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Guerre contre les

Majors
Fredleborgne

Guerre contre les


Majors
J'ai dédié ce livre à Pierre Jean Duvivier, en
remerciement de son travail et de son rayonnement
sur le site www.odebi.org.
Ce livre a été écrit pour ce site, durant les débats de la
DADvSI, à partir de février 2006.
J'espère que chaque lecteur sera ou deviendra un
internaute épris de liberté, numérique et autre.
Table des matières
Guerre contre les Majors.........................................1
Titre...............................................................2
Préface de Jack Minier..................................4
Présentation par l'auteur..............................10
D. Day Two.................................................14
Veille d'élection...........................................19
Un enlisement perceptible...........................23
Fuite à Varennes..........................................27
L’Appel du petit Kaporal............................34
La cache aux serveurs..................................38
La Net Révolution.......................................43
La Campagne de France..............................48
Franck..........................................................53
Manifestation tragique.................................58
Une défaite sans combat..............................64
Contre−Attaque...........................................68
BRIAN.........................................................72
Chantage en chanson ou ratage en rançon
?..................................................................76
VERA..........................................................79
Nuit d'amour................................................83
L'homme de l'ombre....................................85
Le Site Assassiné (ELSA et
CHRISTIAN).............................................89
Fusions chaudes...........................................93
14 juillet en berne........................................97
Expulsion...................................................102
Fils de héros...............................................106
Prise du Net pouvoir..................................109
Epuration idéologique...............................114
Supra Net...................................................118

i
Table des matières
Guerre contre les Majors
Enrôlé........................................................123
Derrière les barreaux.................................129
ALAIN.......................................................136
Puces motos à Niort...................................140
Bienvenue Major DAD.............................146
Camps de redressement.............................151
Les DRM passent dans les moeurs............157
Honneur et décadence...............................159
Manifestations...........................................164
Dure journée..............................................169
Triste conjoncture......................................175
Captivante captivactivité...........................179
Die Hard 2.................................................184
Un scénario pour l’été 2007......................188
Avis de tempête.........................................195
La voiture qu'il nous faut...........................203
Installation.................................................214
Le mariage d’Elsa et Christian..................221
JASMINE..................................................228
Souriez, vous êtes filmés...........................236
Die Hard 3.................................................242
Night hard too............................................248
Rafle au réveil...........................................256
Du rififi dans le Médoc : Préambule.........261
Escapade....................................................269
Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest...277
Incarcérations............................................285
Palpitations................................................291
Du rififi dans le Médoc : Bombannes.......293
Le Pouilleux..............................................306

ii
Table des matières
Guerre contre les Majors
Interrogatoires...........................................314
Du rififi dans le Médoc : Promenade au
bord du lac................................................320
Contre espionnage.....................................332
Du rififi dans le Médoc : Tourisme...........339
La plus belle des prisons ?.........................352
Du rififi dans le Médoc :Commando
malgré lui..................................................359
Cœurs froids banlieues chaudes................367
Du rififi dans le médoc : retour
précipité....................................................374
Les horreurs de la guerre...........................381
Du rififi dans le Médoc : Dernier jour
de plage.....................................................398
Au bout du monde.....................................411
Du rififi dans le Médoc : Odyssée
Epilogue....................................................418
Un nouveau départ.....................................429
La Boite de Nuit : Acte 1...........................436
Sombres prémices......................................443
La Boite de Nuit : acte 2............................454
Pour toujours.............................................465
Musique de guerre.....................................478
Postface.....................................................493
Bonus : La clique des Peoples...................496
Essai : Divagations....................................501
Le Radar....................................................507
Factice.......................................................512
Les auteurs de In Libro Veritas.................519

iii
Guerre contre les Majors

Auteur : Fredleborgne
Catégorie : Romans / Nouvelles

La France état voyou envahie par les forces


américaines à la recherche des serveurs pirates.
Comment en est−on arrivés là ?
Ce premier tome, à travers une mosaique d'épisodes,
et des personnages qu'on ne découvre qu'au fur et à
mesure est un pamphlet de prospective fiction contre
...une certaine dérive rendue possible par la tyrannie
mondiale d'un certain code de la propriété
intellectuelle.

Licence : Licence Creative Commons (by−nc−nd)

1
Titre

FRED LE BORGNE

Sans l’accord de

Vivendi
La Sacem
Les Artistes Associés
Le Syndicat du Livre
L’UMP
Le Ministère de la Culture
L’Assemblée Nationale
Le Sénat
La C.M.P
Le Conseil Constitutionnel
La Maison Blanche
Le Pentagone

Vous propose

MAJORS' WAR

Jusqu’où ira la "Guerre contre les Majors "?

*****************************************************

Titre 2
Guerre contre les Majors

Du même auteur
chez le même éditeur

Quelques Nouvelles du Net

Ces recueils sont en lecture libre et téléchargeables


gratuitement

sur www.inlibroveritas.net

Titre 3
Préface de Jack Minier

PREFACE
de Jack Minier

De tous temps, il y eut des guerres de


religions. De nos jours encore, certains conflits sont
désignés comme tels même lorsqu’ils recouvrent des
intérêts parfaitement étrangers au monde spirituel…
Au cours de l’histoire, outre les guerres purement
territoriales, il y eut les croisades, il y eut des jihads,
il y eut et il y a encore des guerres d’idéologie
politique, d’intérêts stratégiques, mais y avait−il eu
jusqu’à ce jour une guerre culturelle ? Ou une guerre
artistique ? Y avait−il seulement jamais eu une guerre
« en vrai » dans des mondes virtuels ou à cause
d’eux ?

A notre connaissance, Non.

C’est pourtant au nom du sacro−saint


« Copyright » qu’en ce début de 3ème millénaire,
deux pays parmi les plus démocratiques au monde
(ou sensés l’être) vont se livrer la plus ravageuse des
batailles.

La cause ? Mais le réseau ! Ce fameux réseau


sur adresses IP que des français inventèrent au
CERN, que les militaires américains utilisèrent sous

Préface de Jack Minier 4


Guerre contre les Majors

le nom d’Arpanet avant qu’il ne devienne Internet,


puis le Web, réseau non pas sans queue ni tête, ni
sans PC, mais sans « centre de commandement ».

Des « PC » sur ce réseau, ce n’est pas ce qui


manquait. Ni des Macs. Mais ce n’étaient pas des
Postes de Commandement, c’était des Personal
Computers, et ce qui les faisait tous fonctionner, en
tous cas en France, ne relevait d’aucune grande
industrie multinationale.
Et çà, c’était carrément difficile à avaler pour
l’Amérique, pays de la « libre entreprise » à condition
qu’elle appartienne à un groupe financier important et
ami du pouvoir.

Depuis la seconde guerre mondiale, dans


laquelle certains proches parents de son président
avaient joué un rôle obscur, l’Amérique était devenue
la référence en matière de traitement informatique. La
grosse société International Mega Bytes (IMB) était
installée un peu partout dans le monde avec ses
énormes machines traitant la comptabilité des
entreprises indigènes. Qui dit comptabilité dit
investissements et profits. Le vers était donc déjà
dans le fruit quand arrivèrent sur le marché des
machines miniaturisées, et que M$, entreprise
mondiale de logiciels, réussit à installer sur ces
petites machines IMB ses applicatifs système, bourrés
de failles de sécurité afin que les services de
renseignement américains puissent aller où il
voulaient et quand il voulaient.

Partout, sauf en France précisément, parce que

Préface de Jack Minier 5


Guerre contre les Majors

la France dans son ensemble, administration


comprise, avait adopté le logiciel libre.
C’était déjà une bonne raison d’envahir la France afin
de contrer cette politique d’indépendance. Mais ce ne
fut pas la seule. Le Droit d’Auteur en était une autre.

Comment pouvait−on accepter que ces bastards de


frenchies copient sans payer les œuvres inénarrables
des grands artistes mondiaux, tous sous contrat avec
Universal ou EMI, les grandes sociétés US de
broadcast et d’entertainment.

En 1945, la Libération avait apporté le Jazz à


Paris. Ca avait été une révolution. Non seulement sur
le plan culturel mais sur le plan commercial. Cette
musique libre avait introduit avec elle le Blues, le
Rock’n’roll, le Swing et la Bossa−nova. Des millions
de disques vinyle avaient été vendus par les artistes
américains. La culture littéraire et audiovisuelle avait
suivi. Les polars de Chandler, Marlowe, et autres
romans noirs américains avaient fleuri dans les bacs
des bouquinistes, et les salles de cinéma s’étaient
remplies de foules d’amateurs des productions
hollywoodiennes.

Durant les décennies qui suivirent le Plan


Marshall avait habitué les français à consommer,
voire souvent à consommer à crédit. La société de
consommation était née. Whisky, chewing−gum,
westerns hollywoodiens, coca−cola et hamburgers à
satiété jusqu’à s’en faire péter les bretelles tricolores.
Qu’importait, l’Amérique fournissait ses protégés.

Préface de Jack Minier 6


Guerre contre les Majors

Vous en voulez ? En voilà ! Ca dura bien quarante ou


cinquante ans et la culture américaine domina le
monde aussi sûrement que Rome domina l’empire
aux premiers siècles de notre ère.
(Enfin… Presque tout l’empire, parce qu’en Gaules
un certain petit village résistait toujours… mais c’est
une autre histoire.)

Et voici qu’en ce début de 3ème millénaire, la


petite France avait des velléités de faire bande à
part ? De ne plus jouer ce jeu pour de futiles raisons
mercantiles ?… Mais pour qui se prenait−elle, la
France ?...

La première attaque survint un matin d’hiver, à


la Chambre des députés. C’était un peu avant Noël
2005. On allait essayer de lui faire adopter une
transposition fort améliorée du Millenium Act,
concoctée par les avocats de grandes industries
culturelles, et baptisée pour la circonstance : Projet de
loi DADVSI.

Mais contre toute attente, le projet de loi est


repoussé par l’unanimité des députés de gauche
comme de droite. C’est là que les choses sérieuses
commencèrent…

Au nom de sa non−conformité avec les


directives imposées par le commerce mondial de la
culture, considérée par d’autres comme un produit de
consommation ordinaire, la France est bientôt mise
au ban des Nations Unies par son filleul dans
l’histoire des nations, devenu la toute puissante

Préface de Jack Minier 7


Guerre contre les Majors

Amérique de Bush.
Pays de la Liberté et initiateur des Droits de
l’Homme, pays de Montesquieu, Voltaire, Rousseau,
mais aussi de Beaumarchais l’inventeur du Droit
d’Auteur, elle subit bientôt l’invasion du pays de la
culture sous vide pasteurisée et prête à consommer.

Mais ce n’est que le début de lhistoire….


*
Je ne connaissais pas Fredleborgne avant de
devenir un habitué des forums odebi.org, au moment
de la surréaliste bataille législative autour du projet
de loi DADVSI, honte du débat démocratique en
France. Fred fut l’un des premiers à me répondre
calmement sur un forum souvent très agité par les
passions. Je respecte les passionnés mais il est
souvent difficile de discuter calmement avec eux.
Quand il m’arrive moi−même de m’exciter sur un
sujet, j’essaie de prendre un peu de recul et je
m’aperçois que bien souvent Fredleborgne a une
vision approchant la mienne. Pas sur tout, mais
souvent.

A ma connaissance, il n’avait jamais écrit


avant de se lancer dans cette aventure. Il a bien fait de
commencer et surtout d’y croire. Entre ses premières
pages (qu’il a reprises depuis) et les dernières, quelle
progression !

Fredleborgne nous fait entrer dans le monde


surréaliste (mais qui sait ? Peut−être pas tant que
ça ?) d’une guerre improbable mais dont tous les
ingrédients sont sous nos yeux.

Préface de Jack Minier 8


Guerre contre les Majors

J’aime son humour et la mise en situation de


personnages qui pourraient figurer dans un scénario
de La Panthère Rose.

Merci Fred, de désarmer un conflit latent


(DADVSI) par la mise en scène humoristique de ton
conflit virtuel.

Jack Minier

Préface de Jack Minier 9


Présentation par l'auteur

Préface
20/08/2006

Depuis le 17 février 2006, je me suis lancé dans


une rubrique de politique fiction sur le site de
Odebi.org.
Le titre est le titre du topic que j’ai crée dans un
sous forum qui portait le nom de « Guerre contre les
majors »
Sans le soutien moral, et la verve des forumeurs
d’Odebi.org, je n’aurai jamais écrit ce texte que je
voulais au départ être un roman écrit par les
internautes eux−mêmes, à plusieurs mains. Je donnai
le contexte de départ et chacun pouvait y créer ses
personnages. Je retenterai certainement l’expérience
dans un autre contexte.

Aujourd’hui, je remets en forme pour en constituer


un livre électronique que je dédierai à PJD, qui a été
pendant six ans la figure de proue de Odebi, au moins
pour les nouveaux membres.

Je salue aussi mes camarades lecteurs sans les


nommer. Ainsi, je suis sûr de ne pas en oublier, sans
gêner ceux qui cités ne m’auraient pas lu.

Le texte tourne autours du Net et de la recherche


d’une Net Démocratie face à un capitalisme mondial
devenant dictatorial en sous−main. C’est une vision

Présentation par l'auteur 10


Guerre contre les Majors

personnelle du monde d’aujourd’hui. Je ne demande


à personne d’y adhérer et de croire tout ce que j’écris.
Je mets dans ce texte pamphlétaire beaucoup
d’humour, parfois grinçant, mais surtout pas de haine.
Je vise parfois ou je cite quelques personnes
politiques ou personnes du Show Biz mais à titre de
« personnages représentatifs » et sans vouloir les
attaquer personnellement.
Personnages publics, je leur renvoie la mauvaise
image qu’ils ont pu avoir vis à vis du public au cours
de ces derniers mois,pour leurs déclarations que je
préfère ne pas qualifier.

En effet, ce texte a été aussi écrit en réaction à


l’établissement de la loi DADvSI, une terrible erreur
à mon avis. J’espère le faire partager pour qu’on
puisse faire le texte équilibré promis avec un vrai
ministre de la culture.

Ce texte est proposé sous forme de pdf en


téléchargement gratuit. Vous pouvez le lire et le
diffuser gratuitement, mais dans son intégralité. Il ne
doit pas être vendu. Il peut être incorporé sur un site
littéraire proposant des textes gratuits à ceux qui le
fréquentent.

Cette histoire n' a pas de fin pour l'instant, parce


qu’elle est présentée comme une chronique, avec des
personnages. Chaque chapitre est un petit bout de la
fresque, montée comme un puzzle au fur et à mesure.
Mais la place de chaque chapitre est importante. Ils
ne sont pas interchangeables dans l’ordre de
présentation. Les derniers bouts de la fresque ne sont

Présentation par l'auteur 11


Guerre contre les Majors

pas présents non plus. C’est l’avenir. Il est ouvert.

Pour mes personnages principaux, j’ai choisi de ne


leur donner qu’un prénom, sauf pour deux qui ont
aussi un nom, mais qui n’est pas important. Ils ne
sont pas souvent utilisés.
Le choix des prénoms n’est pas anodin non plus.

Pour terminer, je dirai que si je « joue » parfois


avec des notions qui peuvent exacerber certaines
passions, mon message est un message de tolérance
ou de ras le bol de l’intolérance. Je serai désolé de
choquer ou de peiner un ou plusieurs lecteurs si
quelques évènements auxquels je fais référence leur
rappelle des situations douloureuses. La vie est dure
parfois, et j’essaie de dénoncer ce qui la rend encore
plus dure, à savoir une certaine bêtise humaine.

Enfin, je n’ai pas la science infuse et je peux me


tromper dans mes opinions. Je ne prétends pas être
parfait. Je fais donc appel à votre indulgence.

Et si la lecture de ma prose ne vous plait pas, j’en


suis peiné mais ne vous forcez pas. Ne faisant pas
partie d’un programme scolaire obligatoire, ni faisant
l’objet d’une question d’examen ou de test à
l’embauche, vous n’êtes en aucun cas obligé de me
lire.

Néanmoins, passé un début un peu spécifique, je


suis sûr que mes personnages vous plairont. Car c’est
pour eux que je continue cette chronique. Je les mets
dans des situations pas possible et je n’aime pas les

Présentation par l'auteur 12


Guerre contre les Majors

laisser en suspens.
En plus, les seuls morts (sauf deux pour l’instant)
sont des personnages très secondaires.

Oui, il y a des morts. C’est une guerre.

Présentation par l'auteur 13


D. Day Two

12 / 02 / 2006, 20:59
D.DAY .TWO
6 juin 2014.

4 h du matin. De longues formes noires lugubres


quittent les ports anglais et glissent furtivement vers
les côtes françaises. Mis à part le sinistre
ronronnement des diesels et la lancinante lamentation
des câbles qui déchirent le brouillard, ainsi que les
coups sourds d’origine inconnue étouffés par les
coques, le silence est total.
Dans les flancs des transporteurs de troupes, les
hommes, serrés les uns contres les autres, moitié
assis, moitié couchés, ont les yeux fermés ou vides.
Beaucoup comme Brian mâchent un chewing−gum
pour lutter contre le stress et le mal de mer.
A quoi peuvent−ils penser ?
Aujourd’hui, ils partent à la reconquête d’un état
voyou, la France, qui depuis 5 ans refuse d’adhérer au
traité de non piratage des œuvres artistiques. Le bras
de fer, qui a été efficace dans le reste de l’Europe est
resté vain au pays de l’Exception Culturelle.
En 2007, après la chute du gouvernement libéral, la
coalition de gauche a remplacé le Ministère de la
Culture par le Ministère du Patrimoine. A ce titre, les
œuvres françaises furent déclarées nationalisées et
accessibles à tous. Toute protection gênant la
réalisation d’une copie privée fut jugée illégale. Les
produits culturels étrangers intégrant des protections,

D. Day Two 14
Guerre contre les Majors

dépendants alors du Ministère du commerce


Extérieur, furent déclarés « non conforme » à la vente
et interdits à la commercialisation sur le territoire.
Néanmoins, les internautes souhaitant malgré tout
consommer ces produits pouvaient les importer à titre
individuels, au nom de la liberté de chacun.
En outre, radios, télévisions et cinéma pouvaient très
bien distribuer films et musiques. Seule la vente de
mp3 ou de dvd bridés sur des sites et des serveurs
français était interdite.
Les majors décidèrent par contre un embargo total
pour la France. La RIAA licencia ses artistes français.
Johnny Hallyday s’exila définitivement en Belgique,
Florent Pagny avait depuis longtemps préparé sa
reconversion en Amérique du Sud tandis que bon
nombre d’entre eux , trop vieux pour évoluer, prirent
leur retraite en des lieux reculés. Les chaine de la
TNT et M6, par manque de contrats de publicité
(Coca−cola, Nike, Warner…) firent faillite. Et TF1
redevint la première chaîne des français, FR1 afin de
bénéficier de la redevance, bien que celle−ci fut
réduite de moitié. En effet, les producteurs de
programmes français devinrent moins gourmands et
la concurrence pour attirer des vedettes « chères »
était terminée. FR3 fusionna avec arte devint la
chaîne culturelle, avec mission d’intéresser les
enfants (ainsi le coté ennuyeux d’ARTE fut banni des
ondes), FR2 devint la chaîne du Cinéma et FR1 celle
des variétés et des séries françaises. La CINQ
redevint la chaîne de l’info avec Jean Claude
BOURRET comme directeur. Canal + fusionna avec
TPS pour être la grande chaîne du sport. Les Français
s’y abonnèrent d’autant mieux que la

D. Day Two 15
Guerre contre les Majors

non−concurrence permit d’acheter le foot et le rugby


dix fois moins cher et que les tarifs furent divisés par
3. Une chaîne musicale payante, avec des animateurs
de radio, fut créée et diffusée sur le net, avec un tel
succés que des internautes du monde entier s’y
connectèrent dés que l’embargo mondial contre les
œuvres françaises fut mis en place.
De plus, la récupération en streaming des morceaux
diffusés était autorisée puisque l’auteur était
rémunéré grâce aux abonnements à chaque diffusion,
chaque titre ne pouvant être diffusé qu’une fois par
semaine, ceci afin de permettre le passage de tous les
titres plébiscités par un panel aléatoire d’internautes
qui changeait toute les semaines.
L’embargo des produits américains eut une nouvelle
conséquence imprévue. Le rap tomba en désuétude
dans les quartiers « sensibles » qui développèrent leur
propre style. Ainsi dans la musique, puis les autres
médias, il put y avoir, comme l’avait souhaité sans
rien faire pour le mettre en œuvre un ex−président
Français, une diversité culturelle plus représentative
de la population.
L’embargo eu aussi d’autres répercussions dans
d’autres domaines commerciaux.
Dans le domaine vestimentaire, des marques
françaises comme « Le Coq Sportif » renaquirent de
leurs cendres pour supplanter NIKE et ASICS. La
marque au crocodile choisit de se démocratiser et
décupla ses bénéfices en 5 ans, surtout qu’elle se
relocalisa en France pour éviter la contrefaçon
chinoise, après qu’elle eut constaté qu’on trouvait sur
les étals des petits revendeurs thaïlandais des modèles
avant leur diffusion en France.

D. Day Two 16
Guerre contre les Majors

Malgré les DRM installées sur les titres


internationaux, les pirates français parvenaient à les
détourner légalement sur leur territoire. Et ils ne se
gênaient pas de les diffuser à des internautes
étrangers libres de toute protection.
Les majors firent alors pression sur les
gouvernements mondiaux pour déclarer la France état
voyou, qui refusait de poursuivre en justice ses
programmeurs−pirates.

Voilà en gros ce que pouvait savoir chaque homme


qui embarquait aujourd’hui pour défendre la culture
face aux pirates d’état voyou. Les détails, ils
n’avaient pas besoin de les connaître, mais surtout
peu de gens les connaissaient en dehors des
français.
L’Europe, au point mort, noyautée par les lobbies
libéraux, après le « non » Français, Anglais et
Polonais ne sut dire « Non » aux Etats−Unis.
Les soldats de l’Alliance ne savaient pas ce qui
les attendait sur les côtes françaises. Mais cette
campagne ne ressemblait à aucune autre.
Aucune préparation par des bombardements. Les
avions n’avaient pu risquer leurs ailes au dessus du
territoire français. Malgré leurs tentatives de
brouillage, les satellites français et les radars étaient
toujours opérationnels. Les missiles matra avaient la
réputation d’atteindre leurs buts à 97% et l’avion
furtif américain faisait bipbiper de rire les radars de
Thomson.
Durant 6 mois, 800.000 alliés se positionnaient en
Angleterre, seul pays européen limitrophe ayant
autorisé le stationnement de leurs troupes.

D. Day Two 17
Guerre contre les Majors

En face, le long de l’atlantique, c’était l’inconnu.


Les satellites n’avaient déterminé aucun mouvement
de troupe. Aucune fortification n’avait été édifiée.
Mais les sous−marins atomiques français n’étaient
pas à leur port d’attache. L’aviation Française pouvait
intervenir en cinq minutes avec des armes classiques
comme des armes nucléaires. L’affirmation de
l’utilisation de cette arme, faite début 2006,
retentissait aujourd’hui d’un écho sinistre.
L’Amérique riposterait−elle de la même façon pour
envahir un pays ?
Surtout que la bombe lancée par les français
sur le territoire français ne pourrait pas être assimilée
à une attaque sur le territoire américain.

Pire. Les responsables politiques français avaient


fait mine d’ignorer sciemment l’ostensible montée en
puissance des troupes pré−positionnées… Il n’y avait
pu avoir montée de ton diplomatique et les dernières
injonctions de Washington ne pouvaient être
assimilables à une déclaration de guerre.

Mais il était peu probable d’être attendu par un


régiment de douaniers qui allaient se contenter de
demander "papiers, SVP ?".

D. Day Two 18
Veille d'élection

16 / 02 / 2006, 00:24
Veille d’élections

30 janvier 2007.

La campagne électorale bat son plein. Chaque


formation politique bat le rappel de ses troupes. 2006
a été une année de fin de règne. Si la bourse a
progressé jusqu’à novembre, elle a ensuite plongé et
après quelques rebonds erratiques est tombée dans
une atonie légèrement négative, mais 20% en dessous
de ses plus hauts de l’année. Il faut dire que le budget
voté en novembre a été un véritable cadeau fiscal
pour les classes supérieures. Les classes moyennes
n’ont eu droit qu’aux miettes et le budget voté, à part
pour le ministère de la Défense Nationale et celui de
l’Intérieur est en baisse pour toutes les autres
administrations, et surtout la Justice.

La Gauche promet la suppression du CNE et du


CPE. La Droite parle de nouvelles mesures contre
l’insécurité et défend son bilan : 100.000 chômeurs
de moins cette année. Aux informations, chacun se
presse pour commenter la mort de chaque célébrité,
comme si il regrettait la voix qui vient de s’éteindre
et qui lui était destinée. On a d’ailleurs l’impression
d’assister à une hécatombe, et parfois on se demande
« mais c’est qui au fait dans la boite ?» car on voit
plus les hommes politiques que l’hommage au défunt.

Veille d'élection 19
Guerre contre les Majors

Il faut dire que tant qu’il n’a pas réellement les


racines de pissenlits comme voûte céleste, on a
l’impression que l’infortuné a été enterré plusieurs
fois.

Dans ce contexte, les éternelles discussions sur le


projet DADVSI 2 n’ont pas progressé. Après le coup
de force du Ministre de la Culture en 2006 et malgré
les protestations des internautes et des organismes de
défense des consommateurs, les DRM sont devenues
légales. Néanmoins, aucun internaute n’a encore été
traduit devant les tribunaux malgré le flicage et la
mise en place d’un système de répression gradué non
avalisé par DADvSI 1. On attend la décision du
Conseil d’état, qui n’est pas pressé de se prononcer à
nouveau dans la conjoncture actuelle.

Mais les internautes s’adaptent déjà. Un CD de


musique drmisé est d’abord craqué. Puis on lui
adjoint une enveloppe de code qui le rend semblable
à un morceau protégé, mais qui autorise 1024 copies.
Et d’ailleurs, des petits logiciels permettent de faire
sauter sur un morceau le nombre de copies autorisées
pour des morceaux acquis légalement.

Quand à se procurer le dernier exemplaire de la


DRM qui tue, c’est le lot de quelques bidouilleurs
que d’acheter légalement la dernière daube en
tranche, afin d’être le premier à faire exploser la
protection. D’autres rootkits ont aussi fait leur
apparition. Au bout d’une semaine, au lieu de

Veille d'élection 20
Guerre contre les Majors

renvoyer des répertoires de fichiers, ils expédient


journalièrement des listes d’insultes choisies à leurs
concepteurs.

Mais ces blagues de potaches n’amusent guère


certains sombres personnages, serviteurs de nains.
Des listes d’adresses MAC suspectes sont constituées
dans des caves parisiennes.
Leur emploi dépendra du résultat des élections. Les
listes d’adresses internet des pétitions anti−DADVSI
sont aussi pieusement conservées.
Un nouveau support de musique est aussi sorti. Il
s’agit de deux bouchons auriculaires reliés par un fil
dont l’un est équipé de trois petits boutons : On−Off ,
« morceau suivant », et mono/stéréo. A l’intérieur du
premier petit bouchon, une carte mémoire miniature
contient l’album. Dans l’autre, une pile. Les
nouvelles chaînes hifi sont aussi vendues avec un
orifice permettant l’introduction du petit
album−bouchon ou bouchon−album. Ainsi, l’écoute
y est possible de façon plus conviviale que celle des
amoureux qui se mettent chacun un bouchon (oui,
dans l’oreille) et restent quasiment joue contre joue
« Le temps d’une chanson ». Bref, les ventes de
constructeurs de matériels audio restent soutenues.
Les bouchons piles peuvent se changer, tandis que les
bouchons−album peuvent être utilisés
indépendamment avec la chaîne ou même un
téléphone portable nouveau modèle ( produits qui se
vendent comme des petits pains).
Le problème, c’est que malgré cela, il faut se
coltiner 3 minutes de sermon non débrayable sur la
vilaineté qui consiste à pirater de la musique.

Veille d'élection 21
Guerre contre les Majors

Pourtant, le prêt de bouchon−album peine à se


développer…
Le 4 février 2007, pour la Sainte Véronique,
patronne des photographes, un jeune programmeur
diffuse sur internet l’arme absolue contre toutes les
DRM. Son programme, basé sur le test du couillon ,
la cryptographie et la validité du signal reconstitué
évite les pièges d’identification, trouve la clé de
décryptage et commence la lecture au bon endroit à
tous les coups.
Véronique deviendra aussi la Sainte des Cloneurs
quelques mois plus tard en souvenir de cette date.

Veille d'élection 22
Un enlisement perceptible

18 / 02 / 2006, 15:18
Un enlisement perceptible

Noël 2014.

Le haut commandement allié s’inquiète. Non pas


pour le moral des troupes, qui se ramollissent à ne
servir à rien, mais parce que la coûteuse opération
militaire n’a servi à rien
Aucune réaction militaire, ni terroriste de la part
des français, sinon une attitude collective de
non−consommation des programmes étrangers.
Les stations de radio et de télévision
matraquent à plein régime, mais pas un seul CD ou
DVD n’est vendu, même pas les films français
pourtant estampillés « Sans DRM ». Il faut dire qu’il
y a tout de même un rootkit, mais sa diffusion est
compromise.
Par contre, il est impossible de lutter contre les
serveurs F.A.I. mis en place durant six ans par
l’ancien gouvernement français, renversé 3 jours
après le début de l’invasion.
Ces FAI diffusent radio, télévision et accés ADSL
gratuitement . Et çà leur a coûté moins cher que
d’entretenir une armée.
Il est impossible d’interdire internet aux citoyens.
L’opinion internationale ne le tolérerait pas.
Les « immigrés », revenus dans les fourgons de
l’armée alliée, ont constitué un gouvernement, puis

Un enlisement perceptible 23
Guerre contre les Majors

ont remplacé toutes les directions de la fonction


publique. Mais les chefs sont totalement coupés de
leur base, qui les écoute, sans les renseigner. Jamais
direction ne fut plus inutile. Il semblerait qu’il
existerait une hiérarchie parallèle.

Les dernières élections ont du être annulées par


manque de candidats autres que ceux du nouveau
pouvoir et par manque d’électeurs. Tout le pays est
en résistance passive.
Pas si passive pourtant. Car les soldats alliés
sont sollicités à participer à des forums et à se
connecter gratuitement sur les programmes français.
Bien sûr, ces programmes sont exempts d’indices
pour trouver leurs lieux de diffusion et d’habiles
propagandistes invitent les soldats à défendre des
valeurs « anti−majors » et brocardent les chefs
militaires alliés.
Délices de Capoue, blagues de potaches,
dénigrement de la hiérarchie… Si une réaction
populaire agressive avait lieu (des caches d’armes
individuelles et collectives ont été découvertes en
petite quantité, ce qui en laisse présager bien
d’autres), les troupes seraient balayées en quelques
heures, car la vigilance et la discipline ne sont plus de
mise au niveau du troufion. Le samedi soir, les petites
françaises « plument » sans vergogne les GI’s . Le
personnel féminin est aussi bien encadré, cette fois
par des cavaliers attentionnés. Ceux qui restent aux
postes consomment drogues et alcool pour « faire
passer le temps ». La solution de l’autarcie, si
rassurante en cas de danger, et si favorable à la
cohésion, a du être abandonnée par les trop nombreux

Un enlisement perceptible 24
Guerre contre les Majors

manquements graves à la discipline qu’ils


engendraient. Les échelons subalternes du
commandement eux−mêmes profitent de la situation.
Ils sont bien mieux là que dans les pays musulmans.
Ils savent maintenant que leur intervention est non
justifiable, et ils veulent s’amuser un peu avant la fin
de la campagne.

Et voila qu’en plus les « immigrés » les lâchent. Le


budget 2008 n’a pas été voté. Pour cause la part du
budget dédiée au remboursement des frais de
l’occupant et à la mise en place des crédits pour
financer les troupes en place. Ils ont peur d’un
retournement de situation soudain qui les balaierait
sans pitié si l’attitude de collaboration était trop
évidente. En attendant, l’oncle SAM s’endette dans
l’enlisement.
Les majors, qui ont financé 20% des préparatifs,
veulent jeter l’éponge, car le retour sur
investissement est nul. Ils savent que les nouvelles
lois et les accords passés de force seront caduques dés
que les troupes auront quitté le pays.
Il ne reste que 300.000 soldats alliés. Quel est le
chiffre décisif en dessous duquel il ne faut pas
descendre sans quoi la réaction pourrait avoir lieu ?
Car même si aucun gouvernement « provisoire
immigré » semble exister, si aucune armée française
n’est visible, il ne s’agit que d’un bluff. A de petits
signes, on voit que chaque citoyen semble savoir que
le retour de bâton viendra pour les envahisseurs.
Sur le net, les programmes français clandestins
insistent sur le coté pacifiste de leurs citoyens, ce qui
interdit toute opération musclée de représailles. Les «

Un enlisement perceptible 25
Guerre contre les Majors

démonstrations de force» américaines tournent à la


fanfaronnade et l’état major sait qu’il a déjà perdu la
non−guerre.
Il ne sait même pas comment expliquer un éventuel
retrait, puisque l’état−voyou continue son action de
diffusion pirate sur le web…

Un enlisement perceptible 26
Fuite à Varennes

20 / 02 / 2006, 01:09
Fuite à Varennes

Mai 2011.

Rien ne va plus pour la famille de l’ancien


président. Poursuivi pour nombre d’affaires de pots
de vin et d’emplois fictifs antérieures à ses mandats
présidentiel, le vieillard d’aujourd’hui sent l’étau de
la justice se refermer. Il est même assigné à
résidence, à Paris. Ce pied−à−terre parisien est pour
lui une vraie prison, alors qu’il pensait terminer sa vie
à la campagne, (après une longue carrière en
campagne).
La politique française d’autre part s’éloigne de plus
en plus de l’europe. Un nouveau gouvernement vient
d’être nommé pour prendre des mesures d’urgence.
La nouvelle constitution, encore en construction,
prévoit de changer les rapports entre la France et
l’Europe. Il s’agit de rétablir la souveraineté
Française sur toute décision concernant les citoyens
Français. Les décisions de Bruxelles redeviendraient
alors des suggestions que l’état français appliquerait
ou pas. Plus de diktat du parlement. De toute façon, la
constitution européenne étant toujours au point mort,
la France refuse de devoir se plier à des
demi−décisions qui sont plus des compromis à 25
qu’une véritable gestion. De même, la plupart des

Fuite à Varennes 27
Guerre contre les Majors

décisions sont aussi fortement influencés par les


lobbies anglo−saxon libéraux et les mafias de l’est, ce
qui ne fait pas le jeu du gouvernement
sinistro−centriste français. La France se veut donc
autonome au sein de l’europe. Mais les autres
partenaires ne l’entendent pas ainsi.

L’Amérique durcit le ton. Malgré les lois votées en


2006 et 2007, la justice française ne fait pas appliquer
les lois en matière de fichiers numériques. Selon
Washington, ce serait 2 milliards de dollars que la
France devraient à l’Amérique depuis 2007, pour
manque à gagner à cause du piratage. Surtout que
d’autres internautes profitent des serveurs français
pour « faire le plein ». La politique d’informatique
pour tous et d’exception pour l’éducation a bon dos,
c’est vrai.
18 juin 2011. L’ « Appel » du « petit Kaporal »
provoque une forte vague de mécontentement dans
l’opinion française. Le rappel des « libéraux »
outre−manche offusque l’électeur de 2007, dont la
fureur a balayé les institutions de tout membre de
l’ancien parti de droite. Un pays moins «
démocratique » dans un tel chambardement aurait
même interdit l’ancien parti. Encore heureux que
l’éducation républicaine ait fait garde−fou.
Néanmoins, cette débacle électorale a emporté dans
l’ombre la moitié des politiques et la totalité des
hauts fonctionnaires. Même l’armée a fait l’objet
d’un grand nettoyage. Peu de démissions, mais
beaucoup de mutations et de retournements de « veste
». Le style élitisto−prolifico−catholico−infaillible a
é t é r e m p l a c é p a r l e

Fuite à Varennes 28
Guerre contre les Majors

proximo−amico−rationo−démagogue en quelques
mois. La troupe n’a pas semblé s’en offusquer. Pour
elle, le commandement perdure même si le style
change. Et le style, il est pour les politiques, pas pour
les subordonnés. Un virus informatique dans les
réseaux de la maréchaussée a aussi corrompu les
fichiers de contraventions, et les sauvegardes ont été
condamnées aux oubliettes. Cela a évité une amnistie
controversée ou partielle, et ce virus surnommé
l’Effaceur a permis que le citoyen ne s’en prenne pas
aux forces de l’ordre après les résultats des élections.

Mais aujourd’hui, 19 juin, les vitres grillagées


anti−balles de l’appartement de l’ancien chef de l’état
crépitent de mille impacts de cailloux et boulons
lancés par les manifestants. Des cris fusent.
Heureusement, personne ne fait mine d’entrer. Les
deux pandores ont refermé au rez−de chaussée le
lourd portail de fer, qui gongue sous le choc des
pavés, mais personne ne tente de le franchir ou de
l’abattre.
L’ombre de sa silhouette provocant une nouvelle
pluie de caillasses, l’ancien président se réfugie dans
une chambre plus au calme. Sa sécurité ne lui semble
plus assurée, les secours tardent, volontairement
selon lui. Son cœur lui fait mal et la peur s’insinue en
lui. Il ne comprend pas cette colère, contre lui qui a
essayé jusqu’au bout d’être un « grand président ».
Mais la crise économique, et les incapables qui
l’entouraient l’ont fragilisé, déligitimé, comme ils ont
conduit le pays au bord de la faillite. Il croyait être
sympathique pour ses concitoyens. Mais ses
détracteurs l’ont caricaturé en chef d’une bande de

Fuite à Varennes 29
Guerre contre les Majors

vautours gras, se nourrissant des nombreuses


carcasses de chômeurs et emportant entres leurs
serres de lourds sacs d’euros. Avec bien sûr une
couronne sur la tête et toujours haut perché.
Hier, les juges lui ont posé des tas de questions,
dont il a depuis longtemps oublié les réponses. Le
dossier qu’on instruit contre lui ne lui ressemble pas.
Les preuves d’un lointain passé ne peuvent avoir fait
partie de sa propre vie. Ils veulent sa peau. Il en est
sûr. La traque est terminée. Il ne peut plus se dérober
à la justice, sauf si sauf si…

Fuir. Fuir ce pays qui aujourd’hui le hait alors qu’il


l’aime tant. C’est sa seule chance. L’espoir renaît
chez cet homme qui l’instant d’avant se
recroquevillait pour mourir, pour ne pas voir le coup
qui allait le tuer. Il est surveillé. Ces déplacements se
font entre quatre gardes républicains dans un
monospace aux vitres teintées. Mais la nuit, seuls
deux pandores sont de faction au portail. Et a priori,
ils sont encore bien seuls à cet instant alors qu’une
foule hostile le conspue.
Il en informe sa femme, durant la visite de
l’après−midi. Il a un plan. A trois heures du matin, il
descendra au premier étage. Il n’y a personne qui
garde sa porte au troisième et les deux autres
appartements en dessous sont vides. Là, il passera par
la fenêtre du couloir, non barricadée, donnant sur la
petite rue transversale. Que 4 hommes sûrs soient
prêts à le réceptionner dans une bâche.
La petite dame derrière son sac à main relève la
tête et regarde avec admiration son mari. Si elle ne
sourit pas, ses yeux brillent d’un éclat nouveau.

Fuite à Varennes 30
Guerre contre les Majors

L’apathie de ces deux vieillards n’est qu’apparente.


Ils brûlent d’enthousiasme même si leur corps les
trahit. Mais leurs cœurs et leurs tempes cognent
furieusement.
L’ex première dame du pays a rempli sa mission. Il
est 3h 10 en ce 20 juin 2011. Quatre jeunes fidèles
remettent leur président d’aplomb et le guident vers
une grosse berline sombre.
L’évasion est réussie, la cavale commence.
Le but est d’atteindre la Belgique. Mais dés que
l’évasion sera constatée, toutes les routes les plus
courtes risquent d’être bloquées. Afin de ne pas
prendre l’itinéraire le plus évident, il est conseillé au
président de rejoindre un lieu sûr, prés de Metz.
Puis d’attendre que les choses se calment.
Mais la chance n’est pas de leur coté. Ils doivent
attendre jusqu’à six heures du matin à Meaux, le
monospace qui doit les emmener à l’abri. En effet,
leur berline est depuis plus d’une heure l’objet de
toutes les recherches. Celui−ci arrive enfin. Mais
après une petite demi−heure, l’estomac du président
crie famine. Ce signe de bonne santé réjouit celui
dont l’appétit est plus qu’une légende. Mais pas
question de s’arrêter n’importe où en bord
d’autoroute. Le véhicule trouve un petit relais pour
routiers, dont la spécialité est « le pied de cochon de
Sainte Ménéhould »
Là, l’ancien président s’empiffre. Au−delà de toute
raison. Il avale le premier pied de cochon, poussé par
une première corona. Il prend un café en écoutant la
radio. On ne parle pas d’une évasion mais d’un
enlèvement. Il sourit. Personne ne peut imaginer qu’à
son age, il est eu envie de prendre la clé des champs.

Fuite à Varennes 31
Guerre contre les Majors

Il entend un groupe commenter bruyamment les


nouvelles en terrasse. Une voix qu’il connaît bien. Un
homme qui ne devrait pas être là. Un homme dont il
pourrait avoir confiance, mais dont la notoriété est
égale à la sienne. Une vedette de cinéma : l’acteur
Alain Delon, en compagnie d’une grosse légume de
la finance en train de se taper une veuve Clicquot
d’une bonne année. Incroyable mais vrai qu’au même
moment se croisent dans ce relais deux « célébrités ».
Heureusement, tout le monde n’a d’yeux que pour
l’acteur. A la table voisine, Arielle Dombasle et BHL
en sont au café croissants. Le président pense à une
journée particulière, sans penser à une nuit pourtant
prémonitoire.

L’appétit et la troisième (déjà) corona lui


fournissent un plaisir rare dont il a envie de jouir à la
carte.
Car il s’agit pour lui du Menu, le vrai. Après le
pied de cochon à la Sainte Ménehould, les rognons au
champagne et filet mignon de Porc à l'ancienne ou au
champagne, il veut goûter aux salades de gésiers, de
magret,et au chèvre chaud, à l’Oeuf−cocotte à la
bretonne, à l’Assiette de cochonnailles , la Terrine de
lapin maison , aux Rillettes de raie, sauce aïoli et aux
escargots. Et puis, pour passer aux choses sérieuses, à
l’Andouillette au muscadet, au Filet de haddock au
citron , à l’Entrecôte bordelaise et au Filet de boeuf
au poivre vert.
Tous les plats sont garnis de frites maison mais rien
ne rassasie l’appétit féroce d’un homme qui n’a pas
mangé depuis longtemps en homme libre.
A la dixième corona, le tenancier fait le lien entre

Fuite à Varennes 32
Guerre contre les Majors

cet homme grimé et un autre, plus célèbre, et que tout


le monde recherche. Il n’en revient pas. Lui, Jon
Batista Derupete (un anagramme pareil, çà ne
s’invente pas, çà se découvre ) va changer la face du
monde.
Ayant repéré le véhicule « présidentiel », il va en
saboter la batterie.
Il est maintenant 14 heures. Après quelques
profiteroles, l’ancien président est repu. Il manifeste
l’envie de dormir. Désir qui sera accordé de mauvaise
grâce quand on constatera le véhicule en panne.
Un autre véhicule arrive de Paris vers 19 heures,
appelé après qu’on ne soit parvenu à faire démarrer le
monospace discrètement. Un mécanicien de
confiance, venu avec celui détecte le problème en dix
minutes et une autre voiture, sur le parking, est
discrètement délesté de sa batterie.
Puis, tout le monde repart, la nouvelle voiture en tête,
pour « ouvrir la voie ».
JBD les suit, discrètement. Avec son portable, il
prévient la gendarmerie, et à Varennes, le convoi est
arrêté par un barrage. Le monospace du président fait
brutalement demi−tour mais JBD le stoppe en venant
le percuter volontairement.
Le retour vers Paris au matin du 21 juin fut
l’occasion d’un dernier plaisir pour le président.
Durant tout le trajet, en ce solstice d’été, il eut devant
sa berline six motards, et autant à l’arrière, comme
aux plus belles heures de son passé. Celle−ci fut bien
caillassée au champs de Mars, malgré sa marque
française, et l’ancien président entra dans un long,
très long hiver…

Fuite à Varennes 33
L’Appel du petit Kaporal

20 / 02 / 2006, 01:17
L’Appel du petit Kaporal

Avertissement avant lecture

Le texte ne brille pas trop et je présente des excuses à


ceux qui le jugeraient iconoclaste. Je respecte les
valeurs défendues par l'original mais celui−ci n'est
qu'une caricature grossière à seule fin de pamphlet
visant ceux qui détournent des références du passé à
leur usage en espérant faire rejaillir sur eux un peu de
la gloire de l’original. Si cette caricature est mauvaise
malgré tout mes efforts, c'est que primo je ne suis pas
très bon, et surtout que l'original se laisse très mal
déformer. (Une forme de protection intrinsèque en
quelque sorte)
Bonne lecture quand même.

7 juin 2011.

Le nouveau gouvernement vient de déclarer illégales


toute action d’un lobby industriel en direction d’un
élu. De plus, tout élu ayant favorisé volontairement
des politiques économiquement désastreuses pour
l’état au profit d’industriels sera personnellement
poursuivi.

L’Appel du petit Kaporal 34


Guerre contre les Majors

10 jours plus tard, sans qu’aucune enquête ne soit


encore amorcée, l’ancien parti de droite n’avait plus
un seul responsable politique sur le sol français,
hormis les quelques uns, déjà inquiétés pour d’autres
affaires de détournement d’argent, dans
l’impossibilité de s’absenter.

Un ancien chef du Parti, ancien ministre de


l’économie et de l’intérieur entre autres, associé et
immigré en Angleterre avec son frère industriel,
déclama le texte suivant lors d’une interview à la
BBC.

A TOUS LES FRANÇAIS…


"Les élus qui, depuis quelques années, sont à la tête
de l'état, ont formé un nouveau gouvernement.

Ce gouvernement, alléguant la défaite de notre


politique passée, a décidé
de doubler le RMI pour casser les marchés financiers.

Certes, nous avons été, nous sommes, ruinés par la


faiblesse économique et politique de l'union
européenne.

Infiniment plus que l'inflation, ce sont les parts de


marché, les actions, la politique des américains qui
nous ont coulés.

Ce sont les parts de marché, les actions, la politique


des américains qui ont surpris vos élus au point de

L’Appel du petit Kaporal 35


Guerre contre les Majors

vous amener là où vous en êtes aujourd'hui.

Mais le dernier mot est−il dit ? L'espérance doit−elle


disparaître ? Le déficit est−il définitif ?

Non !

Croyez−moi, moi qui vous parle en connaissance de


cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France.

Les mêmes moyens qui nous ont ruinés peuvent faire


revenir un jour la richesse.

Car je ne suis pas seul ! Je ne suis pas seul ! Je ne suis


pas seul ! J'ai un faste Empire derrière moi.

Je peux faire bloc avec la City britannique qui tient la


bourse et continue la lutte.
Je peux, comme l'Angleterre, utiliser sans limites
l'immense crédit des États−Unis.

Cette guerre économique ne doit pas être limitée au


territoire malheureux de notre pays.
Cette guerre n'est pas tranchée par la racaille de
France.
Cette guerre appartient à une économie mondiale.
Toutes les fautes, tous les retards, toutes les
souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers,
tous les moyens nécessaires pour écraser un jour le
RMI uniformément.

Foudroyés aujourd'hui par la farce politique, nous

L’Appel du petit Kaporal 36


Guerre contre les Majors

pourrons vaincre dans l'avenir par une force


économique supérieure.

Le destin du monde est là.

Moi, Président Directeur Général, actuellement à


Londres, j'invite les financiers et les libéraux français
qui se trouvent en territoire britannique, ou qui
viendraient à s'y trouver, avec leurs économies, ou
sans leurs économies,

j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des


industries d'équipement qui se trouvent en territoire
britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à
travailler avec moi.

Quoi qu'il arrive la flamme de la performance libérale


française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas.

Demain comme aujourd'hui, je recruterai à la radio de


Londres ».

Le soir même, dans toute le presse française, on


caricaturait « L’appel du petit Kaporal ». Mais
l’agitation sociale monta d’un cran.

L’Appel du petit Kaporal 37


La cache aux serveurs

20 / 02 / 2006, 19:29
La cache aux serveurs

5 mars 2015

« Une cache de serveurs Internet clandestins a été


découverte sur la zone industrielle de Plaisir
(yvelines), dans un entrepôt en sous−sol. Six soldats
américains ont été tués par une grenade lâchement
jetée dans un espace confiné par un terroriste qui s’est
enfui. Néanmoins, le matériel informatique est intact
».
« Une cache de serveurs Internet clandestins a été
découverte sur la zone industrielle de Plaisir
(yvelines), dans un entrepôt en sous−sol. Six soldats
américains ont été tués par une grenade lâchement
jetée dans un espace confiné par un terroriste qui s’est
enfui. Néanmoins, le matériel informatique est intact
».
L’image montre un sas noirci derrière lequel ont
trouve des ordinateurs aux façades clignotantes.
L’officier de communication élude les questions
concernant les circonstances et les investigations en
cours. Secret absolu. « Tout au plus affirme t−il d’un
air satisfait, je peux vous dire que grâce à cette
découverte, d’autres suivront et que les heures du
réseau internet clandestin sont comptées ».
A l’état major américain cependant, l’optimisme
n’est pas de mise. Une nouvelle vidéo, sur le réseau

La cache aux serveurs 38


Guerre contre les Majors

clandestin, donne une autre version des faits.

2 mars 2005 (Trois jours plus tôt)

L’homme a été trahi par son passé. Il figurait sur


des photos prises par les marines vingt ans plus tôt
lors de manœuvres communes en ex−yougoslavie.
Alors simple sergent de l’IFOR, il était responsable
du montage des quelques ordinateurs français en
réseau pour l’Etat Major de la DMNSE. Son dossier
civil indiquait un emploi de cariste dans cette société
de déménagement.
Un emploi peu compatible avec ses capacités et ses
diplômes.

Une section a donc pris d’assaut le bâtiment, sans


aucune résistance. A l’intérieur, ils ont trouvé une
trappe en bois donnant sur un escalier en béton. En
suivant cet escalier, ils ont trouvé une porte blindée.

Un petit peu de C4 au niveau de la serrure et ils


sont entrés, dispositifs infra rouge sur les yeux,
bouchons dans les oreilles, casque sur la tête, arme en
avant.

Un homme leur tournait le dos. Il tapait avec


frénésie au clavier de son micro. Ayant peur qu’il soit
en train de détruire des données confidentielles, le
caporal ouvrit le feu. La balle qui lui traversa
l’occipital ressortit en faisant sauter une grande partie
du frontal vers l’avant et projeta de la cervelle sur le
moniteur de 19 pouces plat, moniteur qui noircit dans

La cache aux serveurs 39


Guerre contre les Majors

la seconde, traversé lui aussi de la même balle.

Le reste de la tête retomba sur le clavier et le sang


s’écoula sur et entre les touches. L’homme était seul
et une alarme hurlait frénétiquement. Dix secondes
plus tard, alors que toute l’équipe était dans la pièce,
à la recherche du dispositif d’arrêt de l’alarme, une
explosion secouait la pièce et tuait tous ses occupants,
détruisant le matériel de cette pièce comme tous les
serveurs de la pièce voisine.

Durant trois jours, une équipe nettoya les lieux,


obtura la pièce voisine et monta quelques
micro−ordinateurs afin de les faire passer à la
télévision, et transformer ce fiasco en premier succès.

Peine perdue. Ce que les officiers de


renseignement purent voir, ce 5 mars 2015, en même
temps que le reste du monde, c’était la mort du
malheureux technicien, vue de face, puis l’intrusion
des soldats et la terrible explosion meurtrière. La
caméra a été détruite par la déflagration et le film
s’acheva brutalement. Puis une voix off expliqua «
cet homme était en train de vouloir sauver sa vie et
celle des autres. En cas d’intrusion non autorisée de
la première porte, une procédure d’auto destruction
est lancée. Si le technicien parvient à taper un code de
six chiffres, il y a trois minutes de délai
supplémentaire. Si la deuxième porte est forcée au
C4, tout explose. Si on veut l’ouvrir délicatement, il
faut plus que trois minutes. Si le technicien n’avait
pas été abattu sans sommation, il aurait pu tout

La cache aux serveurs 40


Guerre contre les Majors

expliquer et sauver tout le monde…

Et puis, un message de félicitation : « Grâce à votre


action d’éclat, vous avez réussi à détruire une grappe
de serveurs. Ces serveurs, en raid avec d’autres
grappes, avaient leurs données propres stockées sur
les autres grappes. Il a donc suffit d’activer une
nouvelle cache, une heure plus tard, pour pouvoir
reprendre le débit théorique maximal sur le réseau. A
cette vitesse là (Huit mois pour découvrir la cache), il
vous faudra quelques siècles avant de toutes les
découvrir ».

Le réseau clandestin fut baptisé l’ « hydre de Lerne


» et l’état−major engagea cinq cent informaticiens
indiens, à Bangalore, pour pouvoir étouffer d’un coup
l’ensemble du système. Ce qu’ils n’avaient pas
encore compris, c’est que de toute façon, il y avait un
taux potentiel de remplacement de 1 pour 500, et que
certaines grappes, prêtes à démarrer, étaient
configurées pour prendre le relais, avec une situation
avec 24 h d’écart , de la totalité du réseau, en moins
de 10 minutes.

Mais, l’état−major savait maintenant que l’Armée


Française avait réussi là où toute autre armée avait
échoué. Son effectif et ses matériels étaient
totalement intégrés dans la structure civile. Nombre
de citoyens devaient pouvoir s’armer et s’équiper en
quelques heures, voire quelques minutes. A part pour
des périodes d’entraînement, périodes suspendues

La cache aux serveurs 41


Guerre contre les Majors

depuis l’invasion, les militaires avaient un emploi


régulier au sein du secteur civil. Et le « pire », c’est
que le gouvernement fantôche croyait toujours qu’il
devait en recréer une et s’étonnait du manque
d’intérêt de leurs concitoyens pour les campagnes de
recrutement…

Bien sûr, hiérarchie militaire et gouvernement


parallèle devaient fonctionner de la même manière…
Les institutions renversées n’étaient qu’un simulacre,
remplacé par un nouveau qui en était un aussi. Leurs
« alliés » français, au «pouvoir » ne se vantaient pas
de servir à rien. L’ordre régnait en France grâce au
vrai pouvoir, bien dissimulé, mais omniprésent. A
peine les forces alliées seraient−elles reparties que les
instances aujourd’hui en place seraient déchues sans
coup férir.

Et dans les casernes alliées, c’était le souk. Si


l’annonce de six morts avait inquiété depuis 72
heures, le petit film avait sapé tout le travail de
remise à niveau de la discipline en trois minutes, sans
compter pour les soldats à tous les niveaux la perte de
confiance en leurs chefs suprêmes. Et les sorties
distraction reprenaient de plus belle. Si l’état−major
avait dit ce qu’il savait, il serait passé pour
paranoïaque. Il fallait provoquer les français pour
avoir, tant qu’il en était encore temps, un véritable
affrontement.

La cache aux serveurs 42


La Net Révolution

21 / 02 / 2006, 19:15
La Net Révolution

Ce 14 juillet 2011, à 13 h, les studios de télévision


de TF1 et de France 2 sont simultanément envahis par
une foule de manifestants en colère. Ils tiennent à
exprimer avec leurs mots à eux ce qu’ils ont à dire.
Ils le font déjà sur le net via les blogs et les fora (9
foyers sur 10 sont équipés de l’ADSL) mais les
chaînes de télévision continuent leur stupide
concurrence en faisant du fric, de la désinformation et
surtout, en exprimant des avis contraires aux
aspirations de la population. Et puis, il y a trop de
publicité et de programmes « prétextes » entre les
publicités, ce qui irrite les téléspectateurs.
Les présentateurs des chaînes de télévision ne sont
pas en plus représentatifs de la population. Il y a trop
de consanguinité entre les producteurs d’émission, les
présentateurs, les VIP d’hier et d’aujourd’hui. Enfin,
les jeux d’argent continuent même si les SMS ne les
financent plus. Les sommes ont baissé et elles sont
réglées par la publicité sur le plateau.

La garden party présidentielle est donc


interrompue, en diffusion comme sur place. La
situation est tendue mais il n’y a pas d’agressivité
contre le nouveau gouvernement, juste une exigence
de réforme de l’audio−visuel.

La Net Révolution 43
Guerre contre les Majors

Au pouvoir, la gauche a lassé entre 2007 et 2010.


En 2011, c’est un président de gauche avec un
gouvernement « centriste » qui est en place. En plus,
le « centre » est depuis peu un « extrême » puisque la
droite a quitté le pays.
Mais le gouvernement « centriste » est en fait un
gouvernement avec un premier ministre centriste et
une coalition de compétences. Ce gouvernement par
la suite sera appelé « Le Cercle des Scientocrates »

A partir du 15 juillet, alors que l’agitation gagne la


province, un homme dans ce gouvernement, le
Ministre de l’Education, va permettre le vrai passage
à la société de l’information. Il va mettre le Net au
centre de toute l’organisation de la société. Le
premier acte sera la suppression des chaînes
hertziennes et du satellite dans leur mode de
diffusion. Tout canal de communication devra être un
canal dédié au net. Ainsi, le net touchera tous les
foyers, que ce soit par les canaux de la TNT ou des
satellites.
Ensuite, les chaînes n’émettront plus en continu.
(décision non retenue pour les radios) .Elle mettront à
disposition des fichiers vidéos en téléchargement ou
en streaming . Ainsi, quelqu’un qui se connectera à
13 h 10 pourra voir le début du journal de 13 h sur
une chaîne, et ensuite pourra voir le journal de la
chaîne concurrente. La publicité sera autorisée sur un
dixième de l’écran en bas durant un dixième du temps
du document. Au publicitaire de s’adapter à ce
nouveau mode. Et il pourra choisir les « programmes
qu’il « subventionne » ainsi car les prix seront

La Net Révolution 44
Guerre contre les Majors

fonction du prix de revient du document audiovisuel


et de sa « cote ».
Ils auront un nombre de passage garanti, durant des
périodes d’attention du téléspectateurs, et le nombre
de « documents potentiellement visible est tellement
élevé que même des petits produits pourront se faire
de la publicité.

Enfin, les chaînes deviennent toutes publiques et


garderont leur nom, à part TF1 qui deviendra FR1…
Chaque chaîne aura la responsabilité de « types de
programme » afin d’éviter la concurrence (sauf pour
l’information où la pluralité doit être de mise) .

A ce titre, une fois acheté à une société de


production, un film ou un clip musical sera
téléchargeable sur le site des chaînes publiques à la
demande sans supplément. Les artistes seront donc
rétribués par les recettes publicitaires « accrochées »
au document audio−visuel ( Les publicités seront
vendues au nombre de visualisations. Ensuite le
bandeau sera refait. La publicité sera interdite sur les
produits d’information ). La redevance télévision sera
perçue mensuellement sur l’abonnement au F.A.I.
Elle sera divisée de moitié, sachant que les personnes
de plus de 60 ans ne paieront ni internet, ni la
redevance. Les sociétés de production qui désireront
vendre un produit aux chaînes publiques devront le
faire sans limitation dans le temps. C’est un peu un
produit qui tombera alors dans le domaine public.

Enfin, toute création française de plus de dix ans


diffusée trois fois au moins au total sur les chaînes

La Net Révolution 45
Guerre contre les Majors

publiques entre dans le berceau (« capital de départ »)


de la toute jeune Nettélévision Française.

Durant la mise au point du projet, les lobbyistes


envoyés par la société des Phonographes et du
Disque, et consorts, firent le siège de l’Assemblée,
envahirent les couloirs et crièrent au scandale. La
SPD rejoint alors dans l’heure qui suivit Edison dans
l’Histoire, avec en outre la SACEM et les taxes sur
les supports magnétiques.
La rétribution des artistes ferait l’objet de mesures
particulières par la suite, et une nouvelle répartition
des sommes réunies, plus universelle, serait
envisagée. Enfin, les droits d’auteurs ne seraient plus
transmissibles aux héritiers mais les œuvres
passeraient dans le domaine public.

Ces mesures furent annoncées et mises en


application immédiate le 4 août 2011 alors que les
Français étaient en vacances ainsi que les gros pontes
de l’industrie audio−visuelle. Reprenant un trait
d’esprit et de rage de l’un d’entre eux, cette journée
devint le jour de l’ « Abomination des Sacrilèges ».
N’empêche que tous les citoyens internautes ( 9
français sur 10) se sentirent libérés d’un joug
financier d’autant plus intolérable qu’il était
injustifié.

Ces premières mesures eurent de nombreuses


conséquences. Mais surtout, l’audio−visuel fut le
premier domaine à être intégré au Net. Le monde de
l’éducation, le monde du travail, le monde du social
et le monde de la politique allaient suivre, d’autant

La Net Révolution 46
Guerre contre les Majors

plus vite, que « la patrie était en danger ».

La Net Révolution 47
La Campagne de France

22 / 02 / 2006, 21:07
La Campagne de France

29 août 2014.

Les troupes américaines sont déployées dans toutes


les grandes villes françaises. Nulle part elles n’ont
rencontré de menace physique. Durant leur
progression, les seuls obstacles à la circulation ont été
des barricades et des monceaux de poubelles, fumier,
clous , huile de colza, épaves… A chaque fois, il a
tout fallu dégager avec les puissants bulldozers
blindés du génie en cas de piège explosif dissimulé.
Les routes bloquées dégagées durant le jour étaient
rebloquées le lendemain , perturbant la logistique et
imposant de fréquents contrôles de surveillance
d’axes routiers. Il y eut quand même quelques
arrestations mais le déversement de 10 tonnes de
pommes sur la route, même en plein virage n’a
jamais été jugé comme acte de guerre. Pourtant, le
petit véhicule blindé de reconnaissance à roues qui
les a bien percutées de nuit a terminé dans le fossé
avec les deux roues arrière en l’air tandis que les
militaires restaient coincés à l’intérieur. Cette photo,
attendue depuis longtemps, a fait le tour du monde.
Mais la même n’a pas été réussie avec des choux.
Bien dommage.

La Campagne de France 48
Guerre contre les Majors

Des photos de soldats américains en train de


détruire des panneaux hostiles à leur action ont aussi
compté dans la guerre psychologique sur le net. La
France est envahie. Elle est pacifiste.

Difficile de passer dans ces conditions là pour des


libérateurs ou des sauveteurs. La France ne souffre ni
de la famine, ni de l’oppression, ni de la pauvreté.

L’exécutif (président et gouvernement) a


démissionné dés la réception de la déclaration de
guerre, et l’Assemblée Nationale comme le Sénat a
suspendu toutes les séances . Les américains n’ont
aucun contact avec des responsables politiques qui
pourraient représenter un pouvoir légal en France. Il
est impossible de faire signer une quelconque
capitulation .

L’autre problème est d’importance. Les « alliés »


pensaient pouvoir utiliser le réseau internet en se
connectant sur France Télécom. Les liaisons
s’établissent correctement durant les tests mais dés
l’emploi de la cryptographie pour communiquer, plus
rien ne passe durant deux heures environ. Puis, des
messages codés correspondant aux mêmes clés
arrivent aux destinataires. Ces messages sont plutôt
moqueurs, et accompagnés du dernier tube de
Madonna, présenté comme incopiable. Les messages
originaux quand à eux sont déplombés et balancés sur
le net mondial . Ce réseau devient donc inutilisable,
car les Français en ont la maîtrise complète.

La Campagne de France 49
Guerre contre les Majors

En représailles, tous les tuyaux de fibres optiques


de Rennes furent sectionnés en plusieurs endroits.
Mais le net continua de fonctionner. En effet, le
réseau satellitaire, par courant porteur et même par
les tuyaux de distribution du gaz de ville, prend
localement le relais, et chaque parabole détruite est
déjà en double un peu plus loin.

Deux personnes ont été prises en train d’en monter


une, pour un propriétaire privé apparemment. Elles
étaient habilitées par un F.A.I. Il en existe deux mille
sept cent quatre vingt douze en France, pratiquant les
mêmes tarifs. Très difficile alors de faire la différence
entre un vrai et un faux, utilisé par le pouvoir français
dans la guerre des télécommunications.

Car celle−ci fait rage, même en dehors du réseau


internet. Les radio−communications sont
aléatoirement brouillées, et quand un canal est
décrypté, ce sont des faux messages qui arrivent. Sur
le net, on a même pu voir un capitaine américain en
train de communiquer avec sa hiérarchie devenir
livide en entendant sa propre voix diffusée en direct
sur les haut−parleurs de la mairie qu’il venait
d’atteindre, avec la traduction française à la suite.
Enfin, les GPS sont inutilisables pour cause de «
saturation ». Et les cartes sont contredites par les
panneaux récemment mis en place. Bref, les
américains doivent réapprendre à se servir de carte, et
de la boussole, car ils ont toujours l’impression de
tomber sur le loquedu du coin chaque fois qu’ils

La Campagne de France 50
Guerre contre les Majors

demandent leur chemin. Et chaque gag… se retrouve


encore une fois sur le net. D’ailleurs, il commence à y
avoir des débordements de violence de certains
groupes de combat au contact de la population car
trop de personnes éclatent carrément de rire sur leur
passage.

Le summum a été atteint quand une trentaine


d’enfants de 12−13 ans ont attaqué une patrouille
avec de l’eau, de la farine et des œufs pourris en
direct sur le net.
Deux se sont fait attraper et deux mille personnes se
sont massées devant le cantonnement local. Il a fallu
les relâcher. Et les quelques claques qu’ils ont reçu
ont coûté cher au commandant du camp et à celui qui
les a données.

Paradoxalement, les soldats dans le cantonnement


reçoivent des invitations à se connecter sur des sites
français, mais « formatés » pour eux. On leur propose
des rencontres avec des filles sympas du coin où ils
sont stationnés. On leur indique les cinémas et les
lieux de distraction . Et bien sûr, seuls ces portails
leur permettront de communiquer avec le reste du
Web par les « tuyaux français », c’est à dire leurs
famille et amis. On leur rappelle bien qu’ils ne
doivent pas divulguer d’informations militaires à
leurs «ennemis », donc d’être bien prudents quand ils
écriront. Et surtout, ils peuvent télécharger tous les
films et musiques récents de chez eux, exempts de
DRM, ce qui est impossible pour eux, sauf à passer
par les sites français (raison invoquée pour
l’invasion). Mais bien sûr, on leur fait comprendre «

La Campagne de France 51
Guerre contre les Majors

qu’on ne leur en veut pas, qu’ils obéissent aux ordres,


et qu’en civil, ils ne risqueront rien à se promener à
l’extérieur ».

Tout cela agace fortement le haut commandement


allié. Ils ne sont pas venus en France faire du
tourisme et passer pour des boy−scouts maladroits.

Alors, quand des renseignements convergents


semblent indiquer qu’un gros centre de contrôle est
situé en pleine ville, le haut commandement allié
décide de faire un exemple. La ville est évacuée puis
bombardée à 95 % le cinq septembre 2014.
Les ruines fumantes du Havre ne seront pas oubliées
lorsque l’heure des comptes viendra

La Campagne de France 52
Franck

23 / 02 / 2006, 19:33
FRANCK
A la demande de mes premiers lecteurs, enfin des
personnages

Réveil en musique pour Franck. Il ne se rappelait


pas du tout ce morceau. Mais il lui plait, comme il lui
a plût le jour où il l’a téléchargé puis installé dans son
juke−box réveil matin. Il sait qu’il a jusqu’à la fin du
morceau pour sortir des limbes. Ensuite, il devra se
lever et cocher la case « réveillé » sinon ce sera la «
terrible sirène ».
Douche en musique, petit déjeuner avec les infos
de FranceNet1 et retour devant son micro.
Que va −t−il faire aujourd’hui ?
Franck est célibataire. Il habite un appartement
social de 16 mètres carrés dont le loyer est retiré sur
son salaire. C’est un logement neuf, bâti en 2012,
selon les normes de confort minimal définies dans les
droits du citoyen français. Comme Franck en plus est
un travailleur social sous tutelle de niveau 4 (niveau
le plus élevé), son appartement était meublé et équipé
selon ces normes. Il a pu choisir parmi une trentaine
de styles et de couleurs différents ses meubles, sa
kitchenette intégrée et sa salle de bain.
Franck revient de loin. Il y a trois ans, il suivait
encore les cortèges de manifestants pour saccager les
magasins et récupérer quelques trucs qu’il revendait
une misère le jour même pour s’offrir de l’alcool et

Franck 53
Guerre contre les Majors

des cigarettes. Pas de drogue cependant. Et


heureusement pour lui.
En échec scolaire en septembre 2011, (et arrêté en
août), il a été parmi les premiers à qui on a proposé
un contrat « école nouvelle chance rénovée ».

L’Armée, les matons retraités, les flics qui ne


voulaient plus être sur le terrain, étaient les seuls à
encore croire en cette solution pour « réintégrer »
dans le système social la « racaille des banlieues ». A
cette époque aussi, le gouvernement reconstitué au
mois de mai précédent présentait un nouveau modèle
global de société autours du Net à la française. Et ce
programme anti−exclusion bénéficiait de nouveaux
crédits, véritable bol d’air et latitude de moyens pour
les « managers ». Franck se souvenait de son premier
entretien sur le net avec celui−ci. (il ne l’a jamais vu).
Quand il lui avait demandé « Que sait tu faire ? », il
avait répondu « rien ». Alors, son manager avait
simplement écrit « Tu seras donc polyvalent, mon
gars ».
Et depuis, chaque jour, il avait quatre heures de
travail manuel, deux heures de cours d’informatique
et de mathématiques, une heure de cours de «
Français et citoyenneté », une demi−heure d’infos
journalières obligatoires. Ensuite, il pouvait choisir
en option deux heures de travail en plus et une heure
de cours de spécialité. Ces options lui rapportaient
des crédits−euros en plus à la fin du mois. Plus de
crédits−euros, plus de distractions et l’assurance plus
tard de plus d’économies pour fonder un foyer.
Chaque centime « économisé » serait doublé ce jour
là.

Franck 54
Guerre contre les Majors

Aujourd’hui, le premier emploi du temps proposé


était « quatre heures d’installation de fibres optiques
» à 15 km de là, puis repas, puis cours à partir de 14 h
30 jusqu’à 18 h.
Il avait déjà appris durant ces deux ans à poser des
câbles électriques. Poser de la fibre optique était une
mission de confiance, il le savait. Surtout
qu’aujourd’hui, il fallait se dissimuler pour le faire.
Il accepta donc avec enthousiasme.
Il fit bien. L’option d’aujourd’hui était particulière,
inespérée même. Il allait travailler « pour son pays ».
Ce soir, c’était « Mac do à 19 heures » et boite de
nuit de 21 h à 2 h du matin. Et si il « levait » une
américaine, il avait l’hôtel payé, avec petit déjeuner
et la journée de demain payée « à se prélasser ». Si
l’américaine quittait l’hôtel après 7 heures du matin,
(elle serait donc en retard à l’appel du matin) il y
avait une petite prime, à condition qu’elle parte avec
une mine radieuse (pas le droit de la séquestrer de
force). Cette prime dépendait donc du responsable de
l’hôtel.
Il valida aussitôt le choix proposé par son manager.
Il était sept heures. Il attendit son plan de route pour
rejoindre son travail. Cette solution permettait de ne
pas avoir les transports en commun saturés le matin et
le soir. L’imprimante ne mit que cinq secondes à le
sortir au lieu de une minute habituellement. Franck
n’en crut pas ses yeux. C’était juste un code, un
modèle et une plaque d’immatriculation. Aujourd’hui
, c’était GPS et grand luxe. Il avait droit gratuitement
au « Modèle V », un rêve.
« Merci chef » prit−il le temps décrire avant de
filer à son véhicule. Il devait suivre le trajet imposé,

Franck 55
Guerre contre les Majors

mais il avait le droit d’être dans la voiture à l’avance


et d’en profiter un peu avant de démarrer. Et il verrait
les regards envieux des passants. Si tout le monde
pouvait espérer un jour en profiter, la probabilité était
assez rare et réservée aux bons éléments. Sinon une «
promenade » coûtait assez cher.

Ce « merci » alla droit au cœur de Bernard. Il sut


qu’il avait enfin réussi avec Franck.
Quand il avait choisi de s’occuper de Franck, il
avait été plus intéressé par le parcours très particulier
de sa vie, loin d’être un fleuve tranquille, que par sa «
côte ». En effet, Franck était classé dans les dix cas
les plus difficiles du mois, et la prime pour son suivi
et la réussite de sa socialisation était conséquente. Le
bonus, c’est que Franck n’avait jamais touché à la
drogue. Ce gamin n’était donc pas suicidaire et avait
un petit coté réfléchi, même inconscient. Il est vrai
aussi que, de par ce challenge, Franck était devenu un
de ses préférés à suivre. Cet enfant violent avait la
rage de réussir. Bernard avait du retoucher certains
cours dés qu’il avait commencé à adhérer à sa
formation pour accélérer ses progrès. Ensuite, dans le
choix des missions, qui auraient du être orientées
selon les goûts de l’individu, Bernard avait choisi
l’éclectisme alors que Franck aurait pu déjà être un
bon spécialiste. A terme, Bernard y perdait de sa
productivité, donc des crédits−euros, mais Franck
serait plus « complet ». Bernard avait insisté pour que
son poulain fasse un sport de combat assez exigeant
et Franck avait bien adhéré au taekwondo. Ainsi, une
fois sa violence canalisée, Franck avait pu s’investir
dans une formation plus ardue. Aujourd’hui, Franck

Franck 56
Guerre contre les Majors

aurait droit au meilleur, mais pas seulement pour ses


beaux yeux. Bernard s’était levé une heure plus tôt
pour choisir pour son poulain les meilleures missions
disponibles. Car il avait su hier qu’aujourd’hui il
pourrait attribuer à un de ses protégés un cadeau
exceptionnel. Franck, intelligent, sportif, pragmatique
mais cruellement sensible, aujourd’hui allait se tester
auprès des filles, gonflé à bloc, confiant en lui,
intéressé par sa mission, qui elle, était un élément de
la stratégie de défense du territoire.
Franck ferait merveille, il y croyait. Ce « merci »
valait pour l’instant tous les euros−crédits du monde.
Bernard alla prendre un café avant de préparer les
cours de l’après−midi pour ses cents protégés. Il ne
comptait pas ses heures et tous les euros−crédits
économisés étaient pour sa future retraite dans un
dom−tom. C’était son seul rêve, sa seule possibilité
de jouir de la vie. Voir de belles choses et se sentir au
chaud en plein air. Car lorsque Bernard quittait son
poste informatique pour passer à la cuisine, il ne se
levait pas de son fauteuil… roulant. Et il bénissait
chaque jour cette société de plein emploi qui ne
laissait personne sur le carreau grâce au télétravail
dés que c’était possible. Sortant très peu de chez lui,
il avait des aides pour payer son 4 pièces terrasse
plein sud au dernier étage à Bayonne. Alors que
Franck habitait Lyon..
Après sa mise à la retraite forcée (militaire) pour
cause d’accident, Bernard ne pensait pas qu’il aurait
pu à ce point être utile.
En faisant sortir Franck ce soir là, il ne savait pas
non plus que celui−ci allait jouer un rôle important
dans l’avenir à cause de cette soirée là.

Franck 57
Manifestation tragique

24 / 02 / 2006, 00:39
Manifestation tragique.

Avertissement avant lecture

J’ai longuement hésité à mettre en ligne ce texte.


Et puis, je le trouve tout de même indispensable pour
expliquer « jusqu’où peut aller la guerre contre les
majors ».
La date n’est pas innocente, comme la plupart de
celles que j’utilise.
Elle rappelle bien sûr un fait similaire. Néanmoins,
ce rappel n’est pas pour donner un avis sur ce qui
s’est passé alors, mais juste pour dire que certains
dérapages peuvent se produire, et que quelqu’un,
venu manifester même correctement son opinion,
prend un risque qui n’est pas anodin. J’espère
parvenir à rendre un hommage à tous les Gavroches
passés et futurs sans encourager de vocation. (A ce
moment là, il y avait appel des collégiens pour aller
manifester contre le CPE )
J’ai aussi choisi de ne pas trop coller à la réalité
du fait divers « inspirateur » afin de ne pas rentrer
dans la polémique du racisme, polémique inutile dans
un sujet sur le DADvSI. De plus, un individu a beau
appartenir à un groupe, le meilleur moyen de le
respecter est toujours de le considérer comme un
individu. En ces jours où la bêtise et l’horreur n’ont
épargné aucune communauté dans l’actualité, je tiens

Manifestation tragique 58
Guerre contre les Majors

à dire que la réduction d’une personne à sa couleur


politique, sa couleur de peau, sa religion, son
uniforme, son sexe ou même ses habitudes sexuelles
est une négation de cette personne car elle est fondue
dans une catégorie qui ne tient pas compte de son
unicité. En cas de drame, cette réduction peut
occulter l'hommage du à la personne elle−même et à
ses proches.
Le débat doit être différé par respect et pour qu'il
puisse se tenir posément et efficacement.
Même lorsque je critique un groupe politique, les
américains etc…, je critique des actes ou des
opinions que je juge contestables, mais je ne juge pas
des personnes. J’ai aussi choisi 2008 au lieu de 2006
car on connaît le nom des responsables politiques
d’aujourd’hui et non ceux de demain. Je ne peux pas
accuser des personnes réelles d’actes futurs plus ou
moins reluisants imaginaires, ni prétendre ou laisser
supposer qu’elles en seraient capables.
Néanmoins, si des personnes se sentent choquées
par ce texte, je leur demande de me le faire savoir.
Avec honnêteté de part et d’autre, il peut être
possible de retoucher sans en changer le sens voulu,
qui en aucun cas ne veut nuire à quelqu’un.

5 décembre 2008.

Tribunal de Versailles. Vingt sept internautes sont


inculpés de « copie illégale » de fichiers copyrightés.
Le plaignant, Home Vidéo a la part belle. A partir de
3 goct de données mises à disposition sur le net,
l’amende encourue est de 3750 euros. Ce texte,

Manifestation tragique 59
Guerre contre les Majors

initialement prévu pour des fichiers audio parle ainsi


de « diffusion massive », alors qu’il s’agit de même
pas un DVD.

Ce texte n’a pas évolué depuis 2006, date à


laquelle la majorité de droite l’a fait passer de force
face à l’opposition générale.

Depuis, les internautes en demandent la révision,


mais le gouvernement de gauche préfère s’occuper de
la lutte contre le déficit. Et, par erreur de calcul lui
aussi, assimile le piratage à un manque de rentrée
fiscale (TVA 22.6 ).

Les associations d’internautes se sont mobilisées et


cette fois ne se contentent pas de faire du
remue−méninges sur le Net. Le gouvernement n’en a
plus rien à faire de ses discussions stériles où des
petits merdeux se montent le bourrichon. Toutes les
manifestations en faveur de la licence globale
antérieures à 2007 étaient un prétexte à récupérer des
voix. D’ailleurs, la licence globale n’est pas une idée
uniquement de gauche. Et puis, certains n’en veulent
même pas de cette licence, qu’ils appellent « la
redevance bis ».

Ils sont prés de trente mille entre la gare de


Versailles −Rive Gauche et le tribunal. Et seulement
300 mobiles et 150 CRS. Les mobiles ont des
sections sur les grands axes, tandis que les CRS sont
assiégés et font rempart autours du tribunal. Les noms
d’oiseaux commencent à pleuvoir. Un peu différents

Manifestation tragique 60
Guerre contre les Majors

que d’habitude. « Suppôts des majors ! » ça les a


surpris. « DRMerdes ! » ils n’ont compris que la fin.
« P2PD », c’était homophobe, mais ça marche
toujours pour exciter la troupe. « Les mules du PAF »
ils ont bien compris de travers.. Et puis l’assortiment
de base auquel à droit tout service d’ordre confronté à
une foule en colère, bloquée 100 mètres avant le
tribunal alors qu’elle voulait se faire entendre dans la
salle d’audience.

Dans les rues adjacentes, des manifestants, non


internautes, mais bien décidés à en découdre, puis à
profiter ensuite du désordre pour piller quelques
boutiques, commencent à desceller les beaux pavés
décoratifs des allées piétonnes.

Informé du désordre, le juge décide de reporter la


séance. Les prévenus conduits à la sortie peuvent
constater leur popularité. Le chef d’escadron décide
de les évacuer afin que la foule se disperse. Il les fait
monter dans un fourgon… C’est la méprise et
l’explosion. Les premiers rangs sont poussés sur les
barrières retenues par les CRS. Il y a danger de mort
à les retenir plus longtemps, et il est inutile de les
matraquer : ils ne peuvent pas reculer. A l’arrière, les
CRS mettent les masques et tirent en catastrophe des
grenades lacrymogènes un peu partout sur la foule
pour la disperser, et surtout pour qu’elle cesse sa
pression en avant. Mais le premier rang de CRS, non
équipé de masque, lâche les barrières. Celles−ci
s’affaissent. Chute des premiers rangs des
manifestants, puis bousculades vers l’avant, autre
direction de fuite. Des dizaines de personnes ne

Manifestation tragique 61
Guerre contre les Majors

parviennent pas à se relever et sont piétinées.


Les CRS les plus exposés se replient en désordre
derrière les rangs de leurs camarades tandis qu’une
première salve de balles en caoutchouc mitraille les
manifestants. Les premiers pavés commencent à
tomber sur les casques et boucliers et une centaine de
jeunes cagoulés et casqués enfonce les rangs. Les
manifestants non agressifs essaient de trouver refuge
dans le tribunal, dont les portes n’ont pas été
verrouillées. Ils sont repoussés par des CRS aux yeux
rouges, ceux qui ont tout pris dans la gu…les
insultes, le gaz puis les pavés.
Un jeune homme s’appuie sur un mur dans le
hall. Trois mahousses costauds l’entourent. On ne
voit rien.

2 heures plus tard, le calme est revenu… dans la


rue. Devant les nombreux micros, un colonel de
gendarmerie explique qu’un jeune garçon de 22 ans
environ est mort, en plus des nombreux blessés (137
dont 42 graves).

L’enquête a déjà commencé. Rien ne permet


pour l’instant de dire que les traces de coups
retrouvées sur le corps soient dues aux fonctionnaires
de police qui l’ont entouré lors de son arrivée dans le
hall. Il aurait pu aussi se faire ces contusions graves
contre les barrières.

On recherche aussi des responsabilités parmi les


organisateurs de la sécurité du tribunal pour cette
journée qu’on aurait du savoir « à haut risque ».

Manifestation tragique 62
Guerre contre les Majors

Entre cette date et la fin de la présence des majors


en France, aucune autre plainte de téléchargement
illégal ne sera prise en compte devant un tribunal.

Manifestation tragique 63
Une défaite sans combat

24 / 02 / 2006, 14:36
Une défaite sans combat

Février 2016

La maîtrise française du Net et le pacifisme


apparent de la population ruine tout espoir de retrait
honorable des troupes américaines. Au bout de
bientôt deux ans d’occupation, le nombre de morts est
inférieur à ce qu’il aurait été si les soldats avaient été
chez eux, en Amérique, où le nombre de tués sur la
route, additionné aux meurtres en tout genre aurait
fait plus de victimes dans les rangs. Néanmoins, le
nombre de déserteurs est très important, surtout qu’on
n’en retrouve qu’un sur dix environ. Dans les
disparus, on compte aussi les taupes que les services
de renseignement ont voulu infiltrer chez l’adversaire
et qui ne donnent plus de nouvelles. Et impossible
d’ébruiter l’affaire, comme il va bientôt devenir
impossible de la cacher. Les familles sans nouvelles
s’inquiètent et accusent leur gouvernement de leur
«cacher des choses ».

En apparence, la France est un pays prospère où il


fait bon vivre. Pour un haut responsable de l’état
major, c’est un bourbier dans lequel on s’enfonce.

Le gouvernement fantoche en place paye


aujourd’hui pour les deux cent mille alliés qui

Une défaite sans combat 64


Guerre contre les Majors

occupent encore le pays. Il n’a pas réussi à lever une


armée ou à instaurer une autre police que celle qui est
en place, et qui fonctionne selon ses propres règles.

Le « copinage » a aussi atteint les limites de la


patience du pouvoir clandestin. Des hauts
fonctionnaires nouvellement nommés ne touchent pas
leurs salaires à leur banque. Des «erreurs » leur
assure t−on. On rectifie, et deux jours plus tard, le
compte s’est à nouveau volatilisé. Chaque somme
donnée en liquide se retrouve prélevée sur un compte
d’un autre haut fonctionnaire du gouvernement
fantoche. Et les effectifs en place commencent à être
«grignotés » ainsi petit à petit par ce harcèlement
bancaire informatisé.

Les « immigrés » quittent à nouveau le pays. Leurs


commerces ne fonctionnent pas car personne ne
répond à leurs propositions d’embauche. Ils quittent
le pays avec ce qu’ils avaient laissés en banque en
2011 et qu’ils n’ont pas dépensé à leur retour.
D’autres moins chanceux, ruinés et sans travail
s’inscrivent au « Soutien Social ». Ce service
n’existait pas à l’arrivée des troupes en 2014. Ce
n’est pas le gouvernement fantoche qui l’a mis en
place. Il est apparu il y a six mois, et les « immigrés »
ont reçu à leur domicile les conditions d’admission,
et les possibilités de revente de leurs biens
immobiliers, si ils veulent quitter le territoire.

Pour bénéficier du soutien social, il faut


« − aucun bien immobilier − aucun revenu −
aucunes économies − pas plus de 1000 crédits−euros

Une défaite sans combat 65


Guerre contre les Majors

de biens personnels »
Aucun revenu, c’est bien le cas pour tous ceux qui
n’ont pas intégré la fonction publique fantoche.

Les admis à ce soutien quittent leur région


d’origine et rejoignent des ghettos nouvellement
construits. Il n’y a aucune barrière et les conditions
de vie y sont correctes. Sur place, ils choisissent une
fonction qu’ils sont capables d’effectuer et touchent
une rétribution pour celle−ci. Le logement est au
prorata de la famille, et un loyer est prélevé sur le
compte. Aucune vexation ne semble être faite à ces «
vaincus »., si ce n’est qu’ils n’ont pas le droit aux
voitures, mais doivent emprunter les transports en
commun.

Le mandat des troupes alliées n’autorise


officiellement pas à se mêler des affaires
franco−françaises. Des militaires américains ont
inspecté ces bâtiments et interviewé leurs habitants.
La vraie peur de ceux−ci est de perdre ce que leurs
ennemis viennent de leur offrir. Néanmoins, aucune
trace d’humiliation ou de mauvais traitement n’est
visible. Une section patrouille régulièrement et la vie
semble normale dans ces camps de prisonniers où les
habitants se réfugient volontairement.

Dans une maison investie « de force », les


informaticiens ont pu constater que les personnes
bénéficiaient du Net, mais que leurs fora étaient eux

Une défaite sans combat 66


Guerre contre les Majors

aussi spécifiques à leur condition. L’étude des


programmes d’éducation pour les enfants ne donne
pas non plus d’éléments pour comprendre comment
fonctionne aujourd’hui la société française.

Le seul espoir de « progrès social » et d’intégration


proposé aux habitant est « votre situation
s’améliorera quand les américains seront partis »
Eux−mêmes commencent à souhaiter ce départ, pour
quitter la précarité. Néanmoins, ils craignent aussi
une répression.

Les américains compte profiter aussi de ce


regroupement géographique pour armer ces parias.
Ainsi, si le désordre naît de leur départ, cela pourra
justifier la volonté qu’ils ont eu à rester si longtemps.
D’un autre coté, ils peuvent organiser la pression
internationale contre eux pour être « contraints » au
départ « prématurément » et rejeter la faute des
troubles consécutifs sur les pays ayant souhaité leur
départ.

Le 6 mars 2016, le drapeau mexicain flotte sur FORT


ALAMO. La frontière a été enfoncée par 10.000
citoyens mexicains à bord de plus de deux mille
véhicules. Cette opération a été menée grâce à des «
amis » français pour faire réagir la communauté
internationale sur l’impérialisme américain.

Une défaite sans combat 67


Contre−Attaque

26 / 02 / 2006, 21:54
Contre−attaque

Janvier 2009

Un informaticien télécharge le dernier clip de


Madonna. Et sa bécane, équipée de Windows Vista se
réinitialise. 5 minutes plus tard, l’ordinateur ne
redémarre toujours pas, tandis que son modem
clignote comme un forcené. Alerté, il retire le câble
ADSL. Message d’erreur et Windows lui rend la
main.
Il rebranche le câble et la transmission reprend.
Windows est à nouveau bloqué. Il débranche à
nouveau. Puis il démarre son portable, lance son
sniffer et rebranche le câble ADSL. Le résultat : avec
l’analyse de trame, il constate que son ordi est en
train de scanner le disque dur et expédie la liste de
tous les fichiers ayant une extension multimédia à
une adresse IP précise.
Cette fois, il arrête son fixe. Et cherche à identifier
l’adresse IP.
Difficile. Il va se faire aider par ses camarades.
Après moult recherches, il a l’idée de se reconnecter
au site de téléchargement de son clip. Bingo,
l’adresse IP recherchée appartient au même D.N.S .
Un petit groupe va paramétrer une machine pour
intégrer le réseau avec un statut d’administrateur.

Contre−Attaque 68
Guerre contre les Majors

Les autres donnent l’alerte sur les fora. Le clip est


téléchargé sur un disque externe. Au redémarrage du
PC, ils le stoppent. Le disque externe est connecté sur
un micro pingouin. Le clip est disséqué. Le rootkit
identifié, et on parvient à détecter son login et son
password pour écrire sur le serveur récepteur, celui
qui va servir de preuve pour les majors afin
d’attaquer les internautes en justice.
Certains veulent hacker la bécane. Mais depuis les
lois iniques de 2006, seules les majors ont le droit de
pénétrer les disques durs qui ne leur appartiennent
pas, et juste pour «vérifier qu’elles n’ont pas été
spoliées ». Les autres risquent très gros. Les
politiciens obnubilés par les modifications concernant
le droit d’auteur n’ont pas touché à ce qui permet
encore de «tenir» les internautes, à savoir quelques
dispositions techniques qui avaient été discrètement
introduites et dont personne d’important ne s’est
battu pour en demander l’abrogation .
On décide de relâcher le rootkit, génétiquement
modifié. Sa signature lui assure le passage à travers
tous les pare−feu dans les deux sens. Les antivirus le
scannent et le laisse circuler. Au lieu qu’il reste
accroché sur son fichier son, il est couplé à un organe
reproducteur qui le colle dans les exécutables et les
messageries. Et au lieu de renvoyer des listes de
fichiers multimédia, il va renvoyer le contenu des
répertoires de Vista, avec extension mp3, à peu prés
100.000 entrées de répertoire. Multiplié par le
nombre d’internautes qu’il va infecter dans les douze
heures avant de se déclencher, il va polluer les
données déjà collectées et saturer le réseau de la
major espionne.

Contre−Attaque 69
Guerre contre les Majors

Le résultat fut au−delà de toute espérance. Mais le


grand public ne sut jamais pourquoi tous les services
internet mondiaux furent arrêtés durant deux
semaines.
Et malheureusement, aucun gouvernement n’osa
poursuivre la major au « rootkit ». Les frais et parfois
les terribles conséquences furent à la charge des
victimes.

En France, les fora spécialisés parvinrent à faire


comprendre aux militaires la cause de la propagation
express. Les antivirus ne devaient pas tolérer de
signatures du tout. Et on doit connaître les
programmes autorisés à franchir les pare−feu.
En Amérique, on sait aussi qu’il s’agissait d’un
coup d’origine française. Mais ils ne pouvaient rien
dire non plus. L’attaque « informatique » ne venant
pas d’eux, ils n’avaient pas protégé leurs serveurs. Et
ils ont perdu le coup d’avance qu’ils avaient en ayant
imposé les DRM et en en étant les créateurs. Leur
arme a été retournée contre eux avant qu’ils ne s’en
soient servis.
En France, la petite dizaine d’informaticiens
responsable de la riposte fut mise au secret par les
militaires. La prison ou l’engagement. S’engager,
c’était aussi être protégé d’une « demande »
américaine. Le haut gradé qui les reçut sut entre deux
sucettes les convaincre. Le choix fut donc vite fait,
surtout que le grade proposé n’était pas celui auquel
on débute habituellement. Il faut dire qu’ils étaient
devenus les vétérans de la première bataille
numérique globale.
Et ils ne le regrettèrent pas. Ils avaient accès à tous

Contre−Attaque 70
Guerre contre les Majors

les moyens pour identifier les sites ennemis, et


disposaient déjà d’une petite liste intéressante.
L’équipe en place les accueillit avec le sourire et
deux ans plus tard, ils étaient de hauts responsables
de la nettisation militaire.

Contre−Attaque 71
BRIAN

27 / 02 / 2006, 19:23
BRIAN

Mai 2015

Brian se réveille avec un troupeau de mammouths


dans le crâne et leur langue dans sa bouche. A priori,
il y avait trop de J.B dans son coca cette nuit. « Bon
sang (« fuck » mais je traduis Brian en live dans le
texte. Ca fera moins primaire niveau vocabulaire),
mais je ne suis pas dans mon lit. Et ce n’est ni une
chambre de nana, ni une chambre d’hôtel.
La peur. "Où suis−je ?". La porte est fermée, il est
prisonnier.
Il y a un petit lavabo dans un coin. Brian se lave le
visage, se rince la bouche. Pas de miroir, forcément.
Au pied du lit, ses chaussures, sans lacet. Au mur, pas
de fenêtre. Au plafond, une lampe inaccessible sous
un plastique épais encastrée dans le plafond. Contre
un mur, une petite table en pin et une chaise du même
métal.
"Maudits français". Puis, une pensée peu galante pour
la fille qui lui a offert quelques verres. Il a été drogué,
il en est sûr.
Le temps passe. Le silence est oppressant. Assis sur
son lit, Brian échaffaude 1000 scénarii. Il voudrait
rentrer chez lui. Cette « guerre balade » tout d’un

BRIAN 72
Guerre contre les Majors

coup vire au cauchemar. Pas de montre. Brian se lève


plusieurs fois pour boire de l’eau. Il commence à
avoir faim et… il n’y a pas de toilettes dans la pièce.
La porte s’ouvre alors qu’il comptait aller se soulager
dans le lavabo. « Good morning Mister Oneyed." Que
désirez vous pour votre breakfast ? Le ton est
sarcastique, mais le français n’a rien d’un
tortionnaire. Brian n’est plus, par contre, qu’un ado
attardé. Oubliée la formation mentale de soldat . «
Les toilettes s’il vous plait ? » demande t−il
implorant. « Suivez moi ».
Drôle de prison et drôle de gardien. On dirait un
hôpital dont les chambres seraient fermées à clé.
Brian apprécie de se soulager et c’est un peu
ragaillardi qu’il retourne en cellule.
Il y a un plateau sur la table et le gardien repart sans
rien dire d’autre. Brian s’assoie sur la chaise en
pourcekisuive , commence son repas et s’absorbe
dans cette occupation qui lui permet de se
reconstruire tout en passant du temps. Quand le
dernier craquement de pomme est passé, le silence
revient après un long soupir. Retour sur le lit.
Retour du gardien. Et à nouveau l’ordre « suivez moi
». Passage aux toilettes puis Brian est conduit dans
une petite pièce, avec vitre sans tain, table au milieu
et deux chaises. La peur revient. Le gardien se campe
dans un coin. Brian est assis face à la porte. On attend
quelqu’un.
Ce quelqu’un est bien sûr derrière le miroir. Il jauge
Brian. Soit il fait l’affaire, soit c’est la guerre et c’est
assez moche. Les ricains ne doivent pas savoir ce qui
se trame contre eux. Et les prisonniers doivent être «
utiles ».

BRIAN 73
Guerre contre les Majors

Le gamin semble résigné. Pas de rébellion, pas de


panique. Il est prêt pour le dialogue.
Il passe de l’autre coté.
« Bonjour Mr Oneyed. Avez−vous bien dormi ? »
− bonjour Monsieur, soldat Oneyed Brian, matricule
079847692748.
− Soldat Oneyed ? Vous faites donc partie de cette
armée d’occupation ?
− Oui Monsieur !
− Vous avez été capturé en civil. A ce titre, vous
n’avez pas tout à fait les mêmes droits. Nous pouvons
vous fusiller pour espionnage. »
Brian pâlit, s’effondre. En face, son interlocuteur voit
bien qu’il ignore tout de ses droits individuels en tant
que prisonnier. C’est ce qui peut lui sauver la vie.
« Néanmoins nous pouvons trouver un terrain
d’entente. Si vous êtes prêt à coopérer, vous pourrez
peut−être voir la fin de cette guerre . Je vous laisse y
réfléchir. Au revoir »
Brian est raccompagné à sa cellule. Il va y
mitonner deux jours, sous surveillance permanente,
avec un dictionnaire anglais français , une méthode
assimil anglais français et un livre pour enfants ayant
pour thème « Les aventures de Tom Sawyer » en
français.
Il lui a fallu un quart d’heure pour comprendre et se
mettre au travail.
A la rencontre suivante, Brian dit bonjour en français
et tente une formule de politesse. Il n’y a plus qu’à lui
expliquer ce qu’on attend de lui.
D’abord, il passe à table. L’interrogatoire est
informatisé. Il répond à un panel de questions sur
l’armée américaine, son rôle, ses origines sous forme

BRIAN 74
Guerre contre les Majors

courte. Puis question d’état civil. Evaluation de


français. Tests psychotechniques. A nouveau
questionnaire de renseignement, avec des questions
se recoupant avec le premier, maths, informatique,
sciences…8 heures par jour durant 6 jours puis retour
à la cellule.
Le rôle de Brian va être de saper le moral des familles
en Amérique, de dénoncer les abus courtelinesques
de l’armée américaine en occupation, de critiquer les
DRM sur les fora… Mais au début, il traduira du
français vers l’anglais pour les production
audio−visuelle françaises à destination des troupes
américaines (sous−titre ou doublage).
Il travaillera en binôme avec un français dont il
corrigera l’anglais, alors que lui lui enseignera les «
richesses » de la langue afin qu’il puisse les transcrire
en américain.
Bien sûr, il n’y aura pas de « direct » pour Brian. Si il
tente de communiquer avec l’extérieur, il ira apporter
à ses camarades la preuve que les français ne
plaisantent pas avec les déserteurs qui sombrent dans
la délinquance.
A aucun moment Brian n’aura l’impression
d’accomplir un travail forcé, tout à fait contraire aux
lois internationales en vigueur. Et Brian fera partie de
ces armes non létales qui mirent les américains à
genoux.

BRIAN 75
Chantage en chanson ou
ratage en rançon ?

27 / 02 / 2006, 19:32
Chantage en chanson ou ratage en rançon ?

Décembre 2008

Les majors américaines ont réussi à faire voter à


Bruxelles le principe du « paye à chaque fois ».
Ainsi, une œuvre filmatographique ou musicale,
située sur CD, DVD ou disque dur ne pourra être
visionnée ou écoutée qu’après paiement
complémentaire.

Depuis deux ans, les lecteurs multimédia ont des


prises éthernet afin de pouvoir être raccordés aux «
box » internet individuelles. Une fois connectés, ces
lecteurs se mettront à jour (bios) et débiteront, selon
consommation, un compte pré−approvisionné par
l’utilisateur. Même chose pour les micros reliés par
internet.

Toute la musique, en vente à partir du premier janvier


va fonctionner ainsi.

Trop, c’est trop. Suite à un mouvement d’internautes,


les consommateurs se retrouvent dans la rue, puis
décident de briser les « chaînes ». Cela commence
par les chaînes Hifi et les CD DVD en vente. Dans
Chantage en chanson ou ratage en ranç... 76
Guerre contre les Majors

chaque ville, des magasins de type FNAC ou


megastore sont vandalisés. Au lieu de briser les cd et
dvd, on y pulvérise de l’acide ou de la peinture, ce
qui rend le produit impropre à la vente. Les forces de
l’ordre sont débordées.

Sur le net, la réaction s’organise.


Primo, les fora parlent de désobéissance citoyenne.
Les DRM sont un danger. Il faut les éliminer à la
source, d’où saccage des lieux de vente.
Secundo, il s’agit de contourner vraiment ces DRM.
Et que tout le mode puisse le faire.

Il s’agit de proposer un linux pour débutant, car Vista


est trop plombé. Le truc qui permet de surfer,
d’utiliser sa messagerie, d’écouter des CD, de
visionner des DVD, sans être emm… par les DRM.
Actuellement, Linux ne peut pas lire les DVD et les
CD pressés depuis le 1 juillet 2007. On continuait
sous Windows à faire sa petite copie perso au nez et à
la barbe des majors qui recevaient les comptes rendus
de leurs flics numériques, mais ceux ci ne leur
servaient à rien, suite aux désordres de décembre
2008. Encore une fois, c’est le manque d’imagination
des majors (et la recherche du moindre coût )qui
fournira la solution. C’est dans la DRM que le lecteur
de DVD trouvait l’adresse du premier secteur de
musique ou de film non codé. Un petit programme de
recherche dichotomique, en partant du 2° morceau de
musique ou de film vers le début éventuel du premier
morceau permet un démarrage en lecture de 40
secondes environ.. Enfin, linux choisit au démarrage
une adresse mac sur 40.000 pour chacun des éléments

Chantage en chanson ou ratage en ranç... 77


Guerre contre les Majors

constitutifs de la configuration PC. Ainsi, celui ci


devient non identifiable par l’usage des variables
mémoires testées par les fliqueurs (fuckers en
anglais).

Le système pouvant tenir sur une clé USB de 256


mégas, le piratage sans risque revient à la portée de
tous.
Surtout qu’un petit pack d’extracteur de DRM pour
mp3 est disponible. Le fichier mp3 obtenu utilise le
code réservé à la musique classique, trompant ainsi
les bits−flics.
Entre les destructions et le boycott, les ventes de
musique et de DVD baissent de 70% ce mois là .30%
des enseignes saccagées font faillite dans les trois
mois. En représailles, les majors licencient la moitié
des vedettes françaises. On compte à partir de cette
date un nombre plus important de chanteurs
étrangers (belges, canadiens et africains) qui chantent
en français, que de français d’origine.

Michel Sardou chante « Ne mappelez plus jamais en


France, la France je l’ai laissée tomber… » au Japon,
Jean Jacques Annaud devient garde forestier
permanent du parc de Yellowstone, et Marc Lavoine
joue dans « J’aime les OGM, j’aime les DRM, mais
j’aime pas la bohème » , comédie de l’été en six
épisodes grâce à RDDV devenu producteur de navets
pour une grande firme internationale

Chantage en chanson ou ratage en ranç... 78


VERA

28 / 02 / 2006, 20:53
Véra

Le lieutenant Vera Sanders se prépare pour sa soirée.


Elle dispose d’un petit appartement réquisitionné en
ville, duquel elle doit « comprendre » la vie des
français. En effet, les américains ne comprennent pas
cette passivité face à l’envahisseur.
Ce job est agréable mais il n’est pas vraiment
couronné de succès. Les français vaquent à leurs
occupations mais ne parlent pas de politique, ni
d’argent.
« Tout va bien » semble être leur maître mot.
Elle a pu constater que tous les cafés ont leur espace
internet, mais qu’il est impossible d’être à deux pour
consulter un écran. En effet, leur gestion bancaire,
leurs achats de petits et gros matériels, tout cela passe
par internet et ils doivent pouvoir accéder à leur
courrier de façon confidentielle.
Il y a aussi peu de magasins avec du matériel a
vendre. Il est plutôt en exposition, et tout est vendu «
livré » après consultation sur internet avec le vendeur.
Et le vendeur−conseiller touche sa commission payée
par le site de mise en ligne.
Tout ce qui est encombrant est livré. En effet, et c’est
flagrant, les français n’ont pas de voiture individuelle.
Il faut prendre une location automatisée, avec tarif en
fonction du modèle de la voiture. Et c’est assez

VERA 79
Guerre contre les Majors

onéreux. En contrepartie, il y a beaucoup de


transports en commun et les livraisons, plus montage
et enlèvement de l’ancien donne du travail , permet le
recyclage et évite la pollution.
Il y a aussi un service bancaire d’état. Les salaires
sont versés de compte à compte (entreprise vers
salarié) ainsi que les achats (acheteurs − entreprise).
Les taux de crédits sont les mêmes partout (pas de
concurrence) et l’état rémunère les comptes en
fonction de la durée minimale d’économie. Les
conditions d’attribution de prêt sont équitables et
l’état n’a pas besoin de justice pour rentrer dans son
argent.
En nationalisant toutes les banques, l’état « jouent » à
l étranger avec l’argent des français et n’a plus de
dette à rembourser. Les impôts collectés ne servent
dont pas à payer des intérêts mais les travaux
réellement effectués. Et comme c’est du compte à
compte, l’argent sort d’un coté pour être disponible
de l’autre. Et que ferait l’entreprise de son crédit
papier hors de la banque d’état ? Alors que placé, son
argent rapporte un peu. En fait, son argent sert à
prêter à d’autres et c’est lui qui récupère les intérêts.
Car l’état ne peut faire comme bénéfice que la paye
des employés et l’entretien des immeubles (réduits au
nombre minimal grâce au télétravail.
L’armée ? Non vue. L’état ? Non vu. Il existe un site
mairie−préfecture pour les problèmes d’habitation et
d’état civil. Pas de site sur l’assemblée nationale
depuis 2011.
L’état ne possède plus aucune entreprise dans le
domaine de l’énergie, des télécommunications, de
l’eau … alors que la peur de celles−ci avait été d’être

VERA 80
Guerre contre les Majors

nationalisées. Mais ces industries n’ont pas le droit de


vendre leur production en France, hormis à l’état. Le
citoyen de droit bénéficie donc de tout, et l’état lui
facture directement en se servant sur son compte au
tarif national. Par contre, il paie le prix de gros
directement au « producteur ».
Encore une fois « compte à compte ». Mais
l’entreprise a le droit de vendre à l’extérieur et peut
demander des crédits très avantageux pour se
moderniser au lieu de lever des capitaux en bourse. A
condition d’avoir le siège social en France, 80% de
ces avoirs financiers en France et d’employer au total
50% de personnels français. EDF, GDF, Lyonnaise
des eaux font donc toujours des bénéfices… à
l’extérieur. Mais aussi AIR France International,
ATLANTIQUE FERRIES et MEDITERRANEE
VOYAGE. La SNCF comme les autres transporteurs
intérieurs touchent une enveloppe pour le marché
annuel et l’état s’occupe de la vente des billets sur
internet.
Par ce « compte à compte », l’état dispose de la
masse monétaire globale, pouvant créditer les gens en
fonction de leur travail et acheter à des entreprises
…tout en gardant l’argent. Il s’agit de jeux d’ «
écriture » que personne ne remet en cause puisque
chacun à la possibilité de retirer la totalité de son
argent, si il le désire. Mais qui voit les bilans ? Qui
prend les décisions ? Impossible à déterminer.
En tout cas, la confiance fonctionne. Depuis 3 ans et
pour encore deux ans, les marins pêcheurs sont
salariés et ne pêchent plus. Ils ont obligation de sortir
en mer éviter que des pêcheurs étrangers viennent
pêcher dans les eaux françaises. En effet, les petits

VERA 81
Guerre contre les Majors

poissons plus nombreux attirent les gros et les eaux


françaises sont devenues les plus poissonneuses
d’europe. Des pêcheurs britanniques, alliés des
américains ont, comme les espagnols, tenté leur
chance après l’invasion. Ils ont sombré, et on ne sait
pas ou mouillent les sous−marins français. Pas de
victime, car les pêcheurs français sont allés repêcher
les braconniers, mais la leçon a été bien retenue.
Vera est prête. Petit restau sympa, mais de standing,
loin de la troupe. La présence américaine hormis elle
est nulle ce soir et elle peut observer les clients
français. La moitié a des vêtements de standing, mais
manifestement une autre moitié ne devrait pas avoir
les moyens de s’offrir ce genre de prestation. Le
garçon lui glisse qu’ils ont des « chèques cadeaux
uniquement valables ici ». C’est à la fois une aide de
l’état et une récompense pour les classes laborieuses.
C’est moralement mieux que des aides directes
puisque les salaires et les revenus du patron sont
justifiés par du travail, et que les payeurs des aides
(l’état c’est nous) en profitent aussi.
Manifestement, c’est le cas aussi en boite de nuit. Là,
il y a beaucoup de compatriotes, mais Vera est venue
pour faire connaissance avec un français. (« joignons
l’utile à l’agréable»). Seule à sa table, Vera attire les
regards, tandis qu’elle sirote lentement son cocktail
sans alcool. Elle repère un beau mâle, un peu timide
mais qu’elle semble intéresser, adossé au bar, seul lui
aussi. Elle vide son verre d’un trait et le ramène au
bar, comptant l’aborder sous un prétexte fallacieux.
Mais il se jette à l’eau tout seul en premier «
Bonsoir ! Vous êtes américaine non ? » .Un silence. «
Glad to meet you, moi c’est Franck »

VERA 82
Nuit d'amour

01 / 03 / 2006, 00:34
Nuit d’amour

Franck et Véra sont dans la même


chambre. Manifestement, si nous devions émettre des
supputations sur ce qui est susceptible de se passer
entre deux adultes consentants, motivés et en parfaite
santé, ce qui suit n’aurait rien à voir avec les motifs
de cette guerre, bien que, nous devons tout de même
nous en assurer.

Franck en parfait gentleman propose le


mode protégé. Cela n’altère en rien les performances
quand les systèmes sont bien configurés. Ils ne vont
pas être d.c.u .Véra, avec un sourire, prouve alors un
début d’universalité de compatibilité de ports. Franck
va pouvoir le constater . Multi usages pour multi
standards la miss. Normal dans sa spécialité :
l’espionnage. A Franck de savoir composer une
bonne constitution initiale avec des prouesses
physiques. Très vite, l’interconnexion se diversifie, se
complexifie, s’organise, ou se toutazimute tour à tour
en série, en parallèle, en droit, en croisé, en
simultané, par lots ou en continu.

Sur la couche iso plane une prima Vera,


puis une Vera mante, une Vera−cible et qui Vera
vibrera verra nvidia. Elle est prête à partager son chic
associel avec son français au dico. (pour

Nuit d'amour 83
Guerre contre les Majors

anglophones) .Les circuits s’échauffent alors que l’air


vibre. Flux et reflux d’informations se mêlent dans un
ensemble plus ou moins désordonné. Le dual core fait
des merveilles même si les bus saturent.
En regardant dans la glace au mur, on
peut y voir un pingouin farceur croquer une pomme,
un rootkit s’entortiller sur lui même, un multi support
tenir sur la tranche , un pont suspendu, une passerelle,
une bonne impression, une hard copy, un
téléchargement sauvage, l’explosion d’une DRM, une
grande tour vrombissante de JackyPC, le tourniquet
infernal, un alunissage pas si sage, une enluminure,
des digits agités, des octets qui hoquètent, des sites et
des coms, des airs à zed, des rez déchaussés, des
shows chauds,des vis cachées, des vis patinées, une
distribution à cascade de pignons, des rivets et des
primitives, une AP libre, des crackz, et des étincelles.

Lorsqu’ils retombent enfin, l’un et l’autre


exténués, main dans la main, le capuchon, depuis
longtemps devenu anneau leur promet de nombreux
lendemains qui déjantent.

Nuit d'amour 84
L'homme de l'ombre

01 / 03 / 2006, 22:22
L’homme de l’ombre

Paris 2010.

L’espionnage des adresses mac des hommes


politiques ne fait l’objet d’aucun contrôle judiciaire.
Une faille dans le droit français. Le seul à en
connaître la réalité est le ministre de l’intérieur.
Officiellement, cette cellule n’existe pas. Elle est à
part des équipes classiques de veille sur le net.

Eux collectent des données sur des pseudos , des


adresses mac, des boites aux lettres pour les plus
virulents, pertinents ou dangereux pour la sûreté de
l’état. Ils aiment bien se servir sur les listes de
membre des foras… Ils piratent aussi les listes de
pétition et font des recoupements (pseudos, fora
usuels, évaluation activisme, tendance politique). Et
leurs travaux filent vers une autre section, dite d’état
civil…
La CNIL n’a bien sûr pas besoin d’être au courant.

Il y a, en concertation avec la gendarmerie, des


sous−sections spécialisées dans la pédophilie, le
terrorisme, le blanchiment d’argent, les trafics en tout
genre.

L'homme de l'ombre 85
Guerre contre les Majors

Mais la Cellule Politique, comme la Cellule «


Entreprises et industries sensibles » travaille à
l’envers. On a les noms des politiques et on veut
retrouver les autres éléments.
Ensuite, on sniffe les flux entrants et sortants.
Et pareil, on classe.
Par politique, il n’y a bien sûr pas les deux
millions de personnes impliquées électoralement qui
sont traités dans cette Cellule. Mais par contre, de
nombreuses vedettes, des journalistes entre autres
gens influents ou médiatiquement importants en font
partie.
Le Ministre de l’intérieur y place un de ses
meilleurs hommes de confiance … de l’ombre. Un
peu plus que la quarantaine, taille moyenne, un passé
de militaire (renseignements) exemplaire, un goût du
secret et surtout une passion pour les outils
informatiques et leurs fonctionnalités. Il sait croiser la
carpe et le lapin pour trouver le dénominateur
commun. A cela, il faut rajouter un sens de la droiture
qui lui permet d’assumer ses tâches parfois à la limite
de la légalité. « Mieux vaut que ce soit moi qui le
fasse et pas un salopard car moi, je sais pourquoi je le
fais ». Et une méchante habitude de porter très
souvent une sucette à la bouche depuis qu’il a arrêté
de fumer.

Petit tour des effectifs : 20 personnes . 1 chef, 1


adjoint, 3 équipes, changement toutes les 24 h. Un
ordinateur par personne et 3 serveurs
surdimensionnés.
Dans chaque équipe, un programmeur pour les
automates de recherche et la gestion des bases un

L'homme de l'ombre 86
Guerre contre les Majors

spécialiste réseau, un spécialiste Web un spécialiste


UNIX ,et un spécialiste people. Le chef d’équipe
quand à lui est spécialiste renseignement.

Après trois jours d’adaptation, l’homme à la


sucette constate que un député sur trois est
compromis par le lobby des majors. Menace de
plainte pour avoir piraté quelques DVD, visites «
cadeau » d’artistes à des soirées de prestige, et même
main baladeuse sur une choriste mineure.
Sans compter les invitations à des spectacles et des
avant−premières.

En plus, un important débat a lieu à l’assemblée


pour recoller les morceaux de 2008 et 2009.
Et les majors abreuvent leurs boites aux lettres de
directives « expliquées », d’éléments de langage à
avoir et bien sûr de consignes de vote.

Il en parle à son chef. Celui−ci avec un petit


sourire lui demande de faire en sorte de
court−circuiter le résultat escompté. Un petit geste
pour la culture ne lui déplairait pas.

Durant quatre jours, les députés reçoivent, soit


des menaces précises de dénoncer leur corruption si
ils sont présents pour le vote, soit des conseils
biaisés’ à l’inverse de la volonté réelle des lobbies.
Et le 22 décembre 2010, l’impensable : un serpent de
mer repointe le bout de son nez : La licence globale à
nouveau « souhaitée » par le vote tardif de
l’Assemblée alors que les majors y sont farouchement
opposées.

L'homme de l'ombre 87
Guerre contre les Majors

Ce qui permettra au ministre de l’intérieur d’être


le « Deus ex machina » pour les majors et un
gouvernement en difficulté un mois plus tard.
Seulement cette fois, en ce début 2011, l’agitation
sociale, sur le net est au plus haut. Et l’homme à la
sucette a compris le rôle qu’il pouvait jouer dans un
proche avenir.

L'homme de l'ombre 88
Le Site Assassiné (ELSA et
CHRISTIAN)

02 / 03 / 2006, 23:13
ELSA et CHISTIAN − LE SITE ASSASSINE

1 juin 2006

Elsa n’a que 20 ans. Et c’est un petit bout de


chou adorable. A croquer. Elle est musicienne
classique, sans emploi. Son instrument, c’est
l’accordéon. Un orchestre à lui tout seul. Mais un peu
trop associé au bal musette. C’est pour cela qu’elle
est un peu oubliée. Et pourtant, sa chambre porte les
stigmates de son talent. Les étagères sont pleines de
prix remportés depuis sa tendre enfance.
Elsa a une autre passion. (Malheureusement pas
moi). L’informatique, et le net en particulier. Elle s’y
était mise pour apprendre à mixer les films de famille
avec sa musique.
Cela fait depuis le 22 décembre qu’elle suit le
feuilleton des lois « DADvSI ». Et elle est outrée.
Outrée par l’outrecuidance des nantis dans le milieu
musical. Outrée par les auditions parfois
traumatisantes car elle doit subir parfois des
réflexions à la limite du harcèlement sexuel. Enfin, en
se promenant sur les sites, elle a appris le contenu
liberticide des à cotés de la « protection » des
artistes : Délimitation des territoires−marchés des
grandes majors, étouffement de tout nouveau venu
Le Site Assassiné (ELSA et CHRISTIAN) 89
Guerre contre les Majors

éventuel, main basse sur le net, presser le


consommateur au maximum… Elle a vu comment
des jeunes musiciens comme elle doivent galérer, à
cause des vieux en place, à cause de la crise qui
limite les subventions pour les spectacles populaires
(il faut bien que plus malheureux qu’elle mange
aussi), mais surtout parce que le système, gangrèné
par le copinage, ne laisse que peu de place pour les
autres (acceptés que si ils ont un très fort potentiel).
L’accordéon est donc un « parent pauvre » mais elle
s’en moque. Heureusement, ses parents gagnent bien
leur vie et sont très fiers d’elle. Elle poursuit donc
pour l’instant dans la voie musicale.

Et aujourd’hui, c’est un grand jour. Son petit


ami, Christian, avec quelques bons camarades de son
école, ouvre son site internet, avec forum, contre les
lois DADvSI encore en suspend.

Le site annonce d’ailleurs fortement la couleur :


www.podzobi.org
« La devise est : Ils veulent notre pognon. Ils n’auront
que des gnons »
Sur la page d’accueil, sa photo, comme animatrice
modératrice. Ses yeux verts feraient damner un saint
à eux deux. Mais son sourire, son petit nez retroussé,
sa mèche rouge dans ses cheveux d’ébène coupés
mi−court, ses petits sourcils rieurs, ses dents parfaites
n’encouragent guère à la modération. Christian n’était
pas trop d’accord pour cette photo, mais c’est vrai
qu’en avatar, elle donne bien et que n’importe quel
internaute sera motivé de lui répondre, et sera ravi
d’un de ses messages.

Le Site Assassiné (ELSA et CHRISTIAN) 90


Guerre contre les Majors

Il faut innover, et les fora existants sont


nombreux.
Christian et ses copains font « inviter »
quelques forumeurs, alors que dans le garage de
Claude ( le PC de podzobi.org est dans la pièce du
fond en sous−sol) règne une joyeuse effervescence.
Tout à l’heure, ce sera la fête. Après un peu de
bousculade à l’inscription, les premiers sujets de
lecture commencent à être commentés et les premiers
dialogues se nouent déjà avec la bande de copains en
admin.
Quelques réflexions plus ou moins déplacées fusent
sur la nana de la page d’accueil. Christian modère « à
la hache ». Elsa met les choses au point sur un topic
spécifique et rapidement, il n’y a plus de quiproquos,
d’autant plus qu’elle participe avec pertinence aux
débats.
Quelques pointures passent faire un tour et
se réserver le pseudo : Paflechien, Tifétondu,
Kidikoa, copyrail, Honnicroah, Ptroll…D’autres
viennent et promettent de mettre un lien sur d’autres
sites, leur blog…
Les pizzas arrivent et les admins laissent les
nouveaux membres s’amuser entre eux. Claude peste.
Un intrus commence à semer sa daube. Des liens
pourris. Il l’éjecte, après avoir récupéré son adresse
IP. La réaction ne se fait pas attendre. Cette fois,
l’attaque à lieu sur tous les sujets. Grossièretés,
propos moralement répréhensibles, incitations
diverses. Claude collecte le maximum de données
pour virer les responsables. La liste est assez longue.
Cela fait un petit moment qu’ils s’inscrivaient.

Le Site Assassiné (ELSA et CHRISTIAN) 91


Guerre contre les Majors

Claude est obligé de bloquer les inscriptions. Puis


quand les cafards envahissent les écrans des
internautes, de tout couper pour nettoyer.
C’est rageant. Il faudra une heure pour tout
vérifier, et encore. Des liens au nom anodins
renvoient sur des pages monstrueusement choquantes
et barbares.
Mais il y a eu jusqu’à 200 connexions en
simultané. Pour un premier essai, c’est une belle
consolation. Néanmoins, Claude décide de laisser le
maximum à 50 seulement, pour pouvoir éviter une
nouvelle attaque. Il est tard. On envoie un message à
tous les membres inscrits pour présenter des excuses,
et on bloque un certain proxy. Claude a une liste. «
Mon oncle travaille pour la préfecture de police, sur
le net contre les trafics de contrefaçon.
Il pourra peut−être retrouver ces salopards. »
En partant de chez Claude au bras de
Christian, Elsa aperçoit ce père si cool avec son fils
pour lui offrir tout ce matériel, discutant avec son
oncle, un personnage à l’air peu commode avec ses
cheveux courts et une sucette à la bouche. Elle envoie
un grand signe de la main en guise de « Au revoir » et
monte dans la 205.
Claude et son père périrent dans l’incendie de leur
maison cette nuit là.

Le Site Assassiné (ELSA et CHRISTIAN) 92


Fusions chaudes

06 / 03 / 2006, 20:13
FUSIONS CHAUDES

Avril 2009.

Les lois anti−trusts sont abrogées par le sénat


américain. Les plus grosses firmes mondiales
fusionnent en deux camps en l’espace de trois mois
dans tous les secteurs ( les industries gravitant
autours du pétrole, de l’énergie, de la sidérurgie, de
l’exploitation minière, de la chimie fusionnent avec
les banques, assurances, fabricants d’automobiles,
l’immobilier, le tourisme et bien sur l’informatique,
le cinéma, la télévision, la radio, internet, la
musique…)

La course à la conglomération de ces deux géants


déstabilise les bourses mondiales et inquiète les
gouvernements.

En effet, les petites entreprises sont absorbées puis


fermées ou intégrées. Les taux de chômage, du cadre
à l’ouvrier, explosent dans le monde entier. Des
marques disparaissent brutalement . Les
délocalisations sont amplifiées. L’inflation est
relancée car les groupes empruntent massivement
pour réaliser les acquisitions.

Fusions chaudes 93
Guerre contre les Majors

Dans le même temps, les médias minimisent les


conséquences par la censure et le mensonge. Les
hommes politiques cèdent à la corruption ou à
d’autres pressions des lobbyistes et les citoyens du
monde sont plus préoccupés par la survie immédiate,
la peur du lendemain, l’insécurité ou le prochain
match de foot (selon cas personnel).

Des deux boules de neige qui ont lancé le


mouvement, l’une se met à attirer plus fort que
l’autre, et très vite l’écart se creuse. Encore trois mois
et la World Company inventée vingt ans plus tôt est
devenue réalité. Elle brasse la quasi−totalité de
l’argent de la planète. La concurrence n’existe plus
qu’entre petits revendeurs, qui achètent chez le même
grossiste, au même prix sur internet, même quand il
s’agit de produits frais. Les paysans produisent au
prix imposé. Seules les marques du « bon camp »
subsistent. Coca−Cola se frotte les mains.

La seule concurrence entre entités est la compétitivité


de la production. Si un directeur ne veut pas être viré,
si les employés ne veulent pas de délocalisation, il
faut produire et accepter des baisses de salaire.

La peur du chômage, le fatalisme, l’apathie et la


faiblesse des hommes politiques corrompus permet la
prise en main du pouvoir par les 50 grands PDG,
responsables chacun d’un secteur d’activité.

La seule opposition qui commence à prendre forme,

Fusions chaudes 94
Guerre contre les Majors

de part le monde, est celle des chômeurs. Les grandes


entreprises veulent bien diriger le monde, elles
laissent aux politiques la gestion de la fonction
publique et celle des impôts, qui permettent le train
de vie de l’état, à condition que la totalité de l’impôt
soit prélevée sur les individus et non les entreprises.
Ensuite, l’état achète aux entreprises, au prix fixé, ses
produits. Certaines « ristournes » seront fonction de
la docilité des lois pour motiver les masses à produire
et à enrichir la caste des entrepreneurs.

La France, comme le reste du monde, a subi ce


tsunami économique. Mais elle est un pays avec
beaucoup plus de fonctionnaires que ses voisins, et
avec un passé politique considérable.
Enfin, le goût du bon vin, du fromage et de bien
d’autres spécialités culinaires n’est pas compatible
avec la culture hamburger. Un rejet de la World
Company se développe progressivement.

En avril 2011, le pays est au bord de l’émeute. Les 25


% de chômeurs sont rejoints dans la rue par les 70 %
de smicards. En effet, après le smic jeune inférieur au
smic normal jusqu’à 30 ans (formation permanente)
et le smic vieux institué en complément de retraite
pour une cessation progressive d’activité jusqu’à 70
ans lui aussi inférieur au smic normal, le
gouvernement a l’intention de supprimer le smic
(coût des fonctionnaires trop élevé) et de rendre
concurrentiel entres employés le salaire avec une
solution de « moins disant » pour occuper un poste

Fusions chaudes 95
Guerre contre les Majors

précis.

Dans la rue, les CRS et les gendarmes mobiles


refusent d’effectuer le maintien de l’ordre, même
avec les primes promises. L’Armée n’occupe que les
points sensibles vitaux. Elle n’est plus assez
conséquente pour pouvoir autre chose. Les magasins
qui n’appartiennent qu’à la World Company sont
pillés. Dans les usines, seuls les bureaux de patron
sont saccagés. La population ne s’en prend pas à «
l’outil de travail ». Rétrospectivement, on s’apercevra
que le mouvement de révolte a été « encadré ».

Les émeutes ne se passent pas que dans la rue. Les


internautes les plus actifs politiquement et
socialement se passent le mot pour provoquer des
dénis de service sur tous les sites. Les serveurs
commerciaux privés « tombent » , abattus par de
pernicieuses commandes ou « croulent » sous les
assauts de robots générateurs de requêtes.

Ce soir du 10 mai 2011, l’Elysée, Matignon


,l’Assemblée Nationale, le Sénat et 25418 mairies ou
préfectures sont assiégés par une foule vociférante,
mais non destructrice. Elle réclame la démission de
tous les politiques.

La France sera aussi le seul pays à réagir ainsi


jusqu’en 2017. Mais là est une autre histoire.

Fusions chaudes 96
14 juillet en berne

07 / 03 / 2006, 20:01
14 Juillet en berne

14 juillet 2014. En ce jour de Fête Nationale, la «


présence américaine » (pour ne pas parler
d’occupation) dérange fortement. Elsa sait
qu’aujourd’hui, elle a un rôle important à jouer pour
ses compatriotes.
Ce matin, après un petit déjeuner coquin avec
Christian, elle s’est connectée avec son manager pour
voir son emploi du temps de la journée. Bien sûr, elle
et son accordéon sont « de service » toute la journée.
Elle pourra ensuite se reposer deux jours si elle le
désire. Et ses heures d’aujourd’hui seront payées
double en crédit−euros.
Elle sourit. Le restaurant où elle va jouer ce midi a
une bonne carte. Elle mangera léger à 11 h et plus
conséquent à 15 h avec le reste de l’orchestre et
l’équipe du restau.
Petite sieste. Infos. Et à partir de 18 h, kiosque à
musique.
19h 30. Repas. 2 ° restaurant. Le bat blesse cette
fois. Elle va jouer dans un palace fréquenté par les
américains. Son visage charmant se fend d’une
grimace sacrilège explicite. Mais elle est passionnée,
et son engagement dans la net−république est total.
Donc, si il faut distraire ces balourds envahissants (il
ne faut pas parler d’envahisseurs, même si le jeu en
leur présence est de garder les petits doigts raides),

14 juillet en berne 97
Guerre contre les Majors

elle le fera.
A deux heures du matin, elle devra animer une
fanfare mobile dans les rues de la capitale. Avec la
nuit du 13 qui a déjà été animée, elle aura bien besoin
des deux jours suivants pour retrouver le teint de ses
vingt ans.
Son enfant sera gardée par la voisine, nourrice
agréée de quartier, à partir de 10 h 30. Ce n’est pas la
première fois, et autant que faire ce peu, les managers
respectent le besoin d’habitude chez les enfants pour
qu’ils ne soient pas déstabilisés. Ils ne peuvent avoir
que 3 nourrices au maximum pour les suivre.
Il lui reste une heure pour se préparer, mais elle
décide d’aller passer une petite demi−heure de
bonheur avec la petite, avant de commencer cette
deuxième longue journée.
Christian a la mine un peu sombre. Lui aussi doit
avoir un travail déplaisant aujourd’hui.
« Service d’ordre ». Il doit patrouiller à deux ou trois
selon les heures pour repérer un éventuel « écorché
vif » qui voudrait rappeler aux américains qu’ils ne
sont pas chez eux. Il a quand même quelques tickets
consommation pour se rafraîchir et « surveiller » de
la terrasse d’un café après une petite marche. Les
managers pensent à tout.
Il n’y aura pas de défilé militaire cette année sur
les Champs Elysées. A la place, il y aura l’arrivée du
tour de France. Il n’y aura pas non plus de maillot
jaune américain. Le dernier américain en course a
raté un virage dans une descente dans les alpes. Ces
freins ont cédé brusquement (un sabotage
évidemment) . Si le vélo a heurté
perpendiculairement la barrière de sécurité, le cycliste

14 juillet en berne 98
Guerre contre les Majors

lui a fait un salto avant parfait dans le vide. La cime


d’un providentiel sapin l’a réceptionné et les branches
ont guidé sa chute en la ralentissant et en lui évitant
de graves blessures. On recherche toujours celui qui a
littéralement fait sauter les patins de frein avec une
petite charge de plastique et un détonateur
électronique situés à l’intérieur.
Il a suffit d’un signal radio pour exploser les 4
patins au bon endroit. Cet attentat, le seul répertorié
contre les non−invités, fait couler beaucoup d’encre
outre−atlantique. En tout cas, pas de successeur à un
certain prédécesseur (déjà objet de certaines
polémiques en son temps) cette année. Le maillot
jaune sauf surprise devrait revenir à un italien, et le
maillot à pois restera français. Et le boudin, même
pas pour les belges !
Il fait beau dans la capitale. Le peu de véhicules et
la brise permettent de larges bouffées d’air pur
revigorantes. Mais, si on entend de la musique ici et
là, l’ambiance est à la torpeur malgré qu’on soit en
fin d’après−midi. C’est un espagnol qui a gagné
l’étape mais on sent que les cyclistes français n’ont
pas appuyé sur la pédale. Peut−être pour ne pas trop
se réjouir de façon patriote, ce qui pourrait entraîner
des débordements. En effet, depuis la World
Company, il n’y a plus de marques pour payer les
cyclistes. Ce sont donc les régions d’origine des
coureurs qui les sponsorisent, et ce sont des équipes
nationales ou régionales européennes (par exemple
l’équipe serbo−croate) qui courent, si ce n’est
l’exception américaine, en tant que membre de
l’OTAN.
Elsa est ravissante dans sa robe de soirée.

14 juillet en berne 99
Guerre contre les Majors

Plusieurs dragueurs lui ont d’ailleurs proposé de


l’aider à porter sa valise. Mais elle ne confierait son
accordéon à personne. Son sourire enjoliveur et
désarmant la libère de ces empressés sans que pour
autant ils soient déçus de leur rencontre. Arrivée au
restaurant, elle mange un morceau avec le reste de
l’équipe. Les plaisanteries vont bon train. Elle en
connaît déjà deux ou trois et le courant passe bien
avec les autres. Un compositeur leur propose à
chacun une partition, pour faire découvrir à ses pairs
sa dernière création.
Il espère ainsi qu’ils l’apprendront, et que la
prochaine fois peut−être ils pourront la jouer
ensemble. Elsa y jette un coup d’œil et une cascade
de notes l’emplit de joie. Le morceau est beau, bien
qu’un brin nostalgique. Cette fêlure dans le cristal
illustre ce jour de fête imparfait. Elle est prise d’un
mauvais pressentiment qui la fait frissonner. Son
voisin se fige un peu et elle lui adresse un sourire
rassurant. Le monde redémarre.

La soirée se passe bien. C’est le moment du solo


d’Elsa. Elle décide de changer son morceau. Puisque
il y a des américains en surnombre, elle va leur
montrer qu’elle connaît leur culture.

Elle joue un petit air de country qu’il lui avait plût


l’année dernière quand elle l’avait téléchargé sur un
site américain. Elle l’avait ensuite joué « à sa sauce »
et ce soir, elle a envie de le jouer avec une intime
conviction. Un bruissement de joie parcourt
l’assistance dés les premières notes. Les français ne
bronchent pas. L’ambiance monte de deux crans

14 juillet en berne 100


Guerre contre les Majors

tandis que l’accordéon déverse son flot intarissable


d’ondes positives. Il fait vibrer les verres, les murs,
les cœurs. Les serveurs ont arrêté leur noria et tous
les regards convergent vers cet ange brun qui les
charme. A la dernière note, le silence se fait. Une
seconde, deux secondes, puis un premier
applaudissement timide, enfin une vrai salve de
reconnaissance humaine, chaude, bruyante, où se
mêlent les mains, les voix, les tintements du fer
contre les verres, toute la panoplie de la joie. Elsa se
retire timidement, après une révérence à son public
enthousiaste et laisse la place au guitariste. Ce n’est
pas son premier solo, mais elle est toujours un peu
émue après.

Alors qu’elle se refait une beauté aux toilettes, une


femme vient la chercher. Un homme l’attend dans le
coté droit de la salle. Un admirateur sans doute,.
Quand elle le repère et s’approche de lui, elle
constate son visage assez fermé et ses vêtements
sombres.
« Mademoiselle, votre morceau n’était pas prévu
au répertoire. Vous avez joué un morceau américain
sans autorisation. Veuillez me suivre sans faire
d’histoire » dit−il avec un fort accent étranger.
Deux individus qu’elle n’avait pas vu venir
l’encadrent par l’arrière. Un troisième prend son
accordéon. Elle est poussée vers la sortie.

Seul à une table, un homme, un bâton en plastique


dans la bouche, la voit sortir ainsi accompagnée et
marmonne quelque chose dans le creux de sa paume.

14 juillet en berne 101


Expulsion

08 / 03 / 2006, 21:24
Expulsion

15 juillet 2002

6 h du matin. Les lueurs de l’aube n’ont pas


encore l’intensité des gyrophares. Un bâtiment est
assiégé par les forces de l’ordre, qui ont aussi investi
l’intérieur.
On entend des cris de femme, des voix d’homme,
des pleurs d’enfant. Par l’entrée commencent à sortir,
la tête basse, de pauvres gens, mal vêtus et agrippant
fermement quelque objet contre eux, un grand sac à
moitié vide, un nounours ou une poupée pour les
enfants, une valise usée , un baluchon…
On les fait embarquer dans des fourgons. A sept
heures du matin, il ne reste que deux policiers
surveillant un maçon qui mure la porte .

A quelques rues de là, Véra s’éveille. Une longue


journée l’attend. Elle travaille à la mairie à l’état
civil. Son travail l’intéresse peu dans ce morne
département du 93. Elle doit bientôt être mutée à
Lyon, sur sa demande. Elle y sera plus prêt des
montagnes et de la mer…

L’enfant a faim. Il est plongé dans le noir depuis


plusieurs heures, et sa mère ne vient pas le chercher.
Il décide de sortir de sa cachette, dans un recoin du

Expulsion 102
Guerre contre les Majors

placard. Toutes les pièces sont plongées dans une


semi−obscurité blafarde car les volets sont fermés.
Malgré tout, il est possible de se diriger. L’enfant
trouve un peu de pain dans la cuisine dévastée et
quelques biscuits. L’eau est coupée. Il trouve aussi du
lait et quelques fruits.
Dans sa chambre, il retrouve quelques petites
voitures éparpillées et il décide de jouer, en attendant
que les autres reviennent. La lumière ne marche plus
depuis longtemps. Mais il sait où sont les bougies.

Véra écoutait les informations. Manifestement, le


gouvernement a décidé de reconduire à la frontière
toutes les personnes en situation irrégulière. Il s’agit
aujourd’hui de familles complètes, pas seulement
d’adultes venus chercher du travail en France et qui
expédient l’argent à leur famille restée au pays. Les
femmes souvent ont eu un enfant en France. Elles
pensaient pouvoir rester grâce à ça. Mais, inflexibles,
les autorités sont prêtes à confier les enfants nés en
France aux services sociaux et à expulser les parents.
Ceux−ci préfèrent alors repartir avec leur enfant et
tenter de revenir plus tard.
A la mairie, Véra en voit chaque jour de ces
familles qui demandent à être naturalisées. Mais les
dossiers stagnent sur des bureaux surchargés, avant
d’être tamponnés « NON » quand la date commence
à être dépassée.
Elle sait que dans la situation actuelle, la France ne
peut plus jouer son rôle de terre d’accueil. Et elle sait
aussi la cruelle misère de beaucoup dans son quartier.
Beaucoup de sans−papiers sont fatalistes, même si ils
se forcent à faire croire en un espoir. Pour eux,

Expulsion 103
Guerre contre les Majors

chaque jour passé en France est un jour de gagné. La


situation est bloquée dans leur pays.
La sirène des pompiers l’affole un instant. Elle peut
voir les flammes entourer un squat, pas loin.

Dés les premières fumées, un voisin a donné


l’alerte. Après moult vérifications et ayant obtenu
l’escorte d’une patrouille de police, un véhicule de
pompiers est intervenu. Le brigadier ayant trouvé la
porte murée a brisé les volets sur une fenêtre latérale
au plus loin des flammes et est entré. Le feu avait pris
dans une chambre d’enfant. Etonnant, puisque le
squat était désert. Mais une enquête serait menée
ultérieurement. Le véhicule étant insuffisant, les
pompiers rejoignirent leur véhicule pour demander du
renfort. L’enfant en profita pour sortir du bâtiment
sans être vu. Il ne voulait pas être battu pour sa
maladresse.

Le film terminé, Véra va se coucher. Un dernier


coup d’œil par la fenêtre et elle commence à
descendre le volet roulant. Elle voit la petite
silhouette sur le trottoir, manifestement égarée. Un
enfant. Elle en est sûre, il a l’air vraiment trop jeune
pour pouvoir être seul sans danger. Elle termine de
baisser le rideau, y réfléchit à deux fois, et … décide
d’intervenir.

Le temps de descendre, l’enfant a disparu. Elle


court au premier carrefour. Il est là, dix mètres plus
loin. Elle s’en rapproche. Il se colle contre le mur.

Expulsion 104
Guerre contre les Majors

Elle lui parle alors doucement, pour savoir son nom,


où il habite… L’enfant éclate en sanglots. Elle le
serre contre elle, pour le réconforter et doucement le
ramène chez elle.

Elle l’assied dans le canapé. L’enfant est sale, en


pyjama. Mais il n’a pas l’air d’avoir subi des mauvais
traitements. Son premier réflexe est de vouloir
appeler les services sociaux.
Néanmoins, avant, elle veut en savoir plus.
L’enfant parle très mal le français. Il a peur, il a faim.
Malgrés tout, elle parvient à reconstituer les
douze dernières heures de l’enfant. Après le reportage
vu à la télévision, elle sait ce qu’il risque : la DDAS
ou la misère.
Cet enfant ne semble pas faire l’objet de
recherches pour l’instant. Elle va laisser passer
quelques jours. Si personne ne le cherche, elle va lui
construire une identité avec les moyens de la mairie
d’ici. Et lorsque elle aura déménagé, tout le monde
pourra la voir arriver avec son enfant. Même noir,
pour elle, c’est déjà le plus beau. Véra ne voit pas la
peine d’une mère ou d’un père qui a oublié ou a été
séparé de son enfant dans l’affolement d’une descente
de police. Elle y voit un signe du destin, pour elle, qui
fuit les hommes depuis qu’elle sait qu’elle ne peut
pas avoir d’enfant.
L’enfant s’est endormi, rassasié. Elle le regarde déjà
avec tout l’amour d’une mère. « Dors, mon petit
Franck, dors. Je veille sur toi. »

Expulsion 105
Fils de héros

09 / 03 / 2006, 23:54
Fils de héros

Septembre 2014

Alexis finit son petit déjeuner. Aujourd’hui, il


s’est levé plus tôt, et il est heureux. Il a neuf ans et
c’est la rentrée des classes. Il a eu trois mois de
vacances au lieu de deux car en juin, les classes ont
été fermées dans toute la Bretagne et la Normandie. Il
y avait les américains qui débarquaient.
Il les avait vus de derrière sa fenêtre, alors que sa
mère ne surveillait pas. Il savait pourtant que c’était
interdit. Il y avait des chars et des hommes qui
marchaient derrière.
Et son père était sorti en « mission » à la terrasse
du café pour les regarder passer. Il en riait encore de
les voir courir, dégoulinant de sueur avec tout leur
équipement sur le dos, se cognant les uns aux autres
au moindre ralentissement car ils regardaient en l’air ,
apeurés à l’idée d’un tir de sniper à partir d’une des si
nombreuses fenêtres, et repartir sous les aboiements
de leur chef d’élément. Et lui commandait de larges
bocks de bière fraîche (sans alcool) et trinquait à leur
santé.
La guerre psychologique avait commencé et à
tous les cafés, les fantassins lorgnaient déjà sur la
tentation de laisser tomber leur mission.

Fils de héros 106


Guerre contre les Majors

Puis il y avait eu des vacances raccourcies à la


mer. Son père avait plus de travail, et quand il avait
demandé « tu vas encore au café ? », il avait ri, mais
bien vite repris sa mine sombre.
Durant les vacances, il voyait ses petits camarades
quatre heures par jour, et encore pas tous, car chacun
partait à la mer à son tour. Ils étaient au complexe
éduco−sportif et suivaient les activités souhaitées.
Puis au retour, il y avait les devoirs de vacances et les
infos, avant de pouvoir jouer librement dans la
chambre.
Aujourd’hui, il allait suivre un film d’histoire, puis
un documentaire. Il irait ensuite à l’école, où avec le
maître, ils allaient reparler du film et du
documentaire. Puis, après le repas à la cantine, et la
pause d’après manger, il y aurait cours de Français et
de maths. De retour chez lui après une petite collation
(prise à l’école), il aurait un petit résumé à lire, puis
des exercices portant sur ses cours. Après son petit
quart d’heure d’informations, il serait libre de son
temps.
Il pouvait aussi choisir d’aller pratiquer une
activité sportive ou une activité artistique. Il avait
droit à une activité impérativement pratiquée toute
l’année et des « ateliers découvertes ». Comme
beaucoup de ses copains, il faisait du foot, mais il
était bien intéressé par faire un peu de karaté et d’ «
informatique amusante ».
A 18 h 30, il serait disponible pour être avec soit
sa mère, soit son père, soit les deux.
Cette petite vie d’enfant de son âge, en France, en
2014, allait être malheureusement perturbée
aujourd’hui.

Fils de héros 107


Guerre contre les Majors

Sa mère vint le chercher à l’école. Ils prirent une


voiture pour aller à l’hôpital. Devant une porte, il y
avait deux soldats américains. Son père était derrière,
allongé, méconnaissable sous les bandes blanches. Il
semblait dormir, mais sa mère pleurait. Certaines
bandes étaient tachées de rouge.
Alexis prit la main de son père, la trouva lourde et
froide et alla pleurer contre sa mère.
En sortant, il donna un coup de pied dans la jambe
du garde. Celui ci se crispa, puis s’écarta honteux. Sa
mère le tira en arrière et l’entraîna vers l’ascenseur.
« Ton père est un héros » lui dit−elle comme pour le
consoler.
Trois jours plus tard, à l’enterrement, il y avait
toute la famille, quelques amis de son père et un
monsieur étrange. Ce monsieur, avant de partir, prit
deux sucettes dans sa poche, lui en offrit une et lui dit
la même chose.

Fils de héros 108


Prise du Net pouvoir

10 / 03 / 2006, 23:48
Prise du Net Pouvoir

« Déclaration de politique générale de la net


république »
« Alors que les citoyens assiègent le pouvoir en
place pour le faire tomber, la Net république vient de
prendre le contrôle virtuel des entreprises et de la
fonction publique. En effet, celles ci ne peuvent plus
fonctionner sans passer par les serveurs et proxy des
FAI et de France télécom, matériels que nous
contrôlons totalement.
La net république est aussi un gouvernement collégial
avec une gestion par cercle et des commissions par
domaine. Elle réunit des techniciens, des décideurs et
des gestionnaires. Tous ont le souci de la «Res
Publica».
Durant deux ans, nous avons débattu d’un système
équilibré, au plus prés du citoyen, et pour le citoyen.
Les représentant et décideurs sont responsables
devant lui. A leur niveau, corruption et
enrichissement personnel seront sanctionnés comme
fautes envers l’état ( et non la société) et passibles de
peine supérieure à dix fois la même peine pour un
simple citoyen. Ceux qui ont débattu sont des
citoyens de sensibilité diverses qui ont été « recrutés
» sur les fora pour leur implication personnelle et leur
altruisme. Ils sont une bonne représentation de la
société d’aujourd’hui, car ils ont aussi recruté des

Prise du Net pouvoir 109


Guerre contre les Majors

personnes qui dans un premier temps n’avaient pas


accès à l’information dans les couches les plus
défavorisées de la population.
Les responsables et adhérents actuels de la Net
république doivent aujourd’hui rester anonymes afin
de ne subir aucune pression dans leurs travaux. D’ici
un mois, une frange de ceux−ci deviendront publics
pour informer la population et débattre des choix
aujourd’hui imposés… »
Après cette introduction un peu pompeuse, cette
déclaration annonce les mesures immédiates de fait.
De plus elle appelle à la coopération et à l’adhésion
de tous, enfin presque. Tous les cadres à bénéfices
sont exclus de la pompe à fric nourricière.
.
Primo : Le secteur privé est nationalisé. Il ne restait
qu’une méga−société présente sur le marché. Ce
monopole devient régalien. Tous les salaires
demeurent au moins en l’état. Des revalorisations
seront effectuées sur les plus faibles pour atteindre un
minimum décent pour chaque travailleur. Il est
amusant de noter que le capitalisme extrême n’a
laissé qu’une seule et même entreprise, avec des
milliers de propriétaires virtuels (actionnaires) mais
aucun réel. La nationalisation est donc un moyen de
permettre que la consommation alimente directement
l’état qui peut ainsi organiser l’extension de
l’ensemble de la société et la répartition des bénéfices
sur les citoyens. La "pompe à fric" fonctionne pour la
collectivité plutôt que pour quelques uns. On
supprime du coup toute la gestion du droit du travail,
des impôts afférents aux entreprises etc et on peut
faire une vraie distribution adaptée au lieu qu’il y ait

Prise du Net pouvoir 110


Guerre contre les Majors

une concurrence dumping ou ensuite une offre réduite


et des prix excessifs comme la World Company
pouvait faire. Le lit du collectivisme a donc été fait
par le libéralisme, car il ne se trouve plus personne
pour regretter la World Company.

Secundo : Au titre du primo, les fonds du secteur


bancaire passent dans les caisses de l’état. Les crédits
négatifs passent à zéro tandis que les montants
actuels sont gelés et garantis. Sont également gelés
tous les crédits et tous les prélèvements pour le
premier mois. Ce mois−ci, chaque citoyen recevra
une somme égale à trois fois le salaire moyen.
Personne ne sera lésé. Cet argent permettra l’achat
des services et de la nourriture du mois. Les non
titulaires de compte recevront eux aussi la même
somme.
(Ainsi, l’état n’a plus de remboursement au secteur
privé à faire et donc envolée la dette, orchestrée
depuis des années avec la complicité de certains
politiques au pouvoir. Le citoyen lambda lui ne va
pas retirer de son compte tout son argent, puisque on
lui en donne. Donc, pas de panique. La confiance
peut régner. Le citoyen riche ( un très petit nombre :
merci la World Company) a lui son argent aux
Caïman. Il va donc quitter le pays car, plus d’affaires
possibles et impossible de vivre, pour lui, comme un
citoyen ordinaire.)
Nota : la propriété privée (domicile, voiture, bijoux)
n’est pas touchée. Le principe du bien acquis
demeure.

Prise du Net pouvoir 111


Guerre contre les Majors

Tertio : Toute personne prise à frauder, voler ou


détériorer les biens publics ou privés dans cette
période difficile sera emprisonnée sans délai dans
l’attente d’un procès ultérieur.
(No comment : il faut bien un minimum d’ordre.)

La société va s’organiser autours du Supra Internet.


Le Supra Internet est un ensemble de techniques
nouvelles pour gérer la société de manière sécurisée
par rapport à l’internet d’aujourd’hui (techniques
secrètes permettant la prise du pouvoir sur le net et la
défense de celui−ci contre l’extérieur). Chaque
citoyen va pouvoir, grâce à une gestion informatique
poussée et l’usage des forums, des messageries et de
la vidéo−téléphonie trouver sa place correspondant à
ses capacités et à ses aspirations dans la mesure du
possible. Ce possible dépend de chacun d’entre nous.
Néanmoins, il n’y aura aucun laissé pour compte. Le
droit au logement est un des premiers impératifs.

La démocratie sera électronique et la concertation


permanente. A ce titre, des postes informatiques vont
être distribués à chaque citoyen de plus de 6 ans.
Chaque acte du citoyen pour l’état sera rétribué, dans
le cadre d’un travail régulier ou non, à titre normal ou
exceptionnel. Les gens sans travail toucheront un
minimum décent sous condition de disponibilité
immédiate. L’action portera vers le plein emploi pour
que chacun puisse jouir de ses revenus sans

Prise du Net pouvoir 112


Guerre contre les Majors

impression d’assistanat.

L’état financera ces mesures avec les fonds récupérés


dans les banques nationalisées. Les impôts seront
retenus « à la source » et la consommation des
citoyens enrichira l’état, ce qui lui donnera les
pouvoirs d’agir et de faire jouer la solidarité
nationale. Tous les fournisseurs de services ou de
bien toucheront des euros−crédits leur permettant
d’acquérir pour eux−mêmes bénéfices de services ou
de biens personnels. ( réaffirmation de la propriété
privée).
En définitive, une dizaine de milliers de personnes
remplaça donc dans un premier temps à peu prés le
centuple. Le premier mois fut donc celui de la mise
en place des méthodes étudiées et la formation
express de la population. L’argent distribué à flot le
premier jour permit d’éviter une casse qui aurait été
bien plus préjudiciable. Les citoyens voulurent aussi
défendre ceux qui venaient de leur redonner un
espoir. Si rien n’était encore réglé, on chanta plus « le
petit vin blanc » que « La Carmagnole » ce jour là.

Prise du Net pouvoir 113


Epuration idéologique

12 / 03 / 2006, 18:39
Epuration idéologique

22 mai 2011.

La population semble accepter la mise en place de


la Net république. Les premiers cours de net−civisme
sont accessibles en ligne et les gens répondent aux
questionnaires avec enthousiasme. Toute la
population ?

Non, bien sûr. La gauche et l’extrême gauche


confondent le nouveau régime avec un communisme
moderne. A part que… les partis n’existent plus. On
se fond dans des comités de discussion après les
heures de travail. Et il s’agit de construire une société
pour tous dans les moindres détails.

Il faut dire que la première mesure de rétorsion de


la World Company a été de supprimer la diffusion de
programmes en langue française. Les artistes français
désirant poursuivre leurs activités avec leurs majors
quittent le pays. Las, dans quelque mois, réduits au
marché canadien et africain (bien moins rentable), ils
vont être virés en grand nombre. Les autres
investissent les studios, mais la télé est devenue bien
amateur et un grand nombre de programmes ont été
détruits par des employés zélés (qui seront bien mal
récompensés).

Epuration idéologique 114


Guerre contre les Majors

Donc, la télévision n’est plus un média très suivi (


fait peut−être un peu voulu par le
net−gouvernement), et le web attire tous les publics,
surtout que des milliers d’ordinateurs sont distribués.

Il fait aussi très beau en ce mois de mai. On


discute ferme à la terrasse des cafés grâce à la
largesse du net−gouvernement pour compenser la
fermeture momentanée du système bancaire.

La droite se scinde en deux. Ceux qui lui faisait


confiance, mais qui modestes, n’en tirait que des
peurs du pire de l’autre camps et ceux qui se
remplissaient les poches. Etonnamment, on voit partir
les seconds pour l’étranger ayant vendu leur bien à
l’état un bon prix. Cela choque certains, qui auraient
voulu danser sur les cendres fumantes des « châteaux
» mais ces biens sont rapidement investis par de
nouveaux occupants, bien plus nombreux et démunis
au départ. Les jardins en souffrent un peu quand il y
en a, mais voir une cinquantaine de « Sans Domicile
Fixe » dans l’appartement d’un ancien ministre des
finances calme la fureur populaire.

Il reste pourtant une petite minorité


d’ «incasables». Leurs employeurs s’en vont les
poches pleines, mais eux n’ont rien. Ils étaient là pour
terroriser, casser du beur, du nègre, du juif, de
l’étudiant, du gêneur… Impossible pour eux de
s’adapter à un monde de moutons. Ils sont supérieurs
à tout le monde eux. Et leurs tatouages sont bien

Epuration idéologique 115


Guerre contre les Majors

encombrants de toute façon.

Partir ? Certains ont essayé. Ils ont été refoulés.

Alors, en cet après−midi, ils se sont donnés le mot


pour aller tout casser à la capitale. 3000 enfants du
Reich vont manifester pour eux aujourd’hui. Ca va
saigner.
Malgré leurs petits groupes, leurs portables, leurs
blousons sous lesquels ils cachent des armes, ils
tombent tous dans le piège de la place de l’arche de la
défense.
A peine sortis du métro, ils sont anesthésiés
comme des bêtes sauvages : à la seringue tirée à
distance. Si quelques uns font demi−tour, ayant
échappé à la première salve, ils tombent dans les
filets d’autres membres des forces de l’ordre. Ils sont
alors ramenés sur la place, fouillés, dépouillés, et à
leur réveil arrêtés en bonne et due forme.
Embarqués dans de sombres fourgons pour une
destination inconnue, ils subissent le sort des vaincus.
L’un d’entre eux, au cours de son arrestation,
déversa un torrent d’invectives à un civil qui se tenait
là, semblant satisfait de l’opération, bien que gardant
l’air sombre. Peut−être songeait−il à ces deux petits
tas de cendres, dans un garage, ramassés quelques
années plus tôt, dans lesquels on avait trouvé des
fragments d’os et de dents. Pas besoin d’éprouvette
pour se douter que ces petits tas, qui au moment de
l’incendie auraient du pouvoir quitter les lieux s’ils
n’en avait été empêchés, étaient les restes de sa
famille.
« Fout toi ta sucette dans le c.. » lui cracha le

Epuration idéologique 116


Guerre contre les Majors

nazillon avant de se prendre un bon coup de matraque


dans l'occiput.
« On va se revoir, et tu seras moins fier » sembla
t−il lui répondre en le fixant d’un regard inquiétant
alors que deux gendarmes l'emmenaient vers les
camions, le traînant sans ménagement, tirant chacun
sur un bras.

Epuration idéologique 117


Supra Net

13 / 03 / 2006, 00:19
Supra Net

Avril 2008

« Bonjour messieurs et… veuillez m’excuser,


madame,
Je vais vous présenter mon nouveau projet : le supra
Net.

Comme son nom l’indique, je le situe au dessus du


Net tel que nous le connaissons aujourd’hui.
Et cela pour deux raisons :
Primo : Il peut contrôler le net normal.
Secundo : Il profite du net normal pour fonctionner
sans que quelqu’un non possesseur du programme
spécifique ne puisse le soupçonner.

Il fonctionne comme un parasite qui peut prendre le


contrôle de son hôte en cas de besoin.
La recherche sur ce supra Net, doit donc porter sur 3
axes

− La dissimulation − l’intrusion − la prise de contrôle

Le supra Net se situe au même niveau que le net


normal : dans les serveurs, dans les voies de
communication et au sein des stations clientes. Tout
programme du monde du net normal ne doit pas être

Supra Net 118


Guerre contre les Majors

capable de détecter le Supra Net.


Dans les voies de communication, le supra−net se
déplace au sein des trames normales. Il modifie 1
octet au hasard et ensuite « code » ses 0 et 1 dans les
bits de parité.
Les trames qui circulent véhiculent un peu plus
d’infos sans s’en rendre compte.

Sur disque dur, les espaces dévolus au supra Net sont


situés dans des espaces considérés comme détériorés
(secteurs défectueux) par le système d’exploitation,
mais non référencés par les utilitaires vérifiant l’état
des disques. Il peut utiliser aussi les secteurs utilisés
de façon incomplète par le système d’exploitation.
Le pire (ou le meilleur): Le supra Net peut utiliser à
l’insu du système des dll lui appartenant. Cela évite
de « retaper » du code, et les lignes de code propres
au Supra Net sont moins nombreuses, donc moins
visibles.
Le supra Net ne modifie pas les programmes du
système infecté. Il se contente d’en modifier la teneur
des échanges quand il veut en prendre le contrôle.
Ainsi, un scan des fichiers ne permet pas de détecter
une modification des fichiers originaux et ne
concerne pas les espaces non utilisés par le système
(ou considérés défectueux)

Enfin, un programme supra Net doit pouvoir être


expédié en petits modules et se retrouver prêt à
fonctionner avec un jeu minimal de modules. De
plus, ces modules, agencés différemment, doivent
pouvoir être réutilisés pour d’autres actions.

Supra Net 119


Guerre contre les Majors

Cela nécessite : De bien connaître les systèmes


d’exploitation à infecter (même si le supra Net doit
être « portable »), de gérer une fat parallèle tenant
compte des spécificités des trous de gruyères utilisés,
et d’inventer des petits modules autonomes et
assemblables.

Enfin, le supra Net doit fonctionner en même temps


que le net normal, et pour les serveurs ou stations
clients, en arrière plan en mode infiltré.

Aujourd’hui, ma première version de supra Net


permet d’espionner une machine distante sans que le
possesseur puisse s’en douter puisque les infos ne me
parviennent que lorsque l’utilisateur demande
lui−même une émission. Le pare feu ne refuse donc
pas une sortie autorisée. Elle permet aussi, à
quelqu’un qui utiliserait cette même machine , mais
avec le code approprié, de pouvoir recevoir des pages
html différentes que celles reçues par l’utilisateur
habituel. Ainsi, les données du supra Net peuvent
cohabiter avec les données du web normal sans qu’un
non autorisé puisse les consulter.

Il y a encore quelques petits progrès à faire pour


l’intrusion et la prise de contrôle en toute opacité.

Avant de rentrer plus avant dans la technique, y


a−t−il des questions ? »

− Professeur, avez−vous utilisés ces principes lors de

Supra Net 120


Guerre contre les Majors

la programmation de DRM quand vous travailliez


pour une des grandes majors ?
− Non. Les principes m’en sont venus pendant
l’élaboration de celles−ci , quand je devais étudier le
moyen de pénétrer un système et de rapatrier les
données souhaitées. Mais mes employeurs n’étaient
pas pour faire une œuvre d’art. Tout ce qu’ils
souhaitaient était très primaire. Pénétration comme un
virus, mais comme cette pénétration était autorisée
par le pare−feu du système, autant le faire rentrer par
Outlook.
Ou le lecteur Windows média quand il s’agissait de
lire un CD musical ou un film.

Ensuite, un scan progressif peu rapide et une


expédition lente. Ainsi, l’utilisateur lambda n’avait
rien remarqué. Mais une simple analyse des
programmes et services en cours l’aurait montré si
encore une fois Windows Vista n’avait pas occulté
l’information. Le patch « correcteur de sécurité »
sortait un mois avant la DRM, DRM commercialisée
à prix d’or aux majors de la musique et du cinéma qui
répercutaient alors à moitié sur les consommateurs et
à moitié sur les artistes. Après tout, c’était pour
protéger leurs œuvres, n’est ce pas ?

− Et aujourd’hui, pourquoi nous proposer votre


projet ?
− Vous êtes le seul pays qui n’a pas encore condamné
sévèrement un internaute et qui agace profondément
mes anciens patrons. Et puis, votre camembert et vos
vins sont les meilleurs du monde… »

Supra Net 121


Guerre contre les Majors

Dans l’assemblée, un homme ne regrettait pas ses


vacances à Disneyworld. Si le projet de cet
excentrique était mené a bien par une équipe
française, déjà bien avancée grâce à quelques acquis
et quelques développeurs émérites, tout le contrôle
ennemi, basé sur les DRM modifiées était caduque.
Caramel ou citron ? Il lui fallait être prudent. Et
surveiller d’éventuelles caries.

Supra Net 122


Enrôlé

13 / 03 / 2006, 18:52
Enrôlé

Avertissement avant lecture

Le petit bijou technologique décrit a été en partie


réalisé. C'est la synthèse mini équipement − liaison
haut débit et machine virtuelle sur méga calculateur
qui peut être une sacré idée pour demain (plus besoin
d'avoir des processeurs individuels surpuissant, des
méga disques durs (que la Sacem−Socorep espère
bien taxer un jour où l’autre) etc...)

Sonnerie de clairon dans l’appartement de Franck.


Réveil en sursaut. Agressivité maximum. Qu’est
qui lui prend à ce #@[& d’ordinateur ?

Et sur l’écran, la mine réjouie de Bernard, son


tuteur étale son demi cercle de dominos.

« Debout Franck, il est 14 heures »


« Mais chef, j’ai ma journée de libre ! »
« Et tu as eu une dure nuit, je sais. Enfin, dure, il faut
relativiser. Comment va tu mon garçon ? »
« J’étais bien, jusqu’à cette horrible musique militaire
»

Enrôlé 123
Guerre contre les Majors

« Un peu tard tout de même pour le «réveil du


matin », soldat . Aurais−tu préféré un simple « garde
à vous » ? »
« Assez avec vos références de bidasse en folie. Que
me vaut un tel traitement de votre part ? »
« Mon cher Franck, je bataille pour toi depuis ce
matin. Il faut dire que tu en as fait de belles cette
nuit ! »
A cette évocation, Franck retombe dans un état béat
et nostalgique. Il lui semble encore sentir contre lui le
corps de Véra, sa douceur, son parfum…
Bernard rit
« Oui, il semblerait que tu aies tiré le gros lot. Et de
quelle manière. Nous en avons ri encore à la
réception du compte rendu du taulier. Il a eu quelques
plaintes et manifestement, quand vous êtes
descendus, vous n’êtiez plus que l’ombre de vous
mêmes mais vous ne vous en plaigniez pas. Ca a
même calmé un des clients mécontents. Mais vois tu
Franck, tu es un peu passé en direct une bonne heure
chez les grandes oreilles avant qu’un supérieur fasse
couper et que l’équipe se remettent aux autres écoutes
en cours. Ce n’était pas toi qu’ils surveillaient et tu as
foiré tous leurs plans. Sais tu avec quelle fille tu
étais ?
− Elle s’appelle Véra, je crois, et elle est américaine.
− Elle s’appelle Véra Sanders, elle est officier de
renseignements, et surtout la fille unique d’un très
grand ponte de la World Company.
− En plus elle est belle
− Et intelligente. Diplômée de Harvard en français et
espagnol classiques. Je me demande ce qu’elle a pu te
trouver.

Enrôlé 124
Guerre contre les Majors

− Mon charme naturel.


− Je n’en doute pas, bien que je ne sois pas
spécialement un spécialiste en la matière. En tout cas,
le playboy étalon de service a sportivement reconnu
qu’il n’aurait pas mieux fait que toi, et j’ai défendu
ferme ta candidature.
Il faut dire que lorsque tu es reparti à l’assaut la
quatrième fois, tu en as impressionné plus d’un.
Félicitation, elle est acceptée. Te voilà lieutenant du
renseignement dans l’Armée Française Libre de
l’Intérieur. J’ai fait valoir que tu ne pouvais pas avoir
un grade inférieur à ta dulcinée, bien que je pense que
tu aurais pu faire un excellent sous−officier. Je vais
devoir te saluer mon garçon ;
− Vous plaisantez Chef, je ne veux pas
− Va voir dans ta boite aux lettres. Y’a une surprise »
Franck s’assoit devant le micro, saisit la souris.
Bernard éclate de rire, à s’en étouffer. Emu pour son
poulain, ce rire salvateur lui permet de dissimuler ses
sentiments.
« Pas celle−là, Franck, la vraie. Tu dois y avoir un
colis »
C’est une première pour Franck. Un colis qu’il n’a
même pas commandé. Curieux, il cède à l’envie
d’invectiver son tuteur pour aller chercher un petit
paquet.

Il en ressort une sorte de grosse calculatrice.

« Alors, elle est comment cette merveille ?


− c’est quoi ce truc ?
− c’est ce qu’il se fait de mieux aujourd’hui comme
assistant personnel. C’est à la fois un micro

Enrôlé 125
Guerre contre les Majors

ordinateur personnel, avec accès sur internet, un


appareil photo numérique, un enregistreur, un
téléphone, un navigateur, une balise argos, porte
monnaie électronique avec argent de l’état en
mission, et surtout un ange gardien. En mode assisté,
tu es en permanence en contact avec un agent, voire
bien plus pour t’aider dans ta mission .
− Vous plaisantez .
Il est trop petit l’écran.
− En mode ordinateur, tu défais la petite patte a
l’arrière et elle te sert de socle. Tu écartes le volet du
haut et le volet latéral. Fais « on » sur le coté et un
clavier est éclairé sur le bureau. Tu as aussi une zone
rouge ou tu peux en y promenant le doigt diriger ta
souris. Par le haut, l’image est projetée contre le mur
blanc de préférence. Sinon, tu as un petit écran pliant
dans les options qui se clipse à l’arrière du boîtier
pour le transport. La webcam est bi−oculaire. Elle
surveille et interprète la place de tes doigts pour saisir
les caractères que tu désignes. L’autre oculaire est à
360° et informe de toute la pièce autours de toi. Un
logiciel spécifique redresse ton visage et tes épaules
pour te redonner l’air humain. La caméra enregistre
en continu ou peut faire de très bonnes photos
panoramiques.
Cette boite inclut une mémoire flash, et un modem
wifi grâce auquel tu te connectes au supra net. Tu
disposes alors de toutes les ressources d’ici
(ordinateur virtuel) et non du petit processeur
embarqué. Bien sur, tu as l’oreillette qui fait à la fois
écouteur et qui interprète les vibrations de ta
mâchoire et de tes joues pour retranscrire tes paroles.
L’écran sert de navigateur et d’assistant personnel

Enrôlé 126
Guerre contre les Majors

classique. Nul ne doit savoir ce que tu as entre les


mains.
Cette petite merveille technologique vaut son pesant
d’or. Pose ton index sur l’écran et enregistre ton
empreinte comme mot de passe. Elle est à toi, si tu
accepte le poste bien entendu.
− Pas question de me laisser manipuler . Je ne suis
plus un gamin qui travaille bien à l’école parce qu’il a
reçu un train électrique pour Noël. Je ne suis pas
intéress…
− As tu songé que tu devrais arrêter de voir ta
nouvelle conquête ? Si tu ne veux pas faire le travail,
il faudra bien que quelqu’un d’autre le fasse.
− Et qu’est ce qu’il fait son père pour que sa fille aie
autant d’importance ?
− Je vois que tu comprends vite. Son cher papa est
juste celui qui a produit toutes les DRM de troisième
génération. Mr Sanders senior était chef de
département dans l’ancienne entreprise Microsoft à
ce moment là. Là, il est juste numéro 30 de la world
company et ses équipes se frottent à notre supra net
de plus en plus souvent.
− Vous désirez quoi ?
− Pour l’instant, tu restes avec elle. Tu vas même lui
donner un peu de ce qu elle cherche pour que ses
supérieurs en soit satisfaits. Mais le cas échéant, tu
pourrais l’enlever…
− Pas question de lui faire du mal !
− … pour l’emmener dans une retraite terriblement
romantique tandis que Beau Papa se ferait un sang
d’encre. N’aie pas de remords. Elle est d’une vieille
famille sudiste et je doute que tu correspondes pour
lui au gendre idéal. Tu as besoin de nous si tu veux

Enrôlé 127
Guerre contre les Majors

continuer à la voir, car dés qu’il saura pour toi, tu


seras en danger.
− Je suis « vraiment » lieutenant ?
− Promis, mon gars. Si tu le veux bien sûr ! Ah, pour
avoir la paix durant cinquante minutes, il faut
appuyer là. Mais c’est liaison obligatoire toutes les
cinquante minutes. Sinon on s’inquiète
− La quatrième fois, c’était au bout de trois heures. Je
crois que vous êtes plutôt longs à réagir dans les
services secrets avant de prendre une décision. Je n’ai
pas d’arme ?
− Tu as ce qu’il faut où il faut pour ta mission
actuelle. Le cas échéant, nous aviserons Mon
Lieutenant»

Enrôlé 128
Derrière les barreaux

17 / 03 / 2006, 21:05
Derrière les barreaux

14 juillet 2014 (suite)

Elsa n’en croit pas ses yeux. Le commissariat est


ouvert. Mais il n’y a plus de police depuis 2012! En
effet, depuis la création des centres de rééducation, en
campagne, commissariats et prisons insalubres,
contre−indiqués pour parvenir à la rédemption des
délinquants, ont été abandonnés.
Ce commissariat sent le neuf. Il a du être rouvert
depuis peu. Mais quel français accepterait
aujourd’hui de remettre un képi ?
L’homme à l’accueil a le regard fuyant. Son manager
sait−il qu’il est là ? Comment espère t−il être payé ?
Sa carte de crédits euros ne peut accepter d’argent
extérieur. La masse monétaire globale a été établie
cette année et ne peut varier. Elle est sensée limiter
l’inflation mais elle progresse en correspondance
avec les volumes de services accessibles et de la
production.
Ses « guides » la mènent en cellule. Elsa veut
protester. Les seules personnes encore enfermées sont
considérées comme potentiellement dangereuses pour
les autres. Sinon, tout le monde sait que la fuite est
inutile. En dehors de la France, personne ne prend les
crédits euros. Il faut pouvoir changer ses unités en
billets pour pouvoir voyager à l’étranger. Mais la

Derrière les barreaux 129


Guerre contre les Majors

mine peu engageante des molosses la dissuade. Le


choc métal contre métal l’ébranle. La voilà bouclée et
la peur la saisit. Les gens ne s’enferment plus de nos
jours. Il y a toujours une alarme pour le faire
automatiquement en cas de danger.

Manifestement, elle inaugure le produit. Le mur


sur lequel le banc est fixé est d’un blanc parfait.
Personne ne s’est encore assis là. Elle s’allonge, la
tête appuyée sur son sac, ferme les yeux et tente de
s’endormir pour oublier ce triste lieu. La lumière
blanche rend encore plus nette cette petite femme
brune toute de noir vêtue qui semble flotter allongée
dans un nuage.
Elle est réveillée en sursaut par l’arrivée d’un
autre pensionnaire. Et, ils l’enferment avec elle.
A sa vue, l’homme sourit gentiment « Bonsoir
zoulie madam . Est−ce vous qui allez me torturer ? »
Elsa rit. « J’ai oublié mon fouet à la maison »
L’homme a un peu bu. Il s’en excuse, se présente.

« Enchanté de vous rencontrer, même en ce lieu


sinistre. Bonsoir, je m’appelle Henri. Vraiment. Mais
Tournel est mon nom de scène, vous vous en doutez.
Auteur, compositeur, interprète. Je faisais seulement
mon boulot, et je vous promets que je ne joue pas si
mal de ma guitare. Mais ils ont préféré me mettre au
violon.
− Moi, c’est Elsa, et je suis accordéoniste.
− Et vous jouez si mal ?
− J’ai surtout joué le morceau d’un autre.

Derrière les barreaux 130


Guerre contre les Majors

− Morceau qui vous fera cracher petite madame.


L’amende est salée de nos jours.
− Ils acceptent les euros−crédits selon vous ?
− Je crois qu’ils vont avoir la surprise de constater
qu’eux seuls ont des billets.
− C’est incroyable cette histoire.
J’en suis toute retournée.

− C’est la guerre, il faut s’attendre à tout. Mais je suis


prêt à vous protéger de mon corps en cas de besoin,
même si je ne suis pas un héros.
− Vous feriez mieux de garder vos distances, sinon
vous pourriez constater que je n’ai nul besoin de
protection.
− Ne vous méprenez pas. Je suis un gentil. Juste un
peu dragueur mais correct.Puisque vous me renvoyez
si promptement dans les cordes, j’arrête la flûte.
− Vous avez déjà abusé du champagne.
− Normal, j’étais sur scène et le haut boit.
− Et pourquoi êtes vous ici ?
− J’ai adaptée une chanson d’un ancien chanteur
français, aujourd’hui en green card sur les américains,
mais moins gentille que l’original

« Si les Ricains n’étaient pas là


Nous serions tous en Piraterie
A parler musique ou cinéma
Et sans payer de royalties.

Bien sûr les alliés sont dépassés.


Les milis sont montrés du poing.
Est−ce une raison pour oublier
Qu’un jour on les renverra au loin ? »

Derrière les barreaux 131


Guerre contre les Majors

« C’est malin, nous ne devons pas les provoquer.


− Je crois que je vais encore aggraver mon cas »

« Un gars venu de Géorgie

Qui se foutait pas mal de toi


Est venu se divertir à Paris.
Les putains ne parlent que d’çà.

Bien sûr les alliés sont dépassés.


Ils sont devenus des pantins.
A l’Amicale des Flibustiers
On dit qu’ils s’enfuiront un matin. »

Allez Elsa, à deux .


« Si les Ricains n’étaient pas là
Nous serions tous en Piraterie
A parler musique ou cinéma
Et sans payer de royalties. »

Le fou rire les prit tous les deux. Durant une


heure, ils échangèrent des banalités, parlèrent
beaucoup de leur vie, oubliant l’odeur entêtante de
peinture fraiche, les grilles et leurs gardiens.
Le petit matin les trouva endormis l’un contre
l’autres comme deux enfants. Les grilles s’ouvrirent
bruyamment et ils furent brutalement tirés de leur
sommeil. Séparés dans le couloir, chacun fut conduit
devant un responsable, dans des pièces différentes.

L’homme en face d’Elsa lui rappela un professeur

Derrière les barreaux 132


Guerre contre les Majors

de maths qu’elle n’avait pas apprécié. Petit, gras, les


cheveux rasés, le visage rougeaud, de vilains petits
yeux marrons, il semblait jubiler intérieurement.

« Madame, votre cas est grave.


Je peux constater ici de nombreuses interpellations
par la police durant les années 2007 à 2011.
Manifestations hostiles au gouvernement, à la World
Company et aux lois de protection des droits
d’auteurs principalement. Droits que vous avez à
nouveau bafoués hier au soir.
− mais enfin qui êtes vous ?
− Commissaire Senventa, brigade numérique. Chargé
de la lutte contre la copie, la contrefaçon et la
reproduction non autorisée par l’auteur. La création
de la section française de cette brigade, découlant de
la loi européenne a été votée hier et ses règles ont été
publiées.
− Un 14 juillet ? Mais je travaillais …
− Nul n’est censé ignorer la loi.
− Et puis, je n’ai rien copié ou enregistré…
− Vous avez joué un morceau à l’identique de celui
de l’auteur. Vous l’avez donc reproduit et diffusé.
− Et le décret d’application ne peut avoir été…
− Procédure d’urgence. 5 ans de retard, c’était trop.
On a appliqué la loi dés le vote.
− Ce gouvernement n’a pas été élu
− Il s’est substitué au gouvernement fantoche qui a
quitté un peu précipitamment le pouvoir.
− Vous n’êtes pas français vous ?
− Madame, je ne vous permets pas. Ma famille est
française de père en fils depuis cinquante générations.
Mas ancêtres ont été de toutes les batailles pour

Derrière les barreaux 133


Guerre contre les Majors

défendre ce sol sacré. J’ai du, comme mon


grand−père, faire un séjour en angleterre avant de
pouvoir à nouveau, fouler le sol de ma terre natale.
J’ai perdu cette oreille en débarquant, à cause d’un
imbécile maladroit qui avait mis sa baionnette.
J’étais prêt à me battre pour ce pays.

− Maintenant, tout s’explique. Vous êtes un traître et


un collabo.
− Insulte à un représentant de l’ordre. Avec votre
infraction d’hier et votre passé, votre compte est bon.
− Mais qu’allez vous me faire ? Il n’y a plus de
prison.
− La Santé a été la première préoccupation du
gouvernement. Elle a gardé tout son charme d’antan,
alors que ce commissariat lui, a été rénové.
− Relâchez moi. Je connais du monde. J’ai droit à un
procès.
− Défavorable. Vous restez en garde à vue. Séance
suspendue. Je vous revoie cet après−midi. »

A 15 heures, sans explication, les deux américains


en civil lui rendirent son accordéon et la firent sortir
en lui conseillant d’être plus prudente à l’avenir.
Le bureau du commissaire était inoccupé. Le
commissariat était vide. Les américains le fermèrent.
Pas de traces d’Henri. Il ne l’avait pas attendue ?

Elle devait apprendre, bien plus tard, un peu après


la libération, de la bouche d’un de ses amis, lors d’un
repas après un concert, le destin d’Henri.
Il était mort, durant l’interrogatoire. Il se serait
débattu alors qu’il était menotté les mains en arrière.

Derrière les barreaux 134


Guerre contre les Majors

Il aurait glissé et serait tombé, se cognant la tempe


contre un coin de bureau. Elle raconta alors cette nuit,
où Henri et elle s’étaient rencontrés. Lorsque elle
parla de la tentative de séduction, certains sourirent.
Elle comprit alors que manifestement, elle n’était pas
son genre.
Elle continua cependant sans tiquer. « C’était un
homme, et son courage m’a rassurée »
Elle ne sut jamais, par contre, que les deux
commissaires avaient disparu durant la pause de midi.
Nul ne les avait revus et personne n’essayait de les
rechercher.

En sortant du commissariat, elle vit de l’autre coté


de la rue un homme tirer une sucette de sa poche. Elle
pensa qu’elle avait faim, n’ayant rien mangé depuis la
veille et soulagée, s’offrit un petit steak frites dans un
restaurant voisin qui se fit un plaisir de la servir.

Derrière les barreaux 135


ALAIN

18 / 03 / 2006, 18:10

ALAIN
16 mars 2006
8h 30
8h 30
Un jeune homme en région parisienne. Il est à la
sortie d’une station de métro. Il fait beau bien qu’un
peu frais. Mais il a gardé son bonnet. Il est habillé
pour supporter le froid, avec des vêtements défraîchis
et un peu sales malgré ses efforts.
Le mouvement de révolte anti−CPE pousse les
jeunes dans la rue. Etudiants, lycéens, chômeurs…
Mais le débat est clos, par l'utilisation d’un petit 49.3
qui a évité bien des amendements.
Pour tous les manifestants, cela veut dire la fin
d’un travail sûr, même mal payé. Ils peuvent être «
remerciés » sans justification durant deux ans. C’est
un contrat seulement pour eux. L’injustice est trop
flagrante.
Pas de discussion ? Un autre combat a lieu à
l’Assemblée Nationale. Un ministre aux ordres
écoute l’opposition à son projet, puis conclut par un
avis personnel dithyrambique qui soutient par des
propos souvent mensongers le contraire et fait
adopter, car il dispose d’une majorité absolue bien
disciplinée, des articles de lois liberticides sur le net.
Ce simulacre de démocratie, appelé « discussion
et transparence » dégoûte les internautes floués et

ALAIN 136
Guerre contre les Majors

bafoués.
Pour Alain, debout devant cette station de métro à
cette heure de grand passage, le combat est plus
actuel et trivial. Il mendie. Il a besoin de 50 euros par
jour pour l’ «hôtel ». Sinon, il ira dormir dehors la
nuit. Les plus grands froids sont passés mais la pluie
ou le gel peuvent lui gâcher son sommeil.
Il existe bien des centres d’hébergements. Le soir,
on peut les y emmener, mais à eux ensuite de revenir
sur Paris car ces centres sont situés à l’extérieur. (un
comble nda). La mendicité ne peut être viable que sur
Paris, grâce aux nombreux passages.
Et puis, ces centres sont parfois sous la coupe de
bandes qui rackettent en toute impunité, volent et
tabassent pour le plaisir.
Alain tend la main à un passant, manifestement
provincial. Il tient un plan dans la main et semble
chercher à s’orienter. Celui−ci le dévisage d’un air
incrédule. Alain a l’air gentil avec sa barbe blonde de
deux jours. Il est jeune, en bonne santé. Il s’exprime
correctement. Il est français et blanc. Il n’a pas l’air
alcoolique ou drogué. Alors, que fait−il dans la rue ?
Un emploi sans contrat précaire, c’est quand
même un emploi, prétend le premier ministre. La
précarité est là depuis longtemps. Cet emploi ne l’a
pas créée. Et puis, licencier sans motif, c’est une
garantie pour l’employeur, pas une volonté manifeste
ni une obligation.
Seulement, lorsque on a ce genre de contrat, et
pas de parents friqués, les banques ne prêtent pas, les
loueurs ne louent plus, les profiteurs en abusent.
Trois millions de mal logés… recensés, dont certains
qui pourraient payer si on leur faisait confiance. Des

ALAIN 137
Guerre contre les Majors

taux usuriers pour des crédits revolver, voilà la seule


opportunité qui reste aux petites gens. Payer plus
pour avoir moins.
Elsa choisit de sortir manifester alors que le débat
sur les lois DADvSI continue. Des pans entiers des
droits personnels, parait−il protégés par une certaine
commission, tombent en silence. Car les cris des
internautes sont couverts par les « chansons » des «
artistes ».
Les médias distillent un silence complice ou se
complaisent à jeter de l’huile sur le feu des
barricades. En attendant, le consommateur moyen ne
tire même plus sur sa laisse. La technique lui
échappe. Le rêve, les illusions aussi. Il mange des
plats insipides, consomme des boissons sucrées
industrielles, écoute de la musique primaire et mixée
sous fond de paroles insignifiantes et se courbe
naturellement pour passer les fourches caudines de la
sécurité.
Alain a un don. Inconnu pour lui, non reconnu tel
quel par le bénéficiaire. A la faveur du contact
peau−métal−peau, un peu de son fluide magnétique
passe entre lui et son modeste mécène. Celui−ci en
ressent un léger bien−être et une plus grande agilité
des doigts qu’il attribue à la sensation de sa propre
générosité. Mais c’est aussi un peu de santé qu’Alain
lui a ainsi transmis.
Le soir, à la télé, il y a un bilan « nuancé » des
manifestations. Les journalistes ont gardé les images
les plus violentes, des barricades se montent, puis se
font enfoncer. La Sorbonne est un champs de bataille.
Des agitateurs violents sont arrêtés. Franck boit
toutes ces images, seul dans son appartement tandis

ALAIN 138
Guerre contre les Majors

que Véra (sa mère « adoptive ») tarde et qu’il ne s’en


aperçoit pas. A l’assemblée, le spectacle, retransmis
sur une chaîne moins populaire sombre dans
l’absurde. A Samara (Irak), les américains mènent
une énième grande offensive dans une guerre qui
n’en finit pas, sur un territoire qui n’est pas le leur.

Et cette nuit, nul ne se demande ce qu’il advient


d’Alain.

ALAIN 139
Puces motos à Niort

20 / 03 / 2006, 00:55
Puces motos à Niort (Deux−sèvres)

17 mars 2012

Il fait froid, mais beau. C’est un plaisir de sortir sa


bécane pour se rendre aux « 27 émes Puces Motos »
de Niort. Sous ce nom se cache en fait une grande
concentration de motards, avec la possibilité
d’acheter des équipements à moitié prix, des pièces
de tuning pour certaines bécanes, des motos d’occase
de tout âge et de toute catégorie.

Ce matin, c’est le moment de faire des affaires.


Beaucoup de monde va tenter de vendre sa moto
depuis que la net−république veut limiter les
embouteillages et la pollution par la suppression des
véhicules privés sur la route. Une grande
manifestation est prévue. Le parc de deux roues en
France est négligeable, si on en retranche les
cyclomoteurs. Et les deux roues ne provoquent pas
d’embouteillages. C’est vrai qu’ils n’ont pas de pots
catalytiques. Mais, depuis huit mois, les importations
de motos étrangères ont cessé. Voxan peine à fournir
un dixième de la demande. Le parc de motos
décroîtra avec le temps. Seuls les passionnés
pourraient continuer à rouler. Les motards vont donc
tenter de défendre leur existence.

Puces motos à Niort 140


Guerre contre les Majors

Avec le nouveau mode de scrutin, pour les


décisions de la Net Assemblée Nationale, pour
obtenir quelque chose, il faut frapper un grand coup,
au niveau national.
La manifestation sera donc grandiose : Les
motards feront faire des tours de Niort aux visiteurs
non motards. On a récupéré des enfants dans les
hôpitaux, et des vieux dans les hospices pour
défendre les « nouveaux rebelles ». Des exhibitions
spectaculaires sont prévues… Car, pour « survivre, il
faudra être « populaire ». Pas question donc de garder
l’image d’un motard mauvais garçon à la recherche
de vitesse pure et de sensations extrêmes.
Le motard d’aujourd’hui est gentil, serviable,
bucolique…
Le Père Jean François Audrain sera là aussi pour
dire la messe des motards et la Dark Dog Academy
s’est changée en Pink Panther School. Les blousons
noirs resteront cependant, mais dans un rôle d’anges
gardiens pour effrayer les méchants. Car les enfants,
c’est eux qui feront toute la différence auprès de leurs
parents.

Ainsi, quand chaque député nouvellement désigné


devra statuer sur le sort des motards, il ne devra pas
voir en eux, comme quelques années auparavant leurs
prédécesseurs, des déviants individualistes, mais une
communauté éprise de liberté au service de tous.
Finie la guerre entre les caisseux et les motards. Les
collectionneurs de voiture ont été invités à participer
aux réjouissances. Eux aussi veulent préserver leurs
droits de rouler et de conserver leur véhicule.

Puces motos à Niort 141


Guerre contre les Majors

Il y a déjà beaucoup de monde sur les bords de la


Sèvre. Le parc des expositions est noir de monde. Le
parking à motos est déjà plein et heureusement, un
des parkings extérieurs leur est aussi réservé. Un
autre l’est aussi pour les voitures de collection.
Depuis la gare, ou depuis la place de la brèche, des
navettes incessantes emmènent des centaines de
visiteurs.
La rocade de Niort vient d’être interdite à la
circulation automobile pour que les véhicules qui y
sont bloqués y restent en stationnement. Les motos,
quand à elles, utilisent la voie en sens inverse pour
circuler et récupérer les passagers coincés dans leur
véhicule. Le Parc des Exposition ne devient plus
qu’un dixième de la fête, car il est décidé de mettre la
moitié des exposants dans les alentours afin que tout
le monde puisse en faire le tour.

Les organisateurs pour le midi donnent délégation


à d’autres vendeurs de restauration rapide car le
service initialement mis en place est cruellement
déficient. Des magasins de motos, à Poitiers, Saintes
et même Bordeaux chargent en vitesse camions et
remorques pour amener de la marchandise à vendre.
Car les caisseux dévalisent les stands de pantalons de
cuir, de blousons, de souvenirs et achètent même les
pires saucissons qui un jour ont pu rouler sur les
routes françaises.

Le samedi soir, la petite ville de Niort a doublé sa


population. Mais aucun motard ne boit plus que de
raison. Pas question non plus de rodéos dans les rues,

Puces motos à Niort 142


Guerre contre les Majors

sauf sur la place de la brèche, réquisitionnée au


dernier moment, ou des pelotons complets de motos
pétaradantes défilent sans discontinuer et contribuent
à la liesse populaire. Au parc des expositions, des
vedettes sont arrivées : Randy de Puniet, Arnaud
Vincent, Sylvain Guintoli, Alexis Masbou, Jules
Cluzel, et même Olivier Jacques pour ne citer qu’eux.

Puis, les caisseux sont ramenés à leur voiture pour


ceux qui veulent y dormir. Tous les lieux publics type
gymnase ont eux aussi été reconvertis en dortoir.
L’école des sous officiers de Saint Maixent a rappelé
en hâte ses cadres non motards et ses élèves pour
monter lits et tentes sur tous les terrains possibles.
Les cadres motards, en tenue, guident ou emmènent
les gens désireux de se coucher. A 6 heures du matin,
les couche−tard croisent les lève−tôt.

Et pour les autorités, il s’agit de gérer la deuxième


journée. Une voie est dégagée pour permettre aux
poids lourds chargés de motos, arrivés pendant la
nuit, de passer pour amener leur marchandise au parc
des expositions et au stade niortais. En effet, les
chamois acceptent d’annuler leur match et leur
pelouse est prise d’assaut par vendeurs et visiteurs à
compter de 10 h du matin . Toutes les voitures du
périphérique sont soit poussées sur le coté, soit
évacuées avec leurs occupants. Les voitures qui
arrivent de toute la France resteront bloquées jusqu’à
11h 30 aux péages des autoroutes en provenance de
Poitiers, Saintes ou Nantes, puis seront guidées sur

Puces motos à Niort 143


Guerre contre les Majors

des aires de stationnement. Là, les motards


nouvellement arrivés, reprendront avec les bus leurs
navettes incessantes. Ils sont à la fois le spectacle, et
les acteurs de son organisation. Les motos vendues ne
pouvant quitter les lieux (car la plupart des acheteurs
n’ont pas le permis), elles aussi font le spectacle
même si le panneau « Vendu » donne des regrets à
certains retardataires. Car maintenant, on arrête des
motards avec des liasses de billets pour leur acheter
leur bécane. Et là, le bât commence à blesser.
Des appels à la patience sont lancés par la FFMC
(Fédération Française des Motards Contents) . Le but
est proche. Le vote aussi. Il faut que la population
française soit favorable à l’existence des motards,
même si les voitures individuelles sont condamnées à
brève échéance. Les nouveaux médias couvrent
l’évènement.

Le lundi, les gens commencent à repartir et la


situation redevient normale le mercredi. Les clubs
moto de la région se chargent du nettoyage des rues
et des parkings, puis du convoyage des bécanes
achetées par les caisseux. Chanceux celui qui conduit
une vieille 1200 venture à Marseille. Moins, celui qui
ramène une 125 à Lille.
Le mercredi 21 mars 2012, la décision de la Net
Assemblée Nationale tombe. Les motards auront le
droit de circuler les week−ends uniquement pour des
activités de loisirs, ainsi que les voitures de collection
et un contingent de 1% de caisseux pour chaque
modèle existant de moins de dix ans. Ce contingent
sera tiré au hasard parmi les numéros de plaque. Les
autres voitures seront rachetées à leurs propriétaires

Puces motos à Niort 144


Guerre contre les Majors

pour être nationalisées (et donc collectives et


attribuées chaque jour) ou détruites.
La mise en application se fera le deux mai, aux
beaux jours. Au feu rouge, quand il apprend la
nouvelle au guidon de sa superbe Goldwing modèle
92, l’homme sourit et en mordille le bâton de sa
sucette de plaisir. Il n’a pas choisi un casque intégral
à cause de cette manie, mais grâce à la généreuse
bulle sur ce modèle, et une visière qui descend assez
bas il est bien protégé du froid et des insectes qui
croisent sa trajectoire tout en pouvant satisfaire son «
vice ».
C’est important de penser à tout quand on
s’équipe et qu’on choisit une bécane.

Puces motos à Niort 145


Bienvenue Major DAD

21 / 03 / 2006, 20:07
Bienvenue Major DAD

Mars 2015.
L’occupation de la France par les américains dure
depuis dix mois. Il faut commencer les relèves afin de
faire un équilibre entre ceux qui vont prendre des
congés avant de revenir pour un an et ceux qui vont
rester un an pour ne pas revenir. On prévoit large car
le conflit s’enlise. Les centres de communications
français sont toujours opérationnels et introuvables.
« Curieusement », la relève n’est pas trop difficile
à effectuer. La vie en France est un long fleuve
tranquille. Les familles désirent voir leurs proches
mais ne tremblent pas pour eux. Et pourtant, pour le
major « DAD », ainsi surnommé par ses hommes
pour son paternalisme en opération, cette tranquillité
est pour lui trompeuse.
Responsable adjoint de la Cellule Renseignement
− collecte des informations fait divers. Tous les petits
problèmes ou sont impliqués des soldats américain
lui parviennent. Et il peut constater un taux de
disparitions assez élevé, souvent attribué à de la
désertion. Or, la vie du soldat américain n’est pas trop
dure ici. Il faut rajouter la disparition systématique
des agents envoyés sur le terrain au bout de quelques
mois. Peut−être avaient −ils trouvé quelque chose,
car actuellement ils n’avaient rien. Impossible de
s’intégrer dans des populations désoeuvrées,

Bienvenue Major DAD 146


Guerre contre les Majors

marginalisées ou réfractaires. La seule qui existe est


celle des « immigrés » et ils sont étrangers dans leur
propre pays. Ils commencent à repartir pour
l’étranger, souvent avec de l’argent mais leurs biens,
qui avaient été en majorité respectés dans la période
2011−2014 sont cette fois occupés après leur départ.
Comment vendre à des gens qui ne sont pas
propriétaires de leur logement ? Qu’ont ils fait de
leurs pauvres, de leurs drogués, de leurs délinquants,
de leurs « sans papier », de leurs « sdf » ?

Par contre, c’est la vraie galère avec les avions.


Sous l’effet du printemps, certainement, la noria des
avions pour la relève est assez perturbée. Pannes
d’ordinateur, témoins d’alerte des avions, bagages
mal chargés, tour de contrôle… Son chef direct est
exaspéré. Cela fait quatre fois qu’il rate son départ Il
a même décollé une fois et l’avion a du faire
demi−tour pour un problème d’erreur de quantité de
carburant. Le summum, c’est quand au dernier
moment pour embarquer, il n’était pas sur la liste…

En plus, au deuxième avion, les passagers qui


étaient avec lui et n’avaient pu décoller sont bien
partis. Par contre, lui est resté sur le carreau pour
cause de 4 heures de grève imprévue suite à
l’agression d’un pilote par un « partant » un peu
contrarié.
Il fulmine. Il retourne à l’aéroport et demande à
un général de faire débarquer un troufion au dernier
moment. Ca fait 72 heures qu’il devrait être chez lui.

Deux heures plus tard, le major Dad voit revenir

Bienvenue Major DAD 147


Guerre contre les Majors

son chef, au bord de l’épuisement après une dernière


crise de nerf. Air France refuse de l’embarquer pour
24 heures. A bord, dix minutes après le décollage,
quand le pilote a annoncé un retour sur ROISSY car
le train d’atterrissage ne rentrait plus, il a bondi sur
l’hôtesse qui lui demandait de retourner à sa place et
d’accrocher sa ceinture (Elle avait souri
narquoisement selon lui).
2 stewards, le copilote et le mécanicien ont eut toutes
les peines du monde à le maîtriser. L’hôtesse a retiré
sa plainte et Air France n’a fait preuve de clémence
que sur l’intervention du général 5 étoiles
chapeautant l’opération « restore artists bénéfits »
comme l’appellent les français. Le reste de l’avion est
parti deux heures plus tard sans problème.

A la réflexion, une telle poisse n’est pas naturelle.

Le major Dad décide de s’interroger sur tous les «


départs manqués» tandis qu’il est parallèlement
décidé que le colonel chef de bureau parte en
hélicoptère militaire jusqu’à Londres, sous couvert
d’un exercice de commandos parachutistes plongeurs
de combat. Pas besoin de paperasse à présenter aux
français . Départ le plus discret possible au cas où le
colonel était la cible de enchevêtrement de
circonstances troubles !Et vol tranquille depuis
Heathrow jusqu’à New−York.

A mi−chemin entre la France et L’Angleterre, on


perd l’hélico sur le radar. Les recherches en mer ne
donneront rien, pas même un débris.

Bienvenue Major DAD 148


Guerre contre les Majors

Après que trois autres personnels non évacuables


par les voies classiques aient disparu en fin de compte
alors qu’ils appartenaient à de hauts échelons de
responsabilité, le major DAD trouva un premier point
commun : la préparation et la conduite du
bombardement de la ville du HAVRE.

Le major DAD passa quelques nuits blanches à


analyser les disparitions. Celles ci étaient souvent
liées à des heurts avec la population française :
accident de la route entre un véhicule militaire et un
véhicule civil, bagarre ou accusation de viol,
brutalités lors de manœuvres…ainsi que, en plus des
« observateurs libres », des sergeants bilingues et des
administratifs, quelques jeunes officiers…
Manifestement, les français étaient bien en guerre
alors que les troupes américaines se prélassaient,
insouciantes. Le montant des pertes, avec les
accidents un peu bizarres se montaient à 1500… en
dix mois seulement. Proportionnellement au temps
passé, plus qu’en Irak quelques années auparavant,
alors qu’il y avait des attentats, des opérations de
guerre et des accidents de manipulation d’arme.

Mais, pour les évacuations en hélico avortées,


comment les Français avaient−ils pu parvenir à savoir
qui était à l’intérieur ? Dans cette pièce, tout était
sécurisé, pas de micro ni de caméra.
Illumination non évidente en anglais à trois
heures du matin, dans cette grande pièce aux lumières
trop crues et au silence assourdissant : le major DAD
envoie un e−mail à son chef d’état−major. « Mon

Bienvenue Major DAD 149


Guerre contre les Majors

général, nous avons un problème. Je crois que nos


ordinateurs ne sont pas sûrs». Click to « send » et,
dans les dix secondes, retour d’un message de
réponse «from intelligency officer » mais en français
cette fois. «Vous croyez Major ? Mais vous pouvez
en être sûr ». Et là dessus, l’ordinateur éclate d’un
rire sardonique à glacer le sang dans les chaumières
et à résonner encore longtemps dans la grande pièce
vide ainsi que dans la tête du major DAD.

Bienvenue Major DAD 150


Camps de redressement

21 / 03 / 2006, 22:40
Camps de redressement

Octobre 2012

En pleine forêt domaniale landaise, au bout de


l’unique voie d’accès, on atteint un camp grillagé.
Une triple rangée de barbelés et des mâts avec des
caméras et des dispositifs de détection de mouvement
en interdisent l’entrée ou la sortie. Entre les deux
dernières barrières, un chemin de ronde assez large
pour un véhicule peut permettre une intervention
rapide des gardes. Entre les deux premières, un
espace canin dissuade les plus courageux de se faire
la belle ou de venir faire une visite.
A l’intérieur, sur une surface de 150 hectares, on y
trouve une vraie ville avec différents quartiers.
Chaque quartier correspond à un type de délinquant,
sauf le quartier des gardiens et des éducateurs.
Le futur quartier de haute sécurité correspond pour
l’instant au quartier des ouvriers bâtisseurs.
En France, cinq lieux ainsi isolés doivent
permettre de loger les 70.000 délinquants potentiels
auxquels le pays est habitué depuis trois ans. Mais
depuis le plein emploi, l’arrivée des euros−crédits et
la certitude pour les condamnés d’avoir à travailler
durant leur séjour, la délinquance a commencé à
fortement baisser.

Camps de redressement 151


Guerre contre les Majors

Néanmoins, il ne s’agit pas de camps de


concentration, comme on put l’affirmer les
détracteurs. Les caméras de surveillance, comme une
dizaine d’autres spécifiquement installées pour la
durée des travaux sont connectées sur le supra net.
Tout citoyen peut constater que personne n’est
maltraité, ni encouragé à l’inaction.

Il y a un quartier témoin qui fonctionne déjà. C’est


celui des petites peines. Chaque détenu est
responsable de son studio avec commodités pour la
durée de son séjour après état des lieux. Il est relié au
supra net pour les loisirs et les cours. Car chaque
détenu, si il veut pouvoir sortir à la fin de la peine
prononcée par le tribunal doit avoir « progressé » au
niveau imposé dés le départ avec un manager,
manager qui sera ensuite relayé par un manager
spécialisé à sa libération. Mais le manager, est
présent sur le lieu de détention car on estime que les
délinquants ont besoin, dans un premier temps d’être
physiquement suivis. Il dispose d’un lit correct, d’un
grand placard, et d’un coin douche−toilette. Il n’y a
pas de coin cuisine, mais le micro onde est autorisé
après deux mois de présence sur autorisation du
manager, surnommé ici tuteur.

Sinon, le quartier dispose d’un gymnase, d’une


piscine, d’une piste d’athlétisme et d’un supermarché,
au contenu approprié bien sûr. Les détenus doivent
avoir une vie en un maximum de points semblable à
la vie à l’extérieur. La punition de l’enfermement ne
prive que des moments intimes avec le sexe opposé,
et des fréquentations habituelles. Certaines pratiques

Camps de redressement 152


Guerre contre les Majors

ne peuvent non plus être exercées sur place, mais


l’essentiel d’une vie sociale est maintenu. Cela fait
partie de la rééducation pour les petits voyous des
anciens quartiers dit défavorisés.

Un autre quartier n’est pas prés d’être amélioré,


c’est le quartier des racistes. On aurait pu l’appeler
autrement, mais il permet d’y mettre tous les racistes.
Actuellement en majorité blanche anti−tout sauf eux,
les autres « communautaires » renoncent à affirmer
leur supériorité depuis qu’un musulman un peu
violent a fait un vilain sourire à un noir antillais.
Déplacé dans ce quartier, il a permis à tout le monde
de l’entendre crier durant la nuit, au milieu des rires
gutturaux, mais personne dans l’encadrement n’est
intervenu et la leçon est bien retenue pour les autres.

Depuis, il n’y a pas d’incident car la consigne est


soigneusement passée aux nouveaux. Les seuls heurts
sont donc intra ethniques afin de ne pas être catalogué
comme raciste, donc beaucoup moins fréquents.
Ce quartier là est donc un ensemble de préfabriqués.
Les détenus ne veulent pas travailler et ils se
débrouillent avec la nourriture qu’on leur fournit tous
les jours. Néanmoins, il est possible pour quelqu’un
qui le désire de le faire savoir devant une des caméras
blindées de surveillance. Il est alors extrait lors d’un
difficile « rassemblement général » et isolé de tout le
monde durant un petit moment. Puis, une fois
interrogé et orienté, il est changé de centre pour
suivre une rééducation adaptée à son autre profil.

Camps de redressement 153


Guerre contre les Majors

Ainsi, le nombre d’extrémistes racistes baisse t−il


régulièrement.

Mais cette solution ne satisfait pas trop l’homme à


la sucette, venu faire une inspection de visu. Il veut
depuis longtemps mettre un nom sur les assassins de
son frère et de son neveu. Chaque fois qu’un nazillon
veut s’amender, il vient l’interroger à ce sujet.
De plus, il veut connaître les noms des anciens
patrons qui prônaient le rétablissement d’un reich.
Car ce sont ceux là qui contaminent encore à
l’extérieur les couches défavorisées de la race
blanche. Même si ils sont exilés, ils seront inquiétés
par les services de renseignements étrangers qui
apprécient l’aide des français en la matière.

Le type a pu se laver, et mettre une nouvelle tenue


propre. Elle est blanche et non orange comme pour
ses ex−congénères. Ils vivent dans des conditions de
vie déplorables car ils veulent apitoyer les internautes
sur leur sort. Pour cela, ils détruisent les installations
sanitaires, mettent le feu quand ils peuvent, et
souillent leurs vêtements. Le seul résultat probant
obtenu est la capitulation de leurs éléments les plus
faibles psychologiquement..

« Bonjour Hans » attaque l’homme à la sucette.


L’individu ne répond pas à la provocation. Il est brisé
et il a peur de retourner dans « la cage aux fauves »
« Pas très bavard, mon garçon. Pourtant, tu sais ce
qu’on vous a dit par haut parleur. Pour pouvoir être
rééduqué, il faut d’abord renier et participer à la lutte

Camps de redressement 154


Guerre contre les Majors

contre la barbarie, c’est à dire se mettre à table. »


L’autre renifle. Il repère la caméra face à lui
malgré son camouflage. Il sait qu’il est observé, que
c’est sa dernière chance, qu’il a intérêt à ne rien
oublier. Sinon, à court ou long terme, c’est le retour
dans la cage et l’exécution réservée aux traîtres.

Alors, il raconte. Il raconte son frère qui l’a


emmené dans son groupe. Il raconte les ratonnades,
les chasses aux pédés, les dégradations dans les
cimetières juifs, les agressions dans les manifs, les
projectiles pour attiser les forces de l’ordre, les camps
d’entraînement militaire. Il donne deux trois surnoms
de commanditaires, reconnaît quelques photos, donne
ses chefs. On tire le fil et le sac s’éventre. Il n’y a
plus qu’à ramasser.

Mais manifestement, il n’est pas de la région pour


ce qu’il recherche, et il n’est pas d’un niveau scolaire
très élevé. Ce qu’il raconte sera analysé par les
enquêteurs, mais il n’y a pas grand chose à tirer.
« Et puis, avec tes amis, tu t’éclatais sur internet à
insulter les autres ? » « Ah non, pas moi ! C’est du
rayon des binoclards çà ! »
« Les binoclards ? » « Ouaih, les crânes d’œuf, les
tronches. Eux, ils passaient leur temps à ça.
« Et il y en a des binoclards ici ? »
« Non, ils supportaient pas d’être ici. Ils ont été les
premiers à partir en faisant mine de pleurer »
« Tu as des noms ? »
Espoir et colère. Ils se sont fait abuser en beauté.
A la lecture des dossiers, on a cru relâcher de pauvres
types. Et il s’agit des plus dangereux qui sont dehors.

Camps de redressement 155


Guerre contre les Majors

Enfin, pas pour longtemps. Mais sous quel motif


aussi pour les remettre en cage ? Ils ont passé des
tests de « crédibilité ». Ils ont déjà été enfermés sous
prétexte de « dangerosité potentielle », et n’ont
jamais été jugés.
Et si en plus certains commençaient à acquérir
des bases de supra net ? On croyait relâcher les
imbéciles les plus timorés et on a relâché les
informaticiens du mouvement. Ceux qui
programmaient les jeux de « reconstitution historique
» ou « gestion de camp de la mort » « art de la torture
» …et les utilitaires d’intrusion, de virus bloquants ou
désorganisateurs , ou encore des logiciels de
cryptographie.

L’homme à la sucette sort en déguster une dehors.


Il a besoin de mettre de l’ordre dans ses idées. En
sortant précipitamment, il renverse le seau d’un jeune
en train de serpiller. Un petit mot d’excuse. Franck,
encore en « rééducation » prend sur lui pour ne pas
éclater de rage et éponge le sol sans un mot.

Camps de redressement 156


Les DRM passent dans les
moeurs

21 / 03 / 2006, 22:47
Les DRM passent dans les moeurs

20 Mars 2006

« Putain, j’y crois pas ! »


A deux heures du matin, cet internaute fraudeur
vient de faire une terrible découverte.
Cela fait deux semaines qu’il suit, tant bien que
mal, les débats au sujet de la loi DADvSI à
l’Assemblée Nationale.
Il a vu passer des amendements à la trappe, des
sous−amendements à l’as, des
sous−sous−amendements sous les huées. Il a vu
repasser des amendements supprimés, des cons
primés et des vieux films périmés. Il a vu dépasser
des bornes par le ministre de la culture, des cornes
sous les cheveux de son rapporteur ainsi que de
mornes dépassés qui ressassaient. Il a vu trépasser les
chances de progrès sur le Net et les libertés
fondamentales des internautes.
Depuis un an, il avait découvert en surfant un site
de mots de passe de X. Tous ne fonctionnaient pas,
mais qu’importe. La syntaxe en était assez simple
pour comprendre
Couplé avec DAP 7 (pour télécharger films et
p h otos ) o u DAP 8 (so yo ns moderne s), v oir e
WinHTtrack (aspirateur de site), il avait pu se faire
Les DRM passent dans les moeurs 157
Guerre contre les Majors

une super collection de films et de photos X, légale


en matière de diffusion. Il croyait que le monde était
suspendu aux décisions françaises, et comme le vote
solennel n’était prévu que le mardi 21 mars 2006,
qu’il fallait ensuite que le projet soit accepté par le
conseil constitutionnel, ce ne serait pas encore pour
demain, toutes ces MTP,DRM et DCU.
Bref, il vient de télécharger péniblement, sans
mule, ni casa quelques petits wmv. En en lançant un,
on lui demande à nouveau son log et son mot de
passe pour obtenir une licence et pouvoir la
sauvegarder. Le mot « DRM isé » est en toute lettres
et il sait que si il veut voir ce film, il va y avoir une
partie de son environnement informatique qui risque
être stocké chez le fournisseur. Il ne lui reste plus
qu’à effacer les fichiers sans les avoir vus.
Le sexe avait−il besoin du net pour être rentable ?
Heureusement il y a assez de sexe libre pour couvrir
de nombreux besoins. Mais avec les DRM, si le
revenu du site augmente, les artistes auront−ils plus
de plaisir à pratiquer leur art ?
En tout cas, si cette pratique se généralise et tue le
sexe libre à cause des lois DADvSI, un jour ou
l’autre, Fred Le Borgne devra payer pour se rincer
l’œil.

Les DRM passent dans les moeurs 158


Honneur et décadence

23 / 03 / 2006, 00:16
Honneur et décadence
11 novembre 2015

Les critiques quand à l’occupation américaine en


France s’amoncellent. La World Company a payé
deux cents informaticiens Sri Lankais rien que pour «
nettoyer » à leur insu les forum de discussion (sujets
passés) afin que la trace en soit perdue sans que
personne ne réalise. L’état major américain a eu une
idée pour communiquer sur l’amitié
américano−française.
Alors, aujourd’hui, tous les cimetières américains
de France vont recevoir la « visite » d’une compagnie
en grande tenue. Ces manifestations sont prévues
décalées dans la journée pour être toutes filmées et
diffusées sur le Net. Le major est désespéré. Ces
maudits français vont encore détourner les images et
les américains vont être ridiculisés, comme toujours.
Depuis six mois, c’est un sujet de plaisanterie
permanent. Le major DAD se dit espionné par les
micro ordinateurs de son bureau. Depuis la
disparition de son chef, il semble avoir craqué et
refuse de prendre l’avion ou de quitter le quartier
retranché. Certaines sentinelles l’auraient entendu rire
étrangement la nuit quand il est seul dans les bureaux
de son service. On ne l’a pas changé car ce service ne
ramène rien depuis un an et demi et les gens envoyés

Honneur et décadence 159


Guerre contre les Majors

sur le terrain finissent par disparaître dans la nature.


De plus, il relie tous les accidents, les désertions, et
les dysfonctionnements à une grande organisation
d’espionnage et de sabotage française. Ses chefs
l’écoutent sans comprendre.

Selon eux, les serveurs français qui inondent


l’internet ne seraient pas nombreux. La seule cache
découverte était de petit format. Et la France n’est
vraiment pas une menace militaire. Mais c’est vrai
qu’il faut des résultats, et après l’affaire des « camps
de la mort », il vaut mieux être sûr de son fait. Pour
cela, il vaut mieux s’attirer la sympathie de la
population avant de lancer une campagne contre les
pirates terroristes qui sont la cause de l’invasion et
qu’il faut dénoncer.

L’état Major rendra hommage à ses « morts pour


la France » au cimetière américain situé sur les
contreforts du Mont Valérien. Cette forteresse, qui
abritait jusqu’en 2010 un régiment de transmission
est un haut lieu de recueillement car des résistants
français y étaient maintenus au secret avant d’être
fusillés durant la deuxième guerre mondiale. Le
dernier président républicain français y était tous les
18 juin pour commémorer l’appel du grand général.

Le lieu, en hauteur, desservi et ceinturé par de


grandes artères, est facilement sécurisable et au
sommet, à l’intérieur des fortifications, il y a une
grande aire de poser d’hélicoptère possible. Après la
cérémonie, vers 10 h 30, le major DAD a prévu une
petite visite de la plaine des fusillés, des cellules, du

Honneur et décadence 160


Guerre contre les Majors

musée des transmissions et du musée du colombier,


puis un bon repas servi dans le grand restaurant du
sommet, avec une vue imprenable sur Paris.

A nouveau un petit tour d’hélico sur Paris avant de


regagner l’état major, et cette journée sera agréable
pour tout le monde, avec un maximum de sécurité.

Alors qu’il survole la zone, le major DAD est


déçu. La population est absente. Il y a des groupes de
cinq soldats de protection tous les 50 m, mais leur
attitude est volontairement relâchée, afin de ne pas
être considérés comme menaçants. Au parking au sud
du Mont sont garés les bus plein de soldats en grande
tenue d’apparat. Il fait beau et presque bon pour la
saison.

L’entrée du fort est sérieusement gardée. La route


en sens unique qui en permet la circulation est
parsemée de check point. Des équipes patrouillent
dans les douves et le long des remparts. Les oies
(changées tous les ans) crient à la concurrence
déloyale et le GI qui devait normalement stationner le
long du rempart dans leur enclos reste maintenant
prudemment à l’extérieur. La « Valérie » intrigue les
« boys » qui ne lisent pas le français, mais se font
prendre en photo à ses côtés. Comme d’autres se
permettent quelques facéties avec la statue située prés
du colombier…
La cérémonie retransmise sur le Net est
émouvante. Néanmoins, pas une parole qui

Honneur et décadence 161


Guerre contre les Majors

permettrait de comprendre que le nombre de victimes


de cette guerre en France, si il est égal au nombre de
disparus, pourrait être assez choquant pour ceux qui
suivent la diffusion. Les Français ne sont pas au
rendez−vous et cela attriste le major DAD. Leur
action déconsidère les morts d’une guerre précédente
qu’on a voulu utiliser, en vain semble t−il.
Le programme au Fort se poursuit sans embûches
au grand soulagement du major DAD, ainsi que dans
les autres endroits, où les troupes américaines rendent
hommage. A 17 heures, alors qu’il va falloir songer
au retour, un jeune lieutenant vient chercher le major
DAD. « Venez voir, c’est incroyable, c’est sur le Net
».

Effectivement, le major DAD n’en croit pas ses


yeux. Les mêmes lieux, déjà décorés par les gerbes
américaines, sont investis par des milliers de
personnes arrivées ici par un phénomène de « Flash
Mob ». A chaque endroit, un homme en écharpe
tricolore remercie les soldats américains venus
défendre les valeurs de liberté à leur époque. Sans
être articulé, le message rapporté à l’actualité est tout
de même explicite tout en restant décent. Très fort.

La suite est une véritable bombe. On y voit, dans


quelques entrepôts, des soldats américains enchaînés,
qui restent très calmes pour autant. Ils n’ont pas l’air
d’être maltraités. On sent même une certaine joie
contenue chez certains d’entre eux. Puis on y voit les
environs du Fort du Mont Valérien, un des bâtiments,
surnommé « Le petit château » à cause de deux
petites tours et une dizaine d’hommes menottés et

Honneur et décadence 162


Guerre contre les Majors

bâillonnés. Le commentaire précise que chacun d’eux


saura retrouver un entrepôt et que ce soir, un millier
d’hommes, prisonniers pour des raisons diverses,
allaient retrouver leur liberté.

La nuit qui suivit fut encore une nuit blanche pour


le major DAD. Le compte−rendu fait par ses
hommes, les « spécialistes de l’infiltration » qui
avaient disparu, n’était en effet pas pour le rassurer.
Et l’impact médiatique de l’annonce d’un millier de
prisonniers ignorés de toute la planète était
considérable.

Mais ce que le pauvre major DAD n’a vraiment


pas apprécié du tout, c’est de découvrir sur le net, en
même temps que des millions de personnes, juste
après les images des prisonniers où il venait de
reconnaître certains de ses hommes,( et il s’était donc
bien approché de l’écran) la tête qu’il était en train de
faire face au micro−ordinateur, avec à ses cotés le
jeune lieutenant qui était venu le chercher et qui
manifestement ne comprenait rien à ce qui se passait.
Et le rire qui avait, encore une fois, résonné à ses
oreilles…

Honneur et décadence 163


Manifestations

23 / 03 / 2006, 21:11
Manifestations

23 Mars 2011.
Elsa a 25 ans, et toujours pas de travail. Elle a
arrêté ses études deux ans plus tôt et elle passe de
stage en stage non payés, varie les petits boulots mal
payés et trouve parfois l’occasion de quelques cachets
salvateurs grâce à son talent pour l’accordéon. Mais
comme elle n’a pas fait le conservatoire, elle ne
trouve rien de stable dans la musique.
Christian poursuit encore ses études. Il a une
bourse. Leurs parents sont modestes, mais aimants et
ils leur assurent le gîte : un studio sous les toits, très
sympa et pas trop petit quand même. Pour le reste,
c’est un peu la galère.
La World Company omnipotente tente d’imposer
à l’assemblée la déréglementation des minimums
sociaux. Comme le marché du travail , c’est un
secteur public en pleine déliquescence et réduit à la
portion congrue, et le secteur privé entièrement
contrôlé par la World Company, cette
dérèglementation va entraîner une baisse immédiate
généralisée des salaires.
Le pouvoir en place ne sait plus que faire. C’est
çà, ou le travail sera fait à l’étranger. Le « pays riche
» que fut la France n’est plus que l’ombre de
lui−même. La déflation a déjà commencé. Elle
enrichit relativement ceux qui disposent de biens et à

Manifestations 164
Guerre contre les Majors

terme va précariser l’ensemble de la population.


Des économistes commencent à prendre peur.
Appauvrir la population, c’est se priver de la
demande. D’ou un manque d’enrichissement par
l’offre.
Un visionnaire sur le net (Prof JM) développe une
théorie. D’abord il explicite la tactique de la World
Company. La première étape est de niveler de façon
homogène la population mondiale. Niveler, pour
éviter les migrations économiques et … limiter la
consommation. En effet, la terre ne peut supporter
l’équivalent de huit milliards de consommateurs
américain, mais pas de problèmes avec huit milliards
de chinois.
Puis, organiser un ’appauvrissement progressif,
avec une offre encore existante, qui permet la vente à
perte des biens tels que l’immobilier (pour devenir
locataire et se payer quelques loisirs) . Les suppôts de
la World company vont pouvoir se payer de larges
domaines, sur lesquels survivra une population qui
travaillera pour presque rien.
Une majorité de pauvres, serviles en échange de
quelques pièces, une petite classe à peine moyenne
pour gérer les institutions, la production de base,
assurer la continuité de la recherche scientifique,
permettre la pérennité des acquis et produire quelques
« artistes ». Des imbéciles élevés au rang de notables
grâce au métier des armes pour tenir le tout en place,
des illuminés pour convertir à une religion
quelconque pourvu qu’elle contrôle les aspirations
métaphysiques de la populace, et ensuite, un dix
millième de la population, extrêmement riche, chargé
d’administrer une région, et pouvant profiter du

Manifestations 165
Guerre contre les Majors

meilleur de la production humaine et terrestre. Bref


une classe regroupant une quintessence de
l’humanité, seule représentative de la dignité de
l’humanité selon elle.
Quelques guerres ou épidémies et le réservoir
humain pourra s’adapter au nombre des privilégiés et
à la nature. Les riches par accident disparaîtront peu à
peu et la vraie élite de l’ancien temps pourra profiter
de la quasi totalité des ressources.
C’en sera fini des « congés payés » qui
encombrent mer et montagne une partie de l’année.
Pour satisfaire le peuple avec rien, il y aura la Hifi,
internet (pas trop quand même), la drogue, le cinéma,
le sport, le lèche vitrine.
Bref, il s’agit ni plus, ni moins que d’un retour au
moyen âge. C’est la solution retenue par la World
Company pour « gérer » la planète.
Puis, Prof JM, et le Cercle e−pol qui cherchent à
définir un nouveau modèle social, préconisent un
collectivisme rationnel fondé sur les besoins réels
d’un individu,( à savoir ses droits élémentaires dont
celui de la juste rémunération pour son travail),
collectivisme co−géré par tous les citoyens
volontaires tenant compte de l'équilibre de la planète.
C’est encore assez fumeux, mais de nombreux jeunes
adhèrent à ces théories, bien que ce qu’ils veulent
surtout, c’est avoir un avenir moins bouché que celui
qui s’annonce à grand pas.
L’urgence, c’est de protester. Avec les moyens
habituels de revendication. On descend dans la rue et
on menace les gouvernants, les intérêts des puissants,
la société toute entière si il le faut.
Franck est surexcité. Chaque jour, il suit les

Manifestations 166
Guerre contre les Majors

manifestants, crie avec eux, insulte les forces de


l’ordre. Quand ça commence à chauffer, il jette des
barrières avec d’autres dans les rangs serrés de la
maréchaussée. Puis, au milieu des lacrymogènes, il
casse une vitrine non protégée et se sert.
Pas des bijoux non. Mais ça peut être des films ou
des disques ou des stylos dans une librairie, comme
des fringues, de la hifi, de l’informatique, des
appareils photos, en fonction de la chance et de
l’occasion. Vite revendu, vite dépensé, son butin lui
permet d’améliorer son ordinaire (Il est plongeur dans
un petit restau le soir).
Elsa a décidé de manifester aujourd’hui. Défendre
le monde du travail va la changer de la défense des
libertés sur le net. Elle aussi est déçue de la
médiocrité du gouvernement et elle comprend la
détresse des exclus.
Elsa à Paris. Franck à Lyon. Tout deux vont se
faire capturer lors d’une charge de mobiles. La
première parce qu’elle était mignonne et que les
garçons, autours d’elle, criaient deux fois plus fort
pour lui plaire. Et Franck, parce qu’il visait trop bien
les failles de la « tortue » des mobiles. Comme quoi,
dans une foule, il ne faut pas se faire remarquer…
Elsa sortira vers 21 heures, le même jour, avec une
bosse faite par un butor, les cheveux en bataille et
quelques contusions. Elle sera fichée multirécidiviste
maintenant. Christian et ses parents sont venus la
chercher et elle a eu un peu honte quand même. Mais
en sortant du commissariat, son père l’a embrassée
sur la joue, avec la larme à l’œil. Il était fier d’elle
malgré la peur qu’il avait pu ressentir. Par contre,
personne n’est venu chercher Franck. De plus, il en a

Manifestations 167
Guerre contre les Majors

pris plein la tête, ses côtes sont douloureuses à


chaque respiration et sa future progéniture lui semble
pour l’instant bien compromise. Lui va être déferré
devant un juge, sera condamné à trois mois de prison
et fera partie des premiers pensionnaires des
nouveaux centres de rééducation civique.

Manifestations 168
Dure journée

25 / 03 / 2006, 00:40
Dure Journée

Véra vient d’arriver à son studio. Il est 9h 30 et


elle est épuisée. Dans une heure, elle a un briefing à
l’état major de région. Il lui faut partir en civil et se
changer là−bas.
Une douche et elle va mettre un jogging.
L’eau chaude la réveille mais la maintient dans
une douce torpeur. Le contact soyeux de son gel
douche, sa nudité, son bien être … elle ressent à
nouveau les sensations qui l’ont bercée cette nuit. Son
cœur s’accélère, elle s’abandonne dans quelques
images coquines et … met l’eau froide. Ce n’est pas
le moment. On l’attend. Malgré tout, même l’eau
froide, en raffermissant son corps, lui procure des
frissons agréables.
Passage devant le miroir. Quelle mine affreuse.
Coup de brosse rapide, crème de beauté, rouge à lèvre
discret… le minimum syndical après l’hygiène en
fait. Et même pressée, son esprit ne la laisse pas en
paix et martèle « franck franck franck » sous son
crâne.
Elle part sans manger, et heureusement les
transports en communs ne sont pas bondés et sont à la
hauteur. Elle regarde les gens, mais ils lui semblent
bien loin en fait. Elle en manque son arrêt. En retard,
dans les vestiaires, elle est toujours obnubilée. Elle
parvient quand même à shabiller correctement, le

Dure journée 169


Guerre contre les Majors

nœud de cravate bien fait, les grigris en place, tous


les boutons boutonnés. Elle tente une entrée discrète
dans la salle de réunion, mais peine perdue. Le major
DAD, descendu de Paris pour motiver ses troupes en
province, lui « souhaite la bienvenue » et « la
remercie de l’honorer de sa présence » et tout le
monde la regarde avec un petit sourire.
Elle en rougit jusqu’à la racine des cheveux,
balbutie un « sorry », rejoint sa place et fixe le major
DAD pour lui « permettre » de continuer. Bien sûr,
tout le monde a remarqué qu’elle ne pourra pas
prendre de notes, ayant manifestement oublié sa
mallette. Au culot, elle sort de sa poche une clé USB.
De loin, personne ne peut voir qu’elle ne fait pas
enregistreur. Son voisin lui glisse tout de même une
feuille blanche et un stylo. Elle le remercie d’un
sourire sincère.

Le major expose un relevé de situation.


« Notre service est en crise. Nous n’avons en ce
moment rien de probant. Il est tout de même tout à
fait anormal que la population ne réagisse pas à notre
présence. Pas plus qu’à la mise en place d’un
gouvernement qui a été chassé il y a plus de 3 ans et
demie. Il doit y avoir un pouvoir parallèle. Il doit y
avoir des implantations informatiques d’envergure. Il
doit y avoir des installations militaires autres que les
magasins de chaussettes correspondants aux locaux
encore en service des régiments traditionnels. Il doit y
avoir des caches d’armes et des résistants qui savent
où elles se trouvent. Ils attendent que notre attention
se relâche pour nous attaquer. Profitons de ce délai
pour découvrir leurs positions.

Dure journée 170


Guerre contre les Majors

Depuis deux ans que nous surveillons plus


particulièrement le pays par satellite, nous n’avons
pas pu déterminer la destination des matériels. Les
chars existent. Voyez ces photos. Ils apparaissent
toujours dans les camps d’entraînement pour une
manoeuvre et à la fin de celle−ci, ils s’évaporent
durant la nuit. On a pu remarquer que le char passait
dans un parking souterrain avant d’être évacué par
train. Mais impossible de suivre tous les wagons.
Nous avons juste retrouvé les parkings et les
ateliers de réparation après la manœuvre. Les avions
ont filé à Djibouti, pays où la France a des accords
militaires puis à la Réunion. Les navires de guerre
sont eux aussi en territoire français outre mer.
Sachant où ils sont, nous savons ne pas avoir à les
craindre. Mais leurs hélicoptères sont eux aussi portés
disparus, comme le reste de l’armée de terre et de
leurs états majors. Plus grave, nous ne savons pas où
se ravitaillent les sous−marins. Et eux croisent au
large. Des pêcheurs en ont fait l’amère expérience en
voulant profiter du moratoire français de la pêche
dans ses eaux pour faire la récolte à la place des
français. Ils ont été torpillés par des munitions
spécifiques qui coulent le bateau. Ce sont les
pêcheurs français qui font les sommations et
recueillent les naufragés, mais ce sont les sous marins
qui coupent le filet et envoient le navire par le fond.
Nous avons voulu en piéger un il y a trois mois avec
des chalutiers espagnols en guise d’appâts.
L’embuscade a échoué. Les navires ont pu emporter
ce qu’ils ont voulu et le lendemain étaient coulés à
quai.
Les français ont une stratégie globale. Nous ne

Dure journée 171


Guerre contre les Majors

devons pas relâcher notre attention. Ils nous


espionnent. Votre rôle a chacun… »
Véra rêve. Appuyée sur son coude gauche, elle
soutient son menton, ferme les yeux. La voix du
major devient une litanie lointaine, lointaine… «
MISS SANDERS »
Réveil en sursaut. Yeux ronds. Tout le monde la
regarde. Confuse, elle se change pour la deuxième
fois en charmante pivoine. Le major enchaîne, venant
généreusement à son secours :
« Je veux que vous soyez tous aussi épuisés que
Miss Sanders et que vous recherchiez jour et nuit tous
les renseignements qui nous manquent. Les Français
ont peut−être une arme secrète redoutable qui leur
permet d’être aussi sûrs d’eux ou pas mal d’atouts
dans leur manche. Moi−même, j’en serai presque
persuadé... »
En anglais, la manche ne peut rien inspirer à Véra,
mais l’arme secrète et les atouts suffisent à lui faire
repenser à la merveilleuse nuit que Franck lui a faite
passer. Elle sourit béatement, ce qui n’échappe pas au
major DAD qui cette fois ne va pas lui permettre de
s’en tirer à si bon compte.
« Je vois que Miss Sanders a une petite idée sur la
question. Avez−vous découvert quelque chose, Miss
Sanders ? » lui dit−il d’un ton narquois.
Mais cette fois, Véra ne va pas faillir. Une
évidence lui apparaît.
« Peut−être Major, peut−être. Une théorie déjà, basée
sur l’observation. Les Français ne vivent pas sur un
même plan économique que nous. Ils sont comme
une ruche, avec des éléments interchangeables d’une
part, et des spécialistes de l’autre. Tous semblent

Dure journée 172


Guerre contre les Majors

vivre décemment. Et surtout rationnellement. Or,


dans un même temps, il existe une structure de loisirs
24 h sur 24.
Ces structures elles−mêmes semblent gérées
rationnellement. L’alcool coule à flot mais les
français en boivent peu. Les couples
franco−américains sont nombreux, et pourtant,
l’intention n’est pas de faire payer cher l’envahisseur
en échange de compagnie. Il y a une différence entre
les établissements pour américains et les
établissements exclusivement français. Enfin, alors
qu’il y a des loisirs « offerts » , les loisirs « payants »
sont très élevés, parce que choisis en plus des loisirs
offerts, et les loisirs « offerts » sont de la même
qualité que les loisirs payants.
Ainsi, pas de concurrence, ni d’encouragement à
avoir des loisirs supplémentaires aux loisirs
« normaux ». Les loisirs sont peut−être l’arme que
vous recherchez, car ils se sont arrangés pour que
pour nous américains, les loisirs sont tout à fait
abordables.

− Ne pensez vous pas Miss Sanders, que leur


monnaie électronique, bien que basée sur l’euro, est
en fait très dévaluée ?
− Non Major, car sinon les produits locaux seraient
abordables pour eux aussi.
− Très intéressant mais un peu saugrenu malgré tout.
»

Son intervention avait dégrisé Véra. De plus, elle


venait de douter de Franck. Un instant, elle l’avait
réduit à un dragueur économique, voire à un

Dure journée 173


Guerre contre les Majors

imposteur. Et si c’était vrai ? Elle en aurait pleuré.


Elle verrait bien si il la rappelait.
Normalement, ce soir ils avaient rendez−vous.

Dure journée 174


Triste conjoncture

28 / 03 / 2006, 19:26
Triste conjoncture

16 juin 2009

Véra fait un malaise dans le métro. (Véra est aussi


le prénom de la mère adoptive de Franck. C’est d’elle
dont il s’agit) .Elle a eu son premier il y a trois ans.
Et deux dans l’année précédente. Il est 18 h 30, heure
d’affluence. Aussitôt, un passager donne l’alerte.
Mais personne ne peut vraiment s’écarter. A la station
suivante, Véra est allongée sur des sièges
inconfortables (pour éviter que des clochards
viennent y dormir). Mais les secours tardent.
L’ambulance est gênée à cause des manifestations.
Elle n’arrive à l’hôtel Dieu (distant seulement de 2
km) qu’une heure après.
A 19 h 30, Véra rentre maintenant dans le cadre
des urgences. Elle est un peu vaporeuse mais
consciente. Elle va donc pouvoir attendre une heure
de plus, allongée tout de même. Cela permet au
secrétariat de l’hôpital de consulter son dossier «
Sécu ». Tiers payant, mutuelle… et petit salaire de
fonctionnaire.
Quand un docteur va la prendre en charge, il va
constater (chance car parfois, on ne peut le voir
même après un malaise) une anomalie cardiaque
grâce à un monitoring. Il va donc la diriger sur le
service effectuant les échographies en couleur. Le

Triste conjoncture 175


Guerre contre les Majors

cœur est ainsi filmé durant une minute. On y voit


bien les dégâts causés par le mini−infarctus qu’a fait
Véra trois heures plus tôt. On y voit aussi deux
coronaires au diamètre très réduit. Il va falloir opérer
dans un proche avenir et lui faire un pontage, voire
plusieurs.

Et c’est là que le bât blesse. Il y a encore deux ans,


un cardiaque était pris en charge à 100% par la Sécu.
Le 100% Sécu n’existe plus à cause de la crise
économique. Deux fois plus de chômeurs, des
finances exsangues malgré les 20% de prélèvement
sur les salaires. En plus, la base salariale, avec la
mondialisation a encore baissé. Mais les frais
hospitaliers ont explosé.

Alors, il a fallu tailler dans les remboursements et


prendre des décisions. Les cures dans les villes d’eau
pour « maigrir » ou soigner des problèmes
allergiques, des problèmes respiratoires etc… sont
toujours bien remboursées car elles contribuent aux
économies locales. Il faut aussi financer une grande
part du prix demandé par les maisons de retraite,
organismes privés d’utilité publique, car sinon elles
seraient vides. Par contre, les malades chroniques
doivent participer à leur traitement.

La mortalité chez les personnes âgées ou fragiles,


et pauvres a donc doublé depuis deux ans. C’est
autant de frais en moins pour la collectivité. Mais
c’est aussi moins de revenus pour les hôpitaux. Il faut
donc augmenter les tarifs, donc augmenter la part que
doivent verser les patients. Les guerres économiques

Triste conjoncture 176


Guerre contre les Majors

peuvent être plus meurtrières que les vraies et


personne ne s’aviserait de faire le décompte des
victimes.

Afin de ne pas permettre la critique, il existe


encore la possibilité d’être soigné gratuitement. C’est
le vendredi. Ce jour là, l’hôpital opère les indigents.
Il y a six mois d’attente. Et Véra n’y a pas droit car
elle gagne trop.
C’est un paradoxe à la française. Depuis 20 ans
que Véra travaille, avec les 11% puis les 14% et enfin
les 21% de CSG qui lui sont retirés du salaire, elle
aurait pu se payer l’opération. Mais le prix de
celle−ci pour Véra est hors d’atteinte pour elle
aujourd’hui. Non seulement elle paye, mais ceux qui
ne payent pas pourront peut−être être soignés (un sur
vingt) mais pas elle. Coluche avait dit, 30 ans avant «
La solidarité, c’est de faire payer aux pauvres pour
plus pauvres qu’eux ».

Aujourd’hui, être celui qui aide n’est pas un


avantage par rapport à l’assisté.

En 2006, l’heure était déjà aux économies. Véra «


pouvait attendre ». En 2007, elle n’était pas encore
opérée quand la gauche décida de ne plus rembourser
les cardiaques à 100%. Et aujourd’hui, elle devra
encore survivre grâce à une petite intervention de
dilatation pour les coronaires (mais pas de pontage) et
de médicaments qui amélioreront un peu le
rendement du cœur mais qui ne soigneront pas la
cause des malaises et ne récupéreront rien de la zone

Triste conjoncture 177


Guerre contre les Majors

endommagée par l’infarctus qui va alors se nécroser.


Et pourtant, ce traitement insuffisant va mettre son
compte en banque dans le rouge.
Véra survivra encore une petite année. Les
banques ne lui accorderont pas de crédit lui
permettant de se faire soigner car elle n’était en assez
bonne santé pour prétendre y avoir droit à la lecture
de ses réponses au questionnaire. Franck ne se
résignait pas à l’inéluctable. Il tenta, à 15 ans, ses
premiers trafics pour trouver l’argent nécessaire pour
sa mère adoptive. Il commença aussi à cambrioler, ou
voler dans les voitures. Mais l’argent obtenu auprès
des receleurs était très insuffisant.
Sa haine pour la société s’en trouva exacerbée.

Conduite en urgence le 13 mai 2010 après une


troisième attaque, une infirmière miséricordieuse la
plaça seule dans une chambre pour lui laisser ses
dernières heures au calme. La Faucheuse s’arrangea
entre copines avec la troisième Parque pour venir
chercher Véra durant son sommeil, sans douleur.
Dans l’hôpital, nul ne faisait trop attention, (sauf le
fantôme de la SACEM encore prêt pour empocher
post mortem des royalties puisque l’hôpital selon lui
n’était pas digne d’une exception), à la voix de
Georges, sur la radio interne, qui chantait, pas très
fort « Toi, petite Véra, quand tu mourras, quand le
croque−mort t’emportera, qu’il te conduise à travers
ciel, au Père Eternel »

Triste conjoncture 178


Captivante captivactivité

28 / 03 / 2006, 19:29
Captivante captivactivité

Brian en est à son troisième mois de captivité. Il a


pu monter sur le toit de l’immeuble et en est resté
pantois. Il est en pleine ville. Il ne voit aucun
monument qui pourrait lui permettre de l’identifier.
La terrasse est agréable car elle est arborée. Elle est
censée éviter les barbelés empêchant une évasion.
Ainsi, par satellite, cet immeuble est anodin.
Il a droit à une heure. Ils sont quelques uns dans
son cas. Mais aucun n’a envie de discuter pour
l’instant. Chacun pourrait être un des éléments du
trinôme des traducteurs en veille du net. En fait
(Brian ne le sait pas. Les trinômes évoluent).
Des idées d’évasion lui traversent l’esprit. Ce qu’il
ne sait pas, c’est que c’est fait exprès. Le sentiment
d’une liberté possible évite le désespoir et invite à la
patience. Il échafaude alors mille plans pour
descendre sans encombre les 30 étages.
1) Franchir les barrières de sécurité 2) Sauter dans le
vide 3) Il reste15 secondes pour apprendre à voler.
Alors, des idées de corde assez longue, d’élastique,
de tuyau incendie… Y’en a un. Est−il assez long ? Il
est bloqué par une manette, elle même derrière une
vitre… Il doit y avoir une alarme si on la brise …Et
l’heure passe si vite.
Malgré tout, il ne sait pas si il a vraiment envie de
s’enfuir. La vie est plutôt agréable. Il commence à

Captivante captivactivité 179


Guerre contre les Majors

bien se débrouiller en français, et si il traduit des


textes pour les français, il s’agit plus de textes pris sur
le net que de conversations militaires. Sa « trahison »
est relative. Il « aide » à l’enseignement de l’anglais
pour les français qui espionnent les militaires.
Il écrit en anglais ce qu’on lui explique en français
pour les messages de « propagande ». Il a du travail.
Il sait les zones à ne pas approcher. Il y a une salle de
sport, une salle de détente, et si les américains ne sont
jamais laissés seuls pour discuter, les français ne
maintiennent pas une chape de plomb sur les débats.
Et surtout, il y a Véronique. Il n’avait que peu de
souvenirs de la nuit précédant sa capture. Véronique
est la fille avec laquelle il avait flirté. Elle l’avait
repéré depuis un certain temps et l’avait trouvé « à
son goût ». Sélectionné, il a donc été drogué. Il lui en
a un peu voulu au début, mais elle est revenue à la
charge, lui expliquant qu’il lui avait « tapé dans l’œil
» et qu’ils pouvaient travailler ensemble. En fait,
c’est elle que Brian forme pour les « écoutes ». les
cours de « langues » fatalement se sont poursuivis
plus tard que prévu après quelques jours.
Brian a pu constater que la plupart de ses
camarades avaient leur amazone. Il avait trouvé
curieux que les français n’aient pas capturé de
femme. Véronique lui avait expliqué que la «
disparition » de soldats pouvait être expliquée par de
la désertion. De plus, les parents s’inquiètent plus
pour des filles que pour des garçons. Des parents
pensant que leur fils avait déserté comprendraient de
ne pas recevoir de nouvelles. Ceux qui avaient des
filles demanderaient des enquêtes. Et l’opinion
internationale serait défavorable aux français si on

Captivante captivactivité 180


Guerre contre les Majors

pensait qu’ils s’en prenaient aux femmes.


Brian est tombé un jour sur les « droits » des
prisonniers de guerre. Sa situation n’existe pas. Il
tombe sous le coup des droits élémentaires dus à tout
individu. Le droit vraiment bafoué est celui du
courrier aux familles.
Officiellement déclaré déserteur, un « intermédiaire »
a pris contact avec sa famille pour leur proposer,
contre argent, de donner des nouvelles à leur enfant.
Il reçoit donc du courrier. Il peut y répondre
électroniquement mais il est censuré. Il faut qu’il n’y
ait rien d’identifiable à coup sûr. Il doit aussi ne rien
raconter de sa détention. Ainsi l’intermédiaire peut
apparaître pour un escroc aux yeux d’enquêteurs. Par
contre, la famille qui veut y croire est « rassurée ». Et
Brian a du courrier.
Les français sont encore plus malins. Les
prisonniers travaillent, donc ils sont payés. Avec un
petit versement immédiat pour améliorer l’ordinaire,
et le reste pour leur « pécule de libération ». Certains
pensent qu’il s’agit d’une escroquerie, mais comme
les français ne sont pas obligés de le faire…
Enfin, Brian ne sent pas sur le dos la hiérarchie
militaire pesante à laquelle il est habitué depuis son
engagement. Si son travail est imposé, ainsi que les
périodes de repos et de sport, il reçoit ses directives
sur un ton normal, et non des ordres qui claquent.
Brian ne prendra donc pas le risque d’une évasion.
Ces camarades non plus. Les meilleures prisons sont
celles où le prisonnier accepte de s’enfermer tout
seul. Il y a tellement de prisons qu’on ne soupçonne
même pas.
Dans le bureau du chef de centre, un homme

Captivante captivactivité 181


Guerre contre les Majors

étudie les résultats de ce centre. Bien−être des


prisonniers, efficacité des écoutes, les actions en
cours, le travail de sape, les « petites victoires » sur
l’ennemi, les informations recueillies pour la suite…
Ca marche mieux que prévu. A croire que la
torture, le sérum de vérité ou les sévices n’ont pas été
inventés pour le renseignement, mais bien pour le
plaisir de quelques malades. Il y a déjà quelques
vocations d’agent double. Mais cela ne l’intéresse
pas. Le risque d’une trahison mettrait en danger tout
l’édifice. Le personnel français est aussi maintenu
sous pression. Le lien affectif qui existe entre l’agent
français et son prisonnier doit être au bénéfice de
l’agent. Aucun ne doit être tenté de « faire plaisir à
son prisonnier » et lui permettre une évasion. Ce
serait le peloton d’exécution pour les deux. C’est la
guerre, malgré les apparences. Il y a trois mois, un
agent a été surpris à collecter des données sensibles
dans le but de les vendre aux américains. Il est
aujourd’hui célèbre pour les 13 deniers en plomb qui
ont été sa récompense. La vidéo est ignoble, et on ne
reconnaît pas l’individu, mais elle a eu son petit effet
sur le réseau. Peu ont plaint la victime, en fin de
compte. Si les agents sont au courant, la famille ne
l’est pas. Elle n’a pas à porter le poids de cet acte. Un
bon exemple est toujours plus efficace que mille
menaces qui gâchent la vie et se banalisent, donc
peuvent en devenir inefficaces.
L’homme est songeur. La guerre ne se gagnera
que sur le long terme. Combien de temps arrivera
t’on à limiter le pire ? Il connaît trop ce qu’est une
vraie guerre. Yougoslavie, Afghanistan, Côte
d’Ivoire, République Démocratique du Congo…,

Captivante captivactivité 182


Guerre contre les Majors

autant de théâtres d’opérations qu’il ne pourra jamais


oublier, et dont il ne veut pas une nouvelle illustration
en France. Si les américains se sentent trop menacés,
ce sera le bain de sang.
« Trop pessimiste » pense t−il tout haut. Et pour se
détendre, il se choisit une sucette à l’anis

Captivante captivactivité 183


Die Hard 2

28 / 03 / 2006, 19:35
Die Hard 2
Jamais Véra n’aurait pensé qu’une journée de
travail puisse être aussi longue. Après le repas pris
en commun par les participants à la table ronde du
matin, le major DAD l’avait un peu sermonnée. Elle
savait bien que si son père avait été un simple
ouvrier, elle en aurait encore les oreilles endolories.
Il avait substitué à « stupide » et « insolence » les
termes de « peu probable » et « attitude équivoque »,
mais le message lui était parvenu dans toute sa
clarté.
Jamais Véra n’aurait pensé qu’une journée de
travail puisse être aussi longue. Après le repas pris en
commun par les participants à la table ronde du
matin, le major DAD l’avait un peu sermonnée. Elle
savait bien que si son père avait été un simple
ouvrier, elle en aurait encore les oreilles endolories. Il
avait substitué à « stupide » et « insolence » les
termes de « peu probable » et « attitude équivoque »,
mais le message lui était parvenu dans toute sa clarté.
Elle regrettait à ce moment d’avoir voulu servir
son pays dans l’armée comme son père l’aurait
souhaité si il avait eu un fils. Pour sa fille, il avait
d’autres desseins, qu’elle ne partageait pas. Mais elle
sentait bien que le bât qui blesse chez les militaires,
c’est la rigidité des idées appuyée sur une «
expérience » proportionnelle au temps de service.

Die Hard 2 184


Guerre contre les Majors

Pourtant, cette guerre était nouvelle. Les


américains croyaient la mener seuls. C’était le
contraire. Les français avaient développé un nouveau
mode de société. Elle ne parvenait pas à en deviner
les contours, mais le résultat était là. L’armée
ennemie était superbement ignorée. Le gouvernement
mis en place n’avait aucun pouvoir. Les hauts
fonctionnaires nommés par ce gouvernement se
retranchaient dans leur bureau et la population
semblait heureuse.
Très vite, ses pensées se tournèrent vers Franck.
Quelle était sa place dans ce jeu ? Etait−il sincère ?
Le garçon lui avait semblé prévenant et gauche pour
la séduire, mais lorsqu’il avait fallu assumer côté lit,
elle avait pu sentir une force intérieure peu commune.
Non pas qu’il n’ait pas su se montrer attentionné et
précautionneux envers elle, mais c’était l’impression
qui lui en restait aussi après.
Enfin, ses baisers lui semblaient posséder toute la
chaleur d’une passion nouvelle et intense. Leur
dernière étreinte avant de se quitter avait été tendre et
mélancolique. Ils s’étaient promis de recommencer et
il lui avait demandé son numéro de portable pour
reprendre rendez−vous.
Elle pensa qu’elle avait désactivé sonnerie et
vibreur. Elle consulta sa messagerie. Il était 17 h. Il
n’avait pas appelé.
Franck se réveillait doucement. Son studio était en
désordre, ses fringues éparpillées, les restes de son
grignotage de midi au pied de son lit. Il lui fallait
suivre sa demi−heure d’infos. Il passa un tee−shirt et
se planta devant sa bécane. Il tapa son numéro de
compte, son mot de passe, et consulta les différents

Die Hard 2 185


Guerre contre les Majors

articles. Il répondit ensuite aux questions citoyennes,


aux sondages et référendums journaliers puis consulta
sa boite aux lettres. Bernard lui souhaitait une bonne
soirée, avec un smiley égrillard.
Il chercha alors le bout de papier sur lequel il avait
noté le numéro de Véra, ce qui acheva l’impression
de désordre dans la pièce. Mais que foutait il posé sur
le micro−onde à la merci du moindre courant d’air
qui l’aurait projeté derrière le meuble de cuisine ?
Il le consigna d’abord dans la mémoire de son
nouveau gadget et le regretta aussitôt. Celui−ci était
en contact permanent avec « la base ». Il leur avait
livré déjà ce à quoi il tenait le plus au monde
aujourd’hui.
Puis il pensa qu’il aurait mieux fait de leur
demander de consulter la fiche de Véra pour avoir
son numéro au lieu de mettre son studio sans dessus
dessous pour le retrouver.
Il appela. Il était 18 h 15. Véra décrocha à la
deuxième sonnerie.
« Hello darling » tenta t−il .
« Bonjour mon cher » répliqua t’elle.
Il sentit une bouffée de chaleur soudaine, bonheur
intense, surprise et gêne car il prit conscience qu’une
troisième personne au moins écoutait.
« Vé Véra ? » bredouilla t−il.
« Herself for you » gazouilla t−elle.
Silence. Tous deux se sentaient ridicules. Ils
prenaient conscience que l’autre avait pris une place
importante dans leur vie. Mais chacun voulait refuser
cet état de fait. « Je n’ai pas le droit » pensait l’un. «
Je suis stupide » pensait l’autre.
« Qu est ce que .. que tu fais ce soir ? » lâcha Franck.

Die Hard 2 186


Guerre contre les Majors

« I’m tired » gémit Véra.


« Ca c’est sûr » pensa Franck avant de traduire
correctement in petto.
« Like me » mentit il bon prince.
Ils échangèrent alors quelques banalités, chacun
imaginant l’autre. Franck était assez proche de la
réalité, Véra ne s’étant pas encore totalement habillée
après la douche qu’elle avait prise pour se
réveiller. Elle se tortillait sur le lit ou s’étendait
langoureusement en écoutant sa voix et quelques
trémolos dans ses soupirs alanguis provoquaient de
brutales montées de tension via le tympan et le
cervelet chez Franck.
Ils se quittèrent sur un smack−smack de bon aloi.
Franck regarda son studio. Il préférait sortir plutôt
que ranger. Il se sentait à l’étroit.
Véra regrettait déjà d’avoir décliné l’invitation.

Die Hard 2 187


Un scénario pour l’été 2007

29 / 03 / 2006, 19:57
Un scénario pour l’été 2007
01 juin 2007

La gauche pavoise. C’est son grand retour au


pouvoir après douze ans. Et sans avoir du présenter
une femme. En échange, il a fallu se radicaliser pour
prendre les voix du facteur, préférables à celles du
centre. C’est encore un gouvernement d’intérêts
divers. Il fallait battre la droite. Il y a eu coalition.
Mais il n’y a pas eu de programme commun, juste des
arrangements en sous−main. Pas question de
décourager un socialiste libéral ou se refuser un
marxiste léniniste à tendance révisionniste. Le parti
socialiste ne représente que 40% de la gauche. Il a
besoin des écologistes pour mener une politique
mesurée malgré les exigence de la LRG (Ligue
Révolutionnaire de Gauche) qui représente, grâce à
l’union des divers gauches (sauf le PC
indéboulonnable ) 35 % de celle−ci. La banquière a
cédé la place au facteur porteur de bonnes nouvelles.
On passe de la R5 au vélo jaune.
Seulement, si la première décision est de dissoudre
l’Assemblée, à majorité absolue de droite, la
reconquête des sièges s’avère difficile. Au niveau
local, l’entente qui a fonctionné pour la présidentielle
fonctionne mal.
Entre la parité, les places promises pour chacun, le
charisme et la notoriété de certains élus en place, le

Un scénario pour l’été 2007 188


Guerre contre les Majors

futur cumul des mandats, le type d’adversaire en


face… et le délai très court pour la campagne des
législatives, la désignation des candidats est un vrai
casse−tête et il faut éviter les candidatures multiples
qui provoquent l’émiettement des voix et risquent
permettre des duels Droite − extrême droite au
second tour.

La droite elle−même s’organise. Le centre veut


rester indépendant. Il ne faut pas aller chercher les
voix extrêmes. Alors, tout est bon. On déterre les
vieux démons. On rappelle ce que peut faire une
majorité sans partage, surtout que la gauche tient les
régions. Et surtout, on effraie avec l’archaïsme des
idées, l’incompétence, la corruption et la chienlit…
Pas un candidat n’échappe à l’opprobre. Le citoyen
est désabusé. Personne n’a de programme. Et les
slogans sont simplissimes.

Alors, les politiques ont recours aux vedettes. Les


champions olympiques, les footballeurs et les artistes.
Le ministre de la culture sortant « dépanne » ses
collègues avec l’aide des grandes industries
internationales du disque et du cinéma. Les derniers
décorés disent quelques mots gentils à la tribune des
politiques en échange des médailles. Certains ont été
amnistiés par Bercy et eux aussi viennent avec leur
tube de pommade. Les politiques investissent non
seulement les créneaux d’information, mais surtout
les émissions de jeu, de variétés et les reality show.
Le maillon faible avec neuf candidats de neuf partis
différents devient une émission culte. La vérité qui
compte fait un flop mais vis ma vie démontre

Un scénario pour l’été 2007 189


Guerre contre les Majors

l’interchangeabilité des uns et des autres. Sans aucun


doute ne parvient pas à convaincre, alors que certains
font un tabac en guest stars « sous le soleil ». Certains
se mettent même à chanter. Bernard Tapie quitte la
France, écoeuré.

Les lois DADvSI refont leur apparition à


l’improviste. Un candidat de gauche, sur le plateau de
TF1 commente l’arrestation d’un internaute pour
possession d’un logiciel de contournement des
DRM..
Et il reparle de licence globale. Le journaliste lui
déforme par « taxe sur les FAI » et augmentation de
la facture d’internet . L’un comme l’autre confondent
tout. Mais force revient au candidat qui parle de
respect des droits d’auteurs car si il y a moins de
piratage, il y a aussi beaucoup moins de vente de CD
et nos artistes vont finir par chanter au coin des rues.
Si chaque internaute donne l’équivalent d’un ticket
restaurant par mois, aucun chanteur ne mourra de
faim (16 Millions de ticket quand même )

Les associations d’internautes s’invitent dans le


débat. La présidentielle a été gagnée grâce aux
promesses concernant l’emploi, le CPE n’en ayant
créé aucun, sauf dans les discours des candidats de
droite. Les internautes veulent le vrai débat et la
remise à plat de la loi DADvSI à l’Assemblée
Nationale. Certains députés UMP rappellent leur
action du 21 décembre 2005 et durant les débats
suivants.
L’ancien ministre de la culture parle de son

Un scénario pour l’été 2007 190


Guerre contre les Majors

évaluation positive au bout d’un an, des longs débats


constructifs de 2006, des décrets d’application
complémentaires concernant l’interopérabilité afin de
permettre aux sociétés vendeuses de faire le meilleur
choix technique pour leur gamme de produits HIFI
etc… La gauche reparle de licence globale
miraculeuse, permettant de supprimer le système
répressif sur le net.

La dernière semaine de campagne entre deux tours


est donc animée par des internautes pleins d’espoir
qui reprennent de bons tubes inventés durant les durs
moments de mars 2006. Henri Tournel se fait
connaître en interprétant le « chant des partisans »
version internaute aux « enfants de la télé » (Paroles
empruntées à profJM)

La gauche remporte une grosse majorité sur les


bancs de l’Assemblée. Néanmoins, il s’agit d’une des
conséquences du système du scrutin uninominal
majoritaire à deux tours où nombre de duels et de
triangulaires (gauche, droite,centre ou gauche, droite
extrême droite) ont pu être remportés grâce à l’union
des gauches. A la proportionnelle, le résultat eut été
moins rose.

Le 18 juillet 2007, une licence globale de 15 euros


permettant l’échange P2P des fichiers musicaux
diffusés sur webradios est instituée. Elle permet de
justifier les taxes prélevées depuis 18 mois sur les CD
et DVD. Le droit aux DRM est maintenu pour les
vendeurs de musique en ligne afin de maintenir la
viabilité de leur commerce. Les amendes de 38 et 150

Un scénario pour l’été 2007 191


Guerre contre les Majors

euros sont supprimées de la grille de répression. Par


contre, la possession d’un DVD shrinké passe à 1000
euros et celle d’un logiciel briseur de DRM à 5000
euros. Les majors ont tout de même obtenu trente
pour cent sur le montant des taxes collectées à titre de
dédommagement. 20 pour cent iront à l’état en tant
que TVA sur les taxes et les artistes pourront se
partager le reste au prorata des albums vendus sur les
plateformes légales. Les « partenaires » se félicitent
alors de ce point d’équilibre enfin trouvé dans cette
stratégie gagnant−gagnant.

Le 19 juillet, les FAI recevaient neuf millions de


demandes de résiliation. Un comité d’internautes fut
créé en trois jours par élection sur le net grâce à la
fusion des ligues et associations. Le pouvoir prit peur.
Le 25 juillet, un jeune internaute inconnu du monde
politique devenait « Ministre de la Culture
Numérique ». Ce ministère incluait tous les médias
numériques, y compris les programmes de Web télé
et la musique sur Internet.
Les majors avaient le choix entre passer par les
règles fixées par ce ministère ou vendre leurs films et
musiques sur cassettes analogiques. La télévision
hertzienne quand à elle était condamnée.

Un site « Ministère de la Culture Numérique » fut


ouvert et la « concertation » fut reprise,
démocratiquement, puisque chaque internaute en
ligne au moment des choix pu voter pour les
premières mesures. Le « point d’équilibre » se
déplaça donc plutôt radicalement. Pourtant, le vote ne
fut pas à la proportionnelle. Il y avait trois camps. Le

Un scénario pour l’été 2007 192


Guerre contre les Majors

premier était celui de l’industrie du disque, avec peu


de participants. Le second fut celui des artistes. Le
troisième celui du consommateur. A chaque question,
le « oui » ou « non » au sein de chaque camps était
proportionnels aux voix exprimées pour ou contre.
Ensuite, le nombre de réponses (3) étant impair, la
décision était emportée.

Contrairement à ce qu’auraient pu attendre le


commun des mortels, les artistes se rangèrent du coté
des internautes contre l’industrie du disque pour la
plupart des décisions. Il faut dire que par « artistes »,
il n’y avait pas que ceux qui travaillaient pour les
majors.
Néanmoins, quand il fut question de points
concernant la possibilité de création avec les moyens
des majors, il y eu unanimité. Comme quoi, les
majors n’étaient pas exclues de participer, par leurs
moyens de production, à la diffusion de la culture.
Seulement, les bénéfices escomptés n’étant pas à la
hauteur de leurs prétentions, et ayant peur que les
décisions prises en France puissent faire
jurisprudence ailleurs, les majors quittèrent le débat
et décidèrent d’exclure la France de leur zone de
diffusion.

Le jeune Ministère adopta en première instance un


adage très simple avant de vraiment cerner le
problème pour le Net. « Interdit d’interdire ». Puis le
ministre se tourna vers les instances plus classiques
pour réformer avec des idées neuves tout en
maintenant certaines contraintes malheureusement
indispensables le paysage audio−visuel français.

Un scénario pour l’été 2007 193


Guerre contre les Majors

Tandis que sur le Net français, les DRM ne firent pas


donc pas long feu tandis que de jeunes artistes purent
monter avec des internautes des plates−formes de
musique « originale » avec paiement volontaire. Un
peu lent à démarrer au début, le flot de contributions
équitables prit ensuite une altitude acceptable, alors
que dans la vraie vie, les difficultés sociales et
économiques se dégradaient de plus en plus. Enfin,
les majors n’avaient pas dit leur dernier mot.

Un scénario pour l’été 2007 194


Avis de tempête

30 / 03 / 2006, 22:38
Avis de tempête

Janvier 2014.

Les fêtes de fin d’année se sont bien passées. La


population a pu bénéficier de largesses imprévues
pour elle et dont elle avait perdu l’habitude. Une «
pénurie » voulue à l’exportation des produits de luxe
français a permis de faire monter les prix à
l’international et d’accumuler des réserves. Réserves
consommées ensuite avec les crédits euros accordés
en prime de fin d’année au 15 décembre. Donner
l’argent et la disponibilité du produit… ça a été une
razzia. Il était préférable de laisser des prix élevés et
de donner l’argent à part. En effet, brader les produits
aurait permis aux plus économes habituellement d’en
acheter beaucoup, alors que les autres n’aurait pas pu
se les payer, ou les stocks auraient été insuffisants
quand même.
Tandis que les prix élevés ont permis de vendre le
stock existant pour les jouisseurs tandis que ceux qui
ont préféré acheter du quotidien moins luxueux ont
bénéficié d’une amélioration substantielle de leur
ordinaire.
Quand aux émigrés, à l’étranger, qui avaient payé
à prix d’or le luxe français, ils ont pu voir sur le net
des familles modestes manger foie gras, charcuterie
fine, fromages etc. accompagnés de rouges

Avis de tempête 195


Guerre contre les Majors

prestigieux sans copeaux, de blancs moelleux, de


champagne…
C’est formidable l’économie au service de la
population… et surtout pour son moral. Le cercle qui
en est responsable, rattaché en un point à la défense
globale, a fait du bon boulot.
Car les nuages s’amoncellent autours de la jeune
Net−république.
L’homme à la sucette est dans son bunker souterrain
officiel en région parisienne, c’est à dire sur les lieux
de l’ancienne « piscine ». Ce matin de reprise, sa
boite aux lettres est à la limite de la saturation.
Le téléphone sonne. C’est une particularité rare
aujourd’hui. Les interlocuteurs s’invitent dans le coin
supérieur gauche de l’écran. Leur identité s’affiche,
avec le motif de l’appel et un petit gling pour attirer
l’attention. On ne prend la com que lorsqu' on est
disponible. Et alors, c’est comme un visiophone, et
on peut continuer de travailler en même temps.
Lorsque le téléphone sonne, c’est le téléphone
sécurisé à l’extrême. Les abonnés sont très peu
nombreux et chacun a fait l’effet d’une enquête.
Lorsque on décroche, le combiné identifie grâce à sa
surface tactile, la main qui le tient (et en vérifie la
température). Si celle ci ne correspond au possesseur,
il proteste en donnant l’alerte avec une sirène
stridente.
Il décroche, il s’agit de son équipe, située à
quelques minutes de là, dans une nouvelle
implantation souterraine. Le Colonel ne donne même
pas de motif. Il lui demande de venir. C’est urgent.
Il sort de son bureau et se rend à la « station ».
Depuis deux ans, grâce à l’évolution des lignes du

Avis de tempête 196


Guerre contre les Majors

métro parisien, on a pu dans le plus grand secret faire


un métro parallèle qui relie toutes les implantations
souterraines de la capitale et les bâtiments officiels.
Mais au lieu d’attendre une rame, on prend un petit
véhicule électrique ( et silencieux) situé en bordure
de quai et on rejoint la voie principale en fonction de
la direction que l’on emprunte.
Le choix de voie a été fait pour des questions de
sécurité. Les navettes peuvent se croiser sans risquer
de se heurter. Elles peuvent aussi adapter la vitesse
maximale en fonction de la charge et circuler vides.
Ainsi, à l’approche d’une navette qui va s’arrêter (la
destination est choisie au départ), si le quai est plein,
une navette va quitter le quai et aller se ranger à la
station suivante. De même, quand l’avant dernière
navette d’un quai quitte celui ci, le système central «
appelle » une navette vide de la station précédente.
Ca fait un peu James Bond, mais ainsi, tous les
déplacement sont sécurisés, non gênés par la
circulation (même si elle est fluide), économiques,
fiables, non polluants (grâce à l’électricité) et
invisibles.
A chaque fois, les ouvriers ont cru travailler pour le
métro. Il a juste fallu refaire les quais pour le
stockage des navettes. Enfin, les tunnels sont prévus
pour être « écroulables » en cas d’intrusion en un
point. Chaque implantation dispose d’une autre sortie
de secours dans les égouts ou les catacombes. Le
sous−sol de Paris est un vrai gruyère.
A son arrivée, l’homme à la sucette peut constater
la tension et l’inquiétude qui règnent. Les
conversations s’interrompent et le colonel vient se
camper devant lui, immobile. Il lui tend la main et

Avis de tempête 197


Guerre contre les Majors

celui−ci la lui serre un peu plus fort que d’habitude.


«Bonjour Monsieur. Cette fois, c’est parti. »

Le New York Time annonce dans sa première


édition du matin le départ de deux divisions pour
l’angleterre. Même information au Washington Post.
On y explique que la France n’a toujours pas
obtempéré pour se soumettre aux règles du droit
international.
De plus, une mystérieuse et sournoise dictature y
aurait pris le pouvoir alors que le gouvernement
légitime est en Angleterre depuis 3 ans. Cet état
voyou abrite aussi des terroristes du Net qui veulent
replonger le monde libre dans la barbarie en
paralysant les ordinateurs à distance Le chef du
Gouvernement provisoire en exil, constitué à Londres
avec les votes des martyrs français exilés déclare «
Amis américains, merci de votre aide pour libérer nos
compatriotes».
Le plus grave, c’est que les images satellites
montrent aussi l’embarquement de SHERMAN
dernier modèle, du départ de deux porte avions
entourés d’une escadre conséquente et , en
Angleterre, prés de Londres, on comprend mieux le
terrassement qui y a été effectué.
L’homme a la sucette fait en son for intérieur un
rapide tour de situation. Ou en est aujourd’hui la Net
République ? Et surtout son armée.
Il y a trois ans, en Août 2011, il a été chargé par
le cercle « Défense globale » de réformer en
concertation avec le Chef d’état−Major et les
officiers de son bureau études les armées, enfin ce qui
en restait, pour maintenir une défense opérationnelle

Avis de tempête 198


Guerre contre les Majors

malgré les faibles effectifs.


Il avait quitté l’armée "officielle" en 2003. Celle
qu’il avait retrouvée avait évolué dans le mauvais
sens dont on avait toujours pensé qu’elle pouvait
évoluer. Une armée de métier a tendance à se couper
de la population, puis à vouloir prendre le pouvoir.
L’état déficitaire et de plus en plus contesté avait
concentré ses efforts sur la gendarmerie et le
ministère de l’intérieur. Le turn−over pour permettre
un renouvellement des cadres n’avait pas résisté à la
réforme des retraites qui préconisait des allongements
de carrière pour la même retraite.
Si le haut de la pyramide se bouche, ce sont les
nouveaux qui ne sont pas recrutés. Avec en plus la
baisse des soldes et le désoeuvrement induit par la
raréfaction des manœuvres, la civilianisation de
certains services et l’externalisation d’autres, les
militaires avaient vu leur nombre décroître, avaient
subit plusieurs réorganisations s’avérant être des
concentrations, avaient vu leur solde divisée par trois
et avaient développé un retour aux « traditions » pour
se tenir les coudes.

Ainsi, cette collectivité dont la cohésion était un


des maîtres mots avait réussi à maintenir intactes les
notions de patrie, de sacrifice, d’honneur, d’honnêteté
et d’efficacité. Seulement leur « élitisme » les
confortait dans leur opinion d’être les seuls dignes de
reprendre les rênes du pays. Dans les rangs des
officiers, on retrouvait beaucoup de personnes qui
civiles aurait émigré, mais que la passion de leur
métier avait retenu auprès de leurs hommes et de
leurs responsabilités.

Avis de tempête 199


Guerre contre les Majors

Au départ, il était convenu de leur faire passer la


pilule qui allait les faire intégrer le ministère de
l’intérieur. Afin de s’assurer de leur concours
indispensable, ce fut le contraire qui se produisit.
Généraux et bureaux d’études allèrent renforcer
d’autres responsabilités dans d’autres cercles. Leurs
qualités seraient bien utiles pour les stimuler. Les
officiers subalternes prirent de hautes responsabilités
et touchèrent des missions « nouvelles ». Les sous
officiers progressèrent aussi grâce à la création de
deux échelons supplémentaires et le recrutement fut
relancé en masse avec des recrues ayant déjà des
qualifications et un métier.
A part les cadres dans un premier temps, les
militaires devaient avoir une autre activité dans le
civil. Les informaticiens passèrent tous dans le
net−renseignement, le supra−net et la net−ergonomie
fonctionnelle.
Ainsi, le pays était peut−être passé à coté d’une
dictature militaire. Trois généraux gardant contact
songèrent à prendre le pouvoir. Grâce au supra−net,
ils furent repérés. Ils reçurent le récit de leur futur «
adieu aux armes » d’un coté et la preuve de leur
duplicité de l’autre. Ils acceptèrent donc la retraite.

Le reste passa sous le commandement du cercle de


la défense globale, composé de civils à 80% et sous
les ordres du cercle de pilotage, lui−même
directement aux ordres du gouvernement et de son
assemblée législative. La fonction de chef de l’état
devint symbolique et celui−ci était surtout un des
membre du cercle de la diplomatie. Plus de risque de

Avis de tempête 200


Guerre contre les Majors

coup d’état.

Aujourd’hui, cette armée disposait d’un centre de


formation militaire des cadres à Saint−Maixent,
d’une direction des personnels à Limoges, de 5
hôpitaux (Lille, Paris, Bordeaux, Lyon, Marseille),
d’une vingtaine de bases aériennes de format réduit
dans des hangars de l’aviation civile, de deux ports,
de cinq champs de manœuvre et d’une multitude de
dépôt de matériels répartis dans chaque ville, avec
quelques responsables quotidiens. Mais 15% de la
population entre vingt et cinquante ans était un
fonctionnaire opérationnel à quart de temps minimum
et connaissait un petit bout de la mission. Ils étaient
mobilisables par supra−net pour une mission d’une
heure à une semaine (pour l’entraînement).
Ce temps n’était pas géré par le manager mais par
leur hiérarchie. Et ils étaient toujours prévenus au
plus juste afin de maintenir la disponibilité et la
discipline. Leur travail pouvait être aussi bien un rôle
de combattant, que celui de pompier, policier,
sécurité civile, « observateur » …

C’est cette armée intégrée à la population qui allait


défendre le territoire en agissant précisément là où on
ne l’attendrait pas. Elle devrait même apprendre à «
travailler » sans uniforme.

Mais, face à une armée classique, il fallait tout


d’abord « céder du terrain ».

L’homme à la sucette prévint son interlocuteur du


cercle de pilotage.

Avis de tempête 201


Guerre contre les Majors

Il n’avait pas l’air surpris. D’autres sources sans


doute.
Aux infos, la population l’apprit dans
l’après−midi, avec des précautions et déjà des
consignes à suivre. Le pays tout entier se prépara
alors à sa propre invasion prochaine.

Avis de tempête 202


La voiture qu'il nous faut

31 / 03 / 2006, 21:13
La voiture qu’il nous faut

Franck est furieux. Tout se passait bien. Son idylle


avec Véra est au beau fixe. Il rentrait tranquillement
hier au soir à son appart lorsque il a croisé un abruti.
Choc avec une classe 3. Et l’autre prétend que c’est
de sa faute. Lui est persuadé du contraire, bien qu’il
ait été surpris. Bien sûr, il était encore perdu dans les
yeux de Véra et Morphée ne devait pas tarder à lui
tendre les bras. Alors forcément, son attention se
portait dans un champ de vision assez étroit.
Il doit aller à Nice pour le week−end avec Véra. Il
doit la prendre à 9h au bas de son immeuble et malgré
son appel à l’aide à Bernard, il n’a pas le choix. Il
devra y aller avec la « Voiture Pipo ».
Ce véhicule a été mis en place pour dissuader les
chauffards et les distraits d’exagérer avec les voitures
collectives. Au départ, il s’agissait d’une vieille
guimbarde repeinte en rouge, avec un girophare, une
sirène, et des décorations débiles. Autant dire qu’on
ne passait pas inaperçu.
Mais les ingénieurs automobiles ont poussé le
concept à l’extrême. Au départ très répandues, ces
voitures ne représente plus qu’une automobile sur
10.000. Il y a même plus de classe V que de «
Voiture Pipo » et elles ne roulent pas souvent. Car
c’est la honte. Tellement, que la mise en place se fait
en camion bâché de nuit. Le malheureux

La voiture qu'il nous faut 203


Guerre contre les Majors

contrevenant la découvre au matin au pied de son


immeuble. Et ce qu’il remarque d’abord, c’est
l’attroupement de tous ses voisins et les rires. Comme
de toute manière, la voiture ne démarrera pas avant
huit heures, Franck n’y échappera pas.
Tout ce que sait Franck sur la voiture, c’est qu’il
devra programmer le départ et l’arrivée, poser
obligatoirement les mains sur le volant, mais que le
véhicule se déplace seul avec l’initiative de la vitesse
(assez réduite) et de l’itinéraire (pas souvent le plus
court, et de préférence, celui qui passe par des lieux
très fréquentés par les piétons).
Il y a toute la sécurité nécessaire, y compris des
radars, si bien que le jeu des passants est de bloquer
la voiture en se mettant devant. La sanction est
inéluctable. Ne pas monter dans la voiture Pipo, c’est
marcher à pied pour le reste de ses jours (tant que la
peine n’est pas effectuée).
Donc, il a trouvé dans sa boite aux lettres physique
la clé et le code de la voiture pipo. Avec en plus un
sac papier marron, comme les américains ont pour
faire les courses. Les yeux sont prédécoupés. Il y a un
petit mot, comme quoi il s’agit du dernier modèle de
voiture pipo qu’il inaugure et explique que le sac,
c’est pour protéger son image. Ainsi, quand il voit la
voiture, il met le sac sur la tête et reste ainsi
incognito. Sa voiture est au coin de la rue.
Franck ne la voit pas tout de suite. Il y a foule
autour. Il parvient à rester impassible quand il
l’aperçoit enfin. Il la prend en photo, et s’éloigne
pour en parler à Bernard. « Non, vraiment là c’est pas
possible ! » Bernard manque s’étouffer de rire à la
réception de la photo. « Franchement, là, ils font fort

La voiture qu'il nous faut 204


Guerre contre les Majors

». ’Ils’, ce sont les anges gardiens’ de Franck. En tant


qu’agent de renseignement, il faut tester sa résistance
psychologique et sa volonté de suivre les ordres. Le
week−end a été arrangé et Franck doit obtenir le nom
du chef auquel elle rend compte de son travail.
Voiture Pipo ou pas, il doit remplir la mission.
C’est l’argument. Mais en plus, Franck n’y est
vraiment pour rien dans l’accident. On lui a refilé la
nouvelle voiture Pipo, et en plus, certaines options
sont à télécommande et non pas le fait de
l’intelligence artificielle de l’ordinateur de bord. Ses
collègues vont pouvoir s’amuser à ses dépends grâce
à la liaison supra−net, qui en plus, retransmet la vue
et le son des deux places de devant, mais aussi une
vision panoramique autour du véhicule.
Bernard tente un air compatissant, parfaitement
hypocrite tellement il retient son rire. « T’avais qu’à
faire attention hier. Tu ne peux que t’en prendre à
toi−même » le tance t−il à court d’arguments.
Dépité, Franck se met le sac sur la tête et s’avance,
tête basse, épaules voutées, vers son carrosse.
Il faut savoir que les « autorités » ont obtenu que
les contrevenants américains sur les routes soient
astreints à la punition « voiture pipo ». Mais c’est
l’ancien modèle qui était présenté. Sur celui−là, les
techniciens et les designers se sont éclatés dans le
mauvais goût.
La voiture ressemble à une grosse américaine des
années 50, savamment peinte en rouge pétant, vert
pomme, jaune canari, rose bonbon, blanc cassé et les
taches imitent un treillis bariolé. Il y a à l’avant de
gros pare chocs chromés étincelant avec une sorte de
pelle à neige et un gros truc simulant un gros coussin

La voiture qu'il nous faut 205


Guerre contre les Majors

à l’arrière. C’est en plus une décapotable. Les sièges


sont en skai orange et le volant imite le cuir d’une
vache noir et blanche. Le girophare est au dessus de
l’énorme capot, au centre d’une énorme paire de
cornes.
Ce n’est pas juste. A l’origine, les voitures Pipo
était sous dimensionnées. Le « conducteur » était
tassé à l’intérieur dans une position comique (tête
basse collée au plafond) et c’est pour cela qu’on a
commencé à les appeler « les voitures petit pot » en
référence aux anciens « pots de Yaourt »
Pour commencer, la portière conducteur ne
s’ouvre pas. Il faut sauter pour monter dans la
voiture. A partir de là, Bernard et les anges gardiens
voient tout ce qui se passe. C’était la condition pour
que Bernard soit complice.
Le « moteur » démarre. Il fait un boucan de tous
les diables alors que chacun sait qu’il s’agit d’un
moteur électrique. Franck indique les coordonnées de
l’immeuble de Véra. Dans la boite à gants, il voit que
le sac passager est prévu. La voiture démarre, pousse
un cri atroce d’embrayage maltraité cahote cale. Les
rires fusent. Des gens photographient, alertent les
net−médias. Sous les applaudissements du public, la
voiture repart. Sous son sac, Franck est blême. La
voiture tangue au rythme de ses enjoliveurs ovales
(simulation hydraulique, car les roues sont bien
rondes et la sécurité est assurée).
Franck serre le volant. Ce qu’il ne sait pas, c’est
que celui−ci indique son pouls en permanence et la
pression exercée. L’ordinateur en déduit un « état
psychique » dont les « observateurs » vont pouvoir
mesurer les variations à chaque « gag »

La voiture qu'il nous faut 206


Guerre contre les Majors

Chaque feu rouge est une épreuve. Et il les a tous.


Hasard ? Bien sûr que non. Les gens ne se pressent
pas pour traverser et rient à s’en décrocher la
mâchoire. Les enfants lui font des grimaces, le
montre du doigt. Et la voiture semble communiquer
avec eux. en tressautant, en clignant des phares , et en
pétaradant.
Franck téléphone au volant. C’est sans conséquence.
Il prévient Véra qu’il arrive. Il lui dit de rester dans le
hallde l’immeuble, et de ne sortir que quand il
arrivera. Elle ne comprend pas. « Fais ce que je te dis
» matchise t−il. Puis se reprenant « fais moi
confiance, tu comprendras quand j’arriverai. Sympa,
Véra attend. Peut−être une surprise romantique ?
Quand elle voit la voiture, elle rit. Elle rit … puis
hésite. Pas longtemps. Franck klaxonne alors que
déjà, un petit groupe de badauds se forme. Elle a l’air
fine avec sa valise.
« Pose la à l’arrière. Mets ce sac »
− Franck
− Pas de nom. Mets ce sac avant la photo. »
Véra s’exécute et monte, sous les applaudissements
du public.
« J’ai loué une classe 3, venez avec moi » propose un
profiteur.
Véra se penche gentiment sur l’épaule de Franck.
Il est tendu à l’extrême. Il programme « Nice −
Promenade anglais ».
La voiture se surpasse Elle cale trois fois. Couine.
Lâche un nuage rose, cligne des yeux et démarre sous
les rires et les lazzis.
La radio se met en marche. Il est impossible d’agir
dessus. Franck lui explique la situation tandis que

La voiture qu'il nous faut 207


Guerre contre les Majors

Charles Trenet chante Poum, mon cœur fait poum’


alors que la voiture pète en rythme. Véra rit aussi.
Elle trouve cette situation très drôle… mais n’en
rajoute plus quand elle comprend que Franck coince
au maximum. Au feu suivant, les gens la reluque avec
des yeux incrédules. Sa petite robe d’été met en
valeur un jeune corps sensuel et personne ne semble
comprendre qu’elle aie osé monter dans la
guimbarde, qui tangue au rythme de « elle préfère
l’amour en mer… »
Au feu, les gens arrêtent la voiture et font une
farandole avant de les laisser partir.
Dans le bunker parisien, c’est l’euphorie la plus
c o mp lè te . U n mem bre de l’é quipe pe r met la
connexion à un bureau, qui connecte ensuite
l’ensemble du réseau. Personne ne sait de quoi il
s’agit en dehors du « nouveau modèle de voiture Pipo
»
L’homme à la sucette sourit et laisse « l’émission
» en arrière plan.
Les net−média s’associent pour couvrir l’évènement.
Mais ou va cette voiture ?»
Franck le sait. Aux premières notes de « nationale
7 », il devine le calvaire − itinéraire qui l’attend. Il en
a la gorge serrée et ne dit mot. Véra observe ces
français de plus en plus nombreux à chaque feu.
Derrière eux, un cortège commence à se former.
Le direct quitte le bunker pour l’extérieur, par
méprise d’un opérateur de maintenance, trop mort de
rire pour réfléchir. Cette voiture est impayable, et il a
voulu en faire profiter sa copine. Les net media
commentent à qui mieux mieux la situation et n’en
demandaient pas tant.

La voiture qu'il nous faut 208


Guerre contre les Majors

Pendant ce temps, les tortionnaires de Franck


découvrent toutes les options du véhicule. La plaque
arrière pivotante par exemple, bien prévue pour
humilier un ricain. Dessus, il y a un dessin de clin
d’œil et « Just Fucked » Il n’était pas prévu qu’un
couple soit à bord, mais cela déclenche à chaque fois
l’hilarité.
A chaque redémarrage cette fois, la voiture imite
un son de casseroles qui aurait été accrochées au pare
choc arrière.
Une voiture 50 m avant fait dégager les gens pour
que le cortège puisse passer sans encombre. Franck a
le front posé sur le volant et en pleurerait presque en
écoutant Dario Moreno ( « Oh mon bateau » et autres
niaiseries).
A l’entrée de valence, la voiture ne roule plus qu’à
10 à l’heure et de grandes banderoles annoncent «
Vive la nouvelle voiture Pipo » et re spectacle tous
les 100 m, suivi par tout le pays. Franck ne sait pas à
quel point, mais il voit bien les cameras des
net−média. Il fait beau, mais la voiture joue des
essuie glace, du klaxon et de la capote à qui mieux
mieux, sous les rires et les applaudissements dus à
l’artiste. Véra reste stoïque. D’abord, elle pense que
cette méthode folklorique pour « punir un
contrevenant » est préférable à la solution américaine
qui est de mettre en prison, et de promener ensuite au
bord des routes, en combinaison orange et avec des
boulets au pied. De plus, elle ne se sent pas concernée
et en profite pour observer les gens. C’est la première
manifestation populaire qu’elle voit et personne ne se
doute qu’elle est américaine. Elle reçoit donc des
encouragements, des mots gentils, des incitations à

La voiture qu'il nous faut 209


Guerre contre les Majors

retirer son sac, des compliments, des invitations à


déjeuner alors que le pauvre Franck se fait huer,
arroser, voire fariné une fois. La voiture joue de ses
phares mobiles pour suivre une personne au hasard,
ouvre et ferme son capot, émet plusieurs sons de
klaxon et de sirène… du vrai cabotinage. Elle aussi
envoie quelques jets d’eau du lave glace, perd un peu
d’huile en pétant et en rejetant une grosse fumée
noire.
A Montélimar, les passants leur offre du nougat.
Le premier que Franck goûte est au poivre. Un autre
est à l’ail. Petit cadeau de l’équipe parisienne. Véra a
goûté au sien, délicieux et partage avec lui mais
Franck n’en veut pas. Il n’a plus envie de rien. A
paris, les paris vont bon train et les enjeux
augmentent. Tiendra t’il jusqu’à Orange ? Petit
détour … par le pont d’avignon. La voiture est
stoppée. Véra est invitée à danser avec un danseur
professionnel en grande tenue. Il est 15 H. Pour
Franck, c’est le jour le plus long de sa vie. Visite à
Arles et ses Arènes. Les taureaux ont été évacués et le
public est en délire. Un torero défie les longues
cornes alors que le giro−phare tourne à l’envers.
La voiture d’elle−même semble jouer avec la
muleta durant une bonne dizaine de minute, avant de
contraindre les toreros de quitter précipitamment
l’arène avec des rugissements de moteur et des
charges impressionnantes.
A part dans le Sud Est où les gens se massent sur
le trajet, toute la France sauf les américains sans
supra net, a les yeux rivés sur un écran pour suivre
cette épopée. La voiture est pleine de confettis. A
Marseille, Franck est entartré. Il lâche le volant. La

La voiture qu'il nous faut 210


Guerre contre les Majors

voiture cale. Il se met debout sur le siège,


manifestement au comble de la fureur. La France
retient son souffle.
C’est alors que Véra va stupéfier tout le monde.
Elle se lève elle aussi, attrape Franck par sa chemise,
le fait pivoter face à elle, le tient par son col de la
main droite, arrache son propre sac de la gauche, le
fixe dans les yeux, puis remonte à deux mains le bas
du sac de Franck, découvre sa bouche et l’embrasse.
Il la prend tendrement dans ses bras. La voiture joue
la marche nuptiale, les chaumières passent des larmes
du rire à celles de l’émotion.
Véra entre de plein pied dans le cœur des français.
Les anges gardiens de Franck en restent médusés
et jaloux. Bernard crie tout seul dans son appartement
un « Bravo mon garçon » et l’homme à la sucette
manque de s’étrangler. Il reconnaît Véra, sait ce
qu’elle représente. Qu’est ce que c’est que cette
histoire ?
5 minutes plus tard, la voiture, cernée par la foule,
émet une sirène d’alerte au maximum, et démarre,
alors que Franck ne tient pas le volant. Cette fois, elle
grille les feux rouges et prend l’autoroute en
quatrième vitesse pour Nice. Les autres voitures, à la
vitesse bridée de conception, ne peuvent pas suivre.
Franck pleure sur l’épaule de Véra, mais cette fois, la
caméra est coupée et les anges gardiens sont dans le
bureau de l’homme à la sucette sans sucette. Et il ne
mâche pas ses mots.
Dans l’ombre, une autre équipe tente de régler la
situation. Franck et Véra passeront le week−end au
… plus bel hôtel de Nice, dans la suite réservée aux
cheiks et aux présidents sans avoir le droit de sortir,

La voiture qu'il nous faut 211


Guerre contre les Majors

pour les protéger, comme explique le directeur de


l’hôtel à Véra. Elle croit que ce sont les Net−média
qui lui offrent cette suite et elle tente ensuite de
réconforter Franck. Ils rentreront discrètement en
avion à la fin du week−end.
Pendant ce temps, deux « doublures » vont se faire
passer pour eux.
Les conséquences de cette journée furent tragiques
pour une vingtaine de personne, mortes de rire,
certaines dans des convulsions, d’autres par rupture
d’anévrisme et encore une qui se suicida après l’acte
d’amour de Véra. Par contre, environ deux mille
personnes furent déclarées guéries de leur dépression
dans les jours suivants.
Les tourmenteurs de Franck et les techniciens
négligents eurent chacun leur « heure de gloire » mais
sans une Véra à leurs cotés sur le périphérique
parisien ou dans les grandes avenues. Les américains
eurent peu de victimes spontanées de la « voiture
pipo ». Mais certains colonels et majors, dont le
pauvre major DAD, eurent droit à des embuscades en
règle qui leur coûtèrent de mémorables tours
d’honneur.
L’homme à la sucette et son équipe parvinrent à
truquer les images et ce fut le visage de la doublure et
non celui de Véra qui embrassa Franck. Mais les
voisins de Véra, qui ne lui posèrent jamais la question
pour confirmer, l’avaient tous reconnue et se
montrèrent alors un peu trop sympathiques même, ce
qui permit à Véra de leur tirer quelques vers du nez.
Heureusement, ils ne convinrent jamais au major
DAD, incapable de voir l’évidence tellement cette
guerre était différente de toutes celles qu’il avait

La voiture qu'il nous faut 212


Guerre contre les Majors

connues.
Franck ne rougit plus jamais de sa vie après cette
épreuve, mais jamais encore il ne parvint à rire d’un
spectacle « voiture pipo ».

La voiture qu'il nous faut 213


Installation

03 / 04 / 2006, 19:55
Installation

La campagne de France est terminée. Les forces


alliées (à 90 % américaines) ont pu entrer dans
chaque ville sans coup férir. L’ennemi n’a pas osé se
montrer, face à la puissance de la coalition.
La consolidation de l’occupation va bon train. Les
troupes américaines s’installent en périphérie dans les
zones commerciales. Elles bénéficient ainsi des
facilités d’accès et des équipements d’infrastructure
(eau, électricité, communications…), sans les
inconvénients car certains commerces sont fermés
d’autorité afin que la cohue de week−end ne puisse
gêner ou poser des problèmes de sécurité. Les
hangars dans un premier temps servent de
baraquement. Puis certains sont détruits et sur cette
aire, les américains bâtissent en préfabriqué de vraies
bases.
Les personnels affectés à la reconstruction d’un
pays en guerre vaincus sont déçus. Pas de combats,
cela veut dire pas de ponts détruits, d’usines
électriques bombardées, de routes à reconstruire, de
bâtiments publics à rénover…
Les militaires de réserve employés de la World
Company, intégrés dans le dispositif de stabilisation
de la paix, ne savent comment justifier de leur
présence. Le principe « on casse tout et on prends des

Installation 214
Guerre contre les Majors

contrats qui seront financés par le pays vaincu et les


aides de la communauté internationale » ne peut
s’appliquer. On va donc au moins leur facturer ces
camps même si ils ne doivent pas servir longtemps,
car trouver les caches des serveurs pirates ne devrait
pas être bien long.
D’autres « spécialistes » sont bien embêtés eux
aussi. Ils n’ont trouvé aucune structure de relais de
télévision. Il y a bien des studios, des chaînes, mais
leur diffusion se fait sur le net. Et, de même, pas de
destruction, pas de moyen d’installer une chaîne «
américaine » ou on peut orienter les programmes, «
informer » dans le bon sens et vendre du « made in
america ».
En plus, les programmes de diffusion française
sont à la carte, gratuits, mais limités en volume temps
par individu. Pas plus de trois heures par jour pour un
adulte normal, sauf week−end. Le temps est illimité
pour les hôpitaux, les handicapés ou les personnes en
arrêt maladie. Il y a des programmes de présentation
de produits nouveaux, mais pas de publicité.
Le système d’exploitation des micro−ordinateurs
français reconnaît tous les formats de fichiers, qu’ils
soient Apple ou Microsoft. Il reconnaît aussi tous les
formats vidéos sur DVD en cours sur la planète, ainsi
que les formats audio. Il se joue des DRM sur les CD
et DVD de manière transparente.
Il est basé sur un Linux compatible avec tous les
Linux internationaux. Il ne semble avoir aucune
instruction supplémentaire, et chose incroyable,
lorsque on l’installe, il ne fonctionne pas et ne
propose rien pour être initialisé.
Un micro confisqué à un français, coupé du net,

Installation 215
Guerre contre les Majors

réagit de la même manière. Remis sur le net dans les


services informatiques américains, il auto−détruit ses
données en quelques secondes.
Des français sont contraints à montrer à des
informaticiens ce qu’ils font avec leur micro. Au bout
d’un moment, l’ordinateur se saborde. Et pourtant,
l’opérateur n’a fait que ce qu’on lui disait.
Des récompenses sont proposées aux «
collaborateurs ». Mais à les entendre, ils sont
utilisateurs, et pas informaticiens et la maintenance
de leurs ordinateurs se fait via le net de façon
transparente pour eux.
On s’attaque aux très nombreuses FAI,
soupçonnées de maintenir les serveurs pirates. Même
si on y trouve des fichiers type freenet, il semble que
les stopper n’ait aucune action sur le net global. On
pense à un système raid entre serveurs. Les
informaticiens légaux en entretiennent un qui met à
jour les autres et qui prennent le relais en cas de
panne. Certaines actions de maintenance, lancées sur
un, pourraient agir sur deux ou trois serveurs distants
du même domaine. Mais les DNS sont cryptées.
Enfin, après quelques manipulations, les serveurs
tombent d’eux−mêmes, comme morts, coupés de
l’arbre. Beaucoup d’hypothèses donc et aucun
résultat, ni pour diffuser, ni pour infiltrer.
Le pire, c’est que les ordinateurs avec Windows
TZR peuvent se connecter sans aucun problème. Les
transmissions sont justes un peu espionnées comme
on a pu vite le constater. Mais les soldats pour
communiquer avec le pays ont besoin d’un net et les
satellites ne peuvent suffire. Il faut donc s’appuyer
sur le réseau français. L’utilisateur a le choix de la

Installation 216
Guerre contre les Majors

langue, et surtout, les sites, en plus des nombreux


produits piratés (jeux, vidéo, audio, logiciels…) et de
la téléphonie illimité gratuite vers les états unis,
proposent énormément d’attractions par région.
Chaque bar, boite de nuit, restaurant, hôtel, lieu
touristique a son commentaire, ses tarifs, son
calendrier de spectacles et de manifestations. Tous les
soirs, il y a quelque chose à faire. Les taxis, certains
de véritables minibus, attendent les jeunes soldats à
l’entrée du camp chaque soir pour les emmener en
ville à un prix dérisoire… Impossible de supprimer
cette liaison net ou de retenir les jeunes au quartier le
soir.
Les retombées économiques de la guerre au profit de
l’envahisseur : zéro. La guerre de l’information :
zéro. La réussite de la mission : zéro. La guerre
psychologique : moins un.
La décision est tout de même de s’installer et de
découvrir la faille. Celle−ci ne peut se trouver dans
les immigrés qui reprennent le pouvoir car ils sont
trop coupés de la population.
Il faut donc trouver les pauvres, les sdf, les
drogués, les mafieux, les repris de justice, les vénaux,
les fous, les contestaires, voire les jeunes révoltés et
les interroger . Ils sauront dire ce que les autres
cachent .
Et voilà que la chance sourit aux américains.
Les avions à très haute altitude et les satellites
avaient repéré des quartiers hautement protégés
isolés. Ils avaient été pris pour des installations
militaires sensibles. Impossibles à bombarder cause
défenses anti−aériennes non localisées et très
efficaces. On y envoie donc une compagnie d’élite

Installation 217
Guerre contre les Majors

parachutiste, la « Fizzy Company » appuyée par une


colonne de chars.
A coté de quartiers assez aisés type universitaire,
il y avait, dans un petit secteur de deux hectares 150
prisonniers qui vivaient dans des conditions sanitaires
repoussantes. Ces hommes dans des tenues
déplorables erraient comme des zombies. Voilà donc
où la France avait éliminé ses opposants. Lavés,
épouillés et habillés après avoir été filmés sous toutes
les coutures par le service d’information
audio−visuel, ils sont interrogés un par un tandis que
déjà, les images sont montées et distribuées dans le
monde entier. Cette honte en pleine vieille europe
scandalise le monde entier. La France se retrouve au
ban de la communauté internationale.
Déjà, on parle de charniers, mais on n’avance
encore aucun chiffre tellement ceux−ci pourraient
être démesurés. Il y aurait des hectares de forêt à
fouiller.
Les prisonniers racontent. Les brimades, les
sévices, leur arrestation arbitraire, leur détention sans
espoir. Un vrai remake d’une époque sombre.
Les journalistes en font leurs choux gras. Une
équipe des Renseignements, commandée par un jeune
major vétéran de la guerre en Irak vient sur place. Il
les écoute. Ceux−ci lui demande de pouvoir fuir à
l’étranger. Ils risquent leur vie en France. Il le leur
promet solennellement devant les caméras.
L’Amérique va recueillir ces exclus, leur redonner un
travail, une dignité, une nouvelle vie. Le lendemain a
lieu une grande cérémonie où on leur remet leur
green card.
Avant de partir pour l’aéroport de Bordeaux, le

Installation 218
Guerre contre les Majors

major DAD les réunit dans un hangar pour qu’ils


changent leur tenue de prisonnier par une tenue
civile. Il s’aperçoit alors de son erreur, à la
découverte de nombreux tatouages sans équivoque. Il
maudit les médecins qui les ont examinés et qui n’en
ont pas parlé. Il rend compte à son supérieur à Paris.
« Trop tard, ils sont attendus à New York ».
La cérémonie à New York sera annulée durant le
voyage en avion sous prétexte de grippe diplomatique
du Président. Et surtout, il a fallu expliquer aux
derniers survivants de l’holocauste, ainsi qu’à Steven
Spielberg et à Woody Allen que ces « survivants »
étaient des imposteurs. Du genre à vouloir nier
certaines choses et à en inventer d’autres
Les français proposèrent aux Américains d’en
accueillir encore quelques uns, qui eux aussi avait
choisit d’être irrécupérables pour leur société mais
qui étaient prêts à retourner servir leurs patrons
expatriés . Ceux ci voulurent stopper les frais, mais
les français leur proposèrent un camouflet ou un vrai
scandale. Ils prirent donc les quatre autres lots, mais
les envoyèrent sur Guantanamo. Une fois débarqués
là−bas, comprenant que les américains les avaient
trompés, les nazillons se révoltèrent. Il y eu de
nombreux morts, parmi les plus mauvais finalement
car une bonne partie n’avaient feint la révolte que sur
ordre.
Les survivants choisirent de renier leur idéologie.
Ils en avaient trop souffert finalement et ils ne
pouvaient plus espérer la clémence qu’ils aurait eue
en France si il l’avait fait plus tôt. Apprenant les faits,
et le scandale ayant quand même bien éclaboussé les
américains, les français bons joueurs les soulagèrent

Installation 219
Guerre contre les Majors

ensuite de leurs prisonniers, demandant leur retour


dans les centres de rééducation, dans des quartiers
plus décents puisque ils avaient décidés d’être «
raisonnables ».
L’homme à la sucette les attendait, discrètement,
pour ne pas se faire repérer par les américains qui
occupaient encore les centres, espérant trouver des
traîtres parmi les associaux encore détenus.
Il restait encore des « binoclards » formés au
supra−net, même sommairement , qui se promenaient
quelque part dans la nature et cela l’inquiétait
beaucoup. Il ne fallait pas que les américains les
trouvent avant lui. Les repentis pourraient peut−être
encore lui fournir quelques détails qui pourraient
permettre de mettre le grappin sur le reliquat
dangereux et surtout sur son ou ses coupables.
L’homme à la sucette se permit de « sympathiser »
avec le major DAD, un soldat droit et un adversaire
respectable, un peu crédule quand même, comme tout
américain normal. Il lui offrit même une de ses
sucettes et accepta un chewing−gum en échange.
En ce début d’occupation, la guerre d’usure venait
de commencer. Un mois plus tard, sur les brochures
de tourisme éditées pour l’été 2015, on pouvait lire
« La France, ses sites exceptionnels, l’accueil de ses
habitants, sa douceur de vivre et ses camps » avec en
arrière plan … une base américaine.

Installation 220
Le mariage d’Elsa et Christian

04 / 04 / 2006, 22:14
Le mariage d’Elsa et Christian

Elsa attend dans les couloirs du palais de justice


de Versailles. Son avocat n’arrive pas. Christian fait
les cent pas. Il y a encore deux cas avant elle. C’est
l’usine. Elle n’ose pas se renseigner pour connaître le
problème des autres, pour en discuter avec eux et se
soutenir. Ici, tout le monde est seul face à la Justice et
le silence est parfois troublé par des éclats de voix
étouffés par les lourdes portes. Quand les gens
ressortent, on peut savoir comment ça s’est passé
pour eux. Leurs visages fatigués sont soit soulagés et
radieux, soit creusés par la colère et soucieux, soit
totalement abattus. Beaucoup de yeux rougis aussi et
du brouillard dans le regard.
Elsa est là à cause d’une plainte de la Sacem. Les
faits reprochés datent de dix mois, de ce jour qui
aurait du être le plus beau de toute sa vie. Elle se
souvient.
10 Juillet 2011. Elsa a dit « oui » à Christian à la
mairie de PLAISIR (78). Elle a mis une robe de
mariée blanche très classique, même si le passage à
l’église ne se fera pas. Les deux familles n’ont pas eu
trop le temps de sympathiser avant la cérémonie,
mais qu’importe. Le week−end de fête ne fait que
commencer. Elsa et Christian ont loué les services
d’une ferme− auberge dans la forêt de Rambouillet et

Le mariage d’Elsa et Christian 221


Guerre contre les Majors

tout le monde logera sur place. La fête, dans une


grande grange, sera magnifique.

Comme les finances malgré tout ne sont pas


extensibles, et qu’un ami s’est offert un magnifique
équipement HI−FI, c’est lui qui fera le disc jockey.
Le disque dur du portable regorge de titres sympas en
mp3 de qualité pour les 7 −77 ans collectés un peu
sur le net et beaucoup chez des amis.
A 16 h 30, c’est déjà un petit buffet avec petits
gâteaux et boissons pas trop alcoolisées qui sont
proposés à la centaine d’invités tandis que les mariés
s’esquivent pour la séance photos sans groupe.
La bande de copains du Web fait « connaissance
» autour de bières et de cocas, chacun son trip. Ils
rejouent entre eux les passages les plus chauds des
discussions, les périodes de « crise », les bons
moments, les bons mots, les ceux qui ne postent plus,
les « petits nouveaux ». Ils sont tous jeunes et vifs…
dans la tête, même si certains commencent un peu à
se voûter, entre l’âge et le temps passé devant un
écran. D’ailleurs, il y a sur la table un portable, avec
web cam et une liaison wifi. Ils discutent sur le forum
et envoient des photos au fur et à mesure par
messagerie à ceux qui n’ont pu venir. Il y en a
toujours trois qui se collent les uns contre les autres
pour pouvoir lire l’écran à haute voix et conseiller
une réponse.
Les familles de Christian et Elsa les regardent
comme des extraterrestres, mais reconnaissent «
qu’ils mettent l’ambiance ».
En ces temps de grand chambardement, il y en a
besoin. Le gouvernement centriste a récupéré une

Le mariage d’Elsa et Christian 222


Guerre contre les Majors

situation catastrophique. Il innove. Il rétablit le droit


des personnes, le droit à un travail décemment
rétribué mais si il a pris des mesures révolutionnaires,
nul ne sait encore quel va en être le prix à payer. Les
riches ont quitté le pays. Le peuple gronde encore
sourdement quand il pense qu’on va le flouer du peu
qui lui reste …
Mais aujourd’hui, il faut être heureux, et confiant
en l’avenir. Les mariés reviennent, et encore des
films, des photos…
Les propriétaires de la ferme ont échappé à la
pauvreté grâce à l’autarcie et de micro−échanges. Ils
ont bêtes et potagers. Le mari est bricoleur, la femme
cuisinière les deux sont courageux. Les enfants
profitent qu’on ne les surveille pas pour aller voir
poules, canards, cochons, lapins, vaches et même un
cheval.
Une espèce de bourrin préhistorique, un cheval de
trait à l’air pataud et bonnasse, d’une belle robe
marron, avec les longs crins noirs qui lui cachent un
œil. Il ne lui manque que le chapeau de paille. Bien
qu’imposant, il n’effraie pas les enfants et ceux−ci le
bichonne, en rêvant être un jour assez grand pour
pouvoir monter dessus.
Après un apéro musclé pour certains, le repas
commence dans une allégresse générale. Jacky à la
sono s’avère être un choix très judicieux, et à la table
des toilenautes, on joue à l’envoyé spécial pour les
internautes en ligne. Il y en a même qui parallèlement
font monter le prix de la jarretière de la mariée en
ligne, et si les jambes d’Elsa sont ravissantes, elles ne
seront jamais assez longues et elle risque de devoir la
monter jusqu’aux sourcils, ce que les parents voient

Le mariage d’Elsa et Christian 223


Guerre contre les Majors

d’un très mauvais œil.


Vers vingt et une heure arrive alors un invité
surprise : Monsieur Renaud de la Foudroyée au
Sabre, inspecteur de la SACEM.
Manifestement, personne n’a réglé la redevance
forfaitaire à la SACEM pour banquets et réceptions
correspondants aux droits à payer pour les artistes au
titre des œuvres diffusées en comité de plus de vingt
personnes, mise en place depuis six mois. Ce petit
malin était en surveillance anti−pirates quand il est
tombé sur les site des amis de Christian et d’Elsa.
On apporte à ce vautour une coupe de champagne,
et on l’assure qu’il s’agit d’un oubli, mais celui−ci
prétend faire payer en plus l’amende forfaitaire et
inspecter l’ordi à Jacky.
Elsa lui décoche un de ses plus meurtriers regards
que Christian se hâte de ranger dans sa mémoire pour
le cas où un jour il aurait l’intention de déplaire à sa
belle, et lui suggère de s’en aller avec le micro pour
égayer sa triste soirée. Le sinistre menace de revenir
avec les gendarmes. Petit louis l’attrape par le col et
le positionne devant la Web Cam. Il le présente en
direct en ligne .
Petit louis, il n’est pas fin. Physiquement non plus.
Et c’est un adepte du rugby mais la troisième
mi−temps, pour lui dure jusqu’à la fin de la nuit. A
table, il suit un régime et il mange peu. Il compense
en buvant beaucoup.
A cette heure ci, il est redoutable et le triste sire
n’en mène pas large. Il commence par être mouillé,
puis vinifié, puis salé, poivré, saucé, tarté ( à cinq
doigts parce qu’il a voulu dégager), mayonnaisé, un
petit peu braisé à la cigarette (pas gentil, les fumeurs

Le mariage d’Elsa et Christian 224


Guerre contre les Majors

peuvent être dangereux pour les autres). Ces


glapissements font intervenir Véra « Arrêtez,
ramenez le à sa voiture »
Il est soulevé par le haut de son veston et sorti
alors qu’il gesticule des quatre fers, photographié,
filmé, et hué.
La musique reprend. Petit louis et ses camarades
dégrisent un peu à la fraîcheur de la nuit. Le «
Çacémien » largué à coté de son Audi maugrée qu’il
va salir ses sièges à cause de tous ces « c… » .
Serviables, ses raccompagnateurs vont lui montrer la
mare aux canards.
Véra danse avec Christian. Renaud glisse dans la
basse−cour. Elle va de table en table. Il se retrouve à
l’étable à « s’occuper du petit déjeuner des mariés ».
La noiraude, comme les mélomanes, ne l’apprécie
pas. Ca se bouscule sur la piste de danse. Renaud est
renversé par deux naf−naf peu complaisants et assez
ragoûtants.
Véra visionne les images qui passent sur le net. On
lui indique où se passe le reste des prises de vue.
Affolée, elle se rend en courant, avec Christian sur
ses talons, dans le champs voisin.
Au clair de lune se découpe alors une scène
d’anthologie. Un public recueilli écoute le
réquisitoire de Jacky à l’encontre du sieur Renaud,
ligoté les mains dans le dos, la tête dans un sac
malodorant, en train de pousser des gémissement
étouffés par quelque chiffon crasseux trouvé dans
l’atelier, et n’osant trop bouger, craignant glisser de
la croupe du canasson. Une corde accrochée au
pommier pend mollement jusqu’à son cou. Elsa en
reste sidérée et stoppe à une dizaine de mètres.

Le mariage d’Elsa et Christian 225


Guerre contre les Majors

« …Accusé de complicité de malfaiteurs, de vol à


la tire, du viol de deux vaches et trois dindes en
Aquitaine. Accusé d’adultère, de racket, de parjure et
d’avoir craché à l’assemblée du peuple en mars 2006
sur les internautes, vous avez été condamné à être
pendu jusqu’à ce que mort s’ensuive. Que Dieu ait
pitié de nous et que le diable vous emporte »
Petit Louis claqua la large croupe du bourrin qui
hennit et fila comme une flèche. Le condamné ne put
suivre le mouvement et chuta en arrière, entrainé par
la corde, heureusement trop longue et passée
volontairement un tour autour du buste pour éviter
une secousse sur le cou de la victime, secousse qui
eut pu être fatale.
Mais lui n’avait senti que le nœud coulant assez
serré et pas la corde autour du ventre, très lâche. Il
n’en tira donc pas un plaisir assez court mais le choc
sur les fesses fut amorti par un réflexe malheureux.
Elsa exigea qu’on le libère, mais il ne put partir
pour autant. Il fut installé à coté de Petit Louis qui
après la douche, et le rhabillage par des effets divers
et saugrenus, entreprit de l’initier à la dive bouteille
pour lui faire oublier ses émotions. L’autre s’y plia de
mauvaise grâce, mais il n’avait pour autre choix
qu’un deuxième tour de manège.
Lorsque il émergea le lendemain, aux premières
ombres de la nuit, il était dans une des chambres de
l’auberge et les fêtards étaient partis. Ses vêtements
étaient secs et propres. Il ne dit pas un mot en partant
aux propriétaires.
Elsa ne peut s’empêcher de rire en se rappelant ce
fameux montage dont le sinistre fut le héros
involontaire. Celui−ci l’avait téléchargé comme pièce

Le mariage d’Elsa et Christian 226


Guerre contre les Majors

à conviction.
Elsa comparait donc, avec Christian. Ils sont les
seuls à être reconnus par l’accusateur, car Elsa et
Christian ont gardé le silence pour protéger leurs
camarades.
Entre−temps, la Sacem avait disparu et les taxes
aussi. Elsa faisait valoir qu’elle était une artiste, qu’à
l’époque de la Sacem, elle devait lui verser une partie
de ses cachets, et qu’elle n’avait jamais reçu le
moindre centime des mannes collectées pour les
artistes.
Mais le juge ne retint rien des lois injustes de
l’époque. Mr de la fourvoyée en larmes (il avait un
problème avec les noms compliqués) n’était pas
invité et avait agit de son propre chef sans en avoir
référé à ses supérieurs et sans le noter nulle part avant
de se rendre sur les lieux du mariage.
Donc, il n’était pas en service Enfin, les sévices
qu’il avait subi, réels, n’avaient pas été infligés par
Elsa et Christian, ni même de par leur volonté.
Ils furent donc relaxés et le sinistre condamné aux
dépends. Il y avait enfin une justice dans ce pays.

Le mariage d’Elsa et Christian 227


JASMINE

05 / 04 / 2006, 20:10
JASMINE
Septembre 2007.

C’est la rentrée … sociale. Et le début de la fin de


l’état de grâce. La précarité occupe le terrain. Les
entreprises débauchent en masse des CDI et
rembauchent des CDV (Contrat à Durée Variable). «
Variable », c’est selon le patron. On ne sait pas pour
combien de temps au début.
Mais la seule chose sûre, c’est que ça ne durera
pas. En tout état de cause, le CDV ne peut durer plus
de quatre ans. En cas de licenciement, ce contrat
censé aider les patrons à embaucher pour juguler la
crise et permettre à un chômeur de travailler est un
cadeau proposé à l’employé qui ne peut y souscrire
qu’après six mois de chômage . Son annulation par la
volonté du patron ne peut donc entraîner une
quelconque action devant les prud’hommes.
La gauche est passée au pouvoir avec mission de
réformer le CDV, mis en place par l’ancienne
majorité en représailles aux luttes anti−CPE et
anti−CNE. Le peuple a vu ce qui pouvait être fait
quand un parti dispose d’une confortable majorité,
d’une police efficace et d’une volonté sans faille et
sans état d’âme. C’était le but de l’instauration de la
V république : permettre la stabilité du pouvoir contre
vents et marées.

JASMINE 228
Guerre contre les Majors

Les patrons en agissant ainsi ( ils suppriment des


CDI, ne prennent que des CDV) veulent obliger la
gauche à la passivité. Soit il y a du travail mal payé,
soit il y a du chômage payé par la collectivité. De
même, on menace de délocaliser d’un département à
l’autre si il n’y a pas baisse de l’impôt sur les
entreprises. Mais on ne jeune pas dans les couloirs de
l’Assemblée Nationale pour autant.
Le nouveau président a encore fort à faire. Son
équipe purge les hauts fonctionnaires installés depuis
douze ans par le précédent pouvoir. Et il faut pouvoir
« remercier » et placer tous les soutiens de sa
campagne. Il doit pouvoir compter sur ses
administrations pour pouvoir tenir le pays. Car il sait
déjà qu’il n’est pas de taille à lutter contre le
capitalisme mondial. Le peuple français sera plus
facile à contrôler.
Gagner du temps d’un coté, maintenir « l’espoir »
de l’autre, le temps que la masse s’habitue à ce qui lui
pique les yeux aujourd’hui.
Les entreprises obtiennent donc des facilités de l’état
et des baisses d’impôts tandis qu’elles doivent faire
mine de négocier avec les syndicats pour l’après
CDV.
En appelant au patriotisme, et en anticipant la
déflation, le gouvernement décide de geler les
traitements des parlementaires et de baisser ceux des
fonctionnaires, afin de les équilibrer avec le secteur
privé. Les pensions de retraite future basées sur le
dernier salaire devraient donc baisser régulièrement.
On ne touche pas aux anciennes pour l’instant.
Attendons que leurs bénéficiaires vieillissent encore
un petit peu, et ils ne s’apercevront de rien, ou

JASMINE 229
Guerre contre les Majors

personne ne les défendra car les autres,


comparativement trouveront qu’ils touchent trop.
Cette déflation sera financée par les facilités de
crédit. Déjà, le « créd hypothèque » ( un crédit
équivalent aux biens détenus) fonctionne bien et le «
crédit pocket », à taux avantageux permet d’endetter
les jeunes à petite dose. Ainsi, ils seront prêt à
accepter n’importe quel travail pour pouvoir
rembourser, ou « taperont » les proches pour être
renfloués, ce qui leur permettra de se ré−endetter à
nouveau.
Cela fait 30 ans que les banques tiennent l’état
grâce à ses dettes, il est temps de tenir les autres.
Néanmoins, la rue ne se laisse pas faire. Malgré
les soupes populaires, suffisantes en milieu
anglo−saxon ou en pays pauvre d’origine, les «
laissés pour compte », de plus en plus nombreux, ont
une culture des droits individuels très développée. Ils
ne connaissent pas leur histoire, mais ils savent qu’ils
ont été gagnés à coup de fourches contre les aristos,
et à coup de marteaux ou de barres de fer contre les
forces de police.
Dans la rue, les étudiants et les chômeurs du
tertiaire commencent à s’armer comme les casseurs
deux ans plus tôt. Les heurts deviennent plus violents.
Les forces de police ne peuvent plus s’infiltrer dans
les rangs. Les casseurs eux n’ont plus ne s’infiltrent
pas. Cette fois, c’est fini de piquer des portables ou
des blousons à des gosses. On ne les débauche plus
des collèges et des lycées. Les parents ont mis le hola
après les résultats catastrophiques des deux années
précédentes. Les profs étaient là pour les pousser
dans la rue, mais beaucoup moins dans les études. Par

JASMINE 230
Guerre contre les Majors

manque de place, tous les redoublants n’ont pu être


repris, et ils sont allés grossir les rangs des
non−diplomés. Et ils n’ont rien dit quand les rectorats
les ont obligés à faire passer les examens… Leur
paye durant les grèves estudiantines pouvait sauter
par décision si ils ne collaboraient pas.
Alain est assis à même le trottoir. Devant lui un
carton et quelques piécettes. Il a la tête entre les
genoux et ne regarde plus les passants. Il a pu passer
la nuit dans un foyer sordide et surtout se laver et se
raser ce matin. Il a vu dans la glace son visage creusé
et émacié.
Il ne se reconnaît plus. Il n’a que vingt sept ans et
la cloche commence à le détruire. Il ne boit
heureusement pas, mais il ne mange plus assez. Les
dons sont négligeables car les gens sont fauchés.
« Lève toi et marche »
Alain lève les yeux vers cette voix féminine
autoritaire. La femme n’a pas le physique du ton de
celle−ci. Même si elle est en jeans, rangers, blouson
et qu’elle tient un casque à la main. Même si un gros
câble électrique pend à sa ceinture sur le coté. Même
si elle à les cheveux courts.
« Pour aller ou ? »
− avec nous, te battre pour notre dignité.
− Pour faire une révolution, il faut 2000 calories par
jour. Je ne les ai pas.
− Suis moi et je te paye un sandwich »

Conversation au tac au tac. Cela faisait longtemps


pour alain qui parfois monologuait en vain devant un
responsable des services sociaux qui n’avaient en tout
cas aucune solution à proposer. Quand à parler à ceux

JASMINE 231
Guerre contre les Majors

qui lui font l’aumône, c’est devenu impossible pour


lui. Même son merci est devenu étouffé, mécanique,
soupir.
Alors Alain tend la main.
Elle la saisit, pour l’aider à se relever. Sa poigne
est saine, son bras nerveux. Et sa main si douce.
Le don d’Alain s’est concentré car il n’a pas été
utilisé depuis longtemps. Et bien que celui ci soit un
peu anémié, il provoque en plus de ses effets
bénéfiques, une sorte de frisson suivi d’une montée
de température chez Jasmine.
Elle se méprend et confond avec un coup de
foudre. Elle regarde mieux Alain. Pas épais, sans âge,
les premiers cheveux blancs. Quelconque. Pourquoi
l’attire t−il ?

Leurs regards se croisent mais restent muets l’un


pour l’autre. Jasmine s’est engagée devant ses
compagnes. Par bravade, elle est allée chercher Alain.
Il va falloir l’assumer. Elle reprend son rôle de chef
de bande. « Allons y !»

Les manifestants en sont au rassemblement avant


le départ du défilé. Alain lit les pancartes pour se
mettre au parfum. Mais les noms des politiques, les
sigles utilisés ne lui disent rien. Trop longtemps qu’il
ne suit pas les infos. Tout ce qu’il sait, c’est que
depuis un an, les gens défilent quelque part tous les
deux jours au moins.

Jasmine cause avec les autres. Alain en est le


sujet. Ca glousse un peu dans les rangs mais il n’en a
rien à faire. Le sandwich, il ne compte plus dessus.

JASMINE 232
Guerre contre les Majors

Mais après tout, marcher avec du monde autours de


lui, ça ne lui a pas déplu. Surtout que certains ont
même remarqué qu’il était le seul gars de la bande. Il
observe les autres et ne se sent finalement pas si
différent qu’eux. Ils sont jeunes, modestes et les
fringues sont relativement défraîchies pour tous. Il
faut dire qu’à part les politique en début de cortège
(quand il y en a) et leurs gardes du corps, personne ne
met ses habits du dimanche pour manifester.
Certains répètent des slogans pour se chauffer la
voix, d’autres discutent par petits groupes. Certains se
tassent face à un objectif de caméra de télévision.
Beaucoup parlent à leur portable ou font un jeu avec.
Jasmine se tourne vers Alain.
« Viens avec nous. On va aller chercher un coin pour
s’asseoir ».
Alain sourit. Il n’est pas seul sur cette grande place.
Tous les lieux pour s’asseoir sont déjà occupés.
Alors le groupe se dirige vers un coin ou d’autres
déjà sont assis par terre et ne sont pas dérangé. Une
fois assise, les filles sortent de leur petit sac à dos leur
en−cas du matin. Jasmine partage avec Alain et les
autres ne veulent pas être en reste. Alain leur raconte
alors un peu de lui, un peu de sa vie de SDF, mais pas
de sa vie d’avant. Les filles veulent poser avec lui .
Jasmine les prend tous accroupis, se retenant les uns
les autres par les épaules. Les filles, au contact
d’Alain, ressentent, mais bien moins fort que
Jasmine, le don de celui−ci et elles en tirent un
sentiment de joie intérieure.
Les mégaphones commencent à rameuter les
troupes, faire passer les consignes et chauffer les
manifestants. Le trajet est comme une nasse. Ils se

JASMINE 233
Guerre contre les Majors

rassemblent, entrent dans le dispositif policier,


d’abord peu dense, puis plus fourni. Pour finir, forces
de police et manifestants sont face à face, tandis qu’à
l’arrière, les casseurs et d’autres policiers «
s’expliquent ». On peut sortir du piège à condition de
se désagréger dans toutes les directions, en suivant les
étroits passages. Sur la moitié de la place d’arrivée,
c’est bus, VAB (véhicules blindés) bleus et fourgons.
Les fourgons, c’est pour y mettre les « interpellés ».
Tandis que les bus donnent une idée du volume de
policiers mis en place.
Aujourd’hui, mauvais signe, que personne ne
remarque. Il n’y a pas de politiques en chef, mais
seulement des seconds voire troisièmes couteaux. Et
peu nombreux. Par contre, il y a les excités au
mégaphone habituels, qui chantent les hymnes et les
slogans, chauffent les manifestants, provoquent les
forces de l’ordre, haranguent la foule…
Les forces de l’ordre y répondent par des coups de
matraque rythmés sur leurs boucliers. La
synchronisation impeccable est impressionnante.
Leur répertoire est peu varié mais musclé.
La confrontation dure. Une brève ondée de pavés
s’abat sur les boucliers et un casque des policiers.
Riposte à la grenade lacrymogène. C’est le moment
de mettre casques, lunettes et foulards. Le pauvre
Alain n’est pas équipé et les effluves qui lui
parviennent commencent à l’indisposer. Une pluie
plus fournie en projectiles divers accompagnée
d’insultes fait baisser les têtes chez les uniformes.
Jasmine s’en donne à cœur joie. En face, jet de
grenades puis les rangs s’écartent pour laisser passer
la charge d’une compagnie de CRS. Les manifestants

JASMINE 234
Guerre contre les Majors

tournent les talons. Cinq costauds tombent sur


Jasmine. Alain se précipite.
Il s’accroche à eux, les décroche de Jasmine. Ils ne
parviennent pas à la ramener car elle se démène et lui
aussi. Ils perdent du temps. Les copines de Jasmine
appellent quelques gars au secours. Ils s’avancent,
posément, matraques artisanales en main. Les CRS
préfèrent décrocher mais Jasmine prend un grand
coup sur le casque qui l’assomme à moitié.
Alain se précipite pour la tirer de là. Il la porte
sous un porche, dans une rue adjacente. Pendant ce
temps, c’est la débandade sur la place. Les copines de
Jasmine s’enfuient comme elles le peuvent.
Les policiers interpellent à tour de bras. Il y a des
blessés qui sont évacués par les deux camps.
Quelques corps de civils gisent immobiles à terre,
abandonnés par leurs camarades. Les fumigènes et les
lacrymogènes répandent leurs voiles pudiques sur la
place, masquant de nombreuses violences, que seuls
les cris et les coups sourds dénoncent.
Alain frappe à une porte. Une femme d’une
cinquantaine d’année leur ouvre, vérifiant que
personne ne regarde. Alain pose Jasmine sur le
canapé, lui retire son casque . Elle ouvre des yeux pas
très assurés. La femme revient avec un linge humide
et alain l’applique légèrement sur la bosse à Jasmine
qui reste les bras ballants le long du corps et ferme un
peu les yeux pour se remettre.
Dehors, le temps se calme. Il est temps de rentrer.
La dame s’inquiète. « Vous allez y arriver ? »
demande t−elle à Jasmine. « Oui, il me ramène chez
moi » fait Jasmine en montrant Alain.

JASMINE 235
Souriez, vous êtes filmés

06 / 04 / 2006, 22:36
Souriez, vous êtes filmés

Novembre 2014.

Dans les bureaux souterrains des services de


renseignements, un haut gradé technicien du supra
net section « Collecte du Renseignement » informe
en video−conférence les responsables du cercle
citoyen des techniques et des moyens mis en place
pour « surveiller » les postes de commandements
américains. Cette information est une petite partie de
la présentation du système défensif global français à
l’attention des grands gestionnaires du pays.
« La première étape a été la contamination du
réseau informatique américain complet dés que la
première config s’est connectée à notre net. Le supra
net ne « s’écoule » qu’entremêlé dans le flux normal,
et n’est pas détectable par les pare−feu et anti−virus
classiques. En premier passe un petit module de
gestion de fat supra net dans des secteurs déclarés
défectueux dans un premier temps. Ensuite le petit
module ARN. Ce module reconstitue les différents
éléments de supra net comme le ferai l’ARN dans le
corps humain. Il copie chaque petite « pièce » reçue,
archive l’original pour d’autre « exportations, et
assemble avec les copies le module, plus gros, qui va
gérer l’installation du gestionnaire de fichiers supra
net dans les « fin de secteur ». Les secteurs «

Souriez, vous êtes filmés 236


Guerre contre les Majors

défectueux » sont à nouveau rendus à l’usage normal.


Le module qui est ensuite assemblé est le module
de mapping du réseau. Il identifie une cinquantaine
de configurations, avant de leur expédier, dés que les
échanges entre elles se font le premier petit module,
puis le second, puis les pièces détachées.
Il n’y a aucun transfert provoqué. Les machines
suivantes seront infectées au fur et à mesure des
échanges, donc, pas de risque d’être détecté par le
pare−feu.
Au fur et à mesure de la réception en ligne, les
différent modules sont donc assemblés en zone
indétectable sur le premier ordinateur, puis sur les
autres.
Chaque module est spécialisé et autonome:
espionnage de certains éléments du système, scan du
disque dur, prise de contrôle potentielle, détection de
mots clé et … compte rendu par la ligne du net dés
que possible. Une seule ligne ne ramène pas
grand−chose. C’est pour cela que tant qu’une
transmission est étroite, il y a stockage des fichiers
résultats sur les lieux de collecte et transmission
choisie du type d’information souhaitée.
Mais, les américains se croient floués car on ne
leur propose que du 100 Mbits par ligne. C’est
d’ailleurs ce que leur indiquent tous leurs
programmes de test . Ils en mettent donc plusieurs. Et
sans qu’ils ne s’aperçoivent de rien, c’est du 1 térabit
par ligne qui nous parvient.
Le plus intéressant, malgré tout, c’est de les
espionner en direct. Mais micro et webcam sont
strictement interdits dans les salles ou se prennent les
décisions. Les installations ont été bâties par eux et

Souriez, vous êtes filmés 237


Guerre contre les Majors

sont vérifiées en permanence. Et le wifi pour les


transmissions est interdit. Impossible donc d’y placer
nos micro−caméras , qui seraient détectées par les
sniffers spécialisés reliés à leurs ordinateurs wifi de
contrôle, qui font un maillage complet sans
communiquer eux même entre eux par Wifi. Un
sniffer captant une émission actionne une sirène.
Point barre.
Pour le son, nous avons trompé les américains par
un reste fossile d’une époque dépassée encore présent
sur tous les micros−ordinateur : Le haut parleur. Bien
que vibrant à cause des bruits internes d’une config, il
est dirigé vers l’extérieur. Un petit programme
change pour le PC le haut parleur en micro. Le son
est compressé brut, les paquets sont identifiés avec
l’adresse mac de l’ordi, puis expédiés chez nous. Et
là, nos programmes s’adaptent aux sons reçus. Ils
suppriment le bruit parasite récurrent en le
reproduisant à l’identique tout d’abord, puis en
l’extrayant du son initial. On analyse alors les
perturbations provoquées par les bruits et les voix de
la pièce qui sont résiduelles de la précédente
opération.
Tout ça peut sembler bien compliqué, mais en fait,
nos ordinateurs font ça avec un décalage de dix
secondes environ avec la conversation réelle.
Voila ce qui se dit à proximité de l’ordinateur
numéro 1546 pour nous situé chez nos collègues
américains du renseignement.
(L’émission originale est en anglais mais un auteur
bilingue tel que moi se devait de vous la traduire pour
que vous puissiez profiter de la qualité des
dialogues).

Souriez, vous êtes filmés 238


Guerre contre les Majors

« Hier, j’ai rencontré une superbe gonzesse en boite.


On a (censuré) » « C’est comme moi, une blonde à
forte poitrine qui (censuré) »
Eclat de rire chez quelques anglophones, peu
nombreux malheureusement.
« Et vous pouvez avoir des images ? » demande le
numéro un des visiteurs.
« C’est plus compliqué. Les matériels sont américains
et une personne devant connecter intérieurement à un
ordinateur une mini caméra aurait perdu beaucoup de
temps.
De plus, le montage serait facilement visible à la
première opération de maintenance et tous les
ordinateurs seraient vérifiés.
Nous avons alors décidés de leur offrir des souris.
En effet, toutes leurs souris sont à fils (pas de radio)
et connectées sur un port USB ultra rapide, puisque
un port USB peut servir à beaucoup de périphériques.
La partie avant de nos souris (a l’arrière de la main,
opposée à la partie du fil) et les deux cotés sont
percés de façon très discrète, avec un angle de 30°
avec l’horizontale. Il y a derrière chaque trou une
mini caméra à bulle avec une optique de 1 dixième de
millimètre de diamètre. En règle générale, une souris
à fil est dirigée à une hauteur de 70 cm vers
l’extérieur d’un bureau . Avec une optique type fish
eye , on voit tout à 80 cm du bureau. Et le trou
gauche permet de voir le visage du droitier assis à
coté de son plan de travail. En utilisation, les doigts
bouchent les trous. Mais ils est rare que deux
personne qui discutent utilisent en même temps la
souris à 100 % Et dans les salles de réunion, il y a
toujours une souris qui voit. Sur une réunion, il y a la

Souriez, vous êtes filmés 239


Guerre contre les Majors

probabilité de reconnaître toute les personnes


présentes. Et puis, nous avons identifié, depuis une
semaine, toutes les voix. Les souris sont de moins en
moins utiles.
Nous utilisons une particularité optique qui veut
que plus près un « œil « se colle à un trou de serrure,
et mieux il voit l’ensemble de la pièce. Puis nous
sélectionnons notre angle et en déformant notre bulle
de liquide qui sert de lentille par commande piezo
microscopique, nous pouvons mettre au point et
zoomer sur le point de la pièce qui nous intéresse.
L’intérieur de la souris est visuellement le même
qu’une souris classique.
Et portant, il y a le reste de la caméra. Nos
ingénieurs sont très forts.
Il nous a fallu par contre identifier le lieu de leur
réserve de souris et par changement
d’immatriculation de la caisse, faire que celle−ci ne
soit jamais ouverte. Puis leur expédier une caisse à
nous. Enfin, provoquer dans chaque lieu ou nous
voulions une de nos souris une panne de la souris en
place (grâce à une modification de l’intensité de
l’alimentation de celle−ci par le port USB).
Il a fallu une intervention humaine pour dissimuler
la réserve initiale de souris. La mission a été réussie
mais notre homme a été appréhendé alors qu’il tentait
de ressortir. Il s’est enfui malgré les sommations au
lieu de se rendre et a été abattu par la garde début
septembre. Il laisse une veuve et un orphelin. Nous
lui devons beaucoup.
Entendons et voyons nos deux interlocuteurs
maintenant. »
(En anglo italien d’origine) « Elle avait des roploplos

Souriez, vous êtes filmés 240


Guerre contre les Majors

gros comme çà » expliquait le major DAD à son


colonel en joignant le geste à la parole.
Dans l’assemblée, tout le monde comprit cette fois
et éclata de rire. La technique venait de démontrer
que la tactique était efficace et portait ses fruits.

Souriez, vous êtes filmés 241


Die Hard 3

11 / 04 / 2006, 23:18
Die Hard 3

Mille idées tourbillonnent derrière le petit front de


Véra. Certaines l’enflamment, d’autres la déprime,
mais globalement elle est heureuse. Il lui manque, et
elle aime ce manque. Mais elle veut faire cesser ce
manque. Elle est fatiguée mais elle sait qu’elle ne
pourra pas dormir. Elle est totalement irrationnelle.
Son corps la torture en lui rappelant les caresses et les
baisers . Elle rougit rétrospectivement de ses audaces
de la nuit passée, mais ne regrette rien, bien au
contraire. Elle se replace instinctivement dans le
contexte et ravive quelques étincelles au dessus du
feu brûlant… qui couve.

Elle s’habille … sexy et sort « se changer les idées


». Ses pas la conduisent au bar−discothèque de la
veille.
Et elle voit Franck, attablé, seul.

Le doute s’insère en elle. Froid, nauséabond. Elle


ressent de la trahison, une éventuelle jalousie, une
grande détresse. Et si il n’était qu’un coureur. Est−il
possible qu’il sache qui elle est ? Non, il ne le sait
pas. Sinon, il ne l’aurait pas abordée. Sa famille, son
éducation, tout lui impose de ne pas fréquenter autre
chose qu’un blanc de la haute société. Alors pourquoi
il lui plait tant ? Que fait−il ici ?

Die Hard 3 242


Guerre contre les Majors

Elle désire le rejoindre mais une force le lui


interdit.
Elle voit trois américaines en bordée nouer la
conversation avec Franck et s’imposer à sa table. Il
sourit, l’animal ! Elles le dévorent des yeux,
gloussent comme des oies, se tortillent sur leurs
chaises.
Elle cache ses cheveux avec son foulard et va
choisir une table discrète, d’où elle peut tout voir. Ses
yeux à la dérobée lancent des éclairs à ses « rivales ».
Elle en commande même une boisson alcoolisée.

Franck est surpris d’être ainsi le centre des


convoitises. Il intéresse la meneuse du groupe mais
les deux autres l’aguichent aussi pour le cas où.
Néanmoins, si il a « partie gagnante » à tous les
coups, il est peu intéressé. Ces filles, une noire et
deux latines parlent un anglais qu’il ne connaît pas
mais qu’il sent très vulgaire. Il a honte de penser cela.
Lui aussi est un gamin des rues. Voilà pourquoi au
premier abord, il les a bien accueillies. Mais il
s’aperçoit des progrès effectués et de son changement
depuis le moment où il a franchit dans le sens de
l’entrée la grille du camp des Landes.

La futilité ne l’intéresse plus. Ca, il le doit à


Bernard . Et il est moins timide. Et ça il le doit à
Véra. Véra qui hier lui a fait découvrir un autre
monde. Le sien, mais plus sous le même angle, ni
surtout avec le même avenir.

Dans son oreillette, il entend une réflexion de son

Die Hard 3 243


Guerre contre les Majors

ange gardien. «Vire les, vite, ta copine est dans le


coin. Non, ne la cherche pas, elle se cache ». Franck
est affolé même si il ne le montre pas. Il sent en plus
une « présence » contre le haut de sa jambe, et une
autre plus fine et plus invasive qui augmente son
trouble. Il écarte la main et regarde l’effrontée dans
les yeux plus amusé qu’en colère, mais surtout très
gêné. L’autre dégage son poignet et lui coule un
regard de braise, provocateur et gourmand.
Son « téléphone » sonne. « Ici ton pote Matthieu,
fait la voix, j’ai besoin de toi pour monter mon
armoire je te rappelle ». Franck comprend et utilise le
prétexte ainsi offert pour promettre qu’une autre fois
peut−être. Cérémonie de bisous, mais l’autre a du mal
à le lâcher. Elle veut plus, ce que Franck ne peut lui
donner, avec Véra dans le coin. Il est obligé de garder
le sourire mais d’être un peu brutal pour se dégager.
Elle en grimace de frustration.

« Ne marche pas trop vite, qu’elle puisse te suivre.


Voilà, elle est levée. Marche tout droit, traverse deux
rues, entre deux minutes, ressort et réinstalle toi en
terrasse, qu’elle ne puisse ni te rater ni t’éviter ». Le
cœur de Franck bât la chamade. Déjà qu’il n’est pas
habitué à ce type d’histoire, si en plus il doit la gérer
comme un conspirateur…

Et ça marche. Il a eu le temps de s’asseoir . Elle


n’a pas eu le temps de reculer et « Qu’est ce que le
hasard fait bien les choses ». Ils échangent quelques
mots. Franck n’a pas à inventer puisque il n’a rien fait
de la journée. Véra se montre très évasive sur son rôle
dans l’armée américaine. Puis elle s’invente une

Die Hard 3 244


Guerre contre les Majors

fonction de « Public relation » avec les instances


françaises pour régler les petits détails matériels de la
vie quotidienne entre les troupes américaines et la
population française.

Franck boit ses paroles même si il sait qu’elle


ment. Ses yeux bleus émeraudes l’entraînent vers des
mers lointaines. Il se retient d’embrasser son petit
sourire permanent. Sa lèvre supérieure, légèrement
gonflée, tressaute parfois.
Il a envie de frotter son nez contre le sien, petit et
retroussé, dont les narines dilatées en disent long sur
son état. Il a envie de serrer son buste, petit mais tout
de même bien caréné, contre lui. Elle peut lui
raconter n’importe quoi. D’ailleurs, c’est ce qu’elle
fait. Il ne pense qu’à se retrouver seul avec elle, entre
quatre murs protecteurs.

Véra se répand en banalités. Puisque il l’écoute,


puisque elle l’a pour elle, alors elle ne va pas le
laisser filer. Elle le force à la regarder dans les yeux
pour qu’il ne soit distrait par rien d’autre. Elle sourit
intérieurement de ses coups d’œil furtifs sur son
décolleté. Elle l’allume en laissant un peu traîner
langoureusement sa voix, en jouant sur son accent
étranger. Elle voudrait se blottir contre lui, mais ils se
sont installés face à face et sa petite main gauche
dans sa grande main droite est le seul contact
physique qui les relie. Leurs visages se rapprochent
tout de même progressivement mais elle n’aime pas
les embrassades en public en plein jour. Elle le sent
quand même un peu nerveux, mais elle pense à de la
timidité…

Die Hard 3 245


Guerre contre les Majors

Une catastrophe menace de s’abattre sur les


tourtereaux. Sur le trottoir, à une dizaine de mètres, la
bande de filles vient de les apercevoir. Leur chef
semble furieuse et fonce sur eux. Un client se lève et
la bouscule. Elle le couvre d’invectives. Dans son
oreillette, Franck entend « Partez, il ne va pas les
retarder longtemps ».

Franck propose à Véra de se rendre à un pub à la


mode plus loin, un pub qui fait Karaoké et dont
l’ambiance est légendaire à Lyon. « Pourquoi pas »
sourit−elle. Il pourrait l’entraîner au bout du
monde…

Franck monte dans un véhicule taxi tandis que son


ange−gardien l’active à distance. Ils parviennent à
démarrer avant que le trio ne les rattrape. Chacun
dans son coin a fait mine de ne pas les voir.

Devant le pub, Véra avoue sa fatigue. Elle


voudrait juste manger un petit quelque chose et aller
se coucher. Franck tente : « Et si nous allions à cet
hôtel. Nous nous ferions monter du champagne et
quelques en−cas. »

Véra est d’accord, à condition de pouvoir


s’endormir assez vite. Franck promet de ne pas la
harceler. Néanmoins, il ne monte pas au côté de Véra
avec les pensées aussi pures qu’il veut bien lui dire.

Dans le bunker, les anges gardiens anticipent sur


la suite des évènements. Et ils veulent aguerrir le

Die Hard 3 246


Guerre contre les Majors

nouveau, absent la veille. Ils vont donc l’abandonner


seul face à la mission tandis qu’ils iront à la salle café
assister au spectacle, d’un coté, et à l’observation de
leur jeune collègue de l’autre. Ils en rient sous cape,
car ils le savent plutôt coincé.

Die Hard 3 247


Night hard too

NIGHT HARD TOO

Avertissement avant lecture.

Ce passage croustillant demandé par un lecteur,


je n’ai jamais osé le mettre en ligne. Peur du
débutant et peur des commentaires qu’il aurait pu
générer. J'espère ne pas violer les règles de la charte
d'écriture...

Il est tout seul. Et il se sent en trop.


Il doit surveiller le nouvel agent, en mission
« d’accompagnement » du lieutenant Sanders, officier
de renseignements américain, mais surtout fille de
V.I.P.
Et cet agent est en train de donner beaucoup de sa
personne pour remplir sa mission. Au début, ce
n’était que roucoulades, petits compliments et flirt
pressant. Très convaincant le type. Enfin, il n’est pas
du sien. L’agent américain par contre est assez canon.
Le serait−elle un peu moins qu’on ne peut dire non
froidement à une telle furia amoureuse. Par contre,
une moche qui vous regarde comme çà, il vaut mieux
prendre ses jambes à son coup et déménager sans
laisser d’adresse.
Les préliminaires l’ont déjà assez mis mal à l’aise.
Il est d’ailleurs l’objet assez involontaire de rires en
cascade dans la buvette voisine. En effet, ses

Night hard too 248


Guerre contre les Majors

nouveaux collègues de travail ont devant eux deux


mini−ordinateurs comme Franck.
L’un reçoit le flux vidéo en provenance de Franck
et le projette sur le mur en grand.

L’autre contrôle la camera qui espionne le bleu. Et


il n’en mène vraiment pas large.
Chacun à sa bière en main et y va de son
commentaire. Il y a des soirées de permanence qui
valent la peine d’être vécues.
Après de fougueux baisers un peu maladroits,
Franck a libéré les seins de Véra de leur prison de
soie. Comme quoi, mademoiselle aime son confort
pour dormir. Elle lui répond que non, c’est pas pour
lui, mais pour elle qu’elle s’offre de la lingerie. Ce
serait quand même dommage de ne pas profiter de la
lingerie française en cette occasion, alors que les
américains n’avaient pas envahi la France depuis
soixante dix ans. Franck ne compte pas faire dans la
dentelle pour autant. Pour lui, c’est la peau de Véra
qui est la plus douce. De même, le sous vêtement
masculin de Franck n’intéresse pas longtemps Véra,
plus désireuse de s’offrir le contenu.
Le bleu qui a raté la séance de la veille en reste
bouche bée, ce qui redouble les rires un peu jaunes à
la buvette. Mais Véra charme l’animal qui sort
entièrement de son panier pour trouver un premier
fourreau qui a du mal à s’adapter à sa taille. Franck
s’y sent un peu à l’étroit dans un premier temps puis
le latex se fait oublier. Il est d’une belle couleur
fraise. Véra lui dit qu’elle essaierait bien le modèle
extraterrestre à la menthe une autre fois. Pourquoi
fraise aujourd'hui ? Une envie prémonitoire qui ne les

Night hard too 249


Guerre contre les Majors

alarme pas.
Franck reste allongé sur le lit et préfère regarder les
neufs dixièmes du temps au plafond. Il ne peut
ignorer les faits et gestes de Véra mais la voir le
chavire. Elle s’arrange pour qu’il ne puisse l’ignorer
en lui présentant ses fesses sous le nez. Mais pour le
punir, elle a gardé sa culotte et ses pieds appuient sur
ses épaules et ses bras.
Franck ne peu que lever les avants bras, la saisir
aux hanches et allonger son cou vainement. Car elle
se rapproche parfois de son nez, mais pas assez. Et en
attendant, il a l’impression que son sexe enflammé
va éclater comme une vulgaire baudruche et qu’elle
le confond avec un sucre d’orge géant.
Puis, elle pivote, s’assoie sur son ventre, pose ses
mains sur ces cuisses, lui libère les bras, lui mets ses
pieds contre ses oreilles. Les bas lui caressent la peau
. Il étend les bras et elle lève un peu les fesses pour
qu’il fasse glisser la culotte vers l’avant.
Celle−ci passe les genoux, les mollets et arrive
devant les yeux de Franck. Elle lève alors les jambes
en les serrant un peu. Le centre est gêné par ses petits
pieds. Elle rit et laisse enfin le passage. Franck l’a à
peine posée sur la table de nuit que la féline s’est
propulsée en avant, et simultanément a écarté les
genoux, les a posés de part et d’autre du buste à
Franck et que pour finir, et bien elle l’étouffe entre le
haut de ses cuisses et son bas ventre en se frottant
contre son visage.
Le bleu ne respire plus non plus et en a comme
Franck les oreilles qui chauffent. Les autres se
demandent si leur agent ne va pas claquer sur le
champ de bataille et la walkyrie fait résonner Wagner

Night hard too 250


Guerre contre les Majors

dans tous les cœurs et toutes les têtes. Franck en effet


n’a pas pu longtemps profiter de ce que Vera lui
offrait. En effet, n’abandonnant pas sa monture, cette
fois, elle s’est mise sur la selle et est partie en plein
galop. Ses reins se creusent, ses hanches doivent se
croiser, son bassin ondule, son corps gondole et
Franck s’accroche au bois de lit . Elle ralentit parfois
pour l’embrasser, et alors ses seins lui laboure sa
poitrine.
Elle joue. Elle s’appuie sur lui, pose ses pieds sur ces
épaules, ou se couche en arrière en l’emportant avec
elle.
Le lit craque, le mur résonne, les ressorts
gémissent. Elle pivote, lui tourne le dos et il peut la
voir le faire disparaître. Ses doigts de pieds lui
arrachent ses boucles de poitrine. Elle lui embrasse
les chevilles. Un moment, elle s’assoie, droite comme
un i. Elle passe ses jambes entre ses cuisses, les lui
écarte, puis s’incline en avant en lui faisant relever
les jambes. Elle ajuste sa position. Lui pose ses pieds
sur son dos. Les douces fesses de Véra lui caressent
alors le dessous des cuisses et ses pieds lui labourent
les hanches. C’est du sadisme, et il se laisse faire un
temps.
Véra en profite pour monter en température.
S’offrir et dominer en même temps, ça lui plait. Elle
ne ressent pas la moindre fatigue, mais plutôt une
formidable énergie.
Franck veut reprendre le contrôle et se redresse.
Véra se rapproche du bout du lit. C’est Franck qui
s’avance, puis Véra, puis Franck. Elle progresse au
dessus du sol du haut de ses bras. Franck s’assoit au
bord du lit. C’est maintenant lui qui imprime le

Night hard too 251


Guerre contre les Majors

mouvement. Véra a allongé ses jambes et Franck en


profite pour la fesser très légèrement, comme si elle
était un tambour. Elle replie ses jambes afin et les
talons touchent presque ses fesses, mais elle est un
peu trop cambrée. Elle remonte alors en s’appuyant
sur les genoux de Franck et se libère. Elle se rassoie
ensuite tranquillement sur Franck pour se reposer un
peu. Il lui embrasse le haut des épaules et l’arrière du
cou en jouant avec ses cheveux. Il compte en les
piquant du doigt ses multiples grains de beauté dorés.
Est elle lionne, léopard ou panthère, cette si
fougueuse et si souple Véra ? Les trois à fois et il
vaut mieux éviter ses griffes.
Véra se débarrasse de ses derniers vêtement hormis
un bas. C’est troublant.
Les espions de choc profitent de la récupération de
Véra pour rire aux dépends du bleu, mais surtout pour
prendre une troisième bière pour se remettre. Ils ont
tous le palpitant à 180. Le bleu, lui, transpire
abondamment et a dénoué un peu sa cravate et fait
sauter le bouton du haut à sa chemise. On le voit
hésiter à sortir sa veste.
Le chant guttural de Véra remonte en intensité.
Toujours assise sur Franck, elle lui serre les jambes.
Puis se lève. Elle en a les jambes qui tremblent
quelques secondes. Puis elle pose ses genoux face au
lit et allonge son buste. Franck se place donc en
conséquence et le couple se reforme. Cette fois
reptilienne, Véra parvient à glisser grimper sur le lit.
Franck s’adapte. Puis elle se redresse sur ses quatre
membres. Cette fois, ils se synchronisent en
opposition de phase pour que chacun ne fasse que la
moitié du chemin. Il faut dire que celui ci est assez

Night hard too 252


Guerre contre les Majors

long. Puis Véra se remet sur le dos et se laisse faire.


Elle remonte ses jambes, l’encourage avec ses talons.
Elle se redresse, lui attrape le cou, s’y suspend.
Franck parvient à rester debout. Il se sert de ses bras
pour la soutenir tandis qu’elle s’occupe de glisser
contre lui. Fatigué après un moment , il pivote et
s’assoit sur le lit. Véra le pousse en arrière, en abuse
encore un peu, puis le laisse à nouveau s’allonger.
Elle se pose sur lui et ils reprennent un peu leur
souffle tout en s’embrassant tendrement.
La quatrième bière s’impose, car la troisième,
même non terminée est trop chaude et les canettes,
serrées un peu fort, gardent l’empreinte des doigts
crispés.

Le bleu décidément ne supporte plus la veste. Il


voudrait que les autres reviennent pour qu’il puisse
aller faire un tour, marcher dans le couloir, taper
contre une porte, enfin, n’importe quoi plutôt que de
subir ce stress. Il n’est ni voyeur, ni indifférent.
Véra roucoule, sourit, embrasse et se remet à
bouger. C’est pour cette fois lui dit elle. Elle lui
remonte les bras au dessus de la tête et s’appuie sur
ses poignets. Sa danse reprend alors que ses yeux
brûlent. Plusieurs fois elle quitte Franck pour mieux
le retrouver, toujours plus fort. Le priapisme de
celui−ci devient critique et ses yeux commencent à
rouler. Véra elle amplifie encore son mouvement,
l’accélère, quand tout à coup, alors que ses genou
enserrent le torse de Franck, elle se cambre, se
tétanise, et pousse un long hurlement rugissement.
Dans la débâcle, Franck a l’impression que les
cheveux qui vont et viennent autour de la tête de

Night hard too 253


Guerre contre les Majors

Véra qui ondule violemment de gauche à droite


prennent réellement feu. Véra la rousse est en
éruption et personne n’en verra plus car un pied de lit
cède. Véra est projetée sur le coté et vers l’avant et
elle entraîne dans sa chute la table de chevet tandis
que le « portable » de Franck tombe et disparaît sous
l’armoire.

Aucun des deux amants ne s’est fait mal et ils se


rassurent dans un souffle tandis qu’ils se rapprochent
pour ne faire plus qu’un et se reposer. Véra éteint la
lampe de chevet tombée à terre grâce à l’interrupteur
sur le fil . Ils s’endorment presque aussitôt après un
petit rire complice sur la descente de lit. Franck a pris
soin de les envelopper tout deux dans les couvertures
qui elles aussi ont glissé et qu’il a pu attraper sans se
relever.
Véra s’est endormie avant lui et il dépose un dernier
baiser sur le tout petit dauphin bleu tatoué sur son
épaule.

Les compères rejoignent le bleu, et un peu


éméchés lui demandent un rapport, lui font des
reproches sur sa tenue débraillée, demandent des
détails que le bleu bredouillant ne peut donner.
« Montre les images alors ! »
Et le bleu s’aperçoit qu’il n’a rien enregistré, alors
que ce genre de scène doit l’être systématiquement
pour pouvoir éventuellement servir pour faire
pression sur un agent ennemi, surtout si il s’agit
d’une femme.
Il a donc droit à une engueulade en règle, se fait
traiter de tous les noms de voyeur possible,

Night hard too 254


Guerre contre les Majors

d’incapable etc.. tant et si bien qu’il en quitte la pièce


dés que possible pour aller se désespérer plus loin .
Un collègue compatissant va chercher des bières
pour tout le monde, à boire dés le retour du bleu.
Voilà une soirée qu’il n’oubliera pas

Night hard too 255


Rafle au réveil

13 / 04 / 2006, 18:41 Rafle au réveil


Elsa se réveille avant Christian. C’est lundi, jour
de repos puisque Elsa fait des concerts les samedi et
dimanche tandis que Christian fait la maintenance
informatique du suivi des stocks de la grande
surface du quartier.
Elsa se réveille avant Christian. C’est lundi, jour
de repos puisque Elsa fait des concerts les samedi et
dimanche tandis que Christian fait la maintenance
informatique du suivi des stocks de la grande surface
du quartier.
Elle remonte son matelas sous elle (lit tête,pied et
accoudoirs relevables) selon sa position favorite
pré−programmée et s’installe en position semi assise,
avec son petit micro portable de table de nuit sur son
ventre et de la petite musique de chambre de l’ami
Wolfgang aux oreilles grâce au casque sans fil.
Son petit micro de table de nuit dispose d’un mini
clavier simple à touche sensitive, d’une petite surface
tactile, d’un processeur 2 gigahertz basse
consommation, d’un écran lcd 8 pouces, de deux giga
de mémoire vive, d’un OS type linux intégré, d’une
sauvegarde de type flash amovible et surtout d’une
liaison wifi 200 mégabit avec l’ordinateur domotique.
Elle regarde le temps qu’il fait dehors. Splendide.
Puis elle lit son « courrier ».
Le chauffage ne s’est pas allumé de la nuit. Il y a
actuellement 20,52 degré dans toutes les pièces pour
un taux d’humidité de 10%. Il n’y a pas eu

Rafle au réveil 256


Guerre contre les Majors

d’interruption de courant. La porte de l’appartement


est verrouillée depuis hier soir 22 h 57 mn 04 s, heure
de son retour. Les volets des pièces de vie se sont
ouverts à 7 heures. Ceux de la chambre sont toujours
sur contrôle manuel. Le service de lavage global a
récupéré le linge sale du week−end dans la BAL
(Boite à linge − voir description en fin de texte). Le
réfrigérateur signale deux produits ouverts
déconseillés à la consommation depuis cette nuit
quatre heures.
Il prévient aussi que la petite lumière ne s’éteint
plus lorsque la porte est fermée. Il préviendra un
réparateur dans 24 heures si la situation perdure. Ces
éléments « bavards » utilisent le courant porteur en
ligne. Ainsi, le milieu wifi ne sert que pour les
éléments autonomes.
Puis elle survole les messages des amis. Elle répondra
plus tard. Elle lance la cafetière et le four électrique,
dans lequel attendent depuis hier au soir quatre
croissants à cuire.
La petite est chez sa grand−mère. La maison à
eux. Et ils sont libres aujourd’hui.
5 mn plus tard, elle se lève pour aller chercher le
tout à la cuisine. Un plateau, jus d’orange, café
croissants, miel. Tout cela servi par une femme
adorable en chemise de nuit affriolante. Ses jambes
parfaites encore parfaites pour sa bientôt trentaine
n’ont nul besoin de bas et sa poitrine encore ferme
transperce littéralement la fine soie vert pomme. En
entrant dans la pièce, Elsa saisit la télécommande et
remonte légèrement le volet roulant. Le soleil s’invite
par mille petits orifices et la pièce baigne dans une
douce lumière. Pour un lundi matin, il en a de la

Rafle au réveil 257


Guerre contre les Majors

chance Christian.
Une heure plus tard, le lit ressemble à un champ
de bataille et le son de rires et des ébats aquatiques
voisins indiquent que la guerre a changé de théâtre
opérationnel, et qu’une nouvelle phase offensive
s’annonce.
Et bien sûr, en plein milieu, malgré tous les progrès
accomplis depuis Edison, le téléphone sonne au pire
moment. La communication acceptée est
automatiquement transmise au poste de la salle de
bain, vidéo déconnectée. Christian abuse un peu de la
vulnérabilité d’Elsa qui ne peut pas trop se défendre
et doit contenir sa voix tout en suivant la
conversation.
Il s’arrête quand elle menace de mettre la vidéo et
de crier « au viol».
C’est une invitation par de bons amis pour le midi
même. Il reste peu de temps et Elsa pense qu’elle
tombe à pic, car elle ne savait pas encore ce qu’elle
aurait préparé pour midi.
Christian fait la moue mais elle lui chuchote une
promesse à l’oreille qui lui rend le sourire. Douche et
toilette se font donc efficacement cette fois. Christian
sorti le premier en profite pour refaire le lit. Il reste
un instant dubitatif devant la configuration levé
baissé des divers éléments justifiés par quelques
acrobaties, puis rebaisse le tout et change les draps.
Elsa sort nue de la salle de bain et s’habille à
même le placard (qui dispose d’une surface vitrée
importante (et plus quand Christian y jette un coup
d’œil lors d’ébats diurnes).
Christian a appelé un taxi. Ils descendent au pied
de l’immeuble pour le prendre.

Rafle au réveil 258


Guerre contre les Majors

Un groupe de combat américain les y attend et les


embarque dans le IAV Stryker M1130 modifié garé
en stationnement interdit. Le char redémarre
bruyamment dans un grand nuage de fumée noire.

Le L.G.O.
En 2012, il a été décidé de rationaliser l’utilisation
des ressources et de l’énergie afin de lutter contre le
gaspillage. D’où une chasse aux équipements
individuels inutiles.
Machines à laver et sèche−linges en ville sont des
gaspilleurs d’électricité et d’eau potable.
Il fut institué le Lavage Global Obligatoire en ville.
Evaluant la dépense d’un ménage pour pouvoir laver
et sécher le linge, cette dépense fut mensualisée et
divisée par deux

Il fut incorporé à chaque vêtement une étiquette


électronique. Ils étaient classés en 3 catégories : eau
froide, synthétique et eau chaude. Des laveries
automatiques dont l’eau était recyclée furent
installées dans tous les quartiers avec un système de
ramassage. Cela donnait du travail à la société et les «
ménagères » avaient leur temps de loisir augmenté
d’autant.

Il suffisait de mettre le linge dans la Boite à Linge


(BAL). Du coté appartement, une ouverture gérée par
le système domotique. De l’autre coté, une ouverture
que seul le personnel du pressing pouvait ouvrir.
Quand il l’ouvrait, son appareil par magnétisme
mettait à jour les étiquettes des vêtements contenus

Rafle au réveil 259


Guerre contre les Majors

dans la BAL. Il les prenait, et remettait les vêtements


lavés, séchés et pliés dans la DAL. Il effaçait alors les
données. Il ne prenait pas de tas inférieur à 5 kg et en
prenait 10 au maximum pour un même jour.

Une trieuse (1 pince par type de vêtements)


récupérait les vêtements destinés à la machine
destinée au lavage selon son type. Après les lessives
et les séchages, le linge en vrac était dispatché sur un
tapis roulant circulaire et chaque pince devait
récupérer le linge d’un client et le mettre dans une
panière. Quand la pince détectait qu’il ne restait plus
de linge, elle sonnait. Un ouvrier lui changeait la
panière, et elle prenait le linge d’un autre client.

Le linge dans la panière était ensuite plié. Tout le


linge vendu à compter de 2012 était non repassable,
et n’en avait pas besoin. Les anciens vêtements ne
furent donc plus utilisés au fur et à mesure et furent
recyclés. Les nouveaux étaient fabriqués selon des
considérations écologiques, autant pour la fabrication
que pour l’entretien et le recyclage. Le léger surcoût à
la fabrication fut compensé par les économies
réalisées sur le reste de la vie d’un vêtement. Chaque
modèle devait être fabriqué durant trois années
consécutives au moins. Ainsi la mode ne pouvait
changer que tous les trois ans et ceci permit d’éviter
une consommation effrénée gaspilleuse et imposer la
fabrication de vêtements plus robustes.

Rafle au réveil 260


Du rififi dans le Médoc :
Préambule

14 / 04 / 2006, 17:39
Du rififi dans le Médoc : Préambule

Avertissement avant lecture

Le choix du Médoc permet de ne pas toucher


à des susceptibilités régionales autres qui ont été
tentées par des « autonomies ». En plus, c’est une
région où j’y ai quelques racines. Malgré tout, je
n’épargne pas le chauvinisme, ni la chasse et la
beauf attitude qui sont des qualités trop répandues à
mon goût, mais dont le Médoc, rural, n’a pas
l’apanage pour autant.
J’espère aussi contribuer au tourisme de cette région
magnifique, qui n’a pas le caractère starifié de la
côte d’azur mais qui est une superbe destination
familiale. (Euh, oui, je disais, le chauvinisme, c’est
pas bien…)

4 Juin 2015.
Un an déjà. Triste anniversaire pour dimanche. La
présence américaine a été bien gérée pour éviter des
bains de sang et la fin de la Net république. La
clandestinité du système politique et décisionnel lui
permet même d’évoluer dans le cœur des français.

Du rififi dans le Médoc : Préambule 261


Guerre contre les Majors

Un an déjà. Triste anniversaire pour dimanche. La


présence américaine a été bien gérée pour éviter des
bains de sang et la fin de la Net république. La
clandestinité du système politique et décisionnel lui
permet même d’évoluer dans le cœur des français.
Les sondages quotidiens sur le Net sont éloquents.
La population s’est habituée à l’occupant sans pour
autant oublier la menace qu’il représente. Et elle
congratule cette gouvernance qui permet à chacun de
vivre normalement malgré l’occupation. Le chômage
n’existe pas, le travail à la carte permet à chacun de
vivre, selon ses ambitions et ses goûts, même si
l’espoir de devenir très riche et de se la couler douce
est inexistant dans un tel système.
Les théories épicuriennes gagnent l’ensemble de la
population avec leur valeur première : savoir
apprécier les plaisirs simples. Le moral est donc bon,
en général.
Mais pour l’homme à la sucette, entièrement
dévoué à sa mission de l’ombre, le stress guette. Les
troupes américaines d’occupation se relâchent. Le
haut commandement du renseignement s’arrache les
cheveux, mais leur détermination à détruire le
système d’information supra−net est toujours aussi
forte. Des informaticiens pris au hasard dans la
population française sont tous les jours inquiétés. Ils
espèrent que l’un d’entre eux craque et livre des
informations vitales. Leurs groupes de combat
s’invitent de plus en plus souvent dans les bâtiments
pour « saisir » des ordinateurs. Des véhicules
patrouillent en espérant espionner des flux
d’informations anormaux (quantité, contenu). Il a
fallu équiper en catastrophe tous les écrans plat d’un

Du rififi dans le Médoc : Préambule 262


Guerre contre les Majors

film plastique anti−rayonnements afin de contrer un


certain matériel d’observation de ceux qui permettait
de voir dans la fourgonnette, ce qu’il y avait sur
l’écran de l’opérateur piraté.
Son équipe rapprochée est au top. Les diverses
équipes du service aussi. Son adjoint lui a
insidieusement fait comprendre que des vacances
pour lui feraient du bien aussi aux autres. Il a quand
même fallu l’intervention de son supérieur, qui l’a
invité dans un restau tranquille pour lui souhaiter un
bon séjour à Montalivet.
Pourquoi Montalivet ? « Vous serez au camp de
naturistes. Impossible de trimballer un portable, une
arme, un stylo… pensez à faire vider votre dent
creuse de son cyanure avant de partir… »
La plaisanterie passée, et le mois de Juin étant peu
favorable malgré tout à la mise à nu complète, il est
tout de même envoyé dans un bungalow de la Base
Départementale de Sport et Loisirs de Bombannes. Il
y a la mer, le lac d’Hourtin, les dunes, un petit village
sympathique (Carcans) et touts les installations pour
faire du sport ou se distraire.
Bordeaux n’est qu’à 40 Km. On pourra lui
envoyer un hélico si besoin est.
En début de saison, il va vraiment pouvoir se reposer.

8 juin 2015
« Bonjour Lieutenant, comment çà va ?
− Bien major. Je vous remercie.
− Je vous ai fait venir à Paris pour vous confier une
mission importante.
−…
− Une personne que je pense avoir déjà croisée serait

Du rififi dans le Médoc : Préambule 263


Guerre contre les Majors

en vacances dans un lieu … disons sensible. Nous ne


savons pas ce qu’il sait. Par contre, après quelques
recherches sur son compte, nous trouvons moins de
renseignements que pour une personne normale, et
beaucoup de données constatées fausses.
−…
− Cette personne semble avoir les activités normales
d’un vacancier. Nous ne disposons pas d’agent
féminin assez française d’apparence pour le séduire,
et donc le surveiller au plus près.
Nous avons donc pensé à vous.

− Dans quelle mesure Major ?

− Dans votre état, vous ne pouvez inspirer la


méfiance. De plus, si vous partez en vacances avec
votre am.. ami français, ce sera plus facile encore et
très crédible. Vu le peu de monde sur place, il vous
sera facile de sympathiser avec lui, et donc de l’avoir
à l’œil.

− Vous m’offrez donc de partir en vacances ?

− Exactement. Mais soyez extrêmement vigilante.


Vous ne devez pas griller votre couverture. Votre
petit ami si utile ne doit se douter de rien. C’est la
première fois que vous allez vivre ensemble 24 sur
24. Il ne doit rien savoir de votre emploi.

− Il pense que je suis en contact avec leurs


collectivités locales pour des problèmes
d’intendance…

Du rififi dans le Médoc : Préambule 264


Guerre contre les Majors

− Très bien. Cette mission devrait pour vous ne vous


concerner que pour l’observation. Nous avons des
agents là−bas. Il ne vaut mieux pas qu’ils
s’approchent. Mais ils peuvent vous aider dans les
cinq minutes. Pour les détails, vous trouverez tout
dans le dossier

− Merci Major.

− A propos Véra ? Vous permettez que je vous


appelle Véra ? Votre père est−il au courant ?

− Non, Major. Je crois qu’il ne le supporterait pas. Et


je serai contrainte de rentrer au plus vite.

− Vous en êtes à moins de 15 semaines. En suisse,


vous pouvez …

− Pas question Major. Je sais que mon père


n’approuverait ni le gendre, ni l’enfant, mais il est
aussi anti−avortement. Et je n’ai pas été violée. Il m’a
juste caché l’incident sur le moment et je n’ai pas pu
faire le nécessaire le lendemain. Mais je ne lui en
veux pas…
− Je souhaite que vous ne le regrettiez pas Véra.
Bonne chance.
− Merci Major. Et si je peux vous aider à coincer
votre français, ce sera avec plaisir. »

Même jour, une heure plus tard, chez Franck


« Désolé de t’interrompre durant les infos, mon
garçon, mais il y a du nouveau

Du rififi dans le Médoc : Préambule 265


Guerre contre les Majors

− Pas de problème Chef.


− Ta dulcinée va te proposer un petit voyage dans le
médoc. Deux semaines environ.
− Que va−t−on y faire ?
− Officiellement, des vacances. Mais en fait, elle veut
surveiller quelqu’un.
− Qui est−ce ?
− Quelqu’un d’important, en vraies vacances. Et pas
de chance, il a fallu qu’on l’envoie se reposer au
mauvais endroit.
− Pourquoi n’irait−il pas ailleurs ?
− Parce qu’il est repéré à cause de quelque chose
qu’on ne sait pas ce que c’est, et qu’on voudrait bien
savoir.
− Il est au courant de ses ennuis ?
− Aucunement.
Primo, en aucun cas il ne faut qu’il change sa façon
d’être. Les autres pourront ainsi croire qu’ils se sont
trompés. Et secundo, il est en vacances. Son adjoint a
bien insisté pour suivre cette affaire à sa place.

− Les risques ?
− Cela dépend de la taille de la poudrière. Mais mon
garçon, ne t’inquiète pas pour ta Véra. Elle est de leur
coté. Et toi, ils te prennent pour le dernier des
péquenots, sauf ta bien−aimée qui est bien accrochée.
− On sait comment ils visent. Et puis, pour faire
plaisir au père…
− Ne sois pas si pessimiste. Le problème, c’est que tu
ne peux pas emporter d’armes. Mais tu auras des
ange−gardiens qui vous surveilleront, de loin, lui,
elle, et toi.
− A priori, il n’y aura jamais eu autant de monde en «

Du rififi dans le Médoc : Préambule 266


Guerre contre les Majors

morte » saison à se promener dans les bois.


− Sois prudent quand même. Les chasseurs de
tourterelles du Médoc sont réputés pour leur
viandartise. Là bas, seulement une ferme sur dix a le
Net. Ils votent encore avec des urnes et il y a un parti
indépendantiste Chasse Pêche et Partition. Ils prônent
un Médoc Libre avec le droit de chasser en toutes
saisons, d’avoir son 4x4 personnel et autres débilités
de ce genre. Leur capitale déclarée est Lesparre,
ancienne sous−préfecture, avec sa « Tour de
l’Honneur ». Depuis cinq ans, malgré le calme
apparent, parce que le Net Conseil préfère laisser le
temps faire son ouvrage, ils vivent à l’ancienne parce
qu’ils n’ont pas voulu participer à la « Mutation ». Ils
ont récupéré les terres qu’ils avaient vendues à la
World Company et tirent des bénéfices de leurs
quelques grands crus à l’étranger.
− Pourquoi le « ponte » passe ses vacances là−bas ?
− Il était du coin… il y a longtemps.
Et même si il les appelle parfois « les médocons », il
semble y passer de bonnes vacances… jusqu’à
maintenant. »

Au même instant, l’homme à la sucette venait de


remonter sur la dune. Du haut de celle−ci, il
contempla la plage, déserte à perte de vue. La marée
était basse et les nombreuses baïnes, plus foncées
étaient bien visibles. Sur leurs cotés, les vagues
s’étalaient en longs pétales aux franges d’écume.
L’air était empli des vibrations de l’océan et il était
un peu ivre encore de sa pureté. L’Amérique était
droit devant, cinq ou six mille kilomètres plus loin.
Un blockhaus au trois quart ensablé, tout aussi inutile

Du rififi dans le Médoc : Préambule 267


Guerre contre les Majors

que soixante ans auparavant, accomplissait lentement


son long périple vers le fond de l’océan. Il tourna les
talons et au bout de quelques pas, il sentit la forte
odeur de la résine des pins maritimes. Il emprunta un
sentier, qui le conduisit à la piste cyclable. Quand il
reprit son vélo, il entendit une branche craquer mais
n’y porta aucune attention. Il ne remarqua pas non
plus l’éclat indiscret d’un des deux vélos, dissimulés
trente mètres plus loin, derrière lui, qu’un des deux
hommes qui le suivaient venait de sortir de derrière
les fourrés de bruyère et de genêt.

Du rififi dans le Médoc : Préambule 268


Escapade

19 / 04 / 2006, 19:12
Escapade

Véronique a le sourire aujourd’hui. Elle a une


surprise pour Brian, dont c’est l’anniversaire. C’est
dur d’offrir quelque chose à un prisonnier. Et
heureusement, Brian est un prisonnier modèle.

Cet américain l’a d’abord séduite par son physique


sympa. Elle qui n’est pas grande a une préférence
pour les hommes à peine plus grand qu’elle. Et c’est
un des rares Gi à être taillé comme un chat sauvage.
Tout en finesse, des muscles longs, et pourtant, juste
1,72 m.

Ensuite, par ses études. Brian est un littéraire. Elle


se demande ce qu’il fait à l’armée. Mais pour lui,
c’était un job qui lui permettrait de voyager. A part
pour le débarquement, où il aurait du faire « le coup
de feu » comme les autres, il a un travail de stratif.
L’armée lui apparaît même plus juste que le reste du
monde du travail, ou il faut trimer au rendement pour
un salaire de misère. Et il est payé pour faire du sport
et des stages. Il a même son permis de conduite de
char de combat. Elle lui a demandé d’en ramener un
perso, mais il n’a pas saisi l’allusion.

Enfin pour son humour. Mais çà, c’est elle qui


l’inspire. Brian est du genre réservé. Mais Véronique

Escapade 269
Guerre contre les Majors

est bon public et il invente un tas de petits trucs pour


la faire rire. A cause de sa connaissance partielle du
français, il est tombé au début dans des quiproquos
équivoques. Mais aujourd’hui, il en joue avec finesse.

Ce midi, donc, elle lui a dit de s’offrir une tenue


civile correcte pour sortir. Elle lui offre le restau en
ville. Chemise et cravate obligatoire, même si le style
est cool. Elle n’a pas dit pourquoi.

Brian joue le jeu. Mais il n’y crois pas . Il pense


plutôt à un dîner en tête à tête dans un coin du
réfectoire avec un petite amélioration qu’elle aura
réussi à organiser. Il apprécie tout de même
l’attention. Cela fait six mois environ qu’il est
prisonnier. Une éternité qui lui pèse tout d’un coup.
Malgré le sport, malgré le net, malgré les sorties sur
le toit, malgré le foyer et son mini−marché, malgré
Véronique, il est tout de même un prisonnier. Et pour
s’évader, ce soir, ce sera avec un peu d’alcool et
beaucoup de nostalgie quand Véronique sera rentrée
chez elle.

Mais à 18 heures, Nathalie entraîne Brian dans un


autre secteur.
Là, ils ont rendez−vous avec un haut responsable.

« Brian, à la demande de Mlle, j’ai étudié votre


dossier. Et j’émets un avis favorable à un essai. Il va
s’en dire que vous portez sur vous la responsabilité
du futur de certains de vos camarades. Nous allons
vous laissez sortir pour une permission ce soir.
− Thank you, euh merci, merci monsieur.

Escapade 270
Guerre contre les Majors

− Il y a quand même des restrictions assez


draconiennes
− Je me doute Monsieur
− Vous allez devoir porter un dispositif assez
contraignant sur vous. Une sorte de dispositif
anti−évasion
− Oui Monsieur
− Le voici »

L’homme sort alors une sorte de collier métallique,


assez lourd.

« Voici ce que vous devrez avoir sous le col de votre


chemise. Il s’agit d’un collier étrangleur. Il se
déclenche quand il est éloigné de plus de 10 m de ce
collier ci »

Il en ressort un autre, très fin.

« De plus, si ce collier est arraché et que le fil cède,


l’émetteur cesse son émission et votre collier se
déclenche. Il y a aussi un petit bouton ici, qui éteint
l’émetteur. Dans les deux cas, c’est la mort par
asphyxie et vous ne pourrez pas parler durant votre
agonie »

Brian est stupéfait. Sa vie ne tiendrait vraiment


qu’à un fil ce soir. Mais la tentation est forte. Et il
accepte les conditions. Il ne doit pas tenter de courir
vers des soldats américains, de laisser un message par
terre…Et il lui faudra se retenir pour les

Escapade 271
Guerre contre les Majors

toilettes…car Véronique au moindre doute actionnera


le collier.

A peine la porte franchie, Brian oublie le collier.


Sa main serre celle de Véronique quand il respire l’air
de la liberté. Elle le tire un peu pour l’encourager à
avancer. Ils sont dehors, ils ne doivent pas paraître
suspects.
La première chose qu’ils font est d’aller boire un
verre. Brian découvre qu’il n’est plus à Paris, ce dont
il aurait du s’apercevoir sur le toit, mais qu’il n’avait
pas pensé à vérifier. Il préfère ne pas poser de
questions, afin que Véronique ne se méprenne pas.
Il regarde passer les patrouilles régulières mais ne
compte pas trouver un visage connu. Celui ci pourrait
signifier une mort atroce. Véronique est un peu
tendue, et c’est à lui à la rassurer. Il se lève à moitié
et l’embrasse par dessus la table. Il parvient ainsi à lui
faire revenir un petit sourire.
« Dont worry dear… je n’essaierai pas de
m’échapper. Je suis si bien avec toi.
− Tu ne m’en veux pas trop ?
− Tu fais ton devoir non ?
− Seulement mon devoir tu crois ?
− Tu joins l’agréable à l’utile ?
− Prétentieux !
− Oui maitresse ! »

Elle pouffe. Lui aussi préfère en rire. Et puis, elle


s’est mise en quatre pour lui. Elle a mis un jean, des
petites bottines noires. Elle au aussi un trench coat en
cuir noir et dessous, une chemise brodée largement
ouverte. Même si les filles en uniforme peuvent avoir

Escapade 272
Guerre contre les Majors

l’air sexy quand on y regarde à deux fois avec un peu


de dérision, rien ne vaut une fille qui sait s’habiller.
Et même se maquiller. En la dévisageant, Brian
voit ce fil si fin à son cou gracile. Elle l’a caché avec
un autre collier. Plaqué ou massif, il lui va bien. Lui
aussi aurait envie de lui faire un cadeau. Mais ce
genre d’articles n’existe pas au foyer et son argent
n’est pas disponible à l’extérieur du « centre ».

Il pose quand même la question anodinement.

« Supposons que je veuille acheter quelque chose à


l’extérieur, ou t’offrir des fleurs, pourrai−je le faire la
prochaine fois ? »

Véronique se sent gênée. Il n’est pas encore


question de prochaine fois. Elle est seule, avec le
concepteur du collier, à savoir que Brian est dehors
ce soir. Si il arrive quelque chose, elle risque gros.
Elle a trafiqué le contrôle des sorties qui aurait du
déclencher l’alarme quand la mini−puce injectée sous
la peau de Brian (implantée à son insu lors de sa
capture) a franchi le portique de sécurité de l’entrée.
D’une certaine façon, elle l’a fait s’évader ce soir.

Elle préfère détourner la conversation. Avec un


léger voile devant les yeux, elle le regarde
langoureusement

« Tu m’offrirais des fleurs ?


− Tu préfèrerais des bonbons ?
− Des chocolats alors ! »

Escapade 273
Guerre contre les Majors

Un ange passe. Brian sent bien l’étrangeté de la


situation. Son collier le serre tout d’un coup. Il n’a
pas envie de s’évader, pas envie de trahir son amie.
Mais son devoir serait de le faire. Après tout, il est
très bien ce collier qui lui évite de céder à la
tentation.
« La gourmandise est un mauvais défaut. Et si nous
allions manger ?
− Tu préfères quoi ?
− Je suis sûr de la haute qualité gustative des plats
français, mais j’ai envie de hamburgers et de muffies.
− Depuis votre arrivée, il y a plein de QuickMac
ouverts exprès pour vous.
Tu euh… c’est plein d’américains.

− Ou tu veux alors. Un coin tranquille.


− Un restau italien ?
− Ok, j’adore les pizzas.
− Et moi les spaghetti » répond la belle.

La soirée se passe merveilleusement bien,


romantique à souhait. Et c’est l’estomac bien calé et
amoureux que les deux tourtereaux reprennent la
direction du centre, sans un mot. Ils marchent côte à
côte à la lumière blafarde de l’éclairage public. De
l’autre coté de la rue, une patrouille américaine
regarde Brian avec envie et poursuit son chemin.

Et au carrefour, un gamin d’une douzaine d’année


surgit de l’ombre et arrache le collier en or de
Véronique. Ce faisant, il brise le fil de l’autre.
Véronique est d’abord choquée par ce vol. La
délinquance avant l’invasion avait été réduite à zéro.

Escapade 274
Guerre contre les Majors

La réintroduction d’argent liquide à cause des


américains a finit par la faire renaître de ses cendres.

Mais Brian se tient le cou, désespéré. Son visage


tourne au cramoisi. Véronique le jette à terre, le met
sur le ventre, dégrafe une attache dissimulée à
l’arrière de son collier, tire sur une goupille et
celui−ci se détache du cou de Brian. Il était temps.
Alors qu’il se relève péniblement, la patrouille a fait
demi−tour et vient vers eux. Brian leur fait face,
avance.

Dans son dos, Véronique à mis la main dans la


poche droite du trench coat. Sa petite main serre la
crosse d’un pistolet automatique de 9 mm. Il est
chargé, sécurité ôtée.
Après lui avoir sauvé la vie, elle va devoir
l’abattre.

Les secondes s’étirent. Elle hésite. Elle a des


flashes de cette soirée. Brian si attentionné. Brian
heureux. Brian qui l’embrasse. Sans quitter sa poche,
sa main dirige le canon vers le dos de Brian à 5 m.

« Ok ok All right for me . But this boy has stolen my


girl friend. Quick, run after him !

− We aren’t here for this. Sorry. Good evening

Brian se tourne vers Véronique. Elle a les bras


ballants. Elle est en larmes. Il la serre contre lui, lui
chuchote à l’oreille.

Escapade 275
Guerre contre les Majors

« Rentrons. J’ai eu mon lot d’émotions pour ce soir ».

Escapade 276
Du rififi dans le Médoc : D’est
en Ouest

20 / 04 / 2006, 19:47
Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest

Encore un long trajet pour Franck et Véra. Cette


fois, c’est elle qui fournit la voiture. C’est une classe
trois, et au régime moteur, Franck appréhende. Les
voitures réquisitionnées par les américains passent à
la « révision » avant. Quelle panne va t−il leur
arriver ? Les américains croient que la France est un
pays qui abandonne le système automobile et que le
parc se dégrade petit à petit, et tout est fait pour les
conforter dans cette opinion.

Les pneus ne sont pas de la première fraîcheur.


Sûr que la clim ne fonctionne pas. Sinon, Franck ne
s’inquiète ni pour les airbags, ni pour les freins.
Malgré le manque de confort, le pot bruyant, les
vibrations parasites, la voiture est parfaitement sûre
au niveau sécurité.
Mais Franck s’inquiète pour rien. Quand Véra est
venue chercher la voiture, le garagiste a reconnu la
p’tite dame de la voiture pipo et constaté son état. «
Une dernière vérification. Vous prendrez bien un
café ? » et un de ses adjoints a resserré la fixation des
carburateurs et remis des bougies neuves pendant ce
temps là.

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Guerre contre les Majors

Toutes les affaires de Franck tiennent dans une


valise. Le reste du coffre est occupé par celles de
véra. Mais Franck devra acheter les affaires de plage
sur place. Car c’est la première fois qu’il y va. Dans
les landes, il n’a pas profité de la mer à seulement
quatre kilomètres du camp. Réservée aux membres
des familles de surveillant et d’instructeur.
Il sait d’ailleurs à peine nager et a un peu peur d’être
ridicule.

Au départ, Véra lui cède le volant. Il apprécie. La


route va être longue. Ils sont d’accord pour partager
les temps de conduite afin de s’arrêter un minimum.
Des vacances. Pour Franck qui ne connaît que les
vacances scolaires à traîner dans sa zone, ou de
courtes période de repos à rester au lit ou à déambuler
en ville, c’est un peu magique. C’est magique
d’ailleurs depuis qu’il a rencontré Véra.

Il introduit la destination finale. L’ordinateur de


bord lui indique les étapes à suivre, et les temps de
repos obligatoires, même pour deux conducteurs. Il y
a 650 km à parcourir et il n’arrivera pas avant ce soir
19h 30. Il peut arriver après (cause redémarrage
tardif, mais pas beaucoup avant). Chaque étape fait
environ deux heures. Puis il y a vingt minutes de
repos.
La voiture ne repartira, à l’arrivée d’une étape,
qu’après un quart d’heure d’arrêt, et pas avant l’heure
programmée de redémarrage. Ainsi, il est inutile de
vouloir gagner du temps en roulant plus vite que la
vitesse moyenne autorisée.
C’est quand même plus agréable de rouler ainsi

Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest 278


Guerre contre les Majors

qu’avec une passagère avec un sac à papier sur la


tête. La circulation est bonne et en cours de
conversation, Franck trouve le temps de détailler
Véra . Assise, son état commence à être plus visible
au niveau du ventre. Son amour pour elle évolue ses
derniers temps. Il ne s’agit plus d’une passion folle
exacerbée par une excitation sexuelle à satisfaire
immédiatement. Une forte tendresse l’étreint et il a
envie de la protéger et de l’aimer pour toujours.
Il a envie de rester ainsi à la regarder, l’écouter…
« HEY ! » Coup de frein, ouf. D’où il venait ce …
« Are you crazy ? Stop sleeping now ! What the
matter with you ? You want to kill us ? … I want
driving. You’re dangerous.
− Du calme. Tout va bien !»
Mais elle n’en démord pas. Quelle furie ! Qu’elle le
prenne le volant. Il s’arrête et ils échangent leur
place, en passant par l’extérieur. Véra conduit sans
dire un mot. Lui, piqué au vif, se plonge dans la carte.
Ils n’ont pas fait 30 bornes. Ca va pas être gai le trajet
maintenant. Il la plie sauvagement et regarde le bord
du route, histoire de ne pas voir sa compagne.
C’est vrai que c’est pas passé loin et qu’il a été un
peu distrait. Elle a eu peur, c’est tout. La colère
retombe petit à petit. Ils s’en tirent pas mal pour leur
premier accrochage, euh, l’accrochage, ils l’ont déjà
eu, on va dire dispute. Véra est dans le même état
d’esprit. Un petit quart d’heure plus tard, elle s’arrête
à une station service, prétextant une envie pressante
et lui demande de prendre deux cafés au distributeur
automatique. Ceux−ci vont sceller leur réconciliation
et Franck récupère le volant, plus attentif cette fois.
Ils passent Saint Etienne, la ville du numérique.

Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest 279


Guerre contre les Majors

Depuis l’explosion nocturne de la mairie en


septembre 2006 et la démission de son Maire
Sénateur , la ville a fait construire une nouvelle
mairie ultra moderne jouxtant un centre dédié à
Internet ( et aujourd’hui fermé par les américains). Le
centre devait initialement être consacré au logiciel et
le Stade Geoffroy Guichard être rebaptisé « Bill
GATES », mais la fuite sous d’autres cieux plus
cléments du Maire Sénateur a légèrement modifié la
donne.
L’ASSE joue et gagne au Stade Michel Platini et
les internautes se connectent sur
www.net−escapade.org, car un serveur clandestin
subsiste.
Puis, ils prennent l’autoroute, pour plus de
sécurité. La vitesse est limité à 110 par endroits, à
130 ou 150 voire 180 à d’autres, en fonction du
danger (Par exemple, une bretelle ou une aire
d’autoroute). Cette vitesse variable permet d’éviter
l’endormissement et de gagner du temps là ou il n’y a
aucune raison de traîner. Néanmoins, il est interdit de
rouler à moins de dix kilomètres heures de la vitesse
limite autorisée sur la voie de l’extrême gauche, sauf
en cas de forte circulation. Les ordinateurs de bord
sont donc informés de cette décision par émission
radio−net, le réseau wifi prévu pour les longues
distances .Cela a été rendu possible aussi par
l’interdiction pour les camions de prendre l’autoroute.
Remorques et caravanes sont aussi interdites. Pour
eux, des nationales ont été aménagées, sur lesquelles
on ne doit pas dépasser le 100 à l’heure.
Aux abords des grandes villes, ils sont contrôlés à
des barrages américains, ce qui réduit de beaucoup

Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest 280


Guerre contre les Majors

l’intérêt des autoroutes en terme de vitesse.


A proximité de Clermond−Ferrand, ils font une
première halte obligatoire sur une aire d’autoroute et
en profitent pour déjeuner. Puis marcher car Véra se
plaint du dos.
Comme tout le monde, ils ralentissent au passage du
viaduc de la Sioule, ouvrage impressionnant, pour
admirer un court instant la profonde vallée qui s’étale
jusqu’à 192m au dessous d’eux. Sur prés d’un
kilomètre, Franck reste crispé au volant tout en
suivant la légère courbure de l’ouvrage et souffle dés
le retour « à la terre ferme ».
Presque deux heures plus tard, ils choisissent de
s’arrêter dans le centre de Brive la Gaillarde, qu’ils
sont obligés de traverser. Ils en profitent un peu pour
se promener dans le centre historique, achètent des
Chocolats de monsieur Lamy. Et Véra insiste pour
visiter le musée d’art et d’histoire qui présente, à
travers dix sept salles d’exposition permanente,
l’histoire des Corréziens et de leur environnement sur
100.000 ans. Situé dans un bâtiment datant de la
Renaissance, la visite du musée, au sein de l’Hôtel
LABENCHE, marque profondément la mémoire de
Véra, déjà passionnée par l’histoire de la société
française (qu’elle a étudiée avant de s’engager).
Franck s’impatiente. Ils vont devoir finir le trajet de
nuit si ça continue.

Ou dormir à Bordeaux. Mais Véra se souvient de


sa mission. « Promis, on ne fera plus que les haltes
obligatoires maintenant » lui dit−elle comme pour lui
faire plaisir. Il est vrai que les corréziens ne sont pas
exactement les ancêtres de Franck. Et quelque part, le

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Guerre contre les Majors

rejet de cette histoire dont il ne fait pas partie, alors


que Véra le voit comme un français, éveille en lui de
nouvelles aspirations.

A Bordeaux, Franck est impressionné à nouveau


par la traversée du pont d’Aquitaine. Car cette fois,
l’ouvrage n’est pas posé, mais suspendu à de hautes
colonnes, et il faut monter puis redescendre par
dessus la Garonne. Véra commence à apprécier le
coté touristique du voyage, même si la fatigue se fait
sentir.

Cette fois, ils s’arrêtent en bord de route et en


profitent pour acheter melons, pêches et tomates à un
maraîcher d’Eysines. Prenant la direction de
Castelnau du Médoc, après la boite de nuit récurrente
« L’Ecureuil » ils voient leurs premiers pins
maritimes.

1 km plus loin. Check point. Il est tenu par une


section de marines, appuyée par un vieux char
Bradley M3 et les 3 hommes nécessaires à son
fonctionnement. C’est l’entrée « officielle » du
médoc.
Il y a une guérite avec deux civils, 500 mètres plus
loin. Ils enregistrent sur un cahier le passage du
véhicule et de ses occupants. Le médoc, enclavé entre
la mer et l’estuaire de la Garonne ne reconnaît ni le
gouvernement déchu par les américains, ni le
nouveau, et réclame son autonomie. En attendant,
l’obtention d’un titre de séjour d’une semaine, établi
sur un guichet en bord de route, pour une durée d’une

Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest 282


Guerre contre les Majors

semaine pour deux personnes est subordonnée au


paiement immédiat d’une taxe, en liquide.
Toute personne non détentrice du « laissez−passer
» surprise dans les limites du médoc, serait fortement
taxée et surtout emprisonnée durant une semaine, ce
qui peut rallonger désagréablement les vacances.
Véra est outrée de la grossièreté des « préposés »
durant les formalités et choquée par la crasse du
poste. Mais, c’est ça ou rebrousser chemin. L’air
lubrique de l’un d’entre eux lorgnant les formes de
Véra fait aussi serrer les poings à Franck mais le
regard de celle−ci lui intime gentiment de se taire.

Quand aux fruits et légumes achetés un quart


d’heure plus tôt, ils sont confisqués de fait car la taxe
pour les faire entrer dans le médoc est supérieure au
prix d’achat d’un produit équivalent. « Consommez
médocain ». Heureusement pour eux, ils n’ont pas de
vin dans leurs bagages.
Castelnau, Brach, Carcans, Maubuisson . Ces
petites étapes d’une dizaine de minutes, malgré l’état
déplorable de la chaussée, scandent la monotonie du
trajet. Ils atteignent le lac, le longe, puis quittant
Maubuisson, tournent à droite pour rallier la Base de
Sports et Loisirs de Bombannes.

Les formalités d’accueil sont courtes et le


personnel sympathique. On leur indique leur
appartement, au nord de la base, en bordure de lac et
leur long périple prend fin.

Franck décharge tout en dix minutes tandis que


Véra prépare la chambre. Ce soir, ils iront dîner en

Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest 283


Guerre contre les Majors

ville et se coucheront tôt.

En sortant, Véra aperçoit déjà l’homme à la


sucette, rentrant manifestement de la plage.

Du rififi dans le Médoc : D’est en Ouest 284


Incarcérations

21 / 04 / 2006, 20:20
Incarcérations

Elsa est séparée de Christian dés l’arrivée dans le


camp américain. Elle est conduite dans la pièce d’un
bâtiment préfabriqué où elle doit se laver, enfiler des
vêtements oranges et remettre toutes ses « affaires
personnelles » au fourrier.

Après avoir voulu refuser tout en bloc, un sergent


lui fait lire un document sur lequel figure
l’autorisation pour l’Armée américaine
d’emprisonner tout fauteur de troubles sur le territoire
français. Cette autorisation émane du gouvernement
fantôche qui ainsi laisse les mains libres à
l’envahisseur pour « pacifier » le pays, ou plutôt le
soumettre.

Elsa, toute innocente qu’elle puisse être,


comprend qu’elle est dans de beaux draps. Avec ce
papier, les américains peuvent se permettre quasiment
n’importe quelle incarcération arbitraire.

Elle demande néanmoins à voir et pouvoir


conserver un exemplaire de la partie du texte de loi
définissant ses droits. Le sergent lui répond qu’en
France, nul n’est censé ignorer la loi, et dommage
pour elle si elle ne les connaît pas. « Vae victis »
pense Véra, même si elle sait que le combat est en

Incarcérations 285
Guerre contre les Majors

cours et que ce sont les américains qui perdront cette


guerre de toutes façons. Elle éclate en sanglots
espérant attendrir le sergent, réclamant la présence de
son mari, rappelle que sa fille a besoin d’elle mais en
vain. Le sergent la prévient que si elle ne se lave pas
elle même, deux filles de leur équipe de « soccer »
vont s’en charger.
Et le caporal féminin présent ne doit pas la quitter des
yeux.

Elsa se sent humiliée de devoir ainsi agir devant


une autre, qui lui demande de « frotter plus fort et
partout ». Elle a sa petite revanche lorsque elle la voit
lorgner sur sa lingerie. Il faut dire qu’elle l’a choisie
juste après le « réveil en commun » et qu’il s’agit
d’un savant mélange entre l’adorable et le diabolique.
De garder ainsi ses sous−vêtements, cadeau acheté en
commun avec Christian, elle se sent moins seule et
moins désespérée.

Non coiffée après avoir sommairement séché ses


cheveux après la douche, dans son pantalon et sa
chemise orange, chaussée de deux espadrilles
blanches, elle ressemble à une sauvageonne et sa
frange lui retombe sur les yeux, ce qui l’oblige à
l’écarter tout le temps.

En échange de ses affaires, on lui remet un badge


magnétique qui porte son prénom et un numéro, un
drap et deux couvertures. « Le reste suivra » lui
assure t−on.
Mais combien de temps va t−elle rester prisonnière ?
En plus, elle a faim, mais trop tard pour le repas de

Incarcérations 286
Guerre contre les Majors

midi. Prochain repas à 18 heures.

Pendant ce temps, Christian vit la même chose, en


pire. C’est lui la cible. Il fait donc d’entrée l’objet de
railleries systématiques et de mini−sévices ayant pour
but de le faire craquer dés les premiers
interrogatoires. Ses affaires sont malmenées. Sa tenue
a été portée et non lavée. Une espadrille est trouée.
La douche est froide, il n’y a qu’un mauvais savon et
on ne lui crie qu’un anglais cinglant, vulgaire.
On le bouscule aussi pour le faire se presser. Et
un petit malin fait des allusions sur Elsa. Ils attendent
un acte de violence qu’ils vont pouvoir exploiter ou
souhaitent au minimum le contraindre à la honte de la
résignation.

Christian n’est pas de la graine de looser. Son


éducation a été assez rigoureuse et la pratique du
judo, au niveau départemental lui a forgé une bonne
constitution ainsi qu’un esprit bien trempé. Sa
formation d’informaticien d’une part, ses lettres
classiques de l’autre, lui permettent d’analyser
froidement la situation en prenant du recul. Ces atouts
lui permettent aussi d’anticiper les coups, qu’ils
soient portés sur le physique comme sur le moral.
Ainsi, il peut accompagner ou éviter un coup et
réduire à néant la force de l’impact

Néanmoins, il adopte le profil bas pour éviter


l’acharnement. Lui aussi est enfermé, seul, sans
explication. Sa cellule empeste de l’imprégnation des
déjections de ses précédents pensionnaires. Il ne
s’inquiète pas trop pour Elsa qu’il considère lui aussi

Incarcérations 287
Guerre contre les Majors

comme une dure à cuire, mais regrette de ne pas


pouvoir veiller sur elle et lui offrir le monde qu’elle
mérite.

A 18 heures, il entend des bruits métalliques


sourds. C’est la roulante, qui emmène les repas. Choc
alu contre alu, déplacement cahotante sur le carrelage
posé trop vite. Il repère un ensemble de gamelles en
alu et un quart posé dans un coin de la cellule. Il
fallait s’y attendre. Sales. Il n’a pas le temps de
nettoyer avec le mince filet d’eau et ses tourmenteurs
rient en versant son repas dans ses écuelles insanes.
Il préfèrera se contenter du quignon de pain pour
ce soir. « Qui dort dîne » philosophe t−il. Mais le
sommeil est dur à trouver sur un sac de noyaux de
pruneau…

Elsa elle fait la queue à un réfectoire. Elle est


rabrouée et bousculée par les « matonnes » mais elle
parvient à créer un petit contact avec la fille de
devant. « Un bonjour » discret, un mince sourire… Il
n’en faut pas plus pour commencer et comme les
conversations sont interdites durant le repas… Elle
espère que sa détention sera courte, car les repas sont
minables tant par la qualité gustative que par leur
déséquilibre diététique. Après le repas, les détenues
sont laissées à l’extérieur dans une enceinte grillagée
et Véra se présente aux anciennes. Celles−ci lui font
bon accueil. Elles aussi en majorité vivent avec un
informaticien mais aucune d’elles ne l’est. D’autres
femmes sont elles aussi emprisonnées et « mises au
secret ». Elles doivent être informaticiennes. Toutes
ont été arrêtées dans les deux semaines précédentes.

Incarcérations 288
Guerre contre les Majors

Elles ne sont pas maltraitées mais le régime est plus


dur pour les autres. Elsa a une pensée pour Christian.
Il ne doit vraiment pas être à la fête.

Pour l’instant, il ferme les yeux et « écoute » sa


femme lui interpréter « La marche turque » à
l’accordéon un dimanche matin. Il ne sent même pas
l’infâme cafard remonter le long de sa jambe de
pantalon. Les concerts privés d’Elsa sont «
inoubliables » à plus d’un titre car elle joue pour le
plaisir et le spectateur est conquis. Il se laisse ensuite
dévorer par l’amante religieuse ardente malicieuse au
moment qu’elle choisit car il est hors de question de
l’interrompre.

Elsa quand à elle observe tout, pensant déjà à


l’évasion. Sa nature rétive à l’ordre établi arbitraire,
qui lui a déjà valu quelques ennuis, s’impatiente déjà
du manque de liberté. Et les américains, dans leur
bêtise, la considère comme une idiote inapte au
clavier sous prétexte qu’elle est artiste. Mais
Christian lui a montré quelques instructions de
supra−net, qui se rajoutent aux fonctions habituelles
d’un OS classique et qui permettent de communiquer
discrètement sur n’importe quelle machine « infectée
». Donc son boulot va être de trouver un micro relié
au réseau et de tester la présence de l’infection. Si la
machine est infectée, elle pourra prévenir les admins
du supra net qui mettront les cercles concernés au
courant. Le monde entier devrait ensuite le
savoir…Elle demande des noms qu’elle « enregistre

Incarcérations 289
Guerre contre les Majors

in petto» pour pouvoir renseigner l’extérieur au


maximum dés qu’elle en aura l’occasion.
Elle s’abstient de faire partager ses projets, au cas
où une taupe serait infiltrée parmi les détenues, ou
que l’une d’entre elle la dénonce, espérant une
libération anticipée ou un traitement de faveur.

Il est 22 heures et tout le monde ne dort pas. Le


major DAD surveille les interrogatoires de quatre
informaticiens, tirés de leur premier sommeil, de la
pièce centrale à la croix formée par les 5 pièces. Ses
fenêtres sont des miroirs sans tain La nuit va être
longue et le café est exécrable. Serait−il manipulé
lui−même pour être un tourmenteur acariâtre, donc
plus efficace ? Derrière la vitre, Christian, un peu
hébété tout de même, s’applique à présenter son
profil le plus niais. Les choses sérieuses commencent.

Incarcérations 290
Palpitations

02 / 05 / 2006, 21:20
Palpitations

Coincé.
Il entend la patrouille qui progresse dans l’impasse.
Portes et fenêtres sont closes. Impossible de fuir ou
de se cacher. Mourir ou se rendre, pas d’autre
alternative.
Il détruit son portable, se sépare de son « petit
matériel » dans un trou d’égout et attend.
Son cœur bat à se rompre. Ils vont peut−être tirer
d’abord, puis faire les sommations…
Les voila. Il lève les bras tandis qu’ils se déploient
face à lui, arme tendue. Puis un véhicule 4X4 entre
bruyamment dans l’impasse, en pleins phares. Ils
s’écartent comme une volée de moineaux, lâchant
dans l’affolement deux trois salves qui manquent leur
but.
Grenades aveuglantes. Il se sent tiré en avant, se
cogne à un montant de porte. Le véhicule fait
demi−tour, tirant des pneus une effroyable plainte.
Sauvé in extremis.
On entend quelques détonations derrière,
heureusement sans conséquences.
« Alors ? » interroge l’homme qui l’a tiré à
l’intérieur.
« Je l’ai ».

Palpitations 291
Guerre contre les Majors

Et Franck remet à son équipe de soutien le PDA du


Major DAD, oublié à son bureau la veille au soir.
C’est l’occasion d’analyser ces fameux PDA
d’autorités, jamais reliés aux autres réseaux.
Franck a eu peur, cette fois. Depuis sa réussite dans le
médoc, il est employé de plus en plus souvent pour
des missions dangereuses d’infiltration dans les
camps américains. Il risque sa vie. Il risque aussi de
perdre Véra, et son enfant. Le jeu ne l’amuse pas.

Il ne le fait que pour pouvoir continuer à fréquenter


Véra.
Combien de temps cela peut encore durer ?

Palpitations 292
Du rififi dans le Médoc :
Bombannes

03 / 05 / 2006, 21:57
Du rififi dans le Médoc : Bombannes

Franck n’ose pas se lever. A son coté, Véra dort.


Et aujourd’hui, sa mission n’est pas de perturber son
sommeil et de la faire arriver en retard. Il ne le fait
plus d’ailleurs depuis qu’il la sait enceinte. Et
personne ne lui en a fait la remarque, ni coupé le
crédit des sorties, bien que celles−ci ne soient plus
aussi folles que les premières.

Bernard a prévenu Franck de laisser autant que


possible l’homme à la sucette hors du coup. Il ne doit
surtout pas gêner Véra, sauf si un enlèvement est
prévu. En effet, tant qu’ils fixeront leur attention sur
l’homme à la sucette, une autre équipe pourra
déterminer ce qui se passe dans le coin. Celle−ci est
d’ailleurs déjà en place, et Franck ne doit pas
chercher à prendre contact avec eux. Ses anges
gardiens essaieront au maximum de l’aider et de
l’informer quand il sera sans Véra.

Il n’a pas son « équipement » habituel. En effet, il


n’y a pas de bornes wifi grande distance dans le
médoc, à cause des troubles. Néanmoins, une liaison
radio par satellite international est possible, mais
seulement en cas de besoin, ou aux heures prévues
durant un temps très court. Le prix à la minute est très
Du rififi dans le Médoc : Bombannes 293
Guerre contre les Majors

élevé car il a fallu passer par des intermédiaires


étrangers pour l’abonnement et un même accès est
partagé par plusieurs agents. Cet équipement résiste
aussi mieux à l’eau et au sable, est moins performant,
a un aspect plus « rustique ». C’est pour le cas où il
se ferait prendre. Les dernières technologies n’y sont
pas. Cela pourrait désinformer.
Véra dort, apaisée. Franck se retient de
l’embrasser. Il ne sait de quoi le futur sera fait pour
eux. Le temps presse et ils n’en discutent pas. Ils
vivent le temps présent avec intensité, évitent le sujet.
La grossesse se passe bien. Il va bien falloir à un
moment envisager les conséquences. Depuis le début,
Véra n’a pas laissé le choix à Franck. Oui, il avait vu
que le préservatif avait cédé. Elle avait bien senti la
différence aussi, tout ergonomique et discret qu’il fut.
Et bien non justement, c’était trop fort. Et
l’avortement ? Pas question. Elle ne voulait pas faire
de mal à son enfant, surtout aussi petit, innocent…
Pour Franck, les familles nombreuses étaient
synonymes de pauvreté et il fallait une régulation.
Pour Véra, c’était son premier, peut−être le seul
qu’elle pourrait avoir, alors pourquoi refuser la
providence quand on sait l’incertitude de la vie ? Et
puis, il n’avait aucune obligation envers elle. Ce
serait un petit américain heureux…Heureux ? Un noir
peut−il être heureux en général aux états unis ? Et
c’est elle qui lui avait répondu « Tu crois que la place
des noirs n’est qu’en Afrique ? »

Il n’avait su que répondre. En tout cas, c’était sûr.


Cet enfant serait attendu et aimé comme n’importe
quel enfant. Il lui rester à lui à savoir ce qu’il devait

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 294


Guerre contre les Majors

faire. Leurs rapports tout aussi intenses en avait été


quand même modifiés. Il contrôlait ses pulsions pour
ne pas risquer d’être brutal avec Véra et redoublait de
caresses et d’attentions. Il l’aimait, et il savait que ça
ne pouvait pas durer, que les bases étaient faussées
dés le départ…

Un petit regard sur Véra, et précautionneusement,


Franck se lève et part à l’épicerie intérieure de la
base. Il y prend de quoi faire un copieux petit
déjeuner. Franck reconnaît l’homme en train de
s’approvisionner entre autre en confiseries mais fait
mine de l’ignorer. Il sait par contre que lui le connaît,
par dossier interposé. Il doit donc prétendre être en
vacances avec sa dulcinée. L’homme le reconnaît en
effet, mais ne s’intéresse pas à lui pour autant.
Franck prend aussi une serviette de plage et un
maillot de bain résistant à la javel, car il y a une
piscine aussi sur la base, avec petit bar et chaise
longue. Et il pourra l’air de rien rester prés du bord…
A son retour, il trouve une Véra réveillée et
souriante qui l’aide à préparer le petit déjeuner. Que
vont−ils faire aujourd’hui ?
« Visitons le coin . Nous avons le choix entre mer, lac
et piscine « commence Véra
« Je te propose de faire le tour de la base voir pour les
activités planifiées et éventuellement s’inscrire, puis
d’aller voir la mer . Il doit y avoir des restau prés de
la plage. »
« Ils sont peut−être encore fermés. Sinon, nous
retournerons à Maubuisson. J’ai vu hier en passant
des locations de planche à voile et même de bateaux ,
à voile ou à moteur. »

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 295


Guerre contre les Majors

« Je ne sais pas en faire » avoue Franck.


« Moi si . Je t’apprendrai. Tu vas voir, c’est facile »
« Tu vas me donner des leçons particulières ? »

« Tout de suite si tu veux »

« Et que penses tu encore pouvoir m’apprendre ? »


« Crois tu que je ne puisse encore te surprendre ? …
»

Avec tout ça, lorsque ils arrivèrent à l’accueil pour


les stages sportifs, celui−ci était fermé (heure
repas+sieste). Ils décidèrent donc d’aller à
Maubuisson pour faire de la voile.

Ils avisèrent une enseigne sympathique : « Le petit


Mousse » (Ndla : Même si cette enseigne vous
rappelle quelque chose, cette entreprise familiale de
location existe vraiment et j’en profite pour en faire
une publicité sincère.). Ayant dépassé l’entrée, plutôt
que de refaire un tour de Maubuisson à cause du sens
unique, Franck enclenche la marche arrière et
accroche une voiture en stationnement. Celle−ci se
plaint bruyamment et toute la plage alertée par
l’alarme remarque l’incident. Un allemand blanc et
rouge en maillot short surgit alors fort mécontent et
même contenant sa rage, conserve un ton coupant
malgré les excuses présentées par Franck et Véra.
Pascal, sortant de son jardin pour se rendre à son
cabanon en bord de lac (là où il range les planche à
voiles le soir) les aperçoit et reconnaît Véra.

« A priori, vous avez pris un abonnement pour la

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 296


Guerre contre les Majors

voiture Pipo » plaisante t−il. Franck grimace.


« Ce n’est pas grand−chose » jauge t−il . Deux trois
petits coups de marteau, un léger voile de peinture…
J’ai l’habitude de dépanner, depuis l’avènement des
voitures collectives »

Ce qu’il ne dit pas, c’est qu’il a été contraint, 5 ans


plus tôt, à cause de la World Company, de vendre son
garage de Bordeaux, garage qu’il tenait de son père.
Et qu’il est carrossier depuis son adolescence.
Aujourd’hui quinquagénaire, entre son travail «
officiel » pour l’entretien du parc automobile de
Carcans, et sa « petite entreprise de location », il vit
très bien et dépanne les amis avec le matériel
récupéré de son ancien garage.

La tension retombe donc et Pascal est surpris de


l’accent américain de Véra. Alors que l’allemand
retourne à la plage avec l’assurance que sa voiture
sera réparée dans l’après−midi, Pascal invite Franck
et Véra à partager quelques frites et merguez dans le
jardin.

Franck, sensible finalement à la sympathie de


Pascal, accepte volontiers mais tient à aller chercher
le vin. Pendant ce temps, Véra accompagne Pascal au
bord du lac.

Celui−ci prépare un vieux « 420 » pour une sortie


l’après−midi, fait le plein du gros bateau à moteur. Il
demande à Véra si elle veut qu’il l’envoie en l’air cet
après−midi. Elle connaît l’expression grivoise et
rougit . Pascal sourit . « Je parle bien de parachute

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 297


Guerre contre les Majors

ascensionnel ». Soulagée, elle ne peut qu’accepter


cette proposition tout à fait honnête. Elle fixe la ligne
d’horizon du lac, reste songeuse face à ce calme bleu
écrasé sous le soleil de midi. Sa mission est mal
partie pour aujourd’hui. Elle doit nouer le contact au
plus tôt. D’un autre côté, elle cède au confort du
moment et se centre sur elle et son enfant.

Pascal la sort de sa torpeur. « Allons déjeuner, si


vous le voulez bien ». Franck vient d’arriver lui aussi.
Il a mis le rosé au frais, le rouge à l’ombre et la bière
à portée. Il a du payer en liquide et a été étonné de la
disponibilité de l’alcool en magasin, par rapport à
Lyon, où une seule bouteille d’un litre est toléré par
jour et est vendue dix fois plus cher. Pascal reconnaît
là l’attitude classique du touriste en vacances dans le
médoc. La Net république ne devrait pas être si
rigoriste. D’un autre côté, entre les voitures
collectives, la gestion informatisée de la vitesse, et la
lutte contre toutes les drogues, y compris l’alcool et
le tabac, il y a moins de décès sur les routes. Mais la
vie sans certains plaisirs manque d’intérêt.

Pour juger statistiquement des conséquences sur la


santé, il va falloir attendre. Mais imaginons que le
désinfecteur de voiture soit cancérigène, et le gain sur
l’alcool et le tabac peut être réduit à néant.
Modération oui. Interdiction non. Toujours un juste
milieu à trouver.
Car les gens ne changent pas. Les touristes au médoc
boivent plus que de raison, parce que c’est possible
ici, et pas ailleurs. L’éducation, même avec l’aide de
l’informatique, ne produit pas encore des gens

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 298


Guerre contre les Majors

parfaits…

Pascal allume le barbecue. C’est nouveau pour


Franck. « On ne fait pas cuire de suite ? Quand est ce
que les braises sont prêtes ? On mange quand ?
Pascal sourit. « Le temps de trois bières et on passera
à table ». Bien sûr, Véra est à l’eau plate. Et ces deux
français un peu échauffés sont à ses pieds.
Son instinct d’espionne reprend le dessus. Pour
une fois, elle est en présence de deux français qui ne
se méfient pas d’elle et qui sont au naturel.

Pascal explique à Franck que si lui a un tuteur, les


autres ont tous un manager. Il a un manager et lui
même est manager pour l’atelier de réparation de
Maubuisson. En fonction des besoins, il recrute
chaque matin parmi une vingtaine de mécanos et gère
aussi une dizaine de bûcherons pour soulager son
collègue de la voirie. Il a passé des examens pour çà.
Et Pascal enchaîne, sans que Franck puisse faire
quoi que ce soit. « Dans la défense civile, je dois
quarante jours par an et je suis chef de section. A
mon âge, je sers quand même à la remise à niveau des
infrastructures après une attaque, à la surveillance des
abords des dépôts et à l’encadrement militaire des «
novices volontaires» de 17 ans . On m’appelle et un
quart d’heure après, je suis sur le pied de guerre avec
ma section »
Véra sait que les français n’ont ni arme ni
paquetage chez eux. Les perquisitions effectuées
n’ont rien donné. Il faut donc que leur lieu de
rassemblement soit proche.
Franck passe du coq à l’âne pour noyer le poisson.

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 299


Guerre contre les Majors

« Et la pêche dans le lac ? »


« On trouve de tout. Carpe, tanche, goujon, poisson
chat, brochet, sandre… c’est le plus grand lac
d’Europe en superficie, bien qu’il soit peu profond.
Pour la chasse, il y a aussi beaucoup de gibier d’eau
migrateur et les tourterelles. Depuis peu, on trouve
même parmi la population de canards des « cols kakis
», car les américains se sont installés au Contaut, dans
l’ancienne base marine. .
Mais pour ceux là, on attend encore la date de
l’ouverture de la chasse même si l’envie de braconner
est assez forte » rajoute Pascal en clignant de l’œil
Véra manque s’étouffer. Franck toussote. Pascal
réalise enfin que Véra n’est pas une touriste. Il lui
pose la main sur l’épaule. « Ne vaut−il pas mieux être
ainsi autour d’une table pour discuter ? C’est ainsi
qu’on peut trouver des arrangements entre gens de
bonne compagnie. Vous vous y connaissez en
diplomatie ? »

− assez pour vous dire que ces saucisses sont


excellentes. Et il faut autre chose qu’une langue de
bois pour bien les apprécier. Je vous comprends
croyez moi. Et votre accueil n’en a que plus de
valeur.
− Il n’y a pas d’officier pour tout gâcher » rajoute le
maladroit. Aucun des deux ne relève car aucun des
deux n’est censé relever.
Vers 15 h 30, Pascal propose la balade en
parachute ascensionnel. Il a loué quelques planches à
ceux qui sont venus l’interrompre durant le repas et
ceux qui avaient réservé le « 420 » ne reviendront pas
avant 18 h. Enfin, il y a peu de monde en cette saison.

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 300


Guerre contre les Majors

Pendant que Véra plane au bout de son fil, protégé


par le bruit des 240 chevaux, Pascal profite d’être
seul avec Franck pour le jauger.
« Mon garçon, que fais tu avec une militaire
américaine dans le coin ? »
« Nous venons de Lyon. Elle a prétexté des vacances
mais c’est faux. Je dois réussir à en savoir plus. »
« Mais tu as l’air si amoureux … ? »
« L’enfant est de moi et je l’aime vraiment. Pour
l’instant, je concilie les deux pour rester avec elle. Et
j’évite les confidences sous l’oreiller. Elle me ment
de la même façon, donc je n’ai pas de scrupules,
même si je crois qu’elle m’aime elle aussi. »

« Pas de doute là−dessus mon gars . Ecoute. Il y a de


drôles de bruits qui circulent sur la base du Contaut.
Il y a des accostages de matériel la nuit sur Hourtin
Plage, qui sont extrêmement surveillés. Ca ne doit
pas être du matériel de bureau ou des plumards pour
les piaules. »

« Que savez vous d’autre ? », fait Franck en


branchant sa liaison satellite avec la base.
« Le camp du Contaut fait l’objet d’une surveillance
permanente depuis sa réoccupation il y a un mois et
demi. Une souris ne passerait pas. Et les soldats tirent
à vue. Enfin, à la différence des soldats stationnés à
Lesparre ou Montalivet, ceux ci ne sortent pas du
camp et ne s’occupent pas de la gestion de
l’occupation. Nous avons allumé un feu de forêt il y a
quinze jours, pour essayer de prendre leurs défenses
en défaut coté terre. Ils sont intervenus trop vite et
depuis, les arbres jouxtant la clôture ont été abattus.

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 301


Guerre contre les Majors

Côté lac, nous faisons exprès d’aller pêcher un peu


près malgré les bouées de signalisation pour arracher
régulièrement les filets anti−plongeurs. Ils en
remettent à chaque fois, preuve qu’il y a bien quelque
chose à protéger. »
« Le problème, c’est que nous avons perdu notre
satellite d’observation. Ma liaison passe par satellite
étranger »
« Ils en profitent pour monter de grandes oreilles ici.
Comme quoi, ils doivent en avoir besoin, malgré leur
suprématie aérienne. »
Et un petit virage pour Véra qui aimerait bien
descendre mais les deux autres ne la regardent déjà
plus. Elle coince un peu, suspendue là haut tandis
qu’ils discutent.

« En cas de problème, préviens moi » dit Pascal.

« Ils verront » fais Franck en désignant son « portable


».
En effet, les militaires du Médoc, comme les
services publics ont fait sécession au plus haut niveau
avec le reste du pays. Le camp du Contaut était
inconnu jusqu’à maintenant des services centraux.
« Je ne suis pas un sécessionniste. J’habite Bordeaux
en hiver. Et j’ai quelques amis ici, sur lesquels je
pense pouvoir compter… »
« Merci dit Franck. Dis, il faudrait peut−être la
redescendre. Elle s’agite beaucoup et j’ai peur qu’elle
prenne froid. »
« Ca va être ton tour. »
« Je peux te prendre une combi néoprène ? »
« Pas de problème »

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 302


Guerre contre les Majors

Véra boit un peu le bouillon à l’allacage. Pascal ne


l’a pas fait exprès même si il en rit. Il la ferait bien
boire avec plaisir à tous ses congénères. Franck l’aide
à monter à bord, l’embrasse. Véra le pousse hors du
bateau. Il coule, remonte et tousse sa tasse en
s’affolant. Puis il constate que la néo fait bien son
ouvrage et il brasse un peu bizarrement vers le bord.
Il a très vite pied, car le lac est peu profond et pascal
avait stoppé au niveau du chenal pour l’arrivée sans
heurt de Véra. Nouveau départ, assez comique, d’un
Franck plutôt raide.

Une fois Franck en l’air, Pascal lutine gentiment


Véra. Celle−ci ne s’en offense pas comprenant le jeu.
« Oui, ils sont là en vacances. Elle travaille dans la
communication avec les civils au profit des armées.
Elle n’est pas vraiment militaire et elle adore les
français qui sont les plus grands séducteurs du
monde.
Elle a entendu parler de Bombannes par des amis
qui y sont déjà allés et voulait profiter d’un peu de
vacances sportives avant que son état ne lui interdise
tout » Pascal reconnaît son professionnalisme, avec la
touche féminine pour se tirer des questions les plus
délicates. Et lui−même est un peu sous le charme,
même si aucune idée libidineuse ne vient gâcher cette
« harmonie ». C’est au tour de Franck d’être un peu
oublié et laissé à la traîne.

Plongeon et retour sur la berge. Franck et Véra se


prélassent. Tandis que Véra bronze, Franck lit « Le

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 303


Guerre contre les Majors

médoc libre ».
Un article sur deux tourne autours de « Chasse, pêche
et partition » De grandes photos, de grands titres mais
finalement peu de contenu. On y parle d’évènements
très locaux. Il y a quand même beaucoup de
fraternisation avec les troupes américaines. Des
incendies de résidences secondaires de Bordelais
aussi. Mais la gendarmerie piétine, les coupables
courent toujours et les journalistes ne conjoncturent
pas trop.
La pub de 4x4 marche bien aussi. Tous les
modèles sont bien représentés. De l’utilitaire 2 places
avec benne au rutilant space wagon mega truck,
l’éventail est large…
Franck irait bien consulter les infos chez Pascal mais
si Véra voulait le suivre…

Vers 17 h 30 , le temps fraîchit et Franck propose


d’aller voir Carcans Océan. Ils prennent congé de
Pascal, sachant qu’ils le reverront pour la voiture
dans deux jours. Le trajet est agréable et la rencontre
avec l’océan est un choc pour Franck qui ne l’a
jamais vu.

Du haut de la dune, Franck peut voir dans les deux


sens le littoral s’étirer à l’infini. Face à lui, après une
maigre bande de sable (c’est marée haute), les vagues
se fracassent comme pour mordre dans le sable avant
de s’étaler en de larges demi−cercles d’écume qui se
chevauchent dans un bouillonnement d’écume
rectiligne sur les côtés. Sur l’eau, il peut voir jusqu’à
une succession de trois rouleaux en simultané. Encore
plus loin, de multiples reflets dans le bleu jusqu’à

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 304


Guerre contre les Majors

l’horizon, à perte de vue. L’odeur de l’iode, les


embruns, le souffle et la voix du ressac lui tournent la
tête. Véra observe en lui serrant fort le bras. Face à
elle, il n’y a l’Amérique, si lointaine…Perdus dans
leur contemplation, ils ne voient pas l’homme à la
sucette, sur la terrasse du bar, seul à sa table. Deux
autres couples consomment distraitement.
L’un des deux est le binôme de surveillance
médocain affecté à la plage qui joue « les habitués ».
L’autre est composé d’une fille quelconque et d’un
petit brun au visage peu avenant. Il porte des lunettes
métalliques et observe à la dérobée l’homme à la
sucette. Un rictus de haine lui déforme un peu plus le
visage. Il lui doit un an et deux mois d’internement à
Mourmelon. Il n’est sorti que pour se « repentir ».
Mais en fait, il désire sa vengeance. Et il sait que
l’homme à la sucette veut la sienne. A travers les
questions que celui ci lui a posées, avant sa libération,
il se sait recherché, pour son double crime.
Mais comment a t−il fait pour le retrouver ? En
tout cas, il va lui régler son compte, avant qu’il ne lui
tombe dessus. En attendant, se croyant repéré, il
essaie d’être le plus naturel possible pour ne pas
paraître aux abois.

Du rififi dans le Médoc : Bombannes 305


Le Pouilleux

05 / 05 / 2006, 18:25
Le Pouilleux

17 novembre 2007.

Alain est resté passer la nuit chez Jasmine en


septembre. Il y est encore. Le studio est petit mais ils
ne font qu’un. Pour elle, et grâce à elle, Alain
travaille pour une agence d’intérim. Il est
manutentionnaire. Discret et courageux, il a les
faveurs du manager qui préfère l’envoyer lui, plutôt
qu’un bras cassé. Car Alain a le moral et donc de
l’ardeur.
L’argent qu’il ramène lui permet de ne pas peser sur
le maigre budget de Jasmine, et même parfois de le
soulager d’une partie du loyer. Battante, Jasmine
porte un peu la culotte. Mais elle aime se reposer sur
la solide douceur d’Alain.
Le soir, Jasmine étudie tandis que Alain lit ce qui lui
tombe sous la main. Elle est étonnée de voir le
nombre de réponses justes que Alain peut donner aux
jeux télévisés, sauf quand il s’agit de sport, de
variétés ou de statistiques. Il parle peu, bricole si il le
faut, et fait toujours quelque chose, même dans le
studio.

Les manifestations depuis le début de l’année ont


retardé l’avancement du programme. Depuis
septembre, elles ont lieu trois jours par semaine. Mais

Le Pouilleux 306
Guerre contre les Majors

Jasmine n’y va plus que le mardi, et accompagnée


d’Alain. Car les CRS cognent fort maintenant. Alain
serait plutôt désabusé en politique, mais ce manque
de passion est compensé par des analyses très claires
de la situation. Selon lui, il n’y a rien à faire avant
que le système ne se brise. Une fois brisé, il faudra
bien changer de modèle.
Mais sinon, la peur du lendemain, entretenue par
les dirigeants qui sentant la fin exploitent la situation
à fond, dissuade la rue de déclencher une révolution.
La lassitude et la misère poussent les plus fragiles au
suicide ou à la rue. Alain souffre pour ces camarades
d’infortune.
A la télévision s’étalent le luxe et la bêtise. Des
animateurs organisent des jeux concours entrecoupés
de publicités et des candidats pleurent de joie ou de
déception en fonction de leurs gains. C’est la réalité
qui remplace la fiction. Plus la peine de produire des
soaps insipides. Acteurs malgré eux, les candidats
passionnent les téléspectateurs.
Aux émissions de variétés, les jeunes chanteurs
non SACEM six mois avant ne sont toujours pas
invités sur les plateaux. Les chanteurs «
professionnels » ne chantent plus leurs productions,
réservées à la vente. Ils se distribuent librement sur le
net depuis la suppression de la SACEM en août mais
cette fois la concurrence est dure. Ils chantent les
chansons des autres, de préférence morts au lieu de
devoir créer une qualité qu’ils savent inférieure.
Ainsi, ils pensent qu’ils pourront « rester au sommet
».
Plus aucun CD n’est pressé en France. Les majors
ont déserté le pays. Le « piratage » explose, bien que

Le Pouilleux 307
Guerre contre les Majors

le total des chiffres cumulés des ventes sur le net


décuple, à un prix pourtant réduit au cinquième. Le
piratage sera toujours plus avantageux que le
téléchargement payant et comme les revenus baissent
régulièrement, certains choisissent encore l’opprobre.
Car il est admis que si un titre a plu, il est de bon ton
de passer à l’acte d’achat auprés de son auteur, ou de
s’abstenir de la deuxième écoute…
Ce soir, Alain est fâché contre Jasmine. Il a été
inscrit à son insu au jeu du Pouilleux. Ce jeu se joue à
dix. On pose une question au premier candidat. Si il
répond convenablement, Gain, sinon pouilleux. Puis
une autre question au deuxième candidat. Bonne
réponse, double gain, mauvaise réponse, perte des
gains et pouilleux pour le candidat, à la place du
premier. Il y a possibilité de dire Stop. A ce moment
là, il y a encaissement des gains et récupération du
pouilleux par le candidat qui a choisi de ne pas
répondre à la question avant qu’elle ne soit posée. A
la fin des 4 minutes, le Pouilleux est éliminé, sauf si
celui qui a le plus encaissé choisit d’éliminer un autre
candidat, au hasard, et qu’il n’est pas lui−même le
pouilleux. Il a le choix d’éliminer un mauvais qui fait
perdre des gains et sauver un « encaisseur » ou
d’éliminer un bon qui peut l’inquiéter pour la suite.
Et il faut savoir prendre des risque (encaisser et se
pouillarder) pour pouvoir décider ensuite.

L’animatrice Marie Rose, une vieille habillée en


maîtresse d’école, fait alors : « Ce soir, vous êtes le
Pouilleux. Quittez la classe . Au revoir ! »
Le dernier encaisse la moitié de la totalité des gains
engrangés (car le paiement des gains est assuré par

Le Pouilleux 308
Guerre contre les Majors

les SMS, dont un gagnant, tiré au sort partagera avec


le vainqueur) . Il est le premier de la classe, et peut
participer aux « classes supérieures » tous les dix
gagnants. Puis, aux classes « spéciales » toutes les
dix classes supérieures et enfin aux classes «
d’honneur ». Là, le gain de base, celui qui va être
doublé est 1000 fois plus élevé que pour les classes
de base.
( 1 émission tous les ans seulement car il y a 4 parties
durant 250 jours de l’année.) Mais les questions de
base sont assez dures aussi.

Jasmine savait qu’il y avait déjà 9 gagnants de


classes spéciales et 9 gagnants de classes supérieures
quand elle a inscrit Alain par internet. L’émission de
classe d’honneur est donc pour bientôt. Et Alain était
meilleur que les autres gagnants de classe spéciales
lorsque ils regardaient l’émission ensemble. Elle
espère donc trois parties mémorables, et lucratives, et
la dernière est pour la grand soirée du samedi 22
décembre.
Alain a déjà gagné une fois. Il est convié à
l’enregistrement de niveau « classe supérieure. Il a
encaissé 960 euros la première fois. Cette fois, le gain
de base est à 100 euros. Mais il a toujours honte
d’aller à la télé. C’est bien pour faire plaisir à
Jasmine.

Quand il arrive sur le plateau, il reconnaît les


neufs gagnants précédents. Trois ou quatre ont eu de
la chance, mais il y a quand même des bons. Il y a 6
hommes et 4 femmes.

Le Pouilleux 309
Guerre contre les Majors

Marie Rose est particulièrement odieuse cet


après−midi, pour le grand plaisir du public qui se
moque des candidats à gorge déployée. Normal qu’à
un jeu de pouilleux on se moque de la tête d’un
candidat.
« Qui ce soir est venu avec une tête d’épingle ? Qui
ce soir a laissé sa lotion au vestiaire ? Qui est venu
avec ses lentes ? … »

C’est parti. Les questions sont faciles mais la


voisine d’Alain fait perdre 1600 euros. Au bout de
trois minutes, plus personne n’ose dire « GAIN » et
3200 euros ne seront pas empochés. Néanmoins, il y
a eu deux gains à 800 et 400 ce qui donne 1200 euros
de gagnés au premier tour. La voisine « saute » et sort
sous les huées du public.

5 minutes de repos. Puis le jeu reprend.


Alain tombe sur une question « variété » , perd
800 euros et devient le pouilleux. 40 secondes plus
tard, c’est au tour du candidat chauve, ce qui
déclenche l’hilarité. Alain se reprend et répond
correctement deux fois de suite. A la 4 minute, il y a
2000 euros de plus et un autre candidat est éliminé.
Au troisième tour, les questions se corsent un peu et
le « pouilleux » se déplace plus rapidement. Une
autre femme est éliminée mais plus que 600 euros
d’empochés. Au 4 tour, ce sera 1800 euros et encore
une femme est éliminée.

Au 5 tour, les questions sont difficiles mais alain


remarque que celles de la dernière femme sont plus

Le Pouilleux 310
Guerre contre les Majors

simples. Et lorsque elle devient pouilleuse, les


questions se corsent vraiment pour les candidats
suivants. Il comprend alors qu’il sera dur de gagner
car manifestement elle est avantagée par la
production. Des neufs gagnants précédents, il n’y a
que deux femmes. Le challenge est plus dur, mais il
relève le défi.
Au 6 tour, il joue un gain à 3mn, empochant ainsi
pour l’équipe 1600 euros. Un candidat se trompe.
C’est lui le pouilleux. A la fin des 4 minutes, Alain
joue son va−tout et fait valoir son droit de
préemption. Il fait virer la candidate. Stupeur de
Marie Rose, qui lui fait bien répéter son choix et
insiste lourdement comme quoi cette candidate ne se
trompe pas beaucoup, rapporte de l’argent, le traite de
macho, le fait huer par la salle.
Rien y fait. Jasmine elle−même semble ne pas
comprendre et lui fait une moue de trois kilomètres
de long . Alain n’en démord pas. La pause dure un
quart d’heure cette fois, en l’absence de Marie Rose.
Les autres candidats ont compris et sentent qu’ils ont
maintenant leur chance. Au tour suivant, le chauve
pour se faire bien voir élimine Alain, bien qu’il ne
soit pas le pouilleux. « Juste retour des choses. Vous
êtes le plus pouilleux des pouilleux d’aujourd’hui.
Quittez la classe sur le champs ! » conclut Marie
Rose.
Alain s’en moque. Il le dit à la caméra « A me
chercher des poux, on a juste prouvé que j’avais vu
juste ». Un quart d’heure plus tard, le chauve
empoche 10800 euros et exulte.

Jasmine rejoint Alain et lui jette un méchant

Le Pouilleux 311
Guerre contre les Majors

regard. Alain lui glisse en silence que le jeu lui est


apparu truqué, donc qu’il en a changé les règles.
Jasmine ne semble pas convaincue. Mais quand on
leur interdit de rejoindre les autres au pot de fin d
émission, elle commence à le croire. A la sortie du
studio, deux vigiles attendent Alain. Le lieu est
désert. Leur attitude est clairement menaçante. Le
premier fait comprendre à Jasmine de s’éloigner.

Mal lui en prend. Tandis que Alain se prend déjà


quelques mauvais coups, Jasmine massacre son
adversaire. Coup de boule rotatif à variation de
vitesse, coup de coude dans les cotes, coup de genou
bien (mal) placé, puis paf le nez. Son adversaire
s’effondre et après deux trois coups de pied dans le
bide, elle lui saute carrément dessus quand elle voit
Alain en triste situation. Le second sbire a encore
moins de chance que le premier.
Cette fois, ce n’est plus du défoulement, c’est de
la colère. Au lieu de frapper, elle lui accroche le
poignet, le fait pivoter, puis brise le dit poignet. Puis,
sans lâcher sa prise, elle lui écrase le pied, et explose
la cheville. Quand elle le lâche, il la regarde d’un air
méchant en se tenant le poignet et sur un pied. Elle
prend alors son élan, lui envoie son pied dans la
infirmière »figure et lorsque elle le repose, le
bouscule en arrière. Il tombe lourdement sur ses
fesses. Elle lui pose le pied sur l’entrejambe et appuie
de tout son poids. Il en a les yeux qui se révulsent.
Pensant qu’il s’agit d’alain pour l’origine des cris, les
autres vigiles rigolent derrière la porte au lieu
d’intervenir. Jasmine achève l’abruti d’une griffure
en travers du visage, à défaut de lui crever l’œil et

Le Pouilleux 312
Guerre contre les Majors

décide de lui refaire le même nez qu’à son collègue.

Puis, elle va aider Alain à se relever. Il n’est pas


beau à voir. Elle l’embrasse sur le front, car il a la
bouche en sang. « Rentrons, tu vas voir, je suis une
très bonne infirmière.»

Le Pouilleux 313
Interrogatoires

08 / 05 / 2006, 21:35
Interrogatoires

Les néons bourdonnent et s’allument. Des portes


métalliques s’ouvrent. Beuglements d’américains,
soupirs et même, des jurons français. Le réveil dans
la chambre des dames n’est pas très romantique. Le
petit déjeuner ne leur est même pas servi au lit. Elles
doivent se lever, se laver et s’habiller pour être prêtes
à 7 h 00 , heure de départ pour le réfectoire.

Elsa se redresse sur son lit, fait le dos rond pour


décrisper le dos. Son matelas assez dur est de surcroît
peu confortable et elle a quelques douleurs dans le
dos. Petits mouvements de tête pour se réveiller, pose
du pied droit en premier sur le carrelage froid et la
petite lutine devant sa glace récupère toute sa beauté.
Ses jambes de danseuse sont à la fois dures,
musclées, arrondies et gracieuses et lui donnent une
démarche légère et sautillante de moineau. Ses
hanches sont fines , sa taille de guêpe laisse songeur,
son dos est musclé avec une légère cambrure et ses
petits bras, fins graciles et robustes grâce à la pratique
de l’accordéon peuvent aussi bien servir à porter
élégamment un sac à main que déménager un frigo .
Elle a aussi de belles mains avec de petites paumes et
de longs doigts fins mais non osseux. Ses ongles

Interrogatoires 314
Guerre contre les Majors

taillés en ovale, et souvent teints en rose complètent


l’impression de douceur. Son buste tient bien et ses
épaules sont assez carrées même si elles appellent à la
caresse quand elles sont dénudées. Un cou fin et un
visage gracieux, bien symétrique. Quand Elsa sourit,
c’est un bonheur.
Mais aujourd’hui, son visage est plutôt fermé et
dur. Même le débarbouillage sommaire ne le détend
pas. Et sa tenue orange ne convient pas à un défilé de
mode. Néanmoins, pas de poches sous les yeux et du
dynamisme dans le regard. Elsa est prête à se battre.

Lait, chocolat, cornflakes, flocons d’avoine, fruits,


jus de fruit, miel, sirop d’érable, american pie et
pancakes les attendent. On la prévient que le café a
un goût infâme. Elsa apprécie tout de même ce petit
déjeuner, un peu loin du café croissant, mais
consistant et bon, excepté les cornflakes. C’est
peut−être le seul repas qu’un français peut partager
avec un américain.

A une petite centaine de mètres, Christian rêve de


monter sur un ring avec un américain. Il n’a pas
dormi de la nuit et leur interrogatoire a été usant. Il
n’a pas subi de réels sévices, mais il en ressort fatigué
et agacé. Il sait que tout est dosé. Il va être récupéré
par d’autres qui vont continuer bientôt leur travail de
sape, avant qu’il ne puisse reprendre du poil de la
bête. Il a envie d’exploser mais il sait qu’il doit au
contraire se détendre. Penser à Elsa l’aide, tandis
qu’il mâchonne son pain dur et boit sa décoction de
glands grillés.
Il n’a encore rien dit. Il a nié, a reconnu son travail

Interrogatoires 315
Guerre contre les Majors

de gestionnaire de stock, ne voit pas de quoi ils


veulent parler, ne travaille pas sur le net, sauf pour
passer des commandes ou utiliser une messagerie…
La résistance ? L’armée française ? Ce n’est pas lui.
Il est marié, veut d’autres enfants, n’a rien contre les
américains tant qu’ils ne lui posent pas de questions
stupides (là, il s’est pris une baffe).
Le gouvernement clandestin ? Connaît pas. Il ne
connaît qu’un gouvernement, et ils devraient le
connaître eux aussi puisque ils l’ont mis en place (
autre baffe).
Puis ils posent des questions d’ordre quotidien. A
t−il une voiture ? Comment fait−il pour aller
travailler. Le prix d’un abonnement mensuel au
métro. Les impôts sont−ils trop élevés ? Leur erreur
est d’interroger quelqu’un qui a connu l’ancien
système et qui peut ainsi rester vague pour suggérer
que rien n’a changé. Un jeune de 17 ou 18 ans ne
connaît que le nouveau système de cercles de
responsabilités, par domaine, par répartition
géographique ou par mission. Il ne connaît pas les
informations ancien modèle ou elles étaient les
mêmes pour tous, et diffusées en continu.
Aujourd’hui, il y a un sommaire, avec le niveau
d’importance et le type de contenu. Les décisions de
cercles simplifiées sont obligatoires, les faits divers,
le sport, le people, les spectacles sont optionnels, et
les grands dossiers en cours sont permanents et mis à
jour au fur et à mesure afin de coller au mieux avec la
réalité. Ils y a aussi les infos spéciales, celles que tout
le monde doit connaître pour sa propre sécurité.
Enfin, le déroulé est au choix de l’informé : c’est ça
l’interactivité. Petit détail. Selon l’âge de chacun et le

Interrogatoires 316
Guerre contre les Majors

niveau scolaire, les textes présentés varient, ainsi que


les sujets.
Chaque personne a un login différent. Ce login est
unique sur tout le répertoire national. Ainsi, chacun
peut consulter sa boite aux lettres de n’importe où.
En fait, tout le monde a deux login. Un vrai, et un
pour quand les américains sont en train de vouloir lire
par dessus votre épaule. On tombe alors sur un web
totalement classique.
En cas de surprise, il suffit de cliquer en bas à
droite pour basculer en 30 secondes.
Dés qu’on utilise le login d’urgence, les
responsables utilisent les hauts parleurs comme
microphone si il n’y a pas de webcam et l’ordi est
physiquement situé. Le contenu du disque est aspiré
vers un site pour être sauvegardé, les programmes
additionnels supra−net s’effacent et un contenu
anodin remplace l’espace libéré. Christian espère
donc qu’on exige de lui qu’il aille sur le net, mais
manifestement, ils ont déjà testé l’inutilité de la
chose. Et ses tourmenteurs n’utilisent pas de
micro−ordinateur pour le filmer ou noter ses
réponses, ses réactions…

Elsa est conduite dans un bureau isolé pour


répondre elle aussi à de nombreuses questions.
Comme Christian, elle répond vaguement ou
n’importe quoi. A la question « Vous moquez vous
de nous ? », elle répond « C’est selon ». L’homme en
face d’elle est impressionné par l’insolence de ce
petit bout de femme. Elle n’a pas peur, semble en
colère et prête à mordre. Son profil n’est pas
intéressant. Inutile de perdre du temps avec elle.

Interrogatoires 317
Guerre contre les Majors

D’autres craqueront avant.


Il lui explique qu’il ne peut la relâcher tant qu’il n’a
pas les renseignements souhaités. Elle lui suggère le
118 911, le n° de téléphone de renseignements mis en
place pour militaires américains en détresse. Le zeste
de sympathie qu’avait encore son interlocuteur pour
elle est instantanément réduit en cendre. Elle est
reconduite à sa cellule, avec privation de repas de
midi et de sortie jusqu’au soir.

Christian subit un deuxième interrogatoire, plus


musclé que le précédent. Les questions sont toujours
les mêmes. Manifestement, ils ne progressent pas.
A la fin, on lui propose de l’argent, voire un visa
pour le pays de son choix. Christian fait mine d’être
intéressé, mais prétend ne rien savoir de ce qu’ils
demandent. Encore une baffe et retour en cellule.
Aucun des deux ne voient de porte de sortie.
Christian va subir un interrogatoire toutes les trois
heures.

A 19 h 00, Elsa fait la queue pour le repas avec


les autres. Elle a faim et a triste mine. Son
tourmenteur passe à ce moment là, esquisse un
sourire et décide d’un nouvel interrogatoire immédiat.
Il est bredouille et espère mieux finir la journée. Il
n’est pas autorisé à employer ces moyens là avec les
« conjoints », mais le règlement, il s’en moque. Ce
qu’il veut, c’est des résultats, et cette morveuse
semble à point.
Quand Elsa pénètre dans la pièce, il est en train de
manger l’entrée de son plateau repas. Un autre est
disposé sur une table à coté, protégé par une cloche

Interrogatoires 318
Guerre contre les Majors

spécifique pour conserver la chaleur des aliments.


Elle a compris, et se renferme immédiatement.

« Mademoiselle, désirez vous partager mon modeste


repas ? »
− J’aurai préféré une invitation dans un grand
restaurant
− Votre tenue n’est peut−être pas adéquate
− Je pense que c’est plutôt à vous qu’on refuserait
l’entrée.
− Toujours irrespectueuse.
− Toujours mufle.

− Puisque vous le prenez comme çà, vous ne


mangerez pas ce soir.
− De toutes façons, je ne mange pas de ce pain là.
− Soyez raisonnable.
− Je vous …
− Puisque c’est ainsi…La nuit porte conseil et … qui
dort dîne, comme on dit chez vous»

Elsa pleure dans sa cellule. Elle se sent faible, et


elle se dit qu’elle n’aurait peut−être pas du provoquer
son tourmenteur. Puis vient l’idée. Constatant que la
faim passe après les heures de repas, elle décide que
demain, elle va entamer avec effet rétroactif une
grève de la faim pour exiger sa libération.

Interrogatoires 319
Du rififi dans le Médoc :
Promenade au bord du lac

17 / 05 / 2006, 21:21
Du rififi dans le Médoc : Promenade au bord du lac

A 20 heures, il n’y aurait que les web télés pour


s’occuper. Le petit ordinateur fourni dans la
location du studio de vacances a basculé dans le
mode « ricain » lors de son démarrage par Véra. Il
est hors de question que Franck y touche et que
Véra puisse constater les différences entre Net et
supra Net. Malheureusement, l’offre en films
français est réduite, et date d’avant 2010, afin que
les changements sociaux de la société française,
exploités dans les fictions, ne soit pas perceptibles à
l’envahisseur.
A 20 heures, il n’y aurait que les web télés pour
s’occuper. Le petit ordinateur fourni dans la location
du studio de vacances a basculé dans le mode « ricain
» lors de son démarrage par Véra. Il est hors de
question que Franck y touche et que Véra puisse
constater les différences entre Net et supra Net.
Malheureusement, l’offre en films français est
réduite, et date d’avant 2010, afin que les
changements sociaux de la société française,
exploités dans les fictions, ne soit pas perceptibles à
l’envahisseur.
Il y aurait bien aussi une partie d’un jeu de société
qui se joue plutôt à deux de préférence, mais ce soir,
Véra ne semble pas très réceptive.
Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 320
Guerre contre les Majors

Comme les jours ont rallongé, Franck préconise un


tour de la base à pieds. Il fait environ 3 km, si on
passe dans les petites voies sans issue.
Véra accepte. Elle met tout de même un petit pull
over car le temps est un peu frais le soir.
A la plage Nord, Véra se raidit. L’homme à la
sucette est là. Il a une paire de jumelles et scrute
l’horizon.
La plage étant petite, et les convenances
d’actualité, Véra lui souhaite un bonsoir en français
qui ne souffre d’aucune dérobade.
Il baisse ses jumelles, tourne la tête, répond.
« Bonsoir Mademoiselle »
− Vous observez le paysage ?
− Les oiseaux. La−bas, dans les roseaux, il y a
quelques canards et il m’a bien semblé voir quelques
mouettes blanches dans le ciel. L’océan n’est pas loin
et on dirait qu’il y a une décharge à ciel ouvert à deux
trois kilomètres au nord ouest.
Pourtant, il ne devrait rien y avoir. C’est une zone
protégée.
− Les restes d’un restaurant de la côte peut−être. Ou
d’un particulier qui se serait débarrassé de ses
poubelles dans les bois…
− Possible… »

Pendant ce temps, quatre personnages observent le


trio et se montrent discrets. Tellement que chaque
binôme n’a pas encore repéré l’autre.
Le premier binôme est constitué d’un « faux
couple », arrivé l’après−midi, mais actuellement vêtu
efficace. Pantalon en jean, chemise en coton robuste
et gilet reporter semi−militaire. A leurs pieds,

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 321


Guerre contre les Majors

chaussures de marche. Ils ont tout l’attirail des


espions, et sont même armés.

Il s’agit de l’équipe envoyée de Paris pour


protéger l’homme à la sucette. Ils sont au courant de
la présence de Franck mais ils ne doivent prendre
contact avec aucun des deu.
L’autre équipe est masculine. Deux américains,
déguisés en pêcheurs canadiens, voulant avoir l’air de
paysans.
Ces deux solides lascars ont eux aussi un équipement
performant. Chaussures robustes et légères, jumelles
à vision nocturne, lunettes spéciales, pistolet
automatique pouvant lancer des grenades fumigènes
ou aveuglantes, stylo espion …
Eux aussi sont là pour l’homme à la sucette. Et ils
pensent que celui ci touche au but et doit savoir que
la base du Contaut a été réactivée. Ils ne savent pas
qu’ils se sont fait déceler par leurs ordures
ménagères, jetées à quelques kilomètres en plein bois
entre le Contaut et Bombannes.. Et que l’homme à la
sucette est loin de suspecter quoi que ce soit.

Mais il est vrai que de cet emplacement, avec le


matériel optique adéquat, il est possible de voir
l’extrémité nord, à quelques 8 km et la base du
Contaut.

Véra fait parler l’homme à la sucette. Il se


présente comme nègre d’écrivain de roman
d’espionnage. Il a collaboré au dernier Jacques
Beaumont, cet as de l’ Agence de Traitement du
Renseignement (Ex DGSE). Le dernier tome ( «

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 322


Guerre contre les Majors

Echec au Roi ») venant de sortir en version


électronique, il prend un peu de recul dans sa région
d’origine. Véra s’en veut de ne pas avoir pensé plus
tôt à lire ce genre de littérature, qui doit être
instructif, même si il s’agit d’une fiction.
« J’espère que la souscription pour l’édition papier
marchera bien. Le marché de l’écriture a été
fortement perturbé par les majors du livre puis la «
World Company » qui avait réduit de façon drastique
le nombre de parutions »
« En tant que nègre, vous êtes intéressé aux ventes ?
− Bien sûr. L’auteur apporte son nom, sa notoriété,
ses personnages mais le nègre fait partie de la
création. C’est l’éditeur qui est payé au fixe. Et de
moins en moins en pourcentage par livre en fonction
de la quantité de volumes commandés. Le
distributeur a une marge aussi. Seule la création
assume la part de risque. Celui ci est limité lors de
l’édition papier, mais si la distribution électronique
en ligne, achetée par la Bibliothèque Nationale, ne
génère pas de demande papier, le salaire est un peu
juste…
− En Amérique, on vend la distribution électronique
ou le livre …
− Et quand ça marche, l’auteur n’a que des miettes.
Nous, nous participons à la culture en proposant notre
livre sous forme électronique.
Déjà, il nous apporte l’essentiel : la subsistance et
la protection de l’enregistrement de l’œuvre,
gratuitement. Et tout le monde peut le lire en ligne, ce
qui est tout de même limité. Le lecteur a besoin du
contact papier et de la disponibilité d’un livre. Les
PDA ne sont pas géniaux. Ensuite, nous pouvons

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 323


Guerre contre les Majors

vendre les droits pour une fiction télévisée ou


filmographique. Mais notre vrai gagne pain, c’est le
papier. Mais il est interdit d’éditer au−dessus du
nombre souscriptions versées. Ainsi, le prix des livres
reste bas, puisque il n’y a pas de pertes, pas de
publicité, ni de méga bénéfices pour les éditeurs.
Mais tout le monde y gagne. Les éditeurs ont
beaucoup d’auteurs à publier puisque les français
reprennent goût à la lecture. Et ceux ci commandent
facilement sur le net et sont livrés en deux jours. A
peine la souscription effectuée, le livre est
programmé sur les presses pour le lendemain, avec le
nombre total de commandes de la journée édité à la
suite, et son nom et son adresse sont directement
imprimés sur la couverture, composée par l’internaute
ou objet de plusieurs choix proposés. Le livre
personnalisé est aussi numéroté. Les gens sont très
heureux d’avoir leur nom à coté de celui de l’auteur.
Moi, je me contente d’être à la dernière page, avec les
autres « collaborateurs » … En plus, l’acheteur peut
choisir entre trois type de qualité : poche, standard et
luxe. Nous vendons très peu en format de poche car
les gens qui font l’acte d’achat aiment les livres et
n’hésitent pas à investir dans le confort de lecture et
la qualité de l’objet quand ils ont pu lire des extraits
de la version électronique et constater la qualité du
produit. Ceux là ne lisent donc pas l’intégralité de la
version électronique, par choix, pour se ménager le
suspense.
De plus, nous avons le droit de « rajouter » vingt pour
cent de texte sur la version papier, non indispensables
à l’intrigue… ».
− Très intéressant. Et vous ne faites pas de livre à

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 324


Guerre contre les Majors

vous ?
− J’y travaille. Mais dans un autre registre. Ma
passion, c’est l’histoire, et plus particulièrement le
«bas moyen âge ». Ce sera un seul livre, un peu
comme un petit chapitre de la grande encyclopédie. Il
y aura un peu d’art dans son écriture afin de faire
passer le message scientifique, et mon métier de
nègre me permet de peaufiner mon style. Quelque
part, je suis sûr qu’à juger entre l’imagination de mon
auteur, et mes années d’expérience dans l’écriture, on
prouverait que c’est tout de même grâce à moi que
Jacques Beaumont sort du lot par rapport aux autres
espions.
− Et pour le réalisme des gadgets ?
− C’est une question d’extrapolation des techniques
scientifiques actuelles. Le grand public pense que
l’espion a besoin d’une panoplie au top de la
technologie pour réussir sa mission. Ne le
détrompons pas. Ca fait partie du rêve. Mais je pense
qu’un bon espion, c’est d’abord celui qui ne
ressemble pas à l’image qu’on s’en fait, vous ne
croyez pas ?
− A vous entendre, tout le monde serait donc suspect

− En effet, et pourquoi pas vous aussi ?
− Ah ah ah . Oh non, je n’oserai jamais faire un
travail aussi risqué. (Puis, prenant un petit air de
nunuche…) Comme je ne pourrait connaître comme
vous les moindres arcanes des croisades, de la guerre
de cent ans …
− Petite mise au point Mademoiselle, il ne faut pas
confondre le Haut et le Bas. Le Bas Moyen Age
commence au 14 siècle.

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 325


Guerre contre les Majors

Le Haut moyen âge est la période antérieure… »


Franck est hors course depuis le début. Il constate
des trous énormes dans son éducation d’espion.
Heureusement pour lui qu’il a une couverture
d’autant plus simple qu’elle correspond à son
personnage « d’avant engagement ». Mais Véra et
l’homme à la sucette se jaugent mutuellement. Véra
se doute maintenant qu’elle doit être fichée dans les
services de l’homme à la sucette. Elle ne se doute pas
à quel point elle n’est pas anonyme. L’homme à la
sucette n’ose plus penser à un hasard, mais comme il
n’a pas été contacté, il ne doit y avoir rien de grave,
sauf si sa sécurité est menacée. Mais il sait que
Franck est un allié et que Véra l’ignore. Il ne s’estime
donc pas en danger. De plus, les deux protagonistes
se laissent un peu aller au courant de sympathie, mis
en place à l’origine, pour endormir la méfiance de
l’autre…
Si l’homme à la sucette trouve que c’est une
maladresse de vouloir griller une couverture qu’on
sait manifestement fausse (Si Véra est là pour lui), il
apprécie le piège, la finesse et la culture de sa
charmante ennemie. Véra quand à elle juge de la
qualité de l’homme, qui sait avoir une couverture
crédible. Néanmoins, poursuivre l’interrogatoire
pourrait lui donner l’alerte. Elle préfère en rester là.
« Vos vacances doivent être calmes. Que faire pour
éviter l’ennui de la morte saison ?
− Mademoiselle, un littéraire n’est pas un homme
d’action, mais de réflexion. Et il a toujours avec lui,
soit des livres, soit sa bibliothèque intérieure. Les
longues soirées au bord du lac peuvent en esprit me
ramener à Rousseau et ses « Rêveries ». Les journées

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 326


Guerre contre les Majors

en bord de mer désertique sont aussi un pur délice


pour l’introspection comme pour l’abandon de soi au
sein d’une nature qui nous dépasse et nous protège.
Et l’océan invite au voyage. Les promenades en forêt
avec le chant des cigales, l’odeur de la résine, le
craquement des aiguilles de pins sont excellentes
pour la santé, au niveau sportif comme pour lutter
contre le stress. Enfin, nager, en mer ou sur le lac,
apaise les douleurs articulaires et revigore le corps. A
mon âge, j’en ai bien besoin. Et dans d’autres
circonstances (Véra est enceinte) le soleil se ferait un
plaisir de vous caresser intégralement de ses chauds
rayons pour vous offrir rapidement un teint mielleux
plus ou moins brun du plus bel effet.
− Vous êtes un charmeur.
− Un admirateur de la gent féminine seulement.
Votre ami n’a pas de souci à se faire et par
conséquence moi non plus. »

Véra douterait presque de ses chefs. Cet homme


ne peut être un chef important dans un service de
renseignement. Cette façon de parler, nonchalante,
ampoulée… il s’écoute. Alors, il est vraiment
écrivain. Sportif, malgré tout. Ces mains sont
noueuses, ses muscles de bras secs, ses jambes encore
musclées, son ventre assez plat, surtout pour un
homme de son âge. De plus, ses yeux sont vifs, et il a
un détachement révélateur d’un homme qui a
beaucoup vécu. Un dilettante du verbe doublé d’une
machine à tuer en vacances ? Véra peine à imaginer
cela, et doute.

« La marche et la natation me sont recommandées.

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 327


Guerre contre les Majors

J’ai donc bien choisi l’endroit pour mes petites


vacances avant de retourner en Amérique. »

A ces mots, le cœur de Franck se serre. Elle parle


de ce non−dit à un autre que lui. Il se garde
d’intervenir, et même s’éloigne un peu, gardant
l’oreille aux aguets.

« Le coin est assez grandiose. Nous avons des


pare−feu qui coupent nos forêts comme les rues
découpent vos villes, bien que nos pins s’élèves
moins haut que vos immeubles.

− J’ai effectivement remarqué cela avec les vues


satellites du Net. Nos forêts auraient bien besoin
d’être aussi surveillées et protégées du feu. Mais nos
parcs naturels sont sauvages et immenses.
− Cette forêt est exploitée. Et le temps plus que les
indemnisations promises à l’époque a su effacer les
ravages de la tempête de 1999. Néanmoins, beaucoup
d’arbres ont moins de quinze ans et n’ont pas encore
leur hauteur d’adulte. Mais au moins, le bois non
ramassé a fini de pourrir ou a été dévoré par les
insectes.
− Vous semblez bien connaître cette région.

− Je n’y étais pas revenu depuis bien longtemps. Mais


elle n’a pas changé.

− Elle aurait bien besoin d’entretien. Les routes sont


dans un état déplorable.

− Les services publics médocains sont inexistants

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 328


Guerre contre les Majors

depuis la scission. Le médoc veut faire sécession et


nous ne voulons pas faire une guerre pour cela.

− Vous n’avez pas d’armée pour la faire. »

Sourire de l’homme à la sucette. D’ailleurs, il a


remarqué qu’il suçote moins en vacances. C’est
meilleur pour sa ligne et sa dentition. Il en prendrai
bien une maintenant, mais il a laissé sa provision au
bungalow.
« Il y a d’autres moyens de la faire. Ici, en
l’occurrence, on mise sur l’économie. Pour l’instant,
la région vivote en récupérant ses savoirs faire
ancestraux confisqués par la World Company . Il y a
aussi un retour à l’autarcie. Mais l’argent obtenu sert
à acheter des 4x4 et du gas−oil. Les prix de ces
produits vont progressivement augmenter. Une
douane va être mise en place sur la ligne de
séparation terrestre Quand ils voudront se libérer des
« obligations » avec le reste du pays, ils seront
appauvris et ils n’auront pas de quoi bâtir un port sur
la gironde, pour être approvisionnés par des sources
extérieures. A un moment donné, la population
souhaitera le retour dans nos frontières car leurs
dirigeants seront incapables d’assurer l’infrastructure
minimale»

« sauf si … »

Véra se tait. Bien sûr, son pays va « aider » cette


région. Une tête de pont, pour pouvoir quitter la

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 329


Guerre contre les Majors

France « officiellement » et pouvoir soutenir le


gouvernement fantoche laissé en place de façon
crédible grâce à la proximité.

« Sauf si les dirigeants y arrivent quand même. Après


tout, des pays plus petits existent bien.
− Je ne crois pas qu’ils y arriveront mais admettons.
Quel intérêt de faire une guerre pour autant ?
− Vous ne me semblez pas si pacifiste.
− J’ai connu la guerre… dans mes voyages.
− moi pas.
− Peut−être parce qu’on vous l’a évitée.
− Vous l’auriez perdue.
− Vous ne la gagnerez pas »

Toute l’attitude de l’homme à la sucette a changé.


Il observe les alentours. Il est devenu méfiant. Véra
pâlit. Et si il était armé, devenait menaçant. Ses chefs
ne se sont pas trompés.
Franck intervient. « Monsieur, ma compagne
n’est pas à proprement parler une militaire. Elle est
venue pour rebâtir, et recréer des contacts avec la
population, si des dommages collatéraux au conflit
avaient malmené des civils.
L’homme à la sucette entre dans le jeu. Il fait
mine de se détendre, sourit à Véra.

« Veuillez m’excuser Mademoiselle. Je suis un peu


vieux jeu et mon père était militaire en Algérie.
Alors, quand il s’agit de patriotisme, je m’échauffe
un peu.

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 330


Guerre contre les Majors

− je suis désolée de vous avoir froissé, monsieur. Je


comprends votre colère. Je me doute bien que tout le
peuple français n’est pas composé de pirates
informatiques et de terroristes du Net.
Et puis, votre patience est parfois mise à rude
épreuve. Je n’aurai pas du aborder un thème sensible.
Surtout que cette région semble vous porter
particulièrement à cœur.
− J’y ai passé toutes les vacances de mon enfance. Et
les choses ne seront plus jamais les mêmes de toute
façon…
− Pourrions nous organiser une petite réconciliation
autours d’un verre à Maubuisson. Il doit bien y avoir
un bar d’ouvert.
− J’ai repéré une sorte de Bodéga où l’on y
consomme de savoureux cocktails, y compris sans
alcool.
− On vous emmène ?
− Je me change et nous nous retrouvons au rond point
du stand de tir à l’arc ?
− A tout à l’heure donc. »

Franck et Vera retournent à l’appart. L’homme à


la sucette à son bungalow. Derrière eux, il y a un peu
de mouvement dans les fourrés. Le « faux couple »
vient de tomber entre les mains des deux costauds.
Inconscients, ils sont ficelés sans ménagement et jetés
dans le coffre du 4X4, garé un peu plus loin.

Du rififi dans le Médoc : Promenade a... 331


Contre espionnage

19 / 05 / 2006, 21:08
Contre espionnage
L’officier américain ricane lourdement. « Une
grève de la faim, ah ah ah, vous avez décidé de
profiter de votre séjour parmi nous pour faire un
petit régime minceur à nos dépends. Très fort, mais
inutile en ce qui vous concerne, je vous assure »
L’officier américain ricane lourdement. « Une grève
de la faim, ah ah ah, vous avez décidé de profiter de
votre séjour parmi nous pour faire un petit régime
minceur à nos dépends. Très fort, mais inutile en ce
qui vous concerne, je vous assure »
« Merci du compliment. Vous n’êtes pas tout à fait un
butor »
− Plus sérieusement, je me moque de votre décision.
Si vous changez d’avis, il vous faudra attendre
l’heure du repas. Et vous devrez y aller avec les
autres, même si vous ne vous alimentez pas… Ce
n’est pas mon affaire.
− Nous verrons dans quelques jours si d’autres
femmes décident de faire la même chose.
− Soyez réaliste. Vous êtes bien traitée.
− Je vous rappelle que vous êtes le premier à m’avoir
privée de nourriture, en plus de la privation de liberté
»
A ces mots, derrière la glace sans tain, le major
DAD bondit. De mauvais traitements pour les
conjoints d’informaticiens ? Ce n’était pas prévu et
rien ne le justifie. La pression doit se porter sur les

Contre espionnage 332


Guerre contre les Majors

informaticiens eux−mêmes et en toute discrétion. Dés


qu’un a parlé, et que le système informatique adverse
aura été investi, tout le monde doit être libéré et rien
ne doit pouvoir leur être reproché dans l’opinion
internationale.

« Votre mari est actuellement accusé de complicité


avec les terroristes informatiques qui ont justifié notre
venue. Il a été suivi et nous sommes convaincus de
ses actions subversives car son lieu de travail est
espionné.
Aidez nous à démanteler son réseau, et vous
retrouverez votre liberté sans que personne ne sache
qui a parlé »
« Mon mari travaille comme gestionnaire de stock.
Si il a suivi des cours durant sa scolarité, son emploi
est plus tourné vers la gestion que la programmation.
C’est un simple utilisateur en fait »…
L’entretien se prolonge durant une heure. Elsa ne
cède en rien à son discours. Son tourmenteur la
renvoie ensuite en cellule. Il a la surprise de voir
arriver le major DAD plutôt que sa prochaine
victime.
« Qu’est ce qui vous a pris, sombre crétin ? Vous
avez empêché cette femme de s’alimenter… »
− Non Major. Non, pas tout à fait. En fait, je voulais
l’interroger et elle était dans la file d’attente du
réfectoire. J’avais fait amener un repas pour elle,
mais l’entrevue a été houleuse et elle a été ramenée
en cellule. Effectivement, j’ai oublié de faire suivre le
plateau repas.
− De plus, vous comptez la remettre avec les autres.
Imaginez si d’autres suivent.

Contre espionnage 333


Guerre contre les Majors

− Mais Major, c’est vraiment la seule à avoir aussi


mauvais caractère.
− Et vous la mettez comme martyre alors qu’il s’agit
d’une meneuse. Elles sont « invitées », pas
prisonnières. Nous prenons des mesures de
précautions anti−terroristes mais ce sont leurs
conjoints les terroristes.
− Oui Major.
− Je ne veux pas d’interrogatoires hors des créneaux
9 h 12 h et 13 h 17 h 30 . C’est bien compris ?
− Oui Major.
− Suspension immédiate de tous vos interrogatoires
en cours, je vous veux et votre équipe en salle de
débrieffing dans une demi−heure pour une mise au
point.
− Bien Major »
Une demi−heure plus tard, le Major DAD face à
une vingtaine de cadres remet les pendules à l’heure
« … Dans le cas de la femme désirant faire la grève
de la faim, je ne veux plus d’interrogatoires la
concernant. Elle va être conduite à l’infirmerie et y
restera sous surveillance médicale et gardée en
permanence. On va lui coller l’étiquette de «
suicidaire » pour les autres et donner à penser qu’elle
est gavée de médicaments réservés aux traitements
lourds. Cela dissuadera de suivre son exemple. Un
plateau repas froid restera en permanence visible afin
qu’elle puisse « changer d’avis » à n’importe quel
moment. Ne vous mettez pas en porte à faux avec les
autres. Pour l’instant, les pistes sont minimes mais
deux ou trois prisonniers ne vont pas tarder à craquer.
Le succès de cette opération est primordial, sinon des
têtes vont tomber, surtout si des innocents se

Contre espionnage 334


Guerre contre les Majors

plaignent .
Me suis je bien fait comprendre ?»
A la pâleur de certains participants, le major
DAD comprend que d’autres bourdes ont du se
produire. Il était temps de faire une mise au point .
Mais pas dans une salle avec des micro−ordinateurs.
L’un d’entre eux n’était pas éteint, mais était en
économie d’énergie. Il a tout de même relayé
l’information, même si l’écran était apparemment
éteint.
L’équipe de l’homme à la sucette prend l’affaire
en main. Ils recherchent les anomalies de
fonctionnement de micros de personnes absentes de
chez elles depuis une semaine sans justification, puis
lancent des recherches dans les fichiers de téléphonie,
de consommation, de retrait d’argent au cas ou il y
aurait eu départ pour l’étranger.
On recoupe avec la valeur « métier de
l’informatique » puis partenaire d’une personne «
métier » de l’informatique. On obtient un peu plus
d’une centaine de personnes en quelques heures.
Des « enquêteurs » se déplacent et interrogent les
voisins. Quelques témoignages de civils montant
dans des chars ou des camions sont collectés. Environ
quatre vingt personnes semblent concernées.
Des cercles de diverses compétences sont
consultés. Diplomatie de l’ombre, épreuve de force
médiatique, représailles ?
Dans tous les cas, c’est mettre en danger les
personnes. De plus, rien ne va empêcher les
américains de recommencer une autre fois. L’envie
de jouer à nouveau un mauvais tour aux américains
s’insinue dans les esprits. La cache piégée découverte

Contre espionnage 335


Guerre contre les Majors

en mars aurait du rafraîchir leurs ardeurs. Il faut plus


fort.

En attendant, Elsa jeûne. Christian tient mais les


américains chargés de faire parler les « informaticiens
» durcissent les interrogatoires. La nuance entre
harcèlement musclé et torture se réduit de plus en
plus. Et il n’y a plus de briefing qui pourraient
renseigner l’extérieur.
Deux jours passent. Une nuit, le garde s’endort à
son poste. Elsa en profite pour quitter sa « chambre »
et allume l’ordinateur de l’accueil.
Une vague d’enthousiasme balaye l’équipe de
l’homme à la sucette lorsque le contact est établi.
Elsa est fêtée en héroïne. Elle va être celle qui va
précipiter les américains dans le piège. Elle regagne,
radieuse, sa chambre. Le planton dort toujours. Tout
va bien.
Le lendemain, Elsa « craque ». Elle trépigne de
rage, renverse le plateau de nourriture, demande à
voir un officier. Elle refuse de s’habiller. Elle veut ses
vêtements. Elle veut rentrer chez elle.
Son tourmenteur favori est ravi. La bêcheuse
finalement s’effondre. Elle est assez incohérente.
Mais puisque elle ne mange pas, il met ça sur le
compte du désespoir.
Elsa se met à table. Elle a le ventre vide mais la
langue bien pendue. Elle veut voir Christian,
technicien qui pourra confirmer ses dires, préciser des
termes techniques, des commandes…
On le lui amène. Elle commence à donner des
noms de domaines. Christian entre dans son jeu. Il
prend la mine abattue, refuse d’aider, jette des

Contre espionnage 336


Guerre contre les Majors

regards lourds de reproches à sa femme. Quelques


informaticiens américains jubilent. Les ports
s’ouvrent, les IP se dévoilent bien que les fichiers
cryptés résistent pour l’instant. Victoire.
Les prisonniers sont libérés dans la journée.
Christian et Elsa sont rapidement pris en charge par
les services de l’homme à la sucette. Après ça, c’est
la clandestinité assurée jusqu’à la fin de la guerre
pour eux deux.

Lorsque le virus tueur élaboré par les


informaticiens indiens commence son œuvre de
destruction, le lendemain, il commence par détruire le
réseau du gouvernement fantoche, en français, ce qui
a trompé les programmeurs américains. Mais après
petite manipulation supra−net, les liens des
collaborateurs américains et ceux des « commerciaux
» de la World Company, bien impliqués dans le
système fantoche, conduisent le virus à s’attaquer aux
serveurs du gouvernement américain et au siège de la
world company.

En six heures, 60% des serveurs mondiaux


s’auto−détruisirent. Atterrissages de disque dur,
surchauffe des processeurs après perturbation du bios
et verrouillage des cartes mères.

Les serveurs épargnés furent ceux qui


fonctionnaient sur des OS primaires, réservés à
l’informatique en temps réel. Ainsi, tous les systèmes
de sécurité fonctionnant sous Linux continuèrent
d’assumer leurs fonctions. De même les systèmes
anti−incendie, la gestion des ascenseurs ou les

Contre espionnage 337


Guerre contre les Majors

hôpitaux, les tours de contrôle des aéroports…


Mais certains pays comme la Chine ou la Russie
n’apprécièrent pas.
Les tensions internationales, un temps effacées
par l’OWC (l’ «Order World Company»),
réapparurent. Des groupes de résistances locaux,
partout dans le monde reprirent confiance et lancèrent
des appels à l’aide sur le web en direction de la
France.

La situation informatique fut rétablie en un mois.


L’Amérique par bourde avait fait dix mille fois plus
de dégâts que les « terroristes » qu’elle traquait.
Néanmoins, elle sabota toute les enquêtes et
accusa les français, malgré les preuves flagrantes
apportées par ceux−ci. Les gouvernements trop
fragiles firent mine de les croire. La Chine et la
Russie, en secret, s’allièrent et constituèrent un centre
de recherche de guerre électronique en commun.
Le conflit risqua alors devenir mondial d’un jour
à l’autre.

Contre espionnage 338


Du rififi dans le Médoc :
Tourisme

22 / 05 / 2006, 20:20
Du rififi dans le Médoc : Tourisme

Une diode s’est allumée sur le portable de Franck.


Il sait qu’il doit s’isoler de Véra pour contacter
d’urgence son équipe.
« Ma chérie, je vais à la supérette. As tu besoin de
quelque chose ?
− Attends, je vais t’accompagner ».
C’est beau l’amour. On ne se quitte plus. Mais on
ne peut plus rien faire sans l’autre. C’est vite
étouffant.

Véra sort de la salle de bain, à moitié habillée. Au


passage, elle lui dépose un baiser sur la joue. La
regardant compléter sa tenue, Franck se dit qu’il y a
aussi des compensations à vivre à deux. Mais son
cœur bat la chamade au rythme de la diode. Il décide
donc que l’heure est aux besoins naturels et que là, il
aura la paix. Il devra juste chuchoter.

« C’est moi, je vous écoute. Je ne peux pas parler


plus fort
− Franck, nous avons un gros problème. Notre équipe
de protection a du se faire capturer. Nous n’avons pas
le temps d’en envoyer une autre de secours. Déjà,
nous avons repéré leur véhicule. Il faut le changer de
place et lui changer son identification.
Du rififi dans le Médoc : Tourisme 339
Guerre contre les Majors

− Il est ou ?
− Zone 2, emplacement 23 , à coté d’une canadienne.
Son numéro de code pour le faire démarrer est sa
plaque d’immatriculation. Il y a un CD de données
sous le titre « Compil des hits volume 169 » Introduit
dans le lecteur de CD, en appuyant sur la touche
enreg+ stop en même temps, il vous permettra
d’accéder au mode d’emploi des « options » du
véhicule.
Vous pourrez ainsi en changer l’immatriculation et
accéder au coffres camouflés avec le matériel spécial.
Il y a aussi le mode d’emploi de ses « équipements »,
sauf pour le 9mm que tout le monde connaît. Il y a
aussi de quoi offrir une bonne nuit à votre épouse. Il
y a même un effet secondaire volontaire qui évite à
celle ci de penser qu’elle a pu être droguée mais qui
l’incite à croire qu’elle se réveille dans un bon jour en
pleine forme. Vous allez être de service ce soir.
Déplacez la voiture le plus vite possible. Bonne
journée. Essayer de faire une sieste »

L’homme raccroche, laissant Franck songeur. Le


temps se gâte.
A sa sortie, c’est une Véra pimpante qui lui
annonce qu’elle est prête.
« Tu es magnifique » lui dit−il en souriant.
« Merci Dear. On y va ?
− prenons la voiture. Je n’ai pas envie de porter les
bouteilles sur une borne »
Les emplettes se passent bien. La zone 2 est située
entre la supérette et l’appart.
La voiture chargée, Franck prétexte une envie de
se dégourdir un peu les jambes.

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 340


Guerre contre les Majors

« Tu n’auras qu’à ne pas décharger ce qui est lourd.


J’en ai pour 10 minutes à pieds. »

Véra se renfrogne un peu. Les mecs sont


imprévisibles. Et après, on dira que ce sont les nanas
qui ont des envies bizarres. Elle démarre un peu
brusquement. Franck la regarde s’éloigner. Va falloir
être gentil après ça.

A grands pas, il entre dans la zone 2 et trouve


rapidement la voiture. Il la gare sur le rond point du
tir à l’arc, change l’immatriculation (plaques
pivotantes : les vieux trucs sont les meilleurs) et se
dirige à l’appartement. Il trouve Véra en train de
vider le coffre. Elle allait quand même porter les
packs d’eau. Il accourt donc et la tance gentiment. «
Je ne veux pas que tu portes de choses lourdes »
insiste t−il. Elle le toise sans rien dire, mais en lui
faisant comprendre que ce aurait été de sa faute et
remonte les mains vides.
Et Franck prend les deux packs d’eau, la poche
plastique et s’embête a vouloir prendre en même
temps le pain, qu’elle aurait pu amener avec elle. Il
repose tout pour fermer le coffre et tant bien que mal
parvient à coincer les baguettes entre le torse et son
bras gauche tandis que les doigts de la main droite
sont mis à rude épreuve pour porter le deuxième pack
et la poche en même temps.

Véra a en plus fermé la porte. La garce. Franck


redépose tout, actionne la poignée ronde, ouvre, se
recharge sous l’œil amusé de Véra. Il va ranger le
tout, puis retourne vers Véra.

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 341


Guerre contre les Majors

« Alors, tu as décidé d’être désagréable ?


− tu n’as qu’à mieux t’occuper de moi.
− Comme çà ?
− Par exemple
− Et puis comme ça ?
− C’est encore mieux.
− Et ça ? »
Eclat de rire, vite étouffé par un baiser. D’autres
suivront, sans oublier les étreintes et les attentions
appropriées. Mais Véra préfère en rester au niveau du
flirt. Elle veut aller à la plage.
Franck propose d’en essayer une autre, et de passer
par Hourtin. Cela fera une promenade.

L’air est chaud. La route est malheureusement en


mauvais état, mais c’est une longue ligne droite.
Hourtin est une petite bourgade sympathique. Il y a
même un cinéma. Mais il ne fonctionne que le
week−end hors saison. Après Hourtin, rond point
vers le Contaut et Hourtin plage.

Un poste de garde, tenu par des médocains les


arrête. La zone est interdite aux touristes. Il faut faire
demi−tour. Franck décide de continuer la route des
plages.
« Tu vas être condamnée au Pin Sec » plaisante t−il.
Véra ne comprend pas cette cruauté, victime de
l’homonymie. Et Franck n’explique rien. 10 km plus
tard, un panneau de signalisation sort Véra de son
incompréhension.

Coincé derrière un vieux fourgon blanc Mercedes,

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 342


Guerre contre les Majors

qui se traîne et qui pollue, Franck fulmine, surtout


qu’une voiture se profile au loin en face et qu’il ne
peut pas doubler.

Ils traversent un petit village, avec une scierie


désaffectée. Lorsque le fourgon tourne, Franck voit
deux petits vieux à l’intérieur et se retient de
klaxonner. Il n’y a que dans le médoc qu’on peut voir
ça. Dans le reste du pays, à partir de soixante ans, on
a droit au taxi gratuit ou aux transports en commun.

Zig zag dans les dunes. Un carrefour. Une ligne


droite, avec deux montées et en haut de la seconde,
on peut voir un instant le bleu profond de l’océan,
avant de replonger à l’intérieur d’un camping.

Il y a un parking, face à un vieux bar . Celui−ci,


appelé le « Paradou » est en train de se faire ensevelir
par la dune qui se déplace. Au lieu d’enlever le sable,
les propriétaires doivent vouloir jouer sur ce coté «
naturel ».

Franck gare la voiture. Il prend les sacs, tandis que


Véra se contente du parasol. A leur gauche, il y a un
restaurant, dont la terrasse s’est abîmée dans le vide.
La mer a emporté la dune. Elle a aussi emporté
l’escalier, et la descente est assez abrupte. Un
panneau signale le danger. A marée haute, il n’y a
plus de plage en période de forts coefficients.

Mais ce n’est pas grave, il suffit de s’installer dans


un des multiples replis de la dune, à l’abri du vent

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 343


Guerre contre les Majors

frais, pour bronzer discrètement.


Franck teste le piquant de la flore locale . La feuille
de panicaut des sables séchée était sous le sable.
Aprés quelques jurons bien sentis et trés imagés
(Véra n’ose même pas en rire tellement il a du être
piqué au vif) il remet ses baskets, regrettant de ne pas
avoir acheté de tongs.
Au bout de trois cent mètres, c’est le désert le plus
complet et la tranquillité absolue. Enfin, le croit −il.
Car trente mètres plus loin, dans un repli de dune, il
tombe à l’improviste sur deux nudistes. Un couple
mixte. Véra est choquée . Mais Franck en avait
entendu parler, et il murmure un bonjour gêné avant
d’entraîner Véra loin de ces « dégénérés ».

Un peu plus loin, ils trouvent un coin tranquille.


Franck installe les serviettes et le parasol. Véra
s’allonge et constate que Franck, à ses cotés, est nu
comme un ver.

« T’es pas fou ?


− Moi, tu sais, je ne risque pas un méchant coup de
soleil
− Oui mais
− Qui veux tu qui me voit ? Et toi, tu m’as déjà vu nu.
Et même si…les autres sont eux aussi à poil. C’est
plutôt toi qui va passer pour une voyeuse.
− Pas du tout. C’est indécent.
− Ne t’inquiète pas. Avec ton petit ventre, on sait
bien que le soleil t’est contre indiqué. Si quelqu’un
passe, il matera tes seins à travers le tee−shirt. »
Au bout de dix minutes, la chaleur les conforte
dans une douce torpeur et le temps s’arrête.

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 344


Guerre contre les Majors

Deux heures plus tard, c’est la soif qui fait bouger


Franck. Le mouvement réveille alors Véra. Galant,
celui−ci lui propose le thermos, qu’elle accepte
aussitôt. La fraicheur de l’eau est un délice. Elle s’en
humecte aussi le visage. Franck boit à son tour et
l’océan le tente, bien qu’il ne sache pas bien nager.
Véra est partante elle aussi.

La descente jusqu’à la plage est ardue. C’est une


vrai falaise de sable de 8 m de haut qu’il faut
descendre. Franck saute et est reçu en douceur trois
mètres plus bas par la dune. Le sable se dérobe sous
lui et il glisse jusqu’au pied de la dune. Véra le suit,
amusée.

Vue du bas, la dune paraît encore plus haute. Il ne


sera pas si simple de remonter, car les deux derniers
mètres sont à pic.

Franck cours vers l’océan. Une vague recule


devant lui et il s’enfonce dans le sable mouillé.
Lorsque l’écume l’atteint ensuite jusqu’au mollet
avec force, une partie de l’eau l’éclabousse jusqu’au
ventre, brûlant. A 17° aujourd’hui, elle est froide et
Franck pousse un cri de surprise et de déplaisir. Véra
éclate de rire, plus loin. Elle commence à se mouiller
prudemment le visage, la nuque les épaules. Le
rafraîchissement, saisissant au début, devient vite
agréable et elle frissonne délicieusement dans le vent.
Franck, courageusement, ne recule pas. Même si il a

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 345


Guerre contre les Majors

l’impression d’avoir les pieds gelés, il est amusé et


impressionné par la force des vagues. Il s’avance
alors, progressivement. Alors, qu’il a de l’eau jusqu’à
la taille, une série de grosses vagues arrivent. Franck
prend peur mais trop tard. Un rouleau éclate quelques
mètres devant lui. Un mur d’écume d’un metre de
haut l’emporte comme un fétu de paille. Franck est
roulé dans tous les sens.
Quand il se relève, sonné, désorienté, quelques
mètres plus loin, c’est la vague suivante qui le «
cueille » et l’emporte encore un peu plus loin. Franck
rit. Il n’a plus froid. Il n’a pas peur. Il s’est quand
même pris une bonne claque pour ne pas avoir plongé
en dessous du rouleau, réflexe qu’il va acquérir dans
les minutes suivantes.
Véra préfère rester sur le bord. L’eau est trop
froide pour elle. Elle sourit en regardant Franck
s’ébattre comme un gamin. Quand il ressort, un quart
d’heure plus tard, transi et crevé, elle se précipite sur
lui.
Il l’étreint contre lui et l’embrasse de ses lèvres
salées. Elle se débat, car le contact est un peu frais à
son goût. Pour se venger, elle se moque de son sexe
au plus bas de sa forme. Tout d’un coup, Franck
regrette de ne pas avoir gardé son maillot. Surtout
que durant la remontée de la dune, il se fourre plein
de sable dans l’entrejambe, que le passage de la
serviette ne parviendra pas à chasser complètement.

Il est 13 h . L’estomac de Franck proteste. Il est


temps de partir. Le soleil tape trop fort maintenant
pour rester dans la dune et la plage va être bientôt

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 346


Guerre contre les Majors

recouverte par l’eau. Franck au passage profite des


douches derrière le poste de secours.

Après avoir chargé le coffre, Franck démarre et …


reste ensablé. Les deux roues avant s’enfoncent dans
la partie meuble du parking contre la dune. Véra râle
qu’il aurait pu se garer aux emplacements du milieu
mais Franck spontanément a préféré les cotés.
Néanmoins, il ne se souvient pas s’être avancé autant.

Et malgré tous leurs efforts, Véra au volant, et lui


à pousser, la voiture s’enfonce au delà du diamètre de
la roue. Avant d’en arriver là, il faut creuser le sable
derrière la roue, y mettre une assise stable composée
de pierres (rares), de pommes de pins ou de branches
(y’en a) et reculer doucement sans accélérer comme
un fou. Mais neuf touristes sur dix ne le savent pas.
Certains s’enfoncent bêtement jusqu’aux pare−chocs.

Heureusement pour eux, un gros 4x4 rouge


s’avance vers eux et son propriétaire leur propose de
les tirer de l’ornière. C’est l’affaire de trente seconde
pour ce mastodonte, un vieux Nissan Patrol GR long
2,8 l turbo diesel. L’homme, la cinquantaine, y
semble très attaché et ne tarit pas d’éloges pour son
écrase bouse dont Franck n’en a plus rien à faire
depuis que sa voiture a retrouvé le contact rassurant
avec le goudron.

Volubile, envahissant, l’homme leur pose


quelques questions condescendantes, lui qui est du
coin alors que ce sont de « pauvres touristes égarés ».

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 347


Guerre contre les Majors

C’est qu’il draguerait presque Véra, avec son tic de


cligner de l’œil gauche. Il l’emballe même à tel point
qu’elle accepte un barbecue chez ses parents, à 3 km
de là. C’est la mode ici on dirait.

En arrivant chez ceux−ci, Franck tique en


reconnaissant le fourgon blanc. Heureusement qu’il
avait résisté à la tentation de les klaxonner, voire pire.
L’accueil est chaleureux et devant un pastis,
Franck retrouve le sourire. C’est un peu moins le cas
de Véra. Manifestement, c’est une famille à
l’ancienne et le « machisme ordinaire » a fait que
Véra a été sollicitée pour un coup de main en cuisine
par la maîtresse de maison. Celle−ci, habituée aux
domestiques, ou à la restauration collective, n’a
jamais pelé de pommes de terre. Mais elle n’ose pas
refuser et la maîtresse de maison ne fait aucune
remarque sur la taille des peaux ou les oublis sur la
patate.

Alors que le père plaisante sur « les touristes qui


se plantent régulièrement », Franck affirme qu’il « ne
pensait pas s’être engagé aussi prés du bord ». Son
sauveur affirme alors avec un sourire « Tu ne t’étais
pas engagé aussi loin. Il a fallu un peu te pousser ».
Stupéfaction de Franck.

« Viens, je vais te montrer quelque chose »


Il l’entraîne vers un garage anodin. A l’intérieur, il y
a du matériel de transmission et quelques
micros−ordinateurs.
« Il fallait que je t’intercepte pour te donner la
conduite à suivre pour ce soir. Nous savons

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 348


Guerre contre les Majors

maintenant ce qui est arrivé à nos agents. Ils ont été


conduits dans la nouvelle base américaine, à coté de
celle du Contaut. Dans le matériel que tu trouveras
dans leur voiture, il y a un détecteur qui te permettra
de les retrouver. Sa portée est de 1 kilomètre. Il lance
un signal à ta demande. Ce signal active la puce
inoculée dans le gras du ventre de l’agent. Celle ci
émet durant cinq seconde un autre signal qui permet
de la situer. De proche en proche, tu pourras les
retrouver. Après avoir endormi ta copine, tu te
rendras chez Pascal avec leur voiture. Il te donnera
les derniers éléments portés à notre connaissance. En
ce moment, il recrute quelques jeunes sur place qui
feront diversion coté terre, pendant que tu arriveras
par le lac…
− Mais je ne suis pas un vrai espion opérationnel ?
Pourquoi ce n’est pas quelqu’un d’ici qui le fait ?
− J’en sais beaucoup plus que tu ne le penses sur ton
compte. Tu en es capable, ne t’inquiète pas. Je ne suis
même pas d’ici à temps plein. Tu es le seul extérieur
qui peut agir car les contrôles ont été renforcés à
Bordeaux.
Les gens du coin ne peuvent qu’observer. Il faut
que les interventions viennent de l’extérieur, sinon ils
vont chercher et repérer ce qui est en place
localement en cas d’échec. Allez, retournons dehors
avant que ta copine ne te recherche et nous trouve
ici… »

Franck comprend mieux la conduite de son hôte,


stupéfait aussi par son sérieux dans le garage,
contrastant fortement avec l’image donnée jusqu’à

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 349


Guerre contre les Majors

présent. Il est un peu vexé pour le petit tour dans le


sable, mais bon.

Au deuxième pastis, il remarque que son hôte a la


paupière gauche qui fatigue, et qu’il cause encore
plus, de tout, de rien. Véra qui a fini de mettre la table
avec la maîtresse de maison peut maintenant boire un
petit vin cuit bien mérité.(Pas de scotch, pas de cola :
c’est de bonne guerre). Détendue, elle rit de cette «
aventure chez les ploucs », car maintenant, elle est
draguée avec ostentation et le dragueur fait preuve de
la même légèreté que son véhicule. Et tandis que son
œil gauche clignote à qui mieux−mieux, l’autre est
en position plein phare.
Deux heures plus tard, au moment des adieux, il
insiste bien de ne pas prendre ses avances au sérieux,
bien qu’elle sera toujours la bienvenue.
« Et pour mon œil, faut pas le croire. L’alcool me le
fait fermer et durant les soirées turpitudes de ma
jeunesse mouvementée, les copains me surnommaient
« le borgne » car il restait fermé à partir de 22 heures.
Sauf pour mieux voir une jolie fille. Elle croyait que
je le fermai alors que je l’ouvrai. Mais pas de risque
ainsi de voir double »

De retour à Maubuisson, Véra aperçoit l’homme à


la sucette en « bonne compagnie ». Elle reconnaît une
de ses collègues de Paris. A priori, on doit l’estimer «
inefficace ». Il sirote tranquillement face au lac. Elle
lui souhaite bien du plaisir, car il va être difficile à
cerner.

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 350


Guerre contre les Majors

Vers 20 h 30 , Franck regarde Véra qui s’est


endormie. Il l’a embrassée passionnément et elle lui a
dit « No, i m so tired » . Elle devrait être en pleine
forme demain matin… « Bonne nuit, ma chérie. A
demain j’espère …»

Du rififi dans le Médoc : Tourisme 351


La plus belle des prisons ?

24 / 05 / 2006, 19:46
La plus belle des prisons ?

Brian est convoqué chez le chef de centre. Ce


genre d’événement est tout à fait exceptionnel. En
effet, ce responsable n’a pas de contact
habituellement avec les prisonniers.
Il se rend seul au bureau concerné. C’est tout de
même un bon présage. La secrétaire le fait patienter
sur un canapé et il en profite pour lire en français la
revue « Science et Vie ». Il sourit de constater que le
« complément sensible » est en ligne pour les
abonnés seulement.

Les français protègent certaines avancées


techniques des regards de l’envahisseur, mais
l’information est disponible pour les concitoyens.
Cette confiance en la population est assez incroyable.

Il est interrompu dans sa lecture par la secrétaire.


Brian franchit le seuil du bureau et se retrouve dans
un bureau immense face à un petit homme austère,
qui lui fait signe de fermer la porte derrière lui.

« Avancez, mon jeune garçon, n’ayez pas peur.


Asseyez−vous. »
Brian s’exécute. Au passage, il voit face à son
interlocuteur un gros dossier à son nom.
L’informatisation n’a pas encore supprimé le papier

La plus belle des prisons ? 352


Guerre contre les Majors

chez les grands pontes. De plus, il y a une feuille


griffonnée à la main. Des notes de l’intéressé semble
t−il.
« Comment se passe votre séjour parmi nous ?
− Je pense que l’histoire a connu des détentions
beaucoup plus désagréables. Néanmoins, une
détention reste une détention. »
− Vous avez eu l’opportunité de vous enfuir il y a
peu.

− Vous avez su créer une chaîne très difficile à briser


.
− Je vois que vous savez apprécier la qualité de notre
système. Mais ce qui m’intéresse, c’est de savoir quel
est votre état d’esprit aujourd’hui.
− Je me suis bien adapté à la situation parce que vous
avez créé les conditions pour cela. Je parle
couramment le français grâce à vos cours accélérés et
à l’immersion forcée. Les sujets abordés dans le cadre
de mon travail pour vous sont intéressants à la
différence des premiers, très propagandistes. Ce serait
même un emploi qui me plairait, bien qu’il ne doit
pas exister en temps de paix.
− Détrompez vous. Hors cadre de la propagande, la
communication directe avec des partenaires
extérieurs, sans la déformation des medias à la
recherche du scoop et du profit est une nouvelle
forme de journalisme. Chez nous, ce métier existe et
garantit la véracité des faits et l’indépendance du
rédacteur. Nous manquons juste de « traducteurs » et
de « professeurs ». Voilà pourquoi nous nous
sommes un peu servi chez l’ennemi.
− Vous savez que vous n’avez pas le droit de me faire

La plus belle des prisons ? 353


Guerre contre les Majors

travailler contre mon propre pays, selon les


Conventions de Genève.
− Il est plus exactement marqué que nous ne pouvons
vous forcer à travailler contre les intérêts de votre
camp. Il est vrai que vous avez subi quelques
pressions psychologiques au départ pour vous
suggérer le pire en cas de refus de votre part. Nous
n’avons assassiné personne dans les caves de cet
établissement, ni ailleurs. Il y a des lieux de détention
cachés qui respectent la volonté des prisonniers de ne
pas faire ce que vous faites ou qui ont tenté de nous
tromper.
Mais eux ne bénéficient pas non plus de votre régime
de faveur, sauf ceux qu’on a pu changer d’emploi, et
qui font tourner le centre, comme des cuistots, du
personnel d’entretien… et là, on a le droit.
− Je dois reconnaître que le fait d’être payé, avec des
primes de surcroît, fait céder certaines réticences.
Mais je ne me considère pas comme un traître pour
autant.
− On ne vous en demande pas autant. La propagande
est du ressort de nos personnels nouvellement formés
maintenant. Et comme vous l’avez fait remarquer,
vous ne travaillez plus contre les intérêts de votre
pays et de sa population, mais tout de même contre la
World Company. A ce titre, si nous perdons notre
combat, vous pourriez être inquiété.
− Que voulez vous de moi ?
− Comprendre. Notre système fonctionne bien. Mais
nous voulons savoir à quel point, car vous avez fait
progresser les limites de nos objectifs à atteindre.
Votre sortie dernièrement s’est passée dans la
clandestinité la plus totale au sein de nos services. Ce

La plus belle des prisons ? 354


Guerre contre les Majors

collier étrangleur est choquant et son usage a failli


être dramatique. Il était prévu pour le transfert de
prisonnier et sa mise en œuvre devait être plus
sécurisée que çà. Il fallait le déclenchement de deux
des accompagnateurs sur quatre. Enfin, vous avez
failli être tué à cause du remue−ménage qui a attiré la
patrouille»
− Tué ? Tué par qui ?
− Votre amie était armée. Elle avait poussé le cran de
sûreté, nous nous en sommes assurés. Vous êtes passé
à coté du pire, sans compter qu’elle aurait pu être tuée
elle aussi par la patrouille.
− Monsieur, est ce pour cela que je ne l’ai pas vue
depuis ? C’est de ma faute si…
− Le devoir d’un prisonnier, selon les textes, est de
s’échapper.
Elle est donc seule responsable pour ses actions de
sabotage du système de sortie et son imprudence qui
aurait pu être fatale. Néanmoins la situation est
inédite. Aucun système carcéral n’a volontairement
rapproché gardiens et prisonniers pour devenir
efficace. Nous craignons une « contagion » de ce
genre de tentative. D’autre part, le système a
fonctionné. Vous n’avez pas tenté de vous enfuir. Ne
vous inquiétez pas. Votre amie, après interrogatoire,
était trop secouée psychologiquement par cette
expérience. Elle était donc en vacances dans un
centre spécialisé de remise en forme. Là aussi, on ne
peut pas dire qu’il y a eu sanction, jusqu’à
maintenant. Elle sera mise aux arrêts à compter de
demain pour une période d’un mois. Néanmoins,
vous pourrez toujours vous voir.
− Merci monsieur.

La plus belle des prisons ? 355


Guerre contre les Majors

− Revenons à vous. Vous connaissez le « syndrome


de Stockholm », qui peut affecter des otages. Pensez
vous que vous en soyez atteint concernant votre
réclusion ?
− Non monsieur. Je ne pense pas que je puisse avoir
de la sympathie pour des matons « classiques ». Je
peux avoir été influencé par vos idées dans le cadre
de mon travail, je peux être heureux de bénéficier de
votre fameux « traitement de faveur » et je ne sais
pas, en cas d’arrivée impromptue de forces
américaines si vous allez nous exécuter
traîtreusement ou pas. J’aurai donc des raisons d’être
inquiet ou stressé. Je comprends mieux les larmes de
mon amie à notre retour. Je sais aujourd’hui toute la
sincérité de notre relation, même si vous savez la
force de son engagement. Pour ça, oui, je peux dire
que moi−même je n’arrive plus trop à vous
considérer comme un ennemi. Mais ce sont aussi mes
gouvernants qui vous ont désigné comme tel.
Je pourrais aussi vous répondre. « Pensez vous que je
sois un ennemi pour vous ? »
− C’est bien pour cela que toutes les armées du
monde condamnent la « fraternisation » entre les
combattants et diabolisent le camp adverse.
Néanmoins ensuite, le retour à la paix en est
compromis et le risque d’une nouvelle phase
d’hostilité élevé. Je constate que les gens comme
nous ont compris l’horreur de ces conflits fabriqués
de toutes pièces pour contraindre une autre
population à servir, soit les intérêts de l’agresseur,
soit aujourd’hui ceux des marchands internationaux .
Mais si les hommes, par eux−mêmes, ne sont pas des
ennemis « naturels », ils ont tout de même le réflexe

La plus belle des prisons ? 356


Guerre contre les Majors

de vouloir se protéger, eux et leur famille, et donc de


servir du coté de leurs dirigeants plutôt que de faire
confiance aux dirigeants d’une autre nation.
− Oui Monsieur. Mais aujourd’hui, j’ai l’impression
que ma famille, mes amis, mes concitoyens, sont
victimes de leurs propres dirigeants, mais surtout de
notre modèle économique et social. La pauvreté, la
frustration et les paradis virtuels nous empêchent de
profiter d’une vie équilibrée, alors que votre système
semble convenir à votre population, sans que d’autres
en soit victimes. Propager vos idées dans mon pays,
ce n’est pas autoriser une armée étrangère à nous
mettre au pas, c’est permettre de nous libérer de ceux
qui exploitent notre malheur et notre désir d’être
heureux pour s’engraisser au delà de leurs besoins et
de toute limite raisonnable. Alors Monsieur, si jamais
je ne prendrai les armes contre mon pays, contre un
de mes camarades dans l’armée, à mon retour, je
continuerai à défendre votre idéologie.
− Brian, je n’osai en espérer autant.
Néanmoins, même sympathisants, nous devons vous
et moi rester prudents. Vos prochaines sorties seront
donc surveillées. Ce ne sera pas votre compagne qui
aura à faire le sale boulot mais il serait
éventuellement fait. Trop d’intérêts sont en jeu . Si
d’autres que vous obtiennent cette possibilité,
l’autorisation de sortie pourra être soumise à quota en
fonction de la disponibilité de mes moyens de
surveillance et la responsabilité d’une tentative de
fuite serait collective. Vous serez prisonnier jusqu’au
bout. C’est aussi une protection pour vous. Sinon,
vous risquez le peloton d’exécution de votre propre
camp.

La plus belle des prisons ? 357


Guerre contre les Majors

− Bien monsieur. Ma compagne étant sanctionnée


demain, est−il envisageable d’espérer une sortie pour
ce soir ?
− Elle a déjà été planifiée.
− Je voudrai pouvoir lui faire un cadeau, pour ne pas
m’avoir tiré dans le dos.
− Je vais vous organiser un petit shopping avec un
chaperon. Vous pourrez aujourd’hui dépenser ailleurs
qu’au foyer.
− Merci Monsieur.
− Bonne journée. »

Brian sort du bureau. Il ne sait pas si c’est la peur


rétroactive ou la joie qui le fait ainsi trembler de tout
son corps. Mais il va enfin revoir Véronique. Cette
soirée sera inoubliable.

La plus belle des prisons ? 358


Du rififi dans le Médoc
:Commando malgré lui

26 / 05 / 2006, 18:18
Du rififi dans le Médoc :Commando malgré lui

Franck pousse devant lui le radeau gonflable


contenant son matériel. Il s’agit d’une enveloppe
profilée gonflée grâce à une petite bombe à air, avec
un compartiment si étanche qu’il faut l’ouvrir au
couteau. A l’intérieur, il y a une arme, un détecteur,
et quelques gadgets…

Ce radeau le rassure, lui qui ne sait pas nager.


Pascal lui a expliqué le palmage silencieux. Sa
combinaison lui évite l’hypothermie. Il nage sans trop
d’efforts depuis trois kilomètres, et il commence à
voir sa plage d’arrivée…

Une fois arrivé chez Pascal avec la voiture des


deux prisonniers, celui−ci lui a montré ce qu’il devait
savoir et l’a aidé à s’équiper. Son équipe est ensuite
arrivée. Quatre jeunes comme lui, qui vont allumer
différents feux aux abord de la base à son signal. Et
un sous−officier de réserve, pour gérer la mise en
place, le repli et les liaisons entre tous. Il est aussi là
pour éviter les erreurs dues au stress et il a la
responsabilité de « ramener tout le monde ».
Pascal est très ferme. Pas d’actes héroïques
inutiles, donc pas d’armes. Ils sont « officiellement »
de jeunes excités anti−américains enthousiastes et
Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 359
Guerre contre les Majors

inexpérimentés qui ont voulu faire « une action


d’éclat ». (Version à raconter en cas de capture).
C’est un mystérieux chef qui les a envoyés ce soir au
dernier moment. Et ils ne sont au courant de rien.
Ils doivent donc se rendre au lieu de se faire tuer
en fuyant si ils sont repérés. Franck constate qu’ils
n’auront pas beaucoup à se forcer pour jouer le rôle.
Par contre lui, si il se fait prendre, il perd gros.
Véra bien sûr. Mais avec son équipement, il ne
passera pas pour un touriste effectuant un bain de
minuit. Les interrogatoires seront musclés et il n’aura
pas le choix d’un scénario facile.
Il est donc condamné à réussir.

Il déclenche le signal radio pour l’allumage des


feux. Il doit attendre que ceux ci deviennent le souci
de la garde. Cette diversion doit lui faciliter la tâche
10 mn plus tard, il est caché dans les buissons de
bruyères, de brandes et de genêts (aie, il y a une
espèce qui pique bien). Après avoir sorti sa
combinaison de plongée, il passe une fine tenue noire
d’infiltration. Bien que fine, elle est thermo−active et
résistante. Si elle ne fait pas gilet pare−balle, elle est
indéchirable et extensible jusqu’à un certain point.
Une balle qui le traverserait complètement ne ferait
un trou qu’après lui avoir traversé le corps de part en
part et effectué une vingtaine de cm. à l’extérieur.
Mais une autre, qui rebondirait sur un os ou deux et
qui resterait à l’intérieur pourrait être extraite en
tirant sur le tissu. En attendant, celui ci prévient les
hémorragies. Il peut d’ailleurs se faire des garrots au
niveau des artères en tirant sur des anneaux pré
installés dans le tissu aux points de compression.

Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 360


Guerre contre les Majors

Bien sûr, pour atteindre ces anneaux, il faut les


décoller avec un ongle ou un couteau en grattant la
colle qui leur évite de dépasser et d’accrocher à la
moindre épine.
Il a aussi un casque composite pare−éclat, très
léger, équipé d’une visière. Il n’arrête pas une balle
de fusil d’assaut, mais une balle de 9 mm à 50 m est
inoffensive. La visière dispose pour l’œil gauche d’un
écran à cristaux liquides amovible qui affiche la vue
de la caméra à dispositif amplificateur de lumière. Il a
aussi micro intégré et écouteurs pour être en liaison
permanente avec le sous−off coordinateur.
Il dispose aussi d’une arme de poing pour le
combat rapproché, de deux grenades offensives, deux
grenades fumigènes et irritantes, une grenade
fumigène de couverture, trois grenades
assourdissantes et aveuglantes simultanément, d’un
couteau avec pince coupante et scie, et d’un bout de
ficelle de trois mètres, très fins et très résistant. Il
peut servir à étrangler une sentinelle, à bloquer une
porte, à passer un obstacle… Il y a des endroits qui
coupent, d’autres ou on peut mettre les mains . Avec
un peu d’imagination, c’est une sacrée panacée, mais
il était un peu tard pour en apprendre toutes les
finesses.
Surtout, il a un détecteur à puces. Une fois qu’il
aura détecté les prisonniers, il devra le détruire en
l’écrasant. Dans sa double coque, il y a l’acide
nécessaire à sa destruction. Le détecteur peut aussi
servir de laser aveuglant ou de lampe de poche. Mais
pour un temps très court. Un espion qui s’infiltre ne
doit pas être éclairé…
Premier coup de détecteur. Et déjà une direction,

Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 361


Guerre contre les Majors

une distance. 350 mètres et une aire dégagée à


contourner pour pouvoir raser les murs. Franck
respire un bon coup. C’est parti.

Très vite, il s’aperçoit qu’il ne passera pas. Trop de


mouvements. Impossible de ne pas être vu. Un
groupe de soldats quitte leur chambre. Franck s’y
introduit et se passe un treillis par dessus sa
combinaison. Il prend un sac, met son casque
dedans., met le sac sur le dos. Puis il prend un
extincteur à pleine main et se met à courir dans
l’agitation générale. Personne ne songe alors à
l’arrêter.

Au coin d’un bâtiment, il donne un nouveau coup’


de détecteur. 50 m pour l’un. 65 m pour l’autre . 2
pièces différentes. 2 gardes à déjouer. L’avantage. Le
bâtiment actuel n’est pas une prison, mais un
ensemble de bureaux. Ils doivent être en plein
interrogatoire.

Franck entre, en pleine lumière. Sur un bureau, il


prend une enveloppe jaune, qu’il ferme. Il prend son
air le plus stupide. Il lit le panneau des personnes
habilitées à entrer dans ce bâtiment. Il avise le nom
d’un chef de bureau. Ce sera son prétexte.
Il monte au premier étage, fait le deuxième classe
égaré. Il se rapproche du garde à la porte d’une
première pièce. « The Major Lawer s office please »

I don’t know. Go away

« Come ! To the toilets »le menace Franck avec son

Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 362


Guerre contre les Majors

arme.
Ce n’est pas un héros. Sans un mot, le soldat le
précède. Franck lui fait avaler un mouchoir sale, qu’il
fixe ensuite par trois tours d’un large ruban adhésif.
De même pour les bras et jambes. « Don’t Worry » et
petite giclée de gaz anesthésique au niveau du nez.

Franck dissimule le corps derrière une porte,


récupère le casque et l’arme. Il reprend la place de la
sentinelle et écoute. Il doit y avoir deux américains
pour l’interrogatoire. Un chef et un traducteur .
Franck entend en effet la question en anglais, suivi
d’une traduction en français approximatif. Un
mutisme répond à cette stéréo.

Franck entre dans la pièce en saluant et en


bredouillant un « Sorry ». Les deux américains ne
sont pas plus nombreux. Tout va bien. Franck les
surprend quand il les menace de son arme.

« Quiet » puis « Libère la ». L’homme s’exécute. La


fille a reconnu Franck et lui adresse un large sourire.
Il lui tend l’adhésif et le gaz, mais elle préfère
éliminer ses tourmenteurs d’une bonne manchette
derrière la nuque. Ils risquent avoir besoin de
paracétamol durant quelques jours . « Juste retour des
choses, sourit−elle, ça fait 24 h que je les trouve
assommants ».

Elle s’empare de l’arme de l’officier. Puis reprend


une attitude de prisonnière. Franck l’escorte ainsi
devant la deuxième porte. La sentinelle s’écarte pour

Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 363


Guerre contre les Majors

laisser passer la fille. Franck le distrait par un « You


have a broken boot lace » et mandale ticket direct
pour le pays des songes administrée tout aussi
efficacement par la fille.

Franck en est épaté même si lui même pratique un


peu les arts martiaux. Elle lui sourit modestement,
puis l’invite d’un regard à refaire son petit numéro
pour libérer son camarade. A priori, Franck est un
bon acteur car le public est captivé de la même
manière.

Cette fois, les deux hommes sont attachés et


endormis au gaz après avoir été dépouillés de leur
treillis. L’officier a du céder sa tenue à l’homme,
tandis que la fille nage dans le treillis du traducteur.

Franck prévient son contact. « Ils sont libres. On


rejoint le point de contact après avoir lancé « la
réaction en chaîne »

Franck allume un ordinateur, y insère le


CD−ROM tueur durant cinq minutes, puis le retire. A
priori, le système informatique local ne va pas
apprécier.

Cette fois, ils vont se diriger vers la forêt en feu,


comme les autres américains qui abattent des pins
pour faire un contre feu, là où leurs véhicules
anti−feu ne peuvent pas intervenir.

Ils se précipitent dans un couloir non enflammé, le


troisième en partant de la droite. Au bout de celui là,

Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 364


Guerre contre les Majors

ils doivent trouver le contact qui doit les évacuer.

Franck aperçoit un véhicule de pompier, rouge,


avec un gyrophare. Déjà ? L’homme veut «
réquisitionner » ce véhicule. En se rapprochant, ils
sont éclairés par le « pompier » qui les éblouit, puis
leur dit « montez vite ».

Franck vient de reconnaître le 4x4 rouge.


Effectivement, de nuit, il est trompeur. Il sourit.
D’autorité, il se place à l’avant pour pouvoir discuter
avec Fred.

« Je croyais qu’on ne devait pas se voir …


− Crois tu que je t’aurai laissé tomber ? »
− C’est quoi la suite ? »
− Nous suivons la route des deux phares le plus
longtemps possible. Dés que nous sommes repérés, je
tourne dans le premier pare−feu. Vous dégagez du
véhicule, et je les entraîne à ma poursuite. Quand ils
me rattraperont, je vais payer un peu cher pour avoir
braconné le mauvais soir.
Et vous n’aurez pas grand chose à marcher pour
rejoindre Bombannes »

Effectivement, Fred, aprés avoir jeté la veste en


cuir noir et le casque brillant est habillé maintenant
comme un chasseur et une biche−alibi, morte, gît sur
une bâche dans le coffre.
Un quart d’heure plus tard, au moment de sauter,
Franck jette un « Bonne Chance » à Fred.

Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 365


Guerre contre les Majors

« Bonne chance à toi aussi. » répond il en pensant


que Franck en a bien plus besoin que lui.
Franck regarde s’éloigner le patrol poursuivi par
le hummer américain, encore plus gros et lourdement
armé. Une demi douzaine de rafales déchire la nuit au
milieu des rugissements des moteurs. Puis, les
moteurs s’arrêtent, des vociférations de soldats
éclatent....

Franck suit les deux autres. Il est un peu perdu. Il


est épuisé et il commence à trembler. La fille
l’encourage. « Ne t’inquiète pas. Son numéro est au
point. Et toi, tu as été formidable. Allez, on aura
certainement des nouvelles dans une heure ou deux.

A Bombannes, Pascal récupère les deux agents pour


les « évacuer ». Franck se change, avec ses vêtements
que Pascal lui a rapportés et rend tout le matériel.
Pascal le regarde d’un air méchant. Il a oublié de
détruire le détecteur. Il l’écrase. Puis sourit. « Pas vu.
Pas pris »
Mais Franck retient la leçon. Ce soir, ce n’était pas un
jeu…

Du rififi dans le Médoc :Commando mal... 366


Cœurs froids banlieues
chaudes

06 / 06 / 2006, 23:20
Cœurs froids banlieues chaudes

L’odeur enivrante de l’essence et la chaleur de


l’incendie galvanise l’ardeur de la bande. Elle vient
de brûler le premier véhicule de la soirée.
Il fait nuit. Il fait froid, cette nuit de novembre
2006. A qui était la voiture ? Garée à deux immeubles
du leur, ils s’en foutent et elle était pourrie de toute
façon.
Jasmine a 16 ans. Elle est avec son frère et elle
cache ses cheveux sous son bonnet. Normalement,
elle ne devrait pas être là. Les filles n’ont pas le droit
de sortir la nuit dans ce quartier.

Mais, il y a trois mois, un mecton l’a chauffée.


Jasmine fait du karaté depuis l’âge de neuf ans. Elle
ne l’a pas touché. Surtout pas. Elle aurait eu des
ennuis avec la bande. Mais avec une camarade
équipée d’un portable, elle a filmée une scène où on
peut la voir démolir avec une rare férocité un adulte
pris au hasard dans la rue. Tout le quartier a pu
ensuite voir de quoi elle était capable. Et puisque elle
est avec son frère, personne ne lui cherche des noises.

Depuis, elle a acquis un peu de galon, en tirant


quelques oreilles à des petits qui auraient voulu
qu’elle marche tout derrière, et assez intelligente pour
Cœurs froids banlieues chaudes 367
Guerre contre les Majors

ne pas inquiéter le meneur et ses lieutenants, dont son


frère. De plus, elle souffle quelques
conseils−idées−suggestions, vite récupérés par l’«
autorité » qui augmente le prestige de la bande et la
tire parfois de mauvais pas. Elle n’est donc qu’au
deuxième rang, avec la bénédiction du premier dont
les oreilles traînent prés de sa bouche.
Les désordres sont dus à une descente de police,
qui a mal tourné. Venus deux jours plus tôt pour
saisir un serveur P2P avec des fichiers illégaux, les
policiers ont aussi trouvé deux tours de gravage qui
servaient à alimenter en CD gratuits tous les copains
de la cité. Comme il y avait un petit bénéfice pour
amortir le matériel, même vendus pour moins cher
qu’un CD+taxe (les CD viennent de Belgique), les
peines encourues sont énormes.

Les parents ont donc hurlé et n’ont pas voulu


qu’on emmène leurs enfants. Le premier policier de
faction au fourgon s’est enfui dans son véhicule à
moitié épavé alors que le deuxième fourgon brûlait
déjà. La piétaille s’était réfugiée au dernier étage et il
a fallu pas moins d’une compagnie de CRS, 2 hélico
et des gaz lacrymogènes pour tous pour les récupérer.

Depuis, dans le quartier, il y a une ambiance


insurrectionnelle. Des feux s’allument dans quinze
grandes villes pour dénoncer la dictature policière,
prétendant vouloir appliquer les lois DADvSI au sein
des quarties sensibles. Et tout çà donc pour de la
musique censée adoucir les mœurs. Quand on sait
toutes les histoires passées de drogues douces ou
dures, de vols et recel, de violence et de trafic

Cœurs froids banlieues chaudes 368


Guerre contre les Majors

d’armes, on ne peut que rester stupéfait face à tant de


violence pour quelques « droits d’auteurs » bafoués.

La bande suit son chef vers la cache aux cocktails


incendiaires. Ils ont récupéré quelques bouteilles
vides en verre pour « aider » le petit fabricant. Une
autre bande s’occupe de trouver l’huile et l’essence.
Il faut se servir dans les voitures car les stations
alentours ne vendent plus au bidon.

Le quartier est bouclé la nuit. Même une voiture


bélier ne peut pas passer à cause de poteau en béton
disposés en chicane sur les routes. La SNCF répare
chaque matin la barrière grillagée qui protège la voie,
et il y a des patrouilles cynophiles nocturnes avant
chaque passage de train. Chaque lieu potentiel de
caillassage est inaccessible et surveillé.
Les médias diffusent des infos bidonnées avec les
immeubles de la cité en arrière plan. En fait, les
journalistes n’ont pas le droit de passer. Les habitants
doivent se soumettre à des contrôles trés stricts et
humiliants au check point le matin pour pouvoir aller
travailler (Y’en a encore qui arrivent à travailler
malgré toute cette « publicité » ) ou aller faire les
courses. Les véhicules sont fouillés et trois pères de
famille ont été mis en garde à vue 24 h pour avoir eu
des CD gravés dans la voiture. A chaque fois, on
parle d’un vaste réseau de trafiquants, avec des liens
en Belgique pour s’approvisionner. C’est tout juste si
ils ne parlent pas de réseaux pédophiles …

Jasmine suggère de la laisser marcher en avant,

Cœurs froids banlieues chaudes 369


Guerre contre les Majors

innocemment, avec son frère. Ils peuvent ainsi


repérer les patrouilles et les prévenir par signes de se
planquer en cas d’urgence. Le chef désigne plutôt un
de ses lieutenants au casier pas trop chargé. « Vous
pourrez jouer les amoureux . C’est un motif valable
pour circuler la nuit» . Jasmine prévient celui−ci.
Geste déplacé en trop, raclée au retour. Son frère est
d’accord pour lui prêter main forte. Cela en fait rire
certains mais l’intéressé capte bien le message.

Ainsi, durant la soirée, ce sont trois autres


voitures qui auront été incendiées par la bande, avant
que Jasmine et son chevalier servant soient emmenés
à un carrosse direction le château de la maréchaussée.

C’est en sortant avec son père au matin, vers 10


heures qu’elle remarque un véhicule connu, garé bien
devant le commissariat. Un coupé Mercedes gris,
vitres fumées, toutes options et plus : la voiture de
Moon Joe, le nouveau rappeur à la mode. Un gars de
la cité d’en face de la voie ferrée qui « a réussi ».
Alors qu’elle monte dans la guimbarde de son père,
elle voit le chanteur sortir, accompagné de son agent
et raccompagné par le commissaire. Manifestement,
il n’était pas là pour une histoire de contravention.
Jasmine a un haut le cœur quand elle le voit serrer la
main du flic pour prendre congé. Serait−il possible
que Moon Joe soit à l’origine de la descente de
police ? Jasmine en est convaincue.

Ce soir là, Moon Joe est garé devant chez un de


ses potes musicos dans la cité de Jasmine. La bande
en passant admire la bagnole, avec respect. Chacun

Cœurs froids banlieues chaudes 370


Guerre contre les Majors

aimerait bien en avoir une belle comme celle−là.


Mais ils ne sont ni chanteurs, ni cambrioleurs, ni
dealers, ni chefs de grande entreprise. Ils ne sont
qu’une petite bande d’incendiaires occasionnels, avec
quelques larcins à se reprocher dans des voitures. Ils
sont aussi connus pour quelques bagarres et
dégradations. Des incivilités en quelque sorte. Ils
n’ont aucune chance d’ avoir les moyens d’acheter un
jour ce type de véhicule.

Celui−ci ne risque rien. Malheur à qui toucherait


sans autorisation le moindre centimètre de
carrosserie. Jasmine serre les dents, mais garde sa
bile pour elle.

Une heure plus tard, elle prétexte une grosse


fatigue et quitte la bande pour se coucher. Elle arrive
à la voiture. La rue est déserte. Elle avise une revue
people sur le siège arrière du coupé. Parfait. Elle en
fait une boule qu’elle pose sous le tableau de bord.
Elle y met le feu. Mais les flammes sont faibles. Elle
sort un de ses pull−over et son K way. Les éléments
synthétiques brûlent bien et cette fois le feu attaque le
siège avant et semble trouver son bonheur à lécher de
quelques flammes le tableau de bord par en dessous.

Elle s’enfuit à une centaine de mètres. Personne


n’a du la voir car personne ne donne l’alerte durant
quelques minutes. Puis une femme crie. Puis dix, puis
c’est Moon Joe qui sort de l’immeuble.
Trop tard. Les flammes sont passées sous le capot.
Une fumée noire d’huile, de caoutchouc et de
plastiques annonce un triste destin final. Les flammes

Cœurs froids banlieues chaudes 371


Guerre contre les Majors

ont trouvé la durite d’essence et la peinture cloque


sous la chaleur. Impossible d’ouvrir le capot et les
pompiers ne se précipitent pas, car il y a bien une
centaine de voitures qui brûlent dans le même temps
et ils ne se déplacent que sous protection policière et
si il y a risque pour des bâtiments.

Tout le quartier se lamente avec Moon Joe, en


promettant un sort terrible au coupable. Mais Jasmine
n’a pas l’intention de s’en vanter. Moon Joe regarde
méchamment son copain, qui prétend n’y être pour
rien. Manifestement il devait déjà y avoir de l’eau
dans le gaz entre eux.

C’était bien le cas, mais Jasmine ne pouvait pas le


savoir. Le copain en question était l’auteur
compositeur occulte de Moon Joe. De physique
ingrat, et doté d’une voix déplorable, il avait toujours
été refoulé des bureaux des découvreurs de talent.
Quand Moon Joe s’était montré avec la même
chose, on avait commencé par faire un essai à ses
dépends, puis on avait misé sur lui.
Après le premier single, l’album avait suivi et avait
été un succès. Mais au départ, Moon Joe ne voyait
que des pourboires, des avances en liquide et
gaspillait ses revenus épisodiques. Quelques droits
payés, un deuxième album, un succès indéniable et
cette fois le jackpot était tombé. Mais pas grand
chose pour le copain caché de la cité. Un silence mal
payé, une frustration grandissante… Il faisait le
coupable idéal pour ce coup fourré. Moon Joe se

Cœurs froids banlieues chaudes 372


Guerre contre les Majors

fâche donc ce soir là définitivement avec son


auteur−compositeur.

Mal lui en prit. Ayant signé pour 5 albums avec sa


major, le numéro 3, malgré l’intervention d’un
nouvel auteur, s’avéra être une catastrophe. La major
rompit alors le contrat. Moon Joe ne put donc jamais
se racheter une aussi belle voiture que celle qui brûla
cette nuit là. Même si sa carrière de chanteur ne
perdura pas, il eut droit à un autre destin.

Son copain poursuivit par contre sa recherche


musicale, le rap ayant été un « exercice de jeunesse».
Mais quand son art fut reconnu, les majors
n’existaient plus, ainsi que les megas profits. Il fit
quand même salle comble toute sa longue vie avec un
blues des cités, teinté de chauds accents langoureux
de la Nouvelle Orléans, ou des Antilles répondant aux
grincements, aux cris étouffés et aux explosions des
barres et tours de la couronne parisienne traversés de
part en part de leurs orbites vides par les vents du
passé. Figurant parmi les grands de la musique du 21°
siècle, ces œuvres sillonnent le net pour l’éternité.

Cœurs froids banlieues chaudes 373


Du rififi dans le médoc : retour
précipité

09 / 06 / 2006, 22:15
Du rififi dans le médoc : retour précipité

Véra se réveille souriante. Et amoureuse. A son


coté dort Franck d’un sommeil de plomb. Elle aurait
bien envie de le réveiller mais …elle a quelques
remords alors qu’il dort si bien.
Elle gigote un peu dans le lit, car elle est
impatiente, mais ne veut pas se lever. Son téléphone
portable sonne. Il a décidé pour elle.
A l’autre bout, son chef, qui lui demande des
comptes.

Elle a prit contact avec la cible. Manifestement,


c’est une pointure, mais il semble réellement en
vacances.
« Pas lui, maugrée son interlocuteur, votre nègre »
Véra est choquée. Elle savait que sa liaison avec
Franck ne plairait pas à son père, mais sa hiérarchie,
commandant de nombreuses recrues de couleur, ne
devrait pas tenir ce genre de propos.
« Il est avec moi. Pourquoi ? »
« Parce qu’on le soupçonne de nous avoir fait un sale
coup cette nuit. Il aurait libéré des prisonniers et
saboté le système informatique de notre base locale ».
« Impossible. Il était avec moi . Et là il dort »

Du rififi dans le médoc : retour préc... 374


Guerre contre les Majors

« Vous êtes sûre qu’il ne s’est pas absenté cette nuit


».
« J’ai dormi. Mais je peux vous assurer qu’il est bien
incapable de faire ce qu’il est censé avoir fait »
« Puisque il dort. Fouillez ces affaires ».
Véra exécute l’ordre. Mais le portable, trop
rustique n’attire pas son attention.
« Il ne possède rien de suspect. Sa valise est normale.
Et ses fringues sont à l’image de sa modeste
condition . De plus, il n’a même pas un cure dent
− Un garde l’a formellement reconnu parmi dix
photos de noirs.
− il était le seul à ne pas avoir de casquette kaki ?
− ne prenez pas ce ton avec moi. En tout cas, vous
rentrez illico. Nous ne voulons pas l’avoir ici. Nous
règlerons le compte à la cible aujourd’hui. Il paiera
pour le reste.
− Reçu colonel »

Véra réveille Franck. Il râle un peu. Elle


l’embrasse. Il pense à l’effet secondaire. Et il est très
déçu quand elle lui annonce « Debout. Nous devons
être à Lyon ce soir ».
« Mais tes vacances…
− mes chefs viennent de les écourter. Une urgence.
− Il faut faire réparer la voiture.
− Tant pis. Je prendrai la faute à mon compte.
− On pourra dire au revoir à Pascal quand même ?
− On peut le faire. Mais ne perdons pas de temps »

Franck est un peu triste de partir. Après ces


émotions, il aurait bien profité du coin. Et puis, il
veut des nouvelles de Fred. Il remarque que ces

Du rififi dans le médoc : retour préc... 375


Guerre contre les Majors

affaires ont été fouillées. Il ne dit rien. Que sait Véra


à son sujet ? Elle semble l’éviter.

Il fait beau et les cigales déjà tirées de leur torpeur


nocturne reprennent leur « chant »( frottement
d’élytres en fait) . En fermant le coffre, Franck a le
cœur gros. C’étaient ses premières « vacances »
ailleurs que dans les barres de béton lyonnaises et
elles ont été trop courtes (comme toutes les vacances)
pour lui.

Leur premier arrêt est donc chez Pascal. Il


explique les rudiments de planche à voile à une jeune
touriste . Il leur propose de se servir un café du
thermos dans sa cabane en attendant. Celui−ci est le
bienvenu pour Franck, toujours un peu dans le
brouillard.
« Alors, les amoureux, vous êtes venus faire un tour
de bateau ?
− Nous partons, cause le travail de Véra
− Déjà ? Mais les cimetières sont plein
d’indispensables…
− Désolé Pascal, mais tu sais, service service…
− 200 000 touristes depuis un an. Et pas un client
pour moi.
− Tu devrais ouvrir une boite de nuit.
− Tu devrais aller faire un petit tour en planche avant
de partir. Vers onze heures, vous mangez avec moi et
vous êtes ce soir à Lyon avec une voiture retapée. Je
vais m’en occuper avec Franck. C’est l’affaire d’une
heure.
− Tu vas fermer ?
− Ils ont tous loué pour la matinée ou la journée.

Du rififi dans le médoc : retour préc... 376


Guerre contre les Majors

Avec un panneau, ils viendront en face si ils veulent


quelque chose.
− Je me laisse tenter alors.
− Tu as bien raison ma chérie » approuve Franck.

Véra sait déjà faire de la planche et Pascal lui


donne son dernier modèle. Bien que plus lourde et
plus rustique que le haut de gamme (location oblige),
cette planche est un bon compromis pour être
agréable à manœuvrer avec quelques performances
quand même.

Pendant ce temps, Pascal informe Franck tout en


redressant les petits dégâts de carrosserie.

« Fred est à la polyclinique de Lesparre sous bonne


garde. Il a pu voir ses parents qui ont renseigné notre
réseau. Les américains sont très contrariés et Fred
menace de porter plainte pour violences excessives.
Son arme de chasse était démontée à l’arrière du
coffre et il risque s’enrhumer cet hiver avec tous les
trous dans sa carrosserie. Il a quand même pris deux
balles, par derrière. Une éraflure dans le gras du bide,
sans conséquence. Et une autre dans le bras gauche.
Un vrai miracle, car il n’a plus une seule vitre
d’intacte.
− Et pour les autres ?
− Pas de problème. Ils ont tous pu regagner leurs
pénates avec le sentiment du devoir accompli. Les
deux agents sont déjà à Bordeaux.
− Et les américains ?
− Et bien, on ne peut pas savoir exactement. Cette
base ne rend pas compte à l’état major parisien. Leur

Du rififi dans le médoc : retour préc... 377


Guerre contre les Majors

réseau est totalement indépendant. Mais les


informaticiens nous ont assurés que c’est du 100%
détruit avec le cumul des destructions possibles sous
tous les systèmes référencés. Même les bios de carte
vidéo ou de lecteurs Dvd ont du être érasés. Et la
cerise sur le gâteau, c’est la simulation d’un
processeur 50 gigahertz avec 10 A de tension.
Il paraît que les cartes mères en fondent littéralement.
De plus, un sous marin nucléaire va patrouiller dans
le coin ces prochains jours.

− Tout va bien alors ?


− Pas exactement. Aujourd’hui, nous avons prouvé
que nous étions capables d’avoir un commando de
sabotage. Ils ne savent pas à quel point cette situation
a été traitée dans l’urgence. Ils risquent nous
surestimer cette fois. A nous de ne pas nous endormir
sur nos lauriers, car ils vont redoubler d’efforts pour
nous trouver. Votre départ semble prouver que tu es
suspect à leurs yeux. Sois prudent.
− Véra a fouillé mes affaires durant mon sommeil.
− Je vous plains. Votre histoire semble sérieuse.
Malheureusement, elle repose sur une bonbonne de
nitroglycérine. Un faux pas et votre couple explose.
− Et se dire la vérité ?
− Surtout pas. Vous seriez au pied du mur, obligés de
vous séparer. Peut−être même pire. Le problème c’est
cet enfant. Sinon, si tu aimais vraiment Véra, tu
aurais pu rompre, quitte à aller la retrouver après la
fin de la guerre et tout lui expliquer.
− Que dois je faire maintenant ?
− La laisser rompre. C’est irrémédiable, et ta
hiérarchie ne pourra pas t’en vouloir.

Du rififi dans le médoc : retour préc... 378


Guerre contre les Majors

− Mais…
− Il va falloir te montrer sous un jour moins flatteur,
que ce soit plus facile pour elle. Si tu la déçois
régulièrement, ce sera moins dur pour elle de te
quitter dans deux ou trois mois quand elle y sera
obligée.
− Ca va être dur. Moi, je veux la rendre heureuse.
− Evite déjà de te retrouver dans les geôles
américaines.
− Tu as peut−être raison.
− Je ne vois pas d’autre solution.Sauf si les
américains rentraient chez eux pour leur 4 juillet.
− J’espère te revoir, mais je ne te promets rien avant
quelques années.
− Je te ferai réserver la meilleure chambre de
Maubuisson.
− Merci pour ton aide.
− N’abîme pas mon travail au retour.
− Je ferai bien attention sur la route. »

En quittant le médoc, avec quelques bouteilles


pour ses collègues de Lyon, Véra songe à Pascal.
Doit−elle en parler à ses supérieurs ? Elle a
l’impression que sa générosité cache quelque chose,
son « charme » ne pouvant tout expliquer. Il lui a fait
payer sa location du matin avec tact, mais elle a bien
senti que c’était par comédie plus que par commerce
ou principe. Heureusement, elle ne pense pas à Fred,
sinon sa rencontre avec Véra serait la coïncidence de
trop au vu de ceux qui le harcèlent de questions. Son
matériel a disparu en cas de « visite inopportune ». Et
il ne va pas épargner les américains par la suite. Sur
son lit d’hôpital, il rumine, songeant qu’ils auraient

Du rififi dans le médoc : retour préc... 379


Guerre contre les Majors

pu ne pas abîmer son beau 4x4.

Enfin, il y a Franck. Son compagnon ténébreux


serait−il autre que celui qu’il prétend être ? Mais rien
dans son attitude ne laisse présumer des mensonges
sur leur relation. L’amour la rend elle aveugle ? Elle a
envie de pleurer et ne sait plus sur quelle épaule se
repose

Du rififi dans le médoc : retour préc... 380


Les horreurs de la guerre

13 / 06 / 2006, 23:02
Les horreurs de la guerre

Avertissement avant lecture

Un sujet un peu dur proposé ce soir là.


On plonge dans le passé de l'homme à la sucette.

Ne pas oublier qu'il s'agit d'une oeuvre de fiction.


Mélange historique avec souvenirs et contexte
personnellement vécus mais en aucun cas une
histoire pouvant en rappeler une réelle. Mon but
n’est pas de prendre partie car les guerres ne sont
pas celles qu’on croient ( ou qu’on nous montre).
Donc, j'ai essayé de respecter les deux camps en
espérant qu'aujourd'hui ils parviennent à vivre en
paix.

Bosnie, août 1995.


L’ex−Yougoslavie attend un nouveau belligérant
annoncé : La FRR (Force de Réaction Rapide).
Cette force multinationale européenne va tenter de
pacifier le pays. Car la politique d’interposition de
l’ONU ne fonctionne plus et l'affaire des 400 casques
bleus otages, entre autres "péripéties" en a montré les
limites.
Quelques postes de commandements se sont
montés en précurseurs. Des forces présentes sur le
théâtre d’opération ont changé la couleur de leurs

Les horreurs de la guerre 381


Guerre contre les Majors

casques et sont susceptibles de mener des opérations


offensives. Les forces anglaises, françaises, italiennes
et espagnoles sont les plus concernées. Des
observateurs américains s’invitent aussi. Néanmoins,
l’ONU reste en place.
Il n’est pas vraiment possible de prendre partie et
de faire de grandes opérations d’envergure sans
risquer compromettre les efforts de paix, la sécurité
des casques bleus répartis en petites unités isolées
très nombreuses et des nombreux civils (ONU, ONG)
qui apportent médiations et soutiens aux populations
locales.

Enfin, le pays, montagneux, dispose de


nombreux sites inexpugnables qui pourraient
permettre une résistance efficace en cas de conflit
majeur. Capacités de résistance légendaires à travers l
histoire depuis le moyen âge pour tous ces peuples
qui se sont entre−mêlés au cours du temps sans
parvenir à se comprendre au hasard des guerres, des
envahisseurs et du relief…

Les soldats de la FRR, par contre, sont aptes à


effectuer des actions de représailles. Ils disposent
d’une rapidité d’intervention et de la maîtrise du ciel,
mais les quelques véhicules blindés légers sont
insuffisants pour l’attaque massive. Des chars lourds
sont attendus.
En attendant, les troupes se retranchent derrière des
sacs de sable. L’aéroport de Sarajevo est tenu mais
des tirs d’armes légères perturbent les décollages et
atterrissages.
Souvent, les avions se posent après un pilonnage

Les horreurs de la guerre 382


Guerre contre les Majors

d’une zone de tir adverse afin d’égayer les


braconniers, et les passagers qui en descendent ont les
vingt kilos de « peau de locomotive » sur le dos, plus
un « bonnet renforcé ».
L’internationalité du conflit se complexifie
encore plus quand on prend en considération les
mercenaires volontaires d’origine slave pour un
camp, et les envoyés d’allah pour l’autre.
Au centre du conflit, une population victime,
apeurée, objet de pression de toutes les factions pour
l’inciter à tout et à son contraire, qui tente de fuir, de
se protéger ou de survivre. Elle vit au jour le jour
dans la précarité permanente, à se méfier de tout le
monde. Elle est prise pour cible par des snipers, elle
est surcontrôlée par les forces militaires en place à
chaque check− point, elle est harcelée par les diverses
propagandes, elle est l’objet de toutes les défiances

Très souvent, on ne voit pas les hommes, mais on


croise le regard des femmes, des vieux, des enfants
… Ce sont ses regards tristes et accusateurs en bloc
qui choquent le plus les soldats occidentaux venus
ramener la paix. Ce sentiment d’impuissance à arrêter
ces violences malgré leurs efforts et leur implication
personnelle les rongent. Ce n’est plus des images
d’actualités. C’est la réalité, dans toute son horreur.
C’est le corps de cette femme, sans vie, à coté de son
enfant qui pleure sans comprendre, alors qu’elle
traversait innocemment la rue dix secondes avant.
C’est celui de ce vieux qui est mort alors qu’il a crût
à la fin de la barbarie en 1945. C’est celui de ses gens
qui traversent le pays à pied portant des ballots

Les horreurs de la guerre 383


Guerre contre les Majors

hétéroclites en espérant trouver la sécurité chez un


parent dans une zone plus sure.

Yves est capitaine. Il est l’adjoint d’une


compagnie de parachutistes en France. Il est venu en
individuel pour renforcer le PC du détachement de la
11° D.P. à Sarajevo. Il est de toutes les petites
missions qui nécessitent la présence d’un officier.
Ainsi, les officiers venus en unité constituée ne
quittent pas leurs hommes.
Marié, trente ans, deux enfants en bas âge,
passionné par son métier, il est heureux. Volontaire
pour cette mission, il se démène 18 h sur 24 au profit
de tous, et se débrouille bien. Il a retrouvé ici un
camarade de promo, déjà commandant, appartenant
au COS (Commandement des Forces Spéciales).
Celui−ci lui a assuré, après s’être renseigné, que son
futur temps de commandement serait en Cote
d’ivoire.

Il a le vent en poupe comme on dit. Et


aujourd’hui, il a une mission plutôt sympa à
accomplir : apporter sur le mont Igman du matériel de
confort pour les troupes françaises qui l’occupent afin
d’éviter que Sarajevo soit bombardée. Ce devrait être
un boulot de lieutenant, mais au vu du nombre de
véhicule, et pour lui offrir une sortie du bunker, son
chef a préféré le choisir. C'est quand même mieux
qu'une précédente mission, où il s'agissait d'un
échange de morts entre belligérants...

La rame de véhicule, arrivée hier de Zagreb


(Croatie −Base arrière Onusienne), se prépare au

Les horreurs de la guerre 384


Guerre contre les Majors

départ au pied de PTT Building. PTT Building, c’est


le surnom donné à l’ancienne poste centrale de
Sarajevo, mise à disposition par le gouvernement
bosniaque, au bénéfice de l’ONU pour stationner des
troupes. La grande avenue qui passe au devant, à
quatre voies, et avec au centre deux voies de tramway
a été rebaptisée « Sniper Alley » . Car de nombreux
immeubles donnent sur cette route et il est impossible
de pouvoir surveiller toutes les fenêtres. De
nombreuses victimes banlieusardes ont été
assassinées alors qu’elles se rendaient à leur travail
en ville (ou en revenaient). On se promène peu par
plaisir en ces temps troublés à Sarajevo.

L’adjudant chef a fait du bon travail. Tous les


conducteurs sont à l’heure. Les véhicules ont été
vérifiés. Yves rappelle quelques consignes de
sécurité, et routières, et quoi faire en cas de problème.
Ces consignes sont archi connues, et d’autant mieux
écoutées et appliquées qu’il y a risque d’en avoir
vraiment besoin. Elles rassurent aussi. Convaincu
qu’il ne manque pas un bouton de guêtre et que
chacun sait ce qu’il y a à faire, Yves s’installe dans
son VBL (une sorte de jeep blindée) et prend la
troisième place du convoi. Un élément précurseur
roulera 100 m devant pour « ouvrir » la route. De
même, Yves est en contact radio avec un élément de
queue, qui pourra l’informer en cas de problème pour
suivre la tête du convoi.
La route est pénible jusqu’au sommet. Elle est
étroite et très encombrée, dans les deux sens.
C’est pour cela qu’entre le haut et le bas, il y a
formation de convoi, et il n’y a qu’un sens de

Les horreurs de la guerre 385


Guerre contre les Majors

circulation entre les deux check point. Ainsi,


personne ne se croise en sens inverse, et en cas
d’attaque, on peut intervenir en partant des deux cotés
à la fois sans être gêné Elle peut être minée, et il y a
des risques de tir. Les serbes ont du quitter les
positions sous la pression internationale. La FRR
interdit à l’autre camps de l’occuper.

Igman est une ancienne station de ski, et elle


n’est plus que l’ombre du temps de sa splendeur,
quatre ans plus tôt, pour les jeux olympiques. Les
soldats français sont heureux de voir enfin arriver des
tentes collectives et des équipements de cuisson
supplémentaires supérieur au petit bleuet individuel.
On décharge aussi beaucoup de boites de ration.
Elles sont bien accueillies quand il y a du choix. Car
il leur est arrivé de manger du porc lentilles plusieurs
repas de suite. (Boite n° ?). les rations françaises sont
bien cotées et on peut les échanger avec des rations
anglaises ou américaines. Les français y perdent au
change, bien qu’ils y trouvent une variété plus
étendue de menus. Parfois, quand ils ont réussi à
acheter avec leur argent personnel des vivres frais à la
population locale, les soldats français, en plus des
bonbons et des biscuits (pain de guerre) qu’ils
gardent pour les enfants, donnent carrément des
rations complètes à une famille sur la route, un vieux
dans un village, un enfant à un carrefour…

Il y a aussi quelques remontants alcoolisés. Yves


partage donc une bière avec un jeune lieutenant
bloqué ici depuis un mois. Le stress est fort. Parler
fait du bien. Et lui pourra être l’ambassadeur de ces

Les horreurs de la guerre 386


Guerre contre les Majors

soldats qui ont l’impression d’être oubliés, par un


commandement qui en bas, dispose, en comparaison,
d’un confort et d’un luxe pharaonique : des douches
chaudes, des toilettes à chasse d’eau, un lit picot avec
un petit matelas de mousse, un foyer où acheter des
revues et des articles de confort et d’hygiène, un
accès téléphone très cher, mais possible avec la
famille, et surtout des murs, qui protègent des balles,
qui permettent de se déplacer sans avoir 20 kg sur le
dos en permanence, qui permettent de ne pas penser à
la balle fatale, qui permettent enfin d’être un peu seul
un moment aussi…

Et puis, c’est le retour vers Sarajevo. Yves


reconstitue les drames dont les lieux traversés ont
gardé la trace. Dans la campagne, ce sont des maisons
isolées, sans toiture et les murs fissurés. C’est
l’œuvre d’une bonbonne de gaz. Les habitants ont
déserté la maison. Leurs voisins, d’une autre ethnie,
et souvent sous la pression des plus excités du coin,
sont alors entrés en effraction, se sont servis, puis ont
mis une bougie a la bonne hauteur dans une pièce
fermée, avec une bonbonne de gaz ouverte. Quand le
gaz arrive à la hauteur de la flamme (ont−ils poussé
le vice à calculer le temps nécessaire, et la descente
de la bougie qui s’est consumée), le mélange air gaz
est dans les proportions optimales pour l’explosion.
Les toits sont soufflés. Les murs ébranlés. Ensuite, le
bois des charpentes a été récupéré pour le chauffage.
Les hivers sont rudes dans ce pays montagneux.

Ailleurs, c’est un mur qui a gardé les traces


d’impact des balles, ou la suie d'une grenade. Et

Les horreurs de la guerre 387


Guerre contre les Majors

souvent, les gens malheureux alentours sont des


coupables qui regrettent ceux qu’ils ont fait fuir par
peur, par représailles, par manipulation…de leurs
propres dirigeants.

Un quartier qui a énormément souffert à


Sarajevo, c’est le quartier qui borde l’aéroport. Des
batailles rangées y ont eu lieu, ou chaque maison,
chaque mur a été pris et repris plusieurs fois. Il existe
encore quelques habitants qui ne savent où aller, mais
sinon, ce champs de bataille, aujourd’hui nocturne à
cause de la présence internationale qui le traverse
chaque jour, porte les stigmates d’une vrai guerre.
C’est la première chose que voient les nouveaux
arrivants et les cous se raccourcissent comme si les
têtes pouvaient rentrer dans les gilets de plomb.

A son retour, Yves croise le vaguemestre.


Le vaguemestre, c’est le copain à tout le monde.
C’est celui qui distribue le courrier qui arrive par
avion. Il doit savoir ou vous êtes pour ne pas mettre
l’enveloppe ou le colis dans la mauvaise boite aux
lettres. Parfois, il se fait aider par les secrétaires des
compagnies qui connaissent leurs personnels. Une
fois arrivé, le courrier est distribué le plus vite
possible. Indispensable au moral, un vaguemestre qui
boit une bière au retour de l’aéroport avant d’avoir
fini le tri se fait lyncher. Les vols étant irréguliers, les
horaires de travail pour lui le sont aussi. C’est un
travail très prenant, avec une grosse responsabilité,
mais finalement très gratifiant quand on le fait bien.

Les horreurs de la guerre 388


Guerre contre les Majors

Il sert aussi à un petit trafic. Le tabac étant détaxé


en Bosnie, les fumeurs s’envoient des cartouches de
cigarettes à leur domicile pour le retour. Leur «
avance de solde » y passe pour certains. Les non
fumeurs envoient aussi pour quelques copains. Il doit
donc respecter ses horaires d’ouverture et être rapide
pour l’enregistrement des colis.
« Vous avez du courrier, mon capitaine
− Merci. Mets le avec celui des gars. Qu’ils sachent
qu’on m écrit à moi aussi »
La solitude du commandement… surtout quand
on vient en individuel. Yves ne commande pas ici.
Mais en tant que cadre, il jette un coup d’œil sur les
secrétaires du PC, mal encadrés d’avoir trop de chefs,
et aucun pour s’occuper de leurs problèmes.
En plus, ils sont en 36 / 12, à savoir 36 h de
présence pour une nuit tranquille. Bien sûr, dans leur
nuit de « permanence », ils peuvent dormir 2 à 4
heures mais pas d’affilée. Si un message urgent
tombe aux transmissions, c’est eux qui vont le
chercher et qui contactent le commandement. Mais
personne ne fait l’effort de demander un troisième
personnel. Et puis, sur le terrain, c’est garde des
quartiers, reconnaissance, garde des check−points
sept jours sur sept.

Dans l’action, personne ne se plaint. De plus,


tout le monde sait qu’ « il va se passer quelque
chose» à un moment ou à un autre, car la montée en
puissance de la FRR se précise de jour en jour et
chacun est fier d’être là pour un moment important.
Diplomatiquement, les officiers qui parlementent

Les horreurs de la guerre 389


Guerre contre les Majors

pour renouer le dialogue entre serbes et bosniaques


font bien valoir qu’il y aura neutralité, mais que si ils
ne prennent pas des choix concertés, ce seront les
européens qui « feront au mieux » avec les exigences
de chaque camps et qui imposeront.
L’ami à Yves quand à lui sillonnent la région
afin de mettre des cartes à jour pour évaluer les forces
en présence, la qualité des axes de déplacement etc…
Sur le terrain, des équipes du COS, du 1° RPIMa,
du 13 RDP assistée de personnels spécialisés eux
aussi en poste dans d’autres régiments, et de quelques
spécialistes de l’armée de l’air font le même travail.
Leur lieu de recoupement des informations
locales est à coté du centre de transmissions et
nombre de messages cryptés partent sur paris,
reviennent, sont expédiés aux équipes « enterrées ».

Celles ci disposent de petits portables pour


décrypter. Les équipes ne disposent pas vraiment
d’informaticiens. Il s’agit de personnels ayant un peu
appris de la bureautique, appelés « bureauticiens ».

Alors, il y a un informaticien ici, sur place, qui


dépanne comme il peut, les pc qu’on lui ramène.
Parfois, il est obligé de se déplacer.
Lui aussi à une vie de taupe. En effet, dans ce haut
bâtiment, toutes les fenêtres sont condamnées avec du
contreplaqué. Et que ce soit en intérieur ou en
extérieur, il y a des sacs de sable au moins à hauteur
d’homme. Au rez de chaussée, comme tous les
bâtiments exposés, quand il y a une galerie, elle est
occultée par des tôles qui interdisent la visée.
Car les snipers veulent toucher ce qu’ils visent. Il

Les horreurs de la guerre 390


Guerre contre les Majors

est hors de question pour eux de rafaler au hasard. Ils


veulent tuer sur le coup, si possible en visant la tête.
Sinon, ils jouent pour les hommes valides, à viser le
bas ventre, pour humilier et torturer. Dans Sarajevo, il
y a de vrais tunnels pour piétons…

Yves se dirige vers le « Bar Officier ». Chaque


catégorie de personnel dispose ainsi d’un lieu pour «
décompresser ». En cas d’excès, l’entourage est au
courant, et les personnels alcooliques sont repérés.
Lorsque c’est occasionnel, la personne est
moralement soutenue. Lorsque c’est chronique, la
personne peut être rapatriée. Hors de question que
l’alcool tue en handicapant les hommes durant le
combat. Et dans les limites du raisonnable, c’est bien
agréable de poser une fesse dans un canapé ou de
discuter « entre copains ».

Son pote y est déjà. Il était parti depuis trois jours


et il prend un verre avant d’aller prendre une douche
et dormir. Il a les traits tirés, une barbe naissante, un
treillis qui pue, même si ses rangers ont été
sommairement nettoyées pour ne pas mettre de boue
partout. Il a du juste passer à son dortoir pour poser le
sac. Et il est en train de lire son courrier.

Il pourra y répondre tout à l’heure grâce à


internet. Son service dispose d’un des rares
abonnements en 56 k payés à prix d’or . Yves en a
déjà bénéficié et c’est vraiment bluffant. Il avait passé
deux heures à écrire sur son PC et donné une
disquette. Le lendemain, sa femme avait donné une
réponse, le sergent informaticien en avait imprimé le

Les horreurs de la guerre 391


Guerre contre les Majors

texte et il lui l’avait reçu comme un « courrier officiel


» avec une enveloppe « Secret Défense » . Sinon, il
faut attendre une éventuelle réponse plus d’une
semaine alors que Paris est à trois heures de Transall
C130. Et le téléphone, par satellite américain, coûte
plus de trente francs la minute…
« Alors, vieux frère, les nouvelles sont bonnes ?
− Les enfants grandissent. La mère se plaint… tout va
bien
− Tu prends la même ?
− Laisse moi d’abord t’en offrir une. J’ai envie de
prendre le temps d’apprécier celle−là.
− Ok ! Je ne suis pas pressé non plus. La journée fut
longue.
− Pour moi aussi.
− Comme d’habitude tu ne peux rien dire.
− Oh si, je peux, mais je devrai te tuer après.
− Je ne suis pas pressé, je préfère entretenir ma
cirrhose.

− Moi, je stimule mon cancer du poumon gauche. Le


droit me sert à faire de la trompette.
− Je vais cumuler les risques.Rien ne sert de vivre
très vieux.

− Fumer et boire, ce n’est dangereux qu’en voiture .


− En moto encore plus. Faut pas avoir de casque.
− J’en connais même un qui téléphonait en voiture. Il
s’est planté parce qu’il y avait un faux contact dans le
fil au niveau du combiné.
− Ca devrait être interdit de téléphoner en voiture.
− A 15 patates le combiné satellite c’est rare d’en
croiser un qui téléphone.

Les horreurs de la guerre 392


Guerre contre les Majors

− Si il a le combiné, il a le bar en plus du cendrier. Il


peut se payer un chauffeur.
− Il ne lui manquerait plus que la télé…
− Avec magnétoscope
− Le luxe…

Un chef arrive. « Mon commandant, l’équipe « D »


qui rentrait en escortant un convoi a sauté sur une
mine il y a un quart d’heure. Un VAB médical les a
récupéré. Ils semblent bien amochés. Ils seront dans
cinq minutes à l’infirmerie.
− Bon sang. J’y vais.
− Je te suis »

Descente au pas de course dans les escaliers raides


et étroits jusqu’au rez−de−chaussée. L’infirmerie
occupe deux grandes salles et dispose en bout de
couloir d’une porte double de sécurité, qui sert
d’entrée spéciale. Lorsque le VAB est garé devant en
marche arrière, les infirmières ouvrent les portes
tandis que les infirmiers se saisissent des brancards.
Deux hommes ensanglantés gémissent tandis qu’on
les emmène en salle d’opération. Leur commandant
croise à chacun leur regard, se retenant de les toucher
pour leur transmettre une onde de sympathie
supplémentaire.
Puis ils attendent, dans le couloir, en faisant les
cent pas, le rapport du médecin chef. Yves n’ose rien
dire et son camarade est fermé comme une huître. Il
sent qu’il préfèrerait être à la place de ses hommes
plutôt que de leur laisser toute la douleur. Sa mission
est de les commander dans l’action, mais son devoir

Les horreurs de la guerre 393


Guerre contre les Majors

de chef est aussi de les ramener indemnes, dans la


mesure du possible. Néanmoins, on peut vivre la
perte d’un homme comme un échec personnel même
si on y est pour rien.
Le médecin revient. La mine a explosé sous le
coté droit du véhicule. Le plancher a un peu protégé
les hommes, mais le pare brise qui a volé en éclat leur
a grêlé le visage et les bras. Heureusement, ils avaient
leurs gilets pare−éclat. Néanmoins, le conducteur a
perdu l’œil droit et tout deux auront des cicatrices au
visage durant longtemps, même si les chirurgiens
militaires font des miracles pour les « gueules cassées
».

Par contre, le passager avant a subi un choc sur


les jambes et sous les fesses, choc qui a brisé une
vertèbre et endommagé le nerf sciatique. Il risque ne
jamais remarcher. Il pourra en dire plus après une
radio et il demande pour lui surtout une EVASAN
(évacuation sanitaire) sur la métropole.
Yves est un peu soulagé, malgré la sévérité de la
blessure du passager. Ils sont tirés d’affaire. Il
propose une cigarette à son camarade. « Pas ici,
allons dehors, j’ai besoin de respirer. Je n’aime pas
l’odeur du formol »

Yves acquiesce. Une fois dehors, il allume la


cigarette de son camarade, s’en allume une…
Une détonation, sèche. Yves s’immobilise un
instant. Un instant qui semble une éternité à son vis à
vis qui jette sa cigarette en un éclair. Le bras tenant le
briquet retombe le long du corps. Les jambes

Les horreurs de la guerre 394


Guerre contre les Majors

s’affaissent. Yves tombe sur les genoux, puis tête en


avant. L’arrière de son crâne n’est plus qu’un creux
qui se remplit de sang noir. Les os du crâne ont
explosé, le cerveau a giclé contre le mur.
Le commandant rampe à terre tirant Yves derrière
lui. Il frappe à la double porte en criant « Eteignez les
lumières. Ouvrez moi. Attention sniper. »
Les consignes sont respectées. Ce sont même ses
hommes qui ouvrent, car ils étaient descendus pour
prendre des nouvelles de leurs deux camarades
blessés.
Yves est étendu sur un lit roulant. Il est
immédiatement recouvert d’un drap blanc. Le
commandant fouille sa poche, en extrait son paquet
de cigarettes. Il va pour en prendre une, puis réalisant
l’horreur de la situation et de ce qu’il allait faire, il
broie le paquet dans sa main avant de le jeter dans la
poubelle murale.
Son adjudant−chef vient le trouver
« Mon commandant, les hommes viennent de
boucler l’usine derrière « PTT ». Personne ne peut en
sortir sans être vu. On vous attend pour y aller »

Le commandant prend l’arme que lui tend


l’adjudant−chef. Un des fusils à lunettes empruntés
aux snipers locaux qui n’en avaient plus besoin. Il y a
aussi quelques munitions et un dispositif de vision
nocturne.
Il a une dernière chose à faire avant de pouvoir
prendre sa douche et dormir : reéquilibrer les
comptes.
Le sergent informaticien arrive.
« Sergent, confirmez un troisième blessé pour

Les horreurs de la guerre 395


Guerre contre les Majors

l’EVASAN. Pas la peine d’annoncer la mort du


capitaine de suite. Ils le découvriront à Orléans. Et sa
femme ne sera prévenue que demain. C’est
préférable.
− bien mon commandant »
Le sergent repart. Un frisson lui parcourt l’échine.
« Mourir ainsi d’une balle dans la tête…c’est horrible
». C’est malheureusement le sort qui l’attend, bien
plus tard … le 2 mars 2015 exactement, tout ça à
cause d’une photo prise quelques mois plus tard
quand il avait été désigné pour infiltrer l’état major de
la DMNSE afin d' espionner les américains détachés.
« Allons y mon adjudant−chef. On va leur montrer
que le prix du schtroumph a augmenté. »
(Le bruit court qu’une prime est donnée à un sniper
pour chaque casque bleu abattu)

Le lendemain matin, les ouvriers de l’usine


trouvèrent les corps des trois snipers en divers
endroits de l’usine. La police conclut à des «
affrontements inter ethniques » puisque aucune
preuve ne pouvait accuser les forces onusiennes.

Le 30 août 1995, la force de réaction rapide et


l’OTAN attaquèrent conjointement des objectifs
serbes en Bosnie. La communauté internationale put
alors imposer un règlement du conflit. Les accords de
Dayton furent signés le 21 novembre 1995 : la Bosnie
devenait alors indépendante et comprenait une
fédération croato−musulmane et une république serbe
de Bosnie.

Bernard, le passager blessé, put compter sur son

Les horreurs de la guerre 396


Guerre contre les Majors

commandant par la suite. Mis à la retraite


militairement, engagé comme civil dans les bureaux
de la DGSE , il put rendre encore de nombreux
services, malgré son "accident" en service.

Puis, il fut sollicité pour être mentor…

Le commandant s’en tint à sa décision d’arrêter de


fumer. Le stress ne l’aidait pas à se débarrasser des
habitudes du tabac. Il en prit donc des nouvelles.
Chewing−gum et bonbons n’occupent pas les mains
.Le commandant passa donc à la « sucette » les jours
suivants.
Habitude contre habitude, pour ne pas penser au coté
sombre de son travail, toujours bien fait …

Les horreurs de la guerre 397


Du rififi dans le Médoc :
Dernier jour de plage

16 / 06 / 2006, 13:33
Du rififi dans le Médoc : Dernier jour de plage

La nuit fut bonne. Merci les américains. L’homme


à la sucette a profité de l’opportunité de l’espionne
qui lui a fait du plat. Il s’est montré empressé, et a
laissé croire qu’il était encore là une semaine. Plutôt
dissert sur n’importe quel sujet, jouant à l’homme
éméché prêt à offrir à la première mata hari venue les
secrets les plus explosifs de la nation, écartant avec
humour sa couverture, sans pour autant éclairer le
dessous, elle l’a suivi dans les draps. Mais ce qu’il lui
a dit d’utile tiendrait dans un dé à coudre. Elle aura
encore besoin de quelques leçons d’espionnage, mais
il lui a appris quelques trucs dérivés de son
expérience et de ses séjours exotiques qui devrait lui
faire aimer le métier malgré sa faible moisson. Ce
soir, par contre, elle sentira passer le goût du lapin.

C’est le dernier jour de vacances pour l’homme à


la sucette. Il a pris le rythme et il compte bien en
profiter pour ne rien faire. Il a choisi de passer sa
journée en bord de mer, seul à perte de vue. C’est tout
l’intérêt des premiers jours de juin. Si il fait beau, il
suffit de s’aplatir dans un trou pour être protégé du
vent toujours un peu frais et on cuit tranquillement au
soleil.

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 398


Guerre contre les Majors

Dans son sac, une bouteille d’eau, deux canettes


de bière, un fromage et du grâton (une sorte de pâté
spécialité de Lormont à l’origine) dans le
compartiment isotherme. Dans l’autre, une bouteille
de Listrac rouge (un médoc forcément) de 50 cl , du
pain de campagne, une orange.
Et puis trois bouquins. Un vieux San antonio et
deux bouquins de science fiction pas trop pénibles à
lire. « Les cavernes d’Aciers » d’Asimov, et le
«Testament d’outre−glaces « de Jack Minier. Un
classique et un contemporain.
Et bien sûr la crème auto−bronzante pour faire des
envieux en sous−sol à Paris.
Bob sur la tête, lunettes de soleil, short, tee−shirt
et pieds nus dans ses baskets, le numéro sept de
l’espionnage français ressemble à n’importe quel
touriste un peu randonneur.

Mais le binoclard qui a décidé de se débarrasser de


son traqueur sait à qui il a affaire.

L’homme à la sucette sent la chaleur du ciment


sous ses semelles. La journée va être chaude. Le
soleil tape déjà assez fort. Il aurait du partir plus tôt.
Son regard porte loin, ses yeux épousent les reliefs
sablonneux, et se heurtent à la sécheresse et la variété
insoupçonnée de la végétation de la dune fixée dite
grise (ou lette) qui s’étend entre les parcelles de pins.
A la différence de la dune blanche, il y a un substrat
superficiel autre que le sable au dessus, ce dont les
plantes bénéficient pour s’accrocher. Les brins
d’herbes sont en fait des touffes d’espèces
différentes, amusantes, qu’il s’agisse de « pied de

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 399


Guerre contre les Majors

poule », de « queue de lapin » , d’épi de canche ou de


scléropoa, , les feuilles sont parfois soit coupantes et
hérissées d’aiguilles ( panicauts champêtres ) ou
velouteuses (diotis maritime, luzerne marine), les
genêts à balais en fleur sont fouettants, les ajoncs
piquants. Les fleurs sont en majorité petites et jaunes,
et les quelques espèces blanches ou roses ne se
remarquent pas dans la vue globale.
La propagation des espèces se fait le plus souvent
grâce à des rhizomes souterrains qui conservent l’eau,
ou en mode rampant .Les ronces, nombreuses, plus
ou moins desséchées, couvrent de larges zones et
offrent au promeneur de maigres mûres acides.
Quand aux mousses sèches et squelettiques, elles
craquent sous le pied du passant. Au loin, les pins ne
promettent aucune fraîcheur tellement leur ombre
peut être étouffante. Seule la plage, exposée au vent,
peut rafraîchir.
On a beau voir loin, on n’avance pas plus vite.
Mais l’homme à la sucette traîne, perdu dans sa
réflexion. Sa sueur s’élimine au fur et à mesure, et au
bout de trois kilomètres, à la frontière entre dune et
bois de pin, il fait une halte pour se désaltérer. Les
cigales s’habituant à l’intrus reprennent leur
crissement envoûtant.

Il y a plus de quarante ans, il a déjà emprunté ce


passage. C’était un adolescent et il faisait la course en
vélo avec son frère. Ils allaient rejoindre des filles,
rencontres éphémères de vacances à la plage. Les
dunes ont certainement bougé. Certaines parcelles de
bois, ont été coupées, replantées, mais ce paysage,
dans sa globalité, n’a pas changé. Cette semaine,

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 400


Guerre contre les Majors

c’était la première fois depuis la mort de son frère


qu’il foulait un endroit qu’ils avaient fréquenté
ensemble. Ce frère, et son fils, non vengés, le hantent.

Son visage assombri un instant se détend tout de


même grâce à la quiétude et la beauté des lieux. Il
reprend sa marche d’un bon pied et après avoir quitté
le couvert, et progressé sur la dune blanche,
franchissant le sommet de la dune la plus élevée, il
découvre en un instant l’océan atlantique en face de
lui.
Il est happé par sa formidable grandeur car il
occupe l’ensemble de son angle de vision jusqu’à
l’infini, baigné par son grondement puissant et son
souffle rafraîchissant . Durant une dizaine de
secondes, il reste immobile à s’imprégner de sa
présence. (« Et je pense, écoutant gémir le vent amer,
Et l’onde aux plis infranchissables ; L’été rit, et l’on
voit sur le bord de la mer, Fleurir le chardon bleu des
sables » Victor hugo « Paroles sur la dune », les
contemplations) Puis, homme libre, il s’avance
confiant vers sa masse accueillante, en prenant garde
heureusement aux espèces protégées qui peuplent la
dune blanche, comme le pourpier de mer, la renouée
maritime, diverses espèces d’euphorbe et le charmant
liseron des sables qui exhibe pourtant avec fierté de
grandes fleurs roses en cloche à cinq lignes blanches
au milieu des oyats omniprésents. Chanceux, il évite
aussi les chardons bleus ou panicauts de mer,
redoutables car leurs feuilles sèches larges et
piquantes sous le sable peuvent piquer un pied de
promeneur imprudent.

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 401


Guerre contre les Majors

La marée est assez basse et il s’installe sur le flanc


de sable maintenant sec et durci nettoyé toutes les 12
heures par les vagues. Il est ainsi bien incliné, et
chaque fois qu’il va lever le nez de son bouquin, il
aura un beau panorama devant lui.

Après un petit bain de décrassage, l’homme à la


sucette revient à sa serviette

Il choisit le roman de Jack Minier (Testament


d’outre−glaces) en songeant qu’il puisse être
rafraîchissant. Il s’octroie aussi l’ouverture d’une
petite canette dont l’écume est moins salée que celle
de l’océan, et qui éteint le feu piquant au fond de son
gosier.

Puis, un petit bâtonnet à la fraise en bouche, il


attaque la première page au travers de ses lunettes de
soleil.

La planète s’est réchauffée. Les glaces ont reculé.


Et en été, le climat est supportable aux pôles. On
carotte. On trouve une chose qui ne devrait pas y être.
Un classique. Y’a en plus une pépée peu farouche.
Un adolescent peut donc espérer trouver une scène de
sexe dans le livre. Page 50. La chose est devenue un
peu moins mystérieuse, un peu plus intéressante
aussi. Mais on oublie la fraîcheur polaire, car en
local, il fait bien trente degrés alors qu’il n’est que 10
heures du mat.
Allez, encore une petite cannette. C’est la dernière
mais ce n’est pas grave. L’eau chaude, ce n’est pas
terrible, mais la bière chaude, c’est infâme. Donc, il

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 402


Guerre contre les Majors

s’agit de ne pas la laisser réchauffer.


Il la boit lentement, face à l’océan. Il pense à ses
collègues à Paris. Il a bien fait d’être venu ici se
ressourcer. En même temps, il aimerait bien
prolonger mais la situation ne le permet pas. Enfin, il
doit être repéré et il doit songer à sa sécurité. Il n’a
pas voulu prévenir son bureau. Il vaut mieux éviter
un hélico en plein jour pour venir le chercher.

Il retourne se baigner. L’eau est fraîche, mais elle


ne peut être aussi froide et poisseuse que celles dans
lesquelles il a grenouillé parfois. Elle ne peut non
plus être aussi chaude et transparente que celles des
mers du sud où il a séjourné un temps, quand il avait
encore une famille.

Une famille qui existe toujours, mais qui le croit


mort. Une femme qui avait divorcé de toute façon, et
des enfants qui étaient malheureux de ne pas voir leur
père assez souvent. Aujourd’hui, le sont il de ne plus
en avoir ? De n’en avoir jamais eu en fait.

Ils ne tremblent plus pour lui. C’est un


soulagement pour eux. Quand il était en
ex−Yougoslavie, et que les médias faisaient leurs
choux gras des atrocités de part et d’autre, des
snipers, des tirs de roquettes ou de mortier, ses
enfants faisaient des cauchemars, leur mère ne
dormait plus.

Quand il a commencé sa guerre, en 2006, pour


retrouver les assassins de son frère et de son neveu,
les menaces téléphoniques ont fini de briser le couple.

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 403


Guerre contre les Majors

Depuis sa disparition en Afghanistan, dans


l’explosion d’une grotte, les siens après le deuil ont
retrouvé la paix.

Et lui, après quelques modifications faciales, a


repris du service occulte. Et c’est vrai qu’il est
aujourd’hui bien seul durant les vacances.
Après le bain, encore du bronzing. Puis retour au
Pôle.

C’est alors qu’un coup de pied violent lui fait


lâcher son livre et lui brise le nez

« Debout salopard ! »

Il lève les yeux. A travers un brouillard rouge, il


distingue un pistolet pointé sur lui.

Il reconnaît l’homme qui le tient. Un des premiers


« repenti ». En fait, un des plus mauvais parmi les «
Binoclards ». Un informaticien en plus. Fort
heureusement, il a suivi peu de cours de supra net
avant de disparaître. Mais que fait−il là ?

« Il a fallu que tu me suives jusqu’ici. Ce n’était


pas prudent. Je t’ai vendu à nos amis Yankee qui
auraient été très intéressés de t’interroger. Mais après
le compte rendu désespérant de leur agent, et le
bordel de cette nuit, ils m’ont laissé les mains libres.
Il paraît que tu ne vaux rien, et ils ne m’ont pas cru »

« Normal, tu es une ordure. »

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 404


Guerre contre les Majors

« Ta gueule. Ecoute moi bien. Ton frère aussi faisait


le malin, se croyait supérieur, jouait la bravache. Et
bien, il a fini par supplier qu’on arrête de « jouer »
avec son fils. Chacun a sa faiblesse. Tu dois avoir la
tienne, mais je m’en fous. Tu m’as fait enfermer par
ruse. Tu m’as ensuite traqué. Tu vas crever ici. »

« Un beau jour pour mourir, tu as raison. Vous étiez


combien à vous en prendre à mon frère et à son fils ?
»

« Quelle importance ? Tu vas crever.


− alors tu peux me le dire.
− Nous étions quatre.
− Quels sont les trois autres ?
− Tu l’apprendras en enfer… »

Le binoclard prend son temps. Il aimerait que sa


victime le supplie. L’homme à la sucette ramasse son
livre jouant l’indifférence. Il fait mine d’enlever le
sable entre les pages.
« Intéressant ce livre. Tu devrais le lire.
− tu as fini de te foutre de ma gu… »

L’homme à la sucette a violemment lancé le livre


en direction de son adversaire. Celui ci n’a pas le
temps de parer et il en prend la tranche dans les
lunettes. Sa main se crispe sur la crosse de son arme
et le coup part. L’homme à la sucette est atteint à
l’épaule gauche. L’artère n’est heureusement pas
lésée. Il ne ralentit pas son attaque vers l’avant pour
autant. Ayant atteint son adversaire, il écarte le bras
armé qui lâche le pistolet dans le sable.

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 405


Guerre contre les Majors

La lutte se poursuit à coup de poings et de pieds.


Le binoclard est tout de même assez fort. Profitant
d’une chute de son adversaire, il court vers son arme.

L’homme à la sucette fuit alors vers la mer pour se


réfugier dans les vagues. Une balle siffle. Il plonge.
Mais il ne nage pas assez efficacement à cause de son
bras blessé. La marée étant montante, les vagues ont
tendance à le ramener vers le bord. Il sent aussi ses
forces qui diminuent.

L’autre le suit, avec de l’eau jusqu’à la taille. Il


rage de ne pas réussir à atteindre son adversaire.
Encore une balle de perdue…

L’homme à la sucette décide de jouer son va tout.


Il prend une vague qui se brise et se laisse entraîner
sous l’eau dans le rouleau. L’écume qui le dissimule
à son adversaire va peut−être lui permettre de
l’atteindre par surprise. C’est le cas lorsque son bras
va cogner le genou du binoclard, puis quand le reste
du bonhomme le fauche grâce à la puissance de la
vague. Les deux sont entraînés plus au bord. Ils n’ont
de l’eau qu’à mi cuisse quand celle ci se retire. Le
binoclard a lâché son arme. Le combat mains nues
reprend à l’avantage de celui−ci.

Un temps, il tente de noyer et d’étrangler


simultanément l’homme à la sucette, en lui
maintenant la tête sous l’eau. Un coup de pied donné
avec la force du désespoir a permis d’éviter une
apnée plus prolongée. Un deuxième précipite le

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 406


Guerre contre les Majors

binoclard sur les fesses.

Mais il est retombé, par hasard, sur son arme. Il la


sort de l’eau, et la pointe vers sa cible.

L’homme à la sucette reste debout face à lui et le


regarde dans les yeux. L’autre tend le bras et vise la
tête, plaçant son arme à la hauteur de son visage.

« Va rejoindre ton frère. Je l’ai exécuté moi−même »


et il appuie sur la queue de détente.

La culasse du PA recule anormalement sous la


pression des gaz, car la balle reste bloquée dans le
canon dans lequel subsistaient quelques gros grains
de sable. La chambre explose, la culasse se détache et
frappe le binoclard au front.
Il s’abat lourdement dans les 50 centimètres d’eau
de la baïne qui se remplit grâce à la marée montante.
Il ne doit pas être mort, seulement évanoui. Mais si il
est encore vivant, il va bientôt remplir ses poumons
d’eau de mer.

L’homme à la sucette le regarde. Si il le tire sur le


bord, il va pouvoir l’interroger, retrouver les autres.
D’un autre coté, il n’y a plus d’arme et il est affaibli.
Et les américains peuvent arriver d’un moment à
l’autre.

Et puis, il est encore en vacances après tout. Il


retourne à son campement, pour remballer ses
affaires et filer. Il ramasse le livre de science fiction,
écorné et plein de sable. Pas vraiment assommant,

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 407


Guerre contre les Majors

comme il a pu lire dans certaines critiques sur «La


vera vox populi» d’un certain maître thésard, mais
assurément à éviter pour ceux qui ne veulent pas se
faire un peu mal à la tête. Pour les autres, un bon
moment en perspective une fois les personnages bien
en place.

Moment qu’il lui faut reporter. Il ne va pas tarder


à faire très chaud pour lui dans le coin.

Un dernier regard sur le binoclard qui roule sur le


sable entre deux eaux. Les poumons doivent être
remplis maintenant.

« Va rejoindre ton führer en enfer » l’épitaphe t−il in


petto avant de jeter son sac sur le dos et de rejoindre
rapidement le couvert de la forêt de pins maritimes.
Post Scriptum

Jack Minier est un auteur présent sur la


toile. Il participe aussi activement et avec abnégation
sur le site Odebi.org. aux débats DADvSI

Créateur de sites comme Diamedit.net et


Cyberplumes.org, il préconise un rassemblement
d’auteurs littéraires d’une part, d’artistes en général,
pour monter une plate−forme de diffusion
indépendante.

C’est le seul artiste professionnel et


déclaré comme tel sur le site qui s’implique
activement contre DADvSI et qui défend la cause

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 408


Guerre contre les Majors

internaute. Il est pour trouver une solution à la


rémunération des auteurs, respectant le principe des
droits d’auteurs sans pour autant engraisser des
intermédiaires,t presser l’internaute comme un citron
et espionner son usage du Net.

Sa biographie personnelle existe sur son


site. Et ses écrits sont nombreux sur le forum de
Odebi.org. Je vous laisse donc le soin de découvrir et
apprécier l’homme et ses idées.

Au fait, je suis un fan, et j’ai la chance de


pouvoir le contredire, car je ne partage pas toutes ses
idées. Vous en connaissez beaucoup, vous, des
artistes qui s’impliquent actuellement sans répéter les
sottises soufflées par leurs « employeurs » ?

En outre je remercie, même si je ne leur ai rien


demandé, les éditions Sud Ouest et l’ONF, qui sous
la direction de Mr Favennec, ont publié un « guide de
la flore des dunes littorales » qui m’a permis de
trouver les noms de toutes ses plantes bizarres qui ont
stimulé mon imagination d’enfant durant mes
vacances scolaires. Les dunes littorales ont une flore
bien plus variée qu’il n’y paraît. Attention, ces
plantes sont protégées. Il ne faut pas en ramasser à
titre de souvenir ou d’herbier car leur rôle est
fondamental dans la fixation des dunes.)

Mais ce livre, aussi passionnant que scientifique,


peut être l’occasion de découverte et de jeu avec des

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 409


Guerre contre les Majors

enfants car l’œil au premier abord ne devine pas toute


cette diversité.

Du rififi dans le Médoc : Dernier jou... 410


Au bout du monde

22 / 06 / 2006, 21:08
Au bout du monde

Avertissement avant lecture


Changement de décor. J'espère qu'il vous plaira.
Bien sûr, il y a des inventions personnelles. Mais, il
peut être intéressant de se reporter à ce lien pour
comprendre un peu l'histoire de ce nouveau décor
ou j'essaierai d'apporter ma perception.

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/pacifique/ncal4fluc_pol.htm

Août 2015

Il fait nuit, et frais. Elsa est surprise. En ce mois


d’août 2015, elle a quitté Paris à midi où il faisait
déjà 31 degrés et elle arrive à la Tontouta de nuit à 13
degrés. Environ 24 heures de trajet et elle frissonne
car elle n’a pas pensé à prendre un sweat−shirt dans
son bagage à main.

C’est l’hiver dans l’hémisphère sud. Bien sûr, les


cocotiers ne gèlent pas. Christian lui entoure les
épaules pour la réchauffer et c’est ainsi qu’ils font la
queue pour passer la douane de Nouvelle Calédonie.

Christian et Elsa sont munis de vraies fausses


cartes d’identités électroniques. Ils portent aussi des

Au bout du monde 411


Guerre contre les Majors

prothèses en silicone sous les pommettes, autour des


yeux , et ils ont discrètement mis leurs appareils
dentaires qui déforment légèrement le galbe des joues
afin de modifier l’analyse de leur visage devant les
caméras.
Ils portent aussi des chaussures qui leur rajoutent
3 cm sans que rien ne le laisse supposer par leur
aspect. Leur enfant les rejoindra plus tard, car les
contrôles sont beaucoup plus difficiles à passer pour
les adultes accompagnés d’enfant.
Ils sont censés être professeurs, de musique et de
mathématique, devant prendre leurs fonctions pour la
rentrée 2016 (Fin février : il y a un décalage aussi
pour les cycles scolaires) et devant suivre un stage de
formation à Nouméa avant d’être affecté dans un
collège du « caillou ».
Les américains sont eux aussi présents à la douane
calédonienne.
L’invasion en France a eu lieu le 6 juin 2014.
En septembre 2014, une force multinationale
locale, commandée par les américains, est venue
stationner en Nouvelle Calédonie.
Le seul port en eaux assez profondes est le port de
Nouméa. Néanmoins, l’armada américaine n’a pas un
seul bâtiment présent.
Ce sont les Australiens qui ont « la maîtrise des mers
» le long des côtes calédoniennes.
Ils connaissent bien ces eaux pour avoir souvent
croisé dans les parages en compagnie des français,
lors d’exercices militaires conjoints.
La Nouvelle Zélande a refusé de participer à
l’occupation. Les liens d’amitié tissés avec les
français, comme les liens existants entre

Au bout du monde 412


Guerre contre les Majors

communautés mélanésiennes ont motivé cette


décision du gouvernement Néo−Zélandais, à majorité
Maori. Le jeune roi du Tonga, désireux de plaire aux
américains fournit une compagnie terrestre, ainsi que
deux officiers de liaison au sein de l’état−Major, Le
Vanuatu et les Iles Fidji, pauvres, en ont fourni une
autre, mais sans l’équipement, la nouvelle république
du Patékau a envoyé deux sections motorisées de
reconnaissance, et enfin le Japon profite de cette
occasion pour exporter son armée en dehors de son
archipel et fournit 300 hommes pour la protection de
l’état−major allié à Nouméa et la sécurité de ses
ressortissants et de son voisin la Chine, assez
nombreux à s’être implantés en Nouvelle Calédonie
et pour développer une implantation commerciale
jusqu’à ce jour assez légère .

Les Américains ont investi l’ancien aéroport


militaire français contigu à l’aéroport civil. Ils ont
aussi un régiment de 500 hommes à Nouméa, 1000
hommes environ, de Goro à Yaté, pour protéger
l’usine de traitement du nickel de la world company,
un temps « confisquée » par l état français. Ce sont
des australiens qui sont stationnés dans la Baie de
Prony.
Et encore 500 soldats dans la Province Nord,
répartis en 5 implantations stratégiques : Koné
Koumac, Poum , Pouebo, et Hienghène.
Paradoxalement, la population locale a bien
accueilli leur arrivée pour des raisons historiques.
Durant la deuxième guerre mondiale, la Nouvelle
Calédonie fut une « base arrière » pour les forces
américaines du pacifique. Les caldoches firent

Au bout du monde 413


Guerre contre les Majors

énormément de bénéfices sur le dos des troupes. Le


port de Nouméa et la ville furent modernisés. Quand
au canaques, la venue des américains leur permit de
commencer à se libérer du sous état social dans lequel
les maintenait le gouvernement français local (Code
de l’indigénat).
Les « campagnes » calédoniennes avaient alors
adopté « l’american way of life » et en brousse
calédonienne, encore aujourd’hui, on organise ses
rodéos, on roule en pick−up 4x4 ou on se déplace à
cheval.
Les fermes s’appellent des « stations » et on se la
joue très «cow−boy» avec les troupeaux.

Les jeunes canaques et wallisiens aiment bien


aussi émailler leur parler de mots anglais. La
fraternisation avec les troupes a donc été quasi −
immédiate, surtout que le référendum sur l’autonomie
de la Nouvelle−Calédonie (auto−détermination),
définis en 1998 par l’accord de Nouméa, avait pris en
2011 deux ans de retard et que la population
autochtone a interprété ce fait comme un
manquement à la parole donnée et une tentative de
prolongation supplémentaire de l’emprise Française
sur le pays.
L’attente est longue. Malgré le confort de l’avion
de « AIR CALIN », Elsa n’a pas pu vraiment dormir
dans l’avion. Pas bien dynamiques ces douaniers.
Ils passent les contrôles d’identité, récupèrent leur
bagages, passent déclarer leur camescope et leur
appareil photo numérique, et alors qu’ils se croyaient
enfin libérés, ils se font arrêter juste avant la sortie
par un gros douanier.

Au bout du monde 414


Guerre contre les Majors

« Veuillez ouvrir vos valises s’il vous plait »


« Je n’ai rien à déclarer de plus vous savez »
« Pas de fruits, de miel, de conserves… »
« Euh non… »
« Je vais vérifier »
« Ma chérie, c’est un contrôle phyto−sanitaire »
intervient Christian
« ??? »
« Veuillez excuser mon épouse, Monsieur. Elle n’a
pas dormi dans l’avion et nous avons fait une fête de
tous les diables avec la famille avant de partir » fait
Christian au douanier avec un large sourire tout en
ouvrant la première valise.
Le douanier jette un œil, soulève deux trois serviettes.

« Il y a encore beaucoup de route jusqu’à Nouméa.


On est venu vous chercher ? »
« Non, nous comptions prendre un taxi… »
« Prenez plutôt une chambre à l’hôtel. Et demain,
revenez à l’aéroport et louez une voiture. Ca vous
coûtera moins cher, et vous aurez déjà la voiture pour
aller directement à la Baie des Citrons à Nouméa
pour votre premier bain. »
Le jeune couple vient de découvrir qu’un sourire
en Nouvelle Calédonie est le meilleur des
passeports."

Post Scriptum :

J’ai commencé à écrire la suite des aventures


d’Elsa et de Christian en Nouvelle Calédonie.

Au bout du monde 415


Guerre contre les Majors

Si ce texte n’est pas anti DADvSI, il dénonce


surtout tous les contrôles anthropomorphiques au
passage des frontières, contrôles très paranoïaques
inutiles si il s’agit de détecter des personnes décidées
et organisées, mais surtout destinés à contrôler les
masses.

Ces contrôles s’apparentent aussi aux contrôles


futurs sur le Net. Alors qu’il est toujours interdit
d’ouvrir une enveloppe, des milices privées et des
organismes d’états « filtrent » le net sans respecter
les droits de la personne.

Les « bonnes intentions » affichées ne sont que des


leurres, qui en plus, arrivent à convaincre une
majorité passive qu’il faut un état mondial policier
pour être en sécurité.

Au passage, l’Amérique s’impose dans notre vie


quotidienne, avec en plus la complicité de nos
dirigeants politiques, que ce soit pour les contrôles
(passeports magnétiques), et la sécurité (nous
sommes menacés autant qu’eux grâce à eux) que par
l’obligation plus forte de consommer américain (y
compris « culture »)

L’invasion que je décris a déjà commencé depuis


longtemps, néanmoins, sa pression devient chaque
jour plus forte et elle n’a pas besoin d’être
physiquement sur le terrain pour en ressentir les

Au bout du monde 416


Guerre contre les Majors

effets.

Vous avez dit « politique fiction » ?

Au bout du monde 417


Du rififi dans le Médoc :
Odyssée Epilogue

27 / 06 / 2006, 23:53
Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epilogue

Il va pouvoir sortir ce soir du trou dans lequel il se


cache depuis 24 h.

A peine débarrassé du binoclard, il a marché le


long de la piste qu’il avait empruntée à l’aller. Et de
temps en temps, il est sorti de la piste sur une
centaine de mètres puis a fait marche arrière à
reculons dans les traces. A la cinquième fois, il est
revenu en arrière, a repris une des escapades dans les
pas et à la moitié, il a sauté dans les fourrés souples le
plus loin possible. Deux ou trois bonds plus loin, à
l’abri des regards, il a creusé un trou et s’est ensablé,
sa serviette le protégeant du sable dont il s'est
recouvert. Il a quand même une entrée d’air qui passe
par la bouteille en plastique dont il a crevé le fond.
Elle est cachée par des mousses sèches, des brindilles
et un panicaut séché.

Il a entendu les hélicos, les chiens, les patrouilles.


La soirée, la nuit. Les hélicos devaient avoir des
dispositifs de vision nocturne et des détecteurs de
chaleur, mais à travers le sable, ceux ci ne
fonctionnent pas.
Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 418
Guerre contre les Majors

Il sait que sa chance, c’est ce soir, à la tombée de


la nuit, à couvert, quand les détecteurs ne peuvent pas
fonctionner à cause du sable encore chaud de la
journée.

Quand aux patrouilles terrestres, les hommes


doivent penser qu’il est loin et que c’est peine perdue
de grenouiller dans le coin.

Enfin, il ne va pas retourner vers Bombannes à


l’est, mais vers le fond de la nasse, le nord, car la
logique voudrait qu’un fuyard à pied passe vers le
sud, vers Carcans Océan, pour ensuite descendre vers
Bordeaux.

Par le nord, la Gironde gêne tout véhicule


automobile pour quitter le médoc.
Ce que ne sait pas l’homme à la sucette, c’est que
la densité américaine est plus importante au nord de
Bombannes. Sa chance, c’est que les américains
pensent que justement, il va aller au sud pour
contourner le lac puisque ils sont au nord. C’est
d’ailleurs là que vont patrouiller les hélicos cette nuit
là.

L’homme à la sucette a fini toutes ses maigres


provisions. Il conserve néanmoins son sac et il a
laissé au fond du trou tout le poids inutile. Il a ensuite
rebouché celui ci à moitié, afin qu’il se remarque
moins.

Il avise un pare feu assez fréquenté dans les

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 419


Guerre contre les Majors

dernières heures. Il y a des traces de pneus dans les


sillons du chemin, et les herbes centrales sont cassées
en mains endroits. Il part en footing en courant au
milieu. Ainsi, il ne laisse pas de traces visibles
flagrantes. Au bout d’un quart d’heure, il rejoint
précipitamment le couvert. Une patrouille motorisée
passe. Les hommes sont loin d’être attentifs.
Même chose dix minutes plus loin. Il a été averti
de la présence du check point par les palabres entre
deux soldats. Dans une vraie guerre, ils seraient déjà
morts. L’homme à la sucette se demande combien de
temps il faudrait pour se débarrasser des troupes sur
le sol français.

Il y aurait surtout beaucoup de victimes avec des


armes légères, mais une attaque simultanée de toutes
leurs implantations est déjà prévue pour le cas où la
situation deviendrait insupportable. Seulement, il y
aurait un deuxième débarquement. Les américains ont
assez de troupes pour ça, et cette fois les combats
seraient très meurtriers, surtout pour la population.

Il les contourne donc, puis tombe dans un no


man’s land. La forêt a brûlé dernièrement ici. Il n’y a
plus de fourrés au sol et les arbres sont noircis à la
base. Leur cime doit encore être verte pour certains,
mais aucun ne survivra. Il remarque les lumières
vives à l’est, et les ombres des patrouilles et des
sentinelles fixes.
« Mieux vaut ne pas traîner dans le coin, c’est une
base » pense t−il. Encore une heure, et il tombe sur la
route conduisant à Hourtin plage.
Encore une fois, il peut constater le passage de

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 420


Guerre contre les Majors

patrouilles de trois véhicules. Les américains sont


quand même sur les dents.
Il ne sait pas que ces patrouilles sont en place pour
dissuader une action de même type que la veille, et
non pour le rechercher. Sinon, il aurait droit à un filet
aux mailles serrées, comme au sud . Mais pas à ce
niveau. Il l’aurait rencontré plus tôt. Seulement les
effectifs de la base ne pouvaient assumer à la fois des
patrouilles bien armées pour faire face à une
vingtaine d’incendiaires saboteurs et une chasse à
l’homme sur des dizaines de kilomètres carrés.
Pour l’homme à la sucette, cela veut dire dix
kilomètres à pied de plus.
Mais cette fois, plus d’américains, sauf sur la
route entre Hourtin plage et Le Pin Sec. Car les
pare−feu sont bloqués par des barrières dont seuls les
pompiers ont les clés. Mais si ces barrières arrêtent
des 4x4 et « préviennent » quand elles sont relevées,
elles n’empêchent pas le passage d’un homme.

Une heure et demi plus tard, l’homme à la sucette


arrive au camping du Pin sec. Il est deux heures du
matin. Bonne heure, pour boire un coup et prendre
une douche. D’ailleurs, un campeur indélicat a laissé
sa bouteille de gel douche quasi vide. Un peu d’eau à
l’intérieur, on secoue, et les dernières molécules de
savon tonifiant au citron revigorent l’homme à la
sucette, en le débarrassant de sa sueur et des grains de
mica qui encombrent ses pores et ses cheveux. Il a à
nouveau l’impression de respirer même par la peau.

Son estomac crie famine. Il y a quelques


campeurs. L’homme à la sucette fait taire quelques

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 421


Guerre contre les Majors

principes et s’introduit sous une tente quatre places,


équipées de deux chambres indépendantes avec
moustiquaire et porte zippée .
Il subtilise rapidement dans le tas de « victuailles
» présent une boite de chocolat en granulés et deux
boites de biscuits au chocolat. Il n’a pas envie de
cuisiner à cette heure. Les locataires continuent de
ronfler du sommeil du juste.
Afin de ne pas s’acharner sur une seule victime,
l’homme à la sucette « emprunte » une voiture louée
à la collectivité pour la durée des vacances. C’est
d’autant plus facile qu’il sait activer le circuit de
démarrage parallèle, qui évite d’avoir la clé de
contact. Ce circuit est justement prévu pour les agents
en mission ayant « perdu » leur véhicule initial. A
son retour, il s’arrangera pour qu’ils soient
dédommagés.

Il y a aussi un système wi−fi pour pouvoir


communiquer mais celui ne sert que lorsque il est en
contact avec les bornes de circulation. Mais le médoc
n’est pas équipé.

Il prend alors la route de Montalivet. Il échange sa


voiture avec une autre, repart sur Vendays puis prend
la route de Lesparre. A son arrivée vingt minutes plus
tard, il trouve la ville endormie et déserte. Elle lui
semble petite pour une ex sous−préfecture.
Maintenant, elle est la capitale officielle du médoc,
même si Pauillac dispose de plus d’industrie. Il prend
justement la direction de Pauillac. La ville a un petit
port avec des barques. Il peut y avoir des contrôles,
justement parce qu’il y a possibilité de traverser,

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 422


Guerre contre les Majors

comme au Verdon. Avec une voiture « de touriste »,


de nuit, il n’y échappera pas.

Il avise un château au milieu des vignes. Dans la


cour, il y a une fourgonnette. Il va se garer dans un
petit bois plus loin, puis revient vers le château.
Une ombre noire accourt lourdement à son arrivée.
L’homme à la sucette sort son couteau. Sa main se
crispe. Un doberman se précipite sur lui manquant
presque le renverser. Il appuie frénétiquement ses
deux pattes sur son torse en gémissant.

« Du calme le chien, du calme ».


Il le caresse et range son arme. L’animal, assez
jeune, n’est pas dressé pour être gardien. Et il est
plutôt sociable. En fait, il a fortement envie des
biscuits qu’il a encore dans son sac à dos.
L’homme à la sucette fait donc ami−ami avec lui
grâce à eux et le fait monter dans la fourgonnette.
Elle est pleine de caisses de vin. La tentation est
forte. Boire ou conduire, soit, mais juste un petit
coup, c’est agréable. Une silhouette bouge au loin.
L’homme à la sucette se crispe. Mais celle ci semble
bouger, mais ne pas se rapprocher. C’est donc lui qui
va à sa rencontre. Il s’agit d’une salopette suspendue
à un fil. Elle est encore un peu humide, mais elle fera
l’affaire. Car pour l’instant, l’homme à la sucette est
toujours en short. Elle est un peu grande, mais de
nuit, personne ne le remarquera.
Deux fils tranchés. Zut. Un autre. Ok, le moteur
démarre. Tandis qu’il s’éloigne, une lumière s’allume
derrière les volets clos du premier étage. Trop tard
pour le propriétaire.

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 423


Guerre contre les Majors

Encore dix minutes. Et c’est un check − point à


l’entrée de Pauillac. L’homme à la sucette renverse
un peu de vin dans la fourgonnette, puis s’en envoie
une rasade. Il a beau boire un bon château,
l’américain ne retiendra que son odeur de vinasse.
« Bonsoir Monsieur, papers please
− Euh ouaih on peut plus rentrer chez soi tranquille
maintenant ?
− papers Monsieur …
− Oui, un instant mon gars. Pff il est tard. Et ben
merde, j’retrouve plus mon larfeuille dis donc.
− Descendez Monsieur
− Oui, oui, je descends, vous fâchez pas. »

L’homme à la sucette descend lourdement, l’air


très fatigué. Le chien aboie. Les américains relèvent
leur canon.
« Eh, zallez pas tuer mon chien. Ta gueule max »
Le chien aboie de plus belle.
L’homme à la sucette passe à l’arrière, ouvre les
portes. Le chien approche. Il le caresse
énergiquement et lui tient la gueule pour le faire taire.

«Tais toi, max . Tu vas nous faire arrêter. Oui, c’est


bien . Brave chien »

Un gradé rejoint les deux soldats.


« Mon capitaine » dit l’homme à la sucette au
nouveau venu, caporal de son état « Je vas vous
expliquer »

Celui ci lorgne sur le chargement.

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 424


Guerre contre les Majors

« Mon capitaine, j’ai pas mes papiers. J’ai suis allé


chez Francis et on a pris l’apéro après avoir chargé le
fourgon. Et après, on a mangé, et puis il s’est fait tard
et il est bien tard, mais on a pas que bu. Je suis pas
saoul »
« Je vois que vous être très content »

« Ah oui, j’ai pu acheter ce lot de bouteilles pour un


bon prix. Il vieillira bien, si on lui laisse le temps »
« C’est de la contrebande »
« Ah non, j’ai les papiers pour le vin, même si j’ai
oublié mon blouson chez Francis »
« Je vais avoir à confisquer ce vin »
« ttendez de voir les papiers … mais, pour mes
papiers que j’ai oubliés »
« Je vais avoir à vous enfermer »
« On peut s’arranger. Allez, je vous donne une caisse.
»
Joignant le geste à la parole, l’homme à la sucette tire
une caisse vers l’extérieur et la laisse tomber. Le
verre brisé lui arrache alors quelques larmes.
« désolé mon capitaine, prenez en une vous−même.
J’ai les bras en coton »
« Grrr ouah ouah »
« Max, tais−toi. Mon chien. »
Les deux soldats rigolent. L’homme à la sucette
attrape le chien, le fait descendre.
« Allez−y. Une caisse chacun. Je le tiens »
Les trois hommes profitent de l’aubaine en riant.
L’homme à la sucette ramasse la caisse aux bouteilles
brisées et la recharge maladroitement dans la
fourgonnette.

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 425


Guerre contre les Majors

« J’ai pas loin à faire pour dormir. Je vais dormir au


bar de la place de la mairie. C’est pour lui le vin »
« Ok go away »
« Merci les gars. Heureusement vous êtes très
sympas. Dites, vous n’auriez pas une casquette que je
pourrai mettre pour aller à la chasse ?»
« Fuck. Go away »

« Ok Ok. Tant pis. Bonne nuit les gars »

L’homme à la sucette pénètre donc en ville avec


sa fourgonnette aux couleurs d’un excellent château.
Il la gare devant un bar proche des quais, caresse une
dernière fois le brave chien et se dirige vers les quais.
Ceux−ci sont déserts. La Gironde est assez large à
traverser. Mais il a une sécurité. Il y a en effet
plusieurs îles au centre. Il peut traverser droit vers la
première, puis la longer en suivant le courant, puis
continuer vers l’autre rive.

Les bateaux sont verrouillés, mais il y a une


barcasse avec le 9,9 de secours en place. C’est assez
culotté de traverser avec ça, mais il n’a pas l’intention
de remonter le courant. Il dérivera donc durant la
traversée.

Il y a assez de mélange dans le réservoir, enfin il


l’espère. Un petit coup sur la poire, contact, et le
moteur démarre à la troisième sollicitation du
lanceur.

Il n’y a pas de problème même si il n’avance

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 426


Guerre contre les Majors

vraiment pas vite. Il décide pour ne pas perdre de


temps, de viser directement l’extrémité de l’île.
Quand il arrive au milieu, il a quand même dépassé
celui−ci.

L’homme à la sucette regarde maintenant la rive


opposée, celle de la délivrance. Il voit un ensemble de
lumière assez vive au loin.

« Doivent pas payer l’électricité dans ce patelin » est


sa première réflexion. Puis il réalise en réfléchissant,
qu’effectivement ils ne manquent pas de courant à cet
endroit là. C’est la centrale nucléaire de Braud Saint
Louis.
Il espère que les légendes de requins qui
remonteraient les eaux plus chaudes de la Gironde
sont infondées.
Et ce qu’il voit alors le terrifie, de surprise et parce
que de nuit, c’est assez impressionnant. Il doit y avoir
encore 150 mètres avant d’atteindre la berge. Et un
mur d’eau de presque un mètre, venant de la mer,
vient à sa rencontre. Le mascaret. Dans un dernier
réflexe, il tente de pointer l’avant de la barque vers la
vague. Mais il est trop tard.
Il chavire.
Il se débarrasse de son sac et parvient à se dégager
de la salopette.
Puis il nage vers la berge. L’eau est fraîche et
boueuse. Mais elle est beaucoup moins polluée que
quelques années auparavant. Il atteint enfin la berge,
épuisé. Celle−ci en cet endroit est assez ferme. Il faut
se méfier. A certains endroits, il peut y avoir des
sables mouvants, mélange de grains très fins et de

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 427


Guerre contre les Majors

vase.
Le coin n’est pas très peuplé, mais à la première
maison, il y aura le supra net. Il va pouvoir prévenir
ses services qui s’occuperont de venir le récupérer.

Les vacances sont terminées.

Du rififi dans le Médoc : Odyssée Epi... 428


Un nouveau départ

28 / 06 / 2006, 19:27
Un nouveau départ

Une petite musique douce chasse le silence dans la


pièce et donne vie au décor comme à son personnage,
couché dans son lit.
Franck ouvre les yeux dans la pénombre et
commande l’ouverture du volet roulant électrique.
La pièce s’emplit alors d’un soleil radieux.

Franck a bien dormi cette nuit. C’est rare par les


temps qui courent. Ses missions sont de plus en plus
dangereuses et si Véra n’était pas sa mission numéro
une, il serait toujours par monts et par vaux.

Véra, heureuse et malheureuse. Elle a grossi. Elle


ne se déplace qu’en civil. Et elle leurre son monde.
Encore heureux qu’elle soit trahie par son accent
américain, et que tout étranger soit considéré comme
non−initié au supra net. Mais Véra commence à
comprendre qu’il n’y a plus de classe en France, que
le niveau d’instruction est assez élevé et que chacun
porte l’uniforme de son métier du jour.
Elle ne sait pas comment tout s’organise. Elle
observe les chantiers, constate une hiérarchie souple
et se fait passer pour une inspectrice.

Un nouveau départ 429


Guerre contre les Majors

Les autres doivent bien rigoler. Mais comme elle est


mignonne, même avec son ventre et ses traits un peu
bouffis, il y en a toujours un qui la cicérone en lui
racontant des bobards compatibles avec l’ancien
temps. On lui parle de la municipalité, mais nulle part
il n’y a de mairie ni d’organismes d’état visibles.
De plus, aucun des bureaux qu’elle a pu voir ne
portent d’indications. Il n’y a pas d’accueil au public.
Les cartes d’identité servent de badge pour passer aux
portes du bas des immeubles.
Et quand les soldats américains investissent les lieux,
ils sont tous fonctionnaires et gestionnaires des
habitants d’un quartier. Des sortes de télétravailleurs
qui réguleraient des services publics.
Pour elle, Franck est une sorte d’homme à tout
faire, de type cariste, manutentionnaire, camionneur
en boulot précaire. Cela lui permet d’être absent et
d’arriver en retard à leurs rendez−vous.
Ils ne peuvent pas vivre ensemble même si ils se
voient tous les soirs. Véra parle de logement de
fonction militaire, Franck de célibatorium mâle pour
jeunes travailleurs.
Et Véra sait qu’elle ne pourra accoucher en
France. Elle est à 7 mois de grossesse. Il va falloir
qu’elle prenne l’avion.
Franck déjeune en écoutant les infos. Puis il
contacte Bernard pour la programmation de sa
journée.
« Bonjour mon garçon.
− Bonjour Chef
− Ne m’appelle plus comme çà !
− Rien n’a changé
− Si, mais tu ne veux pas le voir.

Un nouveau départ 430


Guerre contre les Majors

− Je reçois toujours des ordres.


− Des missions.
− Un jour, j’y laisserai ma peau.
− Ce sera pour ton pays.
− Qu’est ce que mon pays fait pour moi ?
− En ce moment, tous les vrais français se dévouent
pour un futur plus juste.
Il y a du travail pour tous. Et les américains nous
rajoutent des problèmes.
− Ce futur ne sera pas pour moi.
− Peut−être pour ton enfant.
− Ce sera un américain.
− Il y a du nouveau pour toi.
− Encore une mission ?
− Une mutation.
− Mais ?
− Dans ton intérêt comme dans le notre.
− Véra va bientôt partir. On ne peut pas retarder ?
− Justement. Laisse moi continuer. Tu aimes les
voyages ?
− Vous m’envoyez en amérique ?
− Non, tu pars pour la Guadeloupe.
− C’est toujours la France.
− Pas pour longtemps si on laisse faire les américains
la−bas.
− Vous avez déjà tout décidé.
− Réfléchis deux minutes. Véra va être démobilisée.
Tu as une super nouvelle à lui apprendre. Par internet,
tu as trouvé du travail la−bas. Avec ses
connaissances, elle t’obtiendra un visa. Ensuite, avec
son niveau de vie, soit elle viendra vivre en
Guadeloupe, soit à Saint Martin, qui est une île
coupée en deux entre les pays bas, alliés des

Un nouveau départ 431


Guerre contre les Majors

américains, et la France. Tu vas avoir une vie de rêve


au soleil.
− Et je serai toujours espion ?
− Franck, on ne fait pas tout ça seulement pour tes
beaux yeux. Tu peux démissionner. Mais nous
serions très déçus.
− De toute façon, Véra n’a plus d’intérêt militaire.
− Véra a un intérêt stratégique, à cause de la situation
de son père dans la World Company.
− Vous ne nous lâcherez jamais ?
− C’est pire que ça.Si tu veux vivre avec Véra, tu as
besoin de nous. Ta vie est menacée si jamais ton
histoire perdure.
− C’est la meilleure !
− Crois tu que les américains, y compris son père,
puissent accepter une telle mésalliance ?
− Ce ne sera pas la première.
− Ils vont quand même te secouer pour te faire lâcher.
− Et si ma couverture est flambée ?
− Tu es cuit.
− Et si je laisse tomber tout de suite ?
− Pourquoi crois tu que tu as eu des missions
éprouvantes, malgré la valeur que tu as pour nous ?
C’était pour te tester. Franck, ça ne va pas être facile,
mais maintenant, nous sommes prêts à foncer avec
toi. Tu ne seras plus exposé pour rien. Tu n’es pas
interchangeable. Si tu acceptes, tu vas donc être
comme un coq en pâte en Guadeloupe. On va te
former pour diriger une équipe. Tu vas suivre des
cours de gestion. Officiellement, tu vas faire les
progrès nécessaires pour mériter ta dulcinée. Tu vas
devenir un cadre plein d’avenir. Ton « adjoint » sera
en fait ton formateur. Tu vas obtenir rapidement un

Un nouveau départ 432


Guerre contre les Majors

diplôme d’économie…
− Donc, plus de missions tordues…
− Tu vas quand même aussi apprendre quelques
techniques d’espionnage industriel. Ca peut toujours
servir…
− Et si elle me largue …
− Tu n’auras rien à te reprocher. Nous rediscuterons
de ton avenir selon tes choix. Enfin Franck, nous ne
sommes pas des monstres…
− Excuse−moi, chef. Ces derniers temps ont été
pénibles.
− Ce n’est que le début. Tu vas bientôt avoir charge
d’âmes en plus. Et tu verras.On ne fait pas toujours ce
qu’on veut non plus. Et dis toi que tu es un privilégié.
Rappelle toi la situation d’il y a quelques années.
C’est la même dans les autres pays, sinon qu’ils ne
manifestent plus, mais subissent jour après jour.
Le cas de la France après un an de résistance est une
lueur d’espoir face à l’ordre mondial établi. Car
personne n’est dupe. C’est la world company qui
dirige la destinée des sept milliards d’êtres humains.
Et pour 95%, c’est le servage qui les attend. Il n’y a
plus de taxes, ni d’impôts. Il y a juste un salaire de
base qui au mieux peut être doublé en fonction de la
profession. Par contre, le temps de travail est passé à
50 heures. Quelqu’un qui travaille se fatigue. Le soir,
il ne réfléchit pas et avale tout ce que raconte sa télé.
La production de richesses a cessé. Ce que notre
système rationalise pour que nous puissions moins
travailler et nous épanouir, le leur le quantifie pour
que le système dure et donne à une caste les moyens
de son faste. Les buts de la récupération des
matériaux, de la lutte contre la pollution et de la

Un nouveau départ 433


Guerre contre les Majors

collectivisation des moyens ne sont pas les mêmes.


Notre système rend la propriété individuelle futile
mais chacun peut bénéficier d’un certain luxe au
mérite ou par droit. Le leur la rend inaccessible au
commun des mortels, et le luxe est réservé à la classe
supérieure. Les autres n’ont droits qu’aux
divertissements virtuels et abêtissants tandis que les
conditions de vie et de confort sont volontairement
insuffisantes.
Elles justifient que la population travaille pour
pouvoir les améliorer dans l’avenir. Et puis, c’est
pour que le monde entier puisse ne pas subir le
chômage, être compétitif, ne pas manquer de pétrole.
En attendant, les gens s’endettent et un jour perdent
leurs biens acquis antérieurement au profit de cette
caste.
− Vous êtes sûr de ça ?
− Tu ne te souviens pas d’avant 2011 ? Le
mouvement mondial a continué lui.Ils ont maté les
manifestations, confisqué la Démocratie, aujourd’hui
triomphante dans toute son imposture car elle est
noyautée par cette caste. Les gens s’enferment, se
méfient de leurs voisins, parfois même s’entretuent.
Ils ne peuvent lutter contre les forces de l’ordre, mais
ils sont armés. C’est leur droit. Seulement, fliqués au
maximum, ils ne peuvent les tourner que contre
eux−mêmes.
− Pas de révolution possible ?
− Pas tous seuls. A part dans les églises, le droit de
réunion est limité à vingt personnes. Et les traîtres
sont bien rétribués. Il ne reste que le Net. Mais ils ne
peuvent répondre à nos appels, par peur d’être fichés
puis arbitrairement condamnés au bagne. Travail 6

Un nouveau départ 434


Guerre contre les Majors

jours sur 7 en deux périodes de 5 h, toute l’année,


sans paye. La France représente un espoir. Tu en fais
partie.
− Vous n’êtiez pas sergent recruteur dans une autre
vie ?
− La seule chose que je peux encore attendre de cette
vie, c’est le plaisir d’être actif pour que personne ne
souffre dans sa chair, comme tous les jours j’endure,
à cause de salopards va−t−en−guerre pour leur profit.
Et aujourd’hui, ce n’est pas la guerre qui rapporte
puisque il n’y a plus de marchés à conquérir et de
concurrents à abattre. C’est l’exploitation de la
population. Et ce sont les mêmes qui poussaient dans
la bataille hier qui tirent les ficelles aujourd’hui.
− Désolé Chef.
− Je t’ai déjà dit de ne pas m’appeler comme ça.
− D’accord. Je suis votre homme.
− Je le sais Franck. Tu as du cœur. Ne t’inquiète pas.
Même quand tu seras la−bas, j’aurai un œil sur toi,
bien que je ne serai plus ton mentor.
Tu vas avoir un type moins accès sur les choses
élémentaires. Il va falloir te prendre en main pour
beaucoup de choses. Ta conscience altruiste te sera
utile. J’ai un « nouveau » à m’occuper. Aujourd’hui,
prépare tes affaires et ton petit numéro pour Véra. A
plus tard Franck.
− A bientôt chef. »

Un nouveau départ 435


La Boite de Nuit : Acte 1

28 / 06 / 2006, 19:27
La Boite de Nuit : Acte 1

Il s’agit d’une nouvelle émission : La « Boite de


nuit ». 10 candidats. Après 10 jours, tous les deux
soirs, un candidat est éliminé à 0 h 00 . Il y a 2
candidats proposés à l’élimination à deux heures du
matin une nuit sur deux par les clients de la boite.
Durant 48 heures, les téléspectateurs votent pour
garder leur préféré.
Il y a des caméras partout. Les candidats ont des
micros.
La journée, ils dorment et vivent en collectivité dans
deux suites.
En effet, des « jeux » sont organisés pour se «
protéger » de l’exclusion. Equipe contre équipe.
Et le soir, la boite de nuit, qui peut accueillir trois
mille personnes, fait payer au maximum le « public »
de l’émission. C’est tout bénéfice.

Seuls les VIP qui acceptent d’être photographiées


et interviewées dans la boite ( En exclu pour la chaîne
TV, qui en fin de matinée, fait paraître un numéro
spécial (La Boite de Nuit) avec toutes les photos «
people » en espérant bien un ou deux scandales
durant l’émission.) entrent gratuitement. On leur offre

La Boite de Nuit : Acte 1 436


Guerre contre les Majors

même un cadeau technologique en fin de soirée aux


couleurs de « La Boite De Nuit », cadeau que les
téléspectateurs peuvent acheter soit par internet, soit
avec le bon de commande dans la revue « La Boite
De Nuit ».

Bien sûr, dans cette période d’un mois, certains


anniversaires de stars, et des soirées à thème auront
lieu. Vraiment, les téléspectateurs en auront pour leur
argent."

Ce concept, il en est fier le petit stagiaire. Il


montre qu'il a bien compris l'entreprise pour laquelle
il travaille.

Et bien, quelques jours plus tard, le concept de


l’émission est retenu, protégé puis l’émission
elle−même va être reprise par un célèbre présentateur
producteur. Le jeune étudiant en communication qui
a présenté ce projet inédit est « indemnisé » au
lance−pierres, mais on l’assure qu’à la fin de ses
études, il pourra venir se faire embaucher par la
chaîne, qui a bien besoin de jeunes talentueux comme
lui.

« Chiche ? On produit !. » récupère donc la


réalisation de l’émission. Le média presse de la
chaîne récupère la revue. Pas la peine de faire un
casting pour les candidats. Les quatre finalistes font
partie des jeunes qu’il fallait lancer, copinage oblige,
de toute façon. Quatre autres seront des acteurs sous
contrat. Ils auront pour mission de motiver les
candidats et de provoquer les conflits . Ils seront donc

La Boite de Nuit : Acte 1 437


Guerre contre les Majors

bien payés. Les autres pourront être extraits des


fichiers du casting pour « Karaoké quête », une
émission qui a été torpillée par les médias ennemis à
cause du mauvais choix pour le nom. On ne rigole
plus quand les pères la pudeur sortent de leur réserve.
Le coté sexy est indispensable, mais il faut toujours
donner l’impression que l’image a été « saisie » au
vol et non posée ou organisée.

A la première réunion, il faut répartir les


responsabilités qui rapportent sur la grille des
pourcentages aux bénéfices. C’est une société de
production « entre copains ». Chacun a donc son rôle.
La boite de nuit choisie sera à la périphérie de Paris,
aux alentours du Stade de France. Le quartier craint
un peu, mais avec un peu d’emplois à la clé, et
beaucoup de pigeons qui vont se pointer de nuit, tout
le monde sera gagnant. Il foutra donc la paix à la
chaîne. Et ainsi on pourra bénéficier des parkings du
stade lui même. D’ailleurs, le stade pourrait accueillir
la « finale ». On y reconstituerait la boite sur la
pelouse et on pourrait avoir 50.000 personnes
payantes . C’est possible ? Trop cher, trop risqué ?
Trop tard ! On laisse tomber. On verra pour la
deuxième édition.

Bon, Patrick et Léa s’occuperont du planning des


VIP. 5O planifiées chaque soir. 20 seulement
passeront à l’antenne avec les candidats. Elles
pourraient être le « parrain d’un soir ». Oui, c’est bon
ça. Et bien sûr, il faut coordonner ça pour les
chanteurs, avec le passage de leur dernier tube « en
boite ».

La Boite de Nuit : Acte 1 438


Guerre contre les Majors

Au 1° juin 2009, c’est la première de l’émission.


Le générique, composé par le fils d’un grand
compositeur, qui a servi durant tout le mois à la pub
de cette émission est déjà un tube, sur lequel se
déhanche un millier de jeunes. Les caméras zooment
sur des visages connus et sur des inconnus du grand
public. Ces « inconnus » sont des pontes des médias,
habitués à l’ombre, mais qu’il faut montrer pour
affirmer leur autorité sur le monde qu’ils
administrent.
Il y a aussi trois éternels ministres de la culture qui
vont s’éviter toute la soirée mais qui vont traiter des
affaires durant cette soirée, des personnels du CSA,
de la SACEM, de Vivendi… qui profitent eux aussi
de l’opportunité strass paillettes. Les flashes
crépitent, puis un travelling avant conduit le
téléspectateur au centre de la piste de la « Boite de
nuit », sur laquelle attendent deux animateurs
complices et tout sourire pour présenter l’émission.

Ils sont dans une bulle de verre, car autours, il y a


de la musique et les gens dansent . Ils regardent les
écrans géants où ils peuvent suivre l’émission en
lisant les commentaires des animateurs. Ils sont aussi
traqués par les caméramen et ils espèrent se voir .
Pour augmenter leurs chances, certaines demoiselles
ont des décolletés audacieux tandis que d’autres ont
des robes fendues jusqu’à la taille. Pendant les heures
de télé publique, jusqu’à 23 h 30, il faut rester soft.
Mais sur la chaîne privée et la chaîne du net, tout sera
possible. Les candidats sont déjà au sein des

La Boite de Nuit : Acte 1 439


Guerre contre les Majors

danseurs, mais personne ne les connaît. C’est quand


la caméra zoomera dessus qu’ils se dirigeront vers la
piste centrale. Chacun espère être à coté d’un de ces «
élus » .

L’émission a commencé depuis un quart d’heure


qu’on a juste rappelé les conditions du jeu. On en sait
pas plus que ce qu’on avait déjà appris dans la promo
et dans les journaux spécialisés, que c’est déjà de la
pub.

Durant les deux premières heures, les


rafraîchissement sont offerts, ce qui n’est que justice
vu le prix d’entrée. Tout gêneur sera expulsé, et
dehors, un millier de personne attend, espérant une
place. Au bout des parkings, d’autres ont planté leur
tente. Ils ont décidé de faire la queue dés le
lendemain matin pour la soirée suivante. En fait de
rafraîchissement, il s’agit de planteur, riche en eau, en
concentré de fruits et avec une pointe de rhum. Il est
impossible d’en boire déraisonnablement jusqu’au
coma éthylique. Mais avec la chaleur, tout le monde
ne boira et les non−consommateurs d’alcool seront
tout de même un peu boostés, ce qui peut donner des
résultats intéressants.
Des petits cachets circulent aussi, sans danger
pour la santé, mais qui permettront, vers deux heures
du matin, quelques débordements lascifs. Les VIP
célibataires (d’un soir) ayant trouvé une cavalière
d’un moment pourront « emballer » proprement s’ils
le désirent.

La Boite de Nuit : Acte 1 440


Guerre contre les Majors

C’est le public qui paye et qui fournit la matière


première. Dehors, des chasseurs … de têtes repèrent
les jolies filles dans la file et les font entrer à la
demande. Ils ont une webcam sur la première
phalange de l’index, et le « commanditaire » choisit
de son siège en fonction de ce que pointe le gorille en
smoking.
On présente le premier candidat. C’est une
candidate. Elodie, 21 ans, BTS secrétaire de
direction. Elle aime la danse depuis toute petite. Et ça
tombe bien, c’est sa vedette favorite qui la parraine ce
soir. Elle fond en larmes de joie devant son idole, qui
en profite pour attirer à elle toutes les attentions en
étant sympa avec cette si charmante fan. Il, parce que
c’est un homme, a 5 ans de plus qu’elle et il se
propose d’être son grand frère pour cette soirée.
Le public féminin de la boite de nuit hurle pour
manifester sa présence. Il ne manque pas de petites
sœurs éventuelles. Il y pensera avant de s’éclipser
vers une heure du mat.

En attendant, il se mêle aux danseurs de la piste


voisine avec la première candidate.

Un nouveau créneau de publicité. Les chaînes


privée et du net profitent des premières indiscrétions
de caméras tandis que les animateurs se préparent à
accueillir le deuxième candidat. On en profite pour
les motiver en leur donnant une estimation de l’indice
d’audience. Ca démarre très fort.
Sur les parkings, on installe un écran géant et la

La Boite de Nuit : Acte 1 441


Guerre contre les Majors

sono, car les gens continuent d’arriver. On ne peut


pas les laisser comme ça. Ils doivent être plus de
5000. La préfecture envoie la compagnie d’alerte de
CRS, mais sans les lacrymos et les matraques. Ca va
les changer pour une fois. Des tentes de premiers
secours de la sécurité civile sont aussi montées. Un
dispositif de gestion de la circulation est mis en place
depuis le périphérique.

Sur le net, de nombreux groupes de discussions


commencent à aborder le sujet. La dernière émission
de télé poubelle ne les intéressait pas. Mais l’ampleur
de son succès commence à susciter des
commentaires, des projets.
L’émission devient le sujet d’actualité numéro un
en France. Elle devient aussi une cible médiatique
potentiellement incroyable. Les idées les plus folles
commencent à germer. Certaines vont être prises au
sérieux … A
SUIVRE

La Boite de Nuit : Acte 1 442


Sombres prémices

04 / 07 / 2006, 19:22
Sombres prémices

Février 2016 Un nouveau roman sur le supra−net


sème la confusion dans l’esprit patriote des français,
encore sous occupation américaine. « Le cercle
sombre », œuvre présentée comme une fiction,
s’appuie sur la réalité du système politique clandestin
français pour « inventer » le complot sinistre d’une
organisation sectaire.

Plus grave, il montre du doigt certaines faiblesses,


anticipe sur le retour de la cupidité des professionnels
de la politique et imagine certaines dérives, dont les
prémices seraient déjà perceptibles.
Dans le livre, les dirigeants de ce cercle seraient prêts
à pactiser avec l’ennemi pour en tirer un bénéfice
personnel. C’est pour cela que la riposte française à la
présence américaine n’est pas déclenchée, alors
qu’elle entraînerait leur défaite.

En moins d’une heure, le livre peut être retiré de


la circulation ou bien réécrit et amputé de certaines
parties. Un cercle a été créé pour l’occasion. Le texte
incriminé a été soumis à l’ensemble des membres de
la vidéo conférence. Un logiciel de reconnaissance de
la voix transpose en texte au fur et à mesure les
interventions sonores et les personnes connectées sur
le supra−net peuvent suivre les débats et répondre au

Sombres prémices 443


Guerre contre les Majors

sondage. Celles ci sont censées avoir lu le livre et


peuvent en direct répondre par oui ou par non aux
questions soulevées par les membres du cercle.
L’avis du « public » peut ainsi être pris en compte par
les intervenants du cercle. Mais il arrive que les
décisions prises aillent à l’inverse des premiers
sondages.
En effet, lorsque une réponse ne leur semble pas
viable, les intervenants du cercle argumentent et
reposent la question…

Le cercle est composé de deux écrivains de


l’Académie Française, d’un ministre délégué à la
culture, d’un politologue du CNRS, d’un statisticien
en relation avec son service, de deux militaires de
l’état−major des forces armées, d’un agent de sécurité
du territoire, d’un politicien pour chacun des trois
partis les plus importants, de trois citoyens
volontaires choisis parmi les premiers connectés, de
l’homme à la sucette avec une fonction non définie et
de l’auteur. Le public compte pour une voix. On
obtient un nombre premier supérieur ou égal à sept.
Le cercle de décision est validé. Le président sera le
ministre délégué à la culture.

L’auteur prend la parole. Son œuvre est une œuvre


de fiction. La secte de type maçonnique n’existe que
dans son imagination. Le recours à l’actualité est
voulu pour donner des accents de réalisme dans le
nouvel espace littéraire que permet la nouvelle
culture française. Même si son roman est très critique
sur certaines décisions prises par des cercles de
compétence, il n’en est pas moins pour ce système.

Sombres prémices 444


Guerre contre les Majors

Pour terminer, il remercie ses lecteurs et se félicite de


l’impact de son œuvre.

L’agent de sécurité du territoire demande le huis


clos. Il voudrait supprimer l’accès du public à ce qu’il
considère comme des informations vitales autours du
moral des français. Le compte est fait. Les 3 citoyens
volontaires moins la voix du public. On retombe à 13.
Il n’est pas superstitieux. Le cercle serait valide.
Les deux militaires le soutiennent du regard. Un
premier vote est effectué. 5 pour, 12 contre. Le débat
reste public.
Un premier écrivain prend la parole. Il modère
tout d’abord la valeur de l’œuvre, écrite à la va−vite,
ne respectant pas les règles classiques d’un roman
équilibré. Selon lui, il faudrait aussi réécrire la scène
de sexe pour qu’elle se passe plus en milieu de roman
qu’au début, ce qui différencierait déjà un peu ce
roman d’un quelconque «bouquin de gare».
L’homme à la sucette se dit qu’effectivement la
réforme des institutions comporte encore quelques
faiblesses et qu’il reste encore des archaïsmes à gérer.
L’Académie Française en est un bon exemple.
Nommer des « immortels » à vie n’est pas
spécialement un facteur d’évolution viable, surtout
qu’ils occupent la fonction tardivement dans leur
carrière. Et manifestement, il faudra quelques
décennies pour que cet esprit brillant il y a encore
quelques années puisse à nouveau rayonner comme
alors, enfin débarrassé des scories de la vieillesse qui
lui ont quand même fait perdre le contact de la réalité
du commun des mortels. Dommage que le livre n’en
parle pas. Il faut dire que l’auteur, très ambitieux,

Sombres prémices 445


Guerre contre les Majors

affectionnerait peut−être un jour un siège au sein de


cette docte assemblée. Puisant dans ses souvenirs de
lecture, l’homme à la sucette sourit malgré la gravité
de la situation. Il retrouve les mots « nouveaux » d’un
certain commissaire, dont le créateur refusait de son
vivant de faire partie de l’Académie qui « épingle »
les mots dans un gros livre en leur ôtant toute vie.
Le politologue reconnaît quelques défauts,
comme la désignation des membres de cercle qui
parfois se fait sur l’initiative d’un seul homme pas
toujours défini. Remettre cette charge à un président
serait aussi museler l’initiative. Le débat public par
contre s’impose toujours, surtout que l’audience est
bien plus élevée qu’autrefois grâce aux infos «
éducation civique ». Des lois comme la DADvSI en
2006 ne pourraient plus passer inaperçues du grand
public. L’accusation d’une possible confiscation du
système par une entité sectaire ou un seul parti
politique est aujourd’hui impossible, car les cercles
changent souvent et le programme de l’instruction
d’état nécessaire pour en faire partie est discuté en
public. Enfin, les horaires de vote sont définis à
l’avance afin de permettre la plus grande participation
possible.

Le militaire le plus gradé (avec pleins d’étoiles sur


son béret) prend la parole. Selon lui, une fois que la
composition d’un cercle est terminée, il y a mise en
comparaison des dossiers sur le parcours éducatif et
professionnel des intervenants. Il ne peut y avoir de
copinage excessif.

Un citoyen demande alors pourquoi chaque

Sombres prémices 446


Guerre contre les Majors

individu est si lourdement fiché par le système


informatique d’état et si une tyrannie pourrait
opprimer ses concitoyens avec ces données.

C’est le statisticien qui répond.


« Pendant des années, nous avons pensé que la
dispersion des données d’une personne sur des bases
différentes limitées au strict usage nécessaire par
l’organisme de gestion concerné était un moyen de
préservation contre la tyrannie. En fait, c’était la
porte ouverte à des abus non constatés car disséminés
un peu partout. Il y avait aussi redondances
d’information d’où perte de temps et risques
d’erreurs.
De nombreux courriers papiers donnaient lieu à
des corrections aléatoires et finalement, la méthode
empirique profitait au désordre. Les données
conservées sur des serveurs supra net sont accessibles
par l’intermédiaire de masques de saisie ou de lecture
avec identification et traçage de l’information. Ces
masques sont vérifiés et validés avant chaque mise en
service. Il est impossible d’utiliser des requêtes non
autorisées sur les bases. Si il faut créer des champs de
données spécifiques, ce sont les informaticiens d’états
qui s’en chargent. La vitesse des échanges sur le
supra net permet au organisme de n’utiliser que des
navigateurs pour traiter les bases de données. La
maintenance du système est effectuée par des
hommes de confiance dont la probité et les euros
comptes sont vérifiés périodiquement. Les données
de chacun sont donc bien protégées et les
fonctionnaires autorisés ne peuvent consulter que la
part qui leur revient. La police et l’intérieur peuvent

Sombres prémices 447


Guerre contre les Majors

utiliser l’ensemble des données pour faire un


recoupement, mais cette fois ce sont les hommes de
direction et les fonctionnaires responsables qui sont
sur−contrôlés. Dans les équipes, il faut toujours un
pourcentage minimal de personnels de chaque parti
déclarés supérieurs à 10 % du vote de la dernière
consultation nationale. Aux citoyens ensuite de
s’exprimer et de donner sa voix à tel ou tel parti.
Mais un parti ne peut seul utiliser ces données
contre la population. Pour terminer, chaque champ de
donnée a fait l’objet d’une étude, d’une demande,
d’une vérification de pertinence, et d’un vote durant
la tenue d’un cercle spécialisé… »

Un passage du « Cercle sombre » retient


l’attention d’un politicien. C’est celui qui suppose la
trahison de trois membres du premier cercle, ainsi
que la menace pesant sur deux de ces membres.
Ainsi, une fraction de cette importance peut
influencer le vote de la légalisation de l’emploi des
drogues douces dans la quête de la vérité et de la foi.
Il y a là suspicion éhontée sur des citoyens au dessus
de tout soupçon et aisément identifiables.

C’est cette fois le politologue qui répond.


« Ce ne serait pas la première fois que dans une
œuvre de fiction, les personnages aient de hautes
fonctions, voire la plus haute fonction. Nous sommes
au début d’un nouveau système politique et social. Il
est normal que le premier mandaté soit aussi «
suspecté » qu’un ancien président pour rendre la
fiction compatible avec la réalité. Néanmoins, la
subornation de cinq membres du premier cercle ne

Sombres prémices 448


Guerre contre les Majors

peut permettre de grosses réformes. Le vote public


sera toujours utilisé. Le renversement du premier
cercle de l’exécutif par le cercle de mécontents
notoires est de plus toujours possible et les lois des
trois derniers mois sont réexaminées dans ces cas là.
N’oublions pas aussi l’obligation de vulgarisation des
textes qui en permet la lecture par le citoyen lamda. »

Le délégué à la Culture, président de séance prend


alors la parole.
« Ce passage sera donc épargné ainsi que celui ayant
attrait à…, horreur, ma propre fonction. Vouloir
m’ériger ainsi comme un infâme censeur … comme
au plus mauvais temps de la mise en place de lois
censées protéger la culture du piratage numérique. Je
devrai en être vexé et non, mon cher auteur,
aujourd’hui, comme demain j’espère, Culture ne
rimera pas avec censure puis déconfiture… »
« Monsieur le Président, plaide alors le second
militaire, ce livre s’attaque à la légitimité de notre
constitution, de nos infrastructures… Il s’en prend à
notre politique de défense, à la conduite des
opérations et enfin à notre compétence à traiter le
conflit en cours. Les citoyens font de gros efforts
pour supporter 150 000 soudards sur leur territoire.
Nous même aimerions les balayer d’un revers de la
main, mais nous savons combien leur contre−attaque
nous coûterait en vies humaines et cette fois en
civilisation perdue. Ce livre est un danger, car il
prétendrait utiliser l’orgueil national pour nous lancer
dans une guerre plus classique et oh combien
hasardeuse… »

Sombres prémices 449


Guerre contre les Majors

− C’est votre opinion. Mais est−ce celle des


citoyens ? Cette fois, nous posons bien la question «
Après lecture du cercle sombre’, pensez vous qu’il
faille écraser les américains tout de suite dans leurs
cantonnements. Dix minutes de réflexion. Nous
relèverons ensuite les compteurs favorables,
défavorables, ne savent pas, s’en moquent, proposent
une autre solution. »

Dix minutes plus tard


« Une nouvelle question sondage. Après lecture du
cercle sombre’, pensez vous que nos institutions
soient en danger, qu’elles doivent évoluer, qu’il faille
les abandonner, ne savent pas, s’en moquent ,
proposent une autre solution» Attention, cette
inspiration doit être une conséquence de la lecture de
ce roman, pas être un avis précédent… »

Encore dix minutes plus tard.


« A la lecture des résultats, nous pouvons constater
que le livre pose problème à 30 % des personnes
interrogées qui ont répondu. C’est un résultat qui
effectivement impose de prendre certaines mesures »

L’homme à la sucette demande la parole et l’obtient.


« Bonjour Messieurs. Comme vous pouvez le
constater, mon visage est brouillé et ma fonction dans
ce cercle comme au delà n’est pas indiquée. Je peux
vous dire sans devoir vous faire assassiner ensuite
que mon travail est très lié avec la présence des
américains chez nous.
J’ai lu ce roman avec attention. Comme le faisait
remarquer monsieur l’académicien, ce n’est pas un

Sombres prémices 450


Guerre contre les Majors

chef d’œuvre littéraire. Mais ce livre a un très grand


mérite selon moi et fera date historiquement. Il est le
premier du genre.
Il accuse notre système de trahison. Il « démonte »
le mécanisme des cercles de compétences pour mieux
y placer le grain de sable ou la bombe. Il provoque
sciemment l’autoritarisme présumé de notre société
numérique. Ne lui donnons pas cette censure si
ardemment recherchée. Donnons lui les arguments
cités pour sa défense afin de se préserver d’un
jugement qui le ferait s’élever au rang de martyr de la
littérature et de la liberté.
Et puis, à part des raisons de sensationnalisme,
l’auteur peut−être réellement de bonne foi. Certaines
remarques sont d’ailleurs pertinentes et je pense que
la lecture de ce roman par le plus grand nombre peut
nous aider à valider des solutions pour faire face à
certaines faiblesses.

Nous sommes en guerre. Faisons preuve


d’intelligence. Après une petite préface de notre
cercle indiquant que nous avons lu ce livre, qu’il a été
qualifié de roman remue−méninges, et que nous
l’acceptons tel quel comme délassement culturel avec
des remarques pertinentes.
A la fin du livre, répétons notre message justifiant
notre politique vis à vis de l’envahisseur et mettons
en avant les éléments non développés par l’auteur,
éléments dont l’absence peut permettre un avis
erroné.
Et proposons le même vote que précédemment
avec les auditeurs d’aujourd’hui. Nous pourrons ainsi
être en phase avec notre population, garder sa

Sombres prémices 451


Guerre contre les Majors

confiance dont nous avons besoin pour pouvoir


sereinement agir pour le bien de tous.
Nous ne devons pas museler l’opposition, mais en
tenir compte pour ne pas qu’elle nous gêne comme
pour ne pas nous tromper. Et rappeler que nous ne
sommes pas au pouvoir pour nous en conserver la
jouissance personnelle, mais pour le conserver pour
tous dans toute son efficacité, sa justice et sa
clairvoyance.
Ce que je dis est un peu pompeux et maladroit,
mais si le fond vous convient, faisons confiance à
notre délégué à la culture, aux académiciens et même
à l’auteur pour apporter tout le soin nécessaire à sa
rédaction. »

La tenue du cercle fut donc reportée au lendemain


avec proposition d’une préface et d’une postface.
L’auteur aurait voulu « adoucir » certains traits
grossiers de sa caricature, mais il ne fut autorisé qu’à
les critiquer lui même en fin de livre. En effet, même
si il restait maître de son texte, comme c’était son
droit le plus absolu, compte tenu du fait qu’il avait
été publié une fois tel qu’il l’avait voulu , sa
modification ayant pu être considérée comme un acte
de censure contredisant la préface, Il fut obligé de
s’abstenir de le modifier pour une période de dix ans.
Sa sanction fut donc de voir son œuvre polémique
réduite à sa valeur intrinsèque au lieu de se gonfler
d’une importance conjoncturelle et artificielle. Il
aurait du y penser plus tôt et s’appliquer un peu plus
avant la diffusion.

Malheureusement, cela ne l’empêcha pas d’avoir

Sombres prémices 452


Guerre contre les Majors

eu raison sur certains points… ce que la suite des


évènements prouva mais c’est déjà une autre histoire.

Sombres prémices 453


La Boite de Nuit : acte 2

07 / 07 / 2006, 21:52
La Boite de Nuit : acte 2

« Et maintenant, découvrons le deuxième


candidat. Pierre, 26 ans, styliste. Pierre mène la danse
depuis 12 ans, date de sa première boum. En plus du
hip hop, il pratique aussi les danses anc… classiques.
Pierre est un excellent cavalier pour les valses les
tangos et les slows les plus langoureux. »
Pierre s’avance vers l’animateur. Pantalon
moulant, chemise blanche ouverte très prés du corps,
cheveux très courts avec banane sur le devant, large
sourire éclatant, une vraie tête à claques pour homo
sapiens brut de fonderie.
Des hurlements de fillettes en chaleur frénétiques
saluent son arrivée. Manifestement il est très content
de lui et il commence à vouloir plaire à tout le
monde. Une vraie tête de vainqueur »

Cette émission débile que regardent ses gosses et


sa femme commence à sérieusement agacer Gérard. Il
la suit lui−même de loin car le son est fort et son
écran plasma HD de 1,20 m de diagonale lui permet
de ne rien rater à 6 m.
Installé sur son ordinateur, il trolle avec
délectation les sites de petits cocos sur le Net. Surtout
ceux qui veulent plus de libertés sur le Net. Le Net
est libre. On peut y faire ce qu’on veut. Il y a pléthore
de sites d’extrême droite avec des menus carrément

La Boite de Nuit : acte 2 454


Guerre contre les Majors

nazis. Il y a des sites pédophiles. Il y a des sites de «


petits révolutionnaires marxistes ». des sites de
terroristes arabes, des sites pour chaque religion, des
sites de secte…
Lui, il a son petit forum de copains. Le site
réellement actif change de nom tous les trois mois.
Les sites périmés sont artificiellement mis à jour avec
des banalités, sauf un topic qui permet d’envoyer un
message d’alerte ou les références d’un nouveau site
durant un temps très court.

Son boulot à lui, sur le net, c’est le trollage de


base, même si il s’amuse à promener ceux qui
voudraient lui expliquer que le racisme, c’est pas
bien, que le capitalisme sauvage appauvrit 99% de la
population, que la violence ne résout rien, que les
arabes sont gentils…

Il les titille en les traitant de voleurs d’artistes,


d’ignares en politique, de sectaires… Il fait
l’innocent, le paria, la victime… Tous ne se laissent
pas prendre, mais ceux qui le rabrouent vertement
font en fait douter les non−averti, ce qui le sert.

Cette émission est enregistrée pas très loin. Le 3°


candidat est un bicot. Hasard, il s’appelle Zinedine.
Rachid, Mohamed ou mouloud, ça fait mauvais genre
à la télé. Mais Zinedine, c’est un prénom accepté par
tous. Il voit le rassemblement qui se crée à l’extérieur
de la boite de nuit. Et si lui et ses potes allaient y faire
un petit tour ? Histoire de cogner sur du petit con, du
PD, de l’ étudiant ou de l’arabe…

La Boite de Nuit : acte 2 455


Guerre contre les Majors

Sur le site des petits cocos, ça critique bien


l’émission aussi. Ils disent ne pas la regarder, se baser
sur les bandes annonces et sur le contenu des médias,
mais certains doivent suivre en direct. Pour une fois,
il serait bien d’accord avec eux.
C’est vraiment de la m..de. (ndla : en intégralité
dans la tétête du gégé). D’ailleurs, pour mieux les
faire ch…r(ndla :idem), il lit ce qu’ils racontent. Y’a
des trucs pas si cons. Mais surtout, il a remarqué une
chose. Leurs adversaires « artistes » « producteurs » «
animateurs » responsables SACEM, RIAA et caetera
ont souvent des noms youpins. Dans les génériques
de films ou de série, c’est pareil. Et dans les films, il
y a pleins de filles qui sappellent Sarah. La plus
célèbre d’entre elle . «Sarah o’ Connors » bien sûr.
Le furher avait raison. C’est une engeance mondiale.
Ils sont partout. Ils ont le pognon, les médias, le
pouvoir même. Ils se pavanent à la télé, ils tiennent
les casinos. Ils écrasent les vrais hommes. Ils écrasent
aussi les arabes, mais pour cela, il ne leur en veut pas.
Dans son petit esprit, le sapeur (de morale toujours
bien habillé par les forumeurs) chevalier blanc Gérard
voit des youpins partout. Y’a même des juifs qu’on
changé de nom pour avoir l’air français, américains,
italiens …russes même. Heureusement, il y a lui, et
ses potes, et les autres vrais hommes pour défendre la
pureté de la race humaine face aux rats. Il faut faire la
purification avant de risquer se faire bouffer par les
noirs puis les chinois, communistes en plus. Eux, ils
cumulent les tares.

Mais Gérard vivant, ça n’arrivera pas. En

La Boite de Nuit : acte 2 456


Guerre contre les Majors

attendant, il taquine les petits cocos.

« Alors, t’es un puceau qui n’ose pas aller mater le


cul des jeunes cochonnes de la Boite de Nuit. Vous
êtes tous des obsédés hippocrites (ndla « oui, c’est un
mot compliqué pour Gérard »)

La quatrième candidate est bien mignonne. Elle


est un peu timide et parle peu. Elle plait à Damien qui
vient de se faire traiter d’obsédé par Gérard. Son
pseudo, c’est « Tocsin », histoire d’appeler ses
camarades à l’action . Elle s’appelle « Sonja » avec
un « j » croit−utile de préciser l’aboyeur.

Elle se déhanche bien. Un petit fessier


sympathique sous sa courte jupe. Un tee−shirt
mignon qui s’arrête avant le nombril… Et …
comment a t−elle fait pour avoir celui ci bronzé un 1
juin ?

Elle est blonde aux yeux verts. Ses petits seins


damneraient bien un troisième homonyme. Elle a une
taille de guêpe , des jambes longues et de fines
chevilles. Bon, Damien est sûr qu’elle a aussi bien
d’autres qualités… moins évidentes dans le contexte
actuel.

Il suit l’émission en ligne dans son deuxième


écran. C’est vrai que les commentaires sont nuls,
mais la musique est sympa et c’est un peu la « boite »
dans sa chambre tandis qu’il communique avec des
amis plus calmes et plus réfléchis.

La Boite de Nuit : acte 2 457


Guerre contre les Majors

Néanmoins, Damien est un adolescent assez


introverti. Frêle physiquement depuis son plus jeune
âge par rapport à ses camarades, il n’a jamais osé se
lancer sur un terrain de foot ou de volley et le fossé a
continué à se creuser. Plongé dans les livres ou rivé à
son ordinateur, il n’a pas non plus cherché à pratiquer
des sports individuels tels que l’athlétisme, les arts
martiaux ou la natation qui auraient permis un
progrès.

Damien pourtant n’est pas spécialement petit.


Mais il lui manque un peu de viande sur les os, et
surtout, il ne tient pas très droit. Il en est complexé
mais ne fait rien pour corriger et sa position sur sa
chaise face à son écran n’arrange rien à son état.

Alors, Sonja est un rêve pour un garçon comme


lui. Les filles jusqu’à maintenant l’ont laissé de
marbre. Cette sensation est nouvelle pour lui.

Le cinquième candidat est antillais. L’animateur


insiste sur son coté noir africain. Joseph rappelle que
la Martinique n’appartient pas au même continent,
mais c’est peine perdue. Rompu au zouk, il excelle en
fait dans toutes les chorégraphies alambiquées avec la
légèreté d’un sportif qui s’amuse. Il est du quartier de
Jasmine, et la bande ce soir regarde la télé sur grand
écran à la MJC, plutôt délabrée mais dans une saine
ambiance. Les animateurs se sont surpassés et
certains motivés leur ont donné un coup de main.

Il y a bien quelques pêtards qui circulent mais tous


ont promis qu’il n’y aurait rien d’autre ce soir et

La Boite de Nuit : acte 2 458


Guerre contre les Majors

qu’en cas d’arrivée de la police, personne n’aurait à


craindre quoi que ce soit. En effet, trois mois
auparavant, un mouvement de panique avait fait un
blessé grave par piétinement, une vingtaine de visites
aux urgences et une cinquantaine d’ecchymosés
divers. Tout çà à cause d’un lacrymo lâché par un
jeune qui avait fait croire à une charge policière alors
que les agents n’étaient que trois en patrouille.

Le sixième candidat est un râveur. Habitué du


monde de la nuit, fils de notable, il passe des nuits
d’enfer et coule des jours paisibles. Il se fait huer par
toute la salle. Leur champion gagnera. Et pourtant, à
ce stade de l’émission, personne ne sait sur quoi va
porter la compétition. Danse, chanson, DJ, people …
que vont faire les candidats pour marquer des points ?

Entre chaque candidat, il y a systématiquement


des pubs. L’émission a commencé à 21 h et doit se
terminer à 23 h 30. Il est 22h 15. Manifestement,
toute la soirée va servir à présenter des candidats.

Dehors, la cohue s’organise. Seule 200 personnes


sont autorisées à patienter pour entrer. Les parkings
immédiats sont évacués. Un lycée voisin, devant
servir pour les épreuves du bac, (mais les candidats
seront répartis ultérieurement sur d’autres centres
d’examen) est ouvert à l’accueil des fêtards. Un
camion de sonorisation de la chaîne de télé a installé
l’acoustique nécessaire et trois grands écrans
retransmettent l’émission, avec les trois plans
différents, comme sur les canaux payants. On
découvre donc les plans sulfureux de la « Boite de

La Boite de Nuit : acte 2 459


Guerre contre les Majors

Nuit ».
Et une demi−heure plus tard, les premiers plans de
cette extension, apparaissent sur les écrans. Les
applaudissements et les hurlements parviennent
pendant quelques minutes à couvrir la musique.

La septième candidate est une brune gothique.


Piercing, tatouages, maquillage, fringues, coupe de
cheveux, bas, bottes… toute la panoplie pour le
meilleur du style.
Derrière ses longs cils, des yeux intensément
pénétrants et sur son visage blafard, entre deux lèvres
rouge sombre un sourire mi−carnassier, mi coquin…
tout cela fait délicieusement frémir et révèle des idées
insoupçonnées chez les spectateurs, et même
certaines spectatrices …

C’est une fleur du bitume elle aussi, qui vient de


Lyon. Sa voix est un souffle un peu rauque et ses
phrases sont concises, mais non dénuées de sens. Elle
est telle une sombre déesse des temps antiques, qu’on
aurait réveillé d’un sommeil séculaire pour une raison
primaire, mais qui attend son heure pour prélever son
tribut aux dépends des inconscients. Son charme
glacé agit et torture déjà beaucoup d’âmes
sensibles…

Un vieux punk de cinquante balais sent revenir


une sensation depuis longtemps émoussée par l’abus
d’alcool et de drogue encore plus que par l’âge. Avec
ses cheveux gris longs, son visage émacié, son nez
d’aigle et ses dents pourries, il pense qu’elle est faite

La Boite de Nuit : acte 2 460


Guerre contre les Majors

pour lui . Il va s’habiller en conséquence et tenter sa


chance, les jours prochains, à la « Boite de Nuit ». En
attendant, il s’octroie une nouvelle canette de bière
qui gonfle un peu plus son ventre proéminent.

La coupure pub s’allonge encore. Dans la boite, il


n’y a plus un poil de sec. Les consommations
deviennent payantes et l’argent coule à flot.
L’ambiance est chaude, humide, quasi irrespirable.
Pourtant les ventilateurs sont à fond, comme les hauts
parleurs. Les danseurs commencent à avoir des
regards vides et à danser comme des marionnettes
endiablées. Certains habitués se déchaînent et font
des exercices de style, espérant capter l’attention des
multiples objectifs.
Dans les alcôves du deuxième étage, des soupirs
langoureux , parfois des cris mal étouffés,
commencent à se faire entendre dans une pseudo
indifférence.

Le huitième candidat n’apparaît pas au mieux de


l’élégance. Il a laissé tombé la veste, desserré la
cravate et sa chemise blanche a des auréoles
douteuses. Ses cheveux blonds sont collés par la
transpiration. Il se prénomme Greg et il rit tout le
temps. Les filles autour de la piste hurlent son nom,
lui envoient des baisers, sont prêtes à se jeter sur lui
dés qu’il va quitter le plateau . C’est de la folie . Les
deux animateurs ne parviennent plus à en placer une
et Greg repart. Le téléspectateur attendra la suite pour
mieux le connaître.

Avant la pub, on lance le premier jeu SMS avec la

La Boite de Nuit : acte 2 461


Guerre contre les Majors

question « De quelle ville est originaire Sonja » . On


propose trois solutions pour que ceux qui ne savent
pas donnent trois coups de fils pour garder leurs
chance de gagner un magnifique écran HDCP à la
nouvelle norme divz4. Dans la salle de la boite de
Nuit, comme devant les écrans géants, sans arrêter de
danser, les participants tirent leurs portable de leur
poche pour appeler le standard, vite saturé.

L’écran aurait amorti plus de cent fois dans le


quart d’heure suivant si il avait été acquis à son prix
d’achat sur le net. Et la production en a reçu
gratuitement 50, sortis d’usine, pour en faire la
promo. Les affaires vont de moins en moins bien
pour ce genre de produit de luxe. Le fabricant espère
en placer 5000 grâce à l’émission. Il a aussi du en
fournir 200, d’un modèle plus petit, pour servir de
cadeau aux VIP.

Marcel regarde amusé arriver la neuvième


candidate. Une petite boulotte brune, avec les
cheveux courts et une jupe encore plus courte qui lui
donne un air extrêmement vulgaire. Son élocution
phocéenne achève d’enterrer le personnage. Pourtant
elle a l’air bien sympa et pleure de joie d’avoir été
sélectionnée. Elle envoie le bonjour à tous ses amis
sur le vieux port. Elle est sifflée par les potiches qui
sont parvenues à rester au devant du plateau. Les
deux animateurs ont du mal à rester sérieux. La
déception couvre de son aile sombre le visage ingrat
de la pauvre fille. Elle baisse le menton tandis que les
paupières se ferment et nettoient ses premières larmes
de honte et de tristesse. Elle renifle bruyamment, puis

La Boite de Nuit : acte 2 462


Guerre contre les Majors

les yeux rougis mais le regard à nouveau fier et


teigneux, elle redresse ses 150 centimètres au
maximum et adresse un doigt d’honneur vengeur aux
caméras avant de repartir crânement danser au
premier rang. Les applaudissements qui suivent lui
donne d’emblée une longueur d’avance sur ses
concurrents.

Pendant la coupure pub, les deux animateurs ont


l’oreillette qui chauffe et qui leur laboure le tympan.
Leur mine déconfite et grimacière en dit long sur le
contenu du monologue de leur patron. Eve
correspond à un marché. Elle n’est pas là par hasard.
Si elle quitte l’émission ce soir, il y aura des comptes
à rendre. Ils ont intérêt à rattraper leur bourde.

Une ville, déjà, se mobilise autour de la candidate.


Un homme politique récupère l’aubaine. Demain,
Eve aura sa photo à tous les coins de rue. Son service
de relation publique s’y attelle immédiatement.
La une de deux journaux locaux en est
chamboulée.

Mais le temps presse. Déjà on présente le dixième


candidat. Marcel boit l’émission comme du petit lait.
Et pourtant, il en a gros sur la patate. Il a été refoulé
du casting. Et pourtant, il aurait pu être mieux que ce
type, tout à fait commun, qui sourit comme un
imbécile. Lui aussi il aurait pu avoir un tatouage sur
le bras si c’était vraiment indispensable. Lui était
vraiment capable d’être un bon candidat, de mettre
l’ambiance, d’intéresser un public.
C’est clair. Si ce n’était pas tous des pourris à la télé,

La Boite de Nuit : acte 2 463


Guerre contre les Majors

si ils ne prenaient pas que ceux qui couchent ou que


les fils de ceux qui ont couché, il aurait eu sa chance,
lui.
Car il sait jouer la comédie, chanter, amuser. Il
présenterait aussi l’émission mieux que ça.
Mais c’est toujours les mêmes qui s’incrustent.

Alors Marcel sort le pistolet automatique qu’il a


acheté cet après−midi. Il est déchargé, mais il
commence à trouver amusant de viser les animateurs
et les candidats, de faire « poum dans ta sale gu… »
etc…

Marcel reprend du whisky, allongé au cola. Il fixe


l’animateur dans les yeux. «Oui, moi, je vais te la
mettre l’ambiance… »

A SUIVRE

La Boite de Nuit : acte 2 464


Pour toujours

17 / 07 / 2006, 19:48
Pour toujours

Juillet 2015.

Il y a beaucoup de monde aujourd’hui à


Magny−cours. C’est le premier « Grand Prix de
France » depuis 2011. Petit cadeau américain qui en
janvier dernier ont réussi à faire changer le calendrier
de la FIA.

La ville est donc occupée par un régiment de chars


et un régiment d’infanterie chargés de la sécurité. Un
quartier entier a été réquisitionné pour l’hébergement
des pilotes pour ces trois jours.

La F1 n’a qu’un sponsor : La « World Company »


. Le vieux Bernie Ecclestone est mort en 2009.
Certains n’ont pas trouvé sa mort très naturelle,
tellement il paraissait immortel et omniprésent. Il
luttait contre la World Company mais les sponsors se
faisant tous racheter, celle ci tarissait au fur et à
mesure les flots d’argent d’argent qui jusqu’à
maintenant permettaient à la F1 d’exister.

Le vieux Bernie, requin jusqu’à lors, était devenu


mécène pour faire encore rouler une saison de plus
ces bolides d’exceptions. Finalement, la passion était
plus importante que l’argent pour lui. Les sommes

Pour toujours 465


Guerre contre les Majors

pharamineuses « économisées » toute une vie durant


fondirent comme neige au soleil pour garder les
fastes habituels. La world Company tenta de ne plus
diffuser les grands prix sur les chaînes privées et
Bernie traita à perte avec les chaînes encore
publiques.
Sa mort en attrista donc plus d’un mais son
acharnement à soutenir la F1 contre plus fort que lui
auréola sa légende bien au delà de ce qu’il
représentait jusqu’à lors.

Les funérailles furent grandioses et mondiales.


Même si il n’y eu aucun chef d’état, beaucoup de
cadres des anciens groupes automobiles et des
manufacturiers firent le déplacement. Pas un des
pilotes et des mécaniciens des trente dernières années
ne fut manquant, mis à part les morts. La World
Company diffusa largement les images et dés le
lendemain obtint enfin la main mise souhaitée sur les
paddocks.

Les onze équipes de deux devinrent donc


nationales, rattachées à des directions automobiles de
la World Company locales. Ainsi l’émulation dans
les usines automobiles pouvait passer par ce sport.
Mais il manquait la France, puisque la World
Company n’y existait plus.

En décembre 2014, sous incitation américaine, la


direction de l’équipe italienne fournit donc à une
équipe « française » un moteur V6 version 2012 pour
la saison 2014. Ce moteur ne pouvait pas gagner,
mais l’équipe de France pouvait faire « bon douzième

Pour toujours 466


Guerre contre les Majors

C’est d’ailleurs ce qui se passa pour tous les


grands prix. Les deux pilotes français, sympathiques
au demeurant, n’étaient pas exceptionnels non plus.
Mais en F1, comme dans le reste des sports télévisés,
la France occupée revenait par la petite porte.

Sur le plateau de Satory, des ingénieurs français


s’occupaient de mettre au point le chassis de la F1.
Celui restait un classique « baquet » tape cul mais ils
avaient annoncé un « nouveau modèle » pour le grand
prix de France. Peu de détails avaient filtré et
quelques vieux afficionados avait honteusement suivi
quelques programmes télévisés de l’occupant,
espérant dans leur cœur un petit miracle pour cette
occasion.

Las, les essais avaient été aussi décevants que


d’habitude. L’équipe de France était en onzième et
douzième ligne, un concurrent japonais partant des
stands suite à un accident en qualification.
L’esthétique avait effectivement un peu évolué. Un
œil averti aurait remarqué que contrairement aux
jours des essais, les ailerons n’avait pas tout à fait la
même position. De même, il aurait remarqué les
lignes plus agressives du nouveau modèle, des
entrées d’air mieux profilées… Il aurait remarqué
aussi que les trajectoires lors des essais étaient
légèrement différentes que celles de leurs adversaires.

Encore aurait−il fallu aussi que l’équipe de France


et ses pilotes bénéficient aussi d’un passage télé plus

Pour toujours 467


Guerre contre les Majors

important. Mais bien sûr, l’équipe américaine était au


premier plan, avec l’équipe Brésilienne et l’équipe
anglaise. Les équipes allemandes et italiennes
faisaient office de outsiders, car historiquement elles
représentaient un énorme marché mais la politique de
la World Company était tournée vers l’amérique du
Sud et les pays asiatiques.

Il fait chaud en ce dimanche 12 juillet 2015.


145.000 spectateurs ont fait le déplacement pour un
circuit prévu à l’origine pour 130.000. Cola et autres
sodas coulent à flot. Il n’y a pas d’eau minérale, car la
World company n’a pas pu encore récupérer les
anciennes usines françaises . Actuellement
embouteillées par les français eux−mêmes, leur vente
ne rapporterait rien à la World Company. Les
boissons sucrées augmentent la sensation de soif et
les français peu habitués à les consommer depuis les
mesures draconiennes de santé publique prises en
2013 souffrent et consomment jusqu’à l’écoeurement
sans pour autant être soulagés.

Le rugissement des moteurs avant le tour de


chauffe remplit le public de joie. L’odeur d’essence,
d’huile chaude, de caoutchouc brûlé réveille chez les
français peu habitués à utiliser un véhicule polluant
individuel des sensations oubliées. C’est le départ du
tour de chauffe. Au passage des pilotes français, les
rangs des spectateurs se soulèvent et leur clameur
fervente parvient à couvrir le bruit des moteurs.

Sous les casques des deux pilotes, il y a aussi


beaucoup d’émotion. Les mains tremblent un peu.

Pour toujours 468


Guerre contre les Majors

Les yeux se brouillent un instant. Aujourd’hui, ils


vont courir comme jamais. Et pourtant, ce n’est pas
leur premier grand prix.

Dans la cohue du départ, les deux pilotes


remontent de trois et cinq places grâce à une audace
qu’on ne leur connaissait pas dés la sortie d’Estoril,
écrasant un peu plus fort le vibreur que les autres, ils
se surpassent et le commentateur a même
l’impression qu’ils vont faire la course l’un contre
l’autre.
Leur accélération est telle qu’avant le freinage à
l’épingle d’adélaïde, ils sont à presque 317 km/h. Le
second manque même d’accrocher l’arrière du
premier, ce qui fait frémir le public.

C’est vrai qu’entre eux, il y a une petite rivalité.


Même amicale, mais c’est la course qui veut ça.
Néanmoins dans les coulisses, une autre approche un
peu moins sportive leur facilite aussi la chose.

Un semi remorque mystérieux cache dans ses


entrailles une intense activité. 24 informaticiens, sous
le contrôle d’un inquiétant personnage suivent sur
leurs écrans les différentes constantes de chacun des
pilotes. Ils ont piraté le réseau wifi large bande de
chaque écurie, qui permet aux ingénieurs de contrôler
électroniquement la voiture.
Depuis trois tours, la deuxième voiture de l’équipe
chinoise gêne la première voiture française. Dans la
ligne droite, son accélération est donc perturbée alors
que la sixième reste bloquée. Le dépassement est

Pour toujours 469


Guerre contre les Majors

alors facilité pour le français.

Au vingt cinquième tour, les français sont


respectivement huitième et douzième. Trois voitures
ont abandonné. Et la France songe déjà à un premier
point français en compétition. Le premier français
ravitaille en un temps record. Le changement de
pneus s’est bien passé. Personne n’a remarqué qu’ils
étaient un peu différents des pneus normalement
fournis pour l’ensemble des concurrents par la World
company. Et personne ne le verra. Car le revêtement
un peu spécial est complètement usé au bout de vingt
tours. L’usine de Saint −étienne a bien travaillé sur ce
coup là…

Les ravitaillements se poursuivent et deux leaders


n’ont « pas de chance » et perdent de précieuses
secondes, l’un à cause d’une pompe à essence qui n’a
pas envoyé la quantité programmée de carburant, et
l’autre qui cale au moment de repartir, faisant bien
rire l’auteur de ce « coup du sort » dans le camion.

Au trentième tour, la voiture du deuxième français


sort de la piste au Château d’eau et file dans les
graviers. Le silence se fait dans les tribunes puis un
soupir de soulagement libère les cris
d’encouragement. La voiture n’a pas calé. Elle
s’extrait péniblement du piège et retrouve la piste. Le
team décide de lui changer les pneus tout de suite et
de le charger à fond en carburant pour tenir jusqu’à la
fin. Au 32 tour, réservoir plein, pneus neufs et un
petit aileron changé, le français repart pour une
remontée homérique.

Pour toujours 470


Guerre contre les Majors

Une petite japonaise d’une cinquantaine d’année


dans le public tremble en regardant sur les écrans
géants la folie du français qui a décidé de prendre
tous les risques pour rattraper le temps perdu. Il va
aussi être favorisé par le sort.

A l’épingle d’Adelaïde, durant le 40 tour, contre


toute attente, le moteur du brésilien, troisième,
s’enflamme. Il quitte sa voiture en catastrophe
presque à la chicane du Nurburgring et la voiture de
sécurité intervient. Les écarts entre pilotes se
réduisent alors. Entre le premier Français, sixième, et
le leader, il y a 20 secondes. Et le second français,
13eme n’est plus qu’à une minute.

Au 43 tour, les fauves sont à nouveau lâchés. Le


premier français passe cinquième, puis quatrième. Le
second, fougueux, parvient en deux tours à doubler
trois concurrents.

Deux français dans les dix premiers, dont un à


portée du podium . Dans les tribunes, devant les
téléviseurs, c’est l’euphorie. Sur le net, les images
sont maintenant diffusées en continu sur plusieurs
serveurs. Mais même en supra−net, les français ne
savent pas que les pilotes qui courent ne sont pas
ceux qu’on croit. Mais quelques prénoms oubliés font
à nouveau vibrer les chaumières pour comparer les
deux pilotes à de prestigieux aînés.

Le secret est bien gardé sur le circuit. Et les


troupes américaines ont fort à faire pour contenir la

Pour toujours 471


Guerre contre les Majors

joie des spectateurs qui voudraient se rapprocher déjà


des stands pour attendre les deux champions à leur
arrivée, quitte à rater quelques tours.

L’ingénieur italien ne reconnaît pas non plus son


moteur. Son deuxième pilote vient de se faire doubler
à la reprise avant la fin de la ligne droite du Golf par
le deuxième français. Et pourtant, sur les graphiques
de performance, le français devrait avoir dix pour
cent de puissance en moins que le nouveau moteur
italien.
Ce qu’il ne sait pas, c’est que des ingénieurs
français travaillent depuis six mois sur ce moteur et
en ont modifié certains éléments. Et il n’a tourné que
sur le circuit toulousain ou sur des autoroutes fermées
à la circulation pour des motifs anodins. Il a vingt
pour cent de performances en plus que l’italien
d’origine et la boite électronique est mieux étalonnée
en conséquence.
Au cinquante deuxième tour, le premier français
rattrape le second, de l’équipe américaine. Le premier
est aussi un américain. Le second français lui est
septième à 23 secondes.
Il reste encore 18 tours . Il est impossible de
rattraper le premier, en tête avec 42 secondes
d’avance.

Au 54 tour, le français est second et entame une


poursuite vouée à l’échec à la « régulière ». Il y a 52
secondes d’avance car l’américain alors second l’a
retardé avant qu’il puisse le doubler à hauteur du golf
dans une accélération époustouflante. Le freinage a
été déclenché électroniquement par le team car

Pour toujours 472


Guerre contre les Majors

l’ingénieur a hurlé dans le camion à la catastrophe.


Les pneus ont maintenant un bon plat chacun, mais
l’abs et l’électronique ont fait leur job. Le pilote,
même aguerri, en a quand même eu une sacré
émotion. Il est tout de même tancé assez fort dans les
oreilles et l’homme à la sucette calme l’ingénieur afin
que le pilote puisse à nouveau se concentrer sur la
course.

Le second français lui aussi attaque fort. Il double


au Lycée au 55 tour, ce qui est plutôt inhabituel et qui
ravit les spectateurs qui peuvent voir l’action de visu
plutôt que sur les écrans . Au 62 tour, il double
encore au Golf. Puis au 65 tour, dans la chicane
d’Immola à la grande surprise de son adversaire qui
quitte rapidement la piste pour ne plus y revenir. Il
remonte régulièrement sur l’américain qui est
troisième.

Les spectateurs retiennent leur souffle. Il est


impossible de battre le premier, trop loin. Mais il
pourrait y avoir deux français sur le podium. Les
américains l’ont compris aussi.

Au 68 tour, sur les écrans géants, on voit exploser


l’aileron avant gauche du second français. Dans le
camion, on se repasse l’image au ralenti. Pas de
doute, la voiture a été touchée par un projectile.
L’aileron n’était pas assez bas pour toucher le sol et
ainsi exploser. On a tiré sur une voiture. L’homme à
la sucette voit rouge.

Le second américain commence à avoir des mini

Pour toujours 473


Guerre contre les Majors

problèmes pour le ralentir. Ainsi, il va pouvoir être


doublé par le pilote français, qui débordant de
virtuosité parvient à maintenir son véhicule en piste
mieux que lorsque il est en bon état. Une habitude
chez lui. Quand au premier américain, il va lui faire
un sort dans le dernier tour.

L’informaticien hésite. « C’est trop dangereux ! ».


Il s’agit de bloquer la boite en sortie d’Adélaïde.
Mais un pilote a un voile noir consécutif au 4.3 G sur
le freinage, et il est encore à 8O km/h minimum.
« C’est la guerre » répond L’homme à la sucette.
L’informaticien propose le château d’eau. Il y aura un
« tout droit » provoqué à la direction durant une
seconde qui permettra une sortie de piste sans
accident. Il « calera » dans le gravier et la course ne
risque pas d’être annulée à cause d’un accident grave.
Cette annulation en plus donnerait l’avantage à
l’américain.

« D’accord » répond l’homme à la sucette, « mais ne


le ratez pas »

« Et pour l’autre ? »
« Laissez le arriver 3°. On le verra sur la photo en
dessous des deux français »

En effet, à la grande joie du public, le dernier


français parvint, avec ses pneus usés et son aileron
brisé, à doubler l’américain et à monter ainsi sur le
podium. Quand, deux tours plus tard, l’homme qui
était en tête, resté sur le sable, regarda passer ses
deux adversaires en tête, avec le cul encore dans son

Pour toujours 474


Guerre contre les Majors

baquet bouillant, il en lança au loin, rageusement, le


volant qu’il avait à peine décroché. Le drapeau à
damier consacra alors les deux français qui firent un
long tour d’honneur avant de rejoindre les stands. Ils
descendirent de leur véhicule en gardant leur casque.

Quand les deux français atteignirent le podium,


nul ne remarqua qu’aucun des deux ne portait sur le
visage les stigmates d’une course éprouvante.
L’américain troisième lui avait bien une triste mine,
bien que secrètement, l’absence de son leader le
réjouissait.

Dans les stands, deux hommes se changeaient


précipitamment, afin que personne de non autorisé ne
puisse les voir en combinaison de pilote. Il leur faut
aussi se dissimuler. Leurs visages sont trop connus.

Quand le 24 février dernier, le jour de son


anniversaire, il avait vu arriver cet homme des «
services officiels » dans sa retraite suisse, il avait
pensé à un escroc.

Une longue discussion avait suivi, réveillant de


bons comme de mauvais souvenirs. En effet, malgré
son âge, synonyme de retraite en France jusqu’en
2008, l’homme avait insisté sur ses qualités de pilote,
de mécanicien, puis de meneur d’homme et de chef
de projet . Et malgré son âge, puisque il lui arrivait
encore de piloter sur glace des monstres mécaniques,
d’exploser des radars et d’avoir une interdiction de
permis à vie en France, c’est qu’il devait avoir encore
de beaux restes.

Pour toujours 475


Guerre contre les Majors

Ils étaient prêts à lui offrir son deux centième


grand prix, à 60 ans. Tel un Michel Vaillant super
résistant, il allait pouvoir redonner des couleurs à la
France occupée. Ses arguments sur le soutien qu’il
avait eu la dernière fois qu’on était venu le trouver
furent balayés par le fanatisme de cet homme qui
semblait vraiment croire en lui. A la cinquième
sucette, Alain craqua. « C est d’accord. Qui est le
second ? »

Là, il ne fut pas d’accord tout de suite. « Pas lui. Il


y a assez de handicaps pour ne pas avoir à rajouter un
baril de poisse… » . Mais il n’avait pas le choix.
L’équipe devait être 100% française, pour l’histoire.
Les jeunes poulains n’étaient pas si talentueux et ils
avaient un emploi du temps peu discret.

Quand 15 jours plus tard, il revit Jean, il sut


immédiatement que le temps avait tout pardonné et
que c’était un ami qui lui avait manqué depuis trop
longtemps. La coopération fut complète. L’équipe
des techniciens, le secret, les essais … en juin, la
voiture aurait été la meilleure du plateau et les trois
voitures cassées par son partenaire n’étaient pas à sa
charge.
Néanmoins, avec le nouveau simulateur prenant en
compte la dernière version, Jean était le meilleur.

Kumiko trouva les deux compères au comble de la


joie dans une étreinte virile en rien compromettante.
Les deux « papys de la formule 1 » comme ils furent

Pour toujours 476


Guerre contre les Majors

surnommés quelques années plus tard quand leur


exploit devint public avaient vibré une dernière fois
avec leur bolide. Ils avaient vécu un dernier grand
prix exceptionnel et extrêmement dangereux.

« Mon chéri , fit−elle à Jean, j’ai eu si peur quand tu


as cassé ton aileron à la fin»

« Mais.. Ce n’était pas moi, c’était Alain. »"

Pour toujours 477


Musique de guerre

31 / 07 / 2006, 18:53
Musique de guerre

Avertissement avant lecture


Pour la première fois dans ma politique fiction, je
fais de l'extrapolation à rebours.
Je rappelle que j'ai aussi choisi la solution du
pamphlet pour ma "guerre" contre les majors.
Si certains se sentent offusqués par mon
interprétation d'évènements récents, qu'ils m'en
parlent sur Odebi. Mon interprétation est bien sûr
BIDON, mais pas plus que les raisons "officielles"
avancées pour les derniers évènements.
Même chose pour ma suggestion de mondial truqué.
C'est pas des renseignements que j'ai, c'est de la
plaisanterie.
Les buts d'aujourd'hui sont multiples. Pour mon
histoire, il s'agit d'expliquer comment un de mes
personnages a dévié de son métier initial, et
retrouver une prisonnière récurrente.

Octobre 2006.
« C’est quoi encore cette histoire ? »
Un jeune colonel de la DGSE vient de recevoir un
ordre «étonnant».
Il en a déjà reçu beaucoup, des ordres tordus. Mais
d’habitude, c’était des ordres où il risquait sa peau,
type mission impossible et « Si vous vous faites
prendre, on ne vous connaît plus ».

Musique de guerre 478


Guerre contre les Majors

Il a servi sur tous les fronts de l’armée française


depuis 1988. Il revient d’une mission pourrie au
Moyen Orient. Et on lui demande d’enquêter sur « ça
».
« Calmez vous mon cher » lui répond le « dabe ».
Le « dabe », c’est un hommage à San Antonio,
bien que le chef soit plus rasé que boule de billard.
On aurait plutôt du l’appeler « La brosse» plutôt que
le Boss, ne serait ce que pour sa facilité à accepter
n’importe quoi du pouvoir politique.

« Mon général. Depuis quand devons nous nous


occuper à la place de la gendarmerie d’une histoire de
petits casseurs ? »
« Vous revenez du Liban, où vous avez découvert
l’usine de fabrication souterraine de faux CD et DVD
qui inondait le marché européen de contrefaçons.
Cette usine comme vous le savez a été la vraie cause
du bombardement du Liban, et au lieu de rapporter
des millions d’euros au hezbollah, elle a amenée la
désolation dans le Liban Sud »

« Il n’y avait pas besoin de bombarder pour autant un


pays souverain »

« Pour travailler chez nous, il faut savoir faire taire


certains sentiments fort louables pour être plus
efficace et ne pas être encombrés de préjugés pour
remplir la mission. Bien sûr, celle ci doit être
conforme à nos convictions, mais ensuite il faut
savoir relativiser.
Israël effectivement n’a pas trop apprécié le coup de
boule de Zidane qui a fait perdre la coupe du monde

Musique de guerre 479


Guerre contre les Majors

aux Français. Cette coupe devait « récompenser » le


gouvernement français pour la mise en place de
DADvSI, qui doit permettre à l’industrie du
divertissement et aux médias de pouvoir dégager
assez de bénéfices pour payer les guerres «puniques
».
« Pardon ? »
« Oui, c’est le nom de code des guerres
israelo−américaines en référence aux guerres entre
Rome et Carthage. Donc, puisque l’usine restait
introuvable, il a fallu bombarder les routes du Liban
afin que sa production ne puisse plus quitter le pays.
En effet, via la Turquie, c’était ensuite toute l’Europe
qui était alimentée. »
« A part qu’après trois semaines de bombardement,
l’usine fonctionnait toujours car les civils n’avaient
pas quitté la région malgré le risque. »
« Oui, et pour que la force d’interposition puisse
s’implanter, il a fallu leur livrer l’usine, ce que vous
avez su faire avec succès »
« Le mossad aurait très bien pu y arriver »
« Trop sollicité ces derniers temps, il n’est plus aussi
efficace qu’avant.
Les musulmans se sont mis aux techniques
informatiques et les disques durs que vous avez
ramenés contiennent des éléments intéressants. Ils ont
développé un système pour craquer les habituelles
protections du Net et pour s’implanter via celui−ci
sur des machines distantes sans que la cible ne se
doute de quelque chose. C’est très rudimentaire
encore, mais nos meilleurs spécialistes planchent
dessus. Nous avons aussi ramené deux de leurs
programmeurs qui aujourd’hui travaillent pour nous

Musique de guerre 480


Guerre contre les Majors

».
« Mais cette histoire de casseurs ? »
« Nous l’avons étouffée dans la presse. Elle semble
être plus importante qu’il n’y paraît. Ce que je viens
de vous apprendre est classé top secret. Et si c’est
vous que j’ai choisi, c’est parce que vous savez
aujourd’hui qu’on est capable de tuer pour des CD et
des DVD, car le marché est énorme, et que le
contrôle du Net est indispensable car il est capable de
menacer le monopole actuel des médias traditionnels
dans notre société occidentale.
Il est possible que ce genre d’action risque se
multiplier les prochains mois, et il faut donc traiter le
problème à la racine avant que l’incendie ne s’étende.
»
« Et pourquoi nous plutôt que les RG ? »
« Les RG sont au courant que nous prenons cette
affaire en main. Ils sont prêts à collaborer, mais ils
savent que nous risquons découvrir des racines
internationales. Alors, ils nous laissent la main avec
plaisir. C’est une affaire qui pue, et il y a en plus tous
les problèmes liés à la campagne électorale… »
« Bien mon général. Je comprends mieux maintenant.
Mais si c’est une histoire de quelques sales gosses ? »
« C’est encore pire… »
A peine sorti du bureau, le jeune colonel prit une
sucette pour se calmer. Il allait plonger dans le milieu
internaute, et finalement ce n’était pas pour lui
déplaire. La mort récente de son frère et de son neveu
abondait dans le sens d’une guerre pour le contrôle du
Net. Mais ses premiers suspects, au vu de l’enquête
de gendarmerie qu’il avait pu lire il y a un mois
étaient des néo−nazis, pas des américains ou des

Musique de guerre 481


Guerre contre les Majors

israëliens.
Une heure plus tard, il souriait en lisant le rapport
de gendarmerie.
Ils étaient cinq. De jeunes internautes de 16 à 23 ans.
Et ils avaient fait preuve d’une organisation sans
faille, sauf pour la sortie de secours. Ils avaient donc
malgré leur piètres précautions rattrapés au bercail,
alors qu’ils avaient réussi à fuir les lieux de leur
forfait.
A midi, à l’heure de la débauche prandiale, ils
étaient entrés dans une surface de vente exclusive de
« produits culturels ».
Suite à un épandage de clous sur la chaussée,
deux d’entre eux avaient bloqué la circulation sur
l’avenue d’en face. A l’intérieur, avec une bombe
anti−agression, les trois autres avaient neutralisé les
deux vigiles et pris leurs armes. Même si ils ne
braquaient personne, aucun client ou employé ne
s’interposa à leur action. Trois d’entre eux
saccageaient le magasin et la marchandise tandis que
deux en sortaient une partie et encourageaient
automobilistes et passants à se servir. La sirène
d’alarme hurlait, mais les policiers ne pouvaient venir
à cause de l’embouteillage. A pied, il leur fallait au
moins dix minutes.
Ils avaient tous les cinq des cagoules jaunes, qui
représentaient cinq smiley différents. Ils avaient
amené avec eux des tracs anti DADvSi et des jeunes
de passage dans la rue entraient se servir dans le
magasin eux aussi. Les caméras filmaient mais ils
n’en avaient cure.
Ils s’enfuirent en 125 avant l’arrivée des forces de
l’ordre. Leur coup avait été bien préparé et diverses

Musique de guerre 482


Guerre contre les Majors

scènes furent diffusées sporadiquement sur internet,


alors que les RG tentaient d’effacer ces images à
chaque fois qu’ils le pouvaient.
C’est à cause de ça qu’ils se firent prendre. Parce
que leur serveur perso était mis à jour trop vite après
l’effacement des RG.
L’homme à la sucette comprit la dernière
remarque de son chef. Si ce genre d’opération
commando médiatique à la portée de quelques uns
devenait populaire, elle se généraliserait et il était
impossible de contrôler ce genre d’ « attentat ».
Le mot lui−même sonnait trop fort, et pourtant…
Les internautes risquaient pour de simples
téléchargement ou la copie d’un CD ou d’un DVD de
lourdes peines : amendes et même prison. Comme
pour les touristes ramenant des faux en matière de
bijoux, de maroquinerie ou de vêtements.

Malgré ce risque, ceux ci niaient nuire à


l’industrie du disque et du DVD. Les résultats de
celle−ci étaient supérieurs à ceux de l’époque ou le
Net n’existait pas. La crise économique les avait à
peine touchés mais ils « pleuraient » leurs anciens
taux de croissance à deux chiffres. Le Net permettait
selon eux de consommer ce qu’ils n’auraient pas
acheté de toute façon. N’empêche que n’importe petit
jeune ne devait pas se transformer en robin des bois.
Cette fois, ils avaient attaqué un magasin réel.

Les professionnels de la vente demandaient un


policier ou un gendarme en faction devant chaque
lieu de vente afin de les protéger. Et pourquoi pas la
même chose devant une boucherie ? Quelques lieux

Musique de guerre 483


Guerre contre les Majors

dans la capitale les avait obtenu par copinage, tandis


que d’autres avait triplé d’ores et déjà le nombre de
leurs vigiles, et surtout s’étaient équipés de chiens.
Oui, il valait mieux savoir à qui ils avaient à faire.

L’homme à la sucette regarda les cinq visages. De


bons petits français pur jus. Pas de ces banlieusards
bariolés, mais des jeunes de bonne famille, classe
moyenne, assidus à l’école et tous passionnés du Net .
Un visage attira son attention.
Une gamine qu’il avait vue, il y a quatre mois,
chez son frère… Elsa, et son petit ami bien sûr.

Tout d’un coup, cette affaire lui sembla encore


plus difficile. Il devait se grimer et modifier son
apparence pour qu’elle ne le reconnaisse pas. Il était
officiellement mort depuis trois mois. Elle ne devait
pas le savoir, mais au cas où, il ne fallait pas prendre
de risques.
Deux heures plus tard, il menait donc
l’interrogatoire, habillé en capitaine de gendarmerie,
avec une barbe courte et des cheveux bouclés.
« Mademoiselle , vous êtes aujourd’hui accusée de
braquage. Depuis deux jours que vous êtes en prison,
vous nous prenez pour des demeurés. Votre histoire
de flibustier anti DADvSI est à dormir debout. Je ne
vais pas vous demander qui vous a fourni les clous,
qui sont en vente libre, mais qui vous a organisés
pour vous permettre une telle action. »
« Monsieur, c’était tout simple. Le coupable, c’est le
cinéma et la télévision. Depuis toute petite, j’assiste à
dix braquages et une cinquantaine d’homicides par
semaine. Nous n’avons tué personne… »

Musique de guerre 484


Guerre contre les Majors

« Mademoiselle, j’aime bien la plaisanterie, mais là


vous exagérez. Il m’est avis que vous n’avez pas reçu
assez de correction de la part de vos parents étant
petite. »
« Ca vous plairait de m’en mettre une, n’est ce pas ?
»
L’impudence de la jeune fille faillit le faire rougir.
Vraiment, il n’y avait plus de jeunesse dans ce pays.
Peut−être bien effectivement que c’était la faute des
médias ça aussi. Mais il ne se voyait pas mettre ça
dans son rapport pour le général.
« Nous ne sommes pas des tortionnaires, vous avez
pu le constater. Je vous trouve cependant bien
insolente. Je vois que vous connaissez la musique, et
j’attends de vous une autre chanson.
− vous connaissez « Le chant des internautes » sur
l’air de celui des « partisans » ?
− je vois que votre iconoclastie n’a pas de limite.
− Le chant des partisans serait−il protégé à la
Sacem ?
− Mademoiselle, je vous en prie. Votre cas est grave.
Si vous êtes sincère, vous devez être manipulée par
des individus sans scrupules qui vous laissent faire le
sale boulot à leur place. Vous êtes jeune, mais
majeure, donc considérée comme responsable de vos
actes à 100%. Pourtant vous me semblez être une
jeune fille très bien. Si vous me dites quels sont les
instigateurs de votre coup d’éclat, je pourrai
intercéder en votre faveur par la suite.
− Monsieur, les internautes s’organisent mais
personne ne fait rien pour l’instant. Des flash−mob
que les médias ne relaient pas, parce qu’ils sont
pourris. Des manifs qui rassemblent peu car tout le

Musique de guerre 485


Guerre contre les Majors

monde à un boulot dont il a besoin ou parce qu’ils en


recherchent un et ne veulent pas se compromettre.
Bref, il ne reste que les étudiants pour s’impliquer
contre. Nous avons voulu prouver qu’on pouvait agir.
− En vous comportant comme des casseurs et des
voleurs ?
− Nous n’avons rien volé. Quand aux dégâts dans le
magasin, ça a été quelques slogans sur les murs, des
tracts par terre et dans la rue, quelques CD sur le
trottoir pour être distribués et de la peinture sur les
pochettes en exposition. C’est invendable, mais le
CD à l’intérieur n’a rien.
− Mademoiselle, les dégâts se montent à des dizaines
de milliers d’euros et le nombre de CD et DVD volés
est énorme.
− Monsieur, nous avions de petits sacs qui nous on
servi pour les bombes de peinture.
On voit bien qu’ils sont vides quand nous partons.
En plus, nous étions en moto. Nous n’aurions pas pu
transporter tout ça. Les responsables sont les dizaines
de gens qui ont ensuite investi le magasin.
− Vous savez bien que sans vous, ces événements
n’auraient pas eu lieu.
− Si tant de gens ont réagit ainsi, c’est que la
conjoncture s’y prêtait. Moi, je n’aurai jamais voulu
être considérée comme une voleuse pour un CD ou
un DVD pourri. C’est la publicité à outrance et la
diffusion tout azimut qui leur donne de l’importance.
La foule a été attirée par ces produits parce qu’elle a
été conditionnée ainsi et que ses revenus ont baissé.
Elle a profité de l’aubaine parce qu’elle n’a pas
réfléchit, comme le public d’un stade ou d’un
concert. Mais c’est la publicité et les radios qui sont

Musique de guerre 486


Guerre contre les Majors

responsables de cette folie collective, pas nous.


− Le responsable, c’est celui d’entre vous qui a fait
rentrer les gens de la rue. Lequel c’était ?
− Dites, vous me prenez pour une imbécile. Vous
voudriez que je vous donne un de mes camarades.
Personne n’a encouragé la foule à saccager le
magasin. Et vous n’avez aucune preuve, aucun
témoin pouvant nous discréditer.
− Si, le personnel du magasin.
− Qui est resté à l’intérieur, donc qui ne pouvait voir
ce qui se passait dehors.
− Le directeur a été agressé.

− Il a juste été renversé par quelques uns quand il a


voulu s’interposer. C’était de la folie. Et puis, c’était
un petit personnage horripilant . D’ailleurs, aucun de
ses employés n’est venu l’aider à se relever.
− Vous avez réponse à tout.
− La réalité est assez évidente.
− Mademoiselle, mon métier est de douter des
apparences.
− Oui, vous semblez ne pas être ce que vous voudriez
faire croire. Votre postiche se détache au coin de
votre oreille droite, et elle ne vous va pas du tout.
− J’ai du faire vite pour m’équiper.
− Vous ne l’enlevez pas ?
− Non.
− Dommage.
− Ne jouez pas ce petit jeu avec moi. Je sais très bien
que votre ami est à coté. Et je ne vais pas me laisser
impressionner par un petit chat sauvage comme vous.
Alors ne perdons pas de temps. Vous voyez bien que
vous êtes pris au sérieux. Que recherchez vous ?

Musique de guerre 487


Guerre contre les Majors

− Un procès public, médiatisé… nous n’avons rien à


perdre. Pour l’instant, les seuls qui se font prendre
puis poursuivre en téléchargement illégal sont ciblés.
Il s’agit de gens de la classe moyenne à qui ont va
prendre leur maison et ruiner leur vie, pour l’exemple
et dans l’indifférence. Un vrai voleur ne risque qu’un
peu de prison, si il y a de la place et si il a été violent.
Là, même si il y a relaxe pénale, les dommages et
intérêts coulent la vie de la personne et de sa famille,
sans compter les frais pour un avocat incompétent la
plupart du temps.
− Mais il ne faut pas télécharger de fichiers illégaux.
− Mais qu’appelez vous illégal ?
− Et bien … euh, protégés par un copyright.
− Et quelle est la valeur d’un de ses enregistrements ?
− Quelques euros . Mais ceux qui en ont téléchargé
des centaines, voire des milliers…
− A qui ont−ils manqué ? aurait−ils été vendus. Le
seul préjudice potentiellement exact duquel un
vendeur de CD ou de DVD peut se targuer est le
budget disponible pour ces achats, et la plupart du
temps, le piratage n’a lieu qu’après épuisement de ce
budget. Bref, il n’y a aucun préjudice.
− Alors pourquoi avoir téléchargé des milliers de
titres ?
− Pour les écouter une fois. Quand on en a des
milliers, on ne peut pas les écouter tout le temps.
Disons qu’ils ne sont pas effacés comme ils le
devraient. Et puis, avec les DRM, qui sait si nous
aurons de la musique demain?
− Pardon ?
− Les contrôleurs d’usage si vous préférez. Vous
savez, ces programmes qui empêchent la copie

Musique de guerre 488


Guerre contre les Majors

privée.
− Non, le piratage.
− Et l’interopérabilité aussi. Non, les DRM
n’empêchent pas le piratage. Les pirates disposent de
crackeurs de DRM. Une fois déprotégés, ces fichiers
sont mis en ligne au bénéfice des téléchargeurs. Par
contre, quand un consommateur honnête achète un
CD ou un DVD, il ne peut en faire une copie de
sauvegarde, alors que les enfants très souvent
manipulent ce support fragile. Ensuite, il est hors de
question de laisser quelques centaines voire quelques
milliers de francs dans une voiture. Donc il est
préférable d’avoir des copies pour les lecteurs de CD
et les lecteurs de DVD de voiture. Enfin, les fichiers
téléchargés légalement ne permettent qu’un nombre
limité de copie et ne sont pas toujours compatibles
avec tous les formats lus par les lecteurs audios.
Quand on s’est fait avoir en se trompant de choix,
c’est rageant. Et puis, lors du changement de
matériel, que va devenir la musique achetée pour
l’ancien ?
− Ecoutez mademoiselle, je ne suis pas là pour juger
des décisions prises par le législateur
− Vous n’êtes pas là pour comprendre ce qui
poussent cinq jeunes à distribuer quelques CD dans la
Rue et à distribuer quelques tracts dans un magasin
de disques ?
− Vous avez crevé une bonne dizaine de pneus et
entraîné du désordre sur la voie publique.
− Nous ne sommes pas responsables de tous les clous
qui entravent la circulation automobile,
et puis vous n’êtes pas là pour ça non plus.
− Mademoiselle, vous devez prendre conscience que

Musique de guerre 489


Guerre contre les Majors

vous avez commis des délits graves sur la voie


publique…
− Une loi est passée, malgré des avertissements
justifiés de la part des internautes et de l’opposition.
Il appartient maintenant au peuple de se saisir du
principe de résistance à l'oppression et de prendre
toutes les mesures pacifiques nécessaires pour
affirmer sa résistance à cette oppression, numérique
certes, mais pourtant bien réelle. Le fondement de ce
principe, consacré par l'article 2 de la déclaration des
droits de l'homme et du citoyen de 1789 [2], repose
sur le droit consacré au peuple, collectivement, par
opposition à l'individu, de résister à une loi
incompatible avec les principes fondamentaux de la
république et de la démocratie.
− Arrêtez votre discours propagandiste. Dites moi qui
vous a manipulés.
− Allez sur le Net, vous verrez qui. »

Estimant qu’il n’y avait rien à en tirer de plus pour


l’instant, l’homme à la sucette renvoya Elsa dans sa
cellule.

Il interrogea le jeune de 16 ans sur le ton de la


conversation. Lui ne risquait pas grand chose,
quoique que les nouvelles lois en discussion
actuellement allait durcir considérablement les
poursuites contre les mineurs de plus de 14 ans,
devenu l’âge légal pour travailler, donc pour aller en
prison aussi. L’obtention du permis de conduire
devait bientôt passer quand à elle à 20 ans. Sécurité
routière oblige. Mais les lobbies de l’automobile s’y
opposaient. Résultats autours du 20 décembre.

Musique de guerre 490


Guerre contre les Majors

Il alla donc sur le Net. Il comprit pourquoi le ministre


de la Culture, afin de protéger la qualité de
l’information des citoyens, voulait terminer au plus
tôt la mise au point de sa loi réglementant la presse et
l’information sur Internet. Des sites « citoyens »
appelaient tous à la désobéissance civile. Ce n’était
plus l’apanage des moissonneurs d’OGM. L’homme
à la sucette à la fraise pour l’instant sourit en pensant
mettre dans son rapport au général « C’est la faute à
José » Il en imaginait sa fureur, les yeux exorbités, le
visage violacé, la bave à la commissure des lèvres,
l’élocution étouffée par la rage avec un débit haché,
les poings serrés.

Il se contenta d’écrire que les jeunes avaient été


sensibles à la propagande sur le Net et que les
moyens utilisés étaient ridicules. D’un bon niveau
intellectuel, ils avaient prévu leur fuite et surtout
voulaient mettre le désordre afin de passer aux infos.
Les plaques avaient été juste enlevées et le
déguisement de smiley en salopette bleue se voulait
être humoristique.

Néanmoins, malgré la dissimulation de


l’information, et les contre−feux sur le net pour faire
de cette affaire une « légende urbaine », d’autres
jeunes risquaient de se lancer aussi dans ce genre
d’actions. Il était étonnant que les idées de partage
sur le net prenaient une autre dimension que dans la
réalité, où on sentait bien que les gens se
renfermaient.
La réaction du général ne fut pas loin du résultat

Musique de guerre 491


Guerre contre les Majors

de son imagination. Celui−ci promit de mettre un


terme aux exactions de ces petits cons et à leur
révolution internaute.
En novembre, les manifestations s’intensifièrent,
demandant le départ anticipé du président. Les
meetings politiques furent supprimés car la sécurité
de ceux−ci ne pouvait être assurée. La rue
s’enflamma pour des problèmes sociaux et aucun
politique ne pouvait prétendre la contrôler. Même les
infos minimisaient les désordres. Médias et pouvoir
se serrèrent les coudes pour l’apaisement ou la
dissimulation. Les banlieues s’enflammèrent dès
novembre, comme la garrigue en été.
Une pièce du tribunal de Versailles brûla avec le
dossier d’Elsa et de ses camarades à cause d’un
cocktail molotov lancé de la rue avec bien d’autres.
Lui avait trouvé le chemin du carreau cassé au
deuxième étage. Ils furent donc relaxés. D’autres
soucis attendaient les juges.
L’homme à la sucette, lui, ne perdit pas le Net de
vue. En effet, les agitateurs de tout poil, se méfiant du
téléphone portable, parvenaient par le net à
renseigner les GPS de voiture des militants pour leur
indiquer le lieu de la prochaine manifestation.
L’imagination était au pouvoir sur le Net. Certains
serveurs échappaient au contrôle d’état. L’homme à
la sucette se lança à leur traque, avec une certaine
idée derrière la tête.

Musique de guerre 492


Postface

POSTFACE
20/08/2006

A c e mo me nt, o n peut d ire que be aucoup de


« directions » sont en suspens.
− Le couple Franck Véra bientôt en
Guadeloupe
− Le couple Christian Elsa déjà en Nouvelle
Calédonie

Il reste deux couples en métropole


− Alain et Jasmine
− Brian et Véronique

Enfin, l’homme à la sucette passe de cercle en


cercle…, Bernard a lui aussi une histoire et j’ai des
projets de « retour » de personnages secondaires.

Il y a aussi de nouveaux personnages, introduits grâce


à « La Boite de Nuit ».

Les américains ne se sont pas encore retirés.

La Russie et la Chine doivent faire parler d’eux.

Curieusement, je n’ai pas non plus fait intervenir le


Moyen Orient, ni l’Afrique jusqu’à présent . C’est
vrai qu’une « World Company » homogène permet
une pax americana, mais ces peuples sont toujours en

Postface 493
Guerre contre les Majors

recherche d’identité et le « formatage » américain ne


peut leur convenir.
Il y a l’incident de Fort Alamo en 2016, qui
témoigne aussi d’un « soulèvement potentiel » de
l’Amérique du Sud.
L’actualité est aussi une source d’inspiration.
C’est pour cela que je date mes textes. Ils font parfois
référence de manière plus où moins cachée à une
anecdote.
Et puis, je n’ai pas abordé les problèmes
d’écologie, de développement durable etc... dans une
optique non commerciale.
Même si je compte ralentir un peu mon rythme,
l’histoire n’est pas finie, d’où des mises à jour
futures.
Mais si vous ne pouvez pas attendre, vous pouvez
toujours venir voir le dernier texte sur Odebi.org.

26/11/2006
J'effectue une nouvelle "distribution" de mes
textes chez ILV. Cette fois, il est question que je
m'édite. Mes .pdf sont gratuits. Je respecte ainsi mes
convictions de "libre" sur internet, convictions
partagées et rendues possibles par ILV.
Mon site www.gm.fredleborgne.fr renverra de
préférence sur ILV pour la lecture et les .pdf, mais je
continuerai à proposer mes pdf d'origine, aux
bannières "Odebiennes".
Quelques histoires du deuxième tome sont
imaginées. Si j'ai pris un peu de recul, c'était pour
écrire un recueil de nouvelles ayant le Net comme
centre. En dernière nouvelle, j'y ai mis le premier
épisode du tome 2, avec un nouveau personnage.

Postface 494
Guerre contre les Majors

Alors, procurez−vous aussi "Les dernières


nouvelles du Net" (gratuit en .pdf sur ILV) du même
auteur.

Postface 495
Bonus : La clique des Peoples

La clique des People

Ce texte s'applique à tous ceux qui ont laissé la


honte s'installer

Artistes, je vous hais.


Vous aviez un talent. Vous l’avez vendu. Vous aviez
des rêves. Vous voulez de l’argent. Vous aviez un
public. Vous exploitez un marché. Vous êtiez
quelqu’un. Vous êtes un produit.

Acteurs, je vous déteste.


Vous aviez de la mémoire. Vous avez un répertoire.
Vous aimiez les personnages. Vous êtes des pantins.
Vous aimiez le drame, l’aventure, la comédie. Vous
êtes Pathé..tiques.

Auteurs, je vous abjecte.


Vous connaissiez la littérature. Vous faites de la
prose sans le savoir. Vous vouliez écrire pour
l’immortalité. Vous faites de la mode. Vous deviez
éduquer les masses. Vous les abêtissez pour leur
plaire en les flattant. Vous deviez créer. Vous plagiez
l’existant classique en le dégradant. Vous aviez la
responsabilité du dictionnaire. Vous en avez fait un
espace mortuaire, où les mots ne font que passer pour
ensuite trépasser, parce qu’au lieu de les entretenir et
de les faire vivre dans vos livres, vous interrogez les
djeuns sans culture pour y mettre des « nouveautés ».

Bonus : La clique des Peoples 496


Guerre contre les Majors

Chanteurs … je vous cherche.

Ou êtes vous ? Ceux qui nous donnaient de la joie.


Ceux qui savaient marier musique et paroles. Ceux
qui avaient un message, de la personnalité et de
l’amour à donner. Sur le net, dans le libre ? Il y a
beaucoup d’apprentis « produit de consommation »,
beaucoup de pauvreté, beaucoup de copiage. N’y
aurait−il plus assez de notes pour qu’on ait besoin de
bruits électroniques, de mixage… Ecoutez Brassens.

Un chanteur, c’est d’abord une voix, puis des mots et


enfin une petite ritournelle. Mais c’est surtout
quelqu’un . Seulement les textes, la personnalité
aujourd’hui hein ?

Quand aux voix, lissées électroniquement,


homogéinisées, elles ne laissent aujourd’hui passer
aucune émotion. C’est une signature électronique que
tout le monde imite.

C’est pour ça qu’un « petit chanteur », dans la rue, est


aujourd’hui meilleur que ce qu’on entend sur les
ondes. Car il ressent ce qu’il chante, et nous le
ressentons avec lui.
Ne parlons pas des chanteurs « engagés ». Hypocrites
et sans talent. Les chanteurs ne sont que des
interprètes de paroliers prolifico−minabilis avec des
sons « arrangés »: le résultat est aseptisé et
consommable par le plus grand nombre comme peut
l’être une bouillie.

Bonus : La clique des Peoples 497


Guerre contre les Majors

Producteurs, décideurs, fonctionnaires


irresponsables et consorts, je vous déclare la guerre.
Vous avez tué la culture en lui substituant vos
produits minables. Vous avez créé un marché
artificiel qui sous couvert de loisirs, est une véritable
industrie du vent. Par contre, le détournement
d’argent est bien réel, qu’il s’agisse de l’escroquerie à
vendre un produit périssable très cher, de détourner
des taxes et des subventions, de monopoliser des
découvertes techniques à votre seul profit (
aujourd’hui atteinte des programmes libres et du P2P,
hier, vol de la télévision et de la radio par saturation
des ondes et achat de tous les canaux possibles et
demain vol de la hifi par les formats propriétaires, le
flicage en dur dans les lecteurs de musique (ce qui
était impossible sur un tourne disque ou une cassette
audio) et de films ( mort de l’analogique, qui est
encore incontrôlable à 100% et trop compliqué à
faire évoluer rapidement ).
Demain, il sera impossible de passer de simples
films de vacances pris avec son camescope Hitachi
sur sa télé SONY, car ils n’auront pas les mêmes
formats de DRM.
Après avoir tué la culture classique, vous allez
tuer la créativité personnelle qui aurait pu résister à
votre décervelage en règle dans l’éducation ou par
l’intermédiaire des « loisirs culturels » (Télé,
musique, radios, journaux)
People, je te méprise. Je te vomis. Je te conspue.
Médiatique, que tu sois originaire du sport, de la
mode, de la chanson, du music

Bonus : La clique des Peoples 498


Guerre contre les Majors

hall, du théâtre, de la politique, de la radio, de la


télévision, du cinéma ou d’ailleurs, dés que les
journaleux sortent leur stylo ou tendent un micro, dés
qu’une caméra pointe sur toi, tu penses à ton image,
tu penses à ton argent et tu te crois supérieur au
peuple qui attend ta « prestation ».
T’es tu bien regardé ? A vouloir plaire à ton
microcosme, à vouloir convaincre le public d’acheter
ta daube, à vouloir te convaincre de ton existence, tu
te rabaisses à toutes les bassesses. Tu participes à des
parties d’hypocrisie, tu défends la cause de tes
financiers, tu mens à ceux qui te regardent. Et surtout,
tu es souvent très con. Et tu entraînes avec toi les
gens fragiles ou fatigués de leur journée, les enfants
laissés à eux−même, les vieux qui s’emmerdent, et
surtout la masse de pauvres qui n’ont que la télé
publique vers le fond de la déchéance intellectuelle
en étouffant le sens critique, en habituant les gens à
des produits minables, en faisant rêver au luxe alors
que le vrai rêve c’est une bonne vie. Mais la
frustration est le ferment de la consommation. Alors,
tu gâches la vie des gens, avec leur propres moyens
(redevance, consommation qui paie la pub) en plus.

People, tu es un parasite, une maladie, une plaie.


Les fils et les copains prennent la place des pères au
sein de la mare aux canards (ou de la fosse
sceptique). Et tu t’étales partout comme une
gangrène, une pollution, une invasion. Je n’ai pas
assez de salive et assez d’encre pour lutter contre les
tabloids, les multi−chaines gratuites ou payantes, les
radios et même les emballages de petits déjeuner. Je
n’ai même pas une place dans les media que tu as

Bonus : La clique des Peoples 499


Guerre contre les Majors

colonisé. Mais sur le Net, je peux te dire mon


dégout, espèce de traître, de cafard, et même de
bousier.

Ami internaute. Merci de m’avoir lu jusqu’au


bout. Copie ce texte. Va le mettre partout ou tu peux.
Le Net doit rester propre, et permettre à la dignité de
l’individu de reprendre le dessus.

Bonus : La clique des Peoples 500


Essai : Divagations

Divagations
Avertissement Avant Lecture
Ce qui suit est une piste de réflexion personnelle qui
peut intéresser ou au moins permettre la réflexion
personnelle. C'est peut−être un peu simpliste, mais
ça ne se veut pas "théoricien". C'est juste pour que
chacun, lorsque il votera, ou qu'il manifestera, ou
qu'il s'engagera, se soit d'abord posé toutes les
questions qu’il aborde...

Et puis, si cet texte était parfait, il n'y aurait rien à


ajouter, rien à critiquer, et ce n'est pas faire un texte
parfait qui m'intéresse...

Et si l’occident était en crise ?

Une crise qui n’aurait rien à voir avec les


problèmes internationaux, le pétrole, les matières
premières. Juste une crise de croissance, voire une
crise structurelle.

Un précédent article parlait de crise due à une


révolution technologique (Le monde de
l’information, c'est−à−dire informatique et Net) qui
entraînait une révolution des esprits, puis une
révolution tout court.

Essai : Divagations 501


Guerre contre les Majors

Une révolution technologique pourrait rendre un


modèle de société obsolète ?
Pour certains modèles tyranniques, oui, dix fois oui.

Pour la démocratie, non.

Montesquieu dans son « Esprit des Lois »


concluait sur la démocratie, que tout utopique que
soit le modèle, il ne pouvait fonctionner qu’avec un
petit nombre d’individus. Mais il n’avait pas prévu le
progrès technique, ni la force d’un pouvoir judiciaire
en équilibre de l’exécutif, ni la « force de
persuasion » des médias.

Nos institutions sont fatiguées. Elles supportent


une classe qui en connaît les moindres recoins et qui
y fabrique des niches pour la parasiter. C’est un peu
un clocher envahi par les corbeaux. On peut imaginer
l’état de dégradation.

Cette classe est liée à celle des marchands.


En 1789, il y avait les nobles et les notables.
Aujourd’hui, les nobles ont infiltré les notables de
l’administration et les conseils d’administrations des
entreprises d’état. Tandis que les notables marchands
ont investi la vie économique.

Le libéralisme est aussi dénaturé que la


démocratie. Des sociétés « de régulation » du
commerce servent les intérêts des industriels déjà
installés contre la nouvelle concurrence ou le petit
commerce. La liberté d’entreprendre n’existe plus.

Essai : Divagations 502


Guerre contre les Majors

Il faut très vite se soumettre sinon, c’est le rachat


ou la ruine par harcèlement.
Tous les secteurs sont atteints. Les derniers
marchés à conquérir sont les pays de l’est et les pays
d’Asie Centrale en paix. Seul le marché chinois
résiste. L’Afrique n’existe pas encore et sera
commercialement colonisée seulement quand la paix
sera en place. En attendant, c’est le far west et le vol
manifeste qui y domine.

Faut−il raser le clocher pour autant ? Non, il


faut trouver l’Hercule qui nettoiera tout ça.

L’Europe aurait pu en son temps changer la


donne. C’est fini. L’amer épisode de la constitution
européenne l’a prouvé. Cette constitution est une
constitution de marchands.

Le ras le bol de la population exploitée


comme des poulets en batterie est aujourd’hui
canalisé comme un vulgaire paramètre d’élevage. La
colère est dirigée vers une recherche de plaisir
immédiat, mais qui doit toujours être un peu frustrant,
pour motiver l’individu à travailler pour pouvoir
assouvir ses nouveaux besoins préfabriqués.

La peur du gendarme, mais surtout la peur


de manquer, la peur de la solitude et la peur de
l’inconnu retiennent à la ferme ces animaux pensants
domestiqués.

Certains servent de « nourriture »

Essai : Divagations 503


Guerre contre les Majors

(consommateurs dégageant des bénéfices »), d’autres


de bêtes de somme et encore d’autres de gardiens.
Car ce troupeau n’a besoin que d’être guidé pour être
exploité. Sinon, il subvient à ces besoins
élémentaires.
Il pourrait bien sûr mieux vivre si il
n’était pas parasité. C’est pour ça que les « chefs »
potentiels sont tués dés la naissance par l’inculture et
la manipulation, œuvre des médias.

Aujourd’hui, un média échappe encore au


contrôle. C’est le Net. Voila pourquoi DADvSI, en
France comme à l’étranger est imposé. Aujourd’hui,
les admins de ce site sont responsables de la moralité
des «dialogues » dans nos débats ( racisme, incitation
à la violence etc…). Demain, ils seront responsables
des « incitations au piratage ». Et après demain, si on
n’y prend garde, ils ne seront plus responsables de
rien car ils n’existeront plus.

Pour un guest ordurier, il y aura eu dix


captures d’écran en une seconde et il y aura des
« procès » de la part des ligues de défense des droits
de l’homme.

Pendant ce temps, la corruption aux plus hauts


sommets aura le temps de se préparer les lois
d’amnistie.

Les droits d’auteur ont été le « cheval de


troie » pour permettre une DADvSI liberticide qui
rétablit un « ordre marchand » sur le Net.

Essai : Divagations 504


Guerre contre les Majors

Les auteurs, les philosophes, les penseurs


(et non les star’ac) peuvent effectivement, comme au
18° siècle, être le ferment de la révolte grâce à la
connaissance.
Pour lutter contre le retour des
obscurantismes religieux, le retour des « jeux du
cirque » et du clientélisme, et le retour à la barbarie
(car la « gestion » du troupeau passe parfois par une
« sélection » et une éradication des éléments
surnuméraires), il faut s’unir.

Non pas sur le sujet des droits d’auteur.


La « plate−forme publique » de l’article 31 a de quoi
satisfaire les artistes « qui ne sont pas dans le circuit
commercial ». Elle sera financée par un prélèvement
quelconque. Mais il ne faut pas se facher "pour si
peu" car c'est bien le but de diviser pour régner.

Il faut s’unir contre DADvSI et ses


instigateurs. Il faut dénoncer la CISAC et ses
succursales nationales par secteur. Il faut dénoncer
l’OMC et la banque mondiale. Il faut refuser la
publicité à la télé. Il faut nettoyer nos institutions.

Il faut recréer la Démocratie et faire


appliquer des règles simples, en en supprimant les
alinéas véreux qui ont été implantés par les politiques
véreux. Il faut recréer un libéralisme artisanal qui
permet la petite entreprise, la seule qui donne du
travail localement dans le tissu social.

Essai : Divagations 505


Guerre contre les Majors

Il faut remettre en vigueur les lois anti−trusts.

En France, on peut encore le faire. Les autres pays


suivront.

Essai : Divagations 506


Le Radar

Le radar
J’ai appris par les journaux la raison de ces
travaux sur la route de mon boulot. Sur le bas−côté
dorénavant, il y aurait un radar vigilant qui
contrôlerait ma célérité au poil près avec sévérité.
Nous étions bien avertis que si par malheur nous
étions pris en photo de bon matin, peu après il
faudrait payer la contravention et que nous perdrions
des points. Il fallait donc faire très attention, car sous
prétexte de chauffards chroniques, tout le monde à
cause du politique devenait la proie de lélectronique,
par le contrôle systématique, et de la sanction
automatique. Il devenait ainsi plus pratique de
sanctionner le délit sans juger et d’encaisser ainsi
plus rapidement d'icelui incontestable le règlement.

Le radar c’est comme qui dirait, sur le côté une


boîte carrée qui me regarde comme un coupable et
me laisse aller comme un minable. A partir
d’aujourd’hui et pour la vie, dés le réveil j’aurai cet
œil maudit qui veut me condamner à l’enfer alors que
je n’ai pas tué mon frère.

Et pour mieux veiller à ma sécurité, sur le net


aussi je suis fliqué. Pour tous la liberté d’expression,
lorsqu'on se plaint devient diffamation. La loi dans la
confiance numérique a autorisé d’étranges pratiques.
Dans ce monde nouveau épris de liberté ont voulu
s’imposer les grandes sociétés qui avaient le contrôle

Le Radar 507
Guerre contre les Majors

des marchés mondiaux comme celui des mouvements


sociaux. Mais l’internaute était un nouvel animal qui
risquait de perturber l’ordre mondial. Et c’est de
l’industrie de la culture qu’est venue l’attaque la plus
dure.

La propriété intellectuelle, devenue droit


industriel, et arme de guerre conventionnelle du
secteur très concurrentiel des marchés du logiciel
impose des normes contractuelles aux économies .

Mais sous prétexte de piratage, les sociétés du


son et de l’image, utilisent leurs petites sœurs des
médias afin qu’elles fassent passer leurs galimatias .
Elles parlent de droits d’auteurs bafoués, mais il faut
comprendre bénéfices menacés. Elles se plaignent de
manque à gagner là où les résultats ne font que
stagner comme si la crise générale ne devait pas
écorner leur capital. Elles harcèlent les hommes
politiques avec de fausses raisons économiques pour
obtenir des mesures drastiques servant leurs visées
stratégiques. Elles créent des conflits juridiques dans
un but hégémonique broyant tour à tour concurrents
et internautes innocents sur la base de lois type
DADvSI, aux potentialités sinistres, poussées en
sous−main par certain ministre, abusant d’une
majorité absolue à toutes les assemblées d’élus. Il est
aujourd'hui par décret interdit de copier un CD pour
écouter en voiture alors qu'on paie une taxe sur la
copie privée sans commettre un acte de forfaiture :
avoir le logiciel pour graver malgré les mesures de
contrôle d'usage, qui interdisent sur le net le partage.

Le Radar 508
Guerre contre les Majors

Les artistes vaches à lait des majors, pour


conserver avec elles leurs accords, autorisent
l'encodage propriétaire qui pour l'écoute ou la vue de
leurs oeuvres oblige à l'achat du matériel nécessaire.
« Vente liée » est le nom de cette manoeuvre,
frauduleuse mais rarement punie, ou alors bien en
deçà des bénéfices. Voilà ce qu'est aujourd'hui la
Justice. Pour l'un la ruine, pour l'autre le déni.

Ces artistes n'ont pour ambition que de se remplir


les poches en nous prenant pour des cloches durant
des générations *.

Pour mieux connaître le consommateur, les


vendeurs veulent aller sur son ordinateur.Au passage,
ils pourront voir ses disques. Vous imaginez bien
pour lui le risque ... Et bien pas notre cher législateur
au service du ministre de l'intérieur.

Notre gouvernement avide de nos voix, puisque


en deux mil sept nous aurons le choix prend des
mesurettes anti−fumeurs qui donne un képi à chaque
délateur.
Sur la route, mécanique ou assermenté, virtuel
sur le net, amateur en public, toujours pour des
raisons de sécurité, partout ou nous sommes, y'a un
flic
Les riches pourront toujours payer, pour avoir
le droit de rouler, mais le peuple devra travailler pour
éviter à l'état de couler.

Pour lutter il y a le monde du libre, des


créateurs qui pour l'équilibre vous proposent

Le Radar 509
Guerre contre les Majors

gratuitement de profiter de leurs créations. D'autres


animent des discussions pour vous dire quand où
comment il vous faudra venir défendre cette liberté
qu'ils veulent vous prendre.

Et s’il faut récrire une carmagnole, pour


défendre les droits de la bagnole, faire baisser le prix
du pétrole, faire entendre notre parole...

Chanter une nouvelle marseillaise, pour qu’ils se


sentent moins à l’aise...

Ces riches qui nous méprisent, ces politiques


qui nous les brisent
Ces privés qui nous volent, ces flics qui nous
contrôlent…
La situation ne fait qu’empirer, alors, tous prenons les
devants ,
Le radar c’est comme qui dirait … au suivant...au
suivant.

fredleborgne

* Par "Ces artistes", il faut bien comprendre "les


artistes qui ont signé des textes en faveur de
DADvSI" et qui veulent des rentes à vie, (et même à
mort pour leurs héritiers) y compris en imposant les
ordinateurs personnels et les abonnements internet à
leur profit ou celui de leurs société de production.
Je respecte les vrais artistes mais je regrette de ne pas
entendre leur voix à mes côtés.

Le Radar 510
Factice 511
Factice

Factice est ma première "Nouvelle du Net". Je


me suis inspiré de certains posts de mécontents de
FAI sur les forums. Surtout un . Entre lui et son FAI,
çà ne passait pas. En plus, les modos du site lui
disaient de faire le n° de la hotline pour régler ses
problèmes.
Ce numéro étant réputé injoignable, et Bisbille
reprochant aux modos de ne savoir que conseiller ce
moyen là, j’ai écrit cette petite scène fortement
inspirée du malade imaginaire (Acte III scène 10)

Je rappelle que je suis pour l’instant très


satisfait de mon FAI.

Factice
(Acte III scène 10) Modo − Bisbille − Fred Le
Borgne

Modo : Monsieur, je vous demande pardon de la


curiosité que j’ai eu de vouloir dépanner un illustre
abonné de Factice comme vous êtes. Et la réputation
acquise partout par vos posts sur ce forum peut
excuser la liberté que j’ai prise.

Bisbille : Cela est admirable. Monsieur, je suis votre


serviteur.

Factice 512
Guerre contre les Majors

Modo : Je vois Monsieur, que vous me regardez


fixement. Combien d’internautes ai−je aidés à votre
avis ?

Bisbille : Je crois que vous en avez aidés vingt six ou


vingt sept .

Modo : Ah Ah Ah Ah . Sous mes différents pseudos,


j’en ai dépanné quatre−vingt dix.

Bisbille : Quatre−vingt dix.

Modo : Oui, c’est un des secrets de mon art que de


savoir dissimuler mes talents, et de me conserver
ainsi frais et vigoureux.

Bisbille : Par ma foi. Voilà un pseudo avec peu de


posts affichés pour quatre−vingt dix sauvetages.

Modo : Je suis informaticien volage. Je vais par les


forums, les sites et les rayons de grande surface
secourir l’infortuné novice qui désire s’équiper pour
surfer sur les autoroutes de l’information. Je dédaigne
m’occuper de simples problèmes de connexion ou de
configuration par défaut. Je veux de ces problèmes
d’importance, réseaux ,domaines masqués, adresses
IP, normes techniques, propriétés TCP/IP, Normes :

Factice 513
Guerre contre les Majors

ANSI T1.413i2 / G.DMT (ITU992.1) / G.LITE (ITU


992.2) / G.DMT annexes A,B,C …

Bisbille : Je vous suis obligé, modo, des bontés que


vous avez pour moi.

Modo : Indiquez moi les voyants. Hoy, ce débit fait


l’impertinent. Qui est votre F.A.I ?

Bisbille : Factice

Modo : Cette femme−là n’est point dans mes petits


papiers. De quoi a−t−elle dit que votre liaison
vacille ?

Bisbille : Elle dit que c’est d’un manque de patience,


et d’autres disent que c’est d’un manque de services.

Modo : Ce sont tous des ignorants. C’est du 118 911


que vous êtes malade.

Bisbille : Du 118 911 ?

Modo : Oui. Que sentez vous quand vous surfez ?

Bisbille : J’ai mon upload qui peine .

Modo : Justement ! le 118 911 .

Bisbille : Il me semble parfois que mon débit est


bridé.

Modo : Le 118 911.

Factice 514
Guerre contre les Majors

Bisbille : Qu’il y ait quelquefois des déconnexions


intempestives .

Modo : Le 118 911.

Bisbille : Je sens parfois des temps de réponse assez


longs.
Modo : Le 118 911.

Bisbille : Et quelquefois, il m’arrive de pinguer dans


le vide, comme si il n’y avait pas de proxy.

Modo : Le 118 911. Vous avez envie de


télécharger ?

Bisbille : Oui modo.

Modo : Le 118 911. Vous aimez téléphoner en


illimité ?

Bisbille : Oui modo.

Modo : Le 118 911. Il vous prend une petite colère


après une certaine pub et vous n’êtes pas bien aise de
dormir ?

Bisbille : Oui modo.

Modo : Le 118 911. Le 118 911 vous dis−je. Lui seul


peut quelque chose pour vous. Que vous ordonne
votre bon sens pour vous connecter ?

Factice 515
Guerre contre les Majors

Bisbille : Il m’ordonne de bien lire les tutoriaux.

Modo : Ignorant.

Bisbille : Les forums.

Modo : Ignorant.
Bisbille : De demander aux copains.

Modo : Ignorant.

Bisbille : De bien procéder dans l’ordre.

Modo : Ignorant.

Bisbille : Et surtout de patienter.

Modo : Ignorantes, Ignoranta, Ignorantum. Il faut


téléphoner au 118911, et pour votre abonnement, qui
n’est pas assez complet, il faut demander le service
télé, la protection anti−virus, le forfait mobile. Et
bien lire vos CGU. Je vais vous les télécharger et je
viendrai en discuter de temps en temps tandis que je
serai connecté en ce forum.

Bisbille : Vous m’obligez beaucoup.

Modo : Que diantre faites vous de cette clé USB


WIFI ?

Bisbille : Comment ?

Factice 516
Guerre contre les Majors

Modo : Voilà une clé que je débrancherai sur l’heure


si j’étais que de vous.

Bisbille :Et pourquoi ?

Modo : Ne voyez−vous pas qu’elle attire au portable


toute la bande passante et qu’elle empêche à votre
fixe de télécharger ?

Bisbille : Oui, mais ma femme utilise le portable pour


surfer dans la cuisine.

Modo : Vous avez là aussi un conjoint que je ferai


crever si j’étais en votre place.

Bisbille : Faire crever ma femme ?

Modo : Voyez−vous pas qu’elle vous incommode, et


vous dérobe vos ressources ? Croyez−moi, faites la
crever au plus tôt, vous en mettrez plus à gauche.

Bisbille Cela n’est pas pressé.

Modo : Adieu. Je suis fâché de vous quitter si tôt.


Mais il faut que j’aille aider un internaute qui a résilié
hier.

Bisbille : un internaute qui a résilié hier ?

Modo : Oui, pour aviser et voir ce qu’il aurait fallu


lui faire pour conserver sa clientèle. Jusqu’au revoir

Factice 517
Guerre contre les Majors

Fred Le Borgne : Voilà un modo fort habile.

Bisbille : Oui, mais il va un peu vite.

Fred Le Borgne : Tous les grands modos sont


comme cela.

Bisbille : Supprimer ma liaison avec le portable, et


faire crever ma femme afin que je puisse consommer
mieux ? J’aime bien mieux me priver un peu. La belle
opération que voila de me rendre enchaîné au fixe et
veuf !

Factice 518
Les auteurs de In Libro Veritas

Ce livre est fini, et cher lecteur, il est parfois


difficile de se quitter.
Alors je te propose de le faire en douceur.
Sur le site In Libro Veritas (ILV pour les
intimes), il y a bien d'autres auteurs en lecture libre,
dont certains, je dois l'avouer bien meilleurs que moi.
Et puis, des auteurs en littérature, c'est comme
pour ceux qui font de la musique, il y a plusieurs
styles.
Alors, pour prolonger le plaisir de cette lecture,
tu peux devenir un lecteur ILV.
Si ton ordinateur est un peu loin, ou pour ne pas
être perdu en ligne et te rabattre sur ma fiche, où un
autre livre et de petites choses encore t'attendent, vois
les pages qui suivent.
Quelques amis ou collègues venus à ma rescousse
te présentent leur travail, leur amour de l'écriture et
leur plaisir de création, pour toi, lecteur.

Quelquefois, affreux bavard, j'ai rajouté une


petite annotation que leur modestie leur a interdite
alors qu'ils la méritent bien.

Et permets moi ici de présenter mes excuses à


ceux qui auraient pu être là et que j'ai oubliés dans
ma précipitation à m'occuper de mon livre.

A bientôt j'espère... sur d'autres vers.

Les auteurs de In Libro Veritas 519


Guerre contre les Majors

agnes andersen

Plongée dans l’irrationnel dès mon plus jeune âge,


j’ai commencé à écrire tout ce que je ne pouvais pas
exprimer autrement.
Très tôt, je me suis sentie différente, isolée,
incomprise bien sûr. Jusqu’au jour merveilleux où je
découvris l’auteur de contes Hans Christian Andersen
et surtout « Ib et la petite Christine », une histoire
ordinaire parée d’une magie toute aussi ordinaire.
Cette lecture fut pour moi un pur bonheur.
Je devais avoir 9 ans. Je ne sais ce qu’il éveilla dans
mon âme mais ma vie ne fut plus jamais la même
après. En cet écrivain Danois, j’avais découvert un
parent, un homme qui, probablement, avait vécu tout
ce que je vivais : l’impression d’irréel et « d’écrit » à
tous les sens du terme qui traversait nos vies.
Ainsi, Andersen est devenu mon seul ami, celui dont
j’ai choisi de porter le nom pour partager sa passion :
écrire.
En même temps, je me suis spécialisée dans les
sciences dites « inexactes », chacune me mettant
toujours face à moi−même.
Et à cet impératif besoin d’écrire.
Durant toutes ces années, j’ai eu la chance de
recevoir un enseignement littéraire pluridisciplinaire :
littérature ancienne, poésie classique, rédaction et
correction, entre autres.
Et surtout, je n’ai jamais cessé d’écrire…
Aujourd’hui, je peux vous proposer deux romans
publiés.
− « Les Trois Amants », conte d’amour initiatique
entre la France et Montréal. C’est une histoire plutôt

Les auteurs de In Libro Veritas 520


Guerre contre les Majors

triste, dans un style très intimiste où se mêlent rêve et


réalité, désir du présent, peur du futur et péripéties
amoureuses. Le récit d’Ines, une femme ressemblant
à n’importe quelle femme, otage d’un passé trop
lourd qu’elle cherche à transcender. Y
parviendra−t−elle ? Je vous laisse la surprise.
− « Petits contes de l’ordinaire », recueil de nouvelles
tirées de ma réalité professionnelle d’assistante
sociale. J’y relate les petites joies
quotidiennes de mon métier mais aussi les
déceptions, les aventures, tous les aspects d’un travail
social capable de révéler autant de banalités que
d’insolite.
Une suite est en cours de correction : « L’assistante
sociale ne répond plus ».
J’y aborde des aspects beaucoup plus dramatiques du
quotidien. Ceux qui font que parfois… Nous ne
savons plus très bien…
Beaucoup d’autres œuvres sont achevées ou en cours
d’achèvement : poésies, articles ou nouvelles
humoristiques, chroniques et même chansons. Vous
pourrez en trouver de nombreux extraits sur In Libro
Veritas, site qui m’a permis de vous rencontrer, vous,
lecteurs.
Alors, je vous souhaite à tous une bonne découverte
et je suis très heureuse de l’intérêt que vous portez à
mes œuvres.
Peut−être vous donneront−elles l’envie d’écrire, vous
aussi. Comme moi, il y a très très longtemps…
Merci à vous. Et Merci Hans Christian.
agnes andersen
4 février 2007
7 agnes andersen

Les auteurs de In Libro Veritas 521


Guerre contre les Majors

ATI
Pourquoi ce pseudo ?
Devinez, Patricia, Béatrice...
Date d'inscription sur ILV : 21 août 2006
essayer d'écrire.
textes divers : nouvelles, poésie, contes....
ATI
C'est mon diminutif familial. Mon frère, de 14
moismoins jeune, n'arrivait pas à prononcer mon
prénom. Je venais de prendre une retraite méritée
après 42 années de travail bien remplies. Mon père
m'a mis un coup de pied aux fesses quand j'avais 14
ans.
Malgré de bonnes notes en classes, il fallait travailler.
Ce fut l'usine dans l'est de la France. Après les
chemins de montagne des Vosges, pour aller à 'école,
il fallait se lever encore plus tôt pour aller à
l'usine. Puis à force d'acharnement, je m'en suis
sortie.... mais, c'est une histoire que je devrais écrire..
Maintenant, j'ai un peu de temps pour les loisirs....
Moi qui n'avais pas le droit de prendre un livre en
étant enfant, il fallait aider maman, la famille était
grande ! Je peux enfin assouvir ma soif de lire et Je
n'ai donc que peu de texte à vous proposer. Ce que
j'écris sort directement de mon coeur. Ce sont des
Mon dernier texte, une hypothèse sur la mort du petit
Grégory. Ma version des faits essaie de mettre en
avant une solution que les juges n'avaient pas
approfondie. Un gendarme avait eu presque la même
logique que moi, donc ma solution tient la route
Pour en savoir plus :
http://www.inlibroveritas.net/auteur1894.html

Les auteurs de In Libro Veritas 522


Guerre contre les Majors

Rachid BOUKHAR

"Artiste peintre et sculpteur.

Etudes en langue et littérature Françaises à


l'université Mohamed V. Rabat"

Il faut lire Rachid BOUKHAR. Ce poète marocain


nous transporte avec ses rimes aux accents orientaux ,
non seulement vers une poésie
exotique, mais parfois aussi vers des réflexions plus
profondes sur les problèmes de la société musulmane.

Humaniste, homme de foi, moderne, il sait dénoncer


habilement, par l’intensité de ses vers alors
mélancoliques ou chagrins, les excès perpétrés au
nom de la pratique d’un islam obscurantiste et
tyrannique qui vont à l’encontre des principes
fondamentaux de son dieu bienveillant.

Certains de ses textes peuvent être légers, et d’autres


bouleversants. Son inspiration est unique et ses
œuvres sont des œuvres de paix. Les titres aussi
peuvent être trompeurs. "La tombe du canon"
s'oppose au "matin levant" et le "murmure sous la
pluie", "le gris du ciel", le "nuage" sont autant d'états
d'âmes, d'expériences et d'espérances.

http://www.inlibroveritas.net/auteur2416.html

Expo de certaines oeuvres sur le net


http://www.listoo−artexpo.com/art/photo_galerie.php?idc=ecr234

Les auteurs de In Libro Veritas 523


Guerre contre les Majors

CATHYLEEN

« Arsenic et vieilles dentelles » ? « Agatha


Christie » ? « Tatie Danielle » ? « Ma Dalton » ?
Oubliez toutes ces inquiétantes références.

« Avant de mourir je voudrais réaliser un


rêve.Donner en lecture des petits textes écrits dans le
passé, dans le présent et peut−être dans le futur...Mes
textes sont d'une grande simplicité, j'en suis
consciente! Valent ils la peine d'être lus ? Le cas
échéant je m'éclipserai sur la pointe des pieds... . »

Cathyleen est une charmante grand−mère qui écrit


pour ses petits enfants, voire les générations
suivantes. Et pour nous. Cathyleen s’essaie à
différents styles, différents sujets et conserve sa
fraîcheur. L’exemple même que l’écriture n’est pas
réservée à quelques uns et aurait des vertus curatives .

Car son expérience et sa douceur de vivre


parviennent par ses mots jusqu’au lecteur qui se
laisse aller au rythme de ses vers, sur la pointe des
pieds...

Ses oeuvres conseillées à ceux qui voudraient la


découvrir:
"Le bouquet" "Mille bras" "Chère famille" ou "Sucre
d'orge".

http://www.inlibroveritas.net/auteur1755.html

Les auteurs de In Libro Veritas 524


Guerre contre les Majors

DEMOTIER

"Je voulais devenir chanteur. Beaucoup d'entendants


m'ont aimablement, mais formellement, informé que
ma voix était vilaine. Mon rêve était cassé avant
d'avoir existé, mais pas autant que les oreilles de ceux
m'ayant entendus chanter. J'ai noirci des pages pour
tenter de compenser. Des malentendants m'ont
cruellement, mais péremptoirement, obligé à
constater que j'étais également un écrivailleur sans
style, sans idée, sans envie. Ce n'est rien, je vais
m'essayer à la peinture, puis au crochet. Ensuite,
j'aviserai."

Erreur inconnue ! Appuyez sur échappement ou


redémarrez la machine.
http://www.inlibroveritas.net/forum/profil435.html

Alain Tchungui :

"Aux premières nouvelles" (nouvelles)

http://www.ilv−edition.com/librairie/aux_premieres_nouvelles.htm

"Le jardin public" (roman)


http://www.ilv−edition.com/librairie/le_jardin_public.html

à paraître :
"Aux nouvelles suivantes" (nouvelles)

Et à savoir, Alain Tchungui manie l'humour avec


talent (NdA)

Les auteurs de In Libro Veritas 525


Guerre contre les Majors

g@rp

Longtemps écrivain de tiroir, g@rp éclot sur


Internet il y a trois ans. Son nom apparaît dans les
remerciements du traducteur des « Lettres de P e l a f
i n a » ( D e n o ë l ) , il mûrit ensuite sur
Darbraleph.org où ses nouvelles sont publiées en
ligne, au coeur d'un véritable labyrinthe à vocation
ludique et artistique, dont il réalise par ailleurs
l'index.
En juillet 2004, « 6H50 corniche Kennedy » est
sélectionnée à l'occasion du concours « Nouvelles sur
la ville » par la rédaction du quotidien 20minutes, qui
la publie à raison d'un chapitre par jour. Depuis, le
nombre et la diversité de ses lecteurs, tout autant que
l'accueil enthousiaste réservé à ses écrits, ne cessent
de le surprendre et de l'encourager.

"Kaléidoscope" est son premier recueil de nouvelles.


« Le style "g@rp" gage d'une belle qualité d'écriture
avec ce mélange de légèreté et de profondeur très
personnel » − F Baure.

Kaléidoscope : suite rapide de sensations vives et


variées ; titre de ce premier recueil de nouvelles dans
lequel les mots sont autant d’objets colorés et de
miroirs que g@rp juxtapose, superpose, manipule
méthodiquement, avec humour, pertinence et
impertinence, émotion et poésie, jusqu’à dévoiler les
dessins mobiles et aléatoires d’une réalité qui prend
le lecteur à contre−pied.

Vingt petites merveilles cinglantes, décalées,

Les auteurs de In Libro Veritas 526


Guerre contre les Majors

légères, nappées de tendresse, pleines d’une


imagination débridée et galopante, distillées avec un
plaisir communicatif. Parmi les plus appréciées : « Tu
et moi dans l’axe du cœur », « Camping Gaz »,
« Dédouané »…

ISBN : 978−2−35209−005−2 247 pages au format


120x185mm

http://www.inlibroveritas.net/auteur848.html

Frédéric Marcou

Recueil de poèmes et rêveries


Ce livre est le fruit de trois années d'émotions
intenses, j'ai voulu le publier pour être en accord avec
moi−même, vous y trouverez émotions et évasions,un
seul mot d'ordre, se laisser aller.

L'AUTEUR
Ecrivain par envie, goût et passion

Synopsis
Quelques poèmes en prose, en guise
d'amuse−bouche, une petite frandole de poèmes pour
un amour qui est devenu amie ; en deuxième partie
du livre, des rêveries pour vous faire rêver et voyager
avec de simples mots posés là sur le papier.

Format papier sur ILV−EDITION : 16.00 € TTC,

Les auteurs de In Libro Veritas 527


Guerre contre les Majors

Mary J'Dan

De professions multiples et variées, liées à un


grand appétit de découvertes, Mary J’Dan, née à
Bordeaux n’a pourtant jamais transgressé à sa
première passion : l’écriture. Peu avant ses 10 ans,
ses premiers écrits, d’abord pour ne rien dire, avaient
pour seul mobile la juste jouissance de laisser courir
la plume sur une feuille blanche. Puis vint ensuite le
plaisir de construire, de créer et d’imaginer.
Tous ses écrits, nouvelles, contes et romans,
après avoir été soigneusement cachés, étaient
systématiquement anéantis. Honte ou peur du qu’en
dira t’on ? Depuis 2002, les écrits restent enfin et une
trilogie libre est née de cette soudaine liberté
intellectuelle.
Le 1er : Embarquement indirect :
Prudence, le personnage omniprésent de cette
trilogie, découvre que de la vie à la mort, une
passerelle existe. L’embarquement direct n’est pas
possible. Avec l’aide de Luna, messagère et guide,
elle offre « aux élus » la chance d’un dernier adieu.
L’une et l’autre côtoient les vivants et les morts et
lèvent enfin le voile sur ce secret enfoui depuis la nuit
des temps : et après la vie ?
Le 2ème : Les voleurs d’anges :
Il fait le récit d’une merveilleuse rencontre
programmée par le destin. De cette union naîtra
Shana, une petite fille puis une jeune femme dotée de
dons exceptionnels. Confronté à un terrible complot,
un trio sans histoire devra affronter des épreuves
douloureuses. Une enquête, une histoire originale et
captivante qui tient le lecteur en haleine.

Les auteurs de In Libro Veritas 528


Guerre contre les Majors

Le 3ème : La Naine du Sagittaire : (Parution courant


2007)
Il nous offre une nouvelle aventure non moins
originale. Celle−ci nous renvoie à nos regrets, nos
remords… et si nous pouvions faire un retour sur le
passé et éviter nos erreur ! Peut−être dans un monde
parallèle ? Les révélations de Prudence nous donnent
enfin toute la lumière.
On pourrait qualifier les romans de Mary J’Dan
de totalement fictifs mais, qui serait en mesure
d’affirmer et de prouver que tout cela n’est pas vrai ?
http://www.inlibroveritas.net/auteur2285.html

Patrick S. VAST
Je me qualifie comme un adepte, voire un pratiquant
du P S F. Entendons par là :
Polar/Science−Fiction/Fantastique.

Je ne me prive pas pour autant de quelques incursions


dans d’autres disciplines, mais ce sont ces dernières
qui ont toujours attiré le plus mon attention.

Privilégiant autant le support papier qu’informatique,


j’ai publié des nouvelles dans des revues ou fanzines
tels que Hauteurs, Nocturne, le Calepin Jaune ; et j’ai
également des textes en ligne sur les sites
ciel−et−enfer ( sous le pseudo de Sine qua non ), et le
rayon du polar.

But suprême de cette année 2007 : l’écriture d’un


roman fantastique que je viens de commencer.
http://www.inlibroveritas.net/blog/caouet
http://www.inlibroveritas.net/forum/profil2145.html

Les auteurs de In Libro Veritas 529


Guerre contre les Majors

Bernard Lancourt Coup de pouce au destin

Madeleine Brissac est héritière d'une grande


compagnie de produits pharmaceutiques. A la mort
de ses parents dans un accident de voiture, elle
soupçonne son mari, Claude Brissac, de les avoir
assassinés.

Lorsqu'elle apprend que ce dernier est l'amant


de sa secrétaire, Solange Faloche, la culpabilité de
Claude ne lui fait plus aucun doute. Pourquoi, alors,
prend−elle des dispositions testamentaires, lui léguant
tous ses biens ? Claude est−il innocent ? Que
fait−elle donc, avec un poison et un antidote ? De son
côté, Solange Faloche aimerait bien que son amant se
débarrasse de sa femme, et puisse ainsi l'épouser.

Dans cette situation volatile, qui donnera le


"coup de pouce au destin" pour y mettre feu ? On ne
cesse de se le demander jusqu'au moment où
l'apparition d'un certain René Pujol vient encore
compliquer les choses.

Qui est cet homme mystérieux ? D'où vient−il ?


Que veut−il ? Il déclare à Claude Brissac, se
présenter en réponse à une petite annonce insérée
dans "La Gazette" : "Recherche personne capable
donner coup de pouce au destin.
Or, ce journal n'existe plus depuis un an !
L'annonce n'a jamais été imprimée et... le mystère
s'épaissit.

Le commissaire Berthier enquête, aidé par

Les auteurs de In Libro Veritas 530


Guerre contre les Majors

Henri Valois, un jeune ingénieur chimiste, amoureux


de Madeleine.

Il faudra attendre littéralement jusqu'à la


dernière ligne de ce livre pour comprendre les
dessous de cette affaire qui, ténébreuse dès le début,
ne cessera de s'enténébrer.

L'AUTEUR

Bernard Lancourt est, à ce jour, l'auteur le plus


populaire d'ILV. Il a écrit de nombreux romans
inédits, nouvelles et pièces de théâtre.

Deux de ses nouvelles ont été primées au


concours de l'Association Dissonances de Nice et
deux autres nouvelles, au Prix de Francophilie 2004
et 2005 du Journal Littéraire. Il a reçu le deuxième
prix de poésie au Concours Renoir 2005 et un Prix
Littéraire de l'année 2005, décerné par la Compagnie
Littéraire.

Coup de pouce au destin

Format papier : 10.00 € TTC,


Format PDF : Gratuit
Licence : Creative Commons by−sa
ISBN : 978−2−35209−032−8
Catégorie : Romans / Nouvelles
111 pages au format 120x185mm (Papier 80g)

Les auteurs de In Libro Veritas 531


Guerre contre les Majors

Judicaele MANOIR

FEMMES OBJET
Annabelle, Yolande ou Marie Thérèse. Fille, mère ou
sœur. Amante, épouse ou maitresse. Amie, petite
amie ou meilleure amie. Quel que soit son nom,
quelle que soit sa situation sociale, quelle que
soit l'époque a laquelle elle vit, une femme est une
femme, et en cache toujours une autre…
Avec style, avec humour, sensibilité aussi, les
portraits se succèdent mais ne se ressemblent pas.
Avec justesse, pertinence et sensualité, les femmes
s'enchainent, mais au final, exaltent le même parfum.
Saurez−vous seulement le reconnaître ?

AMEUBLEMENT VOTRE
Là encore, qu’il s'agisse du canapé télé, de la
baignoire, ou du placard, les meubles font partie
intégrante de notre vie. Mieux, ils sont les témoins
privilégiés de nos prises de bec, de nos tentatives de
séduction, de nos crises de doute, de nos moments de
solitude. Articulées autour de ces objets « inanimés »,
dix nouvelles qui vous plongeront dans l'intimité de
héros, célibataires ou en couple, dans leur quotidien
des plus réalistes, mais des plus touchants surtout !
Qui aurait pu penser qu'un jour un auteur aurait eu
l'idée saugrenue de faire de nos meubles les héros de
son livre ! Croquez ces personnages plus vrais que
nature et appréciez les situations sorties tout droit de
la vie de tous.
LES CONTES DU PASSE
Des Princesses, des étalons, des sorcières, des jeunes
enfants. De la passion, du danger, de l'amour et du

Les auteurs de In Libro Veritas 532


Guerre contre les Majors

courage. Des contes qui nous font voyager, espérer,


trembler aussi. Des héros qui nous font rêver,
sourire, plaisir. Un livre que vous ouvrirez avec
bonheur et refermerez pour mieux l offrir à vos
proches. Pour tous les âges, tant que vous avez garde
un peu de votre âme d'enfant.
Fini la réalité et le monde contemporain, et place à la
fantaisie, au merveilleux et à la féérie.
Vous serez entrainé avec bonheur dans un univers où
la magie peut à tout instant laisser place à la
sorcellerie. Vous pourrez aussi vous amuser à
découvrir les différentes leçons de la vie par lesquels
s’expriment ces histoires.
Judicaele MANOIR − « Auteur » sur ILV.

Aquilegia Nox et Léo Sigrann


Partageant déjà dans la vie la même table, le
même lit, et la même console de jeux vidéos, nous
avons décidé de nous associer pour un roman à quatre
mains, et trois narrateurs.
Intitulé "Jeux de Mains", ce polar parfois un
peu gore − mais si ma grand−mère l'a lu, c'est qu'il ne
doit pas l'être tant que ça...ou alors... − est une leçon
sur la façon de voir sa tête mise à prix en quelques
faux pas.
Prévue comme le premier tome d'une série, cette
histoire est actuellement soumise aux critiques et
corrections de la communauté d'ILV, en compagnie
de quelques nouvelles d'Aquilegia, et en attendant
l'édition. Croisons les doigts."
http://www.inlibroveritas.net/auteur2808.html

Les auteurs de In Libro Veritas 533


Guerre contre les Majors

Une ère de liberté

Premier tome d'une prolifique espérons le


collection de livres libres : Gauche d'Auteurs. "Une
ère de liberté" inaugure une nouvelle vision de
l'édition. Il s'agit purement et simplement de mettre
en avant des auteurs qui, plutôt que de publier
exclusivement leur(s) texte(s), ont préféré vous les
offrir en les licenciant sous copyleft.

Le copyleft, littéralement gauche d'auteur en


anglais, est la possibilité donnée par l'auteur d'un
travail soumis au droit d'auteur (oeuvre d'art, texte,
programme informatique, etc) à l'utilisateur de copier,
utiliser, étudier et distribuer son oeuvre avec la
restriction que celuici devra laisser l'oeuvre sous les
mêmes conditions d'utilisation, y compris dans les
versions modifiées ou étendues. (Source Wikipédia)

Ainsi, tous les auteurs qui auront fait le choix de


publier leur(s) oeuvre(s) sur InLibroVeritas en
copyleft (CCby, CCbysa, Licence Art Libre,
GNU/GPL, GFDL) auront peutêtre le plaisir de voir
leur(s) écrit(s) publié(s) dans un futur tome de la
collection Gauche d'Auteurs.

Les auteurs, les oeuvres :

L'authentique du P3 par Agnès Andersen

Erreur inconnue ! Appuyer sur échappement ou


redémarrer la machine par Démotier

Les auteurs de In Libro Veritas 534


Guerre contre les Majors

La mélodie de la dent du chat par FrihD

Petite histoire d'un bout de papier par FreD

Chimères de Didier Gazoufer

Cadavres exquis à la neige par G@rp

L'arbre du partage

7 histoires pour rester libre...

Format papier : 15.00 € TTC


Format PDF : Gratuit
Licence : Multiples
ISBN : 978−2−35209−039−7
Catégorie : Romans / Nouvelles
355 pages au format 120x185mm (Papier 80g)

... et encore, sur Inlibroveritas, à taper, faites


moi confiance, dans la zone de recherche, en haut à
gauche...

Gérard FEYFANT, Daniel Le GOURRIEREC,


Romane, Sylvie PARTHENAY, Alexandre
LEGRAND, Francis BOUGIT, Sin bad Boy, Olivier
BAILLY, Denis Nerincx, Jost VINCENT, Sihemalik,
Zenon Xenononex... et bien d'autres. Aujourd'hui, 4
février 2007, c'est 486 auteurs présents et plus de
3500 oeuvres.

Les auteurs de In Libro Veritas 535


Livre papier ILV version 1.3c