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Médecine et maladies infectieuses 39 (2009) 142–143

Lettre à la rédaction

Les infections urinaires à Ain M’lila (Algérie). Résistance aux antibiotiques des 239 souches isolées entre 2006 et 2007

Urinary tract infections in Ain M’lila (Algeria). Antibiotic resistance of 239 strains isolated between 2006 and 2007

Mots clés : Infection urinaire ; Résistance aux antibiotiques

Keywords: Urinary tract infection; Resistance to antibiotics

1. Introduction 3.1. Les bétalactamines

L’infection urinaire est un motif de consultation assez Le taux de résistance acquise le plus élevé chez E. coli
fréquent en médecine de ville et constitue un vrai pro- a été observé avec l’ampicilline (58,3 %) et l’association
blème de santé publique. La fréquence élevée à travers amoxicilline–acide clavulanique (50,3 %), alors que seulement
le monde de la résistance bactérienne aux antibiotiques quelques souches d’E. coli étaient retrouvées résistantes au céfo-
complique la conduite thérapeutique de cette pathologie, et jus- taxime (0,6 %) (Tableau 1).
tifie une surveillance régionale périodique de l’efficacité de ces La résistance à l’oxacilline avait atteint 22,2 % des staphylo-
médicaments [1]. coques à coagulase négative ; et la résistance des autres bactéries
Le but de notre étude a été donc, de déterminer la sen- à Gram positif à l’ampicilline et aux céphalosporines de troi-
sibilité aux antibiotiques des bactéries isolées des infections sième génération était respectivement de 42,9 et 75 %.
urinaires afin de permettre une meilleure prise en charge Le nombre de souches possédant une bétalactamase à spectre
thérapeutique. élargi (BLSE) était égale à 09, représentant 4,32 % des entéro-
bactéries.
2. Matériel et méthodes
3.2. Quinolones et fluoroquinolones
Il s’agit d’une étude rétrospective, qui a porté sur 239
malades, ayant subi un ECBU entre janvier 2006 et décembre E. coli a été résistante à l’acide nalidixique dans 11,7 %, et à
2007, à l’hôpital d’Ain M’lila (dans l’est algérien). l’ofloxacine dans 10,1 %.
Pour le diagnostic d’infection urinaire, on a retenu les cri-
tères de Kass : leucocyturie supérieure à 104 /ml avec bactériurie 3.3. Cotrimoxazole
supérieure à 105 UFC/ml [2].
L’antibiogramme a été réalisé selon la technique de référence Le taux de résistance à cet antibiotique a été significatif avec
de diffusion en milieu gélosé (Müller-Hinton), et l’interprétation toutes les espèces bactériennes isolées.
des résultats s’est basée sur les recommandations du
NCCLS. 3.4. Aminosides
L’analyse statistique des résultats a été faite sur le WHONET
5.4® . L’amikacine demeure l’antibiotique le plus actif sur toutes
les entérobactéries.
3. Résultats Les staphylocoques à coagulase négative résistaient à la gen-
tamicine dans 25 % cas.
Bactéries en cause : parmi les 239 bactéries isolées des urines,
les entérobactéries représentaient 87 % des bactéries isolées, 4. Discussion
avec prédominance d’Escherichia coli (71 %).
Les bactéries à Gram positif représentent seulement 08 %. L’ampicilline est devenu l’antibiotique le moins actif sur
La résistance des bactéries isolées aux antibiotiques est E. coli, cela a été confirmé aussi dans d’autres études menées
comme suit. en Algérie et en Tunisie [3,4].

0399-077X/$ – see front matter © 2008 Elsevier Masson SAS. Tous droits réservés.
doi:10.1016/j.medmal.2008.11.008
Lettre à la rédaction / Médecine et maladies infectieuses 39 (2009) 142–143 143

Tableau 1
Pourcentage de résistance aux antibiotiques des bacilles à Gram négatif.
Antibiotic resistance of Gram negative bacilli in percentage.

E. coli Klebsiella pneumoniaea Proteus mirabilis Autres entérobactériesb BGN non fermentairesc
(n = 170) (n = 19) (n = 11) (n = 08) (n = 13)

Ampicilline 58,3 100 63,6 100 83,3


Amoxi-acide clavulanique 50,3 50 60 87,5 60
Céfazoline 13,7 26,3 27,3 87,5 83,3
Céfotaxime 0,6 26,3 9,1 25 81,8
Acide nalidixique 11,7 15,8 9,1 57,1 66,7
Ofloxacine 10,1 15,8 9,1 28,6 15,4
Cotrimoxazole 43,9 63,2 36,4 75 63,6
Gentamicine 1,4 8,3 12,5 62,5 41,7
AK 0,9 7,7 0 0 20
a Klebsiella est résistante naturellement à l’ampicilline.
b Serratia marcescens (02), Enterobacter cloacae (03), Proteus vulgaris (01), Morganella morganii (01), présentent des résistances naturelles à l’ampicilline et à
la cefazoline. Citrobacter diversus (01) résiste naturellement à l’ampicilline.
c BGN non fermentaires : regroupent Pseudomonas aeruginosa (05), Acinetobacter baumanii (03) et autres BGN non fermentaires (05).

Les C3G sont en revanche très actifs sur cette bactérie, avec [2] Référentiel en microbiologie médicale, par le groupe Rémic de la Société
des taux de résistance qui concordent avec ceux de nombreux française de microbiologie; 1998.
pays de la Méditerranée [5]. [3] Messai Y, Benhassine T, Naim M, Paul G, Bakour R. Prevalence of ␤-lactams
resistance among Escherichia coli clinical isolates from a hospital in Algiers.
Les taux de résistance aux quinolones et aux fluoroquino- Rev Esp Quimioterap 2006;19:144–51.
lones ont été plus importants que ceux observés en France, mais [4] Larabi K, Masmoudi A, Fendri C. Étude bactériologique et phénotypes de
nettement plus bas que ceux de l’Égypte et du Liban [5,6]. résistance des germes responsables d’infections urinaires dans un CHU de
Les souches isolées des urines dans notre étude présentent Tunis : à propos de 1930 cas. Med Mal Infect 2003;33:348–52.
un taux de résistance au cotrimoxazole trés significatif, par [5] Borg MA, et al. Antibiotic resistance in the southeastern Mediterranean–
preliminary results from the ARMed project. Euro Surveill 2006;
rapport aux taux trouvés en France, mais proche de ceux de la 11(7):pii=639. Available online: http://www.eurosurveillance.org/
Tunisie [4,6]. ViewArticle.aspx?ArticleId=639 [consulté le 4 mai 2008].
Les aminosides restent jusque-là très actifs sur les entérobac- [6] Weber P, Dib C, Durand C, Moniot-Ville N. Évaluation de la sensibilité à la
téries, aussi bien à Ain M’lila qu’en Tunisie ou en Turquie [4,7]. lévofloxacine des souches isoléesd’infections urinaires basses communau-
taires. Pathol Biol 2005;53:125–8.
[7] Yüksel S, Öztürk B, Kavaz A, Özçakar Z, Acar B, Güriz H, et al. Antibiotic
5. Conclusion resistance of urinary tract pathogens and evaluation of empirical treatment
in Turkish children with urinary tract infections. Int J Antimicrob Agents
L’étude menée par notre laboratoire a permis d’avoir une 2006;28:413–6.
idée sur les taux de résistance aux antibiotiques des principales
bactéries impliquées dans les infections urinaires. F. Bouzenoune a,∗
E. coli, principal uropathogène, présente des taux de résis- F. Boudersa b
tance élevés aux aminopénicillines et au cotrimoxazole, mais A. Bensaad a
demeure sensible aux céphalosporines de troisième génération, F. Harkat a
aux quinolones et aux aminosides. N. Siad a
La mauvaise utilisation des antibiotiques est responsable a Laboratoire central, établissement publique

d’une part importante de ces résistances ; le diagnostique hospitalier d’Ain Mlila, BP f55, poste Djeffal-Khroub,
bactériologique des infections urinaires complété par un anti- Constantine, Algérie
biogramme est le moyen le plus efficace pour une meilleure b Service de médecine interne, établissement publique

prise en charge thérapeutique. hospitalier d’Ain Mlila, Constantine, Algérie


∗ Auteur
correspondant.
Remerciements
Adresse e-mail : faresamis@yahoo.fr
Ont collaboré à ce travail, Mme Pr. F.Smati, CHU de Constan- (F. Bouzenoune).
tine.Algérie Dr. S. Kouhil, Hopital publique d’Ain M’lila. Dr. J.
14 juin 2008
Stelling, Organisation mondiale de la Santé.
12 novembre 2008
Références
Disponible sur Internet le 31 décembre 2008
[1] Richard D, Coast J. Antimicrobial resistance: a global response. Bull World
Health Organ 2002;80.