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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Psychologie
Reprend les notes de cours et le syllabus (fusionnés)

1. INTRODUCTION 
Les supports de cours : syllabus cadre, le dossier de txt dispo sur Moodle, les slides et les notes
personnelles.

Petit résumé de chaque unité et ce que l’on va étudier durant ce quadrimestre :


 Unité 1 
D’abord comprendre les 4 notions de base et savoir les différencier, les dissocier. De plus, il faut
pouvoir bien faire la différence entre la théorie et les domaines ! Car la théorie est d’application sur
chaque domaine mais posera un regard différent sur ces derniers. Par exemple, le cognitivisme
n’abordera pas de la même façon la mémoire (=domaine) que le comportementalisme. Il ne faut donc
surtout pas confondre ces 2 notions et les 4 théories entre elles.
Théories : comportementalisme ; cognitivisme ; systématique ; psychanalyse. Elles sont donc un point
de vue. Plusieurs théories peuvent traiter un domaine et une théorie peut traiter plusieurs domaines. Il
existe donc plusieurs points de vue sur un même domaine. Il ne faut pas réduire une théorie à un
ensemble de thèmes.
 Unité 2
Nous allons parler de la psychopathologie qui est un thème spécifique et non pas une théorie ! Ainsi,
le sujet est de pouvoir étudier les malades afin de mieux connaître l’homme et les « sujets normaux ».
Le premier à tenter cette expérience est le psychanalyste Freud. Pour comprendre en quoi étudier les
malades est le plus important et davantage nécessaire que d’étudier ceux qui ne le sont pas, il faut
savoir que pour connaître la structure interne d’un cristal, il faut pouvoir le casser afin de l’étudier.
Tout comme pour l’être humain, il faut d’abord aller voir celui qui est brisé pour mieux connaître celui
qui ne l’est pas. C’est donc un détour nécessaire. C’est donc finalement bien le malade qui a des
choses à nous apprendre.
Cela apparait comme le passage nécessaire pour apprendre à connaitre l’esprit. Nous avons donc
découvert que les malades ont des choses à nous apprendre sur nous-mêmes. Freud a développé sa
théorie en étant en contact avec des patients qui lui disaient de se taire -> il a appris à écouter et
comprendre la source de souffrance du malade.
Ainsi, avec le cas de la Névrose, Charko nous dit que le patient ne sait pas ce qu’il dit mais qu’il dit
des choses. Tandis que le clinicien, lui, ne dit pas ce qu’il sait car il est pris dans un formalisme et
n’ose donc pas dire ce qu’il sait. Donc, le médecin ne dit pas ce qu’il sait, alors que le patient ne sait
pas ce qu’il dit.
 On étudiera donc les névroses, les psychoses, les perversions et les états limites. On passe
d’abord par la description puis par la structure. Ex : différents types de névroses mais ont tous
la même structure -> la névrose.
Ensuite, nous allons devoir bien différencier la perception de la description. Par exemple, concernant
une pomme, dire que c’est une sphère est une fausse description car en réalité nous ne voyons pas une
sphère mais seulement des plans courbés. C’est notre esprit qui déduit que la pomme est une sphère.
Dire que c’est une sphère est donc une perception. Aussi, nous allons comprendre que les différentes
névroses cliniques possèdent toutes la même structure mais qu’elles comportent des différences.

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Finalement, nous allons aussi examiner le cas du jeune qui rentre dans une école et tue des enfants de
sang-froid. Dans ce cas, il y a 2 demandes contradictoires qui sont formulées à l’égard des experts.
D’un côté, on demande à l’expert de dire que le jeune est responsable de ses actes et donc peut être
condamné. Et de l’autre côté, on demande à l’expert de dire que le jeune est malade et n’est donc pas
responsable de ses actes afin de pouvoir se rassurer que ce ne peut être une personne «  normale ou
sens » qui a commis ces actes horribles. Néanmoins, dans ce cas, on ne peut condamner le jeune de
manière normale car il n’est pas conscient de ses actes.
 Unité 3 : Culture et Psychologie
Est-ce qu’après l’unité 2 on aura assez d’infos pour comprendre le champ du normal et du
pathologique ? non. La culture a une influence sur notre vie, la manière dont on vit (comment on se dit
bjr etc). Au contraire, personne ne dit que la culture influence la manière dont on est malade. Or, les
psychanalystes et les experts ont montré que la culture donne une influence sur la manière
de vivre la maladie.
 Unité 4 : Expertise
Quand on est experts, on parle avec les prévenus et on passe des tests.
 Unité 5 : Les psychothérapies
Est-ce possible de guérir certaines maladies ? Comment les soigne-t-on ? Pourquoi peut-on dire que
toutes ces pratiques sont des psychothérapies et donc, qu’ont-elles en commun ?

 Unité 6 : Problèmes en débat


Etudier un problème sociétal et essayer de comprendre comment cela fonctionne, à partir d’un point de
vue psychologique.

2. UNITE 1 : Les 4 paradigmes (les plus significatifs) ou


courants théoriques de la psychologie

Les théories psychologiques que nous allons examiner sont à proprement parler des « paradigmes »,
dans le sens de Thomas Khun 1. Il ne s’agit pas seulement de modèles cohérents pour voir le monde et
le comportement humain en particulier - ce qui serait proche de la notion d’ « idéologie » - mais des
rails de pensée qui ouvrent des possibilités et se donnent aussi de contraintes (de méthode entre
autres).
Un paradigme implique un ensemble d’observations et de faits sur lesquels se penche une
communauté scientifique. Aussi un ensemble de questions et de problèmes qui « doivent » être
résolues. Un paradigme implique aussi si pas une méthode, du moins des indications méthodologiques
quant à comment les questions doivent être posées et quels dispositifs ou démarches permettraient de
les traiter.
Finalement, un paradigme implique des indications de comment les résultats de la recherche doivent
être interprétés et quels sont les mécanismes de légitimation des résultats et des interprétations. Un
paradigme a donc un versant sociologique, car il génère une communauté de pensée, avec des
objectifs, des méthodes et d’outils communs. C’est pourquoi il est important d’identifier les objectifs
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KHUN, Thomas : La structure des révolutions scientifiques, Paris, Flammarion, 1976.

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(et les problèmes de départ), les méthodes et les outils de chaque théorie-paradigme psychologique.
Une fois constituée, un paradigme est un cadre qui définit les problèmes et les méthodes «  légitimes »
d’une science. Donc il limite, il ferme, mais en même temps permet une plus grande efficacité de la
recherche, un langage commun qui favorise la diffusion et la communication du savoir produit par une
communauté scientifique.
A différence des sciences de la nature, la psychologie (ainsi que toutes les sciences humaines) n’a pas
un paradigme unifié, mais plusieurs paradigmes qui coexistent dans la discipline : c’est ce qui
correspond aux différentes théories.
Thomas Khun définit les paradigmes comme ce à quoi adhère une communauté scientifique, ce qu’ils
partagent (lieux qu’ils fréquentent, textes qu’ils lisent, …) ⇨ Définition sociologique
Dans le sens commun, un paradigme peut être un exemple particulièrement fort et détaillé ou une
généralisation, une formule, une loi, une valeur, une vision du monde partagée par une communauté.
⇨ Définition cognitives.
Avant d’entrer dans les détails de chaque théorie, voici un tableau qui veut synthétiser les enjeux par
rapport à la différence entre théorie et domaine.
Les théories (ou paradigmes) et les domaines (ou thèmes)
Domaine Apprenti Mémoire Commu- Sexua- Dévelo- Psycho- Culture Violen- Etc.
- et
& nication lité ppemen pathologi ce
ssage Pensée t e Lien
Social

Théorie
Comporte- X x x x x x x
mentalisme

Cognitivisme X X x x X x x x

Systémique x x X x x x x X

Psychanalys x x x X X X X X
e

X= Thème privilégié par une théorie ; x= Thème sur lequel la théorie dit quand même
quelque chose de significatif.

Le sens commun tend à confondre les théories psychologiques (ou paradigmes) avec les domaines (ou
thèmes) desquels s’occupe cette discipline.
i) Ainsi, on entend souvent dire : « c’est le comportementalisme et le cognitivisme qui
étudient l’apprentissage ». Il s’agit d’une erreur, car la Psychanalyse a étudié longuement
les inhibitions de l’apprentissage scolaire, entre autres, dues à l’angoisse, au refoulement
et à des conflits par rapport auxquels le sujet ne trouve pas une issue. Aussi la Psychologie
systémique a étudié les processus de transmission intergénérationnelle de certaines règles
de fonctionnement et de « patterns » d’interaction dans les systèmes familiaux. Par ce
biais, elle rend compte de certains apprentissages dans les interactions humaines.

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ii) De même, le sens commun pense que la « mémoire » et la « pensée » sont l’apanage de la
Psychologie Cognitive. Mais il se fait que certains psychanalystes (Bion, W.) ont dressé
une perspective où la capacité de penser dépend par exemple de la capacité de représenter
l’absence.
iii) Il est aussi commun de croire que c’est la psychanalyse qui s’occupe de la
« psychopathologie », des troubles comme la Névrose, la Psychose ou les perversions. Or
il existe une contribution extrêmement importante de la Psychologie systémique à la
compréhension des troubles psychiques, mais d’un autre point de vue que la psychanalyse.
La systémique comprendra ces troubles comme des indices d’un dysfonctionnement du
système familial par exemple. De même le cognitivisme a introduit une lecture de la
schizophrénie, comme étant un trouble qui présente des difficultés spécifiques dans la
reconnaissance des visages et des émotions - et donc dans les relations sociales - et des
difficultés spécifiques du langage et de la mémoire, etc.
 Au fond, toutes les théories peuvent en principe se prononcer et dire quelque chose sur un
domaine particulier, sur un phénomène spécifique du comportement humain.
Les différences se trouvent dans le point de vue adopté et les méthodes que chaque théorie se donne
pour avancer dans sa construction. Donc, il n’y a pas de domaines ou de thèmes «  exclusifs » à une
théorie, ce qui n’empêche pas que chaque théorie se centre sur l’étude de certains aspects spécifiques
du comportement humain, auxquels elle donnera un statut particulier dans le développement de ses
hypothèses. Ainsi, il est vrai que le Comportementalisme commence avec l’étude des « lois de
l’apprentissage », que le Cognitivisme s’est construit à travers l’étude du développement du langage et
de la pensée, que la Systémique commence avec l’étude des interactions du système familial et que la
Psychanalyse aux origines étudie la névrose hystérique, la sexualité et le rêve.
Concernant les deux premières unités : la première fait référence aux quatre paradigmes ou théories
psychologiques les plus significatives. Il est important d’avoir une compréhension comparative de ces
quatre théories, ainsi que de leur manière d’expliquer, de rendre compte ou d’interpréter le
comportement humain.
La deuxième aborde la Psychopathologie. Il est de nouveau important d’avoir une vue comparative
entre les différents tableaux cliniques, particulièrement entre Psychose, Névrose Perversion et les Etats
limite.

1.1. Le Comportementalisme (behaviorisme)


Texte associé : Millgram, Stanley (2017). Expérience sur l’obéissance et la désobéissance à l’autorité,
Paris : La Découverte (Original en anglais 1965)

Nait aux USA avec Watson. Il s’agit de psychologues ayant réagi à la psychanalyse. La scientificité de
la psychanalyse a fait l’objet de réticence des comportementalistes car leur objet n’est pas observable.
Le comportementalisme cherche à faire de la psychologie une science avec les mêmes critères que les
sciences naturelles. Son objet est donc quelque chose que l’on peut observer, qui est mesurable et
quantifiable : le comportement.
 Cherche à faire de la psychologie une science, avec les mêmes critères que les sciences
naturelles. Donc, il y un souci de se donner comme objet quelque chose d’observable,
mesurable et quantifiable : le comportement (l’esprit, le monde interne, etc. Ne seraient pas
abordables scientifiquement).
- Métaphore de la « Boite Noire »
C’est une théorie en réaction à la psychanalyse. 2 auteurs sont importants : Watson et Pavlov.

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1.1.1. Le conditionnement classique ou réflexes conditionnés (Pavlov)


Ce dernier s’intéresse aux réflexes et entend montrer que les réflexes peuvent être activés par des
stimuli qui sont initialement neutres. Par exemple, comme première expérience, on pourrait s’imaginer
d’exposer qqn à des bruits de craie (douleur) en même temps que des bruits d’applaudissement. Et ce,
de manière répétitive. Ainsi, au bout d’un certain temps, lorsque le sujet entendra uniquement des
applaudissements, de manière réflexive, il semblera entendre les bruits de craie par association bien
que ces derniers soient imaginés.
Ensuite, on pourrait également citer l’expérience connue du réflexe de Pavlov avec le chien et le repas
lors de la cloche. Ainsi, Pavlov remarque un début de salivation à l’écoute de la cloche avant même
que le repas du chien soit servi. C’est donc bien par association que le chien commence à saliver
lorsque la cloche sonne, puisqu’il a été habitué à recevoir son repas lors du son de la cloche. Or, le
chien salive dès que les cloches de l’église sonnent (réflexe qui n’est pas naturel) alors que
normalement, le chien salive quand il voit la viande (réflexe naturel).
Dans ce cas, la viande qui constitue le repas du chien correspond à un stimulus inconditionné, càd
que lui seul suffit pour que le chien commence à saliver. Ainsi, Pavlov se met à mesure la salive du
chien lorsque l’on expose ce dernier à la viande. Il en fait une moyenne et cela revient à 3cm³. Et en
même temps, la cloche correspond ici à un stimulus conditionné, càd que la cloche fait que le chien
salive mais seulement àpd moment où l’on a exposé le chien à la viande et à la cloche durant un
certain temps.
Du coup, au bout d’un certain temps, on expose le chien uniquement à la sonnette et non plus à la
viande. Pavlov se remet à mesurer la salive, réalise une moyenne, et remarque que le chien salive
moins lorsqu’il entend le bruit de la cloche (2cm²) que lorsqu’il est exposé à de la viande. La réponse
du chien n’est donc pas la même dans les deux cas, vu que l’intensité de cette dernière varie. On
appelle la réponse du chien face à la sonnette une réponse conditionnée (R.C.).
Stimuli (Viande) -> Réflexe Inconditionné (salivation)
Stimuli Conditionné (Cloche) -> Réponse Conditionnée (Salivation)
Il s’insurge donc contre la pensée qui dit que tout est dû par la race ou l’espèce ou la lignée. Il pensait
donc qu’on pouvait conditionner quelqu’un à se conduire vers une certaine destinée.
Watson n’a pas fait bcp d’expériences pour dvper cela. Or, sa critique à la psychanalyse est qu’on ne
peut pas observer ce dont on fait l’étude (l’âme, le psychisme, l’esprit, les passions…) alors que l’on
peut observer le comportement. Tout ce qui est âme etc n’existe pas. Tout ce qui existe, ce sont les
stimuli.
1.1.2. Association Stimuli – Réponse. Watson : Comportementalisme Radical
Watson, de son côté, va se demander si des réflexes peuvent être déclenchés non seulement avec des
stimuli neutres, mais également si l’environnement ne joue pas un rôle dans l’activation des réflexes ?
Car quid du comportent qui n’est pas génétique ? Il doit nécessairement être conditionné par
l’environnement. Watson en arrivera à la conclusion que c’est notre environnement qui détermine nos
comportements, nos réponses face à certaines situations. Il s’insurge donc contre la pensée qui dit que
tout est dû par la race ou l’espèce ou la lignée. Il pensait donc qu’on pouvait conditionner quelqu’un à
se conduire vers une certaine destinée. Et ce, car Watson s’insurge contre les considérations raciales et
génétiques de l’époque. Ainsi, Watson arrive avec la thèse choc que l’on peut conditionner qqn à se
diriger vers une destinée préétablie. Aussi, il réalise une critique de la psychanalyse car on ne peut
l’observer selon lui (l’âme, le refoulement, l’inconscient, etc.), contrairement au comportement. Il ira
même plus loin en affirmant que ce que l’on ne peut observer dans la psychanalyse n’existe pas et que
cela relève d’une trop grande théorisation et fantasmatisation. Mais n’oublions pas que Watson a
réalisé peu d’expériences, et que ses affirmations restent souvent des propositions.
Schème : « Comment expliquer les différents comportements ? »

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Par l’apprentissage ? Mais comment le prouver ? Il faut pouvoir opérationnaliser des phénomènes, càd
pouvoir observer et mesurer ces phénomènes grâce à un outil. Néanmoins, il existe des réalités que
l’on ne peut opérationnaliser tel que le silence, car ce ne sont pas des phénomènes positifs.
Ainsi, dans cette unité, nous allons nous pencher davantage sur les associations entre les stimuli et les
réponses, et savoir comment elles se réalisent. On le sait désormais, ces associations se réalisent grâce
à ce que l’on appelle des renforcements. Càd que ce sont des contingences qui se produisent juste
avant ou juste après le phénomène (= contingence environnementale qui augmente la probabilité
d’émettre la même réponse face aux même stimuli). Par exemple, si lorsque l’on se fait déposer en
voiture par qqn, on lui donne un croissant pour le remercier, on augmente la probabilité qu’il accepte
de nous déposer une seconde fois. Ainsi, on augmente la probabilité qu’il réalise la même réponse face
aux mêmes stimuli. (Croissant=renforcement dans ce cas).
1.1.3. Conditionnement opérant (Skinner) : Comportementalisme méthodologique
Skinner et le conditionnement opérant : Loi de l’apprentissage : S (stimuli) – R (réponse) –
Renforcement (contingence environnementale)
Va venir appuyer cette théorie. Il va se pencher sur l’apprentissage. Watson avait donc raison.
Cependant, il peut y avoir une intériorité psychique, on ne sait pas. Ce qui est certain, c’est qu’on ne
puisse pas l’étudier scientifiquement parce qu’on ne peut pas l’observer.
1.1.4. Paradigme expérimental du conditionnement opérant
On place une souris dans une boîte fermée. On veut lui apprendre à appuyer sur un levier qui se trouve
dans la boîte, et ce, au bon moment càd lorsque la lumière dans la boîte s’allume. Pour ce faire, on va
utiliser un renforcement afin d’établir cette association et ce dernier est une boulette que l’on va
donner à la souris à chaque fois qu’elle pousse sur le levier lorsque la lumière s’allume. Ainsi, on
remarquera que par essai-erreur elle comprend peu à peu ce qu’elle a à faire. Par conséquent, àpd la
50ème tentative, la souris appuie systématiquement sur le levier au bon moment. Elle a donc appris à
associer le stimuli (la lumière) et la réponse (appuyer sur la manette) grâce à un renforcement (la
boulette) -> caractère systématique.
C’est donc bien la systématicité du comportement qui permet de prouver l’apprentissage de la souris.
Et cela est bien entendu possible grâce au renforcement que constitue la boulette. Néanmoins,
comment en être sûr ? On effectue alors une expérience en parallèle, sans renforcement et l’on
remarque qu’il n’y a aucun apprentissage auprès de la souris qui ne reçoit pas de boulette. Les souris
n’apprennent donc pas sans renforcement.
Désormais, Skinner va procéder à plusieurs variations de l’expérience :
1) Quid si le renforcement est donné plus tard, après que la souris ait appuyé au bon moment ?
Comment l’apprentissage change si l’on met en place un laps de temps de plus en plus long ?
(10sec., 30sec., 1min., 3min.) Dans ce cas-là, on remarque que l’apprentissage est de plus en
plus long, la souris passant plutôt à 60 et 70 tentatives au lieu de 50. Et on arrive même à un
moment où il n’y a plus d’apprentissage du tout car le laps de temps devient trop long pour
que la souris puisse associer le fait qu’elle doive pousser sur un levier, et ce au moment où la
lumière s’allume. Si le renforcement est donné de manière trop séparée de la réponse, il n’y a
plus d’effet.
2) Quid si on supprime le renforcement après un certain temps ? Est-ce que la souris va
poursuivre son apprentissage de manière autonome ? Càd, est-ce qu’elle va continuer à
appuyer au bon moment, même sans lui donner la boulette ? Oui, mais seulement durant un
certain temps. Il y a aura donc, au bout d’un certain temps, un oubli/une extinction du
comportement. De manière totale ? Est-ce que son apprentissage est complètement oublié ? Et
bien non car si l’on refait l’expérience avec la même souris afin de lui transmettre
l’apprentissage, on se rend compte que la souris va apprendre plus rapidement à appuyer sur le
levier au bon moment. Cela prouve que qqch s’est inscrit chez la souris qui fait en sorte que la

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souris apprend plus vite la 2ème fois. Par exemple, cela prouve bien qu’il est judicieux d’étudier
une première fois avant le blocus afin que lors de celui-ci, l’apprentissage soit plus rapide.
3) Quid de la punition au lieu du renforcement ? Est-ce que cela aide à apprendre et cela est-il
plus rapide ? Ainsi, lors de la nouvelle expérience, on ne donne plus de boulette à la souris
mais on lui donne un électrochoc lorsqu’elle n’appuie pas au bon moment. Du coup, par essai-
erreur elle apprend petit à petit. Néanmoins, la différence avec le renforcement est
considérable car le temps mis pour l’apprentissage est triplé. On voit donc que la punition est
beaucoup moins efficace pour l’apprentissage que le renforcement. Par exemple, auj., on
apprend les tables de multiplication 2x/3x plus vite que la génération précédente car l’on
utilise désormais des renforcements plutôt que des punitions.
En conclusion, il faut aussi se demander qu’est-ce qui se passe si l’on supprime le renforcement après
un certain temps ? On se rend compte qu’un autre renforcement, indirect cette fois-ci prend le relai
afin d’éviter une extinction du comportement. Et ce renforcement indirect prend le plus souvent une
forme sociale.
Plus le renforcement est donné de manière contingente à la réponse, plus vite se produit
l’apprentissage, plus rapidement s’établit l’association entre S et R.
Ensuite, il faut aborder le fait que le comportementalisme a complètement refaçonné les idées sur la
réhabilitation dans les établissements pénitentiaires. Ainsi, on peut légitimement se poser la
question de qu’est-ce qui fonctionne comme renforcement dans le milieu carcéral ? Ce renforcement
peut par ex. se traduire par un accès à l’extérieur, un accès à la bibliothèque, un accès à du travail, etc.
Il existe en réalité différents renforcements afin de conditionner la réhabilitation. Mais est-ce que cela
marche-t-il réellement ?

2 types de renforcement : Positif et Négatif


Renf. Positif = toute contingence « plaisante » qui s’ajoute au contexte. Par exemple la boulette
donnée au rat, un prix donné à un enfant, soit un bonbon, soit un mot de reconnaissance
(Renforcement positif social).
Renf. Négatif : enlever (soustraire) une contingence existante. Renforcement négatif n’est pas la
même chose que « Punition ». Dans le cas du renforcement négatif, il s’agit d’observer le
comportement de qqun et les conditionnements liés à des comportements problématiques. Soustraire
un renforcement positif qui était présent de manière ordinaire dans un comportement. Il importe
d’abord de pouvoir observer et remarquer quels renforcements fonctionnent pour une situation donnée
et une personne donnée avant de pouvoir supprimer ces renforcements et ainsi procéder à l’extinction
d’un certain comportement.
Punition = Ajouter une contingence déplaisante, voire douloureuse, après un comportement non
souhaité ou face à l’absence d’un comportement souhaité.
Pour rappel : Renforcement >< Punition
Par exemple, si un enfant est turbulent et montre des signes d’hyperkinésie, on peut utiliser ce
renforcement négatif. Ainsi, il faut d’abord mesurer les comportements turbulents de l’enfant (jeter
des papiers, parler en classe, etc. je fais un répertoire des comportements qui sont de l’hyperkinésie)
durant une heure afin de faire une moyenne. On procède donc dans un premier temps à la mesure de
l’hyperkinésie. Ensuite, il faut pouvoir observer quels sont les renforcements qui contribuent à ce que
l’enfant soit turbulent :
a) ses camarades rigolent lorsqu’il fait le clown càd un renforcement social,

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b) son institutrice lui adresse la parole personnellement et interrompt son cours afin de
recadrer l’enfant ce qui crée une forme de satisfaction chez l’enfant car il bénéficie ainsi d’une
reconnaissance sociale.
En conclusion, il faut pouvoir se demander comment éteindre ce comportement turbulent ? On
supprime purement et simplement les renforcements ? Mais cela risque d’être compliqué à mettre en
place. On peut plutôt essayer d’associer les renforcements à un comportement souhaitable. Par
exemple, on peut imaginer que l’institutrice puisse s’adresser à l’enfant lorsqu’il réussit un exercice et
plus lorsqu’il fait le clown. Cela consiste donc en un programme visant à désapprendre un
comportement, ce qui prouve que c’est bien notre environnement qui conditionne notre comportement.
Néanmoins, il n’est pas toujours simple de savoir quels sont les renforcements qui fonctionnent dans
une certaine situation. On n’a pas réussi à supprimer l’hyperkinésie mais à la réduire
significativement.
Une autre illustration pour montrer que notre environnement conditionne notre comportement est celui
des élèves à l’école qui, déjà très tôt, se voient attribuer un rôle social et finalement n’étudient pas
forcément pour réussir mais pour satisfaire ce rôle social. C’est pourquoi ceux qui ont des mauvaises
notes ne se soucient pas des résultats car ils ont déjà « une place » au sein du groupe.
 Tout comportement (à l’exception des réflexes héréditaires) est le résultat de l’apprentissage.
Parfois il est facile de saisir le renforcement à l’œuvre et parfois c’est complexe. Le défi de la
Psychologie serait de décrire les renforcements à l’œuvre dans les situations de la vie. Le fait
qu’il soit difficile de les saisir, n’implique pas qu’ils n’existent pas. C’est une limitation de
l’observateur, et non un argument qui ferait tomber par terre la théorie de l’apprentissage.
Toutefois, il faut signaler qu’il existe certaines limites liées au comportementalisme : en ce qui
concerne les patients qui restent très longtemps dans un asile ou dans un hôpital par exemple.
Ainsi, ces derniers désapprennent lors de leur séjour trop long des comportements (sociaux) de base
comme se vêtir, manger ou se laver. On constate dans ce cas une dégradation du comportement social
à cause de l’environnement. Il faut donc pouvoir réapprendre ces comportements sociaux de base
grâce à de nouveaux renforcements. Par exemple, avec une distribution de cigarettes directement après
un bon comportement. Par conséquent, les résultats montrèrent que les patients adoptent grâce à cela
un meilleur comportement et que la qualité de vie augmente. Pourtant, on est en droit de se demander
jusque quand faut-il distribuer des cigarettes en guise de renforcement ? On pourrait se dire qu’après
un certain temps on peut supprimer les cigarettes sachant que normalement les renforcements indirects
vont prendre le relai. Pourtant, de nouveau, on constate une dégradation du comportement très rapide
après la suppression du renforcement. Comment cela se fait-il ? Car ces sujets psychiatriques ne
réagissent pas de la même manière à ces renforcements indirects et sociaux comme un sujet normal le
ferait.
 Et cela est dû au fait que les comportementalistes ne se soucient pas de l’intériorité des sujets.
On peut comprendre cela par la métaphore de la boîte noire dans les avions  : les comportementalistes
se contentent de brancher les bons câbles afin de pouvoir récupérer les informations qu’elle contient
mais ces derniers ne tachent pas de savoir qu’est-ce qu’elle contient réellement.
L’apprentissage des distinctions
Objection à Skinner : le paradigme fonctionne pour expliquer des comportements simples (tels
que s’habiller, se laver, se brosser les dents) mais pas pour les comportements complexes, tels que
penser, étudier, parler.
Skinner répond : pour comprendre comment on apprend des choses complexes, telles que parler,
il faut expliquer comment on apprend à faire des distinctions, car parler serait avant tout la
capacité de distinguer des sons et ensuite des mots.
Skinner, lui, est sensible à ces critiques à l’égard du comportementalisme vu qu’on lui reproche
essentiellement le fait que cette théorie ne fonctionnerait que pour l’apprentissage de comportements

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de base. Du coup, Skinner va vouloir appliquer la théorie du comportementalisme à l’apprentissage


de la langue. Et ce dernier se rend compte que c’est la sonorité/les ondes qui stimule(nt)
l’apprentissage d’une langue. En effet, Jacobson dit qu’on comprend une langue à condition que les
différences restent proportionnelles. Dès que je suis capable d’entendre les différents sons d’une
langue, je peux commencer à l’apprendre car j’apprends dans la langue. « Pour apprendre une langue,
il faut arriver à distinguer les sons ». Il existe donc des sonorités hétérogènes entre les différentes
langues. Du coup, Skinner apprend que l’on comprend une langue à condition que les différences entre
les sonorités dans la langue restent proportionnelles. Et c’est bien cela qui fait que même avec un
accent différent, on comprend tout de même la langue.
Par conséquent, si on apprend les distinctions entre les sonorités grâce à un renforcement, on pourra
élargir le comportementalisme à l’apprentissage des langues. Pourtant, ce projet se heurte à une
difficulté, comment réaliser en apprentissage la distinction ?
1.1.5. Paradigme expérimental de l’apprentissage des distinctions.
Pour répondre à cette question, Skinner a recourt à une autre expérience.
Boîte avec passerelle en Y. Deux portes avec deux stimuli semblables : ellipse verticale et ellipse
horizontale, ou deux triangles inversés.

A B

A B

On veut conditionner le rat à aller chaque fois vers le triangle A. S’il le fait, on lève la porte et il reçoit
un renforcement. Après un certain nombre de » tentatives, où il se dirige d’un côté ou de l’autre au
hasard, le rat apprend à distinguer les deux stimuli.
Névrose expérimentale : si les stimuli deviennent trop semblables, le rat n’arrive pas à distinguer, il
manifeste un comportement désorganisé (se mord la queue, tombe, tourne en rond, etc.). Skinner
propose de comprendre la névrose humaine comme un comportement désorganisé qui serait la
conséquence d’opérer des distinctions dans l’environnement.
Explication de l’expérience 
Il place une souris dans une boîte avec un couloir à droite et un couloir à gauche qui mènent tous les
deux à une ellipse différente, une horizontale et une autre verticale. On donne une boulette à la souris à
chaque fois que la souris se dirige vers la bonne ellipse. Du coup, par essai-erreur et grâce au
renforcement, la souris parvient à distinguer les 2 ellipses, ce qui prouve que c’est possible de faire
apprendre une distinction à l’aide du comportementalisme. Il existe une variation à cette expérience :
 On met 2 ellipses quasi les mêmes à droite et à gauche. Dans ce cas-là, la souris adopte un
comportement désorganisé et elle fait preuve d’une névrose expérimentale. Et cela s’explique
par le fait que l’on ne peut plus opérer la distinction qui jusque-là pouvait être réalisée. Par
exemple, cette névrose touche aussi celui qui ne parvient plus à faire la distinction entre ce qui
est propre et ce qui est sale. Il y a donc là un caractère compulsif du nettoyage.
Quelle serait la différence avec la psychanalyse pour expliquer cette névrose ?

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

 Freud, lui, ne se limite pas au comportement, il va leur demander (aux patients névrosés)
pourquoi ils se lavent de cette manière compulsive ? Les patients répondent alors « Car
j’adore cela ».
Néanmoins, Freud va se rendre compte que c’est assez paradoxal car ces patients ne font uniquement
l’expérience de la saleté puisqu’ils lavent tout le temps, malgré le fait qu’ils disent adorer la propreté
sans ne jamais pouvoir l’atteindre. Freud se demande alors si les patients n’aiment pas tout simplement
la saleté malgré eux ? Et si cet amour pour la saleté était refoulé à cause de l’environnement au vu du
caractère antisocial de ce comportement ? Ainsi, selon Freud, le patient névrosé est habité par cette
passion peu commune mais doit la refouler ou alors tente de la refouler car il n’est pas parvenu à
transformer cette passion lors de son enfance. Finalement, le patient devient victime de ce retour du
refoulement. En conclusion, on le voit bien, l’approche des psychanalystes est radicalement différente
de celle des comportementalistes.

1.1.6. Paradigme expérimental de l’impuissance apprise ou désespoir appris (Selligman)


SELLIGMAN : Affaire à un être humain. Dans le cadre de la crise économique de 1929, certains
comportementalistes se sont demandés pourquoi des chômeurs étaient complètement désespérés au
point de ne même plus chercher du travail. Pour comprendre cela, nous avons une expérience.
Rat

Sol électrifié
On a une chambre A et une chambre B, toutes les deux reliées par un couloir. Les sols des deux
chambres sont indépendants. On place alors une souris dans la chambre A et on envoie un électrochoc
dans la chambre A. Par réaction, la souris courre se réfugier dans la chambre B. Du coup, on envoie un
électrochoc dans la chambre B et par réaction la souris va se réfugier dans la chambre A et ainsi de
suite. Et puis petit à petit, l’intervalle entre les décharges devient de plus en plus court, ce qui fait en
sorte que les deux chambres sont électrocutées quasi en même temps. C’est alors que l’on constate que
la souris, à un moment donné, ne chercher plus à changer de chambre dans l’espoir de se soustraire
aux décharges. Elle se met en boule dans un coin d’une chambre et ne bouge plus, malgré les
électrochocs. Elle succombe donc au désespoir, aussi car elle fait l’expérience éclatante du sentiment
d’inefficacité, elle ne cherche plus à lutter mais s’est résolue à subir. Et ce, alors même que l’on arrête
les électrochocs dans l’autre chambre, sans que la souris ne le sache, mais elle ne cherche plus à le
savoir.
Explications
Quand la moitié du sol est électrifié, le rat prend la fuite. Si tout le sol est électrifié, il essaye de
trouver une issue, mais ensuite il reste en « freezing » (surgelé). Il apprend à ne rien espérer.
Paradigme utile pour expliquer : dépression, désespoir en général (manque de motivation, etc),
comportement du chômeur après un temps sans rien trouver, etc. Donc, le désespoir n’est ni
biologique, ni tempéramental, ni une fonction de la « personnalité », il serait appris.
2ème Expérience
On peut aussi constater ce désespoir expérimental dans une autre expérience.
On place des chiens dans une cage A et dans une autre cage B qui, elle, comporte un levier permettant
de stopper les décharges que l’on envoie dans les deux cages. Alors que les chiens dans la cage A sont
condamnés à subir les décharges sans pouvoir s’y soustraire. Après cela, on place tous les chiens dans
une dernière cage, la cage C, qui comporte un muret en son centre. D’un côté de la cage, là où sont

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

placés tous les chiens, on envoie des électrochocs. De l’autre côté du muret, aucun électrochoc n’est
envoyé. On constate alors que les chiens qui furent placés dans la cage A et qui se retrouvent
désormais dans la cage C du côté où il y a des décharges, ne tentent pas de passer de l’autre côté du
muret pour se protéger, ils restent là à subir les électrochocs. Ils ont appris que leur action est
impuissante est inefficace pour changer quoi que ce soit.Tandis que les chiens qui étaient placés dans
la cage B avec le levier, tentent de passer de l’autre côté du muret afin de se mettre à l’abri des
décharges.
En conclusion, on constate un cas de traumatisme indépendamment du comportement des sujets, ce
qui s’apparente à de la maltraitance. Ainsi, que ce soit la souris ou les chiens de la cage A, ils
éprouvent un grand désespoir et un sentiment d’inefficacité car ils ont l’impression qu’ils ne peuvent
plus rien faire pour modifier leur situation, ils se retrouvent paralysés. C’est donc une sorte de fatalité,
ils acceptent le fait d’être destiné à souffrir, et ne tentent plus de lutter. Ils ne sont également plus
sensibles au changement d’environnement. Ce qui est semblable à la situation de certains chômeurs de
longue durée.
1.1.7. Paradigme de l’apprentissage par observation (Bandura)
Bandura dit qu’on peut apprendre sans renforcement.
Un autre cas d’apprentissage intéressant n’est pas celui de faire ou de ne pas faire mais de pouvoir
reproduire grâce à l’observation. Et cela est propre aux humains : un groupe d’enfants que l’on place
face à un montage d’un hélicoptère sera capable de remonter le même hélicoptère simplement grâce à
leur observation. Et le plus intéressant dans cette expérience, c’est qu’ils n’ont pas besoin de
renforcement afin de reproduire cet hélicoptère. Comment cela s’explique-t-il ? Grâce à l’observation
mais surtout car l’activité en elle-même constitue un renforcement. Car lorsque l’activité t’intéresse,
pas besoin de renforcement extérieur puisqu’il y a une motivation, intrinsèque et donc un
renforcement intérieur. Il n’y a donc pas de renforcement extérieur qui soit nécessaire.
 La motivation intrinsèque va médier, à l’instar du renforcement, entre le stimuli et la réponse.
BANDURA : On ne peut se limiter à l’association stimuli-attribution-réponse car il faut également
pouvoir explorer l’intériorité des sujets afin de ne pas passer à côté de chose intéressantes, comme par
exemple une motivation intrinsèque pour une activité chez un sujet.
L’humain, même l’enfant, n’apprend pas seulement en faisant des choses (apprentissage opérant) mais
aussi en regardant ce que les autres font. Bandura a démontré cela expérimentalement. Ceci pose un
problème au Behaviorisme car l’observation implique que quelque chose se passe à l’intérieur de la
« boîte noire » qu’on ne peut évacuer pour rendre compte du fait de l’apprentissage par observation.
Cette expérience, entre autres, donne lieu au Cognitivo-comportementalisme.
Bandura montre que l’humain observe et apprend ce qui l’intéresse. Donc on n’apprend pas tout par
observation, mais ce par rapport à quoi on développe une « motivation intrinsèque ».

1.1.8. Cognitivo-comportementalisme 
Introduit des variables internes comme médiation nécessaire pour expliquer l’apprentissage (le
cognitivisme fera ceci plus radicalement avec Piaget, Vigotsky et d’autres).

Théorie de l’attribution (Rotter) : l’humain attribue à différentes causes son succès ou échec. Au-
delà de la justesse ou non de ces attributions, il est intéressant de caractériser formellement lesdites
attributions selon les critères suivants :
Locus : interne v/s externe

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Contrôlabilité : contrôlable v/s incontrôlable


Stabilité : Stable v/s instable
ECHEC SCOLAIRE : À quoi l’attribuer ? 3 concepts sont importants lors de l’association d’un échec
ou d’une réussite avec un comportement.
LOCUS CONTRÔLE STABILITÉ
(Rapport à moi) (Contrôlabilité)

INTERNE EXTERNE CONTRÔLA INCONTRÔL STABLE INSTABLE


BLE ABLE
X X X (effort
d’étude
peut varier
X X X
X X X
X X X

1) Echec à un examen : « Je n’ai pas assez étudié »


2) Echec à un examen : « L’examen était trop dur »
3) Echec à un examen : « Dieu m’en veut »
4) Echec à un examen : « J’ai teuffé la veille »
A quoi nous sert ce tableau d’attributions ? En réalité, si on prend un sujet avec différentes attributions
concernant plusieurs situations, on peut en faire un profil. Et grâce à cela, on peut établir un style
attributionnel, une tendance attributionnelle, dominant dans l’échec/la réussite. Et ce style sera
différent en fonction des personnes interrogées.
Quelle différence de profil en tirer ? Pour illustrer, une tendance attributionnelle dominante qui est
interne, contrôlable et stable aura plus de motivation afin de dépasser les échecs subit qu’un profil
externe, incontrôlable et instable. C’est donc notre style attributionnel qui détermine notre
apprentissage ! Car avec un profil davantage extériorisant au niveau de la responsabilité, aura plus de
mal d’apprendre de ses échecs et de ses réussites.
Ainsi, une étude a souhaité comprendre comment sortir de la pauvreté, avec lieu de référence
l’Amérique du Nord et du Sud. L’étude a pu démontrer que si qqn possède un style attributionnel
interne, contrôlable alors la responsabilité dans une situation viendra de soi-même. Et ceci permettra à
la personne de pouvoir se dépasser et trouver la motivation pour apprendre de ses échecs.
Applications :
- Différences culturelles du pattern d’attribution. Les Américains attribuent plus le succès
personnel à des causes dont le locus est interne, tandis que les soviétiques l’attribuent
davantage à des causes qui relèvent du système social, donc, de locus externe.
- Le chômeur au départ attribue sa situation à des causes externes, instables et contrôlables,
mais ensuite il en vient à l’attribuer à des causes de locus interne, stable et incontrôlable. Donc
il se sent moins apte à trouver une issue, même quand les conditions externes changent.

Expériences en Psychologie sociale qui montrent la nécessité d’ouvrir la recherche de la « boite


noire ».
a) Ash : Influence sociale de la perception :
6 sujets, 5 alliés de l’expérimentateur, 1 naïf. Dire quel segment est le plus grand. Lorsque l’on montre
3 formes d’une taille différente avec une qui est sensiblement plus grande et que l’on demande à un
groupe de personnes (dont tous sont des acteurs exceptés une seule) quelle forme est la plus grande, ils

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

répondront tous la même forme qui n’est pas celle qui est la plus grande. Ce sera aussi le cas de la
personne qui n’est pas un acteur car elle suivra l’opinion du groupe. Néanmoins, si l’on adopte une
variation à cette expérience où la dernière personne se trouve dans un bureau, seule, alors le
pourcentage qui choisira la bonne forme, à contre-courant du reste du groupe, grimpe à 85%.
Voy. aussi l’expérience de l’ascenseur
b) Milgram : expériences sur le comportement de soumission à l’autorité. Au-delà de la mise en
évidence d’un degré très important de soumission à l’autorité, Milgram montre que cette
soumission est déterminée par les signes d’autorité portés par l’expérimentateur (tablier,
cravate, âge, barbe, genre, etc..).
Par ailleurs, mesure le degré de soumission à l’autorité (marqué par le nombre de personnes
arrivant à la zone rouge de la console qui marquait 450 volts) dans différentes situations de
proximité ou contact avec la « victime ». Il montre que plus on est loin, sans contact avec la
victime, plus les personnes vont jusqu’à la zone rouge.
SALOMON H. et MILGRAM : intéressés à mesurer l’influence des groupes sur le comportement.
Pour illustrer cela, une expérience assez connue consiste à mettre plusieurs personnes dans un
ascenseur (dont une qui n’est pas un acteur), de toutes les faire se retourner et de voir si la dernière le
fait également. Avec ces deux expériences, on a des preuves concernant l’influence des groupes sur le
comportement et même plus particulièrement, sur la perception.
Expérience de Milgram afin de mesurer la soumission des sujets à l’autorité. Avec le dispositif que
l’on connaît déjà, voici quelques chiffres concernant l’expérience :
Expérience % d’individus
allant jusqu’à 450
volts
1) La victime n’est pas dans la même pièce que le sujet naïf. La victime tape 65%
sur la cloison pour protester
2) La situation est la même mais les cris de douleur sont clairement entendus à 62,5%
travers la cloison
3) La victime est dans la même pièce que le sujet naïf. Il est donc vu et 40%
entendu.
Il y a contact physique entre la victime et le sujet naïf puisque ce dernier doit le 30%
contraindre par force à qu’il pose sa main sur une plaque métallique délivrant
les chocs électriques.

 40% des sujets arrivent jusqu’à la zone rouge lorsque l’acteur et le sujet se trouvent dans la
même pièce.
 65% des sujets arrivent jusqu’à la zone rouge lorsque le sujet et l’acteur se trouvent dans 2
pièces différentes avec une forte cloison les séparant de sorte que le sujet ne puisse pas
entendre de manière claire et distincte les supplications de l’acteur.
 62,5% des sujets arrivent jusqu’à la zone rouge lorsque le sujet et l’acteur se trouvent dans 2
pièces différentes avec une mince cloison les séparant, de sorte que le sujet puisse entendre les
cris de manière distincte.
 Dans le cas où l’on place le sujet et l’acteur dans la même pièce, juste à côté, et que ce soit le
sujet qui doive rentrer en contact avec l’acteur càd poser sa main sur l’électrochoc, alors le
pourcentage des gens qui arrivent jusqu’à la zone rouge tome à 30%.
Ces chiffres sont tout à fait impensables ! Et encore auj. également ! (Cfr. « Le jeu de la mort »). Les
collaborateurs de Millgram ne pensaient pas que les gens allaient aller jusque-là. Ils ne se rendaient
pas compte qu’autant de monde pouvait être influencé à un tel point par l’autorité.

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En conclusion, cette expérience pose la question de l’autorité, de la légitimité du porteur d’autorité


qui, lui, peut se transformer au fil du temps : un académicien à l’époque, Hitler durant les années 1930,
un journaliste auj. par exemple. De plus, il faut bien avoir en tête le fait que pleins de signes
participent à la perception de l’autorité comme la propagande, l’uniforme, la mise en scène, etc. On se
soumet donc aux symboles de l’autorité.
Autre illustration : celle du procès de Eichmann à Jérusalem et l’analyse qu’en a fait Hannah Arendt.
Voir le livre : « Bien juger »
Poursuivons avec l’expérience de Milgram. Ce dernier tentera aussi de mettre en évidence les
variables de l’obéissance comme par exemple le fait de porter un tablier blanc ou pas, que le
scientifique soit une femme ou pas, etc. Tous ces éléments, lorsqu’ils sont présents ou absents, ont
pour effet de diminuer ou d’augmenter significativement le % des gens qui obéissent. Ce sont donc
des signes qui favorisent l’autorité et donc l’obéissance.
Qu’en est-il de l’opérationnalisation du phénomène ? Milgram le mesure effectivement donc il y a
bien une opérationnalisation. Toutefois, il introduit un symbole (tablier blanc) et cela va influencer de
différentes manières l’expérience en fonction de l’interprétation que chaque sujet en fera. Ce n’est
donc pas un élément totalement neutre vu que les résultats qu’il apportera dépendront de chacun.
Avant de passer au cognitivisme, on rappelle que le comportementalisme désigne la théorisation du
comportement et donc de l’apprentissage.

1.2. Le Cognitivisme (Piaget)


Texte associé : Piaget, jean : Six études de Psychologie, Paris, Denoël, 1964.

L’objet d’étude du cognitivisme est la pensée, et comporte donc un objet ainsi qu’une méthode
différente du comportementalisme.
Objet : la pensée et le langage dans son développement. C’est à partir de là que les autres aspects
(social, affectif, moral) du comportement se comprendraient.
Méthode : Au départ, observation naturaliste : on observe le développement spontané de l’enfant, en
essayant de saisir les moments de basculement de la structure cognitive et de son adaptation au milieu.
L’ « erreur » apparaît comme un révélateur particulièrement intéressant du fonctionnement cognitif.
C’est-à-dire, lorsque l’enfant se « trompe » dans une opération quelconque, Piaget va se demander :
qu’est-ce qu’il n’a pas encore acquis pour se tromper ? Dans la suite, plusieurs exemples sont
indiqués.
2 auteurs qui sont importants : Jean Piaget et Vygotsky. Le premier a longtemps observé les enfants et
aussi ses propres enfants. Ainsi, il s’est intéressé à la situation suivante : lorsqu’un enfant entre dans
son bureau et qu’il voit un bol de bonbons sur une étagère assez apparent et qu’il demande s’il peut en
avoir, le professeur répond par l’affirmative. Ce qu’il se passe alors est singulier car l’enfant va décrire
tout haut ce qu’il va faire afin d’accéder à ce bol de bonbons. Pourquoi cela ? Aussi, on remarque ce
phénomène chez les enfants en train de jouer, ils doublent leur jeu avec un récit oral non pas pour
communiquer, mais simplement pour doubler leur action.

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Le 2ème auteur, Vygotsky, a lui aussi observé les enfants, mais surtout ceux handicapés. Il s’est
notamment intéressé à une situation particulière afin de faire ressurgir la problématique du
cognitivisme. Ainsi, il donna à manger une glace à la fraise à un enfant. Mais l’enfant dit que la glace
est ignoble mais par la suite il se rend compte que la glace est aux cerises. Et tout d’un coup, il se dit
que la glace est bonne. On explique cela par le fait qu’il y avait une attente de la part du cerveau qui
détermine à l’avance la sensibilité à telle ou telle nourriture (c’est pour cela qu’annoncer un plat à
l’avance stimule la sensibilité et donc l’expérience gustative). Par conséquent, le gout est lié à la
cognition et pas aux sens.
De fait, il en découle qu’une partie de notre connaissance est déterminée par notre esprit. Avec le
cognitivisme, on va donc s’intéresser à la manière de connaître, à la cognitio.
Piaget est un biologiste qui a observé ses enfants. Dans sa formation en tant que bio., il s’était
intéressé à l’observation de l’animal et avait un sens de l’observation très acuité.
Le développement psychique débute dès la naissance et prend fin à l’âge adulte. Il consiste dans une
marche vers l’équilibre. Il s’agit d’un processus d’équilibration successive, des passages d’un état de
moindre équilibre à un état d’équilibre supérieur.
Incohérence et instabilité des idées infantiles  systématisation de la raison adulte.
Sentiments et rapports sociaux obéissent à la même loi de « stabilisation graduelle ».
Deux concepts clés dans le modèle de Piaget
Structures variables : stades
Fonctions constantes : Assimilation versus Accommodation.
Chez lui, il y a deux notions fondamentales dans le développement de la pensée et du langage. Depuis
la naissance jusqu’à on ne sait quand, la pensée se développe. Il y a des stades de développement de la
pensée. Il s’agit de structures qui sont variables. Cependant, il y a des fonctions constantes.
Indépendamment du stade envisagé, il y a des fonctions cognitives qui ne varient pas au fur et à
mesure que l’on traverse les développements.
Premier concept-clé : les Stades 
2.1 Stade des réflexes ou montages héréditaires, ainsi que de premières tendances instinctives
(nutrition) et des premières émotions.
2.2 Stade des premières habitudes et des premières perceptions organisées, ainsi que des
premiers sentiments différentiés.
2.3 Stade de l’intelligence sensori-motrice ou pratique (antérieure au langage).
2.4 Stade de l’intelligence intuitive. (De 2 à 7 ans, deuxième partie de la petite enfance).
2.5 Stade des opérations concrètes (début de la logique) et des sentiments moraux et sociaux de
coopération (7 à 11-12 ans)
2.6 Stade des opérations intellectuelles abstraites, de la formation de la personnalité et de
l’insertion affective et intellectuelle dans la société des adultes (de 12 ans jusqu’à la fin de
l’adolescence)

Toute action (mouvement, sentiment ou pensée) correspond à un besoin (besoin élémentaire, intérêt ou
question, etc.). Un besoin est la manifestation d’un déséquilibre. L’action se termine lorsque le besoin
est satisfait, l’équilibre est rétabli entre le fait nouveau (qui a déclenché le besoin) et notre organisation
mentale antérieure.
« Manger ou dormir, jouer ou parvenir à ses fins, réussir son imitation, établir un lien affectif,
maintenir son point de vue, sont autant de satisfactions qui, dans les exemples précédents, mettront un
terme à la conduite particulière suscitée par le besoin » (p.16).

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A chaque instant l’action est déséquilibrée par les transformations du monde, extérieur ou intérieur, et
chaque conduite nouvelle cherche non seulement un rééquilibrage mais tend vers un équilibre plus
stable (c’est pourquoi il y a développement !).
Depuis la naissance, la pensée se développe. Il y a donc des stades de développement de la pensée et
ces stades sont appelés structures variables. Et ces stades sont donc différents en fonction de notre
âge.
Les fonctions constantes désignent le fait que, indépendamment du stade auquel on se trouve en
fonction de notre âge, certaines analyses d’une situation ou d’un phénomène restent les mêmes.
Mais comment cela est-il possible ? Car l’enfant se trompe parfois alors que l’adulte ne se tromperait
pas dans ces mêmes situations. Par exemple, prenons la situation d’un enfant en Afrique. Si à travers
une fenêtre un coup d’une girafe dépasse, l’enfant demandera à sa mère « Qu’est-ce que c’est ? » et
cette dernière répondra que c’est un coup de girafe. Et si le lendemain, un train est visible par la
fenêtre, l’enfant dira « C’est une girafe ! ». Mais sa mère lui dira que non, c’est un train. Mais ce que
l’on peut remarquer c’est que l’enfant ne s’est pas bêtement trompé, il s’est trompé de manière
logique. Càd qu’il assimile tout ce qui est visible par la fenêtre à un coup de girafe.
 On dira que l’enfant est capable d’associer des choses totalement différentes et hétérogènes.
Ce qui est dit ci-dessus est également valable pour l’apprentissage d’une langue par exemple, car l’on
fonctionne de manière logique afin d’étendre notre connaissance.
 Ainsi, selon Piaget, on en apprend beaucoup plus lorsque l’on se focalise sur les erreurs plutôt
que lorsque l’on regarde uniquement les réussites.
Deuxième concept-clé : les Fonctions constantes
Accommodation : réajuster la structure acquise en fonction des transformations subies ; l’
accommoder aux objets et aux faits externes.
L’adaptation est ce qui résulte de l’équilibre des assimilations et accommodations.
2 fonctions constantes présentes dans la théorie de Piaget doivent être différenciées :
i) L’Assimilation : incorporer les choses et les personnes à l’activité propre du sujet.
Incorporer le monde extérieur aux structures déjà construites.
Cela consiste à approcher 2 phénomènes/situations différent(es) de la même manière car
on incorpore ces 2 situations à notre structure déjà construite. Donc, ma structure
cognitive, je la mobilise identiquement dans des situations différentes.
Par exemple : « Tous les hommes sont pareils » : on ignore ici complètement toutes les
variantes qui peuvent exister. En d’autres termes, l’assimilation déploie aussi une véritable
capacité de généralisation. L’assimilation propose ainsi une certaine stabilité.
ii) L’Accommodation : réajuster la structure acquise en fonction des transformations
subies ; l’accommoder aux objets et aux faits externes.
C’est ici le mouvement inverse que l’on désigne. Ainsi, on déconstruit afin de modifier
nos propres structures déjà présentes. On change donc de structure afin d’adopter celle
que nous présente la situation devant nous. Mais l’accommodation comporte donc une
certaine instabilité.
Mais alors comment expliquer que, peu importe l’âge, nous fassions tous preuve de ces 2 fonctions
constantes ? On peut illustrer cela par le fait que le bébé tout comme le scientifique doivent pouvoir
modifier leurs propres structures lorsqu’ils rencontrent une résistance.
Illustration d’assimilation : situation d’un bébé dans un berceau avec une ficelle accessible qui
produit de la musique lorsque l’on tire dessus. De plus, des formes géométriques bougent au-dessus du
berceau avec le mouvement de la ficelle. Ainsi, le bébé va associer son acte de tirer sur la ficelle au
mouvement des formes et à l’enclenchement de la musique. On dira que le bébé fait preuve d’une
intelligence pratique non-représentationnelle. Si sa mère est là et qu’elle part, il va tirer la ficelle ; si la

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

radio s’arrête, il va tirer la ficelle -> il tire la ficelle dans toutes les situations. Il généralise l’action
pour faire redémarrer plusieurs choses indépendantes. Mais ce genre d’association, les singes aussi
peuvent le faire ! Par exemple, si on place un singe dans une cage, une banane hors de portée et un
bâton devant sa cage, le singe pourra associer le fait de devoir utiliser le bâton afin de pouvoir accéder
à la banane. Quelle différence avec les humains alors ?
 Ce qui différencie le bébé du singe dans ce cas-là, est que le bébé, lui, va commencer à utiliser
sa ficelle dans diverses situations ! Ainsi, déjà très tôt, il généralise son action. Il ne tient donc
pas compte de l’hétérogénéité des situations et réalise la même action à chaque fois. Tandis
que chez le singe, il n’utilisera pas le bâton pour essayer d’atteindre autre chose que la
banane !
Exemple d’accommodation : On pourrait alors se dire que cette pratique ne se retrouve uniquement
chez le nourrisson. Mais c’est sans compter le cas d’illustration des scientifiques. Ainsi, dans le cas
d’une crise économique et financière, le scientifique utilisera une théorie/structure déjà construite afin
d’expliquer cette crise (assimilation). Mais, dans certains cas, comme le nôtre, cela ne fonctionne pas
et le scientifique rencontre de la résistance. Dans ce cas-là, le scientifique doit modifier sa structure,
changer de théorie afin de pouvoir avancer (accommodation). De cette manière, tout comme le
nourrisson, il va tenter de diversifier ses actions grâce à la fonction constante qu’est l’accommodation.
Ces illustrations nous montrent bien le caractère constant de ces fonctions.
Piaget ira même jusqu’à affirmer que la notion d’ « adaptation » en biologie n’est que le résultat d’un
équilibre entre accommodation et assimilation.
Retour sur le deuxième concept-clé : les Stades
(Ce ne sont que des moyennes réalisées, ce qui signifie que les passages au stade suivant peuvent
varier au niveau de la temporalité).
Les deux premiers mettent surtout en évidence la généralisation à l’œuvre chez le petit humain dans
les réflexes et las habitudes.

Le bébé, à partir de 6 mois, commence à régir de manière systématique avec les familiers et les
étrangers. Il a aussi acquis des habitudes : capacité des bébés humains à incorporer des habitudes, à se
laisser construire des habitudes. C’est donc à ce moment que l’enfant fait des généralisations.
Une habitude est quelque chose que l’on fait toujours de la même manière. Elle implique une
généralisation des actes. Forme de généralisation de la vie ordinaire qui organise la vie quotidienne.

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Les réflexes se mettront en marche mais pas uniquement lorsque des stimuli seront présents. Par
exemple, un bébé qui se met à mettre en bouche et à sucer tous les objets qu’il a sous la main, ce n’est
pas forcément avec le stimulus de se sucer le pouce qu’il le fait. Mais pourquoi le fait-il dans ce cas ?
Car de cette manière il structure le monde grâce à cela : le monde est structuré par « Il y a des objets
que je peux sucer et d’autres que je ne peux pas ».
Cette intelligence produit un sentiment différencié car, par exemple, très tôt, les bébés vont pouvoir
différencier les personnes qui le prennent dans ses bras alors qu’auparavant non. Par conséquent, il
réagit de manière systématique face à celui qui est familier ou non. Il y a donc un mouvement
d’incorporation des habitudes, le bébé se laisse donc construire par elles.
Mais cela implique de savoir qu’est-ce qu’une habitude ? « C’est le fait de faire qqch de la même
manière » serait une réponse plausible. Elle implique donc une généralisation de la vie ordinaire. De
plus, l’habitude organise de manière pratique la vie ordinaire et ce de manière passive (pas
consciente). Or, avec l’intelligence sensori-motrice installe des habitudes mais de manière active cette
fois-ci, en acte. Ainsi, pour Piaget, un concept peut se définir comme étant l’intériorisation d’une
action. Ex. : la justice, etc. On peut donc en déduire que penser conceptuellement, c’est agir sur soi,
transformer ses habitudes.
2.3 Intelligence sensori-motrice 
I’intelligence pratique qu’utilise à la place des mots et des concepts des perceptions et des
mouvements organisés en « schémas d‘action ».
- Saisir une baguette pour attirer un objet éloigné : ceci implique saisir la relation entre le bâton et
l’objectif.
- Tirer une couverture pour attirer un jouet déposé sur elle.
Quatre catégories se construisent : l’objet, l’espace, le temps et la causalité.
a) L’objet : c’est la question de la présence - existence. Découvrir qu’un objet existe même
quand on ne le perçoit pas. Ceci implique l’absence. L’enfant découvre qu’en criant ou en
pleurant il fera revenir sa mère lorsqu’il ne la voit plus. Par la suite il cherchera l’objet caché.
Le monde matériel s’extériorise, il ne dépend plus de mes perceptions. Passage de
l’égocentrisme primitif vers l’élaboration d’un univers extérieur. Ex : crie ou pleure pour que
sa maman revienne.
b) L’espace : au départ il y a autant d’espaces non cordonnés entre eux que de domaines
sensoriels (espace buccal, visuel, tactile, etc.). À la fin de la 2 éme année se construit un espace
où les objets se trouvent en rapport entre eux, y compris le corps propre. Mais l’espace se
construit à partir de la coordination des mouvements.
c) Causalité : au départ est liée à l’activité propre (égocentrisme). Ex. tirer une ficelle, fait bouger
mobile suspendu sur la toiture. Il utilisera le même schème pour agir à distance sur n’importe
quoi : pour faire continuer un balancement qu’il observe au loin, pour faire durer une musique,
etc. C’est une sorte de causalité magique. L’essentiel c’est que l’enfant généralise l’action.
C’est dans ce sens qu’un « schéma d’action » est analogue à ce que plus tard sera un
« concept ».
d) Le Temps

2.4 L’intelligence intuitive 


L’apparition du langage modifie l’aspect intellectuel, affectif et social des conduites. Avec le langage,
l’enfant peut reconstituer ses actions passées et anticiper les actions futures par la représentation
verbale. 3 conséquences essentielles :
a) Un échange devient possible entre individus. Début de la socialisation de l’action.
b) Intériorisation de la parole, c’est-à-dire apparition de la pensée elle-même, qui a pour
support le langage intérieur et le système des signes. (Réflexion)

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c) Intériorisation de l’action comme telle. De purement perceptive et motrice, elle peut


désormais se reconstituer sur le plan intuitif des images et des expériences mentales.
Autour de 2 ans : l’enfant commence à parler. Cela implique (1) qu’il pourra raconter ce qu’il a fait,
reconstruire l’action sur le plan de la parole ainsi que de pouvoir anticiper une action avec son langage
en décrivant ce que l’on va faire (2). Mais au départ, l’enfant parle pour accompagner/prolonger son
action.
Affectivement apparaissent les sentiments interindividuels (sympathies, antipathies, respect, etc.) et
l’affectivité s’organise de manière plus stable.
Est-ce que les enfants, à trois ans, dialoguent ? Non, lorsque l’on observe des enfants, ils
n’entretiennent pas réellement un dialogue ! Càd qu’ils ne parlent pas initialement pour échanger. Ils
se stimulent réciproquement à l’action. Ce qui implique davantage un monologue collectif plutôt
qu’un dialogue. C’est donc l’action qui est avant tout première chez l’enfant, pas le récit qui la
double/prolonge/accompagne !
Ce n’est pas parce qu’ils parlent que les enfants communiquent ou coopèrent. Si on observe leurs
actions et échanges spontanés, on repère que les enfants jusqu'à 6-7 ans ne savent guère discuter entre
eux et ils se bornent à heurter leurs affirmations contraires. Donc l’apprentissage de la socialisation
sera nécessaire pour parvenir à la coopération réelle.
Au fond, les enfants paraissent ne pas pouvoir se mettre dans le point de vue d’autrui et parlent comme
pour eux-mêmes. De telle sorte que quand ils parlent on a l’impression d’un « monologue collectif »,
« consistant à s’exciter mutuellement à l’action plus qu’à échanger des pensées réelles » (34). On peut
déceler ce caractère du langage des enfants dans leurs jeux. Par exemple, une partie des billes : « les
grands se soumettent aux mêmes règles et ajustent leur jeu individuel les uns aux autres, tandis que les
petits jouent chacun pour soi sans s’occuper des règles du voisin » (34).
Un trait majeur du rapport au langage dans ce stade : l’enfant ne parle pas seulement aux autres, « il se
parle à lui-même sans cesse en monologues variés qui accompagnent l’action » (34). Il s’agit des
soliloques prononcés à haute voix, qui opèrent comme des adjuvants de l’action immédiate. Ces
soliloques et monologues collectifs constituent plus de 2/3 du langage spontané vers 3 – 4 ans et
diminuent graduellement jusqu’à 7 ans.
L’enfant est donc à mi-chemin de la véritable socialisation. Ce qui ressort avec force c’est qu’il est
centré sur lui-même (égocentrisme) et qu’il a du mal à coordonner son point de vue avec ceux des
autres. Il entend les propos des adultes, mais plutôt qu’en tenir compte et les intégrer, l’enfant produit
un compromis entre le point de vue d’autrui et le sien, sans les coordonner. Égocentrisme implique
« indifférenciation entre le point de vue propre et celui des autres » (45).
Au fond, les premières années de ce stade paraissent fonctionner autour des mouvements
d’assimilation. Par exemple les jeux symboliques, tel que jouer à la poupée. Ces jeux sont une activité
réelle de la pensée, mais essentiellement égocentrique. « Sa fonction consiste, en effet, à satisfaire le
moi par une transformation du réel en fonction des désirs : l’enfant, lorsqu’il joue à la poupée, refait sa
propre vie, mais en la corrigeant à son idée, il revit tous les plaisirs ou tous ses conflits, mais en les
résolvant, et surtout il compense et complète la réalité grâce à la fiction. Bref, le jeu symbolique n’est
pas un effort de soumission du sujet au réel, mais, au contraire, une assimilation déformante du réel au
moi ». (38).

Ex. promenade le soir : « La lune nous accompagne ». L’enfant ne saisit pas que les marcheurs en sens
inverse font la même expérience de voir la lune toujours à la même distance, et que dès lors on
pourrait dire qu’elle les accompagne aussi. Il faudra qu’il soit capable de se mettre dans le point de
vue des autres pour saisir que la lune ne peut pas accompagner tout le monde, en même temps et dans
des sens différents. Mais on peut se demander alors à quel moment il comprendra que son énoncé est
faux ? On peut se dire que cela peut arriver grâce à la vue d’autres personnes. En effet, si l’enfant
s’aperçoit tout d’un coup qu’un couple de personne marche mais dans le sens inverse et que la lune est

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également toujours auprès d’eux, cela pose problème à l’enfant et cela le frappe. Et cette «  étincelle »
lui fera se remettre en question.
Mais ce qui est important à retenir ici, c’est le fait que l’enfant parvienne à se mettre à la place de
l’autre ! Effectivement, il comprend qu’il y a un problème car en se mettant à la place de l’autre,
l’enfant saisit que la lune les « suit » aussi.
 Ces situations font preuve de l’égocentrisme cognitif dont fait preuve l’enfant. Càd que le
monde, dans l’esprit de l’enfant, est organisé comme moi : les choses possèdent aussi une
volonté, des désirs et des envies, etc. (Et cela est au fondement de l’animisme)
La dernière illustration concerne aussi cet égocentrisme : si une fille se voit refuser d’avoir des fraises
par sa mère, cette fille donnera à son tour des fraises à sa propre poupée car elle preuve d’une
association différente du réel, ce qui veut dire qu’elle désire faire advenir le monde afin qu’il soit en
adéquation avec ses propres désirs.
 Le symbole alors est un symbole individuel, se référant à ses souvenirs, à ses désirs, et aux
états vécus personnels. D’un autre côté on trouve la pensée intuitive, qui révèle une tentative
de s’adapter au réel.
Les pourquoi : Bille qui tombe en pente. Pourquoi ? Parce qu’il y a une pente. Cette réponse ne suffit
pas à l’enfant qui ajoute : « elle sait que vous êtes là-bas ? ».

INTUITION vs OPERATION
On peut différencier ces 2 concepts grâce à 2 autres concepts : la réversibilité et le caractère
combinatoire. Ainsi, l’intuition se caractérise par le fait qu’elle n’est pas réversible ni combinatoire.
Elle fonctionne donc comme une image figée, une photo. Tandis que l’opération est réversible et
combinatoire. Mais qu’est-ce que ces 2 critères cachent réellement ? Nous alors le voir au moyen
d’expériences.
L’intuition
Le sujet affirme tout le temps et ne démontre rien. C’est parce qu’on tient compte du point de vue des
autres qu’on éprouve le besoin de fournir des preuves à propos de nos affirmations.
Les expériences que fait Piaget mettent en évidence que « jusque vers 7 ans, l’enfant demeure
prélogique, et il supplée à la logique par le mécanisme de l’intuition, simple intériorisation des
perceptions et des mouvements sous la forme d’images représentatives et d’expériences mentales qui
prolongent ainsi les schèmes sensori-moteurs sans coordination rationnelle » (47).
Expérience 1 :
8 jetons bleus alignés à intervalles réguliers. On demande à l’enfant de trouver autant de jetons rouges
dans un bac. Vers 4-5ans l’enfant fait une ligne de la même longueur sans se soucier du nombre de
jetons. Il ne les fait pas correspondre terme à terme. Donc il a une forme intuitive d’évaluer la quantité
en fonction de l’espace occupé, sans se soucier de l’analyse des rapports.
Vers 6-7 ans, il fait la correspondance terme à terme. Mais si on éloigne les deux jetons extrêmes de la
rangée rouge sans rien ajouter et qu’on lui demande dans quelle rangée il y a plus de jetons, il répond
qu’il y en a plus dans la rangée plus longue ! Si on met une rangée en paquet, l’équivalence se perd
davantage pour l’enfant. Donc, il y a équivalence tant qu’il y a correspondance visuelle, mais l’égalité
ne se conserve pas par correspondance logique. Il n’y a pas une opération rationnelle mais une simple
intuition.
Expérience 2 :
3 billes des couleurs différentes circulent dans un tuyau. L’enfant sait dire l’ordre dans lequel vont
sortir les billes si on le penche. Ensuite on remet les billes dans le même ordre, on le renverse devant

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lui et on le penche. L’enfant dira que les billes sortent dans le même ordre où il les a vus entrer. Il se
trompe. Pourquoi ? Il n’arrive pas à renverser l’image de ce qui a été vu. Il s’agit d’une intuition et non
d’un modèle mental réversible.
 L’enfant garde une image purement intuitive de l’ordre. Le tube est opaque et ne permet pas
l’intuition. Il s’est construit une image intuitive mais cette intuition est irréversible.
Expérience 3 :
2 voitures concentriques. La vitesse est seulement comprise s’il y a dépassement (perceptible) et pas
en fonction du temps et de la distance parcourue. Comprendre ce qu’est la vitesse, implique pouvoir
combiner deux critères en même temps, espace et temps.
Les intuitions sont rigides (pas mobiles, pas combinables) et irréversibles. Elles sont comparables à
des schémas perceptifs, à des images, à des actes habituels, donc à un bloc qui ne peut se renverser.
Aussi, voir le paradoxe de la tortue et d’Achille.
Expérience 4 :
Autre illustration : celle des ficelles. On montre à un enfant deux ficelles d’une même longueur et qui
sont bien alignées. Par contre, si on plie plusieurs fois la ficelle et que l’on place cette dernière à côté
de la première ficelle, l’enfant dira que c’est la première ficelle qui est la plus longue bien que la
longueur des 2 n’a pas changée. C’est bien la transformation qui fait que l’équivalence se perd chez
l’enfant. Il se trompe, pourquoi ?
 L’enfant plus âgé peut, dans son esprit, revenir en arrière. Le petit enfant ne peut pas, il évalue
la question de manière purement intuitive.

 C’est uniquement avec la réversibilité et la combinaison que l’on peut réaliser des opérations.

Mais lorsque l’enfant comprend qu’il y a un écart entre ce qu’il dit et la réalité, il chercher une
explication/une interprétation rationalisante. Ce qui entraîne les incessants et agaçants « Pourquoi ? »
de l’enfant. Et au final, le fait que la structure cognitive change de stades avec l’âge, cela a des
implications sur tout le reste ! Que ce soit la vie affective ou autre. L’enfant parvient alors à connecter
des réalités qui sont extérieures à lui. Pourtant, malgré les transformations, des paramètres demeurent
(la distance, la longueur, le temps, etc.).
Si on veut pouvoir donner une définition de l’opération plus ou moins correcte, on dira que c’est une
articulation, une combinaison de différentes intuitions qui fera que la pensée ne sera plus une simple
photo mais un modèle réversible et combinable.
On se rappelle donc que l’intelligence intuitive fonctionne comme une photo (fixe et non réversible).
Mais on le verra avec le stade des opérations concrètes, plusieurs photos peuvent ensemble former un
modèle qui comporte les 2 caractéristiques citée supra.
Expérience 5 :
On donne à un enfant des figures et on lui demande de les ordonner. A l’âge de l’intelligence intuitive,
on remarque qu’ils les classent selon un seul critère : soit toutes les couleurs ensembles ou soit les
formes ensemble mais ne peut pas combiner les deux critères.
 Lorsque les intuitions fonctionnent en système, elles deviennent des opérations.

2.5 Stade des opérations concrètes

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Une opération est une combinaison de différentes intuitions. La pensée commence à fonctionner
comme un modèle réversible, flexible et non plus comme une photo.
Illustration
On place un morceau de bois A et un morceau de bois B sur un bureau devant un enfant, de telle
manière qu’il est possible pour l’enfant de se rendre compte que le bois A est plus grand que le bois B.
Ensuite, devant lui, on cache le bois A et on place un nouveau bois, C, qui est plus petit que B devant
l’enfant. Ensuite, on demande si celui sous la table est plus petit ou plus grand que C. pour l’enfant de
5 ans, il demandera à voir le bâtonnet alors que la réponse sera évidente pour l’enfant de 7 ans car il
construit une articulation entre les deux intuitions. Contrairement à l’enfant au stade des opérations
concrètes, l’enfant au stade de l’intelligence intuitive n’a pas encore d’intelligence opérationnelle de
telle manière qu’il ne peut associer les 2 intuitions.
Après 7 ans, l’enfant devient capable de coopération et de concentration. Il est concentré lorsqu’il
travaille individuellement et collabore lorsqu’il travaille avec les autres. Il est difficile d’établir une
causalité : c’est parce que l’enfant est devenu capable d’une certaine réflexion qu’il arrive à
coordonner ses actions avec celles des autres, ou c’est parce qu’il y a progrès de la socialisation que la
pensée est renforcée par intériorisation ?
Il peut coopérer car il ne confond plus son point de vue avec celui des autres, mais il les dissocie pour
les coordonner. La discussion devient possible, ainsi que la recherche des preuves et des justifications
à l’égard de l’affirmation propre.
Le langage égocentrique disparaît et les propos de l’enfant témoignent par leur structure grammaticale
du besoin de connexion entre les idées et de justification logique.
Le jeu devient réglé. Même s’il ne connaît pas toutes les règles d’un jeu, l’enfant s’assure que tout le
monde suit les mêmes règles. Dès lors, la question de gagner ou perdre dans les jeux devient
importante.
Dire que l’enfant est capable de réflexion, veut dire qu’il délibère intérieurement. Il discute avec soi-
même comme il le ferait avec d’autres. La réflexion est donc une conduite sociale de discussion mais
intériorisée (comme la pensée elle-même suppose un langage intérieur). De nouveau la causalité est
difficile à établir, comme la question de l’œuf ou la poule. Toute conduite humaine est à la fois sociale
et individuelle.
La causalité n’est plus anthropocentrique ou égocentrique (le soleil est né parce que je suis né) mais se
conçoit par transformation. Par exemple : le soleil naît des nuages, les pierres de la terre, la terre de
l’eau, etc. Il y a un principe d’identité et de transformation qui régit bon nombre des affirmations
causales. Il y a une sorte d’assimilation rationnelle : tout doit avoir une raison logique.
L’apparition de l’explication atomiste permettra l’acquisition de la notion de « conservation ». Par
exemple l’expérience de la conservation du poids et du volume : deux verres identiques avec la même
quantité d’eau. Quelques morceaux de sucre son mis dans un des verres. L’enfant comprend que dans
celui-ci il y a plus de volume. Ensuite ont dissous les morceaux de sucre. On ne les voit plus. À l’âge
de l’intelligence intuitive, l’enfant estime que de nouveau il n’y a pas de différence de volume.
Quand l’enfant comprend que le poids et le volume augmentent lorsque le sucre se dissout, ils mettent
en évidence que la pensée a acquis la notion d’invariance (même si on ne voit plus le morceau de
sucre). L’invariance émerge successivement pour la substance, le poids et le volume : 7-8 ans
constance de matière et longueurs ; vers 9 ans : conservation du poids ; 11-12 ans : conservation du
volume.
D’autres principes de conservation acquis dès 7 ans :
- Conservation des longueurs, en cas de déformation des chemins parcourus.
- Des surfaces

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Ces notions d’invariance sont l’équivalent, sur le plan de la pensée, de la construction sensori-motrice
du schéma d’objet, invariant pratique de l’action.
Les notions de conservation s’élaborent en parallèle avec les explications atomistes, par composition
partitive. Ces deux acquisitions de la pensée se forment grâce à la réversibilité : la boule et la galette
pèsent la même chose, car vous pouvez refaire une boule avec la galette. On peut revenir au point de
départ. Il y a donc des opérations mentales coordonnées en système.
Les opérations rationnelles
Les opérations ne sont plus des intuitions. Elles se transforment en opérations « dès qu’elles
constituent des systèmes d’ensemble à la fois composables et réversibles » (72).
Les opérations se forment en système, pas de manière isolée. Exemple : les relations de famille (frère,
oncle, etc.) sont comprises en fonction de l’ensemble de la structure de parenté. Les nombres
n’apparaissent pas indépendamment les uns des autres, mais ils sont saisis comme les éléments d’une
série (1,2,3…). Ainsi, un enfant qui n’est pas au stade des opérations ne pourra comprendre les liens
familiaux que s’ils ont une signification directe pour lui, càd s’il possède des personnes dans sa famille
le reliant de telle manière. Tandis qu’un enfant au stade des opérations pourra comprendre le système
de parenté dans son ensemble sans devoir avoir des rapports directs avec ce dernier.
Saisir les systèmes et les séries permet de construire des classes et donc des concepts. C’est à ce stade
que l’enfant commence à comprendre les systèmes et les ensembles. Il comprend la logique et les
concepts.
Illustration
Boîte de billes en bois. 20 brunes, 3 blanches. Y a-t-il plus de billes en bois ou plus de billes brunes ?
Avant 7 ans, l’enfant dira : « plus de brunes ». Il n’a pas encore construit l’opération d’ensemble (une
partie = le tout moins les autres parties).
2.6 Stade des opérations abstraites :
Correspond à la pensée adulte, c’est à dire la pensée hypothético – déductive telle que la logique la
décrit. Qu’est-ce qui nous y donne accès ? C’est grâce à l’abstraction, càd au caractère abstrait de la
pensée qui fait son apparition vers 12 ans. Cette abstraction implique donc un détachement du concret
et une théorisation de la pensée. Le jeune adulte ou adolescent possède alors la pensée « du possible ».
L’abstraction ne permet pas seulement de déployer des opérations mentales, mais faire de théories,
articulant ainsi une série d’opérations. L’abstraction permet de comprendre, d’expliquer, de rendre
compte de ce qui est mais aussi surtout de réfléchir à ce qui n’est pas mais ce qui pourrait être. Le
détachement du concret est accru, le sujet pense pas seulement ce qui se présente à lui mais aussi le
possible. De ce fait, la construction d’un projet vital se rend un enjeu central de l’adolescence, la
projection de soi dans l’avenir. L’abstraction donc est au fondement de l’accès à la complexité, au
possible et au monde de la théorie.
MAIS elle est aussi au fondement de l’« aliénation », de cette possibilité de l’humain de vivre ailleurs,
loin de soi, de son expérience, perdu dans le monde de la pensée ou de l’imaginaire. La même capacité
d’abstraction est au fondement de capacités inouïes de l’humain ainsi que de la possibilité de devenir
malade, souffrir de la coupure du concret et de l’expérience concrète du monde, de soi et d’autrui.
De cette manière, cette pensée abstraite peut nous faire souffrir et nous aliéner en nous enfonçant dans
un monde imaginaire.

Illustration
Ainsi, on retrouvera souvent des ados qui souffrent mais à cause de pures abstractions comme
« Personne ne m’aime ». En effet, ce n’est pas une expérience concrète car il ne peut connaître « tout

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

le monde » afin de s’assurer que personne ne l’aime. Néanmoins, cette pure abstraction peut avoir des
conséquences très concrets et systémiques : se mettre en retrait lors d’une soirée et en ressortir en se
disant qu’on avait raison, que personne ne nous aime.
 La souffrance est articulée à une abstraction. Le sujet n’est plus en contact avec une
expérience.
BECK, A. a écrit un livre sur la Psychothérapie de la dépression. Selon cet auteur, la dépression est un
état où la cognition nourrit des pensées dépressogènes. Ces dernières possèdent deux caractéristiques :
i) Ce sont des pensées qui produisent d’énormes généralisations. Comme « personne ne
m’aime ».
ii) Ce sont des pensées qui produisent une nominalisation. Càd que le sujet va se donner une
propriété de son un être, un état fixe comme « je suis nul en math », rendant toute
modification de cet état impossible. Cela devient une propriété de mon être qui ne peut
plus changer.
Pour traiter la dépression, il faut alors déconstruire ces pensées dépressogènes. Il faut faire faire
l’expérience au sujet de l’effet négatif de ses pensées sur lui-même. La dépression est hantée par le «
rien ». Il faut déconstruire les pensées en leur faisant faire l’expérience de ce qu’ils disent. Il faut donc
le faire revenir à l’expérience concrète de sa pensée.
Par exemple, on peut imaginer qu’au lieu de dire « Personne ne m’aime », il vaudrait mieux nommer
les gens qui ne t’aiment pas mais surtout ne pas généraliser. Si je fais revenir quelqu’un à l’expérience
concrète, alors je le libère des effets dévastateurs de la généralisation qui se loge derrière les pensées
noires.
Cette méthode peut être une sorte de « maïeutique » comme chez Platon car elle se met en place au
moyen de questions afin de sortir le sujet de l’abstraction.
 On peut donc dire que l’abstraction nous rend capable du pire comme du meilleur. Il faut donc
pouvoir de temps en temps revenir à la pensée concrète que nous gardons en potentialité.
Pour finir, nous soulignerons le fait qu’il nous est nécessaire d’utiliser des concepts si l’on veut
comprendre un comportement inobservable (aussi pour empêcher que le comportement ne devienne
insaisissable). Mais cela n’empêche tout de même pas de mettre en place de petit test tels que
développés supra. Il faut tout de même faire une théorie (car sans ces concepts, les expériences sont
insaisissables).

1.3. La psychologie systémique


Texte associé : Watzlawick, Paul : Une logique de la communication, Paris, Seuil, 1972, pp. 45 – 116.

Approche que l’on peut considérer d’épistémologique et aussi interdisciplinaire car elle remanie
différentes sciences.
Son objet est les systèmes humains. Son intérêt fondamental est d’expliquer le fonctionnement des
systèmes et non les individus. Le comportement individuel serait un effet du fonctionnement des
systèmes tels que la famille.
Nous adopterons donc une approche systémique (comme l’écologie ou la biologie par ex.) afin de
déceler les connections qui existent entre les différents facteurs. Et cela fonctionne aussi pour le
comportement humain où l’on peut dire qu’il résulte de l’interaction entre tous les systèmes auxquels
il participe comme la famille, le travail, la vie sociale, etc.
La méthode : observation du fonctionnement « naturel » des systèmes humains. L’unité d’observation
est l’interaction et pas le comportement individuel.
Illustration

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Pour illustrer cela, on peut prendre la situation d’une personne présentant des symptômes de
schizophrénie avec des crises, des délires, de hallucinations, etc. Mais après un court séjour à l’hôpital
et un traitement, les symptômes diminuent. On prépare alors le retour à la maison. Néanmoins, à peine
rentré chez lui, le patient refait une crise et les symptômes sont encore plus virulents. Et cela se produit
aussi chez d’autres patients et même dans d’autres pays. Comment peut-on déterminer la maladie de
cette personne ? Qu’est-ce qu’il se passe dans les interactions avec la famille qui met le patient dans
un tel état ? Mais on ne peut observer la famille toute entière. Donc, les systémiciens de années 1960
vont redéfinir/recadrer les problèmes. Càd qu’ils vont se rendre compte que ce n’est pas juste le
patient qui souffre, mais toute la famille avec lui. C’est donc tout le système familial qui est perturbé.
Il faut recadrer le problème et concevoir que la maladie perturbe tout le système familial. Àpd ce
moment-là, les familles ont commencé à accepter les thérapies familiales. De fait, on fait venir toute la
famille (nucléaire) aux séances. Vient alors la question de savoir ce qu’est une famille.
Mais on rencontre alors la difficulté de savoir qu’est-ce qu’une famille ? Quel modèle utiliser ?
Nous allons nous pencher sur le modèle de Salvador Minuchin.
En haut à gauche : père et mari, en haut à droite : mère et femme, en bas à gauche : fils et frère, en bas
à droite : fille et sœur.
Les frontières sont donc perméables au sein de la famille, entre les membres, et aussi avec le monde
extérieur et donc les rapports sociaux autres que familiaux. On voit aussi qu’il y a 4 personnes
présentes mais 8 rôles !
- Père et Mari
- Mère et Femme
- Fils et Frère
- Fille et Sœur
On peut se demander si la transparence entre les membres de la
famille et souhaitable ? Non, il faut de la communication mais aussi
de l’opacité dans une famille saine. Il existe donc des réalités qui ne
sont partagées qu’entre frères et sœurs de même qu’il y a des
réalités qui ne sont partagées qu’entre père et mère. Dès qu’une
frontière se ferme, une autre s’ouvre -> système d’homéostasie (et
compensation systématique). On peut avoir des familles agglutinées
(pas de frontière interne mais frontière imperméable avec l’extérieure) ou éparpillées (frontière interne
opaque mais pas de frontière extérieure).
 Modèle systémique de la Famille : sous-systèmes (au nombre de 4), Frontières (perméables et
imperméables), rôles et identités.
Les frontières devraient être perméables. Deux formes pathologiques du système :
1. Famille éparpillée ou désintégrée : il n’y a pas de frontières avec le monde extérieur mais les
frontières entre les membres de la famille sont imperméables et épaisses. Dans ce cadre,
chacun des membres vit de son côté. Ils ne sont que des « cohabitants » et se forme une «
autre famille » dans d’autres domaines (l’école, le sport etc.). La famille devient un lieu de vie
en commun et non plus de relations.
2. Famille agglutinée : Il n’y a plus de frontières entre les membres de la famille tandis que la
frontière avec le monde extérieur et les autres rapports sociaux que la famille, s’épaissit et
devient quasi imperméable.
Ex. : pas de portes dans la maison. Dans ce type de famille, on se raconte tout, on partage tout
et on garde une certaine méfiance à l’égard des personnes extérieures à la famille. Par
exemple, si on invite un ami à la maison, cela risque d’impliquer de l’angoisse ou de la colère
au sein de la sphère familiale. C’est souvent dans ce type de famille que l’on retrouve les cas
d’inceste car il y a une sorte de confusion et de non-différenciation entre les membres. On
peut aussi déceler une famille agglutinée par le fait qu’un membre va systématiquement

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

terminer les phrases de l’autre. Finalement, il faut toujours pouvoir relativiser cette théorie par
le fait qu’il existe toujours un minimum d’interaction avec le monde extérieur.
Ex2 : Une personne téléphone à un cabinet. Au jour du rdv, 7 personnes se présentent dans la
salle. Il s’agit d’une famille. L’un commence, l’autre termine, mais la personne ayant
téléphoné ne prend à aucun moment la parole. La parole n’est pas différenciée. On ne sait pas
qui pense quoi car chacun pense déjà savoir ce que l’autre sait déjà. Ils se complètent dans la
parole mais ne s’écoutent pas.

Ainsi, le bon compromis entre les 2 constitue le « modèle » de la famille, disposant de frontières au
sein de la sphère familiale et à l’égard de l’environnement, mais qui sont perméables. Entre les deux
pôles de dysfonctionnement, on situe la famille « réelle » qui est un compromis entre la famille
agglutinée et éparpillée.
Aussi, il faut rappeler que le comportement individuel n’est que le résultat des interactions au sein
de ce système familial, et qu’un comportement que l’on peut qualifier de « malade, dysfonctionnel »
n’est qu’un indice pour déceler quel est le problème au niveau de la sphère familiale entière (approche
systémique). Car l’approche systémique envisage la possibilité que la cause de « la douleur » ne soit
pas toujours là où ça fait mal. Le symptôme est un effet de dysfonctionnement du système qui tente de
se rééquilibrer maladivement.
Illustration n°1 : l’enfant phobique
Exemple : un enfant phobique qui au fond est pris dans une « parentalisation » pour compenser
l’absence du père. Le système, ayant besoin de ce rôle, pousse l’enfant à l’accomplir. En effet, si on
imagine un père qui est parti la semaine et qui revient le w-e, sa frontière avec le reste de la famille
s’épaissit tout en opérant une ouverture sur le monde du travail. On pourrait donc imaginer une
compensation familiale (Grands-parents) ou sociale (amis) afin de pallier ce manque. Mais si cette
mobilisation n’est pas mise en place, le fils va commencer à subir une parentalisation car il va devoir
effectuer des tâches dont son père s’occupe normalement. On peut alors en déduire que la phobie de
l’école développée par le fils viendrait du fait qu’il « a trop » et qu’il ne peut s’occuper de toutes les
tâches qui lui incombent, en plus de devoir gérer l’école. La solution à ce casus pourrait alors
simplement se traduire par une recommandation à la famille de prendre une aide des Grands-Parents
ou d’amis. Et comme par magie, quelques jours plus tard le fils retourne à l’école.
Parfois, avec la guérison d’un membre de la famille, un autre devient malade à son tour un peu comme
si l’équilibre du système familial dépendant du fait qu’il y ait un malade. Pourquoi ? Car lorsqu’il y a
un membre de la famille qui est malade, cela renforce les liens familiaux et l’attention/l’inquiétude
bienveillante au sein de la famille. Et cela est donc indispensable pour certaines familles.
Illustration n°2 : l’anorexie
Une autre illustration de l’importance de la psychologie systémique est l’étude de l’anorexie. En effet,
dans ce genre de cas, une récurrence est l’observation d’une forte proximité entre la mère et la fille
(réciproque et consentie). Il existe donc peu ou pas de frontière entre les 2 tandis qu’une frontière
beaucoup plus épaisse se dessine avec le reste des membres de la famille. Ainsi, dans ce cas, une
bonne solution peut simplement se traduire par apprendre à « dire non » afin de réaliser une
différenciation entre la fille et la mère. Il y a donc une certaine forme de conflit qui est tout à fait
nécessaire. Seulement, dans le cas de l’anorexie, la fille place le « non » au mauvais endroit : dans la
nourriture.
Toutefois, on ne peut non plus toujours se permettre d’interpeller la mère car cela produit de la
culpabilité chez elle. On peut dès lors plutôt envisager que le père et le frère de la fille aillent faire des
activités avec elle tout en omettant de prévenir la mère, ceci ayant pour but d’installer progressivement
une certaine opacité entre la mère et la fille.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

 On peut essayer d’équilibrer milieu familial en épaississant la frontière entre la mère et la fille
et réduire celle entre l’épouse et le mari car chaque fois qu’une frontière se ferme, une autre
s’ouvre.
Mais l’anorexie peut aussi bien provenir du fait que l’on a « forcé » le nourrisson à manger (parce
que l’adulte angoisse quand l’enfant ne mange pas). Cela aura pour effet de produire un « dégoût de
manger ». On peut remédier à cela avec de simples techniques, telle que le jeu de l’avion. Car ce
dernier produit du plaisir chez l’enfant, même si ce plaisir reste associé au jeu et non pas à l’action de
manger. Car c’est avec le temps que l’enfant associera ce plaisir à l’action de se nourrir. Le nourrisson
voudra donc manger car il a le désir de manger, et non plus parce qu’on le lui dit ou parce qu’on lui
fait faire un jeu. Ainsi, cela vaut dans tous les domaines : étudier, manger, faire du sport, etc.
 Il faut tenter de s’approprier l’action et éveiller son désir par rapport à elle, ce qui sera
beaucoup plus efficace que de se dire « je dois le faire parce qu’on me le demande ».

Théorie de la Communication
Processus central dans les systèmes humains, dont la famille : la communication. Voy. La théorie de
la communication avec Bateson et Watzlawick.
Approche pragmatique de la communication : l’étudier telle quelle est et non telle qu’elle devrait être
(différence avec la théorie de l’information « Émetteur, canal-codification –message – Récepteur-
décodification », qui construit un modèle idéal de la communication humaine). La théorie de

l’information ne nous sert donc pas pour comprendre la communication humaine. Par exemple, si qqn
dit « Peux avoir le sel ? », l’autre pourra lui répondre « Mais pour qui tu te prends ?! » car le ton de la
question n’était pas adéquat. La simple théorie de l’information ne pourra donc expliquer et rendre
compte de cet échange.
Mais ce modèle ne fonctionne pas en réalité car il ne prévoit pas par exemple le ton de la
communication (Ex : « - passe-moi le sel !! – pour qui tu te prends ?! » ⇨ pas de problème de canal ou
de décodification ; le problème se situe dans le non-verbal). De plus, ce modèle laisse entendre que la
communication est toujours intentionnelle, or, dès qu’il y a interaction, il y a communication, même
involontairement (ignorer quelqu’un c’est communiquer avec cette personne). Il est impossible de ne
pas communiquer sauf en quittant la situation d’interaction, mais cela constitue aussi une forme de
communication. Avec le non-verbal, on a aucun contrôle sur la manière dont l’autre va interpréter
notre (ré)action.
La théorie de l’information, comme vu plus haut, présente certaines limites dont la plus importante est
qu’elle ne prend pas en compte l’information non verbale. De sorte qu’un simple échange ne pourra
pas être compris par cette théorie car elle ne pourra pas déchiffrer le ton et la gestuelle utilisés par
exemple.
Illustration 1
Je suis dans le train et la personne en face de moi me parle. Je n’ai pas envie de parler donc j’évite le
contact visuel, je réponds par onomatopées. Situation d’interaction dans laquelle je n’ai pas envie de
communiquer mais cela est impossible -> quoi que je fasse, l’autre va de toute façon recevoir un
message. Je n’ai aucun contrôle sur le message que je fais passer. Je peux ne pas parler mais je ne
peux pas ne pas me comporter.
Illustration 2

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

La logique du bouc-émissaire : les groupes, dans leur interaction, produisent systématiquement une
personne qui jouer le rôle du bouc-émissaire. Ce sera cette personne qui sera une sorte de
« punchingball » pour les autres, qui pourront évacuer leur haine avec lui.
Illustration 3
De plus, on peut expliquer le phénomène du burn-out comme une conséquence de l’organisation du
travail qui, de manière systémique, le produit. Ainsi, à cause du management contemporain, on voit
une formidable production de pathologies comme la fatigue chronique ou le harcèlement au travail.
 Le burn-out est soumis aux interactions extérieures. Il est le résultat d’interactions extérieures
pathogènes. Lorsque les employés d’une société ne peuvent pas s’exprimer librement.
 On ne peut pas rendre compte des échecs, uniquement des « résultats », c’est-
à-dire des résultats positifs, des réussites.
 Si les échecs se répètent et que les employés ne peuvent pas en parler ni avec
leur patron ni avec leurs collègues, ils sont plus vulnérables au burn-out. Ils
prennent tout sur eux.
 C. Dejours s’intéresse à l’impact des nouvelles méthodes de management sur
les nouvelles maladies.
5 axiomes de la communication 
1. Impossibilité de ne pas communiquer
2. Niveau relationnel et niveau de contenu
3. Communication digitale et analogique
4. Ponctuation de la séquence des faits (causalité circulaire)
5. Définition de la relation (symétrique ou complémentaire)

1. Impossibilité de ne pas communiquer : le comportement est toujours un message


Illustration : On peut prendre comme illustration une situation dans le train où un monsieur s’assied
auprès de nous. Il va commencer à nous parer et nous, on aura beau lui répondre de manière très
courte ou sèche afin de lui faire comprendre que cela nous dérange, il nous est impossible de ne pas
communiquer. Car même juste se comporter, sans répondre, c’est déjà communiquer. Car tout
comportement a valeur de message. Mais l’être humain peut tout de même tenter de ne pas
communiquer (refus, annulation, ou rendre la communication intelligible/incompréhensible).
 On n’a pas de pouvoir sur les messages non-verbaux. On ne peut pas ne pas se comporter. Si
tous les comportements ont valeur de message, alors il n’est pas possible de ne pas
communiquer.
Pourtant, l’homme cherche à faire l’impossible et tente de refuser la conversation :
 Refus de communication : je dis de manière claire que je ne veux pas communiquer. C’est un
rejet explicite qui a des conséquences : une pesanteur s’installe, un moment de gêne s’ensuit
-> conséquences émotionnelles (on n’ose pas toujours). C’est pour cela que certains
préférentiel persévérer dans une conversation non voulue.
 Annulation de sa propre communication : Rendre sa communication inintelligible ou nulle
= altération des liens logiques, liens logiques en apparence complètement injoignables afin de
fuir la conversation non voulue. Au bon du compte, notre interlocuteur se décourage et laisse
tomber la conversation. Et si le psychotique se comportait de manière consciente, réfléchie
quand il répond « à côté de la plaque » pour se soustraire à la conversation, à la
communication qui pourrait avoir des conséquences sur lui alors que pour nous la
communication n’en a aucune ? Hypothèse valide ?
 Discours vague : parler pour ne rien dire. L’interlocuteur voudrait ne pas parler de ça mais il
est dans une situation où il ne peut pas se le permettre. Il a une obligation de répondre. Lors

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

d’un entretien d’embauche, parler de sa vie de famille par exemple. C’est une situation dans
laquelle la personne aimerait ne pas parler de certains sujets mais s’y sent forcé ; c’est parler
pour ne rien dire. C’est la situation qui détermine le discours vague, et non la personnalité !
 Éprouver réellement (pas le simuler) un symptôme. Mal de tête, burn-out, … ne seraient-ils
pas des moyens pour échapper à la communication ? Serait-ce le seul moyen pour y
échapper ? // les femmes qui tombaient dans les pommes dans les salons au 18 ème siècle. Ils
sont des tentatives de se soustraire à une situation d’interaction.

2. Deux types de communication : digitale et analogique


Communication digitale : tout ce que l’on peut codifier dans l’échange humain (ponctuation, choix
des mots).
Communication analogique : tout ce que l’on ne peut modifier dans l’échange humain (gestes,
attitude, intonation, respect ou non de l’espace personnel…)

Je peux produire des cohérences ou des incohérences entre communication digitale et analogique.
Ainsi, il peut y avoir des conflits humains car on ne peut rendre les deux types de communication plus
ou moins cohérentes (ex : je dis « tu es le bienvenu » en tirant la gueule). Parfois, on n’assume pas ou
on ne se rend pas compte de ce que l’on transmet par communication analogique.

Illustration : Un schizophrène nous raconte un évènement dramatique et se met à rire : on est choqué
par les différences entre les affects et la pensée ; entre la communication digitale et la communication
analogique. Mais c’est aussi le cas pour l’ironie, ce n’est pas juste pathologique. Ces deux formes de
communications peuvent mener à des mauvaises compréhensions, voire des conflits.

3. Niveau relationnel et niveau de contenu


i) Contenu : ce dont on parle (thème, contenu de l’échange) (englobé ou déterminé par le
relationnel).
ii) Relation : détermine la compréhension du contenu. Elle change selon la manière dont je
me vois et celle dont je vois mon interlocuteur.

C’est une idée venue d’abord en observant les animaux. Comment faire la différence, quand des loups
se battent, si c’est pour de vrai ou pour un jeu ? Il y a quelque chose dans les gestes qui montrent que
ce n’est pas pour de vrai. Le type de relation est communiquée par ces gestes.

Illustration 1
Quand je dis bonjour à quelqu’un le matin et lui demande si ça va, il n’y a pas de contenu, je
n’apprends rien sur l’autre mais il est important dans la relation : on s’assure que l’on puisse avoir la
même relation que celle que l’on avait hier. (Importance du niveau de la relation)
Illustration 2
Je parle avec mon voisin pendant une demi-heure du temps. Il n’y a pas réellement de contenu mais
ces conversations sont nécessaires pour conserver ma relation avec mon voisin. (Importance du niveau
de la relation). Ici, la discussion paraît axée sur le contenu, cependant le réel but est de tisser des
relations. Échanges très importants pour entretenir ces relations.
Illustration 3
Une dame qui vend ses appartements mais en garde un au premier étage. Elle va promener son chien
tous les jours dans le jardin, sauf que le jardin maintenant appartient aux propriétaires de l’étage du
dessous. A la médiation, ils essayent d’abord d’attaquer le contenu mais se rendant compte que cela ne
marche pas. Il faut alors d’abord regarder le problème de relation : la dame se croit tjrs propriétaire de
tout. La dame espère que les nouveaux propriétaires vont reconnaitre qu’elle a vécu toute sa vie dans
cette grande maison et qu’il est dur de s’en séparer tout d’un coup ; de leur côté, les propriétaires

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n’accepteront jamais rien tant que la dame ne reconnait pas qu’en vendant, elle a choisi de renoncer à
sa propriété et que le jardin ne lui appartient plus. (Importance du niveau du contenu)
Illustration 4
Un couple qui veut peindre sa maison : madame en blanc, monsieur en vert. Ils se disputent et
n’arrivent pas à se décider car chacun ne veut pas céder. Le problème n’est donc pas le contenu mais
bien la relation : le problème n’est pas la couleur mais bien de savoir qui décide dans la maison.

Si on tente de résoudre un problème sur un mauvais niveau ⇨ pas efficace. Souvent, le vrai désaccord
entre deux personnes ne se trouve pas dans le contenu mais dans le relationnel. Pour résoudre le
problème, il faut alors communiquer à propos de la manière de communiquer (tu ne me laisses jamais
décider, tu n’écoutes pas mon avis, …) : c’est la métacommunication (arrive parfois chez un psy,
résout le problème alors qu’il ne fait rien). On parle de notre communication.
 Ainsi, la métacommunication est une communication de deuxième ordre/degré, d’un niveau
logique supérieur. On communique à propos de la communication.

Illustration : Le couple qui se dispute pour la couleur de leur maison  peuvent trouver des excuses
en se penchant sur leur communication (tu attends que je dise « je veux du vert » pour dire « je veux
du blanc »).

4. Définition de la relation
i) Définition symétrique : les acteurs établissent une relation symétrique, où les deux
acteurs sont à égalité. Ex : l’amitié.
ii) Définition complémentaire : les parties acceptent une certaine hiérarchie entre elles. Les
deux parties acceptent une asymétrie dans leurs relations. Ils acceptent qu’il y ait une
inégalité entre les deux parties. Ex. : Relation père-fils, patron-employé.
Illustration 1
Un couple. Monsieur parle avec un ami (commun du couple) et l’invite à manger avec eux de la
semaine. Quand il raconte cela à sa femme, elle se montre contente mais il y a quand même quelque
chose qui ne va pas. Ils ne sont pas d’accord mais ne savent pas pourquoi. Discuter dans le cadre de la
thérapie, ils arrivent à se rendre compte qu’ils ne sont pas d’accord qu’il ait pris cette décision sans la
consulter. Elle a l’impression qu’il fait une définition complémentaire de la relation entre eux.

Si on n’accepte pas la définition de la relation, on n’arrive pas à la définir et on n’arrive donc pas à
s’occuper du contenu. Lorsque la relation n’est pas problématique, elle ne fait pas de bruit : on peut se
concentrer sur le contenu.
De plus, si on n’accepte pas la relation complémentaire, si on n’accepte pas l’inégalité à laquelle on
est soumis, on passe son temps à renégocier la relation à l’infini.
Illustration 2
« Pseudo-désaccord » : n’est pas un désaccord sur le contenu de l’argument, sur ce qui est avancé mais
un désaccord dans la relation. Ainsi, dans un débat politique : l’adversaire n’est pas d’accord, pas
parce que l’argument ne lui plaît pas, mais parce qu’il ne veut pas reconnaître qu’il a tort et que j’ai
raison.

i) Relation pseudo-symétrique : on fait semblant qu’on est impliqué dans une relation
symétrique mais en réalité, une personne conserve toujours une définition complémentaire
de la relation. Ainsi, la relation est en réalité asymétrique.
Ex : un patron qui invite son employé à parler « d’homme à homme ». On croit que c’est une relation
symétrique mais par la structure, la complémentarité (patron> employé) reste.
Autre exemple : Père qui demande à son fils de lui raconter quelque chose « en lui faisant confiance ».

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

ii) Relation méta-complémentaire : complémentaire à un deuxième niveau, càd que l’on


fait croire à son supérieur qu’il est bien notre supérieur alors que ce n’est qu’une
apparence.
Ex : Place de la reine dans la tradition occidentale. Le roi gouverne normalement mais c’est, dans
certains cas, la reine qui gouverne. Ainsi, en Europe, le roi gouverne et pas la reine. Or, c’est la reine
qui dirige mais en faisant croire au roi que c’est lui. Elle va amener le roi à penser ce qu’elle veut et,
une fois l’idée exprimée, va lui dire qu’il a eu une très bonne idée ! Elle doit faire croire que le roi
gouverne alors que c’est elle qui gouverne.

« Le nœud » de R. Laing = la communication est construite par niveaux. Càd que Ronald Laing essaye
de décrire la communication comme différents niveaux de perceptions interpersonnels, car on n’a pas
toujours des définitions simples de nos relations.
Ex : quelqu’un qui dit qu’elle ne s’aime pas. Elle ne peut donc pas aimer quelqu’un qui l’aime. Dès
qu’une personne l’aime, elle le méprise car pour aimer une personne comme elle, il devrait être soit
idiot soit aveugle -> elle ne l’aime pas. MAIS, lorsque quelqu’un la méprise ou la hait, là elle l’aime
car il la voit telle qu’elle est.

Dès lors, notre identité est définie comme le regard que nous portons sur nous-même par la médiation
des autres.
5. Ponctuation de la séquence des faits
Nous plongeons dans nos interactions mais nous avons besoin de mettre de l’ordre. Ponctuer= mettre
de l’ordre. Nous ne pouvons pas vivre dans le flux pur et illimité de l’interaction. On construit alors un
récit intérieur de nos interactions.
Illustration 1 : la dispute de couple
Un couple qui se dispute. La femme dit que son mari est fainéant, il ne veut rien faire à la maison, il
est tout le temps en retrait et par conséquent, elle le poursuit partout. Le mari dit que sa femme est
tellement hargneuse qu’il veut avoir la paix et se retire dans son bureau.
La femme prétend que son comportement est la conséquence du comportement de son mari alors que
le mari prétend que son comportement est la conséquence du comportement de sa femme.
 L’homme ponctue la séquence des faits en disant que sa femme est hargneuse et que c’est
pour ça qu’il se met en retrait. La femme dit que l’homme est en retrait et que c’est pour ça
qu’elle est hargneuse.
Ainsi, l’homme dit que la cause du problème est sa femme et que son comportement est une
conséquence de ce qu’elle fait. La femme va dire le contraire.
 Les deux sont causes ET conséquences en même temps, c’est la nature d’une interaction.
Il est relativement commun dans l’expérience du conflit que l’on va construire une ponctuation
linéaire. Or, la ponctuation est circulaire. Dans ce cas, le mari et la femme sont à la fois la cause et
la conséquence du problème. De base, ils occupent une position passive : « j’attends que l’autre
change, qu’il prenne l’initiative ». Alors que la ponctuation circulaire fait prendre conscience aux
acteurs qu’ils sont à la fois cause et conséquence : « que puis-je faire pour changer MON
comportement ? ». Or, on ne fait que très rarement de manière spontanée cette expérience dans le cas
des conflits.     
De cette manière, lorsqu’on se trouve dans une ponctuation linéaire, les chances de résolution du
conflit sont faibles, même si on parvient à déterminer « qui a commencé ». Pour la femme, l’homme
doit être plus actif et pour l’homme, sa femme doit être moins sur son dos. Chacun attend que l’autre
change => ponctuation circulaire pour résoudre le confit.
Illustration 2 : la Guerre Froide
Dans le contexte de la course aux armes entre les USA et l’URSS durant la guerre froide : à chaque
fois que l’autre conçoit un missile plus puissant que celui dont je dispose, je suis obligé d’en produire
un qui sera à son tour le plus puissant (escalade militaire). L’autre constitue donc en permanence une
menace. Néanmoins, il est important de remarquer que dans les discours publics des 2 blocs, on voit

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

une logique de défense et de sécurité, de sorte que l’on justifie cette course à l’armement par la
désignation de l’autre comme menace.
Ainsi, on peut dire que les acteurs ne voient que le fait que leur action est la conséquence de l’action
de l’autre. Mais à aucun moment ils ne voient que leur action constitue également la cause de l’action
de l’autre. C’est ce que l’on appelle la ponctuation linéaire.
Finalement, avec la chute du mur, on remarque un arrêt ou en tout cas une baisse significative de la
course aux armes. Comment l’expliquer ?
Car la ponctuation linéaire a laissé place à la ponctuation circulaire dans les discours publics. De
sorte que dans ces derniers, les acteurs reconnaissent que leur action suscite aussi l’action de l’autre.
Et cela est tout à fait majeur ! On peut donc résoudre un conflit simplement grâce à une nouvelle
compréhension de ce dernier. Poursuivons cette réflexion à l’aide d’autres illustrations.

Illustration 3 : problème logique


Il faut pouvoir relier 9 points avec seulement 4 traits. Sauf que 95% des gens restent dans le cadre
dessiné par les 9 points, alors que cela n’est pas stipulé dans les consignes. Et dans ce cas-ci, le
problème ne pourra être résolu qu’en sortant du cadre. Càd réfléchir à l’encontre de sa réflexion
initiale.
Lorsqu’on doit affronter des conflits, le cadre fait partie de ces coordonnées virtuelles dans lesquelles
on situe le conflit (conflit de relation, conflit d’intérêt etc.). On cherche des solutions à l’intérieur de ce
cadre. On tourne en rond parce que plus on essaye de résoudre un problème, plus on connait d’échecs.
Mais il faut sortir du cadre !
Illustration 4 : la médiation
C’est aussi le cas d’une Cour d’Appel en France. Ainsi, au lieu de se demander si dans le jugement
précédent justice a été faite ou si la loi a été respectée, ils proposent une médiation avec les différentes
parties. Et parfois, dans ce cas-ci en tout cas, les parties parviennent à trouver elles-mêmes un accord
et, en dehors du cadre du tribunal. Comment expliquer cela ? Justement car c’est le cadre du tribunal
qui les empêchait de pouvoir trouver un accord.

Illustration 5 : médecin qui sort du cadre


M. ERIKSON qui est hypnotiseur, se fait appeler pour une intervention d’urgence. Il doit donc
intervenir auprès d’un patient qui casse tout dans sa chambre. Et comme c’est un grand gaillard,
personne ne parvient à le calmer. Ainsi, Erikson va foncer dans la chambre et se mettre à tout casser
avec le patient. Et le patient se pose des questions et arrête de tout casser, surpris devant le fait que le
docteur se met à tout casser avec lui. Le patient est saisi et lui demande s’il n’exagère pas un peu. Et
cela permet alors au patient de parler calmement avec le docteur.
Comment expliquer cela ? Car Erikson a agi à l’encontre de tout ce que les autres avaient fait avant lui
càd essayer de calmer le patient par des paroles moralisantes (ils restent dans le cadre, ça parait
logique). Ainsi, comme dans les autres illustrations, Erikson sort du cadre et cela lui permet de calmer
le patient.
Illustration 6 : Impuissance sexuelle
C’est l’histoire d’un homme qui souffre d’impuissance sexuelle. Ce dernier se met beaucoup de
pression et pense qu’il a un gros problème. Ainsi, le psychologue va lui donner une autre approche
afin de l’aider. Il va dire au couple que la femme devra dormir nue mais que l’homme ne pourra pas la
toucher. Sinon, la femme devra l’en empêcher. Et tout d’un coup, le couple revient qq jours plus tard
et l’homme est guérit. Comment l’expliquer ? Car l’homme produisait une certaine définition de son

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

problème et il s’enfermait dedans. Il s’auto-angoissait. Mais dans ce nouveau cas ordonné par le
psychologue, l’homme ne souffrait plus de cette angoisse car c’est désormais la femme qui doit dire
« non » à son homme pour pas qu’il ne la touche, et ce n’est plus la femme qui doit dire « viens ! ».
 Ce n’est plus lui qui doit s’empêcher lui-même mais sa femme.
Rappel : Concept de Métacommunication : communiquer à propos de notre manière de
communiquer. Faire de la communication qu’on a, l’objet de notre communication.
Communication pathologique 
(Déni, refus ; double contrainte ; escalade symétrique ; complémentarité rigide ; etc.).
Lien entre communication pathologique et formation de symptômes :
- Un symptôme peut opérer comme une stratégie pour « ne pas communiquer », en refusant la
communication par le biais d’invoquer un symptôme.
- La double contrainte, quand elle est systématique, peut engendrer une schizophrénie.
- L’annulation de la communication peut s’opérer par la tentative de rendre inintelligible la
propre communication, en allant jusqu’au délire ou la perte de cohérence de la pensée.

Explications
Souvent, il existe des paradoxes dans la communication humaine. Par exemple, un panneau qui
interdit d’afficher alors que c’est précisément ce qu’il fait. A force, on peut souffrir de cette
communication paradoxale, si on y est trop souvent et trop longtemps exposé. C’est ici le cas de la
double contrainte.
La double contrainte
En plus d’avoir deux injonctions contradictoires, on fait nécessairement une expérience négative,
douloureuse de nous-mêmes, quoi que l’on fasse.
Illustration 1 : la culpabilisation
Afin d’illustrer ce phénomène, on peut prendre la situation d’un fils qui se voit systématiquement
refusé ses sorties par sa mère. Et un jour, il a enfin l’autorisation. Néanmoins, sa mère le culpabilise
car elle lui dit qu’il peut y aller mais en même temps elle lui dit qu’elle est malade mais qu’elle peut
s’arranger autrement. Ainsi, dans cette situation, peu importe ce que le garçon décidera (aller à la fête
ou rester auprès de sa mère pour la soigner), il souffrira probablement (culpabiliser pour sa mère ou
être triste de ne pas pouvoir sortir alors qu’il en avait l’autorisation).
Illustration 2 : la culpabilisation comme conséquence de la communication paradoxale
Celle du fils qui enlace sa mère après un séjour à l’hôpital, sa mère se raidit, le fils devient tout rouge,
mais sa mère lui dit qu’il ne faut pas qu’il ait honte de ses sentiments. Ainsi, le fils aura droit à une
double contrainte et à une communication paradoxale car d’un côté, par son raidissement, la mère lui
fait comprendre qu’elle est mal à l’aise et que son fils doit donc arrêter de l’enlacer. Et de l’autre côté,
elle lui dit qu’il ne faut pas qu’il soit mal à l’aise sous-entendant qu’il peut continuer à l’enlacer.
 On l’a vu, la communication paradoxale a un versant pathologique (cas de la double
contrainte).
Le versant thérapeutique
Mais ce type de communication peut aussi avoir un versant thérapeutique.
Illustration
Ainsi, dans le cas de l’agoraphobie par exemple, il peut être souhaitable de prescrire à qqn qui est
agoraphobe, de se rendre dans un supermarché le samedi. Le psychologue ne va donc pas chercher à le

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calmer. Au contraire, il va lui prescrire le symptôme. Et si le patient fait ce que le psychologue lui dit
de faire, il pourrait se passer 2 choses :
i) Le patient pourrait ne pas avoir de crise d’angoisse comme cela avait pu être le cas de
nombreuses fois auparavant. Et cela s’explique par le fait que la crise d’angoisse est
toujours indépendante de la volonté. Et ici, c’est bien sous commande que le patient agit.
Cela peut donc expliquer pourquoi le patient n’a pas fait de crise d’angoisse.
ii) Ou alors le patient peut justement faire une crise d’angoisse. Mais cette dernière sera alors
produite activement, càd en réponse à la volonté du patient et plus précisément de celle du
psychologue. Par conséquent, le patient pourra désormais aussi activement choisir de
calmer sa crise d’angoisse puisqu’il l’aura sous contrôle. Et ce contrôle pourra être décisif
si le patient veut sortir de l’agoraphobie.
 Dans les deux cas, la prescription du symptôme s’avère plus efficace qu’un autre traitement.
Pour rappel, selon les systémiciens, la réalité du moi résulte des interactions des systèmes dans
lesquels il vit et évolue. Mais parfois, ces règles d’interaction se répètent, peu importe la volonté des
individus. Et cela permet donc d’élaborer des comportements systématiques, de sorte que l’on peut
peu à peu construire un savoir théorique sur bases d’observations empiriques. => Intérêt pragmatique
et conceptuel de cette approche.

Afin de l’illustrer, on peut prendre l’exemple de la cellule terroriste. On peut alors se demander si les
jeunes qui partent en Syrie présentent un problème, un trouble, au niveau de leur réalité
individuelle (style psychopathologie) ? Ou alors est-ce un phénomène systémique ?

Selon Olivier Roy, il ne s’agit pas d’une radicalisation de l’Islam mais plutôt d’une «  Islamisation de
la radicalité ». Car ces mêmes jeunes auraient pu être des skinheads à une autre époque. Ainsi, que ce
soit Roy ou d’autres systémiciens, ils se refusent à réduire le phénomène à des caractéristiques
individuelles.

1.4. La Psychanalyse
Textes associés :
Freud, Sigmund :
- (1910) « D’un type particulier de choix d’objet chez l’homme », dans : Œuvres Complètes, vol. X,
Paris : PUF, 1993, pp. 191-200.
- « La décomposition de la personnalité psychique », dans : S. Freud : Nouvelles conférences sur la
psychanalyse, Paris, Gallimard, 1970, pp.80-110.
- (1921) « Psychologie des masses et analyse du moi », dans : Œuvres Complètes, vol. XVI, Paris :
PUF, 1991, pp. 5-72.
- Florence, Jean : « Le désir de la Loi », dans : Ouvertures Psychanalytiques, Bruxelles, FUSL, 1985,
pp.223-245.
- Zizek, Slavoj : Comment lire Lacan, Basse Normandie, Nous, 2011, pp.7-28 (Introduction + chap 1 :
« Gestes vides et performatifs : Lacan face au complot de la CIA »).

Concernant les textes associés : à utiliser à l’examen pour émettre des hypothèses. Ne pas les mélanger mais
savoir les dissocier, les utiliser de manière indépendante.
Ne pas réduire une théorie à une série de thèmes, une bonne théorie doit pouvoir proposer un éclairage sur de
nombreux sujets.

Concepts : Le désir humain ; l’inconscient et le processus de la subjectivation (comment se forme


un sujet humain ?)
Dans ce chapitre, on va s’intéresser à la subjectivation, càd à la formation d’un sujet. Et il nous faudra
impérativement dissocier le Moi et le sujet. De sorte que le premier ne désigne que la représentation de
soi-même. Mais on peut alors se demander pourquoi est-il important de réaliser cette distinction ? Et
surtout comment y opérer ?

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Illustration : le caméléon social


On peut comprendre l’importance de cette dissociation avec les états-limites ou les personnalités
borderline. En effet, certaines personnes se façonnent à l’image de ce que leur interlocuteur désire et
attend d’eux. Càd que ce sont des caméléons sociaux (voir le film Zelig de Woody Allen). Ils ont donc
une personnalité qui est fragmentée en fonction de la personne avec qui ils se trouvent. Il n’y a donc
pas de continuité entre les différents aspects du Moi. Mais comment cela est-il possible ? Car il n’y a
pas eu de constitution du sujet, seulement la constitution du Moi. Cette illustration nous montre donc
bien qu’il est indispensable de réaliser cette distinction entre le Moi et le sujet.
Enfin, comme on le sait déjà, Freud propose cette forte hypothèse selon laquelle le patient ne sait pas
ce qu’il dit mais il le dit, tandis que le scientifique (ici Charko) ne dit pas ce qu’il sait.

Objet d’étude, l’inconscient


Pour comprendre cette notion, on peut prendre l’exemple de l’insomnie qui frappe quelqu’un alors
même qu’il est crevé après un festival et qu’il n’a donc presque pas dormi durant 4 jours. Comment
expliquer ce phénomène ? Car c’est qqn en lui qui pense toujours, qui est agité et qui l’empêche donc
de dormir. Le « moi » veut dormir mais quelque chose en moi refuse -> expérience normale mais je
fais l’expérience de vouloir quelque chose et d’en désirer une autre.
 Il existe donc une sorte d’altérité en chacun de nous. Et dans ce cas de l’insomnie, le patient
fait l’expérience de sa propre division subjective.
Certaines personnes ne sont pas divisées et là, c’est la folie. Descartes disait que le sujet était
transparent à lui-même et que, dans la solitude, il trouverait ses propres fondements. La psychanalyse
ne se fait pas seul, on parle toujours avec quelqu’un car elle vient d’une pratique intersubjective.
Méthode de connaissance : clinique, l’association libre. Principe « patho-analytique » : le normal
n’est pas étudiable directement car tout se présente en synthèse. C’est le pathologique qui nous
montre la structure de l’esprit. Métaphore du cristal : pour en dire quelque chose sur sa structure il faut
qu’il soit cassé.
Paradigmes fondamentaux : les névroses (particulièrement l’hystérie), le rêve, les actes manquées et
lapsus. En somme, ce que Freud appellera plus tard, les « formations de l’inconscient ».
Symptômes conversifs
C’est quelque chose de psychique qui produit des effets physiques ou physionomiques.
Pour l’illustrer, cela concerne par exemple les patients qui deviennent aveugles et qui ensuite
recouvrent la vue. Tout allait bien mais on ne sait pas pourquoi, le sujet était aveugle. Ils présentent
une vraie paralysie et un vrai dysfonctionnement qui reste inexplicable du point de vue médical, alors
que tout le système moteur fonctionne parfaitement. C’est donc bien un dysfonctionnement d’origine
psychique qui entraîne des conséquences physiques considérables.
Pareil pour la paralysie des jambes : on croyait que c’était du théâtre mais absolument pas. Il s’agissait
de vraies paralysies alors que tout le système moteur allait bien. -> vraie paralysie inexplicable du
point de vue médical car aucun dysfonctionnement anatomique. (= symptôme conversif : phénomène
physique sans raison médicale)
On les traitait avec des vapeurs : les Grecs avaient pensé que l’utérus de la femme se développait et se
promenait à l’intérieur du corps et qui déterminait tous ces symptômes. Le « remède » était donc des
plantes car leur odeur allait attirer l’utérus qui se remettrait à sa place.
Freud propose une 1ère hypothèse après que Charcot ait commencé l’hypnose sur les patients : il se
demande pourquoi Charcot ne dit pas ce qu’il sait, à savoir qu’il y a souvent une affaire de chambre

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qui est à la source du problème. Or, le névrosé, lui, ne sait pas ce qu’il dit. Freud va dire que si ces
symptômes ne disparaissent pas, c’est parce qu’on ne pose pas les bonnes questions.
L’hystérie et le symptôme  :
Les symptômes de cette névrose étaient incompréhensibles pour la médecine de l’époque (fin du
XIXe). Par exemple, face à une paralysie hystérique, sans fondement neurologique ou biologique, on
disait que la patiente mentait ou alors qu’elle théâtralisait (faisait semblant). Mais, si on piquait les
jambes d’une hystérique paralysée elle n’avait pas mal. Donc, la paralysie était bien réelle, bien
qu’incompréhensible et inexplicable.
Illustration
Crise hystérique face à la rencontre d’une pomme pourrie dans le parc. La crise devient
compréhensible quand la malade associe à « pourrie » les pourritures de sa vie, notamment un abus
sexuel infantile. Développons cette illustration. Une dame qui se promène dans le parc subit une
véritable crise hystérique. Les médecins apprennent alors plus tard que la dame en question a
simplement vu une pomme pourrie dans le parc, et cet objet aurait déclenché la crise. Comment
l’expliquer ? Et donc comment relier ce stimulus (= la pomme) à la réponse donnée (= crise) ? C’est
tout bonnement incompréhensible. Mais Freud va nous aider à le comprendre car il pense que c’est la
représentation de cet objet par cette dame qui a déclenché la crise, et non l’objet en lui-même.
Freud va alors développer ce que l’on appellera le Principe freudien : demander au malade ce qu’il a
à dire par rapport à son symptôme à travers l’association libre. Ainsi, le psychanalyste demande au
patient à quoi tel objet ou telle image lui fait penser. Et peu à peu, cela forme une véritable
constellation de représentations venant du patient.
Théorie de l’étiologie traumatique de la névrose 
Le traumatisme, les souvenirs (représentations et affects) ont été refoulés. Mais le refoulé n’est pas
oublié, il insiste pour se représenter. Ceci mobilise l’angoisse face au retour du refoulé. L’angoisse
vient de la résistance de la conscience à l’accueillir.
Donc, le symptôme est une formation de compromis entre poussée inconsciente et la résistance
(défense).
Et c’est notamment grâce à cet exercice que la dame qui a subi la crise dans le parc a pu mettre le
doigt sur le traumatisme sexuel durant son enfance. Et si le traumatisme sexuel sera souvent la cause
de la crise selon les observations de Freud, ce dernier abandonnera rapidement l’hypothèse selon
laquelle les patients subissant des crises hystériques auraient tous eu un traumatisme sexuel (infantile).
Ce qui est tout à fait intéressant, c’est que ce souvenir du traumatisme n’est pas directement disponible
à la conscience. Il ne revient que par l’exercice de la mémoire. En l’occurrence, par le jeu de
l’association libre de Freud. Ce souvenir du traumatisme n’était pas oublié sinon il ne pourrait pas
revenir mais il n’était pas non plus disponible à la mémoire : il se trouvait dans son inconscient. Or, si
on me demande ce que j’ai fait la semaine passée, j’essaye de me le remémorer et cela est la pré
conscience.
Mais quelle est alors la différence entre l’inconscient et le préconscient ?
On peut répondre à cette question en distinguant 2 types d’inconscient :
i) Inconscient descriptif = dans le préconscient, le souvenir n’a aucune incidence
sur ce qui arrive maintenant. C’est donc un pur passé.
ii) Inconscient dynamique = dans l’inconscient, le traumatisme a une incidence sur
le présent. Ce n’est donc pas vraiment du passé car c’est toujours d’actualité. On
n’a donc jamais pu passer à autre chose, on n’a jamais pu s’en défaire.

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Illustration : Le film que j’ai vu il y a un mois n’a aucune importance de ce qui m’arrive ici et
maintenant (=préconscient) >< le traumatisme a une incidence de ce qui m’arrive ici et maintenant
(=inconscient).
 Pour Freud, l’inconscient est une force dynamique déterminante de ce qui m’arrive ici et
maintenant alors que le préconscient est purement descriptif, ce n’est pas une force.
L’Ics est une force explicative du comportement et de la personnalité (traits de caractères par
exemple). Il est une force et pas seulement une non-conscience. Le préconscient correspond à tout
ce qui n’est pas conscient mais qui peut le devenir. Le préconscient renvoie à tout ce que j’ai oublié
mais qui ne produit pas des effets, ne détermine pas des comportements ou des symptômes. Par
contre, l’Ics détermine, forme des aspects du sujet.

Mais comment alors expliquer la perte d’un souvenir ? Car on désinvestit une expérience, càd que
l’on oublie l’expérience et aussi la représentation que l’on en a. Alors que dans le cas du traumatisme,
on continue à investir cette expérience et même plus, on ne parvient pas à la désinvestir. Comment
fait-on alors pour ne pas y penser 24h/24h ? On la refoule. Càd que l’on va rendre une expérience
hyper investie en un produit d’une discontinuité psychique.
Par exemple, si on avale un lego, une membrane se formera autour de ce dernier dans l’estomac, afin
qu’il ne fasse pas trop de dégâts. Mais cette membrane n’est pas tout à fait étanche, de sorte qu’à
certains, moments, la douleur ressurgit. C’est la même chose avec le traumatisme et le refoulement.
Ainsi, lorsque l’on refoule un traumatisme, il refera surface plus tard puisque la membrane peut se
percer par moments. De fait, une représentation d’un objet peut venir titiller ce traumatisme et
provoquer à nouveau un refoulement. Donc, par voie associative, un stimulus (pomme pourrie) vient
titiller ce traumatisme. Il se passe alors un symptôme (une crise par exemple) afin détourner notre
attention de manière hyper intense, de sorte que l’on ne pense plus à ce refoulement mais uniquement
à cette crise. Et cela donc, afin d’échapper au traumatisme. On pourrait donc dire que cela consiste en
une sorte de protection du corps pour se soustraire à la trop grande souffrance du traumatisme.
 Or, on remarque avec le refoulement, que ce dernier peut avoir des effets dévastateurs sur la
vie d’un individu.
Par exemple, si une dame a vécu un abus sexuel et lit Mme Bovary, elle pourra détester ce livre. Mais
avec le temps, elle pourra se dire qu’elle déteste la littérature française, et puis la littérature tout cour.
Ainsi, àpd un noyau d’angoisse, l’expérience de la vie du patient s’appauvrit. Et cela, à cause de tous
ces refoulements.
Et Freud nous dit que c’est pour cela qu’il faut revenir à ce noyau traumatique. Ainsi, la cause de
l’hystérie est que le refoulement n’est pas à 100% efficace. Il est donc toujours en activation
incessante.
 Perte de liberté car le refoulement n’est pas 100% efficace mais est tjrs en train de se faire. La
psychanalyse est une tentative de restituer au sujet plus de liberté.
Par exemple : J’ai peur des grandes avenues, j’ai peur de la rue, j’ai peur de l’extérieur  : névrose
hystérique et cela confine le patient chez lui.
Pourquoi l’hystérique refoule ?
Il faut souligner le fait que si la victime d’un abus sexuel éprouve ne serait-ce qu’une pointe de plaisir
lors de l’abus, cela rend le traumatisme impensable ! La douleur, la haine et la colère sont vivables
mais le plaisir ne l’est pas. C’est donc ce dernier qui pousse l’hystérique à refouler. La victime se sent
alors coupable et ne peut plus parler ni penser. Car les sensations de plaisir produites par le corps sont
indépendantes de moi-même. Mais c’est difficile de se rendre compte que je ne suis pas responsable
de mon plaisir.

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Plus tard, Freud se rend compte qu’il n’y a pas forcément de refoulement d’un traumatisme sexuel,
mais le refoulement d’un désir. Ce qu’on refoule, c’est toujours une expérience avec une possibilité de
plaisir et non pas une possibilité de douleur !
Mais pourquoi un désir peut-il nous faire souffrir ? Par exemple, c’est le cas de l’étude. Si on y prend
du plaisir, on peut aussi y trouver une grande souffrance si lors de l’examen, on ne parvient pas à
retaper toute la matière que l’on a étudié.
Ensuite, avec l’interprétation des rêves, Freud met en évidence que cette même logique est à l’œuvre
dans la formation des rêves. En effet, le « rêve manifeste » est aussi une formation de compromis qui
déforme partiellement le « rêve latent ». (Cf. infra)
Schéma du processus
Désir Ics Refoulé – Angoisse – Résistance (ou défense), càd refoulement => Formation d’un
Symptôme ou formation d’un rêve (=> retour du refoulé par la suite).

Théorie de l’étiologie fantasmatique de la névrose


Ensuite Freud comprend que l’origine de la névrose n’est pas toujours issue d’un traumatisme vécu,
mais d’un fantasme qui peut avoir un caractère traumatique, donc non-assimilable, pour le Moi. Car le
refoulement, ce n’est ne pas pouvoir se dire que l’on se refuse un désir. Tandis que se refuser un désir
de manière consciente, cela ne relève pas du refoulement.
Selon Freud, la satisfaction humaine se réalise par 2 voies : par l’objet et par les représentations.
i) La voie de l’objet : il faut une action spécifique pour arriver à atteindre l’objet de
satisfaction.
ii) La voie des représentations : quelque chose qui se fait par la voie langagière.
Par exemple, un enfant qui dit qu’il veut tuer son frère. Mais sa satisfaction ne passe pas
forcément par le meurtre concret de son frère. Car comme l’enfant est un être humain
doué du langage, il peut se représenter ce désir et ainsi le satisfaire d’une certaine manière.
Car dans ce cas-ici, le fait que l’enfant le dise tout haut et dise la manière dont il veut le
tuer, cela le clame justement, car il y trouve une sorte de satisfaction.
De plus, on peut dire que l’instinct chez l’homme se module par ses représentations. Il n’y a pas de
cycle de pulsions en fonction des saisons comme chez les animaux. L’animal, quant à lui, agit à
l’instinct. A un moment dans l’année, son instinct lui dit que c’est la période de reproduction. Chez
l’homme, il n’y a aucun cycle.
L’homme peut donner une signification tellement forte à un objet que cela devient un objet sexuel.
Cela nous prouve que ce n’est pas un instinct. Ainsi, il n’y a pas de fétichisme chez les animaux : ils
ne désirent pas une chaussure par exemple, ce que certains humains peuvent par contre désirer. Dès
lors, le désir humain est beaucoup plus indéterminé que chez les animaux.
Ce n’est pas le trauma qui détermine la névrose mais bien le fantasme (= une formation du désir)
Par exemple, le schéma du texte « D’un type particulier de choix d’objet chez l’homme » concernant
la formation du symptôme de l’impuissance psychique :
Pendant la puberté  des patients que l’article analyse, la libido a investi des objets d’amour externes
à la famille – Vient un interdit extérieur de choisir un objet – Se produit une régression de la libido,
qui va investir les représentations d’objets d’amour enfantins – Formation d’un fantasme incestueux
– Le sujet angoisse – Pour se défendre il refoule – mais il se produit un symptôme, l’impuissance
psychique dans l’occurrence (face à l’intimité avec certaines femmes, le sujet ne peut pas investir, il
angoisse. L’angoisse indique que le fantasme incestueux refoulé fait retour et donc le sujet est
inhibé. L’impuissance psychique marque son refus à accomplir un acte qui est « vécu » comme un
équivalent de l’inceste).

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 De manière générale, le névrosé souffre des fantasmes refoulés, refoulés car inacceptables
pour le moi. Il ne souffre pas nécessairement des choses faites ou qui ont eu lieu dans
l’histoire personnelle.
Pour poursuivre l’illustration présente dans le texte « d’un type particulier de choix d’objet chez
l’homme » : dissociation entre courant tendre de la libido et le courant sensuel = dissociation entre
amour et sexe. Il se fait que quand ils aiment une femme, ils ne peuvent pas avoir une vie sexuelle
avec elle. Au contraire, quand ils ont une vie sexuelle avec une femme, ils ne l’aiment pas voire ils la
méprisent. Dès lors, la condition de possibilité pour aimer, est de s’abstenir d’avoir des rapports
sexuels, tandis que la condition de possibilité pour faire l’amour, c’est de ne pas avoir de sentiment.
Lorsqu’ils ont une vie sexuelle avec une femme, il y a toujours un « tiers lésé » (= le mari qui paye les
pots cassés), il FAUT qu’elle soit mariée sinon il n’y a pas d’intérêt. Ils ne sont pas jaloux du tiers lésé
mais sont jaloux s’il y a une quatrième personne dans l’histoire avec qui la femme couche. En effet, ils
ne sont pas jaloux de l’amour de la femme envers le tiers mais bien envers la satisfaction sexuelle que
la femme trouverait avec le quatrième.
Ils ont une impuissance psychique, ce qui est un symptôme. Il va leur demander à quoi cela les fait
penser. Tous vont dire que pendant leur puberté, ils ont connu le processus normal de s’intéresser à
des objets du désir extra-familiaux (ex. : avoir une petite amie). Mais, à l’époque victorienne, tous ces
hommes ont subi un empêchement réel : un membre de la famille est venu empêcher cette relation.
Comme il y a un empêchement, ils vont se raccrocher à ce qu’ils connaissent (la libido subissant une
régression, se tourne vers les liens intrafamiliaux) : la famille, où la libido se développe en premier
lieu. Ils vont alors avoir des fantasmes incestueux qui va les faire angoisser. Ils vont refouler le
fantasme (cela n’a jamais eu lieu). Cela prouve que dans la névrose, on ne refoule pas seulement les
évènements mais aussi des choses qui ne se sont pas passées (des pensées). Ce qui est refoulé fait
retour, toujours. Par voie associative, quelque chose vient toujours toucher la membrane que je me suis
créée pour « oublier » mon fantasme. Quand un retour à la conscience pourrait avoir lieu, toutes nos
pensées se concentrent sur le symptôme.
2 Fonctions du symptôme
La fonction du symptôme est double : d’une part il constitue un élément de la censure, empêchement
de penser, de dire. Mais d’autre part, le symptôme est aussi une façon de dire sa vérité, d’exprimer
son désir. C’est donc une formation de compromis des différentes exigences : il faut masquer le désir
refoulé mais quand même trouver une possibilité de satisfaction dans le symptôme.
Ces hommes, quand ils aiment une femme, ne peuvent pas avoir de rapport sexuel avec elle car cela
voudrait dire qu’ils réalisent leur fantasme (relation sexuelle avec un objet d’amour).
 Pour conclure, selon Freud, c’est le désir qui est à la source de la névrose.
Le rêve met en évidence le même enseignement, la même logique
Rêve manifeste versus Rêve latent (pensées latentes qui représentent le désir ics refoulé)
Puisque le Moi s’angoisse face au désir ics, il transforme les représentations du rêve à travers les
mécanismes du processus primaire et de l’élaboration secondaire, donnant lieu à la formation du rêve
manifeste. Le rêve réalise le désir (même si le sujet n’en sait rien et qu’il trouve éventuellement que
son rêve est absurde) et aussi les exigences de la censure.
Le rêve est donc une formation de compromis, comme le symptôme. Le symptôme réalise aussi le
désir refoulé tout en respectant la censure. Le sujet réalise son désir sans en avoir conscience. C’est
pourquoi il tient au symptôme et que le symptôme est difficile à désamorcer, car, à travers lui, le
sujet jouit d’une certaine manière, du moins fantasmatiquement.

 C’est la structure de toutes les formations de l’inconscient : symptômes, rêves, lapsus, actes
manqués, et d’autres.

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Freud va ensuite appliquer cette idée à l’analyse des productions culturelles, tel que l’art, les croyances
primitives, les mythes, le folklore, etc.
Dans son livre, il dit que la formation des rêves est analogue à la formation des symptômes. Freud
pense que les rêves ont un sens. Toutes les grandes traditions de l’antiquité avaient raison car elles
pensaient que les rêves avaient un sens >< tout le monde à son époque, qui pensait que c’était un
épiphénomène et pas une réalité première. Les Anciens n’avaient juste pas la bonne méthode :
l’antiquité pose le rêve comme devant être interprété par l’interprète et non par le rêveur, qui doit se
contenter de raconter ce rêve. Or, Freud dira que c’est le rêveur qui doit faire ses propres associations.
Il dira aussi que le rêve s’organise comme un rébus (ex : Chat+ eau = château), càd que c’est une série
d’images qui n’ont un sens qu’avec une sonorité produite.
Le rêve est un moyen de dire quelque chose que nous n’arrivons pas à nous dire, sans forcément le
comprendre, puisque l’incompréhension est un signe de la censure, ce qui nous permet tout de même
de le raconter sans faire l’expérience de symptômes.
Illustration 1 : la femme dépressive
Femme qui a des symptômes dépressifs. Elle est fatiguée, donc elle ne va pas au boulot, donc elle
stresse etc. un autre symptôme est qu’elle ne supporte plus la musique. Dans son rêve, elle monte à
une échelle, et quand elle arrive au bout de l’échelle, il y a un souffle d’air frais. On lui demande ce
qu’elle connecte à une échelle -> la scala de Milan (théâtre à Milan de spectacles à l’air libre). Quand
elle était petite, elle voulait être une grande danseuse qui se produirait là. Elle s’est rendu compte et
rappelé qu’étant petite, elle voulait être danseuse et qu’elle voulait s’inscrire dans une école de danse.
Sa mère lui a dit qu’elle la déshériterait si elle devenait danseuse car toutes les personnes de cette
famille doivent faire de grandes études et elle doit faire la fierté de sa mère. Depuis, refoulement car
personne n’en a plus parlé. Si son désir de danser se fraye un chemin, la conséquence serait trop lourde
car elles changeraient la signification que j’ai pour l’autre, ce que l’autre attend de moi.
De manière associative, la musique la ramène à un désir sacrifié pour l’autre et l’irrite donc. Avec
l’entreprise, elle est tjrs dans un sacrifice car elle ne satisfait pas ses vrais désirs, elle est tjrs dans un
conflit. Le rêve est donc trace d’un désir refoulé. Mais en parlant de son rêve, et des associations
qu’elle réalise, elle va se soulager et être moins dépressive.
Illustration 2 : la patiente anorexique
Patiente anorexique. Elle fait un rêve où elle voit un corbeau sur le bord d’un champ qui se balance et
le ravage complètement. Elle associe et traduit cela par son côté sombre qui est au fond d’elle-même
depuis longtemps.
Dans ce cas, on va utiliser la technique du rébus. Il faut prendre l’image du rêve comme un rébus : il y
a un corps-beau ravageur (= l’image n’est pas une image mais une représentation d’un son). Il apparait
qu’elle n’est pas comme elle voudrait être : elle voudrait s’approcher de son idéal de beauté, mais n’y
arrive pas. Ce n’est pas le fait de ne pas l’atteindre qui fait souffrir mais bien simplement de l’avoir ->
il est ravageur. Il ne faut pas l’atteindre mais s’en défaire.
Illustration 3
Homme dépressif qui dit souffrir de la sensation d’avoir posé des mauvais choix. Il fait du théâtre de
rue et sa compagne doit souvent assumer le ménage. Il fait le rêve d’être sur une autoroute, dans une
deux chevaux. L’autoroute se divise en deux : autoroute toute nouvelle éclairée et à gauche, un chemin
en terre battue. Il prend ce dernier et, une fois la voiture toute cabossée, il se dit qu’il a pris le mauvais
chemin, encore une fois. En fait, il n’aime pas du tout vivre sur le « dos d’Anne » (dos d’âne) et il se
sent un poids pour l’autre.
La 2 chevaux renvoie au moment où la mère a dû vendre une belle voiture et s’acheter une deux
chevaux car elle devait faire des économies -> représentation d’un lien, moment à partir duquel il
pense être un poids pour l’autre. Son désir était d’être aimé pour ce qu’il est et non pas parce qu’il
avait un travail ou de l’argent, c’est pour ça qu’il ne s’en faisait pas de ne pas trouver de boulot->

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

c’était un désir refoulé. Savoir cela et s’en rendre compte va lui donner un peu de liberté par rapport à
ce désir refoulé.
Dès lors, le rêve est fait d’un côté pour que la censure du désir puisse se poursuivre et de l’autre, si on
comprend les détails du rêve, ils nous permettent de nous aider. Ceux-ci sont donc une condensation
de représentations, ce qui les rend compliqués et qui permet également d’unir les contradictions.
CCL : Freud disait qu’il faut différencier le rêve manifeste = rêve que l’on raconte >< rêve latent =
pensées du rêve telles qu’on les rencontre après interprétation. Le premier est un rêve agréable tandis
que l’autre travaille quelqu’un dans son sommeil. Le travail du rêve est fait de différentes opérations :
condensation, on met en positif la négation. En effet, dans le rêve, le négatif n’existe pas. Toute la
négation se transforme en positif. Aussi, la mort n’existe pas.
Le rêve est un processus secondaire car nous ne sommes pas éveillés, tandis que le processus
primaire désigne la pensée éveillée. Rêve latent qui se traduit par un rêve manifeste. Quand on
interprète un rêve, on fait le travail inverse.
Illustration : A partir de cette nouvelle théorie, les psychanalystes ont élaboré une nouvelle conception
du gouvernement. D’une part, il y a le gouvernement manifeste (ministres, cabinets, etc.) et d’autre
part, il y a le gouvernement latent (càd les forces effectives du gouvernement, ceux qui ont vraiment le
pouvoir).
« Nous sommes tous des névrosés », càd que nous avons tous la même structure subjective et
psychique, mais nous n’avons pas tous des symptômes. Rappel : c’est à mettre en lien avec ce qui a été
dit plus tôt, càd que pour saisir la structure psychique de l’homme, il faut mettre en évidence les
pathologies.

Expérience sous hypnose qui met en évidence la nature dynamique (de force) de l’Ics  : Sujet qui reçoit
une suggestion post-hypnotique : ouvrir son parapluie dans la salle avant de partir, une fois réveillé. Il
le fait. Interrogé sur la raison pour laquelle il ouvre son parapluie, il dit : « pour tester si les baleines
sont bien en place ». En fait il méconnaît la « vraie » raison, qui est Ics, mais détermine son acte.
Donc, l’Ics produit des effets, il n’est pas qu’un réservoir passif de ce qui a été effacé de la conscience.

Complexe d’Œdipe
Comment rendre compte de cette division subjective (désirer une chose et en faire une autre) ?
Ex : être fatigué et vouloir dormir mais on n’y arrive pas. Qui parle si JE veux dormir ? on fait
l’épreuve, dans cette expérience, d’une division de soi. Le sujet s’éprouve comme divisé (et non une
unité !) transparente à lui-même.
Cette expérience de la division serait constitutive de ce que l’on appelle la normalité. Si nous étions un
sujet unifié, nous deviendrions fous. Le fait de savoir que nous somme divisés internement nous fait
accepter que l’autre aussi soit divisé (les choses qu’on ne demande pas mais que l’on veut, quelque
chose que l’on dit sans le penser etc.). Si je me rapporte à autrui sans ce présupposé implicite, je ne le
comprendrais pas.
Illustration 1
On accepte plus facilement que l’autre aussi fait preuve de cette division interne, comme lorsque l’ont
dit quelque chose mais que l’on ne le pense pas vraiment. Et cela nous soulage de nous dire que nous
ne sommes pas toujours cohérents. Car si on prenait tout pour de l’argent comptant, cela deviendrait
difficile d’entretenir des relations et on deviendrait paranoïaque.

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Si je suis divisé, il y a des choses qui m’échappent, je me sens seul. Mais pour certains psychanalystes,
c’est bien car s’il n’y avait pas de distance avec les autres, c’est invivable, nous aurions une panique
constante.
Illustration 2
Le fait d’être divisé permet de me faire comprendre que ce que je désire n’est pas visible à tout le
monde. Or, quand on rencontre des psychotiques, il est courant qu’il dise que le médecin peut lire dans
ses pensées, anticiper ses actes, comme s’il était transparent, comme si sa vie privée n’existait pas ; le
névrosé va se plaindre de la solitude.
Pourquoi ne sommes-nous pas tous psychotiques ? Qu’est-ce qui a permis que tout à coup se forme
une subjectivité qui me donne des pensées et des désirs dont personne ne sait rien avant que j’en
parle ? Ex. : j’ai fait une bêtise mais personne ne saura lire ma culpabilité sur mon visage si je le
cache.
Cette question de la division subjective est au cœur de notre solitude, de l’incompréhension. Mais si
on n’a pas d’altérité, on est psychotique car on se voit comme transparent, lisible. Ainsi, le « normal »
se sent radicalement seul car il y a une altérité avec l’autre. Tandis que le psychotique, il n’a pas de
division avec l’autre et il réalise donc l’expérience de l’empiètement, et donc de la continuité avec
l’autre. Le psychotique ne peut se soustraire à l’autre.
Or c’est en même temps les expériences qui indiquent qu’on a pu se libérer des autres formes de
souffrances bien plus radicales, et qu’on a pu éviter de bien plus grandes pathologies. (« Il vaut mieux
faire l’expérience de l’altérité et de la solitude plutôt que de faire l’expérience de l’empiètement et de
la psychose »).
Mais pourquoi ne sommes-nous pas tous psychotiques ? Comment devient-on un être divisé ?
Processus de subjectivation
Chez Freud : il y a le moi (et le surmoi) et il y a le sujet. En effet, quand je dis quelque chose, je dis «
moi, j’ai envie d’aller à la mer » -> il y a deux façons de s’exprimer à propos de soi-même.
Ex : si je dis « tu es nul ». Est-ce que je parle de toi, ou de moi en sous-entendant que je suis super ?
Certaines personnes forment le « moi » mais le « sujet » ne se construit pas. C’est ce que l’on appelle
une personnalité « comme si ». On ne peut pas avoir des contradictions face à l’autre mais l’on se
comporte en image avec son interlocuteur. Commet pouvoir être sûr qu’il y a un sujet en face nous  ?
Par la négation. Car s’il répond « oui » à tout, cela veut dire que son sujet ne s’est pas formé. Quelque
chose a empêché que le sujet se forme. Quand on a affaire à la négation, on peut être sûr qu’il y a un
sujet.
Il y a deux phases de formation du Moi et du Sujet.
Complexe d’Œdipe
Formation du Moi -------------------------------------------------------------- Formation du Sujet

Formation de la construction psychique


Un bébé humain, dans un premier temps, n‘a aucune représentation de lui-même. Dès que l’on vient
au monde, l’autre nous nomme, nous situe dans une filiation, nous investit d’une manière particulière
(« petite princesse », « petit monstre », etc.). Très tôt, les bébés sont sensibles à cet investissement et
vont se façonner à cette image que l’autre lui propose. Il s’identifie à cette image que l’autre lui
renvoie de lui-même. C’est ainsi qu’il va construire dans les premiers mois une première formation du
moi, une première représentation de qui je suis.
Illustration : un patient qui a des rougeurs qui parfois peuvent aller jusqu’au suintement. A un
moment, il parle d’un frère jamais mentionné. En effet, le frère était décédé étant bébé avant sa

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naissance. Il ne fallait absolument pas parler de ce bébé mais tout ce qu’il en sait est qu’il avait des
joues toutes roses. L’homme dit qu’à chaque fois que sa mère le regardait, il était condamné à être
l’autre car sa mère vivait dans le passé. Il avait fini par « devenir l’autre » que sa mère voulait voir
revenir et avait gardé ses joues roses d’enfance.

Stade du miroir (Lacan)


C’est le stade formateur du moi : idée que l’autre (= l’adulte) fonctionne pour nous comme un miroir
qui nous renvoie ce que nous sommes. Nous allons nous identifier à cette image. En effet, autour de 8
mois, lorsqu’on met un bébé devant un miroir, il va se reconnaitre. L’enfant montre qu’il a compris
que le « moi » était dans le miroir -> «je » est un autre. Le moi est la personne que l’on voit dans le
miroir. L’autre, c’est moi. Il désigne l’image comme étant lui, il s’aliène. Le Moi se construit toujours
comme une extériorité que nous nous approprions.
L’enfant humain ne fait pas que reconnaitre son image mais il va aussi jouer avec l’image du miroir. Il
manifeste une jubilation à jouer avec son image. Pourquoi ?
Tout porte à croire que jusque-là, l’enfant n’a pas encore de conception unifiée de lui-même. Il est
dans un stade où il éprouve une certaine fragmentation, et cela n’est pas plaisant, cela peut le hanter.
Se voir dans le miroir est se voir unifié. Tout à coup, il peut appréhender une représentation unifiée de
lui-même. Cette unité permettra de mieux refouler, de reconnaitre, de ne plus être en contact avec cette
fragmentation angoissante. C’est pourquoi les enfants vont préférer être le fardeau de leur parent
plutôt que de ne rien être car l’enfant se constitue à l’image de l’autre et serait angoissé en permanence
s’il n’était pas investi, il serait tjrs en quête d’une image pour arriver à se façonner. Dès lors, on ne
peut rester à ce stade sinon on deviendrait une personnalité « comme si ». Dans ce cadre, le complexe
d’Œdipe constitue une étape primordiale dans la formation du Sujet.
Une fois que le « moi » se constitue, cela précipite une configuration appelée « préœdipienne ».
Configuration préœdipienne 
Relation duelle Mère – Enfant : pour les deux sexes elle est équivalente, l’enfant est investi par le désir
maternel, et le sujet fait une lecture de cette situation comme : je suis l’objet qui comble le désir de ma
mère. L’enfant tient à l’identification que la mère désire. Il va être une complémentation : il est ce
qu’il manque à l’autre. Se produit alors une unité entre la mère et lui. Cette configuration donne lieu à
une satisfaction narcissique. Le narcissisme impliquera toujours la recherche d’être l’objet qui comble
l’autre pour former une unité.
Qu’est-ce que le narcissisme ? la passion de faire un avec l’autre, la passion de produire une
expérience où rien ne manque. Dès qu’il y a du désir, il y a du manque. Ici, c’est une expérience de
complétude où il n’y a aucun désir, aucun manque, mais uniquement de l’unité. Il y a donc un conflit
désir >< narcissisme.
Mythe de Narcisse : il y a un « autre » mais qui ne fonctionne pas comme une altérité. De même ici :
est-ce que pour l’enfant la mère est une autre ? il y a un autre mais pas vraiment car la mère et le bébé
forment une unité. Quand il y a un comportement narcissique, on sait que le bébé se rapporte à la mère
mais on ne sait pas s’il se rend déjà compte que c’est une autre personne que lui.
STERN : étude de la constellation maternelle. Forme de communication mère-enfant. Il y a un lien
particulier qui se construit très tôt entre la mère et l’enfant. L’enfant s’éprouve comme ce qui manque
à l’autre, ce qui lui donne sa complétude et son unité. Cela est inhérent au domaine de l’amour.
Mythe de l’amour d’origine : les personnes étaient des sphères parfaites de complétude. Les dieux les
ont sexué et divisés en deux -> quête : retrouver son âme sœur. D’après Platon, l’amour est une
ambition narcissique car elle est déterminée par la quête de l’unité. Je veux me réunifier à l’autre.
Cette configuration préœdipienne se voit chamboulée par le désir de la mère

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Mais il y a toujours des « ratages » de cette illusion narcissique, ne serait-ce que par l’arrivée de frères
et des sœurs, la non disponibilité de la mère, etc. Tous ces indices indiquent déjà au sujet que la mère a
un(des) désir(s) investi(s) ailleurs.
Dès lors, le problème est que le désir de la mère vient fissurer cette perfection. On entre dans le
complexe d’Œdipe quand l’enfant découvre que la mère a du désir à l’égard du père et qu’il
n’est pas tout pour la mère. L’enfant, quand il découvre que la mère aime le père (ou un tiers), se
demande ce qu’il est pour la mère et se demande même s’il est quelque chose.
Configuration Œdipienne 
L’Œdipe implique l’apparition du tiers dans cette structure duelle du lien préœdipien.
Dans le modèle concret de l’Œdipe, ce tiers est le père. Mais le père qui est découvert comme investi
par le désir de la mère. Ceci est fondamental car, désormais, le père existe pour le sujet autrement.
Toutefois, il faut souligner que cette figure du Tiers peut prendre différents visages (le travail, une
autre personne, etc.).
Ceci pousse le sujet à réaliser que sa mère porte son désir ailleurs, qu’il n’est pas l’objet qui comble
son désir. Donc, la question qui se pose est : qui suis-je ? Quelle est ma place ? Qu’est–ce que le père a
qui intéresse autant ma mère ? etc. La question de la jalousie émerge.
La crise Œdipienne est une crise identitaire, les repères du Moi vacillent, ne tiennent plus.

L’enfant se rend compte que le père a un « phallus » et c’est la pièce qu’il lui manque pour
comprendre pourquoi maman aime papa. Quand il s’en rend compte, il réalise qu’il y a une différence
des sexes. A la base, l’enfant ne comprend pas que la femme a autre chose. Il se dit que la femme est
celle qui n’a pas « la marque ». Il n’y a qu’un seul signe de distinction (= référence phallique). Dans le
complexe d’Œdipe, la vie devient complexe : comment tenir le lien entre la personne que j’aime et
celle qu’elle aime. Cette troisième personne, je la hais mais aussi je l’admire car elle a ce que je n’ai
pas (= l’amour de la mère). La complexification dû à la configuration œdipienne vient du fait
qu’accepter que ma mère manque de quelque chose que je ne peux pas lui donner.
Cette expérience est un deuil pour l’enfant, car il se rend compte qu’il n’est plus tout puissant et il doit
faire le deuil de sa relation de « complétude » avec sa mère. Dès lors, l’enfant, à partir de là, devra
s’identifier autrement. Il faudra, pour se créer une place dans la vie et la société, se référer à d’autres
identifications.
 Le sujet est conduit à construire son « identité », sa position, autrement : ne pas être l’objet du
désir de l’autre, mais un sujet qui peut avoir ou pas ce que l’autre désire. Sur le plan des
identifications, il se produit un passage de l’être à l’avoir.
Par ailleurs, les filles font la traversée œdipienne plus vite que les garçons car elles vont devoir
changer d’objet d’amour (de la mère on passe au père, chose que les garçons ne font pas) : la
possibilité de substituer quelque chose pour un autre est accéder à la vie symbolique. Or, les filles
accèdent plus facilement à la substitution de l’objet de l’amour de l’enfant. Donc, les filles deviennent
plus vite intelligentes (=constat empirique).
Toutefois, dans les deux sexes, on retrouvera des difficultés à traverser le complexe d’Œdipe.
Complexe de Castration
Il y a plusieurs approches : je peux nier que ma mère aime mon père car ma mère serait spéciale, pas
comme les autres. C’est un moyen pour ne pas quitter sa place et son identification. Lorsqu’on fait le
pas de quitter le déni, on veut alors avoir le désir de l’autre et non pas être le désir de l’autre. Ainsi, le
déni de castration est celui qui ne reconnait pas que la mère désire quelque chose d’autre.
Illustration : femme névrosée de 32 ans qui vit avec ses parents. Dans sa famille, on sait depuis que
tjrs que l’avis du père ne compte pas (même si lui ne le sait pas). Et la femme de 32 est convaincue

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que sa mère n’aime pas son mari. Le père est destiné à partir trois mois en mission dans un autre pays.
La mère parle au téléphone avec le père pendant longtemps, elle dit qu’il lui manque et le père revient
après un mois parce qu’il manquait trop à la mère. Par conséquent, la femme de 32 ans a fait une
dépression parce qu’elle a compris pour la première fois que sa mère aimait son père. -> complexe de
castration : se dire que la mère manque de quelque chose et que ce n’est pas moi. L’enfant doit
accepter que la mère ne soit pas parfaite.

Fantasme incestueux
Le Fantasme incestueux à l’œuvre dans l’Œdipe est proportionnel à la résistance à abandonner la
relation préœdipienne. La résistance peut venir de l’enfant mais aussi de la mère !
Le Fantasme incestueux trouve une frontière symbolique : l’interdit de l’inceste posé par les autres,
par la culture, par la loi. Le sujet traverse la dialectique de vouloir échapper à la Loi, combiné avec le
désir de s’y tenir, car en même temps que la Loi le force à un renoncement à travers l’interdit, elle lui
permet aussi de sortir de la position d’objet de et pour l’autre. C’est, entre autres raisons, pourquoi
l’Œdipe est une situation « complexe ».
Liquidation du Complexe d’Œdipe : formation du Surmoi
Identification avec la Loi paternelle, en tant que support psychologique de la Loi.
- Parallèle avec le Totémisme : le totem serait un équivalent culturel du Surmoi : il
fonctionne comme fondement de toute Loi et interdit.
- Différence entre idéal du Moi (impératifs : tu dois…) et Surmoi (interdits : tu ne dois
pas….)

Quel serait l’intérêt de s’identifier à l’interdit ? L’interdit représente pour lui une injonction qui veut
limiter son environnement. Revenons pour ce faire au triangle œdipien. Nous avons vu que le moi de
l’enfant fait crise dès qu’il se rend compte que sa mère éprouve du désir pour le père, ce qui implique
le passage de l’être à l’avoir.
Ainsi, comme le dit Lacan, « l’amour est un malentendu » -> dans l’amour, on demande à l’autre de
donner ce qu’il n’a pas, et nous, on donne quelque chose que l’on n’a pas. On ne donne pas ce qu’on a.
L’Identification et l’Élection d’objet
L’enfant peut, dans cette nouvelle complexité de la relation, une fois qu’il a compris qu’il était un
garçon (identification), décider qu’il veut être comme le père pour être aimé de la mère.
Du point de vue de la différence des sexes, on pourrait s’identifier à un des sexes. Mais du point de
vue de l’élection de l’objet, le genre peut se construire en partie par ça : pas àpd ce que nous sommes
mais àpd ce que nous désirons, ce que nous choisissons comme objet d’amour. C’est l’élection d’objet
qui est aux commandes de cette différentiation, puisque l’objet d’amour du garçon reste la mère en
s’identifiant à son père (la situation inverse existe aussi).
La psychanalyse propose qu’indépendamment de la manière dont vont se produire des variantes, il y a
quelque chose d’organisateur pour tous dans ce passage et qui a trait au fait que, dans cette expérience
de la découverte du tiers problématique se produira la crainte de perdre l’amour.

L’interdit de l’inceste
Quel est l’interdit fondamental que la fct paternelle fait E ? l’interdit de l’inceste, dans le sens plus
anthropologique, de l’endogamie. Il faut que cet endogamie (au sein de la sphère familiale) trouve une
fin pour que l’enfant puisse passer à l’exogamie (hors de la sphère familiale, l’enfant est passé dans le

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social et s’arrache à sa famille). L’interdit de l’inceste est ce qui va pousser l’être humain à devenir un
citoyen.
Apparition du Surmoi
Dès lors, dans l’expérience œdipienne de la découverte du Tiers, l’enfant crée à la fois une rivalité
avec ce tiers et à la fois, craint de perdre l’amour de ce tiers puisqu’il s’identifie à lui. Et cela produit
de l’angoisse chez l’enfant.
 C’est cette angoisse face à la perte de l’amour qui permet à l’enfant de s’identifier à la loi, car
c’est une représentation de l’autorité parentale.
Or, cela a pour conséquence que l’enfant passe d’une identification au Tiers à l’identification à
l’interdit lui-même puisque le Tiers représente cet interdit, il l’incarne. Il s’agit donc d’une
identification symbolique, car c’est un détail de l’autre.
Le père, par sa fonction, est le support de l’interdit. L’idée est que le père, par ce qu’il dit ou non,
porte l’interdit. Imaginons que l’interdit est une parole, les enfants vont la faire sienne. Ce faisant se
produit une nouvelle modalité d’identification qui est un interdit et non une image. On s’identifie à
un détail, une parole, que j’intériorise. Je m’identifie dans le sens symbolique : un détail de l’autre
devient un symbole de l’autre. Cet interdit devient une représentation du père, il s’agit d’une
symbolisation. L’identification œdipienne est une identification symbolique.

C’est comme si le père vivait en moi à travers l’assujettissement à la loi qu’il fait exister. Freud va
indiquer que cela va produire une nouvelle instance dans notre psychique : le surmoi (= ensemble des
identifications à l’interdit qui me permet de vivre dans le social, qui régulent mon rapport à l’autre).
 Le surmoi est constitué aussi bien d’interdits (modèle fondamental de la loi) que d’idéaux
(être le meilleur de l’auditoire par exemple). L’idéal se présente à l’expérience psychique pas
comme un interdit mais comme un impératif.
Idéal : aspiration à la perfection, à la totalité, à l’unité et à la complétude. Or, il s’agit du narcissisme
qui s’était déjà créé lors de la formation du moi. Et il va devenir l’idéal du moi. Le rapport à l’idéal
après l’œdipe est plutôt un idéal du moi qui doit être mon égal. Quand ceci se constitue, l’aspiration de
l’idéal est toujours marquée par l’impossible. Cette expérience intime de l’impossible, malgré mes
efforts, me fait devenir une nostalgique du narcissisme, une nostalgique de l’idéal. Qu’est-ce que la
nostalgie ?
Lorsque j’ai été nostalgique de quelque chose, je sais que si j’y retourne, ce ne sera pas pareil.
Retrouver ce que j’ai vécu il y a deux ans n’est pas possible. Ce que je désire retrouver est donc
impossible, et c’est ça la nostalgie. Nous avons donc un rapport à l’idéal marqué par l’impossible. Et
heureusement ! Car sinon cela peut produire des dégâts (anorexie par exemple). Le sujet quant à lui
pense que c’est réalisable.
Le psychopathe n’a jamais de sentiment de culpabilité
Ex : un voleur en prison peut avoir deux discours. Soit il va dire qu’il a déconné parce qu’il a fait
quelque chose qu’il n’aurait pas dû mais le désespoir l’a poussé -> culpabilité // deuxième discours, il
a déconné parce qu’il n’a pas réussi à bien faire son coup et a anticipé la caméra. Il n’a pas été assez
prévoyant, assez parfait pour bien réussir la chose -> pas de culpabilité mais de la honte. Quand on se
sent coupable, on apprend une leçon. Au contraire, quand on est honteux, on n’apprend rien car la
honte est simplement une fonction sociale. Dans la psychiatrie, on va voir que le sujet se sent honteux,
mais il a plein d’idéaux.
Freud dit qu’à côté de l’inceste, il y a deux interdits : celui du cannibalisme et du meurtre.
Ex : Le silence des agneaux. Hannibal mange les gens et se retrouve en prison. Son psychiatre
commence à parler avec lui. On entre dans son monde et on commence à l’aimer. Pourquoi cela nous
fait rire que quelqu’un mange une autre personne ? parce que cela nous concerne. Nous sommes aussi

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parfois des porteurs de cannibalisme, ou de fantasmes de meurtre. Ce qui est fascinant entre le névrosé
et le pervers, c’est que le pervers fait ce dont le névrosé fantasme.
Importance de la fonction paternelle
Lorsque Freud s’est mis au parfum de cette idée de la formation du Surmoi, il dégage l’importance
psychique de la fonction paternelle. Il va être confronté à certains cas comme celui de Hans.
Ex : Hans avait une phobie aux chevaux qui serait liée par les menaces reçues dans sa famille (mère et
gouvernante), qui ont à trait à la sexualité : « si tu fais ça, papa va te couper ton engin ». Pourtant, son
père n’était pas là.
Pourquoi l’enfant construit une situation où c’est le père qui vient le menacer alors que c’est les
femmes qui l’ont menacé ? Tout vient de cette invariante psychique de mettre la figure paternelle
derrière tout ce qui détermine un interdit. Ce n’est pas l’évolution psychique de l’enfant dans sa
famille qui entre en jeu, c’est l’expérience de l’espèce.
 Dès lors, l’enfant peut se voir interdire (avec des menaces) d’adopter un comportement, et
s’identifier à cette figure, même si elle peut être un autre que le père (une nounou par
exemple).

Identification
Formation du surmoi, entant qu’héritier du Complexe d’Œdipe, montre que l’identification est :
- Une manière de préserver une relation d’amour abandonnée, perdue. En effet, la relation au
père imaginaire de l’enfance, au « super papa » par exemple ou son corrélat de père menaçant,
est perdue. Il se produit une « déception » à l’égard du père. Mais comment cette perte peut-
elle être acceptée par le psychisme, car elle implique tout de même de perdre une
représentation de l’autre qui rassure, qui sécurise ? La perte s’opère à travers une
identification qui conserve d’une certaine manière ce qui a été perdu. Il s’agit d’une
conservation symbolique. Ce qui implique une nostalgie relative d’un monde perdu, par
structure. Cette incidence n’est pas sans rapport avec la représentation commune d’une
nostalgie de l’enfance comme moment « heureux », mais perdu, de l’existence.
- L’identification en question se fait à un trait de l’objet perdu et pas à la totalité de l’objet. Il ne
s’agit donc pas d’une imitation, d’un mimétisme, mais d’une opération plus subtile. En isolant
un trait de l’autre, auquel le sujet s’identifie, le rapport à l’autre est préservé autrement. Dans
la « liquidation du complexe d’Œdipe », le sujet paraît s’identifier à la parole du père, à la loi
qu’il profère ou de laquelle il paraît être le garant (paradigmatiquement l’interdit de l’inceste).
C’est pourquoi on verra apparaître cette intériorisation de l’interdit chez le petit humain. À
travers cette intériorisation, il prolonge le lien au père, il se protège de l’angoisse de perdre
l’amour du père.
Si on pense les choses ainsi, l’Œdipe paraît être un processus qui enchaîne certaines
métaphores. D’abord le père se substitue à la mère au niveau du désir et ensuite la Loi se
substitue à la représentation du père. C’est pourquoi la psychanalyse parle souvent de la
« métaphore paternelle » comme étant l’opération décisive de l’Œdipe.
Rappel : Mais le Surmoi n’est pas composé que de l’intériorisation de la Loi. On y retrouve aussi des
idéaux. Loi = Interdit et Idéal = Impératif.
La perversion ne manque pas d’idéaux mais relève d’une absence au niveau de l’inscription de la Loi.
C’est pourquoi on peut parfois repérer une absence du sentiment de culpabilité mais pas de celui de la
honte. Le criminel emprisonné qui dit : « je ne l’ai pas fait assez bien », laisse entendre la honte et la
fonction de l’idéal au fondement de sa manière de se rapporter à ce qu’il a fait.

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Par-là, Freud va s’intéresser au rapport entre les hommes et la loi, et les premières formes
d’organisation sociale.

Totem et Tabou
Dans son livre Totem et Tabou, Freud aborde la question du lien social par un autre biais. Il interprète
l’origine du lien social comme un prolongement de l’origine du Totémisme. Freud s’intéresse à ces
formes primitives d’organisation sociale. Dans son livre, il va étudier ces sociétés appelées totémiques.
Ce sont des sociétés qui s’organisent autour d’une figure qi est située au centre de la collectivité : le
totem.
Dans sa clinique Freud a été fortement interpellé par la prégnance et la centralité de la figure
paternelle, notamment dans la formation du surmoi comme héritier du complexe d’œdipe. Il prend
connaissance des théories de l’époque concernant l’origine du totémisme, lesquelles postulaient qu’il
aurait eu un stade d’organisation sociale précédent : une « horde primitive ».
Le totémisme se caractérise par l’organisation des groupes sociaux autour d’un totem. Le totem est
une marque d’appartenance et en même temps le fondement de toute loi, de toute norme, même les
plus excentriques. Freud remarque dans les descriptions ethnographiques le nombre d’interdits, parfois
« absurdes pour l’observateur », qui opéraient dans les clans totémiques. Il voit là un lien avec la
névrose obsessionnelle, aussi encombrée par des nombreux interdits et prohibitions vécus comme
absurdes par le malade.

En quelque sorte il voit dans le totem un équivalent social du surmoi : une formation symbolique
qui opère comme le fondement de la Loi et de l’interdit. Pour chaque clan il était interdit de manger
l’animal totémique, sauf une fois par an, lors de la fête rituelle du clan. Cela contredit les clichés de
la société car ils avaient plus d’interdits que les hommes civilisés.

Robertson Smith avait proposé que le totémisme n’était pas la première organisation sociale, qu’il y en
avait eu une au préalable : la horde primitive, à laquelle le totémisme aurait été une forme de réponse.
L’hypothèse anthropologique de la horde primitive, proposait qu’avant le totémisme, les hommes
étaient soumis à un tyran, le père originaire. Le groupe humain aurait été donc une sorte grande fratrie
soumise à la Loi du tyran, qui privé aux hommes de la jouissance des femmes, se réservant ce
privilège. Ceci ne pouvait que produire du mécontentement, due au renoncement pulsionnel. Les frères
se révoltent et tuent le père. Mais ils tuent une figure qu’ils idéalisent en même temps en vertu de sa
puissance et sa force.

Donc, suivant la logique cannibalique, les frères auraient mangé le père originaire. Il fallait tuer
quelqu’un qui était aussi admiré. Dans la Grèce antique, quand on tuait un adversaire fort, on mangeait
une partie de son corps pour absorber sa force.

Le problème que s’est posé ensuite aurait été : quoi faire pour continuer à vivre ensemble ? Mettre un
autre à la place de tyran n’aurait rien changé, car la structure de pouvoir serait restée identique. C’est
là qu’il aurait eu une sorte de coup de génie des hommes qui auraient créé le totem, figure qui
représente le père mort et opère comme le fondement de toute loi. En effet, lorsque les
anthropologues interrogeaient les hommes des clans totémiques sur la raison de telle ou telle règle,
prohibition ou interdit, la réponde étaient souvent : « parce que le totem l’a ainsi commandé à l’origine
du temps ».

Le totem symbolise le père mort. Le totem a des énormes avantages par rapport au tyran. Le tyran ne
faisait aucune adhésion par rapport à la loi. Il produit la peur et une soumission partielle mais aucune
intériorisation de ces interdits. Par contre, le totem est plus efficace en termes d’organisation sociale.
Quand la loi repose sur quelqu’un, ça devient vite tyrannique. Quand cela repose sur un symbole, ça
change.

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Encore aujourd’hui le totémisme est visible : La C. est au fondement de la loi. Sa fonction totémique
peut rester visible (relativement en fonction des démocraties). Ex : aux USA, C. écrite par les pères
fondateurs (// mythe originel). On ne bouge pas à la Constitution : si on enlève une pierre au totem, il
n’est plus le même, il tombe. La sensibilité de la C. montre que le totémisme aujourd’hui n’est pas
encore disparu.

Schéma récapitulatif :
Père originaire -> Privation -> Frustration -> Révolte -> Parricide -> Mange le père -> Nouveau
Tyran ou mise en place du Totem qui sera la représentation symbolique de ce père originaire.

Comparaison avec le mythe d’Œdipe


Freud compare ce mythe au complexe d’Œdipe. On a affaire à un tiers qui, de par son existence même,
produit un impossible, un interdit (// variante de la fct de la privation), ne fusse que sous la forme
fondamentale de l’interdit de l’inceste. Il peut y avoir aussi certaines révoltes mais on ne va pas aller
jusqu’à tuer le père, on va juste en avoir le fantasme, c’est symbolique. Au cours de ce processus
complexe se produit quelque chose d’organisateur ou l’on ne mangera pas le père mais on va s’y
identifier (// manière de « manger psychiquement le père »). Dès lors, notre surmoi devient notre
propre totem qui est le fondement de nos interdits et de nos lois.

Ce faisant se construit le surmoi (// équivalent psychique du totem) -> le surmoi est un totem
intérieur, le fondement ultime du rapport à la loi. C’est tout à fait inconscient. Inversement, le totem
correspond à un surmoi collectif : incarnation collective de l’interdit.

Cette réflexion qui revient sur le totémisme est une tentative de sortir la psychanalyse de la théorie
pure mais de porter la réflexion sur le social : qu’est ce qui fait que les êtres humains sont capables de
vivre ensemble ? Je répète le complexe d’Œdipe comme une histoire que l’humanité a écrite.

Donc, Freud lit dans cette description un refoulement du meurtre original du père, et partant, il établit
une comparaison avec le complexe d’Œdipe.
Horde primitive Complexe d’Oedipe
Tyran (père originaire) Père
Privation (de la jouissance des femmes) Interdit de l’inceste
Révolte et parricide Révolte et fantasme de parricide
Manger le père mort Identification au père « mort »
Création du totem Formation du surmoi

L’identification et la formation du surmoi

L’Œdipe serait donc une répétition ontogénétique (dans le développement individuel) d’une
structure phylogénétique (histoire de l’évolution de l’espèce). L’Œdipe ne serait pas seulement le
complexe nodal de la névrose, mais aussi de la culture, particulièrement le fondement du lien social,
ce qui permet aux hommes de vivre ensemble. Sans identification à la figure paternelle il n’y aurait
pas de société.

Les recherches anthropologiques ultérieures ont montré que cette hypothèse de la horde primitive est
probablement fausse. Mais ce que la psychanalyse retient, c’est la centralité de la figure paternelle,
de la fonction paternelle comme support de la Loi et fondement du lien social, ce qui actuellement est
au centre d’un débat par rapport au lien social contemporain.
Approches du Social : quel est le fondement du lien social ?
Freud, àpd son époque, va se demander ce qui peut fonctionner pour eux. La société est trop grosse
pour être étudiée comme phénomène. Il faut choisir un phénomène qui semble condenser le lien social

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

: il choisit le phénomène de la foule. C’était intéressant parce que la bourgeoisie européenne avait peur
de la foule car elle imaginait les foules comme des agglomérats où les êtres humains devenaient
irrationnels, où ils perdraient toute conscience. L’homme deviendrait une espèce d’animal féroce que
rien ne pourrait arrêter. Freud va dire que la foule n’est pas irrationnelle mais que l’on peut la
comprendre. Freud va d’abord examiner les hypothèses de son époque.
 Le phénomène de foule est une expérience où on intègre un grand groupe.
Et qu’est ce qui est à l’œuvre dans le rapport à l’autre ?
Illustration : match au Heysel
Ex : match foot au Heysel en 1980. La première personne va jeter une bouteille d’eau et casser les
bancs. Tous les gens vont faire la même chose, à un point tel que ‘individualité de chacun s’abolit car
on est emporté par la foule. Ainsi, la foule devient une unité psychique où les identités personnelles
s’annulent.
i) Explication de l’époque : instinct grégaire. Dans la foule, nous sommes ramenés à cet
instinct. Freud dit que c’est simpliste car intellectuellement, expliquer un comportement
en faisant référence à un instinct n’explique rien du tout.
ii) 2ème explication : Gustave Le bon, a écrit la psychologie des foules : il va mettre l’accent
sur la centralité du meneur. La foule s’organise lorsqu’un meneur émerge. Apd ça, Freud
va distinguer la foule spontanée (hooligans etc.) et des foules organisées (les institutions :
l’Eglise et l’armée).
Gustave Lebon parle de « Contagion psychique » : contagion des états affectifs. Cela fonctionnerait
comme l’hypnose où la foule serait dans un état de suggestion psychique. Dans l’hypnose, on peut
donner des suggestions post-hypnotiques. C’est ce qui nous arrive de manière spontanée quand on est
dans une foule, on est dans un état hypnotique qui fait que je m’approprie ce que mes voisins disent
par exemple. Freud dit que cela ne nous permet pas de saisir ce qui se passe réellement dans les foules
et va s’occuper à analyser les foules avec des phénomènes expérimentaux.
Retour sur le match au Heysel : les foules spontanées
Tout à coup, les supporters vont identifier un meneur (= leader spontané). Toutes les personnes vont
situer ce meneur à la place de l’idéal du « moi » car il ose faire ce que tout le monde veut faire mais
n’ose pas faire. Il devient alors fascinant. Si tout le monde met le même personnage à la place de
l’idéal du moi, on fait l’expérience de se sentir proche des autres car à ce moment-là, on a le même
idéal. Le groupe se soude, produit un lien très puissant. C’est àpd cette identification commune que
pourront avoir lieu des sentiments communs, des actions communes. On s’identifie à la même chose,
ce qui fait que l’on sent la même chose, mais pas l’inverse. C’est une identification au niveau de
l’idéal du moi et non au niveau du « moi ».
Autre illustration de foule spontanée : Pensionnat féminin à Vienne
Toutes les filles se réveillent en pleurs. La presse communique la nouvelle en parlant d’hystérie
collective. Freud voit dans la presse qu’il y a un antécédent : la veille, une fille avait reçu une lettre de
son fiancé annonçant la fin des fiançailles. La nouvelle avait surement fait le tour du pensionnat et la
fille a surement pleuré. Les pleurs, toutes les filles vont s’y identifier.
Parce que si je pleure, moi aussi j’ai eu un fiancé. Psychiquement, je réalise un désir d’avoir eu moi
aussi un fiancé. La fille était l’idéal du moi. Le phénomène serait un phénomène d’identification à
cette fille car elle souffrait et comme elle représentait mon idéal, je ressens sa douleur
La foule organisée : l’Armée
A l’armée, on identifie pour nous quels sont les leaders, les généraux. Ils sont identifiés comme étant
au sommet de l’institution et dans la mesure où les nouveaux arrivants vont partager le même idéal,
c’est là que va se former un lien.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Pareil pour l’Eglise : le christ est présenté comme modèle. Si les femmes, les hommes qui intègrent la
communauté s’identifient au même modèle, un lien très fort va se créer. Identification qui rappelle les
racines presque corporelles de ces processus psychiques (manger le corps et boire le sang).
S’il y a une possibilité de vivre ensemble, c’est parce qu’on s’identifie tous à des idéaux communs.
Les deux idéaux sont les droits de l’homme et la démocratie.
 Les femmes et les hommes qui s’identifient à la même personne comme idéal du Moi, vont
produire un lien très puissant entre eux.
CCL : La « Psychologie des masses et analyse du moi » est une tentative de comprendre ce sur quoi
repose le lien social. Ce n’est pas la suggestion qui explique le comportement unifié d’une foule,
mais l’identification au leader, mis à la place de l’idéal de chacun. L’idéal commun soude la masse,
fait lien. Le même processus serait à l’œuvre dans les comportements des groupes.

3. UNITE 2 : PSYCHOPATHOLOGIE


Textes associés :
- Aulagnier, Piera (1991) : « Remarques sur la structure psychotique », dans : Une interprète en quête de sens,
Paris : Payot, pp. 267-287.
- Freud, Sigmund (1988) « Deuil et mélancolie », dans : Œuvres Complètes, Paris : PUF, vol. XIII (1914-1915),
p. 259-279.
- Kernberg, Otto (2010) : « Le diagnostic structural », dans : Les troubles graves de la personnalité, Paris : PUF.
- Morel, Geneviève (2008) : « La loi de la mère et le symptôme séparateur », dans : La loi de la Mère. Essai sur
le sinthome sexuel, Paris : Economica, pp. 11-38.
- Winnicott, Donald W. (1969) « La capacité d’être seul », dans : De la pédiatrie à la psychanalyse, Paris :
Payot.

Quatre grands groupes de la Psychopathologie : les psychoses, les névroses, les perversions et les
états limite (Borderline). Il s’agit de connaître les critères descriptifs, structurels (et si possible aussi
critères les évolutifs), concernant chaque affection.
Les critères structurels se rapportent à :
i) Type d’angoisse
ii) Mécanisme de défense principal
iii) Relation d’objet ou type de lien à l’autre
Approche descriptive. Quels sont les symptômes accessibles à l’intuition quand on est en contact avec
ces personnes ?
Aussi approche structurelle : comment cela fonction-t-il psychiquement ? Pour ce faire, on s’inspire de
la psychanalyse et du complexe d’Œdipe qui sera une clé de lecture.
Point de vue évolutif : est-ce que les pathologies sont en rapport avec certains moments des stades
évolutifs ? Est-ce à la base des pathologies ?
Le mot « trouble » ne renvoie pas d’emblée à une structure. Ces 4 troubles (névrose, psychose,
perversions, états limites) sont les 4 structures subjectives. Le mot trouble renvoie à un ensemble de
symptômes et qui ne s’associe pas directement à une pathologie particulière. Plusieurs pathologies
peuvent être la source d’un trouble.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Ex. : La compréhension du trouble ne sera pas la même en fonction de si on le voit comme une
névrose ou une psychose. Or, du pt de vue descriptif, rien ne change.
On le sait déjà, c’est grâce à ce que les malades mettent en évidence sur l’humain que l’on peut
dégager la structure humaine.

Section 1 : Les Psychoses


N.B. : Pour les psychoses maniaco-dépressives, il y a 3
types : Monopolaire, Manie et Dépression.

Depuis les années 80, on commence à


comprendre que les psycho MD souffrent de
dérégulation des neurotransmetteurs qui
régulent l’humeur.
Ex : il peut parfois se retrouver en pleurs
(dépression) et puis parfois se sentir
exubérant, il est maniaque : il croit qu’il peut
tout faire (ne pas dormir, faire la fête,
s’endetter…). Or, lorsqu’il connait la phase
mélancolique, il sent et pense qu’il ne vaut
rien et n’est rien, repli sur soi. C’est l’affect
qui a l’air d’être au démarrage de ces crises.
Dans ces épisodes de mélancolie (néant,
tristesse, désintérêt, envies suicidaires), les
patients peuvent avoir des phénomènes
délirants : le patient commence à perdre le jugement de réalité (pensées qui n’ont plus rapport avec la
réalité). Cela prend une envergure mais le malade n’est pas en mesure de juger qu’il exagère, il ne peut
pas prendre du recul par rapport à ses propres pensées.
 L’humeur est cyclique, elle possède différentes phases.
Syndrome de « Cottard » : quelqu’un qui dit qu’il a des trous partout et qu’il est mort. Il a la certitude
d’être un mort-vivant. Rien ne peut venir contester ses pensées, même les preuves que tout va bien. A
l’inverse, certains maniaques se croient dans la toute-puissance.
Dans les années 80, on trouve à trouver une médication, « les stabilisateurs de l’humeur », qui
fonctionnent bien sur les patients. Les crises diminuent et les phases de mélancolie ou d’euphorie ne
sont plus aussi profondes -> on commence alors à se demander s’il s’agit bien de psychoses. En effet,
on pense que la cause des psychoses sont endogènes. Il ne s’agirait donc pas de psychose mais de
neurotransmetteurs qui sont défaillants. Ce ne serait plus une maladie mentale mais une maladie du
système nerveux.
Plus tard, on a compris qu’il y a deux types des troubles de l’humeur : les types 1 et les types 2.
i) Type 1. Certains troubles de l’humeur, du pt de vue clinique, sont parfois saisonniers. La
saison va être un facteur qui déclenchent ces crises. Ensuite, il y a de toute évidence une
sensibilité à la lumière : la luminosité a l’air de jouer un rôle (énigmatique) dans
l’accentuation des crises ou le nombre de crises ou la probabilité qu’elles émergent. Si ces
patients de types 1 dérégulent des cycles biologiques (cycle du sommeil eg), ils vont
connaitre le déclenchement d’une crise maniaque ou mélancolique. Les cycles, aussi bien
biologiques que les saisons, ont une incidence dans le déclenchement des crises. Elles se
déclenchent sans rapport à l’expérience.
ii) Type 2. Or, chez les types 2, leurs crises sont tjrs en rapport avec une expérience, avec
leur vie ordinaire.
Cette distinction montre qu’il y aurait une différenciation dans l’encrage biologique. On voit que les
types 2 ont des réactions en rapport avec leurs vies, ce qui n’est pas le cas chez les types 1. Tous les

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troubles de l’humeur ne sont donc pas des psychoses. Ainsi, une partie des troubles de l’humeur sont
bien des psychoses, mais pas tous. Certains en tirent même profit (ex. : les écrivains).
Pour les deux autres psychoses de type clinique, on va différencier des symptômes positifs (qui
s’additionnent à la vie de quelqu’un) et les symptômes négatifs (retrait de quelque chose de la vie,
cela s’éteint).
 Symptômes positifs v/s symptômes négatifs et sa dominance différentielle dans les diverses
psychoses.
Symptômes positifs
 Les délires : phénomène qui a lieu au niveau de la pensée par laquelle j’éprouve la certitude
de ce que je pense.
 Les hallucinations : phénomène au niveau de la senso-perception : je vois quelque chose,
j’entends des voix. Perception sans objet : j’entends ou je vois des choses qui ne sont pas dans
la réalité. Il y a aussi des illusions (voir une oasis dans le désert quand on meurt de soif), mais
ce ne sont pas des hallucinations !
Ex : film dont j’ai oublié le nom : mathématicien qui a des hallucinations et qui se débat avec cela.
Après une dispute avec sa femme, il se rend compte qu’ils n’E pas car ils ne vieillissent pas MAIS
pourtant, il les voit. Clérembault a observé autre chose : les patients, lorsqu’ils sont en train d’avoir
l’hallucination, produisent un mouvement de la bouche, comme lorsqu’on parle. Il se pose alors la
question de savoir de quoi s’agit la voix ? est-ce qu’il « parle » et qu’il ne dit rien ? Il ne serait plus le
sujet de ce qu’il a à dire mais seulement le réceptacle. Cela s’apparente à des choses communes dans
la psychose. Par exemple : dire que le frigo veut me manger au lieu de dire que j’ai faim.
Symptômes négatifs
 Retrait social : de façon de plus en plus accentuée, il se met en retrait. Quelle est la différence
avec une phobie sociale ? la différence est que le phobique a envie de voir des gens, mais ça
l’angoisse. Ici, la personne n’a juste pas envie, le désir n’est pas. Ce qui s’est éteint n’est pas
seulement le comportement mais le désir derrière le comportement.
 Dissociation idéo-affective : affect et pensées se séparent tellement qu’il n’y a plus de
connexions. Il n’y a plus de concordance entre l’affect et le contenu de la pensée.
 Perte de la cohérence de la pensée : les liens logiques commencent à sauter. Plus de structure
formelle de la pensée. Peut aller jusqu’à la désagrégation de la pensée -> impossible de
comprendre ce que l’autre dit. Parfois, il ne s’agit pas de connexions de sens mais des
connexions vocales (idéo-fugacité).
 Perte du propos vital : « que vas-tu faire l’année prochaine » -> la question n’a pas de sens,
elle n’a pas d’intérêt, la question semble ne pas le concerner, elle ne se pose pas.
Cette distinction entre les symptômes positifs et négatifs permet d’opérer la distinction entre les
schizophrénies paranoïaque (symptômes positifs), hébéphrénique (symptômes négatifs et positifs)
et simple (symptômes négatifs).
A. SCHYZOPHRENIE
Descriptivement
I. Schizophrénie paranoïde
La schizophrénie paranoïde présente des symptômes positifs et négatifs mais dominent les délires de
persécution (le patient a l’impression que quelqu’un ou quelque chose lui veut du mal et les
hallucinations. Dans la Paranoïa, on n’observe que des symptômes positifs, notamment les délires,
mais pas des symptômes négatifs. Ceci rend compte du fait que le paranoïaque peut être très présent
dans le contact, investir des différents aspects et domaines de la vie (politique, religion, etc.) et parfois
même s’engager dans certaines causes de manière très radicale.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Illustration : le sujet était normal. A l’adolescence, il commence par faire une crise aigüe avec les
symptômes mais il revient à la normal. Un an après, il fait une crise et revient « à la normale » (dont la
ligne est plus basse que la normale, et ainsi de suite). Il y a des phénomènes négatifs qui vont
s’installer de manière stable. Imaginons qu’il reprend sa vie mais qu’il n’aime plus qu’on lui donne la
main, ou accentue la tendance à vouloir rester seul. Crise après crise, le phénomène devient de plus en
plus éteint. Les médicaments aujourd’hui permettent d’éviter les crises. Ce processus de détérioration
dû à l’installation chronique des symptômes négatifs se produit plus tard. Le patient a plus de temps
d’un fonctionnement plus libre de l’impact de ces symptômes négatifs.
II. Schizophrénie hébéphrénique
Inversement, dans la schizophrénie hébéphrénique dominent les symptômes négatifs. Même s’il
présente aussi les deux groupes de symptômes, on observe surtout : une perte importante de la
cohérence de la pensée qui peut arriver à une véritable désintégration de la pensée (perte de presque
tous les liens logiques) ; dissociation idéo affective qui donne parfois une humeur « heboïde » ; perte
de tout intérêt ou propos vitale.
Installation des symptômes négatifs est tellement forte que le sujet perd la cohérence de sa pensée très
très vite. Si quelqu’un perd la cohérence de sa pensée, on ne peut plus, à la fin, faire la différence entre
un délire et le fait que la cohérence de sa pensée n’est plus là. On en peut identifier le délire chez
quelqu’un qui parle de manière systématique avec une pensée incohérente. Les symptômes négatifs
sont plus centraux. Dès lors, ce ne sont plus les crises aigues qui sont centrales mais bien le fait que les
symptômes négatifs s’installent beaucoup plus rapidement.
III. Schizophrénie simple
Par ailleurs, la schizophrénie simple présente seulement des symptômes négatifs. Ces derniers sont les
moins flagrants et les moins spectaculaires (retrait social, etc.). Typiquement, la schizophrénie simple
est interprétée comme une crise d’adolescence très forte. Or, dans la schizophrénie, il y a quelque
chose de dévitalisé, alors que l’adolescent a quand même des désirs.
B. PARANOÏA
Uniquement des symptômes positifs. Le sujet garde la cohérence, est rationnel, jusqu’auboutiste,
hyper engagé.
Elle ne commence pas à l’adolescence mais beaucoup plus tard. Il s’agit presque exclusivement du
délire. Il peut y avoir un phénomène hallucinatoire mais c’est rare.
Ce qui est typique, c’est le délire qui s’installe en trois formes cliniques :
i) Le délire de persécution 
Délire= pensée par rapport à laquelle le sujet a une certitude. Dans le délire de persécution, il s’agit
d’un délire par rapport à une altérité qui lui veut du mal. Cela produit un délire presque identique au
délire de la schizophrénie paranoïaque. La différence clinique est qu’ici, il n’y a aucun symptôme
négatif.
Ex : Général Patton qui avait une certitude concernant les Russes qui allaient débarquer à tout
moment. Il a été très efficace car il se méfiait de tout le monde et ne partageait aucune information,
même avec ses collaborateurs les plus proches.
ii) Jalousie délirante
Délire par rapport à la certitude que l’autre me trompe. Il ne s’agit pas d’un doute ou d’une suspicion
mais il est certain.
Ex : un homme arrive et dit qu’il ne vient pas pour lui mais pour sa femme parce qu’elle le trompe. Il
explique ce qui le fait dire ça et dit que sa femme remet ses cheveux derrière son oreille au moment où

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elle croise le boucher. Le geste de sa femme devient pour lui un signe incontestable qui dit quelque
chose d’irréfutable. Quand on est paranoïaque, tout et n’importe quoi peut devenir un signe.
Par présence ou par absence, le paranoïaque peut en faire un signe. Il faut être capable de vivre en
traitant la plupart des choses autour de nous comme des choses qui ne veulent rien dire.
iii) Érotomanie
Conviction délirante que l’autre, que quelqu’un nous aime. Mais il ne le dit pas parce qu’il est pris en
otage (Ex : film Anna M : femme convaincue que le médecin qui la soigne l’aime. Les signes qu’elles
récoltent sont extraordinaires). Il s’agit d’un signe qui est adressé au patient.
 Conviction profonde que la personne l’aime. Je suis persuadé que je suis le destinataire du
signe de son amour.
Fonction du délire
Le délire : à quoi sert cela psychiquement ? La phase précédant le déclenchement d’une crise s’appelle
le t(h)réma. Conrad a étudié cette phase. C’est le temps avant que le sujet soit symptomatique.
Conrad dit que dans la schizophrénie, quelque chose de similaire se produit.
Il y a une phase où la schizophrénie est en train de couver. Le signe le plus important est la perplexité.
Des évidences habituelles dans notre rapport au monde et des questions qui ne se posent pas
deviennent source de questionnement. Des éléments incongrus deviennent sources de questions.
Illustration : Je me lève le matin, je vois un verre sur ma table de nuit que je ne me rappelle pas avoir
mis là la veille. C’est oublié en 10 sec. Un schizophrène, dans la même situation, va demander à son
père, sa mère, sa sœur etc. s’ils l’ont mis là. Puis il va voir le voisin sortir et « le regarder bizarrement
» et va se dire alors que c’est le voisin qui l’a mis là. Ensuite il va se demander pourquoi, ce que le
voisin a mis dedans etc.
Ainsi, le sujet ne lâche pas prise, il reste bloqué sur ces choses quotidiennes. L’évidence naturelle se
perd. On commence à être perplexe d’un certain nombre de choses et devient source d’angoisse, pdt
lequel mon rapport à la réalité se découd. La fonction du délire est de calmer l’angoisse, réduire la
perplexité. Quand il délire, la perplexité diminue car il sait maintenant pourquoi le verre est là.
A partir de ce type de réflexivité, on a commencé à voir des auteurs qui nous font penser que nous les
humains, sommes confrontés à certains passages de la vie sociale ou politique. Quand ces évidences
commencent à se perdre, c’est compliqué car on peut s’accrocher à n’importe quoi. On préfère un
système d’orientation, des formes idéologiques dont les idées sont contradictoires avec les nôtres (ex. :
l’idéologie nazie), mais cela est toujours mieux que le vide.
Afin de comprendre ce fonctionnement, on recourt à 3 critères de référence.
Structuralement
i) Le type d’Angoisse (= déduction des types d’angoisse pour construire une théorie
générale) : angoisse de désintégration. Énigme absolue, trou dans le réel qui l’aspire et
qui lui fait sentir que s’il n’arrive pas à le résoudre, tout peut se détruire, plus rien n’a de
sens.
Il angoisse à l’idée de disparaitre, de se dissoudre. Celui qui pensait que le monde allait se détruire en
2012 : peut-être que la désintégration est plus personnelle qu’autre chose. Quand le psychotique parle
du monde, on apprend beaucoup sur le Moi du psychotique. (>< angoisse névrose : angoisse de
castration).
ii) Mécanisme de défense (=ce que le patient fait pour évacuer l’angoisse) : Forclusion, déni
de la Réalité, Identifications imaginaires (comme forme de compensation).
On peut nier quelque chose de la réalité lorsque cela m’angoisse. Si quelqu’un est là et qu’il
m’angoisse, il arrive que je ne le voie pas. Ex : Un patient perd sa mère. Il part de l’appartement,

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ferme la porte et ne revient jamais. Il évite le sujet à chaque fois. En effet, si la porte reste fermée, il
peut se dire que sa mère est toujours là. Il faisait un déni.
Le psychotique peut aussi essayer de se défendre par l’identification imaginaire. Le psychotique se
sent comme si cette identification ne s’était pas tout à fait constituée vraiment. Si je suis quelqu’un qui
sent que le Moi peut se dissoudre à tout moment, je peux me défendre en m’identifiant à quelqu’un
d’autre et de manière délirante : je suis cet autre. En effet, quand je le suis, mon identité se cohésionne.
L’identification permet de se mettre à l’abri de l’angoisse de désintégration.
Pour finir, un mécanisme de défense peut être celui de la forclusion (désigne à l’origine le fait de faire
comme si on n’avait jamais entendu le témoignage qui venait de se terminer devant nous). Ici, c’est la
forclusion du père. C’est donc beaucoup plus radical que le déni ou le refoulement car il n’y a pas de
trace de la fonction paternelle chez le patient, il n’y a aucune trace de formation du triangle œdipien.
Dans la psychose, le triangle œdipien n’a pas lieu parce que la fonction paternelle ne s’inscrit même
pas.
 Dès lors, l’identification imaginaire constitue une protection du Moi grâce au délire afin de se
protéger face à l’angoisse de la désintégration.
iii) Type de lien à l’autre (=manière dont il tisse le lien à autrui à partir de la manière dont il
rencontre le clinicien) : duel, fusionnel (échec de l’Œdipe qui ouvre au tiers).
Le psychotique se présente comme objet de l’autre : on lui parle (voix) on lui donne des ordres, on
influence sa pensée, etc. La logique de ces symptômes et de le représenter comme en continuité avec
l’autre, sans la coupure identitaire qui nous permet de donner comme évident que je ne suis pas
transparent à autrui, que mes pensées ne sont pas lisibles, etc. La non-formation de cette «  barrière
identitaire » rend l’existence psychotique fusionnelle. Par ailleurs, il parle comme s’il il n’y avait du
sujet que du côté de l’autre : c’est l’autre qui lui parle (voix), c’est l’autre qui l’influence, qui le pousse
(ordres), qui désire, mais pas lui.
De manière générale, une relation sera tripartite :
Dans la psychose, le psychotique ne parvient pas à se différencier du
médecin car il n’est jamais passé par le stade œdipien. A l’inverse, le
névrosé, qui est passé par le complexe d’Œdipe produit la solitude. Les
névrosés se plaignent souvent de la solitude. Cette souffrance de la névrose n’est pas comparable avec
la souffrance de l’impossibilité d’avoir une distance avec l’autre (que vit le psychotique).

Texte : étude comparant ce que disent les mamans des psychotiques et les mamans des névrosés, et ce
sur 3 moments : la grossesse, l’accouchement et la première année de vie.
Mères des psychotiques Mères des névrosés
Grossesse Discours centré sur le vécu corporel Le bébé existe dans son désir avant
(différentes douleurs, difficultés de d’exister anatomiquement
positions, gonflement des pieds…). -> bébé imaginaire hyper présent.
Discours centré sur les désagréments
physiologiques liés à la grossesse.
Sentiment d’incompréhension des autres
par rapport à la grossesse (ex. : je ne
tricote pas de pull pour mon enfant,
pourquoi le faire alors que je ne connais
pas la personne ?) -> pas de bébé
imaginaire. C’est un peu comme si le bébé
était représenté comme un organe.
Alors que normalement, dès que la mère
est enceinte, elle rêve d’un bébé, ce qui
reflète son désir maternel même si en

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

réalité il s’agit toujours d’u fœtus


(=décalage).
Accouchement Dépression post partum (se déclenche Vécu comme un don de vie. La mère a
après l’accouchement) -> si le bébé est l’air lus prête de mettre à la vie un
investi comme organe, l’accouchement est autre. Elle est distincte du bébé. Ainsi,
vécu comme une perte. Au niveau dans le cas de la névrose,
émotionnel, c’est comme s’il s’agissait l’accouchement est vécu comme une
d’une amputation narcissique. perte d’un autre et pas une perte de
soi !
1ère année de Pas simple d’accepter que le bébé soit un
vie autre sujet désirant des autres choses que
ce qu’elle veut.
Ex : « il m’a fait des mauvais résultats à
l’école » -> le bébé est inscrit comme une
prolongation de soi.
Or, inscrire que le bébé est un autre que
soi est primordial car sinon cela produit
une indifférenciation subjective qui n’aide
pas le bébé à se différencier de la mère.
Section 2 : Les Névroses
- Névrose Hystérique  Corps (symptômes conversifs)
- Névrose Obsessionnelle  Pensée (doutes 
compulsions, pour diminuer l’angoisse). Ex. : se laver 40x
les mains.
- Phobie  Objet (projection de l’angoisse dans un objet
externe duquel on a peur, mais on guette car on craint
Son apparition. 3 critères pour reconnaître une phobie :
anticipation anxieuse + peur + évitement)
Descriptivement
Névrose hystérique
L’hystérie se caractérise par un ensemble des symptômes, notamment les symptômes conversifs,
c’est à dire des affections fonctionnelles (paralysie, cécité temporelle, des douleurs, pertes de
sensibilité dans certaines régions du corps, etc.) qui n’ont pas une causalité biologique ou
physiologique mais psychique. Sur le plan de l’affectivité, différents psychiatres ont décrit une labilité
émotionnelle accrue et une ambivalence profonde. Sur le plan interpersonnel, l’hystérique a été décrite
comme un sujet trop concerné par la question d’avoir, conserver, susciter l’estime et la reconnaissance
des autres, au point qu’elle peut se fragiliser, même dans le sens dépressif, quand elle n’obtient pas
cela.
Freud a mis en évidence les enjeux œdipiens comme étant à l’origine de l’hystérie et le refoulement (et
le retour du refoulé) comme le mécanisme formateur des symptômes. Le désir refoulé s’associe à des
nouvelles représentations dans sa tentative d’accéder à la conscience, de telle sorte que de nouveaux
refoulements s’opèrent, donnant lieu à un appauvrissement de la vie psychique, mais aussi à la
formation de symptômes, comme manière détournée, symbolique de représenter le désir refoulé.
Du pt de vue du discours, on a l’impression que cela s’organise en fonction de deux pôles : soit elle se
plaint, soit elle séduit.
La séduction est un type de discours qui vise à réveiller l’intérêt, le désir de l’autre.
La logique de la plainte est de toujours de signifier que l’autre ne me manifeste pas son désir, son
attention, comme je le mérite. Le sujet fait reposer, dans son discours, la possibilité d’aller mieux si
l’autre était plus concerné par ses besoins. Le discours est névrotique dans le sens où ce n’est jamais
assez. Il trouve tjrs encore et encore un détail par rapport à laquelle il peut se plaindre.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Si la séduction fonctionne, tout va bien. S’il n’obtient pas ou pas assez ce qu’il veut, viendra la plainte.
Le sujet est toujours naviguant entre ces deux discours.
Névrose obsessionnelle
Commence avec des doutes. Compulsion destinée à calmer l’angoisse commence par un doute. Les
symptômes s’organisent sur le plan de la pensée.
Discours : type de discours d’abord soigné, pointilleux, avec une attention très forte sur la nuance, le
sens des mots, la rigueur. Il y a une quête de la formulation parfaite, qui tourne au vide. La forme
devient alors très importante.
 L’obsessionnel se dévoue au « surmoi », cette figure d’autorité qu’on porte en nous-mêmes.
Chez l’obsessionnel, l’objet est que cela serve. Ici, c’est comme si à tout bout de champ, il ne pouvait
pas s’autoriser à faire quelque chose à partir de son désir mais qu’il avait besoin de l’adhésion d’une
autorité.
Par exemple, si un sujet souffrant de névrose obsessionnelle se dit qu’il veut aller à la mer, il se
demandera d’abord quel est l’avis des experts là-dessus, etc. Il ne peut se permettre d’assouvir son
désir sans se référer à l’autorité. Et cela se marque dans son discours.
La phobie
La phobie : anticipation anxieuse. J’ai peur des souris et je commence à penser la possibilité qu’il
pourrait y avoir des souris.
a) La peur
b) L’anticipation anxieuse
c) L’évitement : le sujet évite de se trouver dans les situations qui pourraient faciliter la
rencontre de l’objet craint.
Le sujet phobique se met à élaborer une projection. Par ailleurs, ce qui angoisse peut parfois en fait
être l’objet d’un désir.
Ex : un patient est phobique, il a peur d’avaler sa langue et de s’étouffer. Il évite de manger de la
viande ou des choses solides. Pb dans son travail dans lequel il doit rencontrer des personnes pour des
repas d’affaires, ce qui commence à poser pb. La première fois qu’il a eu ce symptôme, il était en train
faire un voyage, complètement inutile mais l’a fait quand même parce que son boss l’avait décidé. Il
exprime que sa vie ordinaire est un ensemble de situations où il n’affronte pas directement les
problèmes et préfère « ravaler sa langue » -> il est paralysé quand il doit faire face au conflit (et face à
d’autre situations comme discuter avec sa femme en vue d’avoir des enfants, etc.).
Sans qu’il soit conscient, son symptôme le met en contact au point où ça coince dans sa vie subjective.
Il a évidemment envie de dire ce qui ne va pas mais refoule cela pour ne pas affronter le conflit que
cela implique. En effet, le refoulement inconscient de ses désirs se met en place car le sujet anticipe
une perte s’il disait réellement ce qu’il veut (peur de castration).
L’angoisse est une expérience affective forte qui est éprouvée au niveau du « moi », car il y a la peur
de la perte narcissique. Mais, le sujet de l’inconscient, la dimension subjective, trouverait un plaisir à
dire ce qu’il pense. Il y a donc deux forces : le désir et la quête narcissique. Parce qu’il refoule ce
désir, le prix à payer est le symptôme. Il fonctionne comme une sorte de compromis, de résultat de la
contradiction entre dire ce qu’il pense et ravaler sa langue pour ne pas éprouver une perte narcissique.
Structuralement
Angoisse : de castration (perdre quelque chose, ou perdre le propre narcissisme : une place, l’amour
de l’autre, l’admiration, etc…

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Mécanisme de défense : Refoulement (du désir qui menace le narcissisme, ou qui implique une
transgression dans la réalité). Mécanismes de défense adjuvant du refoulement : la projection, la
négation, la transformation dans le contraire.
Lien à l’autre : triadique, ambivalent (marqué par la coexistence de l’amour haine).
Ce noyau structural est partagé par les trois types de névrose (hystérique, obsessionnelle et phobique)
au-delà de leurs différences descriptives.

Section 3 : Les Perversions


On n’en sait pas grand-chose car les pervers ne cherchent pas souvent de l’aide. De plus,  il est très
difficile de ne pas juger les perversions dans un sens moral. La perversion, affronté à partir d’un
jugement moral est un rejet. Il s’agit d’un effort anthropologique et subjectif de laisser le jugement en
suspens.
Les perversions sexuelles ont été les premières dont on a parlé. A partir de années 70, on a commencé
à donner de l’intérêt aux perversions non sexuelles : la psychopathie. Les psychopathes= une sorte de
perversion dans lesquelles il n’y a pas de rapport à la sexualité.
Remarque. Même si la gravité de l’acte du pédophile
n’est pas comparable au fétichiste, on dit que la
manière de les comprendre tous les deux seraient plus
ou moins la même. Il y a des pervers du point de vue
psychopathologique qui sont des honnêtes gens et
d’autres qui sont dangereux pour la société. Tous les
pervers ne sont pas des criminels !
Descriptivement
a) Perversions sexuelles
- Fétichisme
- Voyeurisme – Exhibitionnisme
- Sadisme – Masochisme
- Etc.

Cette classification classique des perversions sexuelles s’articule autour des deux critères : l’altération
de l’objet et/ou du but sexuel. Il y avait une définition normative de la sexualité qui disait que le but
de la sexualité est le coït et que tout autre but est une perversion.
Ex : le sadisme est un pervers car le but n’est pas le coït mais bien d’humilier l’autre ;
l’exhibitionnisme ne cherche pas à séduire l’autre mais juste à se montrer.
Ex 2 : Le pédophile, quant à lui, a un objet du désir contraire à la norme. Ou le fétichiste par exemple,
a un objet sexuel différent de la norme car ce n’est pas un(e) partenaire sexuel(le) (chaussure, etc.).
 La définition normative pose donc problème et est questionnée aujourd’hui. La sexualité serait
une forme de la vie humaine qui a une plasticité incroyable.

b) Psychopathie : La Psychopathie est une forme particulière de perversion où ce qui est perverti avant
tout n’est pas l’objet ou la finalité sexuelle, mais le lien à l’autre et à la loi du social, la convention
normative. Il n’y a pas nécessairement dans cette forme de perversion un scénario sexuel constitué.
Dès lors, ce qui est altéré est le lien à l’autre, c'est à dire faire de l’autre son objet et ne pas pouvoir
tenir de rapport à autrui quand l’autre n’est plus un objet. La psychopathie est l’idée que le lien social,
le lien humain, est altéré.

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Ex : un gourou de secte qui exerce un pouvoir, une emprise. Dans cet état, un pauvre disciple de la
secte qui n’est pas d’accord va subir des actes violents de la part du gourou qui veut remettre ces «
objets » à leur place. Le gourou a l’aide ne pas pouvoir vivre le rapport à l’autre sinon sous cette
forme-là. Ainsi, le gourou de la secte ne pourra accepter que l’autre se subjective en refusant de faire
quelque chose par exemple.

c) Exhibitionnisme (=une des perversions sexuelles)


Le but de la personne perverse est d’effrayer l’autre. La « victime » est saisie, pétrifiée, et le pervers
éprouve une forme de soulagement en voyant la personne réagir comme cela. L’acte
d’exhibitionnisme est le contraire de l’acte du strip-tease. Il ne cherche pas à éveiller le désir mais à
sidérer la personne d’effroi.
Bonnet essaye de comprendre l’exhibitionnisme. Le pervers dit éprouver la nécessité de passer à l’acte
dont une angoisse est à l’origine. « Nécessité » comme s’il n’avait pas le choix. Il FAUT qu’il le fasse.
Cela part toujours d’un sentiment narcissique. Une certaine remarque laisse une blessure
insupportable, angoissante.
A partir de là apparaitra la nécessité d’aller dans un lieu public et s’exhiber. La logique est que le
pervers dit que pour qu’il puisse se défaire de son propre effroi et de sa propre angoisse, il faut que
l’autre la porte. Il voit voir dans les yeux de la victime l’effroi. Quand il le voit, il éprouve une sorte de
soulagement. De manière complémentaire, une étude a prouvé que certaines victimes femmes ont eu
une réaction différente, faisant mine de s’intéresser à l’exhibitionniste. Dans ce cas, celui-ci angoisse
encore plus et s’en va. Or, le point de satisfaction est de voir l’angoisse car quand la victime angoisse,
lui-même s’en libère.
L’exhibitionnisme et une forme de satisfaction qui se sert de la sexualité mais dont la finalité n’est
pas sexuelle. La sexualité n’est que le prétexte utilisé pour parvenir à produire une satisfaction qui
vient d’ailleurs.

 Dans cette perversion, le passage à l’acte apparait comme une stratégie défensive face à
l’angoisse. Le pervers prétend qu’il ne parvient pas à le faire autrement.
d) Psychopathologie structurale : quand on a une blessure narcissique, on fantasme de tuer la personne
mais le fait de le fantasmer nous permet de ne pas passer à l’acte car le fantasme devient une
satisfaction. Or, si on n’arrivait pas à fantasmer, parler, raconter, on se sentirait peut-être obligé de
passer à l’acte pour digérer l’expérience. Et c’est ce qui se passe dans le cas de la psychopathie.
=> On remarque que dans les perversions, les personnes n’ont pas de fantasme. C’est pourquoi le
passage à l’acte est une nécessité.
Par contre, le névrosé n’a pas besoin de passer à l’acte mais peut fantasmer alors que la sadiste (peut-
être) a quant à lui besoin de le faire réellement, d’enfermer sa victime dans sa cave avec des chaines
etc alors que le névrosé est satisfait rien qu’en le fantasmant.
Par exemple, lorsqu’un névrosé est touché dans son narcissisme, il va en parler à ses amis et va vouloir
la mort de cette personne. Ainsi, il fantasme la mort de l’autre mais ne passe pas à l’acte. Car lorsque
le névrosé le raconte, cela lui permet de digérer cette blessure narcissique.
Ainsi, cela montre que le psychopathe a une défaillance fantasmatique car il ne parvient pas à
s’imaginer la mort de l’autre, à la fantasmer. Par conséquent, cela produit encore plus d’angoisse et de
douleur, allant jusqu’à passer à l’acte pour supprimer la source de la souffrance.

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 Freud disait que la névrose est le négatif de la perversion : dans la névrose, on voit le fond
fantasmatique alors que dans la perversion on voit un passage à l’acte.
Structuralement
i) Angoisse : d’effondrement narcissique, fondamentalement la castration de l’autre.
Réaliser que l’autre à un manque implique une menace « insupportable » (voilà le
problème) pour le narcissisme. Tout se passe comme si dans la perversion le manque été
éprouvé pas comme un manque symbolique mais réel.

ii) Mécanisme de défense : déni et clivage du moi et passage à l’acte. Quant à ce dernier
mécanisme Freud disait « la névrose est le négatif de la perversion ». Négatif dans le sens
photographique, ce que dans la névrose apparaît comme fond, sous forme de fantasme
éventuellement, du côté de la perversion apparaît comme figure positive, comme acte. Le
pervers ferait ce que le névrosé fantasme.
Déni de castration/ du manque. Dans la perversion, toute faille est traitée comme non existante. Le
pervers, dans sa structure, cherche à se présenter toujours comme un être parfait si quelqu’un vient lui
faire remarquer des failles, cela peut mobiliser l’angoisse et donc le passage à l’acte. Il a besoin de
nier. Il continue à vivre en faisant croire qu’il a la maitrise. L’idéal, pour le pervers, est complètement
réalisable (>< névrosés), alors que pour quelqu’un de « normal », l’idéal est marqué par la castration
puisque l’on sait qu’il est inatteignable. Dans la perversion, il n’y a pas l’expérience de perdre son
narcissisme.
 Le déni implique que le sujet, au niveau de son identité et de son moi, produit une
dissociation (le conscient et le déni sont séparés au niveau du moi).
Déni de la loi : la loi vient animer la fonction du père. Elle est faite pour introduire dans l’expérience
humaine du manque « à être ». Le sujet sait que le manque existe, que la loi produit chez tout être
humain un manque MAIS il ne veut rien en savoir. Le pervers connait donc la loi pour mieux la
contourner. Il se place toujours dans une position d’exception.
iii) Lien à l’autre : triadique mais narcissique. L’autre doit confirmer le propre narcissisme,
même si pour cela il faut le « manipuler », contrôler, etc. L’autre est mis en position
d’objet. Il cherche en permanence à conquérir ce désir de narcissisme qui n’a pas été
perdu lors de la castration dans le complexe d’œdipe.
Contrôle narcissique : l’autre doit être réduit dans sa subjectivité pr ne pas venir questionner le déni, le
narcissisme. La subjectivité de l’autre se réduit à peu de choses. C’est la position du complice
psychopathe qui est prié de suivre les instructions sans poser de question. L’autre est un assujetti qui
exécute ce qu’on lui demande.
Syndrome de Stockholm
Parfois, dans la perversion, on retrouve un assujettissement chez le pervers dont il a été l’objet. Ainsi,
plus tard il renverse les positions et devient lui-même un psychopathe. Car, c’est sa manière à lui de ne
pas être détruit pas l’assujettissement : il produit cet assujettissement envers un autre.
Ex : l’abusé qui devient abuseur. Devenir abuseur permet de ne plus être détruit par cette expérience.
Il ne subit plus, il n’est plus passif mais il la produit, il est actif. Cette expérience dans la perversion
est assez courante.
Identification à l’agresseur. Syndrome de Stockholm où les otages vont en arriver à penser que leur
ravisseur est bon. Identification à l’agresseur car c’est la seule option pour ne pas devenir fou
(=mécanisme de défense). En devenant supporter de sa cause, j’angoisse moins à l’idée de mourir car
je me sens plus proche de l’agresseur.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Section 4 : Les États limites (Borderline)


C’est la structure décrite et théorisée plus tardivement (années 1970-1980). Certains postfreudiens
(Kleiniens, Psychologie du Moi et Middle Group) posent cette structure comme une organisation à
part, alors que d’autres (surtout dans le champ lacanien) considèrent qu’il n’y a pas de structure
borderline.
 Certains disent que c’est une catégorie fourre-tout, une catégorie par exclusion (quand on
n‘arrive pas à classer un désordre). D’autres parlent d’une nouvelle forme de pathologie (=il
s’agirait d’une pathologie qui est une production historique).
Il s’agit donc d’un champ de la psychopathologie très controversée. La controverse atteint même les
sciences sociales, car certains auteurs discutent la possibilité ou non de considérer les spectres des
états limite comme un champ ou se théorise au sein de la santé mentale les mutations de la subjectivité
dans le social2.
EN 1950, Knight prend comme question de recherche un constat clinique qui avait été largement
documenté : dans le champ de la santé mentale, on utilisait souvent un diagnostic hybride entre
psychose et névrose (ex : schizophrénie pseudo-obsessionnelle). Le diagnostic arrive pdt un
changement de structure : soit un névrosé s’aggrave pour devenir psychotique ou soit un psychotique
redevient « normal » et devient névrosé.
Or, on remarque que la « transition » n’évolue pas. Il s’agit alors peut-être non pas d’une transition
mais d’une autre structure, un autre type de pathologie : borderline car c’est quelque chose à la limite
de la psychose et de la névrose.
Le problème est que la description de la problématique borderline est très éclatée et va dans tous les
sens. Descriptivement, un borderline peut avoir des symptômes névrotiques sans symptômes stables
mais aussi des moments de micro psychoses. Il peut aussi faire des passages à l’acte pervers mais n’a
pas l’organisation sexuelle d’un vrai pervers. Les manifestations symptomatiques temporaires peuvent
balayer l’ensemble des champs de la psychopathologie.

Descriptivement (selon Otto Kernberg3)


Kernberg formule des critères descriptifs qui sont vus seulement comme des « preuves par
présomption ». Ils ne peuvent se suffire à eux-mêmes de telle sorte que le diagnostic structural serait
incontournable pour le spectre des « borderline ». Aucun trait descriptif serait « typique » des
borderline et cette démarche conduit souvent à des erreurs ou des confusions. On a pu dire que
l’angoisse ou la dépression intenses seraient caractéristiques des borderline.
Pourtant, des patients schizoïdes (nos schizophréniques) et qui présentent une organisation borderline
sous-jacente de la personnalité, peuvent être ni anxieux ni dépressifs. Ou alors on a pu dire que ces
patients se caractériseraient par l’impulsivité de leur comportement. Or, des patients hystériques, de
structure névrotique, présentent aussi impulsivité du comportement.
Les critères descriptifs sont les suivants :
i) Angoisse chronique, diffuse et flottante

2
Lipovetsky, Gilles : « Narcisse ou la stratégie du vide », dans : L’ère du vide. Essais sur l’individualisme
contemporain, Paris, Gallimard, 1983, pp. 70-113. Gergen, Kenneth : Le soi saturé, Belgique, Satas, 2006.
Ehrenberg, Alain : La société du malaise, Paris, Odile Jacob, 2010.
3
KERNBERG, Otto : « Le diagnostic structural », dans : Les troubles graves de la personnalité. Stratégies
psychothérapiques, Paris, PUF, 1989, pp.15-47.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Angoisse omniprésente, comme si elle était toujours là. Il ne s’agit pas d’épisodes ou de crises
d’angoisse. Elle est diffuse (le sujet a du mal à en parler pour situer une origine, une cause de
l’angoisse) et flottante (l’angoisse plane).
De ce point de vue-là, cette angoisse est proche de la définition de l’angoisse de ce cher Heidegger.
L’angoisse vient du fond de l’être mais ne se rapporte pas à un objet particulier. Si l’angoisse est
diffuse, elle est tellement virulente qu’elle les pousse à la dépersonnalisation, comme s’ils étaient
dédoublés. Ils se font du mal tous seuls car la douleur corporelle leur permet de revenir à eux-mêmes,
de se sentir un avec leur corps.
ii) Névrose poly-symptomatique (Phobies multiples, surtout du type invalidant pour la vie
quotidienne ; symptômes compulsifs obsédants devenus secondairement ego-syntoniques ;
Conversions compliquées ou bizarres, souvent devenues chroniques ; réactions
dissociatives, états crépusculaires et fugues hystériques ; Hypocondrie ; Tendances
paranoïdes et hypocondriaques accompagnant des symptômes névrotiques).

iii) Tendance à une sexualité perverse polymorphe


Fantasmes et actes pervers chaotiques et multiples, variables, temporaires et interchangeables, qui
rendraient compte d’une relation d’objet instable au fondement de ce type d’interaction. Formes
bizarres de perversion qui expriment l’agressivité primitive ou substituent les buts génitaux par des
buts excrétoires.
Or ici, le sujet n’arrive même pas à organiser son angoisse ou sa souffrance à travers un symptôme.
Cela témoigne d’une instabilité foncière du rapport à l’autre.
iv) Les structures prépsychotiques « classiques » de la personnalité
Personnalité paranoïde (tendance à produire des interprétations). Ces types de personnalité sont un
indice descriptif qu’on retrouve chez le borderline.
v) Névrose d’impulsion et les addictions
Irruptions répétitives et parfois chroniques d’une impulsion egosyntonique pendant l’épisode et
egodystonique après coup (exemples : alcoolisme, toxicomanie, certaines formes de boulimie,
kleptomanie). Cela veut dire que lors de l’impulsion, il se sent en accord avec sa pulsion même s’il n’a
pas de liberté face à elle (egosyntonique). Tandis que l’épisode d’après, il se sent honteux, il a du
dégoût pour soi (egodystonique).
Impulsions = le sujet se sent pris par une pulsion vis-à-vis de laquelle il n’éprouve pas de liberté. Il
témoigne de ces moments comme quelque chose qui s’impose à lui et il n’a pas le choix.
Un addict va essayer d’éviter le moment de la dépravation. Les borderline au contraire ne prévoient
rien et sont confrontés à la dépravation. Pourquoi ? Le sujet, lorsqu’il est « normal », la vie lui apparait
diffuse, flottante, comme n’étant pas claire. Au contraire, quand il est en moment de privation, sa vie
est claire et n’a qu’un seul objectif : aller chercher de la drogue.
 La vie pdt la dépravation apparait beaucoup plus vivable. De ce fait, le sujet est davantage
addict à expérimenter la dépravation qu’à la drogue elle-même.

vi) Les troubles de caractère de « bas niveau »


Cela correspond à la pathologie grave du caractère, chaotique dans son fonctionnement et aussi dans
ses symptômes. Les personnalités hystérique, obsessionnelle compulsive, les caractères de type
évitement ou les structures mieux intégrés de la personnalité masochiste ne sont pas de ce type, car
justement elles sont mieux intégrées. Par contre, selon Kernberg, on peut repérer cette pathologie de
« bas niveau » dans : des personnalités infantiles, de personnalités narcissiques, des personnalités
« comme si » et les structures nettement antisociales de la personnalité.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Structuralement :
i) Syndrome de diffusion d’identité.
Autrement dit : absence d’intégration de l’identité. Le borderline est différentié de l’autre (délimitation
nette soi – autre) alors que le psychotique ne parvient pas à stabiliser cette différentiation. Mais a
différence du Névrosé, le borderline n’arrive pas à intégrer les représentations (« bonnes » et
« mauvaises ») du self et de l’objet.

C’est la raison de l’agressivité primitive qui se réactive chez ses patients. Dans les entretiens on a du
mal à voir le patient « entier », on y accède à lui par morceaux dissociés. Leur description des
proches est aussi « clivée ». Ceci rebondit dans la qualité des relations d’objet : le borderline souvent
à des relations peu stables et sans profondeur, « les relations à long terme du patient se caractérisent
par une distorsion croissante de sa perception des autres »4. Tous ces processus apparaissent souvent
dans la relation et dans le transfert avec le clinicien. Dès lors, lorsque le sujet parle de sa famille, il
donne une version clivée des autres.

Ex : patiente dit que sa mère est une vipère. Une demi-heure après, elle dit que sa mère est une
sainte… quid ? alors que les personnes « normales » essayent d’articuler les deux aspects, le
borderline fait un clivage mais n’articule pas les deux aspects, il y a une non intégration : un aspect de
la relation disparait soudainement du champ psychique. Quand j’aime quelqu’un, je ne fais que ça ;
quand je hais quelqu’un, je ne fais que ça. Les deux aspects ne se côtoient pas. Il n’y a pas
d’ambivalence.

Winnicott propose une théorie pour comprendre cela : la question n’est pas pour quelle raison il y a
des êtres humains qui angoissent à l’idée d’être seul car c’est compréhensible ; la question est de
comprendre pourquoi il y a des êtres humains qui aiment être seuls. Ce problème va de l’impossibilité
d’être seul (l’enfant) à un moment où on développe la capacité d’être seul. Pour certains, ce moment
se produit plus ou moins tôt. Le passage de l’un à l’autre est un moment charnière : être seul en
présence de quelqu’un.
Ex. : L’enfant joue seul mais a quand même besoin que quelqu’un soit près de lui. Cette expérience est
décisive parce que c’est à partir de cette expérience que je vais développer ou non la capacité d’être
seule. L’empiètement de ce passage donnera un enfant incapable de vivre seul >< l’abandon qui
arrive trop tôt et qui donnera un borderline.

ii) La représentation du jugement de réalité 


Le psychotique, ne maintient pas le jugement de réalité car il existe pour lui un problème de
différenciation. Il ne fait pas aisément la différence moi/ toi. Le borderline n’a pas un problème de
différenciation mais d’intégration. Cela veut dire que l’identité est clivée et diffuse.
Dès lors, si le jugement de réalité est maintenu, cela donnera le cas du névrosé ou du borderline. Si ce
n’est pas maintenu, cela donnera le cas du psychotique car il n’y aura pas de différenciation.

iii) Mécanismes de défense 


Le clivage et tous les mécanismes de ce spectre : idéalisation / dévalorisation primitive ; Formes
précoces de projection comme l’identification projective ; Le déni (le clivage implique le déni).
Ex. : Lorsqu’on doit intégrer une représentation d’une mère aimante avec une mère colérique. La
crainte de tout humain va être que la haine tue l’amour. L’angoisse le pousse à se défendre via le
clivage. S l’angoisse est trop forte, c’est la preuve que l’environnement n’a pas facilité les choses. A
l’inverse, l’environnement peut faciliter l’intégration : « Je t’aime quand même mais je te puni ».

4
KERNBERG, O. op. cit. p.31

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Analyse de Jean Bergeret


Jean, Bergeret propose une conception un peu différente. Par exemple, dans le cas du «  Tanguy »,
Bergeret dit que la structure ne se construit pas. Il parle d’une astructuration car il s’agit d’un
développement non achevé. Il y a une différence dans la description clinique.
Bergeret dira que ce qui est propre aux borderline c’est l’angoisse dépressive (>< Kenberg : angoisse
chronique) : anxiété permanente liée à la perte (des liens, de la proximité de l’autre, de la
connaissance etc) avec une tonalité dépressive, parfois même mélancolique. Le sujet est toujours sous
la menace de déprimer. Les personnes ne se plaignent pas tellement des symptômes mais les plaintes
sont plutôt liées aux liens à l’autre. Le sujet est tjrs en proie à l’absence.
 Ainsi, Bergeret accentue les vécus dépressifs des états limite. L’angoisse serait plutôt
dépressive de « perte d’objet ».
Quant aux mécanismes de défense, il présente une lecture assez proche de celle de Kernberg.
Finalement, sur le plan de la relation à l’autre (relation d’objet), Bergeret insiste sur le caractère
anaclitique (=le sujet cherche des rapports ou il va s’appuyer sur l’autre) des relations significatives
du patient. On va voir avec certaines personnes une dépendance, une nécessité que l’autre soit là.
Quand ce n’est pas le cas, c’est dans ces liens là qu’on voit glisser le patient à la limite de la paranoïa
où il interprète l’absence de l’autre comme une menace et une volonté de lui nuire. Ce trait prend
une telle signification pour cet auteur qu’il va même parler d’un « Moi anaclitique » dans les états
limite.
Angoisse Angoisse chronique et diffuse (Kenberg) et
angoisse dépressive liée à la perte (Bergeret)
Mécanismes de défense Le clivage de représentation de l’autre et de moi
+ mécanismes associés :
idéalisation/dévalorisation de l’autre
Rapport à l’autre Relation anaclitique (Bergeret) mais ceci avec
un lien clivé. Le vécu est chaotique, sans
profondeur (Kenberg)

Certaines choses nous font penser que ce type de pathologie est arrivé après les années 70, au moment
où s’installe la « post-modernité ». C’est un tournant historique des transformations des relations
sociales mais aussi anthropologique. L’individualisme serait un des phénomènes qui caractérise ces
sociétés post modernes ; le Moi prend beaucoup de place dans les investissements des gens.
Ce qui compte est de manière croissante la vie personnelle, la vie privée, les relations, participation
associative, mais il y a un déclin de la participation dans la vie politique. On remarque cela car
l’association défend nos intérêts personnels. Par contre, le parti politique ne fait pas ça. Le parti
propose un projet pour le peuple, la Nation mais ne défend pas mes propres intérêts. La chose publique
devient de moins en moins investie alors que le Moi, la sphère personnelle, devient de plus en plus
investie. Il y a une pacification du social mais augmentation de la violence domestique par exemple.
Les culturalistes disent qu’à partir du moment où ce type de transformation commence à avoir lieu, ce
n’est pas étonnant que des sujets commencent à se plaindre d’une souffrance confuse et vague n’ayant
plus rapport avec la psychose ou la névrose. Cette angoisse dépressive ou virulente serait la traduction
de la transformation anthropologique : souffrance liée aux liens. Les amitiés ne sont jamais assez etc.
Y-aurait-il des raisons de croire que le clivage serait facilité par certaines formes d’expression
culturelle ?
Lipovetsky pense que cette transformation trouve son fondement dans l’ordre économique.
Diversification de l’offre. La quantité des biens et services proposés dans les sociétés de la post
modernité augmentent grandement. Les citoyens commencent à croire que tous leurs désirs peuvent

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

avoir une satisfaction car l’offre est là. Les services sont personnalisés à la demande. Cela donne
l’illusion que ce que je veux mériter d’être observé.
 Séduction de l’économie par rapport à l’identité.
K. Gergen pense que le moteur est la révolution de l’information et non l’économie. Révolution de
l’information= accès que nous avons aujourd’hui à des manières diverses de nous voir, de nous penser.
De plus en plus on se socialise avec des références identitaires multiples. Le Moi, l’identité est
constituée d’une hétérogénéité inouïe des références identitaires de ce que nous sommes. Le moi
postmoderne porte en lui le germe de la contradiction. Il s’agit de la « colonisation du Moi » qui donne
une identité pastiche. Cette identité pastiche, qui perd une cohérence à ce qu’aurait été l’identité
moderne, est le socle à partir duquel le clivage devient inévitable. Il n’est pas possible de faire
coexister toutes les formes identitaires, sauf à l’aide du clivage.
Donc, est-ce que les états limites sont une nouvelle pathologie ou est-ce que la souffrance
borderline serait une traduction de la souffrance moderne ? Il s’agirait d’une modalité fragmentée
de l’identité.
Dans les années 70, la valeur de la conséquence était très importante. Petit à petit, on est de plus en
plus tolérant et moins exigeant envers les conséquences. Cela est nécessaire. Si on était trop exigeant,
on se rendrait malade. S’il y a le passage de l’exigence de conséquence à l’exigence de tolérance, c’est
parce que la forme selon laquelle le « moi » est construite n’est pas la même et exige une tolérance
plus grande vis-à-vis des contradictions envers les autres mais aussi envers soi-même.
Tableau de synthèse des critères de structure dans la psychopathologie
Angoisse Mécanisme de défense Rapport à l’autre

Névrose De Castration (=peur de Refoulement et des Triangulaire (=modulée


perdre son narcissisme) mécanismes adjuvants : par le Tiers)
projection, négation,
isolement,
transformation dans le
contraire, etc.

Psychose De Désintégration Déni de la Réalité Duel - Fusionnel


Identification imaginaire
(comme compensation)

Perversion D’effondrement Déni de la castration Contrôle narcissique


narcissique
Clivage du moi
Passage à l’acte

État limite (Borderline) Chronique, Diffuse et Clivage (du moi et des Instable, sans
Flottante représentations de profondeur, chaotique.
l’objet) Lien clivé.
Relation Anaclitique

4. UNITE 3 : Culture et Psychologie

Textes associés :
- García, Mauricio : « La perte et le deuil déguisés en possession : considérations ethno-psychanalytiques sur la
maladie du susto au Chili », dans : Mélancolie : entre souffrance et culture, Presses universitaires de Strasbourg,
2000, pp. 141-166.

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-Lebrun, Jean-Pierre : « Ce que parler implique », dans : La perversion ordinaire. Vivre ensemble sans autrui.
Paris, Denoël, 2007, pp.53-95.
- Lebrun, Jean-Pierre : « La mutation du lien social », dans : La perversion ordinaire. Vivre ensemble sans
autrui. Paris, Denoël, 2007, pp.132-153.
- Lipovetsky, Gilles : « Narcisse ou la stratégie du vide », dans : L’ère du vide. Essais sur l’individualisme
contemporain, Paris, Gallimard, 1983, pp. 70-113.
- Lipovetsky, Giles : Le bonheur paradoxal. Essai sur la société d’hypersconsomation, Paris, Gallimard, 2006,
pp.9-20 et 212-231.
- Nathan, Tobie : L’influence qui guérit, Paris, Odile Jacob, 1994. Introduction et Chapitres 1 et 2 de la
Troisième partie.
- Tort, Michel : La fin du dogme paternel, Paris, Aubier, 2005, pp.7-24.

Dans cette unité, on va au-delà des purs critères psychopathologiques pour fonder le normal et le
pathologique. On introduit la question du « relativisme culturel » du normal et du pathologique, pour
montrer que toute culture est porteuse de certaines logiques qui favorisent certains types de
représentations de la souffrance et pas d’autres, induisant des modalités spécifiques
d’« expérimenter » et de « vivre » la maladie. Bien qu’on ne soit pas obligé à « croire » aux récits
mobilisés par les patients pour rendre compte de leur souffrance et de leur maladie, on peut au moins
saisir les logiques de ces discours. En ce sens, l’anthropologie de la maladie, l’ethnopsychiatrie et
l’ethnopsychanalyse mettent à notre disposition des éléments précieux pour approfondir le statut du
normal et du pathologique, particulièrement dans le champ de la santé mentale.

 L’objectif sera d’avoir un éclairage minimal quant à la manière dont la culture détermine le
fonctionnement psychique.

Pour certains, la psychose ou la névrose serait la même partout, avec des nuances que la culture
viendrait apporter. Mais, la maladie serait la même (point de vue traditionnel). La culture serait
comme des vêtements : vient donner des colorations, vient expliquer notre personnalité mais n’est pas
constituante de la manière dont nous sommes. La culture n’est pas non plus constituante de la
manière dont on tombe malade.

Or, quand nous sommes malades, est-ce que la culture détermine la manière d’être malade ?
Ex : psychopathologie en Afrique : très peu de dépressions majeures en Afrique comparativement à
l’Europe. En effet, car on attribue ce genre de pathologies à la possession et non pas à la dépression. Il
y aurait, en Afrique, beaucoup de gens qui seraient possédés. La représentation relève de quelque
chose qu’on ne choisit pas, comme la langue.

Au niveau des années 70, on a essayé de comparer notre psychopathologie avec d’autres qui
identifient des maladies traditionnelles. Les possessions, chez nous, s’appellent hystérie. La
sorcellerie est ce que nous appelons la paranoïa. Nous, on fait notre psychopathologie en donnant
une importance première aux symptômes. Dans les cultures traditionnelles, on ne fonctionne pas avec
des symptômes mais parce qu’on assume que la cause de la maladie est différente. Système qui
fonctionne en fct de la cause présumée >< nous, distinction à partir des symptômes. Il y a donc
une différence de système.
1. Le normal et le pathologique
Au-delà des critères descriptifs et structurels propres à la démarche clinique, il existe bien entendu des
approches plus statistiques pour tenter de caractériser descriptivement les psychopathologies. C’est la
démarche qu’on retrouve par exemple dans le DSM IV (manuel statistique des désordres mentaux). La
notion de « norme statistique » trouve ici tout un poids.
Mais, la prise en considération de la culture des sujets malades introduit des nouvelles complexités
pour la démarche de la psychopathologie, car la diversité culturelle oblige à réinterroger les critères
classiques du normal et du pathologique.

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2. Représentations culturelles de la santé et de la maladie.


Si tout le monde s’accorde à dire que la culture a une influence sur la forme d’être malade ou d’être en
bonne santé, il n’y a pas toujours eu des méthodes susceptibles de prendre cette question en charge.
L’anthropologie de la santé et de la maladie, l’ethnopsychiatrie et l’ethnopsychanalyse sont des
approches qui ont fait émerger des méthodes pertinentes pour aborder cette question.

L’ethnopsychiatrie et l’importance des représentations culturelles


L’ethnopsychiatrie se façonne à partir d’autres prémices. Elle a dû se façonner au contact des grandes
vagues migratoires. Touche la santé mentale, la psychiatrie. Dans ce cadre, si quelqu’un dit qu’il est
ensorcelé, avant d’essayer de voir si ce qu’elle dit est réel, il faut d’abord comprendre ce que la
personne dit.

Illustration de l’importance des représentations culturelles


Ex : bilan aux urgences de Paris en 1980. Population d’Afrique centrale était arrivé avec un type de
symptôme particulier : syndrome d’agitation psychomotrice. C’est un état qui peut être dû à plein de
choses différentes. Il apparait que 80% des patients à qui on appliquait la piqûre, au lieu de se calmer,
était encore plus agitée. On sait qu’il y a parfois un effet paradoxal des médicaments mais cela ne peut
concerner que maximum 3%. Ici, avec 80%, ce n’est pas l’effet paradoxal qui fait ça. On fait plusieurs
tests mais rien n’est trouvé du point de vue physiologique. On engage alors une équipe
d’ethnopsychiatrie. Cette équipe dégage un résultat assez fort : parmi cette population, la plupart
d’entre eux viennent des groupes culturels où la question de la possession est très importante pour
interpréter cet état. On peut déduire que si quelqu’un pense comme cela, il se sent habité par un excès,
un trop en lui qui lui donne cet état d’agitation. Si l’on accepte cette dimension logique de la chose
(sans forcément y croire !) on peut aussi comprendre que si on lui donne une piqûre en traitement, on
est en réalité en train d’injecter quelque chose d’autre dans le corps. L’individu se sent alors
doublement possédé. A partir de cette analyse, ils vont faire un test : une prise de sang pour « extraire
» quelque chose. L’effet symbolique d’extraction est bien plus important que la molécule chimique.

On a donc intérêt à comprendre les représentations culturelles, non seulement pour saisir l’expérience
d’un malade mais aussi pour mieux choisir les manières d’intervention. C’est ce problème que
l’ethnopsychiatrie a essayé d’affronter.

Deuxième illustration
Années 70-80, grandes vagues migratoires en Europe. Parfois, les patients arrivent au cabinet,
attendent une heure, mais se dévoilent très peu. Les praticiens se demandaient s’il n’y avait pas une
méfiance paranoïde → la migration pourrait susciter des expériences paranoïaques.
Pour comprendre cette situation, il faut tenir compte que dans les cultures dites « traditionnelles », l’art
de guérir se passe dans des coordonnées complètement différentes à nos pratiques. Nous avons ici un
dispositif où la formation de nos médecins, psychologues etc. se fait de manière publique, à
l’université. La pratique se fait en privé car on apporte une importance significative à la vie privée.
Dans les coutumes traditionnelles, la formation, l’initiation, se fait en privé. C’est une initiation secrète
et la pratique en public.
Formation Pratique
Occident Publique Privée
Culture traditionnelle Privée Publique

Pourquoi les fonctions traditionnelles fonctionnent comme cela ? Il y a une conception culturelle que
le pouvoir de guérir est toujours accompagné d’un pouvoir de vous rendre malade. On n’a pas intérêt à
venir seul voir un guérisseur car cet acteur pourrait aussi nous rendre malade (double facette). La
culture prévoit que ce qui est raisonnable, est de venir accompagné pour prévenir le risque qu’une
personne fasse un mauvais usage de son pouvoir.

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Dès lors, avec cela en tête, il est aisé de comprendre pourquoi nous sommes anxieux lorsque l’on se
fait soigner par une culture traditionnelle, et que ceux issus de cette culture sont anxieux lorsqu’ils
consultent en Occident. En effet, nous n’avons pas les mêmes codes.

Analyse structurale : l’exemple des contes


Tous les contes sont marqués par une faute originaire à la suite de laquelle ils sont lancés dans une
quête. Dans celle-ci, il y aura des adjuvants qui vont faciliter la tâche mais aussi des opposants.
Chacun de ces concepts constitue les fonctions du récit. L’agencement de ces fonctions constituent la
structure des récits. Le récit n’est qu’une variante par rapport à une structure qui demeure relativement
stable.

Lorsqu’on a affaire à la culture, il s’agit de saisir les invariants, ce qui se présente de manière
identique dans tous les récits. Pour saisir ces invariants, il faut s’intéresser aux réalités du discours et
qui sont traitées par le locuteur de manière binaire (deux acteurs).

Dans cette unité, nous allons nous pencher sur deux représentations culturelles : la Sorcellerie et la
Possession. Mais avant cela, il s’agit de clarifier que ces deux notions se distinguent des pures
« croyances ».

Croyances v/s Représentations culturelles


Lorsqu’on dit que des discours culturels, comme la sorcellerie ou la possession, sont des
« croyances », on tombe dans un piège ethnocentriste (centré sur sa propre culture). En effet, si nous
disons d’emblée qu’il s’agit des croyances, nous disons implicitement que « ce n’est pas vrai », car le
vrai on le connaît, ce n’est pas l’objet d’une croyance. Nous enlevons ainsi, d’un coup, toute portée de
vérité à ces discours.

Enfaite, le concept de croyance présente une ambiguïté fondamentale 5 : d’un côté il signale ce dont
nous ne sommes pas surs (« je crois que j’irais au cinéma demain ») et d’un autre il peut renvoyer à
des convictions fermes (« je crois en Dieu »). C’est pourquoi l’anthropologie socioculturelle préfère
utiliser le concept de « représentation culturelle », plus neutre axiologiquement et
épistémologiquement.
La maladie du susto (cf. article du dossier des textes) est un exemple de « maladie traditionnelle » qui
exige une approche de la logique culturelle qui dépasse le recours aux nosographies psychiatriques et
psychopathologiques.
Contributions de l’ethnopsychiatrie et de l’ethnopsychanalyse au problème.
Tobie Nathan : L’introduction à L’influence qui guérit nous montre le problème pratique qu’ont
rencontré les professionnels de la santé mentale pour prendre en charge des populations immigrantes.
L’échec des pratiques habituelles a été le point de démarrage de la recherche autour des nouveaux
dispositifs pour accueillir ces populations. Au lieu de discréditer leurs représentations de la maladie,
présentées à travers des récits ou des mythes très divers, Nathan prend au sérieux ces matériaux
comme étant porteurs de deux choses fondamentales : a) la logique à travers laquelle les sujets
interprètent leur maladie en se référant à leur culture d’origine ; b) des pistes concernant le type
d’approche auquel ils sont sensibles pour procéder à une « transformation » ou « mutation » de leur
état. Autrement dit, il repère dans ces récits, des indications sur le comment mener la thérapie.

De manière plus générale, il fait une critique à la psychopathologie, considérant qu’elle est un système
ethnocentrique et que la seule perspective scientifique défendable serait l’influenciologie, à savoir,
l’étude systématique des procédures techniques pour influencer, transformer l’autre.

De plus le statut de la culture change dans l’œuvre de Nathan. Elle n’est pas simplement « l’habit » qui
recouvrirait de manière différentielle une essence humaine commune, car de ce point de vue la culture
colore la subjectivité mais ne la constitue pas essentiellement. Nathan propose, à l’issue de ses
5
POUILLON, Jean : “ Remarques sur le verbe ‘croire’ ”, dans: La fonction symbolique, Gallimard, Paris, 1979.

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recherches, que la culture est constituante du psychique de telle sorte qu’il n’y aurait pas de clôture de
l’appareil psychique sans inscription culturelle.

Dans le chapitre intitulé « Apologie de la frayeur », Nathan se livre à une analyse de l’effroi (susto),
mais en comparant des données linguistiques, anthropologiques et cliniques issues de différentes
cultures. Il montre la richesse de la logique de l’effroi, au point de la considérer comme un invariant
de tout arsenal thérapeutique.

Désormais, portons notre attention sur deux représentations culturelles en particulier : la sorcellerie et
la possession.
1ère représentation culturelle : la SORCELLERIE
Comme expliqué ci-dessus, l’analyse de représentations culturelles présente un enjeu
épistémologique : si on dit que se faire ensorceler est une « croyance », il n’y a aucune possibilité
d’engager une vérité. Si on parle déjà de croyance, on prend position et on pose déjà un jugement. Il
fut donc être prudent quant aux termes que nous utilisons. Certains sociologues/ psychologues parlent
même de « savoirs traditionnels » pour ne pas porter de jugement. On essaye donc de saisir ces
discours comme des représentations culturelles.
La culture fonctionne comme des lunettes qui colorent notre rapport au monde. Mais on ne s’est rend
pas compte. On pense que le monde est coloré comme on le voit. La culture est invisible. La culture
joue sur notre spontanéité. On ne réfléchit pas à tous bouts de champs comment on dit bonjour.
Comment l’ethnopsychiatrie peut-elle nous aider à comprendre l’ethnocentrisme ?

Dans les Ardennes belges et le Bocage français, les citoyens croient à la sorcellerie. Un psychanalyste
les rencontre. Les patients se pensent ensorcelés.
Les symptômes sont très divers : troubles dépressifs, perte de l’énergie, incapacité de travailler,
difficulté pour dormir, entend des bruits et sent des odeurs. D’autres vont être excités, hystériques,
paralysés, perdent du sang, ont des tocs. Le patient ne parle pas que de lui mais des chiens du voisin
qui aboient, des poules qui caquettent, de sa fille qui a fait une fausse couche, ...
On constate que dans le discours, la personne ne parle pas que de ses symptômes mais aussi des
autres. Alors que le malheur pour nous est un ensemble d’évènements (une réalité hétérogène), eux
présentent cela comme une unité. Le mal vient du prochain (le sorcier est un proche) et non pas de
l’inconnu/étranger. Le discours est porteur d’une idée inverse au racisme. Parfois, on dirait que la
pensée est intacte, parfois on dirait qu’ils délirent. En psychopathologie, ce sont les symptômes qui
permettent de déterminer la maladie. En médecine traditionnelle, c’est la cause présumée qui
détermine la maladie. Comment s’y prendre avec cette série de récits ?
L’analyse structurale est une méthode. Quand on veut comprendre un mythe, il faut identifier les
invariants (structures narratives).
Exemple : analyse des comptes de fée. Le petit chaperon rouge reçoit une mission et des consignes.
Elle transgresse pourtant des consignes ce qui la conduit au loup. On retrouve cette même structure
dans le seigneur des anneaux. L’analyse a repris les invariants.

Dans le cas des patient ensorcelés, les invariants sont …

1) On suppose qu’un tel est le sorcier mais cela ne se stabilise jamais. La personne ensorcelée ne
l’est pas vraiment si elle est certaine de l’ensorceleur. On est réellement ensorcelé si on a
toujours un doute sur le sorcier. Si on glisse vers la certitude, cela est vu comme de la folie, de
la paranoïa (ou du mensonge). Il faut donc que le doute persiste pour que ce soit un vrai
ensorcelé.

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2) On suppose que le sorcier est toujours un proche (structure de parenté ou dans le voisinage).
Le mal vient donc de quelqu’un dont on est concerné. Le problème énigmatique est le mal du
prochain. Proximité spatiale ou symbolique.
3) La place du sorcier est toujours vacante/ vide. Dans un village, tout le monde est
potentiellement sorcier mais personne ne l’est. La place du sorcier est une place symbolique.
Elle existe parce qu’on en parle. On suppose le sorcier. On sait qu’il n’y a personne qui
incarne cela. C’est la parole qui fait exister cette place. C’est une place de dénonciation, qui
suppose un soupçon permanent.
4) Il y a une série/ répétition du malheur. Il n’y a pas d’évènement unique. Il s’agirait d’un
système connecté. C’est ça qui exige l’interprétation par le discours des sorts.
5) Pourquoi moi et pourquoi maintenant ? on ne cherche pas l’explication de la maladie mais
le sens de la maladie. Il a besoin de comprendre le sens. « Pourquoi le destin s’acharne sur
moi ? ». C’est le moment d’angoisse où ils sont enclins à penser qu’un sort leur a été jeté.
Herzlich remarque que les patients qui souffrent d’une maladie incurable comprennent
toujours le discours scientifique mais ne saisissent pas le sens de la maladie (pourquoi moi et
pourquoi maintenant ?).
De manière invariante, les patients (selon Herzlich) qui souffrent de maladie chronique se
posent la question. Ils vont essayer de trouver une réponse à cette question. Ils vont produire
des représentations, uniques à chacun, en empruntant des éléments qui sont présents dans la
culture. Certains pensent que c’est à cause des péchés qu’ils ont fait pendant leur vie
(communauté religieuse)
a) La pollution comme étant au fondement de la maladie (pesticides, émanations etc.)
b) Éléments de mythe du style de vie sain : manger bio, faire du sport, pratiquer du yoga
etc. C’est une appropriation sociale de certaines données scientifiques mais on fabrique
quelque chose qui n’est plus scientifique mais bien un élément culturel. On est donc
malade parce qu’on n’a pas eu la force d’avoir un style de vie sain.
c) Pas de représentations : ils souffrent de manière beaucoup plus conséquente. Le sens que
le patient donne à sa maladie permet de rebondir et de se sentir beaucoup mieux.
Ici, les patients doivent trouver un sens à leur maladie >< culture traditionnelle  : c’est la
culture qui propose un sens à la maladie.

Il y a des cultures qui produisent des représentations pour venir à la question du sens,
tandis que d’autres cultures ne le font pas. Cela revient à faire émerger les deux questions
structurales chez l’homme : quelle est la cause et le sens des choses ?
6) Envie : quelqu’un aurait jeté un sort parce qu’il est envieux. Il ne s’agit pas de la jalousie ! La
jalousie se produit à trois. Il y a quelqu’un (moi) qui est jaloux parce qu’une autre personne
que je désire (lui) s’intéresse à un tiers. Je rivalise donc avec le tiers. Le Moi est donc jaloux
de quelqu’un d’autre à cause du fait qu’il l’empêche de profiter de celui qu’il aime (le tiers).
Dans l’envie, il s’agit d’un rapport duel : le sujet (moi) veut détruire ce dilemme, ce dont il a
besoin, ce qu’il admire ou adore. Le fait de voir le beau dans l’autre le renvoie à une
souffrance qui lui devient insupportable au point de le pousser à une forme de destruction.
Pour illustrer cela, on peut citer le poème de Baudelaire dans lequel la place que le soleil joue
contraste avec la tristesse du poète. Baudelaire a l’impression que le soleil se fout de lui. Le
soleil est trop beau par rapport à lui, et le poète considère cela comme une insolence. Mais,
comme il ne peut le détruire cet objet de son admiration, il arrache une plante et la piétine
pour se venger (car ne peut détruire toute la nature).
Klein dit que l’autre a l’objet du désir et que cela me rend envieux. Ex : frère de 6 ans qui
regarde envieusement son frère nouveau-né téter le sain de sa mère. L’enfant est alors traversé
par une mécanique douteuse. Ce qui suscite l’envie selon Saint-Augustin qui décrit cette
situation, c’est le fait de voir l’autre avec un objet que l’on n’a pas ou plus. En effet, son petit
frère peut se faire allaiter par sa mère tandis que l’enfant de 6 ans ne peut pas).
Lacan, lui, dit que ce n’est pas l’objet qui nous rend envieux. Ce qui me rend envieux, c’est la
jouissance de l’autre avec son objet.

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Ex : Un voisin a une magnifique voiture. Si à chaque fois qu’il l’utilise il tire la gueule, je
n’aurai pas envie de cette voiture. Si, au contraire, je le vois à chaque fois très enthousiaste, je
le vois jouir de la chose, alors je vais en avoir envie.
Lacan dit donc qu’on est envieux quand il s’agit d’une jouissance narcissique, c'est à dire
une jouissance dont je suis exclu. Si j’accuse quelqu’un d’être envieux à mon égard, je parle
en fait de quelque chose qui me concerne : cela veut dire que je me mets en retrait car j’ai une
jouissance narcissique. En effet, si j’accuse quelqu’un de m’avoir ensorcelé car l’autre
m’envie, en réalité je reconnais que je jouis d’une chose de manière narcissique, de manière à
exclure les autres.
Dernier exemple : Au Burkina Faso, s’il y a un excès de production en agriculture, ils
redistribuent leur récolte en trop avec d’autres personnes car ils ont peur qu’on les ensorcelle
s’ils sont égoïstes. Cette récolte est vécue comme une menace car l’autre risque de nous envier
et donc de nous ensorceler. Cela montre que certaines cultures fuient l’accumulation et
embrassent la redistribution car l’accumulation peut être synonyme de malheur, le risque
d’être ensorcelé planant toujours.

Le mythe de Narcisse
Tout le monde est amoureux de Narcisse mais celui-ci n’est intéressé que par la chasse. Un de ses
amours délaissés fait le vœu qu’un jour, Narcisse connaisse la douleur d’aimer et de ne pas pouvoir
avoir saisir l’objet de son amour. Némésis, la déesse de la juste colère des dieux, entend cette prière.
Elle représente la réciprocité sociale.

Némésis décide de donner une dernière chance à Narcisse. Elle organise une rencontre entre
Narcisse et la nymphe Écho. Elle ne peut pas parler mais ne peut que répéter les dernières paroles
d’une personne. Echo est cachée derrière les buissons. Un dialogue se tisse ainsi entre les deux et
pour la première fois, Narcisse est intéressé. Il demande à Echo de sortir de là en disant « sors de là,
unissons-nous ». Echo sort et répète « unissons-nous (= couchons ensemble). Narcisse angoisse et
dit qu’il préfèrerait mourir plutôt qu’être l’objet du désir de la nymphe. Ce dernier ne peut en fait
que vivre en étant l’objet de l’autre. Il éclipse Echo, il la traite comme inexistante, de telle sorte
qu’Echo va mourir de mélancolie. Némésis décide de venger la nymphe.

Narcisse se balade en forêt et arrive au bord de l’eau. Il voit quelqu’un de très beau dans l’eau et en
tombe aussitôt amoureux. Il essaye de l’atteindre mais se rend compte que c’est lui. Il est alors épris
d’une grande douleur qui le fait se jeter au fond de l’étang.

Némésis apparait comme un principe de régulation des relations sociales. Le sorcier, dans d’autres
cultures, a la fonction de Némésis. Lorsque les acteurs sociaux mobilisent ce type d’interprétation,
ils mobilisent une mise en rapport de la maladie avec les rapports sociaux. Lorsque le sorcier vient
nous ennuyer, il faut rétablir la réciprocité sociale. Bien que le discours paraisse bizarre, il a une
fonction et produit ses effets, il est efficace.

Ex : Pour essayer de comprendre pourquoi ils étaient enviés, les patients expliquent les anecdotes de
manière contingente. Un individu avait un pacte avec son voisin mais un jour, une dispute éclate et
les voisins sont incapables de se réconcilier. Depuis lors, plus aucun contact, puis peu après l’un est
victime d’un sort.
Ex2 : une femme couturière explique qu’elle a été enviée parce qu’elle a décidé d’apprendre le
métier de couturière à sa fille et invite d’autres jeunes filles du quartier. Après un moment, elle se
rend compte qu’elle crée de la concurrence à sa fille et, à cause d’une « maladie » elle ne donnera
finalement plus le cours qu’à sa fille. Peu après, elle est victime d’un sort.
 Le vrai moteur de la chose se trouve au moment de la rupture sociale.

Les représentations culturelles de ces sociétés traditionnelles ont l’air d’articuler l’ensemble des
niveaux de l’humain.

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La modernité implique certes un développement de conscience, ce qui


n’implique pas qu’il y a de plus en plus de maladies psychiques impliquant des
soucis au niveau corporel, par suite d’une rupture dans le milieu social (burn-
out).

Les anxiétés vont de pair avec des vécus dépressifs, jusqu’à même parfois aller jusqu’à une
dépersonnalisation ou des vécus semi-délirants. La cause principale (selon C. Dejour) est la rupture
de la solidarité dans le travail. En installant dans une entreprise une nouvelle démarche d’évaluation
des résultats, l’orientation du management produit des indicateurs de la qualité des réponses aux
clients et cette logique s’empare de l’ensemble de l’organisation (=techniques managériales de
compétitivité).

Cela implique que tous les acteurs sont contraints de contribuer à ce système et se sentent de plus en
plus en concurrence face aux autres membres de l’équipe. Les rapports de solidarités qui se tissent
habituellement commencent donc à se perdre, et les erreurs commises doivent désormais être traitées
seul. Les personnes commencent à faire l’expérience d’une certaine solitude pouvant mener au burn-
out.

Le discours de la sorcellerie est considéré comme arriéré, datant d’un autre siècle, etc. On le range
dans le domaine de la croyance, mais d’autres cultures traitent de la même problématique. Il y a
certains contextes sociologiques qui ne parlent pas de sorcellerie, mais le critère de l’envie est présent.
Ex. : Une famille dans le sud de la France venait de recevoir un héritage très gros et étaient heureux.
Mais, à chaque fois qu’ils se baladaient dans le village, ils se plaignaient. Pourquoi se plaignent-ils
s’ils sont heureux ? Ils disent qu’il ne faut pas montrer son bonheur parce que cela va faire envier les
voisins. Il faut garder une certaine discrétion.
 Il faut donc réguler l’envie des autres. Or, dans nos démocraties actuelles, nous n’avons plus
de représentations sociales qui permettent de réguler l’envie et la convoitise (Cf. «  Le bonheur
paradoxal »).

Deuxième représentation culturelle : la POSSESSION


Le texte de la frayeur traite des discours qui expliquent la maladie comme une conséquence de l’effroi.
Il faut saisir la logique des victimes et de ce que font les guérisseurs à ce propos. Nathan pense qu’on
peut éclairer le discours du côté du malade qui se demande ce qui lui arrive mais aussi du côté de la
guérison, c'est à dire comment les patients font pour s’en sortir.

Dans la culture chilienne, l’effroi est la conséquence d’une rencontre malencontreuse avec une vieille
femme. Les patients, au premier regard, ont l’air d’être dépressifs. Il y a une angoisse mais aussi
quelque chose de triste, de morne. Beaucoup sont des buveurs excessifs. La plupart d’entre eux sont
des migrants de régions rurales venus vers la capitale pour trouver du travail. Peut-être que c’est la
migration qui les rend comme cela. Peut-être sont-ils dépressifs à cause de personnes perdues à l’issue
de la migration.
Tout à coup, la logique qu’ils racontent est l’inverse. Ils disent qu’ils n’ont rien perdus mais qu’ils sont
possédés. L’esprit de la vieille femme les habite, les possède.

C’est une réaction au « trop », par rapport à quelque chose qui m’habite. Alors que Mauricio part
justement de la logique inverse, croyant que ces chiliens sont dans cet état là car ils éprouvent une
perte, un deuil (de leur ancienne vie, de leur famille, etc.).

Modèles anthropologiques de la santé et de la maladie


Dans l’article sur le « susto », on trouve déployé le modèle des logiques étiologiques et thérapeutiques
proposées par François LAPLANTINE6, modèle qui présente une synthèse de l’approche
6
LAPLANTINE, François: Anthropologie de la maladie, Payot, Paris, 1992.

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anthropologique de la santé et de la maladie, et qui est apte à mettre en évidence les différentes
logiques culturelles à partir desquelles les groupes sociaux construisent l’expérience de la souffrance
et de la maladie.

 Comment pense-t-on les causes ?


 Ontologiques ou relationnelles ?
 Endogènes ou exogènes (= extérieurs à nous) ?
 Additifs (=quelque chose s’est ajouté à mon corps) ou soustractifs ?
 Maléfiques ou bénéfiques ?

Modèle Étiologique Modèle Thérapeutique


Ontologique / relationnel Homéopathique / Allopathique
Exogène / Endogène Additive / Soustractive
Additif / Soustractif Exorcistique / Adorcistique
Maléfique / Bénéfique

 « La perte et les deuils déguisés en possession » est un ouvrage qui explique le rapport entre la
perte et le deuil, qui est déguisé en possession. L’hypothèse est qu’un groupe culturel déguise
ces expériences dans un discours de possession. Les acteurs expliquent la cause de leur
maladie comme un sort. Du point de vue de la logique, c’est équivalent à dire qu’ils sont
malades parce qu’ils ont attrapés un virus. Dans un cas, on a affaire aux invisibles non
humains et dans l’autre, aux bactéries vivantes, qui sont des logiques ontologiques (=logique
dominante mais pas exclusive). Il y a des nuances à faire, certains acteurs vont tenir des
propos du style qu’il est nécessaire d’avoir des problèmes non résolus dans l’existence si la
personne produit une possession. Si le sujet ne règle pas certains conflits (ex. : « je n’ai pas été
à l’enterrement de ma mère »), il risque de produire lui-même les relations favorables à la
possession d’un esprit, il y a donc là une logique relationnelle présente (=logique
secondaire). Dans tous les groupes sociaux on retrouve une coexistence entre deux causes,
nous sommes tous porteurs de nuances.
 Si quelqu’un dit qu’il est malade parce qu’il est possédé, c’est une position exogène (>< je
suis malade parce que mon cœur est faible ou parce que je pense trop : logique endogène). Or,
on pourrait leur opposer qu’ils produisent eux-mêmes les conditions pour « pouvoir être
possédés », c'est à dire que la victime a une sorte de responsabilité et la cause devient alors
endogène (logique secondaire ici).
 Le conflit vient au départ du fait que la psychologie pense la chose dans une logique
soustractive, alors que les acteurs mobilisent une logique addictive en expliquant que c’est
une possession.
 La sémantique de destruction de l’être est maléfique mais dans la langue, il y a quelque chose
d’extraordinaire, à savoir que les acteurs laissent entendre que se faire traverser par un esprit
peut être bénéfique pour la suite, quand ils seront guéris. L’expérience de la traversée d’une
maladie peut alors fortifier quelqu’un et est donc bénéfique. Mais ici, la possession est vécue
comme une cause maléfique.

Qu’est-ce qu’ils mettent en place pour se soigner ?

Du côté thérapeutique, lorsqu’on se penche sur les moyens utilisés pour se soigner, on voit que la
tradition populaire pose qu’il faut boire du Pisco (= alcool lié à la guérison). On a affaire à des
personnes considérées comme alcooliques alors qu’eux disent qu’ils sont en train de se soigner. Ce
sont des structures culturelles qui créent des représentations. Par exemple, avant de boire de l’alcool
avec des amis, on se dit tous « Santé ! ». Cependant, ils ne boivent pas seuls, on ne peut donc pas les
considérer comme des alcooliques. Les acteurs cherchent à recréer un espace spirituel. Platon
prétendait d’ailleurs aussi que l’alcool était le sombre de l’âme.

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Selon la logique thérapeutique, on peut soit avoir affaire à une logique thérapeutique soustractive ou
additive. La vraie logique au niveau de la maladie est bien soustractive, il s’agit d’un deuil que les
personnes n’arrivent pas à faire. Ce n‘est donc plus de l’arbitraire, mais il y a bien un problème
anthropologique dans le discours qui permet de montrer que la logique soustractive est la plus
importante : à l’occasion de l’effroi, l’âme de quelqu’un part.

La logique dépressive donne un sujet qui souffre. Si on prend le pôle extrême de la mélancolie : le
mélancolique semble avoir été privé de quelque chose de fondamental dans sa vie sans savoir
expliquer pq, de telle sorte qu’il va faire l’expérience de pertes tout à fait anodines qui deviennent très
importantes pour le patient. Le mélancolique fait face à un vide. La culture dit alors que non, il n’a pas
un vide mais qu’il est possédé. C’est beaucoup plus facile de se battre contre quelque chose que contre
rien du tout.

Dans la même ligné d’études qui montrent le poids de la culture dans la détermination d’être sain ou
malade, on peut inscrire les recherches de J-P. Hiernaux sur les symboliques sociales en Belgique.
Dans les années 60-70, il compare les discours des personnes d’origines rurale et urbaine en Belgique,
mettant en évidence qu’ils sont porteurs de structures symboliques (culturelles) presque inverses.
J-P Hiernaux va se demander comment la culture apparait dans le discours ordinaire des personnes.
Dans son travail il va poser une question totalement générale : « pouvez-vous me parler de la manière
dont vous voyez la vie ? » et il va essayer de pratiquer l’analyse structurale. Il va aller chercher dans
les entretiens les invariants qui se présentent de manière binaire (= ont un pôle négatif et un pôle
positif). Ces invariants sont aussi appelés « axes sémantiques ».

Structure condensée de la Structure condensée de la


symbolique sociale en milieu symbolique sociale en milieu Urbain
Axe rural
Sémantique + - + -
Rapport à Homme / Bête Homme Plein / Homme vide
Soi (Régulé) (Non régulé) (accomplissement) (frustration)
Actions Faire efforts / Se laisser aller Se laisser aller / Faire Efforts
(Refouler)
Moyens Contrainte / Liberté Liberté / Contrainte
(Traditions)
Référents Police / Agents de la Agents de la lib. / Police
liberté
Temps Passé / Présent - Futur Présent-Futur / Passé
Espace Ici (Intérieur) / Là bas (Extérieur) Là bas (Extérieur) / Ici (Intérieur)
Ultimités Vie / Mort Vie / Mort
(Cohésion (Décohésion soc.)
Sociale

Contexte rural
Dans le contexte rural, on peut comprendre que la souffrance sera interprétée de manière élective
comme une incapacité du sujet à maîtriser la bête qui l’habite, incapacité de maîtriser l’excès
d’irrégulation qui le constitue. Donc, la souffrance vient d’un excès non contrôlé, non maîtrisé, non
domestiqué. Dans le rapport à soi dans le contexte rural, il faut se construire comme un être humain
régulé (travailler, se lever le matin, être actif, etc.). Le résumé est donc qu’il faut faire des efforts.
Certains disent que pour être un être humain régulé, il existe une sorte de contrainte (sociale ou
religieuse). En effet, si on se laisse aller, la « bête » peut gagner du terrain. Le sujet sent la menace de
tomber sous l’emprise qu’est la bête. En même temps, les agents de la liberté arrivent comme quelque

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

chose de dangereux. Ils sont perçus comme des agents qui peuvent amener les jeunes à se laisser aller.
La contrainte sociale vient de la tradition (des anciens) ainsi que des agents de la contrainte sociale.

Quant au rapport au temps, les ruraux disent que dans le passé, les gens « étaient des vrais ». Le passé
était un temps où on trouvait une exemplarité. Par contre, le vécu du présent et du futur est vécu
comme la négativité à venir ou en train de s’installer.

De même, le rapport à l’espace est basé sur le « ici ». Ici, dans le village, les agents ont encore un rôle
social (le curée, la maitresse d’école…). Du côté de la négativité, on a le « là-bas », càd tout ce qui est
ailleurs que ce village (même le village d’à côté). De plus, ils perçoivent la ville comme une
possibilité de devenir des bêtes (= représentation négative du contexte urbain).

Contexte urbain
Par contre, dans le contexte urbain, la souffrance trouve sa source dans le « vide » qui habite le sujet.
La négativité étant un vide que le sujet cherche à remplir, à combler. Nous voyons de nouveau que la
culture, dans ce cas la sous-culture, induit de nouveau des modalités spécifiques d’interprétation de la
maladie et, partant, instaure la modalité dans laquelle les individus vont « vivre » ou expérimenter leur
souffrance. Dans ce sens fondamental, la situation est aussi culturellement construite que dans la
culture populaire chilienne et le susto.

Ainsi, chez les urbains, on est dans une


quête de plénitude, d’accomplissement
de soi. Les gens veulent rencontrer les
autres et sortir de la routine métro-
boulot-dodo. Ils vont chercher d’autres
formes de vie. C’est une quête de
plénitude, d’accomplissement de soi. Ce
qui devient la négativité est la vie
monotone. Donc, un homme perçu
comme étant rivé à une existence vide de sens de l’absence de richesses, d’expériences… Pour avoir
une vie pleine, il faut se laisser aller et ne pas avoir peur de toutes les composantes de notre être et tout
vivre et assumer. Par contre, faire des efforts devient alors l’action négative qui nous conduit à avoir
une existence monotone. Ce serait même une forme de refoulement, de méconnaissance car les efforts
se font au prix de ne pas intégrer ou assumer certains aspects de soi-même.

Ce sont les agents de la liberté (nouvelles formes de thérapies, acteurs, chanteurs…) qui nous aident
dans ce processus de quête de soi. Par contre, la contrainte fait l’objet d’une critique très forte : c’est
perçu comme ce qui nous emmène à des actions négatives et, ce faisant, à faire des efforts et être un
homme qui mène une existence vide.
Chez les urbains, le présent et le futur sont des temporalités positives, c’est le progrès. Le passé, lui,
est chargé de toute cette génération de la contrainte et qui mène à une existence morne.
Quant au rapport à l’espace, le lieu « là-bas » est le lieu où l’on pourra compléter la quête de soi.
« L’ici » apparait comme la négativité.

Analyse comparative des invariants


La négativité apparait dans la symbolique sociale comme quelque chose qui est constituant. Dans ce
contexte, c’est beaucoup plus parlant quand quelqu’un ne va pas bien. A l’époque, chez les personnes
rurales, cela était nommé par les acteurs comme des formes variées de névrose. Pour ces personnes,
l’idée de la névrose comme étant un concept qui permet de comprendre ce qui leur arrive quand ils ne
vont pas bien, cela leur correspondait car cela correspondait à leur symbolique sociale. Il considère la
névrose comme le fait que la négativité constituante a pris trop de place dans son existence. Bien
qu’ils ne parlent pas de possession, c’est un phénomène du même ordre : quelque chose s’empare

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

d’eux. La différence ici est que ce « quelque chose » a tjrs été en eux, cela sommeille en eux. Ils n’ont
donc pas besoin d’avoir recours à la notion de la possession.
C’est une logique de l’excès : c’est l’excès de la négativité qui les rend malade.
Par contre, du côté urbain, c’est la notion de dépression qui fait surface et pas celui de névrose. Et
cela est dû au fait que la négativité qui prend trop de place désigne le fait de vivre une existence vide.
Or, pour nommer cette détresse psychique, cet excès de vide, on a plutôt choisi la notion de
dépression. On voit donc bien que la culture affecte l’expérience de la maladie. La culture donne
forme à l’expérience de la maladie.

Changement de paradigme et la « fatigue d’être soi »


Mais la signification de la culture dans l’analyse du normal et du pathologique, de la santé mentale,
n’est pas quelque chose d’exclusivement pertinent lorsqu’on approche des cultures traditionnelles ou
lointaines.

Le sociologue Alain Ehrenberg, dans son livre La fatigue d’être soi note que dans les sociétés
contemporaines les individus représentent (interprètent) diverses formes de malaise et de souffrance
comme une dépression. La dépression apparaît comme « la maladie à la mode », alors que pendant une
bonne partie du XXe siècle c’était la névrose la référence populaire la plus courante pour nommer
toutes sortes des malaises. Parallèlement, on observe depuis les années 60 une montée très
significative de l’épidémiologie de la dépression et l’intérêt de la psychiatrie pour ce spectre de la
psychopathologie ne cesse d’augmenter. Le problème est : est-ce que la dépression a « vraiment »
augmenté au détriment de la névrose ou ce changement est plutôt révélateur d’un changement dans la
culture qui ferait que pour les individus la représentation de la dépression apparaît comme plus
« pertinente » pour signifier leurs malaises ? Ehrenberg se penche sur cette deuxième optique.

Ehrenberg (« La fatigue d’être soi ». Cette injonction qui circule socialement depuis les années 80
d’être soi-même finit par rendre malade les gens : c’est fatiguant d’être soi. Il constate d’abord
certaines transformations du discours par rapport à la dépression. Aussi bien du point de vue des
patients que des experts.

Avant années 80 Après années 80


Patient : dépression = on sent une lourdeur qui Patient : les patients parlent de la dépression
finit par produire une dévitalisation parce qu’il y comme une expérience de l’insuffisance.
a un conflit, une déchirure dans le rapport au Aujourd’hui, la dépression, c’est quand on n’a
désir et à la loi (= aporie qu’il ne peut résoudre). plus d’énergie, on n’a pas envie de faire quoi
La dépression serait de diriger sa volonté de que ce soit. Toute activité devient un calvaire.
pouvoir et sa violence vers soi et pas vers Le patient pense ne pas avoir assez d’énergie de
l’autre. Une intériorisation de cette volonté de capacité, de motivation  logique de
combat qui veut s’affirmer. l’insuffisance dominante dans les discours de
personnes souffrants de dépression.
Experts : état dépressif dû à une perte qui D’après les experts :
entraîne un conflit. Ex : le deuil permet de Symptômes de la dépression
comprendre cet état dépressif car le patient a un - Insuffisance de mémoire
lien affectif avec l’être qu’il vient de perdre et - Absence de proactivité
en même temps, il y a une composante
d’ambivalence, de l’agressivité face à cette
personne. Le lien libidinal affectif peut se dire,
et l’agressivité, elle doit être refoulée. Quand on
la refoule, l’agressivité retourne sous la forme
de l’auto-reproches, de remords.
Freud dit que l’auto-reproche est un reproche :
inconsciemment, j’agresse l’objet de la perte.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

LOI AUTONOMIE
Permis-interdit Possible-impossible

Est-ce que ce changement de discours signifie que la dépression a changé ou est-ce qu’on a changé de
discours parce que la culture a changé ? Ehrenberg penche pour la seconde hypothèse : ce changement
est dû à la transformation culturelle qui s’est produite autour des années 1980.

Le social, avant les années 80 : manière dont on parle de la scène sociale dans la presse : c’est une
scène où il y a du conflit partout (h/f ; privé/ public ; salarié/patron ; générations…). Il n’y a que ça et
il grouille, il y a du conflit dans tous les interstices de la société. Après les années 80, ce n’est plus du
conflit mais c’est une scène où l’insuffisance est constante. On parle de secteurs défavorisés qui
manquent de formations, de travail, de logement etc. Il y a donc des insuffisances diverses. Il n’y a
plus de conflit mais des insuffisances qu’il faut pallier.
 Passage du conflit à l’insuffisance
Passage de la modernité à la postmodernité (Ehrenberg)
Jusque dans les années 1980, la culture européenne s’organise dans un système de permis et
d’interdit. Il s’agit d’un modèle pyramidal de l’autorité. Le principe de l’autorité avait une force
organisatrice. L’autorité repose dans un ordre collectif où le permis et l’interdit sont des enjeux
relativement clairs. Si quelqu’un souffrait de quelque chose, c’était de la culpabilité ou de la faute.
Autour des années 80, la transformation collective fait qu’on n’est plus dans un jeu social où les
choses s’organisent à un niveau pyramidal mais bien dans une structure de réseau. De plus, les
injonctions tournent autour du possible et de l’impossible C’est un ordre social qui pousse les
individus d’avantage à l’autonomie. Les individus prennent en charge leur existence et ne sont plus en
attente d’une autorité quelconque. Il faut s’investir au-delà des attentes minimales. Il faut faire grandir
ses capacités ou faire du team building pour faire grandir les capacités d’un groupe. Tout cela est une
conséquence du glissement du « tu fais bien ton travail » vs « non, ne te contente pas de ça mais fais
preuve d’autonomie dans la manière dont tu fais ton travail ». Au niveau politique, on n’est plus dans
une logique de gouvernement (=logique autoritaire) mais bien une logique de gouvernance.
Ex : logique de gouvernement décide une politique sociale. On ne va pas commencer à nuancer cette
politique en fonction des régions etc. >< La gouvernance implique qu’il n’est plus possible d’exercer
le pouvoir politique ainsi mais il faut entendre les différents groupes sociaux, les minorités etc. et il
faut commencer à nuancer la politique sociale en fonction des différentes attentes des parties de la
société. Il faut entendre les citoyens de plus en plus… mais jusqu’où ?
De plus en plus, les représentants ont besoin d’appuyer leur politique à travers des enquêtes
d’opinions, de satisfactions, d’attente et présenter leur politique comme étant des réponses aux
attentes des collectivités. Il ne s’agit plus de délibérer simplement mais il faut prendre en compte
l’avis des citoyens.
 Aujourd’hui, l’individu affronte une pathologie de l’insuffisance plus qu’une maladie de la
faute. Déplacement de la culpabilité à la responsabilité. Ce glissement change les relations
entre le permis et l’interdit. Qui dit responsabilité dit autonomie. Ce serait la manière dont
Ehrenberg perçoit la notion de l’individualisme (= phénomène de transformation sociale où il
y
a un passage vers une injonction d’autonomie chaque fois plus forte).

Le « succès » de la dépression : pourquoi de plus en plus de personnes sont dépressives ? En effet,


elle a même été considérée par l’OMS comme une « maladie du développement ». L’épidémiologie de
la dépression a connu un accroissement inouï les dernières décennies, au point que pour certains
chercheurs cela montre bien que la dépression est devenue la maladie de « mode », c’est-à-dire, une

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

notion qui permet de représenter de manière élective le malaise contemporain.


Le fait que les antidépresseurs stimulent l’humeur des personnes « vraiment dépressives », alimente
l’espoir de dépasser toute souffrance psychique. C’est ce qu’on a pu repérer avec l’utilisation massive
et indiscriminée du Prozac et d’autres substances. Cet espoir n’est pas pour rien dans le «  succès »
social de la dépression comme signifiant pour nommer sa souffrance. Mais, est-ce que toute souffrance
est à juguler ? N’y a-t-il pas des souffrances « utiles », ou mieux encore, mobilisatrices de
transformation ? Dans une dérive culturelle où il paraît absurde de supporter ses souffrances, est-il
encore possible de distinguer de la pathologie les malheurs et les frustrations de la vie quotidienne ?
La distinction freudienne entre « souffrances de la vie » et « souffrance névrotique », bien que toujours
fondée, paraît perdre socialement sa pertinence dans un contexte où il n’est plus si aisé de distinguer
ce qui relève d’une maladie de ce qui relève d’autre chose. « Si la déontologie médicale contraint le
médecin à soulager la souffrance quand il ne peut pas guérir une maladie, pourquoi devrait-il procéder
autrement en matière de souffrance psychique ? »7.
Pour Ehrenberg, la dépression est une représentation sociale plus parlante pour les acteurs de telle
sorte qu’ils vont y avoir recours plus facilement pour expliquer leur malaise. Mais la dépression n’a
pas réellement « augmentée ».
Ehrenberg nous montre que le contexte où la dépression devient la maladie qui représente davantage
les souffrances est celui de l’individualisme contemporain. Pas seulement compris comme un
processus de perte de références de l’homme moderne noué à la fragilisation (voire au déclin) du lien
social, ce qui se rendrait manifeste dans l’affaiblissement de la vie publique et de son investissement,
pour renforcer les investissements moïques, voire narcissiques comme le pensait Lipovetsky par
exemple8. Pour Ehrenberg, cette perspective n’est que le reflet d’« illusions rétrospectives », démunies
d’un minimum de sens historique, et qui conduisent juste à avoir pitié des souffrances d’aujourd’hui.
Pour Ehrenberg, un des traits forts de l’individualisme démocratique est que nous sommes devenus
des « individus purs », qui ont à juger eux-mêmes en construisant leurs propres référents. Aucune loi
morale ni tradition ne viendrait nous indiquer de l’extérieur comment nous devons être ou nous
conduire. Au fond, l’équilibre entre le défendu et le permis, qui régulait l’individualité jusqu’aux
années 1950-60, a perdu son efficacité, donnant lieu à une recherche d’équilibre entre le possible et
l’impossible. L’équilibre entre le permis et l’interdit, décline en faveur d’un arrachement entre le
possible et l’impossible. Au lieu d’être fondamentalement confrontés à la loi et la culpabilité, nous
sommes davantage confrontés à la responsabilité personnelle. Au lieu qu’une personne soit mise en
action par des contraintes ou un ordre extérieur, aujourd’hui il faudrait s’appuyer dans ses ressources
internes et ses compétences. Les notions de projet, initiative, motivation, communication et
empowerment sont des devenues les normes d’aujourd’hui.
Cet ordre normatif de la responsabilité change le concept psychiatrique et social de la dépression.
Ehrenberg travaille deux hypothèses à ce sujet
a) L’individu affronte une pathologie de l’insuffisance plus qu’une maladie de la faute par rapport
à l’ordre de la loi. Le déprimé est un homme arrêté et par ailleurs le déplacement de la
culpabilité à la responsabilité ne se produit pas sans changer « les relations entre le permis et
le défendu »9
b) Le succès de la dépression repose sur le déclin de la référence au conflit. Mais pas seulement au
niveau psychique, car on voit aussi disparaître la notion de conflit comme susceptible de
rendre compte du malaise social. Et peut-être là se trouve la racine du leurre : interpréter tout
malaise comme l’expression d’une souffrance du sujet et ne plus l’interpréter comme un signe
des conflits sociaux.

7
EHRENBERG, Alain : La fatigue d’être soi. Dépression et société, Paris, Odile Jacob, 1998, p. 14.
8
LIPOVETSKY, Giles : L’ère du vide. Essais sur l’individualisme contemporain, paris, Gallimard, 1983.
9
EHRENBERG, Alain : op. cit. p.17.

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Ce passage laisse entendre que la manière de souffrir change. Les personnes souffrent davantage de ce
poids qui vient se poser sur leurs propres épaules. Cette autonomisation excessive pèse sur certaines
personnes et la manière dont cela fait crise est la dépression.
 La dépression est une pathologie de l’autonomie et plus du conflit.

Conclusion : aussi dans les sociétés contemporaines la « mutation culturelle » détermine les modalités
de souffrance, du normal et du pathologique et favorise l’émergence des discours spécifiques, des
logiques historiques et culturellement construites, pour représenter lesdites souffrances ou pathologies.

Lipovetsky
Le texte de Lipovestky, « Narcisse ou la stratégie du vide » (dans : L’ère du vide) est une tentative
plus articulée pour caractériser le changement culturel, de logique culturelle, dans les sociétés
contemporaines, dans lequel Narcisse serait le paradigme de l’homme et non plus Œdipe. Cela signifie
que le complexe d’Œdipe, en tant qu’opérateur de la subjectivation, n’a plus lieu et les humains
aujourd’hui en restant à la constitution préœdipienne (Tanguy, syndrome de Peter Pan, les enfants
rois…).
La ligne centrale de l’argument est que à partir d’une diversification de l’offre des biens et des
services, les sociétés modernes induisent l’illusion d’une « existence à la carte » (ou tout serait
possible, tout désir pourrait trouver un objet, une offre pour le satisfaire) et partant un processus de
« personnalisation » s’instaure, opérant graduellement une « mutation anthropologique » qui produit
des individus purs. Il décrit donc le changement de logique entre modernité et postmodernité, quant à
la relation à l’autorité, aux investissements du public et du privé, l’autre et soi, le corps, etc…
Ce portrait, certes discutable, du paysage humain et social contemporain, est une clé pour comprendre
que les pathologies, les souffrances contemporaines seront logiquement plus en référence à la
« désorientation », au vide, à la perte de sens, etc.
La transformation en question est à comprendre comme le passage d’une référence au collectif vs un
investissement croissant du personnel, de l’individuel, de la sphère de la vie publique. Chez lui, quand
on parle d’un changement collectif, on parle de changement de l’investissement. Les personnes
investissent des questions bcp plus personnelles. Ainsi, les individus investissent davantage dans le
moi plutôt que dans les affaires publiques.
Ex : nombre de fitness à Bruxelles en 1970 : 0 >< nombre de fitness à Bruxelles aujourd’hui : des
centaines => investissement plus grand par rapport au corps ! Cette transformation est aussi
observable dans le désinvestissement des partis politiques, ou dans l’essor de la chirurgie plastique,
etc.
Ce changement est produit par l’ordre économique. C’est l’ordre économique qui produit une
séduction généralisée dans le but de rendre nos désirs possibles. Le capitalisme tardif fait un passage
où le niveau d’offre est tel que, virtuellement, tout désir devient possible d’être satisfait.
Ce faisant, les sphères intimes, personnelles, prennent d’avantage d’importance en comparaison à la
sphère publique. L’expérience personnelle peut parfois s’articuler à l’expérience collective.
Du coup, l’individu se désinvestit du collectif, depuis les années 80, on observe de plus en plus que
les citoyens suspectent l’autorité de corruption. On commence à personnaliser le rapport à l’autorité.
Quand on la regarde, on ne regarde plus l’autorité mais les personnes qui y travaillent. Il y a une
médiatisation de la vie personnelle des politiciens.
C’est un phénomène collectif, une transformation sociale qui donne lieu à de nouvelles formes de
maladies, ou de tomber malade. Plus ce phénomène augmente, plus l’individu va avoir un processus
de rapport à soi et se confronte à une vacuité personnelle. On ne peut faire une expérience pleine de
soi qu’en sortant de soi. Le recentrement appauvrit l’expérience de la vie car on ne peut faire
l’expérience pleine de soi qu’en sortant de soi. Ainsi, le recentrement produit une existence vide

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

pour l’individu.

Toutefois, en lisant le livre de Lipovetsky, on a l’impression que l’auteur adopte une vision décliniste,
où la période avant les années 1980 serait moins désolante qu’après. D’où la critique de Ehrenberg à
Lipovetsky : Lipovetsky dresse une illusion rétrospective. On a l’impression que les périodes
modernes ou prémodernes auraient été des périodes moins désolantes. Il construit la société actuelle
comme quelque courant à son déclin.
L’individualisme et la mutation du lien social : un débat
Dans la lignée des travaux de Lipovetski se déroule un débat actuel quant à la signification des
transformations sociales et de la subjectivité. Dans ce contexte on trouve une position forte et
contestée soutenue par :
LEBRUN, Jean-Pierre : « La mutation du lien social », dans : La perversion ordinaire, Paris, Denoël,
2007, pp.133-153 (chap. 3).
Crise de repères  Ne nous ne savons pas à quoi nous accrocher
pour affronter les modifications introduites par le
triomphe de la modernité et ses valeurs

 Collectif aujourd’hui se veut pluriel, pluraliste.


Veut considérer les différences culturelles et
imposer qu’on les respecte, surtout les minorités.
Donc il n’y a pas un Autre duquel on serait tous obligés.

Régulation sociale ne fonctionne plus  L’enjeu est de construire des normes en fonction
comme avant. de chaque situation, avec les protagonistes, de
sorte a, sinon pas « vivre ensemble, du moins
Sont remises en cause (déclin ?) « vivre à plusieurs »
 Questions et problèmes inédits : Consentir au
- Référence à la norme spontanément
changement de sexe ? Au mariage homosexuel ?
admise et reconnue
Autoriser choix anticipé du sexe d’un enfant, le
- Idéal (idéaux) implicitement
clonage, l’euthanasie ? Le choix du nom ?
partagé.
 Il s’agit de veiller à que se poursuive la
- Hiérarchie véhiculée par la
transmission de l’humus humain, sans revenir à
tradition (p.132).
vouloir sauver les anciennes modalités de
fonctionnement social.

La mort de la « société hiérarchique » : L’enjeu est de penser la structure de la mutation du lien


social, transformation qui aurait des impacts sur le noyau anthropologique de l’humus humain et sur
l’ensemble de modes d’organisation et de pratiques qui font « tenir » une société (134).
Identifier la structure de cette mutation anthropologique permettrait d’éviter deux mirages : 1) le
mirage des lendemains qui chantent, et, 2) l’illusion pessimiste de voir dans ce changement le signe de
notre décadence. (134)
Le concept de « mutation » est utilisé en référence à la « théorie des catastrophes » de René Thom.
« …une mutation procède non pas tellement d’une coupure radicale, même si elle y aboutit, mais
surtout d’une série de petits changements qui s’additionnent. Des changements minimaux qui
entraîneront subitement, à un certain moment en raison de leur accumulation, la transformation
complète de la forme d’une figure, d’un objet, d’un système – en tout cas de leur forme telle qu’on la
perçoit » (135).
Lebrun va donc récupérer l’idée de l’effet papillon : dans l‘ordre contemporain, il y a un déclin de
l’ordre social. Il va se prononcer sur des questions épineuses. La loi consent au mariage homosexuel.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

On pourrait consentir à l’adoption etc. une petite transformation juridique qui s’ensuit à une autre,
qui s’ensuit à une autre etc. peut faire basculer le régime juridique et arriver à un tout nouveau
régime.
Hier Aujourd’hui
Vie collective organisé, explicite ou L’arrachement à la structure religieuse est un
implicitement, par la présence légitime d’une fait acquis (il n’est plus combattu ou débattu).
position d’extériorité, d’une place d’exception, Donc, nous sommes passés à un fonctionnement
d’une transcendance. collectif qui s’est émancipé de toute référence à
une place d’extériorité. « Acte de décès de la
Cette organisation sociale était en accord avec société hiérarchique ».
une « fiction théologico-politique » (Claude
Lefort). Et même pendant la période où elle a été
âprement combattue, même en déclin, cette
place restait encore inscrite.

 Par rapport à ce débat, il y a des positions de déclinologues qui vont penser que dans tout ce
qui se passe après les années 80, il y a un déclin, le lien social s’affaiblit au profit de la montée
en puissance des investissement individuels et du soi.
Ehrenberg quant à lui dit qu’il y a une transformation mais pas un déclin. Il dit que ce n’est pas une
mauvaise chose que de se recentrer sur soi-même. Le recentrement sur l’individu permet tout d’abord
de défendre les droits de l’homme. Michel Tort dira que c’est la fin du dogme paternel : ce n’est pas
nécessaire de faire dépendre l’ordre symbolique qui articule notre rapport à la loi du pater familias. On
est là dans un enjeu très ouvert et complexe mais ce qui est clair, c’est qu’on voit que cette
transformation a une influence sur la manière dont on tombe malade.
 Il ne faut pas oublier qu’il y a un débat !
Il y a une mutation anthropologique et cela appelle un certain déclin, une désorganisation de la vie
psychique qui donnerait lieu à de « nouvelles » formes de psychopathologie : la dépression
(moderne/ nouvelle) et les états limites. Cette transformation implique-t-elle pour autant une
transformation de la subjectivité ?

Jean-Pierre Lebrun pense qu’on a affaire à une mutation anthropologique. Il a écrit « la perversion
ordinaire ». Ce qu’il veut faire entendre, c’est que la socialisation post-moderne produit des individus
organisés davantage par une logique perverse. Cela supposerait d’accepter que la plupart des
personnes sont perverses, ce qui est assez gros.
« Perversion narcissique » est dans l’aire du temps. Lebrun se demande en fait si le sujet actuel ne
serait plus organisé de la même manière.
J-P. Lebrun et la négativité
D’abord, on pose un cadre en essayant de réfléchir sur ce que la psychanalyse nous apprend
concernant la condition humaine. Il tire sa réflexion à partir de ce que la psychanalyse nous fait penser
quant au fait que nous sommes des êtres parlants. L’accès de l’humain au langage fait sa spécificité.
Là où la philo pose la spécificité de l’homme dans la raison ou la conscience, les sciences humaines
plus récentes ont mis l’accent dans l’humain qui parle, c’est le langage qui spécifie d’avantage la
condition humaine, plus que la raison et la conscience.
Dès qu’on arrive au monde, on nous parle, on nous nomme, on nous donne une place, on nourrit des
attentes à notre égard, etc. Il existe aussi des non-dits mais celui-ci a seulement du poids parce qu’il y
a du langage qui existe à côté.

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Le langage fait entrer en nous une certaine négativité anthropologique. Pour ce faire, il y a 3
caractéristiques à prendre en compte :
(1) Comme Hegel le disait, « le mot et la mort de la chose ». Dès qu’un humain nomme quelque,
le mot apparait comme un médiateur entre celui qui parle et la chose. La dimension
symbolique commence à définir d’avantage le rapport à l’autre. La mère comme réelle n’est
plus réelle dès qu’on la nomme car c’est une mère. On entre donc dans un univers symbolique
où le mot permet la médiation. Je vais donc perdre mon rapport réel au monde lorsque je me
mets à parler, puisque ce rapport qui était direct est désormais médiatisé par le langage. Je
commence davantage à exister dans un monde médiatisé par les symboles. C’est la manière
moderne d’interpréter le mythe du paradis perdu. C’est un jardin où nous avons une relation
immédiate, spontanée, naturelle au monde. C’est ce qu’on peut concevoir dans un être qui ne
parle pas. Un être qui parle produit une relation médiatisée, et donc pas tout à fait naturelle, au
monde.
Or, le langage est le résultat d’une convention de la communauté humaine que tout le
monde accepte. C’est ce que l’on appelle l’arbitraire. Dans la psychose, cette notion est
importante. Les psychotiques ont des symptômes liés à la parole. Le psychotique n’y arrive
pas à s’y accommoder. Dans son discours vont apparaitre des néologismes ou des sons
inaudibles.
Ainsi, il s’agit de consentir à cette négativité, à cette perte afin de subir l’aliénation nécessaire
à l’humanisation par le langage.
 Aliénation pour être un être parlant. Il doit se plier aux conventions orales pour entrer dans la
langue. Il s’agit d’un code que l’on doit accepter et qu’on répète. Petit à petit, les enfants
commencent à injecter le jeu. A ce moment-là, ils commencent à s’approprier le système
symbolique et vont commencer à dire des choses à leur manière et ils vont injecter du leur
dans le monde symbolique. Dès lors, rien n’empêche de s’approprier le langage afin d’ajouter
du sien dans ce monde symbolique.
Ce qu’on doit retenir, c’est que devenir un être humain implique la perte. C’est le concept
fondamental du concept de castration dans la psychanalyse. L’humain passe par des expériences
qui le confrontent à une perte. Si cette possibilité n’existe pas, l’humain ne se construit pas.

Deuxième chapitre : le lien social (Lebrun)


Montrer la manière dont les transformations sociales contemporaines vont empêcher la castration
et la perte. Aujourd’hui, nous serions confrontés à une crise des repères, de l’autorité, des idéaux etc.
Il n’y a plus d’idéaux partagés collectivement. La hiérarchie de l’autorité traverse aussi des
difficultés. Lebrun propose l’idée que nous n’avons plus de choses auxquelles tout le monde adhère
pour se rapprocher face aux modifications qui s’opèrent. Pour lui, il n’y aurait pas un code auquel tout
le monde devrait adhérer.
C’est comme si la vraie question était comment vivre à plusieurs et non plus comment vivre ensemble,
qui était la question ancienne. Dans ce contexte émergent des problèmes nouveaux : consentir ou pas
au changement de sexe, mariage homosexuel, choix du sexe de l’enfant.
Dès lors, une mutation procède non pas d’une idée radicale mais bien d’une série de changements qui
s’additionnent et qui entraient à un certain moment, en raison de leur accumulation, la transformation
complète d’une figure, d’un système, d’un objet. Les transformations peuvent produire un
basculement du système.
 On passe d’une transcendance métaphysique à une transcendance logique.
Passage d’une société incomplète mais consistante à une société complète mais inconsistante

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A travers le recours à une transcendance logique, la modernité propose des sociétés consistantes.
Mais le prix à payer de la consistance est que la société doit accepter une forme d’incomplétude. Or,
la société post-moderne serait en train d‘abolir cette transcendance moderne car elle vise la
complétude. Cela ne peut produire qu’une société inconsistante.
Tradition : Système social consistant mais incomplet (manque, perte de jouissance, car une place
d’exception est reconnue)
Postmodernité : Système qui prétend à la Complétude (sans manque) mais Inconsistant.

Du côté logique : la transcendance logique qui organise la modernité n’est plus en train d’opérer. Il
utilise un problème logique pour s’expliquer : le paradoxe d’Epiménide.
Étant d’origine crétois, il dit que tous les crétois sont des menteurs. Epiménide est crétois. Si on inclut
Epiménide dans l’ensemble des Crétois (cas où l’ensemble serait complet), alors la proposition est
inconsistante, car Epiménide serait aussi un menteur et on ne sait plus quelle valeur octroyer à ce qu’il
dit. Ou alors, on peut faire le choix d’exclure Epiménide de l’ensemble, de le situer dans une position
d’exception. Dans ce cas l’ensemble est « incomplet » mais la proposition devient consistante. Donc,
pour garantir la consistance il faut mettre Epiménide à une position d’exception logique.
Par analogie, dans l’ordre social, on a affaire au même problème : soit on consent à une certaine
incomplétude nécessaire pour avoir une société consistante, soit on glisse vers une visée de la
complétude (égalitarisme complet) mais on perd en consistance.
Pendant les périodes précédentes, un ordre ne fessait pas de doute dans la mesure où elle venait d’une
place d’exception reconnue. Et même si on contestait sa pertinence, le conflit éventuel supposait
l’existence d’aux moins deux places : ceux qui commandent et ceux qui obéissent et/ou contestent. On
retrouve là l’incomplétude et la consistance.
Inversement, aujourd’hui on glisserait vers un mode de fonctionnement où la légitimité d’une décision
suppose l’accord des parties en présence, suppose qu’on explore toutes les interactions pouvant être
affectées par cette décision. Ceci implique que les avis les plus contradictoires s’expriment, consulter
tous les interlocuteurs. On retrouve la complétude (tous) et l’inconsistance qui en découle.
Qu’est-ce que gouverner ? C’est accepter qu’on ait été élu et qu’on a la légitimité de trancher et faire
des décisions. Ceux qui sont gouvernés doivent accepter que ceux qui gouvernent sont dans une place
d’exception. Àpd moment où on suspecte que ceux qui gouvernent ne sont pas transparents, ne serait-
on pas en train de viser une transparence complète qui peut nous faire perdre en consistance  ? Ce qui
intéresse Lebrun, c’est qu’on serait en proie de produire un être humain qui n’est plus clairement
organisé par la négativité constituante nécessaire à la transition du noyau anthropologique
humain. Il craint une déshumanisation car ce qui manque c’est le manque.
Le conflit supposait le conflit d’au moins deux places : ceux qui gouvernent et ceux qui obéissent ou
contestent. On retrouve là l’incomplétude car on a consenti à l’exception. Aujourd’hui, on veut avoir
l’avis de tout le monde. On a une base de complétude mais une certaine inconsistance. On retrouve
l’exemple du juge qui est dans une place d’exception. Il a une capacité de délibération par rapport à la
loi que nous n’avons pas. On consent, au tribunal, que c’est le juge qui délibère et qui a une sagesse là-
dedans. Or aujourd’hui, les gens commencent à mettre en question cette hiérarchie judiciaire.
Aujourd’hui, on ne se soucie plus de l’ordre préétabli, il y a une mutation. Les acteurs sont supposés
s’impliquer personnellement. Ils ne sont plus seulement des assujettis mais peuvent s’assumer comme
sujets et peuvent participer à la réalisation du projet collectif.
« C’est toute la vie collective qui, de ce fait, a basculé. Elle ne se soutient plus d’un ordre préétabli qui
transmet des règles, mais d’un ordre qui doit émerger des partenaires eux-mêmes – si tant est qu’on
consente à ce qu’il émerge. On voit pourtant l’intérêt de cette mutation : les acteurs sont supposés
s’impliquer, ils ne sont plus seulement des assujettis. Ils peuvent davantage s’engager comme sujets, et
le savoir propre à chacun peut contribuer à la réalisation du projet collectif. Mais on peut aussi

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constater d’emblée les difficultés qui surgissent : comment ne pas en conclure que tout ce qui est
transmis par la tradition s’avère désormais sans intérêt, est toujours déjà périmé  ? Et comment
concilier tous les avis singuliers, forcément différents ? Comment faire pour que tous les
particularismes marchent de concert ? Dans un tel régime, l’autofondation et l’individualisme sont
« naturellement » prévalents, comme des conséquences logiques de cette mutation. Sans qu’aucune
volonté délibérée n’ait encouragé ce changement, sans qu’un quelconque choix moral ou éthique n’ait
été opéré » (151)
Pour Lebrun, l’individualisme serait donc une conséquence logique de cette mutation et non sa
cause. L’approfondissement de l’individualisme conduirait à une logique ou chacun est
indispensable au point de ne plus avoir de pôle qui représente le collectif lui-même, il n’y a que des
conflits d’intérêts entre des parties, des particularismes, des individus. Un tel cas de figure
installerait une figure perverse de la démocratie.

De quel lieu pourrait-on défendre un projet qui vaut pour tous ? Ceci impliquerait reconnaître à ceux
qui le mènent une place d’exception, laquelle serait aujourd’hui discréditée et d’emblée suspecte de
permettre à celui qui l’occupe de commettre des abus.
L’ensemble de nos règles éthiques serait ainsi affecté. Il ne s’agit pas de discréditer des modifications
éventuelles de la coutume et de la loi, mais de prendre la mesure du bouleversement anthropologique
en cours, qui restructure le lien social et réorganise notre vie collective. Il faudrait faire émerger de
nouveaux critères, mais puisque toute « vectorisation » peut être suspecte de tenter de faire revenir les
transcendances substantielles, les contraintes qui nous impose la condition humaine sont ignorées, sont
moins visibles et en découle une « grande confusion ».
La position d’Ehrenberg sur cette mutation
Mais cette position est controversée. Le sociologue Alain Ehrenberg considère qu’il ne s’agit pas
d’une grande confusion, ni d’une perte de repères :
« C’est à ce point précis que l’on se méprend d’ordinaire à propos de l’individu. D’aucuns se
contentent un peu légèrement de se lamenter sur la trop fameuse perte des repères de l’homme
moderne, l’affaiblissement consécutif du lien social, la privatisation de l’existence qui en serait la
cause, et le déclin de la vie publique la conséquence. Ces stéréotypes nous ramènent à des
pleurnicheries sur le bon vieux temps. Illusions rétrospectives ! Querelles théologiques ! N’avons-nous
rien gagné à cette liberté nouvelle ? Nous sommes bien plus confrontés à la confusion entre repères
multiples qu’à leur perte (des nouvelles sagesses philosophiques ou religieuses, aux programmes
télévisuels destinés à donner du sens). L’offre accrue de repères n’est-elle d’ailleurs pas une condition
sans laquelle cette liberté ne pourrait tout simplement pas exister ? Plutôt qu’à un déclin du public,
nous avons affaire aux transformations de références politiques et des modes d’action publique qui se
cherchent dans le contexte de l’individualisme de masse et de l’ouverture des sociétés nationales.
Voulons-nous retourner dans l’étouffoir disciplinaire ? Plus encore, comment ferions-nous ? Il est
temps d’aborder avec un minimum de sens historique et pratique la question de l’émancipation au lieu
de s’apitoyer sur la souffrance qui désormais exsude de partout »10 .
Michel Tort et la fin du dogme paternel
Dans cette perspective historique se situe le travail du psychanalyste Michel Tort. Dans son ouvrage
Fin du dogme paternel il montre que la psychanalyse à travers son insistance à penser la fonction
paternelle comme une place d’exception, a contribué sociologiquement et idéologiquement a perpétué
un certain dogmatisme quant à l’autorité du père et ses disséminations institutionnelles et sociales.
Depuis le droit romain, on est dans une société de patriarche. Le père de famille a une place
d’exception. Est-ce la seule manière de faire fonctionner une famille ? non. Peut-être que la famille
nucléaire est une forme de familles mais qu’aujourd’hui, la société en forme d’autres. Le droit belge
de la famille, récemment, a remanié les textes pour ne plus faire de la famille nucléaire LA famille.
10
EHRENBERG, Alain : La fatigue d’être soi. Dépression et société, Paris, Odile Jacob, 1998, pp.14-15.

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Tant que la famille nucléaire était le modèle implicite, il y avait des problèmes lorsque ces familles ne
correspondaient pas au modèle. Une manière d’appréhender ce type de transformation est que c’est la
mort de la famille. Une autre manière est de se dire que c’est la naissance de nouvelles filiations
sociologiques de la nation/ la nature.

Remarque. Tocqueville dit que la démocratie implique un repli de soi. Pour lui, l’individualisme était
la conséquence nécessaire d’une démocratie qui fonctionne. En effet, la paix et la démocratie allaient
nécessairement produire une tranquillité chez les citoyens, les poussant à se désintéresser de la chose
publique. Il fallait accepter cela. Du coup, aujourd’hui, on est confronté à des questions nouvelles.

5. UNITE 4 : L’expertise


L’expertise psychologique et psychiatrique

Bien que nécessaire et pertinente, l’expertise affronte un obstacle important : le sujet évalué n’est
généralement pas demandeur. Il ne vient pas rencontrer le psy parce qu’il veut mieux comprendre ce
qui lui arrive, ni pour demander de l’aide. Et l’évaluation clinique, les possibilités d’exploration de la
subjectivité de quelqu’un, sont moindres lorsqu’il n’est pas porteur d’une demande. Généralement la
demande vient du juge ou d’un avocat, pas du sujet évalué.

Pour que cela puisse avoir un sens, il faut d’abord être au courant des balises analytiques de pensées
par rapport à la subjectivité, la normalité, qui proviennent des représentations culturelles et de la
psychopathologie (cf. supra).

Souvent, au moment de l’expertise, on demande si, au moment de l’acte, l’inculpé était-il oui ou
non responsable ? On demande d’analyser le degré des paramètres psychiques etc. pour voir si
l’individu était ou non responsable de ce qu’il a fait à un moment donné.

C’est une procédure qu’une instance juridique demande en adressant cette question et la volonté de la
loi est de dire qu’on ne va pas seulement décider cela dans les interrogatoires de la police mais on va
solliciter aussi l’avis de quelqu’un qui connait les pathologies mentales et les processus psychiques. La
question n’est pas la même en fonction des différents types de pathologies. On mobilise l’expert pour
que ses connaissances puissent donner un avis raisonné. La loi prévoit que le juge ne doit pas
nécessairement tenir compte de l’expertise, il est complétement libre de délibérer sans en tenir compte.
Il pourrait même ne pas lire le rapport s’il le souhaite.

Le mot expertise est trompeur car cela laisse entendre que c’est une procédure et que quelqu’un a
cette fiabilité. Expertise raisonne avec un savoir certain, mais pas infaillible. Or, dans le champ pénal,
c’est évident que les expertises sont contradictoires. On le sait déjà, il y a une limite à l’expertise : si
l’inculpé n’est pas demandeur d’être examiné, les possibilités d’accéder à la subjectivité de la
personne par le psychologue sont réduites. C’est la même chose avec ce qui se passe quand on a un
entretien d’embauche : parfois, les personnes ne veulent pas répondre aux questions. L’absence de
demandes fait que les connaissances que l’on en tire sont faibles, précaires. La loi suppose que
malgré ces difficultés, l’expert pourra quand même raisonner de manière un peu plus expérimentée et
plus rationnelle.

Par ailleurs, certaines contradictions sont possibles entre les différentes expertises ce qui montre bien
que l’expert ne produit pas un savoir infaillible. Toutefois, la loi estime qu’il est nécessaire et
éclairant de passer par là car cela peut éclairer le juge durant une affaire.

Comment l’expertise se déroule-t-elle ?


On reçoit quelqu’un et on va faire des entretiens cliniques et aussi des tests.

1) L’évaluation clinique 

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

C’est le centre de la démarche, car c’est au cours des rencontres cliniques, des entretiens, qu’on pourra
approcher la subjectivité du sujet, de son histoire, de son état actuel, etc. La rencontre clinique apporte
un regard sur le sujet qui n’est pas remplaçable par des informations contenues dans un dossier, même
si celui-ci est très « complet ». Au sein de l’évaluation clinique, on distingue 3 types d’entretiens :

i) Entretiens structurés (paradigme : l’anamnèse psychiatrique)


Dans ce type d’entretien, c’est l’expert qui pose les questions et ces dernières sont prédéfinies, de sorte
qu’une structure peut se dégager de l’entretien. En effet, c’est le psychologue qui module l’espace de
relation qui s’installe entre lui et le patient. « On sait ce que l’on doit savoir », c'est à dire qu’il y a des
cases à remplir, et les questions sont préparées à l’avance en vue d’obtenir ce savoir. C’est donc celui
qui mène l’entretien qui établit le champ du possible.

La méthode clinique implique l’idée qu’en se mettant en contact avec quelqu’un, on se sent affecté par
l’interlocuteur. On pourra déceler des lignes de fonctionnement de sa subjectivité. On pourrait
mesurer ce qui le fait angoisser, ou du moins des indices de quels types d’angoisse il a, comment il se
défend et se forger de manière directe une idée de comment il établit son rapport à l’autre : trois
critères par rapport à la structure dans la psychopathologie. L’entretien clinique nous donne la
possibilité de saisir la structure de l’interlocuteur. C’est là où la méthode devient essentielle.

Ex. d’entretien psychiatrique anamnèse psychiatrique (type d’entretien structuré) : on essaye d’établir
quels sont les symptômes, histoire des symptômes. Ensuite, on demande les antécédents familiaux, les
antécédents sociaux et de travail. Les questions à poser sont presque préparées. C’est le psychiatre ou
le psychologue qui pèse trop dans la forme que cet entretien prend.

ii) Entretiens non structurés (paradigme : l’entretien psychanalytique)


Il n’y a pas de questions ou de thèmes précis qu’il faut aborder. On pose une question très large, très
ouverte. On va laisser parler la personne de ce qu’elle veut de manière spontanée. On utilise plutôt
cette méthode dans la psychanalyse et pas vraiment dans l’expertise.
Ex. : si on la laisse passer, elle va par exemple parler d’un film, puis de son père, beaucoup mais ne va
rien dire sur sa mère. Sa mère brille par son absence.

Or, ce type d’entretien non structuré est anxiogène pour le patient, il est angoissant. Ainsi, il est
intéressant d’observer comment ce dernier va réagir à cette situation (longs blancs, débit de parole
incessant, etc.). On essaye de ne pas diriger l’entretien parce que c’est intéressant de se demander si la
manière de se défendre de l’angoisse c’est de commencer à parler d’un film, ou d’un livre, de
l’histoire etc. Tout cela, je ne peux l’éprouver qu’à condition que l’expert reste en retrait.

Autre exemple : quelqu’un entre et laisse la porte ouverte. Le patient voit que la porte est ouverte
mais ne s’en soucie pas et continue à parler. Cette personne n’a pas l’air de se soucier de la limite de
son intimité. C’est informatif. Par contre, si moi je suis quelqu’un de très structurée et que je la ferme
moi-même, je rate cela. Ex 3 : une personne me demande un rdv. Ils sont 7 à arriver. 6 entrent et 1
reste dans la salle d’attente. Il faut laisser les gens arriver comme ils l’entendent car cela apprend
beaucoup sur la personne.

Dans ce type d’entretien non structuré, on en apprend plus sur la structure d’une personne, on a
l’occasion de mieux saisir la singularité du patient. Mais, comme on le sait, ce type d’entretien est
anxiogène. Il permet de faire une hypothèse de savoir comment un être humain se débrouille
défensivement devant l’angoisse. La spécificité de chaque entretien permet d’entrer en contact avec la
singularité de la personne que l’on a en face de nous. Il s’agit de se faire une HYPOTHESE à partir
de l’entretien sur le fonctionnement de la personne en face de nous. Hypothèse : on est en train
d’utiliser l’expérience concrète comme un terrain projectif.

C’est le patient qui construit le champ de l’interaction duquel on déduit sa singularité


= Champ projectif

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Reprenons l’exemple de la porte ouverte : cet indice, avec d’autres, nous permet de déduire un champ
projectif. On a déjà vu chez le phobique que son mécanisme de défense est la projection. De manière
générale, à partir de ce mécanisme de défense, la psychologie projective peut se définir comme ceci :
Le sujet perçoit le milieu ambiant et y répond en fonction de ses propres intérêts, aptitudes,
habitudes, états affectifs durables ou momentanés, attentes, désirs, etc. Dès lors, il vit le monde
interne comme dans le monde externe, c'est à dire qu’il voit ses angoisses, ses peurs, ses affects
projetés sur le monde extérieur.

« Une telle corrélation de l’Innenwelt et de l’Umwelt est une des acquisitions de la biologie et de la
psychologie modernes, notamment sous l’impulsion de la « psychologie de la forme » (psychologie de
la Gestalt). Elle se vérifie à tous les niveaux du comportement : un animal découpe dans le champ
perceptif certains stimuli privilégiés qui orientent son comportement ; tel homme d’affaires
considérera tous ses objets du point de vue de ce qui peut s’acheter ou se vendre (« déformation
professionnelle ») ; l’homme de bonne humeur est enclin à voir la « vie en rose », etc. Plus
profondément, des structures ou des traits essentiels de la personnalité peuvent apparaître dans le
comportement manifeste. C’est ce fait qui est au principe des techniques dites projectives : le dessin
de l’enfant révèle sa personnalité ; dans les épreuves standardisées que sont les tests projectifs
proprement dit (Rorschach ; T.A.T., par exemple) le sujet est mis en présence de situations peu
structurés et de stimuli ambigus, ce qui permet de lire, selon des règles de déchiffrement propres au
type de matériel et d’activité créatrice proposé, certains traits de son caractère et certains systèmes
d’organisation de sa conduite et de ses émotions »11.

Par ailleurs, ce type d’entretien et le champ projectif ne sont possibles que lorsque l’entretien est
réalisé dans un cadre dans lequel le comportement manifeste peut être analysé, pensé. La manière dont
on perçoit le monde, dont on considère les objets autours, sont déterminés par ce que nous sommes.
On injecte une part de ce que nous sommes. Ce que nous sommes se joue dans le comportement qui
est le nôtre.

Toutefois, dans une expertise, on ne peut pas pratiquer la deuxième forme d’entretien car on n’a pas le
temps. On doit être structuré. Ce n’est pas une psychanalyse ni une psychothérapie. Faut-il faire des
entretiens structurés mais alors m’empêcher d’entrer en contact avec la subjectivité de l’inculpé ?

iii) Entretiens semi structurés (entre les deux. D’abord un moment non structuré et ensuite
des questions plus précises)
Entre les deux, il y a l’entretien demi-structuré. Pendant une demi-heure, on laisse la personne
parler, ou pas et rester en silence s’il ne veut pas parler. On laisse le champ libre. Ce faisant, on a la
possibilité d’observer la subjectivité de l’interlocuteur. Après une demi-heure, on commence à poser
des questions plus structurées : après une demi-heure, s’il n’a par exemple pas parlé de ce pourquoi il
est inculpé, on lui demande ce qu’il s’est passé, où il était avant etc. On guide donc la conversation
mais on a donné le temps à l’interlocuteur de s’exprimer et d’atteindre sa subjectivation.

L’entretien produit un cadre dans lequel le comportement peut être recueilli, pensé, observé. C’est
important pour un expert que le cadre dans lequel il fait son travail soit stable. La manière dont on va
engager le début de chaque rencontre doit être plus ou moins stable. Or, ma perception, dans la mesure
où je bouge le cadre, change. La manière de réussir à avoir une psychologie projective a besoin de
cadre. On parle alors de l’entretien semi-structuré.

Dans la réalité, il y a une variété de méthodes d’entretien, ce qui peut éventuellement mener à des
contradictions entre experts. En effet, il peut y avoir des différences en fonction des experts  :
comportementalistes, psychanalystes, etc. Par exemple, le comportementaliste peut objectiver
l’entretien, ne pas entrer en contact avec la subjectivité du patient, vu qu’il opérationnalise et fait des
échelles.

11
LAPLACHE, J. & PONTALIS, J-B. : Vocabulaire de la psychanalyse, paris, PUF, 1997, pp. 344-345.

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 Il y a donc une différence épistémologique entre les différents types d’entretiens.

Il faut au moins deux entretiens. Pourquoi ? Pour connaitre les fluctuations (les cycles, les crises) par
exemple. Aussi par rapport aux borderline et aux personnalités clivées : ils ont une diffusion d’identité
et ont aussi beaucoup de clivages. Cela ne va pas tout le temps se percevoir dans un seul entretien mais
peut se faire sentir entre un entretien et un autre. Pour toutes les pathologies où la dissociation, la
désintégration sont importantes, plusieurs entretiens sont importants.

Il faut au moins deux entretiens, car certains aspects du fonctionnement mental, tel qu’un clivage,
ne pourront apparaître que dans la comparaison des diverses situations d’entretien.

2) Les tests psychologiques 


Ils sont un complément aux entretiens et ils ne peuvent en aucun cas remplacer l’approche clinique.
Une expertise basée uniquement sur des résultats de tests est une démarche mal réalisée. Tout comme
pour les types d’entretien clinique, on a deux types de test : les tests structurés et les tests non
structurés.

i) Test structurés : la tâche à accomplir est clairement définie ainsi que les stimuli proposés.
Il E des tests structurés, par exemple un test d’intelligence. On a affaire à des différentes échelles. Le
psychologue qui pratique le test a un manuel qui codifie les réponses. Il y a donc un protocole qui
codifie les réponses (on a soit 2, soit 1, soit 0 points). On essaye de réduire le plus possible la part de
subjectivité de celui qui fait passer le test (= peu de différence entre examinateurs). Ou il existe aussi
des tests de personnalités, qui eux aussi sont structurés. Ils vont évaluer la composante plus ou moins
importante de la personnalité psychotique, névrosée de chacun.
 Le test n’est pas une démarche anthropologique. Il n’est pas destiné à nous connaitre nous. Un
test est fait pour évaluer des populations.
Ex : test d’intelligence : je peux avoir par exemple 80 points. La moyenne belge tourne autour de 100.
D’après le test, je suis « normal lent ». Je peux faire partie d’un pourcentage de population que le test
évalue mal. Il est infaillible dans la population. Au plus on a de cas, plus on a de chances d’évaluer
correctement un certain attribut dans une population. SI on l’applique seulement à 3 personnes, cela
n’est pas très fiable (vaut aussi pour d’autres échelles comme la taille par exemple).

Le test construit avec un raisonnement statistique fait pour s’appliquer à des populations n’est
pas nécessairement l’outil le plus pertinent pour évaluer un individu. Or, dans l’expertise, ce qui
importe, c’est justement d’évaluer un individu. On ne peut donc pas se contenter d’appliquer un outil
fait pour évaluer une population.

La démarche et l’échelle de cette démarche structurée visent l’objectivité en se fiant au test et en


annulant le plus possible de la subjectivité de celui qui applique l’expertise. Mais alors, à quoi bon
avoir un expert si sa subjectivité ne participe pas à l’affaire ? Pourquoi ne pas juste employer un
assistant inexpérimenté ?

ii) Tests non structurés : les stimuli proposés sont moins définis formellement.
Exemple les Tests projectifs. Cf. Planches du Test de Rorschach, le test de relations d’objet de
Phillipson, le TAT, etc… Un test projectif est un test où la tâche à accomplir n’est pas nécessairement
définie. Plus la démarche est libre, plus la personne va projeter qui elle est.
Ex : je demande à quelqu’un de dessiner une maison. Les personnes, en fonction de la place qu’elles
prennent dans la société, vont dessiner des maisons différentes. Dès lors, plus la question de départ est
ouverte, plus il y aura de place pour l’analyse des comportements manifestes.

Comme leur dénomination l’indique, les tests projectifs trouvent leur fondement dans le concept de
« projection ». Chez Freud, ce concept renvoie à une opération défensive à travers laquelle
l’appareil psychique expulse de soi et localise dans l’autre ou dans une chose, des désirs, des
sentiments ou des qualités. La projection traite ce qui est intérieur comme s’il était extérieur.

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De manière plus générale, la psychologie, notamment la psychologie projective à la base de la création


de tests de personnalité, connote avec « projection » le processus suivant : le test de Rorschach.

Le test de Rorschach
Il lance de l’encre, au hasard, sur du papier et plie les feuilles en deux. Les
dessins sont symétriques par le milieu. Il l’a appliqué à un ensemble
relativement important de patients qui avaient différents types de maladies
mentales.

10 planches. On demande au sujet de dire ce qu’il voit, ou à quoi pourrait correspondre ce qu’il voit
dans chaque planche. Ensuite, on interroge : Où voit-il chaque chose ? (= question de la localisation)
Qu’est ce qui le fait voir ceci ou cela ? (= question des déterminants).
Exemple : Pourquoi dites-vous que c’est un loup ? Chacun y va de ses déterminants de manière tout à
fait différente. Certaines personnes vont parler de la forme, d’autres vont ajouter la couleur, d’autres
vont commencer par la couleur, vont dire que cela fait peur. Certains peuvent ajouter qu’il vient de
manger car il y a des éclats qui sortent de sa gueule. C’est une signification toute autre que la personne
qui reconnaitrait juste la forme.
C’est une tâche d’encre. Il n’y a donc rien à percevoir. Il faut donc stimuler la perception. Je
construis l’image que je vois. En posant la question, on va donc être attentif à, d’un côté, la
localisation, aux déterminants, à la qualité formelle, et, à la fin, au contenu.
Qui peut produire beaucoup de réponses ? Le borderline, l’obsessionnel (= car veut tout contrôler), le
maniaque, le paranoïaque.
Localisation Déterminants Si F est principal Contenu Comportement
Qualité formelle et
verbalisations
Tête de G (global) : F (forme) + (créative) :
loup intègre toute la quelqu’un propose
tâche d’encre une image que
personne n’a vue, ou
que l’on n’arrive pas
à voir.

D (détail) : se FC’ (forme P (populaires)


réfère à une couleur)
partie importante
Détail bizarre : C’F (couleur W + (pas populaires
se réfère à un forme) mais bien vues
petit détail
Espace en blanc M (Réponse mal vues)
(mouvement
humain ;
animal ; mineur
(phénomènes
inanimés)
FT (forme S (spoil : réponse
texture bien qui se
détériore)
Perspective

Les déterminants sont fondamentalement : la forme, la couleur, le mouvement (animal, mineur ou


humain), la texture, la perspective, etc. Tous les déterminants ont des significations psychologiques
particulières, mais à condition de l’analyse en référence à l’ensemble du protocole de réponses. Il n’y a

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

pas de déterminants spécifiques, uniques, pour une pathologie. On doit traiter l’ensemble des
déterminants comme indicateurs d’un profil de personnalité.
Avec les localisations et les déterminants, on fait une analyse standardisée et formelle du test. Mais, on
intègre aussi les contenus, les types de verbalisation et l’attitude générale durant l’évaluation qui
permettent une analyse qualitative des résultats.

Attention ⚠️ : le test de Rorschach ne fournit pas de preuve quant à un trouble psychique. Il
fournit seulement la présomption clinique d’un trouble.

Application du test de Rorschach


Image 2. Une interprétation d’une image peut dépendre de voir si l’on perçoit ou non le mouvement
humain/animal/mineur (=phénomène inanimé). Lorsqu’on applique le test à des psychopathes, il n’y a
pas de mouvement humain car pas d’empathie. Si on perçoit un mouvement animal : rapport à ses
propres impulsions dans vie psychique.

Ex : quelqu’un dit qu’il voit deux africaines qui jouent au tam tam avec des singes et des papillons qui
volent. Le papillon parce qu’il est rouge et qu’on voit ses antennes. On a une réponse dont la qualité
formelle est faible. Or, si on dit qu’on voit le corps et les ailes, c’est une réponse populaire. On voit
dans les deux cas qu’il s’agit de ses impulsions. La personne de la bonne qualité formelle saura
contrôler le moïque des impulsions. Or, la réponse de qualité formelle faible ne saura pas bien
contrôler ses impulsions moïques.

Image 3. Position dominante, géant. Rapport à l’autorité : le thème du géant revient de manière très
significative. Du coup, symboliquement, cela vient toucher psychiquement le rapport à l’autre, l’autre
grand, l’autre supérieur et renvoie d’une manière projective à la question du rapport à l’autorité et
donc au Surmoi. Ici, on voit la perspective. Dans cette planche, on s’attend à ça. Mais, lorsqu’on voit
apparaitre de la perspective dans d’autre planches alors qu’on ne s’y attend pas, c’est un indicateur
d’autre chose : les mélancoliques voient beaucoup de perspectives. Des personnes qui ont des troubles
organiques aussi.

Image 4. Planche de la réalité (= ressemble davantage à un dessin) : certaines personnes ont du mal
avec cette planche. Si la qualité formelle est très faible, alors que c’est la planche la plus structurelle
de toutes, c’est un indicateur d’altération du jugement de la réalité (pour ceux qui ne voient pas un
oiseau ou une chauve-souris). Cette réponse est assez fréquente chez la schizophrénie.

Parfois, les planches produisent aussi un phénomène qui s’appelle le choc : la personne ne voit rien
dans cette image. Si elle ne voit de nouveau rien, on fait le test des limites. On lui dit que souvent, les
gens voient un papillon ou une chauve-souris. Soit la personne va se relier à la perception
commune, soit elle ne le peut pas.

Image 5. Planche du rapport à la sexualité : le névrosé ne dira jamais qu’il voit un pénis mais bien un
totem. La réponse du « je vois un pénis » apparaitra dans des structures plus faibles quant aux
mécanismes de défense (psychoses…). La réponse commune est la peau d’animal.

Image 6. Rapport à la mère. Mesurer combien quelqu’un est sensible à la réalité affective.
Image 7. Si on est sensible, la couleur sera un déterminant (peut-être pas essentiel).
Image 8. C’est la planche la plus éclatée et qui mobilise donc davantage le moi.

 Démarche clinique (on calcule les résultats par rapport à nous-mêmes et on ne réalise pas une
lecture comparative avec le reste de la population) >< démarche statistique des tests structurés.

Les limites des tests


(1) Les statistiques ont toujours un pourcentage d’erreur. On cherche donc à pallier ces erreurs.
(2) Une deuxième limite est le mensonge.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Ex : test d’Eysenck. Il y a 30 questions à choix multiples. Ensuite, on va glisser 4 ou 5 questions dont


la réponse est à 99% la même, par exemple « avez-vous déjà pensé au suicide ? ». Si on répond « non
», on va invalider le test car on va considérer qu’il y a une grosse probabilité qu’on ment.
 Que faire si quelqu’un ment ? comment le reconnaitre ?
• La confrontation : on confronte la personne à une contradiction qui se glisse dans son propos
et on voit comment il réagit
(3) Parfois, on a affaire à des gens qui ne sont pas demandeurs de se faire examiner
psychiquement. L’absence de demande introduit une limite à l’expertise, à la profondeur de la
connaissance des faits et de la personnalité.

Débat entre experts quant à l’objectivité des entretiens et des tests


Dans le diagnostic que l’expert pose, le fait de se fier à sa subjectivité, serait une source d’erreur et de
divergence entre experts. Plus on réduit le poids de la subjectivité de l’expert dans la procédure, plus
on se fie aux tests et aux échelles pendant l’entretien, plus on s’approcherait d’une expertise objective.

Prenons le cas de Kim de Gelder. Jeune homme qui a tué des bébés dans une crèche étant déguisé en
joker. Vu la nature de l’acte, on a fait des expertises de l’accusation mais aussi de la défense. Le
procès a même été en cassation et les experts de la défense ont pu parler. Pendant le procès, la défense
a plutôt fait des diagnostics selon lesquels Kim était schizophrénique :
 Il avait tenté de se suicider quelque temps avant le crime. Il s’était mis devant la route et c’est
parce que le conducteur l’a vu qu’il a eu la vie sauve.
 Il a eu 15 versions de ce qui s’était passé. C’est manifeste d’un caractère éclaté, dissocié. Cela
dit, cela a été très vite réinterprété comme étant une tentative de manipuler le procès.
L’hypothèse du simulateur a fait que rien n’a bougé et tout ce que Kim disait était donc repris
à l’intérieur de cette logique d’assimilation.

De plus, comme on l’a déjà vu, il y avait une double contrainte qui reposait sur les experts. Pression
sociale sur les experts de dire que c’est un fou, qu’une personne normale n’accomplit pas des choses
pareilles ; En même temps, on demande à l’expert de dire qu’il est responsable et qu’on peut le juger
et le condamner. On est là dans une double contrainte. De toute façon, une des demandes ne sera pas
satisfaite.

Par ailleurs, il y a une demande de plus en plus forte de se référer à des statistiques et manuels pour
rédiger un diagnostic : utiliser des critères de plus en plus précis. On se base sur un livre américain :
on a un inventaire des symptômes et on marque quels symptômes sont présents. A la fin, on note quel
diagnostic la personne a. On ne tient pas compte de la subjectivité, de l’histoire de la personne etc. Les
experts disent que si la psychiatrie se réduit à cela, elle n’est plus que l’annexe de la fonction
policière. Or, on caste une dérive à objectiver, supprimer l’appréciation de l’expert. Alors que la
psychiatrie vise autre chose qu’une situation où on glisserait vers une expertise qui tend vers une sorte
de procédure où l’expert compte peu et ce qu’il compte c’est qu’il traite des données (recueillies à
l’instar des échelles) et à travers lesquels il fait des calculs de probabilités. C’est seulement un calcul
statistique.

Un diagnostic psychiatrique ne peut pas être remplacé par un profilage criminologique de l’accusé. Le
profilage, tel que pratiqué pour l’instant en Belgique, se fait à l’instar des échelles. C’est rendre à
l’expertise son caractère anthropologique que de ne pas glisser vers cette forme de pratique.

Article de presse (Moodle) dans lequel un expert donne 4 critères qu’un expert devrait respecter pour
être compétent.
Psychiatre qui pratique l’expertise : met l’accent sur l’expérience que quelqu’un devrait avoir quand il
fait l’expertise, sur sa formation, il devrait avoir un cursus académique. Le bon expert devrait être bon
enseignant.

1) Expérience : donnée importante mais il fait le plaidoyer de l’expérience quant


au maniement des instruments techniques pour les manipuler correctement.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Du coup, l’expérience clinique a l’air de ne pas être importante. Dans la


psychiatrie américaine, il y a comme un fantasme de s’approcher à des
softwares qui pourraient remplacer l’expert (= très performant, signe
d’objectivité maximale).
2) Cursus académique/savoir universitaire : pas indispensable selon Mauricio
car il existe de très bons experts et qui ne sont pas actifs dans des séminaires,
des colloques universitaires, etc. car ce sont des gens de terrain. Il n’est donc
pas important de travailler à l’université ou qui d’avoir de l’expérience dans le
travail universitaire. Il y a une valorisation de contact que quelqu’un a eu avec
les détenus et non pas en université. Dans le champ criminologique, beaucoup
de gens insistent sur le fait que l’expertise doit se livrer à se rencontrer avec
des savoirs contradictoires. Pour se faire, on va chercher des experts qui ont
des savoirs hybrides car ils en savent mieux sur la réalité
3) Il doit être un bon enseignant : il y a de très bons enseignants qui sont de
mauvais experts, et il y a des très bons experts qui sont de mauvais
enseignants (ce sont des compétences différentes). Un enseignant pourrait le
mieux séduire mais un bon texte n’est pas toujours un bon rapport.
4) L’usage de tests et d’échelle. Le psychiatre essayait de défendre l’expérience
clinique mais met aussi l’accent sur les échelles. Cette dernière nous donnerait
une photographie de la personne. On pose comme évidence que la photo est
un instrument pour connaitre la vérité bien plus significative que le récit. On
ne peut pas se fier à ce que quelqu’un dit, il faut faire une photographie de qui
il est avec des instruments techniques, d’après l’expert. Or, on se heurte au
fait que la vidéo est mise dans un angle et que cet angle de vue cache quelque
chose. L’expertise clinique, qui entend d’avantage ce que le sujet dit, est
convaincue qu’on en apprend plus si le sujet parle que si on a une photo de
qui il est. En effet, une photo ou une vidéo cache toute une partie de la réalité,
alors que l’objectivité maximale apparaît comme le but ultime, ce qui ne
permet pas d’être atteint par une photo/vidéo.

De cette manière, on peut citer Foucault qui distinguait le champ du regard et de la parole. Il analyse la
médecine, entre le 16e siècle et maintenant, comme étant un progrès de visibilité mais pas un
changement substantif quant à la rationalité de cette science. Entendre quelqu’un qui dit quelque chose
est tout autre que de le capturer dans une image.

Les échelles essayent d’avoir une forme de savoir neutre, objectif, athéorique. En contradiction, le
psychiatre a le regard sur une ou plusieurs théories quant à la personne qu’il a en face de lui : son
regard est médiatisé par toute une série de théories. Or, une échelle n’est pas athéorique. C’est une
théorie qui se donne une méthode.

Ex : DSMD (=manuel américain des psychopathologies) version 3 : homosexualité est considéré


comme une pathologie. DSMD version 4 : homosexualité est sortie des pathologies car cela n’est plus
considéré comme cela. Et si cela a été enlevé, ce n’est pas grâce aux tests mais grâce au mouvement
politique qui a eu lieu aux États-Unis. De même, on s’attend dans la version 6 à ce que le racisme soit
assimilé à une maladie mentale. Le racisme pourrait alors devenir un indice de dangerosité. Ce n’est
pas objectif, il y a une théorie.

Autre exemple : Délibération pour produire le travail législatif : pourquoi faut-il délibérer ? Pourquoi
on n’est pas des experts au parlement ? Quel est l’avantage d’une démocratie ? Il n’y a pas de savoirs
experts qui sont susceptibles de nous donner la réponse à certaines questions. On doit donc délibérer.
En l’absence d’un savoir précis, on prend en compte le fait que la délibération va créer des décisions
les moins mauvaises.

Donc, quand la loi dit que l’expert produit un rapport pour que le tribunal délibère, on veut dire que
l’expert est très calé en psychiatrie. Néanmoins, la loi donne au juge le droit de dire qu’il n’accepte pas

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

cette expertise. Il peut délibérer et ne pas tenir compte de l’expertise. Sinon, on aurait une justice de
l’expert. Si on a des données objectives, à quoi bon délibérer ? Est-ce que les tests avec échelles ne
seraient pas en train de tuer la délibération ?

 Ce qu’il faut en retenir, c’est que l’expertise ne doit pas se mettre au service de la technicité, et
ne doit pas devenir une annexe et se mettre au service de l’analyse policière.

3. les divergences entre experts.

La procédure a des marges d’erreur, ce qui oblige à penser lucidement ce que veut dire « expert » dans
un tel contexte. Ce qui est certain est que l’expert donne un avis raisonné, plus fondé qu’une opinion,
mais qui ne peut se substituer à la délibération du juge.

6. UNITE 5 : Les Psychothérapies


Textes associés :
- Cottraux, J. : Les thérapies comportementales, Paris, Masson, (2éme Edition), pp ; 3-22.
- Florence, Jean : « La psychanalyse comme psychothérapie », dans : J. Florence, A. Vergotte et al :
Psychanalyse : l’homme et ses destins, Louvain–Paris, Ed. Peeters, 1993.
- Gori, Roland : L’empire des coachs. Une nouvelle forme de control social, Paris, Albin Michel, 2006, pp.7-49
(« Introduction » + chap.1 : « Un nouvel opium du peuple »).

La psychothérapie
Est-ce qu’il n’est pas mieux de parler avec un ami que de faire une psychothérapie ? Quelle est donc la
spécificité de la relation thérapeutique alors ?
1. Éléments des différentes approches thérapeutiques.
Au-delà des différences dans les approches thérapeutiques, en fonction des théories à la base de la
mise en place des dispositifs et des techniques, il y a quelques éléments communs que toutes les
orientations considèrent essentiels pour le « bon » déroulement d’une psychothérapie et pour son
efficacité : la relation et la construction d’un cadre.

a) La relation (=facteur de cure fondamentale)


Toutes les orientations considèrent qu’une relation de bonne qualité est indispensable pour qu’une
thérapie puisse atteindre ses objectifs ou de manière plus générale, produire des effets. C’est un des
facteurs les plus importants dans la réussite de la thérapie. Lorsqu’il y a un échec, lorsque la thérapie
n’aboutit pas, les raisons principales de cet échec sont aussi une raison principale de cet échec.

Le problème est ce qu’on va entendre par « bonne qualité de la relation ». Pour les orientations plus
empiriques il serait possible d’objectiver certains paramètres que caractérisent une « bonne » relation
thérapeutique ; et pour d’autres, tels que la psychanalyse, il y aurait une dimension inconsciente (le
transfert) qui agit dans la construction de cette relation et qui empêcherait toute objectivation, au
risque de ne pas pouvoir penser ce qui est essentiel à chaque rencontre dans la clinique.

Ce qui est évident, c’est que la relation thérapeutique n’est pas une relation sociale. Donc est ce
qu’une bonne relation serait une relation de sympathie ? La plupart des courants on l’air de s’accorder
à dire que non, même si la sympathie peut éventuellement avoir lieu. Par contre l’empathie serait un
trait marquant d’une relation thérapeutique (ROGERS). Empathie veut dire la capacité de
comprendre l’expérience que le sujet exprime dans l’ici et maintenant de la rencontre et la
capacité de lui restituer cette compréhension. Mais si le thérapeute glisse vers l’identification avec
le patient, s’il commence à compatir, à éprouver ce que le sujet éprouve, on serait face à la perte d’une
distance nécessaire pour faire le travail thérapeutique. Dès lors, il faut pouvoir se mettre à la place de
cette personne, même si je ne me sens pas comme elle.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Rogers disait que si on développe l’empathie dans un échange thérapeutique, il se produit une bonne
relation. En plus, l‘empathie est une capacité qui peut s’apprendre. Il développe donc une
perspective pratique destinée à entrainer les capacités empathiques. A partir de cette idée de
l’empathie s’est forgé une représentation relativement consensuelle que la relation était le facteur
central mais, reste le problème de savoir ce qu’est une bonne relation.

La psychanalyse est d’accord avec l’aspect général. Mais de là à déduire que la bonne relation serait
tjrs empathique et marquée d’une alliance thérapeutique (patients et thérapeute sont d’accord sur les
objectifs à atteindre et fonde donc un contrat psychique qui va faire d’eux des alliés) ne serait pas
correct. Pour quelle raison ?
Quand le patient devient critique, problématique, tendu, alors on ne sait pas créer l’alliance. Ce signe
de vécu dans une thérapie serait un signe que la relation ne fonctionne pas. Or, les psychanalystes
disent que ces passages corsés deviennent nécessaires à l’aboutissement de la thérapie. En effet, les
psychanalystes vont dire que la réussite de la thérapie passe par le transfert. A travers cette notion, ils
marquent une autre manière de comprendre ce qu’est une relation thérapeutique. Ce n’est seulement
grâce au transfert que le thérapeute peut réellement percevoir ce qui ne va pas chez le patient, et cela
n’est rendu possible que par le deuxième élément constitutif de l’efficacité d’une relation
thérapeutique : le cadre.

 Ainsi, le concept psychanalytique de « transfert » complexifie toute appréhension


psychologique sur ladite « qualité » de la relation thérapeutique. De plus, c’est souvent le
transfert qui permet à la relation thérapeutique d’avancer.

Le Transfert
Revenons à la relation : un patient, lorsque la relation devient tendue, peut-être en train de me faire
éprouver quelque chose sans le dire. Parfois, il y a des choses que je ne peux pas dire mais qui
s’installent tellement que je fais éprouver l’autre personne, qu’elles me prennent au trippes et me font
répéter cela sur le thérapeute. C’est cela qu’on appelle le transfert.

Dans la relation thérapeutique, je vais garder une certaine neutralité. En tant que psychologue, on
garde une certaine neutralité. C’est pour cela que le phénomène de transfert peut être repéré. Le patient
me fait subir. Par ce fait, il me transmet quelque chose de son expérience qui peut être extrêmement
importante pour réussir la thérapie.

Ex : les choses se passent bien avec des changements d’humeur, mais il y a une alliance évidente. A
un moment, le patient commence à se plaindre et interrompt dès que le psychologue parle. Le patient
commence à hausser le ton, au point que le psychologue se sent agressé. A un moment, elle dit
qu’elle ne voit pas le « logro » (= réussite) de cette thérapie. Le psychologue lui dit qu’elle ne voit que
« el ogro ». Le patient se met à pleurer et demande comment le psychologue peut la supporter. Ce
n’est pas la première fois qu’elle est confrontée à ce paradoxe de sentir qu’elle est invivable et qu’elle
ne comprend pas comment quelqu’un d’autre peut la supporter. C’est une source de méfiance : si
quelqu’un l’accepte, c’est que ce n’est pas quelqu’un de confiance parce qu’il ou elle doit mentir.
Ensuite, le psychologue lui demande si ce qu’elle lui a fait subir ne serait pas quelque chose qu’elle a
subi : complètement incapable et inutile. En effet, sa mère était alcoolique et elle voulait l’aider, sans y
réussir. Elle a eu un sentiment d’impuissance absolue face à la détresse de sa mère. Le transfert
complique les choses et en même temps, c’est l’occasion de pouvoir saisir un pan de la vie de
quelqu’un auquel on ne pourra pas accéder autrement. En ayant fait les preuves, on peut venir le
mettre en mot, le décrire, le parler, et on peut donc aider des personnes à mettre des mots sur ce que
les patients ressentent. Le transfert est donc un mécanisme inconscient. Toutefois, le transfert n’est
pas toujours une réussite parce qu’il peut signer la fin d’une thérapie.

Au départ, Freud pensait que le transfert était une résistance au traitement. Freud utilisait la
méthode de l’association libre, laissait parler les patients et à un moment, les patients se taisaient. Le
patient disait qu’il ne savait plus parler parce qu’il avait des pensées par rapport à Freud (pensées de
rivalités, pensées sexuelles, pensées jalouses, pensées agressives). Ces pensées empêchent que la

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

personne continue à parler librement, cela a l’air de produire en lui comme un blocage. Il va donc dire
que le transfert est une résistance au travail thérapeutique.

Ses collègues vont lui dire que les expériences sont à l’envers. Avec les psychotiques, le problème est
que les thérapeutes ne représentent rien pour eux. Ils les traitent comme les meubles de l’hôpital, ils
n’ont aucune place particulière. Ce n’est tellement rien du tout qu’on a l’impression de faire une
psychothérapie avec eux est impossible. On a l’impression que le transfert serait une bonne chose car
cela rendrait possible le traitement, grâce au transfert.

Double conception : dans un premier temps, résistance ; deuxième temps : le moteur de la thérapie,
la condition de possibilité de l’avancée de la thérapie.

La contradiction saute aux yeux. Freud va essayer d’élaborer une théorie qui explique cette
contradiction de ce qu’on est en train de dire à propos du transfert.

Transfert Positif v/s Transfert Négatif (Freud)


Transfert Imaginaire (Amour <–> haine) v/s Transfert Symbolique (sujet supposé savoir –
sss) (Lacan).

i) Transfert + : toutes les relations passées de l’inconscient que le patient répète avec le
thérapeute : lien qu’il a eu et ne se résigne pas à avoir perdu ou lien qu’il a toujours voulu
mais n’a jamais eu. C’est donc une répétition du lien/d’une relation significatif de notre
expérience personnelle et de manière inconsciente.
Ce type de transfert donne lieu à des affects positifs. Transfert de la sympathie, idéalisation, amitié,
amour. Sur le papier, cette distinction a l’air facile mais ce n’est pas si facile car on passe de l’amour à
la haine très vite. Cette distinction n’est pas très utile et est cliniquement inutilisable.
ii) Transfert - : Lorsque l’affect du lien est négatif (haine, peur, colère, etc.).

 Ces deux types de transfert vont mettre en évidence l’importance de la place qu’occupe le
thérapeute dans la subjectivité du patient ! (=personne d’attachement, bourreau, frère,
professeur, etc.)

Illustration 1 : le couple
Un couple restitue une scène devant le thérapeute dans laquelle ils vont percevoir la place dans
laquelle la femme met son partenaire. Une dispute éclate et la femme, après que la dispute ait escaladé
de plus en plus, humilie son partenaire de manière très intense. Au point que son mari lui demande «  à
qui tu parles ? ». Et elle va alors réaliser qu’elle adresse ces mots à quelqu’un d’autre, qui s’est
matérialisé en la personne de son partenaire. C’est donc bien l’expérience du transfert qui prend place
dans la relation thérapeutique, mais qui, ici, est vécue entre les patients eux-mêmes.

Illustration 2 : le jeune avocat


Une autre illustration est celle du jeune avocat investi de paroles de son client qui viennent titiller son
narcissisme (« vous êtes le meilleur », « avec vous je vais d’office gagner le procès », etc.). Il y a donc
une part de transfert qui prend place entre le client et l’avocat (il est donc important de le savoir en tant
que juriste afin de ne pas être dupe). Dans ce cas, il faudrait alors faire un pas de côté en disant que
l’on n’est pas celui que le client pense. Et cela est nécessaire afin de dégonfler l’intensité du transfert
pour rester dans une relation de travail.

Illustration 3 : le maître de Freud (Bruyer)


Ce cas met en évidence que le transfert positif est en lien avec l’œdipe. Le maître de Freud, Bruyer, a
une patiente qu’il voit régulièrement pour une thérapie. Mais, sa femme se rend compte que la patiente
est tombée amoureuse de son mari et ne veut plus que son mari continue la thérapie avec elle. Par
conséquent, Bruyer demande à Freud de prendre la relève. Plus tard, au cours du traitement, la
situation se répète : la patiente dit qu’elle aime Freud. Mais ce dernier se demande à qui elle parle ? Il

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

se rend compte qu’il n’est pas celui que la patiente croit, il n’est qu’un écran sur lequel la patiente
projette un désir. Mais, le narcissisme tend à faire le chemin inverse : lorsque l’on est flatté, on prend
tout compliment pour de la vérité. Il est donc primordial de garder cette notion de transfert à l’esprit
pour ne pas tomber dans le piège du narcissisme.

Pourtant, Lacan va dire que Freud avait raison, mais pas par rapport à l’affect. Il va poursuivre en
disant qu’il y a un transfert symbolique et un transfert imaginaire.

i) Transfert symbolique : les patients, et surtout pour les névrosés, vont supposer un savoir
chez le thérapeute (le Sujet Supposé Savoir), par rapport à notre souffrance. C’est parce
qu’on suppose ce savoir que le travail devient possible.
Certaines personnes souffrent d’un symptôme mais font l’expérience de ne pas savoir ce qui leur
arrive. Le savoir leur manque. C’est comme si le symptôme avait produit un « trou » dans leur Moi, et
demandent au thérapeute de réparer cette lacune. C’est parce qu’ils ne savent pas ce qui leur arrive
qu’ils supposent que quelqu’un le sait. C’est donc un transfert symbolique pour avoir une aide, une
piste etc.

Mais ce n’est pas le cas chez tout le monde. Les psychotiques ne sont pas en manque de savoir. Ils
disent qu’ils savent pertinemment ce qui leur arrive. Ils le savent avec une certitude délirante. Donc,
pour le psychotique, cette expérience de manque de savoir n’est pas présente, il ne cherche pas de
l’aide. Dès lors, pour son cas, aucun transfert symbolique ne se crée mais bien un transfert imaginaire.

ii) Le transfert imaginaire est le transfert de passions (ex. : considérer le thérapeute comme
sa mère). C’est ce transfert qui est problématique dans le sens d’être une résistance. Il doit
faire objet de déconstruction. On doit nommer cela et l’identifier pour dégonfler son
poids. Le transfert imaginaire doit être interprété, travaillé, déconstruit. Au contraire, pour
le transfert symbolique : on doit le soutenir, l’accepter mais pas en abuser afin d’établir
une certaine confiance entre le patient et le thérapeute.

La place dans laquelle on met l’autre n’est jamais tout à fait claire. D’ailleurs il y a toujours une
part de transfert dans nos relations (se produit de manière inconsciente). Ainsi, le transfert
(positif) a intérêt à être dégonflé dans une relation thérapeutique et de manière générale dans la
relation où l’aide est forte (CPAS, infirmière, assistance sociale, etc.).

b) Le cadre (fréquence et durée des séances, honoraires, absences, interruptions, confidentialité et


secret professionnel)
Pour qu’une thérapie se révèle efficace, un cadre est nécessaire. Ce cadre consiste en des paramètres
assez simples c.-à-d. la durée des séances, la fréquence des séances, les honoraires du thérapeute, la
manière dont se fait le virement, les interruptions, …Tous ces paramètres constituent un cadre, c'est à
dire l’ensemble des conditions matérielles et temporelles dans lesquelles se déroule la relation
thérapeutique. Aussi, ce cadre constitue une forme de « contrat » entre le patient et le thérapeute.

C’est une relation où l’on pousse à la créativité du patient. Or, toute créativité s’inscrit dans un cadre.
Et c’est ce cadre « définiteur » qui fait en sorte que la créativité jaillit et est reconnue comme telle. Par
exemple, une toilette peut devenir une œuvre d’art si elle est placée dans un musée d’art contemporain.
Mais cette même toilette ne représentera rien si elle n’est pas mise dans un cadre (ici, le musée).

i) Mais dans la relation thérapeutique, un cadre doit-il toujours être un cabinet ? Non, il
existe aussi certaines variantes (balade dans le parc, etc.). Exemple : Un psy a traité un
musicien dans un parc, un espace convenu d’un commun accord car pour le patient,
marcher était la seule manière pour lui de parler. Autre exemple : Le divan est un simple
meuble mais il est utile lorsque pour l’homme, le face à face est trop difficile. D’autres
personnes, comme les borderline ne l’aime pas car cela les empêche de parler, ces derniers

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

se sentant seuls et ayant besoin de voir le regard du psychologue pour s’exprimer


davantage.
Mais ce que ce cadre doit comporter comme caractéristique, c’est que ce doit être un lieu
stable pour qu’il puisse devenir familier.
ii) Combien de fois est-il nécessaire de se voir ? 2 fois, 3 fois par semaine ? Par mois ? Cela
va varier en fonction des patients. Ainsi, si quelqu’un est borderline, on ne va pas le voir
juste une seule fois par semaine. Car si le Moi ne peut contenir l’angoisse, il peut
commencer à se plaindre de solitude même avec la thérapie et cette dernière devient alors
un vrai cauchemar pour lui et le thérapeute. Dès lors, il faut être lucide et se voir 2 ou 3
fois par semaine car sinon ce ne sera pas bénéfique. Et cette situation est valable pour
toutes : le nombre de séances doit être fixé par le thérapeute et le patient.
iii) Pendant combien de temps dure une séance ? 45min ? 1 heure ? 10 minutes ? « Le temps
de l’inconscient n’est pas le temps réel ». En effet, la durée peut varier (les patients eux-
mêmes vont moduler cet horaire car parfois ils auront beaucoup de choses à dire et parfois
moins). Ce qui est par contre absolument nécessaire, c’est que le cadre soit explicite, càd
que le patient soit au courant de ce dernier afin qu’il ait un repère.
iv) Quel est le prix d’une séance ? Ce paramètre doit faire l’objet d’une convention entre le
patient et le thérapeute. De plus, le prix a un impact car cela peut coûter au patient, au sens
littéral et symbolique. Or, on s’engage généralement différemment dans quelque chose qui
nous coûte. C’est assez important de faire payer les patients, sans ça, ils vont considérer la
séance comme un service rendu par le psy. Par exemple, si un patient fait un transfert
négatif lors de la thérapie, il se sentira moins libre de le faire éclater au grand jour car il se
sentira en dette vis-à-vis du thérapeute. Dans ce cas ce serait de l’amitié ou de l’assistanat.
Même avec un euro symbolique, cela a des conséquences sur le patient. C’est donc l’objet
d’une convention entre le patient et le thérapeute.
v) Quid des règles de cadre ? Si on manque une séance par exemple ? Le patient devrait
quand même payer pour un service qu’il n’a pas reçu ? Mais cela constitue du temps de
perdu pour le thérapeute ? Ainsi, ce genre de règle doit être convenu avec le thérapeute car
cela impacte la thérapie.

Quel est l’intérêt d’étudier le cadre dans lequel se produit la relation thérapeutique ? Ce cadre
influence énormément la relation thérapeutique. Par ailleurs parfois, le transfert ne se réalise pas entre
le patient et le thérapeute, mais contre le cadre lui-même.

Désormais, il s’agit d’étudier 3 grandes orientations de la relation thérapeutique : le cognitivo-


comportementalisme, la systémique et la psychanalytique. De plus, il s’agira de faire la différence
entre le psychologue et le coach sportif, phénomène qui prend de plus en plus d’ampleur aujourd’hui.

1) Éléments de thérapie cognitivo – comportementale (Cfr. Texte de Cottraux).


Ce qu’on doit faire dans une thérapie, c’est avant tout modifier le comportement. On vise la
modification du comportement. Puisque leur objet est le comportement (et pas l’esprit ou la
subjectivité), la visée première est de mettre en place des techniques thérapeutiques qui permettront de
modifier les comportements non souhaitables. Par exemple, le comportementalisme proposera au
phobique de traiter sa phobie comme un type de comportement acquis, et la technique va donc
consister à modifier ce comportement.

Ex : un enfant avait une phobie des lapins.


Stimuli= lapins ; réponse = sueurs etc. ; renforcement = typique à chaque enfant. On est donc parvenu
à opérationnaliser le comportement des enfants phobiques.
La technique va être de désapprendre (car la phobie a été acquise). On va désensibiliser la réponse
(désensibilisation systématique) : on va approcher petit à petit le lapin de l’enfant. D’abord, on montre
à l’enfant des crayons avec les lapins. S’il arrive à s’en approcher, à prendre la feuille etc, on va lui
donner un renforcement. On va d’abord lui montrer des dessins, puis des photos, puis des images
animées, puis une peluche, puis un vrai lapin en cage, puis il s’approche de la cage et finalement prend
le lapin dans ses bras. Et ce processus permet donc à l’enfant de sortir de sa phobie.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

On parle d’analyse fonctionnelle : on identifie quel est le comportement problématique, quels sont les
stimuli, les réponses et les renforcements, la disposition cognitive dans laquelle on s’engage. A partir
de cette architecture, on trouve la bonne perspective de travail. Certes on peut produire une approche
pour changer le comportement, mais on pourrait aussi créer une approche où l’on va essayer de
changer les pensées.
Une autre stratégie est celle du « bio feedback » qui consiste en un bipeur que l’on porte constamment
sur soi lorsque l’on est angoissé. Dès qu’une crise pointe le bout de son nez, le bipeur se met à sonner
et cela permet au patient de choisir une activité qui permettra à ce dernier d’y échapper (faire du sport,
regarder un film, écouter de la musique, etc.)
Aussi, il faut toujours garder à l’esprit quels sont les types de pensée qui produisent de l’angoisse chez
le patient ? C’est le but de l’analyse fonctionnelle : trouver les pensées dépressiogènes afin d’y mettre
un terme.
Ex : dépression de Beck : la dépression est une maladie où le patient est encombré de pensées noires
(ça ne va pas aller aujourd’hui, ça va être une journée pourrie, personne ne m’aime). Le thérapeute
demande qui ne l’aime pas exactement. On revient à l’expérience réelle, ce qui est mieux que
l’expérience abstraite. Revenir à l’expérience personnelle permet d’aliéner l’E qui se met en dehors de
l’expérience singulière. Dès lors, ce qu’il faut faire, c’est déconstruire les pensées dépressiogènes du
patient.

2) Éléments de thérapie systémique


Perspective est très différente. La systémique est une approche où dans un premier temps on essaye de
comprendre le comportement humain en rapport aux systèmes d’interaction dans lesquels on évolue, et
en particulier la famille.
On parle de dysfonctionnement du système en cas de problème chez une personne car un patient
malade permet d’induire que le reste du système n’est pas non plus en bonne santé. Si Pierre a une
phobie des lapins, le systémicien dira que ce qui importe est de comprendre que la phobie au lapin est
un indice d’un problème dans la famille. Pierre est l’indice d’un dysfonctionnement systémique. Ce
sont les interactions qui sont la réalité, pas les individus. Approche thérapeutique qui vise à influencer
et changer les systèmes, l’environnement. D’ailleurs, leur perspective est beaucoup plus stratégique.
S’il est impossible de communiquer, il est impossible d’être neutre. On influence toujours, quoi qu’on
fasse. Alors, tant qu’à faire, dans le cas d’une thérapie, il faut organiser une influence. Il faut utiliser
ce paramètre pr la mettre au service de l’obtention des résultats thérapeutiques.
1er principe : on va utiliser l’influence de manière stratégique, c'est à dire que l’on va mieux
organiser l’influence.
Deuxième principe : dans les systèmes, il y a l’équifinalité : arriver à un même résultat par des
chemins très différents au sein d’un système. Par exemple, pour que Pierre n’ait plus peur des lapins,
la thérapie peut être fait simplement avec le patient, ou plusieurs individus de la famille, ou toute la
famille. Les chemins pour aborder le problème sont variés. Il faudra déterminer quel chemin est plus
opératoire, plus pertinent.

La visée des traitements psychothérapeutiques est plus stratégique. Il s’agit d’influencer


l’environnement et les systèmes, puisqu’ « il est impossible de ne pas influencer les personnes » dès
lors qu’il est impossible de ne pas communiquer. Le principe d’équifinalité (le même effet peut être
obtenu pas des chemins différents dans un système) implique que dans la psychothérapie il y a plus
d’un chemin possible, plusieurs solutions. Le thérapeute devra choisir celle qui est plus à la portée
des patients et plus opératoire. De ce fait, des interventions « macro », sur l’organisation du
système par exemple, ne sont pas contradictoires avec des interventions « micro », au niveau d’une
interaction entre deux membres du système par exemple.

Pr un systémicien, on peut jongler tt le temps entre des interventions sur l’environnement général
(niveau macroscopique) >< intervention microscopique : prendre un individu seul, mais en le traitant
en référence à sa famille.

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Ex : qd un systémique travaille avec des personnes, il leur fait dessiner un arbre généalogique. On
commence à parler de l’histoire familiale. En parlant de cet arbre familial, on parle du patient et on
retrouve des pistes de ce qu’il veut ou ne veut pas vivre. C’est le support (référence à l’arbre) qui situe
l’individu dans ses pb aujourd’hui. Ce mode de travail avec un individu est une perspective qui traite
les difficultés de qqun en ayant égard aux expériences familiales.
Cette phobie se trouve dans le système, et donc il faut aider les patients à mieux retrouver leur place
dans ce dernier ; Du pt de vue conceptuel, il y a quand même l’idée qui vient de ce pt de vue des
paradoxes : la double contrainte et la communication paradoxale, paradoxe pathologique par exemple.
Le paradoxe n’est pas seulement nuisible mais peut aussi être thérapeutique.
Illustration : Injonction paradoxale à usage thérapeutique : exemple du phobique au supermarché à qui
on prédit sa crise d’angoisse. (Cf. supra)
Soit, il ne va pas avoir la crise d’angoisse, soit il l’aura avec le sentiment qu’il a participé à la
production, ce qui est bénéfique dans une thérapie.

A partir de du paradoxe va s’instaurer la théorie du changement :


(1) Changement type 1 : dans le cadre de compréhension d’un pb, d’une pathologie, les
personnes mobilisent des stratégies pr tenter de résoudre le pb. Mais, parfois, plus ils essayent
de résoudre le pb, le symptôme, plus le problème se creuse. Tout en essayant de changer
quelque chose, on se retrouve in fine à reproduire le pb.
Ex : quelqu’un est angoissé : d’habitude, on dit à la personne qu’elle doit se relaxer, se calmer,
faire du sport, se distraire etc. mais, plus la personne essaye, plus elle retrouve que l’angoisse
ne change pas et se creuse davantage.
Ex2 : les conduites à risque : arriver à des degrés de sécurité raisonnable, dans nos sociétés
démocratiques : on va voir que les individus cherchent le risque. Que faire face à la montée de
la prise de risque ?
Solution type 1 : on crée des règles, des normes, qui mettent un cadre juridique. Mais, plus on
produit des contrôles, plus les acteurs vont diversifier les types de sport à risque et le pb se
déplace ailleurs. Pfs même, au lieu d’avoir des praticiens d’un sport à risque qui font cela dans
un club, ils font ça de manière sauvage.
 Les règles, l’interdiction, ne font que renforcer la construction sociale d’une forme de
criminalité. Au plus on va créer des règles qui instituent des sanctions, au plus il y aura
d’individus qui se tourneront vers ces pratiques extrêmes. Ce n’est pas une bonne solution car,
par exemple, pour l’interdiction de l’alcool, cela n’a en rien réduit la consommation d’alcool.
 On essaye de rester dans le cadre (l’exemple des neuf points à relier).
Ex 3 : dyslexie d’un enfant à 12 ans, alors qu’il n’avait rien avant. On prend des profs
particuliers, on va voir un psychologue, on essaye de voir s’il n’est pas victime d’harcèlement
etc. rien ne change en essayant les techniques.

(2) Changement type 2 : on quitte le « cadre » virtuel. Dans le cas de l’enfant dyslexique, au
premier entretien, on dit qu’on a tjrs été nul pour l’école dans la famille. La mère ne vient pas
faire une thérapie mais vient savoir à ce que son fils soit un jour comme son frère (qui lui a été
l’un des seuls à réussir, il est devenu ingénieur. On comprend alors que la mère désire que son
fils puisse réussir comme lui. Lors du 7 ème entretien, la mère dit « qu’on a toujours été nul dans
la famille », comme si c’était un mythe familial. Le père est là mais ne dit rien, il laisse tjrs la
mère décider pr ne pas avoir de conflit. En effet, en lui demandant pourquoi il n’intervient pas
davantage dans l’éducation de son fils, il dira que c’était tellement compliqué de l’éduquer
avec sa mère, les conflits éclatants toujours, qu’il a décidé de démissionner de ça et de laisser
sa femme s’occuper de tout. Sinon les conflits de couple étaient invivables.
On apprend que la dame a été orpheline. Elle n’a pas connu ses parents. On propose à l’enfant
de parler. Il parle de sa maman en disant « pauvre maman, je suis un poids pour elle ». Dès
lors, inconsciemment, le fils est malade pour que ça mère ne le soit pas car sinon ce serait
impensable. Mais peut-être que l’enfant peut aider sa mère d’une autre manière qu’en étant

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

malade. Si maman n’avait pas été orpheline, elle pourrait accepter que le père ait son mot à
dire, or elle ne le laisse pas faire. SI papa avait son mot à dire, l’enfant ne devrait pas
s’occuper de maman. On essaye donc de lui faire voir le pb d’un autre pt de vue, on essaye de
redéfinir ce qu’il en est, sans lui dire qu’il est nul à l’école. On ne propose rien comme
changement mais on parle juste.
La sœur dira à ce moment-là qu’elle ne comprend pas pourquoi le frère n’est pas chez les
scouts. En effet, la fille (10 ans) peut y aller et on demande au garçon si lui ne veut pas y aller
(12 ans) : il dit qu’il n’a pas le temps car il a bcp de pb à l’école. Les parents finalement vont
accepter qu’il aille aux scouts. On remarquera qu’après, il n’y a plus de catastrophe à l’école :
qqchose lui a permis de s’assumer autrement sans être le terrain d’occupation de maman.
 Exploration d’un système familial peut faire venir une lecture du pb décalé par rapport au
cadre initial, et suite à ça, des possibilités de changement que, de manière spontanée, on ne
pourrait pas imaginer. Ici on sort donc clairement du cadre pour soigner l’enfant car personne
n’aurait pu croire que les scouts soient un remède à la dyslexie et aux mauvais résultats
scolaires.
Ex2 : un monsieur va faire un psychiatre car il est dépressif. Il essaye des stratégies type 1,
mais cela ne fonctionne pas. Le psychiatre passe alors à la stratégie type 2 : le patient dit qu’il
a besoin de médicaments. Le psychiatre lui en prescrit et quand il arrive à la pharmacie, il
reçoit une pommade contre l’acné. Il est furieux contre le psychiatre de lui avoir prescrit une
pommade et se demande pourquoi. En fait, le psychiatre voulait essayer une autre stratégie : il
voulait rendre furieux le patient, car quand être furieux est ressentir quelque chose et donc
« sortir » de l’état de dépression dans laquelle on ne sent rien. On sort donc bien du cadre ici
puisque personne ne s’y attendait, et c’était même risqué comme technique par ailleurs.

Ex : Erikson : thérapeute qui avait eu un patient en colère et qui, au lieu de le calmer, avait
arraché le chauffage et lui avait proposé d’aller arracher la chambre d’à côté. Cela avait calmé
le patient fou de rage car il trouvait que c’était excessif.
On avait essayé de le raisonner, le calmer, on avait essayé de le plaquer au sol etc (type 1).
Mais plus on essaye de le contenir, plus il devient violent. Ces stratégies essayent de résoudre
un pb mais ne font que le reproduire, l’entretenir ou l’augmenter.
Or, ce type d’expérience telle celle d’Erikson suscite un déplacement de la subjectivité. Avec
ce type de déplacement, Erikson produit un moment fécond ou la conscience de soi change
(=forme d’hypnose selon certains car c’est un état de conscience particulier).
 Ce que la thérapie systémique vise, c’est tenter de se dégager des changements type 1 et
essayer de raisonner par des changements type 2.

3) Psychothérapie analytique (Jean Florence : la psychanalyse comme psychothérapie  pour la


névrose)

Pour la psychanalyse, il est très important de différencier si la problématique est de l’ordre de la


névrose ou de la psychose. En fonction de la structure du patient, le type de traitement ne sera pas le
même.
Ex : l’association libre est pertinente pour les névroses mais pas pour les psychoses. En effet, dans la
psychose, on aurait simplement affaire à un délire. Or, dans la névrose, cela a du sens car le
refoulement est un mécanisme de défense par défaut. Donc, pour essayer d’aller un peu plus loin que
ce que le refoulement permet, l’association libre est pertinente et donne accès à des réalités de la vie
psychique auxquels on n’aurait pas accès. Par contre, du côté de la psychose, il n’y a pas de
refoulement.
Le pb du psychotique est qu’il n’y a pas assez de refoulement.
 La manière de venir en aide et de créer un cadre thérapeutique ne suivra pas les mêmes
orientations en fonction de la structure du patient.

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Dans le champ de la névrose :


Dans le champ de la névrose, typiquement, il y a un symptôme qui s’associe à une demande d’aide. Le
patient qui souffre des symptômes hystériques, phobiques ou obsessionnels ne comprend pas ce qui lui
arrive. Le symptôme est donc associé à un manque de savoir au niveau du moi. C’est parce que le
savoir lui manque qu’il produira un transfert symbolique (Sujet Supposé Savoir). Ce faisant, il agit, il
déploie, une pratique contemporaine qui est analogue à celle de l’antiquité (en allant voir l’oracle, ici,
le thérapeute). C’est à partir de là que se produit un suivi thérapeutique de névrosé, la condition de
possibilité : le transfert et la demande. Dans ces coordonnées-là se produira une invitation à s’engager
dans un processus de traitement. Le thérapeute, à ce moment-là, ne fait qu’écouter. On essaye de
créditer la parole et pas le regard. C’est à partir de ce que quelqu’un dit qu’il faut atteindre sa
subjectivité.
Névrose produit => demande car => symptôme car => manque de savoir sur ce qui lui arrive =>
transfert symbolique comme moteur de l’entretien

 L’écoute est importante. Qu’est-ce qu’écouter quelqu’un ?


Ça à l’air d’un acte banal. C’est faire attention à ce qu’une personne raconte. Il faut écouter
au-delà de ce que personne dit-> inconscient (ICS).
Ex : le patient qui avait peur d’avaler sa langue  il avait un symptôme qui traduisait ce que
son inconscient disait.
Dans l’inconscient, il y a au moins deux niveaux. Il y a le niveau de ce que quelqu’un veut dire
(intention communicative) et le niveau de ce que quelqu’un dit (même si ce n’est pas ce qu’il veut
dire, même si ce n’est pas son intention). Or, cela fait du bien d’être entendu au-delà de ce que l’on dit
car on est surpris par notre propre discours. Ainsi, l’écoute permet d’ouvrir une voie d’accès à
l’inconscient qui a tendance à se répéter. C’est la répétition de l’inconscient.
Ex. : « Je vis sur le dos d’Anne », cf. supra.
Ex : Le livre « les misérables » : la compréhension du lecteur est plus importante que ce que l’auteur
veut dire. Il y a aussi l’intention de l’œuvre, ce que l’auteur ne dit pas consciemment et ce que le
lecteur peut ne pas percevoir. Pour résumer, il y a un premier niveau avec l’intention de l’auteur (ce
qu’il veut dire) et un deuxième niveau avec que qu’il dit au-delà de ce qu’il veut dire.
Ce type d’écoute (comprendre au-delà de ce qu’on dit) n’est pas simple ni spontané. Des humoristes
ont pfs ce type de rapport à la parole
Ex : Stéphane de Groot : on est largué parce qu’il joue tout le temps entre ce qu’il veut dire et ce qu’il
dit, il joue avec l’écoute des auditeurs car il interpelle dans les deux niveaux de manière permanente.

 En tant que thérapeute, on essaye d’entendre cet autre registre de la parole car c’est là que se
loge la parole : dans les non-dits. Dans ce qu’on dit, même si on ne le veut pas, c’est le sujet
(de l’inconscient) qui parle. Or, dans ce qu’on veut dire, c’est le « moi » qui parle.
Ex : une femme dit qu’elle vient car elle a un pb avec les règles. Symptômes liés à son cycle
menstruel qui font l’objet d’un suivi médical, médicaments etc. Cela n’a pas d’effet et le
gynécologue lui propose de faire une thérapie, au cas où. Il y a 1000 façons d’expliquer son
problème mais elle choisit cette façon-ci. Le thérapeute entend « j’ai un problème avec les
règles » et le retient, même s’il ne sait pas ce que cela veut dire.
Au 3e rdv, elle appelle pour annuler ; au 4e, elle ne revient pas avec l’argent ; au 5e, elle
continue à parler et ne veut pas arrêter. On lui renvoie alors l’énoncé avec lequel elle avait
présenté son symptôme tout en ayant une autre signification : elle a un problème avec les
règles (normatives). De cette manière, on lui renvoie une partie d’elle-même pour en discuter.
Quelque chose l’engage dans ce qu’elle est, dans la manière dont elle gère sa vie, qui la met à
mal. Des questions s’ouvrent à partir de là, des choses qu’elles n’avaient jamais abordées avec

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

le gynéco. Après une dizaine de mois, ses symptômes s’éteignent. Quand on a un problème
qu’on n’arrive pas à avouer ou à dire, le corps est le symptôme. Si on arrive à en parler et à le
dire, alors le symptôme disparaît.
C’est comme si le corps se met à parler à la place du sujet car ce dernier se tait. Mais si le sujet
parvient à en parler, qu’il parvient à discuter de son refoulement, alors le symptôme n’est plus
nécessaire.
L’écoute, pratiquée de cette manière, permet d’œuvrer dans cette visée par rapport à la névrose de
franchir le refoulement et de s’affranchie du symptôme, car ce dernier est devenu inutile.
 D’après Freud, « les rêves sont la voie royale pour accéder à l’inconscient » : d’autres
manières pour arriver à l’inconscient sont possibles mais la meilleure manière est le rêve.
C’est ce que l’on va appeler la psychothérapie de la névrose.
Si un sujet ne rêve pas ou peu, il y a deux possibilités :
- Le sujet est bien en phase avec lui-même et n’a pas besoin de rêver, donc rêve peu. Si le sujet
commence à rêver de manière abondante et débordante, c’est que c’est une autre structure
psychique, une forme d’état-limite.
- Le sujet a trop de refoulement et n’a donc pas accès à son inconscient. Si la thérapie
fonctionne, alors la personne rêve +. Mais parfois, on a la situation inverse :
Ex : une femme (border line) n’arrive plus à dormir car elle fait des cauchemars à répétition,
trois fois par nuit. Elle en parle avec le thérapeute, bien que cela soit pénible pour elle. Au fur
et à mesure des séances, la production fantasmatique imaginaire incessante se calme un petit
peu et elle est plus en paix avec elle-même.

Il faut faire attention car il E un malentendu vis-à-vis de l’interprétation.


Petit à petit, on s’accorde à dire qu’il ne faut pas donner du sens à ce que le patient dit mais intervenir
pour qu’un patient puisse entendre un sens à ce qu’il dit. On pense donc que c’est le thérapeute qui
interprète nos expériences, nos rêves. Mais en écoutant et en revoyant au patient ce qu’il dit, le
thérapeute n’interprète pas les rêves mais ne fait que reformuler ce que le sujet dit. Ce n’est donc pas
une interprétation. Il intervient pour que ce soit le patient lui-même qui perçoive ce qu’il dit à
travers ses rêves.
Sens car on va faire attention à savoir ce qu’il dit. C’est là que je vais trouver des indications de ce
qu’il refoule, l’inconscient à l’œuvre quand il parle.
Pour les psychoses :
Il faut souligner le fait que la méthode de travail n’est pas la même pour traiter une névrose et une
psychose. Ainsi, à l’examen, on peut avoir ce type de question : « Argumentez si la pratique de
l’écoute a une pertinence dans la structure psychotique ».

La réponse à cette question sera donc plutôt négative. Pourquoi cela ? Car dans la pratique de l’écoute,
on suppose avoir affaire à une personne qui refoule. On pense donc avoir affaire à quelqu’un qui
possède un inconscient organisé comme pour le névrosé, or ce n’est pas le cas ici.
Dans le cas de la psychose, il n’y a pas de subjectivation car il y a un échec dans la question de l’accès
à l’Œdipe, à la division subjective. Le sujet de l’inconscient ne se constitue pas. Ce type d’approche
(approche pour les névrosés) n’est donc pas pertinent dans la psychose.
Dans la psychose, le savoir ne manque pas : quand quelqu’un délire, il sait avec certitude pourquoi ce
qui lui arrive lui arrive. Si le savoir ne lui manque pas, il ne cherche pas à être aider.
Donc, il n’y a pas de transfert symbolique. Le psychotique n’attend pas d’un thérapeute qu’il l’aide à
comprendre ce qu’il lui arrive. S’il n’y a pas de demande, il n’y a pas de transfert.

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La question de l’approche thérapeutique est plus compliquée : qu’est-ce que les psychotiques
attendent ? Ils veulent être protégés. Ils viennent aussi dans des institutions mentales pour trouver de
l’aide afin de mieux se débrouiller dans la manière de négocier avec le social  : ils cherchent une
médiation, quelqu’un qui les aide à mieux gérer leur vie sociale.
Ex : qqun vient en institutions en demandant d’être reçu pr la journée (centre où on ne peut rester que
la journée). Elle demande de l’aide car des hommes en blanc viennent la chercher à tout bout de
champ. Elle voit des hommes en blanc tout le temps qui la menacent de la tuer et l’invitent à entrer
dans un cercueil (=scénario hallucinatoire). Elle sent que ce que les hommes veulent, c’est sa mort.
Elle se promène dans la ville avec un couteau énorme pour se protéger. On l’accueille dans le centre et
elle a un psychiatre qui la suit de temps en temps. Elle dit qu’elle se voit pendue.
Que faire ? Elle dit que les hommes viennent de rentrer dans la chambre, ils sont là et il faut l’aider.
Les thérapeutes improvisent et les « chassent » et lui demandent si elle les voit encore, si un s’est
caché etc. Jusque-là, il s’agit de contention. Il faut la contenir concernant ses angoisses. Cela dure un
certain temps. Un jour, elle vient avec le journal en disant qu’un tel (affaire de justice) a été libéré,
pourquoi les juges ont-ils fait ça ?
Elle commence à livrer des critiques sur l’actualité judiciaire et les thérapeutes discutent avec elle de
manière informelle. Petit à petit, ils se rendent compte qu’en parallèle de ces phénomènes
hallucinatoires, elle parle beaucoup de l’actualité de droit pénal. Les thérapeutes lui proposent de
s’inscrire pour des cours de droit pénal. Elle apprend par cœur le code pénal. Pdt dix mois, on constate
que plus elle entre dans ce code, plus elle s’approprie cette matière, moins elle a de scénarios
hallucinatoires.
 Que s’est-il passé ?
Quand elle était petite, son père l’enfermait sous l’escalier dans un endroit sans place et elle croyait
que son père allait l’oublier là et qu’elle allait y mourir. Lorsqu’on lui fait ce rapprochement, qu’on lui
met en lien le passé et l’hallucination. Pour elle, ce lien ne fait pas sens. C’est assez fréquent dans la
psychose. C’est comme si c’était des formes de l’expérience dissociées. Cette possibilité de construire
des liens est ce qu’on appelle la fonction symbolique. Le symbole est avant tout une manière de faire
exister un lien.
Le symbole est une représentation (1) d’un lien (2).
Dire qu’il y a une faille symbolique dans la psychose, cela veut dire que le psychotique fonctionne et
est dissocié physiquement.
Dans les années 50, on disait que dans la psychose, la personne avait un esprit très ouvert et n’avait
pas de refoulement. On pensait qu’on pouvait y aller sans passer par des techniques spéciales. Or, cela
rendait les patients encore plus fous.
Dans la psychose, il n’y a pas besoin d’explications car le patient sait déjà tout, il sait ce qu’il lui
arrive.
Si le sujet est dans la certitude et glisse vers des interprétations délirantes, il faut se mettre dans la
situation d’ignorance et faire semblant de ne pas comprendre.
Illustration : une personne précaire qui vit seule est délirante. Les autres cherchent à aider cette
personne en l’aidant et en étant empathique et en la comprenant. Ses collègues lui disent qu’ils
comprennent et que sa situation n’est pas facile, qu’il ne doit pas se sentir en sécurité. Au lieu de
calmer le jeu, cela venait augmenter l’intensité de ses propos délirants. Plus ils essayent de l’aider,
plus le cas s’aggrave. Il faut arrêter d’essayer de le comprendre. En essayant de le comprendre, on voit
davantage à l’intérieur de la personne, on s’approche de sa subjectivité et le psychotique sent qu’il est
vu à l’intérieur. On glisse alors dans une confusion de la subjectivité car il n’y a plus de distance entre
le psychotique et les autres. C’est pour ça que le psychotique se met en retrait.

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Pierre-Noé Milcamps 2017-2018

Il faut se mettre à distance. Il faut dire qu’on entend ce qu’il nous dit mais qu’on ne comprend pas et
donc qu’il faut qu’il explique davantage. Le psychotique explique, explique et puis, par épuisement, il
y a quelque chose qui se calme. Mais cela ne passe pas par la compréhension !
ATTENTION : ne pas comprendre est différent de ne pas s’intéresser au patient ! Il faut juste ne pas
lui faire sentir qu’il y a une forme de proximité pour ne pas avoir une confusion identitaire. Il faut lui
faire comprendre que je ne peux pas entrer dans son intériorité s’il ne parle pas. En effet, faire mine de
ne pas comprendre a pour but d’éviter la confusion identitaire car on ne peut pas entrer dans sa
subjectivité. Et cela aide le psychotique à s’organiser au niveau du Moi.
Ex : cas de schizophrénie simple qui, tous les jours, prenait le métro parisien et se baladait, prenait
notes des travaux, des retards, des horaires etc.
Ex2 : un patient peignait toujours la même chose, à quelques variantes près. Il faisait ça tous les jours.
Ex3 : la dame qui a appris le code pénal
 Ces 3 exemples paraissent absurdes mais néanmoins contribuent à diminuer les symptômes. Il
y a quelque chose dans la psychose qui se stabilise et qui pourtant nous parait absurde.
La dame, pour la première fois de sa vie, maîtrisait un code, de A à Z. c’est un univers relativement
clos alors que l’expérience que nous avons de la vie n’est pas contrôlable et n’est pas close. Dans la
psychose, si le symbolique fait défaut, c’est parce que le système symbolique fondamental qui nous
permet de dépasser cette expérience est le langage. Quand on parle, on consent à la loi du signifiant.
Dans le psychotique, on voit qu’ils ont du mal avec cette épreuve. Quelque chose fait qu’ils n’arrivent
pas à surmonter cette épreuve du langage et qu’ils font donc l’expérience d’une fragmentation,
déstructuration, désorganisation de la vie. Le fait d’avoir des mots qui nous orientent est rassurant
puisque cela nous permet d’organiser notre vie. Dans la psychose, c’est ça le fondement qui cloche.
Est-ce que la dame du code pénal, à travers ce travail, serait en train de construire une compensation
d’un système symbolique à travers la mémorisation ardue du code pénal ? Cela aurait pu être autre
chose. Le patient est maître de ce qu’il apprend, il est maître d’un système de classification que le
psychotique essaye de se donner. C’est également le cas avec le patient qui prend sans cesse le métro  :
il est maître des lieux car il maîtrise toutes les lignes et les connaît par cœur.
Puisque ce qui manque au patient est le système symbolique, le patient n’a pas accès au
« métaphorique ». Parfois il croit littéralement ce qui est métaphorique et, inversement, croit parfois
que ce qui est réel est en réalité métaphorique.
La métaphore désigne le mode par lequel un signifiant substitue un autre. La métaphore est ce qu’il y a
de plus proche pour comprendre ce qu’est la fonction symbolique. Donc, pour les psychotiques,
quelque chose dans l’accès au métaphorique ne s’est pas créé.
 Logique de compensation
Le psychotique va ouvrir un chantier dans lequel il va construire un système qui va fonctionner
comme une béquille qui lui permettra de tenir. Cela reste néanmoins un petit peu délirant, mais
l’intérêt de la chose est que cette construction, qui prend énormément de temps, s’accompagne d’une
diminution des symptômes qui témoignent de leur maladie. Ce travail les stabilise. Avec les
perspectives thérapeutiques, c’est clair qu’on ne peut pas dire qu’on a compris les psychotiques. On
peut dire qu’on a saisi la logique de leur souffrance et on a peut-être pu mieux accompagner la logique
de leur compensation. Si ceci est perçu par le thérapeute, il y a donc une logique, même si cela n’a pas
de sens. On ne comprend pas la signification de leur acte mais on saisit qu’il y a une logique.
Ex : un esprit d’exception. Un grand mathématicien devient complétement délirant. Il est sollicité pdt
la guerre pour interpréter des codes nazis qui passent dans la presse. A un moment, on découvre qu’il
n’y a pas d’agent mais que le mathématicien est psychotique. Il ne comprend pas que cela n’est qu’une
production de son esprit. Il fait d’abord semblant d’entendre ce qu’on lui dit et fait semblant de
prendre les médicaments. Après, il comprend qu’il a des hallucinations car ses « amis » ne changent
jamais, ne vieillissent pas. Il comprend alors que c’est des hallucinations. Il continue, jusqu’au bout, à

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voir les hallucinations mais il apprend à faire avec. Un psychotique peut guérir dans le sens de se
stabiliser, mais ses symptômes ne disparaissent jamais.

Névrose (demande, S.S.S, écoute et interprétation)


Psychothérapie états limites

Psychoses (métaphore délirante)

La psychothérapie est une manière de libérer l’espace et d’atteindre le « je », de briser ces couches
extérieures.

Texte de Roland Gorie : « Le nouvel opium du peuple »


Il analyse les fondements du coaching (= ensemble de praticiens qui viennent d’un domaine très
diversifié et qui font des formations spécifiques à des techniques d’accompagnement de personnes).
On apprend qu’au départ, dans la tradition anglo-saxonne, le coaching émerge dans le champ sportif.
Le coach se différencie, au cours des années 70, de l’entraîneur. L’entraîneur était, dans le champ
sportif, quelqu’un censé d’améliorer les compétences physiques et sportives. Il leur disait qu’il fallait
laisser leur angoisse au vestiaire. Au contraire, le coach est celui qui demande au sportif de raconter
ses angoisses et ses pb dans le but de se sentir plus libre et d’améliorer ses compétences par cela. C’est
une démarche qui se situe in fine dans la quête de la performance.
Cette émergence se met en place en parallèle avec le dvpt aux USA des ressources humaines : si
l’entreprise s’intéresse à donner aux personnes dans le travail des moyens de dvpt personnel, les
personnes vont mieux travailler et l’entreprise sera plus rentable. Le fait que les personnes
s’épanouissent dans le travail n’est pas contradictoire avec le rendement. Il faut s’intéresser à la
personne et non pas seulement au travailleur. Cela est subordonné à un but spécifique : l’augmentation
du profit.
Le coaching après passe dans le champ de l’entreprise. Du sport on passe à l’entreprise. On fait venir
des personnes extérieures pr les personnes qui traversent des conflits. On dit que si on arrive à mieux
comprendre les angoisses et les craintes, la personne sera plus performante. La logique de la rentabilité
reste présente. Il y a cette dimension là depuis le départ, et puis le coaching passe dans le social. On dit
qu’on va coacher n’importe qui qui a des difficultés particulières. Le coaching pourra alors le rendre
plus gestionnaire de lui-même.
Un des pb de l’installation du coaching dans la sphère des relations d’aide : (p.28) : la psychanalyse
s’est rendue compte du transfert par lequel le patient projette sur le thérapeute ses émotions.
Quelle est la différence entre le coaching et la psychothérapie  ?
La différence entre la psychothérapie et le coach :
- Coach répond au transfert en disant qu’il sait ce qu’il faut au patient, il connaît la technique
qui va lui permettre de dépasser la crainte, de prendre des décisions etc.
La psychologie comportementale est basée sur le choix des techniques et peut donc être en
articulation avec le coaching. C’est un choix technique mais qui laisse entre parenthèses la
problématique anthropologique qui se joue au niveau de la thérapie.

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Le coaching use du pvr donné par le transfert sans en prendre la mesure. Sa source est donc le
transfert, sans bien savoir où cela va lui mener. Il incarne une promesse de savoir.
- Psychothérapeute : ce dernier, au contraire, va tenter de ne pas gonfler le transfert. On
l’accepte comme nécessité mais on ne le gonfle pas et on essaye de se démarquer quand c’est
nécessaire des places dans lesquelles le patient met le thérapeute.
Le coaching est une pratique qui instrumentalise le transfert et ne s’occupe pas de le dégonfler, alors
que cela constitue la finalité même de la psychothérapie. Le coaching est donc un management de la
subjectivité (p.36).

Dans l’antiquité grecque, il y avait des statuettes que les gens pouvaient s’offrir dans lesquelles on
disait qu’il y avait des pierres précieuses, sans jamais pouvoir les ouvrir car elles étaient sacrées. C’est
donc une très belle pratique sociale, d’après Lacan, car les gens attribuent une valeur terrible à ce qui
est à l’intérieur alors que c’est eux qui mettent cette valeur sacrée, car ils ne savent rien de ce qui est à
l’intérieur.
p. 36 : pour la post modernité, il faut bien se porter mentalement pour pouvoir bien travailler.
 dans la société américaine, on assouplit les critères pour que la plupart des gens soient concernés
par une phobie sociale ou un pb dans ce genre. De ce fait, on va dire qu’il faut faire du coaching ou
prendre des médicaments. L’assouplissement des critères permet donc un accroissement et un
élargissement du marché des médicaments et du coaching.
Il y a donc des petites modifications des normes destinées à susciter l’élargissement des pb
symptomatiques, qui nécessitent ou le coaching ou les médicaments, de sorte que leur industrie et leur
dominance n’arrête pas de croître.

7. UNITE 6 : Problèmes en débat : Les conduites à


risque
Textes associés :
- García, Mauricio : « Le désir de risque : qui jouit, qui angoisse ? », dans : Cartuyvels, Y. (Comp) : Les
ambivalences du risque. Regards croisés en sciences humaines, Bruxelles, Facultés Universitaires Sain Louis,
2008, pp.421 – 438.
- Le Breton, David : Conduites à risque, Paris, P.U.F., 2002, pp.49-118 (« Les conduites à risque des jeunes »).
- Le Breton David : Conduites à risque, Paris, P.U.F., 2002, pp. 119-176 (« Les passions physiques et sportives
de l’extrême »).
- Todorov, Tzvetan : La vie commune. Essai d’anthropologie générale, Paris, Seuil, 1995, pp. 9-13 et 95-133.

Cette année nous traiterons la question du risque, plus particulièrement les « conduites à risque ».
Pourquoi dans les sociétés qui atteignent des degrés importants de sécurité on voit augmenter la
recherche délibérée du risque ? Au-delà des problèmes pratiques et juridiques que posent les conduites
à risque, il faut comprendre de quoi elles sont le signe, de quels ressorts de la subjectivité elles sont
révélatrices.
Nous allons aborder la question d’abord à travers une description et une entrée plus anthropologique
pour ensuite interroger les conceptions psychologiques mobilisées dans cette approche et les
approfondir.
« La chance sourit aux audacieux », « Qui ne risque rien n’a rien ». Voici deux lieux communs qui
suggèrent bien la promotion du risque comme valeur dans les sociétés contemporaines, ce qui n’a pas
été toujours le cas. Il est certain que le risque a toujours été présent dans la vie humaine, au point que
certains le considèrent comme « une donnée anthropologique traversant tous les registres de la
condition humaine »12. En effet, toutes les mesures sociales et culturelles visant à endiguer les menaces

12
D . LE BRETON: Sociologie du risque, Paris, PUF [Que sais-je?], 1995, p.11.

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de tout ordre, susceptibles de briser la vie collective ou d’attenter aux existences individuelles, peuvent
être considérées comme les aménagements nécessaires d’une relation au risque. Tous les groupes
humains dressent des formes de conjuration des périls, repoussant rituellement la peur avec des
incantations, des prières, des cérémonies ou alors avec des dispositifs techniques ou des normes.
Cette trame ininterrompue de mesures rappelle le statut précaire de l’homme, sa vulnérabilité aux
événements prévisibles et imprévisibles, en même temps que sa capacité à prévenir le danger pour
s’assurer une existence stable, à l’abri des menaces et si possible heureuse. Toutes ces stratégies, leur
organisation, leur articulation, leur contradiction (puisque parfois une mesure contre un péril entraîne
des risques inattendus), se prêtent à la réflexion sociologique, historique et anthropologique, entre
autres, pour essayer de déceler les logiques qui y sont à l’œuvre, permettant de dresser des portraits
tels que ceux de l’homme prudent, l’homme précautionneux, etc.
Ici, je voudrais centrer mon propos sur une figure du risque plus contemporaine, à savoir, le risque
désiré. Les risques liés à certaines activités traditionnelles, comme certains métiers ou l’exercice
d’une responsabilité particulière, sont d’un ordre distinct de ceux qui sont choisis, assumés, posés
comme une fin en soi en tant que sources de frémissements et de jouissance. Dans les métiers difficiles
ou les entreprises périlleuses (sauveteurs, pompiers, plongeurs, etc.), le risque inhérent à l’activité
n’implique en rien un affrontement désiré aux limites. Au contraire, le risque est matière de culture, de
savoir-faire transmis par la coutume, d’apprentissage propre à sa neutralisation ou propre à forger une
capacité à faire face. Par contre, dans les sports extrêmes ou parmi les chercheurs d’aventures limites,
ou encore dans certaines pratiques adolescentes, nous pouvons observer une véritable quête du risque  :
on pousse les limites chaque fois plus loin, pour s’assurer la jouissance d’émotions fortes, de coups
d’adrénaline, d’un affrontement à la mort pour jouir ensuite de l’avoir vaincue. Ici, le risque se pose
comme valeur seulement s’il est librement choisi.

Augmentation des sports à risque


David Lebreton : Pq cet engouement pour le risque ? Moyen de « repimenter » sa vie, de sortir d’une
existence vide, de sortir de l’ennui, etc. ? Comme on l’a dit ci-avant, la nouveauté du risque dans nos
sociétés contemporaines réside dans le caractère délibéré de la recherche de ce dernier. Alors qu’on
tentait plutôt de le réduire un maximum, notamment dans les métiers dangereux, au cours des derniers
siècles, une nouvelle attitude est née face au risque : certains le poursuivent délibérément.
Collectivement, on a une société assez sécurisée et sécurisante mais les individus commencent à
chercher le risque. Si on analyse les choses d’un point de vue sociologique, on constate que les
personnes qui s’impliquent dans le risque sont 2 groupes :
 Celles qui souffrent d’un manque d’intégration (qui connaissent des formes de pénuries etc)
et vont donc dans le risque
 Ceux qui connaissent un excès d’intégration. On parle de personnes parfaitement intégrées
mais qui témoignent de s’ennuyer. Le manque de piment à l’E, le manque de sens. La
conduite à risque serait une manière de repimenter l’existence, de lui donner du sens. En
mettant en jeu sa vie, on a l’impression de retrouver une saveur. D’un point de vue historique,
le risque a toujours existé. Mais le risque, à l’époque moderne, est une expérience qu’on
essaye à contrôler, à réduire. Un pompier va prendre du risque mais ne le cherche pas. Le
pompier va tout faire pour éviter le risque et ne le prend que lorsqu’il n’y a plus le choix, mais
ce n’est pas une quête. La nouveauté est justement que les nouvelles pratiques ont une attitude
différente face au risque : les individus cherchent à rencontrer le risque.

D’un côté on a des personnes qui souffrent d’un manque d’intégration. Ils veulent, à travers le
risque, chercher et trouver quelque chose.
Ex : comment les chômeurs chroniques se débrouillent. Un homme, tous les soirs, montaient
sur les toits de son quartier et les enfants le regardaient émerveillés. Pourquoi ? Ce faisant, il
retrouve de la reconnaissance de ses enfants et des amis de ses enfants. Un homme qui subit

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une telle expérience a du mal à trouver de la reconnaissance. En prenant du risque, il a une


place pour l’autre, il retrouve de l’importance.

De l’autre côté de l’échiquier, les personnes sont très intégrées. Elles aiment le risque, comme par
exemple l’alpinisme. Les voyages dangereux, les sports extrêmes, les sensations fortes sont des formes
d’Ordalie : on interroge la divinité pour qu’elle sanctionne, à travers l’épreuve, le coupable (ou non).
Les gens veulent « s’infliger une épreuve » avec le sentiment qu’ils reviennent à la vie avec un
sentiment renouvelé de la valeur de leur propre consistance et existence. La différence avec l’ordalie
est qu’il se l’inflige à lui-même, sans contrainte externe/extérieure.

Les conduites à risques comme conséquence d’une déritualisation de la société  ?


Le Breton montre que les rites sont importants. Ici, on verrait une sorte de rite individuel. L’hypothèse
de Lebreton est de dire que les rites sociaux manquent. Il y une déritualisation croissante de la vie,
qui est de pair avec la sédentarisation de l’homme. Or, on peut se passer de religion mais pas de rites.
Puisqu’il n’y a plus (ou très peu) d’institution qui permet une initiation par les rites, les personnes
inventent leurs propres rites afin de marquer leur vie.
 On va donc inventer nous-mêmes, en tant qu’individus, des rites.
Les rites de passage n’étaient pas des rites sympathiques. Ils pouvaient être d’une cruauté, vu de
l’extérieur. On peut également comprendre cela écoutant la remarque selon laquelle ce genre de rite ne
peut être que violent si l’on veut qu’il marque le passage à l’âge adulte.
Ex : on laisse des étudiants dans la brousse pendant une année entière et on s’amusait à leur faire peur
le soir. Après cette année, ils revenaient et étaient reçus dans la tribu comme des adultes.
On estime que c’est barbare, eux estimaient que cela leur permettait de devenir adulte. Le rite doit
porter une certaine violence.
 Pas d’adolescence mais enfant -> rite -> adulte
Paradoxe d’une vie sécurisée où l’on cherche le risque  ?
Dans nos sociétés modernes, on peut observer deux phénomènes qui se déroulent en parallèle :
 Quête obsessionnelle de sécurité
Il y a une augmentation des compagnies d’assurance -> les gens recherchent toujours plus de sécurité.
Ils ont l’impression d’avoir des brèches dans leur existence : il y a de plus en plus de risque. La
multiplication du chantier du risque dans les sociétés postindustrielles ne cesse de croître. Des
instruments sont fabriqués pour donner à l’acteur le semblant de diminution du risque. On traque le
risque à tous les niveaux.
 Quête individuelle de risque
Cela (recherche de risque) résulte soit du manque d’intégration ou soit ceux qui «  souffrent » d’un
excès d’intégration. Pourquoi cherchent-ils le risque ?
Ceux qui ont un manque d’intégration cherchent la reconnaissance tandis que ceux qui ont un excès
d’intégration, qui sont dans une routine ennuyeuse, veulent redonner du sens et de la valeur à la vie.
Ces acteurs ont l’air de chercher des rites individuels.
Si les acteurs sont en quête de symbolisation de leur existence à travers des pratiques qui ont l’air de
fonctionner pour eux par des tentatives de ritualisation, cela veut dire qu’ils sont en manque de ça. Il y
aurait dans le social des vides dans la transmission symbolique : cela signifie que les rites sont de
moins en moins présents mais aussi que la position des individus à l’intérieur de sociétés complexes
est de plus en plus malaisée.
Par exemple, l’adolescence est un passage : symboliquement, la société doit être capable de situer
l’ado dans une forme d’existence où sa vie a du sens. Le fait que certains ados ne deviennent jamais

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« adultes » serait le résultat du fait que le passage ne se produit pas. Les personnes chercheraient alors
à les produire de manière sauvage pour éprouver ce passage. Cela commence avec l’idée que dans les
sociétés post modernes, il y a un vide symbolique à la place du « rite » (exemple vu au-dessus). Ainsi,
là où le social ne donne pas les outils ou les rites pour réaliser le passage, les individus trouvent
individuelle ces outils. De quelle manière les individus vont tenter de combler ce vide ?
Lebreton dit que ce n’est pas pour rien qu’une bonne partie des conduites à risque sont une production
du vertige. Il s’agit de pratiques qui installent les passions du vertige. La question de sauter dans le
vide est souvent présente (saut à l’élastique, parapente…). La question est d’exorciser le vide, de le
maîtriser, de le traverser, dans le but d’obtenir quelque chose, il y a un enjeu. Lebreton va détruire
plusieurs conduites à risque.

Analyse de différentes conduites à risque


Excès d’intégration
(1) L’anorexie : conduite à risque et jeu exemplaire avec le vertige : ce qu’une adolescente qui
souffre d’anorexie fait, c’est lutter contre la faim. La faim se sent comme un écran de
projection où on mesure l’appétit à vivre. A quoi dit une anorexique non quand elle ne mange
pas ? Elle vit sa vie qui n’est pas contrôlée par elle-même mais sa vie est déterminée par des
événements ou quelqu’un d’autre. Elle va donc contrôler sa faim. C’est comme si la question
d’exercer un contrôle sur l’E, n’ayant pas lieu, se déplace sur quelque chose d’autre  : la faim.
Elle mène donc un combat au mauvais endroit.
 Déplacement projectif d’une aspiration humaine de pouvoir contrôler son E.
Le vide qu’elle éprouve va être exorcisé pour se traduire dans le contrôle de la faim. Par ailleurs, le
sujet se sent supérieur à l’autre car elle a su dépasser ses besoins les plus fondamentaux que personne
ne peut dépasser.

(2) Toxicomanie : il essaye d’échapper à la loi, la volonté du législateur. Le moment de l’interdit


est important (dans la construction à l’adolescence). Il y a une volonté de fusion, d’oubli de
soi. Pour les acteurs, la question tourne autour de se débarrasser du « moi » et de produire une
forme de vide et non de le subir ! A travers l’usage de ces substances, le sujet est en quête
d’être le maître de cette expérience et non plus le réceptacle. Le vide devient alors plus vivable
si c’est le sujet qui le construit et s’il ne le subit plus. Si nous produisons cette expérience, elle
devient vivable alors qu’on essaye avec toutes nos forces de ne pas la subir. Le sujet est en
quête de devenir celui qui est le maître de cette expérience.
 Passage position passive  active
Quels sont les moteurs de la prise de drogue ? Quand le sujet glisse vers la toxicomanie, dans le
discours des acteurs, on trouve de manière beaucoup plus nette la question de comment le sujet essaye
de se battre avec cette expérience. Pour un toxico, il n’y a plus de fierté qui compte mais on se
demande quand l’angoisse viendra. On ne cherche donc pas le plaisir de la drogue mais on essaye de
soulager le sentiment de vivre et de manque.
Parfois, les toxicos ne prennent pas de précaution et se retrouvent sans dose alors qu’ils sont en
manque. Pourquoi ? A travers la drogue, on est confronté à cet état de manque, et lorsque c’est le cas,
la vie devient claire. Le manque, ressentir ce manque, devient alors la vraie quête puisqu’il permet que
la vie devienne claire tout à coup.

(3) La recherche de vitesse. Un adolescent conduisant seul à moins de risque d’accident que s’il
est avec deux amis. Quand un autre ado monte dans la voiture, le conducteur commence à
produire une performance, une projection de lui-même. Dans la production de cette
performance augmente le risque d’accident. L’adolescent prend le volant et roule à une vitesse
excessive. Le sujet prend le volant comme s’il prenait en main le volant de sa vie. Comme il

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n’est pas en mesure de contrôler sa vie, son volant sera pour lui le volant de sa vie. Il va
produire un état héroïque de lui-même (comme s’il avait une capacité particulière d’éviter les
obstacles etc.). Il a une ILLUSION DE CONTROLE. Il produit alors un déni : il sait bien que
rouler comporte des risques mais il considère n’est pas n’importe qui, qu’il possède des
réflexes particuliers.
Cet adolescent produit alors un récit héroïque de lui-même et n’a donc pas l’impression de
courir un risque particulier.

 Illusion de contrôle est très importante pour certaines pratiques et parfois elle parait ultime à
ce que la pratique puisse se soutenir. Ex. : l’alpinisme. Si on ne se sent pas héroïque, si on
doute de soi, cela peut nous faire chuter. Il y a là un déni à travers cette illusion : la mort. Ce
sont des pratiques qui approchent la mort. C’est d’ailleurs cela qui donne de l’intérêt à la
chose. Il s’agit donc de frôler la mort et d’y échapper en même temps. Il ne s’agit pas de
suicidaires cachés mais ils veulent mieux vivre. Pour eux, l’ennui leur paraît bien pire que le
risque qu’ils trouvent dans la pratique.

En parallèle, la conduite de risque arrive dans un contexte où la mort est « absente » : est-ce que la
mort soit invisibilisée du social fait que nous avons besoin de nous rapprocher d’elle
symboliquement ? La vie prend un coup dans la question du sens, car la mort est absente de la société.
Les acteurs se confrontent et affrontent la mort pour revenir à la vie avec un sentiment que celle-ci a
du sens.

(4) Tentative de suicide : acteurs accomplissent ces actes sans nécessairement se rendre compte
qu’ils vont mourir. Ils veulent juste que cela se termine en général : ils veulent que l’épreuve
se termine par exemple mais pas leur vie. Ils veulent échapper à la souffrance pour
commencer enfin à vivre. Certains acteurs imaginent que la tentative de suicide va impliquer
un retour à la vie où celle-ci aura plus de valeur qu’avant. Les filles font des formes plus
douces de tentative de suicide pour préserver l’apparence corporelle -> pourquoi préserver son
corps si on ne revient pas ? Il y a là une forme d’illusion du retour, ce qui fait que l’on prend
alors plutôt des médicaments au lieu de se pendre ou de se défenestrer par exemple.

(5) La fugue : les jeunes disent qu’ils avaient besoin de rester « dans la zone » (txt p.94). Il s’agit
d’un espace où ils ne se trouvent nulle part. Ils vont dans un lieu où il n’E que des passages.
Ils se situent dans le no man’s land : c’est un espace où on peut se refaire car le sujet échappe
et va dans un lieu où il n’y a aucune contrainte, ni cadrage symbolique. C’est un lieu où il
s’estime pouvoir revenir ensuite à la vie.

 Il faut tenter d’articuler des conduites éparses à travers une quête commune

Manque d’intégration

(6) Adhésion aux sectes : cellules terroristes qui embrigadent par internet. Processus rapide qui
touche souvent des personnes en manque d’intégration. Ces dernières ont pour but de remplir
le vide. Position critique par rapport à la génération parentale, jeune qui se sent seul et
abandonné, qui a fait de la prison. Le recruteur dit alors à l’adolescent : « Même si tu te sens
honteux par rapport aux actes que tu as fait (vol, etc.), c’est en réalité un signe que tu es appelé
à faire quelque chose de grand ». Le recruteur transforme les blessures narcissiques en disant
que cela signifie qu’on est appelé à faire quelque chose de grand.

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Le désir de reconnaissance. Qu’est-ce que c’est  ?


Dans l’hystérie, Lacan dit que l’hystérique nous apprend que l’humain désire avant tout ce que l’autre
désire. Ce que l’humain désire avant tout, ce n’est pas un objet particulier, mais c’est être désiré par
l’autre. C’est cette tradition que l’on nomme le désir de reconnaissance.
 Désir = désir du désir de l’autre ou être désiré par l’autre
Hegel avait traité cela en parlant de la dialectique du maître et de l’esclave : un homme est capable de
mourir pour avoir la reconnaissance de l’autre.
Ex : l’homme araignée : désir de reconnaissance.

On peut obtenir la reconnaissance soit par distinction, soit par conformité


Par conformité : je l’obtiens en faisant les choses comme tout le monde les fait, je veux être
semblable aux autres, m’intégrer. L’intégration sociale est conçue comme une manière d’obtenir la
reconnaissance par conformité. Le but est alors de respecter les codes et les normes de la société. Se
conformer aux règles est alors ce qui permet de vivre, d’avoir une image positive de soi-même. Mais
cela ne veut pas dire que le désir de reconnaissance est moins fort !
Le conformiste est en apparence plus modeste que le vaniteux mais les deux ont besoin de
reconnaissance car le désir de reconnaissance est structural à la condition humaine. Ceux qui peuvent
s’en passer sont d’un statut tel qu’on a l’impression qu’ils ne sont plus de ce monde.

Par distinction : Cependant, on peut aussi se faire reconnaître en étant différent des autres. Je peux
me distinguer d’autrui par des voies diverses. Je peux soit tenter d’être le meilleur soit adopter un
comportement déviant (transgression délinquant).
A l’adolescence, la reconnaissance des pairs à une valeur plus accrue et plus importante que celle
donnée par les adultes. Todorov dit que c’est une expérience qui connaît certains dangers  : le sujet,
pour s’assurer d’une réaction, peut transgresser plus facilement les règles et c’est l’âge où les crimes
en bande peuvent résulter d’une quête de la reconnaissance du groupe. Il faut s’assurer que mon
existence soit reconnue.
Remarque. Dans un groupe qui organise des courses par exemple, à l’intérieur de celui-ci, l’acteur
obtient la reconnaissance par conformité à l’égard des membres du groupe, mais il obtient la
reconnaissance par distinction à l’égard du reste du social.
Dans les conduites à risque par adolescence, c’est la distinction qui est la plus importante. Or, au sein
du groupe, il faut se conformer aux autres.
La reconnaissance de l’autre plus importante que sa reconnaissance personnelle  ?
L’homme est capable de mettre ses propres valeurs personnelles de côté mais il est incapable
d’endurer l’absence de reconnaissance de notre E. Quelqu’un pourrait être prêt d’apparaître à autrui
comme n’ayant aucune valeur, en laissant ses valeurs de côté, pour que l’autre reconnaissance son
existence. Todorov nous dit en effet que l’humain ne peut endurer l’absence de reconnaissance de sa
valeur par autrui. Il faut que quelqu’un puisse reconnaître mon existence pour que je puisse continuer
à vivre. Toutefois, je peux me passer de ma reconnaissance personnelle, car la reconnaissance de mon
existence par autrui prime sur cette dernière.
Ex : l’indifférence sociale peut précipiter quelqu’un à l’acte agressif car quand on fait peur à
quelqu’un, au moins on sait qu’on E pour les autres, même sous un mauvais aspect.
Le besoin de reconnaissance par autrui peut également pousser des personnes à l’acte. Ex. :
l’exhibitionniste.

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Nous avons du mal de ne pas être reconnu par l’autre et on veut donc être reconnu par quelqu’un,
même si on ne le connaît que très peu. Nous pouvons supporter que quelqu’un ait une mauvaise image
de nous, mais nous ne pouvons pas supporter que quelqu’un nous oublie.
« L’homme préfère dire du mal de soi-même plutôt que de passer inaperçu ». Cela veut dire que
l’homme est prêt à mettre en péril sa valeur personnelle pour assurer la reconnaissance de son
existence par l’autre. Ainsi, les conduites à risque permettent cette reconnaissance.
Que se passe-t-il avec un être humain quand il n’obtient pas le désir de reconnaissance  ?
Todorov essaye de saisir un modèle théorique qui nous aide à mettre de l’ordre dans ce que l’humain
produit : il y a trois grands axes, trois grandes stratégies afin d’y remédier.
 Revenir à la charge : j’insiste encore et encore.
 Demande d’une reconnaissance plus facile à obtenir : on veut être une grande star du
cinéma mais cela ne marche pas, alors on se contente de faire du théâtre ou de l’impro et on
devient fan d’une star de cinéma. De même, on désire devenir Premier Ministre mais on n’y
parvient pas, on devient alors délégué du CAU.
 Agir sur la demande de reconnaissance elle-même : je fais quelque chose pour ne pas sentir
mon désir de reconnaissance. Il vit sa vie par procuration. Ainsi, l’idolâtrie, le fanatisme, sont
des substitutions de la reconnaissance. J’obtiens à travers l’admiration de l’autre une
satisfaction à mon propre désir de reconnaissance.
Vantardise : quelqu’un qui dit avoir des expériences qu’il n’a pas eu pour épater autrui et reconnaitre
sa reconnaissance. La vantardise vient d’une tentative de compensation d’un désir de reconnaissance
insatisfait.
Remarque. Certains comportements peuvent mélanger ces 3 stratégies.

Radicalisation : Réparti sur plusieurs siècles

structure hétéronome structure autonome


Moins d’un siècle = dislocation

Structure sociale hétéronome → structure sociale autonome


- Hétéronome : hiérarchie dans la vie sociale
 Inégalité des humains (inégalité comme condition de possibilité de cohésion)
Aulisme : subordination de l’individu au collectif
((Évolution de l’un à l’autre se fait en plusieurs siècles))
- Autonome : loi est une production humaine (changeante)
Il y a une égalité organisatrice entre les individus
o Primauté de l’individu (moi > nous)

Pendant évolution de l’un à l’autre, certains voulaient retourner/garder l’ancien usage hétéronome. Ça
a donné un courant contre-évolution qui avait pour but de retourner aux racines (radicalisme –
racines)
❓ Qui si cette évolution prend moins d’un siècle (= très rapide) (p.ex. : Iran)
 Dislocation

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