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Etats des lieux de la RSE au Maroc et l’apport d’une action collective dans le développement...

ETATS DES LIEUX DE LA RSE AU MAROC ET L’APPORT D’UNE


ACTION COLLECTIVE DANS LE DÉVELOPPEMENT DES PRATIQUES
RESPONSABLES

HNICHE Omar Ghita AQUESBI


Enseignant chercheur à la faculté des Doctorante en sciences économiques
sciences juridiques, économiques et et de gestion à la faculté des sciences
sociales, Souissi-Rabat juridiques, économiques et sociales,
o.hniche@um5s.net.ma Souissi-Rabat
aquesbi.ghita@gmail.com

Résumé Abstract
Cet article apporte des clarifications Assessment of CSR in Morocco and
quant à la place que tient la RSE dans the contribution of a collective action in
le contexte marocain et les multiples the development of responsible practices
évolutions qu’a connues l’environnement
This article provides clarification
économique, juridique et social marocain
about the place thattakes CSR in the
ainsi que les enjeux de ses changements
Moroccancontext , and multiple changes
dans la promotion et l’encouragement des
experienced by the economic, legal and
pratiques responsables.
Moroccan social issues and its changes
L’action collective jouant un rôle in the promotion and encouragement of
déterminant dans la promotion des valeurs responsible practices .
responsables, notre article consacrera à
Collective action plays a key role
cet effet toute une partie aux déterminants
in the promotion of responsible values,
d’intégration des pratiques RSE par les
ourworkwill focus on the determinants
PME marocaines membres d’un réseau
of integration of CSR practices by
professionnel.
the Moroccan SME members of a
Nous nous intéressons professional network.
particulièrement à la PME vu la place
We are particularlyinterested in
majeure qu’elle occupe dans l’économie
SMEs for the major roleitplays in the
marocaine et de ce fait à la perception
Moroccaneconomy and to the perception
du dirigeant de la RSE étant donné qu’il
of the leader of CSR because of the power
détient le pouvoir de décision.
of hisdecisions.

Mots clés  :La  RSE  , le réseau Key words  : Corporate Social


professionnel , l’action collective , le responsibility ,professional network,
dirigeant de PME collective effort , promotion of CSR
initiatives , head of SMEs

Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015 437


Ghita AQUESBI / HNICHE Omar

Introduction
Les PME représentant la plus grande part du tissu économique marocain et
jouant un rôle majeur dans le développement de l’économie en contribuant à la
production nationale, la création d’emplois, les investissements et l’export. De ce
fait, leur impact sur la société est bien loin d’être négligeable(social, économique
et environnemental) et elles interagissent avec différentes parties prenantes en
interne et en externe.
Malgré l’importance des PME, il n’empêche qu’elles n’ont jusqu’alors reçu
que peu d’attention comme objet de recherche  en  RSE, d’où l’intérêt que nous
portons à ce sujet et à l’effet de la démarche collective sur le développement de la
notion de RSE dans les PME
L’environnement externe de l’entreprise marocaine a connu plusieurs
mutations, ce qui a profondément changé ses relations avec ses parties prenantes
et sa vision stratégique toute entière
Parmi les évolutions qu’a connues le cadre institutionnel marocain, nous
retrouvons entre autres : la mise à niveau des entreprises par les normes et le
développement des ressources humaines,  les privatisations et le développement
des IDE, le développement du marché boursier, le développement de la
réglementation, les réformes politiques et les initiatives de développement humain
sans oublier les revendications sociales et sociétales de 2011 amorcées par « Le
Printemps Arabe ».
La mondialisation a aussi été un facteur bouleversant dans la vie de ces PME.
Qui dit mondialisation, dit automatiquement changements irréversibles, nouvelles
règles à appliquer et surtout concurrence accrue sur la scène économique et
financière.
Dans ce contexte de mondialisation, les PME n’ont d’autres choix pour y faire
face que de changer leurs habitudes, innover et se conformer à la réglementation
pour pouvoir rester compétitives. Les PME les plus amenées à se conformer aux
lois et normes internationales sont les PME exportatrices qui doivent redoubler
d’efforts pour rester compétitives et tirer avantage de leur ouverture sur l’extérieur.
Tout récemment, le rôle accru de la société civile, accentué et renforcé par
le printemps arabe, a fait découvrir à plusieurs entreprises marocaines un devoir
nouveau et ancien, celui de rendre compte à de nouvelles parties prenantes.

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Dans ce contexte, l’adoption par les entreprises marocaines de démarches RSE


est de nature à développer l’attractivité de l’économie marocaine et à renforcer sa
compétitivité et les investissements directs de l’étranger (IDE).

I. Etats des lieux de la RSE au Maroc 


L’introduction de la responsabilité sociale de l’entreprise au Maroc s’est
faîte par le biais des filiales des entreprises multinationales et de leurs partenaires
locaux qui avaient intégré les démarches responsables dans la gestion quotidienne
de leurs activités.
Son développement a tout de même été favorisé et renforcé par un contexte
global initié par l’instauration des réformes institutionnelles et juridiques parmi
lesquelles on citera: la réforme du cadre législatif et le mouvement de normalisation,
l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), ainsi que les actions
entreprises par la CGEM telles que l’élaboration d’une charte et la création d’un
label en faveur de la RSE et son développement en collaboration avec de nombreux
partenaires .
De ce fait, le passage du Maroc d’une logique pure de croissance à une logique
de développement à la fois humain et durable a poussé les autorités marocaines,
parmi les nombreuses stratégies adoptées, à élaborer entre autresla « Charte
de l’Environnement et de Développement Durable » et à intégrer le coût de
l’environnement dans les équations économiques, en faisant de la protection de
l’environnement une priorité, en l’établissant comme une condition sine qua non
des appels d’offres pour l’obtention des marchés publics.
D’un autre côté, le Maroc vit un mouvement de normalisation en pleine
émergence. Ces normes concernent particulièrement le management des aspects
sociaux dans l’entreprise à travers la norme NM00.5.600 (Système de Management
des aspects sociaux dans l’entreprise). Cette norme se réfère aux principes
définis dans la SA 8000 (Social Accountability 8000) et aux onze conventions de
l’Organisation internationale du travail. Elle tient compte de la réglementation
locale et du code du travail et est compatible avec les autres systèmes de
management (qualité, environnement et sécurité). Elle spécifie également les
orientations générales pour la mise en place et la gestion d’un système d’audit
social.
Par ailleurs, le Maroc a été membre de la commission francophone de la

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préparation de la norme ISO 26000 sur la responsabilité sociale. Ce mouvement de


normalisation reflète ainsi, une dynamique orientée vers l’intégration des enjeux
sociaux dans les systèmes de management et une réelle volonté d’établir les bases
normatives pour aller au-delà des obligations légales et contribuer à un réel climat
de confiance entre les différents acteurs socio-économiques
La concurrence internationale croissante que vivent les PME, nécessite
également de leur part, la recherche continuelle de facteurs de différenciation et
l’adoption d’une stratégie innovante permettant de créer, maintenir et développer
leur compétitivité.
Dans cet environnement, la PME marocaine est appelée à intégrer toutes ces
dimensions de la RSE afin de mieux maîtriser les risques sociaux et sociétaux,
économiques et environnementaux auxquels elle pourrait être exposée
1. Les avancées en termes de RSE dans notre contexte marocain 
On assiste depuis de nombreuses années à l’émergence d’importantes réformes
politiques visant le développement des libertés, des droits humains, de l’égalité
sociale et de la citoyenneté.
L’afflux des investissements directs étrangers, l’installation des filiales
d’entreprises multinationales puis l’arrivée d’entreprises internationales dans
une fin de réalisation de projets d’infrastructures, se sont à leur tour, également
accompagnés de plusieurs exigences et de pratiques de travail respectueuses de la
santé et de la sécurité des employés.
Le Maroc a par ailleurs signé plusieurs traités de libre-échange et plusieurs
accords de financement avec des bailleurs de fonds qui intègrent des obligations
sociales et sociétales.
Ainsi, le débat sur la responsabilité́ sociale des entreprises (RSE) est de plus
en plus présent, tant dans les discours du milieu des affaires que dans celui des
chercheurs académiques.
L’intérêt qui s’attache à ce sujet relève du fait que le Maroc joue pleinement la
carte d’ouverture et de modernité et des avantages que les entreprises y trouvent
pour l’amélioration de leur compétitivité́ et du développement durable de leur
milieu. Ainsi, les PME devront non seulement être en mesure d’intégrer les
principes de la RSE, mais aussi d’en rendre compte de façon assez crédible et
transparente.

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Si la responsabilité sociale et environnementale des entreprises a donné lieu


à de multiples initiatives récentes de la part de plusieurs grandes entreprises et
PME marocaines, la crise économique actuelle renforce d’autant plus ce débat
quant à la nécessité de prendre en considération dans la gestion de l’entité tous
les risques éventuels qu’elles pourraient supporter. De ce fait, la plupart des PME
qui ne se sont pas lancées dans cette optique de responsabilisation, doivent tenter
impérativement de rattraper leur «retard» et s’activer en adoptant les principes
de RSE qui leur permettront d’anticiper et gérer au mieux les problèmes qu’elles
pourraient rencontrer.
L’engagement du Maroc dans la RSE se caractérise à la fois par sa pleine
participation à de nombreuses négociations internationales, par une intervention
de l’Etat au plan législatif et en tant qu’initiateur d’une dynamique de pluri-acteurs,
ainsi que par le foisonnement des initiatives prises par les acteurs économiques
et sociaux régionaux voire locaux.Si les moyens sont encore mal définis et les
actions à leurs débuts, il est à relever une véritable prise de conscience générale de
la portée humaine du processus.
La RSE peut apporter dans ce cadre une réelle valeur ajoutée afin de faire
face aux défis économiques auxquels est confronté le Maroc au même titre que
beaucoup d’autres pays dans leur quête d’un développement social et économique,
durable et harmonieux.
1.18Les directives adressées par Sa Majesté le roi Mohamed VI 
Le message royal livré aux participants des « Intégrales de l’investissement »
en 2005, lors de la 2ème conférence de la mise à niveau environnementale sous le
thème « L’Investissement Socialement Responsable », était hautement symbolique
de l’engagement des autorités marocaines en faveur du DD et la RSE.
Le souverain affirmait avec solennité : « Ma conviction première est que
l’investissement constitue, d’abord et avant tout, un moyen qui doit trouver sa
finalité dans le progrès et la justice sociale, dans l’émancipation et le bien- être
des femmes et des hommes, dans la cohésion sociale, la protection du milieu
naturel, et le respect des droits et des intérêts des générations futures (…) que
le développement humain et la sauvegarde de l’environnement doivent être les
critères cardinaux tant des investissements que de nos politiques économiques et
de nos stratégies de croissance ».

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Il insistait également sur l’importance de la RSE, en disant : « … la responsabilité


sociale des investisseurs a pour pendant et pour condition la responsabilité sociale
des entreprises. A cet égard, Nous suivons avec intérêt et satisfaction l’action des
entreprises marocaines qui se sont volontairement engagées dans cette voie ».
De ce fait, les directives transmises par le roi visant à encourager le
développement économique et social, la préservation de l’environnement ainsi
que son discours en faveur de la RSE ont contribué avec le développement du
cadre législatif et la contribution de divers acteurs au développement de la RSE
dans notre contexte marocain.
1.2 Le cadre juridique favorisant l’émergence de la RSE au Maroc 
Le cadre juridique marocain a connudiverses modifications qui lui ont permis
progressivement de tenir compte de cette adhésion aux valeurs de la RSE.
Le droit de l’environnement : vise désormais à assurer la cohérence du cadre
de l’environnement tant au niveau national qu’international ; Il s’agit ainsi de :
√√ Assurer la mise en place d’un cadre législatif et réglementaire de protection
et de mise en valeur de l’environnement conciliant les impératifs de
préservation de l’environnement et ceux du développement socio-
économique durable.
√√ Réaliser la cohérence juridique de l’ensemble des textes environnementaux
existants ou à adopter ainsi que leur adaptation.
√√ La loi relative à la protection et à la mise en valeur de l’environnement (loi 11-
03 du 19 juin 2003)invite les autorités au respect des pactes internationaux
en matière d’environnement lors de l’élaboration des plans et programmes
de développement ainsi que dans la législation environnementale.
Le droit de l’environnement contraint ainsi les entreprises au principe «
usager payeur » et « pollueur payeur». Il propose aux entreprises de suppléer
volontairement aux carences administratives quand leur territoire d’implantation
manque d’infrastructures appropriées et que les moyens institutionnels de
surveillance, d’alerte et de formation sont insuffisants.
A cette législation s’ajoutent entre autre des lois: 13-03 sur la pollution de
l’air,12.03 sur les études d’impact sur l’environnement, 10-95 sur l’eau, laloi08.01
sur l’exploitation aux carrières et la loi 28-00 sur la gestion des déchets et leur
élimination.

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Le code du travail : Le cadre législatif marocain a vu naître en 2004 la


publication d’un nouveau code du travail remplaçant un dispositif ancien hérité de
la période du protectorat, qui vient de ce fait renforcer le rattachement aux droits
humains fondamentaux et son actualisation a permis une mise en conformité avec
les conventions internationales ratifiées par le Maroc.
La concertation sociale est un des points renforcés dans ce nouveau code du
travail avec l’institution des instances de médiation, d’arbitrage, de consultation
et des mécanismes de la négociation collective périodique. Cette évolution répond
aux souhaits exprimés par les partenaires économiques du pays, ses bailleurs de
fonds et l’OIT
Ainsi, ce nouveau code propose des instruments pour l’adaptation de certaines
mesures aux spécificités sectorielles et organisationnelles. Il s’agit des outils
internes comme le comité d’entreprise, le comité d’hygiène et de sécurité, l’accord
d’entreprise et la convention collective de branche.
Les droits de la personne : sont reconnus d’abord sur un plan institutionnel
avec la création d’un Conseil consultatif des droits de l’Homme, puis de l’Instance
Equité et Réconciliation.
Ils sont le garant du respect des valeurs universelles de la personne humaine. Ils
sont en conformité avec les engagements internationaux en la matière. Ils abordent
les questions comme l’égalité et la non-discrimination, la protection de l’enfance,
la liberté d’association et la condition de la femme qui touchent des domaines
aussi variés que l’état civil, le statut personnel, le droit du travail et le droit pénal.
L’action contre la corruption se concrétise par des mesures législatives portant
sur la suppression de la Cour spéciale de justice, l’adaptation de la législation
pénale et l’amélioration des contrôles juridictionnels et internes sur les finances
publiques. Le Maroc est signataire en 2003, de la Convention des Nations Unies
de lutte contre la corruption. A la suite d’un plan d’action gouvernemental de
lutte contre la corruption en 2006, une Autorité Centrale pour la Prévention de la
Corruption a été créé en 2008.
Le pays confirme sa régression régulière non seulement à l’échelle mondiale
mais également à l’échelle arabe et continentale et ce,en adoptant des campagnes
de sensibilisation et en jugeant des sanctions lourdes à l’encontre de ceux qui
adoptent ces comportements immoraux.

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L’initiative nationale pour le développement humain (INDH), initiée par le


Roi Mohammed VI en mai 2005, a pour objectif de lutter contre la pauvreté dans
le cadre d’un programme pluriannuel associant l’ensemble des parties prenantes
sociétales.Elle constitue un puissant vecteur d’incitation à l’intégration d’objectifs
sociaux élargis dans les décisions d’investissement.
2. Les avantages et obstacles à d’adoption des principes de RSE par les
PME au Maroc 
2.1 Les avantages à l’intégration des principes de RSE par les PME marocaines
Il existe de nombreux avantages à s’engager dans une démarche socialement
responsable. Tout d’abord, la RSE renforce la capacité d’attirer et de fidéliser une
clientèle de qualité et de gagner de nouvelles parts de marché en réponse à de
nouvelles exigences des donneurs d’ordre.
Ensuite, la RSE permet le développement d’un milieu de travail attractif pour
des collaborateurs compétents et motivés compte tenu des conditions de travail
attrayantes et des moyens mis en place par l’entreprise.
De ce fait, la RSE permet l’amélioration du climat de travail et l’établissement
d’un dialogue social serein dans l’entreprise mais également l’augmentation de la
productivité et de sa qualité à long terme par une implication poussée des salariés
au regard de leur motivation et leur engagement.
La RSE facilite également le renforcement de la capacité de gestion des risques
en adoptant une approche proactive, elle facilite également l’accès aux crédits vu
que les établissements financiers sont de plus en plus exigeants et tiennent compte
des comportements responsables des entreprises pour l’octroi des crédits.
Grâce à la RSE, l’image de marque et la réputation de l’entreprise en tant que
facteurs essentiels de sa compétitivité sortiront renforcées
Cette image favorable de la PME lui permettra automatiquement de bénéficier
de la confiance de ses parties prenantes, qui lui seront davantage plus fidèles.
2.2 Les freins à l’intégration des démarches responsables par les PME
Dans notre pays, il est à signaler que la faible prise de conscience des
consommateurs et des citoyens en général quant à l’importance des questions
sociales et environnementales est à déplorer. De ce fait une culture de la citoyenneté
reste encore à inventer.A ce stade, le système d’enseignement est appelé à jouer

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pleinement son rôle de vecteur de transmission des valeurs universelles afin que se
développe justement cette culture de la citoyenneté.
Une autre contrainte à soulever est que le tissu industriel marocain se
compose essentiellement de PME fragiles et le développement de la RSE est
freiné par la permanence des « valeurs paternalistes traditionnelles ». De ce fait,
l’opérationnalisation de la RSE s’avère difficile dans un contexte économique où
la priorité est accordée à la survie et à la pérennité de la PME.
Le contexte culturel marocain entre également en ligne de compte. Les dirigeants
de PME marocaines sont souvent proches de leurs salariés et entretiennent avec eux
une relation personnelle, ou l’affectif constitue un élément important (Habriche,
2008), à l’opposé des grandes entreprises, qui opèrent àplus grande échelle et
sont ainsi de plus en plus conscientes de l’élargissement de leur responsabilité
vers une approche plus large, qui appréhende les salariés en termes de ressources
et de compétences, et se montrent plus sensibles aux impacts écologiques de
leurs activités comme à leur rôle dans l’aménagement des territoires où elles se
développent.
Malgré le faible nombre d’entreprises labellisées par la CGEM, plusieurs
entreprises pratiquent la RSE et du moins sur la dimension sociale axée sur les
employés et la dimension discrétionnaire caractérisée par l’allocation de budgets
pour financer des actions sociales. Toutefois une appropriation formelle et intégrée
de la RSE peine à se développer dans l’ensemble de la sphère économique
marocaine.
De ce fait malgré les différents efforts fournis pour promouvoir la RSE au
Maroc, plusieurs obstacles compromettent considérablement sa mise en application
dans les systèmes de management, tels que :
- La culture d’« entrepreneuriat paternaliste » qui prédomine au Maroc réduit
la performance économique à la diminution des coûts et place l’autorité au
centre des relations entre le patronat et les employés.
- La qualification des employés et des cadres dirigeants ne suit pas encore
l’enthousiasme accordé à la RSE par les autorités marocaines.
- L'absence de réglementation réellement stricte et d’inspections concernant
le non-respect de l’environnement, de manque d’actionsréprimandant le
non-respect et la faible application de la loi, ainsi que l'absence de société

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civile ne permettent pas de pousser les PME à adopter les pratiques


responsables.
En somme, les efforts déployés pour promouvoir la RSE au Maroc sont
à encourager mais il faut les renforcer par la sensibilisation des dirigeants à la
nécessité du respect de la loi, comme étape indispensable vers l’intégration de la
RSE mais également par un processus de diffusions et de partage d’informations
d’où l’intérêt d’une démarche collective pour l’aide à l’intégration de la RSE par
les PME.

II. L’intérêt de la démarche collective dans la promotion et


l’appropriation des pratiques RSE par les dirigeants de PME
marocaines :
Dans ce contexte de récession économique que nous traversons, et qui touche
quasiment l’ensemble de la planète, les PME doivent s’interroger sur leurs pratiques
managériales et leur stratégie de gestion afin de concevoir de nouvelles stratégies
innovantes qui pourront prendre en considération tous les aspects économiques,
sociétaux et environnementales pour faire face aux éventuels risques auxquels
elles pourraient se voir être confrontées .
Il devient alors plus que nécessaire d’approfondir la place de la responsabilité
sociétale dans toutes ses ambitions et ses spécificités liées à la taille de l’entreprise.
Cela mérite d’être étudié de plus près, notamment parce que les entreprises
marocaines ne sont pas encore toutes tournées vers l’importance et les bienfaits de
l’adoption de démarches responsables et n’ont qu’une vision parcellaire du sujet.
1. Le rôle prometteur de l’action collective dans la diffusion des principes
de RSE et leur intégration dans la gestion de la PME 
Si les aspects prometteurs de la responsabilité sociale ont été assimilés
et encouragés, notamment par les scientifiques ou par les professionnels de
l’environnement et divers acteurs économiques au Maroc, intégrant bien les enjeux
de l’augmentation du coût de l’énergie, de la nécessité de prendre en compte ses
responsabilités environnementales, notamment en ce qui concerne les déchets ou
la pollution, ou encore la nécessité d’échanger avec ses parties prenantes, il n’en
demeure pas moins que la notion globale de place de la RSE dans la compétitivité
à savoir la stratégie opérationnelle de l’entreprise n’est pas suffisamment partagée
par l’ensemble des dirigeants de PME marocaines , voire même parfois totalement
ignorée.

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Il nous semble alors évident, qu’avec les fluctuations que connaît le marché
et les changements d’ordre sociétal, réglementaire et économique, que la prise
en compte de la RSE et plus particulièrement des questions sociales, de climat,
d’environnement, et de dialogue social, est une nécessité, voire même une urgence.
Les dirigeants de PME doivent intégrer la RSE dans une logique, à la fois
de gestion de risque, mais également d’opportunité à saisir. C’est d’autant plus
important qu’il y a une vraie opportunité à renforcer l’implication des équipes,
l’amélioration des relations avec les clients et les parties prenantes dans une réelle
optique de renforcement du rôle de l’entreprise, et dans sa nécessaire rentabilité.
La PME se reconnaît avant toute chose dans le métier qu’elle exerce. Il est
donc logique et incontournable qu’elle passe par son secteur professionnel pour
se convaincre de l’importance de la thématique RSE et de la nécessité de son
adoption.
Etant donné que les PME ne disposent pas forcément de toutes les ressources
appropriées et nécessaires pour gérer et anticiper les changements et proposer
des innovations, elles doivent ainsi pouvoir s’appuyer sur d’autres acteurs, des
partenaires, des services d’accompagnement spécifiques qui proposent des outils
d’aide à la prise de décision et à l’action afin d’anticiper les besoins en compétences.
La coopération proposée ainsi, au sein d’un réseau professionnel a pour objectif
de favoriser les échanges économiques et les procédés au sein d’un territoire, grâce
notamment aux contacts et la participation des acteurs économiques.
Ces acteurs qu’ils soient des syndicats professionnels, des groupements ou des
fédérations professionnels, ou encore des organismes de formation, ont tous pour
vocation d’identifier et de développer des pratiques innovantes afin d’assurer la
pérennité et l’amélioration des conditions des entreprises et ainsi dynamiser le
tissu économique local et national.
Dans cette ère de mondialisation et de concurrence accrue et face à un marché
en pleine mutation, seuls les territoires et les acteurs les plus dynamiques, c’est-
à-dire les milieux innovateurs et les entrepreneurs stratégiques et prévoyants
peuvent rester compétitifs.
De ce fait les dynamiques d’apprentissage ou encore les projets locaux proposés
par les acteurs territoriaux peuvent constituer un véritable atout d’une coordination
interentreprises, permettant à celles-ci de créer ou d’intégrer un réseau qui dépasse
les frontières physiques du milieu dans lesquelles elles opèrent.

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Les processus de décision dans une PME sont guidés par des valeurs
personnelles et des intuitions propres à chaque dirigeant plutôt que la planification
et la rationalité à long terme comme le cas des GE et donc les décisions sont le plus
souvent de nature réactive.
Ainsi, la forte centralisation autour du dirigeant de PME marocaine, souvent
lui-même propriétaire de l’entreprise se traduit par une forte personnalisation des
processus de prise de décision.
C’est de cette manière que la conception personnelle du dirigeant de PME
conditionnera le degré et les formes d’engagement de l’organisation vis-à-vis des
démarches responsables.
Le rôle d’une action collective dans la promotion de la RSE est donc d’apporter
des éclaircissements aux dirigeants de PME, les informer et les guider en leur
démontrant la portée et les retombées positives de l’adoption des démarches
responsables dans la stratégie de l’entreprise.
Toutes les actions de démarches responsables doivent être assimilées par les
dirigeants de PME comme une opportunité à saisir, un investissement qui aura
toutes les répercussions positives à moyen et long terme et qui représentera l’atout
majeur de l’entité quant à sa compétitivité, la gestion efficace des risques éventuels
et une force face à la concurrence accrue d’un monde en pleine expansionet
noncomme un coût supplémentaire à supporter par l’entité.
Pour un dirigeant de PME, la capacité de jugement est fondamentale. Ce
jugement est souvent lui-même altéré vu l’encastrement de la PME et infiniment
plus difficile pour le dirigeant de PME isolé, débutant ou qui manque d’expérience,
en comparaison avec un entrepreneur qui lui, est inséré dans un milieu qui lui
permet d’avoir accès à toutes les informations et aux tuyaux dont il aura besoin
afin de performer et innover.
Ainsi pour un dirigeant de PME, faire partie d’un réseau ou l’intégrer, lui
permet d’être dans le coup, d’être à jour quant aux nouveautés et erreurs à éviter,
de savoir ce qui n’est écrit nulle part, même dans la presse spécialisée, de connaître
les réputations des fournisseurs et des clients.
Le tissu économique marocain est constitué en très grande partie de PME d’où
la nécessité affichée de plus en plus par le Maroc d’inciter les PME à s’engager
dans des démarches formalisées de RSE, que ce soit pour jouer un rôle sur leur

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territoire dans la prise en compte des enjeux globaux du développement durable


ou pour répondre aux attentes supposées des donneurs d’ordre.
Pour qu’une démarche collective soit pleinement réussie, il est nécessaire
d’atteindre les trois objectifs suivants, à savoir : Motiver les acteurs du territoire
à s’engager, préparer les PME aux nouvelles attentes des marchés (performance
et compétitivité) et enfin, mettre du lien dans l’écosystème de territoire
(développement d’opportunités).
Parmi les recommandations qui pourraient être faites aux organisations
professionnelles afin de soutenir la mise en place de démarches responsables, ce
serait de :
- élaborer et promouvoir de plus en plus les méthodes et outils (guides par
exemple) présentant, à partir d’exemples (benchmark des bonnes pratiques
des PME ayant déjà profité des avantages de l’adoption des principes de
RSE), les effets positifs en termes d’économies (actions relatives aux
ressources et à l’environnement surtout), d’effet marché, d’attractivité sur
les talents, d’image client.
- Proposer des méthodes simples de calcul des gains résultant de démarches
RSE. Pour cela, il est nécessaire d’être persuasif et de convaincre les
dirigeants de PME que le lien établi entre RSE et performance économique
qui reste à creuser n’est qu’un des arguments plaidant pour l’adhésion à la
démarche.
- Créer une plateforme nationale pour l’échange de pratiques et de procédés
en matière de RSE.
Ainsi, pour pallier le manque de moyens humains et financiers qui caractérise
la plupart des PME marocaines, de nombreux programmes et aides sont proposés
aux dirigeants de PME par les acteurs économiques et confédérations membres
d’un réseau professionnel.
Des programmes collectifs visant la prise en compte du développement
durable ont été entrepris par la confédération générale des entreprises du Maroc en
collaboration avec d’autres partenaires économiques.
Ces actions permettent entre autres la mutualisation des coûts pour les PME,
profiter d’une dynamique de groupe permettant de favoriser les échanges de
bonnes pratiques et de procédés, l’organisation de séances d’informations, ayant

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pour but la sensibilisation et la formations des dirigeants de PME , mais également


l’animation de clubs de professionnels sur le thème du développement durable .
Nous développerons dans le cadre de la partie qui suivra les actions entreprises par
le club des entreprises labellisées dans l’appui et le transfert d’informations mais
également dans la promotion des démarches responsables.
2. L’implication des acteurs territoriaux dans les démarches collectives
de RSE
Nous assistons au Maroc depuis plusieurs années à une prise de conscience
croissante de la notion de RSE de la part des principaux acteurs (Etat, syndicats,
patronat etc.). S’agissant tout d’abord des pouvoirs publics, l’Etat marocain, sur
le plan social, a progressivement mis en place, une nouvelle culture qui est basée
sur le dialogue, la concertation et le compromis entre les principaux partenaires
sociaux que sont le gouvernement, le patronat et les syndicats.
Un comité de suivi du dialogue social avait même été créé au milieu des années
1990. Cette démarche a été favorisée par une longue lutte syndicale spécifique à
notre pays, ceci a mené à l’adoption en 2004 d’un nouveau code du travail qui,
tout en favorisant une certaine flexibilité du marché du travail permet également
la protection des salariés à travers de nouveaux droits (équité, harcèlement, etc.). 
La CGEM et d’autres acteurs nationaux accordent ainsi une place majeure à
la RSE dans les PME, assortie d’exemples de bonnes pratiques, de guides et de
conseils.
Tout cela démontre une réelle volonté d’engagement et pour que notre économie
et nos entreprises puissent tirer pleinement avantage de la RSE, il est donc crucial
de veiller à ce que les PME soient engagées pleinement dans cette démarche et que
leurs actions soient parfaitement reconnues.
La CGEM s’est engagée dans ce cadre dans la création d’un label dont le
référentiel s’inspire des axes et objectifs de la dite Charte. A ce jour, plus de 60
entreprises sont labellisées avec une accélération de la tendance ces dernières
années.
Une autre initiative intéressante émane de l’institut Vigéo, organisme de
notation sociale basé au Maroc. Ce dernier a mis en place un indice de performance
sociale pour les entreprises cotées à la Bourse de Casablanca. Cet indice classe les
entreprises en fonction de leur performance sociale et environnementale. 

450 Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015


Etats des lieux de la RSE au Maroc et l’apport d’une action collective dans le développement...

Les raisons du renforcement de l’engagement social et environnemental de la


part des entreprises marocaines sont multiples. En premier lieu, il y a l’évolution
du contexte international et régional, qui voit augmenter une forte demande des
opinions publiques des pays en termes de transparence dans les pratiques des
affaires, de lutte contre la corruption et le clientélisme. Les exigences également
en termes de renforcement des droits, économiques et sociaux, expliquent aussi en
partie ce phénomène mais la principale raison reste économique.
En effet, le Maroc a fait le choix de l’ouverture commerciale à travers la
signature de nombreux accords de libre-échange (ALE) avec notamment l’Union
européenne, les Etats-Unis, ou encore la Turquie, ceci implique que les entreprises
marocaines, si elles veulent tirer profit des importantes opportunités économiques
qui s’offrent à elles et qui se dégagent de ces accords, doivent fortement renforcer
leur compétitivité prix mais aussi hors prix.
Les actions de la CGEM sont fondées sur la crédibilité, l’efficacité et la
solidarité envers ses membres, c’est dans ce cadre qu’elle agit dans la promotion et
l’intégration des principes de RSE par les entreprises marocaines et ce en adoptant
diverses mesures incitatives et en signant plusieurs accords et partenariats
Parmi les diverses actions entreprises par la CGEM pour le développement des
pratiques RSE et leur intégration par les dirigeants de PME marocaines, l’on citera
quelques exemples tels que :
√√L’élaboration du Label RSE et la charte de la responsabilité sociale 
Ce label est une reconnaissance solennelle du respect par les entreprises du
Maroc de leur engagement à observer, défendre et promouvoir les principes
universels de responsabilité sociale et de développement durable dans leurs
activités économiques, leurs relations sociales et plus généralement, dans leur
contribution à la création de valeur.
Par cette initiative, la CGEM entend promouvoir les facteurs d’attractivité de
l’investissement productif et de la croissance à long terme qui sont désormais,
le développement humain, le respect des droits fondamentaux de la personne
humaine et de l’état de droit, la qualité des conditions d’emploi, la régulation
des relations professionnelles, la protection de l’environnement, la transparence et
l’effectivité des règles concurrentielles.

Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015 451


Ghita AQUESBI / HNICHE Omar

En ce qui concerne le label RSE, la CGEM se réfère pour l’entreprise à la


définition que donne la Norme ISO 26000 des lignes directrices de la responsabilité
sociétale des Organisations à savoir :
La Responsabilité d’une Organisation vis-à-vis des impacts de ses décisions et
activités sur la société et sur l’environnement, se traduisant par un comportement
éthique et transparent qui :
- Contribue au développement durable, y compris à la santé et au bien-être
de la société.
- Prend en compte les attentes des parties prenantes.
- Respecte les lois en vigueur tout en étant en cohérence avec les normes
internationales de comportement ;
- Est intégrée dans l’ensemble de l’organisation et mis en œuvre dans ses
relations
Les 9 neuf axes d’engagements de la Charte du Label CGEM pour la
Responsabilité Sociale de l’Entreprise sont : Le respect des droits humains,
l’amélioration en continu des conditions d’emploi et de travail et les relations
professionnelles, la protection de l’environnement, la prévention de la corruption,
le respect des règles de la saine concurrence, le renforcement de la transparence du
gouvernement d’entreprise, le respect des intérêts des clients et des consommateurs,
la promotion de la responsabilité sociale des fournisseurs et sous-traitants et enfin
le développement de l’engagement sociétal.
Ces axes satisfont pleinement à la législation nationale et sont rigoureusement
conformes aux principes et objectifs énoncés à l’attention des entreprises par
les normes publiques internationales, les conventions fondamentales et les
recommandations des Institutions internationales, l’ONU, OIT, OCDE.
Le Label CGEM pour la Responsabilité Sociale de l’Entreprise est attribué
pour une durée de trois années aux entreprises basées au Maroc, membres de la
Confédération, sans discrimination de taille, de secteur, de produits ou de services.
Toute entreprise postulant au Label doit se soumettre à une évaluation, menée par
l’un des tiers-experts indépendants accrédité par la CGEM. Cette évaluation vise à
attester que les actes de gestion d’une entreprise postulante présente une assurance
raisonnable de conformité avec les engagements de la charte de responsabilité
sociale.

452 Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015


Etats des lieux de la RSE au Maroc et l’apport d’une action collective dans le développement...

√√La promotion de la RSE par la CGEM en collaboration avec ses


partenaires économiques
L’ANPME dans le cadre du programme « Moussanada Transverse »
accompagne les entreprises éligibles au programme qui s’engagent dans le
processus d’obtention du label RSE de la CGEM. Elle finance à hauteur de 60%
le coût de l’audit d’évaluation à l’issue duquel le label est octroyé à l’entreprise.
L’Administration des Douanes et Impôts indirects, la CNSS, le Crédit Agricole
du Maroc, le Groupe Banques Populaires, la Banque Marocaine pour le Commerce
et l’Industrie et la Direction Générale des Impôts, etc., se sont également associés
à la Confédération pour promouvoir le Label RSE. Ces partenaires octroient
aux entreprises labellisées des avantages et traitements spécifiques (tarification
préférentielle, simplification des procédures, assouplissement des contrôles,
gestion personnalisée, célérité dans le traitement des dossiers,…).
Les promesses adressées aux PME par la confédération générale des
entreprises du Maroc sont multiples, l’on peut citer entre autres : le renforcement
de la compétitivité, l’accès au financement, l’accompagnement des entreprises en
difficulté. Son rôle est déterminant surtout dans un contexte où ces entreprises
semblent éprouver des difficultés menaçant la survie même de plusieurs d›entre
elles.
La commission PME de la CGEM ambitionne de créer des synergies entre les
grands comptes et les PME, afin de faire bénéficier ces dernières des acquis des
plus grandes entreprises marocaines, et ce par l’intégration des PME innovantes
dans les chaînes de valeurs des grands comptes. Pour convaincre les PME, la
commission fait valoir un gain de compétitivité comme atout pour ces grandes
entreprises.
La confédération œuvre également à effectuer des actions de sensibilisation
auprès des PME. A travers la commission PME, la CGEM organise des séminaires
de sensibilisation, à travers les différentes régions du royaume sur les programmes
d’appui mis à leur disposition, les réalisations de la CGEM en leur faveur, ainsi
que sur les best practices.
Il y a lieu de souligner que le programme d’action du patronat vise aussi à porter
l’attention sur l’innovation et la recherche et développement. L’encouragement
devrait donc profiter des mesures décidées pour accompagner les PME par les
grandes entreprises.

Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015 453


Ghita AQUESBI / HNICHE Omar

√√La mise en place de rencontres Responsabilité et Performance 


Ces rencontres constituent une boîte à outils pratique pour l’ensemble des
entreprises. D’une part, pour s’approprier et diffuser les démarches socialement
responsables. Et d’autre part, pour concilier leurs exigences de rentabilité
et d’efficacité avec de nouvelles formes d’engagement responsable pour
l’environnement et la société.
Résolument tournées vers l’opérationnalisation des démarches RSE, ces
rencontres s’articulent autour de conférences innovantes à travers :
- Des plénières qui sont souvent animées par des personnalités marocaines
et étrangères de premier plan, engagées de longue date dans la RSE. Elles
permettent de mieux comprendre ce que recouvre l'engagement social
d'une entreprise, comment le dialogue avec les différentes parties prenantes
permet de s'inscrire dans une démarche pérenne ou encore ce qui fait de la
RSE un levier de performance globale.
- Des ateliers de bonnes pratiques dédiés à la présentation des pratiques les
plus durables et les plus innovantes et à leurs mise en œuvres animés par
des chefs d'entreprises et des experts.
- L’établissement du laboratoire de l'innovation qui vise à faire émerger des
solutions sur un thème précis, organisé sous forme d'atelier participatif et
animé par un expert.
De ce fait à travers toutes ces actions, l’on remarque que l’engagement et le
témoignage de chefs d'entreprises et d’institutionnels du milieu permettent de
mieux appréhender ces questions relatives aux processus d’adoption des démarches
responsables par les PME et les atouts à l’intégration de ces principes
Ainsi, ce partage d'expériences et de bonnes pratiques encouragé par la
démarche collective est un parti pris assumé pour couvrir les quatre niveaux
d'engagement d'une démarche RSE : évaluer, structurer, déployer et innover, et
ce à travers une large variété de questions couvrant différentes thématiques telles
que : L'engagement social, le dialogue avec les parties prenantes, le partenariat
associations – entreprises, la gouvernance, les ressources humaines, la création de
valeurs partagées ou encore les achats responsables
 

454 Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015


Etats des lieux de la RSE au Maroc et l’apport d’une action collective dans le développement...

Les PME adhérentes à un groupement professionnel ou intégrées dans une


action collective peuvent partager leurs réflexions et leurs expériences en matière
d’implémentation de démarche RSE, à l’instar des grandes entreprises telles que
l’OCP, Maroc Telecom ou encore BMCE Bank.
Pour conclure nous dirons que la CGEM par le biais de son label RSE et
ses diverses actions entreprises a pour vocation d’encourager l’engagement des
entreprises marocaines pour l’adoption d’une démarche de responsabilité sociale
dans leur stratégie managériale prenant en compte les attentes et les intérêts de
leurs différentes partenaires internes et externes : salariés, clients, fournisseurs,
communauté, les actionnaires,…
Ces actions et le label et RSE viennent légitimer les efforts de l’entreprise
dans le domaine de la RSE et crédibiliser en termes de confiance la PME avec ses
différentes parties prenantes à l’échelle nationale et internationale.
La RSE aide donc les entreprises à formaliser leur stratégie et renforcer leurs
capacités à réaliser durablement leurs objectifs en intégrant à leurs critères de
performance et à leurs processus managériaux les facteurs environnementaux,
sociaux, sociétaux et de gouvernance. La démarche s’appuie sur une meilleure
gestion des risques et concerne aussi bien les multinationales que les moyennes et
petites entreprises et constitue une démarche de progrès continu.
3. Le rôle joué par le groupement de PME dans l’intégration des prin-
cipes de RSE, le cas du club des entreprises labellisées 
Dans le cadre de la promotion des valeurs de RSE il nous semble primordial
d’envisager le maintien, voire le développement de la compétitivité de la PME par
une culture commune de projets au sein de leurs réseaux.
L’appartenance à un groupement de PME peut favoriser les échanges et
l’instauration de contacts interpersonnels mais également faire émerger un
sentiment de coopération entre les membres qui se considéraient jusqu’alors
comme des étrangers et des concurrents.
De ce fait l’analyse du réseau par le dirigeant de PME consiste donc à
repérer les acteurs clés internes et externes, comprendre et apprendre le mode de
fonctionnement du réseau, se familiariser avec les codes de conduite existants et
mesurer l’efficience de l’organisation réticulaire.

Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015 455


Ghita AQUESBI / HNICHE Omar

Les PME étant fortement fragilisées par la mondialisation et les crises


financières qu’elles se voient affronter, elles doivent par conséquent se montrer
solidaires pour pouvoir poursuivre leur développement et leur croissance et
perdurer dans cette conjoncture économique souvent instable
Contrairement aux grandes entreprises qui disposent de moyens importants,
les PME quant à elles, sont souvent limitées en ressources (financières, humaines,
temps…) et peuvent, de ce fait, se retrouver rapidement dans une situation
difficile. C’est pourquoi il est utile pour le dirigeant de PME de développer ses
contacts, et en particulier ses sources personnelles d’informations à l’extérieur de
l’entreprise pour s’informer de l’évolution de l’environnement et des risques qu’il
doit impérativement éviter de prendre.
Malgré une large prise de conscience du rôle joué par les réseaux dans
l’accompagnement des PME, peu de travaux se sont intéressés à cet objet de
recherche dont l’intérêt pratique n’est plus à démontrer (Allali, 2007). En effet,
à l’opposé de la théorie économique classique qui considère la firme comme une
unité individuelle isolée, livrée à elle-même et confrontée à une concurrence
effrénée, chercheurs et praticiens s’accordent aujourd’hui à reconnaître que les
entreprises sortent de plus en plus de leur isolement.
Des relations de coopération et d’entente formelles et informelles les lient
avec d’autres organismes et individus et constituent des réseaux plus ou moins
solidaires et complexes.
De ce fait, la capacité d’innovation des firmes se construit d’une part, à
partir de leur aptitude à acquérir de l’information dans le cadre d’interactions
permanentes avec les parties prenantes, notamment grâce à l’insertion dans des
réseaux d’acteurs et d’autre part, à partir de leur capacité à intégrer et traiter cette
information.
Ainsi, pour mettre en place des outils de gestion de RSE innovants, les PME
doivent être dans une optique proactive dans la recherche d’informations ou dans
la participation à des démarches collectives le plus souvent animées par leurs
fédérations professionnelles, associations ou groupements économiques.
Selon Peillon, le groupement de PME peut être perçu comme « s’agissant
simplement de plusieurs PME qui se regroupent afin de mener à bien un projet,
tout en restant juridiquement indépendantes ».

456 Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015


Etats des lieux de la RSE au Maroc et l’apport d’une action collective dans le développement...

Parmi les enjeux des groupements d’entreprises, l’on citera les éléments
suivants :
- Promouvoir l’activité de l’entreprise
- Promouvoir la performance de l’entreprise
- Cultiver le goût d’entreprendre, l’innovation et l’élan créateur
- Valoriser le territoire
- Favoriser les initiatives et les ressources
Ces éléments cités convergent toutes vers une volonté de promouvoir le
territoire local et d’en assurer le dynamisme économique.
Dans le cadre d’échanges d’informations à des fins utiles d’intégration des
principes de RSE au sein des PME marocaines adhérentes à un groupement
professionnel il y a eu à travers la CGEM , la création du club des entreprises
labellisées RSE:
Ce club des entreprises labellisées RSE par la CGEM a été créé en février
2011 à l’initiative de la Commission Label RSE. Il a pour objet d’offrir un espace
de rencontres et d’échanges aux entreprises ayant reçu le « Label CGEM pour la
Responsabilité Sociale de l’Entreprise ».
L’objectif de ce club est de mettre en réseau les entreprises labellisées et
permettre aux entreprises membres de discuter des tendances nationales et
internationales sur la thématique, partager leurs pratiques en matière de RSE et de
capitaliser sur les expériences des autres entreprises du Club. Les réunions sont
également l’occasion de partager un moment convivial, de connaître les nouveaux
membres du Club, de favoriser les contacts, etc.
Parmi les multiples objectifs que s’est fixé le club des entreprises labellisées,
nous citerons :
√√ La participation aux actions de lobbying national en faveur du Label et des
entreprises labellisées et aux actions de communication d'envergure
√√ La promotion du Label RSE auprès des entreprises au niveau local et
régional
√√ L’aide à faire connaitre à l’échelle internationale l’initiative RSE de la
CGEM par l’adoption de la charte RSE et la mise en place du label ;

Revue Marocaine de Recherche en Management et Marketing n° 11 Janvier - Juillet 2015 457


Ghita AQUESBI / HNICHE Omar

√√ L’organisation d’une rencontre annuelle pour informer et communiquer


sur les actions du club
√√ L’élaboration d’un Benchmarking sur leurs bonnes pratiques et les diffuser;
√√ Et pour conclure, la participation aux débats et réunions du Club et la
création d’une culture commune sur la RSE et le Label RSE de la CGEM.
Il nous apparaît clairement que l’objectif est d’accompagner les entreprises
dans l’amélioration de leur performance tout en veillant au respect de l’Homme
et l’environnement.
Ces différents outils de management de la RSE destinés aux entreprises, et
plus particulièrement aux PME sont avant tout le résultat d’un travail mené par
des dirigeants organisés en réseau, ayant les mêmes préoccupations d’innover
et d’améliorer la performance de leurs entreprises, tout en respectant les valeurs
sociales et environnementales du travail.
Les outils de gestion sont perçus comme un support de l’action collective,
étant donné que l’élaboration d’un outil de gestion consiste à aider un acteur ou
un groupe d’acteurs à raisonner et penser les fonctionnements dans lesquels leur
action s’inscrit, et à anticiper les évolutions possibles de l’environnement qui les
entoure.
La finalité à long terme de ces référentiels est de permettre aux dirigeants de
prendre des décisions qui parfois peuvent être influencées par le vécu des autres
PME, de s’approprier les principes de RSE et surtout de faire accepter à leurs
collaborateurs les changements structurels, organisationnels et/ou fonctionnels qui
peuvent être provoqués par un changement de stratégie.
L’avenir et la pérennité des PME dépend alors autant des décisions prises
par les dirigeants que de l’environnement dans lequel l’organisation s’inscrit et
interagit et ce, du fait que les échanges d’informations, de pratiques et de procédés
ont un impact sur le fonctionnement de la PME
Cela pourrait expliquer le paradoxe selon lequel, même si des outils adaptés
existent et si des organismes proposent des informations ciblées, cela n’est pas
souvent reconnu et utilisé par les responsables de PME.
Toute la difficulté pour le prescripteur de l’outil est de parvenir à comprendre
les convictions et représentations du dirigeant de PME.

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Etats des lieux de la RSE au Maroc et l’apport d’une action collective dans le développement...

Conclusion
Au Maroc , l’on voit de plus en plus cet intérêt croissant pour la RSE que ce soit
de la part des grandes entreprises, du gouvernement, des chercheurs, des médias
ou d’autres organismes, d’où la mise en place de la charte de la RSE de la part de
la CGEM avec comme objectif le respect des normes et la législation marocaine
et internationale de la part des grandes entreprises et PME marocaines, ainsi que
l’assurance d’une concurrence saine et parfaite mais aussi du développement d’un
tissu économique et le respect de l’environnement dans lequel les entreprises
opèrent .
Ce qui rend la recherche sur le rôle que peut jouer la démarche collective dans
l’intégration des principes RSE intéressante et riche avec toutes les pistes qu’elle
englobe.
C’est là où réside en effet, tout l’intérêt de la démarche collective innovante
à l’incitation et la promotion des démarches RSE via des actions importantes
comme la sensibilisation, militer pour la promulgation de nouveaux textes de lois,
l’encouragement à l’instauration de nouvelles mesures incitatives etc.
Il serait donc judicieux d’effectuer un travail de terrain concret pour aller au-
delà des discours sur la RSE et dépasser l’aspect cosmétique qu’adoptent certaines
entreprises, mais également mesurer les retombées financières qui poussent les
PME à adopter ces pratiques responsables et leur proposer ainsi des solutions pour
maitriser les coûts que peut générer l’adoption d’une telle démarche de RSE à
court terme, et enfin montrer de quelle manière nous pouvons développer dans
le cadre de la démarche collective une stratégie de gagnant-gagnant et l’esprit
d’équipe pour la réalisation d’un objectif commun.
Pour ces multiples raisons évoquées, les solutions qui pourraient être formulées
dans une optique de démarche collective afin d’intéresser les PME à la RSE sont
entre autres :
♠♠Mutualiser les coûts et les services afin d’encourager les dirigeants à l’adoption
des pratiques RSE
♠♠Apporter de la formation aux dirigeants en ce qui concerne les pratiques
responsables
♠♠Trouver des financements pour les PME

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Ghita AQUESBI / HNICHE Omar

♠♠Générer de l’intelligence collective


♠♠Mettre du lien avec les autres acteurs engagés et créer une dynamique collective
♠♠Etre un support à la communication de leur engagement RSE
Nous finissons cet article en recommandant l›encouragement des promoteurs
de la RSE à persévérer, avec l’espoir que leurs efforts continus finiront un jour par
pénétrer l’ensemble des sphères de l’entreprise marocaine car tout comme Rome
n’a pas été construite en un jour, l’entreprise citoyenne elle aussi est un idéal qui
nécessite réellement un travail de longue haleine et une démarche commune et
solidaire pour la réalisation d’objectifs communs.

Bibliographie 

◊ ACFCI (2006), « La prise en compte du développement durable et de la


responsabilité sociétale de l’entreprise (DD/RSE) par les PME/PMI ».
◊ Berger-Douce S. (2006), « La démarche collective, un outil d’appropriation
du management environnemental par les PME ».
◊ Capron, M. et F. Quairel-Lanoizelée (2007) « La responsabilité sociale
d’entreprise, Coll. Repère, Éditions la Découverte, Paris ».
◊ Christian Vermeulin , Frédéric Vermeulin (2012) «  Comprendre et entreprendre
une démarche RSE : La responsabilité sociétale pour tous les entrepreneurs ».
◊ Elise Bouneveaux (2010) : « Le rôle du réseau professionnel dans l›intégration
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◊ Hlady-Rispal M. (2003), « Les modes de création et de fonctionnement
d’accords de coopération engageant des dirigeants de PME européennes »,
Colloque PME-PMI.
◊ Jacques Igalens (2012) « Le cercle de l’entreprise et du management, La
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◊ Jean Marie Courrent (2012) « RSE et développement durable en PME ;
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◊ Koenig G. (1993), « Production de la connaissance et constitution des pratiques
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◊ Koenig G. (1996), Management stratégique. Paradoxes, interactions et
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Etats des lieux de la RSE au Maroc et l’apport d’une action collective dans le développement...

◊ La charte de l’environnement et du développement durable www.


Charteenvironnement.ma.
◊ Label CGEM « La responsabilité sociale des entreprises : les aspects relatifs
au travail ».
◊ Laurence Lecœur (2010) «  L’entreprise au cœur du développement durable :
La stratégie RSE ».
◊ Maximilien Brabec (2010) « Business Model Vert, l’économie durable comme
stratégie gagnante ».
◊ ODE – Cadre réglementaire marocain de la responsabilité sociétale des
organisations http://www.ode.ma/
◊ Olivier D’Herbemont (2012) « Booster l’intelligence collective : La stratégie
agile de transformation durable des organisations ».
◊ Tarik El Malki avec la collaboration du Pr.Bouchra M’zali( 2010) «La
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