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Les choix inter temporels Chapitre 2

Chapitre 2 : Les choix inter temporels

Dans ce chapitre, nous étudions le comportement du consommateur en examinant les


décisions qui impliquent une épargne et une consommation au cours de différentes
périodes de temps. Nous parlons dans ce cas de choix inter temporels. C’est
l’économiste Irving Fischer qui a mis au point le modèle q’utilisent les économistes
pour analyser comment les consommateurs rationnels anticipant l’avenir font leurs
choix inter temporels. Le modèle de Fischer met en avant les contraintes budgétaires et
l’épargne du consommateur.

2.1 La contrainte budgétaire inter temporelle (Consommation et épargne)

La seule raison qui pousse les consommateurs à consommer moins qu’ils souhaitent
est le revenu ou la contrainte budgétaire.
Soit un consommateur qui doit prendre une décision relative à sa vie qui se déroule en
deux périodes : l’adolescence et l’âge adulte. Il gagne un revenu R1 et consomme C1 à
la période 1 et gagne R2 et consomme C2 à la période 2. Toutes les variables sont des
variables réelles corrigées de l’inflation.
Rappel :
Variable réelle = variable nominale / Indice des prix à la consommation (ou le
déflateur)
Ce consommateur pouvant à la fois épargner et emprunter, sa consommation en l’une
et l’autre des deux périodes peut-être soit supérieure, soit inférieure à ce qu’il gagne au
cours de cette période.
On appelle épargne (S), la différence entre le revenu et la consommation, soit
(2-1) S = R1 - C1 à la période 1.
A la période 2, la consommation est l’épargne accumulée y compris l’intérêt produit
par cette épargne augmentée du revenu de la période 2, soit
(2-2) C2 = (1+r)S + R2 où r est le taux d’intérêt réel
Remarque

Si R1- C1> 0 alors S > 0 donc S est une épargne

Au contraire, si R1- C1< 0 alors S < 0 donc S est un emprunt


Le nombre de période étant limité à deux, il n’y a pas d’épargne à la deuxième
période.

Si R1 =C1 alors nécessairement C2=R2, le consommateur n’est ni prêteur ni emprunteur.


On dit que sa position de consommation est le point de Polonius : `` Hamlet
Shakespeare `Polonius donne un conseil à son fils : ne prête ni n’emprunte, car prêter
c’est souvent perdre et l’argent et l’ami, et emprunter use l’esprit.
Faisons l’hypothèse que le taux d’emprunt est identique au taux d’intérêt de l’épargne.
Pour dériver la contrainte budgétaire, on utilise les deux équations qui précèdent

(2-3) C2 = (1 +r)(R1-C1) + R2

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Pour l’interprétation de cette équation, on réaménage les termes pour obtenir

(2-4) C2 + (1 +r)C1 = (1 +r)(R1 + R2


en divisant les deux membres par (1+r), on obtient :

C2 R2
(2-5) C1 + = R1 + qui est la contrainte budgétaire intertemporelle.
1 r 1 r
1
Elle est de la forme P1C1 + P2C2 = P1R1 + P2 R2, en posant P1 =1 et P2 =
1 r
On dit que l’équation (2-4) exprime la contrainte budgétaire en termes de valeurs
futures et que l’équation (2-5) l’exprime en terme de valeurs présentes. On utilise cette
terminologie parce que, dans la première contrainte budgétaire le prix de la
consommation future est égal à l’unité tandis que dans la seconde, c’est le prix de la
consommation présente qui est égale à l’unité. Dans la première contrainte, le prix de
la période 1 est mesuré par rapport à celui de la période 2 alors que dans la seconde,
c’est l’inverse

Interprétation graphique

C2
(1+r)R1 + R2
Dotation

R2
Droite de budget
Pente = -(1+r)

R1 R1+R2/(1+r) C1

Le graphique montre que la valeur présente d’une dotation monétaire répartie sur deux
périodes est la somme qui reçue au cours de la première période, engendrerait le même
ensemble budgétaire. Cette somme correspond exactement à l’intersection de la droite
de budget avec l’axe horizontal, c’est-à-dire au montant maximum qu’il est possible de
consommer au cours de la période 1 : C1*= R1+ R2/(1+r).

De même, l’ordonnée à l’origine est le montant maximum qu’il est possible de


consommer au cours de la seconde période c’est-à-dire quand C1= 0. De nouveau on
peut résoudre la contrainte budgétaire pour dégager C2* = (1+r)R1 + R2 qui
correspond à la valeur future de la dotation.
La formulation en termes de valeurs présentes est la façon la plus intéressante
d’exprimer la contrainte budgétaire intertemporelle puisqu’elle mesure le futur par
rapport au présent.

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2.2 Les préférences du consommateur


Les courbes d’indifférence représentent les préférences du consommateur quant à sa
consommation au cours des deux périodes. Le consommateur est indifférent entre W,
X et Y qui se situent toutes sur la même courbe d’indifférence. En partant de W à X, le
consommateur réduit sa consommation en période 1, sa consommation en période 2
doit augmenter pour assurer le même niveau de satisfaction.

C2

Consommation en période 2

Y ▪ Z

X
W I2
I1
0 Consommation en période 1 C1
Le graphique montre que le consommateur préfère des courbes d’indifférence plus élevées
telles que I2 aux courbes d’indifférence inférieures. En effet, le consommateur préfère
consommer plus à moins (more is better)
Optimisation
Maximiser U(C1,C2)
C2 R2
S/C : C1 + = R1 +
1 r 1 r

C2

Consommation en période 2

O
Y

I3
W I2
I1
0 Consommation en période 1 C1
A l’optimum, la pente de la courbe d’indifférence = celle de la droite de budget. A ce
point, la courbe d’indifférence est tangente à la droite de budget. La pente de la courbe
d’indifférence est l’opposé du TMS et celle de la droite de budget est –(1+r). En
conclusion, au point O, on a
(2.6) TMS = 1+r. Le consommateur fixe sa consommation à chacune des deux
périodes de telle sorte que TMS soit égal à 1+ taux d’intérêt réel.

2-3 La statique comparative

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a) l’impact des variations du revenu sur la consommation


Sachant désormais la manière dont le consommateur répartit son revenu entre la
consommation et l’épargne, on peut examiner la réaction de la consommation à la
hausse du revenu.
C2

Consommation en période 2

O O’

I3
I2
I1
0 Consommation en période 1 C1
La hausse du revenu en période 1 ou en période 2 déplace vers la droite, la droite de
budget. Si la consommation en période 1 et 2 porte sur les biens normaux, la hausse du
revenu accroît la consommation au cours des deux périodes.

b) l’impact des variations du taux d’intérêt réel


Deux cas doivent être examinés : celui d’une épargne initiale et celui d’un emprunt initial
- Le cas d’une épargne initiale
C2

Consommation en période 2

∆C2

A
I2

R2
I1

∆C1 R1
Consommation en période 1 C1

Sur le graphique, une hausse du taux d’intérêt réel induit une rotation de la droite de
budget autour du point (R1, R2). Ceci amène le consommateur à modifier sa
consommation au cours des deux périodes. Il se déplace du point A vers le point B.
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On distingue deux éléments au sein de l’impact d’une hausse du taux d’intérêt sur la
consommation : l’effet de revenu et l’effet de substitution.

L’effet de revenu désigne la variation de la consommation induite par le déplacement


vers une courbe d’indifférence supérieure. L’effet de revenu incite à consommer
davantage au cours des deux périodes

L’effet de substitution décrit la variation de la consommation induite par la


modification des prix relatifs de la consommation entre les deux périodes. La
rémunération réelle de l’épargne ayant augmentée, le consommateur est incité à
consommer davantage en période 2 et moins en période 1.
Ces deux effets tendent à accroître la consommation en période 2. Par contre, les deux
effets ont des impacts en sens contraire sur la consommation en période 1 au cours de
laquelle, en conséquence, la consommation peut aussi bien augmenter que baisser.
Equation de Slutsky
En utilisant la contrainte budgétaire en termes de valeur future plutôt qu’en termes de
valeur présente, l’augmentation du taux d’intérêt est équivalente à l’augmentation du
prix, d’où
C1 C1 C1
= + (R1-C1)
P1 P1 / U R1
(?) (-) (?) (+)
Le signe de l’ensemble dépend de R1-C1. Si R1-C1< 0 alors le consommateur est
C1
emprunteur, par conséquent, <0 et la consommation C1 baisse. Pour un
P1
emprunteur, si le taux d’intérêt augmente, il devra payer davantage d’intérêt, ceci le
pousse à emprunter moins et à consommer moins.
Pour un prêteur R1-C1>o, l’effet est indéterminé. L’augmentation du taux d’intérêt
peut procurer un revenu supplémentaire tellement important qu’il peut décider
d’accroitre sa consommation présente.

2.4 Les périodes multiples


On envisage un modèle à trois périodes. Supposons que le consommateur peut prêter
ou emprunter au taux d’intérêt r au cours de chaque année. La contrainte budgétaire
s’écrit

C2 C3 R2 R3
C1+ + (1  r ) 2 = R1+ + (1  r ) 2
1 r 1 r

C’est exactement le même type de contrainte budgétaire que celle examinée au


paravant. Le prix de la consommation de la période en termes de consommation
présente ou actuelle est :

1
Pt =
(1  r )t 1

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Supposons que le taux d’intérêt perçu à la période 1 sur l’épargne soit r 1 et celui de la
période 2 à la période 3 s’élève à r 2.1 franc de la période 1 devient (1+r 1)(1+r2) à la
période 3. La forme correcte de la contrainte budgétaire est par conséquent :

C2 C3 R2 R3
C1+ 1  r + (1  r )(1  r ) = R1+ 1  r + (1  r )(1  r )
1 1 2 1 1 2

Le tableau 2.1 donne la valeur présente d’1 franc disponible T années plus tard.

Taux Années
1 2 5 10 15 20 25 30
0,05 0,95 0,91 0,78 0,61 0,48 0,37 0,30 0,23
0,10 0,91 0,83 0,62 0,39 0,24 0,15 0,09 0,06
0,15 0,87 0,76 0,50 0,25 0,12 0,06 0,03 0,02
0,20 0,83 0,69 0,40 0,16 0,06 0,03 0,01 0,00

Exemple : Pour un taux d’intérêt de 10%, la valeur présente d’1 F dans 20 ans n’est que de
0,15 F.

2.5 Taux d’intérêt réel et nominal


Des analyses précédentes, il a été fait l’hypothèse implicite que le prix de la
consommation ne se modifiait pas. Il n’y a ni inflation ni déflation.
Supposons que le prix augmente au taux de π ie (idem) le taux de croissance des prix à
la période 2. Considérons par ailleurs que la dotation est mesurée en unités monétaires
du bien de sorte que la valeur monétaire de la dotation soit P2R2 ; par conséquent, le
montant à dépenser pour cette période est P2C2 = P2R2 + (1+r)(R1-C1).
1 r
Et la quantité correspondante C2= R2 + P (R1-C1)
2

Le taux d’inflation étant π et P1= 1, on a P2 = 1+π


1 r
Ce qui donne C2= R2 + (R1-C1),
1 

Si on définit le taux d’intérêt de la façon suivante :


1 r
1+ρ = la contrainte peut s’écrire
1 

C2 =R2 + (1+ρ)(R1-C1)

(1+ρ) mesure la quantité supplémentaire qu’on consommera à la période 2 si on


diminue la consommation à la période 1, c’est pourquoi on parle de taux d’intérêt réel.
Ce taux donne la quantité supplémentaire qu’on pourra consommer et non la quantité
de monnaie supplémentaire.
Le taux d’intérêt exprimé en unité monétaire est appelé le taux d’intérêt nominal.
1 r
On a 1+ρ =
1 
1 r r
D’où ρ = -1=> ρ =
1  1 

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Si le taux d’inflation n’est pas trop important, on utilise le taux d’intérêt de façon
approximative ρ ≈ r - Π
Exemple : si r= 18% et Π= 10% => ρ= r – Π= 8%

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