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Chapitre 5

Théorèmes des Fonctions implicites et d’inversion locale

Ce chapitre est consacré à deux théorèmes fondamentaux du calcul di¤érentiel dont les appli-
cations à l’analyse et la géométrie di¤érentielle sont nombreuses. Le théorème d’inversion lo-
cale établit qu’une fonction de classe C 1 est localement un C 1 -di¤éomorphisme. Le théorème
des fonctions implicites exprime qu’une courbe dé…nie implicitement par une équation du
type f (x; y) = 0 peut être vue localement comme le graphe d’une fonction.
Ces deux théorèmes sont équivalents. Chacun de ces théorèmes peut être démontré à partir
du second. Dans ce cours, nous montrons d’abord théorème d’inversion locale, et ensuite le
théorème des fonctions implicites à partir du précèdent. Nous aurions également pu procéder
dans l’autre sens.

1 Théorème d’inversion locale

Commençons par rappeler un théorème de point …xe contractant qui sera l’outil central de
la preuve du théorème d’inversion locale.

Théorème 5.1.1 (du point …xe ou de Picard)


Soit Y une partie fermée d’un espace vectoriel normé F complet de dimension …nie et une
application k-contractante (c’est-à-dire k - lipchitzienne avec k < 1) de Y dans Y . Alors
admet un unique point …xe.

Preuve : l’unicité du point …xe est évidente.


Pour montrer l’existence, …xons un point x0 de Y. On dé…nit alors la suite (xn ) par la relation
de récurrence
8n 2 N, xn+1 = (xn ).
Par une récurrence immédiate, on établit que 8n 2 N, kxn+1 xn kF k n kx1 x0 kF .
kn
En conséquence, on a pour tout n 2 N et p 2 N , kxn+p xn kF kx1 x0 kF .
1 k
Donc (xn ) est une suite de Cauchy. Comme F est un espace vectoriel normcomplet car de
dimension …nie, cette suite converge vers une limite x. l’hypothèse Y fermé assure que x 2 Y .
En…n, en passant à la limite dans la relation xn = (xn ), on conclut que x = (x).

Théorème 5.1.2 Soient E, F deux espaces de Banach, U un ouvert de E et f : U ! F une


application C 1 . Si a 2 U est tel que df (a) 2 Isom(E; F ), alors il existe un ouvert V U
1
contenant a et un ouvert W contenant f(a) tels que f : V ! W soit un C -di¤éomorphisme.
En d’autres termes, si df (a) est inversible, alors f l’est aussi localement

Lemme 5.1.1 Soit f : U ! V un homéomorphisme di¤érentiable tel que, en a 2 U; df (a) 2


Isom(E; F ); Alors f 1 est di¤érentiable en b = f (a).

Preuve. Notons L = df (a). Soit h 2 E tel que a + h 2 U et k = f (a + h) f (a). Par


continuité de f, on a k tend vers zéro si h tend vers zéro . Remarquons que
1 1
k = f (a + h) f (a) , h = f (b + k) f (b)
1
Par suite par continuité de f et f , k tend vers zéro si et seulement si h tend vers zéro. Or

1
k = f (a + h) f (a) = L:h + khk "(h)
1
donc; en appliquant L aux deux membres, on obtient :

L 1 k = h + khk L 1 :" (h) = f 1


(b + k) f 1
(b) + khk L 1 : (h)
On en déduit que

L 1 k = h + khk L 1 :" (h) ) khk khk L 1 :" (h) + L 1


kkk

L 1
Ainsi khk kkk
1 kL 1 :" (h)k
L 1
est borné. Notons M un majorant. On a …nalement
1 kL 1 :" (h)k
khk L 1 :" (h) M kkk L 1 :" (h)
Comme L 1 :" (h) tend vers zéro avec m,on a khk L 1 :" (h) = kkk o(k):
Nous avons ainsi montré que

1
f (b + k) f 1 (b) = h + khk L 1 : (h) h + kkk "0 (k)
où lim "0 (k) = 0
k!0

1
Ce qui prouve que f est di¤érentiable en b = f (a).

Remarque. Pour prouver le théorème d’inversion locale, il su¢ t donc de montrer que ses
hypothèses entraînent que f est un homéomorphisme local en a.

Preuve du théorème.
Etape 1 : réduction
Posons pour tout x 2 U a : g(x) = [df (a)] 1 (f (x + a) f (a))
g est une application de classe C 1 de l’ouvert U a E dans E de plus g(0) = 0 et dg(0) = Id.
Comme g est obtenue comme composée de f et d’opérations a¢ nes inversibles (et indé…niment
di¤érentiables !) il su¢ t de montrer le résultat pour g.
Pour x 2 U a, posons : '(x) = x g(x)
Comme '0 (0) = 0, il existe r > 0 tel que pour tout x 2 B(0; r) on a :
1
kd'(x)k (5:1)
2
r
Etape 2 : g est une bijection de B(0; r) dans B(0; )
2
Soit y 2 B(0; 2r ), pour tout x 2 B(0; r) dé…nissons l’application 'y par:

'y (x) = '(x) + y = x g(x) + y

1
Nous allons montrer que 'y est une application contractante de rapport de B(0; r) dans lui
2
même. En e¤et, pour x1 et x2 dans B(0; r) , en utilisant (5.1) et le théorème des accroissements
…nis, on a :
1
'y (x1 ) 'y (x2 ) = k' (x1 ) ' (x2 )k sup kd' (z)k kx1 x2 k kx1 x2 k
z2[x1 ;x2 ] 2
en particulier puisque 'y (0) = y on a pour tout x 2 B(0; r) :

2
1 r r
'y (x) kyk + kxk + = r.
2 2 2
r 1
Ainsi , pour tout y 2 B(0; ), 'y est une contraction de rapport de B(0; r) dans B(0; r).
2 2
Il découle du théorème du point …xe que 'y admet un unique point …xe dans B(0; r).
Remarquons alors que :

'y (x) = x , '(x) + y = x , x g(x) + y , g(x) = y


r
Nous en déduisons donc que pour tout y 2 B(0; ), il existe un unique x 2 B(0; r) tel que
2
g(x) = y.
r
Donc g est une bijection de B(0; r) dans B(0; ).
2
r
Etape 3 : g 1 est 2-Lipschitzienne sur B(0; )
2
r 2
Soit (y1 ; y2 ) 2 B(0; ) , x1 = g (y1 ) et x2 = g 1 (y2 ). Avec les notations de l’etape 2, on a
1
2
: x1 = 'y1 (x1 ) et x2 = 'y2 (x2 ). On a alors :

g 1 (y1 ) g 1 (y2 ) = kx1 x2 k


= 'y1 (x1 ) 'y2 (x2 ) = ky1 y2 + '(x1 ) '(x2 )k
1 1
ky1 y2 k + kx1 x2 k = ky1 y2 k + g 1 (y1 ) g 1 (y2 )
2 2
On a donc bien :
g 1 (y1 )
g 1 (y2 ) 2 ky1 y2 k
r
Etape 4 : g 1 est di¤érentiable sur B(0; )
2
Il su¢ t d’appliquer le lemme 5.1.1

Remarque. En dimension …nie, il su¢ t que le déterminant de la matrice jacobéenne, appelé


jacobéen, de f en a soit di¤érent de zéro pour conclure que f est un di¤éomorphisme local.

2 Théorème de fonctions implicites


Nous commençons par donner un exemple où le théorème de fonctions implicites peut être
éventuellement utilisé et qui montre l’importance des hypothèses nécessaires à son application
Considérons la fonction f : R R ! R dé…nie par f (x; y) = x2 + y 2 1.
Le graphe de cette fonction est une surface de R3 . Résoudre l’équation f (x; y) = 0 revient
donc à chercher l’intersection de ce graphe avec avec le plan d’équation z = 0. L’ensemble
des solutions est alors le cercle C d’d’équation x2 + y 2 1 ; c’est- à- dire le cercle de centre
O et de rayon 1.
On se pose la question de savoir si au voisinage d’un point (x0 ; y0 ) du cercle C, celui-ci est
le graphe d’une application ', dé…nie sur un ouvert de R et à valeurs dans R. On voit que
cela n’est pas possible pour les 2 points de coordonnées p (1; 0) et (-1; 0). En e¤et, l’équation
f (x; y) = 0 a deux branches de solutions (à savoir 1 x2 ) au voisinage de (1, 0) et de
@f
(-1, 0). Cela est dù au fait que (1; 0) = 0. Par contre, si (x0 ; y0 ) un point du cercle
@y
unité distinct de (1, 0) et (-1, 0), alors on peut trouver un voisinage du point (x0 ; y0 ) qui n’a
pas d’intersection avec l’axe des abscisses. Pour tout (x; y) appartenant à un tel voisinage,
@f
(x0 ; y0 ) 6= 0: De plus, sur un tel voisinage un calcul explicite montre que l’équation du
@y

3
p
cercle peut se mettre sous la forme solution '(x) = sgn(y0 ) 1 x2 . On voit alors que ' est
x
dérivable sur ce voisinage et que la dérivée véri…e '0 (x) = sign(y0 ) p :
1 x2
Le théorème des fonctions implicites est une généralisation du principe de cet exemple. Il
permet de montrer essentiellement que l’ensemble des solutions de f (x; y) = 0 peut être
localement vu comme le graphe f(x; g(x)) : x 2 W g d’une fonction C 1 , pourvu que la
di¤érentielle partielle par rapport à la deuxième variable soit un isomorphisme bicontinu.

Notation : Dans toute cette partie, E, F et G trois espaces de Banach, désigne un ouvert de
E F et f : ! G une fonction di¤érentiable. On note dy f (x; y) la di¤érentielle partielle
en (x, y) de f par rapport à la seconde variable. Nous utiliserons également la notation dx f
pour désigner la di¤érentielle de f par rapport à la première variable.

Théorème 5.2.1 (des fonctions implicites) Soient E, F, G des espaces de Banach, un ouvert
de E F et f : ! G une application de classe C 1 . Supposons qu’il existe (x0 ; y0 ) 2 tel
que f (x0 ; y0 ) = 0 et dy f (x0 ; y0 ) Isom(F; G) . Alors il existe un voisinage ouvert U de x0 , un
voisinage ouvert V de y0 et une fonction ' : U ! V de classe C 1 tels que

((x; y) 2 U V et f (x; y) = 0) , y = '(x):

De plus,
1
8x 2 U; d'(x) = (dy f (x; '(x))) dx f (x; '(x)):

Preuve: Soit (x; y) = (x; f (x; y)), 8(x; y) 2 E F ; on a alors 2 C 1 (E F ; E G).


Soit (h; k) 2 E F , d (a; b)(h; k) = (h; dx f (a; b)h + dy f (a; b)k). Pour (u; v) 2 E G, comme
dy f (a; b) est inversible, on a :

d (a; b)(h; k) = (u; v) , (h; k) = (u; [dy f (a; b)] 1 (v dy f (a; b)u))

Ainsi d (a; b) est inversible, d’après le théorème de l’inversion locale, il existe M voisinage
ouvert de (a; b) dans E F et N voisinage ouvert de (a; f (a; b)) = (a; c) tel que réalise
un di¤éomorphisme de classe C 1 de M sur N. Sans perte de généralité, on peut supposer que
M = Ma Mb , avec Ma (resp. Mb ) voisinage ouvert de a dans A (resp. de b dans B). Notons
1
alors : N ! Ma Mb sous la forme
1
(x; z) = (u(x; z); v(x; z)) = (x; v(x; z)):

Posons alors

U = fx 2 Ma : (x; c) 2 N et v(x; c) 2 Mb g ;
V = Mb :

Par construction U est un voisinage ouvert de a et V un voisinage ouvert de b. Pour tout


x 2 U , dé…nissons '(x) = v(x; c) on a alors ' 2 C 1 (U ; V ). Soit (x; y) 2 U V , on alors
(x; c) 2 N , '(x) = v(x; c) 2 V et donc :
1
f (x; y) = c , (x; y) = (x; c) , (x; y) = (x; c)
, (x; y) = (x; v(x; c)) , (x; y) = (x; '(x))

On peut préciser le théorème des fonctions implicites en dimension …nie. Plus précisément,
on a le résultat suivant:

4
Théorème 5.2.1 Soit U Rp Rq un ouvert, et f : (x1 ; :::; xp ; y1 ; :::; yq ) ! (f1 (x; y); :::; fq (x; y)) 2
Rq
une application de classe C k , k 1. Soit (a; b) 2 U tel que f (a; b) = 0 et supposons que
@f1 @f1
(a; b)::::::::: (a; b)
@y1 @yq
::::::::::::::::::::::::
6= 0
::::::::::::::::::::::::::
@fq @fq
(a; b)::::::::: (a; b)
@y1 @yq
Il existe un ouvert V U contenant (a, b), un ouvert W de Rp contenant a, une application
de classe C , g : W ! Rq tel que pour tout (x; y) 2 V ,
k

f (x; y) = 0 , x 2 W ; y = g(x)

Ce théorème est très utilisé avec q = 1 et p = 1; 2. Il montre que les courbes de R2 et les
surfaces de R3 dé…nies “implicitement”par une équation du type f(x, y) = 0 sont localement
des courbes et des surfaces paramétrées. Il est aussi possible de calculer les dérivées partielles
de g, par exemple si q = 1 et p = 2 on a au voisinage de a,
@f @f
(x1 ; x2 ; g(x1 ; x2 )) (x1 ; x2 ; g(x1 ; x2 ))
@g @x1 @g @x2
(x1 ; x2 ) = , (x1 ; x2 ) = .
@x1 @f @x2 @f
(x1 ; x2 ; g(x1 ; x2 )) (x1 ; x2 ; g(x1 ; x2 ))
@y @y
En itérant ces calculs, on peut calculer des développements limités de g au voisinage de a.

Remarques
1. La condition dfy (x0 ; y0 ) inversible est une condition su¢ sante mais pas nécessaire pour la
résolubilité locale de l’équation f (x; y) = 0. Prenons le cas de la fonction f : (x; y) ! x py 3
. Alors l’équation f (x; y) = 0 a une unique solutionp pour tout x 2 R. Il s’agit de y = 3 x.
On remarquera toutefois que l’application x ! 3 x n’est pas C 1 au voisinage de 0 car non
dérivable en 0.

2. Pour une fonction f : R2 ! R de deux variables, la condition @y f (x0 ; y0 ) 6= 0 revient à


dire que la tangente à la courbe de niveau f (x; y) = f (x0 ; y0 ) en (x0 ; y0 ) n’est pas verticale.

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