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Louis IX

et
l'administration du royaume de France

Introduction

« Si quiconque s'avise de médire de la foi chrétienne, il ne faut la défendre qu'avec l'épée, et
on doit donner de l'épée dans le ventre autant qu'elle peut y entrer. » Cette phrase a été dite par
Louis IX au sujet des cathares, qui étaient alors considérés comme hérétiques par le pape.
Louis IX devient roi de France à l'âge de 12 ans. Son père, Louis VIII, n'a régné que trois
ans. Son règne dure quarante-trois ans, de 1226 à 1270. La régence pendant les huit premières
années du règne est exercée par la reine-mère Blanche de Castille. Le règne de Louis IX est marqué
par de nombreuses réformes, notamment judiciaires, et par deux croisades.
Notre sujet se limitera aux années de règne de Louis IX de 1226 à 1270.
Comment Louis IX est-il parvenu à renforcer le pouvoir royal en France ?
Après avoir vu l'organisation du royaume sous Louis IX, nous verrons les réformes de Louis
IX. Enfin, nous verrons les rapports entre Louis IX et la chrétienté.

I) L'organisation du royaume de France

1. Des institutions héritées de Philippe Auguste

Le règne de Louis VIII ayant été très court, à peine trois ans, le royaume dont hérite Louis
IX est semblable à celui qu'avait laissé Philippe Auguste. Le domaine royal s'étend sur environ la
moitié du royaume et est divisé en prévôtés et en baillage.
Les baillis sont des officiers, rémunérés par gages, ayant des fonctions judiciaires,
financières et militaires. Les prévôts assistent les baillis. Ses fonctions sont limitées à la ferme,
c'est-à-dire qu'ils s'occupent de l'affermage des impôts.
En 1247, en raison de plaintes émises à l'encontre de ces agents royaux, Louis IX met en
place des enquêteurs, chargés de les surveiller. Ces enquêtes sont confiées à des Frères mendiants,
notamment les Franciscains ou les Dominicains.

2. Un royaume renforcé

Dans son testament, Louis VIII donne en apanage environ un tiers du domaine royal à ses
fils puînés. Robert reçoit l'Artois, Alphonse le Poitou et l'Auvergne et Charles l'Anjou et le Maine.
Le domaine royal est amoindri mais cela permet d'éviter les conflits entre les frères et les
démembrements.
La régence de Blanche de Castille est marqué par de nombreux troubles et plusieurs
révoltes. Cependant, elle réussit à défendre le domaine royal mais aussi à l'accroître. En 1234, à la
fin de la guerre de succession de Champagne, Alix, cousine de Thibaud IV, le comte de Champagne,
renonce au comté en l'échange de 40 000 livres et d'une rente foncière de 2 000 livres. Thibaud
emprunte auprès de Blanche de Castille. En échange de cette somme, sont rattachés au domaine
royal les comtés de Blois, de Chartres, de Châteaudun et de Sancerre.
En 1258, par le traité de Corbeil, Louis IX renonce aux prétentions françaises sur la marche
d'Espagne, c'est-à-dire la Catalogne, la Cerdagne et le Roussillon. En échange, le roi Jacques Ier
d'Aragon renonce à la Provence et au Languedoc.
En 1259, par le traité de Paris, le roi Henri III d'Angleterre renonce à la Normandie, à

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l'Anjou, la Touraine, au Poitou et au Maine tandis que Louis IX lui rend une partie du Limousin, du
Quercy et de la Saintonge. Ce traité fait aussi d'Henri III le vassal de Louis IX comme duc
d'Aquitaine.

II) Les réformes de Louis IX

1. La réforme de la justice

Louis IX est un roi qui est réputé pour son sens de la justice. On imagine souvent Saint
Louis rendant la justice sous un chêne du parc de Vincennes. En réalité, Louis IX utilisait la justice
comme un moyen d'éviter les conflits et de garder la paix. L'impartialité de ses arbitrages est même
recherchée par plusieurs seigneurs étrangers, notamment lors du Dit d'Amiens où il a arbitré un
conflit opposant le roi Henri III d'Angleterre à ses barons.
Louis IX réforma pronfondément la justice. En 1245, renouvelle la « quarantaine-le-roi »,
établis sous Philippe Auguste. Cette loi permettait d'éviter les guerres privées. En effet, elle oblige
un offensé à attendre quarante jours avant de prendre les armes. Ne pas respecter cette trève était
punissable de la peine de mort. Pendant la trêve, les agents royaux jugeaient le litige. Si l'accusé
était innocenté, il était placé sous la protection du roi. L'attaquer équivalait à attaquer le roi lui-
même.
En 1254, la Grande Ordonnance est promulguée. Cet ensemble de textes royaux oblige les
officiers royaux de rendre justice sans distinction de personnes, de lever une amende sans jugement
et de présumer un accusé innocent tant qu'il n'est pas condamné. De plus, le blasphème est punit, la
prostitution, les jeux d'argent et de hasard interdits.
En 1258, il promulgue un édit interdisant les ordalies. Elles vont cependant persister dans le
Languedoc et l'Inquisition y aura recours jusqu'au XIVème siècle. Les ordalies furent remplacées
par l'instruction de la cause, dont les règles sont inspirés des tribunaux ecclésiastiques et des
tribunaux romains. Pour juger, il fallait connaître les coutumes de France ainsi que le droit romain.
Les seigneurs durent s'entourer d'agents royaux spécialisés, les légistes.

2. La réforme monétaire

Après le droit de guerre et le droit de justice, Louis IX met en place d'importantes réformes
sur un autre privilège régalien, le droit de battre monnaie entre 1262 et 1270. Il y avait en France
plus de quatre-vingts hôtels de monnaie. La multitude des devises était un problème pour le
commerce, surtout que plusieurs d'entre elles étaient altérées.
Louis IX décida que seule la monnaie royale aurait cours dans le royaume, la monnaie des
seigneurs ne devait avoir cours que dans leur domaine. De plus, désormais, celle le roi pouvait
frapper des pièces en or et en argent, les seigneurs devant utiliser le cuivre ou des monnaies de
billon. Plusieurs monnaies sont créées comme le denier parisis, le gros tournoi plus l'écu. La
monnaie royale inspirant d'avantage confiance que les autres fut rapidement adoptée partout.

3. Louis IX et les villes

On distingue deux types de villes. Les villes prévôtales, les plus nombreuses, qui dépendent
de la couronne, et les villes libres.
Lorsque Louis IX devient roi, Paris compte environ 50 000 habitants. Le roi y est représenté
par le prévôt de Paris. Celui-ci exerce des pouvoirs équivalents à ceux des baillis. À partir de 1263,
il existe également un prévôt des marchand, chargé des affaires commerciales.
Louis IX est un roi bâtisseur. À Paris, il fait construire la Sainte-Chapelle pour y placer les
reliques de la Passion en 1242, la Sorbonne en 1253, du nom de Robert de Sorbon, l'hôpital des

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Quinze-Vingts et agrandie la Conciergerie royale. De plus, des cathédrales sont construites dans les
grandes villes de France, comme Paris, Amiens, Rouen ou Auxerre.

III) Louis IX et la chrétienté

1. La lutte contre les Juifs

Louis IX distingue le judaïsme, qu'il considère comme une vraie religion, de l'islam.
En 1240, le pape Grégoire IX demande la confiscation de tous les exemplaires du Talmud.
Les livres son saisis mais un « procès du Talmud » est organisé. Des ecclésiastiques débattent avec
quatre rabbins. En 1242, la sentence est rendue et les exemplaires du Talmud sont brûlés en place
publique à Paris. En 1244, d'autres exemplaires du Talmud sont brûlés.
En 1269, Louis IX impose le port de la rouelle aux juifs afin de les distinguer rapidement.
La rouelle doit être cousue sur la poitrine et dans le dos. Cette mesure était déjà appliquée en
Angleterre depuis 1218 et dans le Saint-Empire depuis 1221.

2. La septième croisade

En décembre 1244, alors qu'il rentrait d'une expédition dans le Laguedoc, Louis IX tomba
gravement malade et dut s'aliter à Pontoise. Semblant aux portes de la mort, il fit le vœu de se
croiser s'il guérissait. D'après Joinville, le roi retrouva la santé miraculeusement. Il commença alors
à préparer la septième croisade.
Après trois ans de préparatifs, en juin 1248, Louis IX laissa la régence à sa mère, Blanche de
Castille. Le roi part avec une armée dont l'esmation diffère entre quinze et vingt-cinq mille soldats
et environ deux milles cinq cents chevaliers. Le point de rendez-vous des croisés est situé à Chypre
où ils hivernent jusqu'en mai 1249.
En juin 1249, la ville de Damiette est rapidement prise par les croisés. Mais, en février 1250,
la bataille de Mansourah est une victoire difficile et l'armée de Louis IX subie des épidémies de
dysentrie, de typhus et de scorbut aggravées par la sécheresse. En plus des maladies, le
ravitaillement de l'armée est difficile et Louis IX doit battre en retraite. Le 6 avril, Louis IX et ses
soldats sont faits prisonniers. Le roi ne sera libéré qu'après le paiement d'une lourde rançon de cinq
cents mille livres.
Louis IX ne retourna pas immédiatement en France après cet échec. Il débarque en Terre
Sainte en mai 1250. Considéré comme le roi, il tente de rétablir l'ordre dans les États Latins, il fait
renforcer les villes et tente de créer une alliance avec l'Égypte.
Blanche de Castille, a qui le roi avait laissé la régence, meurt en novembre 1252. Louis IX
n'apprend la nouvelle qu'au printemps 1253 et doit retourner en France après plus de quatre ans
d'absence. Il laisse en Terre Sainte un sénéchal et une centaine de chevaliers et de soldats.

3. La huitième croisade

À partir de 1268, les préparatifs de la huitième croisade commencent. Louis IX décide de


diriger cette nouvelle expédition malgré l'opposition de ses proches. Les deux frères du roi et de
nombreux seigneurs se croisent. Les croisés sont cependant moins nombreux que lors de la
septième croisade, car beaucoup se souviennent encore de cet échec. Avant de partir, Louis IX
distribue des apanages à ses fils, dote ses filles et dicte son testament.
En juillet 1270, Louis IX s'embarque pour Carthage. Fin juillet, la ville est prise. Les croisés
assiègent ensuite Tunis. Cependant, l'armée de Louis IX est touchée par une épidémie de peste et de
dysentrie à cause d'un manque d'eau potable. Le plus jeune des fils de Louis IX, le prince Jean
Tristan meurt, suivit du roi le 25 août 1270. La mort du roi en croisade fait de lui un martyre.

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Conclusion

Le règne de Louis IX marque un certain renouveau tant d'un point de vue économique,
juridique et plus généralement administratif. Encore aujourd'hui, dans l'imagerie populaire, il garde
une image d'un roi sage, juste et pieux.
Grâce à sa politique pacifique, à sa piété et ses participations aux croisades, Louis IX était
considéré comme saint de son vivant. Il fut canonisé en 1297 par le pape Boniface VIII qui espèrait
ainsi établir de bonnes relations avec Philippe IV le Bel. Aujourd'hui, Louis IX est plus connu sous
le nom de Saint Louis.

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Bibliographie

Outils de travail :
– FÉDOU, René, Lexique historique du Moyen Âge, Paris, Armand Colin, 1990
– GAUVARD, Claude, DE LIBERA, André, ZINK, Michel (dir.), Dictionnaire du Moyen Âge,
Paris, Quadrige / PUF, 2002.

Manuels généraux :
– BIGET, Jean-Louis, BOUCHERON, Patrick, La France médiévale, tome 2 : XIIIème-
XVème siècle, Paris, Hachette supérieur, 1999
– KERHERVÉ, Jean, La naissance de l'Etat moderne 1180-1492, Paris, Hachette supérieur,
1998

Ouvrages spécialisés :
– BABALON, Jean, Le siècle de Saint Louis, Paris, Hachette, 1970.
– HÉLARY, Xavier, La dernière croisade, Saint Louis à Tunis (1270), Paris, Perrin, 2016.
– LE GOFF, Jacques (dir.), La ville en France au Moyen Âge – des Carolingiens à la
Renaissance, Paris, Éditions du Seuil, 1998.
– SAINT-DENIS, Alain, Le siècle de Saint Louis, Paris, PUF, 1994.

Biographies :
– BAILLY, Auguste, Saint Louis, Paris, Fayard, 1949.
– LE GOFF, Jacques, Saint Louis, Paris, Gallimard, 1996.

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