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Revue des Études Anciennes

Art celtique et art ibérique


Raymond Lantier

Résumé
Au cours du second âge du Fer, dans deux des provinces occidentales de l'Europe, en Gaule et dans la Péninsule Ibérique, on
assiste à la formation et au développement de deux arts parallèles, l'art celtique et l'art ibérique, éléments constitutifs de la
nouvelle province artistique qui s'étend sur le bassin occidental de la Méditerranée et représente l'apport des Barbares dans le
domaine de l'art hellénistique. Les innovations apportées par la Grèce dans les techniques et l'art sont à la source de ces
manifestations. Dans la dispersion des composants méditerranéens, deux facteurs principaux ont joué, le commerce et la
guerre. Le rôle des mercenaires, Celtes et Ibères, a même peut-être été lie plus important. L'art de l'Étrurie, en particulier, a
fourni des modèles à l'un et à l'autre groupe. Mais les modalités de l'adaptation ne sont pas les mêmes : l'Olympe du Celte
diffère de celui de l'Ibère ; de là une conception différente dans le mode de la représentation figurée. L'art celtique baigne dans
une atmosphère de mythes et de magie. L'art ibérique tend vers la figuration naturaliste. Alors que celui-ci est confiné sur son
territoire péninsulaire, celui-là s'étend sur une large part de l'Europe continentale et insulaire.

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Lantier Raymond. Art celtique et art ibérique. In: Revue des Études Anciennes. Tome 63, 1961, n°3-4. pp. 341-344;

doi : https://doi.org/10.3406/rea.1961.5702

https://www.persee.fr/doc/rea_0035-2004_1961_num_63_3_5702

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ART CELTIQUE ET ART IBÉRIQUE1

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terre, à travers les cols des Alpes et les vallées fluviales du Da¬
nube, du Pô et du Rhône, aient été plus largement fréquentées
par les marchands grecs et italiques pour la dispersion à travers la
Celtique continentale des vaisseaux d'argile et de bronze, de cer¬
taines formes d'armes et d'objets de parure (corail, verroteries).
Une tombe princière comme celle de Vix (Côte-d'Or) témoigne de
la dilection des grands seigneurs celtiques pour les productions
des arts industriels de la Méditerranée. Mais ce ne sont pas seule¬
ment des marchandises qui ont ainsi voyagé, mais aussi des modes
nouveaux d'expression pour rendre la forme vivante, des influences
spirituelles : l'alphabet grec est parvenu par pareille voie chez les
Helvètes.

Ce ne sont là cependant que des contacts indirects et, dans la


répartition des objets et des influences, il faut se garder de faire
la part trop belle aux colonies grecques du golfe du Lion. Mar¬
seille, ceinturée par une ligne de forteresses indigènes hostiles, n'a
pu se livrer qu'à un trafic dans lequel l'élément indigène a dû né¬
cessairement jouer le rôle le plus important, et l'on sait que l'ac¬
tion des colonies grecques de Catalogne et du Levante fut encore
plus faible.
Mais il est des contacts directs entre la Celtique continentale et
l'Ibérie avec la Méditerranée. Il n'est guère, en effet, de pays qui
n'ait alors été bouleversé par le « tumulte gaulois » et l'histoire a
enregistré leurs vagabondages en Latium, Campanie et Apulie.
Les Celtes ont pillé Delphes et les frises de Pergame gardent le
souvenir de leurs aventures galates. Ils ont servi dans les armées
hellénistiques des Ptolémées, des Séleucides et des Lagides. Les
Ibères ont aussi donné des mercenaires. On les rencontre en Sicile,
Sardaigne, Italie méridionale, comme dans le Péloponnèse et à
Carthage. Refuser à ces aventuriers, Celtes et Ibères, une part
importante dans la dispersion des modes nouveaux dans les arts
et les techniques serait manquer d'objectivité. Ces mercenaires,
les Celtes en particulier, inlassablement curieux de toutes choses,
ont rapporté de leurs pillages maints objets de qualité et contri¬
bué à l'introduction des techniques nouvelles, et de rares facultés
d'assimilation ont permis aux artisans de la grande Celtique d'ex¬
traire de ces emprunts aux riches civilisations de la Grèce, de
l'Asie Mineure et de l'Égypte un art nouveau, original et parfai¬
tement homogène.
Mais, alors que l'aire d'expansion de l'art ibérique, limité à l'Es¬
pagne méridionale, reste sans action en dehors de ses étroites
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frontières, l'art celtique a connu une très large répartition sur de


vastes territoires qu'aucun obstacle réel ne sépare, depuis les
rivages de l'océan Atlantique jusqu'aux bouches du Danube, et
plus loin encore. A travers les Balkans, le contact a été établi avec
les riches cultures du Proche-Orient et, par la Russie méridionale
et les steppes de la Caspienne, furent atteints les centres métal¬
lurgiques du Koban, de l'Asie centrale, voire de la Chine! Le vaste
réseau de communications transcontinentales reliant la Baltique
à l'Adriatique, l'Atlantique à la Méditerranée a été parcouru par
d'incessants vagabondages. Les rapports directs avec le monde
des Scythes, parvenus à un moment jusqu'aux limites orientales
de la Gaule, ne sont certes pas étrangers à la prédilection de l'art
ornemental celtique pour associer sur ses orfèvreries des animaux en
action à la fantaisie ordonnée d'un géométrisme, où se jouent
courbes et contre-courbes, spirales et entrelacs, issues d'un loin¬
tain passé dont les origines se perdent en une extrême Asie.
Confinés à l'extrême Ouest de la péninsule européenne, les
Ibères ne sont nullement tributaires de ces influences orientales
et c'est en vain que l'on chercherait dans leur art décoratif cette
fantasmagorie qui enchanta les orfèvres celtiques.
Le contraste n'est pas moins évident lorsqu'on aborde l'examen
des manifestations de la plastique. Bien que puisant aux mêmes
sources et ayant reçu leurs modèles par les mêmes intermédiaires,
les Étrusques, et bien que la sculpture, dans la Celtique comme en
Ibérie, représente un art de sanctuaire, rien n'est plus différent
des images de Roquepertuse et d'Entremont que le petit peuple
d'orants et d'orantes des sanctuaires rupestres de Castellar de
Santisteban, de Despeñaperros et les statues de pierre du Cerro
de Los Santos. C'est qu'aussi il y a une discordance profonde dans
la conception mythologique de l'Univers entre le monde celtique
et le monde ibérique.
L'Olympe du Celte diffère de celui du Grec. La marge est indé¬
cise, au sein de cette confusion de races divines et humaines, entre
les dieux et les héros, personnages surhumains, mais non surnatu¬
rels, ayant vécu et s'étant retirés dans la mort, liés par leurs tom¬
beaux à des territoires. Au même titre que l'épopée, la sculpture
celtique a cherché à magnifier la figure du héros et à exprimer par
la plastique un idéal d'héroïsme gratuit. De là ces images irréelles
de l'homme, répondant à un canon déterminé. Sculpture et déco¬
ration baignent dans une atmosphère de mythe et de magie.
Il en est autrement de l'art des sculpteurs ibériques. Ils ont
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représenté des hommes et des femmes venus en pèlerinage auprès


de divinités auxquelles ils demandent aide et protection, prospérité
pour les biens de ce monde. Ils ont voulu laisser de leur passage
dans le sanctuaire une image de leur personne ; et cette clientèle
n'était pas très exigeante quant à la valeur artistique de la figu¬
rine, qui bien souvent répond avant tout à des préoccupations com¬
merciales. Et puis l'Espagne a été romanisée bien avant la Gaule.
Il y a des togati au Cerro de los Santos. On peut alors se deman¬
der si, sous l'action de la romanisation, ne se sont pas stéréotypés
définitivement les composants de l'art ibérique, phénico-carthagi-
nois et italo-romain. Alors qu'en Gaule on assistera, à partir du
ine siècle de notre ère, à une résurrection de l'art des Celtes, seu¬
lement dissimulé sous le voile de la romanisation. En Espagne, aux
premiers siècles de notre ère, il n'y eut que continuité dans les
manifestations de la sculpture. Raymond LANTIER.