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*Histoire de la Côte d'Ivoire

L'histoire de la Côte d'Ivoire antérieure aux premiers contacts avec les Européens est quasiment
inconnue du grand public. Ces premiers contacts restèrent limités avec seulement quelques
missionnaires européens au xvie siècle. Une culture néolithique existait cependant, mais est
mal connue à cause d'un manque de découvertes archéologiques.

*Histoire pré-coloniale

Le peuplement du sud est attesté dès le seuil de notre ère même si la recherche est rendue
difficile par l'humidité du climat. Le territoire fut parsemé par des peuples de langues
soudanaises, divisés en de nombreuses chefferies. Parmi les populations les plus anciennes on
compte les Mandé du sud (Gouro, Gban et Yacouba) à l'ouest et au centre-ouest, les Krous au
Sud-Ouest, (venus de l'actuel Liberia) ainsi que les Sénoufos au Nord-Est (venus de l'actuel
Mali). Le nord du pays sera sous l'influence des royaumes sahéliens (Songhai, Ghana). C'est
dans ce contexte que s'implantera l'Islam, répandu soit par des commerçants, notamment des
colporteurs dioula, soit par le djihad mené par des armées à cheval. Des villes commerçantes
comme Kong ou Bondoukou deviendront par la suite de véritables cités-États, liens entre la
savane et la forêt. Toutefois les populations ne connaissaient pas la propriété privée et ne
cherchaient pas à délimiter leur territoire. Leurs cultures étaient marquées par une tradition
théâtrale, orale, musicale, de danse et la croyance à la magie.

*L'entrée des Européens

Les premiers Européens à pénétrer le pays sont les navigateurs portugais, longeant les côtes
africaines, à la recherche de la route vers l'Inde. Ils baptisent le pays "Côte d'Ivoire" selon
l'accueil fait par les populations. Les européens sont d'abord frappés par la force
démographique des Noirs.

Le commerce de l'ivoire, des fusils et la traite des Noirs se mettent vite en place. Les ports de
San-Pédro, Sassandra ou encore Fresco ont conservé les noms de marins ou de vaisseaux
portugais. Les négriers britanniques sont également présents. Le premier contact avec la France
date de 1637, lorsque des missionnaires débarquent à Assinie, près de la Côte-de-l'Or (actuel
Ghana).
En 1687, deux ans après le code noir, des missionnaires et des commerçants français s'installent
à nouveau sur le site d'Assinie, à l'extrémité est du littoral, vers la Côte de l'or, mais ils repartent
en 1705 après avoir construit et occupé le fort Saint-Louis, de 1701 à 1704, car le commerce des
esclaves contre des céréales ne rapporte pas assez1. Parmi eux, le chevalier d'Amon et l'amiral
Jean-Baptiste du Casse, directeur de la Compagnie du Sénégal, principale société esclavagiste
française, débarquent, intéressés par le trafic de l'or, et sont reçus à la cour du roi Zéna. Ils
ramènent en France le jeune « prince » Aniaba et son cousin Banga, lesquels sont présentés au
roi de France Louis XIV et se convertissent au catholicisme (Aniaba est baptisé par Bossuet,
évêque de Meaux). Ils deviennent plus tard officiers dans le Régiment du Roi, avant de
retourner à Issiny vers 1700. Aniaba serait devenu en 1704 conseiller du roi de Quita (actuel
Togo), se faisant appeler Hannibal.

*xixe siècle

Le territoire de l'actuelle Côte d'Ivoire et environs, tel qu'ils étaient connus en 1889

Au xviiie siècle la région est envahie par deux ethnies appartenant au groupe des "Akans" : les
Agnis dans le sud-est et les Baoulés dans le centre. Les explorateurs, missionnaires,
commerçants et soldats étendirent progressivement le territoire sous contrôle français à partir
de la région de la lagune. Cependant la colonisation ne fut pas achevée avant 1915.

Une carte de la région à l'aube de la colonisation

Sur cette carte allemande de 1889 (cliquer pour agrandir), où la région est considérée comme
faisant partie de l'« Ober Guinea » (Haute-Guinée, s'étendant du Liberia au Cameroun), on
remarque combien l'intérieur des terres restait à l'époque « terra incognita » des géographes.
Les établissements français se limitent à une étroite bande de terre, entre Lahou et Assinie,
avec Grand-Bassam au centre (et Fort Nemours, construit en 1843). Les légendaires Monts de
Kong, dont Binger démontra l'inexistence, y apparaissent encore (avec un point
d'interrogation). En dehors de quelques localités comme Krindjabo, Bondoukou, Kong, Tingrela,
la carte de l'intérieur du pays est quasiment vide.

*Histoire de la Côte d'Ivoire au xixe siècle

L’Histoire de la Côte d'Ivoire au XIXe siècle retrace une partie de l'Histoire de la Côte d'Ivoire,
celle de 1800 à 1900.

Sud et Ouest
Ouest

De la Sierra Leone jusqu'à l'embouchure du Bandama, le tableau ne s'éclaire pas car les
populations de la grande forêt, appartenant surtout à la famille Krou, restaient généralement
fidèles à une vie sociale parfaitement anarchique. Les acheteurs d'armes de Samori Touré
parvenaient cependant à la côte vers Monrovia, et on peut étudier, plus au nord, les relations
du conquérant avec les peuples frangeant la lisière de la forêt : Kisi ; Toma, Guerzè, Dan et
Gouro.

Pour ceux-ci, comme pour les Wènyon (Guéré et Wobé), qui s'étendent en pleine forêt entre
Sassandra et la Cavally, des travaux récents permettent de reconstituer l'évolution du
peuplement depuis le xviiie siècle. Le fait majeur du xixe siècle, pour tous ces gens (Krou : Bété,
Dida et Nèyo - Adyoukrou, Alladyan, Tchaman, Atyé, Abouré), est une intensification massive de
l'acculturation, due au développement du commerce européen. Celui-ci était
traditionnellement pratiqué par des bateaux s'embossant en rade mais dans l'est, à partir de
1842, la construction des forts français de la Côte-de-l'Or permit l'installation de factories. Les
interventions militaires allaient se multiplier sur la lagune jusqu'à la création de la colonie de la
Côte d'Ivoire, en 1892.

Baoulé, Anyi, Abron

En arrière de la bande forestière, le peuple Baoulé avait déjà terminé le brassage des éléments
très divers qui le constituent, mais il n'occupait pas encore l'ensemble du terroir original qui est
le sien. La région de Toumodi était encore à peu près déserte, vers 1800, mais ses riches
savanes à rôniers seront peuplées avant le milieu du siècle.

L'extraction de l'or, l'importation du fer, d'origine malinké ou Sénoufo, provoquaient une


intense activité commerciale qui sapait les hiérarchies traditionnelles, inspirées de l'Ashanti. Il y
eut toujours un roi des Baoulés, à Sakasso, ou se succédaient les neveux utérins d'Akwa Boni,
mais, dès le milieu du siècle, son autorité effective se trouvait réduite à la tribu centrale, celle
des Warèbo.

Partout le morcellement politique s'accentuait, tandis que la population augmentait à un


rythme surprenant. Nombreux, belliqueux, bien armés grâce aux fusils qu'ils achetaient à la
côte, les Baoulé demeuraient redoutables. Vers l'est sur le Comoé, les Ano du Mango,
affranchis de la tutelle du Royaume de Kong, luttaient avec succès contre les Abrons dont ils
tuèrent le Roi Fofyé en 1825.

À l'est du Comoé, les Royaumes Anyi du Ndényé (Indénié) et du Sanwi connaissaient une vie
assez calme. Le second venait d'achever la conquête des lagunes quand son Roi Amon Ndoufou
accepta le poste français d'Assinie, en 1842.
Plus au nord, après le désastre de 1819, les Abrons avaient renoncé à secouer la tutelle des
Ashanti. Kwasu-Yéboa, dit Fofyé, que les suzerains avaient placé sur le trône, chercha une
compensation en reprenant le vieux duel contre Bouna, dont il tua le Roi Tyéponou en 1820.
Deux ans plus tard, il tombait sous les coups des Baoulé de l'Ano, et ses successeurs allaient
s'effacer jusqu'à la chute de Kumasi, en 1873.

Le long règne d'Agyoumani (1850-1897?) ne contribua guère au redressement des Abrons et


ses dernières années furent dominées par l'action brouillonne d'un ambitieux, Papè, le chef de
l'Akiton. À partir de 1880, les missions européennes se succédèrent (Lonsdale, Lethbridge,
Louis-Gustave Binger, Marcel Treich-Laplène) préludant au partage du pays entre Français et
Britanniques, qui fut consacré par les accords de 1889. Cela n'empêcha pas Samori Touré de
conquérir le pays et de l'occuper assez durement de 1894 à 1897.

*Colonisation française

En 1842, est signé le traité de protectorat de Grand-Bassam. La Côte-d'Ivoire devient


officiellement une colonie française le 10 mars 1893. Le capitaine Binger, qui partit de Dakar
pour rallier Kong, où il rencontra Louis Marie Marcel Treich-Laplène (un commis d'Arthur
Verdier), fut le premier gouverneur. La capitale était à Grand-Bassam. Il négocia des traités
frontaliers avec le Royaume-Uni (pour le Liberia) et plus tard commença une campagne qui
dura jusqu'en 1898 contre Samory Touré, un chef guerrier malinké guinéen.

De 1904 à 1958, le pays est inclus dans la Fédération de l'ouest africain français appelée
Afrique-Occidentale française (AOF). C'était une colonie et un territoire d'outre-mer pendant la
Troisième République. Jusqu'à la période suivant la Seconde Guerre mondiale, les affaires
gouvernementales sont caractérisées par l'association qui faisait des habitants des colonies des
sujets français sans droit de représentation. Sa capitale est Bingerville jusqu'en 1933, puis
Abidjan.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Régime de Vichy garde le contrôle du territoire jusqu'à
la fin 1942 : l'AOF se rallie ensuite à l'exécutif d'Alger, et passe l'année suivante sous l'autorité
du Comité français de Libération nationale. La conférence de Brazzaville en 1944, la première
assemblée constituante de 1946 et la gratitude de la France pour la loyauté des Africains
poussèrent à des réformes à partir de 1946. La citoyenneté française fut accordée aux sujets
africains, le droit de s'organiser politiquement leur fut reconnu, et le travail forcé fut aboli par
la loi du 11 avril 1946, proposée par Félix Houphouët-Boigny.

En 1956, la loi-cadre de réforme de l'outremer décida du transfert de nombreux pouvoirs de


Paris vers des autorités locales et d'une plus grande uniformisation des conditions de vote.
*L'indépendance

Les étapes

En décembre 1958, la Côte d'Ivoire devient une république autonome par le référendum, qui
crée la Communauté française entre la France et ses anciennes colonies. Elle est alors dirigée
par un premier ministre, Auguste Denise, auquel succèdera Félix Houphouët-Boigny en avril
1959. Avec cette autonomie la Côte d'Ivoire ne devait plus partager ses richesses avec les autres
colonies pauvres du Sahel, le budget de l'administration ivoirienne augmenta ainsi de 152%. Le
7 août 1960 l'indépendance prend effet. Le pays reste cependant très lié à la France :

sa monnaie est dirigée par la Banque de France, par le biais de l'union monétaire d'Afrique
occidentale (franc CFA) ;

de nombreux investissements français rendent l'économie ivoirienne dépendante de la France.

L'ère Houphouët-Boigny

Le président-fondateur est Félix Houphouët-Boigny. Il le resta à vie, s'appuyant sur son parti
unique, le Parti démocratique de la Côte d'Ivoire (PDCI). Il est également un des fondateurs du
Rassemblement démocratique africain (RDA), parti politique d'avant l'indépendance pour toute
l'Afrique occidentale française (exceptée la Mauritanie).

Il commence sa carrière en 1944 en fondant le Syndicat agricole africain, qui fut le noyau du
PDCI. Après la Seconde Guerre mondiale, il est élu d'une courte majorité à la première
assemblée constituante. Il représente ensuite la Côte d'Ivoire à l'Assemblée nationale de 1946 à
1959, se consacrant essentiellement aux organisations politiques inter-territoriales au sein de
l'AOF, et à l'amélioration des conditions de travail. Il est également ministre de la République
trois ans durant.

Il devient le premier premier ministre de la Côte d'Ivoire en avril 1959, et en 1960 est élu
président. Il est ensuite constamment réélu de cinq ans en cinq ans à partir de 1965. Son parti
unique, le PDCI-RDA, occupe tous les sièges de l'Assemblée nationale.

Politique extérieure

En mai 1959, Félix Houphouët-Boigny crée le Conseil de l'entente avec le Niger, la Haute-Volta
(Burkina Faso), le Togo, et le Dahomey (Bénin), organisation de développement économique. Il
affirme que la seule voie pour la solidarité africaine est le développement économique
progressif et la coopération politique, reconnaissant le principe de non-intervention dans les
affaires internes des États africains.
Le 21 avril 1961, il signe un accord d'assistance militaire avec la France. Cet accord est
également signé par le Dahomey et le Mali.

Politique intérieure d'Houphouët-Boigny

En 1964, la polygamie est abolie.

Les années 1970 à 1985 furent bonnes grâce à la situation économique. La dégradation de
celle-ci, au cours des années 1980, provoqua une agitation étudiante, la révolte de barons du
régime et la naissance d'une opposition clandestine. Les manifestations étudiantes du 9 février
1982 révèlent en Laurent Gbagbo un leader d'opinion (l'interdiction d'une de ses conférences
est la cause immédiate du mouvement), qui fonde le Front populaire ivoirien (FPI), et s'exile en
France.

Le 21 mars 1983, Yamoussoukro devient la capitale politique et administrative de Côte d'Ivoire.

Félix Houphouët-Boigny a préparé, en fin de règne, la voie vers la démocratisation en 1990 par
quelques réformes :

les partis politiques sont autorisés le 5 mai (14 se forment).

pour la première fois, il y a deux candidats à l'élection présidentielle : Laurent Gbagbo obtient
18 % des voix face au président sortant.

et des élections pluralistes, où les étrangers notamment burkinabés sont électeurs, ont lieu : le
PDCI-RDA remporte 175 sièges, contre 8 au FPI.

Malgré ces avancées, Laurent Gbagbo est arrêté après les manifestations étudiantes de février
1992 et emprisonné pendant quelques mois, ainsi que son épouse, Simone Ehivet Gbagbo.

Félix Houphouët-Boigny décède le 7 décembre 1993.

Les successeurs

Ses successeurs furent :

Henri Konan Bédié président intérimaire en tant que président de l'Assemblée nationale, puis
élu le 22 octobre 1995 avec 96,44 % des voix, tous les autres candidats sauf un (Francis Wodié,
représentant le PIT) ayant boycotté les élections. Il perdit le pouvoir lors d'un putsch à Noël
1999.

Le général Robert Guéï, qui est assassiné lors du putsch manqué du Mouvement patriotique de
Côte d'Ivoire (MPCI) en 2002.
Laurent Gbagbo, vainqueur des élections de 2000, et porté au pouvoir par les manifestants
devant le refus de Guéï de reconnaître le résultat des élections.

Alassane Dramane Ouattara, vainqueur des élections selon la Commission Électorale


Indépendante (CEI), l'ONUCI et une grande partie de la Communauté internationale est investi
président de la République après de violents affrontements à Abidjan et en province, il sera
investi le 21 mai 2011.

Robert Guéï se proclame vainqueur des élections d'octobre 2000, dont la candidature
d'Alasaane Ouattara du RDR avait été exclue pour doutes sur la nationalité, ainsi que celle de
Bédié pour ne pas avoir consulté le collège médical désigné par le Conseil constitutionnel. Des
manifestations mêlant le peuple et l'armée imposent Laurent Gbagbo, dont la victoire
électorale est finalement reconnue. Son parti, le FPI, remporte les législatives de décembre
avec 96 sièges (98 au PDCI-RDA), le RDR ayant décidé de les boycotter. Le RDR participe aux
élections municipales et sort vainqueur dans la majorité des villes, dont Gagnoa, la principale
ville du Centre Ouest du pays, région d'origine de Laurent Gbagbo.

*Première République (Côte d'Ivoire)

La Première République est née à la veille de l'indépendance de la Côte d'Ivoire avec la


constitution du 26 mars 19591 (confirmée par celle de 1960) et a vécu pendant trois décennies
sous un régime de parti unique de fait dominé par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire,
section du Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA). Elle a connu une libéralisation de
la vie politique ivoirienne avant de prendre fin avec le coup d'État du 24 décembre 1999.

Institution

Après avoir répondu favorablement au référendum d’autodétermination organisé dans toute la


communauté franco-africaine et malgache, la Côte d'Ivoire, encore colonie française, se
proclame le 4 décembre 1958, République. L’Assemblée Territoriale de la Côte d'Ivoire se
proclame Assemblée Constituante mais c'est seulement le 26 mars 1959, que la première
Constitution est adoptée.

Vie politique

La domination absolue du PDCI-RDA


La période couverte par la Première République est marquée par une large domination du Parti
démocratique de Côte d'Ivoire, section du Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA) et
de son leader Félix Houphouët-Boigny.

Les contestations politiques et leur gestion

Les contestations politiques nées avant la proclamation de l'Indépendance ont été résolues par
la négociation et ont abouti à la fusion des différences forces politiques dans le PDCI-RDA.

Après l'indépendance, les contradictions majeures dont notamment, le complot du chat noir en
1963, les événements du Guébié en 1970 ou les manifestations du 18 février 1992, ont été
sévèrement réprimées.

Le coup d'État de 1999

Dans un environnement de tension politique aigüe, le 24 décembre 1999, un coup d'État porte
le général Robert Guéï au pouvoir, en remplacement d'Henri Konan Bédié, déchu. Le Comité
national de salut public (CNSP) qui prend ainsi le pouvoir dissout les principales institutions et
met fin à la Constitution.

*Guébié Events

In 1970 , in Guébié , a canton located in the west of Côte d'Ivoire , near the town of Gagnoa , a
revolt , in response to the banning of a new political party , PANA (African National Party ), was
severely repressed and would have about 4 000 deaths (figure subject to controversy ....) 1 .

On October 26, 1970 , a student of the ethnic Bete , Kragbe Gnagbe, creator of this new party,
with a few hundred peasants, will occupy Gagnoa , regional capital, and proclaim a Republic of
Eburnie . Kragbe Gnagbe will be mortally wounded in the ensuing clashes.

*Coup d'État de 1999 en Côte d'Ivoire

Le coup d’État de 1999 en Côte d'Ivoire a lieu le 24 décembre 1999. C'est le premier coup d’État
dans ce pays depuis l'indépendance de la Côte d'Ivoire. À la suite de ce putsch, le président
Henri Konan Bédié doit céder le pouvoir.
Le contexte

Depuis l'indépendance en 1960, la Côte-d'Ivoire connaît une grande stabilité politique sous la
présidence de Félix Houphouët-Boigny. Durant les premières décennies de cette présidence,
marquée par un parti unique, la Côte-d'Ivoire se développe avec une certaine prospérité
économique. Elle se mettre aussi hospitalière : ayant besoin de main d’œuvre, elle accueille des
Burkinabès, des Maliens, des Nigérians, notamment lors du guerre du Biafra, des Ghanéens, des
Béninois et des Guinéens. Cependant, dans les dernières années de cette période, l'économie
ivoirienne ralentit, le pays est marqué par une corruption et des signes d'instabilité politique
apparaissent. Moins attractive, elle continue pour autant à accueillir des Libériens lors de la
guerre civile engagée au Liberia à partir de 19901.

Henri Konan Bédié succède à Houphouët-Boigny après sa mort en 1993. Il était précédemment
président de l'Assemblée nationale ivoirienne. Devenu dans un premier temps président par
intérim, il est élu en octobre 1995, les autres candidats potentiels ayant boycotté le scrutin à la
suite d'une réforme douteuse du code électoral en décembre 19942. Dans un pays où un tiers
de la population est d'origine étrangère et où les migrants ont par le passé fortement participé
au développement économique, la réforme électorale de Henri Konan Bédié introduit le
concept d'ivoirité, pour écarter un des candidats les plus populaires, Alassane Ouattara. La
situation économique continue de se détériorer. Henri Konan Bédié est accusé de corruption.
Une crise politique à dimension ethnique s'ajoute à cette crise économique, liée à l'application
de ce concept xénophobe d'ivoirité, qui remet en cause les droits d'une partie de la population
d'origine étrangère et provoque des tensions entre les gens du Nord et du Sud de la Côte-
d'Ivoire. Le mécontentement ne cesse de croître1,2.

Les événements

Un groupe de soldats se révolte le 23 décembre 1999. Refusant de démissionner à la demande


des soldats, Henri Konan Bédié est renversé par un coup d'État le lendemain. L'ancien
commandant de l'armée, en retraite, Robert Guéï, bien que n'ayant pas conduit le coup d'État,
est appelé en tant que chef d'un Comité National de Salut Public et joue le « Père Noël en
treillis »3.

Des coups de feu sont entendus dans Abidjan. Robert Guéï annonce la dissolution du
Parlement, de l'ancien gouvernement, du Conseil constitutionnel et de la Cour suprême. Les
rebelles prennent le contrôle de l'aéroport d'Abidjan et des ponts principaux, mettent en place
des points de contrôle, et ouvrent les portes de prison pour les prisonniers politiques et
d'autres détenus. Quelques quartiers d'Abidjan sont également pillés par des soldats et des
civils4.
À la télévision, Robert Guéï annonce qu'il a pris le pouvoir. Il fait également une allocution
télévisée au peuple, et au personnel diplomatique étranger, dans lequel il assure que la
démocratie sera respectée, les accords internationaux seront maintenus, la sécurité des
Ivoiriens et des non-Ivoiriens sera garantie, des missions seront envoyés à l'étranger pour
expliquer les raisons du coup d’État, et que les problèmes des agriculteurs seront abordés5.

Beaucoup d'Ivoiriens saluent le coup d’État.. Par contre, à l'étranger, la France, les États-Unis et
plusieurs pays africains, condamnent le putsch et appellent à un retour à un régime civil. Le
Canada suspend toute aide directe à la Côte-d'Ivoire6.

Les suites du coup d’État

Dans les mois qui suivent, la Ligue ivoirienne des droits de l'homme publie une condamnation
des violations des droits de l'homme dans le pays7. De nombreux cas d'abus sont commis par
les soldats. En outre, les troupes armées demandent l'augmentation et le paiement de leurs
salaires ou de primes, causant de nombreuses mutineries. La plus grave de ces mutineries a lieu
le 4 juillet 2000, dans plusieurs villes, Abidjan, Bouake, Katiola, Korhogo, et Yamoussoukro en
particulier8. Après quelques jours de confusion et de tension, un accord est conclu entre les
soldats mécontents et les autorités9.

Malgré la dénonciation par la junte militaire du concept d'ivoirité, la campagne contre les
personnes d'origine étrangère continue. En avril 2000, Robert Guéï expulse les représentants
du RDR du gouvernement. Une nouvelle Constitution, approuvée par référendum le 23 juillet,
2000, interdit tous les candidats à la présidentielle autres que ceux dont les parents sont
ivoirien, et Alassane Ouattara se trouve de fait disqualifié pour l'élection présidentielle de
20001.

Une élection présidentielle a lieu le octobre 2000. Les principaux candidats de l'opposition, à
l'exception de Laurent Koudou Gbagbo du Front populaire ivoirien (FPI) sont empêchés d'y
participer. Robert Guéï est battu à cette élection par Laurent Gbagbo mais refuse de
reconnaître ce résultat. Alassane Ouattara, exclu du scrutin, réclame une nouvelle élection10.
Les manifestations de rue éclatent, ce qui porte Laurent Gbagbo au pouvoir, et Robert Guéï fuit
vers son lieu natal, Gouessesso, près de la frontière avec le Liberia. Laurent Gbagbo prend ses
fonctions en tant que président, le 26 octobre 2000.

Le 13 novembre, Robert Guéï reconnait la légitimité de la présidence de Laurent Gbagbo. Le 10


décembre 2000, des élections législatives sont organisées et remportées par le Front populaire
ivoirien de Laurent Gbagbo. Toutefois, l'élection n'a pas eu lieu dans le nord de Côte-d'Ivoire,
en raison des troubles. Les violences continuent. La tension entre les gens du Nord et du Sud
reste sous-jacente. Cette Deuxième République conduit à une « impasse » politique,  puis à une
situation de guerre civile La discrimination envers les personnes originaires de pays voisins est
une des causes de la guerre civile ivoirienne, qui éclate en 200211,7.

*Deuxième République (Côte d'Ivoire)

La Deuxième République, ou IIe République, officiellement République de Côte d'Ivoire, est le


régime républicain qui a dirigé la Côte d'Ivoire du 1er août 2000 au 8 novembre 2016. Elle est
régie par la Constitution ivoirienne de 2000, approuvée par référendum. Elle succède le 1er
août 2000 à la Première République, instaurée en 1960 après l'indépendance de la France. Son
instigateur est Robert Guéï, auteur du coup d'État en 1999 pour suspendre la constitution
ivoirienne de 1960 mais n'en fut jamais le président. Le 30 octobre 2016 a lieu un référendum
sur l'établissement d'une nouvelle constitution et le passage à la Troisième République.

Mise en place

Le 24 décembre 1999, un coup d'État renverse Henri Konan Bédié, président de la République
depuis 1993. Il visait à suspendre la constitution de 1960, devenue très impopulaire à la suite
des réformes faites entre 1993 et le coup d'État. La mise en place du concept d'ivoirité écartant
tout adversaire crédible pour Henri Konan Bédié, l'élection présidentielle de 1995 ne fut qu'une
formalité, Bédié étant élu avec 96,16 % des suffrages exprimés.

Robert Guéï, militaire de carrière, prit la place d'Henri Konan Bédié devenant président d'un
comité national de salut public. Il obtint le droit de rédiger une nouvelle constitution. Le 23
juillet 2000, celle-ci fut présentée par référendum. La constitution fut approuvée par 86,53 %
des électeurs. Le 1er août 2000, après sa promulgation par Robert Guéï, la Deuxième
République entre officiellement en vigueur.

Le mandat du président de la République devant s'achever le 23 octobre 2000, une élection


présidentielle fut organisée. Cinq candidats se présentèrent à cette élection.

L'élection présidentielle de 2000

Le 22 octobre 2000, les électeurs se rendirent aux urnes pour élire le président. Seul 43,6 % du
corps électoral se rendit aux urnes ce jour-là. Après plusieurs jours de tensions, Laurent Gbagbo
fut proclamé président de la République de Côte d'Ivoire avec 59,36 % des suffrages exprimés
devant Robert Guéï qui comptabilisait lui 32,72 % des suffrages exprimés. Le 13 novembre
2000, Robert Guéï reconnut la victoire de Gbagbo.

Une République née dans la douleur

Fin des tensions et reconstruction d'une démocratie (depuis 2011)


Le 11 avril 2011, Laurent Gbagbo fut arrêté par les forces de la coalition et celles d'Alassane
Ouattara. Il fut transféré à La Haye au mois d'août. Alassane Ouattara fut investi le 21 mai 2011
en présence de nombreux chefs d'État étrangers, y compris Nicolas Sarkozy. Guillaume Soro,
premier ministre de Gbagbo et de Ouattara est élu président de l'Assemblée nationale en mars
2012. Un nouveau gouvernement fut formé. Il fut dissous par Ouattara en novembre 2012.
Daniel Kablan Duncan est rappelé par Alassane Ouattara pour former un nouveau
gouvernement.

Institutions

Président de la République

Le président de la République possède un pouvoir fort, à l'instar du président de la République


française, le pays ayant été colonisé par la France au XIXe siècle. Il peut dissoudre l'Assemblée
nationale ainsi que le gouvernement. Cet événement ne s'est produit qu'une fois, en novembre
2012, où Alassane Ouattara a nommé Daniel Kablan Duncan premier ministre.

Élection

Il est élu au cours d'une élection présidentielle au suffrage universel direct, à la majorité à un ou
deux tours. Le président de la République est élu pour cinq ans.

Pouvoirs

Liste des présidents de la IIe République

La constitution ayant été promulguée le 1er août 2000, Robert Guéï en fut en fait le premier
président mais non élu. Son successeur fut Laurent Gbagbo qui fut élu face à Guéï au cours de
l'élection présidentielle de 2000.

1. Laurent Gbagbo : 22 octobre 2000 - 4 décembre 2010. Il est élu président de la République
avec 59,36 % des suffrages exprimés devant Robert Guéï avec 32,72 %.

2. Alassane Ouattara : 6 mai 2011 - . Il est élu avec 54,10 % des suffrages exprimés devant
Laurent Gbagbo avec 45,90 %.

*Troisième République (Côte d'Ivoire)

La Troisième République, ou IIIe République, officiellement République de Côte d'Ivoire, est le


régime en place en Côte d'Ivoire depuis le 8 novembre 2016, date de la promulgation par
Alassane Ouattara de la constitution approuvée par le peuple lors du référendum du 30 octobre
20161,2,3. Elle a succédé à la Deuxième République qui était en place depuis 2000.

La nouvelle constitution inclut plusieurs changements par rapport à la constitution de 2000,


notamment la suppression de plusieurs critères d'éligibilité pour le poste de président : les deux
parents d'un candidat présidentiel n'ont plus besoin de posséder la nationalité ivoirienne de
naissance et ont maintenant la possibilité d'avoir eu une autre citoyenneté. Le poste de vice-
président est créé ainsi qu'un Sénat, transformant alors le système parlementaire en système
bicaméral. Le président, le vice-président ainsi que deux tiers du Sénat sont élus en même
temps que les députés, alors que le reste du Sénat est nommé par le président4.

Changements

La nouvelle constitution propose plusieurs changements par rapport à la constitution de 2000,


notamment la suppression de plusieurs critères d'éligibilité pour le poste de président : la limite
d'âge pour se présenter, auparavant fixée à 75 ans, disparaît, tandis que l'âge minimum est
abaissé à 35 ans (art. 55).

Là où l'ancienne constitution imposait qu'un candidat soit "exclusivement de nationalité


ivoirienne, nés de père et de mère eux-mêmes ivoiriens d'origine", la nouvelle constitution
remplace cette condition par "nés de père ou de mère". Les deux parents d'un candidat
présidentiel n'ont ainsi plus besoin de posséder tous deux la nationalité ivoirienne de naissance
et ont maintenant la possibilité d'avoir eu une autre citoyenneté. Le candidat lui-même peut
également avoir eu une autre nationalité, mais doit y renoncer avant de soumettre sa
candidature.

Le poste de vice-président est créé. Celui ci est élu en même temps que le président et lui
succède en cas de vacance du pouvoir. Pour le mandat d'Alassane Ouattara, élu avant cette
modification, le vice président sera exceptionnellement nommé par le président (art. 179).

Un Sénat est également créé, transformant alors le système parlementaire Ivoirien en système
bicaméral. Les deux tiers du Sénat seront élus pour cinq ans en même temps que les députés et
le Président et son Vice-président, alors que le reste du Sénat sera nommé par le président
"parmi les anciens présidents d'institution, les anciens Premiers ministres. et les personnalités
et compétences nationales" (art. 87)4

La Chambre des rois et chefs traditionnels, déjà existante, est inscrite dans la constitution. Elle
se voit chargée de "la valorisation des us et coutumes" et de la "promotion des idéaux de paix"

Enfin, la nouvelle constitution allège considérablement ses conditions de révision. La mention


"Est obligatoirement soumis au référendum le projet ou la proposition de révision ayant pour
objet l'élection du président de la République, l'exercice du mandat présidentiel, la vacance de
la présidence de la République et la procédure de révision de la présente constitution" est
supprimée. Un président peut désormais faire adopter des révisions de la constitution dans ces
domaines par voie parlementaire, à la majorité des deux tiers des membres du Congrès
(art.177).

*La crise de l'ivoirité et la guerre civile

Cependant, la définition de la citoyenneté, dite crise de l'ivoirité, et les crises qu'elle provoque
(dont celles de la propriété) aboutissent à la tentative de coup d'État du 19 septembre 2002.
Bien que cette tentative ait échoué, une rébellion (qui prend le nom de Forces nouvelles) se
forme dans le nord du pays, et occupe bientôt 60 % du territoire selon une ligne tracée
d'avance par l'armée française en Cote d'ivoire.

La France s'interpose, officiellement en application d'accords de défense (envoi de la Force


Licorne). La situation se stabilise, et en janvier 2003, l'ensemble des forces politiques
ivoiriennes, rebelles compris, négocient en France à Linas-Marcoussis afin de mettre fin à la
crise. Ce sont les accords Kléber (signés avenue Kléber à Paris), plus connus sous le nom
d'accords de Marcoussis. Dès son retour à Abidjan, Laurent Gbagbo les remet en cause, bien
qu'il les fasse d'abord mettre en application. Un gouvernement de réconciliation, réunissant des
représentants de tous les partis, est mis en place. Le climat politique continue cependant d'être
pollué par la violence endémique, entretenue par les milices (dont celles des Jeunes patriotes),
couvertes par le gouvernement.

Devant les lenteurs de l'application des Accords, de nouvelles réunions ont lieu à Accra durant
l'été 2004, qui relancent le processus de DDR (Désarmement, Démobilisation, Réintégration).
Cependant, le désarmement des rebelles ne peut avoir lieu en octobre, la contrepartie politique
(modification de la constitution, notamment) n'ayant pas été mise en place.

Début novembre, les forces gouvernementales lancent une offensive contre les rebelles, et s'en
prennent également aux troupes françaises de la force Licorne qui sont la cible de tirs aériens
de la part de l'armée de la Côte d'Ivoire, et font une dizaine de victimes parmi les soldats
français. En représailles, la France détruit les forces aériennes ivoiriennes et évacue ses
ressortissants. Des membres des Jeunes patriotes se rassemblent devant la Tour Ivoire à
Abidjan et, pour des motifs non élucidés, les troupes françaises ouvrent le feu à plusieurs
reprises. La Fédération internationale des droits de l'homme estime que ces tirs feront 60 morts
et 1 000 blessés, la plupart causés par les bousculades, mais aussi, tués par les militaires de
l'armée française en Côte d'Ivoire (Force Licorne).
Courant décembre, le président Laurent Gbagbo engage le processus de réforme de la
constitution au moment où paraissent plusieurs rapports sur les évènements de novembre.

À la suite de la qualification de l'équipe nationale de football pour la coupe du monde 2006,


tous les joueurs, eux-mêmes issus de plusieurs ethnies différentes du pays, appellent à la fin de
la guerre civile et au retour au calme.

Les milices

La guerre civile a favorisé l'apparition de milices armées, qui ont pris le contrôle d'une partie du
territoire ivoirien. Le MPCI de Guillaume Soro est historiquement la première de ces milices à
sévir sur le territoire ivoirien. Cette milice agit en étroite collaboration avec le Mouvement pour
la justice et la paix (MJP) et le Mouvement populaire ivoirien pour le grand ouest (MPIGO),
réunis sous le vocable de "Forces Nouvelles". Outre le Groupement des patriotes pour la paix
(GPP), à Abidjan, on peut aussi évoquer les Scorpions guetteurs, qui sévissent à Yamoussoukro
et ses environs. Ils sont dirigés par Zambi Antoine Ansèlme, et seraient accusés, comme le
MPCI, le MPIGO et le MJP, au nord, de nombreux enlèvements et assassinats, en plus du racket
quotidien.

*Crise politico-militaire en Côte d'Ivoire

La crise politico-militaire en Côte d'Ivoire commence le 19 septembre 2002, un début de


solution se profile le 24 janvier 2003 avec la signature de l’accord de Linas-Marcoussis.
Cependant, une brusque crispation en novembre 2004 remet en cause toutes les avancées
obtenues. Une promesse de règlement final se dessine enfin avec la signature de l’accord
politique de Ouagadougou le 4 mars 2007, avant d'être remis en cause à l'occasion de l'élection
présidentielle ivoirienne de 2010.

Le 19 septembre 2002, des soldats rebelles dont certains seraient venus du Burkina Faso[réf.
nécessaire] tentent de prendre le contrôle des villes d'Abidjan, Bouaké et Korhogo. Ils échouent
dans leur tentative de prendre Abidjan mais parviennent à occuper les deux autres villes,
respectivement dans le centre et le nord du pays.

La rébellion qui prendra plus tard le nom de « Forces nouvelles » occupe progressivement la
moitié nord du pays, le coupant ainsi en deux zones géographiques distinctes : le sud tenu par
les Forces armées de Côte d'Ivoire (FANCI) et le nord tenu par les Forces armées des Forces
nouvelles (FAFN).

Forces en présence
Trois grandes composantes armées sont en présence sur le territoire ivoirien :

Les forces de l'État de Côte d'Ivoire :

les Forces armées nationales de Côte d'Ivoire (FANCI) qui sont les forces officielles, également
appelées loyalistes, constituées et équipées pour l'essentiel depuis l'indépendance du pays en
1960,

L'État bénéficie de l'appui des Jeunes patriotes, groupe nationaliste. Issu, comme Guillaume
Soro, de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d'Ivoire (FESCI), Charles Blé Goudé, le
chef des « Jeunes patriotes » est acquis à la politique du président Laurent Gbagbo ;

Les forces rebelles :

les Forces armées des forces nouvelles (FAFN), qui sont les forces de la rébellion, tiennent 60 %
du pays, avec environ 7 000 hommes armés1 (chiffre variable, en fonction des va-et-vient d'une
partie de ces hommes avec le Libéria) constituées et équipées pour l'essentiel depuis le début
de la crise en 2002. Le mouvement rebelle a pu émerger et prendre autant d'importance avec
le climat politique insoutenable qui suit l'élection contestée de Gbagbo en 2000, notamment à
cause du concept d'ivoirité et des tentations xénophobes qui exclut tout un panel de la
population de la vie politique. Ainsi, le mouvement rebelle est concentré dans le nord et vers
les frontières du pays, là où l'on retrouve une grande part d'étrangers. Le mouvement rebelle
est aussi apparu en contestation d'abus et de discriminations menés par la police et les
gendarmes,

elles sont renforcées par des supplétifs ivoiriens et non ivoiriens dont de nombreux chasseurs
traditionnels (Dozo) ;

Les forces de maintien de la paix :

les forces de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI),

les forces françaises : le 43e BIMa et les troupes envoyées dans le cadre de l'opération Licorne
et sous mandat de l'ONU (Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire), soit 3 000 hommes en
février 2003 et 4 600 en novembre 20042,

les soldats de la CEDEAO, les Casques blancs, eux aussi sous mandat de l'ONU.

Origine du conflit

Le règne de Félix Houphouët-Boigny


Sous la présidence de Félix Houphouët-Boigny (de 1960 jusqu'à sa mort en 1993), la Côte
d'Ivoire est un pays très bien intégré dans le commerce mondial. Les principales recettes de
l'État viennent de l'exportation de matières premières produites dans la zone forestière,
notamment le cacao (dont la Côte d'Ivoire est le premier producteur mondial), le café et le
coton mais également le gaz naturel.

Ce commerce extérieur a permis au pays de se développer et aux citoyens d'avoir un bon


niveau de vie. Ce « paradis » économique et social, dans une Afrique pauvre, attire de
nombreux immigrants des pays voisins. C'est ainsi que, notamment, les Burkinabè et Guinéens
furent nombreux à s'établir dans la zone forestière au sud du pays. D'abord comme ouvriers sur
les chantiers forestiers, dans les usines et villes de la côte, dans les plantations industrielles et
individuelles, ils sont devenus par la suite producteurs agricoles pour certains.

Vers la fin du règne d'Houphouët-Boigny, dans les années 1990, la Côte d'Ivoire connut des
soubresauts liés à la transition du régime de parti unique à un régime multipartisan. À sa mort,
le pays entra dans une crise multiforme. Ses successeurs n'avaient pas son aura et ils ne surent
faire face ni aux difficultés économiques dues pour une grande part à la dégradation des termes
de l'échange entre pays du tiers monde et pays développés, ni aux difficultés politiques.

Le concept d'ivoirité et son application politique

Le 8 décembre 1994, une révision du Code électoral impose aux candidats à la présidence de
prouver leur ascendance ivoirienne, garante de leur citoyenneté, alors que pendant la période
Houphouët-Boigny, les cartes d’identité avaient été largement distribuées à la majorité des
étrangers vivant sur le territoire national dans un but électoraliste3.

Le 26 août 1995, Henri Konan Bédié, alors président depuis la mort d'Houphouët-Boigny,
réintroduit le concept d'ivoirité. Selon lui, ce concept permet à la Côte d'Ivoire de mieux
préserver son identité. Cela lui permet également d'évincer son principal rival, Alassane
Ouattara originaire du Nord du pays. Mais le fait d'avoir poursuivi ses études au Burkina Faso et
d'avoir été envoyé occuper de hautes fonctions sous la houlette burkinabé ont permis son rejet.

Groupes ethniques de Côte d'Ivoire.

Ce rejet d'Alassane Ouattara s'appuyait sur le rejet ancien du dioula, l'homme du Nord pour les
Ivoiriens de la côte et du centre. À une différence ethnique s'ajoute en effet une différence de
religion : les Ivoiriens du Nord, majoritairement musulmans, sont soupçonnés de ne pas être
Ivoiriens et sont donc rejetés par les Ivoiriens du Sud, majoritairement chrétiens. Les
populations du Nord et du centre, notamment les Malinkés, ont des patronymes identiques à
ceux des immigrés de même ethnie provenant des pays voisins. Ceux qui sont dans cette
situation subissent toutes sortes d'injustices. Certains voient leurs pièces d'identité détruites
par les forces de l'ordre. Ils n'obtiennent plus de carte d'identité, de passeport et ne peuvent ni
avoir de certificat de nationalité ni voter. Bien que certains Ivoiriens du Sud (notamment les
Akans) possèdent aussi des patronymes identiques à certains peuples immigrés (Ghana, Togo et
Libéria), ils ne subissent pas le même sort.

L'apparition du concept d'ivoirité s'explique essentiellement par la crise économique que


connaît la Côte d'Ivoire depuis le milieu des années 1980. En effet, cette réaction xénophobe
est apparue lorsque l'économie de ce pays a cessé de créer massivement des emplois. Cette
situation n'a pas sensiblement réduit les flux migratoires provenant des pays musulmans
pauvres et surpeuplés du Sahel. Le but de l'ivoirité semble être avant tout d'empêcher les
populations étrangères, qui peuvent rentrer dans ce pays sans visa, de participer à la
compétition pour le pouvoir politique et d'accéder aux emplois de la fonction publique. En
effet, les étrangers représentaient 26 % de la population en 1998.

Le 22 octobre 1995, contre un seul candidat (les autres candidats sont refusés par la Cour
suprême ou ont boycotté l'élection), Henri Konan Bédié est élu président de la Côte d'Ivoire
avec 96,44 % des voix. Fort de ce succès, il effectue en 1998 une réforme de la propriété
foncière avec l'appui de tous les partis politiques, y compris celui d'Alassane Ouattara. Avec
cette réforme, seuls les Ivoiriens de souche peuvent détenir des terres.

Coup d'État militaire

Le 24 décembre 1999, à la suite d'une mutinerie qui se transforme en coup d'État, Henri Konan
Bédié est renversé par l'armée. Le concept d'ivoirité disparaît mais la tentation xénophobe
persiste.

Le général Robert Guéï est placé au pouvoir jusqu'à la tenue de nouvelles élections, l'ivoirité
reste utilisée dans la politique du pays pour limiter la vie sociale des « Ivoiriens d'origine
douteuse ». C'est dans ces conditions que le 23 juillet 2000, une nouvelle Constitution est
adoptée par référendum, tous les partis politiques ayant appelé à voter pour. Elle précise que
seuls les Ivoiriens nés de parents ivoiriens peuvent se présenter à une élection présidentielle. Le
débat se focalise notamment sur la mention "et" de l'article 35 ("Le candidat à l'élection
présidentielle [...] doit être ivoirien d'origine, né de père et de mère eux-mêmes ivoiriens
d'origine") supposée viser Alassane Ouatara qui déclare pourtant pouvoir être candidat que la
conjonction retenue soit "et" ou "ou". Une vaste « campagne d'identification », destinée à
définir la véritable citoyenneté des Ivoiriens, est entamée.

Dégradation du climat politique

Après quatre années de dictature, le coup d'État du général Robert Guéï est légitimé par la
reconnaissance du Front populaire ivoirien (FPI) de Laurent Gbagbo et le Rassemblement des
républicains de Côte d'Ivoire (RDR) d'Alassane Ouattara. L'échec de plusieurs tentatives de coup
d’État oblige les partisans d'Alassane Ouattara au sein de l'armée à fuir au Burkina Faso.

Les six candidats présentés par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), dont Henri Konan
Bédié, à l'élection présidentielle du 22 octobre 2000, sont éliminés par la Cour suprême. Il en
est de même pour le candidat du RDR, Alassane Ouattara, jugé non-Ivoirien. Au total, quatorze
des dix-neuf candidatures à l'élection présidentielle présentées par des partis sont rejetées par
la Cour suprême. Le décompte des bulletins de vote place Robert Gueï en seconde position
derrière Laurent Gbagbo le 22 octobre ; il s'autoproclame néanmoins président de la
République ce qui déclenche d'importantes manifestations de la population, bientôt suivie par
la gendarmerie. Les affrontements opposent la garde prétorienne du général Gueï à la
population. Les premiers sont rapidement vaincus mais les affrontements se prolongent entre
partisans de Ouattara et partisans de Laurent Gbagbo. Le 26 octobre, Laurent Gbagbo est
proclamé président sur décision de la Commission électorale. Le 27 octobre, un charnier de 57
corps est découvert à Yopougon qui va longtemps hanter les mémoires4. Le bilan officiel des
violences de la fin de l'année 2000 est de 303 morts, 65 disparus et 1 546 blessés5.

Les élections municipales de mars 2001 se traduisent par une victoire relative pour le RDR et
une victoire incontestable de la démocratie ; pour la première fois de son histoire, la Côte
d'Ivoire assiste à une défaite électorale du parti au pouvoir.

Le conflit militaire (septembre 2002–2007)

La rébellion

La Côte d'Ivoire partagée: en rouge les territoires contrôlés par les rebelles, en mai 2005.

Une tentative de coup d'État a lieu le 19 septembre 2002 de manière simultanée à Abidjan
(principale ville du pays et siège du gouvernement), Bouaké (centre) et Korhogo6. Pendant ce
putsch, diverses tentatives d'assassinat ont lieu contre des personnalités politiques : Alassane
Ouattara et Moïse Lida Kouassi, ministre de la Défense. Le ministre de l'Intérieur Émile Boga
Doudou, Robert Guéï, ex-chef de l'État (1999–2000), et leurs gardes du corps sont assassinés. La
responsabilité de cet assassinat et tentatives seraient dues au gouvernement, selon le rapport
Leliel (rapport de l'ONU, voir lien en fin d'article). Les putschistes sont repoussés et se replient à
Bouaké. Des combats ont lieu entre rebelles et forces gouvernementales et Bouaké notamment
passe de mains en mains ; des exécutions sommaires se multiplient, de chaque côté. Lors de ce
coup d'État, Laurent Gbagbo était en voyage diplomatique en Italie.

Le général Bakayoko, chef d'État-Major des Forces nouvelles de Côte d'Ivoire passant en revue
ses troupes à Odienné.
Des bombardements des hélicoptères de l'armée loyaliste font plusieurs morts dans les
populations civiles en novembre et décembre 2002, notamment dans le village de pelezi à
l'ouest. Dans la même période, un charnier de plusieurs dizaines de corps a été découvert aussi
à Monoko-Zohi (près de Daloa) après le passage des forces loyalistes.

Ce coup d'État avorté à Abidjan n'est pas le signe d'une crise tribale (avec sécession) mais celui
d'une crise de transition de la dictature de la période Houphouët-Boigny7 vers la démocratie
avec les heurts inhérents à la définition de la citoyenneté. Certains des rebelles sont des soldats
qui ont été exclus de l'armée ivoirienne à l'époque de Gueï et qui se sont entraînés au camp de
Pô au Burkina Faso ainsi qu'au Mali8. Équipés d'armes neuves, appuyés par des combattants
provenant de plusieurs pays de la région et disposant d'une importante manne financière
d'origine inconnue, ils se replient sur Bouaké et tentent dans un premier temps de se faire
passer pour des soldats mutinés. Devant le succès de leur opération, les populations du Nord
soutiennent leur rébellion. Leur principale revendication est le départ de Laurent Gbagbo,
l'obtention de la nationalité ivoirienne à tous les habitants du pays, le droit de vote et leur
représentation à Abidjan. Le concept d'ivoirité et tout ce qui en découle est directement mis en
cause par les rebelles. Ils s'allieront néanmoins avec les partisans de l'ivoirité : Bédié et les
héritiers de Gueï.

Un cessez-le-feu est signé en octobre 2002 mais il est aussitôt violé. L'Ouest de la Côte d'Ivoire
est envahi début décembre 2002 à partir du Libéria par deux nouveaux mouvements rebelles
(le MPIGO et le MJP). Ces nouveaux rebelles sont constitués principalement de troupes
libériennes commandées par des éléments de la rébellion du MPCI (Kass, Adam's) et des
militaires partisans de Gueï.

Parmi les principaux dirigeants des rebelles, Guillaume Soro, chef de file du Mouvement
patriotique de Côte d'Ivoire (MPCI), parti principal des rebelles, est issu du syndicat étudiant
proche du FPI de Gbagbo mais a aussi été colistier d'une candidate RDR aux élections
législatives de 2000, Mme Henriette Diabaté. Louis Dacoury Tabley a également été un des
dirigeants du FPI.

Intervention de la France

Un casque blanc de l’ECOMOG à Monrovia (Libéria) en 1997.

En sus des 2 500 militaires déjà présents sur place, la France procède au renforcement de ses
troupes et demande à la CEDEAO d'envoyer des casques blancs de manière à internationaliser
la gestion de la crise.

Le 17 octobre, un cessez-le-feu est signé.


Le 28 novembre, le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) et le Mouvement
pour la justice et la paix (MJP), deux nouveaux mouvements rebelles, prennent le contrôle des
villes de Man et Danané, dans l'Ouest9.

Plusieurs raisons ont poussé la France à intervenir :

respect de l'accord de protection militaire en cas d'attaque étrangère ou de tentative de


déstabilisation de la Côte d'Ivoire ; les rebelles, bien qu'Ivoiriens, sont considérés par le
gouvernement de Côte d'Ivoire comme des étrangers ;

protection des ressortissants français et occidentaux ;

protection des biens des ressortissants français (la moitié des PME sont détenues par des
Français) ;

le souvenir du génocide au Rwanda, lors duquel l'intervention internationale a été reconnue


comme trop tardive par rapport à l'ampleur des massacres.

Malgré l'affichage de toutes ces raisons, les détracteurs de l'intervention estimèrent qu'elles
s'apparentaient à du néocolonialisme.

La France considère que les rebelles s'insurgent contre une humiliation. Cette humiliation serait
liée au fait que le Nord-Est désertique alors que le Sud est plus riche car fertile et côtier. La
discrimination ethnique et religieuse est également un facteur de rébellion. La notion d'ivoirité
cristallise le problème. Pour Laurent Gbagbo, il s'agit d'anciens militaires, soutenus par une
ingérence du Burkina Faso, qui souhaite déstabiliser la région même s’il explique désormais la
crise aussi par la différence de religion10.

La principale différence d'interprétation porte sur la reconnaissance d'une cause juste à


défendre. La conséquence en est que Paris souhaite la réconciliation quand le gouvernement
de la Côte d'Ivoire souhaite une répression militaire.

Les accords Kléber (dits « de Marcoussis »)

Pour tenter un rapprochement, les parties en conflit sont invitées par la France, à Linas-
Marcoussis, à trouver un compromis pour sortir de la crise. Le 26 janvier 2003, les accords
Kléber (dits « de Marcoussis »), sont signés et prévoient que :

le président Gbagbo est maintenu au pouvoir jusqu'à de nouvelles élections ;

les opposants sont invités dans un gouvernement de réconciliation et obtiennent les ministères
de la Défense et de l'Intérieur ;
des soldats de la CEDEAO et 4 000 soldats français de l'Opération Licorne sont placés entre les
belligérants pour éviter une reprise du conflit.

Dès le 4 février, des manifestations anti-françaises ont lieu à Abidjan en soutien à Laurent
Gbagbo qui déclare avoir eu la main forcée après s'être engagé solennellement à Paris à faire
appliquer ces accords, unique solution à la crise. La fin de la guerre civile est proclamée le 4
juillet. Une tentative de putsch, organisée depuis la France par Ibrahim Coulibaly, est déjouée le
25 août par les services secrets français11.

Le 27 février 2004, dans sa résolution 1528, le Conseil de sécurité des Nations unies autorise la
formation de l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire (ONUCI), qui regroupe les forces
françaises et celle de la CEDEAO (l'ECOMOG), pour une durée initiale de douze mois à compter
du 4 avril 2004.

Le 4 mars, le PDCI suspend sa participation au gouvernement, étant en désaccord avec le FPI


(parti de Laurent Gbagbo) sur des nominations au sein d'administrations et d'entreprises
publiques.

Le 25 mars, une marche pacifique organisée pour protester contre le blocage des accords de
Marcoussis, alors que les manifestations sont interdites par décret depuis le 18, est réprimée
par les forces armées, épaulée par la police et les Jeunes patriotes : il y a 37 morts selon le
gouvernement12, entre 300 et 500 selon le PDCI d'Henri Konan Bédié13. Cette répression
provoque le retrait de plusieurs partis d'opposition du gouvernement. Le rapport de l'ONU du 3
mai révèle l'implication des hautes autorités de l'État ivoirien et estime le bilan à au moins 120
morts.

En avril, les forces loyalistes effectuent plusieurs bombardements dans l'Ouest du pays qui
tuent des civils. Le gouvernement de réconciliation nationale, composé de 44 membres à
l'origine, est réduit à quinze après le limogeage de trois ministres dont Guillaume Soro, chef
politique des rebelles, le 6 mai. Cela entraîne la suspension de la participation au gouvernement
d'union nationale de la plupart des mouvements politiques.

La France est dès lors dans une situation de plus en plus inconfortable, accusée par les deux
camps de favoriser l'autre :

par les loyalistes parce qu'elle protège les rebelles et n'applique pas les accords de défense
passés avec la Côte d'Ivoire ;

par les rebelles parce qu'elle empêche la prise d'Abidjan.

Le 26 juin, un militaire français est tué dans son véhicule par un soldat gouvernemental près de
Yamoussoukro14.
En juillet, un sommet à Accra au Ghana rassemblé par l'ONU relance le processus de paix en
donnant un nouveau calendrier.

Les exactions et crimes commis depuis 2002

Bien que le nord de la Côte d'Ivoire soit considéré par les rebelles comme libéré, de
nombreuses exactions ont été commises un peu partout. Plusieurs charniers et fosses
communes ont été trouvés par l'ONU et des organisations non gouvernementales comme
Amnesty International4.

Parallèlement à cela, les rebelles mettent à sac les banques de la Banque centrale des États de
l'Afrique de l'Ouest (BCEAO) à Bouaké et à Korhogo. Bien que le butin ne soit pas connu avec
précision, il est estimé à plusieurs milliards de francs CFA (un milliard de francs CFA = un million
et demi d'euros). Plusieurs militaires français de l'Opération Licorne sont arrêtés pour avoir
ramassé des sacs remplis de billets abandonnés par les pillards15.

Dans la zone contrôlée par le gouvernement, de nombreux massacres d'étrangers ont eu


lieu16. Les disparitions signalées aux forces de l'ordre ne donnent généralement pas lieu à des
enquêtes. Tous les partis politiques d'opposition et les syndicats déplorent la disparition de
plusieurs de leurs militants, disparition attribuée aux Escadrons de la mort, composés de
militaires, policiers et miliciens. D'un autre côté, les détentions arbitraires et sans jugement se
multiplient.

Les viols sur les femmes adultes ou sur les enfants sont extrêmement nombreux, souvent
accompagnés d'actes de barbarie, sur tout le territoire de la Côte d'Ivoire17. Les forces de
police se sont rendues responsables de torture. Plusieurs communautés religieuses
(notamment les musulmans) sont victimes d'exactions dans le Sud du pays.

La reprise de la guerre (depuis octobre 2004)

Facteurs de reprise

Le « chronogramme » des accords d’Accra III n'est pas respecté18. Les projets de lois prévus
dans le processus sont bloqués par le FPI à l'Assemblée nationale. Les conditions d'éligibilité
pour le scrutin présidentiel ne sont pas revues car Laurent Gbagbo décide de choisir une
procédure référendaire et non la voie des ordonnances, conformément aux accords d'Accra.
Devant le blocage politique, le désarmement dont le début est prévu quinze jours après ces
modifications constitutionnelles ne s'engage pas à la mi-octobre.

La tension remonte et des signes indiquent que les deux camps désirent en découdre à
nouveau. Des soldats de l'ONU ouvrent le feu sur des manifestants favorables au désarmement
des rebelles le 11 octobre. Les rebelles, qui ont pris le nom de Forces nouvelles (FN), annoncent
le 13 octobre leur refus de se laisser désarmer. Le 28 octobre, elles décrètent l'état d'urgence
dans le Nord du pays.

L'opération Dignité

Abidjan décide d’une contre-offensive, baptisée « opération Dignité » (parfois appelée «


opération César »). Un film de propagande soutient que cette opération s'est faite avec l'accord
de l'Élysée, mais sur ce point, les commentateurs politiques ne sont pas d'accord19.

La responsabilité de la prise de décision du bombardement n’est toujours pas établie, à Abidjan


on laisse entendre que ce serait le CEM général Mangou Philippe20. Le 4 novembre, l'aviation
récente des FANCI commence des bombardements sur Bouaké. Des combats opposent les
forces terrestres les jours suivants mais les FANCI ne parviennent pas à percer. Au total, les
Forces nouvelles annoncent la mort de 85 civils21 dans les bombardements du 4 au 6
novembre.

Les journées des 6 au 9 novembre

Le 6 novembre, un des deux chasseurs bombardiers Sukhoï 25 de l'aviation ivoirienne (piloté


par des mercenaires biélorusses) bombarde (selon le gouvernement ivoirien par erreur22, mais
aux yeux de certains experts, le Sukhoi n'a pu larguer ses roquettes à l'insu du président
ivoirien, d'autres n'excluant pas que celui-ci ait été « grillé » par les faucons du premier
cercle23) la base française de Bouaké (2e RIMA, RICM et 515e régiment du train) faisant neuf
morts et 37 blessés parmi les soldats français et un civil américain appartenant à une ONG. Les
forces françaises ripostent en détruisant les deux Sukhoï ainsi que trois Mil Mi-24 et un Mil Mi-8
postés sur la base de Yamoussoukro, quinze minutes après l'attaque24,25.

Jacques Chirac, le président français, donne l'ordre de riposter en détruisant également tous les
moyens aériens militaires ivoiriens. Cette action a pour objectif d'empêcher toute nouvelle
attaque des FANCI contre les rebelles, contraire aux accords de Marcoussis, et également
d'empêcher toute nouvelle attaque contre les positions françaises.

Une heure après l'attaque sur le camp des forces françaises, des combats éclatent entre les
militaires français et ivoiriens pour le contrôle de l'aéroport d'Abidjan, essentiel pour la France
de manière à établir un pont aérien.

Dans le même temps, l'Alliance des jeunes patriotes d'Abidjan (voir Politique en Côte d'Ivoire
pour plus de détails sur les Jeunes patriotes), envoie ses troupes, attisées par les médias d'État
(radio, télé mais aussi des journaux comme Le Courrier d'Abidjan ou Notre Voie), qui pillent de
nombreux biens immobiliers. Des viols, des passages à tabac sont recensés, peut-être des
meurtres par les Jeunes patriotes, qui exposent explicitement leur idéologie raciste. D'après la
CCI d'Abidjan, les entreprises détenues par des Français, des Occidentaux, des Libanais ou des
Ivoiriens ont été détruites ; les témoignages d'entrepreneurs ivoiriens ou libanais restés sur
place s'accordent pour décrire des « pillages planifiés, ciblés et encadrés » et préciser que des
militaires y participaient (Pierre Daniel, dirigeant du Mouvement des PME). Les médias
d'opposition ou indépendants sont mis à sac. Plusieurs centaines d'Occidentaux, principalement
des Français, se réfugient sur les toits de leurs immeubles pour échapper à la foule, ils sont
alors évacués par des hélicoptères de l'armée française.

Les militaires français, assiégés par une foule non-armée devant l'hôtel Ivoire, ont ouvert le feu
sur elle (déclaration du chef d'état-major Bentégeat, Le Soir du 7 novembre). Ces tirs auraient
fait une soixantaine de morts et plus d’un millier de blessés26,27. Cette version, contestée par
les soldats français qui admettent « une vingtaine de morts militaires et civils » et affirment
n’avoir pas tiré à balles réelles sur la foule (mais à balles en caoutchouc de type « gomme-cogne
»)28, a certainement renforcé le sentiment anti-français des jeunes patriotes ivoiriens. Le
Gouvernement mènera une opération de communication visant à démontrer des tirs
volontaires sur cette foule16, en présentant une vidéo amateur29 tournée pendant les tirs,
montrant la foule paniquée.

La France envoie en renfort 600 hommes venant du Gabon et de France.

À partir de la semaine du lundi 8 novembre, certains expatriés occidentaux (Français et Libanais


principalement mais aussi Marocains, Allemands, Espagnols, Britanniques, Néerlandais,
Canadiens et Américains) en Côte d'Ivoire choisissent de partir, pour certains définitivement.

Le 13 novembre, le président de l'Assemblée nationale, Mamadou Koulibaly (FPI), déclare que


le gouvernement ivoirien ne porte aucune responsabilité dans le bombardement du samedi
précédent (le 6) et annonce l'intention de porter plainte devant la Cour internationale de justice
(intention répétée le 28 novembre mais finalement non mise à exécution) :

pour la destruction des moyens aériens de l'armée ivoirienne ;

pour la répression des manifestations du 6 au 9 par l'armée française qui aurait fait plusieurs
dizaines de morts (le chef d'état-major français Bentégeat reconnaît des morts parmi les
Ivoiriens dès le soir du 7 novembre).

Le même jour, dans un entretien accordé au Washington Post, Laurent Gbagbo remet en cause
l'existence même des morts Français à Bouaké.

À la menace de plainte de Mamadou Koulibaly répond une plainte officielle déposée en France
par l'association Comité du 22 avril 1988 à la mémoire des gendarmes d'Ouvéa pour «
homicides volontaires avec préméditation et blessures volontaires avec armes et en réunion »
contre Laurent Gbagbo, le colonel Philippe Mangou, commandant de l'opération de
bombardement et depuis promu chef d'état-major des FANCI, ainsi que les pilotes des Soukhoï
Su-25

Le 15 novembre, le Conseil de sécurité des Nations unies, à la demande de la France, prend à


l'unanimité la résolution 1572, interdisant le commerce des armes avec l'une ou l'autre des
deux parties belligérantes, rebelles du Nord ou forces gouvernementales30. Plusieurs pays
africains ont rendu plus sévère cette interdiction.

L'appel du 6 novembre

Charles Blé Goudé et le COJEP pensent que le pays va sombrer si personne ne réagit, ils
décident de prendre l'initiative par le seul moyen qui était l'explication de la situation et un
appel à la résistance aux studios de la RTI. Blé Goudé déclare à la Première et TV2 : « Si vous
êtes en train de manger, arrêtez-vous. Si vous dormez, réveillez-vous. Tous à l’aéroport, au 43e
Bima. L’heure est venue de choisir entre mourir dans la honte ou dans la dignité »28,31.

À la suite de cet appel, plusieurs actions sont entreprises :

multiples manifestations aux points stratégiques ;

bouclier humain autour de Laurent Gbagbo ;

soutien à Laurent Gbagbo.

Départs des étrangers

Au 13 novembre, 2 600 expatriés français étaient revenus en France ainsi que 1 600 expatriés
européens. Au 17 novembre, 8 332 Français32 (sur les 14 000 présents début novembre)
avaient quitté la Côte d'Ivoire. Les opérations d'évacuation ont coûté environ cinq millions
d'euros.

Jean-Louis Billon (président de la Chambre de commerce et d'industrie de Côte d'Ivoire) lors


d'un entretien sur la radio de l'ONUCI déclare que « les entreprises ivoiriennes sont touchées »
et le départ de plusieurs entreprises détenues par des étrangers risque d'avoir des impacts
importants sur l'économie et le chômage en Côte d'Ivoire.

Bien que la Côte d'Ivoire reste le premier producteur mondial de cacao, le départ de plusieurs
milliers d'étrangers de Côte d'Ivoire et la fermeture de leurs entreprises risque de priver le pays
de nombreuses recettes fiscales. Les troubles empêchent de plus l'exportation de ces denrées
périssables ou les renchérissent : au Sud comme au Nord, les camions sont rançonnés.
Reprise du processus de paix

Courant décembre, le président Gbagbo relance le processus de modification de la Constitution


prévu dans les différents accords, de Marcoussis comme d'Accra III33. Le 17 décembre, le projet
est adopté par l'Assemblée nationale, 179 députés ayant voté oui contre 19 députés ayant voté
non. Cette modification ne porte que sur un mot de l'article 35 ; la phrase « Le candidat doit [...]
être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père et de mère ivoirien d’origine »
devenant « Le candidat doit [...] être exclusivement de nationalité ivoirienne, né de père ou de
mère ivoirien d’origine » ce qui ouvre la candidature à l'élection présidentielle. Le dépôt de
projet de loi dans le courant de la semaine avait permis de repousser les sanctions de l'ONU
contre les personnes responsables de l'échec du processus de paix ; ces sanctions (gel des
avoirs, interdiction de quitter la Côte d'Ivoire) seront examinées le 10 janvier 2005.

Il interdit de même les manifestations jusqu'au 10 mars alors que les Jeunes patriotes
annonçaient pour samedi 18 un défilé réclamant le départ de la Force Licorne. Cette
interdiction touche de même les organisations de jeunesse des autres partis qui avaient prévu
un meeting le même jour afin de soutenir l'action de la France. Son discours à l'hôtel Ivoire qui
accueillait la Confédération des jeunesses panafricaines (COJEP) est par contre très martial (18
décembre).

Le butin des cambriolages par les rebelles et des soldats français de la BCEAO est en partie saisi
au Mali où les auteurs tentent de blanchir cet argent. La BCEAO a en effet lancé une opération
de démonétisation des billets « type 92 » qui expirent le 31 décembre.

Ce retour à la normale sera cependant rendu difficile par la fragilisation du tissu économique
après deux ans de guerre et quatre jours d'émeutes à Abidjan. D'après Jean-Louis Billon,
président de la Chambre de commerce et d'industrie, 78 grosses entreprises sont totalement
détruites, 20 ont choisi de quitter la Côte d'Ivoire et 106 n'ont pas encore rouvert leurs portes.
Quant à Daniel Bréchat, président du Mouvement des petites et moyennes entreprises
(MPME), il estime que sur 500 PME adhérentes, 120 ont disparu corps et bien34.

De plus, le camp Gbagbo détient toujours les principaux médias d'État et continue de les utiliser
pour influencer les opinions. Ainsi, le 15 décembre, le ministre des Transports Kobena Anaky
(du Mouvement des forces d'avenir, MFA) s'est plaint que son discours ait été tronqué dans un
reportage du journal télévisé. Le retour à la neutralité de la Radio-Télévision ivoirienne (fin de
l'occupation du bâtiment par les Jeunes patriotes, arrêt de la diffusion de l'hymne nationaliste
l'Ode à la patrie, retour des anciens cadres) s'effectue de la mi-décembre à début janvier 2005.
En novembre 2004, le président sud-africain Thabo Mbeki est mandaté par l'Union africaine
comme médiateur35. Il établit sa feuille de route autour de cinq points :

Programme législatif (programme législatif complet excluant l'article 35 de la Constitution sur


les conditions d'éligibilité à la présidence de la République, adoption du nouvel article 35,
ratification de la législation avec l'appui du Comité de suivi des accords de paix de Marcoussis ;

Désarmement (DDR : démobilisation, désarmement, réinsertion des soldats démobilisés) ;

Création d'un climat propice à des activités politiques libres (restauration de la direction de la
Radio télévision ivoirienne, appel aux médias pour qu'ils évitent d'utiliser un langage incitant à
la haine, appel aux Jeunes patriotes à quitter la rue, reprise des patrouilles mixtes ONUCI /
Forces de défense et de sécurité ivoiriennes) ;

Fonctionnement du gouvernement de réconciliation nationale (renforcement de la sécurité


pour les ministres du gouvernement, retour de tous les ministres au gouvernement, reprise des
opérations décisives du gouvernement) ;

Restauration des services sociaux et redéploiement de l'administration sur tout le territoire.

Courant janvier 2005, alors que la France allège son dispositif, le bruit court que les FANCI sont
autorisées à réparer leurs aéronefs endommagés début novembre par l'armée française. Les
clarifications de l'ONUCI quelques jours plus tard montrent qu'il ne s'agit que d'un rapatriement
des aéronefs vers une base d'Abidjan.

Bilans des journées de novembre 2004

Cette bonne volonté affichée survient au moment où les bilans des blessés des journées du 6 au
9 novembre et le rapport Leliel commandé par l'ONU sur les atteintes aux droits de l'homme en
Côte d'Ivoire depuis le 19 septembre 2002, au moment donc où ces deux rapports sont publiés.
Ils sont particulièrement accablants pour les deux bords. Selon le rapport Leliel :

« le pouvoir ivoirien et la rébellion se sont rendus coupables des pires atteintes aux droits de
l’homme » ;

« la rébellion en revanche s’illustre par des tueries en masse ».

Le décompte des blessés pour les journées du 6 au 11 est le suivant d'après le ministère de la
Santé ivoirien (le ministre de la Santé est Albert Mabri Toikeusse, de l'opposition36 :

le total est de 2 226 blessés dont 291 par balles (soit 13 %)

10 % des blessés l'ont été par armes de guerre, balles ou éclats d'obus.
l'hôpital de Cocody, voisin de l'hôtel Ivoire, a accueilli 954 blessés dont 71 par balles (soit 7,5 %)

le CHU de Treichville, situé près des ponts d'Abidjan, a accueilli 350 blessés dont 25 par balles
ou éclats d'obus (7 %)

l'hôpital de Port-Bouët, proche de l'aéroport où a eu lieu la bataille opposant l'armée française


aux FANCI, 350 blessés ont été accueillis dont 167 par armes de guerre (48 %).

Au total, plus de 10 % des blessés l'ont été par l'effet de la manifestation (piétinement,
chevrotine, blessures aux armes blanches) ; le ministère de la Santé n’a pas donné de chiffres
concernant les morts.

Les bilans dans les autres villes sont :

9 morts et 29 blessés dont 21 par balles à Duékoué où des manifestants et des militaires
ivoiriens ont tenté de bloquer l'avance d'une colonne de blindés français

7 tués et 55 blessés (4 par balles) à Gagnoa

1 mort et 91 blessés (1 par balle) à Abobo (l'armée française n'y était pas présente)

7 morts et 297 blessés (19 par balles) à Yopougon, un quartier populaire d'Abidjan traversée
par l'armée française (entrée Nord d'Abidjan) pour se rendre au Sud.

Ce bilan officiel ivoirien n'inclut pas les morts et blessés parmi les expatriés français vivant à
Abidjan durant la nuit du samedi 6 novembre. En outre, les événements de cette nuit-là et des
jours qui suivirent provoquèrent l'évacuation de plus de 8 000 Occidentaux.

2005

Le Mouvement ivoirien de libération de l'ouest de la Côte d'Ivoire (MILOCI) attaque des


positions des Forces nouvelles le 28 février et son chef militaire38, le pasteur Gammi, promet
une nouvelle Diên Biên Phu aux Français39.

Le président d'Afrique du Sud, Thabo Mbeki, mandaté par l'UA pour résoudre la crise
ivoirienne, fait signer aux responsables politiques l'accord de Pretoria le 6 avril puis aux milices
un accord de désarmement le 14 mai. Il remet son rapport le 31 août.

En octobre 2005, l'Armée française envoie neuf blindés de transporteurs de troupes AMX10P
du 16e bataillon de chasseurs en Côte d'Ivoire. Paradoxalement, au moment où la situation
semblait se détendre un peu, après que l'UA officialise le maintien de Laurent Gbagbo au
pouvoir40. Cette décision pourrait avoir plusieurs origines : la volonté de mieux protéger ses
hommes (auparavant, certaines zones en ville n'étaient pas « couvertes » par manque de
sécurité) et le sentiment que la situation risque de durer avant de trouver une issue et
envisager un retrait.

Affaire Mahé-Poncet

Le 17 octobre 2005, l’ancien responsable de l’opération Licorne, le général Henri Poncet, a été
suspendu41, mesure exceptionnelle, pour avoir couvert le décès suspect le 13 mai 2005 de
Firmin Mahé, impliquant des militaires français. Un communiqué militaire de mai 2005 déclarait
que le « dangereux milicien » Firmin Mahé était « mort de ses blessures » après avoir ouvert le
feu sur les militaires français qui venaient l’arrêter dans l'Ouest de la Côte d'Ivoire.

Selon la presse et l'armée française, cet Ivoirien « coupeur de route » était recherché pour
plusieurs meurtres et viols sur les populations civiles42. L'enquête a établi qu'étant blessé par
balle lors de son arrestation, il est étouffé avec un sac en plastique par des militaires français
durant son transfert vers l'hôpital. Les militaires accusés d'avoir commis le meurtre ont
prétendu avoir agi sur ordre de leur colonel qui a affirmé avoir transmis un ordre oral du
général Poncet, ce que conteste ce dernier. Aucune information n'a filtré sur les crimes qui
seraient reprochés depuis plus d'un an à Firmin Mahé. Son entourage et la presse pro-FPI
d'Abidjan contestent qu'il en ait commis aucun et affirment que Firmin Mahé a été abattu à
cause de son engagement politique contre la rébellion.

Il semblerait que le général Poncet était au courant que la version officielle n'était pas exacte et
aurait couvert ses hommes43. Des interrogations se font dans les médias sur les motivations
réelles du gouvernement français. Est-ce vraiment pour la mort de cet Ivoirien et non pas pour
les événements de novembre 2004 autour de l'hôtel Ivoire à Abidjan que le général Poncet
aurait été suspendu ?

Une certaine confusion a été entretenue autour du cas de Nestor Mahé, homonyme de Firmin
Mahé44, et qui aurait été arrêté par l'armée française la veille de la mort de Mahé. Remis une
première fois à la justice ivoirienne qui l'aurait relâché faute de plainte à son sujet, Nestor a été
livré aux rebelles qui l'ont incarcéré.

Plus de deux ans après les faits, l'armée française n'a toujours pas donné de précisions (identité
des victimes, témoignages, dates et lieux) sur les faits qui seraient reprochés à Firmin Mahé.
Une enquête menée par le journal Le Monde semble indiquer que les accusations de meurtre
et de viol à son encontre reposent exclusivement sur les propos d'Adèle Dito, adjointe au maire
de Bangolo. Cette personne a été exfiltré en France. Selon Le Canard enchaîné du 25 juillet
2007 : « Le problème, c’est qu’Adèle Dito, interrogée par la juge sur la personnalité de Mahé, a
expliqué dans son audition, le 21 novembre, qu’elle ne connaissait pas "l’identité exacte de
cette personne", qu’elle ne l’a "jamais vue physiquement" mais que, "d’après des rumeurs",
c’était un bien mauvais garçon. »
Les journalistes du Monde ont également retrouvé le corps de Mahé dont l'armée française
avait perdu la trace mais les résultats de l'autopsie n'ont pas été rendus publics.

Le procès de l'affaire Mahé, jugé par la cour d'assises de Paris en décembre 2012, débouche sur
un non-lieu pour le général, cinq ans de prison avec sursis pour le colonel, quatre ans de prison
avec sursis pour le militaire ayant étouffé Mahé, un an de prison avec sursis pour le militaire
ayant tenu Mahé pendant l'étouffement, et l'acquittement du militaire conduisant le
véhicule45.

Attaque

Une caserne de gendarmerie d’Abidjan est attaquée le 1er décembre46.

2006

De nouveaux combats ont lieu début janvier : le 2, des casernes d’Abidjan sont attaquées par
des rebelles47 qui sont repoussés avec des pertes.

Après un report de 24 heures, un sommet extraordinaire réunissant tous les protagonistes de la


crise ivoirienne – la première rencontre en terre ivoirienne des principaux dirigeants depuis le
début de la guerre civile, en septembre 2002 – s'est ouvert le 28 février 2006 à
Yamoussoukro48, la capitale du pays, en présence du président de la République Laurent
Gbagbo, du Premier ministre Charles Konan Banny, du chef des rebelles Guillaume Soro et des
dirigeants des deux principaux partis d'opposition, l'ex-Premier ministre Alassane Ouattara et
l'ancien chef de l'État Henri Konan Bédié. Cette rencontre suscite de grands espoirs dans la
population qui souhaite que soit trouvée rapidement une issue au conflit.

2007

Accords de Ouagadougou

e 4 mars, de nouveaux accords de paix sont signés à Ouagadougou49. À la différence des


précédents accords, un dialogue direct s'est établi entre les deux parties avec comme seuls
négociateurs externes le président Blaise Compaoré et la communauté catholique Sant'Egidio
qui a œuvré très discrètement depuis les accords de Marcoussis.

Cet accord a conduit le président Gbagbo à nommer le 29 mars Guillaume Soro chef d'un
gouvernement de transition dont la liste des membres est fixée par décret le 7 avril. Dans la
perspective d'une sortie de crise, une ordonnance50 est publiée le 12 avril. Elle proclame une
amnistie sauf pour les infractions économiques. Un des principaux points est une procédure de
révision des listes électorales qui devraient permettre l’inscription de trois millions de nouveaux
électeurs51.
La « zone de confiance » (de séparation entre zone rebelle et zone loyaliste) est
progressivement démantelée à partir du 16 avril52, comme prévu dans ces accords.

Attentat du 29 juin

Le 29 juin 2007, Guillaume Soro (Premier ministre ivoirien) échappe à un attentat à la roquette
lors de l'atterrissage de l'avion dans lequel il était à Bouaké. Quatre passagers sont décédés
(deux gardes du corps de Soro, deux protocoles) et plusieurs sont grièvement blessés53.

Flamme de la paix

Le 30 juillet 2007, pour sceller la paix en Côte d'Ivoire, la cérémonie de la Flamme de la paix est
organisée pour la première fois. Ce jour est décrété férié dans le calendrier ivoirien.

2010

Reportée plusieurs fois, l'élection présidentielle finit par avoir lieu le 31 octobre 2010. Les
résultats donnent Laurent Gbagbo en tête avec environ 38 %, suivi par Alassane Ouattara avec
32 % et Henri Konan Bédié avec 25 %.

Le second tour voit s'opposer les candidats Gbagbo et Ouattara le 28 novembre.

Le 2 décembre 2010, quatre jours après le vote, la Commission électorale indépendante


proclame la victoire d'Alassane Ouattara avec 54,1 % des voix contre 45,9 % pour Laurent
Gbagbo54. Le Conseil constitutionnel55 juge les résultats de la CEI non valables56 et annonce la
victoire du président sortant le 3 décembre 2010 avec un score de 51,45 %57. La représentante
de la diplomatie de l'UE et le secrétaire général de l'ONU considèrent pour leur part que le
vainqueur de l'élection est Alassane Ouattara, les résultats du vote ayant été « certifiés » par le
représentant spécial de l’ONU en Côte d’Ivoire, Young-Jin Choi58,59,60,61,62.

Le 4 décembre 2010, les deux candidats prêtent serment, chacun de leur côté (Ouattara à
l'hôtel du Golf devant la presse étrangère, et Gbagbo devant la cour constitutionnelle du pays),
en tant que président de la Côte d'Ivoire63.

Alassane Ouattara appelle ses partisans à prendre la télévision publique le 16 décembre. Le jour
dit, l'armée ivoirienne fidèle à Laurent Gbagbo s'oppose par la force à cette tentative64.
Chaque jour, différents mots d'ordres de marches, d'inactivité et d'incitation à la révolte sont
lancés par le clan Ouattara à l'égard des populations.

Les observateurs de l'ONU chargés des droits humains font état, entre le 16 et le 21 décembre,
de « 173 meurtres, 90 cas de tortures et mauvais traitements, 471 arrestations, 24 cas de
disparitions forcées » en Côte d'Ivoire65. Les partisans de Ouattara font état de la présence de
mercenaires libériens embauchés depuis début décembre par le camp de Gbagbo tandis que
des milliers de personnes quittent le pays66, dont 14 000 vers le Libéria.

2011

Le 24 février, on évoque la reprise de tirs « à l'arme lourde » dans des quartiers pro-Ouattara
d'Abidjan.

Le 6 mars, la ville de Toulepleu, proche de la frontière avec le Liberia tombe aux mains des
Forces nouvelles pro-Ouattara67. Tandis que Bloléquin, ville située à une quarantaine de
kilomètres à l'est, tombe le 21 mars68. Le 29 mars, les Forces pro-Ouattara (devenu Forces
républicaines de Côte d'Ivoire - FRCI) continuent leur progression et après avoir investi Daloa et
Duékoué, ils prennent le contrôle d'Issia, dans l'ouest, et d'Abengourou, à 200 km au nord-est
d'Abidjan69.

Le lendemain, 30 mars, ils prennent la capitale politique du pays : Yamoussoukro, après avoir
pris le contrôle Tiébissou, située à 40 km au nord de Yamoussoukro, et de Soubré70, située à
130 km au nord de San-Pédro, premier port mondial pour les exportations de fèves de cacao
avec plus de la moitié de la récolte ivoirienne (1,2 million de tonnes) qui y transite. Cette
dernière ville est investie dans la soirée du 30 mars71. Après dix jours de combats et avec
l'appui indirect des troupes de l'ONUCI et de la Force Licorne par l'application de la résolution
1975 du Conseil de sécurité de l'ONU, les FRCI arrêtent Laurent Gbagbo le 11 avril 201172.

Citation

Déclaration du président de la république sénégalais Abdoulaye Wade lors de l'ouverture le 22


janvier 2001 à Dakar d’un forum sur le « racisme, la xénophobie et l’intolérance »73.
L'exaspération de la situation économique désastreuse ne peut être qu'un élément catalyseur
des comportements xénophobes des Ivoiriens et des sentiments d'« ivoirophobie » des
étrangers vivants en Côte d'Ivoire.

Chronologie

7 décembre 1993 : mort de Félix Houphouët-Boigny. Aimé Henri Konan Bédié, alors président
de l'assemblée, assume l'intérim.

8 décembre 1994 : une révision du Code électoral impose aux candidats à la présidence de
prouver leur ascendance ivoirienne, garante de leur citoyenneté, alors que pendant la période
Houphouët-Boigny, les cartes d’identité leur avaient été largement distribuées.
22 octobre 1995 : contre un seul candidat (les autres candidats sont refusés par la Cour
suprême ou ont boycotté l'élection), Henri Konan Bédié est élu président de la Côte d'Ivoire
avec 96,44 % des voix.

24 décembre 1999 : Aimé Henri Konan Bédié est renversé par l'armée à cause d'une réforme de
la Constitution qui lui aurait permis de se présenter jusqu'à l'âge de 75 ans

23 juillet 2000 : le général Robert Guei prend le pouvoir et une nouvelle Constitution est
adoptée par référendum. Elle stipule que seul les Ivoiriens nés de parents ivoiriens peuvent se
présenter à une élection présidentielle. Une vaste « campagne d'identification », destinée à
définir la véritable citoyenneté des Ivoiriens, est entamée.

26 octobre 2000 : après des affrontements entre pro-Ouattara et pro-Gbabgo dus au fait
qu'Ouattara n'a pas pu se présenter, Laurent Gbagbo est élu président contre Robert Guei, 14
des 20 candidatures n'ont pas été acceptées par la Cour Suprême.

19 septembre 2002 : une tentative de coup d'État par les rebelles a lieu de manière simultanée
à Abidjan (principale ville du pays et siège du gouvernement), Bouaké (centre) et Korhogo. Trois
cents personnes, parmi lesquelles des syndicalistes, étudiants, communistes, des membres de
l'opposition et du gouvernement, et des étrangers, ont été assassinées à l'automne 2002
principalement par les forces du gouvernement et par des milices pro-gouvernementales. La
France intervient le 22 pour protéger les Français, mais elle fournit des moyens militaires à
l'armée loyaliste.

28 novembre 2002 : le Mouvement populaire ivoirien du Grand Ouest (MPIGO) et le


Mouvement pour la Justice et la Paix (MJP), deux nouveaux mouvements rebelles, prennent le
contrôle des villes de Man et Danané, dans l'Ouest. La France pousse à la négociation alors que
rebelles et Gbagbo ne pensaient qu'à en découdre.

26 janvier 2003 : les accords de Marcoussis entre rebelles et pouvoir sont signés et prévoient
que :

le président Gbagbo est maintenu au pouvoir jusqu'à de nouvelles élections

les opposants sont invités dans un gouvernement de réconciliation et obtiennent les ministères
de la Défense et de l'Intérieur

des soldats de la CEDEAO et 4 000 soldats français de l'Opération Licorne sont placés entre les
belligérants pour éviter une reprise du conflit.

6 novembre 2004 : l'aviation ivoirienne bombarde (selon le gouvernement ivoirien par erreur)
la base française de Bouaké faisant neuf morts et 37 blessés, les Français détruisent alors les
bases militaires de l'armée loyaliste pour éviter qu'elle n'attaque les rebelles ou encore les
Français. En fait, les loyalistes voulaient lancer des offensives en terrain rebelle mais les
Français les en empêchaient. Le sentiment anti-étranger monte encore et on assiste à des
lynchages. Les processus de paix reprennent au bout de quelques semaines.

4 mars 2007 : accords de Ouagadougou, l'amnistie est signée entre les rebelles et leur
représentant, Guillaume Soro, et le pouvoir de Gbagbo.

2 décembre 2010 : la première élection présidentielle démocratique que connaît la Côte


d'Ivoire aboutit à un nouveau conflit, entre les partisans de Laurent Gbagbo et ceux d'Alassane
Ouattara.

11 avril 2011 : arrestation de Laurent Gbagbo.

*Crise ivoirienne de 2010-2011

La crise ivoirienne de 2010-2011 est une crise politique en Côte d'Ivoire qui débute après le
second tour de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010, le premier scrutin depuis 10 ans,
dont le résultat amène à un différend électoral, à la suite de fraudes présumées.

Les deux candidats, Laurent Gbagbo, président sortant et reconnu par le Conseil
constitutionnel, et Alassane Ouattara, reconnu par la Commission électorale indépendante et la
communauté internationale, revendiquent chacun la victoire. Laurent Gbagbo est finalement
arrêté le 11 avril 2011. Le dernier bastion pro-Gbagbo tombe le 4 mai suivant ; le même jour,
Alassane Ouattara est proclamé chef de l'État par le Conseil constitutionnel.

Dans son rapport rendu le 10 août 2012, la Commission d'enquête nationale mise en place
après l'investiture de Ouattara estime le nombre de morts total à 3 248 (1 452 morts imputées
au camp Gbagbo, 727 au camp Ouattara et 1 069 non attribuées à un camp ou l'autre en raison
de problèmes d'identification des victimes)2.

Contestations des résultats de l'élection présidentielle

Le second tour de l'élection présidentielle ivoirienne de 2010, qui a lieu le 28 novembre 2010,
oppose le président sortant Laurent Gbagbo à Alassane Ouattara, ancien Premier ministre. Les
deux camps s'accusent mutuellement d'intimidations envers les électeurs dans certaines
régions3.

Le 2 décembre, Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante (CEI),


annonce la victoire d'Alassane Ouattara avec 54,10 % des voix, contre 45,90 % pour Laurent
Gbagbo, avec un taux de participation de 81,1 %. L'annonce des résultats avait été reportée
plusieurs fois et aurait eu lieu après la date limite selon le Conseil Constitutionnel. La presse a
été surprise par le fait que cette annonce ait lieu à l'Hôtel du Golf, protégé par les forces de
l'ONUCI4. Bakayoko aurait fait son annonce dans cet hôtel, choisi par Ouattara comme QG de
campagne, car il voulait bénéficier de la protection des forces de l'ONU5. D'après l'accord de
Pretoria signé en 20056, la commission électorale indépendante est composée pour majorité
d’éléments venant de l'opposition (RHDP et Forces nouvelles)7.

Paul Yao N'Dre, nommé par le président le 8 août 2009 à la tête du Conseil constitutionnel et
réputé proche de Simone Gbagbo8, déclare que la CEI n'avait plus l'autorité pour annoncer les
résultats car la date limite était dépassée et donc que les résultats sont invalides5,9 Selon
N'Dre, après la date limite, seul le Conseil Constitutionnel est habilité à annoncer les résultats5 ;
c'est en effet cette institution qui doit « trancher, le cas échéant, le contentieux électoral, et
proclamer les résultats du scrutin»8. Après cette annonce, les militaires ferment les frontières
du pays5.

Le 3 décembre, le Conseil Constitutionnel déclare Gbagbo vainqueur10. N'Dre annonce que les
résultats dans sept régions du nord sont annulés. Cela inverse les résultats en faveur de Gbagbo
qui est alors crédité de 51,45 % des votes alors que Ouattara n'a plus que 48,55 %11.

L'envoyé spécial de l'Onu en Côte d'Ivoire, Young-jin Choi, proclame la victoire de Ouattara : «
Les résultats du second tour de l'élection présidentielle tels qu'annoncés le 2 décembre par la
commission électorale ne changent pas, ce qui confirme que le candidat Alassane Ouattara a
remporté le scrutin12. »

Sur les bases des résultats de la CEI et du soutien de l'ONU, Ouatarra affirme qu'il est le «
président élu » et dit que le Conseil Constitutionnel a abusé de son autorité13 : « Je suis désolé
pour l'image de mon pays, mais la fin du processus est la validation par le représentant spécial
de l'Onu, et c'est cette validation qui confirme que je suis le vainqueur12 ». Le Premier ministre
et chef des Forces nouvelles, Guillaume Soro soutient la victoire de Ouattara14. Soro donne sa
démission du poste de Premier ministre à Gbagbo, le 4 décembre15

Gbagbo, investi le 4 décembre, déclare : « La souveraineté de la Côte d’Ivoire, c’est elle que je
suis chargé de défendre et elle je ne la négocie pas16. »

En différentes parties du pays, on annonce des tirs et de la violence14.

Gbagbo nomme Gilbert Aké, un économiste qui lui est proche, comme Premier ministre17.

Ouattara prête serment peu de temps après en déclarant: « Je voudrais vous dire que la Côte
d'Ivoire est maintenant en de bonnes mains18 ». Il reconduit Guillaume Soro comme Premier
ministre18.
Médiation de l'Union africaine

Sous l'impulsion de la CEDEAO, les présidents africains tentent de faire partir le président
Gbagbo par la voie diplomatique alors que celui-ci se déclare sûr de sa victoire et propose un
recomptage des voix. Dès le 5 décembre, l'Union africaine (UA) essaye de trouver une issue
diplomatique à cette crise. Ce jour-là, Thabo Mbeki, ancien président de l'Afrique du Sud,
rencontre les deux présidents19. Le 17 décembre, Jean Ping, président la Commission de
l’Union africaine, tentera de concilier les points de vue20.

Le 24 décembre, la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), dont


fait partie la Côte d'Ivoire, organise un sommet extraordinaire à Abuja, au Nigéria. La CEDEAO
menace d'utiliser "une force légitime", l'ECOMOG pour forcer Gbagbo à quitter le pouvoir21.
Elle mandate les présidents Boni Yayi du Bénin, Ernest Koroma de Sierra Leone, et Pedro Pires
du Cap-Vert pour régler cette crise. Ils rencontreront MM. Gbagbo et Ouattara le 28
décembre22 et le 3 janvier où Raila Odinga, Premier ministre kényan et envoyé de l'UA les
accompagnera23.

Le 9 janvier, Olusegun Obasanjo, ancien président du Nigéria24, le 19 janvier, Raila Odinga25 et


le 25 janvier, Bingu wa Mutharika président du Malawi et président de l'UA26 tenteront des
médiations.

Panel de l'Union africaine

Le 28 janvier 2011, le Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l'Union Africaine durant sa 259e
réunion, rappelle qu'il est pour une solution pacifique et nomme un panel de chefs d'États pour
régler pacifiquement cette crise27. Le 31 janvier, lors de la 16e session ordinaire de la
Conférence de l'Union africaine, Jean Ping annonce la composition de ce panel. Il est composé
des présidents d'Afrique du Sud, Jacob Zuma, de la Mauritanie, Mohamed Ould Abdel Aziz, du
Burkina-Faso, Blaise Compaoré, de la Tanzanie, Jakaya Kikwete et du Tchad, Idriss Deby Itno28.

Les réactions sont variables à la nomination de ce panel. Les Forces nouvelles de Côte d'Ivoire
qui soutiennent Ouattara, déclarent : « [...] les Forces nouvelles appellent le Président sud-
africain, Monsieur Jacob Zuma et l'Afrique du Sud à ne pas s'opposer, ni ruser avec la
Démocratie en Afrique. L'Afrique du Sud ne doit pas jouer le jeu de la confiscation du pouvoir et
des présidences à vie en Afrique29. » Charles Blé Goudé, ministre de Gbagbo et chef des jeunes
patriotes, déclare : « Pour nous, Blaise Compaoré doit être récusé et nous le récusons. Et il n’est
pas le bienvenu en Côte d’Ivoire. Il est un danger pour la sous-région. C’est lui qui a déstabilisé
la Sierra-Léone, le Libéria30. »

Le 21 et le 22 février, 4 des 5 chefs d'États du panel viennent à Abidjan pour rencontrer Laurent
Gbagbo et Alassane Dramane Ouattara31. Blaise Compaoré n'est pas venu. Les jeunes patriotes
s'opposaient à sa présence32. Le 21 février, Didier Depry, journaliste à Notre Voie, journal
ivoirien proche de Gbagbo, se demande s'il n'y avait pas comme but, la dévalorisation de la
politique intérieur de Gbagbo33.

Le 9 et 10 mars, le panel est réuni à Addis-Abeba, Ouattara est présent tandis que Gbagbo se
fait représenter par Pascal Affi N'Guessan, président du Front populaire ivoirien34. Le Conseil
de paix et de sécurité reconnaît l'élection d'Alassane Outtara35.

Opérations militaires

Affrontements à Abidjan

Plan des quartiers d'Abidjan

Depuis le 12 janvier36 et jusqu'à fin mars 201137, des affrontements ont lieu à Abidjan. Ces
affrontements opposent le "Commando Invisible", commandé par Ibrahim Coulibaly dit "IB",
aux troupes loyales à Laurent Gbagbo38. Ces affrontements ont lieu principalement à Abobo,
un quartier ayant majoritairement voté pour Ouattara durant l'élection présidentielle. Mais des
affrontements ont lieu aussi à Adjamé, au nord d'Abidjan, à Yopougon, à Koumassi ou à
Treichville. La Mission de l'ONU en Côte d'Ivoire (ONUCI) accuse les partisans de Laurent
Gbagbo d'avoir tiré sur des civils, faisant une dizaine de morts à Abobo39.

Conflit dans l'Ouest

Quartier Guéré de Douéké détruit par les affrontements.

Début mars 2011, un conflit éclate dans la région de Moyen-Cavally, à l'ouest de la Côte
d'Ivoire. Le 18 février 2011, l'ONUCI se retire de Toulépleu40. Le 6 mars après des combats, les
Forces nouvelles, pro-Ouattara, prennent Toulépleu à des miliciens et des mercenaires libériens
qui avaient attaqués leurs positions41. Le 13 mars, Doké est contrôlé par les Forces
nouvelles42. Le 21 mars, c'est Bloléquin43 après la création des Forces républicaines de Côte
d'Ivoire (FRCI)44. Le 28 mars, c'est la ville de Duékoué qui tombe45, ce qui laisse le champ libre
aux FRCI pour prendre le port de San-Pedro et la capitale politique Yamoussoukro.

Généralisation du conflit

Progression des FRCI

Le 28 mars, parallèlement à l'offensive sur Duékoué, les FRCI attaquent à Daloa, dans le centre-
ouest et à Bondoukou à l'est46, qu'ils contrôlent le 29 mars47. Le 30 mars, les troupes pro-
Ouattara prennent Soubré48, Tiébissou49, Gagnoa50, Guibéroua50, Bocanda50, San-Pédro51
et entrent dans Yamoussoukro52,53.
Le 31 mars, la capitale économique Abidjan est totalement encerclée par les forces pro-
Ouattara. Une grande partie des troupes de l'armée, de la gendarmerie et de la police
abandonnent leurs postes, à l'instar du chef d'état-major, le général Philippe Mangou qui se
réfugie à l'ambassade d'Afrique du Sud avec sa famille. Tandis que les FRCI investissent la ville,
les troupes restées fidèles à Gbagbo, se repositionnent, notamment autour du palais
présidentiel au Plateau et de la résidence présidentielle à Cocody54.

Bataille d'Abidjan

Carte d'Abidjan avec les sites des principaux événements

Dans la nuit du 30 au 31 mars Philippe Mangou, chef d'état-major de Gbagbo, se réfugie avec sa
famille à l'ambassade d'Afrique du Sud55. Le 31 mars, des colonnes de soldats FRCI équipés de
véhicules tout-terrain entrent dans Abidjan56. D'autres parmi eux ont pour mission de
rejoindre l'Hôtel du Golf pour y assurer une meilleure sécurité de ses occupants. Ouattara
déclare un couvre-feu de trois jours57. L'ONUCI prend le contrôle de l'aéroport à la suite du
départ des forces de sécurité ivoiriennes58. C'est le début de la bataille.

Les affrontements et des vandales armés menaçant les étrangers, des patrouilles d'exfiltration
sont menées à partir de la base de la force Licorne à partir du 3 avril afin de regrouper 12 000
Français et plusieurs dizaines de ressortissants libanais59 et d'autres nationalités dont des
diplomates étrangers.

Le 4 avril 2011, la force de l'ONU, l'ONUCI ainsi que la force Licorne de l'armée française en
Côte d'Ivoire, tirent sur des positions pro-Gbagbo, dans le but de neutraliser leurs armes
lourdes, pour, conformément à la résolution 1975 du Conseil de sécurité, protéger les
populations civiles et la force de l'ONU. Elles ont notamment tiré sur le Palais présidentiel, où
sont stockées des armes lourdes60.

L'ambassade de France a subi une attaque dont les auteurs ont été neutralisés, trois gendarmes
français ont été blessés61. Le siège de l'ONUCI a aussi subi une attaque qui a été stoppée dans
le même temps.

À ce stade de la bataille, sur les dix communes d'Abidjan, six sont en cours de sécurisation par
les FRCI et trois sont aux mains des forces pro-Gbagbo (Cocody, Plateaux et Yopougon sont les
lieux principaux de la bataille et assiégés par les FRCI). La commune d'Abobo est restée sous
contrôle du Commando invisible malgré les combats.

Le 11 avril 2011, après dix jours d'intenses combats, l’assaut est lancé contre la résidence
présidentielle à Cocody. Laurent Gbagbo (accompagné de sa famille) est fait prisonnier avec son
épouse Simone par les forces d'Alassane Ouattara, soutenues indirectement par l'ONUCI et la
Force Licorne62 par l'application de la résolution 1975 du Conseil de sécurité de l'ONU. Ils ont
été depuis placés en résidence surveillée dans le nord du pays63 et Odienné64. Selon Alain
Toussaint, porte-parole de Gbagbo, ce dernier a été arrêté par les forces françaises et « remis
aux chefs de la rébellion »65 ; c'est aussi ce que déclare dans un premier temps un porte-parole
à Paris de Ouattara66. Selon l'ONU, « le président sortant s'est rendu aux forces du président
élu »66 après la capitulation de ses partisans sur place contre la nouvelle armée
gouvernementale (FRCI).

Cependant, les partisans de Laurent Gbagbo ne rendent pas tous les armes et le Commando
invisible tarde à se rallier aux FRCI. Alors les combats continuent dans le district d'Abidjan
principalement dans les communes de Yopougon et d'Abobo. En avril 2011, après la défaite
militaire de Laurent Gbagbo, le président Alassane Ouattara somme le « Commando invisible »
de déposer les armes, maintenant que le régime de Gbagbo n'est plus. Devant le refus de
Coulibaly, les forces armées de Ouattara passent à l'offensive contre les troupes du chef rebelle
dans la commune d'Abobo. Le 27 avril 2011, au cours de ces opérations militaires, Ibrahim
Coulibaly, qui avait selon les FRCI « pris en otage toute une famille » et « réagi avec des tirs
nourris », est tué dans les combats. Le 4 mai 2011, les Forces républicaines de Côte d'Ivoire
prennent finalement le contrôle de la vaste commune de Yopougon, dernier quartier tenu par
les miliciens fidèles à l'ancien président67 et des mercenaires libériens. Le même jour, une
décision du Conseil constitutionnel ivoirien proclame Alassane Ouattara président de la
République68 .

Conséquences

Situation humanitaire

Ce conflit entraîne le déplacement de près d'un million de personnes69, principalement depuis


l'ouest ivoirien et depuis Abobo. La destination de ces personnes est d'abord la Côte d'Ivoire
avec 735 000 réfugiés70, le Libéria avec 120 000 réfugiés71 mais aussi vers le Ghana, la Guinée,
le Togo, le Mali, le Nigéria, le Niger, le Bénin et le Burkina Faso70.

Dans l'ouest, à Duékoué, Toulepleu, Bloléquin, un nombre important de morts a été trouvé,
entre 15272 et 800 morts73 à Duékoué ; l'ONUCI parle de 330 morts74. L'origine n'est pas
clairement établie. D'après Sidiki Konaté, porte-parole de Guillaume Soro, ce serait des morts
liés à la bataille de Duékoué72. D'après Toussaint Alain, porte-parole de Laurent Gbagbo à
Paris, c'est la rébellion (les FRCI) qui porte la responsabilité de ce massacre74. D'après l'ONUCI,
deux tiers des morts sont dus à des pro-Ouattara et un tiers aux pro-Gbagbo74. Thomas
Hofnung, journaliste à Libération, parle des dozos pro-Ouattara ou des affrontements ethniques
entre Yacoubas pro-Ouattara et Guérés pro-Gbagbo75. L'association Human Rights Watch parle
de 500 morts pendant une période de quatre mois, majoritairement imputables à « des forces
fidèles au président Gbagbo » ; elle atteste également, depuis qu'Abidjan est majoritairement
sous le contrôle des Forces nouvelles, que les forces d'Alassane Ouattara ont procédé à des
exécutions constituant des crimes de guerre, et dans l'Ouest à des meurtres de civils qui
pourraient, « s'ils se généralisaient ou devenaient systématiques, être qualifiés de crimes
contre l'humanité » 76.

Le jour de l'arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril 2011, le président Alassane Ouattara


annonce sa volonté de créer une commission vérité et réconciliation chargé de faire la lumière
sur les violations des droits de l'homme. Deux jours plus tard, Alassane Ouattara révèle qu'il a
pris contact avec le procureur de la Cour pénale internationale, Luis Moreno Ocampo, pour
engager des investigations sur les massacres survenus pendant la crise ivoirienne77.

Situation économique

L'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) reconnaît Ouattara comme le


vainqueur de l'élection de 201078 Le gouverneur de la Banque centrale des États de l'Afrique
de l'Ouest (BCEAO), Philippe-Henry Dacoury-Tabley, qui assurait toujours le financement de
l'état dirigé par Gbagbo79, est obligé de démissionner le 21 janvier 201180. Gbagbo, pour ne
pas être à court de liquidités, organise la saisie des agences de la BCEAO81.

Le 24 janvier, Ouattara demande et obtient un embargo sur le cacao ivoirien82, qui est mis en
place jusqu'au 8 avril 201183. Alors que les prix avaient baissé avant l'élection à 2 780 dollars la
tonne84, le prix de la tonne de cacao atteint 3 666 dollars en février85. Ouattara déclare que la
crise pénalise l'économie86. Des manifestations de producteurs de cacao ont lieu en février
pour dénoncer l'embargo87,88. Le 9 mars, Gbagbo donne jusqu'au 31 mars aux exploitants de
cacao ivoirien pour reprendre leurs exportations sous peine de sanctions financières89.

Le 9 février, la Bourse régionale des valeurs mobilières d'Abidjan ferme après que des forces
loyalistes à Laurent Gbagbo envahissent ses bureaux90 puis rouvre le lendemain91. Le 15, elle
referme après une réunion du conseil d'administration92. La bourse, le 25, est déplacée
temporairement à Bamako au Mali93.

Durant la semaine du 14 au 18 février, des banques94, notamment la BICICI95, Citibank95, la


SGBCI96, Standard chartered bank97, Access Bank97, la BIAO97, la BACI97, Ecobank98 ferment
leurs agences. Elles invoquent des problèmes d'ordre technique et sécuritaire95,97. Cela
provoque une pénurie de monnaie94 et des difficultés pour l'État ivoirien pour payer ses
fonctionnaires99. Le 17 février, le gouvernement Gbagbo décide de nationaliser la BICICI et la
SGBCI99,100, ce qui permet le paiement des fonctionnaires début mars101.

Le 22 février, la SIR, Société Ivoirienne de Raffinage, n'ayant plus la possibilité d'acheter de


pétrole brut, suspend toutes ses activités jusqu'à nouvel ordre102. Cette raffinerie fournit en
essence, non seulement la Côte d'Ivoire, mais aussi d'autres pays de la région comme le Mali ou
le Burkina Faso102.

À la suite de la fermeture des banques et des ports, les prix de la viande, de l'huile, du sucre et
du gaz ont fortement augmenté103. Les médicaments ne sont plus disponibles103,104.

La crise ivoirienne a aussi un impact dans d'autres pays de la sous-région comme le Mali105 et
le Burkina Faso102,103 ou le Niger103 qui dépendent des ports de Côte d'Ivoire ou de
l'économie ivoirienne.

*Côte d'Ivoire

La Côte d’Ivoire, en forme longue République de Côte d’Ivoire, est un pays membre de l’Union
africaine. D’une superficie de 322 462 km2, elle est limitée au nord par le Mali et le Burkina
Faso, à l’ouest par le Liberia et la Guinée, à l’est par le Ghana et au sud par l’océan Atlantique.
La population est estimée à 26 578 367 hab. (classé 53e habitants en 20154). La Côte d’Ivoire a
pour capitale politique et administrative Yamoussoukro ; Abidjan est son principal centre
économique. Elle a pour langue officielle le français et pour monnaie, le franc CFA. Le pays fait
partie de la CEDEAO.

D’abord protectorat français en 1843 et devenu colonie française le 10 mars 1893, le pays
acquiert son indépendance le 7 août 1960, sous la houlette de Félix Houphouët-Boigny, premier
président de la République. L’économie, essentiellement axée sur la production de café et de
cacao, connaît au cours des deux premières décennies un essor exceptionnel, faisant de la Côte
d’Ivoire un pays phare en Afrique de l'Ouest. En 1990, le pays traverse, outre la crise
économique survenue à la fin des années 1970 et qui perdure, des périodes de turbulence aux
plans social et politique. Ces problèmes connaissent une exacerbation à la mort de Félix
Houphouët-Boigny en 1993.

L’adoption d’une nouvelle Constitution5 et l’organisation de l’élection présidentielle qui, en


2000, porte au pouvoir Laurent Gbagbo, n’apaisent pas les tensions sociales et politiques, qui
conduisent au déclenchement d’une crise politico-militaire le 19 septembre 2002. Après
plusieurs accords de paix, le pays s’engage le 4 mars 2007, dans un nouveau processus de sortie
de crise fondé sur un accord politique conclu à Ouagadougou (Burkina Faso) le 4 mars 20076.

La Côte d’Ivoire est en voie de développement, son indice de développement humain de 0,462
en 2015 place le pays à la 143e position des pays selon leur IDH.
*Étymologie et toponymie

Carte de la Côte d’Ivoire.

La dénomination de « Côte d’Ivoire » est la traduction en français du nom portugais de Costa do


Marfim donné par les commerçants navigateurs en route vers l’Inde, qui apparaît sur les
portulans portugais à la fin du xviie siècle. En octobre 1985 le gouvernement ivoirien a exigé de
tous les pays qu’ils utilisent, pour dénommer officiellement le pays, le nom en français de Côte
d’Ivoire (de manière similaire aux noms de certains pays qui ne sont pas traduits comme Costa
Rica, Sierra Leone, etc.). Ce nom officiel s’écrit sans trait d'union, faisant exception, comme
certains autres noms de pays, aux règles de la typographie française qui prescrivent
habituellement, pour la graphie des noms d’unités administratives ou politiques, des traits
d’union entre les différents éléments d’un nom composé, et une capitale à tous les éléments
(sauf articles…) ce qui donnerait normalement « Côte-d’Ivoire » (voir l'article trait
d'union#Noms des entités politiques et administratives).

Hors des pays francophones, dont le français n’est pas langue nationale, le nom de « Côte
d’Ivoire » en français reste d’usage purement diplomatique, les média et les populations
continuant à s'exprimer usuellement dans leurs propres langues : « Elfenbeinküste » en
allemand, « Costa do Marfim » en portugais, Бе́рег Слоно́ вой Ко́ сти-« Béreg Slonovoï Kosti »
en russe (où Кот д’Ивуа́р-« Kot d'Ivouar » est une transcription phonétique du nom français) ou
象牙海岸 en chinois (où, de même, 科特迪瓦 est un rendu phonétique du nom français) "Costa
de marfil" en espagnol. Depuis 1985, le pays a donc, dans les pays non-francophones, deux
noms : le nom officiel en français sans trait d’union, et un nom vernaculaire selon la langue et
les règles de chaque pays. La Côte d’Ivoire est communément appelée la « terre d’Éburnie »7.

*Langues

Principaux groupes linguistiques de la Côte d’Ivoire.

Le français est la langue officielle de la Côte d’Ivoire et environ 70 % des habitants du pays le
comprennent et le parlent8. Selon l'OIF en 2009, 99 % des habitants de la plus grande ville du
pays Abidjan savent lire, écrire et parler français9.

Le sénoufo (276 000 locuteurs) et le dioula (1 500 000 locuteurs) sont les langues les plus
parlées dans le nord, tandis que le baoulé (3 000 000 locuteurs) et le bété (2 500 000 locuteurs)
sont les langues les plus parlées dans le sud. D’autres langues comme le yacouba (1 183 000
locuteurs) et l’agni (860 000 locuteurs) sont aussi des langues importantes ainsi que le gouro
qui est parlé centre ouest du pays. Ces six ethnies à elles seules représentent 58,03 % des
Ivoiriens. Néanmoins, bien que l’ethnie dioula (en excluant ses parents, malinké, sénoufo,
l'éhotilé et étrangers) ne représente que 2,77 % de la population, sa langue est la plus utilisée
dans les villes et sur les marchés. C’est aussi l’une des premières langues de plusieurs pays
frontaliers.

*Géographie

Topographie de la Côte d'Ivoire.

Topographie

Relief et villes principales de la Côte d’Ivoire.

Le territoire de la Côte d’Ivoire présente l'aspect d'un quadrilatère, dont le sud offre une façade
de 520 km sur l'océan Atlantique10, dans la partie occidentale du golfe de Guinée. Le pays est
caractérisé par un relief peu élevé. Les terres sont constituées en majeure partie de plateaux et
plaines. L’ouest du pays, région montagneuse, présente toutefois quelques reliefs au-delà de
mille mètres (le mont Nimba culmine à 1 752 m11). Hormis cette région, les altitudes varient
généralement entre 100 et 500 mètres, la plupart des plateaux se situant autour de 200 à 350
mètres. Ceux-ci présentent différents aspects. Les plateaux les plus élevés sont rigides dans
leurs formes ainsi que dans leurs matériaux ; ceux de niveaux intermédiaires ont assez souvent
des formes émoussées ; les plus bas présentent quant à eux une certaine rigidité, mais sont
constitués de matériaux meubles. Des étendues énormes et verticales rigoureusement
tabulaires et horizontales sont parfois présentes dans les régions de savanes, mais également
sous les petits accrocs de savanes incluses dans la forêt dense. L’élément dominant de ces
plateaux est constitué par une cuirasse ferrugineuse visible en surface sous forme de dalles de
teinte rouille, mais parfois voilées de sables, de gravillons ou produits plus fins12.

Les eaux, qui couvrent environ 4 462 km2, soit 1,38 % de la superficie totale du pays, sont
constituées au sud par l’océan (Atlantique), les lagunes dont les plus célèbres sont les
complexes Aby-Tendo-Ehy, Ebrié, Grand-Lahou-Lagune Tadio-Makey-Tagba, ainsi que d'eaux
mortes. De nombreux cours d’eau avec souvent des débits extrêmes, drainent tout le territoire.
Au nombre de ceux-ci figurent quatre grands fleuves13 qui sont le Cavally (700 km), le
Sassandra (650 km), le Bandama (1 050 km) et la Comoé (1 160 km). D'autres cours d’eau
importants sont tributaires de ces derniers ou forment des bassins versants indépendants en
tant que fleuves côtiers comme le Tabou, le Néro, le San-Pedro, le Bolo, le Niouniourou, le
Boubo, l'Agnéby, la Mé, la Bia. À cet ensemble s'ajoutent des ruisseaux et plusieurs étendues
marécageuses12.
Géologie

Gneiss, roche métamorphique constituant une des grandes familles des formations cristallines.

Les sols présentent la même apparence que ceux que l’on rencontre en grande partie en
Afrique de l’Ouest : ils sont souvent meubles, parfois indurés, d’un matériau dont la couleur se
situe habituellement dans la gamme des rouges, allant de l’ocre au rouille sombre. Toutefois,
l’empreinte des milieux équatoriaux sur les sols ivoiriens est proportionnellement plus marquée
que dans la quasi-totalité des territoires qui se situent au nord du golfe de Guinée14.

Tout comme le relief, les sols sont influencés de manière souvent déterminante par la
composition des roches. Le soubassement rocheux de la Côte d’Ivoire est diversement
constitué et presque invisible, à l’exception des dômes cristallins. Il est formé en quasi-totalité
par des roches de socle, cristallines ou phylliteuses, présentant divers degrés de
métamorphisation. Les formations cristallines occupent environ les deux tiers du pays et sont
subdivisées en cinq grandes familles par les géologues : les migmatites et les gneiss (anciennes
roches plutoniques, volcaniques ou sédimentaires métamorphosées), les charnockites (granites
à hypersthène) et norites, les « granites baoulé » qui elles-mêmes comprennent plusieurs
variétés de roches, la catégorie des roches riches en minéraux noirs (diorites ou granodiorites)
et les « granites de Bondoukou » (fréquemment granodioritiques mais parfois alcalins
également). Quant aux roches phylliteuses, elles sont essentiellement composées de schistes,
qui divergent en fonction des caractères des sédiments originels qui les ont formés et des
degrés de métamorphismes qu’ils ont subis. Mais elles comprennent également quelques
quartzites et grès-quartzites. Sont assimilées à cette famille les roches communément appelées
« roches vertes » en Côte d’Ivoire (métamorphiques mais d’origine non sédimentaire). Le socle
ivoirien est bordé par une minuscule couverture sédimentaire constituée surtout de sables
argileux d’origine continentale, d’argiles, sables et vase d’origine marine15.

Les sols ferralitiques couvrent la majeure partie du territoire ivoirien. Ils sont notamment
présents dans l’Est, l’Ouest, le Sud, les zones forestière et pré-forestière, les zones de savanes
soudanaises ou sub-soudanaises, les aires septentrionales, etc. Les sols ferrugineux tropicaux
qui se rencontrent sur des roches granitoïdes ont leur extension majeure dans le Nord-Est du
pays, autour de la localité de Bouna et dans l’interfluve entre le haut N’Zi et la haute Comoé.
Les trois dernières classes citées sont beaucoup plus étroitement localisées ; elles sont situées
en topographie accidentée et se rencontrent dans les régions de buttes du Yaouré et de
Bondoukou, de la haute Comoé et dans les chaînes des localités de Sifié, d’Oumé à Fetékro16.

Climat
Compris entre 4° et 10° de latitude nord, le territoire de la Côte d’Ivoire est distant de
l'équateur d'environ 400 km sur ses marges méridionales, et du tropique du Cancer d’environ 1
400 km sur ses frontières septentrionales. Le climat, généralement chaud et humide, constitue
dès lors une transition entre l’équatorial et le tropical17. Équatorial le long des côtes, il est
semi-aride à l'extrême nord. Le pays connaît en général des variations importantes de
température entre le nord et le sud, mais également le long de l’année en fonction des saisons.
Les températures oscillent autour de 28 °C en moyenne. Deux grandes zones climatiques se
côtoient : le climat équatorial et le climat tropical de savane, lui-même plus ou moins sec.

Le climat subéquatorial est caractérisé par des températures de faibles amplitudes de (25 °C à
30 °C), un fort taux d’humidité (de 80 à 90 %) et des précipitations abondantes, qui atteignent à
Abidjan 1 766 mm3 et à Tabou 2 129 mm3. Cette zone connaît deux saisons sèches et deux
saisons humides. La grande saison sèche, chaude, est entrecoupée de quelques pluies et
s’étend du mois de décembre au mois d'avril. La petite saison sèche couvre les mois d'août et
de septembre. Quant aux saisons de pluie, elles s'échelonnent de mai à juillet pour la grande et
d’octobre à novembre pour la petite11.

Le climat tropical de savane humide couvre le nord de la zone forestière du sud et le sud de la
région des savanes. Les températures, à amplitudes plus importantes, y oscillent entre 14 °C et
33 °C avec une hygrométrie de 60 % à 70 % et des précipitations annuelles de 1 200 mm3 à
Bouaké. Cette région climatique connaît également quatre saisons : deux saisons sèches, de
novembre à mars et de juillet à août et deux saisons pluvieuses, de juin à octobre et de mars à
mai11.

Le climat de savane sec concerne principalement la Région des Savanes. Les amplitudes
thermiques quotidiennes et annuelles y sont relativement importantes, de l’ordre de 20 °C, le
taux d’humidité, inférieur à celui du sud du pays, varie de 40 % à 50 %. La zone considérée est
caractérisée par la présence intermittente entre les mois de décembre et février d’un vent frais
et sec, l’harmattan. On y relève deux saisons : l’une sèche, de novembre à juin, ponctuée par
quelques pluies au mois d'avril, et l’autre pluvieuse, couvrant la période de juillet à octobre. Les
précipitations moyennes enregistrées sont de 1 203 mm à Korhogo.

Ces climats induisent quatre grands types de biomes différents, que le WWF désigne par
écorégions. La savane ouest soudanienne, au nord du 8e parallèle, recouvre près du tiers du
territoire. Le tiers sud du pays est lui à cheval sur deux écorégions : à l’ouest l’écorégion de
forêts appelée « forêt de plaine de l’ouest guinéen » ainsi qu’au centre sud et au sud-est
l’écorégion de la forêt de l’est guinéen, séparée par le Sassandra. Entre ces deux zones, la
mosaïque de forêt-savane guinéenne, entrecoupée de zones ripariennes et de zones humides
au centre du pays, présente de nombreux points de forêt sèche assez dense. En outre, le centre
ouest du pays abrite une petite écorégion de montagne appelée forêt de montagne ouest-
africaine. Ces trois zones sont incluses par la Conservation International dans le point chaud de
biodiversité de l’Upper Guinean forests (littéralement de l'anglais « forêt haute-guinéenne »). Il
existe aussi deux mangroves, de l’écorégion de mangrove guinéenne, une à l’ouest d’Abidjan, à
l’embouchure de la Bia et l’autre à l’ouest à l’embouchure du Boubo.

Le climat de Odienné, une ville du nord-ouest, est lui, influencé par la présence des montagnes,
la pluviométrie y est plus élevée avec 1 491 mm3 et les températures y sont plus basses11, que
plus à l’est. La pluviométrie de cette zone est même de 1 897 mm3 à Man.

Faune et flore

L'éléphant, à l’origine du nom du pays.

L'éléphant est fréquemment utilisé dans l'artisanat local.

Le couvert végétal s’est considérablement modifié au cours des années. Le paysage de base,
constitué par les forêts denses, globalement subdivisées en forêts hygrophiles et forêts
mésophiles, occupe à l’origine un tiers du territoire au sud et à l’ouest21. Il est complété par les
forêts claires ou savanes arborées ou boisées, qui s’étendent du Centre au Nord, avec toutefois
de nombreux points de forêt dense sèche. De petites mangroves en outre existent sur la côte.
Depuis la période coloniale, les surfaces de forêts denses ont connu, par le fait de l’homme
(plantations arbustives, exploitations forestières), une importante réduction. Le patrimoine
forestier ivoirien est estimé en 2007 à 6 000 000 hectares22,23 ; il était estimé à près du double
dans les années 192024.

La faune présente une richesse particulière, avec de nombreuses espèces animales (vertébrés,
invertébrés, animaux aquatiques et parasites). Parmi les mammifères, l’animal le plus
emblématique reste l’éléphant, dont les défenses, constituées d'ivoire, ont jadis été une
importante source de revenus. Espèce autrefois abondante en forêt comme en savane,
l’éléphant a été intensément chassé et braconné. Aussi ne subsiste-t-il que dans les réserves et
parcs et en quelques points des forêts où il est côtoyé par les deux espèces d’hippopotames,
celle de savane répandue dans toute l'Afrique, et l'espèce pygmée, localisée aux forêts du pays
et du Liberia voisin, l’hylochère ou sanglier géant, les antilopes et céphalophes, des buffles, des
singes encore nombreux, des rongeurs, des pangolins et des carnivores, parmi lesquels le lion,
la panthère et la mangouste. Les oiseaux, dont plusieurs centaines d’espèces ont été
identifiées, embellissent les paysages. On trouve également de nombreux reptiles (serpents,
lézards, caméléons...), batraciens et poissons d'eau douce, et d'innombrables espèces
d'invertébrés comme des mollusques, insectes (papillons, scarabées, fourmis, termites...),
araignées et scorpions, etc. Certains animaux, célèbres dans la zone plus humide du Sud,
deviennent, à l’image de quelques sous-espèces du Chimpanzé commun, plus rares. Bien
d’autres espèces sont en voie de disparition25.
Protection de l’environnement

Implantation des zones protégées en 2008.

La création et l’aménagement des aires protégées participent de la volonté du gouvernement


ivoirien de protéger l’environnement, notamment le couvert forestier en nette régression et
certaines espèces animales rares ou en voie de disparition. Le ministère ivoirien de
l’Environnement, de la salubrité urbaine et du développement durable assure la mise en œuvre
de la politique de gestion de l’environnement et des aires protégées. Des plans de
réintroduction d’animaux, notamment pour le rhinocéros noir et la girafe qui avaient disparu de
certaines zones ont été menés à bien, par exemple dans la nouvelle Réserve d’Aboukouamékro.
Le gouvernement doit aussi faire face, comme ailleurs, au problème du trafic d’animaux auquel,
de l’avis de certains observateurs, une solution satisfaisante n’a encore pu être trouvée. En
2002 en effet, on a recensé 1 554 kg d’ivoire dans les boutiques pour touristes d’Abidjan26.

En 2008 on dénombre huit parcs nationaux27 et près de 300 réserves naturelles de plusieurs
types dont quinze réserves botaniques28. Six zones protégées sont inscrites à la convention de
Ramsar, trois le sont au patrimoine mondial de l'UNESCO et deux sont des réserves de
biosphère.

Parmi les parcs, figure le Parc national de la Comoé fondé en 1968, qui couvre 1 150 000
hectares et 500 km de pistes carrossables. Il occupe près du quart de la zone forestière du pays
et est l’une des plus grandes aires protégées d’Afrique. Y ont été recensés notamment 75 000
cobes de Buffon, 14 000 bubales, 3 000 hippotragues, 6 000 buffles, 1 200 éléphants, 700
hippopotames et environ 250 lions, mais le parc de la Comoé renferme aussi de très
nombreuses autres espèces d’antilopes comme le céphalophe, dont six familles différentes ont
été identifiées, des singes, des hyènes, des panthères, des mangoustes, d’innombrables
oiseaux. Le Parc national de Taï (350 000 hectares), prolongé au nord par la réserve de faune du
N'Zo (70 000 hectares), est surtout axé sur la préservation de la forêt primaire (forêt vierge). Un
embranchement permet d’atteindre, à l’intérieur de celui-ci, le mont Niénokoué qui le domine,
ainsi que les derniers géants végétaux. Le Parc national de la Marahoué s’étend sur 100 000
hectares29.

Le Parc national du Mont Péko (34 000 hectares) est surtout réputé pour sa végétation : flore
de montagne et forêt primaire. Le Parc national d'Azagny est situé au bord de l’océan à
l’embouchure du Bandama, sur 30 000 hectares essentiellement constitués de savane
marécageuse avec des palmiers, où l’on peut apercevoir des troupeaux d’éléphants et de
buffles. La réserve de faune du Haut-Bandama (123 000 hectares) couvre une zone de savane et
abrite des éléphants, des buffles et antilopes. Le Parc national du Mont Sangbé, d’une
superficie de 95 000 hectares est entièrement situé en zone montagneuse (14 sommets de plus
de 1 000 m dans les monts du Toura) ; il est giboyeux et abrite une flore particulière. Le Parc de
Kossou, né de la nécessité de reloger les animaux menacés de la noyade par la montée des eaux
du barrage de Kossou, s'étend sur 5 000 hectares. Le Parc national du Banco (3 000 hectares),
situé aux portes d’Abidjan, est un exemple de forêt primaire avec des acajous, framirés,
avodirés, niangons, espèces devenues très rares. Le Parc national des îles Ehotilé, un parc marin
créé en 1974 et situé sur la lagune Aby à l’Est d’Abidjan, présente un intérêt particulier pour les
recherches historiques et archéologiques.

*Démographie

La population ivoirienne, comme dans la quasi-totalité des pays en développement, connaît


une croissance rapide. Au cours des derniers recensements effectués en 1975, 1988 et 1998,
elle est chiffrée à 6 709 600, 10 815 694 puis 15 366 672 habitants. Elle est estimée à 23 202
000 en 20124. Cet accroissement rapide est en partie imputable à l’immigration continue de
populations étrangères. Le recensement général effectué en 1998 révèle en effet un taux
d’étrangers de 26 %, soit plus du quart de la population totale. Ces immigrés, en quête de
mieux-être, sont attirés par le développement économique rapide et la stabilité sociale et
politique que connaissait le pays avant le début des crises sociopolitiques et militaires. Ils
proviennent majoritairement des pays voisins membres de la Communauté économique des
États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Malgré la crise politico-militaire de 2002, le pays compte
encore en 2008 de nombreux étrangers originaires de la CEDEAO dont des Burkinabés, de loin
les plus nombreux (environ 2 millions), des Maliens, des Guinéens, des Sénégalais, des
Libériens, des Ghanéens. À ceux-ci s’ajoutent les Libano-Syriens essentiellement commerçants,
quelquefois industriels, des Asiatiques et des Européens. Le pourcentage d'étrangers
naturalisés est de 0,6 %.

La population ivoirienne est en outre multiethnique. Cinq grands groupes ethniques,


comprenant environ une soixantaine d'ethnies, constituent les nationaux d'origine et sont
localisés dans les régions suivantes :

au nord, le groupe voltaïque (gur) ou sénoufos, 13 % de la population ;

au nord-ouest, le groupe mandé du Nord ou malinké, 17,2 % de la population ;

à l’ouest, le groupe mandé du Sud, 8,4 % ;

au sud-ouest et au centre-ouest, le groupe krous, 9,4 % de la population ;

au centre et à l'est, le groupe akans, 41,1 % de la population.


Répartition de la population vivant en Côte d'Ivoire

Composée d'une forte proportion de jeunes (en 1998 les jeunes de moins de 15 ans
représentaient 43 % de la population totale, contre 4 % pour les personnes âgées), la
population ivoirienne est inégalement répartie sur le territoire national. Les variations
s'observent d'une région à l'autre, mais également entre zones rurales et zones urbaines32. Au
détriment de la zone du nord, le sud, l’ouest et l’est sont en effet, en plus des étrangers,
fortement peuplés d’allogènes dont le déplacement est dicté par la recherche de terres arables
ou propices au développement des cultures de rente comme le café et le cacao. Le taux de
peuplement est également élevé dans les zones urbanisées, compte tenu de l’exode des
populations rurales constituées en majorité de jeunes en quête d’emploi. La crise déclenchée
en septembre 2002 a pour sa part accéléré le clivage entre les zones nord et sud. Sur
l'ensemble du territoire en 1998, la densité moyenne est de 48 habitants au km². En zone sud,
zone forestière, elle varie de 53,3 (région du Bas-Sassandra) à 272,7 habitants (région des
lagunes) au km². 57 % de la population vit en milieu rural, les zones urbaines en abritent quant
à elles 43 %. Le taux de croissance de la population urbaine est évalué à 4,2 % entre 1988 et
199832. En 2010, le taux de croissance annuelle de la population est de 2,403 %. Sont
considérées comme villes les localités semi-urbaines de 3 000 habitants au moins, agglomérées,
dotées d'une fonction politique et administrative et au sein desquelles la population active non
agricole est supérieure ou égale à 50 %. Sur cette base, 129 villes sont dénombrées par le
dernier recensement général de la population (1998). Abidjan reste le principal centre urbain et
économique du pays, avec 2 877 948 habitants en 1998. Yamoussoukro (155 803 habitants),
Bouaké (464 618 habitants), Daloa (173 103 habitants), Korhogo (142 039 habitants), Gagnoa
(107 124 habitants), Man (116 657 habitants) et San-Pédro (131 800 habitants), sont également
de grandes villes32.

Par ailleurs, le pays abrite environ 26 400 réfugiés et demandeurs d'asile en 2007, dont 24 200
provenant du Liberia et ayant fui la guerre civile qui y a sévi entre 1989 et 200433. En 18 ans, il
y a eu une très forte croissance des réfugiés car on estime en 2010 le nombre de réfugiés de
plus à 17 458.

*Institutions et vie politique

Dès son accession à l’indépendance, la Côte d’Ivoire, État unitaire, opte pour un régime
présidentiel81. Reconduit par la deuxième république, le régime présidentiel est caractérisé par
la séparation des pouvoirs au sein de l’État : le pouvoir exécutif, le pouvoir législatif et le
pouvoir judiciaire. Le paysage institutionnel ivoirien se compose des organes exerçant ces trois
pouvoirs et d’autres institutions comme le Conseil économique et social et le médiateur de la
République107. Les partis politiques marquent également la vie politique dans le pays.

Pouvoir exécutif

Guillaume Soro, Premier ministre de 2007 à 2012 (au centre).

L’organe chargé de l’exercice du pouvoir exécutif, originairement monocéphale, est depuis


1990108 caractérisé par un bicéphalisme apparent : il a à sa tête le président de la République,
chef de l’État, et un premier ministre, chef du gouvernement. Cette caractéristique, empruntée
au régime parlementaire, n’entame en rien le caractère présidentiel du régime.

Le président de la République est élu au suffrage universel direct, au scrutin majoritaire à deux
tours pour un mandat de 5 ans et est rééligible une fois107. Il est le chef de l’exécutif et est
détenteur exclusif du pouvoir exécutif. Il est garant de l'indépendance nationale, de l'intégrité
du territoire, du respect des traités et accords internationaux. Il est chef suprême des armées,
veille au respect de la Constitution, assure la continuité de l'État. En sa qualité de chef de
l'Administration, il nomme aux emplois civils et militaires. Le président de la République détient
également, en période de crise, des pouvoirs exceptionnels. En cas de décès, de démission ou
d’empêchement absolu, l’intérim du président de la République est assuré par le président de
l’Assemblée nationale pour une durée ne pouvant excéder 90 jours107.

Le Premier ministre est nommé par le président de la République devant lequel il est
responsable, et qui met fin à ses fonctions107. Le Premier ministre ne détient, au regard de la
Constitution, aucun pouvoir exécutif propre. Il supplée le président de la République lorsque
celui-ci est absent du territoire. Contrairement à la pratique prévalant en régime parlementaire,
le Premier ministre ivoirien n’est pas issu de la majorité parlementaire. Les membres du
gouvernement, placés sous son autorité, sont nommés sur sa proposition par le président de la
République. Il dirige et coordonne l'action du gouvernement et peut déléguer certaines de ses
attributions aux ministres107.

L'élection présidentielle qui s'était tenue le 26 octobre 2000 fut remportée par Laurent
Gbagbo109, qui resta en fonction pendant 10 ans sans qu'aucune autre consultation électorale
n’ait eu lieu en vue de la désignation du président de la République. L’exercice du pouvoir
exécutif était, dans ce contexte, influencé par les accords politiques conclus depuis le
déclenchement de la crise politico-militaire en septembre 2002. Dans le cadre de l’exécution du
programme de sortie de crise, des missions spéciales liées à la réunification du pays et de
l’armée, à l’identification des populations et à l’organisation des élections furent assignées au
premier ministre110.

Pouvoir législatif
Maison des députés à Yamoussoukro.

L’organe parlementaire investi du pouvoir législatif est monocaméral ; c’est l’Assemblée


nationale107, dirigée en 2016 par Guillaume Soro. L'Assemblée nationale compte aujourd’hui
225 membres et comprend un bureau, des commissions techniques et des groupes
parlementaires. Les députés qui la composent sont élus au suffrage universel direct pour un
mandat de cinq ans107. L’Assemblée nationale vote la loi et consent l’impôt. Elle a également,
de par la Constitution, un pouvoir de contrôle sur les actions de l’exécutif107. Pour assurer
l'indépendance de l'Assemblée nationale à l'égard des autres pouvoirs et renforcer la liberté du
député, celui-ci bénéficie de certains privilèges juridiques que sont les immunités. Ces
immunités protègent le député dans l'exercice de son mandat parlementaire en le mettant à
l'abri des poursuites civiles ou pénales à l'occasion de votes ou opinions émises par lui dans
l'exercice de ses fonctions. En dehors même de l'exercice de ses fonctions, les poursuites
pénales engagées contre le député pour des faits qualifiés crimes ou délits doivent être
autorisées par l'Assemblée nationale ou le bureau de celle-ci107. Les dernières élections
législatives se sont tenues le 10 décembre 2000111 pour les élections générales, et le 14 janvier
2001112 pour les partielles. L’Assemblée nationale ivoirienne est aujourd’hui dirigée par
Guillaume Soro113.

Répartition des sièges de l’Assemblée nationale pour la 2e législature de la 2e République


(2011-2016).

Le Parlement ivoirien a joué un rôle particulier dans la gestion de la crise politico-militaire en


Côte d'Ivoire. En dépit de la désapprobation affichée par le Président Mamadou Koulibaly vis-à-
vis de l’Accord de Marcoussis, l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire a examiné, durant ses
sessions ordinaires et parfois lors de sessions extraordinaires convoquées à cet effet, une série
de domaines visés par l’Accord. Au total plus d’une douzaine de projets de lois ont été
examinés et votés par le Parlement ivoirien dans ce cadre. Mais la poursuite de son mandat
après l'expiration de celui-ci s'est avérée problématique, car aux termes de la Constitution
ivoirienne, « les pouvoirs de l'Assemblée nationale expirent à la fin de la deuxième session
ordinaire de la dernière année de son mandat. Les élections ont lieu vingt jours au moins et
cinquante jours au plus avant l'expiration des pouvoirs de l'Assemblée nationale ». Aussi bien la
Constitution ivoirienne que le code électoral n’ayant pas prévu le cas où les élections des
députés ne se tiendraient pas dans les délais prescrits, le pays a dû faire face à un vide juridique
qui a suscité une polémique et des opinions controversées des acteurs locaux et non nationaux.

Le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) dans sa Résolution 1633 sur la Côte d’Ivoire note
que le mandat de l’Assemblée nationale prend fin le 16 décembre 2005 et le Groupe de travail
international tire la conclusion que ce mandat n’a pas à être prolongé. En se prononçant contre
la prolongation des mandats parlementaires échus le 16 décembre 2005, le Groupe de travail
international (GTI) a « mis le feu aux poudres » et ouvert un « bras de fer international », selon
certains observateurs114. Le président de la République de Côte d’Ivoire, après avoir sollicité
l’avis du Conseil constitutionnel sur le point de savoir si le défaut d’élections, dû à la situation
de crise que connaît son pays, entraînait la dissolution et la fin des pouvoirs de l’Assemblée
nationale, a obtenu l’avis de cette institution selon lequel l’Assemblée nationale demeurait en
fonction et conservait ses pouvoirs115. En définitive, l'Assemblée nationale a continué ses
activités.

Pouvoir judiciaire

Palais de Justice à Abidjan.

Avant l’indépendance de la Côte d’Ivoire, deux ordres de juridictions cohabitent : des


juridictions françaises appliquant le droit français et une organisation judiciaire de droit
coutumier ou local. Cette dualité est la résultante de la dualité de législation, qui elle-même
repose sur une distinction des statuts régissant les différentes couches de la population. En
effet, la France « offre » aux ressortissants ivoiriens la possibilité de conserver un statut
personnel particulier, par opposition au statut de droit commun reconnu aux Français et
assimilés116.

Au lendemain de l’indépendance, il est procédé à une refonte de l’appareil judiciaire hérité de


l’époque coloniale. L’objectif est de mettre en place une organisation judiciaire moderne et
adaptée aux besoins du pays. La réorganisation concerne le recrutement, la formation de
magistrats et auxiliaires de justice (juges, greffiers, officiers ministériels, avocats, huissiers de
justice, notaires, etc.), mais également les structures. Trois principes gouvernent cette
opération de modernisation : la justice est rendue au nom du peuple ; les juges ne sont soumis
dans l’exercice de leurs fonctions qu’à l’autorité de la loi, leur indépendance étant garantie par
le président de la République ; l’autorité judiciaire est gardienne des libertés individuelles117.

Les juridictions, ainsi que l’administration pénitentiaire, connaissent alors plusieurs évolutions à
partir de 1960. Toutefois, comme dans bien des domaines, l’organisation judiciaire ivoirienne
reste encore influencée par le droit français118,119. Le pouvoir judiciaire est exercé
présentement par des juridictions de premier et de second degré, sous le contrôle de la Cour
suprême. Le Conseil constitutionnel forme, avec la Haute cour de justice, des juridictions
spéciales107.

Organes consultatif et de médiation

Le Conseil économique et social.


Le conseil économique et social est un organe consultatif prévu par la Constitution
ivoirienne107. Il assure la représentation des principales activités économiques et sociales,
favorise la collaboration des différentes catégories professionnelles entre elles et contribue à
l’élaboration de la politique économique et sociale du Gouvernement. Les projets de loi de
programmes à caractère économique et social lui sont soumis pour avis120. Le président de la
République peut consulter cette institution pour tout problème à caractère économique et
social107. Le droit de saisine du Conseil économique et social appartient au président de la
République et au président de l’Assemblée nationale120.

Les membres de l’institution sont nommés pour cinq ans par décret parmi les personnalités qui,
par leurs compétences ou leurs activités, concourent au développement économique et social
de la République. Le Conseil économique et social comprend 125 membres. Il est aujourd’hui
présidé par Marcel Zadi Kessy120.

Le médiateur de la République est un organe de médiation créé par la Constitution107. À


l’image du médiateur français, le médiateur de la République de Côte d’Ivoire est une autorité
administrative indépendante, chargée d’une mission de service public, plus précisément
d’assurer la médiation entre l’administration et les administrés, mais également entre les
administrés eux-mêmes, en vue d’harmoniser les rapports de ceux-ci. Il ne reçoit d’instruction
d’aucune autorité121. Le médiateur de la République est nommé par le président de la
République, après avis du président de l’Assemblée nationale, pour un mandat de six ans non
renouvelable. Il ne peut être mis fin à ses fonctions, avant l'expiration de ce délai, qu’en cas
d'empêchement constaté par le Conseil constitutionnel saisi par le président de la République.
Le médiateur de la République ne peut être poursuivi, recherché, arrêté, détenu ou jugé à
l'occasion des opinions ou des actes émis par lui dans l'exercice de ses fonctions.

Les fonctions de médiateur de la République sont incompatibles avec l’exercice de toute


fonction politique, de tout autre emploi public ou de toute activité professionnelle107. Mais en
pratique, depuis la création de cette institution, Mathieu Ekra est l’actuel médiateur de la
République. Son intérim est actuellement assuré par Lamine Ouattara, médiateur de la région
du Zanzan122.

Partis politiques

Peu avant l'indépendance du pays, pour désigner l'Assemblée territoriale et des conseils
municipaux en 1956-1957, des élections pluralistes sont organisées. Tous les sièges sont
remportés par le Parti démocratique de Côte d'Ivoire, section du Rassemblement démocratique
africain ou PDCI-RDA dans lequel peu de temps après, l'ensemble des autres formations
politiques décide de se fonder sur la base d'un nouveau « consensus national ». Le PDCI-RDA
devient l'unique parti du pays. Une assez éphémère tentative de création d'autres partis
politiques est notée entre 1958-1959 et des crises politiques plus ou moins préoccupantes
jalonnent la période de 1960 à 1990 (Affaire du Sanwi de 1959 à 1966, complot en 1963-1964,
affaire du Guébié en 1970, putsch manqué en 1973), mais la vie politique ivoirienne reste
manifestement dominée durant cette période par le seul PDCI-RDA. La rupture du « consensus
national » est formellement constatée en 1990 après des manifestations populaires. Elle ouvre
immédiatement la voie du retour au multipartisme avec en particulier, l'émergence du Front
populaire ivoirien (FPI). Ainsi, bien que reconnu par la constitution ivoirienne de 1960, le
multipartisme n’est effectif à nouveau en Côte d’Ivoire qu’en 1990123, année au cours de
laquelle plusieurs partis politiques sont créés124.

En 2008, plus d'une centaine de formations politiques sont déclarées dans le pays mais les
partis qui participent à la vie politique sont, pour l'essentiel, le Front populaire ivoirien ou FPI,
socialiste, dirigé par Pascal Affi N'Guessan ; le Parti démocratique de Côte d'Ivoire –
Rassemblement démocratique africain ou PDCI-RDA, droite libérale, dirigé par Aimé Henri
Konan Bédié ; le Rassemblement des républicains ou RDR, centre libéral, dirigé par Alassane
Dramane Ouattara ; et, dans une moindre mesure, l'Union pour la démocratie et la paix en Côte
d'Ivoire ou UDPCI, dirigé par Albert Mabri Toikeusse ; le Parti ivoirien des travailleurs ou PIT,
socialiste, dirigé par Francis Romain Wodié, le Mouvement des forces d'avenir ou MFA, dirigé
par Innocent Anaky Kobéna125. Divers groupes de pression animent également la vie politique.
Le mouvement des Forces nouvelles qui est une composante politique (et militaire) majeure du
pays ne s'est pas constitué en parti politique.

*Organisation territoriale

Centralisation forte à décentralisation poussée

L'organisation administrative territoriale de la Côte d’Ivoire est tributaire de celle mise en place
par le gouvernement français pendant la colonisation. Fortement centralisée et de simple
gestion, elle s'articule, en fin de période coloniale, autour de 19 circonscriptions primaires
appelées cercles et administrées par un commandant de cercle, 48 circonscriptions secondaires
ou subdivisions dirigées par un chef de subdivision, auprès duquel est placé un conseil des
notables, organe quelque peu représentatif des intérêts des populations locales.
L'administration municipale reste également rudimentaire avec, en 1959, 17 communes de
plein ou moyen exercice.

Pour se rapprocher davantage des populations et ainsi assurer un encadrement efficace de


celles-ci, l'administration territoriale de la Côte d’Ivoire, qui repose sur les principes de la
déconcentration et de la décentralisation126 ,127, connaît, au niveau du découpage territorial,
une évolution constante128 ,129 ,130.
Les départements, au nombre de quatre en 1959131, passent progressivement à six, 24, 25, 26,
34, 49, 50 et 55 au cours des années 1963, 1969, 1974, 1975, 1979, 1985, 1987 et 1996, avec un
total de 187 sous-préfectures.

En août 2009, on dénombre 19 régions, 2 districts, 81 départements, 390 sous-préfectures, plus


de 8 000 villages et environ 1 000 communes. La Côte d'Ivoire étant organisée par régions,
communes, départements, conseils généraux et districts avant la fin de la crise post-électorale,
ces attributions donnaient lieu à des conflits de compétences. Selon les nouvelles autorités
ivoiriennes, il était impératif de mettre fin à ces conflits de compétence entre entités
administratives. Les raisons du nouveau découpage administratif : « De 57 conseils généraux
effectifs nous sommes arrivés à un essaimage qui défie toute réflexion méthodique. Nous
sommes passés du simple pratiquement au double : de 57 nous sommes passés à 95 conseils
généraux ! Des offres politiques ont fait que nous nous sommes retrouvés avec ce nombre
pléthorique de conseils généraux de département pour lesquels il faut faire des élections » a
indiqué Bamba Cheik Daniel, directeur de cabinet du Ministère de l’intérieur.[réf. nécessaire]
Les études qui ont permis la redéfinition du découpage administratif de la Côte d’Ivoire ont
semble-t-il[évasif] été menées dans la discrétion et ont été le fruit d’une collaboration entre
des cartographes, des historiens, des fonctionnaires du ministère de l’intérieur et même des
spécialistes en économie.[réf. nécessaire]

Par le décret no 2011-264 du 28 septembre 2011 portant détermination des circonscriptions


électorales pour la législature2011-2016, la Côte d’Ivoire comptera 30 régions, 14 districts dont
deux autonomes132. Le nouveau type de région sera doté d’un conseil régional avec à sa tête
un président élu.

Administration territoriale déconcentrée

Le Préfet, représentant de l'État.

L'administration territoriale déconcentrée se réalise autour des circonscriptions administratives


que sont le district, la région, le département, la sous-préfecture, le village et le
quartier126,133.

Entité administrative de base, le village est composé de quartiers, constitués eux-mêmes par la
réunion des membres d'une ou plusieurs familles et, éventuellement, de campements qui lui
sont rattachés. Il est dirigé par un chef qui, pour être reconnu par l'État, doit être librement
désigné par les populations villageoises selon des règles coutumières, par consensus ou par
tout autre moyen. Le chef du village est l'auxiliaire de l'Administration préfectorale134. Il est
assisté dans sa mission par un conseil de village126.
La sous-préfecture, administrée par un sous-préfet, est la circonscription administrative
intermédiaire entre le département et le village. Elle est constituée par plusieurs villages. Tout
comme le préfet sous l'autorité duquel il est placé, le sous-préfet représente l'État dans sa
circonscription, coordonne et contrôle les activités des agents des services administratifs et
techniques placés sur son ressort territorial ; il supervise en outre l'action des chefs de
village126.

Le département, échelon de relais entre la région et la sous-préfecture, comprend en général


plusieurs sous-préfectures. Il est administré par un préfet chargé du suivi des actions de
développement, de l'exécution des lois et règlements, du maintien de l'ordre, de la sécurité, de
la tranquillité et de la salubrité publics dans sa circonscription126.

La région qui regroupe généralement plusieurs départements, constitue l'échelon de


conception, de programmation, d'harmonisation, de soutien, de coordination et de contrôle
des actions et opérations de développement économique, social et culturel réalisées par
l'ensemble des administrations civiles de l’État. Par délégation du ministre chargé de l'Intérieur,
le préfet de région, comme le préfet de département, exercent un pouvoir de tutelle et de
contrôle à l'égard des collectivités décentralisées126.

Le District est une entité déconcentrée dont les limites territoriales peuvent transcender celles
des départements ou des régions. Le District regroupe plusieurs régions. Le District est
administré par un Gouverneur de District nommé par décret pris en Conseil des Ministres.
Abidjan et Yamoussoukro sont des Disctricts autonomes et regroupent un ensemble de
communes et de sous-préfectures. De création relativement récente, les deux districts
autonomes que compte la Côte d’Ivoire (Abidjan et Yamoussoukro) sont animés par des
gouverneurs nommés par le président de la République, nonobstant le principe de la libre
administration des collectivités territoriales. Pour l'exécution de sa mission, le gouverneur du
district est assisté par le conseil du district, le bureau du conseil du district et le comité
consultatif du district. La commune est un regroupement de quartiers ou de villages. Ses
organes sont constitués par le conseil municipal, le maire et la municipalité126.

Administration territoriale décentralisée

Hôtel communal de Cocody (Abidjan).

Les collectivités territoriales, entités administratives dotées de la personnalité morale et de


l'autonomie financière, sont constituées par la région et la commune135. Elles ont pour
missions, dans la limite des compétences qui leur sont expressément dévolues, d'organiser la
vie collective et la participation des populations à la gestion des affaires locales, de promouvoir
et réaliser le développement local, de moderniser le monde rural, d'améliorer le cadre de vie,
de gérer les terroirs et l'environnement126.
Commune

En Côte d'Ivoire, la commune est une division administrative correspondant généralement à un


territoire constitué de quartiers ou de villages. Sa superficie et sa population peuvent varier
considérablement. Elle a pour missions, dans la limite des compétences qui lui sont
expressément dévolues, d'organiser la vie collective et la participation des populations à la
gestion des affaires locales, de promouvoir et réaliser le développement local, de moderniser le
monde rural, d'améliorer le cadre de vie, de gérer les terroirs et l'environnement126. Le conseil
municipal, le maire et la municipalité constituent les organes de la commune126.

La politique de communalisation, démarre en Côte d'Ivoire par la création, au terme de la loi du


18 novembre 1955136, des trois communes de plein exercice d'Abidjan, de Bouaké et de
Grand-Bassam. Limitée au double plan spatial et fonctionnel, la capacité de telles structures et
organes à imposer un rythme au développement local, s'avère très peu significative et conduit
en 1978137 à une réforme qui voit le jour en 1980. Celle-ci se poursuit en 1985138 par un
accroissement considérable du nombre de communes autant que de leurs champs de
compétences. En 1995, les pouvoirs publics ivoiriens prennent l'option d'élargir un peu plus
l'expérience de la communalisation par l'érection de tous les chefs lieux de sous-préfectures en
communes. La création de communautés rurales est même envisagée mais elle sera
abandonnée avec l'adoption d'une nouvelle constitution en 2000139 qui préserve toutefois le
principe de la libre administration des collectivités territoriales. En 2006, le territoire national
est entièrement subdivisé en circonscriptions communales.

*Économie

Économie générale

Abidjan, capitale économique de la Côte d'Ivoire.

Le taux de croissance de sa production intérieure brute est de 10,2 % entre 1960 et 1965 et de
7,2 % entre 1965 et 1975. Entre 1970 et 1975, alors que ceux de l'Afrique subsaharienne et des
pays riches occidentaux sont respectivement de 4 % et 6 % en moyenne, le taux de croissance
du PIB en Côte d’Ivoire est de 6,8 % par an140. Cette performance particulière s'explique en
partie par la stabilité politique qui la caractérise, contrairement à bon nombre d'États africains.
L'économie présente toutefois des symptômes révélateurs d'une faiblesse structurelle : elle est
en effet caractérisée par une forte dépendance extérieure et présente des inégalités de
productivité dans ses différents secteurs140,141.
La chute des cours des produits agricoles de base constitués par le café et le cacao, principaux
produits d'exportation qui dominent l'économie du pays, entraîne une récession économique à
la fin des années 1970142. La crise économique perdure encore au cours des années 1990,
produisant des conséquences sociales néfastes. En janvier 1994, la dévaluation de 50 % du
franc CFA ramène un taux de croissance positif de 6 % pendant deux années consécutives,
grâce notamment aux mesures d'accompagnement adoptées par la communauté financière
internationale143. Les programmes d'ajustement structurels mis en place par les partenaires
extérieurs que sont le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, conduisent à
l'adoption de mesures drastiques de restriction budgétaire et de redressement économique par
le gouvernement, sans grand succès. Les arriérés de paiement des dettes contractées auprès de
ces institutions, ainsi que les problèmes de gouvernance liés à l'exécution des projets financés
par l'Union européenne, conduisent, à la fin des années 1990, à une rupture du partenariat
avec lesdites institutions.

L'impact négatif de cette situation de gouvernance sur l'économie est aggravé par le coup de
force militaire de décembre 1999 et l'instabilité politique qui en résulte. Le taux de croissance
de l'année 2000 est négatif : -2,3 %143. Le pays va connaître une décennie de guerre civile, puis
des affrontements armés et sanglants après l'élection présidentielle de 2010. Depuis 2004, la
Côte d’Ivoire enregistre des taux de croissance réelle positifs (+1,6 % en 2004, +1,8 % en 2005
et 1,2 % en 2006) qui restent toutefois en dessous du taux de croissance de la population,
estimé à 3,3 %. Le taux d’inflation oscille entre 1,4 % à 4,4 %. Le service de la dette réglée qui
représente 10,68 % des exportations en 2000, est réduit à 5 % des exportations en 2003, 3,3 %
en 2004 et 1,45 % en 2005, traduisant ainsi les difficultés de l’État à tenir ses engagements
extérieurs. Ces difficultés persistent malgré la hausse du niveau des exportations, passées à
37,9 % en 2000 et à 47,8 % du PIB en 2005143.

Le nouveau président Alassane Ouattara est un économiste international reconnu. Le pays,


encouragé par une nouvelle stabilité politique, peut espérer retrouver d'abord la confiance en
lui-même pour mener les nombreuses réformes nécessaires puis la confiance des grandes
organisations internationales et des autres pays. Parmi les points les plus urgents, la
compétitivité de ses activités principales, la création d'un environnement administratif et
bancaire propice aux affaires, la réhabilitation et la modernisation des infrastructures (réseau
téléphonique, routes et port, énergie). Avec le redémarrage des activités, la prévision de
croissance du PIB est passée de 4,5 % à 8,6 % en 2012144,145, après une baisse de 4,7 % en
2011. L'agriculture vivrière, l’élevage, l’extraction minière, l’exploitation pétrolière et la
compétitivité des exportations connaissent certes une embellie, mais les performances du
secteur productif sont contrariées par l’accroissement de la dette intérieure143. Cependant en
juin 2012, le FMI, la Banque mondiale et le Club de Paris ont approuvé une réduction de la
dette extérieure de 64,2 % soit 8,18 milliard de dollars.
Secteurs

Café (cerises).

L’économie ivoirienne reste dominée par l’agriculture. Après avoir été classée troisième
producteur mondial de café pendant près de trente ans, la Côte d’Ivoire connaît une baisse de
production, passant de 250 000 tonnes en 1990 à 145 000 tonnes en 1994, pour ensuite
remonter à une production de 250 866 tonnes en 2003-2004146. Elle en est aujourd’hui le
septième producteur mondial. La Côte d’Ivoire est, avec 40 % de la production de cacao, le
premier producteur mondial devant le Ghana147. La production nationale atteint 1,335 million
de tonnes en 2003-2004, la part des exportations étant de 1,060 million de tonnes pour la
même période147. On surnomme la Côte d'Ivoire la « République du cacao ».

Producteur de palmier à huile et de cocotier, la Côte d’Ivoire est classée parmi les trois premiers
producteurs de coton dans la sous-région148 avec 105 423 tonnes de coton fibre exportées en
2004 principalement vers la Chine, l'Indonésie, la Thaïlande et Taïwan. Le pays produit
également de l'hévéa et a également la particularité d’être le premier producteur mondial de
noix de cola avec une production totale de 65 216 tonnes149.

Le cacao, le café, la canne à sucre, l’ananas, la banane, la noix de cajou et l'huile de palme
jouent un rôle important dans les exportations en Côte d’Ivoire, malgré la remise en cause des
quotas par l'Organisation mondiale du commerce. Ils sont exportés en grande partie vers
l’Europe comme le sont les productions fruitières (mangue, papaye, avocat et agrumes de
bouche). La pomme de cajou (anacarde), essentiellement localisée dans le nord du pays,
s’étend depuis quelques années au centre et au centre-ouest du pays. En 2006, les productions
de noix de cajou sont de 235 000 tonnes et les exportations de 210 000 tonnes149.

Les cultures vivrières restent un appoint économique important pour le pays qui produit
notamment dans ce domaine du maïs (608 032 tonnes sur 278 679 hectares), du riz (673 006
tonnes sur 340 856 hectares), de l’igname (4 970 949 tonnes sur 563 432 hectares), du manioc
(2 047 064 tonnes sur 269 429 hectares), de la banane plantain (1 519 716 tonnes sur 433 513
hectares)150. Des productions de citron, de bergamote et de bigarade sont également notées,
mais en quantité plus faible151.

À la fin des années 1990, les « compagnies juniors » canadiennes, investies dans plus de 8000
propriétés minières, dans plus de 100 pays, pour la plupart encore à l’état de projet152
multiplient les contrats avec des pays africains. En 2011, les intérêts miniers canadiens en Côte
d’Ivoire étaient évalués à 15 millions de dollars et un accord a été signée le 27 septembre entre
les deux pays pour fournir une protection accrue aux entreprises canadiennes menant des
activités en Côte d’Ivoire153.
Le développement de l'élevage reste un objectif pour le Gouvernement154, mais des
importations sont encore nécessaires à la satisfaction de la consommation nationale en
produits animaliers155. Malgré la fermeture de la chasse, décidée en 1974 pour permettre la
reconstitution du potentiel faunique, le gibier occupe toujours une part importante de cette
consommation156. Pour combler le déficit en produits halieutiques, L'État encourage la
création de piscines aquacoles, mais doit procéder à des importations de poissons, dont la
quantité s'élève en 2000 à 204 757 tonnes157.

La principale ressource naturelle de la Côte d'Ivoire est le bois, d'ailleurs le pays en exporte plus
que le Brésil. Le rythme de la déforestation, peut être le plus important du monde, risque de
poser à court terme des problèmes importants, tant écologiques, qu'en perte de matière
première indispensable, qu'en termes de perte de revenus d'exportation. En 2008, environ dix
pour cent seulement des terres sont arables, mais ce chiffre est en constante augmentation
depuis l'indépendance jusqu'au début des années 2000. Il l'est même d'une façon quasiment
linéaire depuis le début des années 1970 où il n'était que de 5 %158 jusqu'en 2003 et stagne
depuis cette date.

En 2005 l'industrie ivoirienne constitue seulement 23,1 % de la production intérieure brute


(contre 24,5 % en 2000)159. Elle affiche un déséquilibre structurel caractérisé par la domination
numérique des petites et moyennes entreprises. Toutefois, en dépit des difficultés auxquelles
elle se trouve confrontée, elle reste la plus diversifiée dans la sous-région ouest-africaine et
représente 40 % du potentiel industriel de l’UEMOA160. Au vu de la diminution des terres
cultivables et du bas prix des matières premières principales (café, cacao), la Côte d'Ivoire a
entamé depuis quelques années le virage vers l'industrialisation, convaincue que c'est de cette
façon qu'elle pourra sortir de la pauvreté. Depuis lors donc, elle a commencé l'exploitation de
ces ressources minières et pétrolières, encourageant aussi la transformation sur place des
produits de l'agriculture (café, cacao) à travers l'inauguration d'unités nouvelles de
transformation de cesdits produits.

*Éducation

Cycles primaire et secondaire

Une vue de l'entrée de l'École nationale de statistique et d'économie appliquée d'Abidjan.

Le système éducatif ivoirien fondé sur le modèle hérité de la France161 institue dès les
lendemains des indépendances, une école gratuite et obligatoire, afin d’encourager la
scolarisation des enfants en âge d'aller à l'école. Ce système intègre aux cycles habituels du
primaire, du secondaire et du supérieur, un niveau préscolaire couvrant trois sections (petite
section, moyenne section et grande section). En 2001-2002, avant la crise politico-militaire, 391
écoles maternelles, aussi bien privées que publiques, fonctionnent sur toute l’étendue du
territoire162. En 2005, sur la seule zone contrôlée par les forces républicaines, il est enregistré
600 écoles maternelles animées par 2 109 enseignants qui encadrent 41 556 élèves162.

Le cycle primaire comprend six niveaux (cours préparatoires 1re et 2e année, Cours élémentaire
1re année, Cours élémentaire 2e année, cours moyen 1re année, cours moyen 2e année) ; il est
sanctionné par le Certificat d’études primaires élémentaires et un concours d’entrée en classe
de 6e des lycées et collèges. En 2001, le ministère de l’Éducation nationale compte 8 050 écoles
primaires publiques tenues par 43 562 enseignants pour 1 872 856 élèves et 925 écoles privées
qui emploient 7 406 enseignants pour la formation de 240 980 élèves162.

En 2005, l'on dénombre 6 519 écoles primaires dont 86,8 % sont publiques, avec 38 116
enseignants et 1 661 901 élèves162.

55 % de la population de 6 à 17 ans et 61 % des filles de ce groupe d’âge sont en dehors de


l’école163. Le faible taux de scolarisation des filles conduit l’État à développer, dans les années
1990, une politique spécifique pour la scolarisation de la jeune fille. En mars 1993, en
collaboration avec le ministère de l’Éducation nationale, la Banque africaine de développement
met en place un projet dit « Projet BAD éducation IV » pour améliorer la qualité de
l’enseignement, accroître le taux de scolarisation en général et celui des filles en particulier163.

En ce qui concerne l’enseignement secondaire subdivisé en deux cycles, il comprend quatre


classes pour le premier cycle et trois pour le second. Ce niveau d'enseignement est «
caractérisé par une nette domination du privé ». En 2005 en effet, sur les 522 établissements
secondaires que compte le pays, 370 appartiennent au secteur privé162. Le ministère ivoirien
de l’Éducation nationale enregistre au total un effectif de 660 152 élèves pour 19 892
enseignants en 2005, secteurs privé et public confondus, contre 682 461 élèves pour 22 536
enseignants en 2001-2002, avant le déclenchement de la guerre162. Le taux de scolarisation au
secondaire ivoirien est de 20 %164. Les études secondaires sont sanctionnées pour le premier
cycle par le Brevet d’études du premier cycle (BEPC) et pour le second par le baccalauréat.

Enseignement supérieur, technique et professionnel

Avant 1992, l’enseignement supérieur est presque entièrement l'affaire de l’État, avec 24 % de
taux de scolarisation. Depuis quelques années, plusieurs universités et grandes écoles de
formation technique privées ont vu le jour. En 1997-1998, l’enseignement supérieur compte
trois universités publiques165, quatre grandes écoles publiques, 7 universités privées, 47
établissements privés, et 31 établissements supérieurs de formation post-baccalauréat
rattachés à des ministères techniques autres que celui de l’enseignement supérieur166.
Siège du Fonds de développement de la formation professionnelle à Abidjan (Treichville).

Au cours des années 1960, l’État ivoirien crée plusieurs établissements d'enseignement
secondaire et supérieur technique, pour assurer la formation de cadres spécialisés. En 1970,
l’ouverture de l’Institut national supérieur de l'enseignement technique (INSET) et plus tard de
l’École nationale supérieure des travaux publics (ENSTP) à Yamoussoukro permet de former sur
place des techniciens de niveau supérieur167 ,168. Aujourd’hui, ces écoles sont regroupées et
forment l’Institut national polytechnique Félix Houphouët-Boigny (INPHB). Un grand nombre
d'établissements d’enseignement technique et professionnel privés sont implantés sur
l'ensemble du territoire. La question de la compétence et du niveau de qualification des
enseignants chargés de la formation et de l'encadrement des élèves fréquentant ces écoles
privées s'est maintes fois posée. Il y a lieu toutefois de relever qu'elles apportent un soutien
indispensable à l’État, les équipements publics en matière d'éducation étant à l'heure actuelle
insuffisants et parfois inadaptés pour la couverture totale des besoins. Une loi votée en
1995169 réglemente le secteur de l'enseignement supérieur privé et institue des mesures en
vue de renforcer les établissements concernés. Les réformes touchent certaines structures
existantes comme l’Institut pédagogique national de l’enseignement technique et professionnel
(IPNETP), l’École normale supérieure (ENS), l’Agence nationale de la formation professionnelle
(Agefop) et le Fonds de développement de la formation professionnelle (FDFP).

En 2004-2005, le nombre d’établissements de l'enseignement supérieur et de la recherche


scientifique est de 149 avec 146 490 étudiants, dont 35 % de filles165. Ces établissements, dont
les installations sont devenues vétustes, ont toutefois une capacité d'accueil limitée, eu égard
au nombre d'étudiants.

L’école ivoirienne connaît des remous récurrents depuis 1990. Les tentatives d'explication des
crises qui affectent l'enseignement se réfèrent à la vétusté des infrastructures et équipements,
à l'insuffisance de l'effectif des enseignants, mais également à la formation jugée inadaptée au
marché de l’emploi. Le nombre de jeunes sans formation et sans emploi est évalué en 2008 à
plus de 4 millions170. Pour résoudre ce problème crucial de l'emploi des jeunes, plusieurs
pistes sont explorées par les pouvoirs publics : la création d'emplois, ou l'exhortation à la libre
entreprise. Adapter le système éducatif aux contraintes du marché de l’emploi, mais également
former des formateurs capables d’assurer la relève du corps enseignant, constituent des
objectifs à court terme pour la politique de l'éducation en Côte d’Ivoire168.

*Santé

Personnel et infrastructures
Centre hospitalier universitaire de Cocody (Abidjan).

La Côte d’Ivoire dispose au plan infrastructurel d’une couverture sanitaire relativement


importante en comparaison aux pays de la sous-région de l'Afrique de l'Ouest171. Toutefois,
seules deux régions administratives (sur les dix-neuf que compte le pays) possèdent des centres
hospitaliers universitaires (CHU). Il s'agit des CHU de Cocody, Treichville et de Yopougon à
Abidjan (Région des Lagunes) et du CHU de Bouaké (Région de la Vallée du Bandama). Les
autres régions sont dotées de centres hospitaliers régionaux (CHR) tandis que, dans les autres
agglomérations, sont installés des centres de santé soit urbains, soit ruraux dans les cas des
communautés villageoises172.

À ceux-ci s'ajoutent des formations spécifiques dont les plus connues sont les hôpitaux
militaires de Bouaké et d’Abidjan, l’hôpital des fonctionnaires au cœur du Plateau, les
léproseries de Manikro (Bouaké), de Daloa et Man et l’hôpital psychiatrique de Bingerville. Ces
formations sanitaires publiques, qui sont appuyées par un faisceau assez diversifié d'hôpitaux
et de cliniques privées, sont cependant confrontées à de sérieux problèmes s'agissant du
matériel médical, mais également des effectifs qui restent encore faibles : un médecin pour 9
908 habitants, un infirmier pour 2 416 habitants, une sage-femme pour 2 118 femmes en âge
de procréation172. Chaque année de nouveaux cadres supérieurs de la santé formés dans les
universités de Bouaké et d’Abidjan et de nouveaux agents de santé issus des Instituts de
formation des agents de la santé (INFAS) sont mis à la disposition des formations sanitaires du
pays. Pourtant, la situation sanitaire du pays est jugée préoccupante et l’accès aux soins de
santé difficile173.

Impact de la crise

Centre de santé urbain dans un quartier de Bouaké.

La pauvreté s’est aggravée depuis 1999 avec le début des crises politico-militaires. En Côte
d'Ivoire l'indice de pauvreté humaine – la proportion de personnes en dessous du seuil de
développement humain admis – atteint 40,3 % en 2004, classant ainsi le pays au 92e rang sur
108 pays en développement174. Cette situation a un impact négatif sur la santé des
populations : le nombre de malades s’est accru, passant de 17 242 en 2001 à 19 944 en 2005.
La situation épidémiologique est caractérisée par une prépondérance des maladies
infectieuses, à l'origine d’un taux de morbidité de plus de 50 à 60 % et d’un taux élevé de
mortalité estimé à 14,2 pour 1 000 ; ce sont essentiellement l’infection à VIH/SIDA, la
tuberculose et le paludisme. La première cause de consultation chez les adultes et de décès
chez les enfants de moins de 5 ans demeure le paludisme175.

Les efforts engagés par l’État depuis 1996 dans le cadre du programme national sanitaire, visant
à améliorer la santé des populations pour l’adéquation entre l’offre et la demande des services
de santé, ont été annulés par la guerre ; et, du fait de la guerre, les ressources de l’État ont
diminué, limitant celles allouées à la santé à seulement 7 % du budget national. La couverture
vaccinale reste cependant bonne et a permis l’éradication de plusieurs maladies
endémiques175.

La situation reste par contre assez alarmante s'agissant des IST et MST pour lesquelles la frange
de la population la plus touchée est féminine. Il a été observé que 7 % de la population
ivoirienne était infectée en 2003, soit 570 000 personnes vivant avec le VIH, pour 47 000 décès
par an176,177. Ces chiffres sont en hausse et demeurent une préoccupation pour le Ministère
de la lutte contre le SIDA178, spécialement créé pour faire face au fléau. Le coût des soins de
santé et des médicaments, l'absence ou la vétusté du matériel médical et parfois le déficit en
personnels soignants, conduisent les populations pauvres vers les thérapies naturelles et la
médecine traditionnelle axée sur les plantes. Ces mêmes raisons expliquent le phénomène de
plus en plus inquiétant des « pharmacies de rue », constituées par des vendeurs ambulants de
médicaments souvent prohibés179 ,180.

Le taux de croissance de la population est estimé en 2008 à 1,96 %, celui des naissances à 34,26
pour 1 000, le taux de décès à 14,65 pour 1 000 et l'espérance de vie à 49,18 ans, dont 46,63
ans pour les hommes et 51,82 ans pour les femmes176.

*Société

La forte poussée démographique enregistrée dans les zones urbaines, l’exode des populations
allogènes et étrangères vers des terres propices aux cultures de rente notamment, ainsi que la
jeunesse de la population ivoirienne, contribuent à l’émergence ou à l’exacerbation des
problèmes liés à l’emploi, aux conflits fonciers, à l’habitat et à l’environnement. Constituées en
vue d’apporter un appui aux pouvoirs publics pour la conduite d’actions de développement en
faveur des populations, les organisations non gouvernementales peinent à remplir leurs
missions173.

Emploi

En 2009, la population active en Côte d’Ivoire est globalement estimée à 7,463 millions de
personnes30. Au cours de cette même année, il est dénombré 285 000 fonctionnaires après les
mesures de dégraissage de la fonction publique mises en œuvre une décennie plus tôt, en
exécution de la politique d’ajustement structurel prescrite par le Fonds monétaire international
(FMI) et la Banque mondiale et ce, pour réduire l’impact des salaires sur le budget de l’État. Cet
effectif qui a très peu varié au cours des dernières années laisse une place plus importante au
secteur privé qui emploie quant à lui 498 906 salariés en 2002, contre 556 678 en 1998181, la
baisse enregistrée étant la conséquence des crises à répétition que connaît le pays depuis 1999.
De nombreuses entreprises ont fermé ou délocalisé leurs activités, notamment dans le gros
domaine de l’industrie touristique, du transit et de la grosse banque.

Les structures publiques ou privées, pourvoyeuses d’emplois salariés, ne peuvent toutefois


absorber qu’une proportion relativement faible de la population en âge de travailler182. Or,
celle-ci connaît une augmentation en rapport avec la croissance démographique et la structure
de la population ivoirienne, constituée d’un fort pourcentage de jeunes. Le nombre de sans
emplois (population en quête d’un premier emploi) et de chômeurs générés par la crise
économique reste donc important et la question de l’emploi demeure en Côte d’Ivoire, un
problème crucial de développement183.

L'une des solutions envisagées pour remédier au problème du chômage réside dans la
diversification des emplois, par la création d’activités indépendantes génératrices de revenus,
en complément des emplois salariés183. Il est noté une multiplication des petits métiers et
emplois précaires. Le secteur agricole, animé par 3 893 893 personnes avec 7,5 % de salariés,
comprend 52 % de travailleurs indépendants, 40,2 % de travailleurs familiaux ; 0,3 % sont
constitués par d’autres intervenants. La population agricole représente 2/3 de la population
ivoirienne active, avec 45 % de femmes plus actives dans le domaine maraîcher, pour 55 %
d’hommes plus présents dans l’agriculture d’exploitation181. Le secteur informel présente
également un certain dynamisme et concerne tant l’agriculture, les services que l'industrie. Il
occupe 4 107 595 personnes en 2002, contre 1 698 300 personnes en 1995, soit une
augmentation de 142 % en 7 ans. Cette forte croissance est due à la politique d’auto-emploi
prônée par le gouvernement ivoirien depuis le début de la crise économique, mais également à
la saturation du marché du travail salarié. En dépit de ces évolutions jugées positives, le taux de
chômage reste élevé. En 2002, il représente 6,2 % de la population active, soit 402 274
chômeurs sur une population active de 6 502 115181.

Conflits fonciers, habitat et environnement

La forte poussée démographique dans les zones forestières, propices au développement des
cultures d’exportation que constituent le café et le cacao, n’est pas sans conséquence sur
l’évolution des zones d’accueil. Le couvert forestier et les terres arables connaissent une
réduction rapide et importante, due à l’exploitation massive. La pression s’accroît
inévitablement autour des terres disponibles, entraînant des conflits entre autochtones et
allogènes issus d’autres régions du pays, mais également entre autochtones et étrangers184.
Plusieurs régions du pays sont concernées par ces conflits, qui mettent souvent à mal la
cohésion sociale. Ils font, dans la quasi-totalité des cas, l’objet de résolution pacifique, grâce à
l’implication des autorités administratives, politiques et coutumières185.
Dans ces mêmes zones, la forêt est l’une des principales victimes de la croissance
démographique du pays. Elle subit des agressions multiples dues à la mutation du mode de
production agricole évoluant d'une agriculture de subsistance vers des cultures commerciales
ou pérennes, dévoreuses de terres et d’arbres, mais également défavorables à la
biodiversité184. Le surpeuplement des zones urbaines dû aux migrations de populations,
affecte également l’environnement dans les villes. Les actions des autorités décentralisées se
révèlent inefficaces face aux problèmes liés à l’hygiène et la salubrité publiques en zone
urbaine. Abidjan, capitale économique du pays, croule sous le poids des ordures ménagères et
doit faire face à une pollution de l'air et des eaux lagunaires. Un ministère chargé de la salubrité
et de la ville a été spécialement créé en avril 2007, pour aider à la résolution de ce problème
qui se pose dans un contexte de déficit de logements. Dans les grandes agglomérations
urbaines, l’offre d’habitats à loyers modérés demeure nettement en deçà des besoins exprimés.
La situation précaire de nombreux immigrés, la guerre et l’exode des populations fuyant les
zones de conflits ont conduit à la prolifération des bidonvilles, caractérisés par des habitats
insalubres notamment à Abidjan et dans sa banlieue183.

Problèmes sociaux et ONG

Le mouvement associatif, marqué au début des années 1990 par un accroissement rapide du
nombre des Organisations non gouvernementales (ONG) connaît à nouveau une recrudescence
depuis le déclenchement de la crise armée en septembre 2002. L'action des ONG couvre des
domaines variés de la vie sociale tels la sensibilisation et le soutien aux personnes vivant avec le
VIH-SIDA, l’aide aux victimes de la guerre, l'encadrement des orphelins ou des enfants de la rue,
l'aide aux femmes battues. Certaines associations mènent plutôt des actions à caractère
politique, orientant leurs opérations vers le soutien aux formations politiques, la défense des
droits de l'homme ou l'animation d'espaces de discussion de rue. Considérées par les citoyens
comme des recours fiables contre les dysfonctionnements des programmes sociaux et
politiques mis en œuvre par le gouvernement, ces organisations essaiment l'ensemble du
territoire national et semblent traduire une certaine vitalité de la société civile ivoirienne.
Toutefois, une observation de la vie des associations révèle, pour certaines d'entre elles, que la
perspective de financements et d'appuis matériels intérieurs ou extérieurs, constitue la
principale motivation. Des cas d’extorsion de fonds et d’escroquerie ont pu être enregistrés.

Criminalité

La Côte d'Ivoire, avec 56,9 meurtres pour 100 000 habitants, arrive troisième au niveau mondial
juste derrière le Honduras et le Salvador et en tête de l'Afrique pour le taux de meurtres. Des
données que n'expliquent pas uniquement la crise postélectorale des premiers mois de
2011186. Ce nombre d'homicides aurait depuis grandement diminué avec un taux de 10,4 pour
100 000 en 2012187.
Langues et vie sociale

La Côte d'Ivoire est membre de l'Organisation internationale de la francophonie. De plus, les


villes d'Abidjan, Bouaké, Grand Bassam, Yamoussoukro de même que l'Union des Villes et
Communes de Côte d'Ivoire sont membre de l'Association internationale des maires
francophones188.

De la littérature aux monuments

La Côte d’Ivoire présente une littérature abondante, riche de sa diversité de style et de ses
proverbes, soutenue par des infrastructures éditoriales relativement solides et des auteurs de
différentes notoriétés. Les plus célèbres de ces auteurs sont Bernard Dadié, journaliste,
conteur, dramaturge, romancier et poète qui domine la littérature ivoirienne dès les années
trente, Aké Loba (L'Étudiant noir, 1960) et Ahmadou Kourouma (Les Soleils des indépendances,
1968) qui a obtenu le Prix du Livre Inter en 1998 pour son ouvrage devenu un grand classique
du continent africain En attendant le vote des bêtes sauvages189. À ceux-ci s'ajoute une
deuxième génération d'auteurs de plus en plus lus dont Véronique Tadjo, Tanella Boni, Isaie
Biton Koulibaly, Maurice Bandaman, Camara Nangala...Une troisième génération se signale déjà
avec des auteurs tels que Sylvain Kean Zoh (La voie de ma rue, 2002) et (Le printemps de la
fleur fanée, 2009) ou Josué Guébo (L'or n'a jamais été un métal, 2009) et (Mon pays, ce soir,
2011).

L'art ivoirien se caractérise par de nombreux objets usuels ou culturels (ustensiles, statues,
masques…) réalisés dans diverses matières et dans diverses parties du pays par chacun des
groupes culturels qui témoigne de son art de vivre par ses réalisations. Ainsi, des matériaux tels
le bois ou le bronze, le raphia ou le rotin ou encore le bambou permettent la réalisation de
vanneries, sculptures, meubles d’art, statues et masques.

Les masques Dan, Baoulés, Gouros, Guérés et Bétés sont les plus connus. L’art du tissage est
également partagé par les Baoulés et les Sénoufos qui sont en outre reconnus pour leur
peinture sur tissu. Des figurines de cuivre servant autrefois à peser l’or sont aujourd'hui
utilisées comme ornementation, particulièrement dans l'aire culturelle Akan. Mais la danse,
soutenue par une variété d'instruments de musique (tam-tams, balafons), reste une pratique
largement partagée par tous les peuples ivoiriens traditionnels. Certaines danses ont acquis une
célébrité nationale : le Temate de Facobly, la danse des échassiers de Gouessesso et Danané, le
Boloye du pays sénoufo, le Zaouli du pays gouro. Il convient également de citer les poteries
artistiques fabriquées notamment par des femmes, et entièrement réalisées à la main. Les
poteries de Katiola sont les plus célèbres du pays. Ce patrimoine culturel est abondant et
disponible. De nombreuses œuvres traditionnelles (surtout les sculptures) sont vendues aux
touristes de passage dans les villes balnéaires comme Grand-Bassam ou Assinie. D'autres
encore sont exposées dans des galeries d'art ou au musée des civilisations d'Abidjan.

Des peintres tels que Gilbert G. Groud ou Michel Kodjo exposent assez fréquemment des
œuvres de notoriété, alors que la bande dessinée est dominée par Zohoré Lassane, caricaturiste
et fondateur du journal d'humour et de satire Gbich !.

La Côte d’Ivoire possède une grande variété de monuments historiques. Grand-Bassam,


première capitale de la Côte d’Ivoire, abrite le palais du Gouverneur, siège du premier
gouvernement à la colonie des Français à la République de Côte d’Ivoire, pré-fabriqué en
France, avant d'être reconstruit et amélioré en Côte d’Ivoire en 1893. La ville compte
également au nombre de ses bâtiments pittoresques de style colonial, la maison Varlet et la
maison Ganamet appartenant à l'époque à de riches commerçants et dont l'architecture
intègre des matériaux locaux de construction.

Cathédrale Saint-Paul d'Abidjan.

À Abidjan, la cathédrale Saint-Paul présente une architecture très particulière et contient deux
pans entiers de vitraux représentant l'arrivée des missionnaires en Afrique. À Yamoussoukro, la
basilique Notre-Dame-de-la-Paix inaugurée et consacrée par le Pape Jean-Paul II en 1990, est
une réplique de la basilique Saint-Pierre de Rome et peut accueillir, dans sa partie centrale 18
000 personnes dont 7 000 assises, 30 000 personnes debout sur son parvis et plus de 150 000
personnes debout dans l'espace compris entre les colonnes de son esplanade. Elle est d'autre
part considérée comme l'un des édifices religieux les plus grands et les plus vastes au monde,
respectivement en termes de hauteur et de superficie190 ,191, et a nécessité environ 300
millions de dollars pour sa construction192. Mais le bâtiment de la Fondation Félix Houphouët-
Boigny pour la recherche de la paix est également remarquable.

Dans le nord du pays, des édifices religieux musulmans de style soudanais caractérisés par un
type d'architecture introduit dans l'Empire du Mali au xive siècle sont également remarquables.
Les plus significatifs sont la mosquée de Kaouara (département de Ouangolodougou), la
mosquée de Tengréla, la mosquée de Kouto, la mosquée de Nambira (sous-préfecture de
M'Bengué), les deux mosquées de Kong ayant, selon les spécialistes, une triple valeur
architecturale, historique et patrimoniale193.

Religion

Mosquée de Kong (nord de la Côte d'Ivoire).

D'après le recensement de 2014, les religions les plus pratiquées en Côte d’Ivoire sont l'islam
avec 42,9 % et le christianisme avec 33,9 % (dont catholicisme 17,2 % et protestantisme
évangélique 11,8 %). L'animisme (religions traditionnelles), qui maintient une influence assez
forte sur toutes les autres croyances, représente 3,6 % de la population. En marge de ces
grands courants, 19,1 % des habitants n'ont pas de religion194. Les missionnaires catholiques
sont arrivés à la fin du xixe siècle grâce à la Société des missions africaines de Lyon. La
préfecture apostolique de Côte d'Ivoire a été érigée en 1895. Aujourd'hui le pays est subdivisé
en 4 archidiocèses (dont le plus important est l'archidiocèse d'Abidjan) et en 12 diocèses.

Le christianisme et l'islam sont pratiqués dans une variété de formes dans tout le pays. Les
missionnaires chrétiens sont arrivés sur le littoral ivoirien au xviie siècle, mais le catholicisme a
commencé à s'implanter à la fin du xixe siècle. Les fêtes chrétiennes et les célébrations
musulmanes sont librement organisées par les fidèles de ces religions et reconnues par tous. La
tolérance est l'attitude générale envers la pratique de la religion et les communautés religieuses
coexistent en général pacifiquement. Cette tolérance religieuse fait également partie de la
pratique des pouvoirs publics. La Côte d’Ivoire est certes un État laïc, mais des fonctionnaires
sont souvent désignés pour représenter l'État à des cérémonies religieuses et certaines écoles
confessionnelles reçoivent des aides financières de l'État195.

Sports, médias, loisirs et arts du spectacle

De nombreuses disciplines sportives sont pratiquées dans le pays. Des possibilités diverses de
pratique de golf existent avec les terrains de golf d’Abidjan, de Yamoussoukro et de San-Pédro
qui offrent quatre parcours de 9 à 18 trous. Chaque année un open international doté du prix
Félix Houphouët-Boigny est organisé et enregistre des participants de notoriété.

Les plans d’eaux lagunaires et la mer offrent aussi de véritables possibilités sportives dont
notamment la pêche sportive, la plongée et la chasse sous-marine, le surf, la voile, la planche à
voile, le canoë-kayak ou encore le beach-volley. L’équitation ainsi que les sports mécaniques
(rallye du Bandama, moto-cross) sont également pratiqués dans le pays. Le handball, le basket-
ball, le volley-ball, le rugby, l'athlétisme et le tennis figurent parmi les disciplines sportives
également pratiquées en Côte d’Ivoire.

Cependant, le football reste le sport roi en Côte d’Ivoire. Il attire de nombreuses foules et
déchaîne des passions. Ce sport populaire jusque dans les contrées les plus profondes du pays
est largement pratiqué. Chaque ville et même chaque quartier organise ses propres tournois de
maracana (Il faut souligner au passage que la Côte d'Ivoire a une équipe nationale de Maracana
qui a été championne à la Coupe d'Afrique des Nations de Maracana en 2012 et 2013). La
Fédération ivoirienne de football organise et encadre la discipline dominée à l'échelon national
par les équipes de l'Africa Sports National et l'ASEC Mimosas dans le temps. Mais depuis deux
ans, le Séwé Sport de San Pédro règne sur le championnat national. De nombreux footballeurs
évoluent hors du pays dans des formations sportives prestigieuses. Ils sont pour la plupart,
sélectionnés dans l'équipe nationale – les Éléphants – lors des compétitions sportives
internationales. Autrefois emmenés par des joueurs comme Ben Badi, Gadji Celi et Alain
Gouaméné, les Éléphants connaissent également un franc succès avec la génération Didier
Drogba qui a notamment été la première à avoir été qualifiée pour la Coupe du monde de
football de la FIFA en 2006.

Le paysage médiatique est animé par les organes audiovisuels, la presse écrite, les organes de
régulation de la profession, en l'occurrence la Commission nationale de la presse remplacée en
2004 par le conseil national de la presse (CNP) et le Conseil national de la communication
audiovisuelle (CNCA) et un organe d'autorégulation : l'Observatoire de la liberté de la presse,
l'éthique et de la déontologie (OLPED). Depuis 1991, les médias en Côte d’Ivoire sont régis par
la loi196,197,198. La Radiodiffusion-Télévision ivoirienne (RTI) est l'organisme de diffusion
radiophonique et audiovisuel de l'État ivoirien. Elle est financée par la redevance, la publicité et
des subventions. Elle comporte deux chaînes de télévision et deux stations de radio : La
Première, généraliste ; TV2, thématique dédiée au divertissement en majorité et émettant dans
un rayon limité à 200 km autour d'Abidjan ; Radio Côte d'Ivoire, généraliste ; Fréquence 2,
chaîne de divertissement ; Radio Jam, première radio privée du pays ; Africahit Music TV.

Des journaux de diverses audiences paraissent également principalement à Abidjan. Hormis les
journaux du Groupe Fraternité Matin (Presse d'État, 25 000 exemplaires, quotidien), la
quinzaine d'autres titres est détenue par des entreprises privées.

La musique ivoirienne comporte plusieurs courants qui peuvent se répartir entre les
précurseurs (Ziglibithy, Gbégbé, Lékiné...), ceux de seconde génération (Zouglou, Zoblazo,
Mapouka, Youssoumba...) et les courants modernes (Coupé-décalé). Elle intègre également de
nombreuses danses. Les animateurs des courants précurseurs sont, pour les plus connus :
Amédée Pierre, roi du Dopé (nom bété du rossignol), Allah Thérèse, Tima Gbahi, Guéi Jean,
Zakry Noël, n-zi (r&b). Les moins traditionalistes sont Anouman Brou Félix, Mamadou Doumbia,
François Lougah, Ernesto Djédjé et Justin Stanislas. Une vague d’artistes modernes peut être
citée. Il s’agit pour le reggae, de Alpha Blondy, Tiken Jah, Ismaël Isaac, Serges Kassi, Fadal Dey ;
pour le zouglou : Serges Bilé, Yodé et l’enfant siro, Magic System, Soum Bill, Espoir 2000, pour
le Youssoumba, Aboutou Roots ; pour la musique mandingue, de Aïcha Koné, Mawa Traoré,
Kandet Kantet, Affou Kéïta ; pour la musique des Disc-Jockeys, de Douk Saga, JetSet, DJ Arafat,
Debordeaux Leekunfa, DJ Lewis, Don Mike le Gourou, DJ Jacob et bien d'autres; pour les
variétés, de Meiway, Les Reines-Mères avec Werewere Liking et N'serel Njock, Bailly Spinto,
Johnny La Fleur, Luckson Padaud, Betika, Affo Love, Mathey, Tiane, Nigui Saff K-Dance, Sothéka,
Alain de Marie, Joëlle-C ;pour le jazz, Luc Sigui, Paco Sery, et Isaac Kemo saxophoniste
talentueux, pour la musique religieuse, de Schékina, O’Nel Mala, Pasteur Adjéi, Constance, les
frères Coulibaly... et pour la musique sentimentale, de Daouda, Frost. RTI Music Awards
récompense les meilleurs artistes ivoiriens et africains de l'année. Ce trophée est décerné par la
RTI.

Le genre théâtral est dominé par le groupe panafricain Ki-Yi Mbock de Werewere Liking et de
nombreux humoristes dont Digbeu Cravate, Zoumana, Adjé Daniel, Gbi de Fer, Jimmy Danger,
Doh Kanon, Adrienne Koutouan, Marie Louise Asseu, Adama Dahico, Bamba Bakary et le duo
Zongo et Tao qui, tous, se produisent à la fois dans les salles de spectacles, à la télévision et
dans des films.

Le cinéma ivoirien, depuis l'avènement du numérique, a connu, dès 2004, de nouvelles sorties
de films comme Coupé-décalé de Fadiga de Milano, Le Bijou du sergent Digbeu199 de Alex
Kouassi, Signature de Alain Guikou ou Un homme pour deux sœurs de Marie-Louise Asseu.
Actuellement on assiste à la sortie d'un film tous les trois mois en moyenne. Ces films
connaissent souvent des défauts techniques (image ou son), mais leur rythme de production
représente, grâce au numérique, un nouveau départ pour le cinéma ivoirien.

Le Marché des arts du spectacle africain (MASA) créé en 1993 par l’Organisation internationale
de la francophonie, est devenu depuis mars 1998 un programme international de
développement des arts vivants africains. C'est un projet artistique panafricain comprenant un
marché de spectacles, un forum de professionnels et un festival qui se déroule à Abidjan tous
les deux ans200.

Faya Flow est le plus grand concours de hip hop de Côte d'Ivoire. Il est organisé depuis 2005 par
l’association Jeunesse Active de la Culture Hip hop (JACH, lu « jack »). Consacrant l’usage de la
parole, du corps, et de la scène ; notamment à travers les chants et textes poétiques, la danse
et la chorégraphie, ce concours révèle le potentiel artistique des talents en herbe qui sont par la
suite récompensés et encouragés.

Le neuvième art ivoirien est caractérisé par plusieurs genres : réaliste, semi-réaliste,
humoristique, science-fiction, etc. L'humour est le plus prisé par les ivoiriens. Les thèmes
abordés par les auteurs ont trait à leur vécu quotidien. Les faits comme le chômage, le
banditisme, la pauvreté, le système D (débrouillardise), l’infidélité sont traités sur un ton léger.
Les auteurs qui animent cet univers culturel ivoirien sont nombreux : Gilbert G. Groud,
Marguerite Abouet(scénariste), Benjamin Kouadio, Lassane Zohoré, Lacombe, Bertin Amanvi,
Hilary Simplice, Kan Souffle, Jess Sah Bi, Atsin Désiré... Les personnages ivoiriens de bande
dessinée sont Cauphy Gombo, John Koutoukou, Tommy Lapoasse, Zézé, Dago, Sergent
Deutogo, Jo Bleck, Les sorcières, Petit Papou... Le journal satirique Gbich est pour beaucoup
dans la vulgarisation de ce médium qu'est la bande dessinée en Côte d'Ivoire.
*Relations internationales

Dénomination du pays

Le gouvernement ivoirien a décidé que le nom du pays serait Côte d'Ivoire (sans trait d'union)
et s'oppose à toute autre graphie notamment à Côte-d'Ivoire (avec un trait d'union). Il s'oppose
également aux traductions du nom en diverses langues en dépit de la persistance de l'usage
(Ivory Coast en anglais, Costa d'Avorio en italien, Costa de Marfil en espagnol, " ‫ "ساحل العاج‬en
arabe, Costa do Marfim en portugais, Elfenbeinküste en allemand, etc.). La graphie Côte
d'Ivoire201,202,203,204,205 est la plus courante, cependant on trouve aussi Côte-
d'Ivoire206,207,208 suivant une règle de la toponymie française qui veut que les noms français
des collectivités locales administratives en France aient leurs composants liés par des traits
d’union209 (cependant cette règle connait des exceptions même en France pour des raisons
historiques, par exemple pour les Pays de la Loire ou le Territoire de Belfort, et ne s’applique
pas non plus à la toponymie officielle étrangère, puisque les dénominations officielles
reconnues sont celles mentionnées par chaque pays à l’ONU ; cette règle ne s’impose pas non
plus à l'usage non officiel, hors du contexte légal et administratif).

Relations diplomatiques

Le Secrétaire général de l'ONU échangeant avec le ministre ivoirien des Affaires étrangères à
Abidjan.

En Afrique, la diplomatie ivoirienne a privilégié l'option d'une coopération par paliers. Elle
forme, en 1959, le Conseil de l'Entente avec le Dahomey (Bénin), la Haute-Volta (Burkina Faso)
le Niger et le Togo ; en 1965, l’Organisation commune africaine et malgache (OCAM) ; en 1972,
la Communauté économique de l’Afrique de l’Ouest (CEAO) ; et en 1975 la Communauté
économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Membre fondateur de l’Organisation
de l'unité africaine (OUA) en 1963, puis de l’Union africaine en 2000, la Côte d’Ivoire y défend le
respect de la souveraineté des États ainsi que le renforcement de la coopération et de la paix
entre les pays africains.

Dans le monde, la diplomatie ivoirienne milite pour des relations économiques et commerciales
équitables, notamment la juste rémunération des productions agricoles et la promotion de
relations pacifiques avec tous les pays. La Côte d’Ivoire entretient de ce fait des relations
diplomatiques avec de nombreux pays d'Afrique et du monde210. Elle a notamment signé la
Convention relative au statut des réfugiés, son protocole de 1967, et la Convention de 1969
gouvernant les aspects spécifiques des problèmes du réfugié en Afrique33. Ses représentations
diplomatiques à l'étranger sont installées sur tous les continents et ce pays, membre de l'ONU,
entretient des rapports plus ou moins étroits avec plusieurs nations.
Avec la Chine populaire

Selon Xavier Aurégan, Doctorant à l'Institut Français de Géopolitique211, de 1983 à 2013, 174
projets de coopération (aide publique au développement) et investissements chinois ont été
réalisés en Côte d'Ivoire212. Sur ces 174 projets, 112 représentent environ 12 milliards €. Le
projet le plus coûteux est le pôle urbain à Abidjan (8,9 milliard d'euros). En outre, les
infrastructures constituent 86 % de l'aide publique chinoise. La majorité de cette dernière fut
accordée durant la crise politique ivoirienne entre 2002 et 2010, soit, 69 % (8,3 milliards €) sous
la présidence de Laurent Gbagbo213.

À Abidjan, les ressortissants chinois sont environ 2 500. Ils exercent principalement dans le
commerce, à Adjamé, ou la restauration, à Cocody. Ils ont créé environ 100 entreprises214.

Ordres et décorations

Ordres nationaux (2)217 :

Ordre national de Côte d'Ivoire

Ordre du Mérite ivoirien

Ordres ministériels/spécifiques (10)217 :

Ordre de la Santé Publique

Ordre du Mérite Culturel

Ordre du Mérite de l'Éducation Nationale

Ordre des Travaux Publics

Ordre du Mérite Agricole

Ordre du Mérite Sportif

Ordre du Mérite des Postes et Télécommunications

Ordre du Mérite des Mines

Ordre du Mérite Maritime

Ordre du Mérite de la Fonction Publique

Codes internationaux utilisés