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Chapitre III – Etude Expérimentale

‟ Une personne qui n’a jamais commis


d’erreur n’a jamais tenté d’innover ...ˮ
[Albert Einstein]
Chapitre III : Etude expérimentale 22

INTRODUCTION
Ce dernier chapitre de notre travail consiste principalement à caractériser les différents
types de roches utilisés dans la cité antique de Tipasa et à identifier les différentes altérations
affectant les pierres de construction. Il sera également question d’étudier la durabilité de ces
roches soumises à différents environnements par le biais d’une étude expérimentale in-situ et
au laboratoire.

TRAVAUX DE TERRAIN
III-2.1. Inventaire des roches utilisées
Suite aux nombreuses informations collectées et citées dans le chapitre précédent, nous
avons pu procéder à l’inventaire des roches utilisées dans la construction de la cité romaine de
Tipasa. Au cours de cette étude, l’objet principal était axé sur l’observation, en se basant sur
une série de critères que sont : l’aspect général et la texture, la couleur, la surface et la chimie
(réaction à l’acide chlorhydrique) de la roche. De ce fait, nous avons pu respectivement
identifier quatre (04) types de roches (Fig-III.1) qui sont les suivants :
▪ Le grès (Fig-III.1A) ;
▪ Le calcaire (Fig-III.1B) ;
▪ Le marbre (Fig-III.1C) ;
▪ La diorite (Fig-III.1D).

A B

C D
Fig-III.1- Différentes roches identifiées A) Grès ; B) Calcaire lumachellique C) Marbre
; D) Diorite.

Une fois les types de roches identifiés, notre seconde étape a été consacrée à l’analyse de la
dégradabilité des pierres de construction et ce en faisant une description des différents types
d’altérations observés sur place en se basant sur des critères propres à chaque type d’altération.
Chapitre III : Etude expérimentale 23

III-2.2. Description des altérations


Une fois l’identification des types de roches utilisés pour la construction de la cité antique
de Tipasa faite, nous nous sommes intéressés à l’état de dégradabilité de ces roches. En premier
lieu, nous avons observé la dégradabilité d’une façon générale. Nous avons pu remarquer que
les altérations les plus abondantes sont d’origine mécanique, physique et biologique. Les roches
n’étant pas affectées de la même manière, nous nous sommes intéressés, en second lieu, aux
différents degrés de dégradabilité et avons, ainsi, défini des zones de dégradabilité différentes.
III-2.3. Les dégradations observées sur les roches
La dégradation varie selon la nature de la roche. Les dégradations les plus fréquentes ont été
observées en grande partie sur les roches d’origine sédimentaire à savoir des blocs de grès et
de calcaire et sont les suivantes :
III-2.3.1. L’alvéolisation :
Elle désigne le phénomène de formation d’alvéoles. Cette altération d’origine chimique
nécessite l’interaction de plusieurs facteurs : une roche poreuse qui favorise la circulation de
l’eau et des ions dissous, une surface exposée au soleil (aidée par le vent) qui favorise
l’évaporation de l’eau de la roche et, par ce biais, la cristallisation des sels entre les grains. La
croissance cristalline crée une pression qui rompt l’assemblage initial des grains de la roche.
Au fil du temps, le processus va gagner en profondeur. La dépression offre à l'eau, chargée
en ions, un chemin plus court vers la surface et canalise le flux capillaire au détriment des zones
hautes adjacentes qui constituent les futures cloisons (Fig-III.2A.1). La forme des alvéoles et
leur disposition vont dépendre des zones poreuses à l'échelle des lamines et se calquer sur le
litage des grès.
Mais d'autres éléments interviennent, comme l'obliquité et la finition de la paroi par rapport
au rayonnement solaire : ainsi l'alvéole va s'approfondir jusqu'à un certain degré et s'allonger
dans la direction verticale à cause des zones d'ombre qui limitent l'évaporation (Fig-III.2A.2).

A B
Fig-III.2 A) Mécanisme d'alvéolisation ; B) Alvéolisation observée sur un des murs de la cité
antique de Tipasa.
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III-2.3.2. L’action mécanique des racines des végétaux :


La cité antique de Tipasa est caractérisée par une forte domination du couvert végétal. Ce
dernier joue un rôle important dans la dégradabilité des pierres de construction de la cité.
L’appareil racinaire d’un arbre est constitué par une combinaison de racines verticales,
obliques et horizontales. Pour pénétrer dans le sol, les racines sont pourvues d’une certaine
énergie fournie par le métabolisme de la plante. A cette force exercée par les racines, le sol
oppose une certaine résistance très variable d’un cas à l’autre. Mais la pénétrabilité du sol ne
dépend pas seulement de sa résistance, elle est aussi largement fonction de son aération et de
son humidité. Le développement des racines peut entrainer un agrandissement des fissures au
sein de la roche et faciliter son altération (Fig-III.3).
De plus, les racines peuvent également favoriser l’altération chimique en acidifiant le milieu.
Ce rejet d’ions H+ peut interférer avec des cations qui constituent les minéraux des roches
environnantes et, ainsi, favoriser l’altération chimique. Les molécules organiques issues de la
décomposition des végétaux participent également à l’altération chimique.

Fig-III.3 - Action mécanique des végétaux observée dans la cité antique de Tipasa.

III-2.3.3. La contamination biologique :


De nombreux organismes vivants sont actifs dans l’environnement et interfèrent avec les
pierres en œuvre. Par ailleurs, la végétation qui recouvre la surface des sculptures des
monuments peut avoir une action dévastatrice. Parmi les agents d’altération biologique
observés, citons :
- Les lichens, champignons
Les lichens sont constitués d’une association complexe entre champignons et algues. Ces
derniers s’accrochent sur le matériau grâce à leurs racines, nommées « les rhizines » (Fig-III.4).
Ils forment des recouvrements colorés sur les surfaces humides. Majoritairement sur les
monuments, on rencontre deux grands groupes de morphologie de lichens qui sont : les foliacés
et les crustacés.
Chapitre III : Etude expérimentale 25

Toutefois, les crustacés font presque partie intégrante de la pierre. Leurs racines pénètrent
dans les fissures existantes de la pierre ou, même, en créent d’autres par la production d’acides
organiques. Ils sont donc capables d’entraîner à long terme une désagrégation granulaire
superficielle.

Fig-III.4 Lichens observés sur les pierres en œuvre de la cité antique de Tipasa.

- Les mousses
Ce sont des végétaux qui n’ont pas de racines. Elles se répandent souvent sur les monuments
mais se développent toujours en milieu humide. (Fig-III.5)

Fig-III.5 - Mousse observée sur les pierres en œuvre de la cité antique de Tipasa.

III-2.3.4. Les salissures noires :


Les salissures noires sont des zones qui sont abritées et des pluies, et des ruissellements. Il
n’y a pas de lessivage par les eaux. Par ailleurs, la vapeur d’eau des brumes et brouillards, ou
les eaux de condensation, peuvent mouiller épisodiquement la pierre. Les particules
atmosphériques se fixent sur les surfaces et sont cimentées par des cristallisations de sels, en
particulier le gypse, formées en grande partie par interaction de l’eau et les polluants gazeux
atmosphériques avec la pierre (Fig-III.6).
Chapitre III : Etude expérimentale 26

Fig-III.6. Salissures noires observées dans la cité antique de Tipasa.

III-2.4. Niveaux de dégradabilité


L’objet principal de cette étape reposait essentiellement sur l’observation des différents
degrés d’altération affectant les blocs de pierres, et ceci dans le but de définir des zones de
diverses dégradabilités.
Afin d’atteindre notre objectif, un mur situé au niveau de l’amphithéâtre de la cité a été pris
comme exemple (Fig-III.7). Ce mur présente des alvéolisations avec des degrés de dégradabilité
différents afin d’illustrer les différentes zones de dégradabilité.
La définition des différentes zones a été faite selon les critères suivants :
- L’abondance des alvéolisations ;
- Le volume (la profondeur) des alvéolisations ;
- L’espace entre les alvéoles.

Fig-III.7. Mur présentant des alvéoles situées au niveau de l'amphithéâtre.

Suite à notre observation, quatre (04) zones de dégradabilité ont été définies (Fig-III.8). Ce
sont :
III.2.4.1. Zone faiblement altérée :
La dégradabilité dans cette zone est très faible ; l’abondance des alvéoles est quasiment
nulle ; le bloc de pierre se trouve dans un bon état (Fig-III.8A).
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III.2.4.2. Zone moyennement altérée :


Cette zone est caractérisée par une dégradabilité moyenne ; les blocs présentent des alvéoles
peu évoluées mais abondantes ; ces dernières indiquent une profondeur qui va de quelques
millimètres à quelques centimètres (Fig-III.8B).
III.2.4.3. Zone altérée :
La dégradabilité dans cette zone est élevée ; le bloc de pierre présente une abondance
importante des alvéoles qui sont espacées entre elles de quelque centimètre ; la zone est
caractérisée par des alvéoles ayant une profondeur importante (Fig-III.8C).
III.2.4.4. Zone très altérée :
C’est la zone la plus affectée ; elle se trouve dans un état de dégradabilité très élevé ; le bloc
de pierre présente des alvéoles abondantes, de grande dimension, qui sont caractérisées par une
profondeur très importante (Fig-III.8D).

B
A

C D
Fig-III.8. Niveau de dégradabilité observé sur les blocs de pierre A) Faiblement altérée ;
B) Moyennement altérée ; C) altérée ; D) Très altérée.

La figure (III.9) montre une modélisation 3D d’un mur situé au niveau de l’amphithéâtre
indiquant les différentes dégradabilités observées au niveau de la cité antique de Tipasa.
Fig-III.9 Modélisation 3D d’un mur présentant les zones de dégradabilité observées au
niveau de la cité antique de Tipasa.
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III-2.5. Les essais in situ réalisés sur la pierre :


Afin de trouver réponse à notre question, des essais in situ non destructifs ont été réalisés
sur les roches dans le but de quantifier la durabilité de ces matériaux. Ces essais ont été réalisés
sur la partie altérée et non altérée. Ils sont énumérés ci-dessous :
III.2.5.1. Essai à l’ultrason (NF P 94 – 411)
Le principe de cette méthode consiste à mesurer le temps de passage, à travers un échantillon
du matériau étudié, d’une impulsion recueillie à une distance connue de la source émettrice
(Fig-III.10).
La vitesse du son à travers une pierre nous renseigne sur la nature et l’état du matériau
étudié : porosité, taux d’humidité, nature des particules qui le constituent, microfissures, etc.
Cette méthode doit plutôt être considérée comme une méthode de caractérisation simple,
non destructive et relativement précise, permettant d’identifier rapidement les matériaux, afin
d’en déterminer leur homogénéité.
Il existe trois types d’essais selon l’emplacement des deux transducteurs :
- Essai direct (par transparence) : les deux transducteurs sont placés d’une manière
opposée.
- Essai semi- indirect (par rayonnement) : les deux transducteurs sont posés sur deux
surfaces formant un angle de 90° (Fig-III.10B).
- Essai indirect (en surface) : les deux transducteurs (émetteur et récepteur) sont posés sur
la même surface (Fig-III.10C).

B
Fig-III.10 Essai ultrasonique A) Appareil ultrason ; B) Essai semi-indirect ; C) Essai indirect.
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III.2.5.2. Essai au scléromètre (NF EN 12504-2)


L’essai sclérométrique est un essai non destructif qui permet de déterminer l’indice
sclérométrique et, par la suite, de déduire la résistance à la compression du matériau testé à
partir d’un abaque.
Le scléromètre est constitué d’un marteau battant sur une tige de percussion, qui est en
contact avec le matériau qui reçoit l’énergie potentielle donnée par la tension d’un ressort
calibré. (Fig-III.11A).
L’indice sclérométrique est lu directement sur l’appareil, en prenant en considération la
position adoptée (A, B ou C) ; cet indice est utilisé pour évaluer la résistance à la compression
simple de l’éprouvette.
III.2.5.2.1. Conduite de l’essai
La surface du bloc à tester est divisée en zones (par exemple 40cm x 30cm, chacune) (Fig-
III.11B) ; le scléromètre étant perpendiculaire à la surface essayée (Fig-III.11C), il est pris 20
mesures sur chaque zone d’essai ; la distance entre deux zones de mesure est d’au moins 3 cm
et aucun point ne doit se situer à moins de 3 cm de l’un des bords de la surface essayée ; l’indice
sclérométrique Is de la zone est la médiane des 20 mesures.

Fig-III.11 A) Scléromètre ; B) Maillage utilisé au cours de l’essai ; C) Réalisation de l’essai.


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III.2.5.3. La méthode spectrale H/V bruit de fond :


La méthode spectrale H/V consiste à enregistrer le bruit ambiant du sol pendant quelques
minutes (15minutes) et permet d’obtenir la fréquence de résonance fondamentale (f0) du site ;
elle consiste à calculer le rapport spectral entre les composantes horizontales et la composante
verticale (H/V).
Les composantes horizontales du bruit de fond sont amplifiées par les réflexions sur les
interfaces des couches surmontant le substratum, alors que la composante verticale, qui contient
aussi la signature des sources de bruit, n’est pas affectée.
On effectue le rapport spectral de la composante horizontale (H) sur la verticale (V) du
déplacement du sol. Pour que cette fréquence soit observée, il faut que le contraste d’impédance
(c'est-à-dire le contraste de vitesse des ondes S) entre la couverture sédimentaire et la couche
inferieure soit d’au moins trois (03) (Bonnefoy-Claudet, 2004). Cette fréquence est déterminée
comme étant le rapport entre la vitesse moyenne des ondes de cisaillement (Vs) des formations
superficielles et leurs épaisseurs (h). f0 = Vs / 4h
Cette méthode présente plusieurs avantages :

- Ne pas avoir à créer de sollicitations (explosif, marteau vibreur).


- Ne nécessiter que d’un matériel d’enregistrement léger.
- Permet de réaliser les mesures dans un intervalle de temps réduit (15 minutes/mesure).
III.2.5.3.1. Acquisition des données de bruit de fond :
▪ Matériel utilisé
Les données de bruit de fond, ont été acquises à l’aide :
- D’une station City Shark II, équipée d’une carte mémoire pour la récupération des
données (Fig-III.12A) ;
- D’un GPS, pour l’obtention des coordonnées UTM du point de
l’enregistrement (Fig-III.12B) ;
- D’un capteur Lennartz-5 secondes à trois composantes (Fig-III.12C).

A C
D

Fig-III.12. A) Station City Shark ; B) GPS ; C) Capteur Lennartz ; D) Enregistrement en cours.


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▪ Traitement d’acquisition des données :


L’acquisition des données consiste à orienter le capteur vers le nord et le mettre à
l’horizontale, le connecter à la station puis réaliser l’enregistrement.
Dans le même temps, sur une fiche technique, on note tous les paramètres d’acquisition :
durée d’enregistrement (généralement 15 minutes pour les sols et 30 minutes dans les
bâtiments) ; le gain avec une saturation limitée à 5% ; les conditions météorologiques ; le lieu
ainsi que les coordonnées UTM du point d’enregistrement ; la forme de la structure et le nombre
d’étages.

ECHANTILLONNAGE ET PREPARATION D’ECHANTILLONS


III-3.1. Echantillonnage :
Afin que l’appréciation du matériau soit plus complète, un prélèvement d’échantillon a été
effectué. Etant donné que notre zone d’étude fait partie du patrimoine mondial de l’UNESCO,
notre objectif, au cours de cette étape, était de récupérer des échantillons représentatifs pour les
essais de laboratoire. L’échantillonnage a été effectué dans deux endroits différents : le premier
dans la partie Est de la cité (au niveau de Sainte Salsa), le second dans la partie Ouest.
Il convient également de préciser que le marbre est utilisé comme pierre ornementale dans
les colonnes et sarcophages. De ce fait, il a été impossible de prendre des échantillons
représentatifs pour toute l’étude expérimentale.
III-3.2. Préparation d’échantillons :
Une fois l’échantillonnage effectué, nous avons procédé à la préparation des différentes
éprouvettes. Ces éprouvettes ont été découpées à l’aide d’une tronçonneuse munie d’un disque
diamanté, de sorte qu’elles aient des dimensions adéquates aux essais de laboratoire,
notamment pour l’essai de compression simple et de traction par flexion (Fig-III.13).

Fig-III.13 Préparation des éprouvettes normalisées pour les essais de laboratoire.


Chapitre III : Etude expérimentale 32

ESSAIS ET METHODES
III-4.1. Essais d’identification physique
III-4.1.1. Détermination de la masse volumique apparente (NF P 94-410-2) :
La masse volumique apparente est une caractéristique habituellement mesurée sur les
pierres. Elle reflète leur degré de compacité et permet d’évaluer leur masse pour un volume
connu. La densité est le rapport de la masse volumique de l’échantillon et la masse volumique
de l’eau dans les mêmes conditions de mesure.
L’essai consiste en la mesure successive des paramètres de masse (M) et de volume (Vt) qui
caractérisent le même échantillon. De là, nous pourrons calculer sa masse volumique, voire la
densité, comme suit :
𝑴
𝛄= (01)
𝑽𝒕
La masse de l’échantillon a été obtenue par pesage ; la mesure du volume a été faite selon
deux méthodes :
III-4.1.1.1 Méthode géométrique :
Dans cette méthode, le calcul du volume a été fait à partir des mesures géométriques de
l’échantillon. La forme de notre échantillon est un cube de dimension 40x40x40 mm (LxLxH).
III-4.1.1.2 Méthode par immersion dans l’eau :
Le calcul du volume, dans cette méthode, consiste à déduire le volume de l’échantillon par
immersion dans l’eau ; l’échantillon a été préparé de façon à ce qu’il ait une forme simple afin
de pouvoir le paraffiner facilement ; la prise d’essai est immédiatement pesée (M), et est
paraffinée aussitôt après.
La prise d’essai paraffinée est ensuite pesée (Mp) puis immergée dans une éprouvette
graduée contenant un volume d’eau connu (V eau).
Une lecture a été faite après immersion de la prise d’essai qui indique l’élévation du niveau
d’eau ; le volume de l’échantillon est déduit à partir de la différence entre le volume d’eau +
échantillon (V eau + ech.) et le volume d’eau (V eau).
𝑷𝒔
𝜸= (𝑽𝒔+𝑽𝒑)−(𝑽𝒑)
(02)

Où :
Ps : masse sèche ;
Vs : volume de l’échantillon ;
Vp : volume de la paraffine.
III-4.1.2. Détermination de la porosité (NF P 94-410-3)
La porosité est la valeur utilisée pour décrire l'ensemble des vides (ou pores) d'un échantillon
de matériau solide donné. Elle peut être définie comme le rapport du volume des vides sur le
volume total de la pierre.
Pour la réalisation de cet essai, trois (03) cubes de 40x40x40 mm, de chaque type de roche,
sont testés (grès, calcaire, diorite) (Fig-III.14).
Chapitre III : Etude expérimentale 33

Avant le début de l’essai, les cubes sont mis dans l’étuve pendant 24h, à 105C° pour s’assurer
que tous les pores soient débarrassés de l’eau. Ils sont ensuite pesés afin de mesurer leurs masses
sèches (Ms) (Fig-III.14A).
Par la suite, un bac rempli d’eau est préparé dans lequel les cubes sont immergés. Des pesées
sont effectuées toutes les 24h jusqu’à atteindre la saturation des cubes et déduire leurs masses
saturées (Mh) (Fig-III.14B).
Étant donné que notre échantillon est saturé et que tous les pores sont remplis d'eau, le
volume des pores (Vv) est égal au volume d'eau (Vw) présent dans l'échantillon saturé.
Par définition, la porosité étant le volume d'eau gagné par l'échantillon, elle est définie par
la formule suivante.
𝑽𝒗
𝒏= × 𝟏𝟎𝟎 (03)
𝑽𝒕

Où :
Vv : volume des vides ;
Vt : volume total de l’échantillon

A B
Fig-III.14 Détermination de la porosité A) Echantillons après étuvage ; B) Essai en cours.

III-4.2. Essais hydriques :


Trois échantillons cubiques de taille suffisante pour être pleinement représentatifs de chaque
type de roches (40x40x40 mm) sont testés (grès, calcaire, diorite).
Trois essais ont été réalisés : absorption libre d’eau, évaporation et imbibition par capillarité.
III-4.2.1. Essai d’absorption libre d’eau : (NF-1097-6)
Les échantillons sont placés dans une cuve remplie d’eau dans laquelle ils sont complètement
immergés (Fig-III.15). A intervalles de temps croissants, les échantillons sont pesés et sont
rapidement remis dans la cuve jusqu’à saturation.
Les coefficients d’absorption et de saturation sont calculés comme suit :
𝑨𝒃 = ((𝒎𝒔 − 𝒎𝟎 )/ 𝒎𝟎 ) × 𝟏𝟎𝟎 (04)
𝑺 = ((𝒎𝟒𝟖𝒉 − 𝒎𝟎 )/(𝒎𝒔 − 𝒎𝟎 )) × 𝟏𝟎𝟎 (05)
Chapitre III : Etude expérimentale 34

Où :
ms : masse saturée ;
m0 : masse initiale ;
m48h : est la masse de l'échantillon après immersion 48 h dans de l'eau à la pression
atmosphérique.

Fig-III.15. Essai d’absorption libre d’eau en cours.

III-4.2.2. Essai d’évaporation :


L’essai est réalisé suivant la norme (NORMAL 29/88)
Une fois la saturation atteinte, les échantillons sont sortis de l’eau, pesés et laissés sécher
aux conditions de laboratoire pour l’évaporation. Les échantillons sont ainsi placés dans des
cuves. La mesure de la masse de l’échantillon en fonction du temps est réalisée jusqu’à atteindre
une masse constante et qui correspond qui, dans ce cas-là, correspond à la masse sèche (m0) de
l’échantillon.
(Fig-III.16)

Fig-III.16. Essai d'évaporation en cours.


Chapitre III : Etude expérimentale 35

III-4.2.3. Essai d’imbibition capillaire


Il est réalisé selon la norme UNE EN 1925. Les échantillons sont placés dans une cuve au
fond de laquelle le niveau d’eau (de 10 à 15 mm) est maintenu constant. A intervalles de temps
croissants, les échantillons sont pesés et sont rapidement remis dans la cuve jusqu’à saturation.
(Fig-III.17)
L’essai permet de déterminer le coefficient de capillarité (Cc) qui correspond à la pente de
la courbe dressée à partir des résultats de la quantité de l’eau absorbée par la surface de
l’échantillon en fonction de la racine carrée du temps.
𝑪𝒄 = (𝒎𝒕 − 𝒎𝟎 )/𝑨√𝒕 (06)
Où :
mt représente une teneur en poids d’eau croissante en fonction du temps.
A est la surface de l'échantillon en contact avec l'eau.

FigIII.17. Essai d'évaporation en cours

Fig-III.17. Essai d’imbibition capillaire en cours.

III-4.2.4. Essai de durabilité : cristallisation des sels


La durabilité d’une pierre est définie comme la capacité de celle-ci à résister aux intempéries
et à conserver sa taille d’origine, sa forme, sa couleur et ses propriétés physiques, sur une longue
période (Bell 1980, 1993 ; Sims 1991 ; Topal and Doyuran 1997).
La durabilité des pierres vis-à-vis des sels a été évaluée en réalisant un essai, à savoir : les
cycles humidité-séchage. L’essai est réalisé en cycles d’immersion (4H) (Fig-III.18B) et
séchage (20H) (Fig-III.18C). Juste avant de les remettre dans la solution saline, saturée à 14%,
nous les pesons avec sel.
III-4.2.4.1. Réalisation de l’essai
Il est réalisé selon la norme NF EN 2370. Avant le début de l’essai, trois cubes de chaque
échantillon de dimension 40x40x40 mm ont été séchés puis pesés. La préparation de la solution
saline saturée à 14%, consiste à mettre 14g de sel (NaCl) pour 86 g d’eau distillée. Ensuite avant
d’immerger les échantillons dans la solution saline, leurs contours ont bien été dessinés pour
pouvoir repérer les zones altérées et des détachements causés par l’action des sels (Fig-III.18).
Chapitre III : Etude expérimentale 36

La détérioration de la pierre est évaluée de manière visuelle (départ de la matière)


correspondant à des arrachements observés sur les faces des cubes et également par le
changement de couleur de la solution saline. Les résultats sont exprimés en perte ou gain du
poids ΔM en pourcentage de la masse sèche initiale Mo.
𝒎𝒇− 𝒎𝟎
∆𝒎 = × 𝟏𝟎𝟎 (07)
𝒎𝟎

Où :
mf : masse finale ;

B C

Fig-III.18. Essai de durabilité A) Echantillons destinés à la cristallisation des sels ; B) Cycle


d’immersion ; C) Cycle de séchage.

III-4.3. Essais mécaniques


Pour la détermination de la résistance d’une pierre, deux essais mécaniques ont été réalisés :
un essai de compression simple et un essai de traction par flexion.
III-4.3.1. Essai de compression simple
L’essai est réalisé suivant la norme NF P 94-420 sur des cubes de 80x40x40 mm et de
40x40x40 mm de chaque échantillon dans les deux états hydriques extrêmes : Sec (après 24h,
placé dans une étuve à 105°C) et saturé (immersion pendant 24h).
L’essai consiste à soumettre une éprouvette de dimensions connues, placées entre deux
plateaux (Fig-III.19C), à une pression à deux forces axiales opposées, croissantes jusqu’à la
rupture. La résistance à la compression Rc s’exprime comme suit :
𝑭
𝑹𝒄 = 𝑺
(08)
Où : F = Charge à la rupture (N) et S = section de l’éprouvette (mm)
Chapitre III : Etude expérimentale 37

A B

Fig-III.19. Essai de compression simple A) Appareil de compression simple ; B) Gabarit


pour éprouvette 40x40 mm C) Essai en cours.

III-4.3.2. Essai de traction par flexion


La connaissance de la résistance à la traction est indispensable pour pouvoir dimensionner
tous les ouvrages qui travaillent en flexion (marches porteuses, linteaux.) (Fig-III.20A). Cette
résistance dépend de deux facteurs : la minéralogie et les discontinuités.
La minéralogie : certains minéraux, comme le quartz, sont intrinsèquement résistants, alors
que d’autres, comme l’argile ou les micas, sont plus faibles.
Les discontinuités : dans les roches sédimentaires, ces joints sont des plans de stratifications,
alors que pour les roches métamorphiques ou magmatiques, ce sont des foliations, des clivages
et des plans de fracturations.
L’essai selon la norme NF EN 12390-5 est réalisé sur des parallélépipèdes rectangles de
200x40x40 mm de chaque échantillon. Il consiste à faire reposer un échantillon sur ses
Chapitre III : Etude expérimentale 38

extrémités et à appliquer progressivement une pression en son centre (Fig-III.20C). La force


qui déclenche la rupture de l’échantillon est ensuite mesurée.
𝟑𝑭𝒍
𝑹𝒕𝒇 = (09)
𝟐𝒃𝒉²
Où :
F : Charge à la rupture (N)
L : Distance entre les rouleaux d’appui (mm à 0,1 mm près)
b : Largeur de l’éprouvette (mm à 0,1 mm près)
h : Epaisseur de l’éprouvette (mm à 0,1 mm près).

C
A

Fig-III.20. Essai de traction par flexion : A) fracturation observée au niveau


des ruines de Tipasa ; B) Gabarit pour éprouvette normalisée ; C) Essai en
cours.
Chapitre III : Etude expérimentale 39

RESULTATS ET DISCUSSION :
III-5.1. Interprétation des enregistrements H/V bruit de fond :
Les enregistrements ont été réalisés dans la zone Ouest des ruines romaines, à savoir
l’amphithéâtre et le théâtre romain (Fig-III.21).
2°26’22 2°26’52

36°35’43 36°35’43

36°35’30 36°35’30

2°26’22 2°26’52

Fig-III.21. Image satellite montrant les implantations de nos enregistrements réalisés.

La gamme de fréquence du sol enregistrée dans notre site d’étude, est comprise entre 6 et
60Hz. Les différentes courbes H/V obtenues ont été interprétées selon leurs formes et leurs
fréquences (Fig-III.22).

Fig-III.22. Courbes H/V obtenues après enregistrement


Chapitre III : Etude expérimentale 40

III-5.1.1. Corrélation fréquence du sol et lithologie du site


Pour corréler les résultats des enregistrements H/V-bruit de fond avec la lithologie du site
dans le but d’évaluer les épaisseurs des couches sédimentaires au-dessus du substratum, nous
avons appliqué la relation 1D :
𝑽𝒔
𝒇𝟎 = (10)
𝟒𝑯

𝑓0 : est la fréquence propre du sol
Vs : est la vitesse des ondes de cisaillement obtenues par les essais Down Hole
H : est l’épaisseur de la couche sédimentaire.
Après analyse des différentes courbes, nous avons pu constater que la fréquence
fondamentale de notre sol est de 6Hz et ceci est remarqué sur toutes les courbes par un
bombement. Cette fréquence nous renseigne sur la profondeur de notre substratum.
Nous avons également pu constater que les courbes présentent des pics caractéristiques des
fréquences supérieures, comprises entre 20 et 60Hz. Ces dernières n’étant pas égales dans toutes
les courbes, indiquent une présence de couche superficielle dont l’épaisseur varie d’un point
d’enregistrement à un autre.
En raison de manque de données géotechniques et géophysiques dans notre zone d’étude,
nous avons opté pour plusieurs hypothèses pour prendre en considération les fréquences
supérieures qui sont les suivantes :
• Hypothèse 1 :
Les résultats d’une prospection sismique réalisée en dehors de la cité antique de Tipasa à
environ 20 m de nos points d’enregistrement au niveau de l’amphithéâtre, révèlent le
décèlement de vestiges se trouvant à une profondeur moyenne de 50 cm (Belahcen et al. 1990).
D’après les renseignements recueillis auprès des archéologues, les niveaux intéressants
pouvant contenir des vestiges se situeraient entre 0,3 et 3 m de profondeur.
Si nous considérons une couche d’une profondeur moyenne de 1,65 m et en prenant une
fréquence moyenne de 50Hz, à partir de la relation 1D, nous déduisons que la vitesse des ondes
de cisaillement est de Vs = 330 m/s. Cette valeur peut correspondre à la vitesse des ondes S
d’un remblai très ancien (très compact).
• Hypothèse 2
Les fréquences supérieures obtenues peuvent être liées au passage d’une zone formée d’une
formation superficielle de faibles caractéristiques, qui peuvent correspondre à des remblais,
tourbe ou terre végétale, à une zone constituée de formations rigides de caractéristiques plus
importantes.
Chapitre III : Etude expérimentale 41

III-5.2. Description macroscopique :


a) Le grès :
La composition de ce grès montre une granulométrie homogène (entre 1-3 mm), mais
hétérogène de point du vue origine, d'où les différentes couleurs qui pourraient être issues de
différentes sources (Fig-III.23A).
L'attaque de l’acide chlorhydrique (Hcl) sur le grès a donné une forte effervescence, ce qui
montre que la matrice fine est majoritairement carbonatée.
b) La roche calcaire :
Elle est d’origine sédimentaire et peut être qualifiée de conglomérat avec des galets plus au
moins orientés horizontalement, d’une taille qui varie entre 0,5-4 cm et dont les origines sont
différentes (galets de calcaire, de dolomie ou de quartz). Leur forme est généralement
allongée/étirée. Néanmoins, il y a présence de quelques galets arrondis de petite taille (Fig-
III.23B)
L'attaque de l’acide chlorhydrique (HCl) sur la roche a donné une forte effervescence, ce qui
prouve l’importance de la composante carbonatée dans la matrice.
c) La diorite :
La texture à l'œil nu est probablement microlitique, avec des microlites de biotite,
amphiboles et rarement des plagioclases. La disposition des grains est quelconque avec une
forme souvent allongée, la couleur de la cassure est grisâtre (Fig-III.23C).
d) Le marbre :
Le marbre observé sur le terrain, notamment au niveau de la fontaine, est de couleur blanche,
massif et veiné par endroit. Il est beaucoup plus utilisé à titre d’ornement pour les colonnes et
sarcophages et quelques statues observées au niveau du musé archéologique de Tipasa.

A B C
Fig-III.23 Eprouvettes caractérisant les différentes roches identifiées A) Grès ; B) Calcaire ;
C) Diorite.

III-5.3. Description pétrographique


1. Le calcaire (sable coquillé à éléments roulés)
Contrairement à l’examen macroscopique où la roche a donné l’aspect d’un grès,
l’observation au microscope (Fig-III.24) montre un calcaire à éléments très arrondis, avec la
Chapitre III : Etude expérimentale 42

présence de grains de quartz. Les éléments sont constitués essentiellement de débris de


lamellibranches, de fragments lithiques de grès, mais aussi, d’algues, de bryozoaires en
fragments et de débris d'échinodermes.
Le ciment est carbonaté drusique, en franges et en mosaïque, avec une porosité connectée.
Selon la classification de DUNHAM (1962), la roche est un calcaire Grainstone à
lithoclastes plus fin que le calcaire lumachellique.
Une forte dissolution intergranulaire et intra-granulaire, indique un milieu à influence d'eau
de pluie, caractéristique d’une zone vadose (plage).

Qz
Flc

Vd Vd Bt
Btr Ar
Btr
Flg

x100 x100

Fig-III.24. Analyse microscopique du calcaire (sable coquillé à éléments roulés) : vue en LPA
Vd : Vide de dissolution ; Qz : Grains de quartz ; Ar : Algue rouge ; Br : Bryozoaire ; Flg : Fragment lithique de grès ;
Flc : Fragment lithique de calcaire.
2. Le calcaire lumachellique :
L’étude en lame mince (Fig-III.25) montre un calcaire riche en silice. Les éléments sont
constitués de fragments de lamellibranches (bivalves), d'échinodermes mais aussi d’algues
rouges. On note également la présence de fragments lithiques, de grès et de calcaire.
Le ciment carbonaté est sparitique en franges et en mosaïque. On note aussi l’importante
présence de porosité de dissolution.
Selon la classification de DUNHAM, la roche est un calcaire Grainstone à coquille de
lamellibranche.
Cette roche s’est probablement formée dans un environnement littoral, là où règnent des
conditions de fort hydrodynamisme et l’abondance d’algues et de lamellibranches.

Qz
Flg
Qz

Vd Qz Qz

Vd
Ar

Bv
FL

x100 x100

Fig-III.25. Analyse microscopique du calcaire lumachellique : vue en LPA


Vd : Vide de dissolution ; Qz : Quartz ; Bv : Bivalve ; Flg : fragment lithique de grès ; FL : Fragment de lamellibranche ;
Ar : Algue rouge.
Chapitre III : Etude expérimentale 43

3. La diorite :
L’étude pétrographique de cet échantillon a révélé une roche très différente de celle décrite
précédemment. En effet, la roche montre une texture grenue à tendance porphyro-clastique. Les
cristaux de biotite sont de taille millimétrique (Fig-III.2B). Ils sont associés à des minéraux tels
que les plagioclases (Fig-III.2B). Des minéraux ferromagnésiens sont aussi présents dans cette
roche.
On observe également des pyrites hématitisées (altération de la pyrite), ainsi que des grenats,
qui se sont formés soit par hydrothermalisme ou métamorphisme.
Il est parfois très difficile de se prononcer sur leur nature exacte.

Ph
Gt
Bt

Pt

Ph

x100 A x100 B
Fig-III.26. Analyse microscopique de la diorite : vue en LPA
Gt : Grenat ; Bt : Biotite ; Ph : Pyrite hématétisée ; Pt : Plagioclase.
Chapitre III : Etude expérimentale 44

III-5.4. Interprétation des paramètres physico-mécaniques :


Les résultats obtenus sont mentionnés dans les tableaux ci-dessous :
III-5.4.1. Le calcaire (sable coquillé à éléments roulés) :
Le tableau (III.1) montre les résultats physico-mécaniques du calcaire (sable coquillé à
éléments roulés) obtenus.
La valeur de densité de 2,192 g/cm3 ± 0,071 montre que la roche est caractérisée par une
densité mauvaise (EN 13383). Ceci peut être expliqué par sa nature pétrographique qui montre
divers microorganismes qui peuvent avoir différentes densités.
S’agissant de la porosité, les résultats montrent que la roche présente une forte porosité de
15,54% (Anon 1979) due à la présence d’une forte dissolution intra et intergranulaire dans la
roche ainsi que de sa porosité connectée, déjà observée au microscope optique.
La dureté superficielle a été évaluée par l’essai au scléromètre. Le test réalisé sur le bloc de
roche donne un Ir de 21,15 (< à 40) qui est caractéristique d’un indice de mauvais rebond. Ce
qui implique une forte absorption de l’énergie du choc par la surface, du fait de son importante
porosité.
La mesure de la vitesse de propagation des ondes ultrasonores, in-situ et au laboratoire, dans
le matériau nous a permis de mieux apprécier sa porosité. La vitesse enregistrée au laboratoire
donne une valeur de 4529,81 m/s qui est caractéristique d’une vitesse du son moyenne. Cette
propriété physique dépend étroitement de la porosité et de la densité apparente de la roche qui
sont générées par le squelette solide (composition minéralogique, cohésion, taille des grains) et
par l’espace poral associé. On remarque une diminution de la vitesse du son, enregistrée in situ.
Ceci est dû au fait que la roche est altérée, diminuant ainsi de ses caractéristiques physiques.
Tab-III.1 Résultats physico-mécaniques du calcaire (sable coquillé à éléments roulés)

Caractéristiques Unité Norme utilisée Résultats


Densité g/cm3 NF P 94-410-2 2,192 ± 0,071
Porosité % NF P 94-410-3 15,546 ± 0,989
Indice sclérométrique / NF EN 12504-2 21,15 ± 3,535
Vitesse du son in situ 3233,734
m/s NF P 94 – 411
Vitesse du son au laboratoire 4529,816
Résistance à la État Sec 22,88 ± 2,65
MPa NF P 94-420
compression simple État Saturé 16,37 ± 2,15
Traction par flexion MPa NF EN 12390-5 5,74

La résistance à la compression uniaxiale est de l’ordre de 22,88 MPa (état sec de référence),
ce qui est caractéristique des roches moyennement tendres. Cette moyenne résistance
mécanique est étroitement liée à la porosité de la roche. Toutefois, la principale constatation est
la forte diminution de la résistance à la compression mesurée sur les échantillons saturés par
rapport à celle mesurée sur les échantillons secs. La présence d’eau joue donc un rôle important
dans la résistance du matériau, car, entre état sec et état saturé, la résistance atteint 71,54% de
la résistance totale de la roche.
Chapitre III : Etude expérimentale 45

La présence d’eau dans les pores de la roche conduit à une réduction de la résistance
mécanique pouvant s’expliquer par une diminution de l’énergie de surface de contact entre les
grains constitutifs, et donc à une modification des liens intergranulaires (Ojo, 1990 ; Dessandier,
1995).
La résistance à la traction par flexion de ce calcaire donne une valeur faible de 5,74 MPa
(Tech. Ing C5360) pour une épaisseur de 40 mm, et ceci revient probablement à la porosité
assez développée dans la roche.
III-5.4.2. Le calcaire lumachellique :
Le tableau (III.2) montre les résultats physico-mécaniques du calcaire lumachellique,
obtenus.
L’analyse du tableau montre une densité moyenne de 2,30 g/cm3 (EN 13383) avec un écart
type de 0,156. Ceci peut s’expliquer par la nature pétrographique de l’échantillon, considéré
comme un conglomérat constitué de différents éléments et donc probablement de densités
différentes.
Les résultats de la porosité montrent que la roche présente une faible porosité de 9,13%
(Anon 1979). Ceci peut s’expliquer par la présence de porosité de dissolution qui n’est,
cependant, pas connectée.
L’essai au scléromètre montre un faible Ir de 27,60 (< à 40). Ceci implique une forte
absorption de l’énergie du choc par la surface, du fait de sa porosité.
Les résultats de la vitesse du son, obtenus en laboratoire, montrent une vitesse de 3809,52
m/s, caractéristique d’une vitesse du son moyenne. Cette propriété physique mesurée au
laboratoire chute de moitié par rapport à celle mesurée in situ. Cette dernière, de l’ordre de
1797,83 m/s, est due au fait que la roche est altérée ; ce qui diminue de ses caractéristiques
physiques.
Tab-III.2 Résultats physico-mécaniques du Calcaire lumachellique.

Caractéristiques Unité Norme utilisée Résultats


Densité g/cm3 NF P 94-410-2 2,293 ± 0,156
Porosité % NF P 94-410-3 9,135 ± 0,690
Indice sclérométrique / NF EN 12504-2 27,6 ± 3,573
Vitesse du son in situ 1797,834
m/s NF P 94 – 411
Vitesse du son au laboratoire 3809,523
Résistance à la État. Sec 16,56 ± 0,5
MPa NF P 94-420
compression simple État. Saturé 12,48 ± 0.08
Traction par flexion MPa NF EN 12390-5 10,71

La résistance à la compression uniaxiale est de l’ordre de 16,56 MPa (état sec de référence),
ce qui est caractéristique des roches moyennement tendres. Cette moyenne résistance
mécanique est étroitement liée à la porosité de la roche.
Chapitre III : Etude expérimentale 46

Tout comme le premier échantillon, on constate une forte diminution de la résistance à la


compression mesurée sur les échantillons saturés par rapport à celle mesurée sur les échantillons
secs. Une diminution de l’ordre de 75,36% par rapport aux échantillons secs, est notée.
La résistance à la traction par flexion du calcaire donne une valeur moyenne de 10,71 MPa
(Tech. Ing C5360) pour une épaisseur de 40 mm. Ceci est dû probablement à la porosité de la
roche, mais également à la résistance des éléments qui la constituent.
III-5.4.3. La diorite :
Le tableau (III.3) montre les résultats physico-mécaniques de la diorite, obtenus.
L’analyse du tableau montre une excellente densité de 2,91 g/cm3 (EN 13383) avec un écart
type de 0,188. Ceci peut s’expliquer par la nature pétrographique de la roche, caractérisant les
roches basiques ou ultrabasiques.
Quant à la porosité, les résultats montrent que la roche présente une très faible porosité d’une
valeur de 3,44% (Anon 1979), ce qui corrobore avec l’analyse pétrographique et l’excellente
densité de la roche.
L’essai au scléromètre donne un excellent Ir d’une valeur de 68,35 (> à 60). Ceci est justifié
par la forte densité de la roche et par sa très faible porosité, et donc par une non absorption de
l’énergie du choc par la surface de la roche.
Les résultats obtenus lors de l’essai ultrasonore montrent une vitesse du son de 5517,11 m/s
qui est caractéristique d’une bonne vitesse. Ce qui est tout à fait logique en prenant en
considération les paramètres physiques, cités ci-haut.
Par contre, les deux valeurs mesurées respectivement au laboratoire et in situ (5517, 4148
m/s) montrent une légère différence, témoignant de la durabilité de cette roche.
Tab-III.3 Résultats physico-mécanique de la diorite.

Caractéristiques Unité Norme utilisée Résultats


Densité g/cm3 NF P 94-410-2 2,916 ± 0,188
Porosité % NF P 94-410-3 3,442 ± 0,170
Indice sclérométrique / NF EN 12504-2 68,35 ± 1,88
Vitesse du son in situ m/s NF P 94 – 411 4148,168
Vitesse du son au laboratoire 5517,11
Résistance à la État. sec MPa NF P 94-420 161,11 ± 19,45
compression simple État. saturé 116,93 ± 14,41
Traction par flexion MPa NF EN 12390-5 24,07

La résistance à la compression uniaxiale est de l’ordre de 161,11 MPa (état sec de référence),
ce qui est caractéristique des roches très résistantes. Cette valeur est expliquée, tout simplement,
par l’excellente densité et la faible porosité de la roche. La même tendance à été, également,
observée dans cette roche. Cette propriété mécanique qui est beaucoup plus importante à l’état
sec, chute de 45MPa à l’état saturé.
Chapitre III : Etude expérimentale 47

La résistance à la traction par flexion de cette roche donne une valeur forte de 24,07 MPa
pour une épaisseur de 40 mm. Ceci peut être expliqué par la faible porosité mais également par
la pétrographie de cette roche, c’est-à-dire, en raison de la résistance des éléments qui la
constituent.
III-5.5. Propriétés hydriques
Le calcaire (sable coquillé à éléments roulés) :
L’ensemble des résultats obtenus sont mentionnés dans le tableau (III.4) ci-dessous :
Tab-III.4. Résultats des essais hydriques du calcaire (sable coquillé à éléments roulés).
Absorption Evaporation Capillarité
Wt Sr Wt Sr C
6,438 ± 0,228 92,114 ± 0,803 0,0546 ± 0,027 0,610 ± 0,043 75,66 ± 5,85
Wt : Teneur en eau, en fonction du temps (%), Sr : Coefficient de saturation, après une semaine (%),
C : Coefficient d’absorption capillaire (%).
1. Absorption libre d’eau
Les trois cubes testés ont pratiquement la même cinétique d’absorption. Ils montrent une
adsorption d’eau relativement importante entre 0 et 4 min, qui correspond sur le graphique à la
pente raide (Fig-III.27). Ceci peut être expliqué par la forte porosité et la connexion entre les
pores, permettant l’accès rapide à la circulation de l’eau pour une courte durée.
Au-delà de 4 min, la cinétique d’absorption devient plus au moins lente jusqu'à saturation
complète de l’échantillon.
Le degré de saturation après 48h est estimé à 92,11%, ce qui confirme la forte porosité du
calcaire et sa capacité rapide d’absorption. La saturation complète est atteinte après 4930 min,
soit au bout de trois jours et demi.

Absorption libre d'eau


8
7
6
5
Wt (%)

4 Cube 1
3 Cube 2

2 Cube 3

1
0
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
Temps (Heure)

Fig-III.27. Courbe d’absorption libre d’eau du calcaire après une heure


(sable coquillé à éléments roulés).
Chapitre III : Etude expérimentale 48

2. Evaporation
L’interprétation des résultats a été faite en s’aidant des travaux réalisés par Rose, 1968 ;
Hammecker, 1993 ; Rousset-Tournier, 2001 ; Chentout, 2014.
La figure (III.28) montre les courbes traçant la perte de masse par unité de surface, en
fonction du temps des trois cubes testés.
L’analyse du graphique indique que les trois cubes montrent approximativement la même
cinétique d’évaporation. La première partie correspond à la partie linéaire de la courbe qui est
marquée par une perte en masse importante entre 0 et 3000 min, soit deux (02) jours. Ceci est
expliqué par la forte porosité de la pierre, du fait qu’elle soit connectée et forme donc des
canaux. Cette partie de la courbe correspond à la phase capillaire (stade capillaire) (Fig-
III.28A).
Entre 3000 et 4000 min, on remarque que la perte d’eau par évaporation ne suit plus la
même évolution linéaire. On observe un ralentissement dans le flux d’évaporation témoignant
d’un changement de régime dans le mécanisme de séchage. Cette partie de la courbe correspond
à la seconde phase de l’évaporation (stade funiculaire) (Fig-III.28B).
Au-delà de 4000 min, on constate une perte de masse quasi constante mais faible. Ceci est
due au fait que la surface évaporante est totalement sèche, alors que l’évaporation a lieu au cœur
du solide et se fait essentiellement par diffusion de vapeur d’eau. Cette partie de la courbe
correspond à la troisième phase (pendulaire) qui est principalement contrôlée par la structure
porale de la pierre (Fig-III.28C).

Evaporation
7

5
A
Wt (%)

4
Cube 1
3
Cube 2
2 Cube 3
B
1 C
0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000
Temps (min)

Fig-III.28. Courbe d’évaporation donnant la perte de masse, en


fonction du temps, du calcaire (sable coquillé à éléments roulés).
Chapitre III : Etude expérimentale 49

3. Imbibition capillaire :
Les propriétés d’imbibition par capillarité d’une pierre sont directement liées à la taille et à
la forme des pores, ainsi qu’à la connectivité du milieu poreux.
Les courbes d’ascension capillaire des trois cubes testés sont représentées dans la figure
(III.29). On remarque, à partir du graphique, que les courbes présentent quasiment la même
cinétique de capillarité. La montée de l’eau par capillarité est justifiée par des courbes
d’imbibition linéaire.
Le tableau (III.4), figurant ci-dessus, montre le coefficient d’absorption capillaire C du
calcaire, d’une valeur de 75,66 %. Ceci indique que le calcaire montre une importante
absorption capillaire avec une vitesse d’absorption capillaire Va = 6.10-4 m/s, qui peut
s’expliquer par sa forte porosité.
Les résultats obtenus nous permettent de conclure que le calcaire présente des pores de tailles
assez importantes et une connectivité des pores assez développée.
Imbibition capillaire d'eau
6000

5000

4000
Δm/S (g/m²)

3000 Cube 1
Cube 2
2000
Cube 3
1000

0
0 2 4 6 8 10
Temps (√t)
Fig-III.29. Courbe d’imbibition capillaire du calcaire (sable coquillé à éléments roulés).

Le calcaire lumachellique :
L’ensemble des résultats obtenus sont mentionnés dans le tableau (III.5) ci-dessous :
Tab-III.5. Résultats des essais hydriques du calcaire lumachellique.
Absorption Evaporation Capillarité
Wt Sr Wt Sr C
3,106 ±0,144 98,358 ±1,744 0,072 ±0,02 0,283 ±0,038 34,83 ±3,42
Wt : Teneur en eau, en fonction du temps (%) ; Sr : Coefficient de saturation, après une semaine (%) ;
C : Coefficient d’absorption capillaire (%).
1. Absorption libre d’eau
En analysant les résultats, la toute première remarque à signaler est que les trois cubes testés
se superposent sur le graphe, témoignant d’une cinétique d’absorption quasiment identique. Ils
montrent une adsorption d’eau relativement importante entre 0 et 9 min, correspond sur le
graphique à la pente raide (Fig-III.30). Ceci est dû à l’espace poral de la roche.
Chapitre III : Etude expérimentale 50

Au-delà de 9 min, on remarque un ralentissement de la prise d’eau et ceci jusqu’à saturation


complète de l’échantillon. Ce qui se traduit sur le graphe par une tendance linéaire des courbes.
Le degré de saturation après 48h est estimé à 98,35%, confirmant ainsi la capacité importante
d’absorption du calcaire lumachellique.
La variation de la teneur en eau, en fonction du temps, montre que la pierre a une porosité
moins importante comparée à celle du calcaire (sable coquillé à éléments roulés). La saturation
est atteinte après 3120 min, soit environ deux (02) jours.

Absorption libre d'eau


4
3,5
3
2,5
Wt (%)

2 Ech1
1,5 Ech2

1 Ech3

0,5
0
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
Temps (Heure)
Fig-III.30. Courbe d’absorption libre d’eau du calcaire lumachellique,
après une heure.

2. Evaporation
La figure (III.31) montre les courbes traçant la perte de masse par unité de surface, en
fonction du temps, des trois cubes testés du calcaire lumachellique.
L’analyse du graphique indique que les trois cubes montrent approximativement la même
cinétique d’évaporation. La première partie correspond à la partie linéaire de la courbe qui est
marquée par une perte en masse importante entre 0 et 1000 min, soit une durée de 16 heures.
Ceci est expliqué par le fait que l’eau emmagasinée par les calcaires lumachelliques est moins
importante que celle emmagasinée par le calcaire (sable coquillé à éléments roulés). Ceci induit
une perte en masse plus rapide, du fait de sa faible porosité. Cela correspond sur le graphe au
stade capillaire (Fig-III.31A).
Le stade funiculaire est compris entre 1000 et 3000 min, témoignant d’un autre régime
d’évaporation qui se traduit par une faible perte en eau, représenté sur le graphique par une
tendance quasi linéaire de la courbe (Fig-III.31B).
Au-delà de 3000 min, on constate une perte de masse quasi constante caractéristique du stade
pendulaire (Fig-III.31C).
Chapitre III : Etude expérimentale 51

Evaporation
3

2,5

2
A
Wt (%)

1,5 Cube 1
Cube 2
1
Cube 3
0,5 B
C
0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000
Temps (min)

Fig-III.31. Courbe d’évaporation donnant la perte de masse, en fonction du


temps, du calcaire lumachellique.

3. Imbibition capillaire :
Les courbes d’ascension capillaire des différents échantillons testés sont représentés dans la
figure (III.32). On remarque à partir du graphique que les courbes présentent des cinétiques de
capillarités plus ou moins différentes. La monté de l’eau par capillarité est justifiée par des
courbes d’imbibition linéaire.
Le tableau (III.5), cité ci-dessus, indique le coefficient d’absorption capillaire moyen C du
calcaire lumachellique d’une valeur de 34,83 %. Ceci indique que le calcaire montre une
moyenne absorption capillaire avec une vitesse d’absorption capillaire Va= 4.10-4 m/s qui peut
s’expliquer par sa faible porosité.

Imbibition capillaire
1400

1200 Cube 1
1000 Cube 2
Δm/S (g/m²)

800 Cube 3

600

400

200

0
0 2 4 6 8 10
Temps (√t)

Fig-III.32. Courbe d’imbibition capillaire du calcaire lumachellique.


Chapitre III : Etude expérimentale 52

La diorite :
L’ensemble des résultats obtenus sont mentionnés dans le tableau (III.6) ci-dessous :
Tab-III.6. Résultats des essais hydriques du diorite.
Absorption Evaporation Capillarité
Wt Sr Wt Sr C
0,980 ±0,011 87,517 ±6,884 0,335 ±0,07 0,608 ±0,01 26,22 ±0,09

Wt : Teneur en eau, en fonction du temps (%) ; Sr : Coefficient de saturation, après une semaine (%) ;
C : Coefficient d’absorption capillaire (%).

1. Absorption libre d’eau


Contrairement aux deux variétés de calcaires, la diorite montre une adsorption d’eau
relativement faible et ceci est dû à sa faible porosité (4%). L’analyse du graphe (Fig-III.33)
montre un gain en eau évolutif avec deux stades bien individualisés sur le graphique, séparés
par un stade de stabilisation :
Le premier stade entre 0 et 0,06 (heure) se traduit par une pente importante.
Le second stade entre 0.3 et 0.6 (heure), est un stade assez lent de 20 min où les pores ne
sont pas connectés et qui se traduit sur le graphe par un petit bombement.
Au-delà de 0.6 (heure), l’échantillon est complétement saturé et se traduit sur le graphe par
une tendance linéaire.
Le degré de saturation après 48h est estimé à 87,51 %, ce qui confirme la faible capacité
d’absorption de la diorite comparée à celle du calcaire et à celle du calcaire lumachellique. La
saturation est atteinte après 4930 min, soit trois (03) jours.

Absorption libre d'eau


1,2

0,8
Wt (%)

0,6 Cube 1
Cube 2
0,4
Cube 3
0,2

0
0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0
Temps (Heure)

Fig-III.33. Courbe d'absorption libre d'eau de la diorite, après une heure.


Chapitre III : Etude expérimentale 53

2. Evaporation
L’analyse du graphique (Fig-III.34) montre que les trois cubes testés ont pratiquement la
même cinétique d’évaporation. La première partie correspond à la partie linéaire de la courbe
qui est marquée par une perte en masse importante entre 0 et 500 min, soit une durée de 8
heures. Ceci est expliqué par le fait que l’eau absorbée par les cubes est moins importante que
celle absorbée par les deux variétés de calcaire. Cette partie de la courbe correspond au stade
capillaire (Fig-III.34A).
Entre 500 et 3000 min, on note un stade funiculaire assez lent. On observe un ralentissement
dans le flux d’évaporation témoignant d’un changement de régime dans le mécanisme de
séchage (Fig-III.34B).
Au-delà de 3000 min, le stade pendulaire est atteint (Fig-III.34C).

Evaporation
0,8
0,7
0,6 A
0,5 B
Wt (%)

0,4
C Cube 1
0,3 Cube 2

0,2 Cube 3

0,1
0
0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000
Temps (min)

Fig-III.34. Courbe d’évaporation donnant la perte de masse, en fonction du


temps de la diorite.

3. Imbibition capillaire
Les courbes d’ascension capillaire des trois cubes testés de la diorite sont représentées dans
la figure (III.35). On remarque à partir du graphique que les courbes présentent
approximativement la même cinétique de capillarité avec une importante absorption capillaire,
entre 0 et 60 min, qui est justifiée par des courbes d’imbibition linéaire.
Le tableau (III.6), cité ci-dessus, montre le coefficient d’absorption capillaire C de la diorite
d’une valeur de 26,22 %. Ce qui indique que la diorite montre une faible absorption capillaire
avec une vitesse d’absorption capillaire Va = 3.10-4 m/s qui peut s’expliquer par sa très faible
porosité.
Chapitre III : Etude expérimentale 54

Imbibition capillaire
500
450
400
350
Δm/S (g/m²) 300
250 Cube 1
200 Cube 2
150 Cube 3
100
50
0
0 1 2 3 4 5 6 7 8
Temps (√t)

Fig-III.35. Courbe d’imbibition capillaire de la diorite.

III-5.6. Cristallisation des sels :


Afin d’évaluer la durabilité des roches, deux méthodes sont utilisées :
- La première consiste à évaluer la détérioration de la roche d’une manière visuelle, dont les
symptômes correspondent à des arrachements, à des fractures, mais aussi à un changement de
la couleur de la solution saline.
- La seconde consiste à quantifier la détérioration par le calcul des pertes et gains en poids,
après chaque cycle.
III-5.6.1. Le calcaire (sable coquillé à éléments roulés)
La figure (III.36) montre un des trois cubes testés après 24 cycles d’immersion et de séchage.
Une légère détérioration visuelle a été observée, qui est la même sur les trois cubes testés. En
plus d’une coloration de la solution saline observée au bout du cinquième cycle, des cavités
millimétriques ont été observées, mais leurs contours sont restés quasiment intacts. Ceci peut
être expliqué par le fait que la roche présente une forte porosité. L’accumulation des sels à
l’intérieur des pores prendrait donc plus de temps pour occuper tout le réseau poral, se
cristalliserait et endommagerait par la suite la pierre.
Selon Benavente (2011), la cristallisation des sels n'endommage pas la pierre en elle-même.
Elle nécessite la présence d'eau qui, combinée avec la température et l'humidité relative,
contrôle le processus de détérioration complexe lié à la précipitation des sels.

Fig-III.36. La détérioration observée sur un des cubes testés, après 24 cycles d’immersion
et de séchage du calcaire (sable coquillé à éléments roulés).
Chapitre III : Etude expérimentale 55

La figure (III.37) montre les gains et pertes de poids des trois cubes testés. En analysant le
graphique, on constate que les cubes montrent approximativement la même cinétique de gain
et de perte en masse, avec toutefois une dispersion de valeurs qui est sans doute due à
l’hétérogénéité de la roche. Nous pouvons remarquer que les cubes (1) et (2) montrent un
pourcentage de gain et de perte variant entre 0,12% et 3,44%, tandis que le cube (03) donne un
pourcentage allant de 0,04% à 4,07%. Cette forte prise de masse est justifiée par la forte porosité
de la roche et par la connexion porale.
Les gains en masse sont caractérisés par une accumulation des sels à l’intérieur du réseau
poral de la roche. Les pertes en masse, quant à elles, sont caractérisées par une coloration de la
solution saline, due à la précipitation des sels qui occupent les pores et qui exercent une pression
considérable pour la détérioration de la roche.

Pertes et gains en masse des cubes testés


4,5
4
3,5
3
Δm (%)

2,5
Cube 1
2
Cube 2
1,5
Cube 3
1
0,5
0
0 5 10 15 20 25
Cycle
Fig-III.37. Evaluation de la détérioration du calcaire (sable coquillé à éléments roulés),
pertes et gains en poids des trois variétés.

III-5.6.2. Le calcaire lumachellique :


La figure (III.38) montre un des trois cubes du calcaire lumachellique testés après 24 cycles
d’immersion et de séchage. Une légère détérioration visuelle a été observée. Elle est la même
sur les trois cubes testés. Mise à part une coloration de la solution saline observée au bout du
neuvième cycle, aucun détachement n’est observé et les contours sont quasiment intacts.
En effet la coloration de la solution saline indique qu’il y a eu un lessivage de la matière au
bout du neuvième cycle.

Fig-III.38. La détérioration observée sur un des cubes testés, après 24 cycles


d’immersion et séchage du calcaire lumachellique.
Chapitre III : Etude expérimentale 56

La figure (III.39) montre les gains et pertes de poids des trois cubes testés. En analysant le
graphique, les pics observés attestent qu’il y a simultanément départ et gain de la matière. Nous
pouvons remarquer que les cubes montrent des pourcentages de gain et de perte différents, dus
probablement aux différentes dimensions des pores de la roche, mais également à la distribution
de ses composants (Ronny et al. 2018).
Les gains en masse sont caractérisés par une accumulation des sels à l’intérieur du réseau
poral de la roche, tandis que les pertes en masse sont caractérisées par une coloration de la
solution saline.

Pertes et gains en masse des cubes testés


1,8
1,6
1,4
1,2
Δm (%)

1
Cube 1
0,8
Cube 2
0,6
Cube 3
0,4
0,2
0
0 5 10 15 20 25
Cycle

Fig-III.39. Evaluation de la détérioration du calcaire lumachellique, pertes et gains en


poids des trois variétés.

III-5.6.3. La diorite :
La figure (III.40) montre un des trois cubes testés après 24 cycles d’immersion et de séchage.
Aucune détérioration visuelle n’a été observée sur les trois cubes testés. Mis à part une légère
coloration de la solution saline observée au bout du neuvième cycle, aucun détachement n’est
observé et les contours sont pratiquement intacts.

Fig-III.40. La détérioration observée sur un des cubes testés, après 24 cycles d’immersion et
séchage de la diorite.
Chapitre III : Etude expérimentale 57

La figure (III.41) montre les gains et pertes de poids des trois cubes testés. En analysant le
graphique, on constate que les cubes suivent la même cinétique de gain et de perte en masse,
due à l’homogénéité. Nous pouvons remarquer que les cubes (1) et (3) montrent un pourcentage
de gain et de perte variant entre 0,25% et 0,43%, tandis que le cube (02), donne un pourcentage
allant de 0,1% à 0,40%. Cette faible perte et gain de masse est justifiée par la très faible porosité
de la roche et par sa forte densité.

Pertes et gains en masse des cubes testés


0,5
0,45
0,4
0,35
0,3
Δm (%)

0,25 Cube 1
0,2 Cube 2
0,15 Cube 3
0,1
0,05
0
0 5 10 15 20 25
Cycles
Fig-III.41. Evaluation de la détérioration de la diorite, pertes et gains
en poids des trois variétés.

CONCLUSION :
Suite à la visite du site, quatre pierres ont pu être identifiées (sable coquillé à éléments roulés,
calcaire lumachellique, diorite et marbre) sur lesquelles plusieurs types d’altération ont pu être
identifiés (alvéolisation, action mécanique des racines des roches, contamination biologique,
salissures noires). A travers l’exploitation de visu de ces pierres, des niveaux de dégradabilité
ont pu être définis, du plus faible au plus avancé, présents notamment sur les pierres d’origine
sédimentaire.
Des essais in-situ ont alors pu être réalisés : l’essai à ultrason, qui a donné une idée sur
l’influence de la porosité d’un matériau sur la vitesse de propagation des ondes ultrasonores en
leur sein, ainsi que l’essai au scléromètre dont les résultats ont été représentatifs de la dureté
des roches. Les deux essais ont ainsi donné des renseignements relatifs aux paramètres
physiques de ces pierres. La méthode spectrale H/V bruit de fond a, quant à elle permis
d’énoncer des hypothèses à partir des gammes de fréquences obtenues.
Un échantillonnage a alors été établi et des éprouvettes préparées pour les essais de
laboratoire, qui ont permis de faire une série d’essais sur les trois variétés de roches prélevées
au niveau de la cité antique de Tipasa. Du point de vue pétrophysique, les roches étudiées sont
d’origine sédimentaire et magmatique, à savoir le calcaire et la diorite. Ces derniers présentent
des caractéristiques qui varient d’une manière considérable.
Chapitre III : Etude expérimentale 58

La pétrographie des roches a permis de préciser, en outre, la nature des roches utilisées et
laisse à définir trois structures différentes : un calcaire constitué majoritairement d’éléments
arrondis avec la présence de quelques microfossiles ayant une forte porosité, un calcaire
lumachellique constitué en majeur partie de microfossiles, caractérisé par une faible porosité,
et, enfin, une diorite de texture grenue, peu poreuse.
L’ensemble de ces essais a permis, d'une part, de caractériser les variétés recensées et, d'autre
part, d’expliquer la relation entre la pétrographie des roches et leurs paramètres géotechniques
mesurés. Effectivement, les roches poreuses, notamment les deux variétés de calcaire
présentent différentes caractéristiques dues à leur taux de porosité différent.
L’étude a également permis d’apprécier les caractéristiques physico-mécaniques ainsi que
les propriétés hydriques des trois variétés de roches. À partir des résultats obtenus, nous avons
pu constater que les paramètres physiques, mécaniques ainsi que hydriques ont une relation
étroite avec le réseau poreux de la roche.
Des différences notables entre les valeurs obtenues sur les essais in-situ et ceux obtenus
laboratoire ont pu être démontrées. En effet, la comparaison entre les essais non destructifs
réalisés sur le terrain et ceux réalisés au laboratoire confirment ou attestent que les pierres mises
en œuvre sont altérées avec un degré qui varie d'un bloc à un autre et d'un type de pierre à un
autre.
L'étude expérimentale menée sur les roches ou pierre prélevées au niveau de la Cité Antique
de Tipasa a permis de répondre aux questions posées en introduction sur :
- Les caractéristiques géotechniques des pierres mises en œuvre.
- Les pierres de substitution à mettre en œuvre dans le cas d’une restauration de la cité.
- Les types de traitements à utiliser pour limiter la dégradabilité des pierres mises en
œuvre.