
fouille préventive « Object’Ifs sud », que ces outils devenus inutilisables étaient
2000-2002.
se conservent pas dans la terre).
sans doute destinés à la refonte.
Terre cuite Biblio.: Soissons 1991, p. 84-85.
Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 36, 60,
Bronze final CC
65, 66, 82, 86 et 100.
Inrap Grand-Ouest
Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1898,
Ces trois fusaïoles comptent parmi les p. 55-70; Ensenat 1994; Verron 1971,
rares témoins régionaux du travail du tex- p. 63-69; Verron 1982, n°12.
tile à l’âge du Bronze final.
Biblio.: inédit (fouille E. Le Goff, Inrap).

51 SCIES
Prov. : Chailloué (Orne, cant. Sées), lieu-
dit « Bois Maheu, carrière Léveillé »,
découverte par un ouvrier, 1916.
Alliage Cuivreux 49 Pesons

56 Plat à pain avec empreinte de vannerie

82 83
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

L’ARTISANAT 60 MOULE EN BRONZE 61 MOULE EN PIERRE


DE HACHE À DOUILLE DE HACHE À TALON (MOULAGE)
MÉTALLURGIQUE :
Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime, Prov. : Montaigu-la-Brisette
LES TECHNIQUES cant. Mont-Saint-Aignan), découverte (Manche, cant. Valognes), découverte
DU BRONZE fortuite dans le cimetière fortuite en creusant un fossé, 1838.
en creusant une tombe, 1880. Grès
57 MINERAI DE CUIVRE Alliage cuivreux L. 20 cm
Prov. : Cornouailles L. 17,4 cm ; l. 7,5 cm ; ép. 6,2 cm Bronze moyen II
Chalcopyrite Bronze final III Saint-Germain-en-Laye, musée
L. 22 cm ; l. 16 cm ; H. 10,5 cm Rouen, musée départemental des Antiquités nationales, *76796
Rouen, muséum d’Histoire naturelle des Antiquités, inv. 1771.1 a (D) Moule bivalve de hache à talon non déco-
Fondé sur les mêmes principes que rée, de type « Breton à anneaux ».
58 MINERAI D’ÉTAIN l’exemplaire précédent, ce moule servait Biblio.: Lecointre-Dupont 1838, p. 131-
Prov. : Morbihan à fabriquer des haches à douille avec aile- 132; Coutil 1895, p. 159; Coutil 1922,
Cassitérite rons simulés (cat. 7). Toutefois, aucune 57 Minerai de cuivre 58 Minerai d’étain p. 502-504.
L. 9 cm ; l. 6,5 cm ; H. 8 cm hache issue précisément de ce moule ne
Rouen, muséum d’Histoire naturelle figurait dans le dépôt de Déville. 62 MOULE EN BRONZE
Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 36, 53, DE HACHE À DOUILLE
59 MOULE EN BRONZE 65, 66, 82, 86 et 100. Prov. : Rocheville (Manche, cant.
DE HACHE À TALON NAISSANT Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1898, Bricquebec), « pente ouest du coteau
Prov. : La-Rue-Saint-Pierre (Seine p. 55-70; Ensenat 1994; Verron 1971, des Grosses Roches », découvert
Maritime, cant. Buchy), lieu-dit en défrichant un coin du bois de la forêt
p. 62.
« La queue du Renard », découverte usagère, 1827.
fortuite en exploitant une ballastière, Alliage cuivreux
1942. L. 18 cm ; l. 7 cm ; ép. 9 cm
Alliage cuivreux Hallstatt C
L. 18,3 cm ; l. 9,6 cm ; ép. 3,7 cm Cherbourg-Octeville, muséum
Emmanuel-Liais, inv. 7554/1342 et 61 Moule en pierre de hache à talon (moulage)
Bronze moyen I
Rouen, musée départemental 7555/1343
des Antiquités, inv. 4740 Ce moule de hache à douille armoricaine
de grand module, attribué à la commune à fixer des goupilles pour assujettir par-
Trouvé à environ 0,50 m de profondeur
de Rocheville, est l’objet de ce type le plus faitement les deux valves du moule. Tou-
au cours de travaux exécutés dans une
anciennement identifié. Il a été publié par jours sur cette face, se remarquent cinq
ballastière, ce moule était destiné à fondre
Charles de Gerville dans son article pion- courts sillons transversaux : ils peuvent
des « haches à talon naissant » (haches
nier de 1828 et apparaissait alors comme résulter de l’introduction d’un levier
dont la forme générale est proche de celle
unique. pour séparer les valves au moment du
des haches à rebords mais qui présentent
Biblio.: Gerville 1828, pl. 18; Coutil 1895, démoulage. L’évent présente une forme
un bourrelet transversal, moins haut que
fig. 1-3; Verron 1976b, fig. 5. tendant vers un cylindre évasé à l’ouver-
les rebords, formant sur les deux faces une
ture. La hache fabriquée à partir de ce
butée incomplète). La face interne est
63 MOULE EN PIERRE moule correspondait à un type à douille
beaucoup plus soignée que la face externe. 59 Moule en bronze de hache à talon naissant
DE HACHE À DOUILLE ronde, à double bourrelet. L’anneau laté-
Les deux parties du moule étaient appli-
Prov. : région de Fécamp ral partait du second bourrelet, moins
quées l’une sur l’autre lors de la fonte et
(Seine-Maritime) ? marqué. Le tranchant était évasé. Cette
maintenues bien en place par un système
Pierre forme appartient à la fin du Bronze final.
de tenons et de mortaises. Le métal en
L. 20,4 cm ; l. max 8,1 cm ; ép. max 5,4 cm L’analyse pétrographique a permis de
fusion était versé par un trou aménagé au
Bronze final caractériser une roche riche en amphi-
sommet du moule et se répandait dans la 62 Moule en pierre de hache à douille
Fécamp, musée des Terre-Neuvas et de la boles, de pyroxènes transformés en chlo-
cavité centrale où il prenait la forme d’une
Pêche, inv. A.275 rite et d’apatites ultrabasiques. Cette
hache. Après refroidissement, il suffisait
Valve unique d’un moule en pierre affec- roche qui a subi un métamorphisme pos-
d’écarter les deux valves pour en extraire le
tant la forme d’un demi-cylindre, sur térieurement à sa mise en place pourrait
nouvel instrument auquel on donnait sa
lequel une poignée est taillée dans la provenir du complexe ophiolithique du
forme définitive et son tranchant par ébar-
masse presque au centre ; la base, de Lizard en Cornouailles britanniques : ce
bage et martelage.
chaque côté, est affectée par deux cavi- pourrait être le premier exemple de l’im-
Biblio.: Éloy 1943b, p. 80-81; Verron portation à l’âge du Bronze d’un objet en
1971, p. 49-51; Verron 1982, n° 3; tés à tendance ovalaire qui simulent la
perforation d’un anneau. Sur la face pierre provenant du sol britannique.
Blanchet et Mordant 1987, p. 101.
interne, le plan de joint présente deux Biblio.: Watté 1990, n°33
petits logements circulaires qui servaient JPW

60 Moule en bronze de hache à douille 63 Moule en bronze de hache à douille

84 85
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

64 MOULES EN TERRE 67 ENCLUME


Prov. : Ifs (Calvados, cant. Caen), fouille Prov. : Bardouville (Seine-Maritime, cant.
préventive « Object’ifs Sud », 2000. Duclair), découverte « dans la Seine,
Terre cuite en aval de Rouen », avant 1975.
Fragments de 5 à 23 cm de long. Alliage cuivreux
Bronze final III L. 7 cm ; l. 5,8 cm ; ép. 3 cm
Inrap Grand-Ouest Bronze final I
Fragments d’un moule bivalve d’épée à Évreux, musée municipal
languette tripartite, du type en langue de Enclume à positions multiples.
carpe, et fragments d’un moule de pla- Biblio.: Nicolardot et Gaucher 1975,
ques rectangulaires. p. 29-36.
Biblio.: inédit (fouille E. Le Goff, Inrap).
68 MARTEAU À DOUILLE
65 LINGOT DE BRONZE Prov. : Auvers (Manche, cant. Carentan),
Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime, découverte « non loin du château
cant. Mont-Saint-Aignan), découverte d’Auvers », lors d’un terrassement,
fortuite en 1880 dans le cimetière par un soldat de la Wehrmacht.
en creusant une tombe. Alliage cuivreux
Alliage cuivreux L. 6,5 cm ; l. 1,5 cm ; ép. 1,5 cm
L. 1,5 cm ; l. 9,6 cm ; ép. 3,7 cm Bronze final III 67 Enclume
Bronze final III Saint-Germain-en-Laye, musée
Rouen, musée départemental des Antiquités nationales, inv. 83502/03
des Antiquités, inv. 1771.26 a (D) Cet objet a été fabriqué suivant des tech-
Ce type d’objet, très fréquent dans les niques analogues à celles mises en œuvre
dépôts de la fin de l’âge du Bronze, est un pour le ciseau (cat. 52) et les gouges à
lingot plano-convexe en forme de calotte 64 Moules en terre douille (cat. 53). On a réservé à l’extrémité
sphérique. Le métal a pris ici la forme du distale une surface « mousse » pour per-
creuset dans lequel il a été fondu, très pro- mettre son utilisation comme marteau.
bablement un récipient en céramique Biblio.: Jacob-Friesen 1968, fig. 3;
(peut-être un fond de vase réutilisé). Germont et al. 1988, fig. 4.
Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 36, 53,
60, 66, 82, 86 et 100. 69 CREUSET
Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1898, Prov. : Sorel-Moussel (Eure-et-Loir), site
p. 55-70; Ensenat 1994; Verron 1971, fortifié du Fort-Harrouard. 68 Marteau à douille
p. 62. Terre cuite
Saint-Germain-en-Laye, musée
66 MASSELOTTES des Antiquités nationales, 85595
Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime, Ce type de creuset servait à contenir le
cant. Mont-Saint-Aignan), découverte métal en fusion, qui était ensuite coulé
fortuite dans le cimetière en creusant dans les moules.
une tombe, 1880. Biblio.: Mohen et Bailloud 1987.
Alliage cuivreux CC
Masselotte 1 : D. 3,2 cm ; H. 3,1 cm
Masselotte 2 : D. 3,7 cm ; H. 3,7 cm
Masselotte 3 : L. 3,4 cm ; H. 4,8 cm
Bronze final III 65 Lingot de bronze
Rouen, musée départemental
des Antiquités, inv. 1771.26 a-c (D)
Les masselottes sont des cônes de coulée,
résultant de la fonte d’objets.
Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 36, 53,
60, 65, 82, 86 et 100.
Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1898,
p. 55-70; Ensenat 1994; Verron 1971,
p. 62.

66 Masselottes 69 Creuset

86 87
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

71 DÉPÔT DE HACHES À TALON


Prov. : La-Chapelle-du-Bois-des-Faulx
(Eure, cant. Évreux-Nord), prospection
electromagnétique et fouille, 1978-1982.
Alliage cuivreux
39 haches, L. 17 à 20 cm
Bronze moyen II
Collection particulière
Trois dépôts de haches à talon semblent
avoir été enfouis à proximité immédiate
de ce bourg, situé au nord d’Évreux. L’un
semble avoir été dispersé à l’occasion de
labours (seuls quelques restes subsistent).
Le second a été exhumé fortuitement par
une pelle mécanique lors du creusement
d’une tranchée d’adduction d’eau en
1969. Quant au dernier, présenté ici, il a
pu être repéré et identifié grâce à une
prospection électromagnétique systéma-
tique (cf. pp. 116-117). Cette prospection
n’ayant révélé aucune trace d’occupation
humaine protohistorique, on pense que
les trois dépôts ont été abandonnés dans
un secteur inhabité.
Dans les trois cas, seules des haches à
talon de type normand avaient été
enfouies, certaines brutes de fonderie,
d’autres ébarbées et martelées, prêtes à
l’emploi. Les deux dépôts qui nous sont
parvenus intacts comptent respective-
ment 30 et 39 haches qui permettent 71 Dépôt de haches à talon
d’observer une grande diversité, tant des
formes que des motifs décoratifs, généra-
lement placés au départ de la lame, sous la
butée. On peut y voir le signe de la vita-
lité de l’école métallurgique normande,
qui savait produire en abondance des
haches très similaires, tout en conservant
à chaque spécimen une nette originalité
de détail.
Biblio.: Verron 1975b; Verron 1979;
Tabbagh et Verron 1983; Verron 1981,
p. 7, fig. 9; Verron 1982, n°6-7; Verney
1991; Verney et Verron 1996, p. 222-224.

70 « DÉPÔT DE FONDEUR » haches à talon tardives…) et par par l’ex- ner en menus éléments tous les objets, 72 MAQUETTE DE BAS-FOURNEAU
Prov. : Canteleu (Seine-Maritime, trême fragmentation des objets qu’on y sans doute pour aider leur fusion. Sur Prov. : Choisy-au-Bac (Oise,
cant. Maromme), « carrière Chouard rencontre. certains fragments, on voit ainsi très bien cant. Compiègne-Nord)
à Biessard », découverte fortuite En effet, la majeure partie de la cachette l’impact des chocs qui ont été donnés, Maquette : H. 39 cm ; L. 72,5 cm ;
sous une pierre, 1921. est constituée de 57 fragments de lames peut-être aussi pour les transformer l. 42,3 cm
Alliage cuivreux d’épées, parfois déformés ou réaména- en de nouveaux outils. Partant de ces Hallstatt
Bronze final II gés par martelage. On rencontre égale- constatations, certains archéologues ont Maquette de Jean-René dit Raoul Chatillon
Rouen, musée départemental ment deux fragments de bouterolles en qualifié de tels dépôts de « cachettes de Compiègne, musée Antoine-Vivenel, 991.07
des Antiquités, inv. 2544.1-7 (D) forme de losange, qui garnissaient la fondeurs ». Le bas-fourneau de Choisy-au-Bac est un
Le dépôt de Canteleu, découvert fortui- pointe de fourreaux d’épées (sans doute Biblio.: Ensennat 1994, p. 33; Verron des mieux conservés aujourd’hui. Consti-
tement à un mètre de profondeur envi- en cuir), ainsi que trois débris de pointes 1971, p. 61; Verron 1982, n° 10. tué d’une couche de graviers de rivière
ron sous une grosse pierre en 1921, est de lances, douze morceaux de haches à parfaitement damée et compacte d’envi-
composé de 89 morceaux en bronze d’un talon, une lame de faucille, douze culots ron 1,50 m de diamètre, il accueille proba-
poids total de 7,925 kg. L’ensemble est de bronze ou déchets de fonderie, et blement un four : une surface d’un dia-
représentatif des dépôts occidentaux du enfin quelques objets assez énigmatiques mètre de 0,80 m présente des matériaux
Bronze final II, caractérisés par la pré- (un objet en forme de « bobine », un très brûlés. De la limonite, un minerai qui 72 Maquette de bas-fourneau
sence de formes spécifiques (épées pis- autre en forme de godet cylindrique). pourrait provenir des couches alluvion-
tilliformes, bouterolles losangiques, Manifestement, on a cherché à fraction- naires de l’Aisne et de l’Oise, y était encore
en place. Des pierres rubéfiées, des pla-
cages de terre réfractaire, des cendres, du
laitier et de nombreuses scories ont été
retrouvés également à proximité.

88 89
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

tous deux en or. Le torque est formé par de lance), ses ustensiles de toilette (rasoir), Biblio.: Pluquet 1829, p. 57-58; Evans 74 OUTILS D’ARTISAN
73 DÉPÔT DE FRESNÉ-LA-MÈRE Prov. : Génelard (Saône-et-Loire),
Prov. : Fresné-la-Mère (Calvados, une tige de section cruciforme tordue sur ses outils (marteau, enclume et lames 1882, p. 194-197, 224, 404; Costa de
découvert en 1975.
cant. Falaise-Sud), découverte fortuite elle-même. Les extrémités, pleines, de tranchantes) ainsi que deux de ses pro- Beauregard 1905, p. 288; Eogan 1964,
Alliage cuivreux
sur un chantier vers 1830. forme conique, ont été recourbées en cro- ductions (le torque et le bracelet). p. 158; Éluère 1982, p. 178 et 252-253;
Bronze final
Or et alliage cuivreux chets et soudées au reste de l’objet. Ce On ne dispose cependant d’aucune infor- Verron 1981, p. 8, fig. 11.
Chalon-sur-Saone, musée archéologique,
Torque : D. 36 cm ; Bracelet : D. 6,7 cm ; torque appartient au type dit de Yeovil, mation sur les conditions de la trouvaille, 85.2.1-51
Pointe de lance : L. 19,5 cm considéré comme d’origine irlandaise. Le probablement sur un chantier normand Ce dépôt rassemble un ensemble tout à
Bronze final I bracelet d’or est fait d’un simple jonc de où travaillait un ouvrier anglais. On ignore
Oxford, Ashmolean museum fait exceptionnel d’outils d’artisan dinan-
métal à surface lisse. jusqu’à la date (vers 1830 ?) et le lieu pré- dier et probablement fondeur: marteaux,
Ce dépôt est l’un des plus riches mis au Les autres pièces du dépôt sont en cis de la découverte (commune de Fresné- enclumes, poinçons, compas à tracer,
jour en Normandie. Il comporte en effet bronze : une pointe de lance à longue la-Mère, près de Falaise, ou ancienne com- godet entonnoir, spatule, barres- lingots,
diverses pièces en bronze (une pointe de douille, un rasoir à deux tranchants, une mune de Fresné-sur-Mer, aujourd’hui couteaux, pointe de lance, et divers autres
lance à longue douille, un rasoir à deux lame courbe à bord tranchant, un mar- rattachée à Saint-Côme-de-Fresné, près objets de bronze…
tranchants, une lame courbe à bord tran- teau à douille, une enclume et un outil à d’Arromanches, sur la côte nord du Cal-
douille avec lame courbe. CC
chant, un marteau à douille, une enclume vados). Il est donc prudent de ne pas trop
et un outil à douille avec lame courbe) et Ce dépôt pourrait rassembler le matériel chercher à interpréter cet intéressant Biblio.: Paris 1999, n° 70.
surtout, un grand torque et un bracelet, enterré par un orfèvre : ses armes (pointe dépôt, aussi fastueux que mal connu.

90 91
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

DE L’OBJET USUEL 77 ÉPINGLE 80 ÉPINGLES


AU BIEN DE PRESTIGE Prov. : Mondeville (Calvados, cant. Caen), Prov. : Lison (Calvados, cant. Isigny-sur-
fouille préventive « ZI Sud », 1991. Mer), lieu-dit « Le vallon aux Moines »,
75 RASOIRS Alliage cuivreux découverte en creusant un fossé
Prov. : Chailloué (Orne, cant. Sées), L. 18 cm ; D. tête 0,11 cm avant 1870.
Bronze moyen II Alliage cuivreux 9
« Bois Maheu, carrière de M. Léveillé »,
Caen, musée de Normandie, inv.D.96.1.1 L. 8 cm chacune 10
découverte fortuite par un ouvrier
carrier le 3 avril 1906. Épingle à renflement nervuré et tête éva- Bronze final II
Alliage cuivreux sée, dont la tige est décorée de nervures Bayeux, musée Baron Gérard,
77 Épingle 78 Epingles
L. 10 à 12 cm transversales. inv. AO 492-493
Bronze final I Biblio.: Chancerel, Marcigny Les deux objets sont des épingles à tête en
Écomusée du Perche, musée et San Juan 2005. clou. L’une d’elle présente une tige déco-
départemental ATP, inv. 90.144.1-3 rée de six séries superposées de chevrons
La partie active de ces objets est consti- incisés, emboîtés transversalement.
78 ÉPINGLES
tuée d’une lame de métal de forme ellip- Prov. : Soumont-Saint-Quentin (Calvados, Biblio.: Coutil 1922, p. 495; Verney
tique, précédée par une languette servant cant. Falaise-Nord), lieu-dit 1993b, p. 35.
de poignée, tantôt pleine, tantôt ajourée. « Mont-Joly », fouille programmée, 1965. 4 3
Sur l’un des exemplaires figure un décor Alliage cuivreux 81 AGRAFE DE CEINTURE
de fines lignes gravées qui rappelle cer- L. 10 et 11 cm Prov. : Lison (Calvados, cant. Isigny-sur-
79 Epingles 1
tains spécimens britanniques. Bronze final I et II Mer), lieu-dit « Le vallon aux Moines »,
Biblio.: Gratry 1906, p. 136; Bigot et SRA de Basse-Normandie découverte fortuite en creusant un fossé
La première épingle est à renflement fusi- avant 1870. 8 5
Gosselin 1939; Verney 1990b, p. 24-25,
Bernouis 1999, p. 97. forme et tête évasée de type de Saint-Ger- Alliage cuivreux
main-au-Mont-D’Or. Sa tige décorée L. 8 cm
d’une incision hélicoïdale de cinq « an- Bronze final II
76 PINCE À ÉPILER
neaux » est encadrée par une série de trois Bayeux, musée Baron Gérard, inv. AO 501
Prov. : Chailloué (Orne, cant. Sées),
« Bois Maheu, carrière de M. Léveillé », chevrons (Bronze final I). La seconde Agrafe de ceinture cruciforme à crochets.
découverte fortuite par un ouvrier épingle est à tête enroulée et tige quadran- Biblio.: Coutil 1922, p. 495; Verney
carrier le 3 avril 1906. gulaire (Bronze final II). 1993b, p. 35.
Alliage cuivreux Biblio.: Édeine 1969; Édeine 1970, fig. 1.
L. 6 cm 6
Bronze final I
79 ÉPINGLES
Écomusée du Perche, musée Prov. : Ifs (Calvados, cant. Caen),
départemental ATP, inv. 90.144.6 fouille préventive « Object’ifs sud »,
Cet instrument, dont la forme est déjà très 2000-2002. 2
proche de celle des pinces à épiler Alliage cuivreux
modernes, a été obtenu à partir d’un L. 10 et 15 cm
ruban de tôle de bronze retravaillé par Bronze final III et Hallstatt D
pliage pour lui donner sa forme et rigidi- Inrap Grand-Ouest
fier l’objet. La première est une épingle à tête subco-
Biblio.: Gratry 1906, p. 136; Bigot nique à dépression sommitale circulaire. 7
et Gosselin 1939; Verron 1976; Verney Le décor se compose de trois séries d’inci-
1990b, p. 24-25; Bernouis 1999, p. 97. sions transversales (Ha D). La seconde est
une épingle à tête oblongue de type
conique. La tête présente une série d’in-
cisions transversales.
Biblio.: inédit (fouille E. Le Goff, Inrap).

75 Rasoirs 80 et 81 Dépôt de Lison


Le dépôt de Lison est un dépôt complexe dont 12 objets sont encore conservés. Parmi ces derniers on dénombre :
deux fragments d’épée pistiliforme à languette tripartite (1 et 2), deux épingles à tête en clou (3) dont une est décorée
de chevrons incisés emboîtés transversalement (4), un objet indéterminé tubulaire (absent sur la photo), deux lingots
plano-convexes (5 et 6), une pendeloque subrectangulaire (7), une bouterolle de section losangique (8) et une agrafe
de ceinture à crochets (10).

76 Pince à épiler

92 93
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

82 TORQUE TORSADÉ 84 BRACELETS


Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime, Prov. : Rougemontiers (Eure, cant.
cant. Mont-Saint-Aignan), découverte Routot), « forêt de Montfort, sous
fortuite dans le cimetière en creusant un tumulus », découverte fortuite, 1841.
une tombe, 1880. Alliage cuivreux
Alliage cuivreux D. max. 8 cm ; ép. 1,5 cm
D. 14 cm Bronze moyen II
Bronze final III Rouen, musée départemental
Rouen, musée départemental des Antiquités, inv.R.91.43 et 44
des Antiquités, inv. 1771.14 (D) Ces deux bracelets fermés sont identiques
Ce torque, issu du dépôt de Déville-Lès- tant pour la forme (en anneaux presque
Rouen, est fait d’une tige de bronze tor- parfaitement circulaires, de section trian-
sadée sur laquelle ont été enfilées des gulaire, avec un bourrelet transversal),
perles également en bronze. Les extrémi- que pour le décor (ornementation gravée
tés, amincies, sont terminées par des cro- de chevrons et d’arcs de cercles) qui
chets de fermeture. La qualité d’exécution couvre toute la face externe et s’ordonne
de cette pièce témoigne de la remarquable autour de l’arête médiane.
maîtrise atteinte par les artisans à la fin de Biblio.: Coutil 1898, p. 108; Coutil 1899,
l’âge du Bronze. pl. IV bis; Verron 1971, p. 57-59; Verron
Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 36, 53, 1982, n° 8.
60, 65, 66, 86 et 100.
Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1898, 85 BRACELET
p. 55-70; Ensenat 1994; Verron 1971, p. 62. Prov. : Le Hanouard (Seine-Maritime,
cant. Ourville-en-Caux), vallée de
la Durdent, découverte lors de travaux
83 BRACELETS TORSADÉS
routiers (route n° 19), 1840.
Prov. : Saint-Germain-le-Vasson
Alliage cuivreux
(Calvados, cant. Bretteville-sur-Laize),
D. 8 cm
« près du moulin de Livet, face
Bronze moyen II
au hameau de Fontaines », découverte
Rouen, musée départemental
lors de terrassements avant 1864.
des Antiquités, inv.283.3 (D)
Alliage cuivreux
D. max 9 cm Témoin d’un dépôt partiellement disparu
Bronze moyen II 82 Torque torsadé (cf. cat. 5), ce bracelet dessine un cercle
Caen, musée de Normandie, DSAN aplati. Bien que fermé, il présente dans sa 84 Bracelets
83.725.1-3 partie plane un bourrelet externe évo-
Ces trois bracelets à jonc torsadé ouvert, quant les « tampons », ou épaississements
aux extrémités en gouttière, ont donné situés à l’extrémité des bracelets ouverts.
leur nom au type éponyme dit de Saint- Le renflement central est orné de stries
Germain-le-Vasson. horizontales et verticales, en trait plein ou
en pointillé, combinées avec de fins croi-
Biblio.: Gervais 1864, p.23-24; Coutil
sillons. Le reste du bijou est décoré sur sa
1894, p. 111-112; Freidin 1982, p. 337.
face externe d’un motif à base d’arcs de
cercles doubles, reproduit quatre fois.
Biblio.: Cochet 1866, p. 443; Coutil 1899,
p. 101; Verron 1971, p. 56-57; Verron
1982, n° 9.

84 Bracelets torsadés 85 Bracelet

94 95
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

86 DÉPÔT DE CASQUES
DE BERNIÈRES D’AILLY
Prov. : Bernières d’Ailly (Calvados, cant.
Morteaux-Coulibœuf), « Les Monts
d’Éraines, Sainte-Anne, dans un champ
à dix mètres du fossé du château
d’Ailly », contexte non identifié,
découverte fortuite en 1832.
Alliage cuivreux
H. 25-27 cm ; L. 25-28 cm ;
l. moy. 17-25 cm.
Bronze final III
Casques présentés:
-A, F : Rouen, musée départemental
des Antiquités, inv. 227.78 (A) et 227.47
(A) (ailette)
- D, E, G, H, I, J, K : Falaise, bibliothèque
municipal
Autres casques conservés:
- C : Rome, Palazzo Venezia (moulage du F G H
musée des Antiquités de Rouen présenté);
- B : Philadelphie, Peabody Museum.
Découverts en 1832 aux Monts d’Éraines,
près de Falaise, ces neuf casques étaient
emboîtés les uns dans les autres, pointe en
l’air, et disposés en triangle par groupes de
trois. Ils étaient associés à d’autres objets
aujourd’hui disparus : une hache à aile-
rons, deux pointes de lance, et deux bra-
celets dont un massif ouvert à tampons.
Afin de résoudre élégamment le difficile
problème posé par l’assemblage des deux
feuilles de bronze qui composent le
casque, la coque a été prolongée d’une
crête axiale, terminée par la pointe cen-
trale : le métal a pu ainsi être plié sur la
crête puis riveté à la base.
On remarque un décor incisé formé, sur
la crête centrale, de lignes parallèles qui A B
soulignent les inflexions, et sur la coque,
de nervures horizontales et verticales : la
finalité de l’ornementation était une fois
de plus aussi pratique qu’esthétique, puis-
qu’il s’agissait surtout de rigidifier le
casque.
Au moins cinq exemplaires (au plus sept)
présentent des ailettes perforées une ou
deux fois, destinées à maintenir des arti-
fices de parure de part et d’autre de la tête
(plumes ?). Deux de ces ailettes sont
aujourd’hui séparées.
Ces casques, que l’on peut rapprocher
d’une famille de casques utilisés en
Europe centrale et en Italie au VIIIe siècle
av. J.-C., témoignent, par leur complexité,
de la grande maîtrise atteinte par les arti-
sans de la fin de l’âge du Bronze.
Biblio.: Lambert 1837; Gervais 1864,
p. 25; Coutil 1901, p. 71-82; Costa
de Beauregard 1908, p. 473-500;
Hencken 1971, p. 66-74; Verron 1971,
p. 75; Verron 1981, p. 12, fig. 20; Briard B D E I J K
et Mohen 1983, 151.

96 97
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

87 CEINTURE 90 DEUX POIGNARDS RHODANIENS


Prov. : Le Theil, Billy (Cher), Prov. : Fossombronze (Italie, province
découverte en 1875. de Pesaro e Urbino, inv. 464.1 (A) et prov.
Alliage cuivreux inconnue (inv. 490.2 (A)
Bronze final Alliage cuivreux
Saint-Germain-en-Laye, musée Poignard 1 : L. 44.2 cm ; l. max. 11 cm
des Antiquités nationales, 25038 Poignard 2 : L. 27,5 cm ; l. max. 6 cm
Cette ceinture articulée, composée de Bronze moyen — final
trois rangées de maillons rectangulaires Rouen, musée départemental
d’où partent des pendeloques ovales des Antiquités, inv.464.1 (A) et 490.2 (A)
décorées au repoussé, a été découverte Le premier poignard est à poignée mas-
avec d’autres objets dont un casque. Ce sive et à lame triangulaire. Celle-ci est
type de parure est habituellement ornée, au centre, de sept nervures en relief
retrouvé dans la région alpine. convergeant vers la pointe et, sur les
Biblio.: Paris 1999, n°131. bords, d’une ligne de chevrons gravés le
long de nervures fines en relief. La poi-
88 ÉPÉE DE GÜNDLINGEN gnée est fixée à la lame par une garde en
Prov. : Saint-Aubin-sur-Gaillon demi-cercle, munie de dix gros rivets
(Eure, cant. Gaillon-campagne), lieu-dit coniques.
« Les Morelles », découverte à 150 m Le second est du même type, à décor
au nord de l’église, en plantant gravé. La lame est ornée sur les bords de
des peupliers, 1907. filets parallèles et dans sa partie supé-
Alliage cuivreux rieure d’une série de motifs géométriques
L. 71,7 cm ; l. 3,9 cm (chevrons, carrés et bandes hachurées).
Hallstatt C La poignée, également gravée de lignes
Évreux, musée municipal, inv. 3777 87 Ceinture parallèles, est ornée dans sa partie centrale
Cette épée en bronze est l’unique exem- d’un rivet. Elle est fixée à la lame par une
plaire du type de Gündlingen trouvé en- garde semi-circulaire munie de huit rivets
tier en Normandie. Cette famille typolo- coniques.
gique, répandue à travers toute l’Europe, Biblio.: Verron 1971, p. 70-71.
de la Hongrie à la Grande-Bretagne, était
autrefois identifiée comme l’arme de 91 RÉCIPIENT (?) EN BRONZE
cavaliers conquérant l’Europe et diffusant Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime,
l’usage du fer. cant. Mont-Saint-Aignan), découverte
Biblio.: Coutil 1908a; Coutil 1921a, fortuite en 1880 dans 90 Deux poignards rhodaniens
p. 802; Verron 1982, n° 13. le cimetière en creusant une tombe.
Alliage cuivreux
89 HACHE À TALON, À ÉCUSSON H. 10 cm ; l. 11,8 cm ; ép. 0,2 cm
Prov. : Caumont (Eure), dragages de Seine Bronze final III
Alliage cuivreux Rouen, musée départemental
L. 17,1 cm ; l. max. 2,6 cm. des Antiquités, inv. 1771.21 (D)
Âge du Bronze Cette pièce, exceptionnelle pour la
Collection particulière (B. Duhamel) région, est représentative du travail de la
Cette hache est exceptionnelle par son tôle de bronze par les artisans du Bronze
décor riche et complexe, formé de traits, final. Sa face externe a reçu un décor
de lignes de pointillés, de chevrons et de estampé constitué de six séries de deux
motifs en échelle. De tels motifs se ren- lignes de pointillés. La fragmentation de
contrent au Bronze ancien et moyen, sur l’objet et sa restauration ancienne empê-
des haches plates ou à rebords, comme chent de l’interpréter avec certitude (réci-
sur des pointes de lance, dans toute l’Eu- pient ?). On peut toutefois le comparer
rope occidentale, des îles britanniques à aux éléments de vaisselle de bronze figu-
la France et à l’Europe du Nord. Mais la rant dans différents dépôts de l’est de la
variété des motifs, l’ampleur de la déco- France (Blanot, Côte d’Or, ou Evans,
ration, le soin apporté à la réalisation de Jura).
celle-ci, se conjuguent pour faire de la Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 36, 53,
hache de Caumont un exemplaire de qua- 60, 65, 66, 82, et 100.
lité tout à fait exceptionnelle : il s’agit sans Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1898,
nul doute d’un des exemplaires parmi les p. 55-70; Ensenat 1994; Verron 1971,
plus beaux jamais signalés. p. 62. 91 Récipient en bronze
Biblio. : Watté, Legout et Duhamel 2002 ;
Watté 2003.
JPW

88 Épée de Gündlingen 89 Hache à talon, à écusson

98 99
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

92 CUIRASSE 93 CUIRASSE (MOULAGE)


Prov. : Grayes-et-Charnay ou Véria, Prov. : Petit-Marais, Marmesse
près de Saint- Amour (Jura), 1860, prov. (Haute-Marne), fouilles 1974-1986.
rétablie par Hélène Chew (MAN). Alliage cuivreux
Bronze martelé H. 50 cm
H. (plastron) : 45,3 cm ; H. (dossière) : Bronze final
44 cm Saint-Germain-en-Laye, musée
Hallstatt D, fin du viie- début du vie des Antiquités nationales, *83753
siècle av. J.-C. Neuf pièces d’armures immergées trois
Paris, musée du Louvre, département par trois ont été mises au jour près d’une
des Antiquités grecques, étrusques source vers Marmesse. Similaire à la
et romaines, Br 1132 cuirasse précédente, cet armement de
Cette cuirasse a été découverte en 1860 prestige présente un décor de bosses en
avec un autre exemplaire de même type, repoussé qui souligne l’anatomie du
conservé aujourd’hui au musée de l’Ar- guerrier.
mée. Elle appartient, avec les cuirasses de Biblio.: Goetze 1984, p. 25; Paris 1999, n°
Fillinges et de Marmesse (cat. 92), à une 134.
série apparue dans l’Est de la France à la CC
fin de l’âge du Bronze ou au début de l’âge
du Fer. Elle s’apparente au type des cui-
rasses « à gouttière », sans l’évasement de
la partie inférieure, et présente un décor
symétrique de lignes de bossettes et de
pointillés, obtenu au repoussé sur la tôle
de bronze. À hauteur des pectoraux, les
pointillés dessinent des cercles concen-
triques et le motif, quatre fois répété,
d’une protome de cygne. Une plaquette
quadrangulaire, disposée verticalement à
l’emplacement du sein droit, est l’indice
d’une réparation antique. Le plastron et
la dossière sont encore maintenus sur le
côté gauche par six rivets antiques à tête
conique et, sur le flanc droit, par une lan-
guette passée dans une œillère. Une autre
languette se trouvait à l’origine sur
l’épaule droite. Cette cuirasse au système
d’attache fragile était vraisemblablement
une arme de prestige, destinée à la parade
plutôt qu’au combat.
Biblio.: Michel et Mohen 1970, p. 64 sq;
Briard et Mohen 1983, p. 155-156; Rothé
2001, p. 405, 712-713.
SD

92 Cuirasse 93 Cuirasse (moulage)

100 101
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

ÉCHANGES 96 MAQUETTE 98 MAQUETTE DE BATEAU 101 POIGNÉE D’UNE ÉPÉE


DE PIROGUE MONOXYLE North-Ferriby, estuaire de la Humber, DE MÔRINGEN
ET COMMUNICATIONS
Auvernier, lac de Neuchâtel (Suisse). Yorkshire (Grande-Bretagne). Prov. : Déville-lès-Rouen (Seine Maritime,
L. 7,80 m ; l. 0,66 m ; H. 0,40 m Maquette au 1/20e de P. Massot. cant. Mont-Saint-Aignan), découverte
94 MONTANTS DE MORS Bronze final (840 av. J.-C.) Quimper, musée départemental Breton, fortuite dans le cimetière
DE CHEVAUX EN BOIS DE CERVIDÉ Maquette au 1/20e de J. Peuziat en creusant une tombe, 1880.
inv. 08.5.03
Prov. : Rouen, place du Vieux-Marché Service d’Archéologie du Finistère Alliage cuivreux
Mors 1 : L. 14,6 cm ; l. max 3 cm ; Cette maquette reproduit un des trois
La pirogue dont la maquette est présen- bateaux identiques découverts entre 1938 H. poignée 9 cm ; H. lame 1,6 cm ;
ép. 2,5 cm l. 1,8 cm
Mors 2 : L. 13,9 cm ; l. max. 2,3 cm ; tée ici a été trouvée dans les boues du lac et 1963 dans l’estuaire de la rivière Hum-
de Neufchâtel. Taillée dans un fût de pin Bronze final III
ép. 2,1 cm ber (qui se jette dans la mer du Nord). Les
sylvestre dont les deux extrémités sont différentes planches des bordages sont Rouen, musée départemental
Âge du Bronze
courbes, elle a pour principale caractéris- cousues à l’aide de petites branches d’ifs des Antiquités, inv. 1771.8 (D)
Rouen, muséum d’Histoire naturelle.
tique de présenter un arrière plat à tableau calfatées de mousses. Le bateau qui pré- Les grands dépôts du Bronze final III sont
Ces deux montants présentent une souvent composés (dans des proportions
perforation centrale, rectangulaire d’un et des nervures faisant saillie à l’intérieur sente le meilleur état de conservation
de la coque. Elle est comparable à la mesure plus de 13 m de long pour 1,50 m variables) à la fois d’objets caractéris-
côté et ovalaire de l’autre pour le tiques des productions atlantiques et de
premier, rectangulaire de part et d’autre pirogue de Douanne (sur les bords du lac de large. Malgré leur longueur, ces bateaux
de Bienne, en Suisse), datée de 982-972 (dépourvus de mat ?) étaient probable- pièces vraisemblablement fabriquées dans
pour le second. Les surfaces ont été 94 Mors en bois de cerf les zones continentales de l’Europe. Cette
soigneusement râpées et polies. De tels av. J.-C. ment destinés à la navigation fluviale.
Biblio.: Daoulas 1988, p. 76. Biblio.: Daoulas 1988, p. 76. poignée d’épée témoigne de l’existence
montants étaient reliés par un élément de courants d’échange commerciaux et
transversal, en bois ou bois de cerf, culturels entre les différentes régions de
dépassant légèrement du côté de la petite 97 RECONSTITUTION 99 POIGNARD RHODANIEN
Prov. : Saint-Quentin-des-Isles ?
l’Europe dans le sens est-ouest.
ouverture. Les rênes étaient attachées à D’UN BATEAU EN PEAUX COUSUES
Reconstitution à partir des gravures (Eure, cant. Broglie), découverte fortuite Du même dépôt, voir aussi cat. 8, 36, 53,
ces extrémités débordantes, percées, par
rupestres de Borna, baie de Vigo avant 1898, contexte inconnu. 60, 65, 66, 82 et 86.
un nœud ou un anneau.
(Espagne), de Mané-Lud (Bretagne) Alliage cuivreux Biblio.: Gouellain 1881; Coutil 1899,
De tels mors en bois de cerf semblent exis-
et de Scandinavie par le professeur L. 32 cm p. 86; Ensenat 1994; Verron 1971, p. 64.
ter dès le Néolithique ; cependant, la pré-
F. Alonso, 1974. Bronze ancien
sence d’une minuscule tache verte d’un
Maquette au 1/20e de M. Le Goffic. Bernay, musée municipal, inv. 904-1-235
quart de millimètre de diamètre, apparem-
Service d’Archéologie du Finistère Ce poignard à languette large non débor-
ment d’origine cuivreuse, sur le premier
exemplaire, suggère que ces objets étaient Les bateaux à armature d’osier recouverte dante, de type rhodanien, présente deux
enfouis au voisinage d’objets en bronze : de peaux représentent l’une des formes de cannelures longitudinales de chaque côté
c’est à l’âge du Bronze qu’il convient donc l’architecture navale à l’âge du Bronze. du bourrelet axial.
vraisemblablement de les rattacher. Quelques rares découvertes de maquettes, Biblio.: Coutil 1898, p. 58 et 109;
de sépultures et peut-être les gravures Billiard, Blanchet et Talon 1996, p. 597.
Biblio. : Gaudefroy 1990 ; Watté 1997.
rupestres en constituent les vestiges.
JPW
Biblio.: Daoulas 1988, p. 76. 95 Paire de roues 100 HACHE DE TYPE NORMAND
Prov. : Margaux (Gironde, cant.
95 PAIRE DE ROUES
Castelnau-de-Médoc), lieu-dit
Prov. : Longueville (Calvados, cant.
« La Begorce », avant 1860.
Isigny-sur-Mer), découverte en creusant
Alliage cuivreux
un fossé « sur le bord du chemin
L. 15,8 cm ; l. max. 4,9 cm ; ép. 2,8 cm
de Deux-Jumeaux à 200 mètres environ
Bronze moyen II
de la RN », 1891.
Alliage cuivreux
Bordeaux, musée d’Aquitaine, inv. 60.61.2
D. ext. 8,6 cm ; D. int. 7 cm Cette hache à talon de type normand sans
Bronze final anneau provient d’un dépôt composé
Évreux, musée municipal sans doute à l’origine de 12 haches. Les 7 99 Poignard rhodanien 100 Hache de type normand
Outre des haches à ailerons subterminaux autres haches conservées aujourd’hui sont
(cat. 7) et différentes autres catégories à bords droits de type médocain. La
d’objets, le dépôt de Longueville, mal découverte de cet objet témoigne du phé-
connu, a livré deux exceptionnelles roues nomène de diffusion des haches nor-
en bronze. Elles appartenaient probable- mandes loin de leur lieu de production.
ment à un chariot miniature, réduction Biblio.: Berchon 1889, p. 17-154; Verron
d’un char processionnel, dont la fonction 1976, p. 585-600; Roussot-Laroque 1980,
devait être votive (comme le char de p. 159-176.
Trundholm, Danemark, cat. 122).
Biblio. : Coutil 1907a, p. 946 et 950-951 ;
Verron 1981, p. 10, fig. 17; Gaucher etVer-
ron 1987, p. 153-158; Verney 1994, p.9.

96, 97 et 98 Maquettes d’embarcations de l’âge du Bronze 101 Poignée d’une épée de Môringen

102 103
PRODUIRE ET ÉCHANGER

102 POINTE DE LANCE 103 RÉCIPIENTS EN CÉRAMIQUE


À DOUILLE ET HACHE À TALON Prov. : Tatihou (Manche, cant.
Prov. : Mondeville (Calvados, cant. Caen), Saint-Vaast-la-Hougue), « Lazaret »,
fouille préventive « ZI Sud », dans le fouille préventive, 1998.
fond d’un fossé d’enclos, 1991. Terre cuite
Alliage cuivreux H. 20 à 50 cm
Pointe : L. 20,6 cm ; l. max. 0,38 cm Bronze moyen
Hache : L. 15 cm ; l. max. 4,3 cm. Saint-Vaast-La-Hougue, musée maritime
Bronze moyen II de l’Île Tatihou
Caen, musée de Normandie, Ces deux céramiques découvertes sur le
inv.D.96.1.2-3 site de Tatihou sont très proches des céra-
Ces deux objets, une pointe de lance à miques découvertes au sud de l’Angle-
douille de type Sucy et une hache à talon terre. Les deux plus petites de ses formes
de type normand, étaient déposés dans décorés, pour l’une de chevrons et pour
le fossé de l’enceinte de Mondeville l’autre de lignes pointillées, sont sem-
(Calvados). blables aux céramiques du groupe de Tre-
Biblio.: Chancerel, Marcigny visker de Cornouailles. La forme la plus
et San Juan 2005. grande, munie d’un cordon dans son tiers
supérieur, peut être comparée aux réci-
pients de tradition Deverel Rimbury.
Biblio.: Marcigny et Ghesquière 2003.

102 Pointe de lance à douille et hache à talon 104 GOBELETS RSFO


Prov. : Quiévrecourt (Seine-Maritime,
cant. Neufchâtel-en-Bray), « L’Hôpital »,
fouille préventive, 1989.
Terre cuite
H. 7 à 11 cm
Bronze final IIb et IIIa
SRA de Haute-Normandie
La fouille préventive du site de hauteur de
Quiévrecourt a livré un lot de céramiques
daté du Bronze final IIb et IIIa. On y dis-
tingue deux lots : des céramiques à l’as-
pect « grossier » qui trouvent des paral-
lèles dans les corpus céramiques de
Grande-Bretagne, et des formes plus fines
fréquemment décorées d’incisions qui
évoquent les récipients des groupes cul-
turels plus orientaux de type RSFO*.
Biblio.: Beurion et Billard 2005, p. 269-
286.

103 Récipients en céramique, de tradition Devenel-Rimbury (à gauche) et de tradition Trevisker (au centre et à droite)

104 105
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

106 REPRODUCTION D’UNE LUNULE


Prov. : Saint-Cyr (Manche, cant.
Montebourg), découverte fortuite
« à une demi-lieue du Mont Castre »,
en défrichant un bois en 1805.
Or
D. 25 cm
Bronze ancien
Cherbourg-Octeville, muséum
Emmanuel-Liais, inv. 7751/1364
Les antiquaires du XIXe, se livrant aux pre-
miers recensements d’objets, mention-
nent plusieurs découvertes de lunules en
or dans le nord du Cotentin. Celle décou-
verte à Saint-Cyr a été fondue peu de
temps après sa découverte. Par chance, les
copies en carton ont conservé la trace de
cette trouvaille. Ce type de parure consti-
tue probablement une importation
d’outre-Manche, comme le suggère la
carte de leur répartition au niveau euro-
péen (p. 75).
Biblio.: Gerville 1828, p. 275;
Coutil 1895, p. 137-159; Coutil 1922,
p. 502-504; Éluère 1982, p. 59 et 268. 106 Reproduction d’une lunule

107 LUNULE
Prov. : Kérivoa, Bourbriac
(Côtes-d’Armor)
Or
D. 20 cm
Bronze ancien
Saint-Germain-en-Laye, musée
des Antiquités nationales, inv. 76492
Cet objet provient d’un dépôt qui rassem-
blait deux autres lunules, un torque et un
élément de feuille d’or, de production sans
doute locale. Sa parenté avec les exem-
plaires irlandais (cf. cat. 106) témoigne des
échanges et des contacts de part et d’autre
de la Manche.
Biblio. : Éluère 1982, fig. 144 ; Paris 1989,
p. 196 ; Paris 1999, n° 220.
CC

105 LUNULE lingot. Le schéma décoratif mis en place des raisons qui nous échappent. Comme
Prov. Mayo County, Irlande par l’orfèvre forme un ensemble symé- elles n’ont pas été retrouvées dans des
Or trique qui est similaire dans les moindres sépultures, la fonction de ces lunules
L. max 20,2 cm ; l. max. 6 cm ; 46,38 g détails sur les deux faces. Ceci a été réalisé n’est pas connue, mais on les considère
Bronze ancien avec beaucoup d’adresse à partir d’un comme des symboles de haut statut
Dublin, National Museum of Ireland, répertoire restreint de motifs géomé- social et de pouvoir.
inv. 1909.4 triques dans lesquels les espaces blancs Biblio. : Taylor, 1980, p. 108 ; Paris 1999,
Une lunule est un collier en forme de font partie intégrante du dessin. Les n°218 ; Cahill, 2005.
croissant fait d’une fine feuille d’or. C’est motifs principaux de ce collier sont des MC
le type le plus courant de bijou en or du groupes de lignes, des triangles hachés et
Bronze ancien trouvé en Irlande : plus de des chevrons.
80 exemplaires ont été mis à jour. Beaucoup de lunules, dont celle-ci, ont à
La feuille a été martelée à partir d’un petit l’évidence été pliées et enroulées, pour 107 Lunule

106 107
PRODUIRE ET ÉCHANGER NOTICES

108 TORQUES EN OR 109 DÉPÔT DE PARURES


Prov. : La Manche, « à 5,5 kilomètres Prov. : marais de Guînes
de Sotteville-sur-Mer », pêche (Pas-de-Calais)
en haute mer, 1994. Or
Or (Au : 83 %, Ag : 13 %, Cu : 4 %) Torque A : D. 17,8 cm
Torque 1 : D. 16 ; L. 133 cm ; pds 600 g Torque B : D. 18,3 cm
Torque 2 : D. 18 ; L. 70 cm ; pds 222 g Torque C : D. 15,8 cm
Bronze final I Bracelet : D. 7,8 cm
Fécamp, musée des Terre-Neuvas Ceinture : L. 92 cm.
et de la Pêche, D.30.1-2 Début du Bronze final
Ces torques ont été remontés dans un filet Saint-Germain-en-Laye, musée
de pêche en deux fois, au même empla- des Antiquités nationales, 89505, 89808
cement. Ce sont deux torques à extrémi- Cet ensemble dont le contexte d’enfouis-
tés coniques et jonc torsadé de section sement reste mystérieux est composé d’un
cruciforme de type Yéovil. La torsion des bracelet, trois torques et une « ceinture »
tiges a été obtenue par martelage d’une torsadée.
tige à section carrée. Si le tampon du pre- Biblio.: Louboutin 2004.
mier torque n’est pas décoré, celui du CC
second présente trois incisions transver-
sales et six cercles incisés. 110 TORQUE
Biblio.: Jézégou 1999; Billard Prov. : Evora (Alentejo, Portugal)
et al. 2005, p. 287-301. Or
D. 15,5 cm ; 2,1 kg
Bronze final
Saint-Germain-en-Laye, musée
des Antiquités nationales, 67071 bis
Ce torque orné de motifs géométriques
est l’un des bijoux les plus lourds du
groupe atlantique.
Biblio.: Paris 1999, n° 222.
CC

109 Dépôt de parures

108 Torques en or 110 Torque

108 109
Mort et croyances
MORT ET CROYANCES LES PRATIQUES FUNÉRAIRES

Yvon2). Plusieurs tertres comparables, probablement


contemporains, sont encore conservés dans le nord du
Cotentin.

DES ENCLOS PAR CENTAINES


Les monuments funéraires les plus courants à l’âge du
Bronze sont les enclos à fossé circulaire. Présents par
centaines en Normandie, surtout connus grâce à la photo
aérienne (fig 62), ils sont cependant peu nombreux à avoir
livré des sépultures en place. Ils se présentent parfois sous
la forme d’une nécropole de quelques dizaines d’individus
(comme à Agneaux, Manche, ou Mondeville, Calvados)
mais le plus souvent en petits groupements (de 2 ou 3,
comme à Courseulles-sur-Mer, Calvados, Malleville-sur-
le-Bec, Eure, ou Saint-Vigor-d’Ymonville, Seine-Maritime)
ou en structures isolées (comme à Guichainville, Eure).
L’utilisation de ces enclos commence dès le Campaniforme
(« La Plaine de Poses », Eure) et se poursuit jusqu’au
premier âge du Fer (Mondeville et Soulangy, Calvados, ou
Agneaux, Manche). Il semble encore très difficile actuelle-
ment de préciser une chronologie des rites funéraires asso-
ciés à ces enclos tant ils sont variables, allant de l’inhuma- Fig. 62
LES PRATIQUES FUNÉRAIRES tion (fig. 61) à l’incinération en urne (cat. 115) ou en pleine Découverte d’un enclos circulaire lors d’un survol aérien
terre (fig 63). Leur architecture est également mal connue. au Fidelaire, Eure. (photo Le Borgne / Dumondelle, Archéo 27)

epuis les débuts de l’archéologie, les sites funé-

D
Fig. 60
Sépulture individuelle raires de l’âge du Bronze ont suscité l’intérêt Fig. 63
de Bernières-sur-Mer des chercheurs par la présence de sépultures Restitution du tumulus de
(Calvados) ; cet individu monumentales, facilement repérables (tumu- Saint-Martin-de-Fontenay
a été daté par le 14 C lus), associées à un mobilier funéraire abon- (Calvados). Cet enclos
de la fin de l’âge dant et spectaculaire. Ainsi les grands tumu- funéraire a été fouillé
du Bronze lus bretons du Bronze ancien ont fait l’objet de fouilles dès récemment à l’occasion
(photo C. Marcigny, Inrap). le XVIIIe siècle, tout comme les nécropoles alsaciennes de la de fouilles préventives
forêt de Haguenau ou les ensembles du bassin parisien, de (fouille C. Germain-Vallée,
Bourgogne ou même du sud de l’Angleterre. conseil général du
La Normandie n’a jamais connu cet engouement. La rareté Calvados). Le monument
des sépultures ainsi que l’indigence de leurs dépôts funé- est constitué d’un fossé
raires ont en partie freiné l’intérêt des premiers archéo- de plan circulaire dont les
logues. Seules quelques sépultures isolées du Bronze ancien Fig. 61 terres de creusement ont
ont fait l’objet de mentions au XIXe siècle, parce qu’elles Enclos circulaire découvert lors d’un diagnostic archéologique servi à édifier la masse
étaient associées à un mobilier métallique abondant, à Mondeville, Calvados. du tertre et un bourrelet
comparable en de nombreux points à celui qu’ont mis en périphérique. Au centre
évidence les tumulus armoricains. Il a fallu attendre le déve- LES TUMULUS DU BRONZE ANCIEN de ce dernier, deux urnes
loppement de l’archéologie préventive, à la fin des années Au Bronze ancien, l’ouest de la Normandie connaît un contenant les restes
1980, pour voir apparaître des données nouvelles. Les déca- phénomène comparable à celui mis en évidence en d’individus incinérés
pages extensifs associés à la prospection aérienne ont Bretagne (cat. 116). L’émergence d’une aristocratie, peut- ont été déposées
permis de mettre en évidence des centaines d’enclos circu- être liée aux premiers échanges d’objets en bronze, se maté- successivement
laires. Les traces discrètes laissées par la pratique de l’inci- rialise par la découverte de quelques sépultures dotées d’un (L. Juhel).
nération sont aujourd’hui mieux reconnues. mobilier funéraire exceptionnel. Il est principalement
Il est donc possible de discerner plusieurs grands traits composé de poignards et de haches en bronze associés à
caractéristiques des rites funéraires de l’âge du Bronze en des pointes de flèche en silex1. Actuellement trois ensembles
Normandie : l’apparition des premières sépultures indivi- de ce type sont connus en Normandie : Loucé (Orne),
duelles (sous tumulus ou en pleine terre : fig. 54, cat. 11), Longues-sur-Mer (Calvados, cat. 114) et Beaumont-Hague
l’émergence de l’incinération et la découverte d’ossements (Manche, cat. 113). Seul ce dernier est clairement associé à
épars dans certains contextes. une structure tumulaire signalée (tumulus de la Fosse-
112 113
MORT ET CROYANCES LES PRATIQUES FUNÉRAIRES

Les dernières fouilles ont cependant permis d’ébaucher des La fouille anthropologique
reconstitutions crédibles, associant un tertre central et un
bourrelet de terre périphérique (Cerisé, Orne, ou Martra-
des incinérations :
gny-Carcagny et Fontenay-le-Marmion, Calvados3, aqua-
relle 3), ou des systèmes de palissade (Courseulles-sur-Mer,
l’exemple de l’urne cinéraire
Calvados, fig. 65). Il faut aussi noter la durée d’occupation d’Agneaux (cat. 114)
importante des rares nécropoles fouillées. Ainsi l’ensemble
d’Agneaux, dans la Manche, est utilisé du Bronze moyen
au premier âge du Fer. Cette longue utilisation, associée au

B
ien que pratiqué depuis la Préhistoire, le rituel de l’inci-
faible nombre des défunts recensés, suggère bien que ce nération devient la pratique funéraire dominante au
type de monument était réservé à une faible part de la cours de l’âge du Bronze. Sur la nécropole d’Agneaux
population. (Manche), la découverte de nombreuses urnes cinéraires
datées du Bronze moyen a nécessité une fouille fine. Les
AUTRES TÉMOIGNAGES FUNÉRAIRES sépultures par incinérations ont donc été prélevées intactes
Comme dans les îles britanniques, les découvertes d’osse- sur le site en cours d’exploration pour être étudié en labora-
ments humains épars ne sont pas rares en zone humide, et toire.
même sur les sites d’habitat (sur les habitats de Mondeville Les images ci-jointes illustrent la fouille niveau par niveau
par exemple, fig. 64). C’est le cas en milieu fluviatile comme (seulement quelques millimètres de terre sont enlevés à
à Rouen (place de la Pucelle), dans une pirogue chaque passe) de l’amas osseux après démontage de l’urne
(à Saint-James, Manche, ou Mondeville) ou même sur en céramique (fouille D. Corde et M. Guillon).
des sites littoraux (pêcherie de Saint-Jean-le-Thomas, R1 : fouille du niveau 7, apparition de l’amas osseux et
Fig. 64 Manche). Ces phénomènes particuliers sont pour l’instant cassure du prélèvement lors du dégagement des os
Dans le fossé de mal documentés. Ils pourraient cependant suggérer des R3 à R6 : fouille du niveau 9, vue des premiers os longs avec
délimitation de l’habitat pratiques complexes réservées à une partie de la population. superposition des niveaux osseux
de Mondeville (Calvados), Il faut enfin signaler le tumulus de la forêt de Montfort à R8 à R10 : fouille du niveau 9, détail du prélèvement de l’os
découverte d’un crâne Rougemontiers, dont la fouille partielle au XIXe siècle a long n° 64 à 71
humain isolé en dehors révélé la présence de deux bracelets du Bronze moyen R12 : fouille du niveau 10, nivellement à 20 mm au-dessus
de tout contexte (cat. 85). Leur dépôt dans un éventuel contexte funéraire du fond de l’urne
funéraire (photo A. est unique pour cette période. Ils matérialisent peut-être R13 : fouille des niveaux 10 et 11, mise en évidence de la
Chancerel, MCC). une certaine influence des rites funéraires du bassin pari- position centrale de l’amas osseux. Les zones grisées contien-
sien (vallées de la Seine et de l’Yonne) où la présence de nent très peu d’os et ont fait l’objet d’une fouille rapide suivie
parures métalliques est un fait courant. d’un tamisage à l’eau.
Fabien Delrieu R14 : fouille du niveau 11, au fond de l’urne, détail des frag-
La nécropole de Malleville-sur-le-Bec 1 Briard et Verney, 1996.
2 Vilgrain et al., 1989.
ments d’os longs et du bloc crânio-facial.

proximité du village du Bronze final de Malleville-sur-le-Bec (Eure), la nécro- 3 Herard, 2002. A l’issue de la fouille, certaines constatations nous rensei-

À pole occupe une surface minimale d’environ 2 400 m2. On y distingue des
enclos funéraires et des fosses à incinération.
Les cercles funéraires sont organisés de manière linéaire et dégressive par rapport
4 Chancerel, Marcigny et San Juan, 2005. gnent sur le rituel funéraire. Toutes les pièces osseuses
présentent une couleur blanche correspondant à une créma-
tion sur os frais. La température atteinte se situerait entre
à leurs dimensions (de 2,10 à 10,40 m de diamètre). Ils correspondent à un fossé 645° et 1200°C. Il n’y a visiblement pas de traces de créma-
ayant probablement entouré un aménagement destiné à recevoir les cendres d’un tion dans l’urne (cat. 114), les os et le sédiment étaient donc
personnage important de la communauté. La présence de nombreux cailloux dans froids quand ils ont été déversés dans le récipient. Les
le comblement des fossés fait envisager l’hypothèse d’un parement de construction éléments au fond de l’urne (R14) sont bien sûr les premiers
en terre (tertre ?), ou bien d’un monument en élévation. déposés (la fouille se fait à l’inverse des gestes de dépôt des
Plusieurs dizaines de fosses à incinération ont livré des esquilles d’ossements brûlés, résidus de l’incinération). Ces premiers fragments osseux sont
relativement éparpillées dans le comblement, accompagnées de zones cendreuses parmi les plus grands. Ils étaient probablement au sommet
diffuses et discontinues. Le dépôt funéraire semble avoir été fait en majorité par de du bûcher : il s’agit des os de la tête et des membres. L’âge au
petits apports successifs, où les ossements ne sont pas privilégiés par rapport aux décès de l’individu, vu la longueur des os longs, se situe entre
cendres. À l’inverse, certains cas évoquent un dépôt plus groupé, peut-être dans un quelques mois et quatre ans. Une datation 14C a été réalisée
contenant en matière périssable. sur des charbons mêlés aux ossements : elle indique entre
Plusieurs fosses, à proximité de fosses à incinération, ne contiennent pas d’osse- Fig. 65 1400 et 1050 av. J.C.
ments mais quelques cailloux. L’interprétation la plus vraisemblable est celle de Fouille d’un des enclos de Courseulles-sur-Mer (Calvados).
trous de poteau. Peut-être font-ils partie d’un aménagement destiné à matérialiser Après dégagement, les emplacements de nombreux trous Cyril Marcigny
l’emplacement de la tombe. de poteaux sur le pourtour de l’enclos permettent de restituer avec la coll. de D. Corde, D. Giazzon et M. Guillon
Éric Mare une palissade (photo I. Jahier, Inrap).

114 115
MORT ET CROYANCES LES TÉMOINS CULTUELS

LES TÉMOINS CULTUELS


otre parcours de l’âge du Bronze normand évidence le côté intentionnel et codifié de certains dépôts, à

N
Fig. 67
arrive à son terme et nous amène à aborder l’instar des observations faites dans le domaine du funéraire Nécropole de Soulangy
maintenant un des sujets difficiles que l’ar- qui ont permis leur interprétation en tant que marqueurs (Calvados). Au premier
chéologie ne peut vraiment résoudre. Est-il d’« identités religieuses ». Il est en effet vraisemblable que plan le menhir découvert
possible aujourd’hui de comprendre les reli- la plupart des enfouissements (les fameux casques de lors de la fouille
gions et les pratiques cultuelles des popula- Bernières d’Ailly, par exemple, cat. 87) et d’immersion (dans (photo I. Jahier, Inrap).
tions de l’âge du Bronze sans risquer la critique? L’exercice la Seine, cat. 119, ou dans certains marais comme autour de
est périlleux mais nous pensons qu’il faut tenter cette Carentan, Manche) devaient répondre à des règles spéci-
lecture de certains faits archéologiques. En effet, les dépôts fiques, correspondant à des codes et des besoins sociocultu-
de mobilier, les pratiques funéraires, l’utilisation de certains rels précis, et révéler une volonté de recours à une aide exté-
mégalithes, les stèles méritent plus qu’une simple descrip- rieure à la communauté humaine, que ce soit dans un but
tion sans espoir d’interprétation plus globale. Nous nous propitiatoire ou expiatoire.
essayons donc ici, avec prudence, à cette restitution évidem- Au sein de ces dépôts, on peut rencontrer de véritables
ment très lacunaire de la pensée religieuse. « amulettes », comme les petites haches miniatures à
Parmi les témoins probablement cultuels, certains dépôts Cerisy-la-Salle (cat. 117 et118). Ce type d’objet reste
de mobilier métallique (cat. 117-118), céramique ou lithique toutefois rare dans la région ou, en tout cas, rarement
forment un axe important de recherches pour la Protohis- identifié comme tel.
toire européenne (fig. 66). Depuis le XIXe siècle, la significa- En ce qui concerne le domaine funéraire, là aussi beaucoup
tion de ces dépôts reste obstinément énigmatique pour les d’interrogations concernent le rituel, d’ordinaire lié au
spécialistes. Un examen de ces pratiques a bien mis en domaine cultuel. L’association dans un même espace (il
faut peut-être parler dans certains cas de sanctuaire ?) de
tombes à incinération, d’inhumations, de tertres et enclos
circulaires dans certaines grandes nécropoles (comme à
Agneaux, Manche), des bâtiments à quatre poteaux
présents dans certains de ces enclos (Tatihou ou Cour-
seulles-sur-Mer, voire encore le Landgraben de Conches-
la-Ville) et des dépôts métalliques placés à proximité de ces
tombes évoquent des caractères cérémoniels complexes Des mégalithes à l’âge du Bronze ?
entrant probablement pour une part dans le cadre des
pratiques cultuelles collectives de ces populations. ’âge du Bronze marque la fin de la construction des mégalithes. Les populations

Fig. 66
Le dépôt de Cerisy-la-Salle (Manche) a été découvert à proximité du menhir de la « Roche Bottin »
Quelques cas encore plus précis en révèlent un peu plus.
Dans deux cercles funéraires bas-normands, Cerisé (Orne,
cat. 122) et Mondeville (Calvados), des stèles taillées ont
L de la première phase du Bronze continuent toutefois à utiliser des monuments
plus anciens (sépulture à entrée latérale de Passais-la-Conception, par exemple),
mais cela reste un mouvement de peu d’ampleur qui masque un retour à des pratiques
(étoile rouge de la figure ; DAO, Erik Gallouin, Inrap). Ce dépôt particulièrement complexe est été découvertes dans les fossés des enclos. Ces dernières, funéraires individuelles.
constitué de 345 objets métalliques (la plupart fragmentés) contenus dans un vase en céramique véritables cippes ou bétyles, devaient être plantées, bien Ce type de monument continue toutefois à marquer le paysage protohistorique et la
et couvert d’un couvercle taillé dans le fond d’un deuxième récipient en terre cuite (photo A. visibles, sur le bord des monuments funéraires. place des pierres levées (ou menhirs) mérite d’être discutée. Sans fouille, il est géné-
Verney, musée Baron Gérard). À Cerisé encore, mais aussi dans plusieurs autres monu- ralement impossible de dater ces pierres dressées dont l’érection s’étend probable-
ments normands, des restes fauniques étaient également ment du Néolithique ancien à La Tène ancienne.

1m
présents dans le comblement du fossé. Ces pratiques Quelques grandes stèles taillées (en écusson, à épaulement) datent sans conteste du
semblent dépasser le strict cadre funéraire pour se ratta- Néolithique, par comparaison avec les exemples bretons, tandis que d’autres, dres-
cher aux sacrifices psychopompes* ou aux banquets sées à côté de monuments funéraires, appartiennent plus vraisemblablement à l’âge
permettant d’assurer le voyage du défunt vers l’au-delà, du Bronze comme à Soulangy (Calvados, fig. 67) ou Cerisé (Orne, cat. 122).
voire à un éventuel culte des « ancêtres ». Cette pratique du D’autres sites encore, comme Cerisy-la-Salle (Manche), ont livré un dépôt d’objets en
banquet ostentatoire des élites, funéraire ou non, est par bronze au pied d’un petit alignement de menhirs1, suggérant au moins que les popu-
N
ailleurs commune à une grande partie de l’Europe ; elle a lations avaient encore une connaissance de ces pierres et qu’elles étaient un repère
nécessité la réalisation de nouveaux instruments de métal pour elles.
(souvent associés en dépôts): vaisselles de bronze, crochets Toutefois, trop peu d’informations sont disponibles sur ces pierres pour préjuger de
0

à viande et, plus rare en Normandie, broches à rôtir (ces leur période d’érection, même si une densification des menhirs durant l’âge du Bronze
deux objets sont présents dans le dépôt de Cerisy-la-Salle, ne peut être exclue.
par exemple). Emmanuel Ghesquière
1 Verney et Desloges, 2000.
Emmanuel Ghesquière et Cyril Marcigny

116 117
MORT ET CROYANCES LES TÉMOINS CULTUELS

Les dépôts de l’âge du Bronze et leur signification


ongtemps, on n’a connu l’âge du Bronze que par d’énig- Plusieurs conclusions ont pu en être tirées. Si un dépôt de l’âge

L matiques dépôts constitués par un groupe d’objets métal-


liques, généralement en bronze, enfouis dans le sol et
rassemblés dans un espace restreint, avec ou sans contenant
du Bronze est traversé par un soc de charrue, les objets qui le
composent sont remontés en surface mais demeurent relative-
ment groupés. Sur les sept dépôts explorés en place, aucun
identifiable. Leur nombre et leur importance constituent une n’avait son sommet à plus de quarante centimètres de profon-
spécificité de l’âge du Bronze 1. deur, ce qui peut signifier que presque tous les dépôts encore
Les érudits en signalent la découverte depuis au moins trois en place sont menacés par les labours. En ce qui concerne la
siècles, et les antiquaires ont vite échafaudé des hypothèses, signification des dépôts de l’âge du Bronze, le site de Marché-
aussi multiples qu’ingénieuses et parfois farfelues, pour expli- sieux (Manche), s’est avéré le plus riche d’enseignements.
quer leur existence 2. En 1875, Ernest Chantre dans son monu- Sa position géographique, en limite du marais de Carentan,
mental ouvrage intitulé Études paléoethnologiques dans le explique que les terrains en cause, trop humides et trop peu
bassin du Rhône. Âge du Bronze. Recherches sur l’origine de la stables, n’ont pu faire l’objet d’une exploitation agricole qu’à
métallurgie en France 3 a déjà exposé d’une façon très claire et partir de la fin du XIXe siècle. Aucune trace d’occupation humaine
très judicieuse les différentes hypothèses que l’on peut avancer ne s’intercalait donc entre les vestiges d’âge protohistorique et
pour rendre compte de ces dépôts. On y a vu des « trésors », les éléments modernes.
des « dépôts de fondeurs », des « cachettes de marchands » ou Pour drainer les terrains, un réseau de fossés orthogonaux
des « dépôts rituels » enfouis pour des raisons religieuses, avait été creusé vers 1890. Lors du nettoyage de l’un d’eux,
suivant que l’on était sensible au rôle de paléo-monnaie dévolu, en 1961, de nombreuses haches à douille armoricaines de
semble-t-il, à la plupart des objets qu’ils contiennent, au fait que grand module ont été remontées par le croc métallique utilisé
des fragments sont plus faciles à fondre que des pièces volumi- pour racler les débris végétaux qui encombraient le fond du
neuses, que parfois les dépôts ne renferment que des pièces fossé. En 1976, la sécheresse exceptionnelle de l’été a permis
neuves, ébarbées et affûtées, prêtes à l’emploi donc à la vente, d’entreprendre une exploration à sec du fond du fossé et d’y
et que, dans certains cas, la situation des dépôts dans des lieux découvrir les restes du dépôt éventré en 1960, et un autre
isolés et déserts accrédite l’idée d’offrandes faites aux dieux dépôt resté intact, semble-t-il. Ces trouvailles incitèrent à propo-
pour s’attirer leurs bonnes grâces. ser le site de Marchésieux pour une exploration géophysique Fig. 68
Il est frappant que l’excellent exposé d’Ernest Chantre peut systématique. Dépôt B
encore être relu avec profit aujourd’hui dans la mesure où nos Celle-ci a eu lieu en septembre 1979 et août 1981 sur une de Marchésieux (Manche),
connaissances ont peu avancé dans ce domaine au cours des surface totale de 2,5 ha. Elle a amené la découverte de six en cours de fouille
dernières décennies. Une telle situation est paradoxale. Dans les nouveaux dépôts de haches à douille armoricaines, tous situés
siècles passés, les dépôts ne pouvaient être identifiés que entre 25 et 40 cm de profondeur par rapport au sol actuel. Ils Le dépôt B est celui qui a fourni le plus d’informations. Comme aux dieux, et le caractère marécageux du lieu suggère quelque
lorsque le hasard les faisait découvrir. Depuis la Seconde Guerre comportaient de 27 à 79 haches, avec une moyenne de 50,5 pour les autres dépôts, les haches ont été enfouies dans un divinité des eaux. Mais il ne s’agit là que d’une hypothèse parmi
mondiale, on dispose d’appareils scientifiquement mis au point haches par dépôt (fig. 68). Aucune trace d’habitat protohisto- trou creusé à l’intérieur de la tourbe sans autre contenant, avec d’autres. La proximité probable de lieux habités décelée grâce
pour déceler les éléments métalliques enfouis, et les techniques rique n’a été identifiée ni aucune trace de fonderie (alors que un aménagement sommaire des parois à l’aide de matériaux à l’analyse pollinique du site rend également vraisemblable
géophysiques de prospection électromagnétique permettent les foyers récents donnaient des mesures tout à fait significa- pris sur place. Mais il est le seul à avoir fourni des structures de toutes les autres hypothèses classiquement proposées pour
de localiser les foyers anciens comme les traces de terrasse- tives). Les huit dépôts connus se répartissaient sur un axe recti- couverture nettes : la fosse du dépôt avait été recouverte par expliquer les dépôts.
ments ou de constructions dus à l’activité humaine (fosses, ligne d’environ 80 m de longueur, avec 10 m d’écartement une accumulation de branchages et de pièces de bois qui Si donc l’on considère souvent l’abandon des dépôts d’objets
fossés, talus ou murs). maximal, comme s’ils avaient été enfouis à l’origine le long devaient à l’époque faire saillie sur le niveau moyen du sol de la métalliques à travers l’Europe de l’âge du Bronze comme un
En revanche, si les détecteurs de métaux, en particulier, ont d’un sentier. tourbière. À une quinzaine de centimètres sous la surface de la phénomène rituel de nature religieuse ou magique, cette inter-
souvent été utilisés par des clandestins pour se constituer des L’analyse pollinique d’une colonne d’échantillons prélevés à prairie actuelle, on a identifié les restes d’une planche recou- prétation repose plus sur une intuition que sur une démonstra-
collections, ils ont rarement été mis en œuvre dans un but scien- proximité du dépôt II a montré qu’à l’époque de l’enfouissement verte d’écorce d’environ 2,50 m de longueur sur 0,50 m de tion rationnelle et les motivations des acteurs du rite demeurent
tifique pour tenter d’explorer en place des dépôts demeurés des haches le paysage devait correspondre à une lande humide largeur qui recouvrait entièrement le dépôt et paraissait centrée à reconstituer. « Il faudrait encore explorer beaucoup de dépôts
intacts et de percer leurs secrets. L’une des rares expériences à fougères avec quelques bouquets d’aulnes. Des eaux libres sur son emplacement. Au-dessous, figurait un enchevêtrement en place et prospecter en détail leur environnement, comme sur
menées en France dans ce domaine a été exécutée par des (un petit ruisseau ou une mare ?) existaient à proximité du de bois. Une branche fourchue, perpendiculaire à la planche le site d’Agneaux (Manche) décrit ci-dessous, pour rassembler
chercheurs du Centre de recherches géophysiques de Garchy dépôt A (présence de potamogéton* dans des échantillons décrite ci-dessus, s’intercalait entre celle-ci et le dépôt. Sa mise toutes les informations nécessaires et parvenir à des conclu-
(Nièvre) et de la direction des Antiquités préhistoriques de prélevés entre les haches du dépôt A). Le pourcentage anorma- en place par l’homme lors de l’enfouissement du dépôt, pour sions certaines.
Normandie (aujourd’hui les services régionaux d’Archéologie). lement élevé des fougères, allié à la présence de feuilles de cacher les haches aux regards et les protéger de toutes convoi- Guy Verron
Elle a porté sur trois sites à dépôts situés dans la Seine-Mari- fougères dans la douille de certaines pièces de ce dépôt, donne tises, est fort probable. Un échantillon prélevé dans cette branche
time (Norville), dans l’Eure (La Chapelle-du-Bois-des-Faulx, à penser que les haches avaient été calées par des frondes de pour analyse 14 C a fourni le résultat suivant : (Ly. 2676) : 2470 1 Déchelette, 1914 ; Verron, 1973 ; Gabillot, 2001.
2 Gerville, 1828.
cat. 74) et dans la Manche (Marchésieux). Les deux premiers fougères dans le trou où on les avait déposées. La présence de — 100 B.P., soit entre 814 et 372 avant notre ère.
3 Chantre, 1875.
comportaient des dépôts de haches à talon du Bronze moyen et pollens de céréales indique que des champs cultivés, et proba- L’absence de traces d’habitats dans la zone prospectée donne
4 Verron, 1981, 1982, 1983 et 1985 ; Tabbagh et Verron, 1983 ; Verney,
le troisième des ensembles de haches à douille armoricaines de blement un village par conséquent, existaient à faible distance à penser que l’on a volontairement abandonné à la lisière du 1989 ; Verney et Verron, 1996.
l’âge du Fer 4. du gisement 5. marais des petits ensembles de haches en guise d’offrandes 5 Clet in Verron, 1980 et 1983.

118 119
MORT ET CROYANCES LES TÉMOINS CULTUELS

La nécropole d’Agneaux et ses dépôts (Manche) Fig. 70


Le mobilier découvert sur
ouillé à l’occasion du contournement routier de la ville de mis en évidence. Certains possèdent encore les restes d’inci- la nécropole d’Agneaux :

F Saint-Lô, le site de la Tremblaye, à Agneaux, est implanté


en bordure d’un petit plateau délimité à l’est par la vallée
de la Vire. Cet éperon a pu être, à l’occasion de plusieurs opéra-
nération en pleine terre alors que d’autres semblent avoir été
destinés à accueillir des inhumations. Quatre datations au
radiocarbone permettent de suivrent l’évolution chronologique
au premier plan,
les haches en bronze
découvertes dans les
tions archéologiques réalisées de 1997 à 2003, étudié sur près de la nécropole. Durant l’âge du Bronze moyen, entre 1617 deux dépôts et au second
de 5 ha 1. et 1434 av. J.-C., un premier enclos plus ou moins circulaire de plan, les urnes cinéraires
Entre l’âge du Bronze moyen et le début du premier âge du 18 m de diamètre, délimité par des fossés interrompus, s’im- en céramique mises
Fer, une vaste nécropole tumulaire occupe la quasi-totalité du plante sur la rupture de pente du plateau (cercle 1). Cet enclos au jour près des enclos
site (fig. 71). Une quinzaine d’enclos circulaires ont ainsi été a connu une phase de réfection, marquée par l’édification de funéraires. Les plaques
nombreux poteaux à l’aplomb des fossés (palissade ?). Son de schiste disposées
aire interne est occupée par une vaste fosse quadrangulaire près des vases sont
qui a très probablement accueilli une inhumation. Entre cette les couvercles des urnes.
première période d’utilisation de la nécropole et le début de
l’âge du Fer, une dizaine de petits enclos circulaires de 5 à 8
m de diamètre sont édifiés sur le plateau. Ces derniers renfer-
ment dans la moitié des cas une sépulture (fond d’incinéra-
tion en pleine terre). À la même époque, deux incinérations
déposées dans deux vases de stockage sont placées près du
cercle 1. Une d’elle a été datée, grâce aux charbons qui étaient Fig. 71
mêlés aux ossements, entre 1256 et 899 av. J.-C. Parmi les La nécropole d’Agneaux
différents ensembles funéraires, un système plus complexe (Manche) : entre la fin du
constitué de deux enclos emboîtés peut ne pas avoir eu une Bronze moyen et le début
vocation strictement funéraire : enclos elliptique de 24 m de du 1er âge du Fer,
long pour 14 m de large (enclos 2b) puis dans une deuxième répartition des
phase enclos plus ou moins circulaire de 28 m de diamètre monuments funéraires et
(enclos 2a). Cet ensemble a fait l’objet de deux datations : des dépôts de hache
l’enclos 2b est ainsi daté entre 966 et 798 av. J.-C. et l’enclos (DAO, D. Giazzon, Inrap).
2a entre 803 et 522 av. J.-C.
Contemporains de la dernière utilisation funéraire du site (au dont il est difficile de préciser le nombre comme l’apparte-
haches
cours du VIIe siècle), deux dépôts de haches ont été décou- nance typologique, en raison de la petite dimension des pièces VIIe s. av JC
incinérations (-1256 à -899)
verts. Il est malheureusement difficile de pleinement carac- et de leur mauvais état de conservation. L’examen des objets *
*
*
tériser le premier dépôt d’Agneaux, perturbé par les travaux de permet également d’apporter un certain nombre d’informa-
labours et une voie gallo-romaine. Seules deux haches à tions sur leur mode d’abandon et sur le mode de constitution
enclos 1 (-1617 à -1434)
douille de type de Couville et plusieurs débris de bronze en des dépôts. L’état de conservation des haches permet d’af-
mauvais état de conservation témoignent de l’existence de firmer qu’à l’exception d’un seul exemplaire dont le tranchant enclos 2a (-803 à-522)
cet ensemble probablement beaucoup plus important. Le semble avoir été aménagé après la coulée, les objets n’ont
second dépôt mis au jour, quant à lui parfaitement conservé, subi aucune transformation de leur partie utile postérieure à
a pu être étudié en place dans d’excellentes conditions, l’inté- cette étape de la mise en forme (présence des barbelures sur
gralité des objets le constituant ayant été préservée (cat. 117). le tranchant, aucune trace de martelage ou d’affûtage sur les
Ce dépôt qui représente une masse de métal de près de faces de la lame). Par contre, la plupart des pièces ont été enclos 2b (-966 à -798)
23,3 kg, apparaît de prime abord comme tout à fait classique débarrassées de la totalité de leur noyau qui, nous pouvons
avec ses 59 haches de grand module (fig. 69). Le recours à l’affirmer pour au moins trente-trois exemplaires, était consti-
l’usage de moules pour leur réalisation a entraîné une rela- tué d’argile. Cette particularité se rencontre sur toutes les
tive standardisation des modèles. Il est possible de caractéri- familles typologiques décrites. Seules quatre haches conser-
ser précisément plusieurs séries particulières par leur forme. vent encore leur noyau d’argile.
Quarante-quatre d’entre-elles sont attribuables sans ambi- La découverte de haches au sein d’une nécropole permet de
0 50 m
guïté au type de Chailloué et cinq au type de Dahouët. Elles relancer la problématique tournant autour du phénomène des
Fig. 69 sont accompagnées d’autres séries plus originales, proches dépôts de l’âge du Bronze et du premier âge du Fer.
Fouille d’un des deux dépôts de hache à Agneaux (Manche), dégagement du niveau sommital des types de Dahouët (six haches), de Brandivy (un exemplaire)
(photo C. Marcigny, Inrap). et de Plurien (deux haches), ces derniers modèles s’éloignant Cyril Marcigny et Antoine Verney /
St
-L
ô

s
ce
quelque peu des standards typologiques, par leur dimension avec la coll. de D. Giazzon ut
an
dépôt de haches
VIIe s. av JC
Co
e
ou certains aspects de leur morphologie. On notera également rou
t

la présence d’une trentaine de fragments de haches à douille 1 Ghesquière, Marcigny et Verney, 2000; Marcigny et al., 2004.

120 121
MORT ET CROYANCES NOTICES

LES PRATIQUES 113 POINTE DE FLÈCHE 114 HACHES ET POIGNARDS


ET POIGNARD Prov. : Longues-sur-Mer (Calvados, cant.
FUNÉRAIRES
Prov. : Beaumont-Hague (Manche, Ryes), « propriété de M. Desclosières »,
cant. Cherbourg), lieu-dit « Lande découverte lors de travaux dans un
111 GOBELET ET POIGNARD des Hougues », découverte lors champ, 1846.
Prov. : Bernières-sur-Mer (Calvados, cant. d’une construction à chaux, 1851. Alliage cuivreux
Douvres-la-Délivrande), propriété privée, Alliage cuivreux et silex Poignard 1 : L. 16,5 cm ; l. 5 cm
fouille préventive, 1969. L. pointe 4 cm ; L. poignard 8 cm Poignards 2 et 3 : L. 23 cm ; l. 5 cm
Alliage cuivreux Bronze ancien I Poignard 4 : L. 20 cm
Gobelet : H. 13 cm ; D. à l’ouv. 13,7 cm
Cherbourg-Octeville, muséum Hache 1 : L. 14 cm
Campaniforme/Bronze ancien Hache 2 : L. 9 cm
Emmanuel-Liais, 7506 et 7507/1339
Caen, musée de Normandie, Bronze ancien I
inv.D.2000.5.2 et D.2000.5.3 La construction d’un four à chaux en
1851 a entraîné la destruction de la Évreux, musée municipal, inv.3432, 3430,
Deux tombes en fosse orientées E-O, dis- 3431 (3 poignards)
chambre funéraire d’un tumulus qui a
tantes d’environ 4 m l’une de l’autre, ont Bayeux, musée Baron Gérard, inv. AO
livré un dépôt constitué de dix pointes de
été découvertes dans une propriété pri- 502-504 (1 poignard, 2 haches)
flèche. Celle présentée ici, triangulaire,
vée. L’une était uniquement creusée dans
longue et munie de pédoncule et ailerons, Ce dépôt provient très vraisemblable-
le limon, tandis que l’autre descendait jus-
appartient au type armoricain. Un poi- ment d’un tumulus dont la chambre a été
qu’au calcaire et l’entamait légèrement. La
gnard à languette large non débordante ouverte et vidée lors de terrassements. Il
sépulture 1 contenait les restes d’un
(de section lenticulaire et décorée d’inci- est composé de deux haches à légers
homme d’environ 50 ans mesurant 1,66
sions longitudinales de chaque côté du rebords et six poignards à languette (dont
m. Le « poignard » occidental en cuivre
bourrelet axial) complète ce dépôt. Une quatre sont présentés ici).
arsénié présenté ici reposait sur sa clavi-
fouille programmée a depuis porté sur Ces poignards sont à languette large non
cule droite. Derrière sa tête se trouvait un
l’enveloppe tumulaire de la tombe en débordante. Deux, à courte soie, sont de
gobelet campaniforme renversé sans 114 Haches et poignards funéraires
1987. type « tumulus armoricains », tandis que
décor. La sépulture 2 était occupée par
Biblio.: Pontaumont 1856, p. 215; les deux autres présentent une lame de
une jeune femme de 18 à 20 ans. Un pen-
Renault 1880, p. 5; Coutil 1895, p. 119; 111 Gobelet et poignard funéraires section lenticulaire. Trois portent un
dentif en bois de cerf orné de cannelures
Verron 1976; Vilgrain et Chancerel 1989; décor composé de deux cannelures lon-
profondes l’accompagnait, ainsi que
Lerouvillois 2000, p. 155. gitudinales de chaque côté du bourrelet
quelques éclats de silex, des fragments de
axial, et le dernier n’est pas décoré.
poterie et le vase campaniforme presque
Les deux haches sont plates ou à très
entier présenté. Semblable à celui de la
légers rebords, non décorées, de type
première tombe, bien qu’un peu plus
« tumulus armoricains ».
élancé, il porte un décor exécuté au
peigne, en pointillé, de lignes horizon- Biblio.: Villers 1846, p. 379; Coutil
tales, de bandes quadrillées et de triangles. 1907a, p. 953; Verron 1981, p. 5-6, fig.5;
Formes et décor évoquent les vases cam- Briard et Verney 1996, p. 570-573.
paniformes bretons. À l’occasion d’une
nouvelle étude de ces tombes, le mobilier 115 MAQUETTE D’UN TUMULUS
de ces deux inhumations a été réexaminé Saint-Jude II, Bourbiac (Côtes-d’Armor),
et le viatique de la sépulture 2 s’est enrichi fouille dans les années 1970 (J. Briard).
d’un micro-denticulé sur lame présentant Bronze ancien
Maquette J. Briard
un lustré d’usage.
Abbaye de Daoulas
Biblio.: Dastugue 1971, p. 328-330;
Verron 1976a, p. 396; Verron 1982, p. 3, Ce tumulus est formé d’un tertre en
fig. 1 et 2; Marcigny et Ghesquière 2003b, limon de 20 m de diamètre pour 4 m de
p. 133-134. hauteur. Au centre du monument, la
chambre funéraire est constituée d’un
caveau en bois surmonté d’un petit cairn
112 URNE FUNÉRAIRE
de blocs de granit. Le « toit », fait d’une
Prov. : Agneaux (Manche, cant. Saint-Lô-
armature de poutres en bois recouverte
Ouest), lieu-dit « La Tremblaye », fouille
de chaume, achevait de donner à la tombe
préventive, 2002.
Terre cuite
l’allure d’une véritable maison funéraire.
D. ouv. 20 cm ; H. 32 cm Biblio.: Daoulas 1988, p. 159.
Bronze moyen 112 Urne funéraire 115 Maquette d’un tumulus
Inrap Grand-Ouest
Cette urne a été découverte lors de la
fouille de la nécropole d’Agneaux, à
proximité des enclos funéraires (cf. p. 120-
121). Ce vase haut, fermé, presque cylin-
drique, muni de petits tenons de préhen-
sion situés à quelques centimètres sous le
bord a été écrêté par les labours. Il
contient les restes d’un individu incinéré.
Biblio.: Marcigny et al. 2004, p. 17-19.
113 Pointe de flèche et poignard funéraires

122 123
MORT ET CROYANCES NOTICES

TÉMOINS CULTUELS 118 POINTES DE LANCES ET ÉPÉE


DRAGUÉES DANS LA SEINE
116 DÉPÔT DE HACHES À DOUILLE Prov. : dragages de la Seine, avant 1973.
Prov. : Agneaux (Manche, cant. Saint-Lô- Alliage cuivreux
Ouest), lieu-dit « La Tremblaye », fouille Pointe 1 : L. 25,9 cm ; D. douille 2,5 cm
préventive, 2000. Pointe 2 : L. 21,5 cm ; D. douille 2,4 cm
Alliage cuivreux Épée : L. 60,5 cm ; l. max. 5,5 cm.
L. de 6 à 13 cm Bronze final II
Hallstatt C Rouen, musée départemental
SRA de Basse-Normandie des Antiquités, inv. 73.7.15, 16 et 22
Deux dépôts ont pu être exhumés lors de Il est fréquent de découvrir des objets
la réalisation de tranchées de sondages datant de l’âge du Bronze lors des dra-
archéologiques sur ce site (voir ill. p. 120- gages de la Seine. Souvent complets et
121). Le premier, conservé intégralement, dans un excellent état de conservation,
est composé de 59 haches à douille dont comme ces deux pointes de lance et cette
quarante-quatre sont attribuables assuré- épée de type pistilliforme de la fin de l’âge
ment au type de Chailloué et cinq au type du Bronze, ils semblent témoigner de
Dahouët. Elles sont accompagnées dépôts volontaires dans le fleuve dont le
d’autres séries plus originales, proches des sens éventuellement cultuel échappe
types de Dahouët (six haches), de Bran- encore à l’analyse.
divy (un exemplaire) et de Plurien (deux Biblio.: DAG 1875, p. 311; Vesly 1884;
haches). Le second dépôt est composé de Coutil 1898, p. 53 et 105; Coutil 1910,
deux haches à douille de type de Couville, p. 642; Dubus 1911, p. 117 et 126-127;
et de plusieurs débris de bronze en mau- Coutil 1921a, p. 805; Verron 1971, p. 63
vais état de conservation qui étaient dis- et p. 71.
persés sur plusieurs mètres. Il s’agit vrai-
semblablement d’un ensemble beaucoup
plus important, en partie détruit.
Biblio.: Ghesquière et al. 2000; Marcigny
et al. 2001.

117 DÉPÔT
Prov. : Cerisy-la-Salle (Manche, cant.
Coutances), lieu-dit « La Roche Bottin »,
prospection électromagnétique au pied
d’un menhir dressé, 1993.
Alliage cuivreux
Bronze final III
Saint-Vaast-La-Hougue, musée maritime
de l’Île Tatihou
Ce dépôt, découvert au pied du menhir
de la Roche Bottin, a livré 345 objets
déposés dans une céramique à carène
digitée, couverte du fond d’un vase tron-
qué : 21 épées, 2 pommeaux d’épée, 18
poignards, 14 pointes de lance, 70 haches
à douille, 19 haches à ailerons, 1 moule,
1 faucille, 4 ciseaux, 1 gouge, 4 tranchets, 118 Pointes de lances et épée draguées dans la Seine
2 rasoirs, 1 crochet à viande, 37 bracelets,
14 anneaux, 6 perles, 1 épingle, 17 appli-
ques, 5 agrafes, 3 masselottes, 1 bugle, 117 Dépôt de Cerisy-la-Salle : de haut en bas, la céramique
1 talon de lance, 11 lingots (l’ensemble et son couvercle taillé dans un second vase ; le crochet à
dans un état très fragmentaire), auxquels viande (à gauche) et plusieurs appliques (à droite) ; deux
il faut ajouter quelques pièces typologi- haches miniatures (à gauche), un fragment de moule de
quement indéterminées.
hache à ailerons et une hache à ailerons (au centre), deux
Biblio.: Desloges et Verney 1993; Verney
perles (à droite) ; un fragment de lingot (ci-contre).
et Desloges 2000.
Voir illustration p. 120-121.

124 125
MORT ET CROYANCES NOTICES

119 PIERRE À CUPULES 122 LABYRINTHE DE STYLE 123 BROCHE À RÔTIR


Prov. : Cahagnes (Calvados, cant. GALICIEN (MOULAGE) Prov. : Forêt de Compiègne (Oise).
Aunay-sur-Odon), lieu-dit « Benneville », Prov. : Sotteville-sur-Mer (Seine-Maritime) Alliage cuivreux
fouille préventive, 1996. Bronze ancien L. 59,7 cm
Schiste gréseux Moulage R. Cousin, muséum d’Histoire Bronze final
L. 33 cm ; l. 15 cm ; ép. 8 cm naturelle du Havre Saint-Germain-en-Laye, musée
Bronze final/Hallstatt Le Havre, muséum d’Histoire naturelle des Antiquités nationales, inv. 13684
Inrap Grand-Ouest Gravure faisant partie d’un ensemble de Cette broche du type atlantique possède
Ce bloc de pierre présente des cupules, trois dessins labyrinthiformes et de deux une poignée articulée.
petites cavités aménagées volontairement, contours de mains. L’un des labyrinthes a Biblio.: Mohen 1977, fig. 2; Paris 1999,
sur deux de ses faces. Les archéologues été réalisé par incision dans la craie, peut- n° 69.
sont partagés quant à son usage, cultuel être au fond d’un abri aujourd’hui dis-
ou utilitaire. paru. Les autres ont été exécutés par 124 LUR (GALVANOPLASTIE)
Biblio.: inédit, fouille I. Jahier (Inrap). piquetage sur des blocs de grès éboulés sur Prov. : Danemark
l’estran. La figure la plus grande, de 68 cm Alliage cuivreux
120 STÈLE de large pour 76 de haut, centrée sur une L. 111 cm
Prov. : Cerisé (Orne, cant. Alençon), forme en « trou de serrure », apparaît Bronze final
« Parc d’activités, au Pont de Londeau », constituée de huit boucles complètes ou Saint-Germain-en-Laye, musée
fouille préventive, 2002. partielles surmontées par un arc au tracé des Antiquités nationales
Grès à sabalites irrégulier. La partie supérieure du « trou Ces instruments de musique d’origine
H. 83 cm ; l. 100 cm ; ép. 25 cm de serrure » est enveloppée par une boucle danoise, de dimensions imposantes et de
Bronze moyen partant de la gauche, qui change de sens fabrication complexe, ont souvent été
Inrap Grand-Ouest ensuite pour en former une seconde. retrouvés par paire. Ils permettaient la
Cette stèle taillée grossièrement en écus- L’étonnante similitude existant entre ces production de sons de tonalités variées,
son était placée sur le bord d’un tumulus gravures et des labyrinthes décrits en sans doute proches de ceux du clairon
funéraire délimité par un fossé circulaire. Galice constitue un argument fort pour moderne, et devaient rythmer les cérémo-
Un tesson à cordon digité et de nombreux voir dans les premières l’influence des nies religieuses.
ossements de faune ont été découverts secondes. Les figurations ibériques, réali-
Biblio. : Archéologie comparée 1982,
dans le remplissage du fossé. sées dans un contexte cultuel, associées à
119 Pierre à cupules 121 Roue p. 345 ; Nemours 2002.
Biblio.: inédit, fouille H. Lepaumier des dessins de poignards et épées courtes
(Inrap). à lame triangulaire, à des hallebardes de
type irlandais, sont attribuées au Bronze
ancien. Sotteville-sur-Mer témoignerait
121 ROUE
donc pour cette époque de l’existence
Prov. : Le Champ du Maréchal, Coulon
(Deux-Sèvres).
d’un sanctuaire établi par les navigateurs
Alliage cuivreux (13 % étain)
qui sillonnaient la Manche, de l’Europe
D. 52 cm du Sud à celle du Nord où existent aussi
Bronze final, IXe siècle av. J.-C. des roches gravées.
Niort, musée du Donjon, inv. 985.6 Biblio. : Watté, Le Nouvel, Cousin et al.
1993.
Cette roue à cinq rayons possède un sillon
à l’extérieur de la bordure, où était fixée JPW 122 Gravure d’un labyrinthe (moulage)
une bande en bois attachée par des gou-
jons. Des symboles solaires à trois cornes,
soulignés par une incrustation en cuivre
rouge, sont gravés sur le pourtour. Cette
roue était donc certainement liée au
« culte du Soleil », peut-être au sein d’un
chariot cultuel (cat. 95).
Biblio.: Daoulas 1988, 13.09.04;
Paris 1999, n° 42.
CC

120 Stèle

124 Lur (galvanoplastie)

123 Broche à rôtir

126 127
Après l’âge du Bronze
APRÈS L’ÂGE DU BRONZE VERS L’ÂGE DU FER

VERS L’ÂGE DU FER


la lumière des acquis de la recherche, résumer
le passage de l’âge du Bronze à l’âge du Fer en
Choisy-au-Bac (Somme), CHOISY-AU-BAC (Oise)

À une agglomération à la confluence


une seconde révolution technologique (après Le Confluent
la métallurgie du cuivre) serait réducteur et
erroné. La métallurgie du fer est certes trans- de l’Aisne et de l’Oise
mise de proche en proche depuis l’Est du
bassin méditerranéen, mais elle accompagne avant tout a particularité de ce site, fouillé par Ch. Toupet puis J.-Cl. Blanchet (en
les changements économiques et politiques qui vont
profondément marquer et transformer les territoires
situés au nord des péninsules balkanique et italique
L 1975 puis de 1976 à 1981), réside dans ses conditions exception-
nelles de conservation et dans le fait que, sur le même emplacement,
se sont succédé, pendant plus de deux siècles, une dizaine de villages dont
(émergences des cités États). les couches d’occupation et de destruction ont été scellées par des limons
Les premiers objets en fer arrivent en Europe non médi- de débordement de la rivière. Les crues à l’origine de ces dépôts de limons
terranéenne autour des XIe- Xe siècles av. J.-C. En Norman- correspondent à la détérioration climatique qui caractérise le passage du
die, l’indice le plus précoce est un fragment de fer trouvé Bronze final au début du premier âge du Fer, épisode commun à toute
à Chailloué (Orne) qui daterait du VIIIe siècle ou de la l’Europe.
première moitié du VIIe siècle av. J.-C.1 Dans l’Ouest de la Le site occupe une légère éminence située à la confluence des rivières Oise
France, les bas fourneaux les plus précoces, attestant une et Aisne, position stratégique et économique qui a favorisé l’installation
production locale, sont mal datés par le radiocarbone d’une agglomération à la fin de l’âge du Bronze, vers 800 av. J.C. Le gise-
entre le VIIIe siècle et le VIe-Ve siècles av. J.-C. Les décou- ment se présente sous la forme d’une accumulation de couches superpo-
vertes voisines du site de Choisy-au-Bac (Somme) sont sées correspondant à autant de niveaux d’occupation et donc, potentielle-
concordantes. ment, de villages. La description de ce site se fera des niveaux les plus
Les fours métallurgiques les plus anciens mis au jour en anciens, repérés à 1,90 m de profondeur jusqu’aux niveaux les plus récents
Normandie, dans le département de l’Eure, sont encore partiellement érodés, à 0,50 m sous le sol actuel. Sur plus d’un mètre
plus récents (Ve-IVe siècles av. J.-C.). Toutefois, les décou- d’épaisseur, les investigations entreprises ont abouti à dénombrer une
vertes archéologiques, en particulier sur les sites funé- dizaine de couches qui ont été regroupées en quatre phases d’occupation
raires, indiquent à l’évidence que le fer n’est plus excep- qui s’étalent du début du VIIIe siècle au début du VIe siècle av. J.-C (fig. 72). 0 5m
tionnel dès le début du VIe siècle. L’étude des niveaux les plus anciens attribués à la première phase et datés
Le Nord-Ouest de l’Europe accède donc plus tardivement de l’extrême fin du Bronze final, permet de restituer un habitat ouvert
au nouveau métal. Son économie et son organisation

N
dépourvu de système défensif et matérialisé par les restes de fondations de
restent centrées sur la métallurgie du bronze, technique maisons et de structures métallurgiques. Sur les deux premiers niveaux mis
qui perd sa prééminence plus à l’est au profit du fer, dont au jour ont pu être relevés huit plans de maison et trois fours de bronzier.
le minerai est bien mieux réparti, en particulier dans les Les maisons sont matérialisées lors de la fouille par des accumulations de Fig. 72 L’habitat de Choisy-au-Bac (Oise). Les trois couches de la phase II (DAO, E. Gallouin, Inrap ; d’après J.-Cl. Blanchet, MCC).
zones sédimentaires dépourvues de cuivre et d’étain. Une débris d’ossements, de céramique et de torchis correspondant à des radiers
telle évolution n’est pas sans engendrer des déséquilibres de fondation de bâtiments à ossature bois dont les sablières basses étaient du Fer comprend trois couches d’habitat. C’est à ce moment qu’est édifiée Fig. 73
économiques et sociaux. posées sur ces radiers (fig. 73). Aucune trace de poteau associé à ces bâti- une levée de terre pourvue d’un parement en pierres et d’un fossé exté- Un des bâtiments
En parallèle, les échanges se multiplient avec les cités ments n’a été découverte, démontrant l’absence d’ancrage dans le sol de rieur qui mesure 8 m de large pour une profondeur de 2,30 m. Ce rempart de Choisy-au-Bac (Oise).
grecques et étrusques, échanges dont le contrôle génère ce mode de construction qui était stabilisée par le poids de ses murs en fermait le confluent du nord au sud et l’étude des couches du remplissage La fondation de la
une nouvelle source de pouvoir et le déplacement de leurs torchis, recouverts par une toiture en chaume. Ce type de maison dont une de son fossé démontre que celui-ci était en eau. L’analyse des stratigra- construction est ici
lieux d’expression. Cette évolution notable bénéficie plei- reconstitution a pu être réalisée dans le cadre du parc SAMARA près phies liées à cet édifice montre également que le rempart fut détruit à deux nettement dessinée par
nement à l’Europe centrale et à la moitié est de la France. d’Amiens (Somme) a également été identifié sur le site de hauteur fortifié de reprises par de violents incendies, laissant sur une grande partie du site la concentration de
Elle n’affecte donc pas directement la Normandie, mais Catenoy (Oise), daté du milieu du Bronze final. des fragments de torchis et de nombreux blocs de terres scoriacées. Lors mobilier, pierres et
ses conséquences sont perceptibles au travers de l’émer- Les premières maisons du site de Choisy-au-Bac ont un plan rectangulaire de sa reconstruction après le premier incendie, la masse de la levée de torchis (d’après J.-Cl.
gence de sites fortifiés comme Basly (Calvados) et des dont les dimensions peuvent varier de 4,80 à 6 m de longueur, sur 3,60 à terre fut augmentée et son sommet fut doté d’une superstructure en bois et Blanchet, ministère de la
nouvelles nécropoles qui apparaissent dans le courant du 4,80 m de largeur, correspondant à une surface interne moyenne d’environ en torchis. Culture et de la
VIe siècle av. J.-C. (cat. 128-129). 8 à 15 m2. Certains de ces bâtiments peuvent être interprétés comme des Les trois niveaux d’occupation du site attribués à la phase II ont livré, derrière Communication).
Thierry Lepert maisons d’habitation, les plus petits devant être des ateliers ou des remises. ce rempart, quatorze maisons et quatre bâtiments annexes de plus petite
Les fours de bronzier sont constitués d’une aire d’argile dont la base est faite superficie (fig. 74). Deux d’entre eux contenaient un four domestique. Trois
1 Verron, 1976. d’un matelas de tessons. Ces structures ont une forme circulaire d’environ fours de bronzier et deux fosses qui peuvent être interprétées comme des
0,50 m de diamètre et ont subi l’action intense du feu. Comme dans les autres fours à céramique en fosse, ont été fouillés. Les structures d’habitat et les
niveaux étudiés les alentours des fours repérés ont livré des restes de coulée, fours de cette phase sont assez semblables à ceux de la phase précédente.
des résidus de fonte, des ratés de fonderie et des pièces non ébarbées. La phase III semble la plus importante car elle comprend, selon les endroits,
La phase suivante d’occupation du site attribuée au début du premier âge jusqu’à quatre couches d’occupation. La structure défensive semble aban-

130 131
APRÈS L’ÂGE DU BRONZE VERS L’ÂGE DU FER

donnée et des travaux complémentaires de sondages menés en 1990 n’ont


pas permis de reconnaître une nouvelle construction qui aurait pu témoi-
gner de l’agrandissement du village. Cette phase a révélé une quinzaine
d’habitats qui utilisent des pierres calcaires dans leurs fondations qu