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Séance 5

Les obligations du
commerçant

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Obligations du commerçant:

Si les règles du libéralisme émanent du principe constitutionnel de la


liberté d’entreprendre (Art 35 al. 3 de la Constitution de 2011), ils imposent, en
contrepartie, le respect d’un certain nombre d’obligations de
transparence et de loyauté dans l’objectif de garantir une confiance
réelle entre les cocontractants.

Pour se faire, la loi impose aux commerçants des obligations


organisationnelles et des obligations fonctionnelles.

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I- Obligations organisationnelles du commerçant:

L’idée de transparence qui doit caractériser la vie de l’entreprise pour son


état, son patrimoine et ses comptes se manifeste juridiquement par des:

• Obligations générales relatives à l’immatriculation au Registre du


Commerce (RC), à la tenue d’une comptabilité régulière et au respect du
principe général de transparence;

• Obligations particulières, telles que la domiciliation et le respect de


certaines formalités fiscales et administratives: adhésion CNSS,
déclarations fiscales, autorisations, agréments, licences, certificats de
conformité aux normes de sécurité et d’hygiène...etc.

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
A- L’obligation de publicité:
Se justifie par l’obligation de protection des droits et des biens des tiers.
Il devient alors nécessaire aux particuliers et à l’Etat de posséder certaines
informations sur: la capacité des commerçants personnes physiques, leur
situation familiale et matrimoniale, les pouvoirs et les prérogatives des
dirigeants sociaux, le statut juridique de certains biens se trouvant dans
l’entreprise…
Cette publicité doit se faire par les moyens d’affichage et d’insertion dans
les journaux et périodiques habilités, d’inscription dans des registres publics
et de dépôt auprès de services administratifs ou judiciaires déterminés.
NB: Le registre de commerce occupe une place prépondérante dans ce
système de publicité en raison de la centralisation qu’il en assure, du
caractère obligatoire d’immatriculation, et des inscriptions, de leur mise à
jour permanente et de leur effets juridiques pour tous les commerçants
personnes physiques et pour les sociétés commerciales.

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: (art 27-78 CC)
Définition: Support officiel de publicité et d’information, tenu par le greffier
et sous la surveillance du président du tribunal ou d’un juge délégué, et
destiné à faire connaître l’existence, les caractéristiques et le devenir des
commerçants, en fournissant tout renseignement par voie de copie ou
d’extrait certifié des contenus inscrits.
 Il existe 2 types de registres: local et central
• Registre local: tenu au secrétariat greffe du tribunal de commerce (à défaut tribunal
de 1ère instance) dans le ressort duquel se situe l’entreprise. Il comporte 2 parties:
- Registre chronologique: réunit, dans un ordre chronologique, toutes les
demandes et déclarations d’immatriculations et d’inscriptions (modèle 5). Il est
contrôlé par l’autorité judiciaire et peut être consulter par les particuliers.
- Registre analytique: constitué de 2 folios, un pour les personnes physiques (ayant
des numéros pairs) et l’autre pour les personnes morales (avec des numéros impairs).
Il est utilisé non seulement à l’occasion de l’immatriculation, mais aussi pendant
toute la durée de la vie du commerçant et constitue un véritable recueil de toutes
les inscriptions modificatives ou de radiation.
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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: -suite-
• Registre central: tenu par l'Office Marocain de la Propriété Industrielle et
Commerciale (OMPIC) à Casablanca (Article 31 CC modifié par la loi 13-99, Dahir
n° 1-00-71 du 15 février 2000- 9 kaada 1420- B.O du 16 mars 2000).
- L’OMPIC centralise toutes les déclarations reçues localement par le greffier, qui
est tenu, après vérification du juge, de lui transmettre au cours de la 1ère semaine
de chaque mois toutes les inscriptions effectuées pendant le mois écoulé.
- L’OMPIC tient 2 registres distincts affectés, respectivement, aux personnes
physiques et aux personnes morales et comportent chacun autant de volumes
qu’il y a de registres locaux.
- L’OMPIC tient, enfin, un fichier alphabétique facilitant la consultation, par les
intéressés, des données enregistrées et permettant, le cas échéant, de procéder à
une autre publicité par les intéressés.
- L’art 33 al.3 CC ajoute que «le registre central est destiné à publier, au début de chaque
année, un recueil donnant tous renseignements sur les noms de commerçants, les
dénominations commerciales et les enseignes qui lui sont transmis».

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: -suite-
• Portée et limites de la publicité au RC:
 La loi sur la SA (17-95, art 4), la loi sur les autres sociétés (5-96, art 31) et la loi sur la
liberté des prix (06-99, art 51), imposent à tous les commerçants immatriculés au
RC de reproduire sur leurs «papiers de commerce»: factures, correspondances,
bon de commande, actes et prospectus, le numéro analytique et le lieu du tribunal
auprès duquel ils sont immatriculés. (art 49 CC)
 Même si le RC constitue un document public, à la disposition des usagers du
service public, le droit de l’utiliser n’est ni absolu ni arbitraire. Il ne bénéfice
qu’aux commerçants et plus généralement aux personnes et institutions qui ont
intérêt à le consulter moyennant des frais.
 Afin de protéger la réputation et les intérêts du commerçant, l’art 77 CC interdit
de mentionner sur les copies et extraits les faits et inscriptions nuisibles au
commerçant lorsqu’elles ne sont plus justifiées (ex: nantissement honoré avec
retard, procédure de redressement judiciaire dépassée, jugement prononçant
l’incapacité dont le commerçant a été relevé…)

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: -suite-

 Qui est assujetti à l’immatriculation au RC ?


L’ article 37 CC précise: «Sont tenues de se faire immatriculer au registre du
commerce toutes les personnes physiques et morales, marocaines ou étrangères
exerçant une activité commerciale sur le territoire du Royaume.
L'obligation d'immatriculation s'impose en outre :
1. à toute succursale ou agence d'entreprise marocaine ou étrangère;
2. à toute représentation commerciale ou agence commerciale des Etats,
collectivités ou établissements publics étrangers;
3. aux établissements publics marocains à caractère industriel ou commercial,
soumis par leurs lois à l'immatriculation au RC;
4. à tout groupement d'intérêt économique».

 Délai de déclaration: 3 mois de l’ouverture de l’établissement commercial,


de constitution ou d’acquisition du fonds de commerce. (art 75)

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: -suite-

 Quelles sont les mentions qui doivent figurer lors de l’immatriculation ?


 Personnes physiques: l’ article 42 et 43 CC précise:
1. Nom, prénom, adresse personnelle, n° CIN ou carte d'immatriculation (étrangers résidents)
ou passeport (étrangers non-résidents) ou toute autre pièce d'identité en tenant lieu;
2. Nom sous lequel il exerce le commerce et, s'il y a lieu, son surnom ou son pseudonyme;
3. Date et lieu de naissance; s'il s'agit d'un mineur ou d'un tuteur testamentaire ou datif,
l'autorisation qui leur a été donnée ;
4. Régime matrimonial du commerçant étranger;
5. Activité effectivement exercée;
6. Lieu où est situé le siège de son entreprise ou son principal établissement et celui des
établissements qui en relèvent, situés au Maroc ou à l'étranger, et n° Patentes;
7. Origine du fonds de commerce; cession, nantissement, radiation, jugements de:
redressement, liquidation, interdiction, main levée…
8. Enseigne, brevet d’invention, et date du certificat négatif délivré par le registre central;
9. Nom, prénom, date, lieu de naissance ainsi que la nationalité des fondés de pouvoirs;
10. Date de commencement d'exploitation;
11. Etablissements de commerce que le déclarant a précédemment exploités ou ceux qu'il
exploite dans le ressort d'autres tribunaux.

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: -suite-
 Quelles sont les mentions qui doivent figurer lors de l’immatriculation ?
 Personnes morales: Mentions nuancées en fonction de la nature juridique de la
personne morale concernée Sociétés, GIE ou Collectivités publiques.
• Sociétés: mentions semblables à celles des personnes physiques (art 45 et S CC):
identité associés, gérants et fondés de pouvoirs, raison sociale, dénomination,
siège, succursales, forme juridique, capital, durée, éléments propriété
industrielle, dates, jugements….
• GIE (loi 13-97): alignés sur les sociétés commerciales: dénomination du
groupement, adresse siège, objet, durée, identité dirigeants, dates… (art 48 CC)
• Collectivités publiques: EPIC soumis par leurs lois à l’immatriculation au RC,
et représentations ou agences commerciales des Etats, collectivités ou
établissements publics étrangers (art 47 CC): forme, dénomination, siège ou
principales établissements et dépendances au Maroc ou à l’étranger, enseigne, certificat
négatif, identité dirigeants et fondés de pouvoirs, dates…

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: -suite-
 Quels sont les effets des inscriptions au RC ?
 Présomption, sauf preuve contraire, de la qualité de commerçant avec toutes
les conséquences qui en découlent. (art 58 CC)
Le manque d’immatriculation ne permet pas de se prévaloir de la qualité de
commerçant à l’égard des tiers, par contre, toutes les obligations qui en découlent
s’appliquent. (art 59)

 Opposabilité des faits et actes régulièrement inscrits aux tiers tentés par des
revendications ou usurpations. (ex: nom commercial)
Les tiers, à leur tours, demeurent admis à opposer au commerçant lesdits faits et
actes pour lui faire subir les conséquences. (ex: responsabilité solidaire avec
successeur pour dettes en cas de vente ou location de fonds de commerce –art 60-)

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
 Le registre de commerce: -suite-

 Quelles sont les sanctions du défaut d’inscription au RC ?

Les articles 62 à 66 CC prévoit des sanctions pénales pour les cas suivants:
- Omission d’immatriculation ou de mentions sur les papiers de commerce:
amende 1000 à 5000 dhs.

- Indication inexacte de mauvaise foi: emprisonnement 1 mois à un an et/ou


amende 1000 à 50000 dhs.

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
B- Les obligations comptables du commerçant:
• La tenue d’une comptabilité régulière constitue une obligation majeure et
caractéristique du statut du commerçant. Elle se traduit par des écritures en
chiffres des différents mouvements qui affectent les éléments actifs et passifs
du patrimoine de l’entreprise.
• Utilité: indispensable à la bonne gestion de l’entreprise, à l’information de
ses membres et partenaires sur sa situation financière et patrimoniale et à une
application ajustée de nombreuses dispositions, notamment fiscales.
• La loi 9-88 dahir 25 décembre 1992 énonce les grands principes de la
comptabilité, le CC ajoute des précisions sur ses applications (art 19-26).
• Le CC complète les obligations comptables du commerçant par l’obligation:
- d’ouvrir un compte bancaire (art 18),
- d’effectuer par chèque barré ou par virement tout paiement d’une valeur
supérieure à 10000 dhs (art 306),
- d’établir des factures (loi sur la concurrence et la liberté des prix).

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
B- Les obligations comptables du commerçant: -suite-
 Documents comptables:
 Les livres comptables: Livre journal, Grand livre, Livre inventaire.
NB: Etablis et tenus sans blanc (vide) ni altération (rature) d’aucune sorte.

 Les comptes élaborés: Etats de synthèse, Bilan, Compte produits et charges,


Etat des soldes, Tableau de financement, Etat des informations complémentaires.
 Les autres supports accessoires: certains écrits servent de preuve ou de
fondement légal ou conventionnel aux actes de l’entreprise, et appuient les
écritures comptables:
- Compte bancaire: art 18 cc,
- Facture: avec mentions sur l’identité des opérateurs, identification, objet de la
transaction, ses circonstances, prix et modalités de paiement. Etablie en double
exemplaire, pré numérotée et tirée d’une série continue ou éditée par un système
informatique, doit être conservée pendant 5 ans.
- Correspondances: originaux des correspondances reçues et copies de celles
envoyées doivent être classées et conservées pendant 10 ans.

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
B- Les obligations comptables du commerçant: -suite-
 Intérêts pratiques:
• Déterminer l’assiette des impôts et le montant des redevances;
• Connaître le volume des transactions réalisées, leurs conditions et leurs
conséquences sur la détermination de l’encadrement et la régulation de
l’économie nationale et son interaction avec le commerce international;
• Déterminer les besoins des consommateurs, des producteurs, des importateurs et
des exportateurs, et éventuellement, la politique économique;
• L’entreprise connaîtra mieux l’état de sa caisse, de ses dettes, de ses créances et
de ses forces et faiblesses. Elle sera, alors, plus avisée pour atténuer son passif et
améliorer son actif, calculer ses prix et ses chances de gain;
• Moyen de preuve très sûr de la prospérité ou des difficultés de l’entreprise,
opposable aux autres commerçants;
• Faciliter le choix de la procédure du traitement des difficultés de l’entreprise;
• Fonder les responsabilités des dirigeants fautifs.

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
B- Les obligations comptables du commerçant: -suite-
 Intérêts juridiques de la preuve commerciale:
 Les articles 19 et 21 CC et 433 à 436 DOC dégagent 2 cas: la preuve peut être
apportée par l’entreprise détentrice des documents comptables ou contre elle.
- Entre 2 commerçants et pour fait de commerce: chaque partie est fondé à utiliser
soit ses propres documents comptables soit ceux de l’autre, en cas de divergence,
le juge tranchera en préférant, rejetant ou combinant les deux.
- Entre commerçant et non commerçant: ce dernier peut opposer au commerçant
le contenu de sa comptabilité même irrégulièrement tenue. Par contre, le
commerçant ne peut utiliser sa comptabilité que si le non commerçant l’accepte.
 L’administration judiciaire de la preuve: le tribunal peut ordonner d’office ou à
la requête de l’une des parties, la production des documents comptables.
 2 cas de figures:
• La représentation: consiste à extraire de la comptabilité les seules écritures
intéressant le litige soumis au tribunal.
• La communication: production intégrale des documents comptables (succession,
partage, redressement ou liquidation judiciaire).

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I- Obligations organisationnelles du commerçant: -suite-
B- Les obligations comptables du commerçant: -suite-
 Sanctions de l’inobservation de l’obligation comptable:
 Sanctions professionnelles (CC):
• les documents comptables irrégulièrement tenus perdent leur finalité de moyen de
preuve pour le commerçant alors que les tiers victimes peuvent les lui opposer.
• Le commissaire aux comptes doit refuser la certification de toute comptabilité
quand il estime qu’elle ne se conforme pas aux dispositions légales.
• En cas de difficultés de l’entreprise, les articles 706, 711 et 718 CC soumettent
les dirigeants récalcitrants à des sanctions lourdes (déchéance, interdiction…).
 Sanctions répressives: (droit pénal et droit fiscal).
• L’administration fiscale peut rejeter les comptabilités qui ne sont pas tenues dans
les formes prescrites par la loi (art 23 loi sur les obligations comptables).
• Le droit fiscal réprime toute fausse comptabilité, dissimulation ou destruction des
documents comptables par des amendes et d’emprisonnement en cas de récidive.
• Le Code pénal punit le faux, la tentative et sa simple utilisation (art 357-359).
Aussi, est considéré délit de banqueroute le fait de soustraire, détourner ou
dissiper tout ou partie de son actif.
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MERCI DE VOTRE

ATTENTION

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