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L'ARTICLE DÉFINI DU BERBÈRE

par /

Werner VYCICIII. (Paris).

Le problème de l'existence d'un ancien article défini en berbère a


abordé grâce aux travaux du regretté professeur André BASSET. C'cs
qui, avec sa minutie et sa profonde connaissance do la matière, a créé les *
bases sur lesquelles reposent les conclusions de cette étude que je dédie
respectueusement ;': la mémoire de ce grand savant.

I. — LE PROBLÈME ET SON HISTOIRE.

Le beri-eio ne ;;o'!!:,iii pas u .'rr.ic:e. CV.;L \in '.'•<-''• i'<'-!\''-:;:'*:iin.-iii ml-.-.ïï:, et


arga: signifie, en chicuh ou eu kabyie, aussi bien un lionunc que l'humilie
ou homme tout court. Il v a iiéanmoins certaines raisons qui semblent parler
en faveur d'un article défini en berbère, non dans la langue actuelle mais
dans une période antérieure. Il s'agit là des éléments préradicaux m. a-,
f. lu-, pi. m. i-, pi. f. ti- et de leurs variantes qui se trouvent au début de la
plupart des noms berbères.: arçtiz « homme », pi. irgtizen, tamgart « femme »
pi. tiiiigann (chicuh).
Ces éléments a-, la-, i-, ti- forment aujourd'hui un tout indivisible avec
le nom, mais tel n'était pas le cas de tout temps. En berbère canarien, nous
trouvons les mêmes formes avec et sans préfixe, p. ex. Suquahc, Azuquahé
n. pr. et Gaïdar, AgaMaf nom. loc. Les historiens .arabes du moyen âge citent
souvent deux formes de noms de lieux ccmme Agfu et Gëju, Amer gît, et '
Mërgu, An fis et Ncfis (Ibn Khaldoun).
11 ressort de ces formes qu'aux premiers siècles de la conquête arabe, les
éléments préradicaux et le corps du nom étaient encore séparables. Aussi
les villes Tadêllist et Tabgayt en Algérie s'appellent, en arabe Dcllïs 'Dcllys'
et Bèâya 'Bougie'. Les tribus des Ihahan, Ibcqqoyën, I~ayan sont appelées,
en arabe, Hâha, Bcqqôya, Zayîin, sans préfixes.
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article défini, représenté aujourd'hui par les préfixes nominaux a-, ta-, i-, ti-,
Dans les emprunts faits à l'arabe, les éléments a-, ta-, i-, ti- correspondent
nous avons relevé les faits suivants :
à l'article arabe. On a donc, en chleuh, des formes comme Ibit « chambre »,
Unit « ruse », Ikas « verre », ssuah « armes » (coll.) où l'article arabe fait pra- •— dans l'antiquité et jusqu'au moyen âge, le plus tard aux îles Canaries, les
tiquement partie du mot, ou des formes à préfixes berbères comme ahbib préfixes nominaux n'étaient pas indissolublement fixés au nom. On peut donc
conclure qu'ils possédaient, à cette époque-là, encore une fonction suivant le cas
" ami », ainuslim « musulman », talianiit « boutique », tasttaht « danseuse ».
où l'on employait le nom simple ou le nom muni de préfixe ;
Dans certains cas, les deux formes sont signalées dans le même parler, p. ex.
tamdint à côté de Imdint « ville » au parler de Tazënvalt. Dans ces cas, les — clans les emprunts faits à l'arabe, le berbère a choisi soit la forme à préfixe
berbère, soit munie de l'article arabe. Dans certains cas, les deux formes existent
préfixes berbères remplacent effectivement l'article arabe.
simultanément dans le même parler (chleuh : tamdint, Imdint de l'arabe maro-
Noie : II arrive, mais seulement dans quelques dialectes, que le mot cain mdlna). Dans ces cas, les préfixes nominaux berbères correspondait à l'article
d'emprunt comporte à la fois le préfixe berbère et l'article arabe, p. ex.
arabe ;
en chleuh arrih « fenêtre » (rapport d'annexion : K'arrih), talbabt « petite — les noms berbères passés en arabe marocain sont considérés, en 'général.
porte », t'.ilhumt ••< quartier de ville », talgèrrumt « concombre ». comme déterminés ; dans ce cas, le préfixe berbère est considéré comme équiva-
Par contre, les noms d'origine ou d'aspect berbères passés en arabe lent de l'article arabe',
marocain sont traités, en général, comme déterminés : atay n'est pas sim- — quelques rares noms utilisés toujours clans un sens général, indéterminé,
plement « du thé », mais « le thé » et ne prend pas l'article arabe (comme r.c prennent jamais l'article (kabyle kra « quelque chose », sokna : itççid) ;
c'est le cas en Algérie). E. Lévi-Provençal signale toute une série de ces
— les noms de parenté dépourvus de préfixes prennent les suffixes pronominaux
noms dans ses Textes arabes de l'Ottarglia, comme abzaiv « poussin " qui simples (comme les prépositions primitives), tandis que les autres noms (ainsi
« ne prend jamais l'article » (p. 147), anfif « entonnoir », adkok « coq », que les prépositions secondaires qui sont de véritables substantifs) intercalent
a'sus « nid d'oiseau », aqërqor « crapaud », etc. un élément un (n, : on dit baba-s « s o n p è r e » , mais tigemmi-nnes « s a maison».
D'autre part, on note que quelque:; rares noms berbères désignant des
objets toujours indéterminés sont dépourvus de préfixes. C'est p. ex. le cas Ce dernier point rappelle l'arabe moderne ou l'hébreu où un nom peut
de l-:ra « quelque chose >> en kabyle, et d'nggid « quelqu'un, alcnno » dans le être déterminé (a) par l'article qui est un ancien démonstratif (comme en
parler (aujourd'hui éteint) de Sokna (Libye). Ce dernier exemple correspond, français) ou par (b) un suffixe personnel (ou un nom). Ces deux possibilités
dans le parler de Siwa, au nom a':-'ggid « homme » (aoggid). s'excluent mutuellement. En arabe égyptien, on dit il-bct « la maison » et
Enfin, il existe dans chaque parler berbère un certain nombre de noms bï't-i « ma maison». L'emploi simultané de l'article et du suffixe pronominal
de parenté qui présentent morphologiquement deux particularités : n'est pas admis. Dans ce cas, on emploie la tournure il-bêt betâ'-i « ma
— ils ne comportent pas de prolixes, p. ex. eu chleuh baba « mon père •), in'i maison ». De même, on dit en hébreu bn-bbàyit « la maison » et bêt-ï « ma
" mon fils •>, ma ••• ma mère », illi « ma fille », etc. ; maison ». A une époque reculée, le berbère possédait des mots comme
— ils prennent les suffixes possessifs simples et non ceux à nu (n) intercalé, *gê( « tête », *féll(i) « partie supérieure » qui ont donné (avec l'article)
p. ex., baba-h ••• ton (m.) père », iu.'i-ni >< ton ( f . ) fils •>, ma-s « sa mère », il!i-s « sa fille ». aujourd'hui igèf ou ihf « tête » et ajêlla « partie supérieure » et (sans article)
les prépositions gëf « sur » (kabyle) et fél « au-dessus de » (kabyle). Actuel-
Les noms munis de préfixes prennent les suffixes à un (n) intercalé p. ex. lement, on dit ihf-ènnés « sa tête », ajëlla-nnês <•< au-dessus de lui » (avec
ayyis-ënnfk « t o n (m.) cheval'!, tiglmmi-ttHifnt « t a ((.) maison», idri min- r.n), mais gëf-s « sur lui » et fëlla-s (même sens, kabyle). L'élément nu cor-
cîmes « son argent ». respond morphologiquement à l'auxiliaire bel à' (f. betaJit, pi. bitff) de
Noie : Les noms de parenté dépourvus de suffixes se comportent donc l'arabe égyptien qui n'est pas une préposition mais un nom qui peut prendre
comme les prépositions simples, p. ex. dar-k ». chez toi », fèlla-k « sur toi » ; plusieurs formes (m. ou f., sg. ou pi.) pour s'accorder avec le substantif
par contre les prépositions secondaires (munies d'un préfixe) prennent les précédent. Il peut être considéré comme certain que la marque du génitif
formes allongées comme iggi-n^' « au-dessus de moi », tasiga-nnis « à son . n du berbère n'est pas une préposition comme français de, anglais or, alle-
côté ». mand von, mais un substantif comme mata (« marchandise, affaire,
Résumons : parmi les indices qui portent à croire à l'existence d'un ancien

• » I
"
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meuble »), qui a donné, en arabe égyptien, bêta, ou un démonstratif comme (a) La monophtongisation provient de la liaison des voyelles a- et i- avec
dé en araméen. y- et w- comme première consonne de nom.
En vieil égyptien, l'élément du génitif est n (ou écrit ny), f. n-t, pi. m. n-tu La diphthongue ay aboutit à ë en touareg et à i dans les autres dialectes :
et pi. f. n-t (apparemment comme le singulier). Peu à peu, ces formes sont
êncr « cil » pi. ânârën tëdrê « é p i » pi. tâdriwïn
abandonnées au profit de n qui, à lui seul, constitue le formans genetivi en tcklë « marche, voyage » pi. tâ!-:Uwïn
iênhêrt « narine » pi. tânhânn
copte : T I I A A V HT,iH;Up(j « l a mère de la fille». eskër « o n g l e » pi. askârën télé « ombre » pi. tâliwlii

Dans certains cas, il est possible de retracer le développement. Tênl:;rt


II. — LA SIGXIFICATIOX PRIMITIVE DES ÉLÉMENTS PRÉRADICAUX BERBÈRES. remonte à un ancien *taynzërt de k-n-z-r, Audjila tkinzert. Le chleuh a tin-
zêrt. Têdre est mis pour *taydre(t), de k-d-r, Audjila tkidërt. Tèkle « marche »
Vu les étroites relations qui existent dans de nombreuses langues entre provient d'un squelette consonantique y-k-l qui a donné sikël « voyager »
l'article défini et les adjectifs démonstratifs, on est à priori tenté de chercher (*sëykël). En chleuh correspond tikêlt ou tiklit « fois ». Le pluriel aman « eau »
l'origine des préfixes a-, ta-, i-, II parmi ces éléments. doit être interprété comme *i-ymi(yu)n, dont le corps *ymi ne correspond
Or, la série des démonstratifs m. iva, f. ta, pi. m. wi et pi. f. ti « celui, pas, en sémitique, à l'arabe ma' « eau », mais à yamm « mer ». Eskër est un
celle, ceux, celles » se retrouve, seule ou amplifiée par des éléments locaux cas de fausse analogie.
ou autres dans tous les parlers de la Berbérie. La combinaison aie donne u : touareg ilfitg « fait de sortir » (n'-f-g, verbe
En touareg, les formes wa, ta, ti'i, ti se rencontrent seules ou munies ëffég), ïdiig, « action de lécher » (a'-l-g, verbe éllêg), usun « savoir » (:c-s-n,
d'afiixes (^aiL~i>, tadcç, Kidég, tidëg, etc.). En chleuh, on a gwa, hta, gwi, èssën, liaoussa sani). Chleuh urg « or » ne doit pas être séparé de n'-r-q
[i.'i avec un élûnent g ', les formes hta, hti sont issues, par assimilation, de (éthiopien warq « or », Stunune) et remonte à un *aiïrg (*ôré). Udail « niouf-
*«ta, *£ti. Sans ce préfixe, on les retrouve dans icayyéd, « a u t r e " , f. tayyed, flon » (*an'dad, ôdad) a conservé son ancienne forme au Djebel Xefousa
pi. m. iciyyiiil, pi. f. ti\\ad. (aii'dad).
Le berbère du Djebel Nefousa possède deux séries : icnh, tuh, yih, iih Quant au groupe iw, il s'est généralement maintenu ou a été reconstitué.
pour les objets rapprochés et i^ih, tih, yih, iih pour les objets éloignés. Ces Chleuh aidëm « mâle », pi. ixtman. Dans certains cas, ce groupe aboutit à u,
formes sont issues des éléments primitifs wa, ta, ici, ti avec les dési- p. ex. tazi'kka « ver » pi. tukka (Tazërwalt) à côté de tiickkiicin (Ida ou
nences -uh <•: ci •> et -ih « là » qui s'ajoutent directement au substantif : Semlal).
atérras-ii/i «. cet homme-ci », tciddart-ih « cette maison-là ».
La seule difficulté constitue la chute de la labiale initiale des formes (b) La chute de la voyelle initiale.
masculines. A ce sujet, il convient de citer la chute d'autres labiales, p. ex. Cette chute est attestée surtout dans les dialectes dits zénètes, p. ex. à
du b des formes arkas « chaussure » (lat. ace. pi. barcas, d'après leur forme) Sokna gil « bras » (chleuh agit), fus « mafn » (afus), fitnas « bœuf » (afunas),
et û-filim « oignon » d'un pluriel punique *basalim. La disparition des lagom « chameau » (kabyle alg-'-'cm), tmart « barbe » (tamart). II n'y a aucun
labiales s'est probablement effectuée par l'intermédiaire d'une pronon- doute que ces formes étaient jadis munies du préfixe nominal, car celui-ci
ciation fricative (harka.i, lasalim). réapparaît dans le rapport d'annexion (leëfus) dans les dialectes .qui ont
conservé cette forme et au pluriel (yejassên, souvent écrit ifassén). De plus,
III. — LES CHANGEMENTS l'HON'ÉTIOL'ES. il y a le féminin dont le préfixe a été réduit à t (tmart pour *tamart).

(c) L'assimilation "cocalique (en allemand L'mlaut).


Les éléments préradicaux ne se sont pas maintenus dans tous les cas dans
leur forme primitive comme (u-)a, ta, (K')i, ti. Nous examinons plusieurs modi- Il s'agit là d'une assimilation régressive. Les formes alanru « fourneau »,
fications phonétiques qui se sont produites au cours des derniers 3 ooo ans anan' « b a t e a u » , taskala «échelle», tagamsa « c h o s e » sont-issues de lat.
à .-avoir (a) la monophtongisation, (b) la chute de la voyelle, (c) l'assimi- fnrnus, navis, scala, causa. D'autre part, nous avons ifilu •< fil », içér «champ •>,
lation vocalique et (d) la fausse analogie. tikira « cire, vieille cire », ikikér « pois chiches » qui proviennent de filma,

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—^i-j
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ager, cera, cicer. Asnus « ânon » ne provient pas directement à'asinns, mais
d'une forme asnits, comp. espagnol asno. IV. — LE RAPPORT D'ANNEXION.
Le tableau suivant est destiné à donner une idée générale de la répar-
tition des formes dans quatre dialectes : De ce qui précède, il ressort que les formes du masculin (p. ex argaz „

Chleuh Ahaggar Ghedames Sivva


« homme », pi. irgazën) étaient primitivement munies d'un w initial comme
i'gèf igaf
il se trouve au commencement des adjectifs démonstratifs iva et mi. On
H'f ' ah fi
itni oui. ami ambu devrait donc s'attendre à des formes comme *wargaz, pi. *ivirgazën. Or, de
ihs cgës igès igës pareilles formes existent effectivement en tachelhit, p. ex. wayêl «huître »
isin •tit*lll isëm isèm • (pi. id-ïi'ayël), lïayni'd' « dattier mâle « (cf. tayniwt), wasëksu « couscoussier »,
[itljs] csin asin asin U'ar^an « guêpe », li'iming « cyclone » et pi. ititrikën comme nom d'une
(/.> Iles alis ilés
is'!^r cskcr askér accir
plante. Il y a même des mots attestés avec et sans w initial : agërzam,
afus flfltS tifës fus ïi'agèrzani « guépard », a»dal, icamlal « marguerite », asë/saf, uiasëfsaf
afuJ. ajud tifcd fini « peuplier ». Il s'agit en général d'animaux, de plantes, de phénomènes
naturels, rarement d'objets (wasêksii) et de noms d'action (wargiga « trem-
La régularité des correspondances n'est pas complète, ce qui est dû à des
blement »), les restes d'un berbère archaïque.
emprunts. En touareg, îsëiit et îles doivent être considérés comme étrangers.
Au rapport d'annexion, ce w s'est conservé : inna u'ëgëllid « le roi (agëllid)
De même, igaf et igës, au dialecte de Ghedames, sont visiblement des
a dit », pi. nnan yëgëldan «les rois (igëldan) ont dit». Au pluriel, yegeldan
emprunts. Les vraies formes ghadamsies devraient être *a'ëf et *a'ës.
remonte tout d'abord à *yigêldan, forme à initiale palatalisée issue de
Comme on verra, il y a des régions où les formes à Uinlaut abondent et
*wigëldan. .
d'autres qui sont extrêmement conservatrices. Voici quelques formes kabyles
En touareg, par contre, la chute de la labiale s'est produite avant lji
comparées avec les correspondances du dialecte des Béni Snous (entre paren-
palatalisation : amëmtkal «roi», pi. imëmtkâlën forment au rapport d'aï
thèses) :
nexion (ë)mënukal, pi. (ë)mëniikâlën.
Les parlers orientaux (Nefousa, Sokna, Siwa) ne font pas de distinction
entre la forme absolue et le rapport d'annexion. Sokna idaminën pi. « sang
et taii'ort « porte», pi. tuiira sont à interpréter comme ydammën, twira aveki f
Les formes à u initial sont fréquentes au Djebel Nefousa et à Ghadames : chute de la voyelle. Là où une voyelle subsiste, il s'agit soit d'une voyelleu
!(/& « main », ttkriin « dos «, tufitt « soleil », titdëft « coton » correspondent à radicale (izan, pi. « mouches ») ou considérée comme telle, soit d'emprunts '
afits, aknini, tafnkt, tadufl d'autres dialectes. Touareg ëscg « col (formant un (Siwa : tikëlmët « mot », pi. tikëlma).
passage difficile et assez court dans les montagnes ardues) » provient d'une A côté des formes à initiale w, il convient de signaler des noms à h initial,
forme *a-iïsig par l'intermédiaire d'un *ûsig. Le squelette consonantique comme hargân « argan » (El-Bekri) et les tribus des Hëskûra, des Hintâta
était 'd>-s-g (pi. ùcsgtn). Le passage à'ôsig à êsëg s'explique par ôsëg (3 — eu et des Hëntlfa (Ibn Khaldoun). Je ne pense pas qu'il s'agisse dans ces cas
français). Il en est de même pour oiussêsëm « taciturne » et emezzê^ëh « visi- d'une rupture d'hiatus (comp. touareg inna-h-âs « il lui disait ») ni du pas-
teur, hôte » de sitsëin « se taire » et z:igëh « visiter » (amëssawsim, amêzzaiJUgih, sage d'un t à h (Chenoua haddart « maison » pour taddart), mais d'un pas-
dont le groupe aw passe par ô et ô à ê). sage de K' à h. Dans les parlers actuels, il n'y a plus de trace de ces formes.
On conçoit aisément quelles ont été les raisons qui ont conduit à l'état
(cl) Dans certains cas, il y a fausse analogie. actuel où l'article défini a pratiquement perdu sa force déterminante et ne
Ainsi, on a en chleuh à côté du mot ils « langue » deux pluriels, ilsaivn forme qu'un tout avec le nom. Les différents développements phonétiques
et alsix'n. Ilsai^n est, seul, la forme authentique taudis que alsiwn est ont créé de nombreuses formes dont l'emploi correct dépassait souvent les
formé d'après les formes ânârcn, tâdriwïn etc. Un cas pareil est iskër « ongle, facultés de la mémoire. Il y avait, en effet, 2 formes (déterminée et indé-
griffe » qui forme un pluriel askarn (touareg eskër, pi. âskiirën). terminée), 2 genres (m. et f.), 2 nombres (sg. et pi.), 2 emplois (absolu et
Mimorial A. B<issrt. i°
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• ;

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rapport d'annexion), soit 2 x 2 x 2 x 2 — 16 formes auxquelles s'ajou-


taient les assimilations (icwcrgaz « de l'homme » pour n-wêrgaz, yyërgazên
« des hommes » pour n-ycrgazcn}. C'est là qu'une simplification s'imposait :
tout en conservant les éléments de l'article, le berbère sacrifiait sa signifi-
cation. L'article perdit sa fonction comme en araméen (paytâ « maison »,
Jjawkaptâ « étoile » avec -a) et seules quelques catégories de noms restèrent
sans article (numéraux, noms de parenté avec suffixes, certains noms ver-
baux comme ln~ « faim », fad «soif», des noms indéterminés comme l;ra
(en kabyle, etc.). C'est aussi la raison pourquoi ayt- (lit. «lesgens de... ») ne
prend, dans de nombreux parlers, jamais le w initial au rapport d'annexion,
vestige de l'ancien article (Mohammed n Ayt U J-Jaddii). Ici, le mot ayt
était déterminé, non par l'article, mais par le génitif suivant (en arabe Bcnï
-}- nom.).
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