Vous êtes sur la page 1sur 8

Chapitre 12 : LES DEPRECIATIONS ET PROVISIONS

L'amoindrissement de valeur d'un élément d'actif dû à des causes dont les effets ne sont pas
jugés irréversibles est constaté par une dépréciation en vertu du principe de prudence.
Selon ce même principe comptable, les risques et les charges doivent être constatés, par des
provisions, dès qu’ils sont probables ; alors que les produits ne le sont que lorsque leur
réalisation est effective.

I. LES DEPRECIATIONS DE L’ACTIF


A. Généralités

1. Exemple introductif :
L’entreprise «LALOUZY »  a acheté en bourse, le 10/03/2017, 100 actions de la société
« BOUYGUES » au prix unitaire de 25 €. Lors des travaux d’inventaire au 31/12/2017, le cours
en bourse de l’action « BOUYGUES » est évalué à 21,75 €.
 Au 10/03/2017 : le portefeuille titres « BOUYGUES » est évalué à : 100 * 25= 2500
 Au 31/12/2017, le portefeuille est évalué à : 100 * 21,75= 2175
Conclusion :
La perte de valeur n’est pas ni réelle, ni définitive. En effet, le cours de l’action peut
augmenter ultérieurement et annuler cette perte de valeur.

2. Principes :
Lorsque la diminution de la valeur d'un élément d'actif n’est pas définitive (dû à des
causes dont les effets ne sont pas jugés irréversibles), elle est constaté par une dépréciation
(principe de prudence). Cette dépréciation correspond à une moins-value latente, estimée à
la fin de l'exercice.

Dépréciation d’un actif = VE – VI (Valeur actuelle estimée à la date d’inventaire)

Remarque :
Si la valeur actuelle de l'élément est supérieure à sa valeur d'entrée, la plus-value
latente n'entraîne aucun enregistrement comptable (Principe de prudence).

3. Eléments d'actif concernés


Les éléments d'actif susceptibles d'une dépréciation sont :
 Les immobilisations :
 corporelles : terrains ;
 incorporelles : fonds commercial ;
 financières : titres immobilisés, titres de participation, TIAP.
 Certains éléments de l’actif circulant :
 les stocks ;
 les créances sur les clients ;
 les valeurs mobilières de placement (VMP).

B. TRAITEMENTS COMPTABLES DES DEPRECIATIONS D’IMMOBILISATIONS


CORPORELLES ET INCORPORELLES.

1
a) Constatation de la dépréciation.
A la clôture de l’exercice, le comptable vérifie si les terrains et le fonds commercial se
sont dépréciés en comparant leur valeur d’acquisition avec leur valeur d’inventaire. Si c’est
le cas, il doit :
 Constater une charge calculée au débit d’un compte de dotation :
« 6816 Dotations aux dépréciations des immobilisations incorporelles et corporelles »
 Constater, en contrepartie, la diminution de la valeur de l’élément d'actif immobilisé, au
crédit d’un compte :
« 2907 Dépréciations du fonds commercial »
« 2911 Dépréciations des terrains »

Exemple :
La société CARO possède un terrain acquis en 2015 pour 80000 € qui, du fait de
l’installation proche d’une décharge, a perdu de la valeur. Sa valeur actuelle à l’inventaire du
31/12/2018 est estimée à 62000 €.
Le fonds commercial de l’entreprise a été acquis à la création au prix de 40000 €. En 2018,
l’implantation d’une grande surface de vente a fait chuter le chiffre d’affaires de 20 % par
rapport aux prévisions.
TRAVAIL A FAIRE :
1. Evaluer les dépréciations du terrain et du fonds commercial au 31/12/2018 ;
2. Enregistrer les écritures au journal à la fin de l’exercice 2018;
3. Présenter l'extrait du bilan et du compte de résultat au 31/12/2018.

b) Ajustements ultérieurs des dépréciations.


A l’inventaire suivant, le comptable ajustera éventuellement la dépréciation soit :
 Par une dotation supplémentaire, si la baisse de la valeur actuelle s’accentue;
 Par une reprise partielle ou totale de la dépréciation existante, si la perte de valeur
diminue ou disparaît.
Pour réduire ou supprimer les dépréciations existantes, les comptes de dépréciations
doivent être débités :
« 2907 Dépréciations du fonds commercial »
« 2911 Dépréciations des terrains »
Par le crédit d’un des comptes de reprises:
« 7816 Reprises sur dépréciations des immobilisations corporelles et incorporelles »

Exemple (suite) :
Pour réaliser les travaux d’inventaire de l’exercice 2019, vous disposez des
informations suivantes :
 Au cours de cet exercice, la mairie a renoncé au projet de l’installation de la décharge. La
valeur du terrain est estimée au 31/12/2019 à 82 000 €;
 L’activité commerciale est intense et le chiffre d’affaires augmente régulièrement depuis
le début de l’année. La dépréciation peut être estimée à 2 % de la valeur d’acquisition.
TRAVAIL A FAIRE :
1. Evaluer et ajuster les dépréciations pour les terrains et le fonds commercial au
31/12/2019 ;
2. Enregistrer les écritures au journal à la fin de l’exercice 2019 ;

2
C. DEPRECIATION DES STOCKS
1. Montant de la dépréciation
Une dépréciation doit être constatée si la valeur actuelle est inférieure au coût
d’entrée en stock soit :
 au coût d’achat pour les marchandises, les matières premières et autres
approvisionnements,
 au coût de production pour les produits en-cours et les produits finis.
2. TRAITEMENTS COMPTABLES.
Il n’y a pas d’ajustement de dépréciation mais substitution d’une dépréciation par une autre.
a) Traitement de la dépréciation existante.
La dépréciation existante au début d’exercice doit être annulée par une reprise
d’exploitation selon la nature du stock :

b) Traitement de la dépréciation nécessaire.


La dépréciation nécessaire doit être constatée à la fin de l’exercice par une dotation
d’exploitation :

c) EXEMPLE :
L’inventaire des stocks au 31 décembre 2019 comporte:
- des matières premières pour 49 128 € (l’état d’un lot justifie la constitution d’une
dépréciation de 843 €) ;
- des produits finis pour 84 613 € dépréciés à hauteur de 4 897 €.

Extrait de la balance avant inventaire au Débit Crédit


31/12/19
31 Matières premières 45 785,00
35 Stocks de produits finis 123 564,00

Dépréciations des stocks de 12 786,00


391
matières premières
Dépréciations des stocks de 765,00
395
produits finis
TRAVAIL A FAIRE :
Présenter les écritures relatives aux stocks au 31 décembre 2019.

D. DEPRECIATION DES TITRES


1. TRAITEMENTS COMPTABLES DES DEPRECIATIONS.
a) Constatation de la dépréciation
Débit du compte : 6866 Dotations aux dépréciations des éléments financiers.
En contrepartie, il faut constater la diminution de la valeur de l’élément d'actif, au crédit
d’un compte :
2961 Dépréciations des Titres de Participation ;
2971 Dépréciations des Titres Immobilisés (droit de propriété) ;

3
2972 Dépréciations des Titres immobilisés (droit de créance) ;
2973 Dépréciations des TIAP ;
591 Dépréciations des V.M.P.

b) Ajustements ultérieurs des dépréciations constatées.


A la clôture de chaque exercice, des ajustements de dépréciations doivent être
effectués selon l’évolution de la valeur actuelle :
Par une dotation supplémentaire, si la baisse de la valeur actuelle s’accentue;
Par une reprise partielle ou totale de la dépréciation existante, si la perte de valeur diminue
ou disparaît. Pour réduire ou supprimer une dépréciation, les comptes de dépréciations
doivent être débités par le crédit du compte de reprises financières : « 7866 Reprises sur
dépréciations des éléments financiers »

EXEMPLE.
Parmi les travaux comptables de fin d’exercice 2018, figurent l’évaluation du
portefeuille de titres et des dépréciations nécessaires à l’aide des informations suivantes :

TRAVAIL A FAIRE :
1. Déterminer la valeur globale des différents titres lors de l'acquisition et à la date
d'inventaire. En déduire les plus ou moins-values latentes et les dépréciations nécessaires.
2. Enregistrer les écritures au journal à la fin de l’exercice.

E. LA DEPRECIATION DES CREANCES CLIENTS


1. Créances douteuse et litigieuses.
Il s’agit des créances dont le recouvrement apparaît incertain, pour des raisons
diverses.
a) Constatation du caractère douteux de la créance :
La créance est transférée au compte « Clients douteux ou litigieux » pour son montant TTC :

b) Détermination de la dépréciation :
La dépréciation correspond à la partie des créances que l’on risque de ne pas
recouvrer. Le risque de perte étant limité au montant hors taxes :

Dépréciation = Créance HT × taux de perte estimé

4
c) Ajustements ultérieurs des dépréciations constatées.
A la clôture de chaque exercice, des ajustements de dépréciations doivent être
effectués selon l’évolution de la situation du client :
- Par une dotation supplémentaire, si le risque de perte s’accentue;
- Par une reprise partielle ou totale de la dépréciation existante, si le risque de perte
diminue ou disparaît. L’annulation et la réduction d'une dépréciation sont
enregistrées comme suit :

2. Traitement des créances irrécouvrables.


L’irrécouvrabilité d’une créance résulte du caractère définitif de sa perte du fait de la
disparition du client, du résultat négatif des poursuites engagées ou simplement de la
relance par l’entreprise lorsqu’il s’agit de petites factures ne justifiant pas le coût d’une
procédure.
a) Créances courantes ou ordinaires :

b) Créances irrécouvrables ayant un caractère exceptionnel :

EXEMPLE
On vous communique en annexes des documents concernant l'entreprise LAIGONY :
TRAVAIL A FAIRE :
1. Présenter l'état des clients douteux et insolvables au 31 décembre 200N.
2. Comptabiliser toutes les écritures relatives aux créances au 31 décembre 200N.
3. Présenter l'état des clients douteux et insolvables au 31 décembre 200N+1.
4. Comptabiliser toutes les écritures relatives aux créances au 31 décembre 200N+1.
Document 1.

5
Document 2.

Document 3.

6
II- PROVISIONS POUR RISQUES ET CHARGES.

A. CONDITIONS DE CONSTITUTION.

Les conditions à remplir pour constituer une provision sont :


- L’existence d’une obligation (légale, règlementaire, contractuelle) à l’égard d’un tiers
à la date de clôture,
- Une sortie probable ou certaine de ressources au bénéfice du tiers,
- Sans contrepartie au moins équivalente attendue,
- Une fiabilité suffisante de l’évaluation de l’obligation.

B. TRAITEMENTS COMPTABLES.

2. Constitution de la provision.
La charge est enregistrée en fin d’exercice, selon sa nature, au débit d’un compte de
Dotations aux Provisions :
- 6815 Dotations aux provisions - charges d'exploitation
- 6865 Dotations aux provisions - charges financières
- 6875 Dotations aux provisions - charges exceptionnelles

Le montant de la provision est porté, selon son objet, au Crédit d'un compte de Provisions :
- 15 Provisions
 151 Provisions pour risques
 153 Provisions pour pensions et obligations similaires (pour retraites à verser aux
anciens salariés, …)
 154 Provisions pour restructuration (vente ou arrêt d’activité, fermeture d’un site,
délocalisation, réorganisation, …)
 155 Provisions pour impôts (impôts sur les bénéfices à payer ultérieurement)
 157 Provisions pour charges à répartir sur plusieurs exercices

3. Ajustement ultérieur de la provision.


A la fin de chaque exercice comptable, les provisions déjà constatées peuvent faire l’objet
d’ajustement :
• à la hausse (dotation supplémentaire) : les mêmes enregistrements coomptables que lors
de la création sont alors constatés

• à la baisse (reprise partielle) selon l’évolution des risques encourus, ou annulation (reprise
totale), les reprises sont constatées :
 Au débit d’un des comptes concernés de la rubrique 15:
 Au crédit de l’un des comptes de reprises suivant selon leur nature :

- 7815 Reprises sur provisions - produits d'exploitation


- 7865 Reprises sur provisions - produits financiers
- 7875 Reprises sur provisions - produits exceptionnels.

C. EXEMPLES D’APPLICATION

7
EXEMPLE 01.
Une entreprise est en litige avec un ancien salarié licencié le 10 février 200N. Devant le
Conseil des Prudhommes, ce salarié demande 5 000 € de dommages et intérêts pour
licenciement abusif. Selon le conseiller juridique, il aura probablement gain de cause, mais le
jugement ne sera rendu que l'année prochaine, soit au cours de l’exercice comptable
200N+1. Le 2 juin 200N+1, par décision de justice, le salarié obtient une indemnité de 6 000
€. L’entreprise paie l’indemnité le jour même par chèque bancaire.
TRAVAIL A FAIRE : Comptabiliser les écritures nécessaires.

EXEMPLE 02.
Une entreprise estime à 2 % de son chiffre d’affaires, la charge qu'elle risque de supporter au
cours de l'exercice 200N+1 du fait de la garantie contractuelle d’une durée d’un an (pièces et
main d’œuvre), offerte à ses clients pour son activité commerciale. Le chiffre d’affaires de
l’exercice 200N s’élève à 80 000 € HT. Au cours de l'exercice 200N+1, les charges réelles de
réparation des marchandises vendues et garanties s'élèvent à 2 000 € HT.
TRAVAIL A FAIRE : Comptabiliser les écritures nécessaires.

EXEMPLE 03.
Le 31 décembre 200N, une société prévoit un redressement fiscal inhabituel, en raison d’une
mauvaise interprétation d’un texte réglementaire et conduisant probablement à une
pénalité d'impôt d'environ 15 000 € au cours de l'exercice suivant. Le 5 septembre 200N+1,
l'entreprise reçoit une notification de redressement des services fiscaux entraînant une
pénalité de 16 500 € à payer au Trésor Public.
TRAVAIL A FAIRE : Comptabiliser les écritures nécessaires.

EXEMPLE 04.
A partir de l'année 200N, l'entreprise Roland envisage de faire effectuer par un entrepreneur
des travaux importants sur des bâtiments. La méthode de comptabilisation par composants
de l’immeuble n’a pas été utilisée lors de l’acquisition. Ces travaux, évalués à 480 000 € HT,
devraient être réalisés dans 3 ans soit au cours de l'exercice 200N+3. En raison de leur
importance, il est décidé, par option de constituer une provision pour gros entretien et
grandes révisions à la fin de trois exercices à partir de 200N. Le 20 septembre 200N+3, après
réalisation des travaux, l'entrepreneur envoie la facture d'un montant de 500 000 € HT,
payée aussitôt par virement postal.
TRAVAIL A FAIRE : Comptabiliser les écritures nécessaires.

EXEMPLE 05.
Une provision pour grosse réparation d’un montant de 100 000 € est enregistrée le 31
décembre 200N puis le 31 décembre 200N+1 par l'entreprise Buge pour des travaux prévus
sur des bâtiments au cours de l’exercice 200N+2. A la fin de l’exercice 200N+2, les
réparations n'ont pas été réalisées comme cela était prévu. Une nouvelle estimation fait
apparaître un montant de travaux à réaliser de 250 000 € HT. Les travaux sont enfin réalisés
pendant le mois de décembre 200N+3 et s’élèvent selon la facture reçue le 30 décembre
200N+3 à 180 000 € HT.
TRAVAIL A FAIRE : Comptabiliser les écritures nécessaires.