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CONDUITE THÉRAPEUTIQUE

DEVANT UNE INGESTION DE CAUSTIQUE


M. FAIK

La conduite thérapeutique à l’égard de l’ingestion d’un Péritonite caustique : avec contracture et pneumopéritoine,
produit caustique commence à être codifiée. La prise en impose une laparotomie et des gestes d’exérèses de sauve-
charge de ces patients est multi-disciplinaire, réanimateur, tage.
chirurgien, et endoscopiste.
9 sur 10 sont des suicidaires. Il s’agit d’un adulte jeune. Le Etablir un premier bilan des lésions
Destrop et l’acide ch l o r hy d rique sont les grands pour-
voyeurs de cas graves. Aucun parallélisme entre la clinique et l’importance des
lésions digestives.
Sur les lieux de l’ingestion Le bilan biologique comporte : N.F.S, Ionogramme san-
guin, groupage ABO Rh, T.P., TCK, calcémie, gaz du sang.
Le tableau clinique est le plus souvent impressionnant et L’endoscopie digestive : doit être précoce avant la 8ème
d ra m at i q u e. Le patient est agité souffrant, crachant du heure. Elle permet de préciser le siège et de classer les
sang, asphyxique parfois. Des traces de brûlures sur le lésions en stade :
visage, le corps. I - pétéchies, érythème,
Ailleurs, le tableau est trompeur, surtout en cas d’ingestion II - ulcérations muqueuses
massive. Le patient est alors prostré, indifférent, contrac- IlI - nécrose localisée ou étendue.
ture abdominale généralisée. Une fibroscopie trachéo-bronchique est indispensable en
cas de syndrome d’inhalation ou stade II et III à l’endos-
Les premiers soins copie digestive.
Il faut empêcher les manoeuvres intempestives qui risque Les stades de classification sont les mêmes qu’en endos-
d’aggraver les lésions : jamais de vomitif, jamais d’anti- copie digestive.
dote, pas de sonde gastrique. Il faut éviter l’absorption du
lait. Attitude thérapeutique
Calmer le malade, mettre une voie veineuse, et nettoyer la
bouche avec des compresses sèches. Intubation avec venti- a - Les critères d’une intervention en urgence sont :
lation assistée en cas de syndrome asphyxique. - l’ingestion massive d’acide ou de base forte,
- état de choc,
En milieu spécialisé - trouble psychique, agitation, confusion,
- hypoxémie, acidose métabolique,
En cas de détresse respiratoire : l’obstruction par brûlure - trouble de la crase sanguine, fibrinolyse, CIVD,
et oedème de l’épiglotte impose l’intubation trachéale. Elle - stade III oesogastrique ou gastrique.
peut céder à l’injection d’hémisuccinate d’hydrocortisone.
La destruction du carrefour pharyngo-laryngé nécessite L’intervention chirurgicale a pour but de réaliser une œso-
une trachéotomie. Les pneumopathies d’inhalations impo- ga s t rectomie en monobl o c, elle associe lap a rotomie et
sent des fibro-aspirations trachéo-bronchiques. cervi-cotomie, stripping de l’œsophage, une jéjunostomie
Etat de choc : en cas de lésions graves, aggravé par l’aci- d’ali-mentation.
dose métabolique, il est corrigé par perfusion du plasma et Une éventuelle lésion tracho-bronchique pourra conduire à
des solutés de macro-molécules et des électro lytes en une thoracotomie et mise en place d’un patch pédiculé du
surveillant la pression veineuse centrale. parenchyme pulmonaire ou d’un lambeau du grand dorsal.

C.H.U. Ibn-Sina
Service de chirurgie «C» - Hôpital Avicenne - MAROC

Médecine du Maghreb 2001 n°87


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b - Les patients stade I risque hémorragique et de la péri-œsophagite intense par


Alimentation parentérale pendant 3 jours, puis alimentation crainte d’une dégénérescence secondaire, estimée 22 fois
orale progressive. L’évolution est favorable dans tous les plus élevée et survient 29 à 57 ans plus tard (5).
cas.
CONCLUSION
c - Stade II ou stade III
Hospitalisation pour surveillance clinique et biologique. Le traitement idéal est la prévention.
Une nutrition parentérale ou par jéjunostomie. Les premières mesures simples, non agressives donnent
Cette phase dure 3 semaines et correspond à la période où 73 % de guérison sans séquelle (2).
peuvent survenir des complications évolutives telles que : Si 12 % des malades nécessitent une chirurgie lourde en
les hémorragies digestives, les perforations, les complica- urgence, la mortalité est passée de 76 à 20 % (2).
tions infectieuses, les fistules gastro-coliques et œso-aorti- Enfin, la prise en charge psychothérapique des malades
ques. suicidaires est indispensable.
Une antibiothérapie adaptée pour prévenir les infections à
germe anaérobie.

d - A partir de la 3ème semaine


La conduite thérapeutique dépend des données de la
fibroscopie digestive. Plusieurs situations sont possibles :
- les lésions sont totalement cicatrisées à la fibroscopie, on Figure 1 :
peut reprendre l’alimentation orale, Oesophagoplastie
- ailleurs les ulcérations persistent, alors que les sténoses par retournement
sont plus ou moins constituées, cela impose l’interdiction gastrique au cou
de toute alimentation orale et de poursuivre l’alimen-
tation parentérale ou par jéjunostomie jusqu’au traite-
ment définitif des séquelles.

e - Traitement des séquelles œsogastriques


Il est impératif d’attendre 3 à 4 mois la cicatrisation de
toutes les lésions. Les indications sont fonctions de l’état
de l’estomac et de l’œsophage :
- devant une sténose antrale isolée, une gastrectomie par-
tielle débordant la zone sténosée, Figure 2 :
- une sténose oesophagienne incomplète à la radiologie Greffon iléo-
avec une déglutition normale, c’est l’abstention théra- colique droit
peutique avec surveillance régulière,
- en cas de sténose oesophagienne annulaire isolée : les
séances de dilatations endoscopiques donnent de bons 1) trachéotomie
résultats.
2) rétablissement
Si la sténose annulaire est cervicale, un échec endoscopi-
de la continuité
que amène à réaliser une dilatation chirurgicale par plastie iléo-tranverse
d’élargissement.
- un rétrécissement serré et étendu de l’œsophage impose 3) rétablissement
une œsophagoplastie colique ou gastrique si l’estomac colo-gastrique ou
est intact. duodénal
L’œsophage pathologique peut être laissé dans le médias-
tin, mais une œsophagectomie est souhaitable en dépit du

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BIBLIOGRAPHIE

1 - BERTHET B., BERNARDINI D., LONJON T. Emerg. Med. Clin. North Am. 1984, 2, 77-86.
Traitement des sténoses caustiques du tractus digestif supérieur. 4 - MARIE J.P.
J. Chir. 1995, 132 , N° 11, 447-450. Sténoses caustiques de l’œsophage.
2 - CELERIER M.
Revue de praticien 1992, 42, 6.
Traitement d’uneœsophagite caustique.
Méd. Chir. Dig. 1994, 23 - 205-206. 5 - SARFATI E., ASSENS P.
3 - FIEDMAN E.M., LOVEJOY F.H. Conduite à tenir devant les lésions digestives après ingestion de caustique.
The emergency management of caustic ingestions. Ann. Chir. ; 1984, 38, N° 9, 651-658.

M édecine d’A frique N oire Le Pharmacien

Odonto-Stomatologie Tropicale
Médecine du Maghreb
sont sur

www.santetropicale.com

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