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UNIVERSITE DE YAOUNDE 1

FALSH

DEPARTEMENT DE FRANÇAIS

UE 242 : LES FRANÇAIS REGIONAUX

ENSEIGNANT : Pr Christiane Félicité EWANE épouse ESSOH

Objectif du cours : Ce cours a pour objectif général l’examen des variétés du français en
francophonie.

Objectifs spécifiques :

- les origines du français ;

- le rayonnement géographique de la langue française ;

- les causes du régionalisme ;

- la typologie des régionalismes ;

- et les conséquences liées au régionalisme.

PLAN DU COURS

Introduction générale

1. De la présentation du français

2. Les causes du régionalisme linguistique

3. Rayonnement géographique du français

4. De la typologie des régionalismes

5. Conséquences du régionalisme

BIBLIOGRAPHIE

 Bautier, Élisabeth, (2002), La langue des cités est-elle fréquentable ?, éd. Lien social,
Numéro 608
 DASSI, E. (2008), De la création d’emplois à la composition nominale dans le
français parlé au cameroun, Université de Yaoundé I.
 DUBOIS, J. alii, (1989), Dictionnaire de Linguistique, Paris, Larousse.

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 DUBOIS et alii, (2007), Grand Dictionnaire, Linguistique et Sciences du langage,


Paris Larousse.
 ESSONO, J-M., (1998), Précis de Linguistique générale, Paris, l’Harmatan.

 Fuchs, Catherine & Le Goffic, Pierre, 1992, Les linguistiques contemporaines, Paris,
Hachette
 GUNDEL, J.K., (1983), The role of Topic and Comment in Linguistic Theory, New York,
Garland.
 GUTHRIE, M., (1967), The classification of the Bantu languages, London, Dawson of
Pall Mall.
 LECLERC, J. (1992), Langue et Société, Québec, Mondia Editeurs.

 Lerot, Jacques, 1993, Précis de linguistique générale, Paris, Minuit


 Maingueneau, Dominique (1996), Aborder la linguistique, Paris, Le Seuil (ISBN 978-2-
02-023031-5)
 Martinet, André, (1996) Éléments de linguistique générale, 4e édition, Paris, Armand
Colin
 MENDO ZE, G., (1997). Le Français langue africaine: enjeux et atouts pour la
francophonie, Éléments de stratégie, Paris, Publisud.

 Mounin, Georges (1971), La Linguistique, Paris, Seghers, coll. « Clefs »


 Neveu, Franck (2011), Dictionnaire des sciences du langage, Paris, Armand Colin
 Normier, Bernard (2007), L'apport des technologies linguistiques au traitement et à la
valorisation de l'information textuelle, Éditions ADBS
 NOUMSSI, G. M., (2006), Dynamique du français au cameroun : créativité,
variations et problèmes socio-linguistiques, Université de Yaoundé I
 NZESSE, L. Le français dans la réalité camerounaise, faits d’appropriation. étude
menée à partir du champ lexical du concept de « politique » au cameroun de 1990 À
1992, Université de Dschang
 QUEFFÉLEC, A. (éd) (1989), Francophonies, Recueil d’études offert en hommage à
Suzanne Lafage, Le Français en Afrique 12.

 Saussure, Ferdinand de, 1916, 1995, Cours de linguistique générale, Paris, Payot
 Soutet, Olivier, 1997, Linguistique, Paris, PUF (ISBN 978-2-13-047186-8)
 Bertucci Marie-Madleine (2007), « Plurilinguisme, parlers métisses et configurations
identitaires dans l’espace francophone. Mots des migrants et français circulant »,
Le français en Afrique 22, pp. 71-81
 Calliabetsou-Coraca Kalliopi (2007), « La traduction interlinguale hier et aujourd’hui
 en didactiques des langues-cultures », Glossikos Periplous, Section de
Linguistique de l’Université d’Athènes, Athènes, Institouto tu vivliou, A.
Kardamitsa, pp. 47-61
 Cerquiglini Bernard (2004), « L’enjeu de la diversité: réflexions sur le monolinguisme
français », Le français face aux défis actuels. Histoire, langue et culture, volume
 I, J. Suso Lopez & R. Lopez Carillo (eds.), Université de Grenade, pp. 19-25

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 Christodoulou Anastassia (2003), Analyse sémiotique et culture en langue étrangère,


 Thessalonique, University Studio Press (publication en grec)
 Conseil de l’Europe (2001), Un cadre européen commun de référence pour les
 langues: apprendre, enseigner, évaluer, Paris, Didier
 De Carlo Maddalena (1998), L’interculturel, Paris, Clé International
 Delisle Jean (1980), L’analyse du discours comme méthode de traduction, Ottawa
 Eco Umberto (1968), La structura assente. La ricerca semiotica e il metodo
 strutturale, Milano, Bompiani
 Jakobson Roman (1963), « Aspects linguistiques de la traduction », Essais de
 linguistique générale, Paris, Minuit, pp. 78-86
 Hagège Claude (1985), L’homme de paroles; contribution linguistique aux sciences
 humaines, Paris, Fayard
 Hagège Claude (2008), Combat pour le français. Au nom de la diversité des langues
 et des cultures, Paris, Odile Jacob poches
 Ladmiral Jean-René (1994), Traduire: théorèmes pour la traduction, Paris, Gallimard
 Valdman Albert (1982), « Français standard et français populaire: sociolectes ou
fictions? », The French Review, volume LVI, no 2, pp. 218-227
Walter Henriette (1999), « Le français, langue d’accueil: chronologie, typologie et
dynamique », Current isuues in Language and Society, no 3-4, Volume 6, pp. 170-194

INTRODUCTION

Le mot régionalisme dérive de région, qui vient du latin regio, et signifie, direction.
Ainsi, le régionalisme sur le plan linguistique se définit comme un fait de langue qui
caractérise une variété d’une langue dans une localité, et qui s’identifie par la différence
présentée par rapport à la variété standard de la langue.

L’étude des langues dévoile que même dans les communautés les plus homogènes, il
n’existe pas de forme linguistique fixe et immuable, ni dans les prononciations, ni dans la
syntaxe, ni dans le vocabulaire, ni même dans la morphologie (Hagège, 1985:370). Pourtant,
la valorisation de la variation du français est un phénomène assez récent. Valdman
(1982:218) mentionne à ce sujet que cette tournure se fait par rapport à la notion du français
standard et s’explique, entre autres, par l’essor de la sociolinguistique et l’influence
grandissante des régions francophones extra-hexagonales.
En ce qui concerne le statut des variations régionales du français, l’idée qui domine
aujourd’hui d’après Walter (1999:171), est que les variations régionales constituent un facteur
d’enrichissement de la langue française et qu’elles y ont laissé profondément leurs traces sous
la forme des emprunts linguistiques.

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A cet effet, mieux appréhender la notion de régionalisme exige que nous examinions
tour à tour la présentation du français, les causes du régionalisme, le rayonnement
géographique du français et la typologie des régionalismes.

QUELQUES DEFINITIONS
On ne saurait amorcer une étude linguistique de cette envergure sans définir au préalable
quelques concepts clés qui meublent le cours, question d’n alléger l’appréhension.
La linguistique est l’étude scientifique du langage et des langues naturelles, telles que les
locuteurs les réalisent. Elle a pour but de décrire les langues en expliquant leur structure, leur
évolution et leur fonctionnement. Ce qui la différencie de la grammaire qui est prescriptive
c’est-à-dire qu’elle édicte des normes, enseigne des règles. Donc la grammaire s’intéresse à
comment on doit parler pourtant la linguistique cherche à expliquer ce qui est dit.
La linguistique est une science parce qu’elle obéit aux exigences de l’analyse scientifique :
l’observation des phénomènes linguistiques, la description des faits linguistiques observés,
l’explication des faits linguistiques observés et l’élaboration d’un modèle ou d’une théorie.
Le langage est une capacité innée de l’homme à communiquer par le biais des signes vocaux,
génétiquement programmée sur le plan neuropsychologique.
La langue est un système de signes vocaux propre à une communauté donnée ; une forme
d’actualisation du langage, partie sociale du langage, un fait collectif.
Par contre, la parole, forme d’actualisation de la langue, est un fait individuel. La langue est
psychique, en puissance et la parole est psycho-physiologique (matérialisée, discursive).
Dichotomie langue/parole selon Saussure ; et langue/discours selon Guillaume.
On emploie le terme dialecte pour référer à un parler émanant de la fragmentation d’une
langue mère dans une région. Autrement dit, les dialectes sont les différentes manières dont la
même langue est parlée dans une région donnée.
L’idiolecte renvoie aux différentes manières de parler, ou encore les caractéristiques
linguistiques d’un individu ; ce qui particularise donc chaque individu.
Le patois est une variété dialectale propre à une communauté linguistique locale et restreinte.
A cause de son caractère péjoratif, on le considère socialement inférieur à la langue et
demeure restreint à un usage familier.
Une langue véhiculaire est une langue qui peut servir d’intercommunication entre groupes
divers dans une région où coexistent plusieurs communautés linguistiques. (le swahili en

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Afrique de l’Est, le beti au Sud Cameroun, le sango en Centrafrique, le lingala au Congo, le


fufuldé au Nord Cameroun, etc.)
Le signe linguistique, création de Ferdinand de Saussure, est une entité biface, rapprochant
un signifié et un signifiant.
Le signifié est la face sémantique du signe linguistique
Le signifiant en est l’mage acoustique l’empreinte psychique du son.
La sociolinguistique est l’étude de l’interaction entre les variétés de la langue et la structure
des groupes sociaux. Elle a pour but l’étude de la langue dans son contexte social.
La morphologie, dérivant du grec morphé (forme) et logos (science), est la science qui
s’intéresse à la forme ou aux variations des différents signifiants d’une langue donnée.
La phonétique est la description scientifique de sons du langage humain.
La phonologie est la science qui étudie la fonction des sons du langage humain, elle
s’intéresse au signifiant en relation avec le signifié.
La lexicologie est l’étude du lexique d’une langue, sous le double aspect du signifiant et du
signifié. Elle en étudie la composition et le mécanisme de fonctionnement.
La sémantique est la branche linguistique dont l’objet est l’étude du sens des unités lexicales.
La syntaxe traite des modalités d’agencement des constituants d’une langue pour transmettre
un message.

1. De la présentation du français

D’après Rousseau, On ne connaît d'où est un homme qu'après qu'il a parlé. L'usage et le
besoin font apprendre à chacun la langue de son pays ; mais qu'est-ce qui fait que cette
langue est celle de son pays et non pas d'un autre ? Ces propos suscitent des interrogations
quant aux origines, aux caractéristiques et à la base du français.

En réalité, le mot français est polysémique dans la mesure où il peut désigner d’une part,
un individu originaire de France ; d’autre part, il peut s’agir de la langue qui provient de
France, voire la langue parlée en dehors de la France.

Parlant de ses origines, Saussure affirme ; On n'a jamais vu naître une langue. Il en
ressort qu’il est impossible de dater la naissance du français. Mais on peut en chercher les
origines en remontant l’histoire.

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En remontant à près de 40 000 ans en effet, on aurait vu l'apparition d'un langage articulé
digne de ce nom. À cette époque, les hommes cherchaient à tisser des relations afin
d’échanger des outils et de créer des œuvres d'art (grottes ornées) pour ne plus douter de leur
capacité à papoter. Des langues se seraient ainsi peu à peu formées jusqu'à ce que l'une d'elles
surpasse les autres, du moins dans l'espace eurasiatique : c'est la théorie de l'indo-européen,
famille linguistique à laquelle appartient le français.

Famille linguistique Population Nombre des


mondiale langues

1 indo-européenne 48,0 % ± 200

2 sino-tibétaine 25,0 % ± 50

3 austronésienne 04,5 % ± 1000

4 afro-asiatique (chamito- 04,5 % ± 120


sémitiques)
5 03,7 % ± 12
dravidienne
6 02,4 % ± 10
japonaise
7 02,2 % ± 400
bantoue
8 01,7 % ± 900
nigéro-congolaise
9 01,3 % ± 50
altaïque
10 01,2 % =1
coréenne
11 01,1 % ± 55
austro-asiatique
12 00,5 % ± 30
ouralienne
Total 96,1 % ± 2828

3,9 %
Autres familles linguistiques ± 3400

Statistiques des grandes familles linguistiques

L’histoire de la langue française commence avec l’invasion de la Gaule par les armées
romaines sous Jules César de 58 à 50 av. J.-C. Après la conquête, les soldats et les
commerçants romains ont importé avec eux le latin vulgaire. Malgré l'apparente similitude

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des deux langues (syntaxe, numération, morphologie), il y a peu de continuité entre le gaulois
et le latin. La plupart des communautés occupant la région de France avant l'arrivée des
Romains parlaient la langue gauloise, issue de la branche celte de l'indo-européen. Mais faute
de supports écrits, il est impossible de la connaître. Avec l’arrivée des Romains le français
évoluera du bas latin vers le gallo-roman au cours du premier millénaire de l’ère chrétienne ;
et ce n’est qu’en 1559 que la langue devient juridique et administrative. S’ensuit une longue
réforme de la langue promue par les académiciens, pour la régulariser et y réintroduire des
vocables latins. Le français classique des XVIe et XVIIe siècles devient le français moderne du
XVIIIe siècle, langue véhiculaire de l’Europe, et entame son expansion dans le monde.

2. Causes du régionalisme
On entend par variétés régionales d’une langue les différentes manières dont la même
langue est parlée d’une région à une autre. C’est ce que l’on assimile généralement aux
dialectes. Selon Dubois (1989 :149) en effet, le dialecte est un système de signes et de règles
combinatoires de même origine qu’un autre système considéré comme la langue, qui
s’emploie dans les pays ayant en commun la même langue. En d’autres termes, c’est une
manière de parler une langue propre à une région. Ce qui classe la langue comme un grand
ensemble constitué de plusieurs sous-ensembles ou dialectes.
Le régionalisme est perceptible par la différence qu’il présente par rapport à ce que
prévoit la vérité standard de la langue. La même langue peut donc être parlée dans plusieurs
régions et connaître des variations en fonction de plusieurs facteurs sociaux, culturels,
géographiques, économiques, etc.
2.1 Facteurs géographiques et économiques
La langue est propice à se développer dans un environnement avec lequel elle est en
symbiose. Le français, qui s’étend bien au-delà de la France, est appelé à cohabiter avec
d’autres langues locales. Cette cohabitation est indéniable dans la mesure où, ce sont les
hommes qui se rencontrent, et chaque peuple a sa langue. L’environnement d’une langue se
ramène ainsi à l’ensemble de langues avec lesquelles cette dernière cohabite.
D'une part, dans les pays francophones, le français est une langue importée par la
colonisation et dont l'implantation a prospéré. La langue a peu à peu occupé une place
indéniable dans l'environnement quotidien (administration, politique, techniques, commerce,
justice…) et dans les média (radio, télévision, journaux, cinéma…). Cependant, les
populations qui s’en servent sont aussi diverses que variées, chacune avec sa langue
maternelle. La cohabitation entre le français et les langues locales est en ce moment

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inévitable ; ce qui engendre en conséquence des variétés du français dues au contact de toutes
ces langues.
D’autre part, les pays africains francophones ont connu un fort exode rural et une grande
mobilité de leurs populations. Certains Etats vont même jusqu’à constituer depuis des
décennies des pôles d'attraction pour l'ensemble du continent. Ce qui explique la formation
rapide de véritables mégapoles où on trouve des populations diverses qui n'ont rien en
commun si ce n'est les mêmes difficultés économiques et les mêmes problèmes existentiels.
Les langues maternelles vernaculaires demeurent seulement d'usage au sein de la famille mais
les contacts de la rue se font dans diverses variétés du véhiculaire urbain dominant, c'est-à-
dire bien souvent du français. Car la rue est à la fois le lieu d'apprentissage de ce français
véhiculaire par les nouveaux-venus mais aussi le lieu de rencontre privilégié des jeunes
désœuvrés qui, comme dans toute société, ont élaboré un code permettant la reconnaissance à
l'intérieur du groupe et la distinction par rapport au reste du monde.

2.2. Facteurs socio-culturels


L’environnement culturel se résume aux coutumes, croyances, rites, vision du monde, etc.
d’une communauté donnée. Ainsi, il est des réalités exclusives à certains peuples et qu’on ne
saurait exprimer autrement que dans la langue d’origine. Il n’est pas surprenant dès lors de
recourir aux emprunts, en intégrant au français des termes empruntés aux langues locales. Le
français parlé dans les colonies développe par exemple une parenté avec les langues
africaines. Il intègre de nombreux mots prononcés avec des tons alors que dans sa variété
standard, ceux-ci n’ont aucune indépendance accentuelle. Cette situation est favorisée par le
fait que les tons ont une valeur distinctive et imposent des contraintes sémantiques à des
locuteurs qui de surcroît sont plurilingues. Ces emprunts y entrent aussi avec des phonèmes
étrangers de sorte qu’une étude phonologique du français d’Afrique devient nécessaire,
d’autant plus que certains mots français portent déjà des tons comme s’ils étaient des
emprunts (Renaud, 1975 : 25) et que certains d’entre eux sont prononcés avec des phonèmes
appartenant aux langues africaines (Zang, 1999 : 112-128). Ces emprunts sont même déjà
enseignés dans les écoles d’Afrique, on les retrouve dans les médias et les textes officiels.
Par ailleurs, la grammaire française applique une norme qui peut ne pas s’apparenter à
celle des langues locales, ce qui peut engendrer des conséquences dans la pratique de la
langue. En guise d’exemple, la détermination nominale se fait généralement avec la
postposition du déterminant au substantif. Par contre, dans les langues bantu, le préfixe de
classe qui n’est pas un article, n’est pas détaché du thème nominal. Il n’est donc pas

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surprenant d’entendre un locuteur bantu s’exprimer en français en omettant les articles.


Exemple : « je veux manger banane »/au lieu de « je veux manger une banane. »

3. Rayonnement géographique du français

Le français est la langue officielle ou co-officielle de nombreux pays indépendants, de


territoires divers et de plusieurs institutions. En plus de la France et des régions francophones
limitrophes (notamment en Belgique romane et en Suisse romande), d’où la langue est
originaire, il s’agit pour la plupart d’anciennes colonies ou d’anciens protectorats français et
belges.

Selon le rapport de l'Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), le français est


la cinquième langue la plus parlée au monde, avec environ 274 millions de locuteurs dans 102
pays et territoires de la planète, derrière le mandarin, l’anglais, l’espagnol et, suivant les
estimations retenues, l’arabe ou l’hindi. Elle est également la langue officielle dans 29 États et
19 régions, départements ou collectivités dans le monde. Selon la même source, elle partage,
avec l’anglais, le privilège d’être présente sur les cinq continents, même si ses principaux
foyers sont concentrés en Afrique (plus de 54% de francophones), et en Europe (environ 36%
des francophones).

La liste ci-dessous indique les États et territoires ayant le français comme langue
officielle. Une seconde liste comprend également des territoires n’ayant pas le statut de pays
indépendant.

Situation en 2016

Population Francophones %
Pays Continent
(est. 2017)3 (est. 2016)4 4

1 Congo (RDC) Afrique 81 339 988 37 175 000 47 %

N1 N2
2 France Europe 67 614 002 65 342 000 96 %

N3
3 Canada Amérique du Nord 36 624 199 10 523 000 29 %

4 Madagascar Afrique 25 570 895 4 983 000 20 %

5 Côte d'Ivoire Afrique 24 294 750 7 881 000 34 %

6 Cameroun Afrique 24 053 727 9 546 000 40 %

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Situation en 2016

Population Francophones %
Pays Continent
(est. 2017)3 (est. 2016)4 4

7 Niger Afrique 21 477 348 2 631 000 13 %

8 Burkina Faso Afrique 19 193 382 4 124 000 22 %

9 Mali Afrique 18 541 980 3 061 000 17 %

10 Sénégal Afrique 15 850 567 4 521 000 29 %

11 Tchad Afrique 14 899 994 1 827 000 13 %

12 Guinée Afrique 12 717 176 3 118 000 24 %

13 Rwanda Afrique 12 208 407 669 000 6 %

N4
14 Belgique Europe 11 429 336 8 224 000 72 %

15 Bénin Afrique 11 175 692 3 950 000 35 %

16 Haïti Amérique du Nord 10 981 229 4 556 000 42 %

17 Burundi Afrique 10 864 245 959 000 8 %

18 Suisse Europe 8 476 005 5 494 000 66 %

19 Togo Afrique 7 797 694 2 914 000 39 %

20 Congo (RC) Afrique 5 260 750 2 758 000 58 %

21 République centrafricaine Afrique 4 659 080 1 467 000 29 %

22 Gabon Afrique 2 025 137 1 077 000 61 %

23 Guinée équatoriale Afrique 1 267 689 251 000 29 %

24 Djibouti Afrique 956 985 450 000 50 %

25 Comores Afrique 813 912 205 000 25 %

26 Luxembourg Europe 583 455 552 000 96 %

27 Vanuatu Océanie 276 244 85 000 32 %

28 Seychelles Afrique 94 737 51 000 53 %

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Situation en 2016

Population Francophones %
Pays Continent
(est. 2017)3 (est. 2016)4 4

29 Monaco Europe 38 695 30 000 78 %

Total 451 087 300 188 424 000 42 %

N6
Entités dépendantes non françaises 292 000

Total États et entités 451 379 300

Entités dépendantes
Population
Entité Statut Continent Francophones4 %
2012

Amérique du
1 QuébecN 9 Province du Canada 8 214 000 7 666 000 93 %
Nord

Fédération Wallonie- Communauté de


2 Europe 4 753 000 4 658 000 98 %
BruxellesN 10 Belgique

Département et
3 La RéunionN 11 Afrique 867 000 763 000 88 %
région d'outre-mer

Amérique du
4 Nouveau-BrunswickN 9 Province du Canada 769 000 320 000 42 %
Nord

Département et Amérique
5 GuadeloupeN 11 5
410 335
région d'outre-mer centrale

Département et Amérique
6 MartiniqueN 11 6
395 027
région d'outre-mer centrale

Nouvelle-CalédonieN Collectivité sui 7 N 12


N
7 11 Océanie 291 782 180 809 13
generis 99 %

Collectivité d'outre-
8 Polynésie françaiseN 11 Océanie 8
274 217
mer

Département et Amérique du
9 GuyaneN 11 9
241 922
région d'outre-mer Sud

Département et
10 MayotteN 11 Afrique 246 000 155 000 63 %
région d'outre-mer

10 N 14
11 Vallée d'Aoste Région autonome Europe 128 000 72 000 60 %

11
12

Population
Entité Statut Continent Francophones4 %
2012

d'Italie

Dépendance de la
11
12 Jersey Couronne Europe 101 000
britannique

Dépendance de la
12
13 Guernesey Couronne Europe 62 000
britannique

Collectivité d'outre- Amérique 13


14 Saint-Martin 36 522
mer centrale

Collectivité d'outre- 14
15 Wallis-et-Futuna Océanie 12 867
mer

Collectivité d'outre- Amérique 15


16 Saint-Barthélemy 9 269
mer centrale

Saint-Pierre-et- Collectivité d'outre- Amérique du 16


17 6 299
Miquelon mer Nord

Terres australes et Collectivité d'outre- Afrique, 17


18 196
antarctiques françaises mer Antarctique

Collectivité d'outre- Amérique du 18


19 Clipperton 0
mer Nord

Total des entités


16 764 552
dépendantes

dont total des entités


dépendantes françaises 2 739 144 2 374 000 83 %
(Outre-Mer)N 15

dont total des entités


dépendantes non 14 025 408
françaisesN 16

Usage courant mais non officiel

Localisation du Maghreb (le français est la langue secondaire dans tous les pays du Grand Maghreb
excepté en Libye).

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Population Francophones
Pays Continent %
(est. 2017)3 (est. 2016)

1 Algérie Afrique 41 318 142 13 268 000 33 %

2 Maroc Afrique 35 739 580 10 929 000 31 %

3 Tunisie Afrique 11 532 127 6 165 000 54 %

4 Liban Asie 6 082 357 2 328 000 39 %

5 Mauritanie Afrique 4 420 184 541 000 13 %

6 Maurice Afrique 1 265 138 928 000 73 %

7 CabindaN 17 Afrique 716 076

8 Andorre Europe 76 965 48 000 70 %

Total 101 150 569 34 207 000 35 %

4. De la typologie des régionalismes


Nous examinerons dans cette section les différents types de régionalisme au Cameroun en
particulier.
En effet, la situation du français au Cameroun est une réalité complexe. Le pays est une
véritable mosaïque linguistique, dans la mesure où on y identifie près de 250 langues locales,
hormis les parlers hybrides tels que le pidgin-english ou encore le camfranglais. Cette
complexité linguistique exerce une influence et contribue en conséquence à l’expression du
patrimoine culturel national. On va observer une véritable transmutation de la langue dans sa
praxis quotidienne à travers des manifestations sur les plans lexicologique,
morphosyntaxique et sémantique.
4.1.Régionalismes lexicaux.
Le français parlé au Cameroun s’enrichit davantage en termes empruntés localement, qui
facilitent l’intercompréhension, et qui sont en concurrence avec les mots du français standard.
Ainsi que le note Mendo Ze (1992 : 77), dans le processus d’échange entre les Camerounais,
les langues nationales sont au centre des communications et influencent les habitudes
linguistiques des locuteurs. Le choix de ces lexies, qui sont une émanation des langues

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nationales, est déterminé par la culture des locuteurs camerounais et a pour fonction de faire
couleur locale. A titre d’exemple, nous avons la phrase suivante, tirée du VNM de Ferdinand
Oyono :

La renommée pour distiller l’arki était sans précédent. (Le VNM : 11)

On y relève le mot arki, qui n’existe pas dans le lexique français. En bulu, il
désigne un type d’alcool indigène. Donc Ferdinand Oyono a intégré le mot dans la
syntaxe française parce qu’il n’existe pas d’autre mot pour l’exprimer en cette langue. Il
s’agit là d’un cas d’emprunt linguistique que Dubois (1989 : 188) présente comme étant
lorsqu’un parler A utilise et finit par intégrer une unité ou un trait linguistique qui existait
précédemment dans un parler B, et que A ne possédait pas. L’emprunt est ainsi un
transfert de langue, un procédé d’enrichissement par contact utilisé par les langues
naturelles pour combler des lacunes dans leur système propre.

Il est donc fréquent de rencontrer dans le français, des emprunts tels : essingan
(arbre sacré chez les beti) ; famlah (sorcellerie à l’ouest Cameroun) ; wolowoss (prostituée
chez les beti) ; mbeng (europe en duala) ; ndolo (amour chez les duala).

Si les précédents emprunts sont faits aux langues nationales, il y en a qu’on fait
aussi au pidgin-english : le tchoko sévit au Cameroun. Le tchoko qui est un emprunt du
pidgin-english signifie corruption.

4.2. Les régionalismes morphosyntaxiques

Le français apparaît comme la langue officielle de communication la plus utilisée dans les
différentes activités des citoyens camerounais. Selon Nzesse (2008 : 125), sous l’influence
des réalités locales, la langue est régulièrement victime d’une certaine subversion de la norme
morphosyntaxique tant à l’oral qu’à l’écrit. Les énoncés suivants le prouvent suffisamment :

- Il a voté le R.D.P.C alors qu’il se disait membre du S.D.F (Challenge Hebdo, n°37,
1992 : 8). On devrait plutôt dire « il a voté pour le RDPC »

- Il m’appelle comme ça sur l’argent. (Le Messager Popoli, n° 772, 2003 :

Au lieu de « il m’appelle à cause de l’argent »

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- Il a fait recours à ses frères de la mangeoire nationale. (Challenge Hebdo, n° 37, 1991 : 12).
Au lieu de « avoir recours à »

Du point de vue morphologique, on observe la troncation des mots : « Doul » au lieu de


Douala ; J’écoute Ninja de « Bonass » au lieu de Bonamossadi.

4.3.Régionalismes sémantiques

Du point de vue sémantique, on observe une resémantisation régionale des termes. En


guise d’exemples nous avons :

- Je te présente ma « vieille » et mon « vieux »

On assiste à une substantivation de « vieille » et « vieux » qui signifient respectivement en


contexte camerounais « père » et « mère »

- Tu as beaucoup de « chats morts »

Le terme « chat mort » en contexte camerounais renvoie, non pas à un chat qui n’est plus
en vie, plutôt à la maitresse ou à l’amant d’un individu.

5. Conséquences du régionalisme

Le régionalisme est un phénomène qui a un impact tant positif que négatif sur la langue et
les populations.

D’une part, le régionalisme présente des atouts parce qu’il peut être un facteur
d’identification culturelle des individus. On pourra par exemple identifier un individu à partir
de sa façon de parler, grâce aux indices socioculturels : le français camerounais, sénégalais,
marocain. Outre cela, le phénomène aussi être un facteur d’enrichissement d’une langue via
notamment les emprunts. On assiste à l’intégration d’un lexique nouveau dans une langue
donnée. Aussi, le régionalisme aboutit généralement à la création de nouvelles langues, du fait
du contact de plusieurs langues.

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D’autre part, le phénomène de régionalisme peut présenter des inconvénients.

En effet, une langue perd forcément son authenticité parce qu’elle est parlée autrement, de
plusieurs manières et avec de nouvelles réalités propres à une localité.

 Par ailleurs, les règles d’usage d’une langue peuvent être violées dans la mesure où
les locuteurs locaux ont leurs différentes langues maternelles, chacune avec ses
règles. Ainsi, dans le cas du français par exemple, l’on peut transposer les normes
des langues locales au français et violer par conséquent ses propres règles. C’est le
cas de la suppression de l’article (j’ai mangé banane au lieu de j’ai mangé une
banane) et la postposition inappropriée de certains termes (enfant pour moi au lieu
de mon enfant)

In fine, au regard de ce qui précède, le français camerounais apparaît fortement enraciné


dans le milieu socio-culturel. L’on relève au Cameroun une mutation linguistique
considérable. Ce qui justifie qu’il existe désormais plusieurs façons de parler le français. Ce
changement, dans le cas du français au Cameroun témoigne d’une appropriation linguistique,
qui témoigne des réalités et des émotions particulières. Mais cela symbolise aussi la
persistance d’usages spécifiques découlant d’acquisitions préalables dans les langues
identitaires.

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Principales langues bantoues

 les langues swahilies (entre 35 et 80 millions de locuteurs) : Tanzanie, Kenya,


Ouganda, République démocratique du Congo, Rwanda, Burundi, Comores,
Mozambique, Somalie
 kinyarwanda-kirundi : (23 millions) : Rwanda, Burundi
 lingala (36 millions de locuteurs en 2005) : République centrafricaine, République du
Congo, République démocratique du Congo, République d'Angola
 luganda (10 millions) : Ouganda
 chichewa (9 à 10 millions) : Malawi
 zoulou (9 à 10 millions) : Afrique du Sud, Mozambique, Swaziland
 xhosa (8 millions) : Afrique du Sud
 shona (entre 7 et 11 millions) : Mozambique, Zambie, Zimbabwe
 kikongo (6 millions) : Angola, République du Congo, République démocratique du
Congo
 tshiluba (6 millions) : République démocratique du Congo, Angola
 kikuyu (4,6 à 5,5 millions) : Kenya
 sotho du sud 6 millions: Afrique du Sud (essentiellement dans la province de l'État-
Libre et l'ancien État libre d'Orange) et Lesotho
 sotho du nord (3,5 millions) : Afrique du Sud
 fang (4,2 million) : Cameroun (beti-fang-bulu), Gabon, Guinée équatoriale,
République du Congo et Sao Tomé-et-Principe
 kimbundu (3 millions) : Angola
 tswana (3 millions) : Afrique du Sud, Botswana
 makua (2 millions) : Mozambique
 tetela (2 millions) : République démocratique du Congo
 douala (2 millions)3 : Cameroun uniquement
 runyankole (1,5 million) : Ouganda
 ndébélé : sindebele et nrebele (1 million) : Zimbabwe, Afrique du Sud
 tonga (1 million) : Zambie, Mozambique

L'ensemble des langues bantoues partagent un vocabulaire commun. Elles partagent aussi
un certain nombre de classes de mots.

Langue singulier pluriel


basa'a mut bot

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chichewa mu·nthu a·nthu


ewondo mot bot
duala mo·to ba·to
herero omu·ndu ova·ndu
kikongo muu·ntu baa·ntu
kikuyu mũ·ndũ a·ndũ
kinyarwanda umu·ntu aba·ntu
kirundi umu·ntu aba·ntu
lingala mo·to ba·to
luganda omu·ntu aban·tu
shona mu·nhu va·nhu
swahili m·tu wa·tu
tshiluba mu·ntu ba·ntu
xhosa um·ntu aba·ntu
zoulou umu·ntu aba·ntu
Eton mod bod

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