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Colon Rectum (2007) 1: 157–165

© Springer 2007
DOI 10.1007/s11725-007-0038-8

DOSSIER THÉMATIQUE / THEMATIC FILE

L’exploration du côlon en 2007 :


les nouvelles possibilités en scanner et en IRM
V. Laurent
Département de Radiologie, hôpitaux de Brabois Adultes, CHU de Nancy, allées du Morvan, F-54500 Vandœuvre-Lès-Nancy, France

Les points essentiels and cancer: systematic review, meta-analysis, and


proposed minimum data set for study level reporting.
– La distension à l’eau ou aux hydrosolubles iodés ne Radiology 237: 893–904
nécessite aucune préparation spécifique avant la réalisation du
scanner. Ces méthodes ne sont en fait qu’une optimisation de Purkayastha S, Tekkis PP, Athanasiou T, et al.
l’exploration du cadre colique lors d’un scanner abdomino- (2005) Magnetic resonance colonography versus
pelvien demandé pour troubles digestifs ; colonoscopy as a diagnostic investigation for
– le coloscanner n’est pas une technique permettant la colorectal cancer: a meta-analysis. Clin Radiol 60:
mise en évidence de lésions de petite taille (contraste eau– 980–9
lésion insuffisante), et ne peut donc en aucun cas être proposé Mulhall BP, Veerappan GR, Jackson JL (2005)
comme méthode de dépistage ; Meta-analysis: computed tomographic
– la distension à l’air (ou au gaz) appelée coloscopie colonography. Ann Intern Med 19; 142: 635–50
virtuelle est une technique dédiée à l’exploration colique et
pour laquelle préparation, acquisition et post-traitement des Pickhardt PJ, Choi JR, Hwang I, et al. (2003)
données natives sont spécifiques ; Computed tomographic virtual colonoscopy to
screen for colorectal neoplasia in asymptomatic
– les indications de la coloscopie virtuelle sont actuelle- adults. N Engl J Med 349: 2191–200
ment les échecs de la coloscopie optique ;
– la colo IRM est une technique encore peu répandue.
Également décrite pour le diagnostic positif de tumeurs
coliques, sa résolution spatiale reste actuellement inférieure à Ce que dit l’EBM
celle du coloscanner.
– La coloscopie virtuelle est une méthode mini-invasive
permettant la détection des polypes de plus de 10 mm avec une
Les références essentielles bonne sensibilité et spécificité ;
– la qualité méthodologique des essais publiés dans
Rosman AS, Korsten MA (2007) Meta-analysis l’évaluation des méthodes d’imagerie colique par TDM est
comparing CT colonography, air contrast barium très hétérogène ;
enema, and colonoscopy. Am J Med 120: 203–10
– la place des explorations coliques par méthode TDM
Halligan S, Altman DG, Taylor SA, et al. (2005) CT chez les personnes asymptomatiques (dépistage de masse)
colonography in the detection of colorectal polyps reste à préciser.

Résumé : Les explorations coliques par tomodensitométrie Mots clés : Coloscanner – Coloscopie virtuelle – IRM –
(TDM) ou imagerie par résonance magnétique (IRM) sont Imagerie colique
des méthodes mini-invasives basées sur des acquisitions en
coupes fines, et une interprétation reposant sur des Colon examinations in 2007: new horizons
reconstructions bi- ou tridimensionnelles des images. Des opened by the CT scan and MRI
artifices de préparation colique, des avancées technologiques
et le développement de nouveaux logiciels d’interprétation Abstract: CT colonography (CTC) and MRI-based colo-
permettent d’en améliorer l’efficience diagnostique, notam- nography are minimally invasive techniques for imaging
ment chez les malades symptomatiques. Ces méthodes the entire colon. Based on a helical thin-section of the
semblent, pour de nombreux experts, des alternatives cleansed and air-distended colon, two-dimensional and
séduisantes à la colonoscopie classique quoique leur intérêt three-dimensional projections are used for image inter-
au dépistage des polypes en population soit encore débattu. pretation. Several clinical improvements in patient
L’apport de l’IRM est encore insuffisamment évalué dans ces preparation, technical advances, and new developments
deux situations. in evaluation software have allowed the development of a

Correspondance : E-mail : v_croiselaurent@yahoo.fr


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powerful diagnostic tool. CT is already well established après injection de produit de contraste iodé intraveineux,
as a reliable tool in diagnosing symptomatic patients. sans avoir oublié de vérifier les contre-indications
Many experts now consider CTC a viable alternative to habituelles (120 ml à un débit de 2,5 ml/s) 70 à 80 secondes
conventional colonoscopy, although there is still debate après la fin de l’injection, et une troisième acquisition
about its sensitivity in detecting colonic polyps in a tardive au-delà de deux minutes. Aucune mobilisation
screening population. MRI needs further evaluations for n’est demandée au patient durant les différentes acquisi-
both symptomatic and screening groups. tions. Seule une apnée de huit à dix secondes par
acquisition est nécessaire. À la fin de l’acquisition, est
Keywords: CT colonography – Virtual colonoscopy – MRI – réalisée une vidange du côlon par siphonage.
Colon imaging La durée totale de l’examen est de dix minutes.
Lorsqu’une lésion tumorale est mise en évidence, l’explo-
ration thoracique peut être réalisée dans le même temps
Introduction (temps d’acquisition quatre à six secondes).
L’exploration scanographique du tube digestif et notam-
ment du cadre colique s’est considérablement modifiée Indications
ces dernières années, en raison de l’amélioration Cette technique est réalisée pour des patients symptoma-
technologique majeure. tiques avec une orientation digestive et pour lesquels
Introduite en 1998, la technique d’acquisition scanogra- un scanner abdominopelvien est demandé. Le but est de
phique multibarette permet l’acquisition d’un volume avec mettre en évidence les tumeurs coliques ainsi que leur
des temps d’acquisition très courts, de réaliser des coupes extension locorégionale (Fig. 1A) avec d’excellents résul-
submillimétriques et d’obtenir des reconstructions bi- et tats (100 % sensibilité, valeur prédictive négative de
tridimensionnelles et cela sans mobilisation du patient. 98 %) [6]. Cette technique peut également être réalisée
Malgré ces améliorations technologiques, l’analyse
du tube digestif est limitée en raison de l’absence de distension
[1]. Sans préparation spécifique, le tube digestif apparaı̂t
collabé dans la majeure partie des cas, ce qui n’autorise pas
une étude optimale de ses parois et de son contenu.
Dès 1989 [2–5], la distension du cadre colique avec un
agent de contraste neutre (eau ou méthylcellulose), a été
proposée afin d’optimiser son analyse. Cette technique
présente plusieurs avantages : exploration non seulement
de l’ensemble de la cavité abdominopelvienne, mais
également du cadre colique, de sa paroi et de son contenu.

Différentes méthodes d’optimisation d’analyse du


cadre colique au cours d’un scanner
abdominopelvien
Coloscanner à l’eau
Technique
Lors de l’examen scanographique, le patient est installé
en décubitus latéral. À l’aide d’une canule endorectale, 2 l
d’eau tiède sont instillés au patient afin d’obtenir une
distension complète du cadre colique. La sonde endorec-
tale est une sonde de type Foley avec présence d’un
ballonnet gonflé pour maintenir la continence. Après
instillation de l’eau, le patient est installé en décubitus
bras au-dessus de la tête. Une première acquisition est
obtenue avant injection de produit de contraste intravei- Fig. 1A. Patient 65 ans. Bilan d’altération de l’état général. Coloscanner
neux afin de s’assurer de la distension adéquate du cadre avec distension à l’eau après injection de produit de contraste
intraveineux. Reformation frontale. L’ensemble du cadre colique est
colique et de mettre en évidence une éventuelle hyper- distendu (astérisque noir : partie droite du côlon transverse).
densité spontanée. Une deuxième acquisition est réalisée Adénocarcinome du cæcum (tête de flèche noire)
159

Fig. 1D. Même patient que précédemment. Seconde acquisition plus


tardive : distension du segment collabé : épaississement circonférentiel
suspect : adénocarcinome angulaire droit (tête de flèche)

lorsque le diagnostic de cancer a déjà été fait par la


coloscopie totale avec biopsies. Les reconstructions
Fig. 1B. Patient 45 ans. Coloscanner avec distension à l’eau. Reformation multiplanaires permettront de fournir une topographie
sagittale localisée sur l’angle colique gauche. Épaississement précise du site tumoral parfois difficile à apprécier en
circonférentiel irrégulier avec raccordement brutal à la paroi saine :
adénocarcinome angulaire gauche (rond noir) coloscopie totale (Fig. 1B, 1C, 1D) [7].
Elle ne s’adresse pas aux patients dans un contexte
postopératoire récent ni en cas d’abdomen urgent, ni dans
les situations de maladie chronique et inflammatoire
de l’intestin. Ce n’est pas une technique permettant la
mise en évidence de lésions de petite taille (contraste eau–
lésion insuffisant), elle ne peut donc en aucun cas être
proposée comme méthode de dépistage.

Coloscanner avec opacification aux hydrosolubles


iode´s (Fig. 2A, 2B, 2C)
Technique
À l’aide d’une canule endorectale, du produit de contraste
positif de type hydrosoluble iodé est instillé par voie
basse afin de permettre un balisage complet du cadre
colique. Le produit de contraste est dilué afin de ne pas
engendrer d’artefacts.

Indications
Cette méthode est réalisée principalement dans trois
contextes : difficulté diagnostique devant des anomalies de
la paroi sigmoı̈dienne, contexte postopératoire avec sus-
picion de complications sur une zone anastomotique ou
Fig. 1C. Patient 35 ans. Rectorragies. Coloscanner avec distension à l’eau. pour préciser la nature et le siège d’un obstacle responsable
Côlon droit collabé durant la première acquisition en regard de la
région sous-angulaire droite (tête de flèche). Pas d’analyse possible de d’une occlusion basse. En cas d’atteinte infectieuse du
la paroi colique sigmoı̈de, l’enjeu diagnostique est le diagnostic différentiel
160

Fig. 2C. Même patient que précédemment. Reformation frontale oblique


dans le plan de la fuite (têtes de flèche noires)

entre une sigmoı̈de dite pseudotumorale et une authentique


lésion tumorale. L’analyse de la zone de raccordement de la
Fig. 2A. Patient 45 ans. Recherche de fistule entérocolique. Antécédent paroi pathologique à la paroi saine est facilitée par cette
de résection iléo cæcale dans le cadre d’une maladie de Crohn. opacification [8]. En postopératoire, l’opacification permet
L’ensemble du cadre colique est opacifié avec un agent de contraste de mettre en évidence une éventuelle fistule anastomotique
positif (l’intestin grêle également en raison de l’absence de valvule de
Bauhin). Reformation frontale ou de différencier un abcès d’une anse digestive [9–10]. Dans
certaines occlusions coliques basses, la difficulté est le
diagnostic différentiel entre une occlusion d’origine méca-
nique et un iléus colique. L’opacification permet en temps
réel d’objectiver soit un arrêt net de sa progression (en cas de
volvulus), soit au contraire, une progression complète du
produit jusqu’au cæcum, ce qui permet d’affirmer l’absence
d’obstacle organique sur le cadre colique.

Coloscopie virtuelle (CV) ou coloscanner


avec distension à l’air ou au CO2
Introduction
Cette nouvelle technique d’imagerie utilisant le scanner
hélicoı̈dal et les possibilités de représentation tridimension-
nelle du cadre colique simulent les images obtenues par
coloscopie optique [11,12]. Elle présente de nombreux
Fig. 2B. Patient 67 ans. Fièvre et douleurs abdominales à j4 d’une avantages : peu invasive, sans risque pour le patient, ne
résection sigmoı̈dienne avec anastomose. Scanner (coupe axiale) après nécessitant pas d’anesthésie générale, elle permet une évalua-
opacification avec produit de contraste positif (astérisques noirs) : tion complète du cadre colique et de tout son environnement.
infiltration de la graisse en périphérie de l’anastomose colique. Fuite du
produit de contraste en dehors du tube digestif confirmant le lâchage L’intérêt de cette technique est la mise en évidence de
anastomotique (tête de flèche noire) lésions tumorales dans certaines situations cliniques : sténose
161

infranchissable en coloscopie, bilan pré-opératoire en cas de doit être visualisée jusqu’au cæcum et elle est vérifiée avant
tumeur sub-occlusive ou encore en cas de contre-indication à l’acquisition sur les tomogrammes. L’utilisation du CO2 est
une anesthésie générale. Elle est également proposée préférée à l’utilisation de l’air, car la gêne occasionnée est
dans le cadre du dépistage du cancer colorectal : dans cette moindre avec une résorption beaucoup plus rapide évitant
indication, les études de la littérature sont très nombreuses, les désagréments après l’examen.
mais leurs résultats contradictoires.
Acquisition scanographique
Technique Deux acquisitions sont réalisées : une en procubitus et
Préparation du cadre colique avec marquage des selles la seconde en décubitus afin de ne pas méconnaı̂tre une
éventuelle lésion noyée dans le liquide résiduel. L’injection
Elle est semblable à celle d’une coloscopie. Les produits de produit de contraste iodé en intraveineuse n’est pas
diffèrent selon les équipes. À cette préparation colique, on indispensable et sa réalisation varie selon les équipes.
adjoint un marquage des selles solides (stool tagging) et
liquides (fluid tagging). La veille de l’examen, le patient Post-traitement et interprétation des images
ingère 2  250 ml de Micropaque® dilué (à 12 h et 18 h)
pour le marquage des résidus fécaux solides et des Il s’agit là encore d’une étape capitale. Le nombre
hydrosolubles iodés (Télébrix® gastro 100 ml) le soir au d’images générées par ces acquisitions est important et
coucher pour le marquage du liquide résiduel éventuel. La nécessite de pouvoir travailler sur des consoles de post-
préparation est donc aussi contraignante que celle d’une traitement de grande puissance. Chaque constructeur
coloscopie optique (CO). possède actuellement des logiciels de post-traitement,
dédiés à cet examen possédant des caractéristiques qui
leur sont propres. Les images doivent être étudiées en
Distension du cadre colique (Fig. 3A)
2D en décubitus et en procubitus avec deux fenêtrages
La distension du cadre colique a été proposée initialement adaptés (abdominal et pulmonaire) (Fig. 3A, 3B, 3C) et
avec de l’air, mais actuellement compte tenu de l’inconfort, en 3D (Fig. 3D, 3E). Ce qui signifie que chaque anomalie
elle est faite à l’aide d’un insufflateur à CO2. La distension détectée est visualisée à quatre reprises : en décubitus et

Fig. 3A. Patient 65 ans. Bilan de rectorragies. Coloscopie non réalisable


en raison du terrain cardiaque. Coloscanner avec distension au CO2 : Fig. 3B. Même patient que précédemment. Coloscopie virtuelle
coloscopie virtuelle. Reformation frontale en 2D. Côlon très bien Reformation frontale en 2D : polype pédiculé de 3 cm de la jonction
préparé sans résidu fécal rectosigmoı̈dienne (tête de flèche blanche)
162

Fig. 3C. Même patient que précédemment. Coloscopie virtuelle. Coupe axiale
native. Tête du polype (flèche blanche). Pied du polype (fine flèche blanche)

Fig. 3E. Même patient que précédemment. Polype de 4 mm situé 10 cm


au-dessus du polype de la jonction rectosigmoı̈dienne

résultats pour la mise en évidence des lésions tumorales ou


en cas de lésions synchrones situées en amont d’une
sténose infranchissable. Neri et al. [13], dans une étude
incluant 34 patients suspects de pathologie colique
tumorale et pour lesquels la coloscopie est incomplète,
objectivent une sensibilité de 100 % et une spécificité de
96 % pour la CV alors qu’elles ne sont que de respective-
ment 56 et 92 % pour la coloscopie optique (dix cancers
non diagnostiqués). De plus, dans le même temps
d’exploration, l’acquisition scanographique a permis de
mettre en évidence quatre patients porteurs de lésions
secondaires hépatiques. Dans une série [14] incluant
20 patients porteurs d’un carcinome colique occlusif distal,
la CV a permis d’identifier deux lésions tumorales et
24 polypes en amont de celles-ci. Les cancers colorectaux
sont mis en évidence dans tous les cas : les sensibilités
étant de 100 [15–16] et 96 % [17]. Cette technique est
également proposée dans les contextes de récidive tumorale
Fig. 3D. Coloscopie virtuelle. Polype pédiculé : analyse endoluminale 3D postopératoire [18], permet de faire un bilan complet de la
avec post-traitement de type rendu volumique récidive locale, des localisations secondaires et localisations
métachrones sur le côlon restant.
en procubitus, en double fenêtrage. Les logiciels
autorisent une analyse dynamique et en temps réel des Dépistage des polypes
anomalies constatées tant en 2D qu’en 3D. L’étude 3D
Concernant les performances diagnostiques de la CV pour la
permet une vision endoluminale et donne un rendu
mise en évidence des polypes, les résultats obtenus sont très
proche de celui d’une CO.
variables (Tableau I). L’article de Pickardt et al., paru en
2003 dans le New England Journal of Medicine [19], a lancé le
Résultats début d’une polémique alimentée depuis en permanence par
de nouvelles études dont les résultats sont contradictoires.
En cas d’échec de la coloscopie totale
En effet, ces auteurs démontraient la supériorité de la CV par
Cette procédure, initialement proposée comme alternative rapport à la CO, avec une sensibilité de détection des polypes
en cas de coloscopie incomplète, objective d’excellents de taille supérieure de 92,2 % pour la CV et de 88,2 % pour
163

Tableau I. Récapitulatif études de performances de la coloscopie virtuelle : analyse par polype

Patients n Sensibilité Sensibilité Sensibilité


polype < 6 mm polype 6–9 mm polype > 9 mm

Rockey, et al. 2005 614 60 64


Chung, et al. 2005 51 84 94 100
Cotton, et al. 2004 600 7,6 22,7 51,9
Macari, et al. 2004 186 14,7 46,2 90,9
Van Gelder, et al. 2004 249 40,6 76,7 77,8
Macari, et al. 2004 68 11,5 52,9 100
Hoppe, et al. 2004 92 25,4 57,9 70,6
Pickardt, et al. 2003 1233 83,6 92,2
Iannaconne, et al. 2003 158 51,4 83,3 100
Pineau, et al. 2003 205 29,4 75 77,8
Taylor, et al. 2003 54 37,5 75 100
Ginnerup, Pedersen, et al. 2003 144 73,7 92,3
Yee, et al. 2003 182 60,3 79,8 92,7
Laghi, et al. 2002 165 50 82,4 91,7
Gluecker, et al. 2002 50 2,4 33,3 81,8
Lefere, et al. 2002 100 56,5 90,3 100
Macari, et al. 2002 105 12,1 70,4 92,9
Yee, et al. 2001 300 66,9 81,8 94,1
Mendelson, et al. 2000 53 17,5 22,2 72,7
Fenlon, et al. 1999 100 66,7 89,7 90,9
Dachman, et al. 1998 44 7,7 33,3 83,3
Hara, et al. 1997 70 25,9 57,1 70

la CO et une sensibilité de 86 % pour les polypes de taille Pièges et difficultés diagnostiques


inférieure ou égale à 6 mm. En 2004, une étude multicen-
trique [20] a montré que les performances de la CV étaient Au-delà des multiples nécessités techniques indispensa-
inférieures à celles de la CO pour les polypes de taille bles, l’interprétation d’une CV est délicate en raison d’un
inférieure à 10 mm (sensibilité de détection était seulement certain nombre de pièges et de difficultés.
de 55 %). Mais dans cette étude, il existe de très nombreuses Les résultats dépendent également non seulement de
limites concernant notamment l’apprentissage et l’expé- la taille, mais également de la forme des polypes.
rience des lecteurs [21]. La méta-analyse de Steve Halligan Le polype lorsqu’il est plan, est particulièrement
et al. [17] a repris toutes les études concernant la CV de 1996 difficile à individualiser en CV car la plupart de
à 2003. N’ont été gardées que les études présentant les ces lésions ont une hauteur de 2 mm [22]. L’analyse
critères de réalisation stricts, c’est-à-dire : préparation rétrospective des images de CV ne permet pas de les
colique semblable à celle d’une coloscopie, double acquisi- retrouver (12 polypes plans non visualisés sur les 18 trouvés
tion en procubitus et en décubitus et utilisation de scanners en CO malgré une lecture rétrospective).
hélicoı̈daux, prise en compte de l’expérience de l’opérateur. En outre, la prévalence et le potentiel dégénératif de
Mille trois cent quatre-vingt-dix-huit références ont été ces lésions sont très controversés [23].
retrouvées, 24 études seulement présentaient les critères Un polype pédiculé peut être confondu à tort avec des
requis indispensables. Les résultats obtenus montrent de résidus fécaux car il peut être mobile. Le polype siégeant
grandes sensibilité (93 %) et spécificité (97 %) pour les en haut d’un pli est parfois difficile à individualiser car
polypes de taille supérieure à 1 cm (Fig. 2B). Pour les interprété alors plutôt comme une hypertrophie du pli.
polypes de 0,6 à 1 cm, une bonne sensibilité (86 %) mais une La topographie des polypes génère quelques difficultés,
spécificité variable de 86 % avec des extrêmes de 55 à 100 %. notamment lorsqu’ils sont de topographie rectale ou
Pour les polypes de taille inférieure à 6 mm, les résultats sont situés sur la valvule iléocæcale [24].
très variables en termes de sensibilité (45–97 %) et de Les faux-négatifs de la CV sont liés aux adénomes plans,
spécificité (26–97 %). aux lésions de petite taille (< 3–4 mm) et à l’insuffisance
En conclusion, à ce jour on peut considérer que cette de la préparation colique [22].
technique est très bonne pour les polypes de taille supérieure Les risques iatrogènes de cette technique doivent
à 8 mm sous réserve que les conditions techniques de également être pris en compte si cette technique devait
réalisation et d’interprétation soient optimales. Mais lorsque être considérée comme une technique de dépistage [25–
la taille des polypes diminue, les résultats décroissent avec de 26]. Le risque de perforation est estimé entre 0,059 et
grandes variations en fonction des études. 0,08 %, chiffres rapportés à propos d’une étude incluant
164

11 870 CV au cours desquelles sept cas de perforation ont coloscopie optique alors que la colo MR permettait d’en
été rapportés (quatre ayant nécessité une intervention étudier 119.
chirurgicale). Le risque iatrogène est donc minime et
aucun autre événement indésirable n’a été mentionné. Il Limites
semble que le facteur de risque principal soit le terrain :
patients âgés porteurs d’une pathologie ulcéreuse rectale. La colo MR nécessite, comme une CO classique, une
En conclusion, les connaissances actuelles sont vacuité totale du cadre colique et un remplissage du
actuellement insuffisantes pour affirmer que la CV est cadre colique avec de l’eau. La résolution spatiale reste
un examen de dépistage des polypes dans une population inférieure à celle d’un scanner et les résultats obtenus
asymptomatique. Des études sont en cours pour étudier beaucoup moins reproductibles qu’en scanner. Elle peut
ses performances diagnostiques [27]. éventuellement être proposée comme une alternative aux
explorations scanographiques en cas d’allergie vraie aux
produits de contraste iodés et CO incomplète.
Colo IRM [28–31]
Technique Conclusion
Tout comme pour le scanner à l’eau, l’ensemble du cadre L’amélioration technologique majeure en imagerie et
colique sera rempli à l’aide d’eau ou de solution à base d’eau principalement en scanner offre de nouvelles possibilités
afin que sur les séquences en pondération T1, le contenu d’exploration du cadre colique. Ces nouvelles explora-
colique apparaisse en hyposignal (c’est-à-dire noir). tions présentent des objectifs différents : la distension à
L’injection intraveineuse d’un chélate de gadolinium est l’eau ou aux hydrosolubles iodés est une optimisation de
nécessaire pour l’étude de la paroi colique et de ses anomalies. l’analyse du cadre colique au cours d’une exploration
Cette technique permet de s’affranchir des faux-positifs liés scanographique abdominopelvienne. Ces méthodes de
aux résidus fécaux ou aux bulles d’air qui peuvent mimer distension ne nécessitent aucune préparation spécifique
d’authentiques polypes. La préparation colique au préalable avant la réalisation du scanner. Le choix de réaliser ou
est absolument nécessaire pour obtenir une vacuité totale du non une distension est décidé au cours de l’examen par le
cadre colique, et doit être débutée la veille de l’examen. radiologue en fonction des anomalies constatées en temps
L’examen est réalisé sur un imageur 1,5 T avec des gradients réel : pour les anomalies du cæco-côlon ascendant, la
puissants. Avant la réalisation de cet examen, il faut s’assurer distension à l’eau sera préférée, et pour les pathologies
de l’absence de contre-indications : pacemaker, éclat métal- sigmoı̈diennes, c’est l’opacification aux hydrosolubles
lique dans le système nerveux central ou claustrophobie. iodés qui sera choisie. Au contraire, la CV est un examen
L’examen est réalisé en procubitus afin de réduire au dédié à l’exploration du cadre colique pour la mise en
maximum les artefacts respiratoires. Pour s’affranchir du évidence de lésions infracentimétriques. Elle nécessite
péristaltisme intestinal, une injection intraveineuse d’anti- une préparation contraignante semblable à celle d’une
péristaltiques sera effectuée avant le remplissage rectal. CO, ainsi qu’une acquisition et un traitement des données
Seront ensuite réalisées, des séquences volumiques en spécifiques. La colo MR est actuellement peu réalisée en
écho de gradient, pondérées T1 avant et après injection pratique courante en France en raison des difficultés
de produit de contraste intraveineux de type chélate de d’accès aux imageurs.
gadolinium. Les acquisitions sont réalisées à différents
temps après l’injection : temps artériel, portal, postéqui- Références
libre précoce, postéquilibre tardif.
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165

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