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Les niveaux ou registres de langue

En novembre, Léo est convoqué pour sa journée d’appel. […] Il prend le train à l’aube pour
arriver en avance. Il veut voir la mer. Crachin du ciel, grésillement des voix – Gare de
Cherbourg, descendre pour Querqueville. – Putain c’est gris. Il saute sur le quai, harnaché à son
encombrant sac de toile kaki (un reliquat des affaires parentales florissantes, qu’il a conservé
sans trop savoir pourquoi). Le chef de gare lui dit de marcher jusqu’au front de mer. – Vous
sentirez l’iode. Aujourd’hui c’est marée haute. Un foutoir pas possible sur la barge. Et les
mouettes qui gueulent. Vous pouvez pas la louper, la mer.

Cécile LADJALI, Illettré, Actes Sud, 2016, p. 62.

Pour transmettre la même information, la même personne utilise des registres différents selon
son interlocuteur, le lieu où il se trouve, la nature du message et les circonstances. Ces registres
sont nombreux, mais on les regroupe d'ordinaire en trois grands types : le registre familier, le
registre courant ou standard et le registre soutenu.

Les registres se différencient :


 au niveau de la prononciation :
- familier : T'as pt'êt' ben raison.
- courant : Tu as pt' être bien raison.
- soutenu : Tu as peut-être bien raison.

 au niveau de la grammaire :
- familier : Et Pierre, il est pas encore arrivé ?
- courant : Est-ce que Pierre n'est pas encore arrivé ?
- soutenu : Pierre n'est-il pas encore arrivé ?

 au niveau du vocabulaire :
- familier : Il s'est payé une nouvelle bagnole.
- courant : Il a acheté une nouvelle voiture.
- soutenu : Il a fait l'acquisition d'un nouveau véhicule.

Une phrase peut combiner ces divers aspects et peut être familière, par exemple, tant du point
de vue de la prononciation que de la grammaire et du vocabulaire :
T'as pas planqué mes godasses ?

Techniques d'expression écrite II – Erasmus 1


1. Dans chacun des groupes suivants, les trois mots ont le même sens. Dites le registre
de langue auquel ils appartiennent (standard, familier, soutenu, vulgaire...).
 Les vêtements – les fringues – les effets
 Une piaule – une maison – une demeure
 Se dissimuler – se planquer – se cacher
 Etre fatigué – être crevé – être exténué
 Bosser – travailler – vaquer à ses occupations professionnelles
 Malpropre – dégueulasse – sale
 Se hâter – se dépêcher – se grouiller
 Dormir – faire dodo – roupiller
 Le bruit – le boucan – le vacarme
 Le désordre – la pagaille – le bordel
 Un emploi – un travail – un boulot
 Bouffer – se sustenter – manger
 Décéder – crever – mourir

2. Quel est le registre de langue employé dans ces phrases ?


1. Qu’est-ce que tu fous ?
2. Hâtez-vous de sortir !
3. Qui est-ce qui m'a planqué mon bouquin ?
4. Attends, s'il te plaît, je n'ai pas fini mon exercice.
5. On a pas été se promener.
6. Le vent chassait de gros nuages sur les cimes.
7. C'est les crayons de mon frangin.
8. C'est moi qui ferai la vaisselle ce soir.
9. Dis-lui pas où on est.
10. Je me demandais quelle heure pouvait-il bien être ?
11. Voulez-vous avoir l'obligeance d'avancer un peu plus vite car je suis en retard ?
12. Où t'as rangé les clés ?
13. Qui est-ce qui a lavé ma chemise ?
14. A quel endroit ai-je déposé mes lunettes ?
15. Fais gaffe !
16. Il était fort irrité.

3. Les mots peuvent changer de sens selon qu'ils sont employés dans un registre de
langue ou dans un autre… Que signifient ces phrases (français familier) ?

1. Elle lui a donné une tarte.


2. Il a un poil dans la main.
3. Je lui ai passé un savon.
4. Il m’a écrit toute une tartine.
5. Cette fille est canon.

Techniques d'expression écrite II – Erasmus 2


6. T’as du bol !
7. J’ai le cafard.
8. On lui a donné un tuyau.
9. Il est tombé à la flotte.
10. Il m'a tiré les vers du nez.

4. Réécrivez ces phrases dans un registre courant ou soutenu.

1. Quand c'est que tu pars ?


2. C'est la piaule à mon frère.
3. J'ai pas dit que t'étais moche.
4. Il s’a trompé.
5. Si j'aurais su, j'aurais pas venu.
6. Ton pote, il est pas fute-fute.
7. Il gagne un fric fou !

5. Un peu de verlan : que signifient les expressions suivantes ?

Tu viens à la teuf samedi ?


Laisse béton !
C’est ta meuf ?
Il est vénère !
C’est chelou !

6. Que signifient les abréviations suivantes (registre familier) ?

Un tuto
Un pro
Un dirlo
Un apéro
Un dico
Un max
Sans déc!
C’est dégueu!

Techniques d'expression écrite II – Erasmus 3


7. Repérez les mots relevant du registre familier. Donnez-leur un sens et suggérez des
termes ou tournures équivalents dans le registre courant.

Eddy s’est levé, calme, la serviette en écharpe, rassemble sa troupe et, sans jeter un œil à la

fille, tourne les talons pour marcher sur le Cap. Ceux de la bande qui sont restés ricanent en

douce, pauvre meuf, elle fait pitié, qu’est-ce qu’elle cherche, qu’est-ce qu’elle s’imagine, la

honte, puis se détournent d’elle, basta, et bientôt s’agitent de nouveau, se poussent, se roulent

des pelles et plongent, tandis que les autres, là-bas, tombent maintenant dans la mer comme

des petits bâtons. […]

Une heure se passe, la fille se baigne à intervalles réguliers en bout de plate-forme : elle

s’approche du bord, tâte l’eau et y descend, prudente – peu de fond, des oursins –, crawle sur

vingt mètres et revient s’asseoir sur sa serviette bleue, les genoux sous le menton, c’est là que

Mario l’attend, cheveux lustrés en arrière, acteur, clope au bec, il a traversé tout le plateau pour

la rejoindre et maintenant il fait son cinéma. On t’a dit de te barrer, de pas revenir, tu comprends

rien ? […] Plus tard, assis à côté d’elle qui ruisselle, il demande direct, t’habites où ? La fille lui

indique d’un coup de menton le virage tout proche et les villas blanches enfouies sous un front

végétal. […]

Eddy et Suzanne déposent Mario sur un parterre de pelouse en bordure du parking, faut le

laisser là, dit la fille, on va pas y arriver sinon. Eddy s’accroupit et se penche sur Mario qui a

fermé les paupières – il a les bras égratignés, le visage tordu par la souffrance, les genoux

couverts d’ecchymoses –, déblatère à toute allure, le visage grave, faut qu’on y aille, on te

retrouvera là-bas, et Mario articule faiblement, où ? où est-ce qu’on va se retrouver ? T’inquiète

lui souffle Eddy, on t’attend, je t’appellerai dès que j’aurai écoulé ça – il tire sur son maillot et

montre le paquet, sourire, clin d’œil, et alors ce sera la belle vie. Le petit le regarde intensément

et lui rend son sourire, tu me donneras ma part, Bégé, tu me fileras ma thune, hein, c’est moi qui

l’ai trouvé le paquet, t’oublies pas. T’inquiète, Eddy le salue selon le rituel de la bande.

Maylis de Kerangal, Corniche Kennedy, Folioplus, Verticales, 2008, p. 62 et 139-140

Techniques d'expression écrite II – Erasmus 4

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