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Reçu le :
14 janvier 2006
À propos d’une tuméfaction gingivale
Accepté le :
30 janvier 2007
About a gingival swelling
S. Hammami1, S. Krichen Makni1,*, S. Ellouze1, H. Mnif1, I. Fakhfakh1,
N. Gouiaa1, M. Dhouib2, T. Sellami-Boudawara1
1
Laboratoire d’anatomie et de cytologie pathologique, CHU Habib-Bourguiba,
3029 Sfax, Tunisie
2
Service de chirurgie maxillofaciale, CHU Habib-Bourguiba, Sfax, Tunisie

M.
Z.A., âgé de 72 ans, présentant dans ses anté- une anémie à 8 g d’hémoglobine. La radiographie panora-
cédents un diabète insulinodépendant, a été mique montrait une ostéolyse autour de la 35 avec une
hospitalisé pour exploration d’une tuméfac- importante lacune périapicale et une parodontolyse de la
tion gingivale avec une gingivorragie, associée à une alté- 33 en regard de la tuméfaction gingivale (fig. 1). La biopsie
ration de l’état général et à des épisodes d’hémoptysies. mettait en évidence une prolifération de structures glandu-
L’examen stomatologique montrait une mauvaise hygiène laires, à cytoplasme clair et à noyau rond ou ovale modéré-
buccale et une tumeur gingivale bourgeonnante siégeant ment atypique (fig. 2). À l’étude immunohistochimique, les
entre la 34 et la 35. Le reste de l’examen clinique était cellules tumorales étaient positives pour la vimentine et la
sans particularité. Le bilan biologique montrait une vitesse cytokératine.
de sédimentation accélérée (85 à la première heure) avec

Figure 1. Radio panoramique : lacune périapicale avec parodontolyse de


la 33.

Figure 2. Biopsie gingivale : prolifération de structures glandulaires à


cytoplasme clarifié (HE × 200).

Quel est votre diagnostic ?

* Auteur correspondant.
e-mail : smkrichen@yahoo.fr

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10.1016/j.stomax.2007.01.009 Rev Stomatol Chir Maxillofac 2007;108:471-472
S. Hammami et al. Rev Stomatol Chir Maxillofac 2007;108:471-472

Réponse [4, 2]. Ces métastases peuvent simuler macroscopiquement


des tumeurs bénignes, tel que le fibrome ou des lésions
Le diagnostic retenu était celui d’une métastase gingivale d’hyperplasie de la muqueuse, voire des remaniements
révélatrice d’un carcinome à cellules rénales dans sa inflammatoires évoquant un abcès périodontal [3, 5]. L’exa-
variante à cellules claires. men clinique révèle souvent une tuméfaction gingivale
La radiographie de l’arbre urinaire sans préparation révélait généralement saignante au contact avec ou sans ulcéra-
une déformation des contours du rein droit ; l’urographie tion. L’association à des manifestations neurologiques à
intraveineuse (UIV) montrait l’absence d’opacification du type de paresthésie, de trismus et de dysphagie et à des
groupe caliciel supérieur du rein droit avec refoulement du douleurs mandibulaires intermittentes a été décrite [2]. À
groupe caliciel moyen vers le bas. La tomodensitométrie et l’imagerie, les métastases au niveau des parties molles de
l’échographie abdominales révélaient la présence d’une la cavité buccale peuvent présenter une érosion de la corti-
masse rénale droite avec aspect nodulaire des surrénales cale osseuse sous-jacente [2].
et adénopathies multiples (fig. 3). La radiographie du thorax Le diagnostic de ces localisations secondaires est histolo-
montrait des images en lâcher de ballon pulmonaire. gique. En l’absence de symptomatologie clinique révélatrice,
Les métastases de la cavité orale de cancers à distance sont l’origine rénale peut être évoquée à l’étude histologique
rares, elles représentent moins de 1 % de toutes les tumeurs devant un aspect morphologique particulier des cellules
malignes buccales [1]. Elles touchent essentiellement l’os tumorales dont le cytoplasme est d’aspect végétal, souvent
mandibulaire, la région molaire est leur site préférentiel. clarifié, riche en glycogène et en lipides. Ces cellules ont sou-
Plus rarement, l’atteinte est limitée aux tissus mous ou vent un agencement glandulaire et coexpriment à l’étude
aux muqueuses de la cavité buccale sans atteinte osseuse. immunohistochimique la vimentine (marqueur mésenchy-
La région antéro-inférieure gingivale est la plus touchée mateux) et la cytokératine (marqueur épithélial) [6]. L’exa-
(22,2 % des cas) [2]. men anatomopathologique de la tumeur gingivale de notre
Les tumeurs malignes primitives métastatiques au niveau patient a confirmé le diagnostic d’une métastase gingivale
de la cavité buccale sont chez l’homme essentiellement d’un adénocarcinome. L’origine rénale a été proposée devant
d’origine pulmonaire (35,5 % des cas) suivies par les cancers le profil immunohistochimique particulier de cette proliféra-
rénaux (16 % des cas) et cutanés. Les cancers du sein et du tion tumorale. Le traitement de ces cancers métastatiques
tractus génital sont les plus rapportés chez la femme, ils est souvent palliatif par chimio- et/ou radiothérapie ; une
représentent respectivement 24 et 17 % des cas [3]. La majo- exérèse chirurgicale de la métastase peut se discuter en rap-
rité de ces tumeurs correspondent à des adénocarcinomes port avec la fréquence élevée d’ulcérations et de surinfec-
tions ou dans les rares cas de métastase solitaire [5]. Dans
[2]. L’âge des patients varie de 23 à 70 ans [2], avec un pic
le contexte polymétastatique de notre patient, le traitement
de fréquence entre 50 et 70 ans [3] ; une prédominance
s’est limité à une chimiothérapie palliative.
masculine a été décrite par certains auteurs [2].
La découverte d’un cancer du rein par une tuméfaction
gingivale métastatique est exceptionnellement rapportée Références
1. Batsakis JG. Tumors of the head and neck. Baltimore: Williams
and Wilkins company; 1979.
2. Lim SY, Kim SA, Ahn SG, Kim HK, Kim SG, Hwang HK, et al.
Metastatic tumours of the jaws and oral soft tissues: a retro-
spective analysis of 41 Korean patients. Int J Oral Maxillofac
Surg 2006;35:412–5.
3. Hirshberg A, Leibovich P, Buchner A. Metastases to the oral
mucosa: analysis of 157 cases. J Oral Pathol Med 1993;22:385–
90.
4. Fitzgerald Jr. RH, McInnes BK, Manny HC. Renal cell carcinoma
involving oral soft tissues. J Oral Maxillofac Surg 1982;40:604–
6.
5. Pertusa Pena C, Llarena Ibarguren R, Zabala Egurrola JA, Lopez
Cedrun J, Martinez Conde R. Gingival metastasis: a rare pre-
senting form of renal adenocarcinoma. Arch Esp Urol 1989;
42:365–6.
6. Fournet JC, Droz D. Tumeurs à cellules rénales de l’adulte. Ann
Pathol 1994;14:135–7.
Figure 3. Tomodensitométrie abdominale : masse rénale droite.

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