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Fédération Internationale des Instituts d ’Études Médiévales

TEXTES ET ÉTUDES DU MOYEN ÂGE, 18

LES TRADUCTEURS AU TRAVAIL


LEURS MANUSCRITS
ET LEURS MÉTHODES

BR.EPO LS
Le moyen âge latin fut par définition une période de traduction.
Soucieux d'avoir à leur disposition les textes d ’autres cultures, les
médiévaux n'ont eu de cesse de transférer d'une langue à l’autre les
oeuvres de l'Antiquité classique ainsi que l’héritage arabe et hébreu avec
les moyens dont ils disposaient à leur époque.
Afin d’avoir une meilleure connaissance de leurs méthodes de travail
et des problèmes inhérents au passage d'une langue à l'autre, il est
important de retrouver les manuscrits qui ont servi de base de travail aux
traducteurs. On y trouve des notes de leur main qui expliquent les
difficultés rencontrées, les hésitations dans l’utilisation d ’un tenne plutôt
qu’un autre pour rendre en latin un vocable de la langue source ainsi que
des notes marginales qui sont autant de remarques philologiques,
matériel de première main pour notre com préhension et notre
connaissance des niveaux linguistiques tant des traducteurs que des
utilisateurs depuis l'Antiquité jusqu’à la Renaissance.
D ’autre part, lorsqu’elles existent, les préfaces laissées par les
traducteurs en tête de leur travail constituent des documents de première
importance pour notre compréhension de leurs problèmes et pour la
reconstitution de la méthode utilisée pour les résoudre.
On trouvera dans ce volume beaucoup de matériel encore inédit. Les
recherches menées sur les manuscrits ont permis de voir plus clair dans
la problématique propre aux traductions faites tant sur le grec, l’arabe, le
syriaque, l'hébreu qu'en langues vulgaires. Les exposés sont dus à des
spécialistes des divers domaines concernés : E. Berti (Udine), F. Bossier
(Antwerpen-Lcuven), J. Brams (Leuven), Ch. Burnett (London),
J. Ducos (Bordeaux). J. Hamesse (Louvain-la-N euve), J. Hankins
(Harvard), R. Hissette (Köln), L. Holtz (Paris), H. Hugonnard-Roche
(Paris), D. Jacquart (Paris), P. Lardet (Paris), J. M artinez Gazquez
(Barcelona). C. Martini (Vicenza), O. Merisalo (Jyväskylä), M. Nicoud
(Paris), M. Regoliosi (Firenze). G. Serra (Padova), C. Vircillo Franklin
(New York) et M. Zonta (Roma).

Couverture : Bruxelles Royale 9303-04, fol. 1 r° (avant 1467). Jean de Brixey offre
sa traduction française du Stimulus amoris (L’aguillon d’amour divin) à Isabeau
de Bavière, reine de France.

9782503512198

9
Fédération Internationale des Instituts d’Études Médiévales
TEXTES ET ÉTUDES DU MOYEN ÂGE, 18

LES TRADUCTEURS AU TRAVAIL

LEURS MANUSCRITS ET LEURS


MÉTHODES

BREPOLS
2001
F é d é r a t io n In t e r n a t io n a l e d e s I n s t it u t s
D ’ÉTUDES MÉDIÉVALES

Président :
L.E. BOYLE (t) (Commissio Leonina, Roma)

Vice-Président :
L. HOLTZ (Institut de Recherche et d’Histoire des Textes, Paris)

Membres du Comité :
M. FASSLER (Yale University, Connecticut)
C . L EO N A R D I (Società Intemazionale per lo Studio del Medioevo
Latino, Firenze)
J. M A RTÍN EZ G Á Z Q U E Z (Universitad Autònoma de Barcelona,
Departament de Ciències de l'Antiguitat i de l'Edat Mitjana,
Barcelona)
M.C. P A C H E C O (Universidade do Porto, Gabinete de Filosofia
Medieval, Porto)
Â. RlNGBOM (Institute of Medieval Studies of the Âbo Akademi,
Turku)

Secrétaire et Editeur responsable :


J. Ham e sse (Institut Supérieur de Philosophie, Louvain-la-Neuve)

Trésorier :
O. WELTERS (Constantijn Huygens Instituut, Den Haag)
Fédération Internationale des Instituts d’Études Médiévales
TEXTES ET ÉTUDES DU MOYEN ÂGE, 18

LES TRADUCTEURS AU TRAVAIL

LEURS MANUSCRITS ET LEURS


MÉTHODES

Actes du Colloque international organisé par le “Ettore Majorana Centre


for Scientific Culture”
(Erice, 30 septembre - 6 octobre 1999)

édités par Jacqueline HAMESSE

BREPOLS
2001
© 2001, Brepols Publishers n.v., Turnhout,
Belgium.

All rights reserved. No part of this publication


may be reproduced stored in a retrieval system,
or transmitted, in any form or by any means,
electronic, mechanical, photocopying, record­
ing, or otherwise, without the prior permission
of the publisher.

D/2001/0095/139

ISBN 2-503-51219-4

Printed in the E.U. on acid-free paper


TABLE DES MATIÈRES

Introduction par J. Hamesse.................................................. vii


C.V. FRANKLIN, Hagiographie translations in the early
middle ages (7th -10 th centuries.)................................... 1
H. HUGONNARD-ROCHE, Les traductions du syriaque............ 19
Ch. BURNETT, The strategy o f revision in the Arabic-Latin
translations from Toledo.................... ............................... 57
J. MARTINEZ G azquez , Observaciones a la traducción
latina del Corán (Qur’an) de Robert de Ketene.................. 115

M. ZONTA, Medieval Hebrew translations : methods and


textual problem s.................................................................... 129
F. BOSSIER, Le manuscrit Chisianus RJV.13 et la traduction
du “De natura hominis” de Burgundio de P ise .................. 143
C. MARTINI, The Arabic version o f the book. Alpha Meizon
o f Aristotle’s Metaphysics and the testimony o f the ms. 173
Bibl. Apostolica Vaticana, Ott. Lat. 2048.............................
D. Ja c q u a r t , Les manuscrits des traductions de Gérard de
Crémone : quelques caractéristiques form elles.................. 207
G. SERRA, Da commedia e tragedia a punti e inchiostro. Ar.,
Gen. corr., 315b 14-15, tradotto dall’arabo in latino e in
ebraico.................................................................................... 221
J. BRAMS, Les traductions de Guillaume de Moerbeke........... 231
R. HlSSETTE, Des traductions doubles et Guillaume de Luna
ou de Lunis............................................................................. 257
O. MERISALO, Guillaume ou comment traduire Gilles de
Rome en 1330 ......................................................................... 275
J. DUCOS, L'oeuvre de Mahieu le Vilain : traduction et
commentaire des “Météorologiques”................................... 285
VI TABLE DES MATIÈRES

P. LARDET, Georges de Trébizonde traducteur et scholiaste


de la Rhétorique d’Aristote................................................... 311
E. BERTI, Marsilio Ficino e il testo greco del Fedone di
Platone.................................................................................... 349
J. HANKINS, Notes on Leonardo Bruni’s translation o f the
“Nicomachean Ethics" and its reception in the fifteenth-
century .................................................................................... 427
M. REGOLIOSI , “M ercatura optimarum artium ”. La
traduzione secondo Lorenzo Valla....................................... 449
M. NlCOUD, La traduction italienne du “Libellus de
conservatione sanitatis” de Benedetto Reguardati............. 471
L. HOLTZ, Traductions médiévales et philologie. Conclusions
du Colloque............................................................................ 495
Index des auteurs anciens et médiévaux............................... 507
Index des auteurs modernes.................................................. 515
Index des manuscrits............................................................. 523
Jacqueline HAMESSE

INTRODUCTION

L'idée de ce Colloque est née à la suite de la rencontre organisée il y a


quelques années ici même, au Centre Ettore Majorana. La Settimana était
consacrée aux Lexiques et glossaires inédits du moyen âge1. Plusieurs
communications avaient fait allusion à des répertoires inédits ayant servi
d'instruments de travail à des traducteurs du moyen âge et la discussion
qui avait eu lieu lors des diverses interventions avait montré la nécessité
de mieux connaître ces recueils et d'essayer d'en faire un relevé. De
manière générale, les intervenants avaient fait remarquer qu'il serait utile
d’avoir une meilleure connaissance des méthodes de travail des
traducteurs et que peut-être le seul moyen d'y parvenir était de rechercher
les manuscrits sur lesquels ils avaient travaillé, traces lointaines de leur
labeur et documents de première main. Un examen de ces recueils
permettrait d'essayer d'y retrouver des notes d'origine expliquant les
difficultés rencontrées, les hésitations dans l'utilisation d'un terme plutôt
qu'un autre pour rendre dans leur langue un vocable de la langue source
ou encore les remarques philologiques faites dans les marges, matériel
irremplaçable pour notre compréhension et notre connaissance des
niveaux linguistiques tant des traducteurs que des utilisateurs depuis
l'Antiquité jusqu'à la Renaissance.
Les années ont passé. D’autres colloques consacrés en tout ou en
partie à la traduction ont eu lieu2. Des publications nouvelles ont vu le

1 Les manuscrits des lexiques et glossaires de l'Antiquité tardive


à la fin du Moyen Age. Actes du Colloque international organisé par le
« Ettore Majorana Center for Scientific Culture » (Erice, 23-30 septembre
1994) édités par J. Hamesse (Textes et études du moyen âge, 4). Louvain-
la-Neuve, 1996.
2 Méthodologie de la traduction : de l'Antiquité à la Renaissance.
Actes du Colloque de Luxembourg édités par Ch. M. Ternes avec la
collaboration de M. Mund-Dopchie (Centre U n iversitaire de
Luxembourg. Département des Lettres. Etudes Classiques, IV),
Luxembourg, 1994 ; Tradition et traduction. Les textes philosophiques et
scientifiques grecs au moyen âge latin. Hommage à Fernand Bossier
édité par R. Beyers, J. Brams, D. Sacré et K. Verrycken (Ancient and
v iii J. HAMESSE

jour et nous disposons actuellement d'une documentation plus vaste qu'il


y a cinq ans3. Mais malgré ces études nouvelles, nous restons encore sur
notre faim et peu d'articles ont abordé le sujet sous l'angle des manuscrits
utilisés par les traducteurs et sur leurs notes autographes. Notre
connaissance de la méthodologie de la traduction a certes progressé
quelque peu, mais il n'en reste pas moins vrai que beaucoup de choses
restent encore à dire sur le sujet.
Ces diverses raisons sont à l'origine de la rencontre et le programme
scientifique a été établi en essayant de prendre divers critères en
considération : le repérage des manuscrits de traducteurs, les
informations qu'ils peuvent nous livrer directement ou de manière
indirecte, les notes qu'ils ont conservées qu'elles soient interlinéaires,
marginales ou insérées dans le corps même de la traduction. G. Cavallo a
accepté de présenter le projet au Centre Ettore Majorana dans le cadre de
l'école qu'il dirige, et de lui donner son appui. Le but poursuivi pendant
ces journées a donc été de rassembler du matériel encore inédit et de
donner ainsi l'occasion à des spécialistes de faire part de leurs
découvertes. Il a été fait appel par priorité à des chercheurs immergés
dans l'étude de certains manuscrits de traducteurs. Tous les témoignages
d'époque sont utiles pour nous permettre d'entrer dans le bureau ou dans
l'officine d'un traducteur. Nous sommes heureux de présenter dans les
Actes de cette rencontre des documents nouveaux, récemment découverts
ainsi que des témoignages encore inconnus qui permettront aux
médiévistes d'avoir une perspective directe et de première main
concernant la méthodologie des traducteurs.
En guise d'introduction au thème général de la rencontre, il convient
d'insister sur divers points précis qui ont retenu l'attention des chercheurs
pendant ces journées.

Medieval Philosophy. De Wulf-Mansion Centre, Series 1, XXV).


Leuven, 1999.
3 Aux origines du lexique philosophique européen. L'influence de
la latinitas. Actes du Colloque international organisé à Rome (23-25
mai 1996) édités par J. Hamesse (Textes et études du moyen âge, 8),
Louvain-la-Neuve, 1997 ; Lexiques bilingues dans les domaines
philosophique et scientifique (Moyen Age - Renaissance). Actes du
Colloque international organisé par l'École Pratique des Hautes Études
- IVe Section et l'Institut Supérieur de Philosophie de l'Université
Catholique de Louvain (Paris, 12 - 14 juin 1997) édités par J. Hamesse et
D. Jacquart (Textes et études du moyen âge, 14). Tumhout, 2001.
INTRODUCTION ix

1. Un inventaire des manuscrits conservés

Comme dans la plupart des recherches qui sont les nôtres, un


inventaire des manuscrits utilisés par les traducteurs constituerait un
préalable à nos études et un instrument de travail irremplaçable. Bien sûr
cette liste ne peut être que le résultat d'un travail commun, réunissant les
informations déjà rassemblées par plusieurs spécialistes. On pourrait
mettre sur pied une commission de travail internationale chargée de faire
progresser les recherches à ce niveau, de rassembler la documentation
déjà identifiée et d'ouvrir des perspectives nouvelles de recherches pour
des équipes de travail.
Il existe actuellement des informations dans divers centres d'édition de
textes de traductions : il suffit de nommer des entreprises telles que
YAristoteles latinus, YAvicenna latinus, YAverroes latinus, le Plato latinus,
l'entreprise des commentaires et traductions créée par P.O. Kristeller
pour se limiter actuellement au domaine latin. Ces divers projets ont reçu
l'appui et le patronage de l'Union académique internationale ou d'autres
fonds de recherche internationaux. Il faut inciter les chercheurs à
continuer dans cette voie et à envoyer à un centre établi à cet effet le fruit
de leurs investigations. Comme il s'agirait d'un nouveau projet
international qui pourrait être une initiative de la F.I.D.E.M., pourquoi ne
pas demander le patronage de l'U. A.I, de la C.E.E. ou du N.E.H.?
Cette entreprise préalable constitue un passage obligé qui doit être à la
base de toute bonne édition d'une traduction médiévale. On ne se
limiterait pas au domaine latin ; on pourrait prendre également en
considération l'inventaire des manuscrits grecs, arabes, hébreux, syriaques
et en langues vernaculaires. Il me semble qu'il y a là une perspective
fructueuse qui ouvrirait la voie à de nombreuses recherches. Une base de
données pourrait déjà être constituée actuellement à l'aide des manuscrits
repérés par les éditeurs ou rassemblés dans les centres spécialisés. Le
travail devrait se poursuivre et la base de données serait mise à jour
régulièrement, grâce aux découvertes et identifications nouvelles. Dans
son premier état existant, la documentation ainsi rassemblée serait
susceptible de rendre déjà de nombreux services aux spécialistes de la
traduction.
Pour le moyen âge, le domaine latin est celui qui a donné naissance
pendant ces dernières années au plus grand nombre d'éditions nouvelles.
Et pourtant, on aurait avantage à pousser les recherches dans d'autres
X J. HAMESSE

aires linguistiques. En effet, nos connaissances des traductions en


langues vernaculaires souffrent encore de l'absence d'une étude
d'ensemble. Peut-être est-ce dû au fait que le latin, étant par définition
langue de culture de l'époque, a retenu plus l'attention que les versions
réalisées dans d'autres langues. Et cependant, il serait intéressant de se
pencher de manière plus approfondie sur ces traductions en langue
vulgaire. La culture savante était limitée à une élite et vers la fin du moyen
âge, on constate que le public de lettrés a d'autres exigences et une culture
assez différente de celle des universitaires. Même si le bas moyen âge
perpétue les traditions antérieures, les lettrés ont tendance à s'exprimer
dans d'autres idiomes nationaux4. On constate par exemple, qu'à la
Faculté des Arts, des séances de disputes ou des exercices obligatoires
faits sous forme de questions, ont lieu désormais dans la langue
maternelle des universitaires, même si la langue latine continue à être
l'apanage de certaines élites religieuses et savantes. Le public qui accède à
l'enseignement et à la culture est plus large désormais et s'exprime plus
aisément dans la langue de son pays.
On trouve un autre exemple tout aussi intéressant à propos des
traductions en hébreu : a-t-on suffisamment réalisé que de nombreux
textes philosophiques et scientifiques grecs, latins et arabes furent
traduits en hébreu à partir du début du 13e siècle afin de donner aux
intellectuels juifs le moyen d'avoir accès à cette littérature profane écrite
dans d'autres langues et de leur permettre d'ouvrir un dialogue avec des
universitaires ou spécialistes représentant d'autres religions ? La plupart
des juifs connaissaient plus ou moins ces langues et pouvaient lire les
oeuvres dans la langue originale, mais la nécessité d'avoir des traductions
précises et exactes se fit sentir pour pouvoir faire des citations littérales et
correctes d'oeuvres étrangères, afin de ne pas prêter le flan à la critique
dans les discussions philosophiques, théologiques et doctrinales que ces
intellectuels entretenaient avec les universitaires occidentaux5.
Autre piste de recherche intéressante à suivre : le milieu intellectuel à la
Cour pontificale d'Avignon. Le pontificat de Jean XXII n'a pas encore

4 Cf. J. DUCOS, La météorologie en français au Moyen Âge (XIIIe -


XlVe siècles) (Sciences, techniques et civilisations du Moyen Age à
l'aube des Lumières, 2), Paris, 1998.
5 Cf. M. ZONTA, La filosofia antica nel Medioevo ebraico. Le
traduzioni ebraiche medievali dei testi filosofici antichi (Philosophica.
Testi e studi, 2). Brescia, 1996.
INTRODUCTION xi

reçu toute l'attention qu'il mérite, du moins au point de vue de la politique


intellectuelle, universitaire, théologique et culturelle que le Pape voulait
mener et animer. Il y a là un sujet de recherche passionnant. En effet, on
constate notamment que Jean XXII, ouvert aux questions de son temps,
avait fait venir à Avignon des intellectuels juifs afin d'organiser des
disputes théologiques et de confronter leur point de vue avec celui des
latins. Lorsqu'on aura retrouvé des manuscrits de cette époque émanant
de traducteurs ayant travaillé à Avignon, on pourra rassembler une
documentation de première main. Les traductions en hébreu ou de
l'hébreu ont été pratiquement passées sous silence par Agostino
Paravicini Bagliani dans son intéressant ouvrage sur la cour des papes au
13e siècle6.

2. Les préfaces des traducteurs

Lorsqu'elles existent, les préfaces laissées par les traducteurs en tête de


leur travail, sont évidemment des documents de première main qui
présentent un intérêt considérable pour le sujet de cette rencontre. On y
trouve nombre d'informations concernant les thèmes qui sont abordés
pendant ces journées. Malheureusement, beaucoup de traductions ont
circulé sans préface ou introduction réalisée par le traducteur. Il convient
cependant d'attirer l'attention sur le caractère original ou non de ces
préfaces, lorsqu'elles figurent en tête d'une traduction. En effet, suivant
l'adage bien connu de Sénéque : Quidquid verum est, meum est, certains
traducteurs ont recopié littéralement les traductions rédigées par des
prédécesseurs et adaptées donc aux problèmes posés par un autre texte. Il
va sans dire que dans ce dernier cas, les informations fournies ne
correspondent évidemment pas aux difficultés réelles, ni à la méthode
utilisée. Il existait une topique du prologue à l'époque médiévale, comme
on l'a bien vu lors du Colloque sur les prologues médiévaux, organisé à
Rome en 19987.

6 Cf. Agostino PARAVIVINI BAGLIANI, La cour des papes au Xllle


siècle (La vie quotidienne. Civilisation et sociétés), Paris, Hachette,
1995. On trouve une seule mention d'un traducteur hébreu, converti au
catholicisme, Jean de Capoue (p.204).
7 Les prologues médiévaux. Actes du Colloque international
organisé par l'Academia Belgica et l'École française de Rome en
collaboration avec la F.I.D.E.M. (Rome, 26-28 mars 1998) édités par
J. Hamesse (Textes et études du moyen âge, 15), Tumhout, 2000.
XU J. HAMESSE

D convient donc, d'un point de vue méthodologique, lorsqu’on se


trouve face à une préface de traducteur, d'essayer de déterminer si cette
préface est ou non originale, ou bien s'il s'agit d’une préface antérieure
recopiée littéralement ou adaptée suivant les circonstances8. Dans les
deux derniers cas, une critique interne du texte bien menée peut permettre
de dater et d'identifier l'origine et peut-être même l'auteur réel du texte.
Parfois un siècle de distance ou plus peut séparer la rédaction originale
d'un prologue de la copie ultérieure qui en est faite et accompagne une
autre traduction. C'est dire si la méthodologie valable à une époque ne
peut être nécessairement transférée à une traduction ultérieure d'une
oeuvre, appartenant peut-être à un autre genre littéraire et présentant des
problèmes complètement différents.
D'autre part, le chercheur doit prêter attention à la terminologie
technique utilisée par le traducteur pour désigner son travail. On trouve
d’ailleurs dans les traductions bon nombre de formules introduites par id
est ou scilicet qui sont destinées à donner aux lecteurs une explication
lorsque le vocabulaire de la langue mère ne permet pas de rendre le sens
exact de termes techniques ou de concepts ambigus. Pour faciliter la
compréhension du texte ou pour éviter des interprétations erronées,
certaines « leçons doubles » ont été introduites. Certaines
communications feront allusion à cette technique à laquelle recourraient
des traducteurs qui n'étaient pas toujours certains de bien comprendre le
texte d'origine et qui laissaient aux utilisateurs le soin de trancher et de
choisir la meilleure traduction d'un terme ou d'une expression difficile à
saisir.

3. Les instruments de travail dont ils se sont éventuellement servis


en cours de travail

Comme on l'a déjà dit plus haut, les connaissances linguistiques des
traducteurs n'étaient pas toujours parfaites ni même suffisantes, ce qui
n'allait pas sans poser de problèmes. On connaît bien le cas de Robert
Grosseteste qui se fit constituer par son équipe de travail un dictionnaire

8 Cf. J.P. ROTSCHILD, « M otivativations et méthodes des


traductions en hébreu du milieu du XHe à la fin du XVe siècle », in
Traduction et traducteurs au Moyen Âge. Actes du colloque
international du CNRS organisé à Paris, Institut de recherche et
d'histoire des textes les 26-28 mai 1986. Textes réunis par G. Contamine
(Documents, études et répertoires), Paris, 1989, pp. 279-302.
INTRODUCTION xiii

grec-latin, basé sur le lexique grec-latin de Suidas. Ce dictionnaire était


destiné à aider ses collaborateurs à mieux comprendre les divers sens des
termes grecs contenus dans les manuscrits qu'ils avaient à traduire et à
leur donner en latin l'équivalent exact.
Le cas de Robert Grossesteste est bien connu. Mais il existe dans les
manuscrits conservés dans les bibliothèques d'autres glossaires et
lexiques destinés aux traducteurs. Ainsi le manuscrit conservé à la
bibliothèque municipale d'Angers9.
Malgré l'existence de certains instruments de travail constitués à leur
usage, les traducteurs éprouvaient encore souvent d'énormes difficultés
pour mener leur travail à bien. Aussi un travail en groupe avait vu le jour
dans certains cas. Afin de surmonter surtout les difficultés linguistiques,
un interprète était utilisé pour aider à mieux saisir le sens des mots dans
la langue source. Cette personne traduisait oralement le texte arabe, grec
ou hébreu dans une langue vernaculaire qui leur était commune. Il
suffisait alors au traducteur de faire une version en latin ou dans une
autre langue. Ce système semble avoir bien fonctionné dans certains cas,
mais il fut aussi à la base de multiples erreurs de compréhension. En
effet, le passage par une étape orale intermédiaire était source d'erreurs
supplémentaires, de mauvaise compréhension et d’ambiguïtés.
D'autre part, les médiévaux qui se servaient des traductions de textes
anciens connaissaient parfois l'existence de plusieurs traductions d'un
même texte. Ils n'hésitaient pas à les comparer pour essayer de trouver la
version qui leur paraissait la « meilleure ». Qu'entendaient-ils par cet
adjectif : s'agissait-il du texte le plus correct linguistiquement ou bien du
texte qui convenait le mieux à l'expression de leurs doctrines ? Ainsi,
saint Bonaventure parle souvent d'alia translatto lorsqu'il cite Aristote ou
le Pseudo-Denys par exemple10. L ’intérêt de cette remarque est surtout
de montrer que les auteurs du moyen âge se souciaient de la qualité des

9 II s'agit du manuscrit 477 qui contient un glossaire grec-latin du


IXe siècle (le grec étant copié en caractères latins) et le début d'un
glossaire trilingue (hébreu, grec, latin) écrit en lettres latines ; sur ces
instruments de travail, on pourra consulter J. HAMESSE, Les glossaires
bilingues, instruments de travail des traducteurs médiévaux, in The
origins of European Scholarship. Proceedings of the International
conference (Nicosia, 6-10 April 2000), Stuttgart, 2002 (sous presse).
10 II ne faut pas confondre alia translatio et alia littera.
XIV J. HAMESSE

traductions en comparant des versions différentes et qu'il leur arrivait


même de critiquer l'une ou l'autre.
On ne peut évidemment pas passer sous silence les traductions du
Pseudo-Denys dans un Colloque comme le nôtre. La comparaison des
diverses versions de cet auteur, réalisées au moyen âge et à la
Renaissance, constituent pour nous un champ d'expérimentation
extraordinaire. On voit progressivement la langue latine s'enrichir pour
s'adapter à l'expression d'une pensée grecque parfois très abstraite. Nous
pouvons à présent nous livrer à des comparaisons intéressantes grâce à la
concordance réalisée au Cetedoc11. En effet, il est désormais possible de
comparer chaque terme grec du Pseudo-Denys avec les équivalents latins
donnés par les différents traducteurs. Ce travail nous permet de saisir
l'effort linguistique fourni par chacun et la progressive mise au point
d'une version correcte et compréhensible.

4. Les notes qu'ils nous ont laissées

Malgré l'existence de certains instruments destinés à faciliter leur


travail, les traducteurs ont connu de grandes difficultés en faisant la
transposition des textes dans leur propre langue. On peut facilement
imaginer ces hommes face à leur manuscrit source, devant traduire de la
manière la plus correcte possible un texte dont le contenu ne leur était pas
toujours familier. A la difficulté de compréhension des nuances de la
langue source s'ajoutait aussi, dans de nombreux cas, le problème de la
saisie du sens originel du texte. Tous n'étaient pas philosophes ou
historiens des sciences et se trouvaient brusquement confrontés à
l'expression d'une pensée qui leur était totalement étrangère et à laquelle
ils n'avaient pas été préalablement initiés. Au delà des mots eux-mêmes et
des divers sens qu'ils pouvaient avoir, le manque de formation doctrinale
constituait à coup sûr une barrière souvent difficile à franchir pour des
hommes qui n'étaient pas toujours traducteurs de métier.
Du moins jusqu'au 13e siècle, la traduction ne constituait pas une
profession pour la majorité d'entre eux. Certains avaient commencé ce
type de travail au hasard des circonstances, d'autres au contraire avaient
été sollicités pour faire des traductions, alors qu'ils n'avaient reçu aucune

11 Thesaurus Pseudo-Dionysii Aeropagitae. Textus graecus cum


translationibus latinis ed. M. Nasta (Thesaurus Patrum Graecorum,
Cetedoc). Tumhout, 1993.
INTRODUCTION XV

initiation préalable. Le goût de connaître des oeuvres de la tradition ou la


nécessité de mettre à disposition des textes importants de la culture
antique les avaient, en général, poussés à se lancer dans ce travail.
Lorsque certains centres de traduction se formeront dans le Sud de
l'Italie, en Espagne ou en Angleterre pour ne parler que des plus connus,
on connaîtra alors un travail en équipe plus élaboré : recherches de bons
manuscrits sources, acquisitions ou élaboration d'instruments de travail
linguistiques, de dictionnaires bilingues ou plurilingües, critique textuelle,
comparaison faite avec d'autres traductions antérieures d'une même
oeuvre, révision et correction du travati fait par une autre personne etc.
Il est intéressant de suivre la mise au point du travail d'un homme et
l'apprentissage d'un métier pour lequel il n'avait reçu aucune formation.
C'est le cas de Burgundio de Pise, par exemple, dont Fernand Bossier a
bien montré l’évolution12. L'expérience qu'il a faite en travaillant sur les
manuscrits de Burgundio est passionnante et il a encore bien des choses
à nous dire à ce sujet.
Malgré certains instruments de travail disponibles, malgré les progrès
réalisés pour l'élaboration des traductions, il restait de nombreuses
difficultés inhérentes au passage d'une langue à une autre. Certains
traducteurs, conscients des divers problèmes posés par leur travail nous
ont laissé des notes marginales dans les manuscrits qu'ils ont utilisés ou
rédigés. Ces notes de contenu varié, lorsqu'elles existent, sont une mine
d'informations pour notre connaissance du métier de traducteur et pour la
reconstitution des diverses méthodes de travail utilisées.
Ces méthodes ont déjà fait couler beaucoup d'encre. Il est donc inutile
d'y revenir. Il suffit de consulter les travaux publiés à ce sujet. Le but de
cette rencontre n'était pas de redire ce que nous connaissions déjà, mais
bien, à l'aide des notes laissées dans des manuscrits encore non-identifiés
jusqu'à présent ou peu connus, de nous replonger dans l'ambiance
médiévale. Nous avons pu ainsi nous mettre à l'écoute de ce que ces
traducteurs médiévaux nous ont laissé comme témoignages, reconstituer
de première main les conditions de leur travail, prendre connaissance des
problèmes de tous ordres qui furent les leurs, en un mot comprendre sur
la base de leur travail personnel ce que fut la traduction à leur époque.

12 F. BOSSIER, L'élaboration du vocabulaire philosophique chez


Burgundio de Pise, in Aux origines du lexique philosophique
européen..., pp. 81-116.
XVI J. HAMESSE

Le moyen âge fut par définition une période de traduction puisque les
intellectuels s'exprimaient dans une langue de culture, le latin, qui n'était
pas leur langue maternelle. Il était donc important de connaître les
réactions des médiévaux face au phénomène de la traduction. Soucieux
d'avoir à leur disposition les textes d'autres cultures, ils n'ont eu de cesse
de les transférer d'une langue à l'autre avec les moyens dont ils
disposaient à leur époque.
Les humanistes ont beaucoup critiqué les traductions médiévales. On
ne pouvait donc conclure cette rencontre sans comparer les réflexions des
médiévaux avec celles des érudits de la Renaissance. Essayons d ’être
impartial et voyons si les traductions humanistes plus élégantes, plus
élaborées, constituées à l'aide de manuscrits plus nombreux,
d'instruments de travail plus complets et par des hommes dotés d'une
culture plus poussée peuvent remplacer les versions plus rudimentaires et
littérales que nous ont laissées les médiévaux. Cet aspect des choses a fait
l'objet de la dernière partie de ces journées. S'il est vrai que bon nombre
de traductions latines ont gagné en élégance, n'ont-elles pas de ce fait
même perdu en précision et en exactitude ?
Cette introduction brève était destinée à ouvrir les travaux de notre
rencontre, à expliquer les motivations profondes qui ont été à la base du
programme et à ouvrir également quelques pistes de recherche. Le
colloque n'aurait pas vu le jour sans les aides diverses que nous avons
reçues. Il faut remercier tout d'abord le Professeur G. Cavallo qui a
compris l'importance du thème abordé et qui n'a pas hésité à le présenter
au Comité scientifique du Centre. D'autre part, notre reconnaissance la
plus vive va aux responsables du Centre Ettore Majorana pour l'accueil et
l'hospitalité qu'ils nous ont offerts en cet endroit merveilleux, havre de
paix propice au travail et aux rencontres. Sans leur aide financière, nous
n'aurions pu nous réunir pendant une semaine pour discuter des
manuscrits des traducteurs. Il nous reste à espérer que les contributions
réunies dans ce volume constitueront la base d'autres recherches et que
dans quelques années nous aurons à notre disposition un matériel
manuscrit plus riche qui permettra aux chercheurs de percer les mystères
qui restent encore à élucider concernant les méthodes de travail des
traducteurs.
Université Catholique de Louvain, Louvain-la-Neuve
C a r m e l a V ir c il l o F r a n k l in

H A G IO G R A PH IC TRANSLATIONS
IN THE EARLY M IDDLE AGES

(7TH-10TH CENTURIES)

The fundamental importance of Greek and of the role of its culture


in the intellectual world of the West has long been recognized. Scholars
have been concerned mostly with the High Middle Ages and the Italian
Renaissance, because of the overwhelming influence Greek learning
exerted at these times. The early medieval period, on the contrary, has
attracted until recently little attention1. This is because of the widely held
assumption that the formal study and knowledge of Greek practically
disappeared from the West during the deep break which occurred
between East and West beginning in the 6th century. The work of
Cassiodorus and of his scholar-monks at Vivarium in the early 6th
century is still seen as the last effort until the 12th century Renaissance to
incorporate Hellenic knowledge into the Latin culture of Western
Europe. This view is now being refined, although its basic validity has
not been successfully challenged. Recently, for example, scholars have
highlighted the influence of the Greek learning brought by Theodore of
Tarsus to early Anglo-Saxon England where he came to be Archbishop
of Canterbury in the latter 7th century ; the Carolingians’ complex
fascination with Greek culture is also being reevaluated ; and the
presence of Greek texts and Greek monks or even scribes at important
monastic centers such as St. Gall or Monte Cassino is being
emphasized2.

1 For bibliography, see the survey provided in Walter BERSCHIN, G reek L etters
a n d th e L atin M id d le A ges. F rom Jerom e to N icholas o f Cusa. Translated by Jerold
C. FRAKES, Washington, D.C., 1988.
2 For some recent works not covered in Bershin’s survey, see B. BISCHOFF and
M. LAPIDGE, B iblical C om m entaries fr o m the C an terbu ry S chool o f T h eodore a n d
H a d r ia n , Cambridge, 1994 ; for Greek monks at M onte Cassino, see Francis
NEWTON, The Scriptoriu m a n d L ibrary a t M on te C assin o 1 0 5 8 -1 1 0 5 , Cambridge,
1999, p. 220.
2 C. VIRCILLO FRANKLIN

The most fertile field for the interaction of Latin culture with Greek
texts in the early Middle Ages was hagiography. An index of the
considerable presence of hagiographie texts translated from Greek in
medieval Latin literature is given by the fifth appendix of the new
supplement to the Bibliotheca Hagiographica Latina3 published in 1986.
This appendix provides a crosslist of the texts inventoried by the
Bollandists that are also discussed in Albert Siegmund, Die Über­
lieferung der Griechischen Christlichen Literatur in der Lateinischen
Kirche bis zum Zwölften Jahrhundert34, a survey still of fundamental
importance for the study of Greek literature in the Latin Middle Ages.
One is thus provided with at least a rudimentary register of hagiographie
texts believed to have been translated from the Greek before the 12th
century. I count one hundred fifty-seven entries, among which are some
extremely popular texts translated during late antiquity, such as
Evagrius’s Life of Antony5. But it is very clear that many more works
translated during the Middle Ages need to be added to this catalog which
is based on research that is nearly fifty years old. Many additional
translations from the Greek have been identified since Siegmund
published his volume, including, for example, two of the versions
included in my discussion, translated during the early medieval period.
In addition, a few entries need to be eliminated, for the priority of the
Latin text over the Greek has been established6.
Yet, despite its centrality for the proper understanding of the
relationship of Latin culture to Greek in the early Middle Ages,
hagiographie translation remains in need of substantial scholarly
exploration, even while several important studies have recently
appeared7. Editions and detailed investigations of individual texts in both

3 B ib lio th e c a H a g io g r a p h ic a L a tin a a n tiq u a e e t m e d ia e a e ta tis . N ovu m


S u pplem en tu m , ed. Henricus PROS, Brussels, 1986, pp. 922-923. The B ib lio th e c a
H ag io g ra p h ica L atin a (= BH L) is an inventory o f Latin hagiographie texts arranged
alphabetically by saint’s name. The corresponding Greek inventory is the B iblioth eca
H agiographica G raeca, 3rdedition, ed. by F. HALKJN, Brussels, 1985 (= BH G ).
4 Bayerischen Benediktiner Akademie (Munich, 1949).
5 B H L 609 ; January 17.
6 Perhaps the most famous exam ple is that o f Anastasia the w idow and
companions, whose epic cycle (B H L 400-401) was concocted in Latin and not
translated into Greek until the 820’s. H. DELEHAYE, É tude sur le L égen dier R om ain,
Brussels, 1936, pp. 245-249 (Subsidia Hagiographica 23).
7 See BERSCHIN, G reek L ette rs, p a ssim and particularly pp. 162-171. Recent
studies include P. PETITMENGIN e t al., P éla g ie la P én iten te. M étam orph oses d ’une
HAGIOGRAPMC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 3

their Greek and Latin versions are needed from which to draw broad
conclusions on the methodologies of translation, the tools employed by
translators, as well as the reasons which motivated the translation of
Greek hagiographie texts at a time when the knowledge of Greek and its
literary culture was in sharp decline in the Latin West. My remarks on
the translation of hagiographie texts concern exclusively the early Middle
Ages - roughly the period from the seventh to the tenth century. They
are based most directly on my study of the Latin dossier of S. Anastasius
the Persian8, but also call attention to parallel findings in other
translations which have been published and discussed by other scholars.
My purpose is to provide some general outlines of the development of
hagiographie translation during this era, of the methodology and tools
used by translators, as revealed by a study of the texts and the
manuscripts themselves, which is the particular subject of our
conference.

Translation Locale

Italy remained the most important, if not exclusive, center for


hagiographie translation in the early Middle Ages9. During the
Carolingian and Ottonian epoch, Frankish monasteries and even the
imperial court, as is well known, experienced a revival of Greek
learning. On the whole, however, the evidence suggests that this interest

lé g en d e , Paris, 1981 ; P. CHIESA, Le version i latine della P a ssio San ctae F ebroniae,
Spoleto, 1990 (Biblioteca di M edioevo Latino 2) ; P. CHIESA, “Il dossier agiografico
latino dei santi Gurias, Samonas e Abibos”, in A evu m 65/2 (1991), pp. 221-258.
8 A nastasius P ersa in the Latin Tradition (under preparation for publication by the
Pontifical Institute of Mediaeval Studies [Toronto], where fuller discussion o f some of
the issues presented here will be found). The Greek dossier o f S. Anastasius has been
fully treated in B. FLUSIN, Saint A n astase le P e rse e t l ’h istoire d e la P a lestin e au
déb u t du V ile siècle, 2 vols., Paris, 1992 (= FLUSIN).
9 See P. CHIESA, “Traduzioni e traduttori dal greco nel IX secolo : sviluppi di
una tecnica,” in G iovan n i Scoto nel suo tem po. L ’org a n izza zio n e d e l sa p e re in età
c a r o lin g ia , Spoleto, 1989, pp. 176-179 for a summary which concludes that
translation activity is found nowhere else outside Italy for the early medieval period,
except for a few translations for which an origin in Gaul has been claimed.
4 C. VIRCILLO FRANKLIN

centered on biblical and theological study, and that little attention was
paid to the translation of Greek hagiography10.
Translations of Greek hagiographie texts in the early medieval
period have been localized in northern Italy, and particularly in Ravenna
and the Po valley, although many of these attributions remain
doubtful11. But it is in central and southern Italy, and particularly in
Naples and Rome, that the most vigorous translation of Greek
hagiographie texts was executed. The reasons are simple. These areas
continued to have direct relations with the Byzantines, and Rome in
particular maintained a large Hellenophonic population in the early
Middle Ages, with a steady flow of immigrant monks escaping
persecution or invasion12. The sanctoral of the churches of both cities,
and particularly of Rome, was constantly enriched by Eastern cults,
established under a variety of historical circumstances, and frequently
encompassing the translation of relics. The precise historical circum­
stances which led to the creation of a Latin hagiographie text, however,
are difficult to uncover. Yet, it is the cult’s historical background which
most commonly can explain why, where and by whom the translation
was executed13. The cult of S. Anastasius the Persian (+628) may be the
most fully documented of those imported into Rome during Byzantine
times. It can be exemplary of the path by which Eastern saints and their
hagiographie texts were introduced into the city.
The relic of the martyr’s head was brought to Rome around 650 by
Jerusalem monks as they fled both the Arab invasions and the

10 For a survey o f Greek studies in Carolingian centers, see BERSCHIN, G reek


L etters, pp. 103-156 (“Merovingian Gaul and the Carolingian Courts” ; “Carolingian
Monasteries”) ; and pp. 172-200 (“The Ottoman Era”), with further bibliography.
11 For a summary, see CHIESA, “Traduzioni e traduttori”, pp. 173-175. However,
the survival o f rare translations in passionaries copied in this (or any other) area
cannot be taken as an indication that the text was translated there necessarily, but
rather is an index of the limited circulation o f texts in more isolated regions. See
further below.
12 The Greek monastic population in Rome has been studied by Jean-Marie
SANSTERRE, L es m oin es g re c s e t orien tau x à R om e aux ép o q u es b yza n tin e e t
carolingienne , Brussels, 1983.
13 These are the questions singled out by Enrica FOLLIERI, “I rapporti fra
Bisanzio e l ’Occidente nel campo dell’agiografia”, in P ro c e e d in g s o f th e X III
International C on gress o f B yzantine Studies. Oxford, 5 -1 0 S eptem ber 1966, Oxford,
1967, pp. 355-362.
HAGIOGRAPHIC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 5

monothelite heresy favored by the imperial court. It was deposited at the


Cilician monastery “ad Aquas Salvias”, one of the most important Greek
monastic communities of the city, where it soon became the object of
veneration and renowned for its thaumaturgie power. The establishment
of the cult of Anastasius in Rome was encouraged by the monastery,
which soon became known as “Sancti Anastasii ad Aquas Salvias” after
its most precious possession14.
No direct testimony tells us that a copy of the Greek Passio (BHG
84) of the Persian monk written in 630 in Jerusalem also found its way
to Rome. But it must have as we can perhaps deduce, first, by the fact
that two of its surviving manuscripts were copied in southern Italy in the
11th and 12th century. This evidence, of course, is only suggestive. More
important, however, is the indication provided by two Latin translations
of the Passio which were executed in Rome, the first (BHL 410b) not
long after the middle of the 7th century, while the later one (.BHL 411a)
was composed also in Rome, but later, during the 9th or 10th century15.
Taken together, these two texts exemplify two models of hagiographie
translation commonly produced during the early Middle Ages.

Two Translation Models

For the sake of efficiency, I cite a passage from the Greek Passio
and the corresponding passages from the two translations to illustrate the
principal characteristics of each model.
[BHG 84 = FLUSIN I, 69, lines 7-15]
’Ey p.içt o-Sv voleri y«A A ovroç a-ùxoû, èixr|iepoâxo aùxo-G xiç xóàv
Seqj-iüJV, i p p a i o g p¿v xt|V 0 proree iav k k i xâiv èpjjiavcSv, cmeucfiç
8c xoîç xpônoiç, (ûç èp.R0opev, K ai elSœç xov p.«K «piov x-qv pcv
qpipK v èv xq xûv ÀÍ0CDV napcxKop.iSq xocActuropo-úpcvov, vukxoç 5è
xq Tipoocxjjçíj 1 0 V ® eoû irpoffKotpxcpoûvxa, è | foxaxo xq 6i«voiçi
ÀoyiÇô|xevov xiç kv eïr] o-uxoç.

14 For the establishment o f the cult in Rome, see C. V ircillo FRANKLIN,


“Theodore and the Passio S. Anastasii”, in M. LAPIDGE, A rc h b ish o p T h eodore.
C om m em orative Stu dies on H is Life a n d Influence , Cambridge, 1995, pp. 177-181
(Cambridge Studies in Anglo Saxon England 11), with further bibliography.
15 This text is not inventoried in the B H L ; it is the ‘parent’ text o f B H L 411,
hence my designation ‘411a’. My edition is based on eight witnesses.
6 C. VIRCILLO FRANKLIN

26. ’Em tïoA ù o-öv «-œviÇtov eig a w ò v , xeíjxevog èm to -û èSá^cruç èv


T$ cjxÓTei tt |Ç vu x t Óç , e f f l i t og to -G áyíou x a i q/áAAovroç TO-ùg
òpSptvo-iig -op-vo-ug, Betopeí atyv íStov Tivàç Ae-uxetp-ovoTÍvTaç
eiffeABóvrag Si« trjç B-úpag Trjç fuÀaxrjç x a i x-uxAuiffavrag tòv
p-axáptov, oí;xai<|>càçíxavòv ffuve|éAa|ixpev. ïlé o r r i Sè ó «VT|p èni
tcp Beáp.«Ti x a i e%iev èv éocuTÍjr "<sAytog ô ®eóg, o-Srot ayyeAoi
elffiv." T o m o 6è Aoyiffáp.evog, ópçi Toí>g am o-uç á)p.o$ópia
Trepixeip-évo-uç c x °v ra ffTa-opovç, x a i Aèyet èv éa-UTtp' "O íkot
è-níffKonoí etcnv." ®«up.a£(ov 8è ne pi « w S v , oereviffag ctg tòv
p-áp tu p a to -ô XpiffTo-û ’Avcifftaffiov, elBev x a i ìBo-ù x a i avrôg Toíg
to: pi « m ò v ffove|èÀa|j.\pev. ‘Eciopa yàp a m ò v Aap.npoij>opowta
xaBaiç x a i to -òç Aovno-óç, k r ì i8oi> veavíaç tiç èv tioAAtü 8ó|-rç effTq
qxTtpoffBev « w o í , qxcov B-up-iaT-ripiov x a i B-up-iúv. ‘Ecupaxwg 8è
Tccmoc 1TKVT« Ó OCVT]p èpláÇcTO T^j xetpt v ú |a i tò v TcAr|ffíov KVCOÍ
xoipxíípevov, og fjv xpicmocvóg, apxmvExuBon óAecoç, Ttpòç tò 8 eî|ai
a m i t a ópaB évra- x a i ovx -qS-úvaTO, àÀÀ-u qievev àx«vrig, VT^ovri
pèv Àoyiap-i Tipo ff éxtov Toíg òpaBetcnv, ffc5|xati 8è jiévtov àxtvqTog.
‘'Op-cug èiti iioA-o ßiaffap.evog, oAov éa-uTÒv rjve^xev èni tòv
xeífievov.
[BHL 410b]16
In una igitur nocte psallente eo, auscultabatur ei quidam de uinctis,
Hebraeus quidem religione et de nobilioribus, clemens autem moribus,
sicut didicimus. Et uidens beatum martyrem die quidem in Iapidum
asportatione miserantem, nocte uero deprecatione D ei sustinente, stupebat
mente existimans quis nam esset hic.

26. Tamdiu ergo intuens in eum, iacens super pauimento in tenebras


noctis, stante sancto et psallente matutinos hymnos, uidit subito aliquos
ueste dealbatos ingredientes per ostium carceris et circumdantem beatum
martyrem, quibus et lux copiosa refulsit. Amens uero factus uir super
contemplationem dixit intra se : “Sanctus Deus, isti angeli sunt.” Hoc
autem existimans, uidit hos ipsos pallia circumdatos habentes cruces, et
dicit in semet ipso : “Isti episcopi sunt.” Admirans autem de his, intuens
in martyrem Christi Anastasium, uidit et ecce hii qui circa eum erant lux
circumfulsit. Videbat enim eum splendide indutum sicut et caeteros, et ecce
iuuenis quidem in multa gloria stetit ante eum, habens turibulum et
incensum mittentem. Aspiciens autem haec omnia uir uim faciebat manu
pulsare proximum suum dormientem, qui erat Christianus, ut iudex
Scythopolitaneos, qualiter ostenderet ei quae uisa sunt, et non poterat, sed
manebat amens.

16 Both this passage and the one follow ing are taken from my forthcoming
critical edition o f these texts.
HAGIOGRAPHIC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 7

[BHL 411a]
Quadam uero nocte dum sanctus Anastasius solicanus D eo psalleret, unus
quidem conuinctorum, hebraeae scilicet religionis, stemmate praeclarus,
moribus quoque probus, eum intentis auribus peruigil auscultabat. Videns
quippe illum diurno tempore deuectionem lapidum miserabiliter per­
pessum, nocturno quoque conticuo assiduis orationibus deditum quantus
uel qualis esset nimis extupescebat.

26. Interea dum delitens in nocturna furuitate pauimento accumberet,


subito quosdam splendidissime indutos, et uibrantissimo lumine prae­
fulgidos, ingredientes quidem ergastuli ostium et simul circumdantes
beatum Anastasium prospexit. Huiusmodi igitur intuitu stupefactus, apud
sem etipsum dixit : “Sanctus D eus, isti angeli sunt.” Et dum talia
conuolueret, eosdem crucigeris homoforis circumamictos respexit. Et
iterum apud se dixit : “Isti episcopi sunt.” Intuitusque martyrem Christi
Anastasium, eisdem collucentem sim iliter aspexit. Cui turibulum
incensum adigebat. Talia uero diutissime prospectans, quendam christi-
colam Scitopolitanae ciuitatis iudicem, ut et ipsi quae uidebat ostenderet, e
somno excutere pulsando nitebatur. Quem cum excitare nullomodo ualeret,
quemamodum exsanguis sine flatu manebat, peruigil animo intuens quae
uidebat.

The First Model

The first passage above suggests the nature of the first translation as
a whole. It is a verbatim, word-for-word caique on the Greek, which
extends even to the treatment of particles and conjunctions. Every
particle is translated : for example, the common 5é is always translated
as autem, with one exception, where it is rendered with vero ; Mcv is
always translated as quidem. ÌSo-ó occurs twice in the Greek passage
and is translated as ecce in both cases, with awkward results (particularly
the phrase uidit et ecce hiï). We find in this passage examples of
etymological translations, such as dealbatos which is etymologically
equivalent to {Àeuxeip-ovowtcxç}, but does not share its meaning, for
{Acuxeip-ovccjo} means to be clad in white, while dealbo means to
whitewash or plaster over. The expressions de uinctis... de nobilioribus,
the creation of the deponent auscultabatur to render the Greek middle
voice, the use of the compound circum fulsit to replicate exactly
CTuve|cÀap.itaev closely connect the translation to the original text. It is
8 C. VIRCILLO FRANKLIN

not a translation which brings the text to the reader, but rather one in
which the reader is brought back to the original text.
This translation is due most certainly to a Greek speaker, and there
are strong indications that it was executed within the Greek monastic
community in Rome, and perhaps even by the Greek monk Theodore of
Tarsus. While it may have been undertaken as an exercize or as a first
draft to be later revised, it is just as likely that the Latin was produced to
help a Latin speaker understand the Greek, and it would thus speak to
the collaboration of Greeks and Latins in Rome which is amply
documented for the 7th century17.
This first Latin Passio of Anastasius the Persian is an example,
albeit perhaps an extreme one, of the literal approach to translation which
was widely followed in the early Middle Ages. Other translations which
exhibit a similar problematic literalism include, for instance, the “A”
Latin recension of the Life of Pelagia18. A word-for-word comparison of
a passage of the Greek original with the corresponding Latin section
shows very similar findings to those resulting from the above
comparison. Word order, grammatical and synctactical constructions are
frequently dictated by faithful adherence to the Greek model19. Here we
find phrases such as delectati estis... pulchritudinis where the use of the
genitive with delector may be taken as an imitation of the Greek
{èxép^0r]TS Tov k ÓAÀouç} ; or circumuolabat mihi where the dative
case also follows Greek usage ; or ex nunc which renders the Greek
{turò ro û v6v}. Words such as orchista, gramizans or telones are direct
caiques on the Greek forms. As its editor has stated, the translator of the
Life of Pelagia sought precision rather than elegance, but frequently the
single minded pursuit of this methodology made him a prisoner of his
model, and his lexical and synctactical choices obfuscate the meaning of
this translation as well20.
Similarly, an early translation of the Passio S. Abbibi follows the
literal approach to translation to such an extent that it has been
characterized as a “traduzione pedissequa e di scadente qualità.” Here,
for example, we find the Greek {SóÀov} translated through assonance

17 In particular at the Lateran Synod o f 649. See FRANKLIN, “Theodore”, passim .


18 Edited by F. DOLBEAU, “La traduction latine ‘sacratissimus’ ou A ,” in P élagie,
pp. 181-216.
19 DOLBEAU, “Traduction latine”, p. 163.
20 DOLBEAU, “Traduction latine”, pp. 164-168 ; p. 171 and n. 38.
HAGIOGRAPHIC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 9

with the Latin dolorem, and the phrase regnare Italie et Spanie imitating
the Greek construction {ßeßaoiAe-UKevou. IrcxAíaç koÙZnotvíotç;}. As
is regularly the case for the Passio S. Anastasii (BHL 410b), the Greek
article is sometimes translated in Latin with a relative pronoun21.
The most important characteristic of these early hagiographie
translations, then, is their reflection of the Greek text. The translators
rendered the Greek text word for word, line after line, faithfully
following even the word order of their model, and transposing idioms
and grammatical constructions, peculiar to Greek, into Latin. Syntactical
and lexical choices are determined in these texts by the wish, or need, of
the translator to remain faithful to the Greek. The Latin text in effect
becomes a servile duplication of the Greek. This strict literalism insists
on translating every word mechanically and consistently, without regard
to the context. Greek compound words are rendered with Latin
compound words. Greek grammatical constructions are frequently
duplicated into Latin. The translator tried whenever possible to connect
the receptor language to the source language by transcription of unusual
terms, and by etymological translations rather than by cultural
equivalents.
These translations follow the Greek so closely that many can be
placed in relationship within a branch of the Greek tradition22. The
Greek source can be used to determine the correct Latin reading among
variants23, and the Latin translation can in turn contribute to the
establishment of the Greek text24.
In some cases, the faithfulness of the translators extends to marginal
or extra-textual information which has been suppressed in the Greek
tradition. The early translation of the Passio S. Anastasii, for example,
transmits - translated into Latin and incorporated into the Latin text -
several marginal notes which had been added to the Greek codex from
which the Latin translation originates. The translator must have translated

21 CHIESA, “Il dossier agiografico”, pp. 221-258, particularly pp. 227-28.


22 The P a s s io S. A n a s ta s ii descends from the branch o f the two Greek
manuscripts copied in southern Italy (FLUSIN I, 30-36) ; for the P a ssio S. H erm uli,
see F. DOLBEAU, “Le rôle des interprètes dans les traductions hagiographiques d’Italie
du Sud”, in Traduction e t traducteurs au M oyen A ge, Paris, 1989, p. 155.
23 For the P a ssio S. H erm uli, see DOLBEAU, “Interprètes”, pp. 155 and 156.
24 This is the case o f the P assio A n astasii (FLUSIN I, pp. 30-34) and the P a ssio
S. A b b ib i (CHIESA, “Il dossier agiografico”, p. 227).
10 C. VIRCBLLO FRANKLIN

these Greek marginal notes along with the text of the Passio, and a
scribe’s transcription incorporated them as part of the text during its early
transmission. One of these is particularly important : it contains essential
information for understanding the historical context in which the Greek
text was written. It reveals that the composition of the Greek Passio had
been commissioned by Patriarch Modestus of Jerusalem in 63025. It thus
allows a clearer understanding of the historical motivations behind the
early growth of the Persian martyr’s cult. The example of this textual
dossier forcefully demonstrates the important contribution which the
indirect evidence as provided by the translated text can bear not only in
the establishment of the original text, but also at times in its production
and circulation. Editors of texts which survive in multilingual traditions
must take advantage of all the varied evidence which a translation can
offer26.

Greek or Latin Precedence?

In some cases, the extreme literalism of the translation and the


verbatim correspondence between Latin and Greek may make it difficult
to decide which of the two versions - the Latin text or the Greek one -
has precedence. In many cases, internal evidence for the historical
context in which the text took its origin tells us that Greek has
precedence, even if it were not so obvious from the poor Latin of literal
translations. This is not at first immediately clear, however, in the case
of another text, also part of the dossier of Anastasius Persa. The so-
called Roman Miracle of S. Anastasius survives both in a Greek (BHG
89) and a Latin version (BHL 412), neither of which appears at first to
have precedence ; the events narrated in the anonymous text take place in
the milieu of the Greek community of Rome in 713 ; the language in
both renditions of the Roman Miracle is relatively simple27. A systematic
comparison of the vocabulary can be a means of ascertaining which of
the two versions has priority in situations such as these. Lexical
comparison shows that the Greek version of the Roman Miracle has a

25 FRANKLIN, “Theodore”, pp. 199-200.


26 DOLBEAU, “Interprètes”, p. 156.
27 The Greek version is published in FLUSIN I, pp. 157-187 ; a Latin edition
was published by A. PONCELET in A n alecta B ollan dian a 11 (1892), pp. 233-241,
from Milan, Biblioteca Ambrosiana, Cod. B.49 Inf.
HAGIOGRAPHIC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 11

richer, more varied vocabulary than the Latin. Frequently, the same Latin
word is used to translate two or more Greek ones, suggesting that the
translator did not have a subtle enough mastery of Latin to render the
nuances of the Greek text, that his Latin vocabulary was not as extensive
as the Greek text in fact required.
The Latin verb eicio, for example, translates every occurrence -
eleven altogether - of both Greek verbs {èicpcxÀAco} and {è|cu0cù},
without any distinction. An even more striking example of the use of a
generic, common Latin word to translate a number of Greek words, thus
collapsing a range of meanings into one word, is the verb adduco which
is used to translate five different Greek verbs : {ccyco, <j>epoL rrotpocyo),
irpoócytü, otïpcu}.

Biblical Usage

A study of the form of the biblical citations contained in the


translated text can also serve to understand better the circumstances
under which the translation was executed, and the tools used by
translators. In some cases, for example, biblical citations can help to
establish the priority of the Greek text, and even the native language of
the translator. The Roman Miracle of S. Anastasius contains three gospel
citations. While in the Greek text these citations repeat accurately the
Greek biblical text, in the Latin translation the citations do not adhere to
the text of the Latin Bible. One particular phrase suggests further that the
translator was attempting to conform his text to the Vulgate, but was not
completely successful :
(B H G 89 = FLUSIN I, p. 179) : “Ai-rene K «i So0f|ffei:«i -ûp-îv, Çr|-revre
Koúe-6pTÍcETe,Kpo "úe-rc Kai à v o i/p a e-ca iúpiv."

(ch. 7) “Quaerite et invenietis, petite et accipietis, pulsate et aperietur


vobis.”

While the Greek text is a direct quote of Mt 7, 728, the Latin


translation departs from the Vulgate {Petite et dabitur vobis, quaerite et
invenietis, pulsate et aperietur vobis). Yet, it is not quite a verbatim
translation of the New Testament as quoted in the Greek Miracle either,
but may represent an attempt at citing the Vulgate text. In some

28 The G reek N ew Testam ent (4th rev. ed., edited by B. ALAND, e t al.)
12 C. VIRCILLO FRANKLIN

manuscripts of the Roman Miracle, the middle phrase is omitted, no


doubt under the influence of biblical wording.
The Latin version of the Roman Miracle also includes three psalm
quotations, which demonstrate that the translator was quite familiar with
the Latin Psalter, and in particular with the Roman version, in stark
contrast to the citations from the gospels. In two instances, the biblical
text as cited in the translation departs from the Greek text of the Roman
Miracle for the sake of fidelity to the Latin Bible29. It is not clear how we
should evaluate such evidence. On the one hand, we might conclude that
the translator knew the Latin psalms (in the Roman version as we would
expect), but not the gospels30. This is not surprising : the psalms are the
most ‘monastic’ part of the Bible, recited regularly during the divine
office. Even a Hellenophone monk living in Rome must have been
exposed to them, or had access to a Latin Psalter. On the other hand, it is
also possible that the Greek translator, living in Rome, would have had
available a copy of a bilingual Psalter, and looked up the citations.
Bilingual Psalters have an uniterrupted tradition during the entire
medieval period, unlike other biblical books31.
Biblical citations can thus confirm the precedence of the Greek text
of the Roman Miracle, already discussed above. They also indicate that
the translator of the Roman Miracle into Latin was most likely a Greek
speaker who was not completely familiar with the Latin Bible. For the
same reason, one could also conclude that the translator of the “A”
version of the Life of Pelagia was a Greek speaker, not only because of
his relatively poor mastery of Latin, but also because he never gives
evidence of familiarity with the Latin Bible32.

29 Note in particular : (ch. 9) locu tu s e s t p e r p ro p h e ta m : “D om in u s c u sto d it


om nia o ssa eorum : unum ex eis non co n te re tu r.” (B H G 89 = FLUSIN I, p. 183)...
{K-úptoç (fiuAáaaet ttávm t« òtrtâ tSv ccyiwv kvco-G, ‘év è | ocùtSv auvtptßiivai
[XT] auy^üjpcjv.}. Cf. Ps 33, 21 D om inus cu stodit om nia o ssa eorum : unum ex eis
non con teretu r (“Roman”) ; D om inus cu stodit om nia o ssa eorum : unum ex his non
c o n t e r e t u r (LX X ) ; D om in u s c u s to d it om n ia o ssa eiu s : unum ex e is non
confringetur (iuxta Hebraeos).
30 O f course it is possible that the faithfulness to the biblical wording in the
psalm citations is the result o f correction ; but one would then have to ask why the
manuscripts do not reveal variation, as they do in the case o f the gospel citations.
31 BERSCHIN, G reek Letters, pp. 38-41.
32 See, for example, the citation from I Cor 2, 9 (DOLBEAU, “La traduction
latine”, p. 169) which simply approximates the Vulgate in “A” , but has been
HAGIOGRAPHIC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 13

Translation Tools

Literal, anonymous translators reveal little directly of the


circumstances under which their task was executed or of the tools they
employed. In the case of some extremely literal translations in which
close adherence to the original word order is maintained, the proposal
has been made that the initial translation was produced as an interlinear
gloss over the Greek text, even though the translation has survived only
as an independent text33. One clue which has been used to corroborate
such theory is the transliteration of Greek words into the Latin text.
Some of these Latin transliterations, it has been argued, were originally
blank spaces, below some Greek words which had not been translated
by the original translator. The transliterations would have been carried
out by the scribe who copied out the interlinear version as an
independent text, and was thus forced to transliterate as best he could the
corresponding Greek words which had been left untranslated at the
interlinear stage34. As no codicological evidence has survived, this
approach remains a speculation.

corrected to conform to the Vulgate in “A l ”, a revision o f “A ”. The editor does not


address the issue o f the linguistic background o f the translator, who is identified with
the author (Eustochius) o f the verses which appear on the manuscripts o f the two
revisions. I question whether the original translator in fact was skillful enough in
Latin to write these verses. The unique manuscript which preserves the original
translation does not contain these verses, which are preserved instead in the two
revisions o f “A”. Dolbeau reasonably argues that since the two revisions are
independent o f each other, the verses must go back to the original translation. The
verse prologue, however, could be the result o f contamination between the two
revisions. Or, more likely, it could have have been added by a scribe to the original
translation. Either possibility would fit the better reading o f the verses, which make a
distinction between a Eustochius who translated the vita and the writer o f the verses
who seems to contrast him self to the translator when he asks “ Sed uos lectores
meum [nostrum] pensate laborem...” (See DOLBEAU, p. 165 ; p. 199 ; p. 231).
33 N o Latin hagiographie text has come down to us attached to its Greek text,
such as the numerous bilingual biblical codices produced in the M iddle A ges
(BERSCHIN, G reek Letters, pp. 38-40.)
34 For a discussion o f this approach see H. LE BOURDELLÈS, L ’A ra tu s Latinus.
Étude su r la culture e t la langue latines dans le N o rd d e la France au VIlF siè c le , Lille,
1985. I present in detail such an argument in “Theodore”, 196-201. CHIESA, L e
version i latine, pp. 67-68, also discusses double readings in the early translation o f
the P assio F ebroniae which may have originated as interlinear glosses - i.e. attempts
at correction - to the Latin archetype.
14 C. VIRCILLO FRANKLIN

Less problematic is to establish the translator’s reliance on a Greek-


Latin glossary, several of which circulated in the early Middle Ages35.
Thus, a high degree of lexical agreement between the early translation of
the Passio Anastasii and the pseudo-Cyril dictionary suggests that the
translator made use of a similar compendium36. Similarly, the
mechanical use of a glossary by a Greek speaker without regard to the
Latin linguistic context explains several mistaken translations in the Latin
dossier of S. Abbibos studied by Paolo Chiesa37. Further efforts by
modem editors may perhaps reveal the dependence of other texts on
bilingual dictionaries, whose use in the Middle Ages remains still largely
undocumented.
It is certain that many more literal translations like the ones above
were executed than have survived, or been identified. Many Latin
hagiographie texts which are considered today to be direct translations
from Greek are in fact revisions of earlier literal translations, which have
not been handed down as they were quickly supplanted in popularity by
more polished revisions38. The first translation of the Passion of
Anastasius is preserved in a single 10th century manuscript witness from
Bobbio (Turin, Biblioteca nazionale, cod. F. III. 16) ; its survival is due
almost certainly to the fact that at this time Bobbio was in fact a
backwater, and new texts were not available to replace old ones. The
Latin version “A” of the Passio Pelagiae also survives by mere chance,
in a single 12th-13 th century manuscript which originated in Friuli or
Venetia, preserved also in an isolated milieu, Udine’s Biblioteca
Arcivescovile39. Similarly, the early translation of the Passio S. Abbiti
survives only in one Roman manuscript, part of the Legendary of St
Peter’s Basilica. The early translation of the Passio S. Febroniae, on the
other hand, has four witnesses. But this number masks the limited
circulation of this text. Three of these manuscripts are late (13th-14th
century) and go back to one common ancestor, while the 10th century

35 For an introduction to bilingual glossaries, see Carlotta DIONISOTTI, “Greek


Grammars and Dictionaries in Carolingian Europe”, in The S a c re d N e c ta r o f the
G reeks, ed. by M HERREN (London, 1988), pp. 6-15.
36 FRANKLIN, “Theodore”, pp. 194-196.
37 “II dossier agiografico”, pp. 229-232.
38 This belief is also expressed, among others, by DOLBEAU, “La traduction”,
p. 165.
39 DOLBEAU, “La traduction”, pp. 162-163.
HAGIOGRAPHIC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 15

Turin manuscript from Bobbio which also transmits the Passio Anastasii
is the single witness of the other branch40.
Literal hagiographie translations were constantly corrected to
improve their Latinity and style. But also as part of the “living” genre of
traditional hagiography, they were revised and rewritten, in many cases
to adapt them through shortening to liturgical performance. The early
Passio S. Anastasii was revised twice - without benefit of the Greek text
- and these revisions became popular and were included in the
legendaries and passionaries which were being formed in Europe from
the 8th century on41.

The Second Model

In Rome, the problematic Latin translation of the Passio S. Anastasii


was not reworked or revised, but rather replaced altogether by a new
version (BHL 411a), datable to the period 9th-10th century42. This later
translation is different from the earlier one, first of all, because it
eliminates the Greek prologue and includes instead an original Latin
prologue43, a technique which appears in hagiographie translations
beginning in the 9th century. The new Prologue affords the author an
opportunity to explain the circumstances under which the Latin work
was composed, and a justification of his translation method. Gregorius
clericus, at the request of abbot Athanasius - we know nothing about
these two figures - decides to prepare a new translation of the Passio S.
Anastasii because of the deficiencies of the old translation. Hence, he
commissions “the illustrious archpriest Nicolaus, richly learned in
Greek, but only partially in Latin”,44 to undertake the task of providing a

40 CHIESA, L e version i latine, p. 67.


41 Similarly the two revisions created from the early translation o f the P a ssio S.
P e la g ia e (version “A”) became very popular throughout Europe (DOLBEAU, “La
traduction”, p. 161).
42 The insertion o f an original Latin prologue establishes a chronological
boundary for this work, the other being its circulation, going back to the late 10th
century, at the latest. For the origin o f this text in Rome, rather than Naples as
generally held, see my forthcoming study.
43 A version has been published in B iblioth eca C asinensis, Monte Cassino, 1877,
F lorilegiu m , pp. 102-109.
44 N ycolau m ig itu r p ra elu strem a rch ipresbyteru m , a c h iv o s qu idem luculente,
latinos vero ex p a rte apices eruditum ...
16 C. VIRCBLLO FRANKLIN

fresh, literal translation which Gregorius then revises. Gregorius,


therefore, does not know Greek, or at least not well enough, if he needs
the offices of Nicolaus. He is a Latin speaker, while the real translator is
Nicolaus, a Greek speaker. Gregorius’s undertaking really is a work of
retractatio, not only of the new translation prepared by his collaborator
Nicolaus, but also of the first, inadequate 7th century translation, both of
which he used in preparing his final version. This second version of the
Passio S. Anastasii does not belong only to the history of the translation
of hagiographie texts, but also is part of the development of
hagiography. The reworking of translated texts was most immediately
dictated by stylistic concerns, which are closely tied to the liturgical uses
to which many hagiographie texts were adapted. A primary goal of
Gregorius’s reworking, he tells us in his Prologue, was to provide a
better Latin text for his readers and listeners, which by necessity cannot
be a literal, faithful rendition of the original language.
This second version of the Passio S. Anastasii thus includes all
three of the characteristic components of a significant group of
hagiographie translations which have been localized in Rome, Naples
and other areas of central and southern Italy in the 9th and 10th century :
the addition of an original Latin prologue, a two-step translation
approach, and an effort to justify stylistic elaboration. The rhetorical
purpose of the Prologue is to justify a translation approach which departs
from a literal, word-for-word rendering. Gregorius appeals to the great
translators of late antiquity, Evagrius and Jerome in particular, and
through them ultimately to Cicero, to justify his “ad sensum”
rendition45, in language which is echoed in similar compositions46.

45 C f., for exam ple, Gregorius’ words : ... u erbu m d e u e rb o ex p rim ere,
pessim u m genus interpretan di esse ; ridiculose etenim currens e t lectorem pra ep ed it,
et a u ditores fa stid it, to Jerome’s... si a d uerbum interpretor, absu rde resonat... u idebit
ordinem ridiculum ( Ep. 57, 5, 6-8).
46 The fundamental work is P. CHIESA, “Ad verbum o ad sensum ? Modelli e
coscienza m etodologica della traduzione tra tarda antichità e alto m edioevo”, in
M ed io evo e rinascim ento I (1987), pp. 1-51. Cf., for a Roman example, many o f the
prologues o f Anastasius Bibliothecarius, broadly contemporary to Gregorius, such as
the one to his translation o f the Life o f Patriarch John (the Almsgiver) : Cum autem
beatum hunc in Latinum verterem eloquium , nec G raecoru m idiom ata n ec eorum
ordinem verboru m sequ i p o tu i vel debui. Non enim verbu m e verbo, s e d sensuum e
sensu excerpsi. (M G H . Ep. VII, 395-398).
HAGIOGRAPHIC TRANSLATIONS IN THE EARLY MIDDLE AGES 17

While many of the existing prologues to hagiographie retranslation


claim to follow an ‘ad sensuum’ approach which they contrast to earlier,
literal translations, in the case of the Passio S. Anastasii Gregorius’s
claims can be tested because the earlier translation has in fact survived. A
comparison of the two versions show that these claims do not result in
the dramatic rearrangement of the original text ; there are no efforts to
affect plot development or character definition. No factual details are
eliminated nor added. But the tone and style of the piece are different
from the Greek model and the early translation. Furthermore, frequent
authorial interventions, far removed in style from the straightforward
Greek text, and of which the Prologue is only the most important,
provide Gregorius’s own reflections on the events he is narrating, and
turn this translation into his personal work47. The result is a self-
conscious composition which can stand on its own.
A comparison with the corresponding passages of the early version
and the Greek model shows that while the earlier anonymous translator
strove for verbatim rendering, this second version aims at rhetorical
accomplishment, however modestly defined. In this work, one notices
over and over efforts to improve on the simple Greek with a more
rhetorical turn of phrase. We notice the predilection in this text for rare
and arcane nouns, especially those of Greek origin, compound verbs and
adjectives, for symbolic and metaphorical language. For example, one
should note the use of solicanus, a rarely attested word (found in
Martianus Capella) or nocturno conticuo, or the precious delitens in
noctuma furvitate, or crucigeris homoforis circumamictis, in which three
compounds words, one of Greek root, are used. The expression
splendidissime indutos et uibrantissimo lumine praefulgidos, combining
two separate Greek phrases that clearly belong together, is another
example of the redactor’s partiality for coumpound words over simple,
straightforward one. Gregorius also eliminates the original authorial
intervention which is kept in the early translation (sicut didicimus) as
unhistorical. Furthermore, Gregorius used cursus, that is prose rhythm
at the end of clauses, and this is another indication that this new

47 Many o f these rhetorical elaborations are imprecations against the persecutors


o f the saint or expressions o f wonder at the martyr’s steadfastness. The second
translator of the P a ssio S. F ebroniae was also not interested in changing the dynamic
or organization o f the story, according to its editor. However, by eliminating minor
events and details, he placed the central figures o f the narrative into greater relief
(CHIESA, L e version i latine, pp. 263-276).
18 C. VIRCILLO FRANKLIN

translation attempts to be a literary piece, rather than a mere rendering of


the Greek model.
The two translations of the Passio S. Anastasii provide evidence for
a more complex picture of early medieval translators than is normally
given. Literal translators, despite their reputation as mere hacks48, made
use of various tools for their work, glossaries and word-lists, perhaps
bilingual versions of biblical books. In some cases, their literalism may
have been a means of making the original Greek available or accessible,
mediating between the Greek text and its Latin reader. These literal
translations were produced by and large by Greek speakers, some even
within the immediate context of Greek-speaking communities. The less
literal renderings as exemplified by Gregorius’s version of the Passio S.
Anastasii are more independent compositions, characterized by stylistic
elaborations and original additions, and, in some cases, the use of word-
for-word versions. Gregorius put together his redaction by consulting
and comparing at least two texts, the earlier translation and the new,
verbatim translation by Nicolaus, and perhaps even the Greek in places.
His working methods as translator and redactor are also more intricate
than might be supposed at first sight. Gregorius wrote in a context in
which the knowledge and the availability of the source language, Greek,
had greatly diminished ; where the source language is much less
available than it was three centuries before. By the time the second
translation was composed, Rome was much less Greek than it ever had
been. Many of the Greek monastic communities of the city disappear or
become Latin beginning with the late 9th century. The monastery of St.
Anastasius, perhaps the one to remain Greek the longest, was completely
abandoned in the second half of the 11th century. But yet, it is important
to note that, despite his desire to produce a self-standing Latin text,
Gregorius uses Latinized Greek words or words with Greek roots as a
mark of learning. For knowledge of Greek and its culture will be a
highly sought after and fashionable commodity in the High Middle Ages,
and Byzantium and its civilization a fount of inspiration in all Western
artistic and cultural revivals from this time forward.

(Columbia University)

48 Going back to classical and late ancient times, including the most famous
condemnation in pope Gregory I’s letter to Eulogius o f Alexandria (Ep. X, 21).
Henri Hugonnard-Roche

LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE

Les débuts du VIe siècle de notre ère ont vu l’apparition des


premières traductions d’œuvres philosophiques et scientifiques du grec
en syriaque, dialecte araméen de la région d’Edesse, dans lequel une
littérature religieuse s’était peu à peu constituée à partir du deuxième
siècle. Les principaux ensembles qui vont être formés par les érudits de
langue syriaque, pour autant que les restes conservés nous permettent
d’en juger, concernent des éléments de philosophie aristotélicienne - et
au premier chef de la logique - , des éléments de cosmologie et de
météorologie, des parties assez étendues du corpus médical galénique1.
Des compilations diverses, des abrégés, des gloses ou commentaires, de
facture scolaire ou plus savante, composent cette littérature, dont la partie
essentielle reste cependant les traductions effectuées au long des VIe-
VIIIe siècles2.

1 Un panorama général de la science syriaque est à paraître dans la grande S toria


d ella Scienza, qui doit être publiée par les soins de l’Istituto della Enciclopedia Italiana
(Roma) : il comprendra notamment des chapitres sur la tradition de la logique
aristotélicienne et sur les mathématiques et l ’astronomie (par H. Hugonnard-Roche),
sur les sciences du langage (par R. Contini), sur la médecine et la pharmacologie (par
Ph. Gignoux), sur les traités d’hexaemeron et la cosmographie (par J. Teixidor). En
attendant la parution de cet ouvrage, on trouvera une orientation générale dans la
contribution de G. ENDRESS, “D ie wissenschaftliche Literatur”, dans G ru n driss d e r
arabischen L iteratur, Bd. H, herausg. von H. GÄTJE, Wiesbaden, 1987 (pp. 407-412).
Sur le contexte culturel dans lequel les œuvres syriaques ont été com posées, voir
S. BROCK, “From Antagonism to A ssim ilation : Syriac Attitudes to Greek
Learning”, in N. GARS OÍAN, T. MATHEWS, and R. THOMSON (eds), E a st o f
B yzantium : S yria a n d A rm enia in th e F orm ative P e rio d , W ashington DC, 1980,
pp. 17-34, repr. in id., S yriac P ersp ectives on L ate A ntiquity, London, 1984.
2 A propos des diverses formes de cette littérature, voir, par exemple, la liste
dressée pour la tradition de la logique par S. BROCK, “The Syriac Commentary
Tradition”, in G losses a n d C om m entaries on A ristotelian L o g ica l Texts. The Syriac,
A ra b ic a n d M e d ie v a l L atin T radition s, ed. by Ch. BURNETT, London, pp. 3-18
(Warburg Institute Surveys and Texts, 23). Pour un exemple de texte de facture
scolaire, voir H. HUGONNARD-ROCHE, “Introductions syriaques à l ’étude de la lo­
gique : à propos de quelques D ivisions de Porphyre", dans C om prendre e t m aîtriser la
20 H. HUGONNARD-ROCHE

Avec l’avènement d’une culture scientifique et philosophique en


langue arabe, au tournant des VIIIe et IXe siècles, les traductions du grec
en syriaque vont trouver un regain d’intérêt, en même temps que vont se
développer les traductions du syriaque à l’arabe, ainsi que des
traductions du grec en arabe. Comme on le sait, le syriaque va dès lors
- et cela durant un siècle et demi environ - jouer un rôle d’intermédiaire
essentiel dans l’appropriation du savoir grec par les savants de langue
arabe3. Les témoignages sont abondants, en effet, de traductions
d’œuvres savantes effectuées du syriaque à l’arabe, en matière de
philosophie - s’agissant notamment du corpus aristotélicien - ou de
médecine, plus rares ou moins certains dans d’autres domaines comme
l’astronomie ou les mathématiques4. Mais le succès même des tra­
ductions et le rapide essor de la culture savante en arabe ont, en quelque
manière, causé la disparition de la majeure partie des antécédents
syriaques de la littérature arabe savante. Il est frappant de constater, sur
l’exemple du corpus aristotélicien, que les traductions gréco-syriaques
du IXe siècle, à partir desquelles ont été exécutées la plupart des versions
arabes, ont disparu entièrement, alors que des traductions gréco-
syriaques faites au VIe ou au VIIe siècle, que par convention nous
appellerons “anciennes” pour les distinguer des autres postérieures, ont
été conservées - peut-être parce qu’elles étaient le propre de milieux
monastiques restés en marge de l’essor bagdadien à partir du IXe siècle.
C’est dire qu’il ne subsiste pas de manuscrits syriaques dont on sache
précisément qu’ils aient été utilisés par des traducteurs du syriaque à
l’arabe (en matière de philosophie), et qui puissent livrer, à la source,
pour ainsi dire, des informations sur les méthodes de travail des
traducteurs. Il est toutefois possible de recueillir de telles informations,

n a tu re au m oyen â g e , M élanges [...] offerts à Guy Beaujouan, G enève, 1994,


pp. 385-408 (E cole Pratique des Hautes Etudes - IVe section, Hautes études
médiévales et modernes, 73).
3 Sur le mouvement des traductions du grec à l ’arabe, en général, voir D. GUTAS,
G reek Thought, A rabie Culture. The G raeco-A rabic Translation M ovem ent in B aghdad
a n d E arly ‘A b b ä sid S o ciety (2nd-4th / 8th-10th cen tu ries), London and N ew York,
1998.
4 Pour les textes scientifiques, on se reportera aux articles à paraître dans la Storia
della Scienza (cf. supra n. 1). Pour le corpus aristotélicien, voir les notices consacrées
à l ’Aristote arabe, dans le D iction n aire des P h ilosoph es A n tiqu es, publié sous la dir.
de R. GOULET, t. 1, Paris, 1989 : la R h é to riq u e , tradition syriaque et arabe, par
M. AOUAD, Y O rg a n o n , tradition syriaque et arabe, par A. ELAMRANI-JAMAL et
H. HUGONNARD-ROCHE, et la Théologie d ’A ristote, par M. AOUAD.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 21

de manière indirecte, comme nous allons essayer de le montrer, en nous


appuyant sur le manuscrit Parisinus arabus 2346, qui contient le corpus
entier de Y Organon logique d’Aristote, en traduction arabe, avec de
nombreuses notes et gloses qui ont leur origine dans des traductions
syriaques antérieures5.
Décrivons d’abord brièvement le contenu du manuscrit, avant de
considérer les modalités de traduction du syriaque à l’arabe6. Dans son
état actuel, le manuscrit conmprend successivement les textes suivants :
la Rhétorique, les Premiers Analytiques, la Poétique d’Aristote,
Ylsagogè de Porphyre, les Catégories, le De interpretatione, les Seconds
Analytiques, les Topiques et les Réfutations sophistiques d’Aristote.
L ’ensemble de ces textes a été réuni et copié probablement dans la
première moitié du XIIe siècle de notre ère. Mais ces textes
appartiennent, en réalité, à deux groupes distincts. L ’un d’eux comprend
tous les textes copiés, à l’exception de la Rhétorique et de la Poétique,
c’est-à-dire les traités de 1’Organon aristotélicien traditionnel, augmenté

5 II n’existe pas de description codicologique de ce manuscrit, qui ne porte pas


d ’indications de dates relatives aux copies qui le constituent, sauf peut-être pour le
texte de la R h étoriqu e, dont une note marginale pourrait indiquer qu’il a été copié en
1027 : cf. Kh. GEORR, L es C a tég o ries d ’A risto te dan s leu rs versio n s sy ro -a ra b e s,
Beyrouth, 1948, pp. 188-189. Selon une autre note, ce texte se trouvait, d’autre part,
en 1115 au Caire, dans la bibliothèque d ’un certain ‘Abdallah ibn 'Isa : cf. GEORR,
ib id ., p. 189. Puisque, en outre, comme on le dira ci-après, les copies des textes de
1’O rganon au sens strict ont été faites d’après l ’exemplaire du philosophe Ibn Suvâr,
mort en 1017, il y a quelque raison de penser que l'ensemble a été constitué au cours
du XIe, ou au début du XIIe siècle. Ce manuscrit a été apporté en 1738 par Benoît de
Maillet, consul au Caire, et acquis alors par la Bibliothèque du roi, et il est signalé
dans l’appendice de l ’ancien fonds (sous le numéro 882 A) comme provenant d ’Egypte
(ex A eg yp to illa tu s ) : cf. J. TKATSCH, D ie a ra b isch e Ü bersetzu n g d e r P o e tik des
A ristoteles und die G rundlage d e r K ritik d es griechischen Textes, Bd. I, Wien/Leipzig,
1928, pp. 142-143 (Akademie der Wissenschaften in Wien, Philos.-histor. Klasse.
Kommission für die Herausgabe der arabischen Aristoteles-Übersetzungen).
6 V oir une description plus d étaillée du contenu du m anuscrit dans
H. HUGONNARD-ROCHE, “Une ancienne ‘édition’ arabe de Y O rgan on d’Aristote :
problèmes de traduction et de transmission”, dans Les p ro b lè m e s p o s é s p a r l ’édition
critiqu e d e s textes anciens e t m édiévaux, éd. par J. HAMESSE, Louvain-la-Neuve,
1992, pp. 139-157 (Publications de l’Institut d ’études médiévales : Textes, Etudes,
Congrès, 13). On peut également consulter la notice rédigée par G. VAJDA, et
conservée à la Division orientale du Département des manuscrits, à la Bibliothèque
nationale de France.
22 H. HUGONNARD-ROCHE

de Ylsagogè de Porphyre. Cet ensemble trouve son unité codicologique


dans la similitude de confection des copies. Chacune d’entre elles est
pourvue de trois colophons successifs, le premier (de la même main que
le texte) marquant simplement la fin du texte, et les deux autres (de mains
différentes entre elles, mais identiques pour chaque colophon avec celles
des autres colophons) indiquant respectivement la source d’où la copie
de chaque texte a été prise et les collations dont toutes les copies ont fait
l’objet. Toutes ces copies se donnent explicitement comme exécutées à
partir du manuscrit autographe du savant philosophe et médecin
nestorien, al-Hasan ibn Suvâr ibnal-Hammâr (942/43-après 1017), qui
était connu en son temps comme l’un des experts les plus accomplis dans
le domaine de la logique7.
Le second groupe de textes, qui contient la Rhétorique et la Poétique
d’Aristote, n’a pas de lien explicite, du point de vue codicologique, avec
Ibn Suvâr, et il ne comporte pas les colophons propres aux copies du
premier groupe. Il remonte cependant à des copies du philosophe Abü
'Ali ibnal-Samh (f 1027), qui eut le même maître en philosophie qu’Ibn
Suvâr, à savoir le philosophe chrétien, de confession jacobite, Yahyâ.
ibn 'Adi8. Et ces traités viennent compléter ceux du premier groupe, en
formant un Organon élargi à la Rhétorique et à la Poétique, selon l’usage
de la tradition arabe qui a repris, en le systématisant, le modèle formé

7 C ’est ce que dit de lui son contemporain, le bibliographe Ibn al-Nadïm, dans son
F ih rist, que nous citons dans la traduction de B. DODGE, The F ih rist o f a l-N a d ïm ,
vol. II, N ew York, 1970, p. 632 : “He is [...] living in our own time. He is one of
the best o f the logicians who studied under Yahyâ ibn "Adi, having the greatest
intelligence, comprehension, and ability for the sciences Il était aussi
particulièrement réputé pour ses connaissances médicales : voir une présentation du
personnage et de son œuvre dans J.L. KRAEMER, H um anism in the R en aissan ce o f
Islam . The C u ltu ral R eviva l during the B uyid A g e, 2nd ed., Leiden, 1992, pp. 123-
130.
8 Pour la traduction arabe de la R h éto riq u e, dont l ’auteur n’est pas connu, voir
l’état de la question dans la notice de M. AOUAD, A ristote. La R h étoriqu e, op. cit.,
pp. 457-459. La traduction de la P o é tiq u e , contenue dans le P a risin u s, est l’œuvre
d’Abü Bisr Matta, qui fut le maître de Yahyâ ibn 'Adi ; sur la tradition orientale de ce
traité, voir O.J. SCHRIER, “The Syriac and Arabie Versions o f Aristotle’s Poetics”, in
The A n c ie n t T ra d itio n in C h ristia n a n d Isla m ic H e lle n ism . S tu d ie s on th e
T ransm ission o f G reek P h ilosoph y a n d Sciences [Mélanges H.J. Drossaart Lulofs],
Leiden, 1997, pp. 259-278. Sur Abü 'All ibn al-Samh, voir KRAEMER, H um anism ,
op. cit., pp. 130-132.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 23

dans l’antiquité grecque tardive9. Dans la suite, nous nous intéresserons,


toutefois, aux textes du seul premier groupe, dont l’annotation offre de
riches informations sur la composition et la tradition des textes.
Les colophons de ces textes, avons-nous dit, informent sur les
sources des copies et sur les collations effectuées après le travail
d’écriture des textes. L ’ensemble de ces informations compose une
histoire, tout à la fois précise et complexe, de la tradition des textes. Le
corpus logique, tel qu’il a été copié par Ibn Suvâr de sa propre main,
nous apparaît en fait comme le produit d’un travail que l’on peut dire
d’“ édition ” des traités d’Aristote10. Cette “édition”, d’autre part, est
issue d’un travail de mise au net des textes, effectué par le maître d’Ibn
Suvâr que nous avons déjà nommé, Yahyâ ibn 'Adi, copiste de
profession, grand collectionneur d’ouvrages savants, commentateur lui-
même de certaines œuvres logiques d’Aristote, et théologien11. Les
copies effectuées par Yahyâ ibn 'Adi (mort en 974) remontent elles-
mêmes aux traductions exécutées par Ishâq ibn Hunayn (mort en 910),
ou par des traducteurs de son entourage12, - traductions dont certaines
ont été consultées par Yahyâ ibn 'Adi sur les manuscrits autographes des
traducteurs, telles les traductions des Catégories et du De interpretatione
par Ishâq ibn Hunayn. En parcourant, à rebours de leur succession, les
travaux d’édition ou de copies, dont le Parisinus est l’aboutissement, on
parvient ainsi à l’époque que l’on a coutume de considérer comme l’âge
d’or des traductions du syriaque à l’arabe, l’époque d’Ishâq ibn Hunayn
et de son père Hunayn ibn Ishâq (mort en 873).

9 Sur cet “O rganon élargi”, dans la tradition gréco-arabe, l ’ouvrage fondamental est
celui de D.L. BLACK, L ogic an d A risto tle's Rhetoric an d Poetics in m e d ieva l A ra b ic
p h ilosoph y, Leiden, 1990.
10 C ’est un point que nous avons essayé de mettre en évidence dans notre article
Une ancienne “édition ” arabe , op. cit.
11 Pour une vue d ’ensemble de l ’œuvre de Yahyâ ibn 'Adì, dont une partie
importante est aujourd’hui perdue, voir G. ENDRESS, The w orks o f Y ahyâ ibn 'Adi,
Wiesbaden, 1977 ; voir aussi M.N. BIN OMAR, “Christians Translators in Medieval
Islamic Baghdad : The L ife and Works o f Yahyâ Ibn 'Adi (d. 974)”, in I s la m ic
Q uarterly, 39 (1995), pp. 167-181.
12 Nous avons suggéré ailleurs qu’une première “édition” de V O rg a n o n , due au
traducteur Ishâq ibn Hunayn, était la source des “éditions” successives de Yahyâ ibn
'Adì et d’Ibn Suvâr : cf. notre étude “La traduction arabe des P rem iers A n alytiqu es
d’Aristote”, dans P e rsp e c tiv e s ara b es e t m é d iéva les su r la tradition scien tifiqu e et
ph ilosoph iqu e grecqu e, éd. par A. HASNAWI, A. ELAMRANI-JAMAL et M. AOUAD,
Leuven-Paris, 1997, pp. 395-407 (Orientalia Lovaniensia Analecta, 79).
24 H. HUGONNARD-ROCHE

*
La généalogie des copies, ou “éditions”, des traités logiques du
Parisinus, nous amène donc aux traductions arabes réunies par Ishâq ibn
Hunayn, et par là même aux traductions syriaques qui ont été à la base de
ces traductions arabes. Pour la plupart de ces traités, en effet, on sait
qu’ils ont été traduits du syriaque, et pour la majorité de ceux-ci, on sait
que la traduction syriaque était l’œuvre de Hunayn le père ou d’Ishâq le
fils. Sans doute ces traductions syriaques sont-elles aujourd’hui perdues,
mais on dispose pourtant de quelques éléments pour conjecturer la
manière dont elles ont été conçues et dont les traductions arabes ont
ensuite été façonnées à partir du syriaque.
Dans une épître fameuse, qu’il a composée sur l’état, en son temps,
des traductions des œuvres de Galien, et sur ses propres traductions du
médecin grec, Hunayn livre, on le sait, quelques remarques sur la qualité
des traductions de ses devanciers et sur ses propres efforts pour produire
les meilleures traductions possibles13. Il critique sévèrement, par
exemple, certaines des traductions du grec au syriaque effectuées, au
début du VIe siècle, par le médecin et philosophe Sergius de Rescaynâ,
laissant comprendre cependant que la qualité des traductions de ce
dernier s’est améliorée après un séjour qu’il a fait à Alexandrie14.
Hunayn lui-même insiste sur ses propres recherches de manuscrits grecs
de bonne qualité, et note à l’occasion qu’il a révisé une traduction après
la découverte d’un manuscrit meilleur que ceux auxquels il avait eu
précédemment accès. Mais, à vrai dire, on ignore quels étaient
précisément, pour Hunayn, les critères d’appréciation de la qualité d’un
manuscrit - si du moins l’on excepte les critères évidents tels que des
accidents matériels survenus au manuscrit (déchirures, trous, feuillets
manquants, etc.). Il est infiniment probable que le “sens” du texte grec,
dans le manuscrit, était le principe premier de jugement sur la qualité de

13 Voir le texte arabe et la traduction allemande de cette épître de Hunayn, dans


G. BERGSTRÄSSER, H unayn ibn Ishâq ü ber d ie syrisch en und a ra b isch en G alen -
Ü bersetzungen, Leipzig, 1925 (Abhandlungen für die Kunde des Morgenlandes, XVII,
2) ; voir aussi des compléments à cette étude, dans G. BERGSTRÄSSER, N e u e
M aterialen zu Hunain ibn Ishâq ’s G alen-B ibliographie, Leipzig, 1932 (Abhandlungen
für die Kunde des Morgenlandes, XEX, 2).s
14 Sur la critique de Hunayn et, plus généralement, sur l’activité scientifique de
Sergius de Resc aynâ, voir H. HUGONNARD-ROCHE, “Note sur Sergius de Resc ainâ,
traducteur du grec en syriaque et commentateur d’Aristote”, in The A ncien t T radition
in C hristian a n d Islam ic H ellenism , op. cit, pp. 121-143.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 25

ce manuscrit, et qu’il n ’était aucunement question pour H unayn


d’analyse codicologique, telle que la philologie moderne l’a constituée (et
conduisant à la confection d’un stemma codicum).
Néanmoins une exigence semble s’être fortement renforcée à
l’époque de Hunayn, et dont lui-même est certainement l’artisan pour
une large part : c’est celle d’une connaissance du grec approfondie, et
bien plus avancée que celle précédemment répandue dans les milieux
érudits syriaques15. Sans doute est-ce là l’une des raisons qui ont valu à
Hunayn d’apparaître sous la figure d’un réformateur de la méthode de
traduction. Le texte le plus fréquemment cité à ce propos est celui du
polymathe Halïl ibn Aybak al-Safadï (mort en 1363), qui affirmait qu’il y
a deux méthodes de traduction, l’une littérale (ad verbum) et l’autre selon
le sens (ad sensum) : selon lui, les prédécesseurs de Hunayn que furent
Yahyâ ibn al-Bitrïq et Ibn Nâ'ima al-Himsï, tous deux actifs dans la
première moitié du IXe siècle, auraient traduit les mots grecs les uns
après les autres sans avoir égard au sens de la phrase dans son ensemble,
alors que Hunayn, au contraire, se serait efforcé de saisir le sens global
de chaque phrase avant de la rendre en arabe, sans s’attacher de manière
abusive à la lettre des textes grecs16.

15 Le développement d’une activité savante propre à la culture arabe a sans aucun


doute suscité, non seulement la recherche de nouveaux textes à traduire, mais aussi
l ’effort pour une meilleure compréhension des textes : il en est résulté une
transformation stylistique des traductions et l’amélioration de leur qualité, mesurée par
la précision accrue de leurs outils lexicaux et morpho-sémantiques ; sur ce sujet, cf.
GUTAS, G re e k T h ou gh t, op. c it., pp. 137-141 ; on trouvera une introduction à
l ’étude de la formation d ’une langue scientifique en arabe, dans G. ENDRESS, “D ie
wissenschaftliche Literatur”, dans G rundriss d e r arabischen L iteratur , Bd. DI, herausg.
von W. FISCHER, Wiesbaden, 1992, pp. 3-23 ; voir aussi les études réunies dans La
fo rm a tio n du vo ca b u la ire scien tifiqu e e t in tellectu el d an s le m on de a ra b e , dir. D.
JACQUART, Tumhout, 1994, (CIVICIMA. Etudes sur le vocabulaire intellectuel du
moyen âge, 7), et spécifiquem ent, pour le domaine philosophique, celles de
H. HUGONNARD-ROCHE, “La formation du vocabulaire de la logique en arabe”,
pp. 22-38, et de P. THILLET, “La formation du vocabulaire philosophique en arabe”,
pp. 39-54.
16 Cf. F. ROSENTHAL, D a s F ortleben d e r A ntike im Islam , Zürich-Stuttgart,
1965, pp. 33-34 (trad, anglaise : The C la ssic a l H e rita g e in Islam , London and
Berkeley, 1975, p. 17), et H. HUGONNARD-ROCHE, “Les traductions du grec au
syriaque et du syriaque à l ’arabe”, dans R encontres d e cultu res dan s la p h ilo so p h ie
m édiévale. T raductions e t tradu cteu rs de l ’an tiqu ité ta rd ive au XIVe siè c le , éd. par
26 H. HUGONNARD-ROCHE

Les érudits modernes ont souvent reçu sans critique ces


affirmations, mais il est aujourd’hui évident qu’elles sont erronées,
prises au pied de la lettre. Ce que l’on doit lire, sous les remarques d’al-
Safadï, c’est plutôt l’exhaltation du rôle de Hunayn, comme promoteur
d’une nouvelle méthode de traduction, mais c’est aussi la reconnaissance
d’une meilleure qualité des traductions de Hunayn, fondée sur une
connaissance plus profonde du grec. Si un tel éloge s’applique aux
traductions arabes de Hunayn, il est bien évident qu’il doit valoir aussi
pour les traductions syriaques du même Hunayn, qui sont à la source de
ses traductions arabes. Et lorsque Hunayn se fait le traducteur en arabe
de ses propres traductions gréco-syriaques, le problème qui se pose à lui
est alors, peut-on penser, principalement d’ordre linguistique, c’est-à-
dire de transposition en arabe du texte dont le sens a déjà été établi par
lui-même en langue syriaque. Il n ’est pas sûr que l’on puisse en dire
autant des traductions en syriaque et en arabe, exécutées en matière de
logique, par Ishâq ibn Hunayn, car si ce dernier a pu utiliser les versions
de son père, en certains cas, il ne s’est certainement pas interdit de
recourir aussi, et peut-être de préférence, au texte grec original.
*
On ne possède plus, avons-nous dit, les versions syriaques à partir
desquelles les traductions arabes des traités de 1’Organon ont été effec­
tuées, mais les notes et gloses du Parisinus suppléent, pour une part, à
cette perte. Ce manuscrit reproduit, en effet, des notes portées par Ibn
Suvâr, dans son propre exemplaire, en marge des textes qu’il avait
copiés, et des notes qu’il avait reprises à certains de ses prédécesseurs
dans la généalogie des copies, comme Yahyâ ibn 'Adi. Ces notes sont de
diverses sortes, et l’on peut en dresser une brève typologie de la manière
suivante. Les unes sont précédées de la mention nusha ou nusha uhrâ
(expressions arabes signifiant “copie” et “autre copie”) : il s’agit donc,
selon toute probabilité, de leçons trouvées par le glossateur17 dans
d’autres copies de la même traduction, qui ne nous intéressent pas ici au
premier chef. D ’autres notes sont précédées de la mention naql
(“traduction”), qualifiée d’une manière ou d’une autre, par exemple au
moyen du nom d’un traducteur - comme dans les expressions “en

J. HAMESSE et M. FATTORI, Louvain-la-N euve/C assino, 1990, pp. 131-147


(pp. 140-141).
17 Par ce terme, nous désignerons, d’une manière générale, soit Ibn S u vâr, soit
l ’un de ses prédécesseurs dans la généalogie des copies, sans pouvoir les distinguer en
toutes occasions.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 27

syriaque, selon la traduction d’Athanase et la traduction de Hunayn”,


“dans la traduction de Hunayn en syriaque” -, ou au moyen d’une
caractérisation anonyme - telle que “dans certaines traductions
syriaques”, “dans les traductions syriaques”, “dans les traductions
syriaques anciennes” -, ou encore par la simple addition des mots “en
syriaque”. D ’autres notes, enfin, sont dépourvues de toute quali­
fication : il s’agit généralement de mots portés en interligne, qui
représentent des leçons différentes de celles qui figurent dans le texte
“édité”18.
L ’ensemble foisonnant de ces annotations requiert une analyse
précise pour qu’en soient dégagées des observations sur les méthodes
des traducteurs. Si nous laissons de côté les variantes de copie, et aussi
les gloses de commentaire philosophique ou d’emprunts à d’autres
traductions arabes (que j ’ai passées sous silence, dans ma typologie),
nous trouvons, dans la masse des leçons rassemblées par l ’éditeur Ibn
S u v â r, qui proviennent de traductions syriaques, deux sortes de
variantes : soit des leçons tirées de traductions syriaques n’ayant pas de
lien direct avec la traduction arabe “éditée” (par exemple, des leçons
tirées de traductions dites anciennes, c’est-à-dire antérieures au moins à
la “réforme” de Hunayn, et pouvant remonter jusqu’au VIIe siècle,
comme les traductions de Ylsagogè et des Topiques par Athanase de
Balad, mort en 68V19), soit des leçons tirées de la traduction syriaque,

18 On trouvera quelques détails supplémentaires sur cette typ ologie de


l ’annotation, contenue dans le P arisin u s, dans notre étude “Une ancienne ‘édition’
arabe”, op. cit. ; cf. aussi H. HUGONNARD-ROCHE, “Contributions syriaques aux
études arabes de logique à l’époque abbasside”, dans A ram , 3 (1991), pp. 193-210.
^ Originaire de Balad, ville située au nord de M ossoul, Athanase fut élève de
Sévère Sebokt, au monastère de Qennesrë ; il vécut ensuite à Nisibe, puis devint, en
683, patriarche de l’église monophysite d’Antioche. Il traduisit aussi en syriaque les
R éfu tation s S op h istiq u es d’Aristote (comme on le verra plus loin), et peut-être les
S e c o n d s A n a ly tiq u e s . Il com posa égalem ent une “Introduction à la logique
d’Aristote” : cf. l ’édition syriaque par G. FURLANI, “Una introduzione alla logica
aristotelica di Atanasio di Balad”, dans R endiconti della R eale A ccadem ia d e i L incei,
Classe di scienze morali, storiche e filologiche, s. V, voi. 25, Roma, 1916, pp. 717-
778 ; cf. aussi une brève analyse de l ’ouvrage et sa traduction par G. FURLANI,
“Sull’introduzione di Atanasio di Baladh alla logica e sillogistica aristotelica”, dans
A tti d e l R eale Istituto Veneto d i scienze, le tte re e d arti, 81 (1921-1922), pp. 635-644,
et “L ’introduzione di Atanasio di Bâlâdh alla logica e sillogistica aristotelica, tradotta
dal siriaco”, dans A tti d el R eale Istituto Veneto di scienze, le tte re ed a rti, 85 (1925-
1926), pp. 319-345.
28 H. HUGONNARD-ROCHE

qui est la source immédiate de la traduction arabe. A celà, il faut ajouter


les leçons qui peuvent représenter un premier état de la traduction arabe,
ou une correction de la traduction arabe, - les variantes pouvant être
liées, ou non, à la même source syriaque.
Un autre point est à souligner encore, s’agissant de l’analyse des
variantes consignées dans les notes du Parisinus. En dépit, en effet, de
leur unité codicologique - produit de leur réunion par Ibn Suvâr en une
même édition annotée -, les textes du Parisinus ont eu, avant leur
réunion, chacun une histoire particulière, qui tenait aux modalités
complexes de l’assimilation de la logique aristotélicienne en syriaque et
en arabe. Il convient donc de distinguer les situations propres à chacun
des textes, pour formuler des remarques pertinentes sur les méthodes de
traductions à l’œuvre dans les différents cas. Et, dans la suite, nous
considérerons séparément plusieurs traités de V Organon, pour illustrer
diverses situations de traduction.
*

Nous commencerons par VIsagogè de Porphyre. La traduction arabe


a été faite par Abu 'Utmân al-Dimasqï (mort après 9 14)20, probablement
à partir du grec et non d’une version syriaque, mais nous nous y
arrêterons pourtant un instant, pour l’intérêt qu’elle présente à propos de
certains points de méthode. Cette traduction est accompagnée de
commentaires d’Ibn Suvâr, et de notes du même auteur, qui attestent
qu’il a comparé la traduction avec plusieurs traductions syriaques, en
particulier la traduction ancienne d’Athanase de Balad et la traduction de

20 Selon le F ih r is t d ’Ibn al-Nadïm , Abu 'Utmân al-Dim asqï était attaché au


service du vizir ‘Ali ibn 'Isa (mort en 946), cf. DODGE, op. cit., pp. 700-701. Outre
VIsa g o g e , il traduisit notamment les T opiqu es (livres I-VTI) et le D e gen era tio n e e t
corru ption e d’Aristote, ainsi que le commentaire de Pappus au livre X des E lém ents
d’Euclide, et il est encore connu comme traducteur d’Alexandre d ’Aphrodise (cf.
A. HASNAWI, “Alexandre d’Aphrodise vs Jean Philopon : Notes sur quelques traités
d ’Alexandre ‘perdus’ en grec, conservés en arabe”, dans A r a b ie S c ie n c e s a n d
P h ilo s o p h y , 4 (1994), p. 60, n. 18). A propos de l ’attribution à Abü 'Utmân al-
Dimasqï de la traduction de parties des E lém ents d e th é o lo g ie de Proclus, voir G.
ENDRESS, P ro c lu s A ra b u s, Z w an zig A bsch n itte au s d e r Institutio Theologica in
a rabisch er Ü bersetzung, Beyrouth, 1973, pp. 58-61 (et les lieux signalés dans l ’index,
p. 311) ; voir aussi F. ZIMMERMANN, “Proclus Arabus Rides Again”, dans A ra b ie
Sciences an d P hilosophy, 4 (1994), pp. 9-51 (pp. 24-25).
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 29

Hunayn ibn Ishâq. Dans l’une de ses notes21, Ibn Suvâr indique, en
effet, que la traduction arabe d’al-Dimasqï diverge des traductions
syriaques d’Athanase et de Hunayn, dont il donne les versions en
arabe : la traduction d’al-Dimasqï ne comporte pas les mots que nous
lisons en grec Kai o p-óvov yévoç et « a i o \iovov eISoç (p. 4, 25 et 4,
26 Busse, dont l’apparat ne signale pas de variantes sur ce point) ; c’est-
à-dire que la phrase de Porphyre se lit, dans la traduction d’al-Dimasqï :
“mais la substance, parmi ces choses, est le genre le plus général, et
l’homme est l’espèce la plus spéciale”, tandis que dans les versions
d’Athanase et de Hunayn, telles que le glossateur les restitue en arabe, la
phrase se lit : “mais la substance, parmi ces choses, est le genre le plus
général, c’est-à-dire le genre pur et simple [va-gins faqat], et l’homme
est l’espèce la plus spéciale, c’est-à-dire l’espèce pure et simple [va-
n a v ’cfaqat]”22. Selon une pratique qui lui est habituelle, Ibn Suvâr
signale les différences entre plusieurs traductions, mais sans prendre
parti pour l’une d’elles. Cette note assure du moins qu’al-Dimasqï n’a
pas traduit à partir du syriaque de Hunayn, et elle suggère qu’il disposait
d’un manuscrit grec autre que celui qu’avait utilisé Hunayn.
Une autre note montre Ibn Suvâr plus critique à l’égard de la
traduction d’al-Dimasqï, sur un point qui touche de près à l’expression
d’une notion philosophique. Dans le chapitre de VIsagogè consacré au
“propre”, Porphyre rapporte que les philosophes divisent le “propre” en
quatre sortes, et il décrit la première de ces sortes comme :
“ce qui n’appartient qu’à une espèce, mais non pas nécessairement à
l ’espèce toute entière : ainsi, pour l’homme le fait d’être médecin ou de

21 Pour les textes du P a risin u s et leurs annotations, nous renverrons à l’édition


procurée par A. BADAWI, M antiq A ris tü [Logique d’Aristote], 3 vol. (en pagination
continue), Le Caire, 1948-1952, en mentionnant seulement le nom de l ’éditeur, suivi
de l ’indication de la page (et de la note s ’il y a lieu). Pour la note d ’Ibn S u vâr, que
nous considérons ici, cf. BADAWI, p. 1029, n. 1.
22 II s’agit, dans le passage en question, du fameux “arbre de Porphyre”, et l’auteur
y indique le genre généralissime et l’espèce spécialissime, en prenant l’exemple de la
catégorie de Y ou sia ; pour une traduction moderne du texte porphyrien, cf. Porphyre,
Isa g o g e . Texte grec, T ran slatio B o eth ii , trad. A. DE LIBERA et A. Ph. SEGONDS,
introd. et notes par A. DE LIBERA, Paris, 1998, p. 6 (Sic et Non) : “Eh bien, parmi
ces [termes], l ’essence est le plus général, [c’est-à-dire] ce qui n ’est que genre ;
l’homme est [l’espèce] la plus spéciale, [c’est-à-dire] ce qui n’est qu’espèce”.
30 H. HUGONNARD-ROCHE

pratiquer la géométrie”23 (T ò Sè ïSiov Stoupoûtn xexp ' K oùyàp o


p-ôwp rivi eïSet cru(xpép-r)Kev, et k « î (J.T) n a v r i, ü)ç KvOpúitcp to
taxpe-óeiv q xò -yecupexpeiv p. 12, 13-14 Busse).

L’exemple aristotélicien (“pour l’homme le fait d’être médecin ou de


pratiquer la géométrie”) est rendu, dans la traduction d’Abü 'Utmân al-
Dimasqï, au moyen de l’expression ka-l-tibb wa-l-handasa li-1-insãn
(“comme la médecine et la géométrie pour l’homme”), mais une note due
à Ibn Suvâr contient le commentaire suivant : “il [= Aristote] ne veut
pas dire par là [= par les termes de l’exemple] la puissance qu’a l’homme
de connaître la géométrie et la médecine, mais il veut seulement dire par
là celui qui est médecin en acte, car la puissance de connaître la géométrie
et la médecine est à tout homme, non pas à certains à l’exclusion de
certains autres”24. Ibn Suvâr critique donc la traduction d’al-Dimasqï,
qui ne rend pas exactement la pensée de l’auteur grec. Cette traduction,
en effet, voudrait dire que la première espèce du propre est “ce qui
n’appartient qu’à une espèce, mais non pas nécessairement à l’espèce
toute entière, comme la médecine et la géométrie pour l’homme”. Cette
traduction laisse donc entendre, selon Ibn Suvâr, que la médecine et la
géométrie n ’appartiennent pas nécessairement à toute l’espèce humaine,
ce qui est faux, - la distinction à faire étant celle-ci : la médecine et la
géométrie appartiennent bien à toute l’espèce humaine en puissance, mais
non pas à elle toute en acte.
La suite de la glose ajoute que Hunayn ibn Ishâq, dans sa traduction
syriaque, a excellement rendu le passage, en traduisant (dans la
restitution qu’Ibn Suvâr en fait en arabe) : “bien que cela n ’advienne
pas à tous, comme la pratique [isti’mal] par l’homme de la médecine ou
de la géométrie”25. Hunayn a donc ajouté un mot syriaque (rendu en
arabe, par Ibn Suvâr, au moyen de istfmâl), pour donner un équivalent
de l’expression grecque qui a fait difficulté, à savoir : l’article xó suivi
du verbe à l’infinitif.
Cette tournure, qui indique ici que la qualification exprimée par le
verbe se trouve en acte dans le sujet, a donné lieu à diverses tentatives de
traductions, dont un autre passage du traité donne des exemples. Dans

23 Nous citons la traduction d’A. DE LIBERA et A. SEGONDS, dans Porphyre,


Isa g o g e , op. cit., p. 15.
24 Cf. BADAWI, p. 1049, n. 1. Cette note est explicitement attribuée à Ibn Suvâr
dans le manuscrit, où elle est précédée du nom “al-Hasan”.
25 Cf. BADAWI, p. 1049, n .l.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 31

un passage du chapitre sur le genre, Porphyre observe que, parmi les


predicables, certains se disent d’un seul item, comme les individus (•rôt
axo\ia), tandis que les autres se disent de plusieurs item, comme les
genres, espèces, différences, propres et accidents26. Suivent alors des
exemples, pour chacun de ces predicables ; et en dernier lieu, pour
l’accident, le texte grec se lit : (yup.ßeßT]K0s Sè oîov io ÀtruKÓv, tò
IxáhoLV, to K«0é£ecj0oii (p. 2, 22 Busse). S’agissant du dernier
exemple, toutefois, l’une des versions conservées par les manuscrits
contient la variante : to ica0é£ec70ai koù to Kot0ec*T<xvou (“le fait
d ’être assis et le fait d ’être debout”) (cf. p. 2, 22 Busse, apparat
critique). C’est un texte portant ces deux verbes, mais placés en ordre
inverse, que lirent les traducteurs en syriaque et en arabe, et al-Dimasqî
traduit, pour sa part, les exemples du grec au moyen de l’expression al-
qiyâm wa-l-gulüs (“la position debout et la position assise”)27. Mais un
glossateur, qui probablement n’est autre qu’Ibn Suvâr, a trouvé, “dans
les traductions syriaques” - sans autre précision -, une expression dont
l ’équivalent arabe est donné comme al-gâlis wa-l-qâ’i m (“celui qui est
assis et celui qui est debout”), et le même glossateur a aussi trouvé,
“dans les traductions syriaques anciennes” - sans autre précision - , une
expression dont l’équivalent arabe est donné, cette fois-ci, comme an
yaglisa wa-an yaqüma (“qu’il est assis et qu’il est debout”)28. Cette
dernière tournure est, selon toute vraisemblance, la transposition en
arabe, par le glossateur, de la formule syriaque hâyd- suivie d’un verbe
à l’inaccompli, utilisée couramment par les traducteurs des VIe et VIIe
siècles pour rendre l’expression grecque composée de l’article neutre

26 Cf. la traduction du passage en question par A. DE LIBERA et A. SEGONDS,


dans Porphyre, Isa g o g e , op. cit., p. 3 : “En effet, parmi les prédicables, les uns ne se
disent que d’un seul, comme les individus (par exemple Socrate, cet homme-ci ou
cette chose-ci), tandis que les autres se disent de plusieurs (comme les genres, les
espèces, les différences, les propres et les accidents qui sont communs, et non pas
particuliers à un seul individu [...]”. Les traducteurs gardent aux expressions “être dit
d’un seul”, “être dit de plusieurs” leur indétermination, afin d’éviter l’ajout au texte
d’aucune signification ontologique particulière. Nous employons item , dans la même
intention.
27 Cf. BADAWI, p. 1025.
28 Cf. BADAWI, p. 1025, n. 1. La glose est anonyme, mais elle est bien dans la
manière d ’Ibn Suwâr, qui procède régulièrement par comparaison de diverses
traductions syriaques ou arabes.
32 H. HUGONNARD-ROCHE

suivi de l’infinitif29. Quant à l’expression arabe a1-gâlis wa-1-qã’im


(“celui qui est assis et celui qui est debout”), elle pourrait être la
transposition, par le glossateur, d’une tournure syriaque comportant la
formule hâyd-, suivie non plus d’une forme verbale à l’inaccompli, mais
d’un verbe au participe présent, comme celle que l’on trouve dans la
traduction de Ylsagogè exécutée par Athanase de Balad30. Puisque les
traductions qui nous paraissent s’inspirer de la formule utilisée par
Athanase ne sont pas dites “anciennes” par le glossateur, on ne peut
s’empêcher de penser à Hunayn ibn Ishâq comme à l’un de ces
traducteurs qui auraient pu emprunter à leur devancier Athanase certains
équivalents syriaques de tournures grecques idiomatiques31. Du moins
voit-on, sur cet exemple, les tâtonnements par lesquels ont procédé les
traducteurs, en syriaque ou en arabe, pour transposer, dans leur langue,
une formulation technique propre au grec, ainsi que la pertinence de
l’analyse philologique et philosophique conduite par Ibn Suvâr.
*
Laissons maintenant de côté la traduction gréco-arabe de VIsagogè
de Porphyre pour venir à un autre cas exemplaire, celui de la traduction
arabe des Catégories par Ishâq ibn Hunayn, qui utilisa vraisem­

29 La plus ancienne traduction syriaque connue de l ’Isa g o g e , qui est anonyme et


date du VIe siècle, rend l ’exemple grec par l’expression h â y d-n eteb (e)nãs a v n qûm
(“le [fait] que quelqu’un soit assis ou debout”), cf. l ’édition procurée par S. BROCK,
A q d a m targam a su ryân iyya li-Isa g o g i F ü rfu riyü s [The Earliest Syriac Translation of
Porphyry’s Eisago ge], dans M agallat al-M agm a^ a l-“0Im i al- ^râqî, a l- c dad al-hâss bi-
h a y ’a al-luga al-suryâniyya , 12 (1988), pp. 315-366 (p. 323).
30 Dans la traduction d’Athanase de Balad (exécutée en 645), en effet, l ’exemple
grec est rendu par h â y d -yâ teb < w -hày> d-qâ'em (Te [fait] qu’il est assis et le [fait]
qu’il est debout’), où la tournure h â y d - est suivie d’un participe présent, et non point
d’une forme verbale à l ’inaccompli, cf. l ’édition partielle de la traduction d ’Athanase,
donnée par A. FREIM A NN , D ie Isa g o g e d e s P o rp h y riu s in d en sy r isc h e n
U eb ersetzu n g en , D iss. Berlin, 1897, p. 29. On trouvera une comparaison des deux
traductions syriaques anciennes, l ’anonym e et c e lle d ’A thanase, dans
H. HUGONNARD-ROCHE, “Les traductions syriaques de l’Isagoge de Porphyre et la
constitution du corpus syriaque de logique”, dans R evu e d ’h isto ire d e s te x tes, 24
(1994), p. 293-312.
31 Les sources bibliographiques ne mentionnent, il est vrai, aucune traduction de
V I s a g o g è qui soit attribuée à Hunayn ibn Ishâq, mais il faut ajouter qu’elles ne
mentionnent pas non plus d’autres noms de traducteurs à propos de ce traité, alors que
le glossateur du P a risin u s connaît manifestement plusieurs traductions datant vrai
semblablement de l’époque de Hunayn, en plus de celles qu’il appelle “anciennes”.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 33

blablement la traduction gréco-syriaque de son père Hunayn ibn Ishâq.


Dans le Parisinus, cette traduction d’Ishâq ibn Hunayn est accompagnée,
surtout en son début, de commentaires abondants dans la tradition des
exégètes alexandrins, et de notes se rattachant à la traduction.
La première de ces notes se rapporte à la phrase initiale du texte, qui
s’énonce en grec : 'Optuvop-ot Tuberai Sv ovop.a p.ovov koivóv, ó Sè
Karen xo-uvop.a Aôyoç ttiç oùcnaç erepoç, ktà.. (“On appelle
homonymes les [choses] dont le nom seul est commun, tandis que la
définition de l’essence correspondant au nom est différente”). Dans la
traduction d’Ishâq, le texte se lit : al-muttafiqa asmâ’uhâyuqâlu innaha
allati al-ismu faqat 'âmmun, fa-amma qawlu 1-gawhar alladl bi-hasàbi 1-
ismi fa-muhâlifun32. Cette traduction suit de très près le grec, jusque
dans l ’ordre des mots, et cette littéralité extrême suggère d’ailleurs
qu’Ishâq ne s’est pas borné à traduire en arabe la version gréco-syriaque
de son père, mais qu’il a consulté l’original grec tout au moins, sinon
même traduit sur de nouveaux frais directement du grec. Pourtant Ibn
Suvâr trouve à critiquer la traduction de la phrase susdite, en ces
termes :
“Le mot innaha au moyen duquel Ishâq a traduit n’est pas bon33 34,parce que
l ’ensem ble de l ’expression devient, en quelque sorte, une proposition
[qadiya], à savoir l ’expression : al-m uttafiqa a sm â ’uhâ yu q â lu innaha etc.,
et elle quitte <la fo r m o d’une définition ou d’une description exprimant la
signification [mac nâ] de ‘homonymes’. Nous n’avons pas trouvé cela en
syriaque ni en grec-*4 , et je pense qu’Ishâq l ’a ajouté pour embellir son
style”33.

32 Cf. BADAWI, p. 3.
33 Nous proposons de corriger la note du P a risin u s, qui semble porter la leçon
laysa n h ïl (leçon éditée par A. BADAWI [cf. ci-dessous n. 35] et Kh. GEORR, L es
C atégories d ’A risto te, op. cit., p. 369, mais dépourvue de sens en son lieu), et de lire
la y s a b i- g a y y id (“ n ’est pas bon ” ), comme nous l ’ont suggéré nos collègues
M. Aouad et A. Elamrani-Jamal, que nous avons plaisir à remercier.
34 Ibn Suvâr s’est-il fait aider pour lire le texte grec ? Il est fréquent, en effet,
qu’il se réfère à des traductions syriaques, mais exceptionnel qu’il se rapporte au texte
original d’Aristote, dont il ne semble pas avoir connu la langue.
33 Les notes accompagnant le texte des C atégories dans le P arisin u s ne figuraient
pas dans la première édition de BADAWI, M antiq A ristü , op. cit., mais elles ont été
ajoutées dans la seconde édition M an tiq A r is tü , 3 vol. (en pagination continue),
Kuwait/Beyrouth, 1980 : pour le texte que nous traduisons, cf. p. 84. Une autre
édition de ces notes, avec traduction française (souvent fautive, malheureusement), a
été donnée par Kh. GEORR, Les C atégories d ’A ristote, op. cit. (cf. p 369).
34 H. HUGONNARD-ROCHE

La critique d’Ibn Suvâr enveloppe des considérations tout à la fois


philologiques et logiques. Du point de vue philologique, son argumen­
tation s’appuie sur la fonction grammaticale de la particule ir m a qui ouvre
une phrase complète, formée d’un nom et d’un attribut (que la phrase
soit verbale ou nominale) ; en termes de logique, cette phrase est une
proposition, comportant un sujet, un prédicat, et une copule exprimée ou
non, liant le sujet au prédicat. Or le point de logique, implicite dans la
critique d’Ibn Suvâr, est qu’une définition - ou une description - est
une expression susceptible de remplacer un terme (ou une expression
équivalente) dans toutes ses occurrences, ce qui exclut qu’il puisse s’agir
d’une proposition ; et, en termes de métaphysique, la définition est la
“formule de l’essence” (Àóyoç xo v ri è a n )36 ou “formule qui rend
manifeste la quiddité de la chose” (Aóyoç ò zô ri fjv cfocxt rijj npory^ocn
St)Àcüv)37 : ainsi en est-il, par exemple, de la définition de “homme”
comme “vivant rationnel”. La critique adressée par Ibn Suvâr à la
traduction d’Ishâq peut donc s’exprimer, en termes modernes, en disant
que, par l’addition de la particule ir m a , Ishâq a transformé une définition
(qui est une formule non propositionnelle) en une assertion38. Selon la3

36 Cf. Aristote, S econ ds A n a lytiq u es, II, 10, 93b29. Sur les caractères de la défi­
nition selon Aristote, cf. G.G. GRANGER, La th éorie a risto télicien n e d e la scien ce,
Paris, 1976, pp. 235-249.
37 Cf. Aristote, T opiqu es, VE, 3, 153al5-16.
38 La traduction gréco-syriaque des C a té g o rie s par Hunayn ibn Ishâq est aujour­
d’hui perdue, mais il reste possible de comparer, à propos de la critique émise par Ibn
S u v â r , la traduction arabe d ’Ishâq avec la traduction syriaque “ancienne” des
C atégories par Jacques d’Edesse (mort en 708). Dans cette dernière, la phrase initiale
du traité est rendue ainsi : ûmûnum é rnaiij a w k ît sã w y a y sma, m e ta m rln d-hânun da-
s m i balhüd d -g a v à ; la définition y est introduite, après le participe m e ta m rln qui
traduit le grec Aéyc-cou, par la particule d -, mais celle-ci n ’est pas perçue comme
ayant une valeur assertorique comparable à celle du inna arabe ; cf. l’édition de la
traduction syriaque de Jacques d’Edesse, dans GEORR, L es ca tég o ries d 'A risto te, op.
cit., p. 253. La plus ancienne traduction syriaque des C atégories, d’autre part, qui date
probablement de la seconde moitié du VIe siècle ou de la première moitié du VIL
siècle, énonce comme ceci la première phrase du texte : ûm ûnûm üj h in a w dên
sâ v y a y sm à, m e ta m rln hãnún da-sm â d -g a v â (cette traduction étant inédite, cf. le
manuscrit de Londres, British Library, Add. 14658, fol. 73 ra). Dans cette traduction,
aucune particule ne transforme non plus la définition en phrase assertorique. Il n ’est
pas sûr, cependant, qu’Ibn Suvâr ait eu connaissance de cette traduction, à moins qu’il
ne s ’agisse de celle qu’il cite, en une occurrence, sous le nom d’un certain Yünân
(inconnu, par ailleurs) ; sur ce point, cf. H. HUGONNARD-ROCHE, “Sur les versions
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 35

dernière remarque d’Ibn Suvâr, c’est le souci de son style qui aurait
conduit Ishâq à commettre l’erreur signalée, mais on peut aussi se
demander si Ishâq était en mesure de prendre garde à la difficulté logique
soulevée par son commentateur.
Le motif de la note dont nous venons d’exposer le contenu était
indubitablement d’ordre philosophique, même si la raison trouvée à
l ’incorrection décelée dans la traduction d’Ishâq ibn Hunayn était
attribuée à une recherche stylistique. Dans le Parisinus, rares, en fait,
sont les notes, en marge du texte des Catégories, qui font référence à des
versions syriaques antérieures, que ce soit celle de Hunayn ibn Ishâq ou
quelque autre traduction. L’autorité attachée à la traduction d’Ishâq ibn
Hunayn, peut-être, et aussi le fait qu’Ibn Suvâr ait copié le manuscrit
autographe de Yahyâ ibn 'Adi, qui avait été collationné auparavant avec
l’autographe d’Ishâq, expliquent vraisemblablement la rareté de telles
références : le texte offert à la lecture paraissait satisfaire aux exigences
les plus rigoureuses de la critique philologique.
La méthode d’Ishâq ibn Hunayn, comme traducteur, peut sans
doute se caractériser par une grande littéralité, mais il faut bien ajouter
aussitôt qu’une telle caractérisation, sans autre qualification, présente, en
réalité, fort peu de sens. Un exemple simple le montre aisément. Ishâq
traduit presque toujours le mot grec Àóyoç par le mot arabe qawl,
exceptionnellement par hadd, même lorsque la signification du grec est
celle de définition39 : on pourrait donc dire qu’il s’agit là d’une fidélité
lexicale plutôt que sémantique. La fidélité peut aussi prendre la forme
d’un syriacisme, telle la traduction par Ishâq de l’adverbe grec de lieu
îto"u (le “ où ” dans la liste des catégories40) à l’aide du mot aynâ,
emprunt par l’arabe du pronom interrogatif syriaque aynâ, qui est glosé
par la suite à l’aide du terme arabe idiomatique haytu. Autre influence du
syriaque, plus subtile : la traduction de l ’adverbe grec ànA côç
(“simplement, absolument”) par l’expression bi-l-gumla (qui signifie
littéralement “en somme”) est une transposition de la traduction syriaque
du même mot grec au moyen de la forme adverbiale gavãnã ’It (“en

syriaques des Catégories d’Aristote”, dans Journal A sia tiq u e, 275 (1987), pp. 205-
222.
39 On peut d’ailleurs observer que le mot hadd figure à plusieurs reprises dans
l ’annotation, comme glose explicative de q a w l , que ceci soit dû à Ibn Suvâr ou à
Yahyâ ibn 'Adi.
40 Cf. Aristote, C a tég o ries, 4, lb26.
36 H. HUGONNARD-ROCHE

commun, en général”)41. Inversement, il peut se faire qu’Ishâq modifie


délibérément le texte grec, spécialement lorsqu’il s’agit d’exemples
destinés à expliciter, dans le traité d’Aristote, un point technique de
logique ou de philosophie. Ainsi, dans le passage consacré aux
paronymes, au début des Catégories, Aristote illustre le procédé de
dérivation paronymique à l’aide des exemples suivants : oîov a n ci t F)Ç
■ypoqAp-cxTiKTjç ó ypoqqi-craicòç Kai àn ò xfjç àvSpeíaç ô àvSpeîoç
(“ainsi de grammaire vient grammairien, et de courage, [homme]
courageux”)42. Ishâq remplace ce texte par un autre, dont la traduction se
lit : “ainsi éloquent [a1-fasîh, ‘pur arabe’] vient d’éloquence [al-fasâha,
‘pureté de la langue’], et courageux de courage”43.
*

De semblables exemples des pratiques adoptées par Ishâq ibnHun-


ayn peuvent se lirent dans sa traduction du De interpretatione, pour
laquelle il avait aussi à sa disposition une traduction gréco-syriaque de
son père Hunayn ibn Ishâq. Nous avons de surcroît la chance de
posséder, outre le texte du Parisinus, un fragment d’une version ano­
nyme plus ancienne que le texte de Paris, qui est peut-être l’œuvre de
Hunayn ibn Ishâq ou bien un premier état de la traduction d’Ishâq ibn
Hunayn lui-même44. Les deux versions sont, en effet, étroitement appa­

41 Cf., par exemple, C a té g o rie s, 2, lb6, et BADAWI, p. 5 (ligne 1) ; par compa­


raison, les deux traductions syriaques “ anciennes ” connues, l ’anonyme et celle de
Jacques d’Edesse, rendent «nAtüç par le même mot syriaque p s îttâ 'ït qui sign ifie
“ simplement ” : cf. ms Londres Add. 14658, fol. 73 va (ligne 31) et GEORR, L es
C a té g o rie s d ’A r is to te , op. cit., p. 254 (ligne 24). Postérieurement à Ishâq, c ’est
l’expression ‘a lãal-itlãq (ou bi-1-itläq) qui s ’imposera comme la traduction habituelle
de cenAii ç.
42 Cf. C a tég o ries, 1, la l4 -1 5 .
43 Cf. BADAWI, p. 3.
44 Sur ces deux traductions, voir H. HUGONNARD-ROCHE, “La tradition syro-
arabe du P eri H erm eneias”, à paraître dans les actes du colloque Le texte d e l ’Organon
d ’A risto te e t se s com m en tateu rs an ciens, Montréal, 1-3 septembre 1996, où nous
reprenons et modifions, sur certains points, la description de la tradition orientale du
P eri H erm eneias telle qu’elle est donnée par son plus récent exégète, E. MONTANARI,
La sezion e linguistica d e l P e ri H erm eneias d i A ristotele, 2 voi., Firenze, 1984-1988,
vol. 1, p. 87-97. Le fragment de la traduction anonyme, conservé dans un seul
manuscrit (Berlin, syr. 88 = Petermann 9), a été édité par J.G.E. HOFFMANN, D e
H erm eneuticis a p u d Syros A risto teleis, Leipzig, 1869 (2e édition, 1873), pp. 55-62 ;
les leçons de ce manuscrit figurent aussi comme variantes dans l ’édition de la
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 37

rentées, voire même semblables sur des phrases entières. Mais ce qui est
intéressant ici, ce sont les divergences entre les deux versions,
spécialement celles où l’on est fondé à reconnaître un travail de révision
de la part d’Ishaq.
Dans le premier chapitre du De interpretatione, deux mots grecs, en
particulier, sont traduits différemment dans les deux versions : le mot
rrp<vy[x<xTa, d’une part, dans le passage où il est dit que les choses
(np^Yp-atcx) dont les affections de l’âme sont les répliques sont
identiques chez tous les hommes45 ; et le mot vôr\\xa., d’autre part, dans
ses deux occurrences, où il désigne les pensées dans l’âme, en lesquelles
réside, ou non, le vrai ou le faux46. Dans la version anonyme, ces mots
sont traduits respectivement par al-umûr (“choses, affaires”) et par al-
msFnâ (“signification, notion”, mais aussi “chose”). Dans la version
d’Ishâq, c’est ■npà’yp.atot qui est traduit par al-macâm{pluriel de ai­
utatila), tandis que vÔT|p.a est traduit par al-macqül (“concept, pensée”).
Ce dernier terme (participe passé de ‘aqala “concevoir, penser”) est
formé sur la même racine que le mot ‘aql qui a été spécialisé, dans les
textes philosophiques arabes, comme équivalent du voîjç grec. Quant au
terme al-maFnâ, il peut désigner aussi bien le contenu sémantique d’un
mot ou d’une phrase que leur référent ; il est donc particulièrement apte à
rendre le mot grec rTpScyp-a, dont le champ sémantique très large
recouvre celui du mot arabe47.
Comme on le voit sur l’exemple précédent, certaines des
modifications apportées par Ishâq à la traduction anonyme ont eu pour
but de substituer, à un vocabulaire non technique (ce qui est notamment

traduction d’Ishâq, par I. POLLAR, D ie H erm eneutik d es A risto teles in d e r arabischen


Ü bersetzung, Leipzig, 1913 (Abhandl. für die Kunde des Morgenlandes, X m , 1).
45 Cf. D e in te rp re ta tio n e , 1, 16a6-8 : S v p c v r o i t « w « OT|p,eîct -npancav,
-ra m a neten net Bracee et tt|ç v)/o x ÔS; £ v toevra. ó|xoitip.otta np«ypocrot t¡St]
•ta-ùrét.
46 Cf. Ibid., 1, 16al0 (vÓT)p.ot) et 16al4 (v o r d e m ).
47 Sur les emplois de npêcyp.« en philosophie, voir par exemple P. HADOT, “Sur
divers sens du mot p r a g m a dans la tradition philosophique grecque” , dans
P. AUBENQUE (éd.), C on cepts et c a tég o ries dan s la p e n sé e an tiqu e, Paris, 1980,
pp. 309-319. Pour le mot arabe m ac nan, voir G. ENDRESS, “Grammatik und Logik.
Arabische Philologie und griechische Philosophie im Widerstreit”, dans B. MOJSISCH
(éd.), S prach ph ilosoph ie in A ntike und M ittela lter, Amsterdam, 1986, pp. 163-299
(pp. 207-209).
38 H. HUGONNARD-ROCHE

le cas du mot al-umür), un vocabulaire dont les acceptions sont spécia­


lisées dans des sens philosophiques déterminés.
D ’autres modifications effectuées par Ishâq visent à expliciter, pour
le lecteur de langue arabe, les exemples ou l’argumentation d’Aristote,
comme on l’a observé plus haut à propos de la subsitution de fasïh
(“éloquent”) à ■ypoqm.axiKÔç (“grammairien”), destinée à illustrer la
dérivation paronymique. S’agissant du De interpretatione, l’expression
KaAoç mrroç, simplement translittérée dans la version anonyme (en
qâlüs ïbus), est d’abord translittérée (en qâlüs ibus) par Ishâq, puis
glosée par lui à l’aide de sa traduction arabe far as fârih (“cheval
agile”)48.
D ’autres illustrations de la même pratique pourraient être citées,
mais nous n’en retiendrons qu’une seule, extraite du passage où Aristote
explique que, dans les mots composés, la partie n’a pas de signification
prise par elle-même. L ’exemple donné par Aristote est énoncé dans la
portion de phrase suivante : oîov èv xcp ènotKxpoKéÀTiç xo kcàt]ç (“par
exemple dans le mot è-notKXpoKcAT)ç [‘vaisseau de pirate’] le mot KeA-qç
[‘vaisseau’] <ne signifie rien par lui-même>”)49. Cette portion de phrase
est entièrement omise dans la traduction anonyme, peut-être parce que le
mot èíT<xicxpOK£ÍÀT)ç a paru trop difficile à comprendre ou à traduire ;
Ishâq, pour sa part, traduit cette portion de phrase, mais il substitue au
mot d’Aristote un autre mot, également emprunté à la langue grecque,
dont il donne d’abord la translittération, à savoir fîlüsüfus, et qu’il glose
ensuite par la traduction arabe de ses deux éléments : m u ’tiru 1-hikma
(“sectateur de la sagesse”)50. Ainsi Ishâq complète la version anonyme,
mais il ne traduit pas le mot composé donné en exemple par Aristote,
certainement peu intelligible pour un lecteur arabe ; la langue arabe ne
connaissant pas les mots composés à la manière du grec, Ishâq emprunte
alors un autre mot au grec, celui de ñlüsüfus, qui ne pouvait être inconnu
des philosophes de langue arabe, lecteurs d’Aristote51.

48 Cf. D e in terpretation e, 2, 16a22 ; BADAWI, p. 60.


49 Cf. D e in terpretatione, 2, 16a26.
50 Cf. BADAWI, p. 60.
51 Nous avons tiré ces quelques exemples, qui se rapportent au D e interpretatione,
de notre étude “La tradition syro-arabe du P eri H erm eneias", op. cit., où l ’on trouvera
d’autres points de comparaison entre les deux traductions arabes du traité d’Aristote,
l’anonyme (peut-être due à Hunayn) et celle d’Ishâq îbn Hunayn.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 39

Pour qualifier la pratique d’Ishâq, plusieurs éléments, on le voit,


doivent être pris en compte. On peut dire que ses traductions sont
proches du grec par la phraséologie et la construction des phrases, qui
suit assez fidèlement le mouvement, voire l’ordre des mots, de la phrase
grecque. En cela, Ishâq a pu s’aider de la pratique des traductions en
syriaque, dans la mesure où la souplesse syntaxique de cette langue a
permis aux traducteurs du grec en syriaque de calquer la structure de
l’original grec. Naturellement il faudrait aussi prendre en considération
l’aptitude particulière d’Ishâq à cet exercice, sa maîtrise des diverses
langues en jeu, et sa compétence philosophique, mais ces éléments sont
difficiles à apprécier, faute de critères précis d ’analyse. D ’autres
éléments, de provenance syriaque, interviennent aussi dans les
traductions d’Ishâq : ce sont notamment des emprunts lexicaux ou
morpho-syntaxiques, qui peuvent avoir leur origine soit dans la version
syriaque utilisée par Ishâq comme source de sa propre traduction arabe,
soit encore dans une influence naturelle de la langue syriaque sur un
locuteur appartenant à une communauté dont c’est la langue de culture.
D ’autre part, nous avons noté plus haut que les traductions d’Ishâq
se caractérisent par une littéralité que nous avons dite lexicale, et nous
avons signalé la traduction quasi systématique de Àóyoç par qawl, et les
traductions de vó-qp-a et des mots de même racine que voûç par des
mots de la racine arabe ‘aqala, “concevoir, penser”. Mais il a fallu
aussitôt nuancer cette remarque, par l’observation opposée des écarts
volontaires du traducteur par rapport à sa source. Les exemples les plus
frappants de cette pratique sont ceux dans lesquels Ishâq transpose, pour
un lecteur de culture arabe ou syro-arabe, certains traits spécifiques à la
langue ou à la culture grecque. Si l’on reprend la dichotomie usuelle
entre traduction orientée vers le texte source et traduction orientée vers le
lecteur, on constate donc que les traductions d’Ishâq présentent les deux
caractères conjointement. Et si l’on s’en rapporte à une division entre
traduction ad litteram et traduction ad sensum, les traductions d’Ishâq
entreront aussi dans les deux catégories à la fois. Un seul trait ne suffit
donc pas à caractériser ces traductions, mais il faudrait pour cela prendre
en considération un ensemble d’éléments, qui touchent au lexique, à la
syntaxe, aux innovations dans le domaine du vocabulaire technique, aux
influences syriaques, etc.
*
Poursuivant notre examen du Parisinus, nous en venons à la
traduction des Premiers Analytiques, qui est l’oeuvre d’un certain Tadarï
40 H. HUGONNARD-ROCHE

ibn Basil, dont le frère Istifân ibn Basil est connu pour avoir traduit, du
grec en arabe, en collaboration avec Hunayn ibn Ishâq, le Ilcpt -uàt| ç;
iotTptKrjç de Dioscoride52. Nous n ’avons pas d’information sur la
langue à partir de laquelle Tadârï a traduit les Premiers Analytiques, mais
nous apprenons, par le bibliographe Ibn al-Nadïm, que ce traité a été
partiellement traduit du grec en syriaque par Hunayn ibn Ishâq et
qu’Ishâq ibn Hunayn aurait achevé la traduction commencée par son
père. Nous sommes informés aussi, par Ibn al-Nadïm, que Hunayn
aurait revu la traduction de Tadârï53. Il y a donc lieu de penser que la
traduction de Tadârï a pu être faite, sinon à partir du syriaque, au moins
avec l’aide d’une version syriaque. H serait d’ailleurs judicieux, croyons-
nous, d’abandonner l’idée qu’une traduction arabe, dans le “cercle de
Hunayn” du moins, ait été faite nécessairement à partir de l’une des deux
langues, grecque ou syriaque, à l’exclusion de l’autre. Il nous semble,
au contraire, fort probable qu’à l’époque de Hunayn, où des versions
grecques aussi bien que syriaques étaient assez largement en circulation,
les unes et les autres aient été consultées par les traducteurs en arabe, qui
possédaient la connaissance des deux langues. Ce qui était sans aucun
doute le cas de Tadârï.
La traduction de Tadârï, telle qu’elle est conservée dans le Parisinus,
est un texte qui a subi, à n ’en pas douter, des modifications ou
corrections, comme le montre la comparaison avec le texte de la même
traduction préservée dans le manuscrit d’Istanbul, Ahmet DI, 3362 (fol.

52 Voir M. ULLMANN, D ie M edizin im Islam , Leiden/Köln, 1970, pp. 259-260


(Handbuch der Orientalistik, Erste Abteilung, Ergänzungsband VI, Erster Abschnitt),
qui conclut ainsi le paragraphe qu’il consacre à la traduction arabe de Dioscoride : “Die
Dioskuridesübersetzung des Istafân und H unain ist in ihrer Genauigkeit und
sprachlichen Prägnanz eine der besten Leistungen der Übersetzungsliteratur jenes
Jahrhunderts” . Istifân traduisit aussi des œuvres d’Oribase et de Galien (avec des
corrections de Hunayn) : cf. Fihrist, trad. DODGE, p. 683, 688.
53 Cf. F ihrist, trad. DODGE, p. 599. Dans le F ihrist, comme dans le titre du traité
dans le P arisinus (fol. 66 r), la traduction des P rem iers A nalytiques est donnée comme
l’œuvre de Tadârï, sans autre précision. Ce traducteur a été communément identifié
avec l’évêque melkite de Harrân, Théodore abü Qurra, à la suite d’une suggestion faite
par P. KRAUS, “Zu Ibn al-Muqaffa”, dans R ivista d eg li Studi O rien tali, 14 (1933), p.
1-20 (p. 3), jusqu’à ce que l ’on découvre l ’attribution plus précise de la traduction à
“Tadârï b. Basïl frère d’Istifân”, sur la page de titre du traité dans le manuscrit
d’Istanbul, Ahmet III, 3362. Sur ce manuscrit, et “l’édition” qu’il contient des quatre
premiers traités de V O rganon, cf. H. HUGONNARD-ROCHE, “La traduction arabe des
P rem iers A nalytiques d’Aristote”, op. cit.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 41

60v sq.)54- Ce dernier contient, en effet, ainsi que nous l’avons montré
ailleurs55, un état du texte antérieur à celui que représente le Parisinus,
sans que l’on sache toutefois si les divergences, ou certaines d’entre
elles, sont dues à l’intervention de Hunayn lui-même, comme pourrait le
suggérer la remarque d’Ibn al-Nadïm, touchant la révision qu’aurait faite
Hunayn. D ’autre part, le Parisinus contient de nombreuses gloses qui se
réfèrent à des versions syriaques, soit anonymement, soit en citant les
noms des traducteurs, à savoir Hunayn et son fils Ishâq, mais aussi
Athanase de Balad (déjà rencontré à propos de sa traduction de Ylsagogè
de Porphyre) et Théophile d’Édesse (mort en 785), qui fut astrologue du
calife al-Mahdï56.
Une première observation se tire de la présentation même des textes
dans les deux manuscrits. Dans celui d’Istanbul, certains mots grecs sont
rendus par deux mots arabes juxtaposés, dont le deuxième est
manifestement une glose du premier, incluse dans le corps même du
texte, qui devait appartenir à l’annotation, dans un état antérieur de la
tradition. Un exemple remarquable de cette pratique est la juxtaposition
constante (à deux ou trois exceptions près, dans les sept premiers

54 Ce manuscrit est daté du XIIF siècle approximativement, dans le catalogue de


F.E. KARATA Y, T opkapi Sarayi M üzesi Kütüphanesi A ra p ça Y azm alar K atalogu , t.
3, Istanbul, 1966, p. 616, n° 6643 (= Ahmet III 3362). Il contient quelques notes
latines - des définitions de termes clés - , qui sont concentrées, pour l’essentiel, sur les
premières pages des C atégories. Ces définitions, qui seraient tirées de la traduction de
Boèce, auraient été portées sur le texte par un érudit latin, vers la fin du X lT siècle ou
le début du XIlT siècle, selon C. Bumett, qui rapproche l’activité de cet annotateur des
activités de traduction et d’étude qui se développèrent dans l ’entourage et avec le
soutien de l’empereur Frédéric II Hohenstaufen (1194-1250), à la cour comm e à
l’Université fondée à Naples en 1224 : cf. C. BURNETT, ‘T h e ‘Sons o f Averroes with
the Emperor Frederick’ and the Transmission o f the Philosophical Works by Ibn
Rushd”, dans A v e rro e s a n d th e A risto te lia n T radition , ed. by G. ENDRESS and
J. A. AERTSEN, Leiden, 1999, pp. 259-299 (p. 274) (Islamic Philosophy, Theology
and Sciences, XXXI).
55 Cf. notre étude “La traduction arabe des P rem iers A n alytiqu es d’Aristote”, op.
cit.
56 Chrétien maronite originaire d ’Edesse, Théophile traduisit aussi les R éfutations
so p h istiq u es (voir plus loin), et on lui attribue également une traduction syriaque du
texte d’Homère : cf. A. BAUMSTARK, G esch ich te d e r syrisch en L itera tu r, Bonn,
1922, p. 341-342 ; M. ULLMANN, D ie N atur- und G eh eim w issen sch aft im Islam ,
Leiden, 1972, p. 302 (Handbuch der Orientalistik, Erste Abteilung, Ergänzungsband
VI, Zweiter Abschnitt).
42 H. HUGONNARD-ROCHE

chapitres du traité que j ’ai examinés) des mots sîlügîsmüs et qiyâs, - les
accords grammaticaux étant semblablement respectés pour les deux
termes. De plus, les deux mots sont toujours écrits dans le même ordre,
sîlügîsmüs précédant qiyâs. Le manuscrit de Paris, au contraire, porte
presque toujours qiyâs seul, exceptionnellement sîlügîsmüs, jamais les
deux mots ensemble. L ’explication la plus vraisemblable de cet état de
chose est que sîlügîsm üs ait été la forme primitive du traducteur
(vraisemblablement reprise d’une précédente transcription du mot grec en
syriaque, selon l’usage adopté dans cet langue), et que le mot qiyâs ait
été ajouté ensuite par un correcteur, - soit que celui-ci ait voulu
spécialiser un terme arabe déjà existant (et signifiant “analogie”) pour
rendre la notion de syllogisme, soit qu’il ait voulu adapter le lexique de la
traduction à un usage canonique déjà établi.
Parmi d’autres mots interpolés dans le texte primitif, qui repré­
sentent aussi des corrections ou des mises à jour du vocabulaire, on peut
citer al-mahmül (“l’attribué, l’imputé”), accolé à al-maqül (“le dit”), pour
rendre le grec xo KaxryyopeîaSat, dans le manuscrit d’Istanbul, là où le
manuscrit de Paris a seulement al-mahmül51*.
Autre exemple : le mot qui traduit StotAxiexai (qui signifie “se
résout”, lorsqu’il s’agit du terme en quoi se résout la prémisse) est
tanhallu (“est analysée”) dans le manuscrit de Paris, alors que, dans le
manuscrit d’Istanbul, sont accolés les deux mots tanqasimu (“est
divisée”) tanhallu, où le second mot représente une traduction
assurément plus proche du mot grec que le premier58.
Reportons-nous maintenant aux notes du Parisinus, pour observer
quel usage le glossateur a fait des traductions syriaques qui étaient à sa
disposition. Pour l’ensemble du traité, on relève cinq mentions de la
traduction ancienne d’Athanase de Balad, et onze mentions de la
traduction de Théophile d’Edesse59, et à propos de quatre des cinq

51 Cf. P rem iers A n alytiqu es, I, 1, 2 4 a l4 ; BADAWI, p. 104 ; une note marginale
indique d’ailleurs qu’une copie (nusha) porte al-m aqül, cf. BADAWI, ib id ., n. 4, dans
laquelle il faut lire al-maqül, avec le manuscrit, au lieu de al-qaw l.
58 Cf. BADAW I, p. 107 ; la leçon ta n q a s im u , que nous considérons comm e
primitive, est portée en interligne, au-dessus du mot tanhallu, dans le manuscrit, cf.
BADAWI, ib id ., n. 4.
59 Nous laisserons ici de côté la vingtaine de notes marginales qui renvoient aux
traductions syriaques de manière anonyme, au moyen d ’expressions semblables à
celles que nous avons mentionnées plus haut : “dans les traductions syriaques”, “dans
le syriaque”.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 43

citations empruntées à la traduction d’Athanase, le glossateur note que


celle-ci est en accord avec celle de Théophile, contre l’une ou l’autre des
autres traductions60 - ce qui nous porte à penser que la traduction de
Théophile aurait été une révision de celle d’Athanase, ou du moins
exécutée avec l’aide de cette dernière. En outre, dans la seule occurrence
où les quatre traductions - d’Athanase, de Théophile, de Hunayn et de
Tadârï -, sont explicitement mentionnées par le glossateur, les deux
premières, selon lui, sont semblables entre elles et différentes des deux
dernières qui s’accordent entre elles61. Il semble donc que Tadârï a
repris, sur nouveaux frais, la traduction du texte d’Aristote, et que
l’emploi des traductions anciennes soit plutôt le fait des glossateurs du
X e siècle que celui des traducteurs œuvrant dans l’entourage de
Hunayn62. L ’impression prévaut, d’autre part, à la lecture des gloses,
que les traductions d’Athanase et de Théophile sont syntaxiquement
moins proches du grec que celles de Hunayn et de Tadârï ; s’agissant du
lexique, il est plus difficile d’en juger, dans la mesure où ces traductions
syriaques sont retraduites en arabe par le glossateur, et où les citations
qui en sont faites sont généralement de peu d’étendue. L’intention d’Ibn
S u v âr, en faisant mention de ces traductions, n’est donc pas, pour
l ’essentiel, d’établir la lettre même du texte, mais d’en vérifier
l’exactitude ad sensum et la pertinence du point de vue de son contenu
logique. On pourrait alors dire qu’il s’agit d’une collation ad sensum
plutôt qu'ad litteram, en transposant à l’édition une opposition usuelle
pour traiter des traductions.
Voici un exemple concernant la traduction de Hunayn, citée par le
glossateur. Au premier chapitre des Premiers Analytiques, Aristote
explicite la différence entre prémisse démonstrative et prémisse dia­
lectique - la première étant l’assumption de l’une des parties d’une
contradiction, la seconde étant la demande faite à l’adversaire que soit
concédée une proposition - , puis il ajoute que “cela ne fera aucune
différence quant à la production du syllogisme pour chacun des deux

60 D ’après les indications du glossateur, l ’accord se fait trois fois contre la


traduction de Tadârï, deux fois contre celle de Hunayn et une fois contre celle d’Ishâq,
cf. BADAWI, p. 113, n. 4 ; p. 115, n. 4 ; p. 116, n. 2 ; p. 284, n. 2.
61 Cf. BADAWI, p. 113, n. 4.
62 Sur ce point, voir nos remarques dans “Contributions syriaques”, o p. c it.
(notamment p. 207). Nous n ’excluons certes pas que Tadârï ait pu consulter telle ou
telle version syriaque ancienne, mais nous voulons dire qu’il n ’a pas pris comme base
de son travail l’une de ces versions anciennes.
44 H. HUGONNARD-ROCHE

[celui qui démontre ou celui qui interroge dialectiquement]” (o-ùSèv Se


Sioícrei trpôç to ’yevéoGar tô v CKatépo-u <ruÂAoyiqj.óv)63. La
traduction de Tadârï explicite la phrase d’Aristote, de manière quelque
peu embarrassée, comme ceci : “Il n ’y a pas entre la prémisse
démonstrative et la prémisse dialectique de différence en ceci qu’il peut y
avoir, à partir de chacune des deux sortes, un syllogisme”64. Par
contraste, la traduction de Hunayn, citée en marge, est remarquable de
sobriété : “pas de différence dans la production du syllogisme à partir de
chacune des deux <prémisses>”65.
Considérons aussi une traduction de Théophile, citée par le
glossateur. Immédiatement après le passage d’Aristote que nous venons
de citer, le philosophe poursuit de la façon suivante : “en effet, celui qui
démontre et celui qui questionne fait un syllogisme [une déduction], en
assumant que quelque chose appartient ou n ’appartient pas à quelque
chose” (kocÎ y à p ó òmoSeticvúoov KOtì ó èpcüxûv GUÂAoyíÇeTai
Atxßcuv xi K ara tivoç vnápxeiv ^ |xf] -ú-nápxeiv)66. La traduction de
la seconde partie de la phrase par Tadârï se lit : “lorsqu’il prend une
chose dite ou non dite d’une chose”67. La traduction de Théophile
explicite le texte, comme ceci : “lorsqu’il prend une chose dite d’une
chose, soit affirmativement soit négativement”68.
Ces exemples - et d’autres - montrent que Tadârï n’a pas traduit à
partir de l’une ou l’autre des deux versions de Théophile et de Hunayn,
ou du moins pas uniquement à partir d’elles. Ils illustrent, d’autre part,
l’usage “critique”, qui est fait des traductions syriaques des Premiers
A nalytiques par le glossateur. Elles fournissent des éléments de
comparaison avec la traduction de Tadârï, à défaut de la consultation
directe de l’original grec, devenu inaccessible à des philosophes qui, au
tournant des Xe et XIe siècles, ne savent plus le grec. Elles peuvent
signaler, à l’occasion, des additions dans le syriaque par rapport au texte
de Tadârï ou, au contraire, l’absence en syriaque d’un développement

63 P rem iers A nalytiqu es, I, 1, 24a25-26.


64 Cf. BADAWI, p. 105-106.
66 Cf. BADAWI, p. 105, n. 8. Notons que dans les deux traductions, celle de
Tadârï et celle de Hunayn, le mot grec CKocré pou est interprété comme se rapportant
aux prémisses.
66 P rem iers A n alytiqu es, I, 1, 24a26-28.
67 Cf. BADAWI, p. 106 : i d i ¿hada s a y ’an m aqülan 'ala s a y ’in aw g a y ra m aqülin.
68 Cf. BADAWI, p. 106, n.3 : naql T äw fll : i d i ahada say an m aqülan 'ali s a y ’in
im m i bi-1- ’Ig ib i w a -im m i bi-l-salbi.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 45

présent dans la version de Tadârï. Mais, le plus souvent, ce sont des


variations terminologiques qui sont ainsi notées, ou des variantes de
traduction, qui touchent en général à l’expression des notions techniques
de la logique, ou encore à l’intelligence même du texte aristotélicien.
*

La traduction des Seconds Analytiques, contenue dans le Parisinus,


présente le cas le plus simple, sans doute en raison de l’étroitesse de la
tradition syriaque et arabe du traité. La traduction a été faite par le
philosophe et logicien Abü Bisr Matta (mort en 940)69, à partir de la
traduction syriaque réalisée par Ishâq ibn Hunayn. Les notes marginales
ne mentionnent que deux traductions, celle d’un certain Marãyã, inconnu
par ailleurs, et celle d’Ishâq ibn Hunayn : cette dernière n ’est
explicitement nommée qu’une seule fois, mais c’est probablement elle
qui est visée par les mentions anonymes “dans le syriaque”. Le
glossateur, Ibn Suvâr ou peut-être Yahyâ ibn 'Adì, a relevé quelques
divergences, généralement mineures, entre le texte arabe et la version
syriaque. Ainsi, le glossateur note, en marge d’un passage où l’arabe a la
leçon erronée muttasil, dont le sens est l’opposé du grec Siouperóv70, la
remarque suivante : “dans le syriaque munfasil, et de même Marãyã a
traduit m u n fa sil, et de même dans le commentaire de Jean le
Grammairien [c’est-à-dire Jean Philopon]”71. Autre exemple, concernant
un passage où Aristote cite incomplètement l’axiome bien connu, “si de
choses égales on soustrait des choses égales”, en omettant l’apodose “les
restes sont égaux”72 : la traduction arabe supplée ces mots absents,
tandis qu’ils ne sont pas dans la traduction syriaque, comme le remarque
le glossateur73.
Il semble donc que le glossateur a comparé systématiquement la
traduction d’Abü Bisr Matta avec sa source syriaque et, si l’on en juge
par le peu de variantes signalées dans la douzaine de référence au

69 Chrétien nestorien, Abü Bisr M a tó fut l ’artisan du renouveau des études


aristotéliciennes au début du Xe siècle à Bagdad, et il traduisit diverses œuvres du
Stagirite ainsi que plusieurs commentaires ou paraphrases d’Alexandre, Thémistius et
Olympiodore : cf. la notice de G. ENDRESS, “Matta b. Yünus”, dans E n cyclopédie de
l'Islam , 2e éd„ VI, pp. 835-836.
79 Secon ds A n alytiqu es, I, 22, 84al6.
71 Cf. BADAWI, p. 379, n. 9.
72 Secon ds A n alytiqu es, I, 10, 76b20-21.
73 Cf. BADAWI, p. 340, n. 3.
46 H. HUGONNARD-ROCHE

syriaque que contiennent les notes, la traduction arabe devait apparaître


comme très proche de celle d’Ishâq. Cette fidélité, poussée trop loin,
n ’était pas sans risque toutefois, comme on peut en juger sur l’exemple
suivant. Dans les Seconds Analytiques, Aristote se demande si la
meilleure démonstration (ócnóSei£iç) est l’affirmative ou la négative.
Lorsqu’il pose pour la première fois la question, il désigne l’une et
l’autre à l’aide des termes Komyyopucri et errep-q-nxfi74. Mais au
moment de passer à l’examen de la question, il utilise non plus
KaTryyoptKrj, mais SeucTHC-q, pour désigner la démonstration “positive”
(en ce sens qu’elle ne comporte pas de prémisse négative), par
opposition à la démonstration “privative”, toujours dite œrep-TjTiKfi75.
Abü Bisr Matta traduit ces termes à l’aide des mots burhâniyya et sâliba
respectivement. Ce dernier est la traduction habituelle du mot erra: piymcTi
pris dans l’acception de “négative”. Quant à burhâniyya, c’est l’adjectif
dérivé de burhân qui sert, dans les textes de logique, à traduire
áiróSeixiç. Le traducteur n’a donc pas repéré que Seneme f| - ou plutôt
la traduction syriaque de ce mot -, dans son contexte aristotélicien,
signifiait “positif’ ou “affirmatif’, ou bien il est resté trop fidèle à
l’intermédiaire syriaque. Dans le Parisinus, le mot burhâniyya est
surmonté en interligne du mot mügiba, qui sert habituellement à rendre
Ktmyyopiicfi (ou k «Tonfi axiicf|) : la glose est donc l’œuvre d’un
interprête avisé, alors que burhâniyya est une traduction “philologique”
inadéquate76.
*

Un aspect de l’usage que le glossateur, IbnSuvâr, fait des versions


syriaques mérite d’être observé. Il semble qu’il ne se soit nullement
préoccupé de corriger, au moyen de ces versions syriaques, le texte
copié, mais qu’il se soit borné à porter en note, sur son exemplaire,
diverses variantes qu’il a relevées dans ces versions, comme aussi
certains commentaires qu’il a tirés de copies de ses maîtres ou
prédécesseurs, Yahyâ ibn 'Adi au premier chef, et plus rarement Abü
Bisr Matta. Ce trait nous paraît conforter notre interprétation de la
méthode d’Ibn Suvâr : ce n’est pas à proprement parler, en général,
celle d’un éditeur au sens que nous donnons aujourd’hui à ce terme, en
parlant d’un philologue attaché à restituer, autant que faire se peut, le

74 Secon ds A n alytiqu es, I, 24, 85al4.


76 Secon ds A n alytiqu es, I, 25, 86a32-b39.
76 Cf. BADAWI, p. 393, n. 1 ; voir aussi p. 390, n. 2. Nous avions déjà traité de
cet exemple dans notre étude “La formation du vocabulaire”, op. cit., pp. 30-31.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 47

texte original d’une œuvre dans tous ses détails ; mais c’est pourtant
celle d’un éditeur, si l’on entend par là un philosophe attentif à l’autorité
qui s’attache à la source de son texte - en l’occurrence la qualité du
traducteur et la généalogie des copies jusqu’à la sienne propre - , attentif
aussi à recueillir d’autres traductions, syriaques notamment, dont il
confronte le sens avec la traduction arabe qu’il a reçue de la tradition
savante en cette langue.
Un cas extrême, exemple le plus remarquable de cette attitude, est
celui des Réfutations sophistiques. Dans le Parisinus, trois traductions
de ce texte sont conservées, dont les auteurs sont ainsi identifiés : l’une
est attribuée à Ibn Nâ'ima, traducteur de la première moitié du IXe siècle,
ayant appartenu à ce qu’il est convenu d’appeler le “cercle d ’al-
•Kindï”77 ; une autre est due à Yahyâ ibn 'Adi, qui l’exécuta à partir
d’une version syriaque d’Athanase ; la troisième est due à Ibn Zuria (un
élève de Yahyâ ibn 'Adi)78, qui l’exécuta également à partir de la version
syriaque d ’Athanase. Ces trois traductions ont été découpées
intentionnellement en portions correspondant à des parties identiques du
texte original, et de dimensions telles que les trois portions appartenant
aux trois traductions occupent le verso d’un feuillet et le recto du feuillet
suivant : ainsi sont mises en parallèle, portions par portions, les trois
traductions. La raison de cette mise en parallèle peut se tirer d’une note
placée par Ibn Suvâr à la fin du traité : il n’était satisfait, explique-t-il,
d’aucune des traductions, mais il espérait qu’en s’aidant de toutes on

77 Sur le milieu des traducteurs et savants ayant formé l ’entourage d’al-Kindï,


dans la première moitié du IX' siècle, voir G. ENDRESS, “The Circle o f al-Kindï.
Early Arabie Translations from the Greek and the Rise o f Islamic Philosophy”, dans
The A ncien t T radition in C hristian a n d Islam ic H ellenism , op. cit., pp. 43-76. 'Abd-
al-Masïh ibn Nâ'ima, originaire de Him? (l’ancienne Emèse), traduisit aussi une partie
de la P h ysiqu e d’Aristote, avec le commentaire de Philopon, d ’après le F ih rist d ’Ibn
al-N adïm , cf. trad. DODGE, p. 603. Mais il est surtout connu pour avoir été le
traducteur de la “Théologie d’Aristote”, compilation formée d’extraits des E nnéades de
Plotin (livres IV -V I) : sur cet ouvrage, l ’étude la plus am ple est celle de
F.W . ZIMMERMANN, “The origins o f the so-called T h eo lo g y o f A r is to tle ”, in
P seu d o -A risto tle in the M iddle-A ges : the Theology a n d o th e r texts, ed. J. KRAYE,
W. F. RYAN and C. B. SCHMITT, London, 1986, p. 110-240 (Warburg Institute
Surveys and Texts, XI).
78 Chrétien jacobite comme son maître Yahyâ ibn 'Adi, Ibn Zurc a ne fut pas
seulement traducteur, mais il composa aussi des traités originaux de philosophie et de
théologie : cf. KRAEMER, H um anism in the R enaissan ce o f Islam , op. cit., pp. 116-
123.
48 H. HUGONNARD-ROCHE

pourrait parvenir à saisir le sens des propos d’Aristote. Ses explications


sont pleines de bon sens et nous en donnerons une traduction partielle :
“Puisque le traducteur a besoin, pour rendre le sens, de le comprendre au
moyen de la langue à partir de laquelle il traduit, en sorte qu’il le conçoive
comme celui qui l’a exprimé, et puisqu’il doit connaître l ’emploi de la
langue à partir de laquelle il traduit et celui de la langue à laquelle il traduit,
et que le moine Athanase [de Balad] ne comprenait pas les idées exprimées
par Aristote, des défauts se sont nécessairement glissés dans sa traduction.
Et comme ceux qui ont traduit ce traité en arabe d’après la version syriaque
d ’Athanase, et dont les noms ont été mentionnés, n’en ont pas trouvé de
commentaire, ils ont essayé de comprendre et saisir ses idées, et ils se sont
efforcés d’atteindre le vrai et de saisir le but que visait le philosophe ; ils
ont donc modifié ce qu’ils comprenaient de la traduction d’Athanase <en la
transposant» en arabe.

Puis donc que nous désirions connaître ce qu’était l’apport de chacun d’eux,
nous avons copié toutes les traductions qui nous sont parvenues, pour
qu’en considérant chacune d’elles, on puisse s ’aider des unes sur les autres,
pour saisir le sens.

Le vertueux Yahyâ ibn 'Adi avait fait de ce livre un commentaire dont j ’ai
vu une bonne partie qui équivaut à peu près aux deux tiers, en syriaque et
en arabe [...]. Il avait traduit ce traité avant de le commenter, et de ce fait sa
traduction renfermait certaines obscurités parce qu’il n’en avait pas compris
le sens, et qu’il avait suivi le syriaque dans sa traduction. [,..]”79.

La méthode d’édition suivie par Ibn Suvâr procède donc par juxta­
position de textes, par accumulation de notes et gloses, à la recherche
“des idées exprimées” par Aristote. Il est vrai que le traité des Réfuta­
tions sophistiques présente de redoutables difficultés de traduction et de
compréhension. Et les trois traductions “éditées” sont entourées de
nombreuses notes contenant des citations de fragments d’autres
traductions encore, dont les relations avec les textes copiés sont plus ou
moins étroites. Il ressort, en effet, d’un examen de ces notes, qu’elles
sont réparties de façon particulière. Les 35 citations tirées d’une
traduction anonyme, désignée seulement comme “autre traduction” (naql
âhar), sont toutes attachées à la traduction ancienne attribuée à Ibn
N â'im a, tandis que les 34 citations extraites d’une traduction de

79 Ms P a risin u s, fol. 380r-v. Le texte de la note d ’Ibn S u vâr a été publié dans
GEORR, L es C atégories d ’A ristote, op. cit., p. 198-199 (avec des erreurs), et dans une
édition meilleure par BADAWI, pp. 1017-1018. Nous avons repris, en la modifiant
sensiblement, la traduction française proposée par GEORR, ibid., pp. 199-200.
LES TRADUCTIONS DU SYRIAQUE 49

Théophile d’Edesse sont attachées à la traduction d’Ibn Zuria. Il est donc


vraisemblable qu’il existe un lien entre les traductions citées en marge et
les traductions auxquelles ces citations sont attachées, et l’analyse de ces
traductions et citations - trop technique pour être reproduite ici - engage
nettement à penser, selon nous, que la traduction d’Ibn Zuria serait, en
réalité, une révision de la traduction de Yahyâ (faite à partir du texte
syriaque d’Athanase), avec l’aide de la version syriaque de Théophile80.
En forçant sans doute un peu le trait, on pourrait dire que le cas des
Réfutations sophistiques représente, pour ainsi dire, le paradigme de la
méthode d’Ibn S uvâr, lorsque, du moins, il n ’a pas en sa possession
une traduction dont l’autorité lui est avérée, comme cela se produisait
pour les Catégories ou le De interpretatione, traduits par Ishâq ibn
Hunayn et accessibles dans l’autographe même du traducteur.
Dans son exégèse de textes arabes de VOrganon, le glossateur
conjugue donc souci philologique avec exigence philosophique. Il
contrôle les témoins à sa disposition, lorsqu’il aperçoit une difficulté
conceptuelle dans un passage, et il a recours principalement aux
traductions syriaques, qui sont les témoins les plus nombreux, et les plus
sûrs, du corpus grec original.
*

Le Parisinus ar. 2346 nous a donc fourni des indications sur les
méthodes de traductions de plusieurs savants, et montré la diversité des
procédures suivies selon la source, grecque ou syriaque ou arabe,
utilisée par le traducteur, - selon la compétence aussi du traducteur, et
ses motivations, tel le désir, par exemple, de former ou d’utiliser une
langue technique propre à la discipline logique et philosophique. Nous
avons constaté aussi que le souci de mettre au point un texte d’étude
aussi sûr que possible, par collations, confrontations de versions en sy­
riaque et arabe, accumulation des variantes, etc., a conduit les érudits
bagdadiens à associer étroitement le travail philologique et la recherche
philosophique.

Ecole Pratique des Hautes Etudes - IVe section


Paris

80 Cf. notre étude “Contributions syriaques”, op. cit., pp. 197-199.


Charles B urnett

THE STRATEGY OF REVISION IN THE ARABIC-LATIN


TRANSLATIONS FROM TOLEDO : THE CASE OF
ABO M A‘SHAR’S ON THE GREAT CONJUNCTIONS*

I. Introduction

In the twelfth and thirteenth centuries Toledo was the major centre in
Europe for the translation of texts from Arabic into Latin. The extent to
which the translation-programmes were directed within institutional
frameworks is still unclear1. One can trace apparent continuities : e.g. in
the translation of Aristotle’s works and their commentaries, inaugurated
by Gerard of Cremona, and continued by Alfred of Shareshill, Michael
Scot, and Hermann the German ; and in the translation of Avicenna’s
Shifã’by Avendauth and Dominicus Gundissalinus, Michael Scot
(again) and Johannes Gonzalvi. But evidence for how these translations
were made is sparse. In respect to Gerard of Cremona we have the
testimony of Daniel of Morley :
Cum vero predicta et cetera talium in hunc modum necessario evenire in
Y sagogis Japharis auditoribus suis affirmaret Girardus Tholetanus, qui
Galippo mixtarabe interpretante Almagesti latinavit.. ?■

When Gerard the Toledan, who Latinized the A lm a g e st, Galippus [i.e.
G h ä lib ] the Mozarab interpreting it (for him), was affirming to those

* I am very grateful for the help o f Paul Kunitzsch, Keiji Yamamoto, Roger
Wright, Muhammad Bagheri, Josep Puig and Maria Teresa Peneias, and to Danielle
Jacquart and the participants in her class at the Ecole pratique des hautes études, Paris,
at which some o f the views discussed here were presented.
1 See C. BURNETT, “The Institutional Context o f Arabic-Latin Translations o f
the Middle A ges : A Reassessment o f the ‘School o f T oledo’”, in V o c a b u la ry o f
Teaching an d R esearch betw een the M id d le A g es a n d R enaissan ce, ed. O. WEIJERS,
Turnhout, Brepols, 1995, pp. 214-35 (CIVICIMA, Études sur le vocabulaire
intellectuel du moyen âge, 8).
2 Daniel o f Morley, P hilosoph ia, ed. G. MAURACH, M ittellatein isch es Jahrbuch,
14 (1979), p. 192.
52 Ch. BURNETT

listening to his lecture that this and things like this necessarily happen in
this way in (i.e. accordin g to) the Ysagoga [i.e. Introduction ] o f Ja'far [i.e.
A bÛ M a'sh ar]...

In respect to the collaboration of Avendauth and Gundissalinus we


have the statement of Avendauth himself :
Habetis ergo librum, nobis praecipiente et singula verba vulgariter
proferente, et Domenico Archidiácono singula in Latinum convertente, ex
Arabico translatum3.

Here you have the book translated from Arabic : I [i.e. A ven dau th ] took
the lead and translated the words one at a time into the vernacular language,
and Archdeacon Domenicus turned them one at a time into Latin.

Both these statements imply that the translations were done in two
stages : a speaker of the source language interpreted the text in the
vernacular speech, and a Latin scholar turned this vernacular version into
good Latin4. The aim of this article is to shed light on the mechanics of
translation by looking in detail at the fortunes of one particular work,
apparently translated in twelfth-century Toledo : Abü M a‘shar’s On the
Great Conjunctions (De magnis coniunctionibus)5. This translation
shares with several others produced at Toledo the characteristic of

3 Avendauth’s preface to Avicenna, D e anim a, S. VAN RIET, A vicen n a Latinus,


L ib er d e A nim a, I—Il—III, Leiden, E. J. Brill, 1972, p. 4.
4 See M.-T. D ’ALVERNY, “Les traductions à deux interprètes, d’arabe en langue
vernaculaire et de langue vernaculaire en latin”, in Traduction e t traducteurs au M oyen
 g e , C o llo q u es in tern ation au x du CNRS, IR H T 2 6 —2 8 m a i 1 9 8 6 (Paris, CNRS
éditions, 1989), pp. 193-206, reprinted in EADEM, La tra n sm issio n d e s te x tes
ph ilosoph iqu es e t scientifiques au M oyen  ge, Aldershot, Variorum, 1994, article III.
3 This article supplements the information accompanying the edition o f the text
in A bu M a 'sa r on H istorical A strology, The B ook o f R eligions a n d D yn a sties (O n the
G re a t C o n ju n ctio n s), ed. and transi. K. YAMAMOTO and C. BURNETT, 2 vols,
Leiden, Brill, 2000. All references to this edition are either (1) to the number o f the
Part (in Roman numerals) followed without a comma by the line number o f the text,
or (2) to the Part number, followed, after a comma, by the number o f the chapter and,
in square brackets, the section. A number preceded by ‘G’ is the serial number o f the
word in the Arabic-Latin glossary in vol. II, pp. 354-493. The Latin edition has been
prepared primarily to elucidate the textual tradition, and the meaning, o f the Arabic
text. A collective study concerning the Latin tradition o f the D e m a g n is
con iu n ction ibu s, which should include a critical edition o f the most important Parts
o f the text, is planned.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 53

showing evidence of having been revised by reference to the Arabic


text6.

n. T h e t w o v e r s i o n s o f A l b u m a s a r ,
De M AGN IS CON IU NCTION IBUS

The text which is usually known in Latin as ‘Albumasar, De magnis


coniunctionibus’, is a translation of a text more commonly referred to in
Arabic as ‘The Book of Religions and Dynasties’ (kitãb al-milal wa-l-
duwaT) of Abü Ma'shar Ja‘far ibn Muhammad ibn ‘Umar al-Balkhi (787-
886). It is a comprehensive account, in eight parts, of historical
astrology, i.e. the genre of astrology that predicts conditions and
changes affecting whole nations or religious communities. Abü M a‘shar
includes within this genre the ‘general astrology’ of Ptolemy’s
Tetrabiblos, book II, which concerns climatic and meteorological
changes, and combines Ptolemy’s predictions from the eclipses of the
Sun and the Moon with elements introduced into astrology in Sasanian
Iran — in particular, predictions from the conjunctions of Saturn and
Jupiter, from the conjunction of Saturn and Mars in the sign of Scorpio,
and according to cycles of 360 years (the dawr or ‘orbis’).7 The Arabic
text as we have it was written after 883, and perhaps even as late as
896,8 which gives some plausibility to the ascription of the work, in
certain manuscripts, to Ibn al-Bãzyãr, a pupil of Abü M a‘shar, rather
than to Abü Ma‘shar himself.
The Arabic text is found on its own in eight manuscripts, and,
within a compendium put together in 1358 A.D. by Ibrahim al-Nãsiri in

6 Other texts that exist in revised versions are Abü Ma'shar’s L ib e r in tro d u cto ra
m a io r is a d sc ie n tia m ju d ic io ru m a stro ru m (see section VI below ), P tolem y’s
A lm a g est (see P. KUNITZSCH, D e r Stern katalog d e s A lm a g e st , 3 vols, Wiesbaden,
O. Harrassowitz, 1986-1991) and al-Râzï’s L ib e r A lm an soris (see D. JACQUART,
“Note sur la traduction latine du Kitãb al-M ansürí d e R hazès”, in R evue d ’h istoire d e s
te x tes 24 [1994], pp. 359-74).
7 The doctrine o f On the G rea t C onjunctions is summarised in A b ü M a 'sa r on
H isto rica l A str o lo g y , I, pp. 573-611.
8 Ib id ., II, pp. 612-3.
54 Ch. BURNETT

some further manuscripts9. The Arabic manuscripts may be divided into


an Eastern and Western tradition. The Eastern tradition consists of the
following manuscripts :
T : Teheran, Malik 3106, A.D. 1422/3
M : Teheran, Milli 1147, ^ - l ó 01cent.
C : Cairo, Dãr al-kutub K 3790, A.D. 1785/6
V: Istanbul, Siileymaniye Library, Vehbi 898, A.D. 1912-3
In all these manuscripts the work is attributed to (Ibn) al-Bãzyãr.
To the Western tradition belong :
B : Beirut, Near East School of Theology, Cl. 61 : 10 No. 185,
date unknown.
E : El Escoriai, Biblioteca real, 937, date unknown.
L : London, British Library, Or. 7716, 17th cent.
In all these manuscripts the work is attributed to Abü Ma'shar, as it
is also in the compendium of al-Nãsiri in British Library, Or. 3577 (=
N ; A.D. 1668)10.
The Latin translation has been transmitted in twenty manuscripts and
two Renaissance printed editions11. The printed editions and all the
manuscripts except two give a version which can be described as the
‘vulgate’ version, and is referred to here as Version C. The earliest
representatives of this version are :
C : Cambrai, Bibliothèque municipale, 168, 14th cent.
P : Paris, Bibliothèque nationale de France, lat. 16204, mid-13th
cent.
S : London, British Library, Harley 3631, late 12th /early 13th cent.
U : Vatican City, Biblioteca Apostolica Vaticana, Reg. lat. 1285,
13th cent.
These manuscripts have good credentials, MS P being generally
accepted as a manuscript copied for Richard of Fourni val (1201-

9 See F. SEZGIN, G eschichte des arabisch en Schrifttum s , VII, Leiden, E. J. Brill,


1979, p. 25.
10 The other manuscripts o f this work were unavailable to us.
11 For a complete list o f the manuscripts and printed editions see A b u M a 'sa r on
H isto rica l A stro lo g y, II, pp. xv-xxiv.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 55

ca.1260)12, MS C exhibiting notes in the hand of Raoul Le Prestre,


Pierre d’Ailly’s nephew13, and MS S bearing strong resemblances to the
well-known collection of Gerard of Cremona’s translations, Paris, BNF,
lat. 9335 (see p. 96 below).
Two manuscripts give a different version of the same translation :
V : Vienna, Österreichische Nationalbibliothek, 5478, ca. A.D.
1248
M : Munich, Bayerische Staatsbibliothek, cim. 125, 15th cent.
The different version (referred to here as Version V ) extends over
the. whole work in MS V. Here the De magnis coniunctionibus is
accompanied by Abü M a‘shar’s Liber introductora maioris ad scientiam
judiciorum astrorum, whose date of copying is given in several eras,
which establish that the copy was completed in Toledo on 21 October
1248 within the reign of Ferdinand III, king of Castile and León. MS M
gives a text which shares a lot with MS V in Part I14, but which switches
over to the vulgate version for the rest of the text. Closer readings to
those of MS V have been added as alternative readings in the margins
from the beginning of Part I up to Part H, chapter 5, in a manuscript of
Version C : Vatican City, BAV, lat. 5713 (= Z ; A. D. 1338), and one
or two readings from Version V occasionally occur in the margins of
other manuscripts15.
Two assumptions have been made for the argument of this article :
1) that C represents a revision of V, though, as we shall see, the revision
was by no means carried out in a simple and predictable way ; 2) that
there is no contamination between the two versions. But to the
differences between the texts of the two versions must be added the
consideration of the differences between their glosses.
That the author of the extensive gloss to Version C is the same as the
scholar responsible for C’s text is indicated by the sharing of

12 See D. PINGREE, “The Diffusion of Arabic Magical Texts in Western Europe”,


in L a diffu sion e d e lle scien ze islam ich e nel m edio evo eu ropeo, ed. B. SCARCIA
AMORETTI, Rome, Accademia nazionale dei Lincei, 1987, pp. 57-102 (at 85).
13 I ow e this information to Jean-Patrice Boudet, who kindly passed on
information from Denis M uzerelle, who is about to publish his C a ta lo g u e d e s
m anuscrits d a té s d e la B ibliothèque m unicipale d e C am brai. The relevant notes occur
on fols 28r, 44v (dated 1391), 46r, 48r-v, 51v, 103v, and 107r.
14 For the independent readings o f MS M, see pp. 77-78 below.
15 See A b u M a 'sa r on H isto rica l A stro lo g y, II, pp. xxii.
56 Ch. BURNETT

characteristic terminology between the gloss and the text of C, and by the
fact that an alternative translation to that of V often appears at first as a
gloss to V’s term, and later replaces V’s term in the text. Most significant
is the personal note in one gloss, that ‘I did not translate the <values for
the planets> because they were all corrupt ; nor did I put anything in
their place’16. That this glossator was either from Toledo, or writing for
an audience in Toledo, is indicated by one gloss in which he refers to the
Toledan dialect :
Ss(c)ere est pruritus quidam qui, cum accidit hominibus, reddit locum
ampulosum acsi esset urticatus, et durat pruritus ille cum ampulis ad plus
per horam unam vel duas et recedit, et quidam vocant hanc infirmitatem
‘desudationes’, et in Toleto dicitur ‘maluero’17.

S se re [Arabie sh arâ G 1168] is a kind o f itching which, when it affects


men, makes the place blistery as if it had been touched by nettles. The
itching and blisters last an hour or two at the most, and then they go
away. Some people call this affliction ‘sweating’ ; in Toledo it is called
‘maluero’.

There is no explicit evidence that the glosses in V are written by the


translator. This will be examined in more detail in section IV below, but
the interim assumption will be that the alternative translations and most
of the short explicatory glosses are integral to the text of V.

in. The differences in vocabulary and


STYLE OF TRANSLATION BETWEEN THE TWO VERSIONS

The differences between C and V can be observed on several levels.


First, one may consider the terminology. One should emphasize
immediately that neither V nor C is consistent in its terminology. Nor is
this surprising. For, in the course of translating (or revising) such a large
work, a scholar is likely to change his mind about the most appropriate
word to use, or may simply forget which equivalent word he had used

16 “...quia corrupta erant omnia, ideo non transtuli, nec aliquid ibi posui” : gloss
to V ili 159 : A b u M a 'sa r on H istorical A stro lo g y, II, p. 332.
17 Gloss to V 846 : A b u M a 'sa r on H isto rica l A stro lo g y, II, pp. 328-9.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 57

before ; there is no hint that a glossary is being used by either scholar18.


In spite of this inconsistency, however, certain preferences and
tendencies can be discerned. These are set forth in Table I and can be
examined topic by topic.

A strology

In the case of astrology, V sometimes appears to be making a more


careful choice of terminology than C. For C confusingly translates both
tathlîth (G 289 ‘trine aspect’) and muthallatha (G 291 ‘triplicity’) as
‘triplicitas’, whereas V tries using ‘trinitas’ for the former (both versions
eventually opt for ‘trinus aspectus’)19. Also V ’s ‘corporatus’ as an
astrological term for ‘in bodily conjunction’ (mujãsad G 354) would
seem to be better than C ’s ‘propinquus’. V makes the sense of intahi (G
2242) clearer by frequently writing ‘profectio pervenit’ (for the arrival of
the terminal point), whereas C writes only ‘pervenit’. In the case of tali'
(G 1364), Abu M a‘shar uses the term in two senses : (1) the horoscopic
chart, (2) the ascendant point or place. V makes no distinction between
these meanings in his translation, but uses ‘ascendens’ for both. C,
perhaps because of the ambiguity caused by the use of ‘ascendens’ for
the horoscopic chart, on ten occasions uses the word ‘ascensio’ for this
meaning. This is an unfortunate choice, since ‘ascensio’ should mean

18 For example, in the case o f ‘hora’ and ‘tempus’ ( w a q t G 2414), at first both
versions use both words interchangeably, but from the beginning o f Part II C opts to
use ‘hora’ all the time, whilst V prefers to use ‘tempus’ ; in the case o f b u ld in (G
202) we can see when C passes from using one term to another, for, at first, he does
not change V’s ‘regio’, but in II 60 he writes ‘terre regiones’, and from the end o f Part
II he uses ‘terra’. Sometimes V switches from one translation to another : e.g. he
translates hasan a l- h il (G 475) as ‘bona dispositio’ until VII 223, and ‘bonum esse’
from that point to the end o f the text. For many words no consistency is reached in
either version : e.g. ifa (G 98) is translated indiscriminately (The numbers following
the terms are the numbers o f occurrences o f the word) as ‘impedimentum (26),
detrimentum (3), infortunium (12), malum (2 )’ and ‘dampnum (3 )’ in V, and as
‘impedimentum (2), tempestates (3), dampna (5), pestis (18), pestilentia (3),
detrimentum (1), nocumentum (1), infortunium (10), malum (2)’ and ‘dampnum (3)’
in C. A similar degree o f inconsistency can be observed in the case o f the translations
o f shidda (G 1138), Salih (G 1265), m unâza'a (G 2131), and nufûq (G 2202).
19 For quartile aspect, both versions generally use ‘quadratura’, but C also uses
‘quadratum’.
58 Ch. BURNETT

‘rising time’, and is used to translate that term {matta' G 1365). Neither
version consistently differentiates between falak as the outermost sphere
and falak as a planetary circle (G 1728), calling both ‘orbis’, though V
more frequently than C sometimes substitutes ‘circulus’ for the planetary
sphere. In the case of j u z ’ (G 346, usually = ‘part’), when it is used to
mean ‘degree’, V often translates it as ‘gradus’, while C keeps the
ambiguous ‘pars’.
For the transference of effect from one planet to another (d a f G
704) V uses ‘impellere (2)’ and ‘dare (5)’ before settling for ‘porrigere
(9)’ ; C favours ‘pulsare’ from the beginning, and changes some of V’s
instances of ‘porrigere’ to ‘pulsare’. C uses the transliteration ‘zahregatu’
whère V uses the less technical ‘figura’ for an astrological chart (za’irja
G 916). V also uses ‘figura’ for an alternative term for ‘decan’ in Arabic
{süra G 1284), whilst C uses the regular term ‘facies’ ; but both use
‘facies’ for the usual Arabic word for ‘decan’ {wajh G 2345). C tends to
regularize the term ‘proicere’ for casting lots from particular places {alqä
G 1986), whilst V uses ‘proicere (8)’, ‘demere (6)’ and ‘minuere (1)’
more indiscriminately. To describe the ‘staying’ of a planet in a sign
{hulül G 507), C at first uses ‘descensus’ in place of V’s ‘positio’, but
both versions eventually opt for ‘sessio’ which shares the root with the
verbal form ‘sedens’ {Mil G 508).
C shows his astronomical acumen in the long notes that he has
written to elucidate the text20. Examples can also be found in the text
itself : e.g. V makes a fundamental error in Part VI by writing
‘septentrionalis’ instead of ‘elevans’ C, so that the planets are ‘north of’
one an other, rather than ‘proceeding above’ one another, which is the
subject of the Part (in this he was probably misled by his Arabic
manuscript, since the term ‘northern’ is found in MS E : shämlya ) ; C’s
correct reading is probably due as much to his greater understanding of
the topic as to his use of a better manuscript which gave the similar-
looking, but correct reading, sãmita (G 1072, in Arabic MSS BNT) ;
also, in III 175, C realises that Venus cannot be in trine with the Sun —
a statement found in Arabic MSS BE and translated without comment by
V — but agrees with Arabic MSS TM by omitting ‘trine aspect’, and
adds : ‘nota quod in aliis aspectibus [i.e. other than the sextile aspect ]
non potest coniungi’.

20 These are edited separately, and translated, in A bu M a 's a r on H isto ric a l


A s tr o lo g y , II, pp. 320-39.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 59

Som etim es, C ’s preferred terms became the norm in


astronomical/astrological vocabulary : e.g. ‘profectio’ for intihâ’ (G
2245), ‘preventio’ for Full Moon (irritila’G 2061), and ‘transitus’ for
‘transit’ (mamarr G 2030), but other terms used by C were not taken up
by astrologers, such as ‘conversivus’ for ‘tropical (sign)’ (munqalib G
1835)21, while some terms used equally by V and C did not catch on,
such as ‘continuatio’ for ‘application’ (ittisãl G 2383).

M edicine

In both versions tibb ( ‘medicine’ ; G 1332) is translated as


‘phisica’, and hence C uses ‘phisici’ rather than V’s ‘medici’ for doctors
(atibba’G 1333). It is significant, however, that he glosses the term as
‘theorici’ (which would be in keeping with the increased element of
theory in twelfth-century medicine) and contrasts them to the mu ‘älijün
(G 1525 ‘those who treat patients’) as ‘pratici’ (for ‘practici’), i.e. ‘those
who go around the towns with their pill-boxes practising medicine’, and
adds rather disparagingly ‘understand : although they know nothing’22.
This prejudice towards practical medicine on the part of C may be
significant. In birsâm (G 149 ‘pleurisy’), after the first instance of the
word, which he leaves unaltered, C correctly replaces V’s ‘frenesis’ with
‘pleuresis’23. But, in the case of another word for ‘pleurisy’ — dhü al-
janb (G 785) — V has the correct term ‘pleuresis’, whereas C (perhaps
reading a different Arabic word) writes ‘apostemata’ (a general term for
‘wounds’). V prefers the Greek term ‘litheasis’ for the ‘stones’ (C’s
‘lapides’ ; basan G 485) which form in the bladder, and C glosses v ’s
‘obtalmia’ (i.e. ‘ophthalmia’) as ‘lippe’ (ramad G 892). But for hulqüm

21 The usual term was ‘m obilis’ (see W. HÜBNER, D ie E ig e n sc h a fte n d e r


T ierkreiszeich en in d e r A n tik e , Wiesbaden, F. Steiner, 1982, p. 75), which is the
word used by V ; ‘conversivus’ is the adjective used by Adelard o f Bath in his
translation o f Abü Ma'shar’s A bb revia tio n o f th e Introdu ction to A str o lo g y , eds C.
BURNETT, K. YAMAMOTO, and M. YANO, Leiden, E J. Brill, 1994, pp. 96, 98 and
100.
22 IV 178 : “i.e. illi qui vadunt medendo per villas cum suis pixidibus ;
subaudi : cum nichil sciant”.
23 For these terms see D. JACQUART, “La Coexistence du grec et de l’arabe dans
le vocabulaire médical du latin médiéval : l’effort linguistique de Simon de Gênes”, in
T ransfert d e vo cabu laire dan s les scien ces, ed. M. GROULT, Paris, CNRS éditions,
1988, pp. 277-90 (see 281-2).
60 Ch. BURNETT

(G 514) C gives the Greek term ‘epiglotis’ in place of V’s ‘guttur’


(perhaps to distinguish hulqüm from halq (G 513) = ‘guttur’ in both
versions), and C uses ‘melancolia’ for V’s ‘colera nigra’ (sawdã’ G
1094), and glosses ‘rabies’ as ‘alopicia’ (kalab G 1924)24. C is
consistent in translating qurüh (G 1788) as ‘ulcera’, whilst V varies
between ‘ulcera (4)’, ‘apostemata (1)’ and ‘pustule (1)’. C favours
‘complexio’ over ‘commixtio’ (mizãj G 2042) for the temperament of the
body. Finally, C, on one occasion, glosses ‘altavaim’ (a transliteration of
a l-ta v a ‘in G 1350) as ‘apostemata pestilentialia, i.e. malum Sancti
Christofori’. This bears comparison with the statement in the Calendar o f
Córdoba, in Gerard of Cremona’s translation, that ‘festum Christofori...
est in Orto Mirabili qui est in alia parte Cordube, ultra fluvium, ubi sunt
infirmi’25. This description is interpreted by Charles Pellat as referring to
a leper colony. If the festival of St Christopher was held in a leper
colony, that implies that the disease, at least in Córdoba, was under the
special protection of St Christopher, though the usual meaning of a l­
ia v a ‘in is ‘plagues’ (‘bubones’). Illnesses, in particular, tend to be
glossed in C with vernacular words or local references26.

Natural science

At first V uses ‘effectus’ for kawn (G 1949) instead of ‘generatio’,


C ’s translation. After the first three instances, V reverts to ‘generatio’,
which was to become the standard translation of the Arabic term. In 1 92
the ‘six elements’ ( ‘anãsir G 1567) from which judgements are taken are
translated in both versions as ‘sex principia’, but C glosses the word
‘initia materie’ ; thereafter, both versions use the term ‘elementum’ for
‘unsur. C apparently became dissatisfied with the translation of jaww (G
393) as ‘aer’, since the Arabic word refers specifically to the thick
atmosphere of the earth, and not the element ‘air’. Thus, in VT 683, he
wrote a paraphrasis — ‘aer orizontis’ — and thereafter favoured ‘orizon’
over ‘aer’. For hala (G 545) C sometimes follows V in using ‘esse’, but

24 ‘Alopicia’ ( ‘alopecia’) usually refers to loss o f hair, but the term is used for
kalab (which shares its root with kalb, ‘dog’) evidently because ‘alopicia’ derives from
the Greek alõpex = ‘fox’.
25Le C a le n d rie r d e C o rd o u e , ed. R. DOZY, with a French translation and
commentary by C. PELLAT, Leiden, E. J. Brill, 1961, p. 111.
26 For ‘maluero’ see p. 56 above ; for ‘ahasaba’ and ‘morinum’ see Table III
below ; C’s gloss ‘ferse’ for measles (al-hasba G 479) in V 576 remains inexplicable.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 61

at other times replaces it with ‘dispositio’ ; on two occasions v uses


‘m aneries’. C’s use of ‘vegetabilia’ for nabät (G 2089), in place of
‘plante’, is significant in that the translation of Nicolas of Damascus’s
On Plants, made by Alfred of Shareshill, is called De vegetabilibus.
Finally, it should be noted that V adds to the fact that the lower planets
are ‘bound to’ the higher, the statement that their influences follow those
of the higher planets ‘veluti quedam emanationes’ ( ‘like certain
emanations’) ; since this phrase occurs in none of the extant Arabic
manuscripts, it could indicate V’s own philosophical learning.

Law and politics

At first C is happy with V’s translation of milla (G 2060 ‘religious


community’) as ‘secta’, but in Part VIH he regularly substitutes ‘gens’
for ‘secta’. The Arabic word nämüs (plural nowâmïs ; G 2088), which
is itself a transliteration of the Greek ‘nomos’ = ‘law’, evidently posed
problems for the translators. At first, both V and C simply transliterate
the Arabic term : ‘nauuemiz’ or (with the definite article) ‘alnauuemiz’.
On the first occasion both translators gloss the word as ‘leges’, to which
V adds ‘observationes’ and C adds ‘condiciones’ ; later V opts for
‘constitutio’ while C either retains ‘alnawemiz’ or substitutes ‘lex’ or (as
a gloss) ‘legis observationes’. While several different Latin equivalents
are used in both versions for the root N - Z - ‘ (G 2129-32), C avoids Tis’
and its compounds (‘litigium, litigare, litigator’) and v avoids ‘rixa’. C
regularly substitutes ‘placita’ for v ’s ‘cause’ for lawsuits (khusümät G
613).
The ‘acceder to the kingdom’ (q â ’im G 1859) at first is the
‘surgens’, but C glosses this as ‘elevans’ (V writes ‘in alio : elevans’)
and ‘elevans’ soon becomes the word used in both versions. The
statement in VIII 248 that ‘They make them governors of districts’ is
literally, but ambiguously, translated by V as ‘preponent eos27 servitus’
(V) ; C is more accurate : ‘preferent eos super civitates’. C glosses the
literal ‘scriptores’ (kuttãb G 1883) as ‘magistratus’. C is unhappy about
v ’s translation of the root S -L -T (G 1057-60) as ‘importunitas/
importuni’, and substitutes ‘dominatio, tiranni, iudicantes’ and (as a
gloss) ‘flagellatores’. On the whole, however, the representation of
political offices is totally inconsistent. On the other hand, both versions

27 Probably ‘super’ has been omitted here.


62 Ch. BURNETT

between them produce a whole range of alternatives for land tax (kharãj
G 576)28 : V generally uses ‘redditus’, a common Latin word for
‘revenue’ or ‘tax’, but once adds ‘conductionis’ which could mean a tax
levied in support of an army in the field ; C, on the other hand, uses
‘portaticum (5)’ which should mean a toll levied at a gate or bridge,
‘redditus (pretium) domorum et tendarum (3)’, revenue from leasing
houses and shops, and ‘redditus tributorum (1)’, revenue from tribute,
and once glosses ‘redditus domorum et tendarum’ with the vernacular
word (of ultimately Arabic origin) ‘alkile’ (see p. 104 below).

Agriculture and economics

The two essentials for life are solid and liquid nourishment, which
the Arabic describes as ta ‘ãm (G 1346) and sharäb (G 1147)
respectively, v chooses the word ‘annona’ for the first, but C is
obviously dissatisfied with this, substituting ‘cibaria’ on the first two
occasions (with the gloss ‘vel annona’ in IV 34), and often replacing
subsequent occurrences with ‘panis’. He does, however, define the term
as meaning ‘wheat and barley and suchlike’ (IV 184) and helpfully
explains that ‘for “panis” understand “annona” and vice versa1(IV 242).
For sharäb V at first gives ‘potus’, but then (with one exception)
translates the word as ‘vinum’ ; C changes many instances of ‘vinum’
back to ‘potus’, though it is unlikely that this is because he was sensitive
to the Muslim prohibition against drinking wine. After using ‘semina’
once for zar ‘ (G 914 ‘the seed, the young standing crop, green crop’), V
decides to use ‘messes’ for the term throughout the text ; C expresses
his hesitation between ‘semina’ and ‘messes’ by glossing v ’s ‘semina’
as ‘vel semina vel messes’, and thereafter frequently substitutes ‘semina’
for V’s ‘messes’. Similarly, both versions use ‘arbores’ for thamar (G
295 ‘fruits’), though C specifies that these trees are ‘fruit-bearing’ (gloss
to V 39 : ‘scilicet fructiferas’), but C frequently substitutes ‘fructus’ for
V’s ‘arbores’. The yield of the crop (ghalla G 1618) is variously
rendered as ‘redditus fructuum’, ‘redditus hereditatum’, ‘fructificatio
fructuum’, or simply ‘fructus’ (V only) or ‘redditus’, v and C both
interpret the phrase ‘umrän al-‘ämir (G 1554 ‘the prosperity of the

28 I ow e the explanation o f the different Latin terms for tax to Francisco


Hernández, whose sources are the cartularies of Toledo and other Spanish archival
documents of the period.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 63

cultivated land’) as ‘to cultivate virgin territory’ : VUI245-6 ‘appopulare


heremum’ (v), and ‘populare desertum’ (C), cf. VIII 278 ‘excoletur
quod ex ea est desertum’ (V ), and ‘appopulabunt non populatum’ (C).
Cattle (mãshiya G 2051, literally ‘walking things’) are usually
referred to, by a caique on the Arabic, as ‘ambulantia’, though this term
is glossed in C as ‘pecudes (3)’, ‘reges ( l) ’29, or ‘gana(n)dum ( l) ’30,
and replaced in V with ‘bestie (3)’. Finally, the commonly-occurring
word nufüq (G 2202), which should mean ‘perishing’ or ‘death’
(referring to domestic animals), is interpreted in both versions as
‘scarcity’ and hence ‘preciousness’ or ‘appreciation in value’ of an
animal, which reflects the root-meaning of N-F-Q and does, in fact,
make good sense in the context.

Magic

V translates kutub al-marmüza (G 893), which probably means


‘books written in coded language’, as ‘libri notarie’, which could mean
either ‘books of the notarial art’ (i.e. written in the abbreviated writing of
the legal notaries), or ‘books of the notorial art’ (i.e. of the Ars notoria,
which includes prayers in a lingua ignota and symbolic diagrams). C,
more banally, translates the term as ‘libri obscuri’, though he hints at the
shorthand of the notaries by adding the gloss : ‘vel abbreviati’. Also, C
once substitutes ‘experimentores’ for V ’s ‘nigromantici’ (Sahara G 997,
‘sorcerers’), but in other contexts he keeps ‘nigromantici’, and describes
the science as ‘nigromantia’ (sihr G 996).

Islamic religion and history

V shows a markedly more hostile attitude towards Islam than does


C. One may compare their respective references to the hijra in II 728 :
‘repulsus et odium fuit Prophète, super quem sit maledictio’ (V ) against
‘principium elevationis prophète fuit’ (C ), where the Arabie has hijrat al-
nably ‘alayhi al-salâm (‘the hijra of the Prophet, upon Him be peace’).
The literal meaning of hijra is ‘departure, exit, emigration’, and refers

29 This may be related to the Spanish use o f ‘res’ for cattle.


30 See p. 105 below for this word. The source o f C’s substitution o f ‘graca’ on
one occasion (V 794) is obscure.
64 Ch. BURNETT

specifically to the emigration of Muhammad from Mecca to Medina in


622, from which date the Islamic era is calculated. Since this emigration
was enforced by political exigencies, V’s ‘repulsus’ is a plausible
translation for Muhammad’s hijra, though it already puts the Prophet’s
reasons for emigrating in a bad light. The addition of ‘et odium’ is
completely gratuitous and simply exploits the implications of disgrace in
‘repulsus’. Then, instead of the usual pious formula added whenever the
Prophet is mentioned, V adds a curse, c, on the other hand, does not
translate the literal sense of hijra at all, but rather describes the Islamic
epoch in terms of the ‘accession to power’ (‘elevatio’) of the Prophet,
and advisedly leaves out a formula after his name31. In II 972 V repeats
his curse on the Prophet, where C is silent. Nevertheless, both versions
substitute a curse on Muhammad in the prominent position at the end of
the text (VIII 302). In the opening formula, however, the basmala is
replaced by a Christian equivalent in V : ‘in nomine domini Ihesu
Christi’, while both versions keep as much of the Arabic formula as is
compatible with Christianity at the beginnings of Parts III, V, VT, VII
and V ili (V only) : ‘in nomine Domini misericordis (et) pii’. The
Christian orientation of v is also reflected in his use of ‘tetrarcha’ for
sultan (G 1060) where C uses ‘rex’ (III 43) : ‘tetrarcha’ would remind
V’s audience of Herod, the ruler of the tetrarchy of Judea — the
embodiment of tyranny and inhumanity.
In II 975 both versions give ‘templum’ as the translation of
‘Kaaba’, but V adds ‘scilicet in Meccha’, and both versions gloss
‘Iathrib’ as the ‘city of Muhammad’ (AI 47)32. C glosses ‘Hejaz’ as the
land ‘from which Muhammad came, and it is the land of Ishmael’ (AI 4,
II, p. 141)33. For al-Rwn, the usual term used by Arabic writers for the
Byzantine Greeks, V , quite appropriately, writes ‘Greci’, but C prefers

31 In the purely chronological contexts o f Part IV and Part VIII both versions use
the transliteration a lh ig ir a , which C explains, at its first occurrence (A ll 15), as
‘principium ere Mahometi’.
32 The extant Arabic MSS at this point give only ‘Medina’ (the generic name for
‘city’) or ‘Medina o f the Prophet’, and not ‘Iathrib’ (the place’s proper name), as in
the Latin manuscripts.
33 It was common knowledge in the W est that the M uslims descended from
Abraham’s son Ishmael and hence were known as ‘Ismaelite’, as pointed out in C’s
gloss to n 1008 : “i.e. super legem illorum a quibus Mauri ducunt legem suam, id
est ab illis qui fuerunt ab Abraam usque ad Moysen ex parte Ismaelis, i.e. super legem
Ismailitanorum (Tsmaelitarum U ’)” : A b u M a 'sa r on H isto ric a l A s tr o lo g y , II,
p. 326.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 65

the quasi-transliteration ‘Romani’, to which he adds a gloss in II 783 :


‘nota quod ubicumque auctor dicit Romanos intelligit Christianos’34. For
jihãd (G 390 ; the Holy War of Islam), both translators use ‘militia’ (VII
304), but V glosses this as ‘scilicet propter Deum’ whereas C’s gloss
adapts the word to describe the Crusading spirit ‘scilicet in defendo
legem suam, scilicet Romanam’. Also C translates d u ‘ãh (G 700
‘propagandists’) as ‘vocatores’, glossing the word as ‘clamatores,
scilicet ad bella’ (IH 103). The translation of yawm al-jum‘a (Friday) as
‘dies dominica’ in AH 7 presumably derives from the understanding that
Friday is the Muslims’ ‘Lord’s day’, but v helpfully glosses the
translation as ‘in alio : Veneris’ (‘Venus’s <day>’, i.e. Friday).
The chronological theories of On the Great Conjunctions are
illustrated with several examples from the early history of Islam until the
late ninth century, which could have provided Latin readers with
valuable historical information35. For a Latin readership, however, the
Arabic text would have required some explanation. There is no evidence
in the Latin versions that such an explanation was forthcoming. Most of
the names are quite accurately transcribed, but the failure to recognize al-
khulqß’ (G 639) as ‘caliphs’ (transcribed ‘ause et’ in V and ‘hamfi’ in C
in II 1008), and the description of the Umayyads and the ‘Abbãsids by
the words ‘filii Humaia’ and ‘cives Asued (V)/nigredinis ( C ) ’
respectively, did not help to make these passages useful as historical
sources.

Geography

In all the manuscripts the name for Iraq is usually spelt ‘Eradia’.
That this derives from a misreading of ‘cl’ as ‘d’ is suggested by the
survival of the reading ‘Eraclia’ in MSS CU36 in Part II (but ‘Eradia’ is
written in Part VI and Appendix I), which may derive from an earlier

34 There is, however, som e inconsistency in V and C. In II 714 C glosses


‘Grecos’ as ‘vel Romanos’, but in IV 35 V glosses ‘Grecorum’ as ‘vel Romanorum’,
and in IV 78 and AI 13 he writes ‘Romani’, but glosses them as ‘Greci’. After the
first mention o f a different word in Arabic for ‘Greeks’ — y ü n in iy ü n in V 854
(usually referring to the Ancient Greeks) — V uses ‘Romani’ for al-Rûm.
35 These are discussed in A b u M a ‘s a r on H isto rica l A stro lo g y, I, pp. 600-606.
36 On one occasion in MS U (II 719) ‘eradiam’ with an upright ‘d’ is written
above ‘eradiam’ with a ‘d ’ with a curved ascender.
66 Ch. BURNETT

‘Eracha’ (cf. ‘Erachiam’ in MS S in I I 733). Nevertheless, that ‘Eradia’


was Iraq is indicated in C’s gloss to the first occurrence of the name (H
713 : ‘vel elarac’), and to the same term in the geographical appendix
(AI 6 : ‘alirac/elirac’). C either translates proper names when their
ductus is the same as a common noun—e.g. (Tibet) ‘domus’ (= bayt ;
cf. Hut V ) ; (Sür = Tyre) ‘pectus’ (= sadr ; cf. Scor V ) ; ( ‘M ina’)
‘Exeo’ (= minhu ; cf. Mana V ) 37 — or adds a gloss translating the
name : ‘caput fontis’ for Ra’s al-‘Ayn, and ‘fons Solis’ for ‘Ayn al-
Shams. This tendency can be found elsewhere in the text too : e.g.

V’s text V’s gloss C’s text

V I430 cives Asaued cuius interpretatio est cives nigredinis


nigredo

But V also glosses ‘al-Samãwa’ as ‘scilicet celestis’ (AI 26). C


glosses ‘Adigle’ correctly as ‘Tigris’ (as does v), but adds, because in
the context it should be a city or region, ‘and I believe that it is the name
of a city situated on the Tigris’. C glosses ‘Almauzal’ (Mosul) as ‘in
ebraico, Asur’ (A121 ; also VI 1048). Neither V nor C make any attempt
to adapt the astrological chorography of Appendix I to the world that
they are more familiar with.

Numerals

It is clear that at one point (and perhaps only at this one point) Abii
Ma'shar used Indian numerals to express a very high number. A literal
translation of the relevant passage in 1 164-6 reads as follows :
One divides this cnumber o f revolutions> into the number o f days in three
hundred and sixty thousand years, which are one hundred and thirty-one
million, four hundred and ninety-three thousand and two hundred and forty
days : 131493240 in the Indian form (sura).

Both Latin versions reproduce this text accurately (see Figures I and
II), first writing out the number in words, and then giving the equivalent
in Hindu-Arabic numerals. However, v, translating literally, refers to the

37 The diacritical points in the Arabic word for ‘Tibet’ have been confused, and
‘Tyre’ has been read in place o f ‘Sidon’ (Saydã’), which is in the Arabic manuscripts.
The Arabic manuscripts have ‘Mina’ terminating with an undotted t i ’ m arbü ta which
can equally be read as ‘hu’ (minhu = ‘from him’).
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 67

whole number given in Abü M a‘shar as a ‘figura indica’ (‘an Indian


form’), whereas C calls the numbers ‘figure indice’ in the plural,
implying familiarity with the term ‘figura indica’ for each of the numerals
individually. In the rest of the text (with possible exceptions in I 205,
207, 209, 21238) Abü M a‘shar appears to have either written out the
numerals in full, or used the abjad notation which was common amongst
astronomers and astrologers. However, there is evidence that, in the
Arabic manuscript used by C, Hindu-Arabic numerals were used also in
Part VIII, chapter 239. For in VIII 176 and 182 c copies numerical
values without understanding what they are (see Figure HI) : in a gloss
to the second number he writes ‘I have not understood this letter nor this
number’ (‘hanc litteram nec hunc numerum intellexi’), as if to say that he
does not even know whether he is dealing with letters or numerals.
Because of the faithfulness of the copy it is possible for us to reconstruct
what was in his original, which were the two numbers ‘116’ and ‘141’.
In some manuscripts of C (MSS PU and the printed versions) these
numbers were recognised, but the gloss expressing the reviser’s
incomprehension continued to be copied. This situation is not found in V
who apparently did not find these values in the Arabic manuscript he
used.
It would seem strange that C could not read the Hindu-Arabic
numerals in Part VIII but had no problem in Part I. Moreover, in all the
manuscripts of Version C Hindu-Arabic numerals are used with
confidence and consistency (this includes both the text and the glosses
discussing mathematical problems), and roman numerals are not used,
even for small values. In this, too, Version C appears to follow the
example of Version v, in which Hindu-Arabic numerals are similarly
consistently employed, but with some evidence of tentativeness :

V C

1 107 .10. \et ,7./40 .17.

I 119 .20. quoque .3. .23.

I 137 .5.0. .50.

38 In these cases o f numbers o f three or four digits the Arabic manuscripts vary in
whether they add the Hindu-Arabic equivalents or not.
39 Some Arabic manuscripts do use Hindu-Arabic numerals here.
40 y adds the units in the margin ; in other cases V omits the units, without
correction : I 119, 147.
68 Ch. BURNETT

v m 172-3 gradum Virginis nonum gradus .19. Virginis


(g lo s s e d : in alio :
decimum)44

Moreover, there is a noticeable difference between the versions in


the depiction of the numerals and the terms used for them. In the case of
high numbers V regularly places a dot over the numerals indicating the
thousands and the hundred thousands (just as we place commas after
these numerals : 131, 493, 240). These dots are omitted in C. More­
over, V uses the word ‘circulus’ for zero, whereas C uses ‘cifre’ (I 140).
The scribe who copied MS V (or its exemplar) also confused both ‘2’
and ‘3’ with a sign for ‘and’ (presumably, the tironian ‘et’)42. In MS S
of Version C Hindu-Arabic numerals are regularly set off from the text
by having a line written over them ; in MS V they are on one occasion
(V m 182) boxed (see Figure IV).

Evidence of classical learning and use of Greek derivatives

V occasionally adds a touch of classical learning to his language :


e.g. by using ‘Eurus’ and ‘Favonius’ for the East (saban G 1230) and
West (dabür G 682) winds, which C replaces by ‘ventus orientis’ and
‘occidentis’, and ‘Tigris’ and ‘Eufrates’ for the rivers for which (on one
occasion each) C transliterates the Arabic name (Degila G 685 and Forat
G 1673). V chooses the classical phrase ‘facere manipulum’ for the Late
Latin ‘depredare’ used by C for ghãra (G 1645). He calls the simooms
(samä’im G 1071) the winds ‘of the Dog days’ ; C, on the other hand,
preserves the root-meaning of S-M-M by calling the same winds ‘venti
calidi venenosi (5)’, ‘dies venenosi (1)’, or ‘venenosa (13)’. v glosses
‘disciplínales’ (the literal translation of the Arabic word for the
mathematical arts : riyädät G 905) as ‘quadruviales’ and uses the
feminine adjectives as names for the individual sciences ‘theologica’ (cf.

44 Note also that in I 164 the large number for which the Hindu-Arabic numeral
equivalent is given is written out in both versions according to the order o f the digits,
but V has added as a gloss the written order found in the Arabic manuscripts : ‘in
alio : .31. et centum milia milium’.
42 In MS V, itself, the tironian ‘et’ no longer looks like the Hindu-Arabic ‘2 ’ or
‘3 ’. The similarity o f these two digits in the Toledan context, however, can be seen
clearly in MS S, and is such that a scribe has been led to add extensions to the tails o f
some o f the 3s to differentiate them from 2s : see Figure II.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 69

C’s ‘theologia’ ; G 803) and ‘sophistica’ (cf. C’s ‘sophisticus’ (adj.) ;


G 1108). But G has ‘aneptio’ (cf. Greek anepsein ‘to boil again’) where
V has ‘ebullitio’ (hayj G 2317), and, as we have seen, the Greek words
‘epiglotis’ and ‘melancolia’.

Ecclesiastical and non-classical words

Language which is distinctive of the Church, the Bible or the


Church Fathers, is probably not more prevalent in the De magnis
coniunctionibus than in other twelfth-century Latin texts, and is common
to both versions. This includes such words are ‘confortare ( V ) ,
elemosine, (h)eremus (V ), exennia, meliorari (C ), melioratio (C ),
monachi, otiositas (V ), rememorari, rememoratio, scandalizari (C ),
scandalizatores (V ), superabundantia’, and ‘tribulatio’. The manufacture
of new words from Classical words had already started in the Late
Classical period, but appears to be further developed by V and C , who
were partly, one supposes, influenced by the ability of Arabic to form an
abundance of different words from the same root. Thus, V and C use the
Late Latin ‘appretiari, crossities (grossities), discooperiri’ (V ) and
‘discoopertio’ (C ), ‘qualitas’ and ‘quidditas’, and the Medieval Latin
‘caristia, infurcatio (C ), incommunicado ( c ) , liquefactio (V ), maneries
( V ) , pertransitio (C ), mixturado (C ), picturatio, ponderositas,
sponsalidum ( c ) , timorositas (C )’ and ‘vivificativus (V )’, and V probably
invented ‘equitudo’ (for ruküd G 890 and sukün G 1049)43. Of
particular interest in this respect is the word ‘quandotitas’ formed from
‘quando’ in the same way as ‘qualitas’ from ‘qualis’ and ‘quidditas’
from ‘quid’, but at the same time mirroring Abü M a‘shar’s use, and
perhaps invention44, of matâ’îya (G 2017 ‘whenness’) as the abstract
noun formed from matã (‘when).

43 The words ‘caristia, maneries, meliorari’ and ‘melioratio’, alongside ‘guerrare’


and ‘guerrarii’, are cited as examples o f the ‘barbaries’ o f the Latin translation o f Ibn
Abi 1-Rijãl’s kitãb a l-B ã ri‘ made, probably in Toledo, under the aegis o f Alfonso X
(1252-84) from the Spanish version o f the Arabic text, by Antonius Stupa in his
preface to A lbohazen H aly F ilii A ben ragel L ibri d e iudiciis astrorum , Basel, Henricus
Petri, 1550, Sig. a3r-v.
44 The word is not found in Arabic dictionaries.
70 Ch. BURNETT

T ransliteration

Both versions use transliterations of Arabie words. A differenti­


ation, however, should be made between 1) transliterations of Arabic
words because the translator does not understand their significance, 2)
transliterations of technical terms for which there is no suitable, or
known, Latin equivalent, and 3) Arabic words which have already
become part of the vocabulary of the translator’s society.
Belonging to the former class are ‘anida’ (G 2), a transliteration of
the form of the word äbida ( ‘the marvellous’45) which has also been
copied into Arabic MS E, but which makes no sense in Arabic ; and
‘maucid’, in which the ‘r ’ in the Arabic marsad (G 863 ‘observatory’)
has been read as a ‘w’. The faithful imitations of the ‘letters or numbers’
in VIII 176 and 182 (see p. 67 above) in C can be assimilated to this
category.
Belonging to the second category is a large number of astronomical/
astrological technical terms, some of which are transliterations of Persian
terms (marked by P), including ‘acelchodabia’ (al-sälkhudhählya G
1056P), ‘aiarbuchtariah/algerbutaria’ (i.e. al-järbukhtärlya G 342P),
‘alcodchodech’ (al-kadkhudhäh G 1895P), ‘(al)fardaria’ (al-fardãríya G
1679P), ‘alhibtizez’ (al-ibtizãz G 152), ‘alhileg’ (al-hayläj G 2319P),
‘almamar’ (al-m am arr G 2030), ‘almubtez’ (al-m ubtazz G 153),
‘almuztauli’ (al-m ustawlî G 2449), ‘alnauba’ (al-nawba G 2249),
‘asuhub’ (al-shuhub G 1200), ‘dustoria’ (dastürlya G 696P), ‘firdari’
(fardãr/firdãr G 1678P), ‘haiz’ (hayyiz G 557) and ‘rahizegetu/
zahregatu’ (zâ’irja G 916 ; in C only)46. Occasionally an Arabie term is
used to gloss a Latin translation : e.g. V glosses ‘oppositum’ as ‘nadir’
(i.e. nazir G 2174), while C glosses ‘revolutio’ as ‘ador’ (i.e. al-dawr G
734), ‘divisio’ as ‘algerbutar’ (i.e. al-jãrbukhtãr), ‘mutatio’ as ‘alinthi-
caT (i.e. al-intiqãl G 2222), ‘profectionalis’ as ‘alinthie’ (i.e. al-intihä’i
G 2246), ‘hibtizezetihe’ as ‘almubtezia’ (i.e. al-mubtazziya VIH 21), and

45 The form and meaning o f the word in the Arabic manuscripts remain
problematic.
46 The survival o f several o f these terms as part o f astrologers’ technical
vocabulary is indicated by their appearance in two fifteenth-century glossaries edited
and explained in P. KUN1TZSCH, M ittelalterliche astronom isch-astrologische G lossare
m it arabischen F achausdrücken, Munich, Bayerische Akademie der Wissenschaften,
1977 (Sitzungsberichte der Bayerische Akademie der W issenschaften, phil.-hist.
Klasse, 1977.5).
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 71

‘directio’ as ‘atasir’ (i.e. al-tasyïr G 1113). These words are not declined
in Latin, but often Arabic plural forms are retained (e.g. ‘alfirdarieth’,
‘almamareth’, ‘almubtezet’, and ‘fardareth’), and occasionally a
pronominal suffix survives in the Latin : e.g. V 505 ‘ibtizezihe’, glossed
‘dominium suum’, is a transcription of ibtizãzihã, 'its (the Sun’s)
predominance’, while VIII 21 ‘hibtizezetihe’ is a transcription of
ibtizãzãtihã, ‘their predominances’, after which the Latin translator has
added a redundant ‘eorum’. Several of the terms have become distorted
in the manuscript tradition simply because the words are not in common
use47. In the case of zâ’irja, in which the ‘z’ and ‘r ’ differ only by a
diacritical point written above the ‘z’, C at first reads the point as being
above the second letter (‘rahizegetu’), but on the third occasion he gets
the word right ( ‘zahregatu’). Only once does C point out that the
transliterated term is Arabic : ‘circulum.. .et Arabice dicitur “ador”’48.
Typical of the third category is ‘aldea’ (ultimately from Arabic al­
cia y ’a), which is used to translate qarya (G 1797 ‘village’), but had
already become thoroughly assimilated into the vernacular speech of the
Iberian peninsula, and is declined as a first-declension feminine singular,
from which the adjective ‘aldeanus’ is derived. Other examples are
‘alhig(i)ra’ (G 2270)49, ‘alchimia/alkimia’50, and ‘Machometus’, and
possibly ‘folares’ (MS U of Version C ), if this derives from fu lù s
(G 1726 ‘small coins’). Other ‘naturalised’ words, however, have not
been Latinized. These occur mostly in the glosses in C (see pp. 86-7
below), but there is one example of such a word in the text of V as the
equivalent of al-washi (G 2378 ‘embroidered or painted fabric’) : in IV
142 this appears in V as ‘alguasi’, where C has ‘purpura’ with the gloss
‘panni serici’ ( ‘silk cloth’) ; in I 464-5 the same word is translated in
both versions as ‘silk vestiments’ ( ‘vestimenta serica’), but V adds the
gloss : ‘scilicet variis coloribus omata, ut alguasi et his similia’,
implying that the word is familiar to his audience, even though it has not
yet been attested in vernacular documents.
As would be expected, the Arabic transliterations betray the
influence of Spanish-Arabic pronunciation, with marked im ila (the

47 T hose that are transliterations o f Persian terms are often transcribed


ambiguously or wrongly already in the Arabic manuscripts.
48 Long note to VIH 20 : Abü M a 'sa r on H isto rica l A stro lo g y, II, p. 332.
49 V regularly declines this term, whereas C tends to keep it undeclined.
50 Xhis word, too, is sometimes undeclined in MS V (III 158) and the best MSS
o f C (III 156).
72 Ch. BURNETT

tendency to pronounce ‘a’ as ‘e’), ‘gu’ for Arabic consonantal waw, and
Latin consonantal ‘i’ for firn51.

Non-Arabic-derived vernacular words

In addition to the vernacular words of Arabic origin, ‘aldea’ and


‘aldeanus’, V shares with C the use of three vernacular words attested in
Old Spanish : ‘banda/bandi’ ( ‘asabïya G 1475, ‘fanatical party’, Sp.
bando), ‘pasca/pascua’ (a ‘y ã d G 1586, ‘religious festivals’, Sp.
pascua), and ‘roncini’ (barâdhïn G 148, ‘pack horses’, Sp. rocines)52.
A larger number of such words, however, are used by C : ‘ganado’
(ghanam G 1637, ‘sheep and goats, small cattle’, Sp. ganado ; cf. oves
V ), ‘guerrarii’ (munâzi'ün G 2132, Sp. guerreros ; cf. litigatores V ),
‘hermantum’ (kharäb G 570, ‘making waste’, Sp. ermamiento ; cf.
destructio V ), ‘pardum’ (ghubra G 1592, ‘browny-yellow’, Sp. pardo ;
cf. cineritium V ), ‘facere pectare’ (aghram G 1698, ‘to fine’, Sp. hacer
pechar ; cf. mulctare V ), ‘portaticum’ (Jcharãj G 576, ‘tax’, Sp.
portazgo ; cf. redditus v), ‘refertare’ and ‘refertatio’53, ‘salvaticus’
( wahsh G 2477, ‘wild’, Sp. salvaje ; Y omits), ‘tenda’ (Sp. tienda)54,
and ‘trucie’ (samak G1073, ‘fish’, Sp. trucha ; cf. pisces V)55.

51 For similar examples from Gerard o f Cremona’s translation o f the A lm a g e st


see P. KUNITZSCH, “Gerhard von Cremona als Übersetzer des Almagest”, in F estgabe
f ü r H a n s-R u d o lf S in ger, I, ed. M. FORSTNER, Frankfurt etc., Peter Lang, 1991,
pp. 347-58 (at pp. 354-5).
52 In the last case the French Toncin’ is a closer form. Two further such words
had become part o f the common vocabulary o f Medieval Latin throughout Europe :
‘guerra’ and ‘vassalli’.
53 S ee p. 106 below.
54 See p. 62 above.
55 The words ‘ganatoVganado’, and ‘pectasen’ occur in one o f the earliest legal
documents betraying Spanish romance elements : a document written in the province
o f Burgos in 1100 (Textos lingüísticos d e l m edioevo español, eds D. J. GIFFORD and
F. W. HODCROFT, Oxford, The Dolphin Book Co., 1959, no. 8, pp. 26-7). I owe
this reference to Jane Whetnall. ‘Guerrarii, portaticum, salvaticus’ and ‘tructe’ have
cognates in other European vernaculars, and the ‘sal-’ in ‘salvaticus’ rather than ‘sel-’
suggests an Old French derivation. For the ‘hybrid’ vernacular o f Toledo, see p. 86
below.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 73

Literalness and root-equivalence

Sometimes C opts for the more literal translation : e.g. C keeps the
root-meaning of B-S- T ( ‘spreading out’) in translating bast(G 158) as
‘extensio’ (cf. V’s ‘tranquillitas’), and the root-meaning of R-KH -W
( ‘loose, relaxed’) when translating the noun is tïr k h â \ G 850) as
‘relaxatio’ ; V understands this term to refer to a disease : ‘parálisis’56.
For ista'mala (G 1556) V, by using ‘preponere’, translates the tenth
form of the root ‘-M-L ( ‘to use’) in its political sense : ‘to make
(someone) a governor’, whereas C retains the sense of the root : ‘servire
se ex’. C uses ‘peregrinus’ and ‘peregrinatio’ for two words from the
root GH-R-B (G 1600 and 1601) whilst V uses ‘extraneus (1)’ and
‘longatio (1)’ as well as ‘peregrinatio (4)’. For mamlaka (G 2067) C
always uses ‘regnum’ in keeping with the meaning of the root M-L-K,
whereas V on two occasions uses ‘possessiones’ and ‘hereditates’. For
the nouns and adjectives from the root N-S-B (G 2139-40 and 2142) C
tends to replace or gloss the different words used by V wi t h
‘convenientia’ or ‘conveniens’. Less happily, for the root L-W-N (G
1997-1999 ‘colour’) C preserves the root-meaning throughout, although
talawwun is better translated as ‘mutatio’ (V) than as ‘coloratio’ (C).
An application of literalness which has more serious implications
involves a word in the very title of the Arabic text : dawla (G 740),
whose primary meaning is ‘alternation, rotation, change’, but whose
meaning in the context of Abü M a‘shar’s book is ‘dynasty’. C keeps the
primary meaning by using the closest Latin equivalent for ‘alternation,
change’. This word happens to be defective, occurring in Classical Latin
only in the accusative (‘vicem’), genitive (‘vicis’) and ablative (‘vice’)
singular, and in the plural. So C fills in the gaps by inventing a
nominative (‘vis’, i.e. ‘vix’), and substituting parts of the noun
‘vicissitudo’. V preserves the sense of the Arabic much better by opting
for ‘vicissitudo regni’, or often simply ‘regnum’.
But V can be more literal than c, as when he translates dhawü al-
sinn (G 782) as ‘habentes annos’ which C replaces by ‘senes’ ;
ahaduhumã bi-sahibihi (G 1235) as ‘aliquis... socium suum’ when C has
the right sense of ‘quisque... alterum’ ; and mäsaghum min (G 1256)
as ‘quod diminuitur ex’ rather than C’s ‘parve’. V keeps ‘indicare’ for

56 For another example o f C keeping the root-meaning see the discussion o f S-M -
M above, p. 68.
74 Ch. BURNETT

andhara (G 2122), where C uses ‘pronosticare (1)’ and ‘significare


(1)’ ; ‘coniugium’ for nikâh (G 2229) where C uses ‘coire (1)’,
‘spönsalitium (1)’, and ‘coitus (2)’ ; ‘diruptio’ for hadm (G 2272),
whilst C uses ‘diruptio (1)’, ‘destructio (1)’ and ‘dirutio (2)’ ; and
‘tristitia’ for ihtimãm (G 2294), when C uses ‘sollicitudo (1)’ and
‘suspectio (2)’.
A rigorous application of the principle of ‘root-equivalence’ is not
found in either version, nor is there much evidence of an attempt at
finding a separate Latin word for each Arabic term.

Particles, conjunctions and other common words

The use of different particles and conjunctions has proved a very


fruitful method for differentiating between translators of texts from
Greek into Latin in the twelfth and thirteenth centuries57. No such
analysis has yet been applied to an Arabic-Latin translation, as far as I
know, and the statements made here are only suggestive of what might
be achieved.
In temporal and causative clauses both versions tend to use
‘postquam... ergo’ for idh... fa (exhibiting an unidiomatic use of the
Latin ‘ergo’) ; ‘ipse’ for the definite article, and ‘aliquis’, ‘unus’ or
‘quispiam’ for the Arabic indefinite terminations ; and ‘idem’ for
dhãlika. Hesitation over the right sense of idhä (‘when, i f ) is indicated
by C adding the gloss ‘vel quando’ above ‘si’ in II 404. In the case of
lammã (G 1993) C substitutes ‘quia’ for V’s ‘quando’, and for innomã
(G 85) C tends to tum a simple positive phrase in V into a double­
negative phrase with ‘non... nisi’. In strings of nouns connected by wa
(‘and’) V tends to use ‘quoque’ for the penultimate item, and ‘ac/atque’
before the last item ; C more commonly writes ‘et’ in all cases.
Most noticeable is the treatment of the Arabic particle qad (G 1762),
which has two distinct meanings : when it is followed by a perfect
tense, it ‘implies that the act is really finished and completed just at the

57 This method has been successfully applied in particular by Lorenzo MINIO-


PALUELLO (see his Opuscula, Amsterdam, Hakkert, 1972) and Fernand BOSSIER (e.g.
in his “L ’Élaboration du vocabulaire philosophique chez Burgundio de Pise”, in A ux
o rig in es du lexiqu e ph ilo so p h iq u e eu ropéen , ed. J. HAMESSE, Louvain-la-Neuve,
Fédération internationale des instituts d’études médiévales, 1997, pp. 81-116).
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 75

moment of speaking’58, but, when followed by an imperfect tense, it


means ‘sometimes, perhaps’59. V does not distinguish between these
two different uses, but translates qad as ‘iam’ in both cases. C, on the
other hand, more correctly, translates qad as ‘iam’ only when it is
followed by a perfect ; when it is followed by an imperfect at first he
uses ‘aliquando’, then settles on ‘multotiens’.
Another common Arabic word which has two meanings, depending
on the context, is sa’ir (G 965), which can mean either ‘the rest’ or ‘all’.
V usually translates the word as ‘the rest’ (‘ceteri/reliqui’), but C in many
cases realises that the better translation is ‘all’, sometimes adding
‘omnes’ as a gloss, at other times replacing ‘ceteri’ or ‘reliqui’ with
‘omnes’ or ‘cuncti’. In one case (VIII 240) both words — ‘omnes
relique’ — appear in C’s text, indicating an incomplete revision. Finally,
C’s use of ‘tantitumus’ for khãssatan (G 602 ‘properly’ ; cf. proprie V)
on one occasion (VI 391) remains unexplained.

C a revision of V?

The extent of the differences between Versions V and C can be


gauged from setting side by side the incipit and two of the more extreme
instances of their divergences :

V C

I, 1 [2] Hic est liber in quo continentur Hic est liber in summa de
plura collectiva de significationibus significationibus individuorum
individuorum superiorum super accidentia superiorum super accidentia que
que efficiuntur in mundo effectus et efficiuntur in mundo generationis et
corruptionis corruptionis

II, 1 [17] Et iam consideratur ad partem Et multotiens consideratur pars victorie et


victorie acceptam a gradu Solis ad gradum a parte pugne accepta a Marte usque ad
occidentis et prohicitur ab ascendente et, Lunam et prohicitur a loco Solis et, ubi
quo pervenerit, ibidem est pars victorie, desinit, illic est pars pugne. Et pars
et a parte pugne accepta a Marte iterum victorie accipitur a gradu Solis usque ad
usque ad Lunam, prohicitur a loco Solis gradum .7. et prohicitur ab ascendente et,
et, ubi desinit, illic est pars pugne. quo pervenerit, ibi est pars victorie.

58 W. WRIGHT, A G ra m m a r o f th e A ra b ic L an gu age, 3rd ed, Cambridge,


Cambridge University Press, 1896, II, p. 3.
59 Ib id ., I, p. 286.
76 Ch. BURNETT

V ili 251-3 Et proponent reges filios Et servient se ex filiis suis et benefacient


eorum et facient bonum erga servos, et suis et servientibus suis et vassallis suis,
forte incarcerabuntur quosdam suorum et forsitan capient aliquos eorum et
servorum et afficient eos penis et castigabunt eos et facient eos pectare.
mulctabunt eos._____________________

The most economical way of explaining the differences between C


and V is to say that C is a revision of v . An indication of this, as has
already been noted, is the common pattern of revision of terminology, in
which C becomes more confident in changing a word, the further he gets
into the text. Another indication is that, when restoring a literal
translation of the Arabic text, he preserves the phraseology of V :
sama’im (G 1071) : V 91 venti in canicularibus diebus (V) => venti
in diebus venenosis (C)
. Sometimes it appears that revisions were introduced incompletely :
e.g. in I 69, V erroneously writes ‘inter motum primum atque secun­
dum’, which, in some manuscripts of C, has been incompletely corrected
to ‘inter motum primum atque tertium et secundum’ (the correct reading
is ‘inter motum primum atque tertium’). In II 688-9, V’s text reads :
‘regnum non convertetur ad cives domus sue’ ; the best MSS of C
(CPSU) have ‘non convertetur ad alios quam de domo sua’, which
probably reflects an attempt to restore a more literal translation of the
Arabic text (‘the rulership comes to others than his family’), but, by an
oversight, the negative has been retained before ‘convertetur’ ; in the
printed edition, the ‘non’ has correctly been deleted. An incomplete
revision could also explain C’s ungrammatical text in II 869 —
‘secundum substantie signi et nature eius’— which may have been
caused by the reviser’s replacement of V’s ‘secundum quantitatem’, as a
too-literal translation of the Arabic ‘alã qadr, with ‘secundum’, but his
failure to change the case of the following ‘substantia’. MS P corrects
the text to the grammatically correct ‘secundum substantiam’.
Often C appears to be attempting to clarify the meaning expressed
obscurely in v :

v C
n 244 et iam etiam super hoc potest et aliquando accipitur significatio super
significari ex parte positionum hoc per situm planetarum
planetarum
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 77

I I 282 significat civium quorundam significat quod ipse mutabit quosdam


domus sue transitionem domus sue

IV 32 morietur quedam pars ex honoratis morietur aliqua ex mulieribus eius ex his


apud eum de suis mulieribus que honorate sunt

But sometimes the changes seem quite arbitrary :

II 2 5 1 -2 quamvis libenter congreget erit cum illa congregatione dispendens eas


pecunias, tamen dispensabit eas

II 262 significat...multitudinem suarum significat.. .magnam largitatem


donationum

II 27 2 -3 significat.. .res eius ordinari et significat...rerum eius rectificationem et


insurgentes debilitari et ipsos vinci insurgentium debilitationem et quod ipsos
vincet

II 620 et considerabis quoque et etiam considerabis

IV 1 1 9 -2 0 multitudo pluviarum et erunt multe pluvie et forte frigus in quarta


fortitudo frigoris yemalis yemali

Moreover, C sometimes aims at clarity at the expense of preserving


what is in the Arabic text, such as when he omits place-names which are
unclear or unrecognizable in the Arabic manuscripts (e.g. in V 963 and V
976 ; V reproduces the names), or terms which he considers
superfluous, such as khuluq (G 649) whenever it follows khalq (G
648 ; V translates the phrase : ‘mores atque facture’).
The nature of the differences between V and C is not such that C can
be said to have ‘Latinized’ v ’s literal interpretation60. We are not even
dealing with two distinct stages in the production of a single ‘good’ Latin
translation : there is not a linear progression from V to C. It would
probably be wrong, also, to consider V or C as ‘official’ versions in any
strong sense of the word, rather than two of many versions which were
produced when Arabic manuscripts were still available to consult. That
there were other versions is indicated by the text of Part I in MS M61,
which, while it is closer to V than to C, shares readings with both, and
yet exhibits independent variant readings and glosses which reflect both

60 See pp. 51-52 above.


61 Unfortunately the value o f MS M is diminished by the fact that it is a late and
slovenly copy of an earlier text, and glosses have not been differentiated from the text.
78 Ch. BURNETT

a direct engagement with an Arabie text, and further attempts to get the
right meaning : e.g. in I 34 MS M is the only manuscript to have
‘propiores’ (aqrab G 1785 ‘closer’) where V and C have ‘propriores’
(‘more proper’) ; I 199 M has the singular ‘diversitas’ in common with
the Arabic MSS ; in I 226 MS M adds ‘al.Veneris’ as an alternative for
the reading ‘Saturni’, not attested elsewhere in the Arabic or Latin
MSS ; in I 315, only MS M and a gloss in MS Z have the right reading
‘Venerem’ (MS V omits the word), but MS M adds ‘al. Iovem’—
‘Iovem’ is the reading of C ; in I 396-7 MS M has ‘et effectus eorum
erit’ for ‘actus quoque eorum erunt’ ; in I 430 MS M adds another
interpretation for the word mashaqqa (G 1182) : ‘sive affectio’ ; and for
the word for ‘pack horses’ in I 470 (barãdhln G 148) MS M adds the
vernacular form which happens to derive from this Arabic word :
‘burdones’62. On two occasions M gives alternative translations of
whole phrases :

text o f VCM M ’s addition C’s gloss

I 346 Si autem fuerint alia littera : si autem i.e. ipse gradus ascendentis
divisiones ascendentis aut fuerint ipsi in gradu vel noni
noni... ascendentis aut nono...

I 386 Scientia quoque alias : scientia autem


temporis] i.e. quandoditatis
temporis quo apparebunt ipsorum qui apparebunt

MS M may reflect only one of many different versions. These


versions may, in turn, represent the activity of different scholars, several
of whom may have been working together or in succession in Toledo.
But it is also possible that the original translator made extensive revisions
to his own text.
This may be suggested, inter alia, by the fact that, in several cases,
the term that v eventually settles on is the term that C substitutes from the
beginning of the text : e.g. (among the words already discussed) ‘trinus
aspectus, sessio, generatio’ and ‘elevans’. If the same person is
involved, we can imagine him as being at first tentative about the correct
translation, then settling on a term, then revising the text and substituting
the term throughout. For example, in the case ta’âthlr (G 12), on the first
two occasions he wrote ‘vestigia’, but then settled on the translations
‘impressiones’ and ‘effectus’ ; afterwards (as we see in C) he could

62 This is the Arabic singular — birdhaw n — with a Romance plural ending.


STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATEST TRANSLATIONS 79

have glossed the earlier ‘vestigia’ as ‘impressiones’. Original translation


and revision by a single scholar is particularly likely if that scholar was
using the work as a teaching text over a considerable period of time,
during which period technical terms would certainly have changed (not
to speak of changes of attitudes towards Muslims, of the nature of the
students, and so on). The present evidence suggests that C is the latest
version of this teaching text — a version which acquired some status as
an ‘edition’ by being copied carefully and without further changes into
several manuscripts. But V continued to be used, in particular in Toledo,
where it was copied in ca. 1248 into MS V.

IV . THE GLOSSES IN THE TWO VERSIONS

The glosses in V

It has already been mentioned that the glosses copied with few
variations in several manuscripts of C are evidently due to the scholar
responsible for the text of C (see p. 55-6 above)63. The gloss in MS V
was copied with the text ; it is also partially copied into MSS M and Z.
At least one gloss was written close to the time of the copying of MS V
(ca. 1248), since it apparently refers to an event which happened in
123864. It is possible that the few ‘long notes’, which do little more than
summarize the contents65, and the topic indicators in the margins of MS
V date from the same period66. It is more difficult to decide how many
of the short notes explaining the subject-matter (introduced by ‘i.e.’,

63 In the following discussion the glosses will be referred to by the page numbers
o f the Latin text follow ed by the alphabetical reference-marks to the individual
glosses.
6^ Gloss 106p. For the argument that the “handing over o f land to the Emperor
by the people o f Brescia” refers to the consequences o f Frederick II’s siege o f Brescia
in 1238 see A bü M a 'sar on H isto rica l A stro lo g y, II, p. xvii.
65 These are edited in A b ü M a 'sa r on H isto rica l A stro lo g y, II, pp. 320, 324, and
326-8.
66 The second third o f the thirteenth century was a period o f lively interest in
astrology in Castile which lead to the translation o f several new texts from Arabic,
presumably in part from manuscripts discovered after the capture o f Córdoba (1236)
and Seville (1248).
80 Ch. BURNETT

‘s[cilicet]\ ‘vel’, ‘cuius interpretatio/interpretatur’, ‘quasi dicat’, ‘quo-


niam/quia’, ‘sicut’, ‘vult intelligere’ and ‘ideo’) are contemporary with
the translation. All that can be said is that they are not as a whole
extracted from the text or gloss in C, as the following list shows67 :
1) No correspondence to C : 6 m, 6 w , 13m, 13/?, 14y, 19/, 19è, 19/,
28c, 35p (s....), 36a, 40è (s. corporaliter), 41g, 48y (vel...), 48a (vel
impeditus : ‘impeditus’ is V’s usual translation), 48è (s....), 49/, 50w,
51a, 51è, 52/, 55a, 55è, 55d (quasi dicat...), 56/ (Latin misreading),
66/ (quoniam...), 66è (s....), 66p, 6 7 m, 70b, 70c (s ), 70è (quia...),
l l x , 12j (vult intelligere...), lAx, 16g, 84x, 99c, 1 0 9 / 109è (vel...),
116c, 120c? (sicut...), 1 2 0 /(vel...), 120s (vel...), 121 u (et ideo...),
124c, 141/ 150/ (quia...), 152s (i.e. complexionis ; complexio is C’s
preference), 157s, 166e, 167/?, 170è, 1 7 3 /(s....), 175#, 177c, 177/
191#, 209r, 239a, 241è, 269g, 269/, 270r, 270è, 275c, 2 7 5 / 279c,
287b, 295g, 296#, 298è, 303#, 303r, 313c, 314«.
2) Correspondence to C’s gloss : 28d (i.e. sectarum), 5 7 m ( s .
Satumus), 114c, I24d (s. pulcra), 143.x (i.e. Tigris), 144z (i.e. civitas
Mahometi), 174è, 177è (s. Sole), 20 8 /(eclipsandi), 257/ 290c.
3) Correspondence to C’s text : 47r (profectio), 58y, 95/ (vel
fame), 9 8 m (paganam), 124m (i.e. tristitie), 151r (i.e. corruptio), 157x
(vel...), 160g, 161r (s./i.e....), 188#, 230c, 290c (captione).
Thus, in the majority of cases, the glosses of V do not correspond to
either the text or the glosses in C, and most of the instances where there
is correspondence can be explained as two scholars’ independent
adoption of the same term. The only two cases where the cor­
respondence appears to be more than coincidental are the following :

V’s text V’s gloss C’s text (and gloss)

II 376-7 (58y) pone quod convertamus annos in convertamus annos in


fuerit ex annis menses et menses menses
dies

V I 907 (257 j) quiescent i.e. non erunt rebelles ei pacificabuntur reges regi
reges regi Babilonie Babilonie (i.e. non erunt
rebelles ei)

67 All the notes are introduced by ‘i.e.’, unless otherwise indicated.


STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 81

Examples of the lack of correspondence of V’s glosses vis à vis C’s


text or gloss are as follows :

V’s text V’s gloss C’s text (and gloss)

1 289 (19/) D e tempore i.e. quando apparebit eius ...tempore (i.e.


autem apparitionis significatio quandotìtas)...
significationis

V 111 (191g) precipere cognitum] i.e. iustum fieri super licita prohiberi
cognitum et prohibere ab ab illicitis
ignoto

That at least some of these explanatory notes are contemporary with


the original translation is indicated by the fact that two of them relate to
problems in reading the Arabic text — in 166e the Arabic words for
‘paucitatem’ (V’s text ; nazãra G 2126) and ‘multitudinem’ (V’s gloss ;
ghazãra G 1610) look very similar, as do ‘sonitum’ (V’s text in 173/;
jalaba G 360) and ‘gelu’ (V’s gloss ; ja lïd G 362) — and one {21Or)
adds a word which can be found in the Arabic text.
Another category of glosses in v are those introduced by ‘in alio’
(usually abbreviated to ‘in al.’, once (VII 4) ‘in alia’, occasionally ‘al.’
or ‘vel’). These show an even greater engagement with the meaning of
the Arabic text. Only once does v give a detail concerning where ‘in alio’
is :

VC’s text V’s addition

I 200 et ponetur dominus orbis in alio libro habetur in margine et


significator... ponetur almubtez super dominum orbis
significa.

Here the text shared by VC is that of the Arabic manuscripts, and the
gloss (in MSS V and M) only makes sense if it is punctuated : ‘in alio
libro habetur in margine, et ponetur “almubtez” super “dominum orbis
significa.”’, i.e. the glossator knows of a manuscript in which this
phrase is in the margin, and ‘almubtez’ has been placed above ‘dominus
orbis’. This could refer equally to a Latin manuscript, or an Arabic
manuscript in which sãhib al-dawr (the reading of the extant
manuscripts) could have been explained, plausibly, as al-mubtazz■
82 Ch. BURNETT

This is, in fact, the only ‘in alio’ that has been incorporated into V ’s
text ; all the other references to ‘another source’ are in the margin of MS
V. They can be classified into those that imply the translation of the same
Arabic text, and those that imply a different text. Their correspondence
with C is as follows :
A) Alternative translations of the same Arabic word or phrase6869:
1) No correspondence to C : 36g, 46m, Ain, Alo, 491, 49r (V’s
preferred word), 86q, 89p, 90x, 92q, 94d, 111c, 121 b, 129b, 152v,
175«,69 235e (V’s preferred word), 269b, 270c, 289a, 2951 (C’s usual
term).
2) Correspondence to C’s gloss :
14u (in alio : almamar), 18è (in alio : almamar), 29k (est in alio :
alm<am>ar), 35v (in alio : elevantis), 36x (in alio : secte), 42z (in alio :
victoriam), l l l è .
, 3) Correspondence to C’s text : 124z.
B) Translations of different Arabic words or phrases70 :
1) No correspondence to C : 25n, 35n, 61 q, 62u, 62y°, 11m, 16h°,
83r , 86V, 87v°, 90«°, 98s, 105d°, 105z°, 107a, ll l a ° , 113*°, 120t,
1331, 141a (?), 143v°, 1456°, 154c°, 163*, 167«°, 168w°, 1 6 8 /,
168è°, 172r°, 178c°, 182/, 189«, 202p°, 214è, 236o, 245g, 245è,
2 5 lg , 251è, 252*, 2 6 9 /, 213c , 211c, 279a, 281c, 2 8 W , 283a°,
283è°, 2 8 4/, 288¿f, 2 9 0 /, 293c°, 296y, 297/ 299y, 301/.
2) Correspondence to C’s gloss : 28è, 36x, 48g, Six, (891), 91c,
154/ 176z, 208c, 225c, (2411), 259a, (271/), 314*.
3) Correspondence to C’s text : 7 lr, 14z, 76«, 16q, (77v), 89«,
(98*), 163g, 163è, 163/, 165c, 220è, (221è), 256g, 256è, (251k),
(211b), (292c), 293d, 3021, 312c.

68 One might expect such glosses to be introduced by ‘aliter’, but this never
seem s to be the case. Whether written in full or abbreviated ‘in alio’ is the phrase
intended. On the other hand, the marginal glosses in Z that are taken from V have the
prefix ‘al.’ or ‘alias’.
69 Here the same Arabic written word can have two meanings, depending on
whether it is read as b a rd (G 143) = ‘frigus’ or barad (G 144) = ‘grando’.
70 A small circle ° indicates that the two Arabic words translated look very similar
to each other. A reference in brackets indicates that C appears to be translating the
same Arabic word o f phrase as the ‘in alio’ note in V, but with different Latin words.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATEST TRANSLATIONS 83

This shows that the ‘in alio’ notes do not simply refer to C’s text or
to the same source as C’s gloss. They show direct engagement with
problems of interpreting ambiguous Arabic words or phrases. Most
significant for assessing the independence of V and C here are the
instances in which an alternative Arabic text is translated in different
ways in V and C (indicated by brackets in the preceding lists)71 :

V’s text V’s gloss C’s text

II 672 (77v) in alio : et et commovebitur super


commovebitur super eum commovebuntur super eum interfectio (= qitãl ) ab
elevatio (= qiyãm) eum bella (= qitàl) hominibus
hominum hominum

II 989 (98vfc) plurima in alio :...extinguet minuet multum mali (=


luminaria ex luminari (= plurimum mali (= sharr) sharr)
nayyir)

The majority of cases of ‘in alio’ glosses concern the translation of


the Arabic text, whether because the words are clear but the meaning is
obscure, or because the writing of the Arabic word is ambiguous and can
be read in at least two different ways72. Only once does an ‘in alio’ gloss
refer to an ambiguity apparently caused by the writing of a Latin word :

VC’s text V’s aloss

VI 735 (247 1) scriptorem in alio : scorpionem

The glosses in C

The glosses in C are extensive enough to require a separate


apparatus in the edition73. The consistency in which they have been
copied in the manuscripts attests to the value placed on them as being
integral to the text. Several of the explanatory glosses have already been

71 For further examples, see Table IV below.


72 The extent to which ‘in alio’ may refer to the reading o f a second Arabic
manuscript will be explored in the next section o f this article.
73 Their significance was first noted by Richard LEMA Y in A b ü M a 'sh a r a n d
L atin A ristotelian ism in the Twelfth C entury, Beirut, American University o f Beirut,
1962, p. 14, n. 4.
84 Ch. BURNETT

cited, and a discussion of the glosses referring directly to the Arabic text
will follow in the next section. The use of ‘in alio’ (always written in
full) in C is more restricted. The correspondence with the text and gloss
in V is as follows :
A) Alternative translations of the same Arabic word or phrase :
1) No correspondence to V : 3a, 3b, 4g (gives C’s preferred term),
51, 18c, 19a, 23c, 24h, 39d, I lo , l l l z , 112g, I19p, 182o, 220c, 259b
{vernacular equivalent)
2) Correspondence to V’s gloss : 18/?.
B) Translations of different Arabic words or phrases74 :
1) No correspondence to V : 15/, 30o ', 61s, 6 2 v °, 84y, 113/°,
155*°, 188/, 1989, 243/?°, 2790°, 311a.
2) Correspondence to v ’s gloss : 28h, 36x, 154/, 176z, 208c,
225c, (241/), 259a, 314*.
3) Correspondence to V’s text : 94c, 143w (Nilum), 146*, 202a,
215g, (229c), 296u, 297/.
This shows that ‘in alio’ does not simply refer to V’s text or to the
same source as V’s gloss. In two cases ‘in alio’ suggests a confusion in
Latin : V 536 (179*) : arborum] in alio : Araborum ; VI 934 (259c) :
uti peccato] in alio : prelato (‘peccato’ is right, but it is curious that v
leaves a lacuna here, clearly because he could not read the Latin word).
Sometimes ‘in alio’ refers to two different numerical values : 15/, 84y,
146* and 31 la. Most frequently, ‘in alio’ just expresses another way of
translating the same Arabic phrase (see Table II)75 ; sometimes C’s text
is more literal, at other times, the ‘in alio’ gloss is closer to the Arabic.
That c is consulting another Arabic manuscript, and not using the text of
V is suggested by the evidence of 229c, where C and V use different
words (‘gaudium’ and ‘letari’) to translate apparently the same Arabic
word :

74 Again, a small circle ° indicates that the two Arabic words translated look very
similar to each other. A reference in brackets indicates that V appears to be translating
the same Arabic words or phrases as the ‘in alio’ note in C, but with different Latin
words.
7^ Such alternative translations are also introduced by ‘vel’ or ‘vel sic’.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 85

V C c gloss

V I 418 (229c) significat significat regem Babilonie in alio : non erat


gaudium (= surûr) regis et familiam (= usra) ‘familiam’ sed loco eius
Babilonie ‘letari’

C’s editorial remarks and interventions

C also makes editorial remarks concerning the text. Sections [16] to


[18] of the first chapter of Part I are marked as an interruption between
the description of the fourth and fifth ‘elements’ in astrological
prediction, by the glosses ‘parenthesis’ at the beginning of [16] and
‘reversio ad alia membra sue divisionis’ at the beginning of [19]. In III
15 C has added in the margin ‘hec interpositio est’ which is taken up in
the gloss to III 25 : ‘hue usque littera suspensiva est interpositionibus’.
In IV 202 C notes that ‘hic deest estivali quarta’ (i.e. the prediction for
the summer quarter is not described). In I, 1 [17] C numbers successive
conjunctions of Saturn and Jupiter in the margin, and in IV, 1 [4] C has
added letters of the alphabet to restore the correct order of the phrases76.

Vernacular glosses in C77

Particularly worthy of remark is the fact that C frequently uses


vernacular words to gloss the terms in the text78. The vernacular is once
described, as we have seen, as that used ‘in Toledo’ (see p. 56 above),

76 Such is the fidelity o f the copying o f the manuscripts o f C that no copyist has
rearranged the phrases into the correct order, but only the alphabetical indications for
the rearrangement have been copied.
77 For this section I am very grateful to the remarks o f Alan Deyermond, Pat
Harvey, Ralph Penny, Jareer Abu Haidar, Roger Wright, Jane Whetnall, and other
members o f the Queen Mary and Westfield Medieval Spanish Seminar.
78 The only instance o f this in V is the glossing of the translation o f the Arabic
word for ‘truffles’ (k a m ’a G 1929) as ‘turme’, which is the Old Spanish form, later
replaced by the Gallo-Romance ‘trufas’. Another apparently Arabic-derived word
occurring only in V is ‘algitavi’ as a gloss to g h ir a (G 1645 ‘predatory incursion’),
but this remains inexplicable. For V’s ‘alguasi’, see p. 71 above.
86 Ch. BURNETT

and the vernacular glosses can all be accounted for as belonging to the
vocabulary of this locality, which included words of Arabic, Latin and
Germanic origin (see Table III). It will be noted from the Table that,
although most of the words have cognates only in Old Spanish, some are
shared by other European vernaculars, and occasionally suggest a
French or Italian form or pronunciation. It is not unlikely that the
Toledan vernacular included hybrid elements, especially since, until the
late twelfth century, most of the higher clergy were French (especially
Limousin), and the scholars who worked on the translations — and their
students — came from several parts of Europe79. Nevertheless, there is
a markedly Spanish character to the Latin of the text, beyond the
evidence of C’s glosses, just as the Latin of the astrological works of
Michael Scot and Bartholomew of Parma which were composed and/or
copied in Bologna in the course of the thirteenth century is markedly
Italianate80.

V . T h e A r a b ic m a n u s c r ip t s u s e d b y t h e t w o v e r s io n s

It would not be surprising if the closest of the Arabic MSS to the


Latin versions were that of the Escorial (= E), since it comes from the
M aghreb81. The Latin versions share uniquely with MS E the two
appendixes after Part IV82, the omission of phrases and sentences in I
392, II 350, II 701, II 783, II 866-7, IV 61-3, V 789, VI 252-5, and VI
422-3, and the formulae of the colophons of the chapters ; individual
readings found in MS E and the Latin versions can be found in I 428
(where, as we have seen, MS E ’s nonsensical anida is retained in

79 Antonius Stupa (see n. 43 above) attributes the ‘barbaries’ o f the Latin


translation o f Ibn Abi 1-Rijãl’s kitãb a l-B ä ri' not only to its Spanish substrate, but
also to the French and Italian nationalities o f its translators.
811 On the latter see C. BUR NETT, “P a rtim d e su o e t p a r tim d e a lie n o :
Bartholomew o f Parma, the Astrological Texts in MS Bernkastel-Kues, Hospitals­
bibliothek 209, and Michael Scot”, in B artolom eo d a P arm a, ed. F. BÒNOLI, Bologna
(in press).
81 The manuscript has unfortunately been badly damaged, which makes it difficult
to read the additional horoscopes at the end, which apply Abu M a’shar’s conjunctional
theory to later historical events, and may help to date and place the manuscript.
82 Abu M a 'sa r on H istorical A strology, I, pp. 513-23.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 87

transliteration in C), and II9 (asbabihim E = ‘cause eorum’ VC, in place


of asnãnihim B, ‘their ages’). After MS E, MS B is the next nearest
manuscript, since it is the only manuscript other than MS E to contain
Appendix I ; it shares a wrong order of sentences with MS E and the
Latin versions in Part III, 3 [6] and the omission of a sentence in VI 853-
5. A significant number of readings, however, is shared with MS N,
which often agrees with MS E, including those readings of E which
were later corrected from another manuscript : e.g. I 60, I 79, I 87, I
244 are shared by E ante corr., N and the Latin versions. Also MS T,
although it belongs to the Eastern tradition, uniquely includes readings
which are common to the Latin versions : e.g. the omission of phrases
in 1 411, VII 130 and VIII 160, the addition of a phrase in VII 361, and
numerous individual readings, such as I 430 shidda (= ‘gravitas’)
instead of shakk ( ‘doubt’), II 216 fasädihä (= ‘destructionem eius’)
instead of fasãd ãkhirihi (‘destruction of its end’), II 217 fa sã d (=
‘destructionem’) instead of rada’a ( ‘badness’), and so on. MS T is
perhaps closer to the archetype in these cases.
The Latin text, however, also has readings not found in any Arabic
manuscript, such as an extra phrase in VI 811 — ‘cives partis orientis
interficere cives partis occidentis et nimiam in eis mortem et casum
locustarum et’ — and omissions in V 45, V 287-8, and V 570. In V
921-2 it has a text which is completely different from that of the Arabic
manuscripts :

Arabic V C
ea
This indicates the enemy’s significat rerum venalium significat vilipendationem
capture o f some sons of forum cessare mercaturarum advenire
the kings or o f someone
who is within their borders

Confusion arising from written Arabic

That V and C were using at least two Arabic manuscripts is


suggested by the examples of cases in which the different readings in the
text or glosses to V and C correspond to readings in different extant
Arabic MSS catalogued in Table IV.
In 30 out of 89 cases listed in the Table, however, the differences
are due to the fact that two Arabic words look very similar to each other.
88 Ch. BURNETT

The fact that different Arabic manuscripts present the different words is
not, therefore, necessarily significant : it is equally likely that the Latin
translator might have hesitated between interpreting what he saw in the
single manuscript infront of him as one word rather than another. This is
the problem that the mid-twelfth-century translator of astrological and
Hermetic texts, Hugo of Santalla, singles out as characteristic of
translating from Arabic :
Plerumque etiam interpres.. .inter angustiarum pressuras anhelans, verbum
quodlibet peregrinum quod aut elem en toru m d iv e rsi a p ic e s au t eorum
p e n u ria — etiam linguarum im pacabilis diversitas quibus omnibus
ethimologie variatur significatio — ... recte non patitur transmutari, ne
quidem pretermisisse aut ne, desipiens, desipere videatur, ad libitum
transfert^.

Often the translator gasps under the strain o f the difficulties. He sees some
strange word which resists being translated correctly because o f either the
variation o f dia c ritica l m arks on the letters, o r th eir a bsen ce — often, too,
because o f the incompatible differences between languages in which the
significance o f the root is different for every <word>.

Of the many examples of such hesitations and different choices that


could be provided from the De magnis coniunctionibus, the following
are typical :

Arabic MSS V’s text V’s gloss C’s text

VII 4 (269/) ‘allya superiorum in alio : non erit superiorum


( ‘higher’ = ãJLp ) (= iJ lp ) vincentium ascendentium (S)
vincentium
(= zh ã lib a )

VII 81 (273c) ad usuram in alio : ad ad usuram


ri ’ã ’ (‘hypocrisy’ (= raban Uj ) luxuriam
= s-bj ) (= Z in i' )

The confusions between different words are evidently caused not


only by the absence, or unclear position, of the diacritical marks, but
also by the similarity of certain Arabic letters (especially ‘d’, ‘r’ and ‘w’,
‘h’ and ' ‘âyn’, ‘s’ and ‘m’, initial ‘k’ and ‘t \ final ‘1’ and ‘b’, and final83

83 Preface to his translation o f Jafar Indus, L ib er im brium , MS Madrid, Biblioteca


nacional, MS 10063, fol. 43r (my italics).
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATEST TRANSLATIONS 89

‘d’ and ta’ marbüta), and the transposition of letters84. Pairs of words
such as thamar (G 295 ; ‘fructus’) and tamr (G 264 ; ‘dactili’), and
intiqãs (G 2213 ; ‘diminutio’) and intiqãd (G 2215 ; ‘destructio’) are
constantly confused.
I have found no cases of a misinterpretation arising in the Latin
versions as a result of confusing two Arabic (or, for that matter, Latin)
words which sound similar ; the frequency of alternative translations
depending on similar-looking written words indicates that the translation
and revision was done, at least principally, textually, and not through
dictation. This textual activity is also implied by the occasional references
to the appearance of the Arabic text in C : e.g. II 996 ‘in Arabico
similiter est “nobis” sed non debet esse’ ; V 772 ‘in Arabico erat “et
sociis regum”’ ; V 995 ‘hoc deerat in Arabico’ ; and VI 37 ‘in Arabico
“in .9.” sed in Alkabitio “in .7.’”

The identification of the Arabie manuscripts used

Another factor that prevents one from being sure of which Arabic
manuscripts V or c used for their texts or their glosses is the likelihood
that, if a translator had two Arabic manuscripts, he would have chosen
between them, taking the reading from one or other as it seemed best,
and relegating a plausible alternative to the gloss. Moreover, sometimes
two readings are present in a single Arabic manuscript, in the form of
superscript or marginal alternatives or corrections. In Arabic MS E there
are occasional corrections which correspond to the variants between V
and C : e.g. in I 31, MS E adds in the margin wa sharñ’i'ihim (‘and their
Shariahs’), where v omits ‘et legum’ while C includes these words ; in I
87 MS E corrects tahsiluhã ( ‘their obtaining’) to jam luhä ( ‘their
collection’), following MS B, but both Latin versions retain a translation
of MS E’s original reading ( ‘retentio’ V ; ‘adeptio’ C ). MS T ’s
corrections, too, sometimes correspond to the Latin text : e.g. I 54, T
adds mabda’ihä (= initium VC) above marãtibihã, the reading of the other
Arabic MSS.
The only tendency that can be discerned from Table IV is that V
agrees with Arabic MS E more frequently than does C (39 and 19 times

84 E.g. the confusion o f a sdaq and a q sa r in 62v, a l-sa h ib and a l-s ib ã ' in 87v, and
n a f and day in 154/.
90 Ch. BURNETT

respectively), while C agrees with Arabic MS B more frequently than


does V (55 and 46 times respectively)85.
In twelve cases (I 290 ; II 574, 630, 657, 672 ; VI 282, 886,
907 ; V n 138, 405 ; VIII 109, 230)86 the ‘in alio’ reading of V gives
the sense of the Arabic word translated in the text of C ; in a further six
cases (H 812 : V 493 ; VI 333, 632, 929 ; VII 44) it gives the sense of
the reading also present as an alternative in C. In only one case does C’s
‘in alio’ coincide with the text of V (VTII 23). Since, in most cases, only
one word is involved, the alternative reading is the same in both
versions, except where the terminology varies between versions (e.g. in
VI 632, where C uses his preferred term ‘humiditates’ in place of V’s
‘rores’). However, it is significant that, when more than a single word is
involved, the reading which v gives from another Arabic manuscript is
different from that of C. This is most obvious in the case of I 290, VI
282 and VII 138 :

V’s text V’s gloss C’s text

I 290 post reversionem i.e. signum in quo fit post reversionem


scilicet coniunctionis ad mutatio coniunctionis coniunctionis ad signum
ipsum triplicitatis ad triplicitatem triplicitatis ad quod mutata
est coniunctio

VI 282 Et cum fuerit Sol in alio : significat illud Et cum fuerit Sol transiens
transiens super Martem, multitudinem super Martem, significat
significat illud interfectionis et luxuriam illud multas cedes in
humiditatem aeris in Babilonia et Babilonia et querimoniam
opprobrium hominum eorum adinvicem et
adinvicem vindictam eorum inter se

VII 138 ex censibus et in alio : subterrare census et absconsionem censuum


propriis et propria

This suggests that V and C were consulting the same manuscripts


directly, rather than copying from each other. But neither the differences
between the text of V and C, nor the differences between text and gloss
in either of these versions can be shown to be parallel to the differences

85 The agreement o f V with Arabic MS N (43 times) in comparison with C’s


agreement (27 times) may also be significant.
86 in the case o f II 672 (77 u) and VI 907 (251k) no extant Arabic manuscript
gives one of the two variant readings.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 91

between any of the extant Arabic manuscripts. This would, of course,


not be surprising, considering that the Arabic manuscripts were written
at least nearly two hundred years later than Latin MS V and the earliest
manuscripts of C87.

The differences in the lay-out of horoscopes

However, if the evidence of the texts is inclusive, the lay-out of the


horoscopes in Part VIII is more suggestive. As has already been noted
(p. 56 above), it is at this point that C remarks that there were placed in
the horoscopes the planets, the era, the forward movements, the
retrogressions, the mean motions and the sectors ; C does not reproduce
these values because he regards them as too corrupt88. In copying the
horoscopes themselves, however, he reproduces a grid-formation on top
of the first horoscope, in which he notes ‘the names of the planets
should be placed here’ and ‘the mean motions and the positions should
be placed here’ (Figure V). There is no evidence that such grids were in
the manuscript used by V, and they are absent from V’s version of the
horoscopes (see Figure VI). When one turns to the extant Arabic
manuscripts, one does not find anything equivalent to the grids in most
of them. In MS T, however, we find something very close to the form of
the horoscopes presented by C, and, in addition, the values for the mean
motions and anomalies (‘positions’) of the planets (see Figure VH). A
manuscript such as MS T may also have presented C with the
troublesome numerals (see p. 67 above ; there is no equivalent in V),
whereas a manuscript such as MS E may have been the origin for V’s
horoscopes (see Figure VIII).
In the case of the horoscope in Part II, chapter 8, the archetype of
the extant manuscripts of version C appears to have lost the horoscope
(the earliest manuscripts present an empty space to accommodate the lost
horoscope). The horoscope happens to be missing also in Arabic MS N,
but it would seem unlikely that the reviser would have left out a
horoscope which is clearly signalled in the text (D 732 ‘...fuit ascendens
eius et revolutio eius secundum hanc figuram :...’), especially since it is
present in v.

87 The earliest dated Arabic manuscript is T, which was copied in 826 A.H. =
1422/3 A.D.
88 See Abu M a 'sa r on H isto rica l A stro lo g y , II, pp. 332-3.
92 Ch. BURNETT

VI. A COMPARISON BETWEEN THE TWO VERSIONS OF THE D E MAGNIS


CONIUNCTIONIBUS AND THOSE OF THE LIBER INTRODUCTORII MAIORIS
AD SCIENTIAM JUDICIORUM ASTRORUM

None of the manuscripts of the De magnis coniunctioníbus names a


translator. The only hints are given in the glosses. A gloss in MS V
refers to the Flores of Abü M a'shar89, but may not be original to V ,
since the beginning of a copy of the Flores follows the De magnis
coniunctioníbus in this manuscript, and, in any case, as we have seen,
the commenting glosses in V are probably not those of the translator. The
references in the glosses in C are more revealing. These include ‘Kankah
at the end of ‘Umar al-Tabarî’ (1209 : ‘In fine Omar Tiberiadis hoc satis
exponitur secundum Kankaf ), al-Qabïsï (V I37 : ‘in Alkabitio’) and the
Centiloquium of Ptolemy (VIII 15 : ‘in verbo .99. Libri arborum’). In
no case does the glossator say that he translated these works himself, but
it is a reasonable inference that, when Version C of De magnis
coniunctioníbus was written, these three works — the De nativitatibus of
‘Umar ibn al-Farrukhãn al-T abari (at the end of which occurs the
relevant passage attributed to Kankah the Indian), al-Q abïsï’ s
Introduction to Astrology, and the Centiloquium of Ptolemy — were
available to its readers. The attribution of the first two of these works in
the manuscripts is to John of Seville and Limia90, while the title given to
the third reflects John’s use of ‘arbores’ for Arabic thamar (= fruit ; G
296), which is often replaced in C by ‘fructus’91. As far as it goes (and
in the absence of an Arabic text to check it against) the text of Kankah

89 Gloss to VIII 128 : ‘hoc dixit in Floribus et secretis extractis ex libro’.


90 There is no reason to attribute only the Kankah text (sometimes called the
‘Liber universus’) to John rather than the whole o f the D e n ativitatibu s o f ‘Umar al-
Tabari to which it forms one o f a collection of appendices : see A b ü M a 'sa r on
H isto rica l A stro lo g y, II, p. 342.
91 ‘Liber arborum’ implies the title kitãb al-th am ar (collective plural) rather than
kitãb al-tham ara (nomen unitatis) which would be the more accurate equivalent o f the
Greek title : ho k a rp o s, and which is given in the Arabic bibliographies ; see
R. LEMAY, “Origin and Success o f K itã b [a l-]T h a m a ra o f Abu Ja‘far Ahmad ibn
Yüsuf ibn Ibrâhîm from the Tenth to the Seventeenth Century in the World o f Islam
and the Latin W est”, in P ro ceed in g s o f th e F irst In tern ation al S ym posium f o r the
H istory o f A ra b ic Science, II, ed. A. Y. AL-HASSAN et al., Aleppo, Institute for the
History o f Arabic Science, 1978, pp. 91-107. It is not yet clear which o f the several
Latin versions of the C entiloquium is by John o f Seville.
STRATEGY OF REVISION IN ARAB IC-LATIN TRANSLATIONS 93

conforms to V 92, using ‘pervenerit profectio’ instead of the simple


‘pervenerit’ (intahã G 2242), and the fact that roman numerals are used
in the earliest manuscripts of the text may confirm that the work predates
the translation of the De magnis coniunctionibus. It is remarkable that
there are no references to any work other than these three ; this, if
nothing else, places the De magnis coniunctionibus in the same context
as the translations of John of Seville and Limia.
One is bound, therefore, to ask what is the relationship of the two
versions of the De magnis coniunctionibus (DMC) to the companion
work by Abü M a‘shar, the Liber introductora maioris ad scientiam
judiciorum astrorum (LIM), whose translation is attributed unambi­
guously to John of Seville and Limia93. LIM accompanies DMC in nine
of its twenty manuscripts94. Like DMC the work is transmitted in two
versions, of which the second makes use of an Arabic manuscript which
was not used in first. Richard Lemay attributes the revision to Gerard of
Cremona, on the grounds that Daniel of Morley recalls attending a lecture

92 This text, which begins ‘D ixit Kankaf Indus’, is edited in A b ü M a 's a r on


H isto rica l A stro lo g y, II, pp. 343-4.
93 The follow ing argument makes use o f the recen t edition o f the L i b e r
in trodu ctora m aioris, by Richard LEMAY : A b ü M a 'sa r al-B a lh l [A lb u m a sa r] L iber
in tro d u c to ra m a io ris a d scien tia m ju d ic io ru m a stro ru m , 9 vols, Naples, Istituto
universitario orientale, 1995-6 ; the references are given in the form ‘Lemay’ plus the
volume and page number. Two thirteenth-century manuscripts give the full name of
John o f Seville in the colophon to the work : Paris, Bibliothèque de l ’Université, lat.
640 (Tohannis Hyspalensis ex Luna’) and Cambridge, University Library, Kk. I. i
(Tohannis Hyspanensis ex Luna’) : see Lemay, VI, p. 678. I see no reason not to
read this full name here, as in the colophons to other texts by this translator : L IM
should be added to the works o f this translator discussed in C. BURNETT, ‘“ Magister
Iohannes Hispalensis et Lim iensis’ and Qustä ibn Lüqâ’s D e differen tia sp iritu s e t
anim ae : a Portuguese Contribution to the Arts Curriculum?”, in M ediaevalia. Textos
e estu dos, 7-8 (Porto, 1995), pp. 221-67.
94 This is demonstrated in LEMAY, IV, pp. 4-5. See also IDEM, “Fautes et
contresens dans les traductions arabo-latines m édiévales : L ’In tro d u c to riu m in
astronom iam d’Abou Ma'shar de Balkh”, in X I f C ongrès in ternational d ’h istoire des
scien ces, Paris, 1968), pp. 101-23.
94 Ch. BURNETT

of Gerard’s on the book95. Whether or not Gerard is the reviser, it is still


relevant to ask whether this reviser of LIM is the same as that of DMC96.
First, it must be stated that the differences between the two versions
of LIM are not as great as those between the two versions of DMCT97 ;
also the glosses in the former work are far less extensive. The
distribution of the two versions of each text in the manuscripts does not
tell us very much. For MSS V and M are both manuscripts of the revised
version of LIM ; the ‘earlier’ versions of each text did not travel
together. The difference in terminology, however, may be more
significant98. One may compare the following characteristics of the J
(John of Seville) and G (so-called Gerard of Cremona) versions of LIM
with V and C of DMC. :
1) Version J uses ‘effectus et destructio’ for al-kawn wa-1-fasäd
(‘generation and corruption’), while G uses ‘generatio et corruptio’. In
Version V the phrase is translated ‘effectus et corruptio’ (I 3 and 48)
which C changes to ‘generatio et corruptio’, while, to the several
translations given oïfasâd (G 1694) on its own, C frequently adds the
gloss ‘corruptio’. But J and V also sometimes use ‘corruptio’ too.
2) Version J uses ‘esse’ for hai whereas G uses ‘habitudo’ or
‘dispositio’. There is a tendency to replace ‘esse’ by ‘dispositio’ in C,
both for hai (G 544) and for hala (G 545).
3) For ittisâl (G 2838) J uses ‘coniunctio’ while G uses ‘continu­
atio’. While both terms are used in V and C , on three occasions C
replaces ‘coniunctio’ with ‘continuatio’.
4) Version J uses ‘vestigium’ where G uses ‘impressio’ for ta ’thlr
(G 12). As we have seen (p. 78 above), C replaces ‘vestigium’ with
‘impressio’ before both versions settle for ‘impressio’.

95 See p. 51 above. Lemay does not adduce any evidence from the terminology
and style o f other translations firmly attributed to Gerard.
96 Comparison o f the differences between the two versions o f the star catalogue in
the A lm a g est attributed to Gerard o f Cremona (A and B), ed. P. KUNITZSCH (see n. 6
above), does not suggest that we are dealing with the same two translators as those
involved in either D M C or LIM.
97 The revision o f LIM did, however, include the retranslation o f two whole
chapters — I, 3, and VI, 16 (see LEMAY, IV, pp. 242-74) — a procedure not found in
DM C.
98 For comparison in terminology see LEMAY, IV, pp. 235-6 and 271-4.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 95

5) For temiti (G 263), J has ‘perfectus’ where G has ‘completus’.


While both V and c usually have ‘perfectus’, on two occasions C uses
‘completus’ where V substitutes the noun ‘complementum’.
6) For hulül (G 507) J uses ‘presentía’, G ‘descensus’. In DM C
‘presentía’ is at first used, but thereafter C favours ‘descensus’.
7) While in both versions of DMC ‘significationes’ is the translation
for dalãlãt (G 175), whereas J uses ‘indicia’ and G uses ‘significationes’,
the distinction between ‘indicare’ (v) and ‘significare’ (C) can be found
in the translation of andhara hi (G 2122).
On the other hand :
1) Version J translates f i ‘l (G 1713) as ‘opus’ or ‘effectus’, whereas
G uses ‘actus’ regularly. In fact, ‘actus’ is the translation used by both V
and C.
2) In the case of taghyir, J uses ‘mutatio’ or ‘conversio’, whereas G
uses ‘alteratio’99, which contrasts to the tendency of C to use ‘mutatio’
in place of v ’s ‘alteratio’ in the case of the root GH-Y-R in general (see
G 1650 and 1654-6).
3) Also, m ithãl (G 2020) is translated ‘similitudo’ by J, but
‘exemplum’ by G, whereas both v and C favour ‘exemplar’, and, on one
occasion (VIH 291), C uses ‘similitudo’ where v uses ‘exemplum’.
Lemay admits that neither J nor G are consistent in their
terminology, and one can look only for evidence of preferences, rather
than rigorous applications of principles. On this count, it is plausible that
the same two scholars were involved in each work. A detailed
examination of the terminology used in both texts should reveal more100.
This examination cannot be undertaken here. However, there is another
piece of evidence that would seem to be suggestive of a relationship,
namely that of the glosses.
In only one manuscript of LIM is there a significant number of
glosses. This manuscript, however, is MS Harley 3631 (= S), which
Lemay claims to be the very manuscript in which the reviser’s hand can
be seen : it consists of the original version, with the revisions added in

99 See further LEMAY, ‘Fautes et contresens’ (n. 94 above), p. 114.


100 E.g. C glosses ‘pars secretorum’ (sa h m a l-g h a y b G 1 6 4 8 ; cf. 'pars
absconditi’ V) as ‘pars futurorum’ which is the word used in L IM VIII, diff. 3 :
LEMAY, V, p. 329.
96 Ch. BURNETT

the margin, and the glosses are those of the reviser, who also added the
date of copying (April, 1171)101. What Lemay did not point out was that
the copy of DMC in the same manuscript is written in a very similar hand
to that of the well-known collection of Gerard’s translations, Paris,
BNF, lat. 9335.
It is clear that Paris, BNF, lat. 9335 is a sister manuscript to Paris,
BNF, lat. 15461 (which includes the version by ‘magister Iohannes’ of
Liber Alchorismi de pratica arismetice and a calendar for Toledo for 1143
to 1159) and Vatican City, BAV, Ross. lat. 579 (a manuscript of Gerard
of Cremona's translation of Euclid’s E lem en ts)102. These three
manuscripts share the same system of ruling, the same hand, and the
same system of catch-words at the ends of quires. They are all deluxe
manuscripts. MS S has the same ruling as these manuscripts, and for
fols 58-100, apparently the same hand. The system of catch-words is not
identical : while the catch-words are in rubric (sometimes) and enclosed
in a box, as in the other manuscripts, the sides of the box are interrupted
with two cross-bars in MS S, instead of being continuous103.
Altogether, MS S gives the impression of being a less deluxe
manuscript, and perhaps even a working copy, written on defective
parchment104. While the hand apparently common to MS S and the other
manuscripts is different from that of the hands that wrote LIM in MS
S105, it is at least clear that we are dealing with a manuscript which is at
the very heart of the transmission of the two major works of A bü
M a‘shar.

101 Not 1170 as reported by in Lemay, IV, pp. 125-9 (see Figure IX). The copy
o f LIM in MS S is not unproblematic in that the text has been written in at least two
different hands, and the glosses, too, have been added by several hands.
102 See M.-T. D’ALVERNY, “Translations and Translators”, in R en aissan ce a n d
R enew al in the Twelfth C entury, eds R. L. BENSON and G. CONSTABLE, Cambridge,
Mass., Harvard University Press, 1982, pp. 421-62 (at 458-9) and M u h am m ad ibn
M ûsâ al-K h w ârizm ï, Le C alcul indien (A lgorism us), ed. A. ALLARD, Paris, Librairie
scientifique et technique Albert Blanchard, 1992, pp. xv-xvi and xxxix-xl.
103 See Figure X , b -e. The lay-out o f the bottom o f the box in MS S can no
longer be known since the lower margin o f each folio has been trimmed.
104 The comparative number o f lines to a column are : Paris, BNF, lat. 9335 :
59, BNF, lat. 15461 : 51, BAV , Ross. lat. 579 : 44, and MS S : 45.
103 At least two hands wrote the main text, with a change o f hand occurring half
way down the column on fol. 48rb. It is possible, however, that the hand that adds a
passage to the long note to D M C I 160 (fol. 59vb) and adds tails to the Hindu-Arabic
‘3 ’s on fol. 60r is the same as the main glossing hand in LIM.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 97

The similarities in the glosses are as follows :


1) ‘Sensus huius loci est’ introduces a long note to LIM, V, 705,
just as long notes in C begin with ‘sensus huius (littere) est’ (Il 203, Il
967, VH 25, VHI 70).
2) ‘Subaudi’ (‘understand is used in the glosses to both
texts : cf. LIM VI 2004 and DMC 66q, 104s, 185j, 300z, 306z.
3) Both glossators use ‘in alio’ notes : cf. LIM VÏÏI 367, 1773 and
DMC passim.
4) Compare LIM IV 260 — ‘nota quod ipse vocat... ’ — with the
beginning of the long note to DMC V I626 : ‘nota quod hic... vocat’.
5) Both glossators refer to Alchabitius : cf. LIM 523 (a gloss which
Lemay could not read) ‘coniunctione hic vult introitum Solis in signo et
hoc voluit Alchabitius [...] coniunctionem esse in [...] scilicet in primo
minuto’), and the long notes to DMC V I37 and VIH 159106.
6) The glossator in LIM finds it natural to use Hindu-Arabic
numerals, which he often adds above the Roman numerals in the text107,
just as C uses Hindu-Arabic numerals with confidence.
In regard to terminology, one may note that :
1) In LIM, n, 53 ‘una stella que dicitur Adueba’, is glossed ‘i.e.
stella habens comam’ ; cf. C’s translation of comets as ‘stelle comas
habentes’ in contrast to v ’s translation : ‘stelle habentes caudas’ (G 786).
2) For the Arabic yurïd. (G 904 ‘it wants, it is on the point of’)
LIM, VI 2008 provides the translation ‘velit’ glossed as ‘i.e. incipit’,

The only other authorities mentioned in the glosses to L IM are Albumasar


(see below) and Zael : see L IM V 753 : “Zael dicit quod terminus coniunctionis
planetarum in uno signo est cum fuerint inter utrosque .12. gradus et infra”.
1°7 The text o f L IM in MS S is inconsistent in using Roman and Hindu-Arabic
numerals. It has evidently been copied from a text that uses the distinctive
compendium for ‘.x l.\ which appears in manuscripts o f Raymond o f M arseilles’s
works, but which was usually mistaken for \ x . ’. Whilst the scribe regularly writes
‘.x .’ for this compendium (Lemay claim s, wrongly in my opinion, that he
differentiates between ‘.x.’ and the compendium for ‘.xl.’), the glossator generally
writes the right value in Hindu-Arabic numerals — e.g. to L IM II 40, 55 and 85 —
and has greater confidence in using the latter than does the scribe o f S : see LIM IV
80 ‘.c. milia et .28. et .94.’ glossed as ‘.128094.’.
98 Ch. BURNETT

while DMC, II 424 (61m) translates ‘incipit’, which C glosses as ‘vel


velit’.
3) Two words used only by C in DMC — ‘cibaria’ (G 586) and
‘repentia’ (G 1346) — occur in the glosses of LMC, at HI 233 and III
1683, respectively.
The most intriguing of these glosses is the one to LIM, VII, 734-5
(‘Signum autem nonum et decimum et undecimum aspicit a dextris,
signum vero tercium, quartum et quintum aspicit a sinistris’) :
MS S, fol. 43r : Hoc est contrarium ei quod dictum est in Libro
coniunctionum. Ibi enim dicitur quod unumquodque signum quod ascendit
ante signum est in sinistra parte eius, et omne signum quod ascendit post,
est in dextra parte eius.

‘Liber coniunctionum’ is the earliest short title of DMC, occurring at


the beginning of Part III and in the colophon to the text108. This citation
can be found in DMC VIE 80-1 which reads as follows in version V :
unumquodque signum quod ascendit ante signum est in sinistra parte eius
et post omne signum quod ascendit est in dextra parte eius.

Every sign which ascends before a sign is on its left side, and every sign
which ascends afterwards is on its right side.

V is following the word-order of the text of Arabic MSS BE


slavishly, which puts the ‘afterwards’ (ba‘d) in an awkward position.
The glossator in LIM, on the other hand, agrees with Arabic MS N in
putting ‘afterwards’ (in MS N : ‘after it’ ba'dahu) in the expected
position. The meaning, however, would appear to be the same, and
corres ponds to a statement in C’s gloss to the passage : ‘sinistrum est
ante et dextrum retro’109. What is interesting is that, in the text of
Version C, there seems to be an attempt to change the wording so that the
statements in DMC and LIM correspond, but it was not completely
followed through110 :
unumquodque signum ascendit ante signum quod est in sinistra parte eius
et post omne signum quod [ascendit] est in dextra eius.

108 See A b ü M a 'sa r on H isto rica l A strology, I, pp. 611-2.


109 A bu M a 'sa r on H isto ric a l A stro lo g y , II, p. 332. The English translation
ibid., I, p. 483 is wrong.
110 ‘Ascendit’ appears to have been left in the text by mistake.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 99

Every sign ascends before a sign which is on its left, and after every sign
which is on its right.

The glossator to LIM had no need to make a reference to DMC at all


at this point. The most economical explanation of what is happening here
is that the glossator of LIM is the same as the glossator of DMC ; since
the latter is also the reviser of DMC, it is to be expected that he might
have tried to change the text of DM C to make Abü M a‘shar self-
consistent.

VII. Conclusions

Only tentative conclusions can be reached at this stage of research.


1) It is plausible that the same two scholars (J 1 and J2 ) were
responsible for making the earlier and the revised versions, respectively,
of both LIM and DMC
2) J2 may, in addition, have written glosses to both texts.
3) The revision of DMC could have been made after the glosses to
LIM were written, but it must be borne in mind that there are no
references to LIM in DMC.
4) The attributions of LIM suggest that J1 is John of Seville and
Limia.111
5) There is no evidence from the manuscripts concerning the
identity of J2/C (if he is not the same as J1 ; see p. 78-9 above). He is
evidently writing for an audience in Toledo, and his language is
influenced by the Spanish vernacular, but comparison with translations
firmly attributed to Gerard of Cremona is needed before the latter can be
identified with J2 .
6 ) The context for the glosses in C is Toledo. Thus the glossed
copy of C was not intended initially for export abroad, but for teaching in
Toledo itself.

111 Whether the evidence o f religious prejudice against Islam, which is more
marked in V than in C (see above, p. 64) can support the designation o f John o f
Seville and Limia as a ‘bishop’ (as is found in som e manuscripts : see BURNETT,
‘“Magister Iohannes Hispalensis et Limiensis’”, n. 93 above, pp. 234-6) is a matter
o f opinion.
100 Ch. BURNETT

7) However, the lack of contamination between v and C 112,


suggests that V and C travelled separately from each other, and that it
was probably V which remained in Toledo, whilst C was exported,
probably via northern Italy113.
8) Finally, in spite of the implications of the two statements about
how translations were made at Toledo, quoted at the beginning of this
article, there is little evidence in the two versions of D M C for the
participation of an interpreter who interpreted the Arabic text orally for a
Latin scholar114.

TABLES

Table I : The differences in terminology between the two


Latin Versions

In the following table the Arabic term is followed by the serial


number (preceded by ‘G’) of the Arabic word in the Arabic-Latin
Glossary in A b ü M a sa r on Historical Astrology, II, pp. 355-493
(proper names are not included in this glossary, but in separate indexes,
ibid.., pp. 557-64), and the equivalents in V (before the colon) and C
(after the colon). English translations are given for astrological, medical
and mathematical technical terms.

112 E.g. the failure o f MSS o f C to add the missing horoscope in Part II, chapter
8, from a copy o f V (see p. 91 above). The earliest manuscript o f C to include
readings from V in the form o f glosses is Z, copied in A.D. 1338.
113 In three MSS o f the C version D M C is followed by a work which ends with
an observation made in Cremona on 23 March 1191, while in MS C ‘B ononia’
(Bologna) is once written by mistake for ‘Babilonia’ : se s A b ü M a 'sa r on H isto rica l
A s tr o lo g y , II, p. xxiii. The same observation has been added to a manuscript o f
Gerard’s translation o f the A lm a g e st, Berlin, lat. fol. 753 : see KUNITZSCH, D e r
S tem k a ta lo g (n. 6 above), II, p. 19, n. 69.
114 See pp. 51-52 above. For another examination o f the possible role o f
‘Galippus’ and the Spanishness o f Gerard’s Arabic, see KUNITZSCH, ‘Gerhard von
Cremona als Übersetzer des Almagest’, n. 51 above. It is notable that Gerard does not
appear to introduce Italian elements into his translations.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 101

if a (G 98) impedimentum/ infortunium : pestis


ba 's : dhaw ü al-ba 's (G 114) feroces : strenui
b ir sim (G 149) frenesis : pleuresis ( ‘pleuresy’)
burûq (G 150) and saw à'iq (G 1254) fulgura/fiilgora : coruscationes
buldän (G 202) civitates/regiones : terre
bà a (G 220) libido : coitus
ibäna (G 234) demonstratio : explanatio
tathlíth (G 289) trinitas : triplicitas ( ‘trine aspect’)
tham ar (G 295) arbores : fructus
ju z (G 346) gradus : pars ( ‘degree’)
ju m a l (G 378) collectiva : summa
ja w w (G 393) aer : orizon
hublä (G 420) and hãm ila (G 533) pregnans : pregnata
ahzän (G 462) tristitie/contristationes : constrictiones
m ahsür (G 482) occupatus : obsessus ( ‘besieged’)
basan (G 485) litheasis : lapides ( ‘<bladder> stones’)
hulül (G 507) positio : descensus ( ‘staying’ [of a planet])
m ahm üd (G 525) laudabilis : fortunatus
hãm ila (G 533) : see hublä (G 420)
häla (G 545 ; cf. M l G 544) esse/maneries : dispositio
h ila (G 547) ars/ingenium : fraus/defraudatio/ingenium ; see also m akr (G 2058)
kharäj (G 576) redditus : portaticum
khisb (G 606) fertilitas : herbositas
khusüm äl (G 613) cause : placita
d a b ü r (G 682) Favonius : ventus occidentis
dh aw ä’ib : see kawãkib dhawät al-dh aw ä’ib (G 1947)
d aw la (G 740) vicissitudo regni/regnum : vis/vicissitudo
ra 'ïy a (G 869) and ‘awâm m (G 1546) populus : plebs
ruküd (G 890) and sukün (G 1049) equitudo : quietudo
al-R üm and rü m î (II, pp. 558-9) Grecus : Romanus
z ä ’irja (G 916) figura : rahizegetu/zahregatu (‘horoscopic chart’)
istitär (G 992) demonstratio : tegumentum
Sahara (G 997) nigromantici : experimentores
sukün (G 1049) : see ruküd (G 890)
sunan (G 1081) and s iy a r (G 1112) mores : consuetudines
sa w d ä ’ (G 1094) and m irra sa w d à ’ (G 2032) colera nigra : melancolia ( ‘melancholy’)
siy a r (G 1112) : see sunan (G 1081)
suyül ( G i l 15) inundationes/decursus aquarum : aqueductus
s h a ’n (G 1117 ; cf. h ayba G 2315) esse : umbra
sharäb (G 1147) vinum : potus
sham äta (G 1190) opprobrium : vendicatio
sh an ï' (G 1198) malus/turpis : extraneus
102 Ch. BURNETT

saw â'iq (G 1254) : see burüq (G 150)


sifr (G 2473) circulus : cifra/nichil ( ‘zero’)
a tib b ã ' (G 1333) mediei : phisici
ta'äm (G 1346) annona : panis
zu lm (G 1395) iniuria : iniustitia
zuhür (G 1405) scapule/dorsum : coste
‘a q d (G 1512 ; cf. G 1514) ligatio : obligatio
m u'älijün (G 1525) phisici : pratici
‘awãm m (G 1546) : see ra'Iya (G 869)
ta g h y ïr (G 1653), tagh yïra (G 1654), tagh ayyu r (G 1655) and ta g h iy u r (G 1656 ; cf.
G 1650) alterado : mutatio
ghuyüm (G 1657) nebule : nubes/nubila/nubilia
f a s i d (G 1694) and ifsâd (G 1695) impedimentum : destructio (g lo sse d ‘corruptio’)
q a d (G 1762) iam : iam/aliquando/multotiens
qaV (G 1821) abscisio : incisio ( ‘cutting o f f )
m unqalib (G 1835) mobilis : conversivus ( ‘tropical’)
q a y ’ (G 1869) nausea : vomitus
kitãb (G 1879) and m ukãiaba (G 1882) epistola : carta
al-K û fa (II, p. 560) Mesopotamia : Alcufa
kaw ãkib dhaw ãt a l-d h a w ã ’ib (G 1947) stelle caudas habentes : stelle comas habentes
( ‘comets’)
kawn (G 1949) effectus : generatio a n d generatio : esse
a lq i (G 1986) demere : proicere ( ‘to cast’ [of lots])
m irra sa w d ä ’ (G 2032) : see sa w d ä ’ (G 1094)
m iz ã j (G 2042), m u m ã za ja (G 2043), ta m z î j (G 2046) and i m t i z i j (G 2047)
commixtio : complexio
m akr (G 2058) w a h iyal (G 547) ars et ingenium/ingenia : fraus et deceptio
m illa (G 2060) secta : gens
näm üs (G 2088) constitutio : lex
nabal (G 2089) plante : vegetabilia
an diya (G 2120 ; cf. nadäw a G 2119) rores : humiditates
m unâza’a (G 2131) guerra/lis : rixa
m utanazzahät (G 2137) deportationes : loca amena
nufuq (G 2202) pretiositas : caristia
nuqsãn (G 2211) diminutio : detrimentum
nikäh (G 2229 ; cf. G 2230) coniugium : sponsalitium
in tih â '(G 2245) perventio : profectio ( ‘terminal point’)
halak (G 2287) destructio : mors
hayba (G 2315) : see sha'n (G 1117)
h ayj (G 2317) ebullitio : aneptio/commotio/fervor
w arn ' (G 2358) religio : honestas
w a q i (G 2414) tempus : hora
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 103

Table II : Examples of alternative translations of the same


Arabic phrase in Version C

Arabic C’s text C’s gloss

I 33—4 (5/) is only accipitur a motibus in alio : non accipitur nisi


0innamã ) obtained from naturalibus a motibus naturalibus
natural movements

II 87 (39 d) As for how to scientia vero qualitatis in alio : qualitas vero


know how to discover cognitionis qualiter illud scientie illius erit per
this, one should consider adinveniatur est ut considerationem partis
the lot o f rulership consideres partem regni regni cuius etc.
w hose... cuius...

I I 322 (55c) Discovering Scito quod scientie qualiter vel sic : consideratio
the knowledge o f the extrahatur eorum mora extractionis scientie more
length o f their periods is consideratio dividitur... eorum dividitur etc.
divided in its
consideration...

I I 527 (68a) On the kind o f de causis detrimenta eorum vel : de quidditate scientie
illnesses they have, significantibus occasionum detrimenta
indicating their disasters eorum significantium

n 572 (7 lo ) without the et non aspiciant eum in alio : sine aspectu


aspect o f benefies to it fortune fortunarum

III 130 (11 lz) together cum multa regum in alio : quod multum
with frequent search by inquisitione rogabunt scilicet reges
kings

m i5 4 ( 1 1 2 g ) plenty of multam devirginationem in alio : multam


dishonouring o f women by mulierum apud reges discoopertionem mulierum
rulers ante reges

V 605 (182o) much multum esse inobedientes in alio : et multam


recalcitrance of women viris suis mulieres elevationem mulierum
towards their husbands super viros suos
104 Ch. BURNETT

Table i l l : The vernacular words in the glosses in C

The Arabic word in Abü M a‘shar’s text is followed by the


translations in versions V and C, the gloss in C, and the Spanish cognate,
with an indication of the Arabic word from which the gloss (and Spanish
word) derive, if different from the word in Abü M a‘shar’s text. The
words marked by an asterisk * are composed of the Arabic singular form
plus a Romance plural ending. The alphabetical order of the glosses is
followed.

Arabic word and V/C’s text C’s gloss Spanish cognate


meaning (Arabie etymon)

al- hasba (G 479) morbillus ahasaba n o t known


measles

a l-q u w w id (sg. al- duces alcadis*/ alcaidi alcaides*


q i'id G 1846)
‘governors (of
fortresses)’

al-qusür (sg. al-qasr aule alcaseres* alcázares*


G 1810) ‘fortresses’

a l-w u z a ri’ (sg. al- prepositi alguazil/ awaziles* alguaciles*


w a ztr G 2363)
‘viziers, provincial
governors’

a l-lu ’lu ’ (G 1960) margarite aliofar aljófar (from al-


‘pearls’ iawhaf)

al-kharäj (G 576) redditus alkile alquiler (from a l­


‘tax’ iará’)

al-basãtln (G 156) viridaria almunie almunia (from al-


‘gardens’ m «nya)H 5

al-wulãh (G 2445) prepositi/ almus irifi 115 almojarife (from al-


‘chiefs’ villici mushrif)

See R. DOZY, S u pplém en t aux d ic tio n n a ire s a r a b e s , Leiden, E. J. Brill,


1927, s.v. : ‘vaste jardin’.
115 The reading o f the MSS is unclear.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATESTTRANSLATIONS 105

a1-sa‘ãlik (G 1255) fures/ arloti arlotes (from Gallo-


‘beggars’ pauperes Romance)

al-furüsïya (G militia cavalaria caballería


1680) ‘cavalry’

a l-ru ‘b (G 867) pavor coardia cobardía (cf. OFr


Tearfulness’ coart)

al-kharãb (G 570) destructio ermamentum ermamiento


‘laving waste’

a l-‘aqd (G 1514) ligatio federamentum federamiento


‘treaty’

al-m ãshiya (G ambulantia gana(n)dum ganado


2051) ‘cattle’

al-shaghab (G labor/correctio kermamentum/sker- escamimiento (later


1179) mamentum escarmiento)^ ^
‘trouble,
disturbance’

al-sharzt (G 1168) (a asmata/ pena sscere maluero n o t known


skin disease)

al-zukãm (G 924) reumatizmus/coriza m orinum ll8 morriña


‘catarrh’ (?) (VC)

occasiones mali/ perdimenta perdimientos


al-m adãrr (G 1305)
dampna
‘harms’

a l- ‘afw (G 150) miseratio perdonantia perdón, w ith a


‘pardon’ regularly-formed.
suffix

al-ghum üm (G tristi tia/angustie rancure rencuras1!®


1634) ‘griefs’

The Spanish word means ‘exemplary punishment’, which also makes sense in
the context.
I ' 8 Described in a gloss to V 83 (153d) as ‘sanies which issues from the noses o f
birds and horses’ (cf. ‘murrain’), though zukãm is only a disease o f men.
11® ‘Ran-’ rather than ‘ren-’ suggests a French derivation.
106 Ch. BURNETT

al-munãza ‘a (G guerra/rixa refertamentum reyerta < refierta,


2131) ‘fights’ with a regularly-
form ed suffix

al-jund (G 388) milites soldati soldados (perhaps


‘soldiers’ from Italian)

al-da ‘ä ’im (G 698) fundamenta/ sustentamenta sustentamientos


‘supports’ columpne

Table IV : A comparison of the variant readings in the Latin


Versions and the Arabic manuscripts

In the following table a small circle ° indicates that the two Arabic
words translated look very similar to each other. The sigla of Arabic
manuscripts BNET are given (see p. 54 above). Frequently MS E’s text
cannot be read because of damage to the manuscript ; MS N’s reading is
sometimes lacking because the text in the manuscript is slightly
abbreviated ; MS L has not been mentioned since it is dependent on B ;
MSS MC and V are too remote from the Latin text to be useful.

V V in alio C C in alio

I 140 circulum = B cifre = E

1289 ad ipsum = EN i.e. signum ... ad signum


triplicitatem = .. .coniunctio
BT

1 449° (30 o) lunam = E lunam in alio : boves


= BT

I I 149 etatum = B occasionis = N

n i5 6 - = NT add. sicut = B

I I 240 in trinitate eius in triplicitate


Saturnus = BE Saturni = NT

I I 274 infortuniis = infortunis = N


BET
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 107

II 300 - = BEN add. unius - T

n 433 quantitati quantitati = E


medietatis =
BNT

I I 442“ (62v) verius = BNT verius in alio :


brevius = E

n 446“ (62y) fardareth = BT in alio : con- fardareth


iunctionibus =
N

n495 Sol = ENT due partes = B

n 505 astronomici = astronomici s. moderni =


E BNT

n 574“ (7Ir) in aliquo = in alio : in fine in fine


BET =N

II 592 non perficitur = in alio : non non perficitur


BN erat ‘non’ = E

II 630“ (74z) mundi = N in alio : elevantis


elevantis = BT

II 653-4 (76«) et Mars fuerit in alio : non ph rase om itted


in Cancro = BN erat ‘et Mars
etc.’ - ET

II 657 (76<7) Tauro = B in alio : Ariete Ariete


= ENT

I I 666 sui sexti et sui sexti et septimi


octavi = E et octavi =
BNT

n 728 a d d die - = ENT


Mercurii = B

I I 753 (84y) .27. = BENT .27. in alio : .29.


(= Ibn Mâiûr)

I I 756“ Arabes = BNT occidentem = E

ÏÏ 787“ (86/) bestiarum = in alio : bestiarum


BNT elevantis = E
108 Ch. BURNETT

II 812° (87 jc) Arabes = TN in alio : Arabes in alio :


occidentales = occidentales
B

I I 851° (89í) remissius = in alio : remissius in alio : fortius


BEN gravius = T

II 851° (89 m) angustia = BEN in alio : angustia.. .com­


universitate = T muniter (B +
T)

II 862 laborum = EN adulterorum


T

m i - = NT add. libri
coniunctionis
albumasar = BE

m 41°(105rf) pecunie = B in alio : regum secte vel regis = NT


=E

m 46° Saturno = NT homini = B

m ii4 ° delectationem = defensione = B


NT

m ii7 ° cornent se = adherere fidei =


BN T

m 164° (113*) querentium = B in alio : canum querentium


= NT

H I204 luna - BNT planetarum = E

IV 29 prosperitate = B malitia = N prosperitate vel bonitate

IV 54 erunt = T multiplicabun­
tur = BEN

IV 69 humore et temperantia = B vel suavitate


mansuetudine =
N

IV 185 (133Í) animalium in alio : animalium


IVI locustarum cf.
EN
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 109

IV 261 -= N a d d et
occasiones =
BT

V 31 - = EN a d d secundum
contrarium
illius = BT

V 112 a d d in fine - = ENT


meridiei = B

V 177 paupertate = angustiis = BT


EN

V 242 regi = ENT regibus - B

V 322 - = EN add. fructuum


et = BT

V 493° (176z) vindemia = BT in alio : vindemia in alio : ordei


ordeani = EN

V 656 e x .. .ad = NT inter.. .et = B

V 703“ (188/) malum, cf. N malum in alio :


maluero = BET

V 794 multitudine = T nocumento = B

V 879 (198?) paucitatem paucitatem in alio :


egritudinum = egritudinum multas pluvias
BNT =E

V 907° vincent = ET apparebunt = B

V 9 7 1 ° (202p) annone = B al. caprarum = annone


E

V I 28” (208c) utuntur = B in alio : utuntur in alio :


significant = significant
NT

VI 37 7 = ET 9 = BN

V I 79 a d d in -=B
Babilonia =
ENT

V I 147 (214è) regem = BN in alio : regem


hominum = E
110 Ch. BURNETT

VI 161 add. mortalita­ -=B


tis et = N

VI 171 -=E add. plurium =


BNT

VI 248 gravationem = vel esse = BT multum esse


EN (,im plies EN +
BT)

VI 282 (221 h) humiditatem in alio : multas


aeris = B NT significat.. .ad- cedes.. .inter se
invicem = E =E

VI 333 (225e) aquarum = B in alio : aquarum in alio :


herbarum = herbarum
ENT

VI 364° in Arabibus in occidente =


T BEN

VI 461° tumultum = detrimentum =


EN B

VI 593 add. quarundam - = BET


=N

VI 632° (2410 inimicorum = in alio : rorum inimicorum in alio :


B = NT humiditatum

VI 683 bonitatem = B multitudinem =


ENT

VI 685 add. mortem -=B


cadere = EN

VI 736 (2470 scriptorem = E in alio : Mercurium = B


scorpionem

VI 764 - = ENT add. <in>vere-


cundiam = B

VI 774 add. quarundam -=B


=N

VI 886 (256 h) guerras = BE in alio : nubes nubes


=T
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 111

V I 9 2 9 °(259a) superfluitate = in alio : superfluitate in alio :


BET paucitate = N paucitate

V I 1037 in fine = E succedente = T

V I 1039 a d d sicut -=T •


passeres = BE

VO 44° (271/) pecuniarum = in alio : pecuniarum in alio :


BE mercationum mercatorum
X

V D82° dispositionem dissipationem =


= ET B

VII 138 {211b) ex censibus et in alio : absconsionem


propriis = BEN subterrare censuum
census = T

v n 146 (277c) viridaria = B in alio : ... viridaria


fabricationes =
NT

VII 202 a regibus = BE super reges = T

VU 310 (288d) discretionem = in alio : disiunctionem


B interfectionem
= ENT

v n 405 (293 d) in ascendente = in alio : in eo in eo


BN = ET

VID 23° (296«) dominio - T significatione = in alio :


BEN dominio

v i n lo i add. miscuerit - = BNT


lumen suum
nec = E

v m 109° angulis = BE, in alio : temporibus


(3020 T in the m argin temporibus =
NT

v m i3 6 tempus = B fortitudo = NT

v n il4 7 - = BN a d d et locis
T
112 Ch. BURNETT

v m 189 fardarieth = T coniunctionum


= BN

v m 2 3 0 (312c) firdarieth = EB in alio : significationes


significationes firdarieth = T

V m 265 servata = E messes = B

vm 273° seminibus = E pravitatibus =


B

T h e F ig u r e s

I MS Vienna, Österreichische Nationalbibliothek, 5478, fol. 105r.


The depiction of Hindu-Arabic numerals
II MS London, British Library, Harley 3631, fol. 59v. The
depiction of Hindu-Arabic numerals.
HI MS Cambrai, Bibliothèque municipale, 168 (163), fol. 98v. The
numeral ‘141’ in the ninth line has become ‘blob’ and a marginal
comment has been added : ‘hec littera non habet numerum ut intellexi’
(‘this writing does not contain a number as I have understood it’). Other
manuscripts have what is likely to have been the original phrase : ‘hanc
litteram nec hunc numerum intellexi’ (see p. 67 above).
IV MS Vienna, Österreichische Nationalbibliothek, 5478, fol. 176r.
A boxed numeral.
V MS London, British Library, Harley 3631, fol. 108r. The first
horoscope in Part VIH, and the unfilled grids for the planetary values.
VI MS Vienna, Österreichische Nationalbibliothek, 5478, fol. 175v.
The horoscopes in Part VEI.
VII. MS Teheran, Malik 3106, pp. 256-7. The horoscopes in Part
vm with the planetary grids filled in.
VÜI MS El Escoriai, Biblioteca real, 937, fol. 84v. The horoscopes
in Part VIII.
IX MS London, British Library, Harley 3631, fol. 57v. The
colophon to Albumasar, Liber introductora maioris ad scientiam
Judiciorum astrorum, mentioning the date of copying.
STRATEGY OF REVISION IN ARABIC-LATIN TRANSLATIONS 113

X Catchwords : a MS Vienna, Österreichische Nationalbibliothek,


5478, fol. 140v ; b London, British Library, Harley 3631, fol. 97v ; c
MS Paris, BN, lat. 9335, fol. lOv ; d MS Paris, BN, lat. 15461, fol.
lOv ; e Vatican City, BAV, Ross. lat. 579, fol. 80v.

(Warburg Institute, 27 April 2000)


José Martínez Gázquez

OBSERVACIONES A LA TRADUCCION LATINA DEL


CORAN (QUR’AN) DE ROBERT DE KETENE

Las traducciones latinas del Corán de Robert de Ketene, - la primera


traducción completa realizada a otra lengua desde el árabe, - y la de
Marcos de Toledo y otras traducciones de textos islámicos como la obra
De doctrina Mahumeti, junto con las anotaciones marginales,
frecuentemente eruditas, del Corán de Robert de Ketene, aspectos
analizados con detalle por M.-Th. d’Alvemy1, constituyen un amplio
conjunto de materiales sobre el Islam y la persona de Mahoma, que se
puso a disposición de los círculos cristiano-eclesiásticos en un periodo de
tiempo relativamente corto. La mayor parte de estas obras constituyen la
colección de Pedro el Venerable, también designada como Corpus
Toletanum2.
Se trata de un proceso que se mantuvo vivo por largo tiempo,
iniciado por el encargo de la traducción del Corán por parte de Pedro el
Venerable, enriquecida con las glosas que presumiblemente anotó al

* Este trabajo se ha realizado con la ayuda del Programa de investigación PB95-


0138 de la CICYT del Ministerio de Educación y Cultura.
1 M. Th. D ’ALVERNY, “Deux traductions latines du Coran au Moyen A ge”, en
A rch ive s d 'h isto ire d o ctrin a le e t littéra ire du M oyen A g e , XVI (1947-48), pp. 69-
131 ; M. Th. D ’ALVERNY, “Pierre le Venerable et la Légende de Mahomet”, en
T ravaux du C on grès..., Dijon, 1950, pp. 161-170 ; M. Th. D ’ALVERNY, “Quelques
manuscrits de la ‘Colectio Toletana” ’, en P e te r V en erabilis 1156 -1 9 5 6 . Stu dies an d
texts com m em orating the eighth C entenary o f his D ea th edited by G. CONSTABLE
and J. KRITZECK, Roma, 1956, pp. 2 02-218 ; M. Th. D ’A L V E R N Y , “La
connaissance d’Islam en Occident du IXe au milieu du XIIe siècle”, en L ’O ccid en t e
l ’Isla m n ell'A lto M e d io evo , Spoleto, 1965, pp. 577-602 ; J. KRITZECK, “Robert o f
Kettons translations o f the Qur’an”, in The Islam ic Q u a rterly 24 (1955), pp. 309-
312.
2 N . DANIEL, Islam a n d the W est. M aking o f an Im age, Edinburg, The University
Press, 1960, p. 6-7 ; R. GLEI, (Ed.), P e tr u s V e n e ra b ilis S ch riften zum Isla m ,
Altenberger, 1985 (Corpus Islamico-Christianum, Series Latina, I). D. IOGNA-PRAT,
O rdon n er e t exclure. Cluny e t la so c ié té chrétienne fa c e à l'h érésie, au ju d a ïsm e e t
à l ’islam 1000-1150, Paris, Aubier, 1998.
116 J. MARTINEZ GAZQUEZ

margen Pedro de Poitiers. Se conservan en el ms. 1162 de la Biblioteca


del Arsenal de París, contemporaneo de los protagonistas de estos
acontecimientos, y fué ampliándose sucesivamente e introduciendo las
glosas y los comentarios acumuladas en los margenes de los manuscritos
en el cuerpo del texto. Así nos lo muestra, por ejemplo, el texto del ms.
Lat. 4071 de la Biblioteca Vaticana, del siglo XV, en el que observamos
ya esta acumulación de comentarios e interpretaciones3.
Encontramos en el ms. vaticano un largo comentario sobre los
nombres de Dios, de los que se comentan diez atributos divinos tras la
primera sura. Sigue una explicación en tomo a la primera invocación a
Dios misericordi pioque Deo, la cual se repetirá al inicio de todas las
suras. A continuación se nos advierte sobre la diversidad de interlo­
cutores que aparecen en el Corán. Encontramos también la justificación
de la importancia de la primera sura a la que se llama ‘madre’ de este
libro, aspecto este que resalta el copista en una nueva nota marginal.
Recoge también una traducción literal de esta primera sura, que M.-Th.
d’Alvemy cree realizada por algún mozarabe4. Finaliza con dos nuevos
comentarios en tomo a la idea de la primera sura como madre de todo el
Corán.
Para conocer con detalle las circunstancias que concurrieron a dar
lugar a la ampliación y progresiva recepción en la Europa cristiana a
mediados del siglo XH de los conocimientos sobre el Islam, nos son de
gran utilidad las cartas de Pedro el Venerable y los prólogos que los
traductores antepusieron a las obras cuya traducción efectuaron desde la
lengua árabe al latín, muy especialmente del Corán, el principal de sus
textos.
Robert de Ketene escribe un prólogo propio a su traducción del
Corán con la dedicatoria a Pedro el Venerable en el que encontramos
algunas indicaciones que explican todo lo que concierne a su modo de
trabajo y a los criterios que le han guiado en la realización de su
traducción.
Podemos señalar dos niveles diversos de indicaciones en estas
observaciones :

3 M.-Th. D ’ALVERNY, “Quelques manuscrits de la ‘Colectio Toletana’”, en P e te r


V enerabilis 1156-1956. Studies a n d texts..., pp. 202-218. M.-Th. D ’ALVERNY, “La
connaissance d’Islam en Occident du IXe au milieu du XIIe siècle”, en L ’O ccid en t e
l ’Islam n e ll’A lto M edioevo, Spoleto, 1965, pp. 577-602.
4 M.-Th. D ’ALVERNY, “Deux traductions...” (1947-48), p. 101.
TRADUCCION LATINA DEL CORAN DE ROBERT DE KETENE 117

Las observaciones directamente relacionadas con su modo de


entender la traducción, su forma material de verter el texto y el método
seguido en ella :
- declara estar interesado en unicamente apartar el velo de la lengua
en el texto coránico Arabico tantum semoto uelamine tue maiestati
prebendam, non minus tamen obnixe tuum obsequium aggressus sum,
confixus nil effectum quassari, quo tuum uotum igne diuino plenum
aspirat ;
- no quiere quitar nada, ni quiere alterar el texto y solamente en lo
mínimo que pueda servir para mejor comprenderlo nihil excerpens, nihil
sensibiliter nisi propter intelligentiam tantum alterans actuli.
Aquellas otras observaciones referidas indirectamente a su propia
actitud general ante el texto que debe traducir :
- en algunos casos la utilidad que espera que tenga el texto
traducido en los planes de refutación del Islam que abriga Pedro el
Venerable, que es una actitud de hostilidad directa Ius igitur exigit ut
hostium castrum imo caueam delendo, puteum exsiccando, cum tu sis
dextre mundi pars optima, cos religionis accutissima, caritatis manus
largiflua tuorum munimen corrobores, tela diligenter accuas y también de
defensa, que se manifiesta incluso en el vocabulario elegido. Podemos
recordar que Pedro el Venerable había recomendado formar un
Christianum armarium5 para con él convertir a los musulmanes o al
menos preservar la fe de los cristianos ;
- en otras ocasiones, ante la obra que va a traducir y cuanto
representa como símbolo principal de una religión que entiende en su
conjunto como enemiga del cristianismo, aparecen sus propios prejuicios
en la consideración del texto coránico y que condicionan el resultado de
su trabajo, sciens meum numquam hoc <hic> fuisse propositum,
floribus uenenum tegere, remque uilem et abiciendam deaurare,... Lex
tamen ista licet letifera multis in locis maximum testimonium
argumentumque firmissimum sanctitatis et excellende uestre legis
uidentibus et electis prebet.5

5 Q u od s i fo r te haec d e qua a g itu r scriptu ra a u t in terp retes non h abuerit, au t


tran slata non profuerit, h a b eb it saltem C hristianum arm arium etiam adu ersu s hos
h ostes arm a quibus a u t se muniat, a u t qu ibu s s i fo r te a d certam en uentum fu erit,
inim icos confodiat. (L iber contra sectam p. 230).
118 J. MARTINEZ GAZQUEZ

En este contexto y con estos presupuestos conceptuales, podemos


analizar la realización concreta de su trabajo y los resultados finales
obtenidos. Haciendo la comparación directa del texto coránico con la
traducción latina de Roberto de Ketene y el análisis detallado de sus
discrepancias de mayor o menor grado nos encontramos con soluciones
diversas que vamos a subrayar más detalladamente.
Con relativa frecuencia encontramos la supresión de algunas aleyas
o versículos en su totalidad. Así, por ejemplo, ya desde los inicios del
texto suprime las correspondientes a los números 11 y 12 ; 14, 15, y 16
de la segunda Sura.
Otras veces ha realizado esta supresión englobando su contenido en
un texto que comprende dos o más aleyas dentro de una frase general de
amplio sentido que encierra en un resumen muy abreviado varias aleyas.
Es el caso en I I 29-32 donde presentando el Corán la creación de Adán y
Eva y la rebelión de Belzebù, acaso porque el relato del Corán no sigue
literalmente el texto bíblico, lo resume y abrevia grandemente.
Los problemas que nos presenta el texto latino provienen en otros
casos de la militancia antiislámica en la que podríamos encuadrar los
prejuicios que hemos señalado anteriormente en su prólogo.
Mahoma presenta en todo momento el Islam como una religión que
se enlaza con las raíces de la religión de Abraham y los demás profetas
del Antiguo Testamento. Cuando Roberto de Ketene entra en contacto
con estos pasajes que tratan los contactos del Islam con las realidades del
credo cristiano o judío hay una tendencia evidente a obscurecer el sentido
claro del texto coránico y reducir el contenido específico de esos
contactos. La traducción siempre dificultosa de la palabra “Muslin” y las
formas relacionadas con ella, casi siempre vertida con diversas formas
del verbo credere o circunlocuciones relacionadas con ella, prueban la
dificultad que experimenta el traductor llegando incluso a equivocar el
sentido6. Evita de manera directa la relación y la unión del Islam con las
doctrinas y los profetas del Antiguo Testamento y se obscurecen los
aspectos que pudieran mostrar el Islam bajo esta consideración. Apenas
si presenta de esta forma el Islam como integrante de una tradición más
antigua y venerable.

6 N. DANIEL, op. cit. p. 24 ; M.-Th. D ’ALVERNY, “Deux traductions latines”


(1947-48), p. 102.
TRADUCCION LATINA DEL CORAN DE ROBERT DE KETENE 119

El uso bastante frecuente por parte de Roberto de Ketene de los


adverbios diuinitus y celitus1 le basta para hacer alusión a la pretensión
de Mahoma de tener la revelación directa de Dios y de que el libro es
obra revelada por Dios y en el que está recogida la palabra misma de
Dios.
El contenido que debe comprender la palabra praeceptum ha dado
lugar entre los estudiosos a una larga serie de apreciaciones y
comentarios78. Para Robert de Ketene esta palabra generalmente tiene una
impronta de transmisión divina que resume la doctrina que Dios revela al
hombre y le pide observar devotamente. Así ya en el Incipit se señala
Incipit Lex Saraçenorum, quam Alchoran uocant, id est, collectionem
preceptorum, con una evidente equiparación de praeceptum a Lex como
observancia prescrita. Sin embargo, por ejemplo, en el Explicit, aparece
usado dicho término con un sentido mucho más simple de división de los
apartados en que se estructura el Corán, así dice Explicit liber legis
dyabolice Saracenorum, qui Arabice dicitur Alchoran, id est collectio
capitulorum siue preceptorum. Se ha insinuado en alguna ocasión que la
acepción del término pudo contaminarse con el valor que presenta en el
Evangelio como sinónimo de mandatum. La lengua romance castellana
del momento pudo ejercer igualmente alguna influencia dado que el valor
más usual del término que se documenta en este tiempo es el de idea de
mandamiento divino.
La división de las suras en el texto latino no se corresponde con la
división aceptada en el texto original9. Encontramos un numero mayor
de divisiones de las suras más extensas, a las cuales se han puesto títulos
propios, las más de las veces sesgados, probablemente sacados de los
prejuicios ante la doctrina y las costumbres islámicas. Así, por ejemplo,
en la subdivisión de la sura IV, una de las más amplias y más
directamente relacionada con las mujeres, aparecen cuatro subdivisiones,
que se titulan de la forma siguiente :

7 Ibidem , p. 329 nota 78.


8 Ibidem , p. 331 nota 67.
9 M.-Th. D ’ALVERNY, “Deux traductions latines” (1947-48), p. 86, analiza esta
subdivisión de las suras y escribe : “Ha troceado las primeras suratas, demasiado
largas, lo que hace suponer que ha tenido entre manos un manuscrito árabe de uso
litúrgico, en el que estaba marcado el h izb , corte adoptado para el recitado en las
mezquitas. Presenta así 123 o 124 suratas, en lugar de las 114 suratas habituales.
Tampoco ha respetado los títulos de las suratas, que reemplaza por números seguidos
de rúbricas generalmente peyorativas”.
120 J. MARTINEZ GAZQUEZ

Açoara [VIII] <Quarta> Quot uxores habere debeant et de substantia eius


(eis Vat. Lat. 4072) diuidenda et de multa cura mulierum.

Açoara ]VÏÏII]. Iterum de mulieribus et precepta quedam stulta et ut post


coitum et egestionem, antequam orentur, lauentur culus et cetera uerenda.

Açoara [X]. Item coartationes ad pugnam et ea que sepe solet deliramenta


repetit

Açoara [XI]. Hic non occidisse lúdeos Christum, sed nescio quem similem
eius, nec Deum habere filium. Item solitas insanias dicit quod et sepe facit

Por si mismos hablan los títulos de estas subdivisiones de la


dificultad de objetivar la indicación de su contenido, cuando se busca la
descalificación última de la doctrina.
En otros casos se aprecia su ánimo por resaltar la inspiración
satánica de Mahoma y lo que a su juicio son sus numerosas mentiras y
torcidas interpretaciones de las doctrinas judaicas y cristianas. Así, por
ejemplo,
Açoara [XVII]. Hic intexit fabulas infinitas de Adan et Eua et Belçebub et
prophetis quibusdam inauditis et de M oyse solita deliramenta et insanias et
uerba stultissima reiterare non cessans, agitante eo spiritu maligno.

Progresivamente deja el traductor de poner títulos en relación directa


al contenido del texto y se limita reiteradamente a poner títulos genéricos
breves del tipo Stulta, uana et impia, Vana, mendax et impia, Diabolica et
insana, que en varias ocasiones introduce con la variante de intercambiar
el orden de estos epítetos. También Vanitatis et mendaciorum plenissima,
Vanitatis el insanie plena, Mendax et inane, Impia atque sacrilega que
muestran a las claras una intención negativa en su toma de posición.
Como escribe M.-Th. d’Alvemy “las glosas, - asi como las rúbricas, -
han sido inspiradas por un espíritu de denigración sistemática”10.
Hay otros ejemplos de la actitud hostil de R. de K. Se había hecho
proverbial la imagen de gran animalidad en el comportamiento sexual de
los musulmanes, que llevaba a los cristianos a exagerar esta situación
como 'vileza’ moral de los adeptos al Islam11. En varios momentos tiene

10 M.-Th. D ’ALVERNY, “Deux traductions latines” (1947-48), p. 101.


11 M. Barceló ha estudiado y recopilado los documentos que apoyan el desarrollo
de esta imagen. M. BARCELÓ, “ ‘... Per sarraïns a preïcar’ o l ’art de predicar a
audiències captives”, en E l d e b a t intercu ltu ral a ls se g le s XIII i XIV, Girona 1989,
pp. 117-119, subraya el proceso de deformación monstruosa de la figura y la doctrina
de Mahoma en el que tuvieron protagonismo desde sus inicios bizantinos y
TRADUCCION LATINA DEL CORAN DE ROBERT DE KETENE 121

el traductor ocasión de mostrar esta actitud en el proceso de la


traducción. R. de K. busca la exageración para dar la nota de suciedad o
vida licenciosa, Sura IH 12 (Kent Az. V), donde se habla del impulso
puesto por Dios en el hombre para asegurar la procreación. Presenta la
atracción marital como mulierum coitus et filiorum amplexus, en tanto
que Marcos de Toledo se ha limitado a traducir hominibus, qui appetunt
mulieres et proles sin duda más acorde con el contexto coránico.
Entre los nuevos epígrafes ya mencionados que introduce en la
subdivisión de las suras resalta en este sentido el título que impone a la
Açoara JVIIII].
Iterum de mulieribus et precepta quedam stulta et ut post coitum et
egestionem, antequam orentur, lauentur culus et cetera uerenda.

En otro momento presentando la historia de José en Egipto y la


atracción que provoca, cuando las mujeres observan su belleza, traduce
quo uiso, omnes menstruatae sunt. Marcos de Toledo se ha limitado a
señalar que todos obstupuerunt ante José. El traductor, pués, fuerza el
lenguaje déla traducción de manera que el texto resulte más repulsivo.
Esta actitud llega a la edad moderna y , p. e., Bibliander en una glosa
criminaliza a Mahoma y le apostrofa de manera inmisericorde O foedum
et obscoenum prophetam !
No sabemos con seguridad cuales de estas actitudes pudieron influir
en Pedro el Venerable, además de todo el ambiente general cultural y
social de la época, pero N. N. Daniel considera que la opinión del
Venerable Abad sobre el estilo del Corán se había formado
probablemente sobre la de R. de K., en el que tenía confianza, junto con
H. Dalmata, igualmente traductor para el corpus, como utriusque linguae
peritus, como señala en su Carta a san Bernardo12. Parece con todo que
también debió influir en buena medida el trabajo de su secretario Pedro

mozárabes. En este proceso de deformación se atribuye a Mahoma, p. e., p o te sta s sue


uirtus trigin ta uirorum data fu it... in coitu. Eulogio de Córdoba considera a Mahoma
magnum, adulterum et m endacem . M. C. DÍAZ Y DÍAZ, “Los textos antimahometanos
más antiguos en códices españoles”, en A rch ives d ’h istoire d o ctrín a le e t litté ra ire du
M oyen A g e XXXVII (1970), p. 157. Podemos indicar con M.-Th. D ’ALVERNY,
“D eux traductions latines” (1947-48), pp. 81-82, que en este mismo sentido de
deformación de la figura de Mahoma un paso más se encuentra en el ms. del Arsenal
donde aparece un dibujo-retrato de Mahoma como animal monstruoso formado de
cabeza humana y cuerpo de pez, que hace recordar la figura horaciana de su A rs poetica.
12 N. DANIEL, op. cit. , p. 337 : nota 31.
122 J. MARTINEZ GAZQUEZ

de Poitiers, si como cree M.-Th. d’Alvemy, actuó de coordinador,


revisando probablemente el equipo de traducción formado para esta
finalidad, de acuerdo con las instrucciones de Pedro el Venerable13.
Todo ello se puede encontrar en el ms. de la Biblioteca del Arsenal que,
por su tradición manuscrita, puede tratarse de un testimonio directo de
estos trabajos14.
Las glosas que presenta el ms. 1162 de la Bibl. del Arsenal
formarían parte de ese conjunto de trabajos que realiza Pedro de Poitiers
para Pedro el Venerable encaminados a promever la refutación del islam.
Encontramos en el texto abundantes glosas interlineares y marginales con
aclaraciones doctrinales que subrayan, con gran conocimiento de la
teología cristiana e islámica, los puntos de vista contrapuestos o las
deformaciones a que Mahoma ha sometido las doctrinas judaicas y
cristianas.
Las suras iniciales del Corán son las que más han atraído la atención
del comentarista y en ellas encontramos mayor abundancia de glosas y de
más contenido doctrinal. La primera sura ha merecido un muy amplio
comentario en referencia a los nombres divinos. En las suras segunda y
tercera creemos que es especialmente relevante la insistencia en señalar
las coincidencias del Corán con el contenido de algunas herejías de la
historia del cristianismo, a las que más tarde Pedro el Venerable concede
grán importancia en su refutación del Islam en la obra Liber contra

13 Feci autem eam transferri a perito utriusque linguae uiro, magistro Petro
Toletano. Sed quia lingua Latina non adeo ei familiaris uel nota erat ut Arabica, dedi
ei coadiutorem doctum uirum, dilectum filium et fratrem Petrum, notarium nostrum,
reuerentiae uestrae ut aestimo bene cognitum. Qui uerba Latina impolite uel confuse
plerumque ab eo prolata poliens et ordinans, epistolam immo libellum multis ut credo
propter ignotarum rerum noticiam perutilem futurum, perfecit... Sed et totam impiam
sectam, uitamque nefarii hominis ac legem quam Alchoran id est collectaneum
preceptorum appellauit, sibique ab angelo Gabrihele de caelo allatam, miserrimis
hom inibus persuasit, nichilom inus ex Arabico ad L atinitatem perduxi,
interpretantibus scilicet uiris utriusque linguae peritis, Rotberto Ketenensi de Anglia,
qui nunc Pampilonensis ecclesiae archidiaconus est, Hermanno quoque Dalmata,
acutissimi et litterati ingenii scolastico, quos in Hispania circa Hiberum astrologicae
arti studentes inueni, eosque ad hoc faciendum multo precio conduxi. E p isto la ... a d
B ernardum p. 212
14 M.-Th. D ’ALVERNY, “Deux traductions latines” (1947-48), p. 98.
TRADUCCION LATINA DEL CORAN DE ROBERT DE KETENE 123

sectam siue haeresim Sarracenorum15 y que podríamos pensar que le han


servido como pauta a seguir en su trabajo de refutación. Los elementos
que subrayan las glosas nos parecen elementos básicos en el trabajo
posterior de Pedro el Venerable1516. Así en las aleyas de la sura II que
proponemos para la constatación de las glosas que presenta cada texto,
en el ms. del Arsenal encontramos la mención de la herejía arriana en la
glosa a la aleya 20 : Nota quoá ista heresis arriana reuixit ; en la glosa a
la aleya 23 referente al paraíso islámico : se aduierte, quae fuit olim alia
heresis ; en la glosa a la aleya 27 retoma la calificación herética :
secundum modum quo in eo duo esse heretice dicunt. Aspecto este que
no es recogido por los demás glosadores.
En el análisis de los textos dentro del proyecto de edición que hemos
iniciado de esta traducción latina del Corán hemos visto hasta ahora tres
cuerpos de glosas diferentes en los manuscritos, aunque nos parece
entender que M.-Th. d’Alvemy pensaba que fuesen todas un cuerpo
único el que se transmite en los manuscritos, y que incluso Th.
Bibliander lo recogió en su edición de 154317. Pendientes aún de
estudiar el conjunto completo de los textos y sus glosas, ofrecemos
como muestra para su comparación y contraste algunas de las primeras
aleyas, de la 20 a la 33, de la Sura II con todas sus glosas
correspondientes a) del manuscrito 1162 de la Biblioteca del Arsenal, b)
del ms. Vat. Lat. 4071 y c) de la edición de Th. Bibliander de 1543.
a) Ms. Bibl. Arsenal 1162 :
Omnes igitur homines D e u m uestri priorumque factorem, 2 0 qui terram
in imo celumque summo disposuit, et imbres ac arbores earumque fructus

15 J. MARTÍNEZ GÁZQUEZ, “Los Santos Padres modelo de Pedro el Venerable en


la refutación del Islam”, en Cuadernos d e filo lo g ía clásica E studios latinos. Homenaje
al Prof. Marcelo Martínez Pastor. 15 (1998), pp. 353-361 ; J. KRITZECK, P e te r th e
V en era b le a n d Isla m , Princeton, N ew Jersey, 1964, p. 14 ; IDEM , “Peter the
Venerable and the Toledan Collection”, en P e te r V enerabilis 1156-1956. Studies an d
te x ts ..., p. 177.
16 El análisis detallado de estas glosas y su relación con la refutación del islam
hecha por Pedro el Venerable merece un estudio más detallado que tenemos en fase
avanzada de preparación.
M.-Th. D ’ALVERNY, “Deux traductions latines” (1947-48),... escribe “Las
glosas has sido editadas en parte por Bibliander”, p. 98 y “Con su mejor voluntad
tuvo que contentarse con los mss. a su alcance y los que le eran más accesibles y
reprodujo un que era ininteligible, si bién consiguió recuperar la mayor parrte de las
glosas primitivas con adición de las más recientes”, p. 104.
124 J. MARTINEZ GAZQUEZ

producit, inuocantes : timete, eique nullum existere parem firmate. H oc


d ic it p r o p te r C h ristian os, q u o s m ir a b ili in sa n ia p ic ta t tre s
d eo s credere, qu an do C h ristum e t S p iritu m S an ctu m a eq u a les
D eo P a tri dicu n t. N o ta q u o d ista h ere sis a rria n a re u ix it. 2 1
Huncque librum ueracem esse penitus credite, uel consim ilem simul
omnes manus conferentes, si possibile sit. Perficite, h ic ia c ta t qu asi
n u llu s h o m in u m ta le m lib ru m f a c e r e p o s s it, t e s t i b u s q u e
firmate. 22 Sin autem ignem gehenne malos puniturum pertimescentes.
2 3 Deum paradiso bonos inducturum, ubi dulcissimas aquas pomaque
multimoda, fructusque uarios et decentíssimas ac mundissimas mulieres,
id est, a m en stru is e t eg estio n e, om neque bonum in eternum
p ossid eb u n t, predicate. N o ta q u ia ta le m p a r a d is u m u b iq u e
p r o m itte r e , s c ilic e t, c a rn a liu m d e lic ia ru m , q u a e f u i t o lim
alia h eresis <~> 24 Prauos autem et incredulos culicibus, h oc d ic it
p r o p te r iu d eo s q u eren tes q u a lia su n t ex em p la , uel huiusm odi
comparare, D eus nequaquam erubescet. M ultis itaque bonis recto
calegradientibus, cum mali plures, ipsique soli mentientes deo, nefanda et a
Deo prohibita. 25 Sicque sibi flagitio sunt, gerentes perniciosam sectam,
id est, ch ristian itatem e t iudaism u m , exequantur, 2 6 Deum prece
quare non flectitis. A postroph am f a c it a d eos q u i n on su scip iu n t
le g e m e iu s , q u a s i p r o p h e ta s < ...> in d u c e n te s D eu m
in c re p a n te s m a lo s, e t h o c sp e f a c i t a ffe c ta n s sc rip tu ra m
su am p ro p h etia m u ideri. S eq u itu r d e D eo e t A d a m e t a n g elis
e t d ia b o lo f a b u la s tu ltis s im a , qu a m n e sc io u b i re p e r e r it,
sic u t n ec d e a liis in n u m eris qu as se p issim e < ...> H ic nam que
ad uitam de non esse deducens, mortem inducet et ad se uos resurgere
faciet, 27 qui, mundanis peractis, ascendens, septem celos omnium sciens,
2 8 disposuit, angelis intimans se facturum sui sim ilem , id est,
h o m in e m , in terram, quem illi, sc ilic et, a n g eli, contra sic affacti
sunt : N os, sc ilicet angeli, in omnibus uestre maiestati subditi, grates
uobis deuote referimus. Ille uero, scilicet homo, uestri sim ilis, nequam
et cruoris effusor existet. Tunc Deus se rem ab angelis ignoratam scire
firm ans. N o ta rid icu lu m q u o d D eu s ia c ta u e rit se sc ire q u o d
a n g e lis n e sc ie b a n t, 29 Adam uocabula rerum sem otim edocuit,
nondum angelis agnita et, scilicet, A dae, illius eloquium sue sapientie,
scilicet, Dei, pre cunctis angelis argumentum induxit, firmans etiam se
totius mundi omniumque cordium archana cognoscere. Angelis 30 tamen
prius se uocabulorum peritiam ignorare fatentibus, cum D eus ab illis
perisset illius expressionem peritie, si ueraces essent. < 3 1 > 32 Unde,
qu ia, sc ilic e t, A dam sa p ie n tio r a p p a ru it, angeli uissi, s c ilic e t ,
a D eo, se coram Adam hum iles exhibere, sc ilic e t, u t a d o ra re n t
E u m , nequam Beelzebub excepto, B e h e lze b u b u o c a t p rin c ip e m
diabolorum , qu i tu n c an gelu s erat, paruerunt. 33 His omnibus sic
TRADUCCION LATINA DEL CORAN DE ROBERT DE KETENE 125

ex ordine gestis, Adae preceptum huiusmodi fecim us : H ic p lu ra lite r


D eu m lo q u i f a c it, se cu n d u m m o du m q u o in eo d u o e sse
h e r e tic e d ic u n t ; d e i ta ti s e s s e n tia m , s c ilic e t , e t e iu s
a n im a m , a ssig n a n te s e s se n tia e c re a tio n e m , a n im a e m o ru m .
Tu mulierque tua paradiso maneatis, quantum et quodcumque libuerit, nisi
de hac arbore solum comedentes.

b) Vat. Lat. 4071 :


Omnes igitur homines Domini uestri priorumque factorem, 20 qui terram
ymo celum summo disposuit et imbres ac arbores earumque fructus
producit inuocantes timete, eique nullum existere parem firmate. 21 Hunc-
que librum ueracem penitus esse credite uel consim ilem simul omnes
<manum> conferentes, si possibile sit perficite testibusque firmate. 2 2
Sin autem igne gehenne malos puniturum pertimescentes. 23 D eo Deum
paradiso P a r a d is u s a b im p ro m issu s b on os inducturum , ubi
dulcissimas aquas pomaque multimoda, fructus uarios et decentíssimas ac
mundissimas mulieres, omneque bonum in etemum possidebunt predicate.
N ota d ic it o m n eq u e bo n u m in etern u m p o ssid e b u n t, ex h o c
< ...> q u o m o d o ip s e s e n s ib ile b o n u m secu n d u m hunc
m u n d u m te m p o ra le m p r e m itte n s q u a s i b o n i s im ilitu d in e m
illiu s secu ndu m qu o d e st om n e bon um e t etern u m . 2 4 Prauos
autem et incredulos culicibus et huiusmodi comparate N ota com parate
sic ig itu r co m p a ra t p re d ic tis eris p a ra d isu m D eu s nequaquam
erubescet. Multis itaque bonis recto calegradientibus, cum mali proles
ipsique soli mentientes deo, nephanda et a Deo prohibita 2 5 sicque sibi
flagitio sunt, gerentes pemitiosam sectam exequantur, 26 Deum prece
quare non flectitis. Hec uos namque ad uitam de non esse deducens,
mortem inducent et ad se nos resurgere fatiet, 27 qui, mundanis peractis,
ascendens septem celos omnium sciens, 28 disposuit angelis intimans se
facturum sui sim ilem in terram, Q uom odo in tim a t D eu s, a n g elis
se h om in em crea tu ru m quem illi contra sic affacti sunt : N os in
omnibus uestre maiestati subditi, grates uobis deuote refferimus. Ille uero
uestri simul, nequaquam et cruoris effusor existet. Tunc Deus se rem ab
angelis ignoratam scire firmans. Q uom odo A dam u o ca b u la rebu s
[im p o s u it] a D e o h a b u it q u e a n g e li ig n o r a b a n t 2 9 A d a m
A dam uocabula rerum semotim edocuit, nondum angelis agnita et illius
eloquium sue sapientie pre cunctis angelis argumentum induxit, firmans
ectiam se totius mundi omniumque cordium archana cognoscere. 3 0
A ngelis tamen prius se uocabulorum peritiam ignorare fatentibus, cum
Deus ab illis petisset illius expressionem peritie si ueraces essent. <31>
32 Unde angeli uissi se coram Adam humiles exhibere nequam Belzebub
B e lz e b u b excepto paruerunt. D em o n es a firm a t a n g e lo s 33 Hiis
omnibus sic ex ordine gestis, Ade preceptum huiusm odi fecim us :
126 J. MARTINEZ GAZQUEZ

paradisum maneatis. Tu mulierque tua, quantum et quodcumque libuerit


nisi de hac arbore solum comedentes.

c) Edición de Th. Bibliander 1543 :


Omnes igitur homines Domini uestri priorumque factorem, 20 qui terram
ymo celum summo disposuit et imbres ac arbores earumque fructus
producit inuocantes timete eique nullum existere parem firmate. 2 1
Huncque librum ueracem penitus esse credite uel consimilem simul omnes
manum conferentes si possibile sit perficite testibusque firmate. 22 Sin
autem igne gehenne malos puniturum pertimescentes. 2 3 D eo Deum
paradiso p a ra d isu s bonos inducturum, ubi dulcissimas aquas pomaque
multimoda, fructus uarios et decentíssimas ac mundissimas mulieres,
omneque bonum in eternum possidebunt predicate. 24 Prauos autem et
incredulos culicibus et huiusmodi comparate Deus ne quamquam erubescet.
Multis itaque bonis recto calegradientibus, cum mali proles ipsique soli
mentientes deo, nephanda et adeo prohibita 25 sicque sibi flagitio sunt,
gerentes pernitiosam sectam exequantur, 2 6 Deum prece quare non
flectitis. Hec uos namque ad uitam de non esse deducens, mortem inducent
et ad se nos resurgere faciet, R e s u r r e c tio m o r tu o r u m 2 7 qui,
mundanis peractis, ascendens septem celo s C o eli se p tem c re a ti
om nisciens, 28 disposuit angelis intimans se facturum sui similem in
terram, quem illi contra sic affacti sunt : N os in omnibus uestre maiestati
subditi, grates uobis deuote referimus. Ille uero uestri simul nequamquam
et cruoris effusor existet. Tunc Deus se rem ab angelis ignoratam scire
firmans. 29 Adam uocabula rerum semotim edocuit, nondum angelis
agnita et illius eloquium sue sapientie pre cunctis angelis argumentum
induxit, firmans etiam se totius mundi omniumque cordium archana
c o g n o sc e r e , h om in is d ig n ita s an g elo s su p era n s 30 angelis tamen
prius se uocabulorum peritiam ignorare fatentibus, cum Deus ab illis
petisset illius expressionem peri tie si ueraces essent. < 3 1 > 3 2 Unde
angeli uissi se coram Adam humiles exhibere nequam Belzebub excepto
paruerunt. 3 3 H iis omnibus sic ex ordine gestis, A de preceptum
huiusmodi fecimus : paradisum maneatis. Tu mulierque tua, quantum et
quodcumque libuerit nisi de hac arbore solum comedentes. ^

La mera lectura de las glosas de cada texto muestra con evidencia


que son muy distintas entre si, aunque en alguna de ellas, brevísima por
lo demás, el contenido sea cercano, como no puede ser de otra forma.
Por lo demás no son tampoco glosas a las mismas palabras o ideas y
cada conjunto es totalmente independiente del que encontramos en los

Ofrecemos el texto de los tres fragmentos de nuestra propia lectura de las tres
fuentes.
TRADUCCION LATINA DEL CORAN DE ROBERT DE KETENE 127

otros textos. Resalta el conjunto del ms. de la Bibl. del Arsenal por su
mayor amplitud e implicación doctrinal. Se trata supuestamente de las
glosas y comentarios escritas por Pedro de Poitiers, secretario de Pedro
el Venerable, que habiendo recibido el encargo de asegurar el buen nivel
de lengua latina de la obra y ordenar los textos, sobrepasó su tarea inicial
al añadir las glosas marginales para recabar la atención del Abad sobre
los puntos más sobresalientes y los conceptos de mayor transcendencia
de cada sura y versículo de la obra en relación a su refutación. La obra de
Pedro el Venerable Contram sectam Sarracenorum, refutación doctrinal e
histórica del Islam, refleja muchas de las ideas que aparecen realzadas en
estas glosas.
Hemos hecho hasta aquí una muy breve reseña de algunas
características de la traducción de Robert de Ketene. La transmisión de
su traducción del Corán va ligada a una muy importante actividad de
comentarios y glosas que fueron permitiendo una mayor percepción del
Islam en los ambientes intelectuales cristiano-clericales. M.-Th.
d’Alverny puso de relieve esta situación particular en relación
precisamente con el ms. del Arsenal, que pudiera haber estado en el
entorno del traductor y de su coordinador, Pedro de Poitiers y que, casi
con seguridad, pudo llegar a manos del instigador de este magno trabajo,
el Abad de Cluny, Pedro el Venerable, por el que se ha subrayado que
tuvo mayor importancia su viaje a España de la que el propio Abad pudo
imaginar19.
La traducción misma del Corán y el corpus de glosas a que fué
dando lugar constituyen el elemento más importante del conjunto de
doctrina y cultura acumulado en el siglo XII y que merece un estudio
profundo y pormenorizado para mejor conocer la historia de la recepción
del islam en la Europa medieval cristiana.

(Universidad Autónoma de Barcelona)

19 Ch. J. BISHKO, “Peter the Venerable’s Journey”, en P e te r V en erabilis 1156-


1956. Studies a n d texts..., pp. 163-175.
Mauro Zonta

MEDIEVAL HEBREW TRANSLATIONS : METHODS AND


TEXTUAL PROBLEMS

One of the most remarkable and characteristic features of the


Medieval Hebrew literature, if compared to contemporary literature in
Latin and in the European vernacular languages, is the space given to
translations, and in particular to Hebrew translations of scientific-
philosophical texts. The amount and diffusion of such translations,
which were mostly written in the 13th, 14th and 15th centuries in the
Western Mediterranean area (Spain, Provence, Italy), was probably
equal to that of Hebrew original works, as we can infer from the
considerable amount of manuscripts still extant. Medieval Hebrew
translators were either professionals working on behalf of Jewish
philosophers, so devoting all their life to writing translations, or people
holding a position in contemporary Jewish society as well as in royal
courts (like physicians, astrologers, and so on) and so being able to have
financial support for their activity as non-professional translators. This
accounts for the fact that almost no entertainment writing, i.e. no poetry
or fiction, was translated into Hebrew (apart from some novels
pertaining to the cycle of Alexander the Great) : the learned public had,
apparently, no interest in such writings. The most translated texts were,
therefore, the philosophical works by Aristotle (often not directly, but
through the Arabic commentaries by Averroes) and Maimonides, as well
as the medical works by Galen and Avicenna. In order to accomplish the
desires of their committers, the translators had to create a new language,
since, before 1100, almost no work in Hebrew about Greek sciences and
philosophy had ever existed, and they lacked linguistical models.
Because of that, they had to resort to the original wording of their Arabic
and Latin sources, introducing into Medieval Hebrew new terms and
expressions which were patterned after these languages. Finally, one has
to notice that Medieval Hebrew translations are important not only as
witnesses of the knowledge of Greek, Arabic and Latin philosophy and
sciences among Jews, but also as precious tools for reconstructing texts
which are now missing in their original language.
130 M. ZONTA

Systematical studies of Hebrew translations began around the


middle of the 19th century, when some scholars wrote catalogues of the
biggest collections of Hebrew manuscripts in Europe. Among them,
most of the work in identifying the sources of translations and making
lists of extant handwritten copies was made by Moritz Steinschneider.
The results of his research were collected in a volume, published in
Berlin in 18931, which is still the most complete inventory of Hebrew
translations. The general historical sketch given in it is substantially
valid, but, of course, the bibliographical data collected by Steinschneider
need to be updated in the light of research made during the 20th century.
Recently, Charles Manekin has planned a complete English translation of
the text, which should include a substantial revision and updating of it.
Another useful tool for research in this field written in the 19th century is
found in Ernest Renan’s chapters about Hebrew literature in France and
Provence around 1300, which were written in cooperation with Adolf
Neubauer and published between 1877 and 18932.
After the middle of the 20th century, research on Medieval Hebrew
translations was resumed by historians of Jewish philosophy like
Georges Vajda, Shelomoh Pines, Giuseppe Sermoneta and their pupils3.
An important aid to such research was given by the microfilms of
Hebrew manuscripts from libraries of Europe and America, which were
collected in the last fifty years by the Institute of Microfilmed Hebrew
Manuscripts of the Jewish National and University Library in
Jerusalem : the microfiche catalogue of the Institute, first published in
19894, is a fundamental reference, although it should be updated with
the data of many Hebrew manuscripts from Russia which have been
almost unapproachable until some years ago, and are being catalogued
only now. Finally, as for the translations, from Arabic or Latin, of
philosophical texts which go back to the Aristotelian tradition, I have

* M. STEINSCHNEIDER, D ie hebraeischen Ü bersetzungen d es M ittelalters und die


Juden a ls D olm etscher, Berlin 1893.
2 E. RENAN, “Les rabbins français du commencement du XIVe siècle”, in H istoire
littéra ire d e la F rance XXVII (Paris 1877), pp. 431-734 ; ID., “Les écrivains juifs
français du XIVe siècle”, in H isto ire litté ra ire d e la F ran ce X XX I (Paris 1893),
pp. 351-789.
3 See the survey o f the progress o f studies in this field in M. ZONTA, “The
Relationship o f European Jewish Philosophy to Islamic and Christian Philosophies
in the Late Middle Ages”, in Jew ish Social Q uarterly (forthcoming).
4 The C ollective C atalogue o f H ebrew M anu scripts, Jerusalem, 1989.
MEDIEVAL HEBREWTRANSLATIONS 131

published in 1996 a tentative survey5, where not only historical data are
collected, but also some tentative interpretations of the translation
process are suggested.
Notwithstanding these studies, many questions, especially those
concerning the morphology of Medieval Hebrew translations, are in need
of further explanation. I would like to give here a tentative answer to two
questions : the reasons for different translation-techniques, and the
textual problems arising from a study of the manuscripts (like different
redactions, marginal glosses, revisions etc.).
First, as far as the methods employed by translators are concerned,
Medieval Hebrew translations might be roughly divided into two
groups : literal and paraphrastic ones. In the formers, the source-text is
translated, as a rule, faithfully ; each sentence and, in some cases, even
the form and the order of each word of the original is respected - apart
from some occasional and very brief expansions meant as literary
embellishments. Unfortunately, in such texts indications by the transla­
tors themselves are often missing, apart from general remarks found in
the prefaces of some of them. In what I have called ‘paraphrastic’
translations, the original text is more manipulated to the purpose of
making it more palatable to Jewish readers : e.g., the syntactical
structure of the original is not respected, if it is at variance with the rules
of Hebrew syntax ; no neologisms from Arabic or Latin are used, but
only words found in Biblical Hebrew ; Quranic quotations are
substituted by Biblical and Talmudic ones. The distinction between these
two different methods was well known to Medieval Jewish scholars
themselves.
Generally speaking, the literal method was employed by profes­
sional translators, who were rendering into Hebrew texts either for
themselves or for other philosophers : such is the case of the members
of the Provençal family of the Ibn Tibbons (Judah, his son Samuel, his
nephew Moses and their relatives Jacob Anatoli and Jacob ben Makir),
working between 1160 and 1300, who translated from Arabic into
Hebrew texts by the most important Judaeo-Arabic philosophers (Saadia
Gaon, Judah ha-Levi, Maimonides) and by Averroes. They created what
seems to have been regarded as a ‘standard’ translation-technique, which
was followed by 14th-century Provençal translators (Qalonymos ben
Qalonymos, Samuel of Marseille), and by some translators of Latin

5 M. ZONTA, La filo so fia antica nel M edioevo eb ra ico , Brescia, 1996.


132 M. ZONTA

Scholastical texts working in l^-century Italy (like Judah Romano) and


in lS^-century Spain (like Eli H abillo). In general, the same method was
followed by translators of scientifical texts who were working in the
same periods and milieus. The guideline for this technique was first
given by Judah Ibn Tibbon in the preface of his translation of Bahya Ibn
Paqüda’s Duties o f the Hearth, which was written in 1167 and is
currently meant as the ‘manifesto’ of this kind of translations :
T have been careful, according to my capacity, not to deviate from
the paths of the wording of the author and, wherever it was possible to
me, I have translated the text word for word, although the language was
not so appropriate as I would like. In the cases where I was not able to
translate in this way, I have tried to understand the text in order to make
it understandable, and then I have translated it according to my capacity.
I have studied what was doubtful to me in the other books devoted to
this science (...). Who will read this translation should not accuse me of
having, in some points, conjugated certain verbs and declined certain
nouns according to patterns which do not exist in our language, because
this fact is due to the paucity of Hebrew language’6.
Why did European Jewish philosophers choose this technique for
translating philosophical texts? Probably, they not only intended to give
reliable and really ‘scientifical’ renderings, which could be used as
authoritative sources by philosophers, astronomers and physicians ;
they aimed also at asserting, by creating a new technical language, the
authonomous character of Jewish philosophy in front of Latin and
Arabic philosophies ; finally, they were translating philosophical texts
into Hebrew, their ‘sacred’ language, in order to ‘canonize’ them, so
giving them an authoritative status beside the Bible and the Talmud. In
their turn, translators from Latin into Hebrew explained that their work
was made to the purpose of renewing Jewish philosophy through the
absorption of the language, the methods and some of the doctrines of
Latin Scholasticism ; in this perspective, they tried to preserve the
wording of the original, in some cases also through the use of Latin
glosses and expressions. In the preface of his translation, written around
1470, of Antonius Andreas’ Q uaestiones in M eta p h ysica m , a
masterwork of Scotistic philosophy, Eli Habillo wrote :
‘If I had used expressions already usual among us, I would have
not been able to explain the meaning, because in this work there are

6 Bahya IBN PAQUDA, Sefer h o v o t h a-levavot, Vilna 1882, p. 6.


MEDIEVAL HEBREWTRANSLATIONS 133

concepts different from those usual among us, and for expressing them
other terms and other expressions are needed (...). In many points, I will
give directly the expressions in Latin, because of two reasons : first, if
the reader will not be able to understand them, he may ask a Christian
scholar to explain them to him (...); second, since such expressions are
very remote and not used in common language, (if I had translated them
into Hebrew) it would have been difficult to the reader to retranslate them
into our language’7.
On the contrary, paraphrastic translations into Hebrew (or, better,
translations centered less on the language and culture of the original text
than on those of their readers) are analogous to the so-called
‘vulgarizations’, i.e. versions of classical texts into the main vernacular
languages of Western Europe, made during the 13th and 14th centuries.
Probably, Hebrew paraphrases of Arabic and Latin texts were written to
the purpose of asserting the autonomous national and religious character
of European Jewry in comparison to that of other European peoples and
national communities. Moreover, they concerned mostly texts on religion
and morals, so being made for non-philosophers, or even for people,
like kabbalists, who regarded themselves as opponents of the
Aristotelian philosophy. So, the difference in the translation-techniques
reflected sometimes an ideological difference among translators. This
supposition seems to be confirmed by several facts.
First of all, we have some cases of the same text translated into
Hebrew according to a paraphrastic rendering by a non-philosopher, and
according to a literal rendering by a philosopher, or by a professional
translator working on behalf of some philosopher. E.g., Judah ha-Levi’s
Book o f the Khazar was firstly translated - rather freely - by Judah Ibn
Cardinal, a scholar who was not skilled in philosophy, but in good
Hebrew style, and whose translation was aimed at the utmost respect of
the purity and elegance of the language rather than at a faithful
transmission of the philosophical terminology ; some years later, in
1167, it was rendered into Hebrew by Judah Ibn Tibbon, whose aim and
method, as seen, were totally different. Significantly, Ibn Cardinal’s
version was widely quoted by kabbalists, while Ibn Tibbon’s was well
known among Jewish Aristotelians. Half a century later, the son of
Judah, Samuel Ibn Tibbon, translated into a very difficult Hebrew,

7 Ms. o f Parma, Biblioteca Palatina, parmense 2261, f. 7r-v ; cff. ZONTA, L a


filo so fia antica, p. 119.
134 M. ZONTA

patterned after the originell Arabic, Maimonides’ Guide to the Perplexed


(1204) ; immediately after, a Jewish poet, Judah al-Harizi, re-translated
the Guide into a ‘purer and simpler’ Hebrew, because, according to him
and to his committers (a circle of kabbalists in Lunel), the previous
translation was too obscure. In 1213 Samuel Ibn Tibbon replied, in his
Explication o f the Strange Terms (in the Guide), accusing al-Harizi to
have not been faithful to the philosophical meaning of Maimonides’
masterpiece. Al-Harizi was already known as a translator into Hebrew of
Judaeo-Arabic texts : he had translated for the same kabbalistic circle
Moses Ibn ‘Ezra’s Book o f the Garden, which was to become one of the
most diffused sources of kabbalah during the 13th century - as recently
shown by Paul Fenton8. The same pattern was followed by another
Hebrew translator of the first half of the 13th century, Abraham Ibn
Hasdai of Barcellona, who, around 1235, rendered into Hebrew, in a
paraphrastic way, a moral book by the Islamic theologian al-Ghazali,
The Balance o f Action. Also the professional translator Qalonymos ben
Qalonymos, in the preface of his rendering of the Epistle o f the Animals
by the Brethren o f Purity, an Islamic account of a fabulous debate
between animals about their respective merits, states its intention of
translating it not as a philosophical text, ‘letter for letter’, but more
paraphrastically9.
Clearly, ideology was not the only reason for the choice of a certain
translation-technique. A more literal rendering, often with the insertion
of terms directly transliterated from the original language of the text
(Arabic or Latin), was sometimes due to the scarce knowledge of that
language by the translator. This fact is rather frequent in Arabic-into-
Hebrew translations made in 13th-century Italy and in 14th-century
Provence, two areas where Arabic had never been a spoken language,
and translators had to study it as a foreign language. This technique was
employed also by Samuel of Marseille, who wrote at the end of his
version of Averroes’ Middle Commentary on the Nicomachean Ethics :
‘While I was translating, I left in many points a blank space of one or
two words or lines, because of my scarce knowledge of Arabic’10 ; and
by Zerahyah ben Ishaq Hen, working on Arabic texts in Rome between
1277 and 1290, who stated, at the beginning of his version of Galen’s

8 Cfr. P. FENTON, P h ilosoph ie e t exégèse dan s Le Jardin d e la m é ta p h o re d e


M oise Ihn 'Ezra, ph ilosoph e et p o è te andalou du X lle siècle, Leiden, 1997.
9 Cfr. ZONTA, La filo so fia antica, pp. 104-106.
10 Cfr. the Hebrew text in Renan, Les écrivain s ju ifs, p. 554.
MEDIEVAL HEBREWTRANSLATIONS 135

Katagenos : ‘While translating this book, I had to insert into it many and
different words : some of them are in the original language (i.e. Arabic),
some in vernacular, some in Hebrew... In facts, of some words I have
not found a clear translation, which would show their exact meaning’11.
What is needed, now, is a comparative study of the different
methods and terminologies employed by each Hebrew translator. Such a
study, which should be similar to that made by Sebastian P. Brock for
Syriac translators12, would be useful not only for identifying ano­
nymous translations, but also for assessing the relationship (if any)
between the use of a certain translation-technique and the ideology and
public of a translator.
* * *

From an analysis of the manuscripts of Medieval Hebrew trans­


lations, not only problems concerning the literary form of the text arise,
but also many questions concerning the state of the text. Hebrew
translators were no modem philologists ; they were not going to prepare
critical editions of the texts they would like to translate. But, of course,
they looked for good and correct manuscripts, and were also ready to do
long trips in order to see and copy them - as it is shown e.g. by the
statements put by Samuel of Marseille at the end of his translation of Ibn
Aflah’s compendium of Ptolemy’s Almagest :
‘I and my brother (...) travelled from our town to Trinquetailles and
made efforts until we had in our hands there the Arabic text of this book,
which was very correct (...). We copied it in that time in haste in two
days, in one of the houses of the scholars who were there, (eating) bread
and water, because we were pressed to return the Arabic text to its
owners and to go back home (...) and we excerpted from the text, not
continuously, the passages which were more doubtful to us’13.
Notwithstanding this, a textual analysis of their translations shows
that the aim of Hebrew translators was not the formal exactness of the
text of their source in itself, but its close relationship to the supposed
doctrines of the author. To this purpose, some of them preferred to

11 Cfr. the Hebrew text in M. STEINSCHNEIDER, C a ta lo g d e r h eb ra eisch en


H andschriften in d e r S tadtbibliothek zu H am burg, Hamburg, 1878, p. 197.
12 Cfr. the essays collected in S.P. BROCK, S y ria c P e r s p e c tiv e s on L a te
A n tiq u ity , London, 1984.
13 Cfr. the Hebrew text in RENAN, L es écrivain s ju ifs, p. 563.
136 M. ZONTA

consult not other manuscripts of the same text, in order to study single
variant readings, but rather other works (commentaries, paraphrases,
and so on) which could explain them the most obscure points of the
thought of the author. This is the case of Samuel Ibn Tibbon’s
translation of Aristotle’s Meteorology : a perusal of it shows that, al­
though Samuel was not content with the Arabic manuscript he employed
as a basis for his work, he ‘completed’ the lacunas and faults of it
through the comparison of some commentaries on the Meteorology - that
by Alexander of Aphrodisias, the relevant part of Avicenna’s Cure (al-
Shifa ’) and the Epitome of the Meteorology by Averroes14.
Generally speaking, we are able to point out some different
approaches of Medieval Hebrew translators to the translated texts.
First, some translators appear to have made some non-systematical
corrections to their own translations, after having completed the first
draft of them. We have a few samples of this technique. In the archetypal
manuscript of Zerahyah H en’s translation of Averroes’ M iddle
Commentary on the Metaphysics, made in 1284 in Rome, we find
several marginal glosses : some of them correspond to blank spaces left
by Zerahyah himself in the main text, so clearly being completions of
difficult points in the translation. It is remarkable that such glosses
appear also in the archetypal manuscripts of other translations by
Zerahyah himself, such as that of Themistius’ Paraphrase of the De
caelo. Zerahyah’s glosses have different purposes : some are simple
terminological notes, giving a different term with the same meaning of
the word employed in the text ; in some cases, they are vernacular or
Arabic glosses. Other glosses, on the contrary, are clearly renderings of
variant readings ; their aim was probably to correct an uncorrect
rendering of an Arabic word given in the first draft of the translation.
Here, two explanations are possible : Zerahyah might have collated
another Arabic manuscript, which showed these variant readings ; or he
might have re-read the same manuscript he had used for writing the first
draft, simply giving a different reading and interpretation of the same
text. The latter hypothesis might be confirmed by the fact that many of
the marginal variants added by Zerahyah could be explained by putting
different diacritical points on the same consonants of the Arabic - and it

14 Cfr. R. FONTAINE, O tot ha-Sham ayim . Sam uel Ibn T ibbon 's H e b rew Version
o f A r is to tle ’s M eteorology, ‘Aristoteles Semitico-Latinus’ 8, Leiden - N ew York -
Koeln, 1995.
MEDIEVAL HEBREWTRANSLATIONS 137

is well known that most Medieval Arabic manuscripts had few or no


diacritical points. Moreover, one has to remark that, in a point of his
translation of the Middle Commentary on the Metaphysics (end of book
VII), Zerahyah gives two alternative commentaries, one after the other,
of the same passage of Aristotle ; and in this very case Zerahyah
explains that he has found the second commentary in the margins of the
manuscript of Averroes’ text - not in another, different manuscript
collated by him15. This fact of re-using of the same text, rather than
recurring to other manuscripts, is probably due to the difficulty of
finding Arabic manuscripts in Europe - a problem which worried several
Hebrew translators.
So, Zerahyah probably did not consult other manuscripts for
correcting his versions ; but surely Qalonymos ben Qalonymos, wor­
king in Provence in the period 1310-1320, did. His translation of the
same text translated by Zerahyah, Averroes’ Middle Commentary, has a
complicated textual history. We are led to think that Qalonymos
completed and corrected it after having already diffused a first,
provisional version of it. In facts, in some manuscripts Qalonymos’
translation has two big lacunas, which cannot have originated in the
Hebrew tradition, but should have been found in the Arabic manuscript
employed by the translator. Since these lacunas are not found in other
manuscripts, somebody should have inserted the missing passages
through the collation of an Arabic manuscript different from that
employed for the first version. The identity of the style of the added
passages to that of this ‘first version’ shows that the correction was
made by Qalonymos himself. Remarkably, there is other evidence that
this second Arabic manuscript pertained to a different branch of the
textual tradition of Averroes’ Middle Commentary. The most complete
manuscript of Qalonymos’ translation (Parma, Biblioteca Palatina, parm.
2613), which is probably the best witness of the second, revised version
of the text, gives two different redactions of the same passage (chapt. 29
of Book IV) : one is that found in the ‘first version’ by Qalonymos
himself, and reflected by the whole indirect tradition of Averroes’
commentary in Spain and Provence ; on the contrary, the other is that
found only in Zerahyah’s translation, and in the ‘Italian’ branch of the
indirect tradition of the Middle Commentary. What can we conclude

15 About this question, see M. ZONTA, La tradizione ebraica d el Com m ento m edio
d i A verro è alla M etafisica d i A ristotele, te si d i d o tto ra to ,Università di Torino, 1995,
pp. 69*-71*, pp. 75*-79*.
138 M. ZONTA

from this evidence? I think that Qalonymos wrote his ‘first version’
using an uncomplete Arabic manuscript which pertained to the ‘Spanish-
Provençal’ branch of Averroes’ tradition ; some years later, while he
was in Italy, he came across a manuscript which reflected the ‘Italian’
branch of this tradition, possibly a relative of that used by Zerahyah,
which was more complete and showed some significant variant readings,
and he used it for re-writing the missing sections of his translation and
generally revising it. Facts like this were not so rare as one can think :
something very similar happens in the Hebrew tradition of another
M iddle C om m entary by Averroes, that on the P h ysics, where
Qalonymos explicitely states to have found variant readings ‘in an Arabic
book (i.e. a manuscript) of which I have taken possession only now’
(i.e. when he was writing the ‘second version’ of his translation)16.
Another case of revision of a previous version of a translation through
the collation of a new manuscript is, probably, that of the L o n g
Commentary on the Metaphysics by Averroes : according to research
made by Maurice Bouyges and, recently, by myself, it can be suggested
that the first draft of this translation was written by Qalonymos himself,
but was ‘edited’ by Moses of Beaucaire. Probably, Moses noticed that
Qalonymos’ translation was defective in some points (e.g., it had long
lacunas in Book VI), and tried to fill up the gaps by having recourse to
the M iddle C om m entary by Averroes - and this first version is
transmitted by some manuscripts ; some years later, Moses himself re­
wrote the translation by collating a new, more complete Arabic
manuscript. In facts, the manuscripts of this second version of Moses’
translation have the complete text of the Long Commentary, with several
variant readings if compared to the first version17.
A very similar technique was employed by Samuel of Marseille for
writing and revising his translation of Averroes’ Middle Commentary on
the Nicomachean Ethics. As shown by Lawrence Berman, the editor of
the text, Samuel wrote a first draft of his translation and diffused it, then
revised it not through the collation of a new Arabic manuscript, but
comparing the text to a manuscript containing the Arabic version of
Aristotle’s Nicomachean Ethics18.

16 See ZONTA, La tradizion e ebraica, pp. 30*-34*, pp. 62*-68*.


17 See about this ZONTA, La filo so fia antica, pp. 241-243.
^ Cfr. L.V. BERMAN, The H ebrew Versions o f B ook F our o f A v e r r o e s ’ M iddle
C om m entary on the N icom achean Ethics, Jerusalem, 1981, Hebrew section, pp. 10-
15.
MEDIEVAL HEBREWTRANSLATIONS 139

Another technique employed by some Hebrew translators, and


mostly by Italian ones, was the translation of an ancient text through a
comparison of several previous Medieval translations of it, in Arabic and
in Latin. At a first glance, they seem to have translated the text directly
from the Arabic ; a more attentive perusal of the translation, however,
shows that they actually helped themselves by having recourse to a Latin
version. A manifest case is that of Jacob Anatoli’s version of al-
Farghani’s compendium of Ptolemy’s Almagest, made in Naples around
1230, where the translator explicitely admits to have used not only the
Arabic original, but also the Latin version by Gerard of Cremona. This
case was pointed out by Romeo Campani in 191019 ; recently, I have
discovered that a similar method was used by Anatoli while translating
the Almagest itself20. Of the Almagest, two Arabic translations won
some success in the Middle Ages : that by al-Haggãf and that by Ishaq
Ibn Hunayn, each one being remarkably different from the other ; and
Gerard of Cremona, while translating Ptolemy’s text into Latin, mixed
up the texts of both. The same mixing of al-Haggãg and Ishaq is found
in Anatoli’s Hebrew translation of the Almagest ; and, although the
general pattern of his style and terminology is clearly Arabic, in several
cases he makes some errors which can be easily explained as a
misunderstanding of readings typical of Gerard’s translation. We are led
to conclude that Anatoli probably translated Ptolemy following the
pattern given by Gerard, and using the latter’s work as an aid for
translating difficult passages of the Arabic text, but his major sources
were al-H aggag’s and Ishaq’s translations. The same might have
happened in the case of the Hebrew translation of Aristotle’s D e
generatione et corruptione, made by Zerahyah Hen in Rome around
1284 : although Zerahyah’s main source was undoubtedly the Arabic
version of Aristotle’s work by Ishaq ibn Hunayn, he too might have
helped himself by having before his eyes the Latin version from the
Arabic, made by Gerard. This supposition arises from the fact that,
occasionally, Zerahyah’s wording and terminology, which is as a rule
strictly close to Arabic syntax and terminology, appear to follow closely
the path of Gerard’s Latin rather than of the Arabic21. Such a

19 R. CAMPANI, “Il ‘Kitab al-Farghani’ nel testo arabo e nelle versioni”, in


R ivista d eg li Studi O rientali 3 (1910), pp. 205-252.
20 M. ZONTA, “La tradizione ebraica dell ’A lm agesto di Tolomeo”, in H enoch 15
(1993), pp. 325-350.
140 M. ZONTA

phenomenon might result from the scarce knowledge of Arabic in 13th-


century Italy : Hebrew translators, being not accostumed to read Arabic,
might have looked for an aid from Arabic-into-Latin versions.
The method of ‘mixing’ two different versions of the same text in
the same language, found in Anatoli, was followed also by some 15th-
century Spanish translators. This is the case of the first Hebrew version
of Boethius’ De consolatione philosophiae, written in 1412 near
Barcelona by Samuel Benveniste. For writing his version Benveniste did
not resort to the Latin Boethius, but mixed up the texts of the two
Catalan paraphrases of the De consolatione by Pere Saplana and Antoni
Ginebreda - probably because he had before his eyes a Catalan
manuscript which contained both of them (maybe, one in the center of
the page and the other in the margins)2122. Also in the textual tradition of
the Hebrew version of pseudo-Aristotle’s Economics, which was based
upon the 13th-century Latin version by Durand of Auvergne, some
manuscripts bear evidence of a contamination : somebody, in the course
of the tradition, added to the text a preface and inserted into it some
glosses which were clearly taken from Leonardo Bruni’s Latin version
of the Economics, written in 1420-142123.
Another aid for understanding a difficult text seems to have been
given to Hebrew translators by commentaries on it or by other writings
reflecting the same doctrines. E.g., when the Provençal philosopher
Judah Natan translated into Hebrew al-Ghazali’s Intentions o f the
Philosophers (around 1330), he stated to have employed, for preparing
his translation, some texts by Avicenna and by the 12th-century Islamic
philosopher and theologian Fakhr al-din al-Razi, because he thought that
these two authors pertained to the same ideological line as al-Ghazali.
Remarkably, Judah Natan, who was an opponent of the so-called
‘radical Aristotelianism’, wrote that, in translating al-Ghazali, he had
followed ‘the method of the ancient translators, adding and removing

21 M. ZONTA, “Le traduzioni filosofiche di Zerahyah Gradan e la versione ebraica


del D e gen eration e e t corruptione ” (paper read at the University o f Padua, 14th May,
1999 ; forthcoming in the proceedings).
22 Cfr. M. ZONTA, “Le origini letterarie e filosofiche delle versioni ebraiche del
D e c o n s o la tio n e p h ilo s o p h ia e di B oezio”, in F. ISRAEL - A.M . RABELLO -
A.M. SOMEKH (eds.), H ebraica. M iscellan ea d i stu di in on ore d i S ergio J. S ierra,
Torino, 1998, pp. 571-604.
23 M. ZONTA, “La tradizione ebraica degli scritti economici greci”, in Athenaeum
84 (1996), pp. 549-554.
MEDIEVAL HEBREWTRANSLATIONS 141

(words), and creating new meanings’ - i.e., apparently, the method of


what we have called the ‘paraphrastic’ translations24. The use of
commentaries is much more evident in the case of the second Hebrew
translation of Boethius’ De consolatione, written in 1423 by Bonfil
Bonafous Astruc. Here, the translator tried to solve the intricacies of
Boethius’ text by resorting to two Medieval Latin commentaries on it,
which had had some fortune : that by pseudo-Thomas Aquinas and that
by Nicholas Trevet25. By doing so, Astruc totally re-wrote Boethius,
creating a sort of Hebrew ‘vulgarization’ of the De consolatione similar
to those written in Catalan, Provençal and Italian during the Late Middle
Ages ; in his version, which is in reality a ‘translation-commentary’, the
original text of Boethius is hidden behind a number of glosses and
explansions.
In other cases, Hebrew translators did not translate an Arabic text ex
novo, but preferred to ‘correct’ and ‘revise’ an earlier Hebrew translation
of it. This revision affected not the contents, but the form in which such
contents were expressed (especially the philosophical terminology) ;
some revisers justified their work saying that the old translation was full
of mistakes and needed to be updated. Samuel of Marseille, e.g., wrote
‘revisions’ of earlier translations of two of Averroes’ logical
commentaries on Aristotle : the Epitom e of the whole O rganon,
translated by Jacob ben Makir, and the M iddle C om m entary on
Porphyry’s Eisagoge, translated by Jacob Anatoli26. In the preface of the
former, he wrote :
‘(This book) had been already translated, but in the translation many
mistakes occurred, so that the text was corrupt. Afterwords, the scholars
of our time who were skilled in Arabic tried to correct that translation,
but they were not able to complete such correction. I say that their
correction is almost insignificant : the book is still confused and it is
impossible to understand it (...). Because of this, (...) I have decided to
translate it’ 27.
Also the Hebrew translation of Abraham Ibn Daud's Exalted Faith,
written by Salomon Ibn Labi around 1370, was later revised (as shown

2 4 Cfr. ZONTA, La filo so fia antica, p. 108, p. 130.


26 Cfr. ZONTA, “Le origini letterarie”, pp. 586-604.
26 See ZONTA, La filo so fia antica, pp. 245-247.
27 See the Hebrew text in RENAN, L es écrivain s ju ifs, p. 559.
142 M. ZONTA

by Amira Eran28) by Samuel Ibn Motot, who published his ‘revision’ in


1391. In this case, the reason for a revision, which affected mostly the
terminology, might have been ideological : Ibn Labi probably worked
for the circle of the Catalan Jewish philosopher H asdai Crescas, who
needed Ibn Daud’s work as a source for building a new philosophy,
alternative to that of Aristotle ; Ibn Motot had instead a ‘reconciling’
attitude, trying to show the substantial agreement between Aristote-
lianism (as interpreted by Avicenna) and kabbalah - and Ibn Daud’s
work, which summarized Avicenna’s doctrines, was very useful to this
purpose.
Finally, one has to remark that some Hebrew translators were not so
careful with regard to the texts they were translating. In some cases,
when they thought that the contents of their source were too scarce or
defective, they added long passages, aiming at ‘completing’ the original.
This happens in Qalonymos ben Qalonymos’ Hebrew translation of al-
Farabi’s Enumeration o f the Sciences, written in 1314. Qalonymos
seems to have found al-Farabi’s list and exposition of the sciences
defective, because it did not mention medicine, alchemy and magic -
three subjects which could be of some interest to his public. So, in his
translation he added to al-Farabi’s exposition of physics three passages
by himself devoted to these sciences, without marking in any way the
fact that such passages were not taken from al-Farabi’s text29.
All the above-discussed data account for the importance of the study
of Hebrew translations, which give many interesting samples of the
methods followed by Medieval translators for doing their work ; and the
study of these translations might be useful for clarifying some aspects of
the Medieval translation-techniques which are still obscure in the Latin
and vernacular traditions.

28 A. ERAN, “The Hebrew Translations o f Abraham Ibn Daud’s The E x a lted


F aith ” (Hebrew), in T arbiz 65 (1995), pp. 79-107.
29 Cfr. M. ZONTA, La ‘C lassificazione d elle sc ie n ze ’ d i a l-F arabi nella tradizion e
e b ra ic a , Torino 1992, pp. xxxiii-xxxvi ; see also ID., “The Reception o f al-Farabi’s
and Ibn Sina’s Classifications o f the Mathematical and Natural Sciences in the
Hebrew M edieval Philosophical Literature”, in M e d ie v a l E n co u n ters 1 (1995),
pp. 358-382.
Fernand bossier

LE M ANUSCRIT CHISIANUS R.IV.13 ET LA


TRADUCTION D E NATURA H O M IN IS DE BURGUNDIO
DE PISE

En 1164/5 le juge Burgundio de Pise dédia une nouvelle traduction


du traité De natura hominis de Némésius à l’empereur Frédéric
Barberousse. Dans la dédicace il qualifie sa traduction de “fidèle et
dûment corrigée”1, mais ne souffle pas mot sur le manuscrit grec dont il
avait pu disposer. Plus récemment seulement les chercheurs se sont
occupés explicitement de cette question. En 1971, M. Morani emit
l’opinion que c ’est le manuscrit Chisianus R.IV.13 qui avait servi
d’original à la traduction2. Quatre ans plus tard, en 1975, G. Verbeke et
J.R. Moncho publièrent une édition critique de cette traduction3.
Disposant d ’une édition critique inédite du texte grec, préparée par
B. Einarson4, ainsi que des photos du Chisianus, ils ont constaté bien
vite que la traduction est en effet très proche dudit manuscrit ; mais
contrairement à l’opinion de Morani, que d’ailleurs ils semblent avoir
ignoré5, ils ont cru que le Chisianus n’a pas servi lui-même d’original à
la traduction. M. Morani, de son côté, s’en est tenu à son opinion
antérieure aussi bien dans une monographie sur la tradition manuscrite
du traité grec que dans la préface de sa nouvelle édition critique, publiées
respectivement en 1981 et en 19876. Il apparaît donc que la question du

1 N ém ésius d’Émèse, D e n atu ra hom inis. T radu ction d e B u rgu n dio d e P ise.
Édition critique avec une introduction sur l ’anthropologie de N ém ésius par G.
VERBEKE et J.R. MONCHO, Leiden, 1975 (CLCAG, Suppl. 1), Prologus, pp. 2.57-
58 : “H unc igitu r librum fid e lite r translatum e t ut p o tu i stu diose em endatum ”.
2 M. MORANI, “Il manoscritto Chigiano di N em esio”, dans R e n d ic o n ti d e l l ’
Istituto L om bardo, 105 (1971), pp. 621-635.
3 Voir note 1. Dans cette étude je renvoie aux pages et lignes de cette édition.
4 L ’ édition de B. Einarson est restée inédite et apparemment peu connue jusqu’ à
présent.
5 Les auteurs ne renvoient nulle part à l ’article de M. Morani.
6 M. MORANI, La tradizion e m an oscritta d e l “D e natura hom inis" d i N em esio,
Milano, 1981, p. 35 : “Da K dipende recta via la versione del giurista e studioso
pisano Burgundione.” Il apparaît, cependant, qu’en rédigeant cette partie de sa
144 F. BOSSIER

modèle grec utilisé n ’a pas encore reçu une réponse définitive ;


j ’exposerai dans le cours de ma communication les arguments pour et
contre que les éditeurs ont avancés.
Cette communication se compose de deux parties. Dans la première,
j ’essaierai d’abord de mieux établir le fait que Burgundio a utilisé le
manuscrit Chisianus R.IV.13 (K dans l’édition de Morani et dorénavant
dans cette étude) à l’aide d’informations supplémentaires recueillies par
un nouvel examen de quelques documents. Dans la bibliothèque du De
Wulf-Mansion Centrum de Louvain j ’ai retrouvé les photos du manuscrit
K ainsi que celles du manuscrit principal de la traduction de Burgundio,
Bergamo, Biblioteca Civica, MA 252 (anciennement Delta IV, 10, =
C)7. Ensuite, j ’aborderai la question si l’activité traductrice de Burgundio
a laissé des traces dans le manuscrit K.
Dans la seconde partie j ’analyserai plus en détail la manière dont
Burgundio s’est servi de son manuscrit, afin de mieux saisir la qualité de
sa traduction.

monographie M. Morani n’a pas encore pu consulter l ’édition critique latine de


G. Verbeke et J.R. Moncho : “Una nuova edizione critica di questa versione sta per
uscire, curata da Gérard Verbeke.” Voir aussi N em esii E m eseni D e natura hom inis, ed.
M. MORANI, Leipzig, 1987, Praefatio, p. vii : “nobis certum videtur Burgundionem
... codicem ipsum K, non eius gemellum tam similem quam Sosiae Mercurius olim
fuerat, in Nemesio vertendo adhibuisse.”
7 En préparant cette communication je n’ai pas eu l ’occasion d ’examiner sur place
ni le manuscrit Chisianus ni le manuscrit de Bergame. Certaines de mes affirmations,
surtout concernant les notes dans le manuscrit Chisianus, devront donc être acceptées
sous réserve d’un nouvel examen, qui pourra prendre en considération les différences d’
encre. Sur l’importance du manuscrit de Bergame, voir F. BOSSIER, “L ’ élaboration
du vocabulaire philosophique chez Burgundio de Pise”, dans A ux origin es du lexique
philosophique européen. L'influence d e la “L atinitas". A ctes du C olloque international
o rg a n isé à R om e p a r la F.I.D .E.M . ... (A ca d em ia B elgica, 2 3 -2 5 m a i 1 9 9 6 ), ed.
J. HAMESSE, Louvain-la-Neuve, 1997, pp. 81-116, surtout p. 88.
LE MANUSCRIT CfflSIANUS R.IV. 13 ET BURGUNDIO DE PISE 145

I L E MANUSCRIT GREC KA SERVI D ’ORIGINAL


À LA TRADUCTION DE BURGUNDIO

A. Le rapport entre K et la traduction de Burgundio

1. Les particularités du manuscrit K

Au commencement de la première partie il me paraît nécessaire de


présenter le manuscrit K8, non pas en contant tout le détail d’une analyse
codicologique et paléographique exhaustive - cette analyse me ferait
sortir du cadre que je me suis fixé -, mais en insistant sur les
particularités de K qui ont pu ou ont dû déterminer la physionomie de la
traduction, si réellement K lui a servi d’original. Je traiterai d’abord de la
qualité de la copie, ensuite du texte et de sa position dans l’ensemble de
la tradition. Je réserve l’exposé sur une catégorie de notes grecques et de
notes latines pour l’examen des traces éventuelles du traducteur en K.

a. La qualité de la copie
K est un manuscrit du Xe ou XIe siècle ; la copie du traité De natura
hominis y occupe les f. lr-121r. Cette copie est loin d’être homogène.
Morani a souligné que les f. 46r-57v ont été copiés par une autre main et
à l’encre plus fade avant les folios qui précèdent et suivent9. Ce point me
paraît suffisamment établi par les faits suivants ; le sixième cahier ne
comprend que cinq feuillets (f. 41r-45v ; un temion dont le deuxième
feuillet a été coupé) et le verso du dernier (f. 45v) ne contient qu’un petit
bout de texte de cinq lignes auquel le texte copié au f. 46r fait suite sans
coupure ; ensuite, le copiste de la partie 46r-57v a abandonné le travail
au milieu du huitième cahier (f. 54r-61v). Il me paraît moins assuré que
les folios qui précèdent et suivent la partie médiane (f. 46r-57v) aient été
tous copiés par une même main10. Cependant, je ne veux pas m ’étendre

8 On trouvera une description plus détaillée de K dans le catalogue de P. FRANCHI


DE’ CAVALIERI, C odices g ra eci C hisiani e t B orgian i, Roma, 1927, p. 21, n° 13, et
dans la monographie de M. MORANI, op. cit., pp. 33-35.
9 M. MORANI, op. cit., p. 33.
10 C’est ainsi que M. MORANI, op. cit., p. 33 présente la situation en K : “La
parte meno antica comprende gli altri fogli del ms. (l-4 5 v e 58r-121v) : la mano che
ha scritto questa parte corregge gli errori di ortografia della parte più antica :
l’inchiostro è nero, la grafia molto trascurata.” Il me semble que cette présentation
146 F. BOSSIER

ici sur cette question d’ordre paléographique, d’autant moins que chaque
copiste écrit une minuscule tardive, c’est-dire qu’il émaillé, chacun de sa
façon, la minuscule de lettres onciales, dont le K est la plus constante.
Cette écriture présente des formes claires et simples ; toutefois, la
division en syllabes souvent assez insolite, l’emploi très incertain des
esprits et des accents et la confusion entre ci, i, oi et T], et o et eu la
rendent parfois moins facile à lire et à interpréter. Je cite quelques
exemples :
ci G’ôvcto = eîB’o-UTü) // ne pi c&qicev = nepié&TiKev // ne pi neoq =
nepmécrq l! èyKÔtt’éa -nap-rat = èyKaté u n a p t a i U o-ôk av áp.apt(ôv
ta G a v á tw KaxeSÍKaa-ev = o -úk a v á p .a p tó v ta 0av át(p
KRteSÍKaaev lì taiv npouGiœv kt}Aícdv = tcüv npooBitov k o i AuÒv lì
Heureusement, au grand profit du lecteur, un correcteur a
régulièrement, bien que nulle part systématiquement, amélioré la lisibilité
du texte ; d’une main décidée et à l’encre plus pâle il a biffé des esprits et
des accents superflus et ajouté d’autres qu’il jugeait nécessaires, il a relié
par des courbes des syllabes indûment séparées, il a souvent remplacé
l’eo par l’o, normalisé la graphie de *q ,ei, oi, i e tu , supprimé le v
euphonique devant une consonne et corrigé çà et là des fautes, p. ex.
Toiomtüv Tpôncuv en ToiouTotpóircuv. Très souvent il a ajouté des
signes de ponctuation qui ressemblent fort bien à notre virgule et il a
changé le point (le point bas ou de hauteur moyenne) en ce même signe.

b. La qualité du texte
Comparé aux autres manuscrits grecs K est un témoin tout à fait
spécial. Dans l’apparat critique de T édition de Morani ses leçons isolées
sautent aux yeux : omissions fréquentes, mots et expressions changés,
phrases supprimées ou ajoutées (quelques-unes sont peut-être des gloses
incorporées) etc. Il serait fastidieux de parcourir ici une liste
d’exemples11. D’ailleurs, un certain nombre seront cités et commentés

demande à être nuancée et que la copie des f.lr-45v et 58r-121r est due principalement,
elle aussi, à deux copistes. D e cette sorte, la division du travail serait la suivante : f.
lr-41r 1.3 copiste B ; 41r (suite)-45v copiste C ; 46r-57v copiste A ; 58r-92 1.17
copiste B (à l’exception du f. 60r) ; 92r 1.18-121r copiste C. Si la différence entre les
copistes A d ’un côté et B et C de l’autre se passe de tout commentaire, celle qui
oppose B à C ne se découvre qu’à la suite d’une analyse attentive.
11 On trouvera une liste impressionnante d’omissions, d ’additions et de variantes
propres à K chez M. MORANI, op. cit ., p. 34.
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV.13 ET BURGUNDIO DE PISE 147

dans la partie où j ’examinerai la relation entre K et la traduction de


Burgundio.
Si les corrections qui rehaussent la lisibilité sont nombreuses, les
annotations marginales qui suppléent aux lacunes et aux fautes réelles ou
supposées du témoin K ou aux omissions commises par le copiste, sont
rares. Je n’ai trouvé que six cas où l’intervention d’un correcteur me
paraît assurée :
f. 4r au lieu des mots to kA.T]0cÕç Acrylic òv (4,16 Mor.) le copiste a biffé
une dizaine de lettres et écrit dans la marge to aA.fi0úç ; une main plus
récente a ajouté le mot qui manquait Aoyncôv.
f. 6v après la phrase peti crei Sè tri kcvcüoci ( = k k t k kcvcuctiv, 7,16
Mor.) une main plus récente a répété à tort l ’expression qui la précède
pcT aß oAij |zèv tt| k kt « itotÓTr|T«.
f. 23r dans la leçon fautive èmiT)SuÙTr|T« un correcteur a gratté le préfixe
cm et l’a remplacé par «vem (26,2 Mor.).
f. 46r pour suppléer à l’omission de t$ mi pi les mots m ip i Sè ont été
ajoutés avant to (51,3 Mor.).
f. 77v la leçon ïvecnv a été remplacée par la variante icriv (88,7 Mor.),
f. llOr la variante p-cAAo-úo-qS a été remplacée par la leçon Sc o-Ùot)Ç
(123,13 Mor.).

Pour terminer cette esquisse de la qualité de K, je voudrais attirer


l’attention sur une particularité d’un autre ordre12.
Dans 1’ édition de Morani le traité compte 43 chapitres, parce que
l’exposé sur les éléments y constitue un chapitre à part (ch. 5 ; 47,3
Mor.). À la fin du chapitre 4 une phrase de transition annonce le contenu
du chapitre suivant ; elle est suivie du titre propement dit :
|JÆTéA0Gûp.ev oiív cm tov tgûv otoixc Îcov Aôyov è | k k o Ao u 0 î « ç
cmÇr|Toij|icvov.
Ile pi CTTOixeicûv

K seul ne suit pas cette disposition des autres manuscrits ; il récrit


un peu gauchement la phrase de transition et supprime le titre (f. 41v) :
èm Tov tû v «Toixeiüjv oiîv Aóyov |xctcA 0 ü)|xcv « k o A o "00cüç
è m Ç rjT o - ú p e v o v : ~

Par conséquence, K ne compte que 42 chapitres.

12 Cette particularité est signalée par M. MORANI, op. cit., p. 34, mais il précise
à tort que “manca la separazione fra il 3° e il 4° capitolo”.
148 F. BOSSIER

c. Notes grecques et notes latines


K contient un bon nombre de notes grecques écrites par plusieurs
mains, ainsi que beaucoup de traductions latines de mots grecs,
auxquelles s’ajoutent quelques notes marginales. Afin d’éviter les redites
je traiterai de ces notes à l’endroit où elles apporteront un argument
solide pour étayer le rapport entre K et la traduction, ou constitueront les
matériaux mêmes de ma recherche sur les traces autographes de
Burgundio en K.

2. La traduction de Burgundio reflète les particularités de K

Après cette brève présentation de K il est temps d’aborder la


question de la dépendance de la traduction.

a. La physionomie générale de la traduction


Dans une étude bien documentée et illustrée d’une longue liste
d’exemples M. Morani a prouvé que la physionomie générale de la
traduction est une image fidèle de K ; les traits de ressemblance sont
virtuellement innombrables et ils ressortissent surtout dans les passages
où K a des variantes, des omissions, des additions ou des dispositions
qui lui sont tout à fait propres13. J’ajoute deux exemples qui confirment
son argumentation :
105,8-12 Mor. x a i tc¡) Aí0(p to Karanjicpèç K a i rru p i to âvan|>epéç,
o-uTü) K a i tlÿ Çtpcj) to cruyK ara-cíBe tiB a i x a i ôpp-âv, o r a v 8è r a ú r q
r q ôpp.q (jqSèv â v rtn é a q tü>v c| cû9 cv Ka i ic a 9 ’ cijj.ap(jivr|V , tòte tò
•nepm aTcîv téàcov qp-îv e iv a i x a i ir a v ra i ç rrepuiaTqcropÆV - oi
T a m a AéyovTeç (elo i 8c tüùv E toiikoiv ... : KPC « a i rói 7lî9£û to
K aro ijic p è ç ' ó-úrai K a i t£ò ^cóai to o n jy K aT ati8 eo '8 ai K a i ô p p .â v ■
OTav Sc T aùiT | r f | ò p p i) p.f)8èv âvTiirèoT| tcüv è|a > 8 e v K a i
K a 8 e ip p .a p p iv r|v ■ tótc tò ncpiiraT civ tcAcov é^qp-îv è iv a i ■ cio ì tóìv
otoïkcüv oî r a m a A cyovrca ■

133. 81-134. 85 e t la p id i d e o rsu m fe r r i, ita e t a n im a li q u ie s c e re


(T *con u en ire. c o m p o n i) ^ e t secundum im petu m m o v e r i; cum autem

13 M. M ORANI, art. e i t , p. 623-625. Selon lui, les faits signalés par les
exemples “già sarebbero sufficienti per dimostrare non soltanto una speciale affinità di
Bg. con K, ma addirittura la derivazione della versione latina da quest’ultimo”.
*4 Les mots mis entre parenthèses et précédés d ’un astérisque signalent des
traductions doubles, des éléments d’une traduction double ou des explications d ’une
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV. 13 ET BURGUNDIO DE PISE 149

huic im petui ( l * m otui) nihil in c id e n t ('\* r e s is tit. obu iau erit) eorum qu ae
su n t d efo ris (T*exteriorum ) et (Teorum ) qu ae su n t secundum fortu n am ,
tunc incessus ( f * am bulare) n oster p erfectu s ( l * t e fin a lite r) in nobis erit.
Sunt Stoicorum qui haec dicunt,

Cet exemple me paraît fort intéressant sous deux rapports. Il illustre


éminemment bien le rapport entre K et la traduction. K présente deux
omissions et une variante significative ; nous les retrouvons toutes dans
la traduction. Ensuite, il nous montre toute l’importance des traductions
doubles, incident, une traduction un peu fade de a vzmécrq, est précisée
par resistit, obuiauerit ; au-dessus de la traduction possible, mais moins
pertinente incessus noster perfectus in nobis erit, nous lisons la
traduction littérale et exacte ambulare perfecte, finaliter in nobis erit15. Et
ce même système de traductions doubles nous révèle que le sens
technique de (yuyKoiTa-cíGeoSat (donner son assentiment) a échappé à
Burgundio : ni quiescere ni conuenire. componi n ’en rendent bien le
sens.
La division en chapitres. Nous avons noté plus haut que K ne
compte que 42 chapitres. La traduction suit cette disposition
particulière : l’exposé sur les éléments n’y constitue pas un chapitre à
part et la formule de transition correspond exactement à celle de K :
6 0 .1 4 A d e lem en to ru m ig itu r serm o n em tra n se a m u s c o n se q u e n te r
inquisitum

La traduction comporte donc, elle aussi, 42 chapitres ; seulement,


dans les manuscrits importants C et S (= Bologna, Collegio di Spagna,
19, f. 1-452) les chapitres 37-42 portent les numéros XXXVIII —XLIII.
Cependant, cette particularité ne compromet nullement la dépendance,
mais la confirme, car, ici encore, Burgundio a suivi fidèlement K, dans

traduction ; p. ex. incessus ( * am bu lare) ...p e r fe c tu s I f te fin a lite r) signale que Bur­
gundio propose a m b u la re ... p e rfe c te ou fin a lite r comme traduction alternative de
in ce ssu s ... p e rfe c tu s. La flèche (T) indique que dans le manuscrit de Bergame ces
éléments sont écrits au-dessus des mots concernés. Sur l ’importance des traductions
doubles et des notes explicatives dans l’œuvre de Burgundio, voir F. BOSSIER, art.
c it., pp. 84-86.
M. MORANI, op. cit., p. 36 a hésité sur la nature des traductions doubles. Il
parle d ’abord de “tracce di una serie nutritissima di glosse”, mais une étude plus
attentive de quelques-unes l ’amène à écrire : “A vendo talora più il carattere di
incertezza stilistica che la funzione di esplicare il vocabolo, queste glosse potrebbero
anche rappresentare una revisione del Burgundione stesso sul suo testo ; mai
comunque presuppongono una rilettura del testo greco”.
150 F. BOSSIER

lequel plusieurs chapitres ne portent aucun numéro tandisque les


chapitres mentionnés portent les numéros AH - \jT (= 38-43).

b. La traduction reflète un état de texte corrigé de K


- Il est clair que Burgundio a élaboré sa traduction après l’inter­
vention du correcteur qui a sensiblement rehaussé la lisibilité et la qualité
du texte ; p. ex. :
K f. 5r K ac xà6e vj/uxpir «uxf](ï k « 0’ «ruxT)(y : KPC x«8e \|/UXBCTa u v r\a
K«0’ «UXT|V
10.26 alia vero anim ae ipsius secundum se ipsam .
K f. 32r Kac «xpicr xoxmcxvxeAa><y peAAo-ooria è tre ct0 ou xz\a AoyiKT|(y
S v v á p eo x y : KPC « x p fj o-xo-oTtKvxeAûicr peAAo-úaria' c a e cr0a i xfj a
Ao7iKf|CT Suvkiacoxt
46.24-25 inutili om nino fu tu ra esse ration ali virtute.

- Il apparaît, en outre, que la traduction rend les corrections appor­


tées par le copiste lui-même ou par d’autres correcteurs ; p. ex. :
4.16 Mor. k od orniu t ò r At|0 cÒç A o^ ik o v £ $ ov : K ko Ù o-uxüjç
"*7 / / / / / / / Çûov : xo aAq0cüç in m ge corr. sc rib a Aoyucòv in m ge
add. corrector

8.95-96 et ita vere rationale anim al

7.16 Mor. au lieu de l ’expression pexotPoA-q p èv xîü k otta. TtotÓTqxot,


pe-úaei 6è xq K «xà icévcuorv K présente le texte p ex a p o A q p èv xp
K K ta 7ioi6iT|xot, pe-ûaet 6è xp Kcvuiout {+ p ex a p o A îi p èv xt) k k x k
n oiôxqxK add. in m ge c o rr.} eï xuj ècrxiv «AA oÏümtict AevKaven a k k Ì
péAKvaiff y-ú liff 0eppa<n« koù za. xotorûx« pe-ôoei Sè xrj Kevcuaet.

12.71-74 transm utationem quidem qu ae e st secundum qu alitatem , fluxum


vero evacuatione ; transm utationem quidem qu ae est secundum qualitatem
qu ae e st alterado, dealbatio e t denigrado, frig id ita s, c a lid ita s e t quae sunt
talia ; fluxum vero evacuatione.

Deux choses me paraissent évidentes : I o. la phrase et tiç - T«


ToioeÔToi est une glose marginale expliquant l’expression |4em ß oArç -
noiÓTiyrot, qui a été incorporée à tort après Kevœoet dans le texte de K ;
2°. l’addition marginale pexapoArj - noiÓTtyccx essaie de faire suivre la
glose à l’expression qu’elle explique en fait. La traduction démontre à
l’évidence que Burgundio a eu devant lui ce texte16 ; il est hautement

16 M . MORANI, art. cit., mentionne deux fois cet exemple. La première fois
(p. 623-624) il signale seulement que Burgundio a traduit la phrase eï xiç - x «
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV.13 ET BURGUNDIO DE PISE 151

improbable qu’il ait trouvé un autre manuscrit contenant à la fois la glose


incorporée dans le texte et l’addition marginale, à moins que son
manuscrit ait été une copie extrêmement servile de K. Certes, il y a une
différence et tiç] quae, mais Burgundio a certainement interprété rfriq.
25,27-26,2 Mor. è«v 6è òtvemxr|Seíu)ç, èpiroSíÇei, krî tó-cc XPe^K TTÍ
\j/-uxTÍ npoeyixáxoov Knop.axoH-®vü3V (-(J-evp c o d d . ) irpòç xf)v
«vemTqSeió-nyca xo-û òpyávou. K ei Sè p-f) èmxqSeitûff èvepyeî, xóxe
Xpei« vriv|Aj)cri upccyp.«xü>v ôaio|i.«xoP«vr| npòç xpv èm (eras, corr.)
«vemxqSiüjxqxR (avem- in m ge corr.) x o v òpyávou
35.66-67 si autem non a p te cooperatu r, tunc opu s e st a n im ae n eg o tiis
repugnanti a d ineptitudinem organ i

La traduction suppose la correction ávemiriSeió-nyca et la variante


très rare èvepyeî.
51,3 Mor. xò Sè evKtvrixóxRxov xò m)p«p.ocTSèç x$ mipí. K mu pi Sè
( am b o add. in m ge c o rr .) xò Sè (e ra s, c o r r .) eijk ivt)x ó x ax ov xo
m)p«p.oeiSéff
65.25-26 ig n i a u te m f a c i ll im e m o b ilis s im a m f ig u r a r u m qu a m
pyram idiform em vocant.

c. La traduction de quelques notes grecques


K contient un bon nombre de notes marginales grecques écrites par
différentes mains17. Or, nous trouvons une traduction littérale de
plusieurs d’entre elles dans les notes marginales du manuscrit C. On
s’imagine à peine que Burgundio ait pu trouver les même notes, œuvre
de plusieurs scholiastes, formulées de la même manière dans un autre

xoiocvxcx, qui a été incorporée dans le texte de K ; la seconde fois (p. 630) il propose
de supprimer la répétition des mots tran sm u tation em - q u a lita te m , parce qu’ils
manquent en K. Il ne semble pas avoir remarqué la répétition dans la marge à l’endroit
concerné.
17 II me semble, en effet, qu’il faut distinguer plusieurs mains. Les descriptions
de K (voir note 8) manquent de précision à cet égard. P. Franchi de’ Cavalieri signale
seulem ent : “Exstant quoque scholia non nulla, m. saec. XIII, quae ferrum
glutinatoris turpiter mutilavit.” M. MORANI, op. c it., p. 34, selon qui le traité tout
entier est l ’œuvre de deux copistes, signale que “una terza mano (K-1) corregge gli
errori di ortografia dei primi due copisti ed aggiunge sui margini alcuni scolii che una
rilegatura frettolosa ha mutilato e danneggiato”. Voir également art. cit., p. 622-623,
où dans une série d’exemples de scolies et de gloses, il énumère et mélange des notes
de toute sorte.
152 F. BOSSIER

manuscrit. Je passe en revue les notes principales en ajoutant d’emblée la


traduction latine, si j ’en ai trouvé une.
- Le copiste semble avoir écrit les notes suivantes :
K f. lv B aoítan oç ovau ç SiS kokci
C f. 2v sanctus basiliu s ita d o cet (à propos de la doctrine que l’homme est
essentiellement l ’âme)
K f. 76v : o x o À iov ^voikov jicv t ò GpentiKov kccì t ò -yew rinieov
ÇcottKÒv Se t ò crj-o-^UKÓv tòt p/T| neiG etat Aoyn : ~

- Une main très grasse et raide qui me paraît contemporaine des


copistes (ou le copiste C lui-même?18) a noté dans une écriture majuscule
anguleuse émaillée de quelques minuscules une série de notes dont la
dernière se trouve au f. 44r ; j ’ en cite les suivantes :
K f. 9r tSiov ótv<õu> tò p cta v o eív cv tote; K « t« y_á.pvj
K f. lOr p.-u9ü)Seç tò Sóyp.«
C f. l v fabu losu m hoc dogm a
K f. 12v CK ttùv èv T|i.îv T) KTiôSei|iç
C f. 8v E x his que in nobis sunt est hec dem onstratio
K f. 21r6ó|a·yaA·qvo·G·?jv (corrigé en rjv) o-ùk oïeta i
C f. 14r O ppinio galien i quam non extim at
K f . 23V ctptcrto^ Kotxûç è |q yf|. t ô v o p ov
C f. 15v a risto tiles m ale exponit terminum
K f. 25r o n o ù tò e $ o ç èoriv S cktikov t û v èvavrieuv tr a p « p ep oç
«AÀà tò •ÚTtOKeíjxevov
C f . 16v qu oniam non sp e c ie s e st su sce p tiu a co n tra rio ru m secundum
p a rtem s e d subiectum
K f. 44r t í co n v | «fjp
C f. 27r quid a e r

- Plus sporadiques sont quelques notes écrites dans une minuscule


très grasse, qui s’étendent du f. 9v au f. 49v ; quelques lettres ont
disparu à la suite du rognage ; p. ex. :
K f. 9v <e>KTitœerta c a t i|t ò T ravtá|nacriv «irep | p í$9ou 9eo-û
X<n|piÇópevaio|pcta G«v«tov|<?>à) xwptaGfi|v|/uxr|S
K f. 40r crùÿKpip.«| tf)v cvojoiv Sp|Aoî. o ù n « v | 8è acô|xa ck toù|tcov,
kAà k t a ta>v| Çcügûv : ~
K f. 40r riv a tà|ôp.oiopepr) :
C f. 25r qu id om iom erea
K f. 49v <op>|oç$av|<t>aanK O -û :|<i(i>«vt(xo'c

18 Voir note 10.


LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV.13 ET BURGUNDIO DE PISE 153

- la main qui a repris l’expression píTapoÀí] - notÓTqTot (f. 6v) a


introduit une note sur le dodécaèdre dans la marge inférieure du f. 46r ;
malheureusement, les deux dernières lignes de cette note se sont
évanouies à peu près complètement
K f. 46r -s- o p a oxito-G 8tü6eK«éSpou èvtocûB’ o-uk cp.vqp.0veuaev, oncp
«vocAoyeî w n a v r i, S io n n â v oxr|p.ayeü>pÆ-tpticôv k « î apiSp-iyrocóv
< ....... >
C f. 27v S eilet (lege silet) hic d e duo decaedro, q u o d e s t fo r m a tocius. id
e st celi, quia om nis form a con sideratur in ipsa. e t geom etrica e t aritm etica
fo rm a , et si duplum, vel emiolium. vel epitritum d ic a t quis e t aritm eticam .
et si diatessaron. et dia pason. et disdiapason.

- de tout autre nature sont deux notes marginales d’une écriture très
fíne
K f. 17v n p o ç to-ùç AéyovraçLiScop efoat rryvvj/uxfiv
C f. 12r contra eos qui dicunt aquam esse anim am
K f . 23 V Ch to pi vrjç èvceAexetaç

et la note
K f. 28v Ata$ o p á np ovoi ota Keti Ktiffeco ff

Comparée à la note Àta<j>opôt npà^ccocr Kai notT|<jecoa, publiée


dans une étude de G. Vuillemin-Diem19, cette note ne peut être que de la
main C, c’est-à-dire tout probablement de la main de Burgundio.
- finalement, il y a deux séries de notes grecques contenant
chacune des noms propres et des annotations assez courtes ; puis­
qu’elles ne s’avèrent d’aucun intérêt pour l’argumentation présente, nous
en reparlerons dans la partie où nous examinerons s’il y a des
annotations autographes de Burgundio en K.

d. les différences réelles ou supposées


Il ne fait aucun doute que G. Verbeke et J.R. Moncho ont bien vu
les correspondances frappantes dont je viens de mentionner quelques-
unes ; l’apparat comparatif de leur édition en donne la preuve abondante.
Seule l’importance des notes marginales traduites du grec dans le
manuscrit C semble avoir échappé à leur attention. Alors, à cause de
quels faits se sont-ils gardés de considérer K comme le véritable modèle

19 G. VUILLEMIN-DIEM & M. RASHED, “Burgundio de Pise et ses manuscrits


grecs d’Aristote : Laur. 87.7 et Laur. 81.18”, dans R e c h e rc h e s d e T h éo lo g ie et
P h ilosoph ie m édiévales, 64 (1997), p. 192, note marginale 27.
154 F. BOSSIER

de la traduction ? Ayant exprimé dans les Principes d’édition toute


l’incertitude qu’ils ont éprouvée à “distinguer entre les véritables
variantes et les traductions aberrantes ou inexactes”, ils estiment pourtant
que “dans certains cas on peut dire avec certitude que Burgundio a eu
devant lui un texte grec différent de celui du codex J (=K)”20. De toute
évidence, nous aurions été plus à l’aise, si nous avions trouvé quelques
exemples des cas qualifiés comme tels. A défaut de pareils exemples, j ’ai
examiné quelques entrées de l’apparat comparatif qui me semblaient
suggérer un texte grec différent. Or, j ’ai constaté à plusieurs reprises que
cette impression disparaît bien vite, quand ces cas sont examinés à la
lumière de la tradition tout entière, c’est-à-dire en tenant compte, entre
autres, des traductions doubles dans le manuscrit C.
- Certaines différences résultent d’une faute dans les manuscrits ou
du choix du texte édité ; p. ex. :
13.1-2 ut ca ra b is e t a llecib u s : app. comp. et allecibus] om. Je2 -* ; en C
nous lisons ut carau is e t alecibu s ; cependant, à la p. 59.97 nous lisons et
carabi {id est aleces) ; dans le passage considéré, 7 (= et) est sans doute une
faute pour .i. (= id est) ; il faudra donc écrire ut carauis, id e st alecibus.

13.11 s e d a d eu crasiam e t co n te m p era n d a m : ann. comp, et contem­


perandam] om . Je ; cepedant, à la p. 34.49 nous lisons e u c ra s ia {id est
bon a tem peran tia) ; ici encore nous devrons tout probablement écrire s e d
a d eucrasiam, id est contemperantiam.

5.30 ut non existentes hom inis : app. comp, hominis] r¡ RvOpconov ad d .


J ; mais la même addition se trouve dans les manuscrits C et S h om in is
vel hom inem .

- d’autres différences disparaissent, quand on les confronte avec les


traductions doubles en C ; p. ex. :
4.7 sa p ien tib u s ] « y a B o îç Je ; C Tvel *bonis.
5.28 cu ram ] OeioTtyr« Je ; C T vel *diuinitatem
6.48 p rin cipaliorem ] tò v koTlo^cBvr ; C T ^altitudinem
6.49 m ediu s ] êv pcOopíoiç Je ; C î*zn m edio term ino
9.13 q u a si ig itu r m ediu s term inus] êv (JxGopioiç otjv Je ; C Tvel *in
m ediis term inis
28.16-17 fe c e ru n t quidam P laton ici] èrié/Vu UKV oí rito ITTlrtwvoç Je ;
CT *soluerunt

2® Némésius d’Émèse, D e natura hom inis, Préface, p. cxxiii.


2 * Dans l ’édition critique de G. Verbeke et J.R. Moncho J = K , e = le texte
critique grec établi par Einarson.
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV. 13 ET BURGUNDIO DE PISE 155

77.66 sim uli eu Je ; CT ve! *sub uno

Les différences signalées résultent donc d’une interprétation plus


libre du texte ; cependant, nous constatons que, très souvent, Burgundio
s’empresse d’ajouter une traduction plus littérale. Un regard plus attentif
sur ce que les éditeurs ont appelé “les nombreuses notes explicatives qui
se trouvent ajoutées entre les lignes dans le manuscrit C”22 aurait pu les
convaincre que, pour la plupart, il s’agit de traductions doubles et que,
par conséquent, l’entrée dans l’apparat comparatif ne se rapporte qu’à
une partie de l’information disponible.

B. Y a-t-il des notes autographes de Burgundio en K?23

Après avoir établi le fait que K a été le modèle de la traduction, il me


paraît tout naturel, voire indispensable d’examiner s’il a conservé des
traces de l’activité traductrice de Burgundio. En effet, grâce aux
recherches très fouillées de G. Vuillemin-Diem24 nous savons main­
tenant que le manuscrit Laur. 87.7, dont Burgundio s’est servi pour
traduire le De generatione et corruptione, contient une série d’annotations
latines qui, sans aucun doute, sont de sa main (main D), et une série
d’annotations grecques qu’elle croit pouvoir lui attribuer avec de très
bonnes raisons (main C). Or, K présente pareillement des notes latines et

22 Némésius d’Émèse, D e natura hom inis, Préface, p. cxxiii.


23 Au moment où je rédigeais cette partie de ma communication G. Vuillemin-
Diem m ’a gentiment communiqué qu’elle avait entrepris les mêm es recherches
quelques mois auparavant et qu’elle en avait présenté les résultats dans un rapport. Elle
a eu la gentillesse de m ’envoyer ce rapport aussitôt. Il a été très réconfortant de
constater que des recherches menées de manière tout à fait indépendante de part et
d ’autre avaient abouti aux mêmes résultats, c ’est-à-dire que ni les traductions latines ni
les notes grecques, qui se composent de deux séries, ne sont de la main de Burgundio,
à l ’exception de la note au f. 28v A iot^op« r tp o v o ia a k k i Ktioecuc. En ce qui
concerne les notes grecques, les analyses paléographiques de G. Vuillem in-Diem
étaient plus abondantes et plus détaillées que les miennes ; en revanche, ses recherches
ont porté moins sur les arguments qui prouvent l ’identité de l ’auteur des notes latines
et de la première série de notes grecques, bien qu’elle ait parfaitement reconnu ce fait.
La lecture de ce rapport a été de grande utilité pour la rédaction finale de cette partie. Je
remercie cordialement G. Vuillemin-Diem de cette collaboration toute spontanée et
bien amicale.
24 G. VUILLEM IN-DIEM & M. RASHED, art. c it., surtout p. 166-170 et
Planches I-XII.
156 F. BOSSIER

des notes grecques. Sont-elles également des traces de l’activité de


Burgundio ?

1. Les notes latines

Le Chisianus contient une série d’annotations latines qui s’étendent


du f. lr jusq’au f. 52v ; à côté de notes qui se rapportent au contenu, il y
a un nombre considérable de mots latins, qui sont effectivement des
traductions de termes grecs. Dans sa description de K P. Franchi de’
Cavalieri s’est contenté de noter qu’elles ont été écrites par un érudit du
XVe siècle25, mais une étude plus détaillée de M. Morani a révélé
qu’elles correspondent quasi parfaitement aux traductions de
Burgundio26. La paternité des traductions latines ne fait donc aucun
doute ; seulement, qui les a notées en K ? Déjà très impressionné par le
fait que la physionomie générale de la traduction reflète fidèlement le
texte grec de K, M. Morani a estimé que ces traductions de certains
termes nous apportent une preuve décisive27 : ce sont des notes
préparatoires que nous devons au traducteur lui-même. Sinon, comment
expliquer le fait que, plus d’une fois, elles présentent une meilleure leçon
que celle des manuscrits eux-mêmes28 - dont les meilleurs, il y a lieu de

25 P. FRANCHI DE’ CAVALIERI, op. cit., p. 21 : “In prima codicis parte haud
rarae obcurrunt verborum interpretationes latinae, minutis litteris suprascriptae a viro
docto saec. XV, qui et notulas in marginibus adiecit latine et auctoritates graece.”
26 M. MORANI, art. cit., surtout pp. 626-631.
27 Ib id ., p. 625 : “Esiste tuttavia una prova decisiva per determinare con assoluta
certezza in K il ms. usato dal Burgundione per traduire in latino il trattato di Nemesio.
... queste glosse corrispondono quasi sempre ai termini usati dal Bg. nelle sua
traduzione.”
28 Ayant comparé les cas signalés (cf. M. MORANI, art. c it., pp. 626-630) avec la
nouvelle édition critique latine, je n ’ai trouvé qu’un seul cas où la traduction en K
pourrait présenter une m eilleure leçon : 19,4 Mor. a-uvffyev K c o n c lu s it Bg.
c o n c lu d it. Bien entendu, M. Morani n’a pas manqué de signaler aussi certaines
divergences où la traduction en K n ’est pas nécessairement meilleure que celle des
manuscrits. Ces cas témoignent, selon lui, d ’un souci constant de fidélité ainsi que
d’une sensibilité stylistique bien prononcée. Cf. art. cit., p. 626 : “Le poche diversità
fra K e Bg. rivelano il più delle volte la presenza di una sensibilità stilistica alla
ricerca della parola più opportuna per rendere certi termini greci.” et “Interessanti sono
altresì i casi in cui la parola presente in K viene sostituita poi da un’ altra che al
traduttore sembra (a torto o a ragione) più appropriata : in casi del genere possiamo
vedere lo stesso traduttore intento al lavoro di lima e di perfezionamento della sua
LE MANUSCRIT CfflSIANUS R.IV.13 ET BURGUNDIO DE PISE 157

le noter, étaient inconnus de Morani, qui ne disposait que de l’ancienne


édition de C. Burkhard En préparant leur édition critique, G. Verbeke
et J.R. Moncho étaient bien mieux renseignés sur la tradition tout
entière ; pourtant, ils se sont abstenus de reprendre la question des
traductions ajoutées en déclarant simplement qu’ils ne les
mentionneraient pas29. N. Wilson de son côté mentionna la question en
marge de son étude sur les manuscrits produits par le scriptorium de
Ioannikios, dont quelques-uns portent des annotations de la main de
B u rg u n d io 30. Attirant l ’attention sur quelques particularités
paléographiques des annotations de Burgundio d’une part et des traduc-

opera e riconosciamo in lui, pur nella dichiarata volontà di tradurre ‘‘f id e lite r ” (cioè in
modo rigorosamente letterale), una cura stilistica che non ci saremmo aspettati.” Si le
souci de fidélité ou de raffinement stylistique pourrait expliquer un grand nombre de
divergences, il ne suffit certainement pas pour expliquer toutes. Nous constatons, en
réalité, que parmi les divergences 1. certaines traductions en K correspondent parfai­
tement ou presque aux traductions doubles dans le manuscrit C : 3,18 Mor.
è |c />vr)A.'u8évtxi K e x ced ere Bg. e g re d i (C T * e x ced ere) H 9,20 Mor. cruvocye A cia-
tik Ôv K c o n so c ia b ile Bg. greg a riu m (C T * so c ia le ) // 12,19 Mor. Quieta K h e rb a s
m a r itim a s Bg. phychia (C T * h erbas m a ris) II 15,12 Mor. n Ac o vc Ktrip, ctt ot K
su p e rflu ita te s Bg. em in en tia s (C î * su p e rflu ita te s) Il 29,19 Mor. crup.ß oAikcûç; K
c o m p a r a ti u e Bg. sym bolice (C T * c o m p a r a ti u e ) // 49,12 Mor. SioipK O Û ç
muv(i(TT<xp.ev(x) K SuxpKOUfftùv (ía-cáp-ev«) K s e m p e r s u ffic ie n tib u s Bg.
su fficien tibu s (C T *sem per) Il 58,21 Mor. èxKpivóp-evov K CKKpivù|xcvov (-tuv
KPC) K *eorum que discern u n tu r Bg. e u a cu a tu m (C î eoru m qu e discern u n tu r
excretum , v e l diuulsum , v e l em issum ) ; 2. certaines traductions en K semblent être
des adaptations des traductions de Burgundio : 26,2 Mor. vfjq/xi K in u ig ila u erit Bg.
u ig ila v e r it II 39,9 Mor. cmóyyoç ... èAcacûBsiç K o le o unctus Bg. sp o n g ia ... o le o
m adefacta (C î uel *oleata) H 41,5 Mor. BpucxAAíSt (=mèche) K lychno Bg. licin io
(C T uel *scin tillis ; cette traduction double montre que Burgundio n’a certainement
pas interprété BpuaAAiç comme ‘lampe’) // 45,21 Mor. û p iv e ç K m e m b ra n e Bg.
m em bran a II 46,12 Mor. tk ... o ù p o w t « . K urinantia Bg. que ... m ingunt II 51,16
Mor. «v«aroixctou|xévr| K elem entata Bg. reelem entata ; 3. quelques traductions en
K sont des déformations des traductions de Burgundio : 4,21 Mor.
Suxvoiotç K c o p u la m i m entis Bg. copu lau it m enti (C T s c ilic e t d e p e n d e re f e c it a
m e n te ) Il 46,9 Mor. tû v vr|KTtùv K m o r ta liu m Bg. n a ta t il iu m II 56,9 Mor.
ccùyoetSûv K om niform iia Bg. ouiform ia.
29 Némésius d’Émèse, D e natura hom inis, Préface, p. cxxiii.
30 N .G . WILSON, “A mysterious Byzantine Scriptorium : Ioannikios and his
Colleagues”, dans S crittura e C iviltà, 1 (1983), p.174, appendix I. En concluant cet
appendice N. Wilson écrit à juste titre : “It seems to me that a problem still remains
in regard to the glosses in the Chigi manuscript.”
158 F. BOSSIER

tions en K de l’autre, il se montra plutôt sceptique au sujet de la paternité


de ces dernières. Toutefois, ne voulant pas exclure la possibilité que
l’écriture de Burgundio ait évolué, il laissa la question ouverte. Dans son
édition critique du texte grec M. Morani mentionna l’objection avancée
par N. Wilson et n’insista pas sur la question.
Il est de mon devoir maintenant de formuler une réponse un peu
plus circonstanciée. Partant de l’analyse détaillée de l’écriture de Bur­
gundio par G. Vuillemin-Diem31 je puis affirmer que l’écriture des
traductions ne présente aucune de ces caractéristiques :
- l’abréviation de -us n’a nulle part la forme très particulière d’une
sorte d’ellipse, mais la forme usuelle ^ ou d’une simple virgule
après le b.
- le signe abréviatif de -er, r, re etc. est le petit crochet usuel “s”
(tsa) ; nulle part nous ne trouvons la barre montante ondulée
(plu es) ni la barre horizontale droite (tra) que nous trouvons
chez Burgundio.
- la haste du d est toute droite, légèrement inclinée vers la gauche ;
pareillement la haste du b et celle de 17 sont légèrement inclinées
vers la gauche.
- la panse inférieure du g est tantôt ouverte, tantôt fermée mais
assez ronde, tantôt tout à fait ronde, tantôt assez pointue ; nulle
part nous ne trouvons la forme caractéristique de l’écriture de
Burgundio.
- très souvent le s haut est d’une forme assez particulière ; la haste
commence au-dessous de la ligne inférieure des lettres basses,
puis, à la hauteur de la ligne supérieure, elle est nettement brisée,
se prolonge assez loin à droite et se termine par une légère
courbe.
- très souvent le i est muni d’un signe diacritique assez
prononcé32.

31 G. VUILLEMIN-DIEM & M. RASHED, art. cit., pp. 162-164.


32 Observation faite par Martin Pickavé et signalée à G. Vuillemin-Diem ; voir
note 23.
LE MANUSCRIT CfflSIANUS R.IV.I3 ET BURGUNDIO DE PISE 159

L ’analyse paléographique ne permet donc pas d’interpréter les


traductions ajoutées comme des notes autographes de Burgundio33, par
lesquelles il aurait préparé sa traduction. Cette conclusion est confirmée
par le fait qu’au moins quelques-unes d’entre elles semblent être des
déformations des traductions de Burgundio34. Dans ces conditions, il
faut retourner à la supposition, rejetée énergiquement par M. Morani35,
que (longtemps ?) après l ’achèvement de la traduction quelqu’un36 a
étudié le texte grec de K en se servant de la traduction de Burgundio,
dont il a dû avoir un manuscrit muni de traductions doubles.

2. Les notes grecques

Contrairement à la question des notes latines, celle des notes grec­


ques n ’a que depuis peu attiré l’attention des chercheurs. L ’étude
minutieuse que G. Vuillemin-Diem a consacrée aux notes grecques
écrites par la main C dans le manuscrit Laur. 87.737, a rendu cet examen
quasi inévitable.
Pour bien orienter la recherche il faut distinguer, à côté des notes
grecques dont j ’ai parlé plus haut38, deux séries de notes. La première
s’étend du f. lr jusqu’au f. 52v, la seconde du f. 55v jusqu’au f. ll lv .
La première série comporte trois catégories :
1. noms des auteurs dont la doctrine est citée par Némésius : p. ex.
tiTiotívoç,àpicrto-KÍÀÇ, ttA&tov etc. Les noms sont écrits au milieu de

33 Dans son rapport (voir note 23) G. V uillem in-Diem incline à accepter
l’opinion de M. Pickavé : l ’écriture des notes serait une minuscule humanistique du
xve siècle.
34 Voir note 28.
35 M. MORANI, art. cit., p. 626 : “L ’ipotesi inversa, che cioè qualcuno abbia
utilizzato in un secondo momento la versione di Bg. per annotare e glossare un codice
greco di Nem esio, è talmente inverosimile da non dovere essere presa neppure in
considerazione : bisognerebbe ammettere che questo secondo annotatore sia casual­
mente incappato in un manoscritto che ha un’affinità del tutto particolare con la
versione del Bg.”
36 Selon P. FRANCHI DE’ CAVALIERI, op. cit., p. 22 K aurait appartenu à la
bibliothèque des Piccolomini à Sienne ; je n’ai pas entrepris des recherches à ce sujet.
37 G. VUILLEM IN-DIEM & M. RASHED, art. c it., surtout p. 166-170 et
Planches I-XII.
38 Voir pp. 152-154.
160 F. BOSSIER

la marge ou vers le bord extérieur du folio ; quelques lettres ont disparu


par rognage.
2. indication des différents arguments sur lesquels se fonde
l’exposé ; p. ex. ß A óT oç ; r .À ó r oç ; S .A óroç etc. ; ces annotations
sont écrites également au milieu de la marge ; au f. 24v nous lisons sur
toute la largeur : contra aristotelem aAoToç.
3. résumés du contenu qui reprennent quasi mot à mot le texte :
K f. 20r cm o-ùicccmv f)MAJ)çí] Kvo-ucnoç
K f. 21Volí ou Súvocrou f) toû acá|i.oetoç Kptxcnç efoonyO^T).
K f. 23V-àcari np6-vr\ •uA.t}
Kf. 27r cmf]V(/oxf) oukcot| «pï8p.ôç
Cette série est notée dans une écriture très raide, dans laquelle les
lettres sont à peine reliées ; le mélange des lettres onciales et minuscules
est quasi constant. Le nu n’est jamais du type oncial ; comme première
lettre d’un nom ou d’un mot le alpha a tout exceptionnellement la forme
onciale, le delta plus régulièrement. En revanche, nous trouvons partout
la forme onciale du k a p p a , du la m b d a , du p h i, du p i (sauf
exceptionnellement dans le mot ortôyyoç, f. 3v) et du èta (sauf
exceptionnellement comme première lettre du nom fipotKAqtoç, f. 15r).
Très caratéristique est le sigma final du type long ç, jamais du type rond
g ; la seule ligature est celle de or. Assez souvent l’annotateur met un
tréma sur le iota et le upsilon sans qu’ils soient précédés d’une autre
voyelle (p-ocyrviriç, f. 3r ; ori et crïp.p.iotç, f. 20r ; cnjvOcaïç, f. 20v ;
TrüGcxTôpaç, f. 15r et 26v ; evüÀov, f,16v ; äß v atro v , f. 48r. Il est à
remarquer que ces notes ne sont jamais (sauf une exception) terminées
par un point.
Il y a entre les notes dans le Laur. 87,7, étudiées par G. Vuillemin-
Diem, et celles en K quelques ressemblances. De part et d’autre nous
lisons une écriture onciale mixte, bien droite et très facile à lire.
Semblables aussi sont l’habitude de placer l’esprit doux sur la première
voyelle d’une diphtongue, la forme ouverte de Y omega, et le sigma
suscrit (derrière la dernière lettre en K, sur la lettre finale dans le Laur.
87,7), qui peut rendre les désinences --qç et -iç : comparez àpiaxotéÀS
(f. lv, 47v) et òtvotG-upáotcjS, èmcrrqp.S39.

39 Voir G. VUILLEMIN-DIEM & M. RASHED, art. cit., p. 192, notes marginales


23 et 25.
LE MANUSCRIT CfflSIANUS R.IV.13 ET BURGUNDIO DE PISE 161

Toutefois, les différences entre les notes en K et celles du Laur.


87,7 sont bien marquées. Les principales sont : en K le phi a partout la
forme onciale ; le sigma est partout du type rond a à 1’ intérieur des
mots, mais en position finale il a la forme ç qui nous est très familière.
Le gamma, toujours du type oncial, prend très souvent l’aspect d’une
majuscule dépassant largement le sommet des lettres voisines ; p. ex.
A ó roç, p.<xTvmç. De la même façon le tau se présente de temps à autre
comme une majuscule ; p. ex. àpioroTéAriç (f. 28r). La seule ligature
utilisée est celle de u t , au-dessus de laquelle nous trouvons
régulièrement l’abréviation A pour iv. Enfin, il y a encore une autre
différence très importante : en K les noms propres ou les notes ne sont
nulle part précédés d’un signe de paragraphe qui prend la forme d’une
potence40.
En étudiant ces notes, on a l’impression d’être en présence d’un
lecteur peu familiarisé avec la graphie usuelle de certains noms propres
cités par Némésius et peu entraîné à la déclinaison des noms propres en
-T]ç. De toute façon, il se montre très dépendant des formes qu’ il trouve
dans le texte ; p. ex. :
f. 4v texte |xw-ü<yr)ç (corr. en -<rf|ç) : note |xo-üofjç // f. 6v texte ixœcr-qç :
note paxyrjç // f. 15r texte + note in n o v // f. 15r et 49r texte + note
fipaxArytog // 15v texte + note S eivap xoç // f. 16r texte èqqi.oviov : note
ót(X|j.óvioç // 20r texte + note S iv a p /o ç // f. 33v texte + note y <xAt|VÔç // f.
52r texte + note ycxÀivòç // f. 47v texte + note o-koïk o i // f. 49v texte +
note otoïkoÎ // f. 51v texte + note èm ieonpoi (= èmico-ópeioi).

De temps à autre il copie mal le nom propre, renonce à former le


nominatif ou se trompe en le formant ; p. ex. :
f. 15v texte p .« v r |x o tio i : note p .a v r |K « io i II f. 48r texte + note
vníioKpóeco-uç // f. 18r texte k ?le á v S o u ç : note K A é« v 9 eç (corr. en
KÀecxv0T]ç) Il f. 20r texte otúiepá-tei : note acüKpKieg.

De la même façon, dans les notes qui résument le contenu, il


reprend presque littéralement le texte ; p. ex. :
f. 20r texte o n 8e o-ùS’ rvovoioct c | t| o prycéov : note o n ouK Conv f)
■vj/oxh etvói) oro g : // f. 21v texte o n 8è o-ô Suvoecoit to-û trcôjxato a f)
Kpatnç eLai\|AJX"n : note o n òu S-uvatat n to -ô ctiü|J.ktoç lepacnç e ^ a i
y -ü xh (remarquer l ’accent de K p &criç) // f. 27r texte o n 8c « p i0|xòcr
o-ÛKCon... : note onf)\)/uxr) ouKècn:|àpï9p.ôç.

40 Ib id ., p. 192, notes marginales 24 et 26.


162 F. BOSSIER

3. Les notes grecques et latines des f. lr-52v sont d ’une


même main latine41

L’absence de signes de paragraphe en forme de potence nous prive


d’un indice important qui suggérerait que les notes grecques sont en fait
l’œuvre d’un latin. Pourtant, il ne manque pas de bonnes raisons qui me
font croire que les traductions et quelques notes latines et la première
série de notes grecques sont de la même main ; les raisons principales
me paraissent être les suivantes42 :
a. les traductions latines et les notes grecques se terminent à peu près
au même endroit : la dernière traduction igneo au-dessus de
rru p p o íj se trouve au f. 52v ligne 9, la dernière annotation
grecque nop<J>-üpoç (sic) au même folio ligne 12.
b. de temps à autre, le k final se termine sur une petite boucle aussi
bien dans les notes latines que dans les notes grecques ; p. ex. :
f. 16v za R/°, 17r 301RJ°, f. 22v ijréicx, f. 24v <x \ô r ° S .
c. l’analyse de l’argumentation se fait d’abord en latin : f. 16v-17r
obiectio - responsio - z a R /° —3 a R/° ; par après, les divers
arguments sont indiqués en grec : f. 20v-21r ß A óroç, G
À ó roç, S A.ôroç etc.
d. dans l’énumération des divers arguments, le sixième est indiqué
comme £ A ó roç et non pas ç A ó roç (f. 22v, 27r).
e. au f. 31v, à côté du nom de l’auteur Kpó vioç, nous lisons à notre
surprise l’annotation latine cronios.
f. au f. 24v la note contra aristotelem a Aôr°Ç occupe toute la
largeur de la marge. Ailleurs les annotations nÀ àxcov,
XpiJcmmoç, ß À ó roç etc. sont placées au milieu de la marge ou
vers le bord extérieur ; la note latine contra aristotelem a donc
déterminé la position de oc Aôr°5, parce qu’elle s’y trouvait déjà
ou parce qu’elle a été écrite au même moment par la même main.

41 L ’identité de l ’annotateur est déjà suggérée dans la description de K par


P. FRANCHI DE’ CAVALIERI. Voir note 25.
42 Pour les raisons alléguées plus haut (voir note 7), il m ’a été impossible de tirer
argument de la couleur de l’encre. Toutefois, G. Vuillemin-Diem signale (voir note
23) que M. Pickavé et M. Rashed ont constaté que les notes et traductions latines et
la première série de notes grecques sont écrites à la même encre.
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV. 13 ET BURGUNDIO DE PISE 163

4. La seconde série de notes grecques

À partir du f. 55v jusqu’au f. l l l v nous lisons une autre série de


notes grecques très sporadiques, contenant à côté de dix noms propres
huit notes assez courtes. Elles sont écrites d’une main assez fine ; les
caractéristiques les plus saillantes sont : le alpha dont le montant est très
lourd résultant d’ un trait montant qui se recourbe et descend, le sigma
final o dont la ligne horizontale se prolonge très loin, le omega quasi
complètement fermé. Il est bien remarquable encore que les noms
propres aussi bien que les annotations se terminent par un point ; p.
ex. :
K f. 55v <xe>c7(T«pü3v xpf)£el < \i> à X \a ta . oyicr.
K f. 60r ûpTycvqCT.
K f. 65r -ri ècrav èvéfryeK co ri n « 0 o o \
Par quelques formes de lettres cette seconde série de notes grecques
se rapproche un peu plus de la main C du Laur. 87,7. Cependant, à
cause de certaines différences, p. ex. la forme de Valpha, une
identification avec la main C me paraît peu probable.

5. Conclusion

Ni les traductions et notes latines ni la double série de notes


grecques ne peuvent être considérées comme des notes autographes de
Burgundio. En revanche, l’identification de la note au f. 28v A u x ^ o p a
T i p o v o i c x a K txï K x ia e o o a avec la main C me paraît absolument certaine.
C’est tout probablement la seule note autographe de Burgundio dans le
manuscrit K.

Il LES QUALITÉS D ’INTERPRÈTE DE BURGUNDIO

Maintenant qu’il est bien établi que K a servi d’original à la


traduction du De natura hominis, l’opportunité se présente d’examiner
les qualités d’interprète de Burgundio. Rappelons brièvement que
Morani a décrit K de la manière suivante : “permultis vitiis et erroribus
orthographicis scatet, quae partim correxerunt variarum aetatum
164 F. BOSSIER

scribae”43. Burgundio a-t-il été très gêné par les particularités de la copie
et du texte de K, dont j ’ai parlé plus haut ? Ou sa traduction nous
fournit-elle la preuve que la variété de l’orthographe, ou dois-je dire la
polygraphie, n’a guère dérouté un traducteur du 12e siècle, puisqu’elle
reflétait la prononciation médiévale, encore que dans les milieux lettrés
les graphies classiques fussent soigneusement cultivées ? J’essaierai de
répondre à cette question à l’aide d’une série d’exemples qui concernent
tous la qualité de l’interprétation. Ma communication n’apportera donc
aucune information nouvelle sur les équivalents latins de certains termes
grecs ou des particules grecques ni sur les néologismes latins du
traducteur. J ’ai eu ailleurs l’occasion d’exposer plus en général
l’élaboration de sa terminologie latine ainsi que l’évolution qui la
caractérise.
1. Burgundio paraît peu gêné par les particularités de l ’ortho­
graphe ; p.ex. :
4,22 Mor. owrip|i.oc5E K auveippro ne44 compegit («p(j.óÇta = compingo)
// 5,13 Mor. napeo-uveP/\.fj0Ti x oîç KXiqvecn xoîç òtvofyxotç K n a p
acru u e p À r|0 ri (? ecruv- KPC) xoîç KXivecnv (-a i KPC) xoîç ôcvot| xoîç
comparatus est iumentis insipientibus II 36,4-5 Mor. ireplcupeScvxcov ...
xû)v Scucx-óAcüv K rapiepe0évxü>v ... x û v 8 kkxijàcùv incisis ... digitis
Il 65,24 Mor. ènixqSetóxepa K èírqxtSeióxepct aptiores H 56,2 Mor. cd
T rpóo0ioi xo-G cyKcijiá/’i.oxj k o iá ík i K « i n p ó < j0 to t xo-G cyKei((á\ox)
k u Ti Í ou anteriores cerebri ventres H 67,14 Mor. xcòv npotj0ía>v koi Ai S v
K xcüv n p o c E íc jv icqAicov anteriorum ventriculorum II 90,1 Mor. f|
m)Kvóxr)S K f| noucvóxqç spissitudo.

2. En général, Burgundio interprète bien le texte de K , même si


celui-ci n’est pas exempt d’obscurités qui résultent soit de la division en
syllabes assez insolite, à laquelle s’ajoutent souvent la confusion des
voyelles et l’incertitude concernant les accents et les esprits, soit
simplement de la négligence des copistes ; p. ex. :
3,17-22 Mor : le texte de KPC se présente comme suit : kU ’ f] [icc/vma
7LÎ0otr, è | èA.-ri/VuGévai S okcî xf)v xûv kAAuv M0œv lax^v xe koù
8wa|J.tv êv xi TXpo^Kvœa cXicav npoo é«ruxf)v k « i k cctcy^w xôv
otSt)poV•oí cmep xp oij>f]v ccuxov noif|CTK(j0ou Pouho\iévr\v •koù p.f) p.ôvov

43 Nemesii Emesini De natura hominis, Praefatio, p. vii.


44 Burgundio aurait pu interpréter cette forme comm e l ’aoriste d ’un verbe
*(TUveipp.ó(i3, dont nous savons, grâce à nos lexiques modernes, qu’il n ’est attesté
nulle part. Comparez, cependant, cv xcj) cuveippip xtùv Aôytov = l’enchaînement du
discours (Démétrios, Du style, texte établi par P. CHIRON, Paris, 1993,180.3).
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV.13 ET BURGUNDIO DE PISE 165

ctf evo CTtnS-ppov tomo nouciv, ôcAAà k « î «W ov Si’ ciAAou icoctéjcciv ■


TO \l£TOL S l6 0 V « l TOÎCT CJÇO^ICVOICT 3T&CT1V TT)CT SuVCÍflCÍOCT ÔUTr|CT '
7.68-71 s e d m agnetes lapis egredi videtu r alioru m lapidu m p o te n tia m et
virtutem in a perte attrahendo a d se ipsam et detinendo ferrum , ceu escam id
fa c e r e volens, et non solum in uno fe r ro hoc fa c ie n s s e d (+ et B) a liu d p e r
aliud detinens, traden do vinctis om nibus suam virtutem .

volens : Burgundio a bien vu 1’ impossibilité de la leçon


ß cruAopivriv, une variante isolée de K ; il a conjecturé porjÀo[xévr|.
faciçns ... detinens : Burgundio change la construction ; ît o u c îv et
Kaxé%e\v ne sont plus reportés à ëv mais au sujet de Soiceî.
tradendo : Burgundio interprète très bien t o f i e r a SiSóvai comme
t$ (xeraSiSovai ; cette variante isolée de K n’est pas signalée chez
Morani ni chez Verbeke-Moncho.
vinctis : il me semble que C présente plutôt uinctis (enchaînés) que
iunctis.
6,2-3 Mor. otocv tòv ne pi tfjç kkî toù CT(í)|iatoç «noSój|icv
(a|S5j|icv K) Aoyov
10.30-31 cum eum qui d e anim a et corpore dicem us serm onem
dicemus : une conjecture un peu fade mais acceptable pour le ‘vox
nihili’ aSœfiev ; la traduction usuelle de òaro8íSco|ii = reddo.
6,10-11 Mor. ci-yàp è | «px^TS «m òv 0vr|TÒvènoír|CTev ó 0e6ç, où* « v
àp.«pTÓvT« 0av«t<j) KatcSÍKKffe • : KPC ei vap è | «px^l0, «m ò v
0vr|TÒv énofqaev ó 0 ct, oúk « v «p.«pixüv t«0 « v « tü>K«téSíie«aev ■
10.38-39 s i enim a p rin c ip io eum m ortalem f e c is s e t deus, n equaquam
peccantem m orte condem nasset.

peccantem est une interprétation excellente de àfiapicùv ra .


20,14-15 Mor. oùp.óvov, if-qoív, op.oioiTOÎç‘y°veÙCTiyivôfie0«KKT«TÔ
CTÛ|i« : KPC où p-óvov (fT)CTiv ò|i.oioi x a r á tò ctcÕ|í « • où |ióvov fr|OTV
Ò|i0101K«T« TOCTÛp.KTOÎCT7OVCÙCTl7lVÔjiC0«
28.17-18 non solum , ait, sim iles secundum corpu s gen itoribu s fim u s
La traduction supprime la répétition ; elle garde bien la transposition
de K a ra tò ocòfia.
26,19-20 Mor. « vkAo^ ov Sè f| |ièv èypfjyopcíç con t$ 0ea>peív ô Se
•onvoç TÍp qpnv K « i p-T) èvep-yeív. : KPC ei |ièv éypTyyopaÍCT Ècttiv,
òcvcxAoyov tò 0ecopcív • ó Sè -unvocttò pAcnciv k « í |ít | èvcpycív ■
166 F. BOSSIER

36.86-87 : E vig ila n tia quidem e s t p ro p o rtio n a lis ei q u o d contem platur,


som nus autem ei q u o d videt e t non agit.

L ’écart entre KPC et les autres témoins est considérable ; ci -


avotAo^ov est une variante isolée de K ; to Secopeîv se retrouve dans
d’autres manuscrits ; tcjj pAcnciv est une leçon bien fâcheuse dans une
partie des manuscrits grecs et dans les traductions arménienne et arabe ;
la traduction d’Alfanus suit la leçon 'é/zw.
evigilantia : Burgundio a bien vu l’impossibilité du mode condi­
tionnel et a bien interprété et comme r) et deux fois tô comme tq) (= ei
quod). Bien sûr, il n’a pas su remédier au faux sens de som nus
proportionalis est ei quod videt.
90,6-7 Mor. KKTOOTvryópevovyòcp tò cv rpÂv 0epp.òv èie tfjç orí.0óàt]ç
K «t(xapévvut«r : KPc K«T«nvryó|ievoi y «p, tò èv T|p.ív 0eppòv èie
vr\G cxi0áAr|ç KKttx oßevutai
113.63-64 suffocatis, enim c a lo r qui est in n obis a fu m o extinguitur

Burgundio a peut-être interprété k cxtcaivryóp£voi comme un datif


de désavantage (c’est le cas de le dire !), donc Katomvryofxcvoiç.
104,2-4 Mor. tò v é£qKOVTo-órr|V ttoàio-GctOki .... u v a é|nK O V toijtr)u p.T|
noAio-GcrOou : KPC tò v è |n ic o v T « è-cr\v TtoTuo-ûoEou ... t ò v è^riK o v r«
èi^v p-T)ttoàiov tr8oa
132.49-49 sexagenarium c a n e sc e re ... sexagenarium non canescere

3. Les exemples cités démontrent que le texte de K demandait à être


restauré et interprété de façon quasi continuelle et qu’en règle générale,
Burgundio s’est montré un interprète averti ; n’empêche que de temps à
autre il a été pris à contre-pied ou simplement induit en erreur par une
variante ou par une écriture particulière de K ; p. ex. :
3,28-4,2 M or. aÏCT0T}oiv Sè a-ÙTOiîç ( = n iv v K iç et ètK « A t)$ k iç )
ÈvéScOKC TT|V «1TTIKT|V, TT)V KOlVT)V TtKVTCOV £<¿><I)V «lCT0T|CnV, Ü)Ç
Koivcüvcîv to Îç p e v ijruToîç koitk tò èppiÇcSaEKi : KPC « Í ct0t]OTv Sc
ÔtUTRÎO CvéSüJKe TT)V KTIT1KT|V ' TT|V K OIVTJV TTKVTÜJV ÇtOCÜV «ÎoOrpTlV
ô)crKoiVT|V • ToîçpèvitiVTOîçxotT« tò èppi£ü>a0ou
7.78-79 sensum vero eis in didit tactum , com m unem om nium anim alium
sensum, ut communes. P lantis quidem secundum qu od radicatae sunt

La répétition de icotVT|V suivie d’un haut point au lieu de Koivœveîv


empêchait une interprétation judicieuse. Les meilleurs témoins de la
traduction sont divisés : en CS la leçon communes, suivie de Tessent en
C, en B (= Bruxelles, Bibl. Royale, 949) la leçon communem. Il semble
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV. 13 ET BURGUNDIO DE PISE 167

bien que dans ce cas Burgundio n’a pas trouvé la bonne solution, car,
s’il avait conjecturé d’emblée œç Koivcuvetv, il aurait traduit ut
communes essent plantis quidem ... ; maintenant, dans les bons
manuscrits CS, la phrase est coupée entre communes et Plantis. Il se
peut qu’il ait d’abord suivi servilement K communem. Plantis, et que par
après il ait voulu signaler une conjecture possible communes essent, sans
pour autant changer la majuscule de Plantis.
13,15-16 Mor. jx-x) Xa*P "rins u p °icei|J¿vr|g -úrta0écrecoç -rò p.T|icoçxwv
K ó y o v , c-m x à a w c o p .a p iv , k cap ia Sc KocxKvtfjcyoci ixp o arpoei. : KPC
p.pxwpoxiapaxpaiTpoKEipiivqa'vnoOéaecoa'Si «xò p-rjicoaxuiv Aàytov,
ém X« a w to |p a p è v k « í pi «Sc KKxavxrjaou irpoarjicei.
1 9 .36-38 n e q u e u n te p r e p o s ita (T s c ilic e t n o b is ) m a te r ia p r o p t e r
m ultitudinem (T vel *iongi) serm onum hoc capere, su cçin çte firm iora, .quae
inveniuntur, dicam us (Tuel *ad com pendiosa et fim esta obuiare oportet).
hoc est ajouté par Burgundio pour remplacer le complément direct
de x^poiScrriç qui avait disparu en K à cause de la variante S ta xo
P.TÎKOÇ.
succinite firmiora.quae inveniuntur, dicamus. La construction de
cette phrase (il convient que nous nous en tenions aux thèmes exposés
sommairement, certes, mais fondamentaux) a embarrassé le traducteur.
Confronté avec les significations possibles de Kottpioç (opportun dans le
temps ; situé à un endroit convenable ou à un endroit où un coup, une
blessure, une maladie peut donner la mort ; principal, primordial,
fondamental), il semble avoir d’abord interprété xà icaipta comme les
choses primordiales, les mieux assurées, suivi d’un infinitif de déter­
mination : firmiora quae inveniuntur. Cette construction a entraîné une
interprétation adverbiale de èni t «. ixùvxo|xa par succincte et une tra­
duction nécessairement évasive de npoarpcei par dicamus. Toutefois,
moins sûr, peut-être, de l’interprétation proposée, le traducteur a écrit
une traduction plus littérale au-dessus de la première ; elle rend k cripta
par funesta, une signification possible, mais tout à fait impropre dans le
contexte, et traduit K axavrijoat par obviare, qui exprime plutôt l’idée
de àiravxT |crai. Il est intéressant de noter que dans l ’édition de
G. Verbeke et J.R. Moncho la phrase vel - oportet est signalée à juste
titre dans l’apparat critique, contrairement aux exemples que nous avons
cités plus haut.
15,19-20 Mor. Koù xocûxa nocvxa xcüv « p e x û v ibveîxou Koù xf)ç
e -û a e p s ia ç : K in m ge koù xofûxot n a v x a a|pexcôv ùvei|xou Koù
tfjgjcvacßcioig.
168 F. BOSSIER

22.94-95 e t cum haec om nia h abeat a virtutibus e t a p ietate, p ro fic it

L’hymne chanté à la gloire de l’homme se termine par la remarque


que l’homme se procure, littéralement achète, cette dignité au prix des
vertus et de la piété. Cette phrase a été suppléée dans la marge tout
probablement par le copiste lui-même. La forme ¿verrou, coupée en
deux entre œvet et tou, a dû troubler Burgundio ; a-t-il conjecturé sur
une forme qu’il ne reconnaissait pas directement et présumé qu’il fallait
lire ôvivotTOU (= il profite de) ? De toute façon, c’est dans ce sens qu’il a
compris toute la phrase, en interprétant tout probablement òtperiúv et
e-ûoEpetotç comme des génétifs d’origine et non pas de prix.
25,24 Mor. àÀÀ’ o n o i K paxoôcn kkî rapryivovxou • Srylov 8è o n xijç
Kpàaccuç Kpaxo-ûcnv. : K «7iA’ cvioi Kpaxo-ûin k « î nepryivovxat •
S iÿiovS è onxfioKpáaEtooKpKToúoiv.
35.62-63 S ed quidam dom inantur e t su peran t com plexionem .

Comparé au grec le texte latin est plus court ; il peut y avoir eu une
omission dans la tradition latine, mais je soupçonne plutôt que
Burgundio a jugé que, vu le contexte, les mots SfiÀov 6è otl ...
Kp «To-ôcnv étaient passablement superflus.
5 6 ,8 -9 Mor. xíjj 8c «-úyoetSeirxáxtp, on ep è a r iv f) o\j/iç, xcüv
«-ûyociSûv
71.58-59 in augoideo, id e st a lb u ein eo . vero e t cla rissim o omnium, qu i
visus est, augoidea, id e st oviform ia. id e st a lbu ein ea.

Némésius explique que, bien qu’il y ait cinq sens, la perception qui
se produit dans l’âme est une ; c’est elle qui par l’intermédiaire des sens
connaît les impressions que font les objets matériels. Par le sens le plus
terrestre et corporel, qui est le toucher, elle connaît les objets de nature
terrestre ; par le sens le plus apparenté à la nature de la lumière, qui est la
vue, les objets de nature lumineuse. Némésius s’inspire ici de Galien qui
qualifie l’œil comme od<y0T|TT|piov ooryoaSéç45 .
H apparaît clairement que Burgundio a hésité sur le sens de l’adjectif
otTryoeiSriç46, encore qu’il ait bien traduit aTry-q par cla rita s

4^ Galenus, D e usu p artiu m , ed. G. HELMREICH, I, Leipzig, 1907, VIII, 6, pp.


464,11 -4 6 5 ,2 3 .
4^ Dans une traduction probablement un peu plus tardive Burgundio traduit bien
«vyoeiSèç irvevp.« par augoeides, id e st visivas, sp iritu s (cf. B urgundio o f P is a ’s
T ranslation o f G a le n ’s IIE P I T U N I I ETIO N & O TT2N T O I I flN “D e in terioribu s",
LE MANUSCRIT CfflSIANUS R.IV. 13 ET BURGUNDIO DE PISE 169

(75.30.32.38). Rien d’étonnant donc qu’il retient l’idée de clarté en


traduisant «úyoeiSecrcá-Rp par augoideo ...e t clarissimo omnium. Mais
les deux équivalents latins qu’il fait suivre à la translittération, à savoir
albugineus et oviformis, nous surprennent vraiment.
albueineo. Il se peut qu’en proposant albugineus, Burgundio ait
pensé au humor albugineus qui se trouve dans la chambre antérieure de
l’œil47. Cette humeur porte communément le nom de humeur acqueuse ;
elle est claire et composée d’eau tenant en dissolution de l’albumine. Par
sa couleur et sa consistance elle est très semblable au blanc de l’œuf, et
déjà chez Galien l’humeur acqueuse (to -òSocroeiSéç) est désignée aussi
par le terme humeur ovoïde (to cpoeiSéç)48. Ainsi, Burgundio peut avoir
considéré l’humeur acqueuse ou albugineuse comme la substance - ou
une des substances - qui rend l’organe très apte à l’exercice de la vue.

edited with Introduction and Indices by R. J. DURLING, Stuttgart, 1992 (Galenus


Latinus 2 ; Ars Medica, 6/2A-B), p. I l l , 28-29.
47 Le terme h u m or albu gin eu s est bien attesté dans la littérature biologique et
médicale médiévale (cf. M ittellateinisches W örterbuch, I, München, 1967, s.v. *albu-
gineus). Nous le trouvons chez Guillaume de Saint-Thierry dans sa description des
humeurs et des tuniques de l ’œil : “Super hanc enim ponitur crystalleidos, post quem
euagaidos, id est humor albugineus, albugini oui sim ilis, qui crystalleidon et
humiditate sua exterius nutriat, et ab aere defendat ne eum exsiccet” (cf. Guillaume de
Saint-Thierry, D e la nature du corps e t de l'âm e, texte établi, traduit et commenté par
M. LEMOINE, Paris, 1988, p . l l l , n°38). Guillaume ajoute h u m or a lb u g in eu s au
terme énigmatique e u a g a id o s , dont il a trouvé le nom et la spécification dans une
description de l ’œil chez Constantin l ’Africain : “Humor alius ante cristaloidon
locatur, ut ab aere dessicatur (sic), qui clarus atque albus albugini assimilatur, ut et
euagaidos vocatur.” Voir M. LEMOINE, “Néologism es dans le D e natura corporis et
animae de Guillaume de Saint-Thierry”, dans A rchivum L atin itatis M ed ii A evi, 44-45
(1985), p. 132, où l ’auteur cite cette phrase et suggère que ‘euagaidos’ pourrait
renvoyer à un terme hypothétique grec *eu «yottS oç, qui pourrait avoir existé par
contamination de k v ^ociStÍç “lumineux” qui se rencontre chez Galien (U P , 8,6) à
propos de l’œil, et e-ùotyqç “brillant, visible”. Seulement, il n ’est pas évident quel
rapport il peut y avoir entre les termes ot-ôryoei8r|ç et e-ùccyfjç, qui expriment l ’idée de
luminosité, et une humeur qui précisément à cause de sa ressemblance avec le blanc
d ’un œ uf porte le nom de ‘euagaidos’. Ou s ’agit-il simplement d’une déformation de
ocùyoeiSfjç dans les sources dont Constantin s’est inspiré ? Dans cette supposition
l ’interprétation de oeúyoetSfiç comme albugineus et oviform is daterait de l’antiquité
tardive. Voir note 50.
48 Galenus, O pera om nia, ed. C.G. KÜHN, XIX, p. 358.
170 F. BOSSIER

oviformia. Ce second équivalent est encore plus énigmatique et


insolite49. Dans les manuscrits C et S la forme ouiformia est très claire ;
en revanche, la traduction latine apposée au-dessus du terme grec en K
est oiiformiia (sic = omniformia). Pour expliquer l’équivalent oviformis,
j ’incline à penser que Burgundio a interprété l’adjectif composé
a-ùyoeiSrjç comme si la première partie se rapportait à tô cnßyo ou
avyô, qui dans le grec plus récent signifie ‘œuf’50. Quoi qu’il en soit, ni
albugineus ni oviformis ne peuvent qualifier les objets de la vue, c’est-à-
dire les choses lumineuses, tot ortryoeiSij.
75,27-76,1 Mor. òp yíA otyáp eìarv oi im ep óxoA oi kcù Kcaoo^epeíç oi
0cp|xoì Koci uypoi tt|v Kpcxcnv : K òpyíÀoiyKp eiaiv otm K p ó x o A o n ea i
•c«4>epeîa oi 0eppoÍK «iúypoiTfjvK p«(nv
96.63 iracundi enim sunt qu i cholerici, tr iste s vern qu i c a lid i e t hum idi
com plexione

tristes vero : Kat Ta<f>epeîç n’a pas de sens ; Burgundio a interprété


k o ttav e peîç ou Koii:cu<j>epeîç et il a éliminé l’asyndeton par la

49 Selon M . M O R A N I, op. c it., p. 38 il s ’agirait plutôt de l ’équivalent


o m n ifo rm is, une première traduction erronée que Burgundio aurait supprimée par
après. Ayant pu prendre connaissance des manuscrits importants C et S (M et A chez
Morani), il a bien remarqué qu’en S les mots id est albu gin ea sont ajoutés au-dessus
de la ligne (cette variante n’est pas signalée dans l’apparat critique de l’édition de G.
Verbeke et J.R. Moncho) et il suggère que Burgundio aurait d’abord traduit augoidea,
id e s t o m n iform ia ; puis, ayant remarqué que o m n ifo r m ia est une mauvaise
interprétation, il aurait ajouté l’interprétation exacte id e st albu gin ea au-dessus de la
ligne ; toutefois, les deux équivalents se seraient conservés dans les autres
manuscrits : “non si tratta di un’interpolazione, bensì di un errore del Burgundione,
come prova la glossa di K allo stesso luogo corrispondente. Il traduttore è stato tratto
in inganno dalla sua stessa glosa, benché già nella riga precedente avesse tradotto in
maniera esatta la stessa espressione greca. Accortosi dell’errore, ha scritto accanto alla
lez. erronea quella corretta, ma i mss. hanno tramandato entrambe le parole
dell’originale.” Cette argumentation repose sur l’opinion que la traduction apposée en
K (om niform a selon Morani, en réalité oiform iia) est vraiment une note préparatoire
de Burgundio. Or, cette opinion a été critiquée dans cette étude. D ’ailleurs, la forme
o iifo rm iia en K n’explique guère la forme o u ifo rm ia , qui est très claire dans les
manuscrits principaux C et S, tandis qu’elle est proche de la leçon om n ifo rm a que
nous lisons en B. Voir également M. MORANI, art. cit., p. 630.
50 Cf. E. K R IA RA S, A contó vrjç p.eaKicaviKf¡g eAfayviKfig S-qp-éSovg
y p a p -f ic u e ia ç (1 1 0 0 -1 6 6 9 ), Tome I, Thessaloniki, 1968, s.v. «ß yo. Dans le grec il
s’est produit une évolution de t « cüà>m o'u«>tao·uyK >·rcx|}ya-·cí «ß yo. Au terme
de cette évolution txùyomSfjç pouvait prendre la signification de oviform is.
LE MANUSCRIT CHISIANUS R.IV.13 ET BURGUNDIO DE PISE 171

conjonction vero. Cependant, il se peut que cette bonne conjecture n’ait


pas tout à fait sauvé sa traduction. Dans les manuscrits Koti:a<|>epT£ (“qui
va en pente, qui descend (hanging down), qui a une tendance à aller en
bas” ; au sens figuré “enclin à, porté au plaisir”) s’écrit souvent avec ou :
Koercü^epfiç. Dans les textes patristiques51 K(xi:cü<t>eprjç est attesté
uniquement dans le sens moral “enclin à, porté au plaisir, au vice”52.
Burgundio donne à Katoche pfjç le sens de tristis, comme il l’avait déjà
fait auparavant dans un contexte quasi identique (25.23 Mor., 35.62,
bien que dans ce passage il ait exprimé un certain doute en écrivant îv<?Z
*mobiles). Toutefois, dans le texte de Némésius il doit s’agir des
hommes qui ont une complexion sanguine ; par l’abondance du sang, ils
sont chauds et humides, s’émeuvent facilement et sont ardents et lascifs.
Cherchant les causes des mauvaises passions, Némésius cite, après la
mauvaise éducation et le manque d ’instruction, le mauvais
tempérament : “les tempéraments ... ceux qui ont une bile amère sont
portés à la colère, ceux qui ont un tempérament chaud et humide se
laissent facilement aller au courant et sont portés au plaisir”.

87,13 Mor. aÀoya est rendu par alia (110.88).


En fait, le traducteur a mal interprété la ligature de otÀcryot ( ),
qui par une lecture un peu superficielle peut être confondue avec otÀÀa.
Ainsi cette faute confirme, une fois de plus, que Burgundio a vraiment
eu devant les yeux le texte de K.
4. Finalement, de temps à autre, l’enchaînement des fautes en K a
empêché de produire une traduction cohérente ; p. ex. :
71,16-19 opyava 6è rijç ifü)V% noTiAa ■ ... k <xì to-otcov p-óAtaTa to
XovSpiüSeç koù toc nocÀtvSpop.owna ve-ûpa55 ieat f] yAcoT-dç koù
n ávteç oí Kivowreç ra-ô ta toc p.ópia p/úeç Trjç ÊiojicovTÍaiecóç d a w
o p y a v a . • KPC o p y av a 6è rija <|>ü)vfja noAAà ' ... koù to-ùtüjv
p-ocAiara to x°v6pâ>Sea K ara naAiSpop-owra veúpa Kai f|yA am ia •
KodTocûra -n av rainopia • p.vea rijç ÈK^-uaf|aeaja elaìv opyava ■

Voir A P a tristic G reek L exicon, edited by G.W.H. LAMPE, Oxford, 19785 ,


s.v. Ka rcólepfjg.
52 Plus loin (105,8-9 Mor.) Burgundio retrouve l ’adjectif dans un contexte
physique rtp Ài9cj> to k attore psç ; il traduit (133.81) la p id i deorsu m fe r r i. J’ai déjà
eu l’occasion de présenter les traductions un peu insolites de -Ka rtu te pfjç et
Kvco^epfjç dans le D e fid e orthodoxa ; voir F. BOSSIER, art. cit., p. 93.
55 toc nocAivS p o p .o w r a v c ô p a sont les cordes vocales.
172 F. BOSSIER

9 0 .5 0 -5 4 O rg a n a v e ro v o c is su n t m u lta ... e t h o ru m m a x im e
cartilaginosum qu od secundum recurrentes nervos in gu la est, et glottis, id
est p lectru m linguae, e t om nes hae p a rticu la e musculi, exsufflationis sunt
organa.

Pour faire marcher la phrase latine Burgundio ajoute quod après


cartilaginosum, et la phrase ‘le cartilage qui se trouve près des nerfs qui
courent en sens inverse dans le gosier’ ne manque pas de cohérence ; la
dernière phrase est une traduction servile du texte de K, dont l’inter­
prétation reste énigmatique (toutes ces parties sont des muscles, ou
toutes ces parties du muscle).
5. Conclusion. L ’étude de quelques passages a mis en évidence
qu’en traduisant K Burgundio s’est montré un bon interprète d’un texte
souvent mal copié, mal divisé en syllabes, défectueux, incohérent. Ces
observations nous mènent à une meilleure évaluation du traducteur
médiéval. Trop souvent nous portons un jugement sur leurs traductions
ayant devant nous nos éditions critiques, nos dictionnaires, nos instru­
ments de travail, toute notre instruction philologique etc. Puis, leur
méthode de traduction verbum de verbo nous paraît - à juste titre,
d’ailleurs - porter préjudice à l’idiome utriusque linguae. Cependant, en
nous introduisant secrètement dans le cabinet de travail de Burgundio au
moment où il traduisait le manuscrit K, nous avons constaté quels dons
remarquables de compréhension et d’interprétation ont dû être les siens
pour élaborer cette traduction selon la méthode verbum de verbo. Ainsi,
nos réserves justifiées concernant une méthode de traduction ne doivent
plus faire obstacle à une appréciation bien fondée de ses capacités
philologiques.
Cecilia Martini *

THE ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPH A M E IZO N


OF A RISTO TLE’S M E T A P H Y SIC S AND TH E TESTIM ONY
OF THE MS. BIBL. APOSTOLICA VATICANA,
O TT. LA T. 2048

An Arabie translation of book A has survived in the lemmata of the


Commentary on the Metaphysics (Tafsirmã ba'd at-tabi'a) by Averroes.
The text is incomplete ; the translation used by Averroes, attributed to
Nazif1, is lacking chapters 1-4 and part of chapter 5 (the translation starts
at line 987a6 of the Greek text). Also the Latin translation of the
Metaphysics based on Averroes’ text, the so-called Metaphysica Nova2,

* I am deeply indebted to Father L.-J. Bataillon ( C o m m issio L eo n in a ) for his


guidance about MS. Ottobonian Latin 2048, to Prof. Gerhard Endress (Ruhr-
Universität Bochum) for his corrections and to Prof. G. Serra (Università di Padova)
for his invaluable help in the edition o f the F ragm entum Vaticanum . Dr. Concetta
Luna (Scuola Normale Superiore, Pisa) and Dr. Cristina D ’Ancona (Università di
Padova) discussed a first draft o f this article with me, and Dr. David Reisman
(University o f Yale) was so kind to communicate to me important information about
the commentary on the M eta p h ysic s by Tabit ibn Qurra. I wish to thank them very
much for their help.
1 N a zif does not appear in the F ih r is t among the translators o f A ristotle’s
M etaph ysics, but a certain Nazif is elsewhere mentioned as a translator, physician and
mathematician (cf. Ibn an-Nadim, K itäb a l-fìh rist, ed. G. FLÜGEL, Leipzig, 1871-
1872, p. 266 ; ed. R. TACADDUD, Tehran, 1971, p. 325.17). The name o f N azif ibn
Ayman is found in the margin o f f. 7V (that is to say, at the beginning o f book A ) of
the manuscript Leiden, Universiteitsbibliotheek, or. 2074. Besides, at f. l r, there is a
three-line note concerning the Arabic translations o f the M e t a p h y s i c s : the
translations o f book A and the “thirteenth” book (M o r N I) are attributed to Nazif ibn
Ayman. Cf. M. BOUYGES, A v e rro è s, T afsir M a b a 'd a t- ta b i‘at. Tome V .l, N otice,
Beyrouth, 1952, p. LXI and pp. CXXII-CXXIII (Bibliotheca Arabica Scho­
lasticorum).
2 The expression M etaph ysica nova indicates the Aristotelian lemmas contained
in Averroes’ G re a t C om m en tary on the M eta p h ysic s in the translation by Michael
Scot. Michael Scot’s translation o f Averroes’ G rea t C om m entary on the M etaph ysics
was carried out before 1224, because by 1225 it was already known at the Faculty of
Arts in Paris (cf. R.-A. GAUTHIER, “Notes sur les debuts (1225-1240) du premier
174 C. MARTINI

reproduces this situation. However, the first chapter of A has survived


in another Latin translation, presumably also derived from an Arabic
version, in the MS. Bibl. Apostolica Vaticana, Ott. Lat. 2048, dating
back to the 13th century. This translation, which has not been studied in
detail up to now, shows internal features different from the
contemporary Greek-Latin translations, and possesses some distinctive
traits of the Arabic-Latin translations. The hypothesis that we might be
dealing with an Arabic-Latin translation of the Metaphysics — which in
this case would render a part of the text not surviving in the Nova — is
confirmed by the fact that the remainder of book A was not unknown in
the Arab-Muslim world, in spite of its partial absence from Averroes’
commentary, which is our only direct source for the Arabic versions of

‘averroi'sme’”, in Rev. Sc. ph ilos, théol. 66 [1982], pp. 331-336). At the beginning,
this translation included both the lemmas o f the Aristotelian text and the commentary
by Averroes ; only at a following stage, around the middle o f the 13th century, the
lemmas got copied out, transcribed as a continuous text and once again subdivided
into ten, eleven or twelve books. Almost sixty manuscripts showing a text arranged
in this way have survived. It is anyway worth noticing that the majority o f the many
manuscripts preserving the Arabic-Latin translation o f the M eta p h ysic s reproduces
Aristotle’s text together with Averroes’ commentary, some reproduce the beginning o f
the Aristotelian text and the whole commentary by Averroes, and really few present
the text by Aristotle with marginal notes drawn from the commentary by Averroes.
Cf. A ristoteles, M e ta p h y sic a lib. I-XIV, R ecen sio e t T ra n sla tio G u ille lm i d e
M oerbeka, P raefatio, in A risto teles Latinus X XV 3.2, edidit G. VUILLEMIN-DIEM,
Leiden - New York - Köln, 1995, pp. 7-8 ; G. VUILLEMIN-DIEM, “D ie Metaphysica
Media. Übersetzungsmethode und Text Verständnis”, in A rchives d ’h istoire doctrinale et
littéra ire du M oyen A ge 42 (1975), pp. 12-13 ; G. VUILLEMIN-DIEM, “Les traduc­
tions latines de la Métaphysique au moyen âge : Le problème de la Metaphysica
Vetus”, in A rch iv f ü r G esch ich te d e r P h ilosoph ie 4 9 (1967), pp. 22-23. The Latin
translation o f Averroes’ G reat C om m entary on the M etaph ysics was printed in Padua
for the first time in 1473 and afterwards reprinted a dozen times [V enice 1483 ;
1 4 8 9 ; 1 4 9 5 -9 7 ; 1 5 0 8 ; 1 5 1 6 ; Lyon 1 5 2 9 ; 1 5 4 2 ; V enice 1 5 5 0 -5 2 ; 1 5 6 0 ;
1562 (reprint Minerva) ; 1573-76]. Cf. R. HISSETTE, “En marge des éditions de la
Métaphysique d’Averroès, sur les traces de Nicoletto Vernia”, in M edioevo. R ivista d i
sto ria della filo so fia m edievale 13 (1987), pp. 195-221. O f the Latin translation o f the
G rea t C om m entary on the M etaph ysics by Averroes only books a , A, 0 and / have
been published in a critical edition : Averroes, In A r is to te lis lib ru m II (a )
M eta p h ysic o ru m C o m m en ta riu s , hrsg. von G. DARMS, Freiburg Schweiz, 1966 ;
Averrois In A risto telis librum V (A) M etaph ysicoru m A risto telis C om m entarius, ed.
R. PONZALLI, Berna, 1971 ; B. BÜRKE, D a s N eunte Buch ( 0 ) d e s latein isch en
großen M etaphysik-K om m entars von A verroes, Bern, 1969.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MELLON OF ARISTOTLE 175

the Metaphysics. Although lacking in the main witness of the Arabic


tradition of the M etaphysics, namely, Averroes’ commentary, the
complete text of book A , including M etaph. 980a21-981bl3, as
translated in the Latin fragment mentioned above, also appears
paraphrased in the K. ñ lira mã bad at-tabi'aby ‘Abd al-Latlf ibn Yusuf
al-Bagdãdí.

l . T h e A r a b i c t r a d i t i o n o f A r i s t o t l e ’s M e t a p h y s ic s

Manuscript Leiden, Uni versitei tsbibliotheek, or. 2074 {cod. arab.


1692)3 is the only codex preserving the Great Commentary on the
Metaphysics (Tafsir mã ba'd at-tabi'a) by Averroes (1126-1198), which
he probably completed in the last years of his life4. The direct tradition of
the Arabic Metaphysics is extant in the lemmata of this work, containing
Alpha Elation, Alpha Meizon (incomplete), books Beta through Iota, and

3 The manuscript Leiden, Universiteitsbibliotheek, or. 2074 {cod. arab. 1692) has
been described by M. J. de GOEJE, C atalogu s C odicum O rien taliu m B ib lio th eca e
A c a d e m ia e L u g d u n o -B a ta v a e , Vol. V, pp. 324-325, under n° 2821, and by
M. BOUYGES, A verroès, T a f sir M a b a 'd a t-ta b i’at, N otice, op. cit., pp. XXVT-LII.
W e know from M. Bouyges’ description that the Leiden manuscript consists o f 183
sheets. The manuscript, damaged in many parts and incomplete, dates back to different
periods. Four parts can be clearly identified. The first (f. 1-69) dates back to the 13th-
15th centuries. These first 69 sheets include the Arabic text and the commentary on
the M e ta p h y sic s up to part o f book A. The second part (f. 70-127) seems slightly
later than the first ; the text finishes with the end o f the Arabic version and the
commentary on book 0 by Averroes. The third part (f. 128-147) is more recent.
There is no clear division between the third and the fourth part (f. 148-183). The text
ends abruptly. Besides, 21 out o f 26-27 sheets missing in the manuscript Leiden,
Universiteitsbibliotheek, or. 2074 (cod. arab. 1692) are found in the codex Leiden, or.
2075, which contains Averroes’ Middle Commentary on Aristotle’s D e ca e lo e t
m u n d o . This manuscript falls into two distinct parts : sheets 1-34 contain the D e
caelo e t m undo , whereas sheets 35-55 include small portions o f the M eta p h ysic s and
fit well into the first part o f MS. or. 2074. Bouyges tried to trace back the story o f
sheets 35-55 o f this second codex : they belonged to the same collection and initially
to the same manuscript or. 2074 (M. BOUYGES, A verroès, T afsir M a b a ’d a t-ta b i’at.
N otice, op. cit., pp. XXXIX-XLI).
4 Averroès, Tafsir M a b a ’d a t-ta b i’at. Texte arabe inédit, établi par M. BOUYGES,
Tomes V-VÏÏ, Beyrouth, 1938-1948 (Bibliotheca Arabica Scholasticorum).
176 C. MARTINI

Lambda — whereas K, M and N are missing — in the versions made


by several translators, working at different times within the current of
translation of Greek philosophical texts into Arabic5. The Arabic
translations of the different books of Aristotle’s Metaphysics used by
Averroes are grouped in lemmata of variable length, each accompanied
by a paraphrase-commentary ; the lemmata are usually introduced by the
formula “qâla Aristüj Aristotle said”, and in the appended commentary
(tafsir6) the sections of the text are treated in succession ; doctrinal and
also textual problems are tackled in short digressions. For some books,
such as a, but also A, the Leiden manuscript also preserves Aristotle’s
text in translations which differ from the lemmata expounded by
Averroes and which are copied in the margin.
The indirect tradition of the Arabic Metaphysics is represented by
the quotations of Arabic Hellenists, who in their original works used one
or another Arabic translation of the Aristotelian work. Among these
works, we should mention in particular the K. ñ 1-Falsafa al-Olã by al-
Kindï (813-880)7, the commentary-paraphrase of the Metaphysics by

5 The most up-to-date and innovative study o f the Arabic transmission o f Greek
thought is D. GUTAS, G reek Thought, A rabic Culture. The G raeco-A rabic Translation
M o vem en t in B a g h d a d a n d E a rly ‘A b b i s i d S ociety (2"d-4 ‘h / 8>h- l Ú h ce n tu rie s),
London and New York, 1998. The author criticises the instrumental use o f Halil ibn
Aybak as-Safadi’s testimony, which supported the idea o f two different translation
techniques from Arabic into Greek : the first and earlier a d verbum and the second a d
sen su m . In his A risto tle a n d the A ra b s : th e A risto telia n T radition in Islam , New
York, 1968, pp. 59-61, F. E. Peters had derived from this testimony the impression
o f a stylistic and chronological tripartion : the earliest literal translations, the
intermediate stage characterised by Hunayn and his circle’s stricter stylistic exactitude
and finally the latest elaborations by the Bagdad school, often learned revisions o f the
former. On the contrary, Gutas maintains that the actual situation appears much more
complicated : he would rather talk o f a “complex o f translations”, meaning by this a
group o f works consistent in style with each other.
5 About the use o f the word tafsir by Averroes cf. M. BOUYGES, A verroès, Tafsir
M a ba ‘d a t-tabi ‘a t, N otice, op. cit., p. XXII.
7 A l-Kindi, FI 1-falsafa al-Ülä, in R a s i 'il a l-K in d i al-falsaflya, ed. M.'A. H. ABO
RIDA, 2 voi., Cairo, 1950-53, 19782 ; a new edition o f this work can be found in
O euvres ph ilosoph iqu es e t scientifiques d ’a l-K in d i, H, M étaph ysiqu e e t cosm ologie,
par R. RASHED et J. JOLIVET, Leiden, 1998, pp. 1-101. See also A. L. IVRY, A l -
K in d i’s M etaphysics. A Translation o f Ya'qub ibn Ishaq al-K in dT s T reatise “On F irst
P h ilo so p h y” (FI al-Falsafah al-ÜlS), Albany, 1974.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 177

Tãbit ibn Qurra (d. 904)8, the commentary of book Alpha Elatton by
Yahyã ibn 'Adi (893-974)9, the K. al-Hurûf10 and the K. al-õam ' fraina
ra "yai al-hakimmn Aflätün al-ilãhiva-Aristütâlîs11 by al-Farâbï (d. 951),
the paraphrase of book a which is part of the Kitãb al-lnsãf by
Avicenna12 (980-1037), and finally the K. f i 'Ilm mã fra'd at-tabi a13 by

8 Tãbit ibn Qurra’s work survives in the manuscript Istanbul, Aya Sofia 4832, 14
and in an Indian manuscript, Osmania University Library 1408, ff. 4 -7 r [cf.
H. DAIBER, “New Manuscript Findings from Indian Libraries”, in M an u scripts o f the
M id d le E a st 1 (1986), p. 34, n° 85]. The title o f the work in the A ya Sofia
manuscript is : M aqãlat Tãbit ibn Q urra f l talhi$ m ã aia bih ï A ristü tä lis ñ k ità b ih î f l
m ã ba'd at-labi'a m im m ã garã 1-am r f i b i 'alã siyã q a t al-burhãni s i v ã m ã g a rã m in
dãlika m agrã 1-iqnã' (for the use of the term talhis for this genre o f philosophical
works in Arabic cf. D. GUTAS, “Aspects o f Literary Form and Genre in Arabic
Logical Works”, in G losses an d C om m entaries on A ristotelian L ogical Texts, ed. C.
BURNETT, London, 1993, pp. 29-76). Daiber recorded the title in the Indian MS
according to a fih r is t which is found at the beginning o f the codex and not the title
header o f the actual treatise, so Daiber's information differs somewhat from the Aya
Sofya MS. Tãbit has restricted his paraphrase o f the Aristotle’s M e ta p h y sic s to the
“demonstrative” elements as opposed to the merely “persuasive” (dialectical or
rhetorical syllogism s). He also made a brief comparison o f Aristotle’s and Plato’s
doctrines on the unmoved mover at the beginning o f the treatise. We are also informed
from the introduction that Tãbit composed the work for the vizier Abü 1-Husayn al-
Qãsim ibn ‘Ubaydallãh. I owe all the information about Tãbit ibn Qurra’s work to
Dr. David Reisman, who is going to edit it, together with Dr. Amos Bertolacci.
9 cf. G. ENDRESS, The W orks o f Y a h y ã ibn ‘A d i. A n a n a ly tic a l in ve n to ry,
Wiesbaden, 1977, pp. 38-39. The T a fsir lil-m a q ã la T u la min kitãb A ris tü tä lis a1-
m a v s ü m bi-M ãtãtãfUsiqã a y f í M ã b a ‘d a t-ta b íiy y ã t v a -h iy a 1-m awsüm a b i- A lif as-
su grã is edited : Aristãtãlis-i hakim. N ahustin m aqãla-i M ã ba'd at-tabi'a m a v s û m bi
m aqãlat a l-A lif al-sugrã targam a -i Ishãq ibn H unayn bã Yahyã b. ‘A d i v a ta fsir-i Ibn-
i R ushd, bã tashih v a muqaddima v a tar gama-i farsi bi-qalam-i MUHAMMAD-I
MlSKAT, Tehran 1346.
10 10 Abü Nasr Muhammad al-Fãrãbi, K itã b al-H u rü f, ed. MUHSIN MAH DÎ,
Beirut, 1970, Recherches (46).
11 A l-Fãrãbí, K itã b a l -g a m ' b ai na r a ’y a i al-h akim ain A flä tü n a l-ilã h i v a -
A ristü tälis, ed. F. DIETERICI, Leiden, 1890, pp. 1-33 ; Al-Fãrãbi, L ’h arm on ie entre
le s opinions de P laton e t d ’A ris to te (K itãb al-g a m ' bayna ra ’y a y al-hakim ayn, A flätü n
al-ilãhi va -A ristü tä lls), ed. F.M. NAJJAR - D. MALLET, Institut Français de Damas,
Damas 1999.
12 Ibn Sinã, K itã b al-insãf, in A r is tü 'ind al-'A rab, ed. ‘A. BADAWÏ, Cairo,
1955. Cf. D . GUTAS, A vicen n a a n d the A ra b ic Tradition. In trodu ction to readin g
A vicen n a's P h ilosoph ical W orks, Leiden-New York-Kobenhavn-Köln, 1988 (Islamic
Philosophy and Theology, 4 ), p. 71 and pp. 97-98 : the author thinks that the
178 C. MARTINI

'Abd al-Latïf al-Bagdadï (1162-1231). This tradition has not yet been
systematically studied14.
Further information concerning the history of the Aristotelian
treatise about the First Philosophy can be drawn from the Arabic bio-
bibliographic works15, in particular from the Kitãb al-Fihrist16 by an-
Nadlm, who lived two centuries before Averroes, listing the translators
of the Metaphysics. Relevant information can also be found in the Ta’r ih
al-hukamã by al-Qifti (1172-1248)17 and in the ‘Uyün al-anba’ñ tabaqãt

commentary on a by Avicenna was originally part o f his juvenile treatise a1-H ãsil
wa-1-mahsül.
15 The only parts o f the K itã b f l 'ihn m i b a d a t-ta b i'a by ’Abd al-L atïf al-
Bagdâdï edited up to now are the compendium o f book A (cf. A. NEUWIRTH, ’A b d al
L a tif a l-B a g d ä d l’s B earbeitu n g von Buch L am bda d e r a risto telisch en M etaph ysik,
Wiesbaden, 1976) and the compendium o f the book a and A (cf. A. NEUWIRTH,
“Neue Materialien zur Arabischen Tradition der beiden ersten Metaphysik-Bücher”, in
W elt d e s Islam s, 18, 1-2 (1977-78), pp. 84-100).
14 This research has been carried out partially by R. WALZER, “On the Arabic
Versions o f Books A ,a and A o f Aristotle’s Metaphysics”, in G reek into A rabic.
E ssa ys on Islam ic P h ilo so p h y, Oxford, 1963, pp. 114-128 ; by A. NEUWIRTH,
“Neue Materialien zur arabischen Tradition der beiden ersten Metaphysik-Bücher”, op.
c i t., pp. 84-100. A systematic survey o f the indirect tradition o f A ristotle’s
M etaph ysics in the Arab medieval world, by means o f an assessment o f all quotations
and paraphrases o f the M e ta p h y sic s in the works by the above-mentioned authors,
should enable to work out which books were used most frequently, which translations
were available, and in which forms the Aristotelian text was assimilated. In my PhD
dissertation, in preparation at the moment, the indirect tradition o f books A and a
will be examined according to these guidelines.
15 Cf. F. E. PETERS, A risto tle s a n d the A ra b s : the A risto te lia n T radition in
Islam, A ppen dix : Sources f o r the H istory o f the A ristotelian T radition in Islam , New
York, 1968, pp. 239-93 ; C. HEIN, D efinition und E inteilung d e r P h ilo so p h ie von
d e r spätantiken E inleitungsliteratur zu r arabischen E nzyklopädie, Frankfurt am Main,
1985, pp. 306-312 ; D. GUTAS, “The Spurious and the Authentic in the Arabic Lives
o f Aristotle”, in P seu do-A ristotle in the M iddle A ges. The T h eology a n d o th er Texts,
ed. by J. KRAYE, W. F. RYAN, C. B. SCHMITT, London, 1986, pp. 15-36.
16 Ibn an-Nadïm, K itã b al-F ih rist, ed. G. FLÜGEL, op. cit., p. 251.25-30 ; ed.
R. TAÖADDUD, op. cit., p. 312.11-20.
17 A l-Q ifti, T a ’r ih a l-h u k a m ã ’, ed. J. LIPPERT, Leipzig, 1903, pp. 27-53 ; cf.
F. E. PETERS, A ris to tle a n d th e A ra b s : th e A ris to te lia n tr a d itio n in Islam ,
A ppen dix, op. cit., pp. 280-81.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 179

al-atibbä’by Abi Usaybi'a (d.1270)18 where a catalogue of Aristotle’s


works, attributed to “Ptolemy” by al-Qifti and Abi Usaybi'a, is given.
This catalogue is considered the source for all Syriac and Arabic
biographies, and is by now unanimously attributed not to Ptolemy but to
Andronicus of Rhodes, who drew up an annotated catalogue of
Aristotle’s writings19. In Andronicus’ list we can find the title nepi wav
p i t a t á ijru one à ry " : namely a mention of the Metaphysics in thirteen
books20. Besides al-Qifti refers to the work under different names :
Kitãb al-Ilãhiyyãt, Kitãb al-Hurüf and also Mä bad aí-tabi a21.
Thanks to the Leiden manuscript of the Great Commentary by
Averroes and to the other above-mentioned sources, it is possible to
work out a general plan of the different Arabic translations of the
individual books of the Metaphysics22, which gave rise to a great num­
ber of studies and commentaries in the Arabic world from the 8th to the
12th century.

Text used by Averroes Translations mentioned or quoted in the


M etaphysics in the Tafsir commentary by Averroes (C) ; recorded in
m à ba'd at-tabi'a the margin (M) ; notes on the manuscript
(N) ; cited in the K itãb a l-F ih rist (F)
a Ishãq Ustãt (M)
A Nazif
B Ustãt

18 Ibn Abi Usaybi'a, ‘U yûn a l-a n b ã ' f l ta baqãt a l- a tib b ä ’, ed. A. MÜLLER, 2
V oll., Cairo - Königsberg, 1882 ; cf. F. E. PETERS, A risto tle a n d th e A ra b s : the
A ristotelian tradition in Islam , A ppendix, op. cit., pp. 262-64.
19 Cf. D. GUTAS, The Spu riou s a n d th e A u th en tic in th e A ra b ic L iv e s o f
A ris to tle , op. cit., pp. 15-36.
20 The fact that in Andronicus o f Rhodes’ edition the same number is assigned to
book a and A , so that it does not alter the overall count o f the books o f the
M e ta p h y s ic s , can be interpreted in different ways : cf. E. BERTI, “N ote sulla
tradizione dei primi due libri della Metafisica di Aristotele”, in E lenchos 3 (1982), pp.
8 10
- .

21 Al-Qiffi, T a ’r ih a l-h u k a m à ’, op. cit., p. 41.21-42. Cf. BOUYGES, A v e rro è s ,


T af s ir M a b a 'd a t-ta b i‘at, N otice, op. cit., p. XIX.
22 Cf. M. BOUYGES, A verro ès, T afsir M a b a 'd a t- ta b i’at, N otice, op. c it.,
pp. C XVIII-CXXIV. Cf. F. E. PETERS, A r is to te le s A ra b u s. The O rie n ta l
Translations an d Com m entaries on the A ristotelian C orpus, Leiden, 1968, pp. 49-52.
180 C. MARTINI

r Ustãt? Ishãq ? (C)23


A Ustãt
E Ustãt
z Ustãt Nicolaus o f Damascus’ Epitome (C)
H Ustãt
Ustãt Ishãq ? (C)
I Ustãt Ishãq ? (C)
K
A 24 Abü Bisr (F)/ Ustãt Yahyã ibn ‘Adi (C)/ 2 amli (F) Ibn Zür‘a
(N)
M Yahyã ibn ‘Adi (F)
N Nazif? (N)

23 A. BERTOLACCI, The A ra b ic T ran slation s o f b o o k F o f A r is to tle 's M e ta ­


p h y s ic s , raises doubts about the attribution o f this translation to Ustãt. I wish to
thank very much Dr. Bertolacci for having allowed me to read his unpublished paper.
24 In Averroes’ G re a t C om m en tary on the Aristotelian M e ta p h y sic s book A is
available in two translations. From line 1069al8 (i.e. the beginning o f the book) up
to line 1072al6, Averroes uses the translation from Syriac by Abü Bisr Matta (the
same translator o f the 10th century who translated Themistius’paraphrase o f book A ).
From line 1072b 16 to the end o f A Averroes turns back to U stât’s translation.
Averroes’ commentary on this book is particularly important, because it reflects and
therefore partially preserves Alexander o f Aphrodisias’ commentary, whose Greek
version is lost : cf. J. FREUDENTHAL, D ie durch A v e rro e s erh alten en F ragm en te
A lex a n d ers zu r M e ta p h y sik d e s A ris to te le s, Berlin, 1885). A s it is w ell known,
Alexander’s commentary on the M e ta p h y s ic s , edited in C A G I, is genuine as for
books A - A , but spurious as for books E - N , regarded as Michael o f Ephesus’work.
On the question o f the identity o f the ps. Alexander see now C. L U N A , L e s
com m entaires d e Syrianus e t du P s.A lexandre su r la M étaphysique. E ssai d e m ise au
p o in t (forthcoming). I wish to thank very much Dr. Luna for having allowed me to
read her work before the publication. Besides, Averroes cites the translations by Yahyã
ibn ‘Adi and probably by § amli, an almost unknown translator, whom the F ih rist
credits with a translation o f book A (cf. M. BOUYGES, A v e rro è s, T afsir m a b a ‘d ai-
tabi at, N o tic e , op. cit., p. CXXI). To these four translations a fifth anonymous
translation, edited in Egypt in 1937, should be added, ABO ’L -‘ALA 'AFÏFÏ, “An
Ancient Arabic Translation o f the Book A o f the M etaphysics o f Aristotle”, in
B ulletin o f the F aculty o f A rts o f the U niversity o f E g yp t 5 (1937), pp. 89-138, as
well as the anonymous version edited by BADAWÏ in A r is ta 'ind a l-A ra b , pp. 1-11,
which I’m planning to compare to each other. This list o f the different translations
dedicated to the twelfth book o f the M etaph ysics shows the great attention and favour
devoted to A , a preeminently theological book among all, in the Arab world.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 181

2. BOOKS a AND A

The interest for the complicated and obscure history of the Arabic
translations of the Metaphysics was attracted mainly by the fact that the
order of the first two books appears to be inverted in the Tafsir mä ba'd
at-tabi'a if compared with the Greek tradition : in the Arabic version, a
precedes A 23*25. There are two Arabic translations of a 26, the earlier of
which is the one attributed to Ustãt, and the one we can read copied in
the margin in the Leiden MS. ; the later translation, which was used by
Avenroes and is therefore placed in the centre of the page in the Leiden
manuscript, is the one made by Ishaq ibn H unayn. As far as A is
concerned, Averroes makes use of Nazif’s27 text, whom, by the way,
neither an-Nadim, nor al-Qifti mention as a translator of the M eta­
physics. As already pointed out above, the beginning is missing in this
translation.
In their studies Bouyges28, Darms29, Drossait Lulofs30 and Berti31
tried to account for the present order of the text in different ways. The
earliest Arabic translation of the Metaphysics was carried out by Ustãt, in
a period in between 750 and 850, “for al-Kindi”, as we know from Ibn
an-Nadim32 ; it does not seem that this translation also included book A.
As a matter of fact, even if Ustãt translated the whole Aristotelian
treatise, at least according to an-Nadim’s testimony, Averroes makes use
of Nazif’s translation of A in the Tafsir mã ba'd at-tabi'a, whereas he

23 Also for an-Nadim the M etaph ysics starts with a . Cf. Ibn an-Nadîm, K itã b al-
fih ris t, ed. FLÜGEL, op. cit., p. 251.27 ; ed. R. TAÖADDUD, op. cit., p. 312.12.
2f> About the two Arabic translations o f book a , cf. Ibn an-Nadim , K itã b a l-
fih r is t, ed. FLÜGEL, op. cit., p. 251.27-28 ; ed. R. TACADDUD, op. cit., p. 312.12-
14 ; M. BOUYGES, A verroès, Tafsir M a b a 'd a t-ta b i’at, N otice, op. cit., pp. CXVIII-
CXIX and p. CXXI.
27 Cf. n. 1.
28 M . B O U Y G E S, A v e rro e s , T a fsir M a b a ’d a t - t a b i ’at, N o tic e , op. c it.,
pp. CXXVm-CXXIX and CXLIX-CL.
29 Averroes, In A ristotelis librum II (a) M etaph ysicoru m C om m en tariu s, op. cit.,
pp. 12-14.
39 H. J. DROSSART LULOFS, N ic o la u s D a m a scen u s on th e P h ilo so p h y o f
A risto tle , Leiden, 1969, p. 30, n. 14.
31 E. BERTI, N oie su lla tra d izio n e d e i p r im i d u e lib ri d e lla M e ta fìsic a d i
A ris to te le , op. cit., pp. 5-38.
32 Cf. n. 16 above.
182 C. MARTINI

recognizably makes use of Ustãt’s translation in the widely major part of


his commentary (books B, T, A, E, Z, H, 0, I, A). Bouyges and Darms
explained this textual situation assuming a material damage to the Greek
manuscript used by Ustãt for his translation. Their hypothesis is
supported by the fact that al-F àrab i, in his compendium of the
Metaphysics, considered a as the beginning of the treatise and B as its
continuation. Alternatively, Drossart Lulofs and Berti supposed that
book A had not been translated because its genuineness was questioned.
The ground for this reconstruction was a scholium in the codex Parisinus
Graecus 185 333, which was mistakenly referred to book A of Aristotle’s
Metaphysics rather than to Theophrastus’ Metaphysics (copied before),
and thus engendered the legend about this book not being by Aristotle,
but by Theophrastus, as even Albert the Great believed.
A closer examination of the use of books a and A in the K. f i l-
Falsafa al-Olä by al-Kindi34 would allow a third possible explanation
about the lack of book A in the earliest Aristotelian Metaphysics within
the Arabic tradition. In this noteworthy work by al-Kindi, in fact, there
are hints of his knowledge of book A35. But, if book A was known —
as it appears to be in the K. f i l-Falsafa al-Ülâ - one might reasonably
wonder v h y it did not achieve such a wide circulation, which could
assure its survival in the corpus produced within al-Kindl’s circle36. The

33 Cf. G. VUILLEMIN-DIEM, “Anmerkungen zum Pasikles-Bericht und zu


E chtheitzw eifeln am grösseren und kleineren Alpha in Handschriften und
Kommentaren”, in Z w eifelhaftes im C orpus A risto telicu m , Akten des 9. Symposium
Aristotelicum, Berlin-New York, 1983.
34 C. MARTINI, La tradizion e a raba della M etafisica d i A risto te le : L ibri a - A ,
(forthcoming).
35 C. D ’ANCONA, “Al-Kindi on the Subject-Matter o f the First Philosophy.
Direct and Indirect Sources o f Falsafa 1-ülä, Chapter One”, in M i s c e l la n e a
M e d ia e v a lia , Veröffentlichungen des Thomas-Instituts der Universität zu Köln,
herausgegeben von J. A. AERTSEN, Band 26, Berlin-New York, 1998, pp. 841-855.
36 Cf. G. ENDRESS, “The Circle o f al-Kindi. Early Arabic Translation from
Greek and the Rise o f Islamic Philosophy”, in A A.V V., The A n cien t T radition in
C hristian an d Islam ic H ellenism ed. by G. ENDRESS and R. KRUK, Leiden, 1997, pp.
52-58. On the basis o f linguistic similarities, the “guide fossils”, Endress identified
the follow ing works as belonging to the c o r p u s o f al-Kindi and his circle : the
Aristotle’s M e th a p h y sic s translated by Ustãt, the so-called T h eology o f A ris to tle
translated by Ibn Na'ima al-Himsi, a selection o f propositions from P toclu s'E lem en ts
o f T h eology, the Nichomacus’ Introdu ction to A rith m etic translated by Habib ibn
Bihriz, the Aristotelian D e C aelo, M eteorolog y and some zoological works translated
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA ME1ZON OF ARISTOTLE 183

hypothesis this did not happen by chance is legitimate. It has been


recently mantained37, with good arguments, that the circle of Hellenists
and translators gathered around al-Kindl promoted a selection of works
of metaphysics, based on the criterion of the doctrinal coherence of the
Greek thought. In this perspective, book A might have appeared proble­
matic : here Aristotle’s criticism to the Platonic doctrines is more explicit
than everywhere else in the Metaphysics and could hardly match the
coherent metaphysical plan outlined by al-Kindi in the K. f i l-Falsafa al-
Ülâ. In all likelihood, this metaphysical plan included, on completion of
books a - B - T - A - E - Z - H - d - I - A of the Metaphysics, the long
paraphrase-commentary on the last three Enneads by Plotinus —
translated by Ibn Na'ima al-Himsi and destined to become in the future
the so-called Theology by Aristotle — and the Arabic translations of the
Elements o f Theology by Proclus, of some treatises by Alexander of
Aphrodisias, and maybe the Liber de Causis itself38. Coupled with the
fact that book a could by itself supply the general introduction to the
Metaphysics and suitably precede the aporias of B, the feeling that the
anti-platonic features of book A might compromise the homogeneity of
the harmonizing project mentioned right above, could have determined
its expunction from the canon of the most popular Aristotelian books.
Afterwards, between the 9th and the 10th centuries, after having
established his own critical text collating some testimonies39, Ishaq ibn
Hunayn completed a second translation of several books of Aristotle’s
Metaphysics, among which a. He translated the Metaphysics all over
again, using presumably a codex stemming from a different family from
the one of the codex used by Us tat, but he also consulted either the

by Yahyâ ibn al-Bitriq, the paraphrase of the Tim aeus also translated by al-Bitriq, the
paraphrase of the Sym posium and a Neoplatonic compendium o f the D e Anim a.
37 F. W. ZIMMERMANN, “The Origins o f the so-called ‘Theology o f Aristotle’”,
in P seu d o -A risto tle in the M id d le A ges. The “T heology" a n d O th er T exts, op. cit.,
expressed the idea o f a coherent metaphysical position held within al-Kindi’s circle,
also on the ground o f the results reached by G. ENDRESS, P roclus A rabus. Z w an zig
A bschnitte aus d e r Institutio Theologica in arabisch er Ü bersetzung, Wiesbaden-Beirut,
1973.
38 Cf. G. ENDRESS, “The Circle o f al-Kindi” , op. cit., pp. 43-76 ; C. HEIN,
D efinition und E inteilung d e r P hilosophie, op. cit., pp. 306-316.
39 Cf. C. MARTINI, La tradizion e a raba della M etafisica d i A risto te le : L ibri a -
A ,o p . cit., (forthcoming).
184 C. MARTINI

translation by Ustãt, or the Greek codex used by him, for the most
obscure passages40.
Later on, between the 10th and the 11th centuries, when in Bagdad
— during the decay of the Abbaside caliphate — the last Greek-Arabic
translations were being carried out and a more and more autonomous and
original philosophical discussion was moving its first steps, the late
followers of the long translation movement undertook the revision of the
already available Arabic translations of Greek philosophical works. In
addition, they tried to translate what had not been translated up to then.
This was the aim of Abu Bisr Matta ibn Yünus, who translated from
Syriac also Aristotle’s Poetics, at the time considered as the last part of
the Organon. In the same period Yahyã ibn ‘Adi41 translated books A
and M of the Metaphysics, and Nazif translated books A and M.
D. Gutas, in his Greek Thought, Arabic Culture*2, identified this
Nazif with Nazif ibn-Yumn (Ayman) ar-Rümí, the Melchite, a physician
and translator of a series of medical treatises and, according to the
Fihrist, of the ten books composing Euclid’s E lem ents43. If this
identification is correct, Nazif might have translated A (and M, too)
directly from Greek, without a Syriac intermediary. Although it is
impossible to establish if Nazif’s translation was made from Greek or
from Syriac, it is anyway possible to point out a series of misunder­
standings of the Greek text in his translation, due to his lack of skill in
recognizing syntactical structures or the function of particles : negative
particles, prepositions, pronouns (in particular the construction of the
pronoun oíAAoç) are misunderstood frequently. On top of this, Nazif
quite often does not translate the particles piv and Sé, and consequently
at times fails to realize the adversative disposition of two clauses44.
From line 990a34 onwards, where Aristotle starts expounding and
criticizing Plato’s doctrine of Ideas, Nazif’s translation gets less and less

40 Ibidem, (forthcoming).
41 Cf. G. ENDRESS, The Works o f Yahyè. ibn ‘A d i. A n a n a ly tic a l in ventory, op.
cit.
*2 D. GUTAS, G reek Thought, A ra b ic Culture, op. cit., pp. 151-152.
4^ Cf. M. BOUYGES, A v e rro è s, T afsir M a b a ’d a t- ta b i’at, N o tic e , op. cit.,
p. CXXH and p. LVI.
44 The poor rendering o f the Greek particles can be easily noticed in the following
passages o f the Arabic text o f A in N azif’s translation, ed. by BOUYGES : A. 987a 5-
9 Bouyges T. 1, p. 55 ; A . 987a 13-14 Bouyges T. 3, p. 58 ; A . 989a 15 Bouyges
T. 14.15-16, p. 86.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 185

clear and accurate. There are several misunderstandings of the Greek


text, which make lots of passages in the Arabic version difficult to
understand.
In spite of the poor quality and incompleteness of N a z lf’s
translation of A, almost two centuries later, when Averroes undertook to
expound the Metaphysics in a literal commentary and tried to get the
most complete text available, he added book A to the earlier translations
made by Ustãt and Ishaq, and placed this book after a. Walzer45 thinks
Averroes resorted to Nazif’s translation as it was the only one available
at the moment. In any case, Averroes did not manage to get an integral
copy, but just a translation starting from line 987a 6 of the Greek text.
As a result, the text of the Metaphysics in the Great Commentary by
Averroes includes book a in Ishaq’s version and book A translated by
Nazif, mutilated of about seven Bekker pages.

3. THE TESTIMONY OF THE MS. B ffiL APOSTOLICA V ATICANA,


Ott . Lat . 2048

Probably between 1220 and 1224, crucial years for the Arabic-Latin
transmission of philosophical works46, Michael Scot produced the Latin

45 R. WALZER, “On the Arabic Versions o f Books A , a and A o f Aristotle’s


Metaphysics", op. cit., p. 119.
46 Cf. R. LEMAY, “Dans l ’Espagne du XII siècle. Les Traductions de l’arabe au
latin ” , in A n n a le s E c o n o m ie - s o c ie té - c iv ilis a tio n s 18 (1963), pp. 6 39-665 ;
G. F. HOURANI, “The Medieval Translations from Arabie to Latin made in Spain”,
in The M uslim W orld, Vol. LXII, 2 (1972), pp. 97-113 ; D. C. LINDBERG, “The
Transmission o f Greek and Arabie Learning to the West”, in S ciences in th e M id d le
A g e s , ed. by D. C. LINDBERG, Chicago-London, 1978, pp. 52-90 ; C. S. F.
BURNETT, “Some Comments on the Translating o f Works from Arabic into Latin in
the Twelfth Century”, in M iscellan ea M ediaevalia. Veröffentlichungen des Thomas-
Instituts der Universität zu Köln, herausgegeben von A. ZIMMERMANN, Band 17,
B erlin-N ew York, 1985, pp. 161-171 ; H. SCH M IEJA, S e c u n d u m a lia m
tra n sla tio n em — Ein B eitra g zu r A rabisch -L atein isch en Ü bersetzu n g d e s g ro ssen
P h y sik o m m e n ta rs von A v e r r o e s , in A v e rro e s a n d the A ris to te lia n ; T ra d itio n ,
Sources, C ostitu tion a n d R eception o f the P h ilosoph y o f Ibn R u sh d (1 1 2 6 -1 1 9 8 ),
P ro c e e d in g s o f th e F ourth S ym posiu m A verro icu m (C o lo g n e, 1 9 9 6 ), ed. by G.
ENDRESS and J. A. AERTSEN, Leiden -Bostob-Köln, 1999, pp. 316-336.
186 C. MARTINI

translation of the Tafsirmä bad at-tabï'a, where neither books K , M, N,


nor part of book A , up to line 987a9, were included, as mentioned
above. The lemmas of the Great Commentary by Averroes, in Michael
Scot’s47 translation, transcribed as a continuous text, form the so-called
Metaphysica nova48.
L. Minio-Paluello49 observes that the Latin tradition stemming from
the Arabic one can enlarge the textual history of Aristotle’s works and
that one of the most interesting aspects of this enrichment lies in the fact
that in most cases Latin translations are testimonies of a particular Arabic
manuscript and sometimes more than one, at least for some passages. In
turn, the testimony of the Arabic versions can prove to be important
evidence for an earlier Greek exemplar. Therefore, an accurate study of
Latin translations too is necessary, mostly when the Arabic text has not
survived. This is precisely the case of the first chapter of book A of the
Metaphysics. As seen above, the Leiden manuscript of the Tafslr mã

47 Cf. M.-Th. D ’ALVERNY, “Translations and Translators”, in R en aissan ce a n d


R en ew al in th e Twelfth C entury , ed. by R. L. BENSON and G. CONSTABLE with C.
D. LANHAM, Cambridge Massachussetts, 1982, pp. 455-457.
48 The M e ta p h y s ic s was translated into Latin several times. The expression
M etaph ysica vetu stissim a conventionally designates the first four books o f the work,
up to line 1007a31, translated by James o f V enice between 1125 and 1150 and
surviving in 5 manuscripts (Aristoteles, M eta p h ysica lib. I-IV.4, T ran slatio la c o b i
s iv e ‘V e tu s tis s im a ’ cum sc h o liis, in A r is to te le s L a tin u s X X V .1, edidit G.
VUILLEMIN-DIEM, Bruxelles-Paris, 1970). The expression M e ta p h y sic a m e d ia
indicates the anonymous version o f the whole Aristotelian treatise, with the exception
o f book K , carried out in the 12th century, but unknown until the 13th century,
surviving in 24 manuscripts (Aristoteles, M etaph ysica lib. I-X, XII-XIV, T ranslatio
A nonym a siv e ‘M e d ia ’, in A risto teles Latinus XXV.2, edidit G. VUILLEMIN-DIEM,
Leiden, 1976). M e ta p h y sic a v e tu s is the title o f a partial revision o f James of
V enice’s version, intermingled with Michael Scot’s translation (i.e., the so-called
M eta p h ysic a n ova : cf. note 2 above), made by an anonymous translator in the 13th
century, surviving in 41 manuscripts (Aristoteles, M etaph ysica lib. I-TV.4, T ranslatio
C om posita sive ‘Vetu s’, in A risto teles Latinus XXV. 1, edidit G. VUILLEMIN-DIEM,
op. cit. above). In addition, there is the translation o f all the M etaph ysics books made
by W illiam o f Moerbeke before 1272, surviving in 217 manuscripts (Aristoteles,
M etaph ysica lib. I-XIV, R ecensio e t Translatio G uillelm i d e M oerbeka, in A risto te le s
L atinus X XV 3.2, op. cit. at n. 2).
49 L. MINIO-PALUELLO, “Aristotele dal mondo arabo a quello latino”, in
O puscula. The L atin A risto tle, Amsterdam, 1972, pp. 501-535 (the study was first
published in L ’O cciden te e l ’Islam n e ll'a lto M ed io evo II, Spoleto, 1965, pp. 603-
637).
ARABIC VERSION OF THE BOOKALPHA ME1ZON OF ARISTOTLE 187

ba'd at-tabi'a by Averroes lacks this chapter, the second, the third, the
fourth and part of the fifth chapter ; but there is a Latin translation of the
first chapter of A , coming presumably from Arabic, preserved in the
MS. Bibl. Apostolica Vaticana, Ott. Lat. 204850. This translation has not
even been included in the documents in Latin language collected by
Bouyges for his edition of Averroes’ Great Commentary51.
The manuscript Ottobonian Latin 2048 (f. T-167v) seems to have
been copied in Italy52, towards the half of the 13th century. It exhibits a
single accurate and clear handwriting and presents very few abbre­
viations. As the notes in the margin appear to have been written by the
copyst of the text, the manuscript could have been drawn up for private
use, probably by a teacher, but neither in the university milieu, nor by a
professional scribe, as the lack of mistakes suggests. The codex contains
a collection of Aristotelian works — De anima, De Generatione et
Corruptione, De Caelo et Mundo and Metaphysica — where we can
easily notice the attempt for a comparison among different Greek-Latin
and Arabic-Latin translations of the same work, in order to restore the
text in the most satisfactory way. As a matter of fact, at the beginning
there are two translations of the second and the third book of the De
Anima (f. T-29r), heavily annotated in the margin, arranged in columns
with a parallel correspondence : James of Venice’s Greek-Latin
translation is placed in the outer columns (recto* and verso"'), whereas in
the inner columns (recto3’ and verso*) we find Michael Scot’s Arabic-
Latin translation of the Aristotelian lemmas contained in Avenroes’ Great
Commentary on the De Anima (as we have just seen for the Metaphysica
Nova). Afterwards, there are two translations of the De Generatione et
Corruptione (f. 29v-66v) still compared by means of parallel columns :

50 About the history o f the Ottobonian collection and in particular about the MS.
Ottobonian Latin 2048, which belonged in the Altemps collection, as attested at the
top o f the guard leaf by means o f the owner’s note ex codicibu s Joannis A n geli D u cis
a b A ltaem ps : cf. J. BIGNAMI ODIER, P rem ières rech erch es su r le fo n d s O ttobon i,
Città del Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, 1966, (Studi e testi CCXLV) ;
J. BIGNAM1 ODIER, L a B ib lio th è q u e V aticane d e Sixte IV à P ie X I, Città del
Vaticano, Biblioteca Apostolica Vaticana, 1973 (Studi e Testi CCLXXII) ; cf. L.
MINIO-PALUELLO, “Aristotele dal mondo arabo a quello latino”, op. cit., pp. 523-
525.
51 Cf. M. BOUYGES, A verro ès, T afsir M a b a ’d a t- ta b i’at, N o tic e , op. c it.,
p. LXVI and p. LXXXIV.
52 As attested by the q with the medial crossbar used as abbreviation for qui and
by the Tironian uncrossed et.
188 C. MARTINI

Gerard of Cremona’s Arabie-Latin translation is placed in the outer


columns, the anonymous Greek-Latin one in the inner columns. Gerard
of Cremona’s single Arabic-Latin translation of the De Caelo et mundo
(f. 67r- 111v) follows this part, always arranged in two columns. Minio-
Paluello observes that William of Moerbeke’s Greek-Latin translation did
not exist at the time yet, and probably the one made by Robert
Grosseteste around 124053 was still unknown. A sort of collage of
Metaphysics passages is eventually placed in the last part of the
manuscript. First, there is an attempt to restore book A : the owner of
the middle of the 13th century could rely on the Metaphysica Vetus,
James of Venice’s Greek-Latin translation of the first four books of the
Aristotelian treatise up to line 1007a31. In this translation, the first
chapter of book A is copied in the outer column, and compared with the
anonymous Arabic-Latin translation of the same chapter, which is the
subject-matter of my research. This translation takes up the whole
column 112ra, lines 1-7 of column 112rb and column 112vb. However, it
is noteworthy that at column 112vb, the text starts at line 10 and
continues up to the end of the column, where a cross-reference mark
sends back to the beginning of the column (lines 1-9). Therefore, the
reading should procede as follows : 112ra, 112rb, lines 1-7, 112vb, lines
10-42, 1-9. But the Arabic-Latin translation of the second, third and
fourth chapters and the beginning of the fifth chapter are missing : for
these chapters, only James of Venice’s Greek-Latin translation is found
there, always arranged in two columns (f. 113r-118v). From the half of
the fifth chapter onwards, Michael Scot’s Arabic-Latin translation of the
lemmas of the Great Commentary on the Metaphysics by Avenues (f.
118v- 126r) is intercalated. Every passage follows the one of the Greek-
Latin translation of the Metaphysica Vetus, instead of being laid out in
parallel columns facing it. Book a too, which is incomplete, maybe
because of the loss of some sheets of the manuscript54, is copied
according to the same pattem (f. 126r-127r). Book B is not available,
possibly for the same reason which caused the loss of parts of book a.
Only the first four chapters of book r,in the Greek-Latin version
available to the copyst, are transcribed in the outer columns (f. 128r-
129r). From book A onwards the text of the Metaphysics is the one of

53 Cf. L. MINIO-PALUELLO, “Aristotele dal mondo arabo a quello latino”, op.


c it., p. 523.
54 Cf. L. MINIO-PALUELLO, “Aristotele dal mondo arabo a quello latino”, op.
c it., p. 524.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 189

the Arabic-Latin translation, the so-called Metaphysica Nova (f. 129v-


167v).

Fragment of book a of the m e t a p h y s i c s [980a21-981bl3]


B ibl . apostolica vaticana , Ott . Lat . 2048
(F. 112ra'b, 112vb)55

[9 8 0 a 2 1 ] Desiderium sciendi est innatum5 ** generi hominum ex


d efectu 5 7 , et significatio huius est amor sentiendi. Nam sine omni
proventu ad agenda propter ipsum comprehendere sensus amant, et precipue
inter alios sensus visum5**. Et ideo appetimus maxime inter omnes sensus
ipsam visionem , ut testantur omnes5*5, n0n solum quando volumus

55 The text o f this fragment o f the M eta p h ysic s has been edited in A r is to te le s
L atinu s-codices, p a rs p rio r, d e sc rip sit G. L acom be in so cieta tem o p e ris adsu m ptis
A . BIRKENMAJER, M. DULONG, E. FRANCESCHINI, Roma 1939, pp. 152-153
{specim en version is num. 41). I will indicate with A L Lacombe’s readings.
5<* Cf. Al-Kindl, D e ra d iis, ed. M.-Th. d’ALVERNY - F. HUDRY, in A r c h iv e s
d ’h isto ire d o c trin a le e t litté ra ire du M oyen â g e, 49 (1974), p. 216 : “Cum igitur
universale dicto modo in mente hominum ortum fuerit propter i n n a t u m
s c i e n d i d e s i d e r i u m , ipsius condicionem opere rationis investigat, cuius
cognitio semper surgit a sensu sicut et ipsius universalis conceptio”. It is particularly
interesting to notice that the Latin translator o f the in cipit o f the M etaph ysics, as well
as the one o f the D e R a d iis, translate Tofi elSévai òp éyovcat $-ócrei (980a21) by
desiderium scien di innatum / innatum scien di desiderium . In both cases, the presence
o f the word in n a tu m might be a hint towards an author reminiscent o f Cic., D e
fin ib u s bon oru m e t m alorum , 4,2.4 : “Qui cum viderent ita nos ... habere etiam
insitam quandam vel potius i n n a t a m c u p i d i t a t e m s c i e n t i a e natosque esse
ad congregationem hominum et ad societatem communitatemque generis humani,
eaque in maximis ingeniis maxime elucere, totam philosophiam tris in partis
diviserunt, quam partitionem a Zenone esse retentam videmus”.
57 Cf. Al-Kindi, D e radiis, ed. M.-Th. d’ALVERNY - F. HUDRY, op. cit., p. 226 :
“Ad huius rei evidentiam scire oportet quod homines per suam naturam et rationis
usum recipiunt scientiam vel fidem super rerum coniunctione, concipiuntque volunta­
tem et desiderium super res sibi bonas et liberum gerunt arbitrium super eas nancis­
cendas in quibusdam, quod dicimus accidere hominibus e x eorum d e fe c tu circa rerum
cognitionem”.
5** visus M S .
59 ut testantur omnes : 980a25-26 cbç eîraîv, tú>v SAAcüv.
190 C. MARTINI

operari aliquid iuxta visionem**0 , sed etiam propter comprehendere


tantum**!. [a26] Et causa huius est quod visu magis cognoscimus quam
aliquo aliorum, et hic**2 ostendit nobis plures proprietates03. Naturaliter
autem inest04 sensus omnibus animalibus, sed quedam eorum memorantur
post sen sation em 03 et quedam non. [9 8 0 b 2 1 ] Eorum etiam que
memorantur00 quedam ingemantur ex sua memoria per naturam, et sunt ea
que non conferunt sonum intentionibus memoratis, ut apes formice07 et
similia, et quedam ingemantur ex sua memoria per doctrinam, et08 sunt
omnia que conferunt sonos intentionibus memoratis00. [b25] Et iterum70
que imaginantur et memorantur71 et habent ingenium72 in sua vita,
quedam carent experientia, quedam vero participant ea, ut homo : nam ipse
solus utitur arte et rationibus7 3 . Homo igitur experimentatur ex sua
rememoratione : nam multe rememorationes eiusdem comprehensi indu­
cunt et firmant cognitionem experimentalem [981a] fe t proximum
superiorem ea que est scientie et artist et isti prope assimilatur cognitio
experimentalis. Nam scientie et artes primo investigabantur per experien-

00 iuxta visionem om. A rist.


01 sed... tantum : 981a24-25 òcÀÀòt icori p.r|8èv peÀÀovreç; npocTTCiv.
02 hoc M S ., A L .
03 proprie MS. : 8 ia $ o p ò tç (980a27) : haw ãss? (cf. V ocabu lista in a ra b ic o , f i r s t
p u b lish e d on th e b a se o f a co dex o f th e B ib lio teca R icca rd ia n a o f F lo ren ce by
C. SCHIAPARELLI, Firenze 1871 : p ro p rie : bi-l-hu?üs).
04 inest A L : m eus M S .
05 sensationem : 980a28 odaBfjcrecuç E : Taûrr]Ç A °, edd.
00 m em oriantur MS.
07 form ice om. A rist.
08 ut M S ., A L .
00 The w hole passage, from Eorum etiam to m em oratis, presupposes a G reek text
which may be restored as follow s icori tcòv Suvapiivcov p-vrip-oveueiv to. p i v c o n
$ p ó v ip .a av e u toû p .av 0 áv civ , ova. p .f |... Çcpcov c o n , t à 8è p.a0-qnKüJTepa, o a a
... aío& qoiv. This text appears as a sim plification, due either to the A rabic or the
L atin translator, o f the text o f E and the one by A sclepius (980b21-25) icori Slot
•covro -roc p£v ijipóvip-a, toc 6è p.a0qnK (0T epa (K a ìS ta toûto T a û r a ij>p. K a ip .a 0 .
Ab and Alexander) tcôv [p/q] Suvocpüvcuv p.vqp.0veûeiv è o rí, $ p ó vip.a piiv av eu toû
p.av0écvetv o ora p/q S û v a T a t tûv y ô ^ œ v aK o û e tv (o îo v p éA v rta K a v ci n
toioûtov aAAo vévoç Çcicov c a n ), p.av0otvei 8J o o a rcpòç Tq p .v f|rq K a i T a û rq v
q(ct tt|v a io 0 q aiv. Ross and Jaeger print the text as it is given by Ab and Alexander.
70 it’m M S : item AL.
71 m em oriantur MS-, A L.
72 habent ingenium om. A rist.
73 quedam carent...rationibus : 980b26-28 èp/neipíaç 8è p^Tcxct p.ucóv ■ tò 8 c
tcov OCV0pcSitü)Vyévoç K ai tiy y r\ K ai Aoyiap.oîç.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 191

tiam ab hominibus, et ideo Proclus74 bene dixit quod inventio artium fuit
per experimentum et quod paucitas experimenti est causa erroris7-\ [a5]
Cum enim adquiritur nobis una et universalis comprehensio in rebus simi­
libus per multa experimento intellecta, tunc dicimus quod hec est ars, quia,
cum comprehendimus quod elleborus7® aut quid aliud77 profuit Socrati et
Platoni78 et multis aliis |(1 12 ) febricitantibus7®, tunc hec cognitio est
experimentalis ; [alO] sed cum comprehendimus quod profuit omni febri­
citanti ex uno aliquo humore, ut ex flegmate8® aut cholera 81 aut ex per-
ustione invasis, tunc hec cognitio est ars. Sic ergo [differunt] cognitio que
est experimentum et que <est> ars ad operandum non differunt nisi in hoc
quod experti magis proficiunt scientibus causam82 <sine experientia.
[a l5 ] Et causa huius est quod>82 ¡(112 lin. 10) experientia non est nisi
cognitio alicuius in multis individuis ; sed ars est cognitio alicuius in
universalitate sue cause. Nam omnes motus et generationes84 sunt in

74 Proclus : 981a4 IIuiAog. This name is attested just here and in R h e to r ic ,


1400b20, k oti nóúAov “ àeì où roBTiog e í \ where the Arabic translation omits the
name, but the text might be corrupted (cf. A ris to tle 's A rs R h etorica. The A ra b ic
Version, by M.C. LYONS, I-II, Cambridge, 1982, p. 160.15). In the Arabic antecedent
to our fragment the more popular and famous ‘Proclus’ might therefore have
substituted the unusual ‘Polus’.
75 et quod paucitas experimenti est causa erroris : 981a5 T) à n eip ta tv y ; qv.
7® eleborus M S., AL.
77 elleborus aut quid aliud : 981a8 roSí.
78 Socrati et Platoni : 981a8-9 KaÀÀíçx K ai EaiKpáxei, but at line 9 8 1 a l9 we
find Callias et Socrates.
79 fe b ricita n tib u s : om. A risi., cf. 981a8 KÓqxvovn TqvSì rf)v v ô a o v .
80 fleumate M S., AL.
81 colera M S., AL.
82 scientibus causam : 981al4-15 tcSv ... Àóyov è^óvnov.
82...scien tib u s causam . E xperientia non est... A L ; the proposed integration is
based on the Greek text, which at lines 9 8 1 a l4 -1 6 says : àA A à K ai (lôtAAov
èmTuyxórvou cnv oi qxneip oi vs>v aveu trig èp-ireipíaç Aóyov éxóvxtuv (a m o v S’o
n f) pèv èp-ireipía...).
84 m otu s e t m o tio n es M S , A L : 9 8 1 a l6 - ai Sè n p á |e ig Kai a i ycvéoeiç. The
translation o f a i Sè ir p á |e iç through the term harakãt, from which m otu s derives,
could be justified by Eud. Eth. 1220b27, where w e read : f) -n p â |iç KÍvr|(7iç.
Afterwards the presence of m otus (h arakãt ) might have assimilated gen era tio n es in
m o tio n e s in the course o f the tradition : cf. al- Kindi, D e r a d iis , ed. M.-Th.
D ’ALVERNY-F. HU DR Y, op. cit. p. 217 : U n iversa lis enim sc ie n tia e s t hom ini
n ecessa ria p r o p te r scien tiam singularium que so la con tin en t u tilitatem humanam,
p ro p te r m o t u m quem faciunt, qu od universalia numquam faciunt. It’s anyway quite
192 C. MARTINI

individuis, et ideo non sanatur homo nisi accidentaliter, sed Callias85 et


Socrates et alia individua, [a20] quibus in respectu curationis80 est
intentio humanitatis accidentalis. Manifestum ergo <est> quod ille cuius
scientia est universalis et per causam8 7 , si non abstraxerit eam a
sensibilibus aut reduxerit eam in sensibilia88, frequentius errabit in opere,
quoniam sensibile89 est subiectum curationum90. Verumtamen scire et
addiscere [a25] melius expeditur arte quam experientia, et ideo dicimus
quod artificiosi sunt magis scientes quam experti, quoniam cognitio
omnium est maior cognitione multorum et hoc accidit quia artifices
cognoscunt per causam91. Et propter hoc qui intelligunt et ordinant in
qualibet arte sunt honorabiliores laboratoribus92, quia scientia eorum est
magis in evidenti, [981 b] cum agendorum rationem assignent, sed
laboratores agunt non scientes finem98, sicut inanimata, verbi gratia ut
ignis comburit : faciunt ergo omnia sicut que operam non94 intendunt,
sed tantum in hoc differunt, quoniam inanimata reguntur in suis operatio­
nibus natura, et laboratores consuetudine98. [b5] Laboratoria igitur non
addit <scientiam> apud quam est ordinatio et causarum cognitio9 **.

curious to observe that in al-B ag d âd ï’s paraphrase the tw o term s are correctly
translated with a l-a fã l wa-1-akvãn.
85 In A ristotle it is “nomen usitatum ad significandum quem libet hom inem ” (cf.
A r is to te lis O p e r a ex recensione Im m anuelis BEKKERI ed id it A cadem ia R eg ia
B orussica, V oi. V, H. BONITZ, In d ex A r is to te lic u s , p. 359b56) ; in U s ta t’s
translation o f the M etaph ysics this name recurs in book A (1022a 26-29) and in book
Z (1030b 20). The Arabic skeleton is in both places q ly s (cf. Averroès, T a fsirM a b a 'd
a t - t a b i ’a t, ed. M. BOUYGES, op. c it ., p. 632.1 e p. 896.2) but in M ichael S c o t’s
L atin translation it corresponds to the w ord c h ilu s as well to C a ll ia s (cf. the
corresponding passages in A risto telis o p era cum A v e rro is com m en tariis, Voi. V ili,
V enetiis a p u d Junctas 1562-1574, M inerva G.m.b.H., Frankfurt am M ain, 1962).
80 in respectu curationis : 981a20 tcov orneo Aeyopivcov.
87 ille cuius scientia est universalis et per causam : 981a 21 c«v... é/X] tiç tov
kó y o v (cf. n. 81 above) Koù tò k k GóA ou pcvyveopíÇ·q.
88 insensibilia A L.
89 sensibile : 981a23 t ò k k G’ ckkcteov.
90 comparationum MS., AL.
91 981a28-30 ïaKOiv...TT|v a v ria v om .
92 laboratoribus A L : latoribus MS.
92 non scientes finem : 981b3 oinc cÌSÓtk Sè n o te î « noieî.
94 non operam MS., AL.
92 faciunt ergo...consuetudine : 981b3-5 xa. (lèv o-Civ kv|/ u x « <t>voei invi noieîv
TOVHÜV CKKOTOV TOÙÇ 8c }£Cip OTCXVCtÇ Si* C0OÇ.
90 L aboratoria igitur non addit scientiam apud quam est ordinatio e t causarum
cognitio : 981b5-6 cbç o-ú k k t r to irpKKTticoijç c^ k i ooiJitoTcpouç ovtkç k AAk
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA ME1ZON OF ARISTOTLE 193

A dhuc97 generaliter dicimus98 quod qui docet |(112v’5 lin. 1) aliquid,


videtur quod sciat illud99. Et ideo, si magis docet1®® quis arte quam
experientia, magis est ars scientia quam experimentum1®1. [blO ] Et
iterum1®2 non attribuimus aliquam scientiam cognitioni sensibili : nam
ei appropriata apprehensio singularium et removetur ab ea cognitio causa­
rum omnino, et ideo asserit quod calor est in igne, sed causam quare est in
eo non dicit omnino.

When Lacombe described this fragment103 in 1930, he did not give


his opinion about it being a Greek-Latin version or rather an Arabic-Latin
one, but he pointed out that the fragment wording (an elegans versio, in
his opinion) looked very different from the contemporary Greek-Latin
translations. Consequently, Lacombe wondered whether it could be a
version from Arabic.
In spite of its shortness, this fragment can offer interesting
indications about the tradition of the Metaphysics. I shall first discuss the
hypothesis that it comes from a Greek-Latin version (1), and afterwards
I shall proceed to examine if it possesses some of the features peculiar to
an Arabic-Latin translation (2).
(1) Translators of Aristotle from Greek into Latin generally translate
literally104 : the Greek text is rendered word for word in the attempt to
stick to the exact Greek ordo verborum. As it has been pointed out, this
way of translating does not depend on a supposed lack of subtlety in the

Koctet -to Aóyov qçeiv oeúro-úç (to-òç xeipo-téxvotç) KOti tòcç ctm aç yvto píÇeiv. If it
is correct to trace back la b o r a to r ia , through the Arabic term a l-'a m a liy y a , to T)
Ttp«KtiKT| (to TtpotKttKov), and if the integration s c ie n tia m is plausible, the
translation, though far from a literal rendering o f the Aristotelian text, appears to
convey its meaning : “practice does not increase science which implies a conceptual
understanding and the knowledge o f the causes”.
97 As in W illiam o f Moerbeke, a d h u c corresponds to e ti (cf. L. MINIO-
PALUELLO, G u glielm o d i M o erb eck e tra d u tto re d e lla P oetica d i A risto te le , in
O puscula , op. cit., p. 50), the adverb could here translate aydan.
98 dicimus : 981b8 vo|i.í£op¿v Ab : c<mv E, edd.
99 ilium M S., A L : Kon |xf] d S ó r o ç om . Ab.
100 docetur MS., AL.
101 experimento A L. 981b9- S -ú v a v ra iy á p , oí Se o-ú 8-óvavroti S i S k o k c i v om .
102 Cf. note 70.
103 G. LACOMBE, P raefatio, L ibri M etaph ysicales (4 3 ), in A ris to te le s L atin u s-
codices, p a rs p rio r, op. c i t , p. 66.
104 Cf. D. C. LINDBERG, “The Transmission o f Greek and Arabic Learning to the
W est”, op. cit., pp. 78-79.
194 C. MARTINI

translators, but it is rather due to the need of respecting the authority of


the Aristotelian text as far as possible, by reducing the translator’s
interference105 to the least. However, the ideal of a perfectly faithful
Latin version of a Greek text has never been achieved : the imperfect
correspondence of grammatical structures in the two languages, the lack
of Latin equivalents for all Greek words, as well as the mistakes peculiar
to each translator, make the exact correspondence between Latin and
Greek texts impossible. Although never achieved, this ideal is a leading
principle in translations from Greek and the origin of some of their
common features, such as the ordo verborum recreating the Greek one,
the use of particles, the presence of loanwords. On the contrary, the
fragment from the codex Ott. Lat. 2048 (f. 112ra'vb) is not a literal
version of the Greek text and it does not retain its ordo verborum. A
comparison between the Greek text, lines 980a21-24106, the Greek-Latin
translation of the Metaphysica vetus107 and the beginning of the
fragment will show this significant difference :

980a21-24 (ed. D. R oss, 1924)

návrcç RvBpamoiTO-ôeiSévai òpeyóvrai ^-úoci. oripcîov S’ f] -kùv orio-Bfiaecüv


«y«irr|(Tiç • krí yap x^ptÇ rijç XPc' aS «yomtòvtKi Si’ krÎ p-óAicrca
TOV r à Aodv f) Si r tüiv ¿ mU-RKüv.___________________________________________
M e ta p h y sic a V e tu s, AL XXV.I (ed. G. Vuillem in-Diem , 1970)

O m nes hom ines natura scire desiderant. Signum autem est sensuum d ilectio ; p re te r
enim e t utilitatem p ro p te r se ipsos diliguntur, et m axim e aliorum qui e st p e r
oculos. __ ___ ___ ______ _____ ______

105 Cf. W. S CHWARZ, “The M eaning o f Fidus Interpres in M edieval


Translation”, in Jou rn al o f T h eological Stu dies 45 (1944), pp. 73-78 ; cf. also G.
SERRA, “Filologia occidentale-orientale”, in A u tori cla ssic i in lingue d e l Vicino e
M ed io O rien te, Atti del HI, IV, V Seminario sul tema “R ecu pero d e i te s ti cla ssic i
a ttra verso recezion i in lingue d e l Vicino e M edio O rien te" , Roma, 1990, pp. 199-
214 ; P. L. SCHOONHEIM, “D ie arabische-lateinische Ü berlieferung der
aristotelischen M eteorologie”, in The A n cien t T radition in C h ristian a n d Islam ic
H e lle n ism {op. cit. above, note 36), pp. 239-258, in particular pp. 243-248 about
Gerard’s technique of translation.
106 Aristotle’s M etaph ysics by D. ROSS, Oxford, 1924.
107 Aristoteles, M eta p h ysica lib. 1-1V.4, tra n sla tio co m p o sita siv e ‘V etu s’, A L
X X V .I, op. cit.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 195

F ra g m . m s. B ib l. A p o sto lic a V a tic a n a , O tt. L a t. 2048 (f. 1 1 2 ra


I. 1 -6 )

D esiderium scien di est innatum gen eri humani ex defectu, e t significatio huius est
am or sentiendi ; nam sine omni proventu a d agenda p ro p te r ipsum com prehendere
sensus amant, e t precipu e inter a lios sensus visum.______________________________

It is rather evident that whereas the Latin translation of the


Metaphysica vetus quite faithfully follows the Greek text by means of a
Latin equivalent for each Greek term (no matter if the result is at times an
odd and pretty awkward Latin wording, such as : preter enim et
utilitatem, maxime aliorum qui est per oculos), the Ottobonian fragment
freely differs from the Greek original, with the outcome that it does not
really look like a direct version from Greek. This remark could fit the
whole text included in the Ottobonian fragment.
Lacombe drew attention to the fact that, unlike what happens in
Greek-Latin versions, in the concerned fragment there is no transcribed
or transliterated Greek term, as it was usual with translators, when they
met technical or unknown words. Lacombe’s remark turns out to be
really sharp if we go further in the comparison between the Greek
original108, the version of the Metaphysica vetus109 and the Ottobonian
fragment. As a matter of fact, we can observe that the Greek word
kohjocj) at line 981al2 is squarely transcribed in the Latin version of the
M etaphysica vetus, whereas in the fragment we read the term
perustione :

9 8 1 a l0 -1 2 (ed. D . R o ss, 1924)

TO 6’ OT1 TIRO! TOÎÇ TOlOlffSc CÏÎOÇ O; «((io piaBeîoi,


Kcqxvov or TqvSi tf)v vo ao v, ou vf|vsyicev, olbv toîç ^Aeyp-KTcßSe cnv f| m.
Phi TTUPCTTO-UOTKKTJfflj), TZYWIC______________________________________________

M e t a p h y s ic a V e tu s , A L X X V .I (ed . G . V u illem in -D iem , 1970)

Q uod autem om nibus huiusm odi secundum unam speciem determ inatis, hac
egritudine laborantibus, contulit, ut fleg m a ticis au t colericis au t estu febricitan tibu s
Kccuatp a rtis est ____________________________________________________________

108 Cf. n. 106 above.


Cf. n. 107 above.
196 C. MARTINI

Fragm . ms. Bibl. A postolica Vaticana, Ott. Lat. 2048


(f. 112rb 1. 2-4)

S ed cum com prehendim us qu od profu it om ni fe b ricita n ti ex uno aliquo humore, ut


ex flegm ate, aut cholera, au t ex perustione invasis, tunc hec cogn itio e s t ars. _____

Of course, this fact might be accounted for by the author’s own


ability to translate Kocúcroç, an ability which the translator of the
Metaphysica vetus might not have possessed ; but the fact that a
distinctive feature, which is peculiar to Greek-Latin translations, is
missing in the Ottobonian fragment is none the less worth noting.
(2) The translations from Arabic into Latin too are made according
to the same literal method used for the Greek-Latin ones, but they have
peculiar characters and stylistic elements, due to the mediation of one or
more Semitic languages (Arabic, or Syriac-Arabic). The Ottobonian
fragment shows some of these features110.
First of all, in the fragment the expression et significatio huius est
corresponds to OT)p.eîov Sc, line 980a21, and it seems to imply the
Arabic stylistic pattern wa-1-dalîl 'alã dãlika anna ; in the Metaphysica
vetus111, on the other hand, the expression OT|(xetov Sc is translated
with signum autem est. Again, the expression causa huius est quod
corresponds to am o v S’ on, line 980a26, and it seems to presuppose
the construction wa-sabab 'alã dãlika anna. On the contrary, in the
Metaphysica vetus the expression am o v SJ o n is translated with causa
autem est.
Besides, the fragment presents several extensions of the text if
compared with the Greek original, due to the use of more terms or
hendiades to render a single Greek word. Such a feature could also be
interpreted as a mark peculiar to the Arabic-Latin translator112, but it is
well-known that a whole group of Arabic translations of Greek works is
likewise characterized by the use of more terms, hendiades and
periphrastic constructions, in order to render the whole range of meaning

110 Cf. L. MINIO-PALUELLO, “Aristotele dal mondo arabo a quello latino”, op.
c it., p. 520.
111 Cf. n. 107.
112 C. S. F. BURNETT, “Literal Translation and Intelligent Adaptation amongst
the Arabic-Latin Translators of the First H alf o f the Twelfth Century”, in Atti del
convegno internazionale La diffusione delle Scienze Islam iche nel M edio evo europeo
(1 984), Accademia Nazionale dei Lincei, Roma, 1987, p. 11.
ARABIC VERSION OF THE BOOKALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 197

of a given Greek word113 more precisely and to convey emphasis. Some


examples are collected in the following tables :

9 8 0 b 2 3 - 2 4 (ed. D . R o ss, 1924) F ragm . m s. B ib l. A p. V a tica n a ,


O tt. L at. 2048 (f. 1 1 2 ra 1. 19)
olov (jiAvrtK Kciv ct in. toio -Gtov «AA o
ycvoç Çcpüiv e o n ut apes, fnrmice. e t sim ilia

980 b 2 5 -2 7 (ed . D . R o ss, 1924) F ra g m . m s. B ib i. A p .V a tic a n a ,


O tt. L a t. 2048 (f. 1 1 2 ra I. 23-25)
■ta pcv o-5v «AA« rcûç i(iKvcacnoaç
Kcd tkîç p-v-qp-aiç;, è|xncipíaç 6c Et item que imaginantur et memoriantur
|xetcx¡eiF-iKpóv et habent ingenium in sua vita. Quedam
carent experientia...____________________

In addition, we can observe that in the fragment the pattern


non...nisi occurs three times and renders affirmative sentences in
Greek : a typical feature of many Arabic-Latin translators, including
Gerard of Cremona114.
Finally, y áp is translated with nom as well as et ideo ; the latter,
which never renders y áp in the Latin versions from Greek115, is found
six times in the fragment.

113 G. ENDRESS, P roclu s A rabu s, op. cit., pp. 155-158.


114 Cf. G. SERRA, “La traduzione araba del de Generatione et Corruptione di
Aristotele citata nel Kitãb al-Tasrìf, attribuito a Cabir,” in M e d io e v o . R iv ista d i
S toria d ella F ilosofia M edievale 23, (1997), pp. 212, 219, 222, 224-225, 227, 233,
236, 240, 243, 244, 247, 251, 259 ; in these pages, where the Greek text o f the D e
G eneratione e t C orruptione, its Arabic translation, quoted in the K itãb at- Tasrif, and
the Arabic-Latin translation by Gerard o f Cremona are compared, it is possible to
point out Gerard’s substantial use o f the pattem non...nisi to render Greek affirmative
sentences.
115 Cf. L. MINIO-PALUELLO, A risto te le d a l m ondo a ra b o a qu ello latin o, op.
c it., p. 520.
198 C. MARTINI

4 . T h e s t y l i s t i c p a t t e r n s o f t h e A r a b i c -L atest t r a n s l a t i o n s :
M ic h a e l S c o t versu s Gerard of Crem o na

A closer research about the typology and stylistic patterns of


Arabic-Latin translations supports the previous observations as well as
the hypothesis that the Ottobonian fragment comes from an Arabic-Latin
translation. To this end, I have first examined whether or not the stylistic
patterns recognized in the Ottobonian fragment are the same used by
Michael Scot in his Arabic-Latin translation of books a and A 116 of
Aristotle’s Metaphysics111, surviving in the Tafsir mã ba'd at-tabfa by
Averroes118. In some cases, I have extended this research to Gerard of
Cremona’s Latin translation of the De Generatione et Corruptione119.
The following tables report both the peculiarities of each single Arabic-
Latin translator and the common features which could be considered
typical of Arabic-Latin translations as such.
1. et signifícatio huius est : in Michael Scot’s translation of book a
there is a very similar expression to the one in the fragment, i.e. et
significatio huius est. In this case it is possible not only to trace back to
the Greek antecedent (993a31), but also to the Arabic stylistic pattem,
which could only be presupposed when dealing with the fragment :

993a31 (ed. D. T a fs ir m a ba'd a t- A r i s t o t e l i s o p e ra cum


R o ss, 1 9 2 4 ) ta b i'a (ed. M . A v e r r o is c o m m e n ta r iis ,
B o u y g es, T .l, p. 3) V o l . V i l i , p. 2 9 .

onucìov Sé w a-l-dalil 'ala dâlika aima E t signum eius est

1 *6 A ris to te lis o p e ra cum A v e rro is c o m m en ta riis. Vol. V ili, V en etiis a p u d


Jun ctas 1562-1574, Minerva G.m.b.H., Frankfurt am Main, 1962, pp. 6-36. The
lemmas o f Aristotle’s text, followed by Averroes’ commentary, are numbered in a
consecutive way. I will conform to this numbering and place the initial T. before each
number, as in Bouyges’ edition o f the Tafsir.
117 Cf. n. 106 above.
118 Averroès, Tafsir M a ba ‘d a t-ta b i ‘at, tome V.2, op. cit ., pp. 55-164.
119 Aristotle, C om ing-to-be an d P assin g-aw ay (D e G eneratione e t C orruptione), a
revised text with introduction and commentary by H.H. JOACHIM, Oxford, 1922. For
the edition concerning the Latin translation o f Gerard o f Cremona’s work cf. G.
SERRA, La traduzione araba del D e G eneratione et C orruptione d i A ristotele citata nel
K itàb al-T asrìf, attribu ito a õ ã b ir , op. cit., pp. 210-259.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MELLON OF ARISTOTLE 199

The stylistic pattern et significatio illius est very often occurs in the
De Causis, one of the most famous Arabic-Latin translations by Gerard
of Cremona120. The same remark is possible concerning the expression
causa huius est quod :

989b 31 (ed. D. T a f s i r m a ba'd af­ A r i s t o t e l i s o p e ra cu m


R o ss, 1924) fa b V a (cd M. Bouyges, T. A v e r r o i s c o m m e n t a r i i s ,
19, p. 101) V o l . V i l i , p. 1 6 .

to 8’ « m o v cm va-sabab dâlika aima E t causa in hoc est Quia

2. Hendiadies and text extensions : in Michael Scot’s translation we


can observe the same phenomenon we saw in the fragment, namely the
use of hendiades in rendering Greek terms. An example is provided by
the translation of line 988a4 :

988a4 (ed. D . T a f s î r m a b a ‘d a f- A r i s t o t e l i s o p e ra cum


R o ss, 1924) f a b ï ‘a (ed M. Bouyges, T. A v e r r o i s c o m m e n t a r i i s ,
9, p. 75) V o l . V IH , p. 1 0 .

KOÍltOT XWUTOt fa-hâdihi am ülatu v a Ista igitu r sunt exem pla e t


ïídv otpxwv tasblhâtu 1-m abàdi allati sim ilia DrinciDiorum auae illi
CKCIVCOV CffTlV käna yaqülu dicebant

3. Non...nisi : also in Michael Scot’s version of book A of the


Metaphysics we can notice the syntagm non... nisi, which stays for the
Arabic innam i and is here used to render affirmative sentences in
Greek :

M e ta p h y s ic s T a f s i r m ã b a'd af­ A risto telis opera cum


(ed. D . R o s s , 1 9 2 4 ) f a t i a (e d M. Bouyges) A v e n o is com m entariis,
Vol. VIH pp. 6-36.

A .987M 4 T.6 wa-innamã T.6 non ... nisi

A.987b9 T.9 innamã T.9 non ... nisi

120 Cf. A. PATTIN, “Le Liber de Causis. Édition établie à l ’aide de 90 ms avec
introduction et notes”, in T ijd sch rift v o o r F ilo so fìe 28 (1966), pp. 90-203, in
particular pp. 136.29, 138.83-4, 150.81, 151.91, 153.31, 155.54, 172.26, 180.50,
184.9, 187.69, 193.57.
200 C. MARTINI

A.989b21 T.18 innamã T.18 non . . nisi

A.990a4-5 T.19 innamã T.19 non . . nisi

A .990M 2 T.27 fa-innamã T.27 non . . nisi

A .990M 4-15 T.27 fa-innamã T.27 non . . nisi

A.991a25-26 T.32 wa-innamã T.32 non . . nisi

A.992b2-3 T.45 fa-innamã T.45 non . . nisi

A.992b6-7 T.45 fa-innamã T.45 non . . nisi

A.992b8-9 T.46 innamã T.46 non . . nisi

The same formula has already been met in the Ottobonian fragment.
The use of the construction non...nisi for innamã is attested also in
Gerard of Cremona’s Latin translation of the De Generatione et
Corruptione121, as already mentioned above.
4. Et ideo : in the Ottobonian fragment the formula et ideo
corresponds tcryáp, whereas in Michael Scot’s version of the first two
books of the Metaphysics it always translates the Arabic wa-li-dãlika / fa-
li-dãlika, corresponding to the Greek Sró - Siónep 122. On the contrary,
Gerard of Cremona in his translation of the De Generatione et
Corruptione renders the Arabic wa-li-dãlika, i.e. the Greek Sió, by et
propter illud123. Texp124 is usually rendered by Michael Scot through
enim, which translates the Arabic inna / fa-inna / wa-innahû / wa-dãlika
li-anna / li-anna, as the following examples will show125 :

*21 Cf. n. 114 above.


122 Cf. the following lines o f Greek text with the Arabic one and the Latin one
by Michael Scot in brackets : 989a2 (T.13), 989b27 (T.18), 9 9 0 a l6 (T.21), 992a30
(T.44) o f book A and lines 993b28 (T.4), 994a31 (T.7), 994b2 (T.7), 994b24 (T .ll),
995al2 (T.15), 9 95al6 (T.16), 995al7 (T.17).
122 Cf. G. SERRA, “La traduzione araba del de Generatione et Corruptione di
Aristotele”, op. cit., p. 288.
124 It is worth noticing that y á p at the beginning o f a sentence often remains
untranslated in N azif’s Arabic version o f book A extant in the T af s ir m i ba'd at-tabi'a.
125 The examples in the table correspond to all the cases when it is possible to
observe the double correspondence between the Arabic version and the Greek text and
the Latin version and the Arabic text. There are then more cases o f enim translating
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 201

M e ta p h y s ic s T a f s i r m i 6 a 'd at­ A risto te lis opem cum


(ed. D . R o s s , 1 9 2 4 ) ta b la ( ed M. Bouyges) A v e r n is com m entariis,
Vol. Vm, p. 6-36.

A .9 8 8 a l0 v « P T.9 fa-inna T.9 enim

A.989a21 v«P T.15 fa-inna T.15 enim

A .989M 7 v«P T.18 wa-inna-hü T.18 enim

A.989b32 v«P T.19 fa-inna T.19 enim

A.990a29 v«P T.24 inna-hü T.24 enim

A .9 9 0 b l0 v « P T.27 wa-dãlika-li-anna T.27 enim

A .990b33v«P T.30 inna T.30 enim

A .992a4v«P T.41 fa-inna T.41 enim

A .9 9 2 a l9 v « P T.43 fa-inna T.43 enim

A .9 9 2 b l6 v « P T.46 li-anna T.46 enim

A.993a3 v«P T.49 fa-inna T.49 enim

The common features arising from the comparison of the Ottobonian


fragment with other Arabic-Latin translations are enough to show the
syntactical similarity, thus allowing us to infer that the fragment belongs
to an Arabic-Latin translation. On the other hand, the fragment proves to
have been written by a translator whose use of particles was different
both from Michael Scot’s and Gerard of Cremona’s ones. The only Latin
translation which could show stylistic analogies with the fragment126 is
al-Kindi’s version of the De Radiis, about which even M.-Th. d’Alvemy
finds it more cautious to propose no precise attribution127.
Notwithstanding the shortness of the extant text, we are entitled to
conclude that the fragment is very likely to come from an Arabic-Latin
version of the Metaphysics. In all likelihood, we are not dealing with an
isolated portion of the Nova, which somehow got detached from the rest
of the translation. Actually, what we face seems to have good chances to

the Arabic forms inna / fa -in n a / wa-inna-hü / w a-dãlika-li-anna / li-an n a (T. 26 ; T.


36 ; T. 43 ; T. 47 ; T. 49 ; T. 50).
126 Cf. n. 56, 57, 84 above.
127 Cf. al-Kindi, D e R adiis, ed. M.-Th. D ’ALVERNY-F. HUDRY, op. c it., pp.
169-172.
202 C. MARTINI

be an Arabie-Latin version of the Metaphysics, different from the Nova.


But if this is the case the Ottobonian fragment provides us with the
evidence of the existence of the beginning of the Metaphysics in Arabic.
On the other hand, it should be said that this is suggested also by the
very existence of the paraphrase of the first two books of the
Metaphysics by ‘Abd al-Latif al-Bagdãdí.

5. T h e c o m p e n d iu m o f a a n d A in t h e K it a b f î 'i l m m a b a 'd

at -T a b ï 'a b y ‘A b d a l - l a t î f a l - B a g d ã d í

Muvaffaq ad-Dïn Muhammad 'Abd al-Latif b.Yüsuf al-Bagdãdí128


lived between the end of the 12th and the beginning of the 13th centuries.
About his education, we know that he first devoted himself to the
traditional Islamic sciences such as grammar and law, then he turned to
natural sciences, alchemy and philosophy. He wrote several medical and
philosophical treatises, still little studied up to now.
The most interesting writing by ‘Abd al Latîf al-Bagdãdí is the
Kitãb fì 'ilm mà ba'd aí-íabía, his summa metaphysica. This treatise,
surviving in MS. Cairo, Dãr al-kutub al-Misriya, Taimúr collection,
Hikma 117, first became known thanks to P. Kraus’ study Plotin chez
les Arabes129. Afterwards, in 1952, F. Rosenthal discovered a second
manuscript : Istanbul, Süleymaniye Kütüphanesi, Carullah 1279.
The Kitãb fi 'Ilm mà ba'd at-tabi’a consists of three different parts :
the first (fusül 1-4) deals with beings and their properties, the second
(fusül 5-12) concentrates on principles of demonstration and definition,
the third and last part (fusül 13-24) is fully dedicated to the description
concerning the hierarchy of the immaterial beings. It is a relevant work in

128 M uvaffaq ad-Dïn Muhammad b.Yüsuf 'Abd al-Latíf al-Bagdãdí was bom in
Bagdad in 1162 and died there in 1231. He was a versatile scholar and one o f the few
Arab authors known in Europe at the beginning o f the 19th century. As a matter o f
fact, his K itãb al-ifãda v a -l-i'tib ä r , the description o f one o f his journeys to Egypt
which he undertook after 1189, was translated into Latin, German and French.'Abd
al-Latif al-Bagdãdí travelled a lot from Bagdad to Cairo, from Damascus to Jerusalem.
Cf. the entry by S. M. STERN in EI2, 1, p. 74.
12<1 P. KRAUS, “Plotin chez les Arabes”, in B ulletin d e l ’In stitu t d ’E g yp te 23
(1940-41), pp. 263-295.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 203

the process of the Arabic assimilation of the Greek thought, showing as


it does the acquaintance of its author with the most significant elements
of the Greek metaphysical doctrines. Al-Bagdãdi collects in it a
compendium of Aristotle’s Metaphysics, the De Providentia by
Alexander of Aphrodisias, the Liber de Causis, some sections of the
Elements o f Theology by Proclus and the Enneads IV-VI by Plotinus,
the latter already arranged in the form they take in the pseudo-Theology
by Aristotle130.
Only a little part of this important metaphysics handbook has been
edited, i.e. the compendium of book A of Aristotle’s Metaphysics (fusûl
13-16)131. In these chapters it is easy to see at work an attempt to
“neoplatonize” the Aristotelian metaphysics in order to harmonize it with
the monotheistic theology. Al-Bagdãdi aims at presenting the Prime
Mover, the First Principle and the First Cause as features of the one God
of the Koran. Such a move is remarkably coherent with al-Kindi’s view
about Greek philosophy.
A. Neuwirth132 also edited the part of al-Bagdâdï’s compendium
covering the first two books of the Metaphysics {fasi 1). In this section

130 Cf. note 37 above.


131 A. NEUWIRTH, ‘A b d al L a tîf al-B agdàdï’s B earbeitu n g, op. cit. A s mentioned
above, the edition includes fu sû l 13-16 o f the K itäb f l 'Um m à ba'd at-tabi'a. In fa si
13 there is a paraphrase o f book A ispired to the commentaries o f Alexander and
Themistius ; fa si 14 consists o f a description o f book A astronomical theory ; fa s i
15 contains a sort o f summary discussion o f the follow ing concepts : movements,
contraries, téA oç and the other causes ; finally, in fasi 16 there is a compendium of
the F I m a b ã d i’ al-ku ll by Alexander. It is to be noticed that ‘Abd al Latîf al-Bagdâdï’s
paraphrase to book A (fu sû l 13-16) is separated from the compendium o f the other
M e ta p h y s ic s books (fu sû l 1-12) as if it were an independent treatise. This fact
suggests that the Arab Hellenists often considered the different books o f the
M eta p h ysic s as autonomous treatises. Neuwirth’s work has been reviewed in a very
critical vein by D. GUTAS, “Editing Arabic Philosophical Texts”, in O rien talistisch e
Literaturzeitung 25 (1980), col. 213-222.
132 A. NEUWIRTH, “Neue Materialien zur Arabischen Tradition der beiden ersten
M etaphysik-Bücher”, op. c it., pp. 84-100. The review concerning the English
translation o f al-Kindi’s F irst P h ilosoph y by A. L. IVRY (Al-Kindi, M etaph ysics. A
tra n sla tio n o f Y a'qub ib n Ishaq a l-K in d i's T reatise "On F irs t P h ilo so p h y ” w ith
Introduction a n d C om m entary, by A. L. IVRY, op. cit.) was the starting point for this
publication.
204 C. MARTINI

of the compendium, book a appears together with book A and quite


long passages of A , not available in Nazif’s translation used by
Averroes, are paraphrased. So in al-Bagdadi’s compendium we meet
first the paraphrase of book « (Bekker 993a30-995a4), then the para­
phrase of book A (Bekker 980a21-990bl), and finally the paraphrase of
book « (Bekker 993bll-995al0) once again.
This document counts as a further confirmation that the beginning
of book A of the Metaphysics had been translated into Arabic. Actually,
in the K. ñ 'Ilm mà ba'd at-tabía by al-Bagdãdi we can also find a
paraphrase of the part book A (Bekker 980a21-981bl3) which is
translated in the Arabic-Latin fragment133.

c r" -& • ^ J J J h i* Õ L J j J S j 9H 0»2l


W 23 I Aj¡ V dU/jùj 9R0-2*
•V c W uri— VI j j S Z j m m . £ -J Í ÍA ïj

^ J 981-I5-Î8 .Si^dl is ty

[980a21] A ll men by nature are longing to know, with no other aim but
knowledge itself. [980a28] And in the same way they take pleasure from
sensations (as such) with no other advantage [980a23] (and especially
from the two senses o f hearing and sight). [9 8 0 b 2 8 ]. B y repeating
sensations, experience, which is a guarantee o f know ledge, arises.
[9 8 1 al5-18] Experience works as a skill in particulars and art works as a

133 A. NEUWIRTH, “Neue Materialien zur arabischen Tradition der beiden ersten
Metaphysik-Bücher”, op. cit., p. 97 ; I have eliminated from Neuwirth’s edition the
graphic marks A. Neuwirth uses to indicate the transformations o f the Aristotelian
text by ‘Abd-al-Latif al-Bagdãdi. On the other hand, I have maintained the Bekker’s
numbering A. Neuwirth places before the text unities corresponding in ‘Abd-al-Latif
al-B agdadi’s text, to easy the comparison with the Greek text and the one o f the
Ottobonian fragment. This numbering has been reported in the English translation I
propose. This translation tries to be as literal as possible and to adhere to the original
word order.
ARABIC VERSION OF THE BOOK ALPHA MEIZON OF ARISTOTLE 205

skill in universals, and actions and generations do not concern anything


but particulars. The best thing is when art is connected to experience, and
in this way wisdom becomes more solid and deeper. [9 8 1 a 2 7 -b l3 ]
W hoever knows the aim, necessarily knows the cause o f the action.
Thanks to the understanding o f that (the aim) men deserve to be called wise
men, and without it they resemble an irrational animal. Who relies on
sensation does not know the cause : he thinks fire is hot, but he does not
know why it is hot.

6. C o n c l u s io n s

The comparison of the examined documents allows us to state what


follows. The fragment of the manuscript Bibl. Apostolica Vaticana, Ott.
Lat. 2048 f. 112ra'vb preserves an Arabic-Latin translation of the first
chapter of book A of Aristotle’s Metaphysics. Therefore, the Arabic text
of this first chapter of book A really existed. On the other hand, a further
evidence of its existence is given by al-Bagdadi’s compendium, where
we can find the paraphrase of the same text portion (lines 980a21-
98 lb 13), which appears translated in the Ottobonian fragment. From the
Arabic translation of book A , not unknown in al-K indi’s
surrondings134, but — be it by chance or for choice — not included in
the permanent corpus of the Metaphysics books, al-Kindi himself drew
some recognizable quotations. Later on, al-Bagdadi used a translation of
A for his compendium.
At a certain time and place, which only a future research will clear
up, the Arabic translation of book A, including at least the first two
Bekker pages (actually missing in Nazif’s translation, deprived as it is of
the first seven pages), was translated into Latin. The Ottobonian
fragment is the rest of this translation, but nothing at present enables us
to establish whether or not it originally went farther than line 981M3.
The translation was carried out either on the basis of a complete text of
the Arabic translation of book A which we know, namely Nazif’s one,
or on the basis of another Arabic translation of book A (maybe by Ustãt
or by Ishaq), unknown to us and including also the part missing in

134 The whole material used by al-Bagdadi for his compendium com es from the
circle of Hellenists and translators gathered around al-Kindi : cf. n. 36, 37 e 38 above.
206 C. MARTINI

N azíf’s present text. Only a detailed comparison with the stylistic


patterns and syntax of Michael Scot’s Arabic-Latin translation of the
Metaphysics will help decide if the Ottobonian fragment derives from
Ustat’s version, from the one by Ishaq, or from the version by Nazif135,
even though the shortness of the surviving text portion on the one hand,
and the lack of a text common to the three terms of comparison on the
other, makes any result quite questionable.
At the time when Averroes started working at his G re a t
Commentary on the M etaphysics, the Arabic text from which the
Ottobonian fragment is derived was not available to him. As Walzer136
maintained, he could just rely on Nazif’s translation of book A, which
he — doing the same as al-Bagdãdi was about to do shortly after, at the
other end of Islamic world — placed after what he conceives of as the
introductory book to the Metaphysics, that is to say a

(University of Padua)

133 This research will be the subject-matter of my PhD dissertation, in preparation


at the moment.
136 Cf. n. 45 above.
DANIELLE JACQUART

LES MANUSCRITS
DES TRADUCTIONS DE GÉRARD DE CRÉMONE :
QUELQUES CARACTÉRISTIQUES FORMELLES.

“La recherche sur l’œuvre de Gérard de Crémone s’est considéra­


blement renouvelée ces dernières années1. Si certains points obscurs ont
été éclaircis, grâce notamment à une meilleure connaissance des textes
originaux arabes, l’état de la question est aussi devenu plus complexe. Il
n’est plus de mise de considérer l’entreprise tolédane comme une sorte
de travail à la chaîne, au cours duquel le traducteur aidé de socii
s’efforçait de fournir au monde latin le plus grand nombre de textes
possible. Sont mis en évidence désormais la cohérence de l’entreprise,
sous-tendue par un probable projet intellectuel précis, et, malgré une
apparente obscurité due à un parti pris de fidélité extrême à l’égard des
originaux, le souci d’améliorer ou d’expliciter le texte. Cette dernière
caractéristique est attestée par l’existence de révisions2 et par la présence
de notes marginales, assez régulièrement reproduites par les scribes
successifs, dont certaines semblent remonter au temps de la traduction.
Marshall Clagett a jadis proposé une typologie commode de ces notes ou

1 II est impossible de donner ici un aperçu complet des travaux publiés ; seront
seules mentionnées les publications qui constituent des jalons et offrent elles-mêmes
une bibliographie : P. PIZZAMIGLIO (éd.), G era rd o d a C rem on a , Crémone, 1992
(A nnali d ella B iblioteca sta ta le e L ibreria civica d i C rem on a , XLI) ; C. BURNETT,
“The Institutional Context o f Arabie-Latin Translations o f the Middle Ages : A Re­
assessment o f the School o f T o led o ”, dans O. WEIJERS (éd.), V ocabulary o f Teaching
an d R esearch betw een the M iddle A ges an d Renaissance, Tumhout, 1995 (CIVICIMA,
É tudes su r le vo cabu laire in tellectu el du M oyen  ge, VIII), pp. 214-35 ; ID., “The
Coherence o f the Arabie-Latin Translation Programme in Toledo in the Twelfth-
Century”, à paraître dans Science in C on text [cet article contient notamment une
nouvelle édition de la V ita, composée par les s o c ii de Gérard de Crémone après sa
mort].
2 C ’est Paul Kunitzsch qui, le premier, a attiré l ’attention sur la pratique des
révisions, à propos de la traduction de l ’A lm a g e ste de Ptolémée : P. KUNITZSCH,
D e r A lm a g e st, D ie S yn taxis M ath em atica d e s C lau diu s P to lem ä u s in a r a b isc h ­
lateinischer Überlieferung, Wiesbaden, 1974.
208 D. JACQUART

gloses : des variantes de traduction ou leçons doubles ; le relevé des


variantes offertes par les manuscrits arabes utilisés par le traducteur ; de
véritables notes ou additions destinées à clarifier ou compléter le texte3.
Souvent transcrites dans des encadrés rouges, parfois accompagnés de
motifs décoratifs, ces notes peuvent atteindre une ampleur particulière.
Par exemple, les gloses accompagnant la traduction du Kitâb al-Mansürï
du médecin ar-Râzï, quand elles ne furent pas malencontreusement
intégrées au texte, finirent par être transcrites en une colonne délimitée
par un trait rouge, voire par former un opuscule séparé, muni du titre
Additiones Almansoris ou Additiones Rasis 4
Les caractéristiques principales de ces traductions — qu’elles
partagent d’ailleurs avec d’autres réalisées en Espagne - peuvent être
ainsi récapitulées : absence de préface propre au traducteur ; absence de
commanditaire ou de dédicataire connus ; littéralité dans laquelle la
phrase se coule dans le moule arabe sans veiller à l’élégance du latin ;
pratique fréquente des remaniements successifs ; présence d’annota­
tions. L ’ensemble de ces caractéristiques incite alors à poser la question
du statut des traductions tolédanes : étaient-elles destinées à être
“publiées”, à sortir du milieu qui les avait conçues, sous une forme
consciemment élaborée à cet effet, ou, au contraire, n’étaient-elles que
des instruments de travail réservés à l’usage d’un milieu restreint de
lettrés, sans vocation première à sortir de ce milieu ? Les modalités de
diffusion de ces traductions, du vivant de Gérard de Crémone et juste
après sa mort, au moment où ses socii rédigèrent son éloge et la liste de
ses travaux, dépendent intimement de leur statut. L’étude des manuscrits
les plus anciens, toutes disciplines confondues, permettrait sans doute de
préciser ces modalités de diffusion et, de manière concomittante, le statut
des traductions.

3 Cette typologie était proposée à propos de la traduction des V erba filio ru m des
Banü Müsâ : M. CLAGETT, A rch im edes in th e M id d le A g e s, vol. I, The A ra b o -
Latin tradition , Madison, 1964, pp. 231-33.
4 L. THORNDIKE, “Latin Manuscripts o f Works by Rasis at the Bibliothèque
nationale, Paris”, dans B ulletin o f th e H isto ry o f M edicin e, 32 (1958), pp. 54-67 ;
D . JACQUART, “Remarques préliminaires à une étude comparée des traductions
m édicales de Gérard de Crémone”, dans G. CONTAMINE (éd.), T ra d u ctio n e t
traducteurs au M oyen A ge, Paris, 1989, pp. 109-18.
LES TRADUCTIONS DE GÉRARD DE CRÉMONE 209

L ’attribution des traductions dans les manuscrits.

Le nom du traducteur est très sporadiquement mentionné dans les


manuscrits. Pour tirer de cette constatation quelque conclusion sur la
première diffusion des traductions, il convient de se limiter aux témoins
les plus anciens, car l’existence de la liste, d ’ailleurs incomplète,
composée par les socii a pu permettre à des copistes ultérieurs
d’introduire une attribution lorsqu’elle n’existait pas dans leur modèle. H
arrive même que cette attribution soit malvenue. Par exemple, le premier
état du texte du Liber ad Almansorem, de Rhazès, qui ne semble pas
devoir être imputé à Gérard de Crémone, auteur de la seule révision, est
parfois attribuée au traducteur5. C’est le cas dans le manuscrit Latin 6893
de la Bibliothèque nationale de France, qui date de la seconde moitié du
XIIIe siècle67. Les manuscrits les plus anciens de la première version,
comme le Latin 6906 ou YAdditional 9213 de Cambridge, University
Library ne mentionnent pas le nom de Gérard de Crémone. Sans avoir eu
directement accès à la liste des socii, le copiste du Latin 6893 (ou son
modèle) a pu se fier à ce qui était connu d’après les titres ou les
colophons de transcriptions de la révision. Dans ces dernières la mention
du traducteur n’est d’ailleurs pas constante ; il y a tout lieu de croire
qu’elle fut ajoutée dans des copies réalisées après la mort du traducteur.
Le Latin 6901 fournit de ce point de vue un exemple intéressant.
D ’origine italienne, il est daté de 1230. Le nom de Gérard de Crémone se
trouve enchâssé dans le titre du Liber ad Almansorem, dont le texte
correspond à la révision effectivement attribuable au traducteur tolédan :
Abubecri Rasis filii Zacharie liber incipit translatus a magistro Gerardo
Cremonensi in Toleto de arabico in latinum, quem ab eo Mansorius
vocatur eo quod regis Mansorii Y saac filii precepto. Verba A b u b e c r i .

La traduction du Liber divisionum du même Rhazès, qui suit


immédiatement, ne comporte aucun mention de l’intervention de Gérard
de Crémone. Toutefois, à la fin du manuscrit, après la transcription de
Synonyma annexés au Liber divisionum, son nom apparaît en une

5 Sur cette question de la révision du L ib e r a d A lm a n s o r e m , voir :


D. JACQUART, “Note sur la traduction latine du K itàb al-M an su ri d e R h azès ”, dans
R evue d ’H istoire des Textes, 24 (1994), pp. 359-74 [réimpr. dans D. JACQUART, La
scien ce m é d ica le o c c id en ta le en tre deu x ren aissan ces (XIIe s.-X V e s.). Variorum,
1997, n° VIII].
6 La transcription du L ib e r a d A lm ansorem est aux folios 131r-216r.
7 Lat. 6901, fol. lr.
210 D. JACQUART

formule qui suggère que le copiste de ce manuscrit a reproduit un modèle


transcrit peu de temps après la mort, en 1187, du traducteur8.
Explicit liber divisionum translatus a magistro Girardo Cremonensi de
arabico in latinum in civitate Toletana, cuius anima requiescat in pace.

Une recherche systématique de la mention du nom du traducteur


dans les plus anciens manuscrits permettrait sans doute de relever des
traits communs. Dans l’état actuel des investigations, il est difficile de
trouver des critères pour justifier la présence ou l’absence de cette
mention. Quelques exemples donneront la mesure des disparités.
Alors qu’aux dires de ses socii, Gérard de Crémone se rendit à
Tolède amore Almagesti quem apud Latinos minime reperiit9, quatre
manuscrits seulement sur un total de trente-quatre copies examinées de
YAlmageste de Ptolémée comportent son nom10. Au sein de la classe A
définie par Paul Kunitzsch, qui correspond à un premier état du texte,
seul le manuscrit Palatin latin 1365 de la Bibliothèque Vaticane, daté de
1385 et d’origine française, fournit cette indication :
Explicit liber Ptolomei Pheludiensis qui dicitur Almagesti totam continens
astronomiam, hunc librum Gerardus Cremonensis transtulit de arabico in
latinum11.

La date tardive du manuscrit réduit sa représentativité de ce point de


vue et il y a tout lieu de croire que, dans son premier état, la traduction de
YAlmageste a circulé sans mention de Gérard de Crémone. Au sein de la

8 Ibid, fol. 112v. A cette mention est accolée une autre livrant la date et le nom
du copiste : “Anno M CCXXX, indictione tertia, V die iunio intrante, in hospitio
Tolandi nepotis domini Rainerii, a Rogerio, imperio magistri Raimundi fìscici, fuit
scriptus”. Ce manuscrit faisait partie dès 1426 de la bibliothèque des ducs de Milan à
Pavie, cf. C. SAMARAN et R. MARICHAL (dir.), C a ta lo g u e d e s m a n u scrits en
écritu re latine, p o rta n t d es indications d e date, d e lieu ou d e copiste, t. II, Paris, 1962,
p. 379.
9 Cf. la Vita, éd. C. BURNETT, “The C oh eren ce...'”.
10 Claudius Ptolemäus, D e r Sternkatalog d e s A lm agest, D ie a ra b isch -m ittela lter­
liche Tradition , II. D ie lateinische Übersetzung G erhards von Cremona, herausgegeben
und b e a rb e ite t von P au l K unitzsch, Wiesbaden, 1990. Les indications qui suivent
concernant les manuscrits de Y A lm a g este sont tirées de cette publication. J’ai moi-
même examiné les manuscrits de Paris et de Florence.
11 Fol. 206r. Rappelons que l’appellation P helu dien sis vient de la déformation du
prénom de Ptolémée “Klaudios” dans sa translittération en arabe et que, de ce fait, une
confusion s’est opérée avec la ville de Péluse en Égypte.
LES TRADUCTIONS DE GÉRARD DE CRÉMONE 211

classe B définie par Paul Kunitzsch, qui correspond au dernier état du


texte, deux manuscrits portent cette mention. L ’un date du début du
XIIIe siècle, l’autre du XVe siècle :
— Expleta est dictio tertiadecima libri Ptolomei et cum ea completur libri
Almagesti de disciplinalibus quem magister Giraldus Cremonensis de
arabico in latinum transtulit.

— Expleta est dictio. 13. libri Ptolomei et completur A lm agesti de


disciplinalibus quem Gerardus Cremonensis transtulit ex arabico in
latinum12.

Il reste le cas particulier du manuscrit de la Bibliothèque


Laurentienne de Florence (Laur. 89 sup. 45) qui offre le texte de
VAlmageste en un état intermédiaire entre la classe A et la classe B. Le
nom de Gérard de Crémone est indiqué à la fois au début et à la fin du
texte. Dans la mention d’explicit est aussi donné le nom d’un probable
copiste “magister Thadeus Ungarns” qui dit avoir œuvré à Tolède en
1175. Le manuscrit de Florence étant lui-même postérieur (première
moitié du XIIIe siècle), rien n’indique que son modèle dû à “Thadeus
Ungarns” ait précisé le nom du traducteur :
Incipit liber Almagesti Ptolomei Pheludensis translatus a magistro Girardo
Cremonensi de arabico in latinum... — ... Expleta est dictio tertiadecima
libri Ptholomei et cum ea completur liber Almagesti de disciplinalibus.
Finit liber Ptholomei Pheludensis qui grece megaziti, arabice almagesti,
latine vocatur vigil, cura magistri Thadei Ungari, anno domini millesimo
C LX X V 0 Toleti consumatis, anno autem arabum quingentesimo L X X °
< deletur> mensis octavi XIo die, translatus a magistro Girardo Cremonensi
de arabico in latinum13.

L’inégalité dans la représentation du nom du traducteur peut encore


se mesurer à travers l’exemple du manuscrit Latin 9335 de la
Bibliothèque nationale de France qui, avec une vingtaine de traductions
dues à Gérard de Crémone, constitue une anthologie homogène, tant
d’un point de vue formel que du contenu, puisqu’il s’agit de textes
d’origine grecque ou arabe traitant de mathématiques, d’astronomie et de
sciences dites “intermédiaires” comme l’optique.Datable du début du
XIIIe siècle (ou de la fin du XIIe), le Latin 9335 comporte une élégante

12 Madrid, Biblioteca Nacional, 10113 ; Berlin, Staatsbibliothek, lat. fol. 753.


13 Fol. Ir et 183r.
212 D. JACQUART

décoration probablement réalisée dans la région de Venise-Padoue14. Il


ne semble pas avoir quitté cette région avant son acquisition au
XVIIe siècle par l’érudit et bibliophile Ismaël Bouillau, car il renferme
des notes de la main de Giovanni Fontana, médecin et ingénieur de la
première moitié du XVe siècle, qui, né à Venise, enseigna à Padoue où il
résida aussi15. D ’une écriture comparable à d’autres témoins16, le Latin
9335 est considéré comme le reflet d’un modèle tolédan. Dans
l’ensemble des traductions transcrites, seulement deux sont attribuées
explicitement à Gérard de Crémone : le traité d’Abü Bakr sur les
mesures de la terre et YÉnumération des sciences d’al-Fârâbï. Pour le
second cas, le souci de donner le nom du traducteur pourrait s’expliquer
par le fait qu’il existait une autre version latine de la même œuvre, due à
Gundissalinus, mais l’argument ne vaut pas pour le traité d’Abü Bakr,
dont il ne semble pas avoir existé d’autre traduction :
— Liber in quo terrarum corporumque continentur mensurationes
Abhabuchri, qui dicebatur Heus, translatus a magistro Girardo Cremonensi
in Toleto de arabico in latinum, abreviatus incipit, cuius hec sunt verba...

14 M arie-Thérèse d ’Alverny datait ce manuscrit de la première m oitié du


XIIIe siècle : “Translations and Tranlators”, dans R.L. BENSON et G. CONSTABLE
(éd.), R en aissan ce a n d R en ew al in th e Twelfth C entury, Cambridge, M ass., 1982,
pp. 452-53, 458 [réimpr. dans M.-Th. d ’ALVERNY, L a tra n sm issio n d e s tex tes
ph ilosoph iqu es e t scientifiques au M oyen A ge, Variorum, 1994, n° II]. En se fondant
sur l’avis de Bemhard Bischoff, Menso Folkerts et Richard Lorch l’ont récemment daté
de “ 1200 or shortly before” : “Some Geometrical Theorems Attributed to Archimedes
and their Appearance in the W est”, dans C. DOLLO (éd.), A rc h im e d e , M ito ,
T radizione, Scienzia, Florence, 1992 (Nuncius, Studi e T esti IV), p. 71 [réimpr. dans
R. LORCH, A ra b ie M a th e m a tic a l S cien ces, In stru m en ts, Texts, T ra n sm issio n ,
Variorum, 1995, n° II]. La décoration, quant à elle, a été datée du début du
X III siècle : F. AVRIL et M.-T. GOUSSET, M a n u sc r its en lu m in é s d ’o r ig in e
e

italienne con servés à la B ibliothèque nationale, 2. XIII siè c le , Paris, 1984, p. 1, 5.


15 Ism aël B ouillau a séjourné à V en ise et Padoue en 1645-1646, cf.
H.J.M. NELLEN, Ism aël Bouillau (1605-1694), astronom e, épistolier, n ou velliste et
interm édiaire scientifique, ses rapports a vec les m ilieux du “libertin age scientifique",
Amsterdam, 1994, p. 87. Sur les notes de Giovanni Fontana, voir : M. CLAGETT,
A rch im edes in the M id d le A ges, vol. Ill The F ate o f the M ed ieva l A rchim edes, 1300
to 1565, Philadelphie, 1978, pp. 239-266.
16 D es rapprochements ont été faits avec trois manuscrits : Paris, Bibliothèque
nationale de France, lat. 15461, Biblioteca Apostolica Vaticana, R oss. lat. 579 et,
plus récemment, Londres, British Library, Harley 3631, cf. l’article de Charles Bumett
dans le présent volume.
LES TRADUCTIONS DE GÉRARD DE CRÉMONE 213

— Liber Alfarabii de scientiis translatus a magistro Gerardo Cremonensi


in Toleto de arabico in latinum cuius in eo hec sunt verba... 17.

En contraste avec ces omissions du nom du traducteur, peut être cité


le cas du Canon d’Avicenne pour lequel il semble, du moins en une
première approche, que sa traduction soit plus régulièrement attribuée.
Le manuscrit de la Bibliothèque Ambroisienne de Milan, C 292 Inf., qui
provient du fonds de Bobbio, mérite l ’attention, car il date
vraisemblablement de la fin du XIIe siècle et fut copié en partie par un
scribe qui se dit de Crémone. Ce copiste porte le prénom de Gérard :
“Ego Gìrrardus Bereterius de Cremona feci primum librum et secundum.
Et postea complevi de quarto libro”18*.Malgré la maladresse de ce scribe
et de son contemporain responsable de la transcription du livre IE, le
manuscrit de Milan s’avère très proche de l’état originel de la traduction.
Le nom de Gérard de Crémone est donné à deux reprises, au début des
livres I et III :
— Liber Canonis primus quem princeps Abouli Abiceni de medicina edidit
tra<ns>latus a magistro Gerrardo Cremonenssi in T olleto. Verba
Abouliabiceni...

— Incipit tertius liber de egritudinibus interioribus a capite usque ad pedes


translatus de arabico in latinum a magistro Guerrardo Cremonenssi. Dictio
prima...

Le fait que l’un des copistes de ce manuscrit se dise originaire de


Crémone n’est pas sans intérêt, si l’on admet l’hypothèse, fondée sur
quelques indices non négligeables, selon laquelle après la mort du
traducteur certains de ses livres auraient été portés dans sa ville natale20.
La présence d’une attribution explicite marquerait-elle ainsi la diffusion
des traductions réalisée post mortem en Italie du Nord, tandis que son

17 Lat. 9335, fol. 115v et 143v.


^ Fol. 284v. Généralement daté de manière erronée du XIV siècle dans les
catalogues (par exemple F. BAZZI, “Catalogo dei manoscritti e degli incunaboli di
interesse medico-naturalistico dell’Ambrosiana e della Braidense”, dans Q uadern i d i
C astalia, n° 6, Bergame, 1961), ce manuscrit remonte plus vraisemblablement à la fin
e e
du X n siècle ou au début du X III.
Ms Milan, Bibi Ambr., C 292 Inf., fol. Ir et lOlr. On remarquera que la
seconde mention du traducteur est due au deuxième copiste, qui réalisa le livre III, et
non à G irrardus B ereterius d e Cremona, lequel n’a donné qu’une fois le nom de Gérard
de Crémone dans sa propre transcription.
20 M.-Th. d’ALVERNY, “Translations...”, p. 458 ; voir aussi l ’article de Charles
Bumett dans le présent volume, pp. 51-113.
214 D. JACQUART

absence signalerait d’autres voies de transmission, en particulier par des


lettrés venus à Tolède durant la vie du traducteur ? Bien que cette
possibilité ne puisse être actuellement étayée par des indices suffisants,
elle mérite d’être retenue au titre d’une hypothèse de travail.
Alors qu’une formule du type translatus a Gerardo Cremonensi in
Toleto de arabico in latinum, avec de possibles omissions, est le plus
souvent notée, un manuscrit datable du début du XIIIe siècle, peut-être
d’origine française, présente le nom du traducteur sous une autre forme :
Completus est liber metheororum Aristotilis cuius tres libros transtulit
magister Giraldus Lombardus summus philosophus de arabico in latinum.
Quartum transtulit Aristipus de greco in latinum. Tria ultima capitula
transtulit Aurelius Sarulensis de arabico in latinum21.

Ce célèbre colophon clôt donc un ensemble formé de trois parties :


les trois premiers livres des Météorologiques d’Aristote traduits de
l’arabe par Gérard de Crémone ; le quatrième livre traduit du grec par
Henri Aristippe ; trois chapitres tirés du S ifi 'd ’Avicenne par Alfred de
Sareshell. Le manuscrit d’Oxford livre, en réalité, un premier état de la
version arabo-latine des Météorologiques22*.Dans l’attribution à Gérard
de Crémone de la version révisée que présente un manuscrit du
XIIIe siècle d’origine italienne, nous retrouvons la formule habituelle :
Liber Aristotilis phylosophi sapientis in factura impressionum superiorum
que fiunt in alto et inferius translatus a magistro Girardo Cremonensi in
Tolleto22.

21 Ms Oxford, Bodleian Library, Seiden supra 24[3412], fol. 114r. Rappelons


d’une part qu’en marge de la transcription du quatrième livre sont portés des extraits du
commentaire d ’Alfred de Sareshel, et d’autre part que ce recueil composite contient un
précieux témoin de la version gréco-latine du D e gen era tio n e e t co rru p tio n e due à
Burgundio de Pise : J.K. OTTE, A lfred o f S aresh el's C om m entary on th e M eth eora o f
A r i s t o t l e , L eyd e-C ologn e, 1988, p. 18, 31-33 ; G. V U IL L EM IN -D IE M et
M. RASHED, “Burgundio de Pise et ses manuscrits grecs d’Aristote : Laur. 87.7 et
Laur. 81.18”, dans R echerches d e T héologie e t P h ilosoph ie m é d iéva les, 64 (1997),
pp. 136-98.
22 Sur les deux états du texte attribuables à Gérard de Crémone, voir
P.L. SCHOONHEIM, A r is to t le ’s Meteorology in th e A ra b ic o -L a tin T radition , A
C ritical E dition o f the Texts, w ith Introduction an d Indices, Leyde-Boston-Cologne,
2000 (A risto te le s sem itico-latinus, voi. 12), pp. XXVI-XXVII.
22 Ms Milan, Biblioteca Trivulziana, 764, fol. 116v.
LES TRADUCTIONS DE GÉRARD DE CRÉMONE 215

Dans le titre reproduit ci-dessus, c’est logiquement Aristote qui est


qualifié de “philosophe” et non le traducteur, comme dans le manuscrit
de la version initiale. Il est possible qu’il en était ainsi dans le modèle
utilisé pour transcrire ce dernier, mais, de toute évidence, les deux
versions ont été acheminées par des canaux différents. L ’appellation
Giraldus Lombardus se trouvait-elle aussi dans Y exemplar de la version
initiale ? Rien ne permet de répondre à cette question, mais il convient de
rappeler que dans leur éloge les socii insistent sur l’effacement du maître,
sur sa répugnance à inscrire son nom (presertim cum nulli eorum nomen
suum inscripsisset)24. C’est la raison principale de l’établissement de
leur liste. Peut-être entreprit-on aussi, en Italie du Nord, de retranscrire
un certain nombre des traductions d’après les modèles venus de Tolède,
en prenant soin d’y ajouter le nom de Gerardus Cremonensis.

L ’usage des chiffres arabes.

Pour établir son édition du catalogue d’étoiles, Paul Kunitzsch s’est


livré à une remarquable étude de la tradition manuscrite de YAlmageste
de Ptolémée dans la version de Gérard de Crémone25. Quatre étapes ont
ponctué l’élaboration du texte latin. 1. Commencement de la traduction
d’après un manuscrit arabe de la version d’al-Haggâg, jusqu’à la fin du
livre X. 2. Continuation sur la base d’un manuscrit arabe de la
traduction d’Ishâq ibnHunain. 3. Corrections, remaniements, révision
précise du texte, additions tirées de la version d’Ishâq dans la partie
traduite d’après la version d’al-Haggâg ; remplacement du chapitre initial
d’après la version d’Ishâq. 4. Remaniement du catalogue d’étoiles
(VH.5-VÜI.1) sur la base de la version d’Ishâq. Les deux premières
étapes sont représentées par la classe A, à laquelle appartiennent dix-
neuf manuscrits. La classe B, qui rend compte de l’ensemble des
remaniements, est reproduite dans quinze témoins. Le manuscrit de
Florence (Laur.89 sup.45) représente un état intermédiaire, avec la
plupart des améliorations de la troisième étape, mais sans le remaniement
du chapitre initial. La principale différence entre les manuscrits de la
classe A et ceux de la classe B consiste en la correction d’une erreur,
qui avait été commise dans la lecture des chiffres écrits selon le système
abgad, c ’est-à-dire une numération à l’aide des lettres de l’alphabet

24 Cf. éd. de la Vita, C. BURNETT, “The C oherence...”.


25 Claudius Ptolemäus, D e r S tem lca ta lo g ...ll, D ie la tein isch e...
216 D. JACQUART

arabe. Gérard de Crémone s’était d’abord fié aux valeurs propres à


Yabgad occidental, en vigueur en Espagne musulmane, alors qu’il
convenait de suivre le système oriental.
Parmi les manuscrits de la classe A conservés à la Bibliothèque
nationale de France, trois s’avèrent particulièrement anciens. Selon une
mention transcrite au verso du folio de garde, le Latin 16200 est une
copie terminée en décembre 1213 sur un exemplar qui se trouvait à
l’abbaye de Saint-Victor, à Paris26. Une très belle lettre peinte sur un
fond à la feuille d’or, représentant un roi sur un trône, ouvre ce
magnifique manuscrit. Le fait qu’il soit daté lui a valu de servir à
qualifier un atelier de peinture parisien, dit “de l’Almageste”27.
Probablement fabriqué pour un destinataire illustre, ce manuscrit entra
très tôt à la bibliothèque du collège de Sorbonne28. Bien que ce ne soit
pas complètement avéré, l’actuel Latin 14738 est considéré comme
Y exemplar utilisé par le copiste du Latin 16200. Il n’a probablement pas
été réalisé à l’abbaye de Saint-Victor, mais une mention du XIVe siècle
précise qu’il y était alors “déposé” (depositus)29. Moins luxueux que le
Latin 16200, le Latin 14738 comporte toutefois une belle ornementation.
Son écriture et sa décoration situent son élaboration vers le dernier tiers
du X n e siècle dans le Nord de la France, dans une région proche de
Paris30. Il est considéré comme le plus ancien témoin conservé de la
traduction latine de YAlmageste due à Gérard de Crémone.

26 “Liber iste fuit scriptus et perfectus ad exemplar Beati Victoris Parisiensis,


anno Domini MCCXIII, mense Decenbri [sic]”. Une main postérieure a corrigé de
manière erronée la date en “MCCLXIH”, cf. C. SAMARAN et R. MARICHAL (dir.),
C atalogue des m anuscrits en écriture latine, p ortan t d es indications d e date, d e lieu ou
d e co p iste , t.III, Paris, 1974, p. 513.
27 R. B RANNER, M an u script pain tin g in P a ris during the reign o f Saint Louis, A
study o f styles, Berkeley-Los Angeles-Londres, 1977, pp. 7-8.
28 Une mention sur le dernier folio de garde le précise, en fournissant la cote :
q u a d ru v ia le s 52. Dans le catalogue de 1338, il est dit enchaîné (“D e ffic it qu ia
cathenatus"), cf. L. DELISLE, Le cabinet des m anuscrits d e la B ibliothèque nationale,
t.III, Paris, 1881, p. 68.
20 Fol. I : “Iste liber depositus est in Sancto Victore”. La formule habituelle
d ’appartenance à la bibliothèque de Saint-Victor se trouve au fol. lr. Voir G. OUY
(dir.), L e catalogue de la bibliothèque d e l ’abbaye d e Saint-Victor de P aris d e Claude de
G randrue 1514, Paris, 1983, p. 324 (cote “FFF5”).
30 Je tiens ces informations de Marie-Thérèse Gousset et Patricia Stimemann, que
je remercie de leur aide. D ’après Patricia Stimemann, le parchemin serait d’origine
méridionale.
LES TRADUCTIONS DE GÉRARD DE CRÉMONE 217

Les mutilations subies par le Latin 7254, dont la plupart des lettres
initiales peintes a été prélevée par un amateur peu scrupuleux, expliquent
qu’il ait été quelque peu négligé. D’une qualité remarquable, il doit aussi
être daté du dernier tiers du XIIe siècle et son origine située dans le Nord
de la France31. Le scribe du Latin 7254 domine beaucoup mieux
l’astronomie que celui du Latin 14738. Mais la principale innovation
qu’offre ce manuscrit est de transcrire les données numériques des tables
en chiffres arabes, alors que le Latin 14738 et le Latin 16200 les
reproduisent en chiffres romains. Le copiste du Latin 7254 manie avec
sûreté et homogénéité ce système de numération, encore inégalement
représenté au XIIe siècle ; il use pour le 2 et le 3 d’une forme munie
d’une petite queue, qui correspond à une étape considérée par les
spécialistes comme assez ancienne dans l’évolution morphologique des
chiffres arabes occidentaux ou “tolédans”32. Paul Kunitzsch a remarqué
que seulement quatre manuscrits de la classe A conservent encore les
chiffres romains dans les tables, alors qu’il s’agissait vraisemblablement
du système initialement prévu par Gérard de Crémone, comme le laissent
supposer certaines erreurs. Le manuscrit de Florence (Laur.89 sup.45),
de même que tous les témoins de la classe B, recourent aux chiffres
arabes dans les tables33. En ce qui concerne les nombres présents dans le
texte de YAlmageste, le copiste du Latin 7254 a usé à la fois des chiffres
arabes et des chiffres romains. Il en est de même dans la numérotation
des chapitres. Une évolution est d’ailleurs perceptible au cours de la

31 II était ordinairement daté du XIIIe siècle. C’était la date retenue par Paul
Kunitzsch (D e r S tern k a ta lo g . ..II., D ie la te in isc h e ..., m s p b ). Son appartenance à la
fin du XIIe siècle ne fait guère de doute. Je dois à nouveau la localisation de son
origine dans la France du Nord à Marie-Thérèse Gousset et à Patricia Stimemann.
32 Sur la forme dite “occidentale” des chiffres arabes, attestée dès 976 (c o d e x
V ig ilia n u s ) dans un contexte latin et son évolution, voir notamment : R. LEMA Y,
“The Hispanic origin o f our present numeral items”, dans V iator, 8 (1977), pp. 435-
62 ; M. FOLKERTS et P. KUNITZSCH, D ie ä lte ste la tein isch e S ch rift ü b er d a s
in disch e R echnen nach a l - H v i r i z m i , Munich, 1997 (Bayerische Akademie der
Wissenschaften, P h ilosoph isch -H istorisch e K lasse, A bhandlungen-N eue F olge, H eft
113), pp. 3-4 ; Muhammad ihn Müsä al-K hvärizm i, Le calcu l indien (A lg o rism u s ),
H isto ire d e s textes, édition critique, tradu ction e t com m en taire d es p lu s an ciennes
version s latin es rem an iées du XIIe siècle p a r André ALLARD, Paris-Namur, 1992,
p. 252 (tableau récapitulant les diverses formes relevées dans les manuscrits) ;
C. BURNETT, The Introduction o f A ra b ie L earning into E ngland, Londres, 1997
(British Library, The P an izzi L ectures 1996), pp. 11-14, 48-52.
33 D e r S te rn k a ta lo g ... II. D ie la te in isc h e ..., pp. 8-27.
218 D. JACQUART

transcription : à partir du folio 40, les chiffres arabes sont de plus en


plus fréquents dans le texte et dans la numérotation des chapitres ; vers
la fin du manuscrit, ils ont presque totalement supplanté les chiffres
romains. Doit-on attribuer ce remplacement à une initiative du scribe ou
le considérer comme le reflet d’un état différent du texte, représentant
une étape supplémentaire au sein des témoins de la classe A ? Un
examen approfondi de l’ensemble de la transcription serait nécessaire
pour répondre à cette question, mais on peut remarquer que le Latin 7254
offre les notes marginales, présentes dans nombre de manuscrits de
VAlmageste, qui ne se trouvent ni dans la Latin 14738 ni dans le Latin
16200.
L’exemple du Latin 7254 incite à examiner de près les plus anciens
manuscrits des traductions de Gérard de Crémone pour y mesurer le
recours aux chiffres arabes, en prenant en compte toutes les disciplines.
En médecine ce recours peut intervenir dans la numérotation des
chapitres et à l’occasion de divers dénombrements (éléments
anatomiques, ingrédients de la pharmacopée, etc.). Le manuscrit de Mi­
lan (Ambr. C 292 Inf.) mentionné ci-dessus témoigne d’un usage
systématique des chiffres arabes, dans sa transcription du Canon
d ’Avicenne34. La tradition manuscrite des traductions des œuvres de
Rhazès s’avère très contrastée de ce point de vue. En raison de la
diversité des textes qu’il transcrit et de l’homogénéité de sa facture, le
Latin 9335 de la Bibliothèque nationale de France constitue un témoin
privilégié. Les tables présentes dans plusieurs textes expriment les
coordonnées régulièrement en chiffres romains35. Dans les tables du
Tractatus patris Asen Thebit filii Core in motu accessionis et recessionis,
les nombres 38 et 33 apparaissent néanmoins en chiffres arabes
(fol. 142v) : c’est probablement une commodité d’écriture qui a dicté ce
choix, les chiffres romains prenant trop d’espace à l’intérieur de la
colonne tracée. Dans la majorité des textes, les nombres sont écrits en
toutes lettres ou en chiffres romains, y compris lorsqu’il est traité de
mathématiques. Outre les références aux numéros de chapitres des

34 La transcription du livre II du C anon fournit un cas exceptionnel à cet égard,


puisque Gérard de Crémone a conservé l’ordre alphabétique arabe pour la présentation
des médicaments simples. Afin de faciliter la tâche du lecteur, une table par ordre
alphabétique des noms latins, avec une numérotation répétée dans les marges, apparaît
dans de nombreux témoins, dont le manuscrit de Milan. Je me propose de publier
prochainement une étude détaillée sur la présentation de ce livre II.
35 Le zéro est représenté par un “t” ou un petit cercle.
LES TRADUCTIONS DE GÉRARD DE CRÉMONE 219

œuvres citées en marge, les chiffres arabes sont préférés à l’intérieur de


quelques textes : De mensura circuli d’Archimède, Abbacus (ouvrage
d’Ibn Abd al-Bâqï sur le dixième livre des Eléments d’Euclide), Liber in
quo terrarum corporumque continentur mensurationes d’Abü Bakr, Liber
augmenti et diminutionis vocatus numeratio divinationis 36. Comme ces
textes sont répartis à différents endroits du recueil, il est permis de
supposer que le copiste du Latin 9335 s’est conformé à ce que lui
offraient ses modèles.
Pour en revenir aux manuscrits de l’Almageste, il est curieux de
constater qu’au sein de transcriptions reproduisant régulièrement les
nombres en toutes lettres ou en chiffres romains, le Latin 14738 et le
Latin 16200 montrent une exception, lorsque sont énoncés des éléments
de trigonométrie dans la mesure des parties du cercle (I.9)37. Les
copistes témoignent d’une certaine maladresse dans la manipulation des
chiffres arabes et prennent soin de donner à plusieurs reprises l’équi­
valence en chiffres romains, juxtaposée ou en interligne. Des traces
d’effacements sont perceptibles dans le Latin 14738. Les copistes de ces
deux manuscrits maltraitent particulièrement la forme du chiffre 2. Leur
difficulté laisse supposer qu’ils s’efforcent de reproduire un modèle et
que, par voie de conséquence, Gérard de Crémone avait lui-même prévu
en ce chapitre, traitant de trigonométrie, d’user des chiffres arabes. Cette
particularité peut être rapprochée de l’utilisation des chiffres arabes notée
dans le manuscrit Latin 9335, au cours de la transcription des traités
d’Archimède et d’Abü Bakr, porteurs également de mesures du cercle.
Si les mentions d’attribution semblent plutôt indiquer les modalités
de transmission de certaines œuvres après la mort du traducteur, la
présence des chiffres arabes, dans les plus anciens manuscrits, pourrait
servir de fil d’Ariane pour tenter d’appréhender les conditions de
diffusion pendant l’activité de Gérard de Crémone. L ’origine des
manuscrits ne fournit pas toujours une information fiable de ce point de
vue : les voyages des clercs médiévaux risquent de brouiller les pistes.
La mise en évidence d’un usage différencié des chiffres arabes en
fonction des sujets traités et d’éventuelles étapes dans l’élaboration des
traductions, aiderait à définir le caractère général de l’entreprise. Les
copies sorties de Tolède du vivant de Gérard de Crémone, qui livrent
parfois des états successifs des traductions, étaient-elles destinées à

36 Fol. 30r, 106v-107r, 124r, 126v.


37 Ms lat. 14738, fol. 7r-8r ; ms lat. 16200, fol. 5v-7r.
220 D. JACQUART

fournir de nouveaux textes aux clercs de passage ou ne constituaient-


elles que des supports à d’éventuelles lectiones délivrées à Tolède ?
Pour tenter de répondre à ces questions, les moindres caractéristiques
formelles des plus anciennes copies méritent d’être analysées soigneu­
sement.
Giuseppe Serra

DA COMMEDIA E TRAGEDIA A PUNTI E INCHIOSTRO

AR., Ge n . CORR., 315B14-15,


TRADOTTO DALL’ARABO IN LATINO E IN E B R A IC O

Nel primo libro del De generatione et corruptione (315Ò9-15)


Aristotele espone la tesi di Leucippo e di Democrito : “poiché credevano
che la verità consistesse in ciò che si vede, e le cose che si vedono ( x à
$ atvóp.eva) sono contrarie e infinite, fecero infinite le figure (xcx
oxfip.axa), sì che la stessa cosa potesse apparire ogni volta diversa a
causa dei mutamenti della composizione e che mutasse anche se poco si
aggiungeva alla mescolanza e insomma apparisse diversa anche se uno
solo dei suoi elementi mutava”. Un esempio (315M4-15) sigilla
l’esposizione : ck xcòv a-ùxcòv y àp xpaypS ia Kat Kü)[x<pSía -yívcxai
Ypaixjxáxcuv1. I commentatori, da Filopono ai moderni (con una sola
eccezione di cui diremo più avanti), vedono in “tragedia” e “commedia”
le cose e non i nomi : con le stesse lettere si compongono sia tragedie sia
commedie. Se invece il filosofo pensava ai nomi, potremmo forse accet­
tare quell’esempio come illustrazione della diversità prodotta nel
composto da una piccola immistione (p.iKpoè c|qxeryvup.é:vcn>). Come
ignes et lignum, dirà Lucrezio a proposito di Epicuro2, sono creati dagli
atomi paulo inter se mutata, così verba quoque ipsa / inter se paulo
mutatis sunt elementis, / cum l i g n a atque i g n e s distincta voce no­
temus. Nessun filosofo, per quanto grande, può competere con un grande
poeta : in ignes e ligna il verso accende lo stesso nucleo evocando incendi
e fuochi domestici ; “tragedia” e “commedia” sono una coppia
scolastica i cui membri si distinguono solo dal cappello3. Inoltre

1 Questo è il testo del Joachim (A risto tle . On C om in g-to-be an d P a ssin g -a w a y ,


Oxford 1922) : il m s Laurenziano 87, 7 (F) dà invece ck xœv a-ûxcôv y a p
KW|X(j)Sía K ai x p a y v S ía -yívcxai •ypapp.áxwv.
2 D e rerum natu ra, I, vv. 907-914.
3 Anche in greco non sarebbe stato impossibile trovare di meglio, come prova lo
stesso Aristotele nella R eto rica (IH, 3 , 1406al8), dove parla di Alcidamante : o -ò y a p
222 G. SERRA

l’esempio lucreziano pretende di valere anche per le cose. Ma per chi


guardi ai nomi limitandosi a contarne gli “elementi”, esso non è migliore
di quello aristotelico4. Non è però di questo che ora ci vogliamo occu­
pare.
Nella seconda metà del XII secolo, a Toledo, Gerardo da Cremona
traduce dall’arabo il De generatione et corruptione e così rende l ’e­
sempio aristotelico : quod est quia vituperatio et laus fiunt ex litteris unis
eisdem, e in margine aggiunge : in alio tragedia et comedia5. La versione
araba adoperata da Gerardo è andata perduta, ma non è difficile
riconoscere in tragedia et comedia la riproduzione della trascrizione
araba at-tãrãgúdiyya va-1-qümüdiyya, e in vituperatio et laus la resa
fedele di al-higã’ va-l-madïht “il biasimo e la lode”, ovvero lovycryoç e
l’cnottvoç aristotelici, ai quali il traduttore della Poetica, AbüBisr Matta
ihn Yünus (ob. 940 d. C.), aveva ridotto, sulla scorta dello stesso
Aristotele, quei due “generi” ignoti alla letteratura araba6. Nel 1284, a
Roma, Zerahyah ben Isaac ben Sealtiel Hen (Gradan), traduce il De
generatione dall’arabo in ebraico, e giunto al nostro passo scrive : ha-
niqqüd v e-ha-dey õ yih yü mim-millah ahai be-'asmãh7, ovvero, in latino
gerardiano : punctuatio et atramentum fiunt ex verbo uno eodem. Per
quale strana alchimia la tragedia e la commedia, oppure la lode e il
biasimo, si saranno mutati in punti e inchiostro ?

T )Svcp.a.n xprftou òtAÀ’ <úç è S c o fic m lo îg êm Sétoiç. Ma Filopono (In Gen. c o ir.,
p. 23.28-30), dovendo illustrare l ’effetto del “deflusso” (à n o p p o f] ) di un solo
elemento, ricorre alla coppia banale àS-ùvoctov/Suvatóv.
4 Se non si contano le lettere ripetute, gli “elementi” aggiunti in ciascuna parola a
quelli comuni sono gli stessi o quasi in Aristotele e in Lucrezio.
^ Gerardo dà dunque nel testo la lezione di F (v. nota 1) e in margine la lezione
preferita dal Joachim. Come è documentato nella maniera più completa dal ms.
Milano, Biblioteca Trivulziana 764, Gerardo tradusse anche i m a r g in a lia del suo
antecedente arabo (v. G. SERRA, “Alcune osservazioni sulle traduzioni dall’arabo in
ebraico e in latino del ‘De generatione et corruptione’ di Aristotele e dello pseudo­
aristotelico ‘Liber de causis’”, in S critti in on ore d i C a rlo D ia n o , Bologna, 1975,
pp. 385-433).
6 II fatto è noto ed è stato reso celebre da Borges, che si ispirava ad Ernest Renan,
nel racconto L a ricerca d i A verroè. Cf. G. SERRA, “Sulla tradizione araba”, in L o
sp a zio le tte ra rio d e lla G recia an tica, II. L a ricezion e e V attu alizzazion e d e l testo,
Roma, 1995, pp. 251-261.
7 A. TESSIER, L a tradu zion e a ra b o -eb ra ica d e l 'D e gen eration e e t corruptione'
d i A risto te le , Roma, Accademia Nazionale dei Lincei, 1984, p. 24.15.
DA COMMEDIA E TRAGEDIA A PUNTI E INCHIOSTRO 223

Sappiamo che Zerahyah traduce lo stesso testo arabo tradotto da


Gerardo ; sappiamo anche che la traduzione ebraica, a differenza di quella
latina, non fornisce varianti e che là dove c ’erano nell’arabo non sempre
la scelta del traduttore ebraico (o della scriba del suo antecedente arabo)
coincide con la lezione testuale della traduzione latina8. Ma la traduzione
ha-niqqùd v e-ha-deyõ, ovvero “puntazione e inchiostro”, proprio per la
sua stranezza, permette di escludere che Zerahyah conoscesse la variante
at-tàragùdiyya wa-1-qümüdiyya, nella quale egli avrebbe potuto
riconoscere, per poco che sapesse di latino e di romanzo9, le parole
“tragedia” e “commedia”. Dunque Zerahyah leggeva nel suo
manoscritto arabo una traduzione e non una trascrizione (ché tale va
considerata at-tãrãgúdiyya wa-1-qümüdiyya). Ma quale traduzione ? Che
fosse la stessa che Gerardo rende con vituperano et laus, e cioè al-higã ’
va-l-madih, parrebbe a prima vista impossibile. La tecnica di traduzione
di Zerahyah (e di Gerardo) permette di norma il recupero dell’originale

8 G. SERRA, “Alcune osservazioni,” cit. alla nota 5 .


9 Gli ebrei, che apprendevano l ’ebraico a scuola, parlavano la lingua del luogo
dove erano nati o vivevano. Zerahyah proveniva dalla Catalogna e lavorò a Roma tra
il 1277 e il 1290, e tracce di volgare italiano ci sono nelle sue traduzioni (cf.
M. ZONTA, L a filo s o fia a n tica n e l M ed io evo e b ra ic o , Brescia, 1996, p. 123).
Proprio nel G en. c o r r ., 330a4-5 ricorre per esem pio h a - w y z k w z w , e cioè “il
viscoso” : TttxÀiv 8c tò pèv ykicsyp ov to-G -óyp o v -tò y « p ytó cx p ov -óyp òv nenovS óç
-ri ccTiv : Zerahyah (p. 57.45-46 Tessier) v a -o d ha-deh eqü t rain ha-lahüt v e - z e h k i
h a -v is k ô z ô hü lah ü t se -h ié sé sig -õ 'inyan m äh : Gerardo E t iterum visc o sita s e st ex
h u m iditate, q u o d e s t qu ia visco su m e s t h u m iditas cu i a c c id it a liq u id . L ’arabo
presupposto da entrambe le traduzioni potrebbe essere : v a -a yd a n i 1-luzùgatu m ina r -
ru tü bati v a -d ã lik a anna-hü 1-luzigu h u v a rutübatun lahiqa la-hä s a y ’un m ä. Perché
Zerahyah (e la domanda sarebbe la stessa, se egli avesse avuto sotto gli occhi questo
passo in latino invece che in arabo) avrebbe prima tradotto luzuga con deheqüt (come
avrebbe fatto Qalonymus nel Commento medio di Averroè, p. 63.22 Kurland) e
sùbito dopo usato v is c o s o per la z i g (o lo stesso lu zü g a ) ? Forse egli avrà voluto
avvertire il suo lettore che qui deh eq ù t non aveva il significato di “inerenza, intima
connessione” (in arabo ittisã í) col quale la parola ricorreva nella versione tibbonica
della G uida d e i p e r p le s s i di Maimonide (v. I. EFROS, P h ilo so p h ica l T erm s in the
M o re h N ebu kim , New York, 1924, rist. 1966, s. v.). “Sono stato costretto - scrive
lo stesso Zerahyah nell’introduzione alla traduzione del K atagen os di Galeno (trad. it.
Z O N T A , L a filo so fia an tica, cit., p. 117) - , traducendo questo libro, a inserirvi molti
e disparati vocaboli : alcuni come li riporta il testo (originale), altri in lingua volgare
(la'az), altri ancora in lingua ebraica, affinché si possa cogliere il senso del testo”.
224 G. SERRA

mediante la semplice retroversione101. In arabo deyõ, “inchiostro”, si


dice laidãd, e mqqüd, “puntazione”, potrebbe risalire a naqt {masdar di
naqata) o nuqatn . Dunque Zerahyah avrebbe dovuto leggere nel suo
manoscritto an-nuqat va-1-midãd. Purtroppo una simile espressione tutto
può essere tranne che una traduzione di xporycpSiot kocì Kcop-tpSiot.
M.L. West ritiene che l ’autentica lezione aristotelica fosse
xpoc/cpSioc koù xp-u-ycpSiot, due parole che cambiano totalmente di si­
gnificato solo che si muti una lettera : ck xtòv r t o v •yap xporytpSia
Kaì xp-uycpSía ■yívexou Vpap-M-àxa)v <ttàt)v cvóç>12. Convinto della
bontà di tale congettura, qualcuno ha di recente supposto che i “punti” e
1’“inchiostro” della traduzione ebraica riproducano una interpretazione
araba di xporytpSicx Kott xpuycpSiot13. Anche se una glossa gli avesse
suggerito che xpvytpSia, un’invenzione buffa di Aristofane14, voleva dire
“commedia”15, il traduttore arabo, se davvero aveva capito che al filosofo
qui non interessano le cose ma solo i nomi, non avrebbe potuto tradurre,
perché higa’e madihevidentemente non si prestano al gioco, e neppure
trascrivere, perché il gioco funziona solo se le parole sono intelligibili.
Non gli rimaneva dunque che interpretare, ovvero proporre in arabo due
parole che differissero tra di loro solo per una lettera. Non aveva che
l’imbarazzo della scelta : in arabo basta cambiare una sola consonante,
ovvero una sola “lettera” {harf), delle tre che normalmente costituiscono
una radice, perché il significato muti. Senza un indizio esterno non

10 V . A. TESSIER, V erbu m d e v e rb o . T ra d izio n e se m itic o -la tin a d e l “D e


g en eration e e t corruptione" a risto te lic o , Roma, 1983 : cf. M. ZONTA, La filo so fia
a n tica n e l M ed io e v o e b ra ic o , cit., p. 123.
11 N u qat è il plurale di nuqta, e tuttora designa i punti coi quali si distinguono le
consonanti che hanno la stessa forma (v. W. WRIGHT, A G ram m ar o f the A ra b ie
L a n g u a g e , I, Cambridge, 18963, rist. 1962, p. 4 A). D i punti ci si servì all’inizio
anche per notare le vocali brevi nei manoscritti del Corano (v. R. BLACHÈRE,
Introdu ction au C oran , Paris 19922, pp. 81 e 95-96).
12 “An Atomist Illustration in Aristotle”, in P h ilo lo g u s , 113 (1969), pp. 150-
151.
13 È l ’ipotesi di M. RASHED, “Démocrite-Platon-Aristote, une histoire de mots.
À propos de ‘D e generatione et corruptione’ 315a26-bl5”, in L e s étu des classiqu es,
62 (1994), pp. 177-186.
14 A c a r n e s i, vv. 498, 500 ; Esichio : -tp-uvvSeív • KcopcpSciv.
15 Altro modo egli non avrebbe avuto d ’intendere il neologism o, perché
Aristofane, al pari degli altri poeti, non fu mai tradotto in arabo, e del resto un grande
traduttore come IJunaynibn Ishiq, trovandolo citato in Galeno e senza scoli, confessa
la sua incapacità di capirlo (v. SERRA, “Sulla tradizione araba”, cit. a n. 6).
DA COMMEDIA E TRAGEDIA A PUNTI E INCHIOSTRO 225

avremmo mai potuto conoscere la scelta fatta dal traduttore, ma per


fortuna c ’è lo strano ha-niqqüd ve-ha-deyõ (“i punti e l’inchiostro”)
della traduzione ebraica. Se in arabo “inchiostro” si dice m idãd16, a
“punti” dovrà corrispondere una parola che abbia le stesse lettere di
midãd, “tranne una”. L ’unica parola araba che risponda a tali requisiti e,
come suggerisce niqqüd, abbia a che fare con la scrittura e precisamente
coi punti o segni diacritici, è sem brata17 essere m a d d a h ,
“allungamento”18. Dunque la matrice araba di ha-niqqüd v e-ha-deyõ
sarebbe stata al-maddatu va-1-midãdu : infatti tra maddatme midàdun e
cioè, trascrivendo solo quanto di solito in arabo si scrive, tra mdt e md ’d,
la differenza, purché non si calcoli l’alif (’) che indica in midãd la vocale
lunga, è di una sola lettera, proprio come tra xpaycpSíot e xpu-ycpSt«.
Questa interpretazione araba dell’originale aristotelico recuperato dal
West sarebbe penetrata per via di collazione nell’esemplare del testo
arabo del Gen. corr. usato da Zerahyah. E questo sarebbe l’unico caso,
perché, per quanto ne sappiamo, Zerahyah e Gerardo traducono lo stesso
testo arabo e le differenze tra le loro traduzioni non impongono mai
l’ipotesi della collazione con una traduzione araba diversa.
Spesso le traduzioni arabe di testi greci venivano fatte non diret­
tamente dal greco, ma attraverso il siriaco ; talvolta traduzioni diverse non
erano che la revisione di un’unica traduzione siriaca. Il Gen. corr.,
secondo il Fihrist, sarebbe stato tradotto dal greco in siriaco da Hunayn
ibn Ishãq e in arabo dal siriaco di Hunayn da Ishäq ihn Hunayn. Sempre
secondo il Fihrist, Abu Bisr Matta ihn Yünus avrebbe tradotto il Gen.
corr. insieme col commento di Alessandro di Afrodisia, ma si ritiene
generalmente che Abu Bisr ignorasse il greco19. Ad ogni modo pare che
Alessandro non sapesse niente di xp-oytpSícx ; non ne sa nulla Filopono,
che utilizza Alessandro : forse il sense o f humour degli antichi professori
non era all’altezza di quello del filosofo. Ma soprattutto, la tecnica di

16 La parola è già coranica (XVIII, 109 : cf. XXXI, 27). Essa è registrata nei
dizionari sotto la radice m d d , che esprime l ’idea di “estensione”, e con questo
significato la usa Abu Bisr Matta ibn Yünus nella traduzione della P o e ti c a :
1449b25 pcycSoç = syr. r ^ ü tâ = p. 230.17 Tkatsch 'izam v a -m id ã d .
17 A RASHED, art. cit., p. 184.
18 V. WRIGHT, A G ram m ar, cit., I, p. 24.
19 È probabile che la traduzione di Abu Bisr discenda dalla traduzione siriaca di
Hunayn : cf. G. SERRA, “La traduzione araba del ‘De generatione et corruptione’ di
Aristotele citata nel ‘Kitâb ai-tasrïf’ attribuito a C abir”, in M e d io e v o , 23 (1997),
pp. 191-288.
226 G.SERRA

traduzione dal greco in siriaco e (dal siriaco) in arabo poteva concedere


una libertà come quella che si sarebbe presa il nostro traduttore? E se lo
poteva (ma andrebbe mostrato con qualche altro caso), perché il traduttore
arabo di TpocytpSioc kocì TpuycpSía non avrebbe scelto una coppia di
parole capace di illustrare in maniera più esatta e più chiara il gioco
proposto dal greco? Al proprio restauro il West ritiene indispensabile
l’aggiunta nÀ-qv évóç, perché soltanto con le stesse lettere “tranne una”
si possono scrivere i nomi TpocytpSia e xpuycpSía. Ma di quell’aggiunta
non c’è traccia nella traduzione ebraica : si era forse già perduta nella
traduzione araba ? Certo doveva mancare nel manoscritto di Zerahyah,
perché egli sembra non capire il gioco proposto dall’arabo, e lo dimostra
proprio, se è sua, la variazione mim-mìllah ahat be- 'asmàh ovvero ex
verbo uno eodem. Zerahyah è traduttore scrupolosamente letterale : se
egli ha tradotto fedelmente midãd, “inchiostro”, con deyõJ gli si deve
anche concedere di aver potuto fare altrettanto con maddah. Ma questa
parola, si osserva2021,è un termine tecnico peculiare dell’arabo e perciò
intraducibile in ebraico. In verità, come il Vocabulista in arabico21 s. v.
maddah dà ascentuare, e cioè “accentuare”, ed extendere, così Zerahyah
avrebbe potuto tradurre maddah con ma’arìq, che significa propriamente
“Verlängerer”22, ed è un “accento”.
Ma conviene sempre partire dal basso. Facciamo dunque l’ipotesi
che ha-niqqüd v e-ha-deyõ derivi dalla traduzione di Ktop-cpSia « a i
Tp orytpSia, al-higã ’ va-l-madlh, ovvero dal fraintendimento (da parte del
traduttore) o dalla corruzione (da parte di chi gli ha trasmesso il testo) di
quelle parole.
La coppia al-higã ’ va-l-madih, “il biasimo e la lode”, benché ricorra
nel Gen. corr. una sola volta e in contesto tutt’altro che “poetico”, è per
noi caratteristica della poetica araba23 e della traduzione araba della
Poetica di Aristotele24. Ma è imprudente attribuire a degli scribi, o allo

20 RASHED, art. cit., p. 184 n. 17.


21 È il le ssic o m edievale latino-arabo pubblicato con questo tìtolo da
C. Schiaparelli a Firenze nel 1871.
22 H. BAUER - O. LEANDER, H is to r is c h e G ra m m a tik d e r h e b rä isc h e n
S p ra ch e, Halle, 1922, rist. Hildesheim 1965, p. 155.
23 V. R. BLACHÈRE, H isto ire de la littératu re a ra b e d e s o rig in e s à la fin du
X V e siè c le , Paris 1966-1990, pp. 380 ss. e 580 ss.
24 J. TKATSCH, D ie arabisch e Ü bersetzu n g d e r P o e tik d e s A risto te le s und die
G ru n d la g e d e r K ritik d e s griech isch en T extes, W ien-Leipzig, I, 1928 ; II, 1932
DA COMMEDIA E TRAGEDIA A PUNTI E INCHIOSTRO 227

stesso Zerahyah, un sapere pari al nostro o a quello di Averroè25. Inoltre


higa ' che è il masdar del verbo haga, significa non solo “biasimare”26,
ma anche “spezzare la parola (lafzah) nelle sue lettere (hurüf)'” oppure
“spezzare la parola ed enumerarne le lettere con le loro vocali
(harafràt)”27, e dunque “dividere la parola in sillabe”28. Il sullodato
Vocabulista dà sotto higa ' non vituperatio, come traduce Gerardo nel
Gen. corr., bensì combinare literas. Scrive Aristotele nella Fisica,
195al6xàpÆvyôtp oroixeìa tóòv auAAaßcüv (scil. a m a ), e Ishãq tra­
duce in arabo (p. 104.4 Badawl) fa-innahurüfa 1-mugamili-1-higã'í19, e
Gerardo in latino (ms. Vienna, Bibl. Naz., lat. 234) nom littere alfabeti
syllabis. Diventata nell’uso un sinonimo di hurüf al-high’, l’espressione
hurüf al-mugam significa, come sapeva Gerardo, “lettere dell’alfabeto”,
ma al-mu'gam allude alla chiarezza che i punti conferiscono alla scrittura
difettiva degli arabi30. È evidentemente questa l’accezione di higa’che il

(“Ak. der W iss. in W ien”, Philosophisch-historische KL, Kom mission für die
Herasugabe der arabischen Aristoteles-Übersetzungen).
23 Cf. Ch. E. BUTTERWORTH, A v e rro e s' M id d le C o m m en ta ry on A r is to tle ’s
P o e tic s, Princeton, 1986.
26 A proposito di h ig ã ' BLACHÈRE, o p. cit., p. 380 n. 1 osserva : “La racine
arabe h jw n’offre pas un sens homogène et sûr. LA [Lisait a l-'A rab], XX (racine hjw )
donne un emploi où le verbe a le sens de ‘déclamer’, ‘réciter’ et un autre où il paraît
signifier ‘frapper d ’une malédiction’. (...) En revanche, de par sa forme grammaticale,
le terme a bien la valeur de ‘malédiction contre quelqu’un’. Traduire par ‘satire’,
‘épigramme’, ce n’est plus tenir compte que d’une valeur tardive du mot”.
27 H. FLEISCH, H u rü f a l-h ig â ’, in E I2, III, p. 596, sulla scorta del Lisait al-'arab
e di altri dizionari arabi.
28 A. DE BIBERSTEIN KAZIMIRSKI, D ictio n n a ire a ra b e-fra n ça is, Caire, 1875,
s. V. hagã : “rassembler les lettres en syllabes, c.-à-d. épeler”.
20 Cf. D e gen. an im ., 722a30-33 wonep k « v ci «nò to-G ycypapp-cvoT)
•VÓp-OlTOÇ «nfjcl Tl, Cl pCV « n ò TIKVtOÇ, K«V «TJO TÜ5V OUAAaßcüV CICKOTriÇ, ci 6’
«nò toîStwv, «nò twv otoixciwv k«ì tt£ ouvOcoccaç = p. 23.12-15 Brugman-
Drossaart Lulofs k a - q a v l i 1 - q i ’i l i in n a -h ü in k â n a y a h r u g u s a y 'u n m in a 1 -ism i 1-
m a k tü b i f a - h u v a y a h r u g u m in a 1 -h ig â ’i lla d i b i- h iy u k ta b u d â lik a 1 -ism u v a - i n kân a
liait m in -h â
y a h r u g u m in a 1 -h ig â ’i f a - h u v a a v i a an ya k ü n a h u rù g °u -h ù m in a 1 -h u rü fi
; D e p a r t , a n im ., 661M4-15 noÀÀix y è tp npôç tt)v ycvcoiv
r u k k ib a 1 -h ig â ’u q a b l
tûv np«fli.«T(tìv ol npôoOioi tîov *60vt<üv (yop.ß«AAovr«i = p. 58 Kruk v a - l ã
s iy y a m ã 1 -m u q ã d lm u I -a s n ã n im u v ã fiq a tu n l i - t - t a s v l t i b i-1 -h ig â ’i.
30 C f. H. FLEISCH, H u r ü f a l- h ig ã ’, cit., p. 597a : m u 'g a m è un infinito,
formato com e un nom en p a tie n tis , di a'g a m a , che è il denominativo di 'ugm ah,
“oscurità, mancanza di chiarezza”, e ha il significato privativo di “far scomparire la
mancanza di chiarezza”.
228 G. SERRA

niqqüd di Zerahyah rispecchia, perché in ebraico la “puntazione”,


niqqüd, è appunto ciò che permette di sillabare, di leggere un testo.
L ’interpretazione di higa ' nel senso di “articolazione delle lettere”
invece che in quello di “biasimo” poteva favorire la metamorfosi della
“lode” nelF“inchiostro”, che è la materia indispensabile alla scrittura
delle “lettere”. Ma anche, la corruzione di m a d i h “lode”, in midãd,
“inchiostro”, evocando l’ambito della “scrittura” in luogo di quello
della “poetica”, poteva richiamare il senso “grammaticale” di higa’. Gli
ebrei, si sa, avevano l’abitudine di trascrivere i libri arabi col loro alfabeto,
e midãd (il supposto antecedente arabo di deyó) e madih sono meno
diversi l’uno dall’altro se scritti in caratteri ebraici.
Quanto infine a mim-millah ahat be-'asmãh {ex verbo uno eodem),
basterà osservare che di “punti e inchiostro” non si può sensatamente
dire che fiunt ex litteris unis eisdem, né per la forma né per la sostanza : si
può semmai affermare che appartengono ad una stessa parola.
“Vous écrivez les textes en arabe en noir (l’encre noire est la seule
solide qui tienne) - scriveva Louis Massignon31, mais comment arriver à
rendre l ’écriture intentionelle et la vocaliser ? La voyelle seule donne
l’intention personnelle qui peut être bonne ou mauvaise. En arabe toute la
grammaire consiste dans la vocalisation du texte ; en hébreux également ;
si vous savez vocaliser un texte, vous l’avez compris”. Articolare le
lettere, cioè le consonanti, non si può senza accompagnarle alle vocali, e le
vocali si segnano, in ebraico, coi “punti”32. Indifferente all’argomento
aristotelico, ciecamente fedele alla lettera del suo testo33, il traduttore
ebraico rivela un tratto fondamentale delle lingue semitiche ed insieme

31 “La syntaxe intérieure des langues sémitiques et le mode de receuillement


qu’elles inspirent”, in É tu d es c a rm é lita in e s, (1949), p. 42 (= O p e ra m in o ra , II,
Beirut 1963, p. 575) : cf. BLACHÈRE, op. c it., p. 96.
32 Secondo Bauer e Leander {op. c it., p. 81) i segni più antichi utilizzati in
ebraico per fissare la pronuncia del testo consonantico dovevano essere dei punti ; in
sèguito tutti i nuovi segni adibiti a quello scopo furono chiamati complessivamente
“puntazione” {niqqufidfi.
33 Se Zerahyah non consultò su questo punto la versione di Gerardo, di cui poteva
facilmente disporre a Roma, ciò significa che egli non si stupì di quanto leggeva nel
suo arabo. Se lo avesse fatto, sarebbe forse riuscito a tradurre vitu peratio e laus con le
stesse parole con cui Qalonymus ben Qalonymus avrebbe tradotto h ig a 'e m adih nel
Commento medio di Averroè : ¿finüt e se¡¿ahh (ed. S. KURLAND, Cambridge, Mass.
1958, p. 7.13-14 ; cf. M. ZONTA, La “C lassificazion e d elle sc ie n ze ” d i a l-F ã rã b i
n ella tradizion e ebraica, Torino 1992, p. 12.6, 7 [“Eurasiatica”, 29]).
DA COMMEDIA E TRAGEDIA A PUNTI E INCHIOSTRO 229

conferma che nessun ramo della tradizione indiretta di Gen. corr.


315bl4-15 porta una lezione diversa da quella attestata dalla tradizione
greca.

(Università di Padova)
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE

J. bram s

INTRODUCTION

Cette contribution se propose de jeter une lumière nouvelle sur les


instruments et les méthodes de travail du traducteur Guillaume de
Moerbeke. Elle pivote sur la question de savoir si dans la liste des
manuscrits grecs qui ont été utilisés par Moerbeke pour la composition
de ses traductions on peut inclure le manuscrit 226 de la Biblioteca
Marciana de Venise qui contient les livres V-VIII du commentaire de
Simplicius sur la Physique d’Aristote. Cette question est développée
dans la partie centrale (3) de l’exposé. Elle est précédée d’un aperçu des
manuscrits associés au traducteur jusqu’à ce jour (1) et d’une description
de sa méthode de traduction dans la révision de la Physique (2). Une
réponse positive à la question soulevée est envisagée par une analyse des
livres V et VIII de la recension finale de la version latine de la Physique
réalisée par Moerbeke (4 et 5).

l . M a n u s c r it s a s s o c ié s a u t r a d u c t e u r : é t a t d e l a q u e s t io n

Notre connaissance de la méthode de travail de Guillaume de


Moerbeke s’est élargie considérablement ces dernières années, grâce à
l’identification d’un certain nombre de manuscrits qui nous ont conservé
les traces matérielles de son activité.
Il y a vingt ans, deux manuscrits étaient associés de manière directe
au travail de notre traducteur, bien que ce rapport ne fût pas incontesté :
le Vaticanus Ottobonianus 1850, qui passait pour un autographe de
Moerbeke, et le Marcianus graecus 258, dans lequel L. Labowski1 avait

1 L. LA B O WS KY, “W illiam o f M oerbeke’s Manuscript o f A lexander o f


Aphrodisias”, dans M ediaeval and R enaissance Studies, 5 (1961), pp. 155-162.
232 JOZEF BRAMS

découvert son ex-libris : Liber fratris Guillelmi de morbeka ordinis


predicatorum, penitentiarii domini pape.
Le Marcianus graecus 258 appartient à un groupe remarquable de
manuscrits identifié par T.W. Allen et connu sous le nom de “Collection
philosophique”2. C’est un ensemble de manuscrits issus du même centre
de copie et remontant au IXe siècle. Le Marcianus contient les Scripta
minora d’Alexandre d’Aphrodise ; en fait, il est l’archétype de tous les
témoins connus des écrits en question. Il est intéressant de signaler que
deux de ces écrits, le De fato ad imperatores et Y Opusculum De fato, ont
été traduits par Guillaume de Moerbeke. Cependant, malgré le fait que la
marque de propriété du traducteur figure au premier folio du manuscrit
grec, l’éditeur de la traduction latine des deux œuvres estime, sur base de
critères internes, que cette traduction a été faite à partir d’un autre
manuscrit grec3.
Le Vaticanus Ottobonianus 1850 est un manuscrit bien plus
modeste ; autant sa composition que sa réglure montrent que ce ma­
nuscrit ne sort pas d’un scriptorium ou d’un atelier universitaire, mais
qu’il est bien plutôt de confection privée. Il contient la version latine,
faite par Guillaume de Moerbeke, d’une série d’œuvres scientifiques
dont la plupart remontent à Archimède. La thèse selon laquelle la plus
grande partie de ce manuscrit est un autographe du traducteur fut lancée
par J.L. Heiberg4, qui en avait entrepris une étude approfondie après la
découverte de Y Ottobonianus par V. Rose5. Cette thèse fut acceptée et
amplement illustrée dans l’édition de M. Clagett6. Cependant, un certain

2 T.W. ALLEN, “A Group o f Ninth-Century Greek Manuscripts”, dans Journal o f


P h ilology, 21 (1893), pp. 48-65.
3 Alexandre d ’Aphrodise, D e f a to a d im peratores. V ersion d e G uillau m e d e
M o e r b e k e , ed. P. THILLET, Paris, 1963, pp. 14-19 et 62 (Études de philosophie
médiévale, 51).
4 J.L. HEIBERG, “Neue Studien zu Archimedes”, dans A bh an dlu n gen zu r G e ­
sc h ic h te d e r M ath em atik, 5 (1890), pp. 1-84, spéc. pp. 8-9 ( = Z e itsc h rift f ü r
M athem atik und Physik, 34, Suppl., Leipzig, 1890).
5 V. ROSE, “Archimedes im Jahre 1269”, dans D e u tsc h e L ite ra tu rze itu n g , 5
(1884), pp. 210-213.
6 M. CLAGETT, A rch im edes in the M id d le A ges, vol. II : The T ranslations fro m
th e G reek by W illiam o f M oerbeke, Philadelphia, 1976, pp. 36-43.
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 233

doute concernant l’identification de la main de Guillaume de Moerbeke


persistait7.
Quels sont les arguments sur lesquels se fonde cette identification ?
Est-ce qu’il y a un point de départ cartésien qui résiste au scepticisme ?
L. Labowski n’affirme pas expressis verbis que la marque de propriété
qui figure dans le Marcianus graecus 258 y fut introduite par Guillaume
de sa propre main, mais elle semble l’admettre comme un fait évident en
disant que Moerbeke “s’appelle lui-même dans cet e x -îib ris
poenitentiarius divini officii (sic pro domini pape ?)”. Clagett lui aussi se
réfère à cet ex libris, qu’il tient pour un spécimen assuré de l’écriture du
traducteur. Selon lui, la main de Y Ottobonianus y ressemble, mais il croit
que la base de comparaison est trop mince pour qu’elle constitue une
véritable preuve paléographique de l’identité des deux mains.
Ainsi donc, la preuve principale du caractère autographe du
manuscrit réside pour Clagett dans un ensemble d’arguments qui se
rapportent au texte même et qui avaient déjà été avancés par Heiberg ; ils
se dégagent de l’analyse philologique des annotations marginales et des
corrections textuelles. En effet, les marges de V Ottobonianus sont
remplies d’annotations, parmi lesquelles on observe un grand nombre de
mots grecs. Ceux-ci se rapportent souvent à une lacune dans le texte
latin : le traducteur a donc noté dans les marges les expressions grecques
qui posaient des problèmes de traduction. De temps en temps il y a attiré
l’attention en mettant un point d’exclamation dans la marge. Mais il a
continué à chercher des solutions : quelques-uns des passages
problématiques ont été complétés ou modifiés par après, et l’annotation
marginale a été effacée à ces endroits. Selon Heiberg et Clagett, il est
invraisemblable qu’un copiste reproduise d’une manière si fidèle les
différentes étapes d’annotation et d’amélioration du texte qu’il transcrit.
Cette observation s’applique également aux corrections textuelles :
celles-ci se distinguent nettement des fautes de copiste habituelles. Les
corrections de Y Ottobonianus montrent comment le traducteur a changé
d’avis pendant qu’il rédigeait sa traduction. Ne citons qu’un seul parmi
les nombreux exemples signalés par Heiberg et Clagett : mpiexopivo-u

7 Voir par exem ple F. BOSSIER, “M éthode de traduction et problèmes de


chronologie”, dans G uillaum e d e M oerbeke. R ecu eil d ’étu des à l ’o cca sio n du 700e
an n iversaire d e sa m ort (1286), ed. J. BRAMS et W. VANHAMEL, Leuven, 1989,
pp. 257-294, spéc. p. 267, n. 11 (Ancient and M edieval Philosophy, D e W ulf-
Mansion Centre, Series 1, VII).
234 JOZEF BRAMS

circum (dei.) contento. Moerbeke commence à traduire ire p i- par


circum, mais avant de terminer la traduction de l’expression entière, il se
décide pour un équivalent différent : il barre circum et écrit contento, ce
qui lui paraît une meilleure traduction du mot grec.
Quel est donc le fondement ultime de l’identification de la main de
Guillaume de Moerbeke ? Ce n’est ni le seul argument paléographique
(Y ex-libris du Marcianus), ni le seul argument philologique (le caractère
autographe de Y Ottobonianus), mais bien la combinaison des deux,
c’est-à-dire le fait que la même écriture figure dans deux manuscrits qui
n’ont rien de commun si ce n’est leur rapport à un troisième terme, à
savoir l’activité du même traducteur. L ’argument paléographique est
donc confirmé par l’argument philologique, et l’argument philologique
par l’argument paléographique, sans qu’on puisse parler d’un cercle
vicieux. En fait, c’est plutôt la ressemblance de l’écriture des deux
documents qui confirme les arguments de part et d’autre en faveur de
l’identification de la main de Guillaume de Moerbeke.
En 1982, dans un article très remarqué de G. Vuillemin-Diem8, un
troisième manuscrit a été mis en rapport direct avec l’activité de
Guillaume de Moerbeke. Il s’agit du Vindobonensis graecus 100, qui
date également du IXe siècle et qui est en fait le témoin le plus ancien
d’une série d’œuvres d’Aristote : Physique, De celo, De generatione et
corruptione, Météorologiques et Métaphysique (précédée de la Méta­
physique de Théophraste). Il est très probable que ce manuscrit doit être
rattaché lui aussi à la “Collection philosophique” : J. Irigoin a reconnu
que la main secondaire qui est responsable d’un nombre de corrections,
de signes et de notes marginales du manuscrit de Vienne est identique à
l’une des mains principales auxquelles sont dus les manuscrits de la
“Collection philosophique”. On pourrait donc supposer que le Vindobo­
nensis n’appartenait pas à cette collection dès l’origine, mais qu’il y fut
incorporé peu de temps après9.
Les éditeurs de YAristoteles Latinus qui s’occupaient des traités
contenus dans le manuscrit de Vienne étaient frappés de constater que les

° G. VUILLEMIN-DIEM, “Untersuchungen zu Wilhelm von Moerbekes Metaphy­


sikübersetzung”, dans Studien zu r m ittela lterlich en G eiste sg e sc h ic h te und ihren
Q u e lle n , hg. von A. ZIMMERMANN, Berlin - N ew York, 1982, pp. 103-208
(Miscellanea Mediaevalia, 15).
9 J. IRIGOIN, “L ’Aristote de Vienne”, dans Jahrbuch d e r österreichischen byzan ti­
nischen G esellschaft, 6 (1957), pp. 5-10, spéc. 7-8.
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 235

traductions (ou révisions) que Guillaume de Moerbeke en a faites suivent


à la lettre le texte de ce manuscrit ; souvent même elles reproduisent une
variante grecque qui ne se retrouve que dans le Vindobonensis. Mais
c’est G. Vuillemin-Diem qui a découvert dans ce manuscrit une série
d’indices qui prouvent que Guillaume de Moerbeke l’a effectivement
utilisé comme modèle de ses traductions. Il s’agit tout d’abord de deux
annotations latines où l’on reconnaît la main du traducteur. II y a ensuite
des signes de paragraphe latins en forme de potence qui ressemblent à
ceux qui se trouvent dans l’Ottobonianus. En outre, on retrouve dans le
Vindobonensis des points d’exclamation identiques à ceux qui se
rencontrent dans les traductions d’Archimède. Ils ont d’ailleurs la même
fonction, à savoir celle d’attirer l’attention sur une leçon grecque
douteuse. Et finalement, certaines corrections du texte grec de ce
manuscrit rappellent la main de Guillaume de Moerbeke10.
Cependant, une fois de plus, c’est la combinaison de ces obser­
vations d’ordre paléographique avec des arguments philologiques qui
permet d’associer ce manuscrit à l’activité de Moerbeke. La plupart des
interventions signalées dans le Vindobonensis s’expliquent par l’étude
philologique de la traduction latine : celle-ci nous apprend qu’aux
passages marqués dans le manuscrit de Vienne le traducteur s’est fié à
d’autres témoins du texte, à savoir au manuscrit latin de la traduction
antérieure dans le cas d’une révision ou encore à un autre manuscrit grec.
La preuve la plus éclatante du rapport qui existe entre le manuscrit
de Vienne et notre traducteur est la liste des œuvres d’Hippocrate qui
figure dans la marge du fol. 137v de ce manuscrit11. Cette liste n’a
aucun rapport à une traduction de Moerbeke, mais l’analyse paléogra­
phique démontre à l’évidence que la main qui l’a écrite est la même que
celle qui est responsable du texte de Y Ottobonianus. On connaît égale­
ment la source directe de cette liste : c’est la table des matières du
Corpus Hippocratique contenu dans le manuscrit Vaticanus graecus 276.
Il importe de signaler un détail intriguant de la liste hippocratique, à
savoir que dix titres de cette liste ont été marqués d’une petite croix, dont

'° A risto te le s Latinus XXV 3.1 M etaph ysica lib. l-XIV. R ecen sio e t T ran slatio
G uillelm i de M oerbeka, ed. G. VUILLEMIN-DIEM, P raefatio, Leiden - New York -
Köln, 1995, pp. 172-183 avec d’excellentes planches hors-texte.
11 G. V U IL L E M IN -D IE M , “La liste des œuvres d ’Hippocrate dans le
Vindobonensis Phil. Gr. 100 : un autographe de Guillaume de M oerbeke”, dans
G uillaum e d e M oerbeke, pp. 135-184.
236 JOZEF BRAMS

le trait vertical est souvent un peu oblique. G. Vuillemin-Diem en a


découvert la signification en comparant la table des matières du Vaticanus
graecus 276 avec le contenu réel de ce manuscrit. En effet, des 39
derniers traités mentionnés dans la table des matières le texte n ’en
comporte que dix. Dans la liste du Vindobonensis, neuf de ces dix titres
ont été marqués d’une croix, ainsi que le titre après lequel il y a
désaccord entre la table des matières et le contenu du manuscrit
hippocratique. Nous allons tantôt rencontrer une série de croix analogues
dans un autre manuscrit associé à Guillaume de Moerbeke.
Pour conclure cet aperçu préliminaire, je reviens au Marcianus
graecus 258. M. Clagett, en se référant à L. Minio-Paluello, avait déjà
exprimé ses doutes vis-à-vis de la thèse de P. Thillet concernant le
manuscrit grec utilisé par Moerbeke pour sa traduction du De fa to 12.
Selon G. Vuillemin-Diem, cette thèse doit être modifiée en ce sens que
Moerbeke a utilisé deux manuscrits grecs, dont l’un est le Marcianus. Ce
manuscrit présente, en effet, dans les marges du texte du De fato, les
points d’exclamation typiques de Moerbeke et qui ont d’ailleurs la même
fonction que ceux qui figurent dans Y O ttobonianus et dans le
Vindobonensis, à savoir celle de marquer des endroits problématiques13.

2. L a m éthode d u traducteur : sa r évision d e l a P h y s i q u e

Les études mentionnées jusqu’à présent fournissent des renseigne­


ments précieux pour quiconque veut se faire une idée concrète de la
méthode suivie par Moerbeke pour la composition de ses traductions ou
révisions. Surtout l’édition récente de la Métaphysique par G. Vuillemin-
Diem14 constitue un vrai modèle en son genre. L’édition de la Recensio
Guillelmi de la Physique en particulier peut tirer profit de cet exemple,
puisque les phénomènes qui se constatent sont fort similaires pour les
deux textes. Dans chacun des cas on a affaire à une révision (de tout le
texte dans le cas de la Physique, d’une partie du texte dans celui de la
Métaphysique), c’est-à-dire à une version corrigée, exécutée sur un

12 M. CLAGETT, op. cit., p. 36 et n. IL


13 G. VUILLEMIN-DIEM, La liste des œ uvres d ’H ippocrate, p. 148 et n. 40.
14 Voir n. 10. L ’édition proprement-dite est contenue dans la seconde partie du
volume (A ristoteles Latinus XXV 3.2).
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 237

exemplaire de la traduction antérieure. Dans les deux cas on a pu


constater, en outre, que la correction s’est opérée en deux étapes
successives. Puisque le texte de l’exemplaire existant est un composant
essentiel de la version corrigée, il importe de cerner aussi précisément
que possible le type de texte utilisé par le réviseur. En faisant ainsi, on a
pu conclure que les deux phases de la révision ont été exécutées sur un
seul et même exemplaire de la traduction antérieure. Dans une première
lecture, Moerbeke a surtout corrigé les passages où il constatait une
grave détérioration du texte latin par rapport au grec ; dans la deuxième
étape de son travail il s’est préoccupé d’améliorer le texte du point de vue
de la terminologie et de l’interprétation. Un aspect inattendu de cette
deuxième lecture est qu’elle comporte également un travail de critique
textuelle : pour sa version définitive de la Métaphysique ainsi que, du
moins à partir du livre V, pour celle de la P hysique, Moerbeke a
collationné un deuxième manuscrit grec, dont il a suivi certaines
variantes dans sa traduction.
Jusqu’ici, la situation de la Physique est fort analogue à celle de la
Métaphysique. Une différence frappante se constate cependant en ce qui
concerne la divulgation de chacune des deux recensions des textes
respectifs. Dans la Métaphysique, la première étape de la révision (c.q.
traduction) n’est attestée que par un seul manuscrit, tandis que la
deuxième étape est représentée par la tradition généralement divulguée.
Dans la Physique, la situation est exactement inverse : ici c ’est la
première phase de la révision qui est attestée par la grande masse des
manuscrits, tandis que la version définitive ne nous est transmise de
façon continue que par le seul Matritensis 1067. Ce manuscrit est un
exemplaire assez proche, et peut-être une copie directe de l’autographe.
Nous y trouvons une série importante de notes marginales et inter-
linéaires que l’on peut diviser en deux catégories : d’une part Moerbeke
présente une sorte d’apparat de variantes textuelles, d’autre part il fournit
des précisions concernant le sens de certaines expressions de la
traduction qui d’elles mêmes ne sont pas assez claires. La ressemblance
de ces notes avec celles de YOttobonianus saute aux yeux15.
Regardons de plus près les notes concernant les variantes textuelles.
Jusqu’au début du livre VI, elles se rapportent à la comparaison du texte
de la Translatio vetus avec celui du seul Vindobonensis ; par contre,

15 J. BRAMS, “La ‘Recensio Matritensis’ de la P h y siq u e ”, dans G u illau m e d e


M oerbeke, pp. 193-220.
238 JOZEF BRAMS

dans les notes aux trois derniers livres Moerbeke se réfère à deux
manuscrits grecs dont l’un est le Vindobonensis et l’autre est très voisin,
mais non pas identique, au manuscrit Barberinianus graecus 136 (B)16.
L ’utilisation de ce deuxième manuscrit grec est donc attestée par le
traducteur lui-même à partir du livre VI mais, comme nous venons de le
signaler, elle se manifeste déjà au livre V, où la révision s’écarte parfois
du texte du Vindobonensis pour suivre une autre tradition. La spécificité
de cette tradition apparaît de façon évidente par la présence, dans la
‘Recensio Matritensis’, de l’équivalent latin d’une leçon grecque fautive
qui ne se retrouve que dans la famille du Barberinianus : au livre V
6.230b26-28 on y lit etç t ô v oticeîov tottov ovtoç (au lieu de tôvxoç),
et Moerbeke traduit in proprium locum ente (au lieu de eunte). En outre,
à cet endroit le Vindobonensis contient une note marginale grecque qui
reproduit cette leçon fautive et qui, probablement, a été copiée par
Guillaume de Moerbeke lui-même de son deuxième exemplaire grec17.
En ce qui concerne les quatre premiers livres, Moerbeke semble s’en
tenir au manuscrit de Vienne.
À ce point, on peut se poser une série de questions. Pourquoi le
traducteur a-t-il eu recours à un deuxième manuscrit grec au cours de son
travail de révision et pourquoi ne l’a-t-il pas utilisé dès le début ? Est-ce
qu’en révisant les quatre premiers livres, Moerbeke s’est rendu compte
peu à peu que le Vindobonensis n’était pas toujours digne de foi, ou est-
ce que son deuxième exemplaire ne contenait que les quatre derniers
livres ? En d’autres termes, est-ce qu’il a cherché l’aide d’un deuxième
texte grec pour résoudre les problèmes que posait le Vindobonensis, ou
est-ce qu’il a collationné systématiquement les textes dont il disposait ?
D ’un point de vue moderne, on devrait opter pour la deuxième
alternative : si l’on veut faire une traduction scientifique d’une œuvre
ancienne, il ne faut pas se contenter d’un texte quelconque. De plus, il
est souhaitable de s’informer des traductions antérieures ainsi que des
commentaires existants. De quelle manière Moerbeke a-t-il procédé ?

1(1 Ce manuscrit date du XIIe siècle. Le texte de la P h ysiqu e qu’il contient, et qui
est de bonne qualité, n ’a été inspecté que par H. D iels pour son édition du
commentaire de Simplicius ; cf. S im plicii In A risto telis P hysicorum lib ro s qu attu or
p o s te r io r e s co m m en ta ria , ed. H. DIELS, Berolini, 1895, p. IX (Commentaria in
Aristotelem Graeca, X).
17 Cf. J. BRAMS et G. VUILLEMIN-DIEM, “Note concernant la collation d ’un
deuxième manuscrit grec de la Physique par Guillaume de Moerbeke,” dans Guillaume
d e M oerbeke, pp. 185-192, spéc. pp. 188-192 ; voir plus loin, pp. 247-248.
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 239

Il serait hasardeux de vouloir apporter une réponse décisive à ces


questions, mais je crois qu’il vaut la peine d’examiner un élément du
dossier qui n ’a pas été suffisamment pris en considération jusqu’à
présent. J’ai été intrigué par une note de Moerbeke à sa révision des
Seconds Analytiques. À deux endroits, le traducteur cite, comme dans la
Physique, les leçons d’un autre manuscrit grec, mais au premier de ces
passages il mentionne, outre les leçons de ses deux exemplaires du texte
d’Aristote, les variantes qu’il trouve dans un commentaire. A propos du
texte I 11.77al5-16 et icott p/f) otv0poûrrov âÀT]0éç, ÔÀAJ et p.ôvov
avSpcoîiov Çtjiov eîuat n a v - quamvis non hominem verum, sed si
solum hominem esse animal omne, Moerbeke note : “unus liber grecus
habet si, alius aut ; in commento videtur expositio si, quamvis textus
commenti haberet aut sz” 18. Moerbeke se réfère, sans le dire
expressément, au commentaire de Jean Philopon ; en effet, le texte du
lemme de ce commentaire présente, suivant les témoins, rj ou îj ci, tandis
que le commentaire lui-même implique plutôt la leçon et19.
On sait que plusieurs manuscrits grecs de la bibliothèque du pape
Boniface Vili ont été utilisés comme modèles par notre traducteur. Or,
les deux catalogues, datant des années 1295 et 1311 respectivement, des
manuscrits grecs de cette bibliothèque mentionnent un exemplaire du
commentaire de Philopon sur les Seconds Analytiques2^. Mais ces
catalogues mentionnent également, à côté de deux témoins du texte
aristotélicien de la Physique, deux exemplaires du commentaire de

' 8 Cf. A risto te le s L atinus IV 1-4 A n a ly tic a P o ste rio ra . T ra n sla tio n es Iacobi,
A nonym i sive T oan n is’, G erardi et G uillelm i d e M oerbeka, edd. L. Minio-Paluello et
B.G. Dod, Bruges - Paris, 1968, p. 297.6 et 311.12.
I 9 Cf. Ioannis P h ilopon i In A risto telis A n alytica P o ste rio ra C om m en taria cum
anonym o in librum II, ed. M. WALLIES, Berolini, 1909, p. 139 (Commentaria in
Aristotelem Graeca, vol. XIII, pars III) ; L. MINIO-PALUELLO, N o te s u ll’A risto te le
Latino m edievale, V. L ’ignota version e M oerbekana d ei ‘Secon di A n a litic i’ u sata eia
S. Tom aso, dans R ivista d i F ilosofia N eo-S colastica, 43 (1951), p. 395-396 (= ID.,
O puscula. The L atin A ristotle. Amsterdam, 1972, p. 161-162) ; S an cti Thom ae d e
A qu in o O p era om nia, Tomus XLV,1, S en ten cia lib r i D e anim a, cura et studio
Fratrum Praedicatorum, Roma - Paris, 1984, p. 204*.
29 Cf. A. PARAVICINI BAGLIANI, La provenienza ‘angioina ’ d ei codici g reci della
biblioteca d i B onifacio V ili. Una revisione critica, dans Italia M ed io eva le e U m anis­
tica, 26 (1983), pp. 27-69, spéc. p. 54, n° 440 [614].
240 JOZEF BRAMS

Simplicius sur ce traité21. Il n’est donc pas exclu, bien qu’aucune des
notes du manuscrit de Madrid ne fasse expressément mention d’un
commentaire, que Moerbeke a bien connu celui de Simplicius sur la
Physique. Ne pourrait-on pas examiner l’hypothèse selon laquelle le
traducteur aurait utilisé ce commentaire afin de mieux comprendre le texte
d’Aristote et d’être ainsi capable de faire un choix judicieux parmi les
variantes attestées par ses deux témoins du texte même ? Selon cette
hypothèse, les notes signalant des variantes grecques ne résulteraient pas
tellement d’une collation systématique d’un autre manuscrit grec, mais
seraient plutôt les signes d’une certaine hésitation du traducteur dans le
choix de la bonne leçon. En fait, ces notes sont relativement peu
nombreuses. Beaucoup plus nombreux sont les endroits où la ‘Recensio
Matritensis’ s’écarte sans hésitation du manuscrit de Vienne. On
constate, en outre, que la seconde révision de Moerbeke, même aux
endroits où elle s’en tient au texte du Vindobonensis, présente des
corrections qui font preuve d’une compréhension accrue et d’une plus
grande pénétration par rapport au texte d’Aristote22. On pourrait penser
que c’est grâce au commentaire de Simplicius que le traducteur a pu faire
ce progrès.
Est-ce qu’il y a des indications concrètes qui plaident en faveur de
cette hypothèse ? Dans un article récent, le père Saffrey a de nouveau
attiré l’attention sur la “Collection philosophique”. En parlant des ma­
nuscrits de cette collection qui ont joué un rôle dans les traductions de
Moerbeke, il mentionne un exemplaire qui contient le commentaire de
Simplicius sur les livres V-VIII de la Physique, à savoir le Marcianus
graecus 226. Il en fournit quelques particularités qui invitent à penser
que Guillaume de Moerbeke a utilisé ce manuscrit23. A première vue, les
indications qui pourraient suggérer cette idée sont plutôt faibles : le

21 Cf. Ib id ., p. 53, n° 442 [610], et p. 55, n° 423 [621], pour le texte de la


P h y s iq u e ; p. 52, n° 421 [603], et p. 55, n° 422 [622], pour le commentaire de
Simplicius.
22 J. BRAMS et G. VUILLEMIN-DIEM, “Physica Nova und Recensio Matritensis
- Wilhelm von Moerbekes doppelte Revision der Physica Vetus”, dans A ristotelisch es
E rbe im arabisch -latein isch en M ittelalter. Ü bersetzungen, K om m entare, In terp re­
tationen, hg. von A. ZIMMERMANN, Berlin - New York, 1986, pp. 215-288, spéc.
p. 261-270 (Miscellanea Mediaevalia, Bd. 18).
23 H.D. SAFFREY, “N ouvelles observations sur le manuscrit Parisinus graecus
1807”, dans Studies in P la to an d the P laton ic Tradition. E ssays P resen ted to John
W hittaker, ed. by M. JOYAL, Aldershot, 1997, pp. 293-307, spéc. p. 302.
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 241

manuscrit en question n’offre aucune note marginale ou interlinéaire en


latin. Le seul vestige d’une intervention d’origine occidentale est la
présence d’un signe de paragraphe en forme de potence du type utilisé
par Moerbeke. Ce signe se trouve au fol. 76r, à l’endroit où Simplicius
passe d’une digression sur un doublet dans le texte d’Aristote à une
récapitulation du contenu du livre V qui termine son exposé sur ce livre.
Or il est intéressant de signaler que dans la ‘Recensio Matritensis’
Moerbeke a supprimé sa propre traduction antérieure du passage liti­
gieux : est-ce qu’il a été convaincu par les observations de
Simplicius24 ? D ’autre part, les marges du Marcianus présentent un
grand nombre de croix qui pourraient remonter à un lecteur, sans
cependant qu’elles soient caractéristiques d’une main latine. Toutefois,
elles rappellent les croix qui figurent dans le Vindobonensis. Enfin, une
curieuse coïncidence semble associer le Marcianus graecus 226 à la
traduction de la Physique par Moerbeke, à savoir le fait que le manuscrit
de Simplicius ne contient que les livres V-VIII et que les notes de
Moerbeke concernant son deuxième modèle grec de la ‘Recensio
Matritensis’, ainsi que les cas où cette recension suit effectivement le
deuxième manuscrit grec, se limitent aux quatre derniers livres.
Essayons donc de vérifier si les pauvres indices externes se confirment
par une étude comparative du Marcianus et de la recension de Madrid.

3. L e M a r c ia n u s G raecus 226

Dans une publication antérieure j ’ai fait une première évaluation de


l’hypothèse qui associe le M arcianus à l’activité de Guillaume de
Moerbeke25. J’ai dû reconnaître que la série de petites croix qui figurent
dans les marges de ce manuscrit constitue un élément assez énigmatique
du dossier. Je propose ici une autre interprétation de la signification de

24 Voir plus loin, p. 248-249.


25 J. BRAMS, “Guillaume de Moerbeke et le commentaire de Simplicius sur la
Physique”, dans T radition e t traduction. L es tex tes p h ilo so p h iq u es e t scien tifiqu es
g re c s au m oyen â g e latin. H om m age à F ernand B ossier, éd. par R. BEYERS, J.
BRAMS, D. SACRÉ, K. VERRYCKEN, Leuven, 1999, pp. 265-279 et 6 planches
hors-texte (Ancient and Medieval Philosophy, D e Wulf-Mansion Centre, Series 1,
XXV).
242 JOZEF BRAMS

ces croix, qui augmente sensiblement la crédibilité de l’hypothèse en


question.
Les croix dont il s’agit sont du même type et apparemment de la
même main ; elles sont presque toujours placées au début d’un lemme
du texte aristotélicien. Les lemmes sont insérés dans le commentaire de
Simplicius, dont ils ne se distinguent pas par leur écriture. Cependant ils
se laissent aisément repérer grâce à des signes de paragraphe spéciaux en
forme d’un trait horizontal muni d’une sorte de virgule. Ces signes ont
été introduits dans les marges d’une manière très soigneuse : aucun
lemme n ’a été oublié. Les textes d’Aristote cités dans le corps du
commentaire, en revanche, sont indiqués par des signes nettement
différents, par exemple des crochets ou des fourches. Or, dans le
manuscrit de Vienne on retrouve les mêmes signes de paragraphe
spéciaux que dans celui de Venise pour indiquer les lemmes du
commentaire de Simplicius. La ressemblance est telle qu’il est justifié
d’attribuer ces signes de part et d’autre à la même main, qui est sans
doute celle qui a été identifiée par J. Irigoin et qui est aussi responsable
des notes marginales dans les deux manuscrits26. Il faut noter cependant
que dans le Vindobonensis on ne retrouve ces signes de paragraphe, de
façon continue, que dans les livres VI, VU et VUI 1-4. Comme dans le
Marcianus, ils ont été placés soigneusement et régulièrement dans la
marge ; il n’y a que quatre lemmes qui n ’ont pas été marqués de ce
signe. Dans le livre V les lemmes de Simplicius sont indiqués par des
signes de paragraphe habituels, mais nettement plus grands que les
autres.
Les croix qui nous intéressent ici sont distribuées tout au long des
livres V-VIII du commentaire de Simplicius. Dans le livre V, elles
marquent 15 sur 51 lemmes ; dans le livre VI, 19 sur 65 ; dans le livre
VII, 10 sur 38 ; dans le livre VIII 1-4, 11 sur 33 ; dans le livre VIII 5-
10 (où les lemmes de Simplicius n ’ont pas été indiqués dans le
Vindobonensis), 21 lemmes sur 77 ont été marqués, tandis qu’une croix
est placée un peu en-dessous d’un lemme, en face de la troisième ligne
du commentaire lui-même27.
Que peut signifier la présence de ces croix dans le commentaire de
Simplicius ? Leur rôle ne pouvait pas être de marquer le début des

26 Ibid., p. 272 avec les planches 5 et 6.


27 Deux autres croix marquant des passages du commentaire au lieu des lemmes
sont tout probablement d ’une autre main et manifestent d’autres intentions.
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 243

lemmes : ceux-ci avaient déjà été relevés avec toute la clarté qu’on
pouvait souhaiter. D ’ailleurs, des 264 lemmes, il n’y en a que 76, c ’est-
à-dire environ 29 %, qui ont été marqués d’une croix. Est-ce que
l’érudit qui en est responsable a voulu attirer l’attention sur certains
lemmes qui l’intéressaient comme témoins du texte d’Aristote ? Cela non
plus n’est pas très probable : les lemmes ne reprennent que quelques
mots du début et de la fin (reliés par la formule o ü ç x o t 3 ) du passage
commenté. De ce point de vue, les citations du texte d’Aristote qui sont
reprises dans le corps du commentaire et qui sont également mises en
relief par des signes spéciaux introduits dans la marge sont beaucoup
plus intéressantes.
On pourrait supposer que la raison pour laquelle le lecteur présumé a
mis une croix en face de certains lemmes est que les passages marqués
l’intéressaient spécialement pour leur contenu. Signalons une découverte
que P. De Leemans vient de faire dans le Vindobonensis : une croix du
même type se retrouve dans la marge de ce manuscrit en face du texte de
la Physique (II 2.194a29) ... xéAoç xijç Kivr|crecjûç, to m o eo/oiTOV
Kat to oí5 euGKa ■ Siò Kar ò 7iotr|xfiç ,..28. La croix ne peut se
rapporter qu’à la citation du poète qui est introduite à cette ligne : “il a la
fin (xeAe-ux-qv, c’est-à-dire la mort) pour laquelle il fut né”. Selon
Aristote, ces mots sont ridicules, parce que tout ce qui arrive en dernier
lieu n’est pas fin au sens du “pourquoi”. Dans la première phase de sa
révision, Moerbeke n’a pas changé de manière substantielle l’ancienne
traduction. La recension de Madrid, en revanche, contient, à côté de
quelques corrections mineures, deux interventions importantes : une
note interlinéaire identifie le poète comme étant Homère (Philopon et le
manuscrit F disent qu’il s’agit d’Euripide) et la traduction finem pour
xeAeux-qv est changée en conversationem (manière de vivre). La
signification exacte de la croix n’est pas évidente, mais le rapport à la
recension de Madrid semble être indéniable.
Mais si les passages du Marcianus marqués de croix intéressaient
notre lecteur pour leur contenu, pourquoi se trouvent-elles presque
exclusivement en face des lemmes du texte d’Aristote ? Sans doute parce
que les lemmes constituent des points de repère commodes dans le long
texte de Simplicius. Le lecteur voulait donc aisément retrouver dans le
texte d’Aristote les passages qui l’intéressaient. S’il avait à sa disposition
un manuscrit comme celui de Vienne, une comparaison des deux textes

28 Communication orale de P. DE LEEMANS, dont je le remercie cordialement.


244 JOZEF BRAMS

ne posait aucun problème quant aux livres VI-VIII 4, où les signes


spéciaux qui marquent les lemmes du texte de Simplicius correspondent
à des signes identiques dans le Vindobonensis ; mais les lemmes de
Simplicius étaient sans doute également reconnaissables dans le livre V.
Un problème se posait, du moins pour un lecteur grec, quant au passage
VIII 5-10 du texte d’Aristote. Pour un lecteur comme Guillaume de
Moerbeke, l’inconvénient était moins grand, car les lemmes de
Simplicius correspondaient sans doute à un signe de paragraphe dans
l’un ou l’autre des manuscrits de la P hysique dont il disposait.
Rappelons que le traducteur avait sur sa table deux manuscrits grecs et au
moins un manuscrit latin de ce texte. Or, les lemmes marqués d’une
croix par le lecteur au livre V sont presque toujours indiqués par un signe
de paragraphe dans le manuscrit de Madrid ; une seule fois (fol. 30r), un
lemme marqué d’une croix dans le commentaire de Simplicius (V
4.227b3-14 ; début du chapitre 4) est signalé par un double signe de
paragraphe en forme de potence (c’est-à-dire dans la marge et à l’endroit
précis du texte) dans le Vindobonensis29.
Mais est-ce que notre lecteur est vraiment Guillaume de Moerbeke ?
Et a-t-il consulté le Marcianus graecus 226 dans le but d’y trouver une
aide pour son travail de critique textuelle et d’interprétation ? En effet,
lors de la deuxième révision de la Physique il a comparé la traduction
latine avec deux manuscrits grecs de ce texte : il était donc nécessaire,
aux endroits où se constataient des variantes importantes, de choisir la
leçon qui s’adapte le mieux au contexte. On pourrait donc mettre à
l’épreuve l’hypothèse selon laquelle les croix du Marcianus indiquent les
lemmes dans lesquels Moerbeke se heurtait à un problème de critique
textuelle et/ou d’interprétation. Or, si on compare les 76 lemmes de
Simplicius marqués d’une croix avec les passages correspondants de la
‘Recensio Matritensis’ de Guillaume de Moerbeke, on ne constate pas de
rapport significatif entre l’emplacement des croix et les endroits où le
texte a apparemment causé des problèmes pour le traducteur. Bien sûr,
une telle comparaison a ses limites, puisqu’on ne dispose pas de tous les
documents avec lesquels le traducteur a travaillé. Tant qu’on ne connaîtra
pas les variantes précises de son deuxième modèle grec ni celles qui se
lisaient dans sa copie du texte latin, on ne pourra pas toujours
comprendre les raisons qui ont pu l’amener à invoquer ou ne pas
invoquer le commentaire de Simplicius.

29 Cf. J. BRAMS, G uillaum e d e M oerbeke e t le com m entaire d e S im plicius su r la


P h ysiqu e, planche 2 ; voir plus loin, p. 246.
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 245

Cependant, il y a une explication beaucoup plus simple de la


signification des croix. On constate, en effet, que celles-ci sont distri­
buées d’une manière assez régulière au cours du texte. Il est frappant,
par exemple, qu’elles ne se trouvent jamais en face de deux lemmes
successifs30. On pourrait donc penser que la fonction de ces croix est
plutôt celle de diviser le texte en chapitres ou paragraphes. Cette
hypothèse laisse ouverte la question de leur origine. Il se pourrait
qu’elles font partie de l’apparat de signes et de notes marginales du
Marcianus et qu’elles remontent à la main identifiée par J. Irigoin31. On
devrait supposer alors que Moerbeke a deviné leur fonction et qu’il a
adopté dans sa traduction la même division du texte en y introduisant des
signes de paragraphes latins. En revanche, si les croix remontent à
Guillaume de Moerbeke, le traducteur a voulu coordonner la division
existant déjà dans son texte latin aux lemmes correspondants du
commentaire. Les croix résultent alors de la comparaison de ces deux
textes, de la même façon que celles de la liste hippocratique résultent de
la comparaison de la table des matières avec le contenu réel du manuscrit
d’Hippocrate d’où provient cette liste.
L’hypothèse selon laquelle les croix ne signifient rien d’autre qu’une
division du texte d’Aristote présente l’avantage que la question de
l’utilisation éventuelle du commentaire de Simplicius par Guillaume de
Moerbeke peut être abordée indépendemment de la question de l’origine
de ces croix. L ’influence éventuelle de ce commentaire peut être
examinée dans les passages où la ‘Recensio Matritensis’ de la Physique
(M) présente des corrections importantes par rapport à la ‘Recensio
Nova’ (N). Nous croyons que l’analyse des livres V et VIII, c’est-à-dire
du début et de la fin du texte contenu dans le Marcianus, peut suffire à
cet objectif. Nous mentionnons pour chaque passage discuté le lemme du
commentaire de Simplicius dans lequel il se trouve, en précisant s’il
s’agit ou non d’un lemme marqué d’une croix.

30 Abstraction faite du cas mentionné où une croix n’est pas placée en face du
lemme, mais au début du commentaire lui-même. Nous y reviendrons plus loin (voir
p. 252).
3 * Voir tout particulièrement la planche 6 mentionnée dans la note 26.
246 JOZEF BRAMS

4. A nal y se d u livre V32

V 4.227b3-14 (lemme marqué d’une croix). Il est frappant que le


premier passage où la ‘Recensio Matritensis’ s’écarte de façon évidente
du texte du Vindobonensis fait partie de ce lemme qui, comme nous
l’avons déjà mentionné, est signalé par un double signe de paragraphe en
forme de potence dans le manuscrit de Vienne. Il s’agit de 227bl2
SfjAôv (+ cbç E2) ècrav (om. F : o-Sv J2I) û ç : manifestum est quod ut
N : manifestum quomodo est ut M. Dans sa première recension,
Moerbeke a ajouté à la leçon quod, qui se trouvait dans son exemplaire
de la ‘Vetus’, et peut-être en vue de la corriger, la traduction ut pour dbç.
Dans sa seconde recension, il a décidément éliminé quod et il a inséré, en
suivant la leçon attestée par E2, quomodo comme traduction du premier
(¡bç. Il est possible que le traducteur a été influencé par Simplicius, qui
remplace l’expression eunv œç par nœç = “d’une certaine façon”,
expression qui s’oppose à 227M3 ànÀcüç = “sans spécification”
(p. 883.1-14 Diels). Cependant, l’interprétation de Simplicius ne se
dégage pas de façon évidente de la traduction de Moerbeke : celle-ci suit
littéralement le texte qu’il a dû lire dans son deuxième exemplaire grec
(bien que le manuscrit B suive ici la grande tradition).
V 5.2 2 9 al6 -b ll (lemme non marqué). À la ligne 229M0 les
manuscrits F et B ajoutent èv p á0 ct après t o l Û t o i , mentionnant
explicitement la troisième dimension après la longueur et la largeur.
L’addition se lit également dans la ‘Translatio Vetus’ (in altitudine). Dans
sa première révision, Moerbeke a dû avoir ses doutes par rapport à cette
addition : certains manuscrits de cette recension l’omettent. Mais dans la
seconde révision le traducteur a restitué la leçon litigieuse, en se fiant
sans doute sur l’autorité de son deuxième exemplaire grec et, peut-être,
sur celle de Simplicius (p. 904.14-18 Diels).
V 6.230a7-18 (lemme non marqué). À la ligne 230all le manuscrit
B ajoute rô [xf] ov après -imotceipcvov (l’expression est reprise comme
scholie dans le manuscrit I, et sous une forme plus libre dans J).
L ’addition se lit également dans la ‘Translatio Vetus’ (non esse). Dans sa
première révision, Moerbeke l’a éliminée, mais dans la seconde il l’a
restituée (quod non est), en se fiant une fois de plus sur l’autorité de son

32 Voir également J. BRAMS et G. VUILLEMIN-DIEM, “Physica N ova und


Recensio Matritensis”, pp. 255 et 265-270.
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 247

deuxième exemplaire grec et, peut-être, sur celle de Simplicius (p.


908.21).
V 6.230al8-bl0 (lemme non marqué). Aux lignes 230a24-25
Aristote rejette, dans le domaine de la croissance et de la diminution,
l’idée d’une contrariété fondée sur les notions de “naturel” ou “contre
nature” : œç «Jrùoer T| Sè irapà JacE2I : <bç <J>-6aei rj -napà ^-úcnv
jp eg lpHB. Tandis que, dans la première révision, Moerbeke suit la
leçon T) Sè, il change d’avis dans la seconde. Il reprend ainsi la tournure
des lignes 230a22-23 Kaxà «jrucnv rj -napa jrúcnv, bien que Simplicius
éclaire le sens de l’expression elliptique T| Sè : T) (JÆV a-u^r}cnç ... T) Sè
pÆÎcocriç (p. 910.19-20 Diels).
Un cas analogue s’observe aux lignes 230b8-9 : o-ùx ànAœç ...,
àÀÀJ ?| T) |xèv ... T) Sè. L ’adverbe ? |, qui exprime l’opposition à àrrÀóòq,
est omis dans J1 et E 1. Dans la première révision, Moerbeke élimine la
traduction secundum quod de la ‘Translatio Vetus’ selon le texte de J1,
tandis qu’il revient sur cette décision dans la ‘Recensio Matritensis’ en
introduisant la traduction qua. Le commentaire de Simplicius explique
clairement le bien-fondé de cette traduction (cf. kcxGo, p. 911.26-31).
V 6.230M0-21 (lemme marqué d’une croix). À la ligne 230bl7 le
manuscrit H ajoute r) aveu après ÈKeivr|. L’addition se lit également dans
la ‘Recensio Matritensis’ (que sursum). Moerbeke a été influencé par son
second exemplaire grec et peut-être par Simplicius (p. 912.14-15 Diels).
V 6.230b21-28 (lemme non marqué). Nous avons déjà signalé plus
haut que le passage 230b26-28 nous révèle d’une manière éloquente la
tradition du texte à laquelle appartient le second exemplaire grec de
Moerbeke. Après le verbe ïa x aaG ai, le manuscrit H ajoute Kupítuç
ÀcyeaGai erti xo-û K axà «{njaiv eiç xov oùceîov xórtov lóvxoç àAA'
ox)K erri x o v n a p à ji-úcnv, ce qui est visiblement une glose insérée
avant le texte auquel elle se rapporte (E2 en a conservé une partie). La
‘Translatio Vetus’ présente une traduction malhabile de cette glose,
placée après le texte qu’elle explique. Dans sa première révision,
Moerbeke a mis en doute cette addition : certains manuscrits de cette
recension l’omettent. Dans la seconde révision il introduit, à l’endroit où
la glose se trouve dans les manuscrits grecs, la traduction littérale de
celle-ci selon une tradition différente et défectueuse, représentée par la
famille du Barberinianus. Il est donc très probable que Moerbeke a ici
suivi son deuxième exemplaire grec, dont il a transcrit la glose en
question dans la marge du texte de J : K-upiœç èm xo-û K axà «jivcnv
248 JOZEF BRAMS

Aé·ysaSoa elç xòv o ì k c ì o v xóitov o v x o ç (sic) oxnc èm xoû n a p ci


i}i-6tyiv : proprie in eo quod secundum naturam dici in proprium locum
ente (sic) non in eo quod preter naturam M. Il est possible que le
traducteur a été rassuré par le fait que Simplicius insère également la
glose dans sa citation du texte d’Aristote (p. 914.15-17 Diels), mais il
semble qu’il n’a pas lu attentivement la version du commentateur, sinon
il aurait remarqué la faute évidente de son deuxième exemplaire grec.
V 6.231a5-10 (lemme marqué d’une croix) et 231al0-17 (lemme
non marqué). Le texte de ces deux Iemmes est omis dans un certain
nombre de manuscrits. Et effectivement, aux yeux de Simplicius, ce
passage contient des doublets par rapport au texte précédent, ce qui, à
ses yeux, apparaît de façon évidente par la répétition des lignes 231a2-3
à la fin du texte supplémentaire (p. 919.25-920.3 Diels). Cependant, la
situation de la tradition du texte est plus compliquée que Simplicius ne
l’expose. Les manuscrits HB et la ‘Translatio Vetus’ n ’ont pas de
supplément, tandis que le manuscrit E et la traduction arabo-latine
présentent le passage final édité par Bekker (231a5-17) qui, cependant,
ne contient pas la répétition du lemme 231a2-3 dont parle Simplicius. En
outre, les manuscrits qui la contiennent, parmi lesquels se trouve le
Vindobonensis, répètent à la suite du texte édité par Bekker un passage
plus substantiel que celui mentionné par Simplicius, c’est-à-dire le texte
des lignes 230b29-231a3.
Moerbeke a réagi de deux façons différentes vis-à-vis de la partie
finale du livre V. Dans la première révision, il a ajouté à la ‘Translatio
Vetus’ une traduction littérale de ce passage final selon la version du
manuscrit de Vienne. Cependant, la copie sur laquelle Moerbeke a
effectué sa révision était munie d’un texte qui correspond au supplément
plus court édité par Bekker (231a5-17), mais qui n’en est pas une
traduction littérale. Il s’agit plutôt d’une paraphrase inspirée par la
traduction arabo-latine de Michel Scot. Moerbeke n’a probablement pas
supprimé ce texte (la tradition manuscrite, une fois de plus, est partagée à
ce sujet), mais il l’a considéré comme une version équivalente à celle du
manuscrit J.
Dans la ‘Recensio Matritensis’, en revanche, le traducteur a fait un
choix entre les deux textes, mais, curieusement, c’est sa propre
traduction antérieure qu’il a supprimée et il a gardé la paraphrase qui se
trouvait dans son exemplaire de la ‘Translatio Vetus’. C’est encore une
solution ambiguë, qui s’explique en partie par le témoignage de son
deuxième exemplaire grec: celui-ci, comme le manuscrit B, ne
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 249

présentait probablement pas de supplément. Mais d’autre part, le


supplément provenant de la traduction arabo-latine semble avoir joui
d’une certaine crédibilité aux yeux de Moerbeke. Or ce supplément, qui
semble être ignoré par Simplicius, ne contient pas la répétition qui est
citée par lui à la fin de son commentaire sur le passage litigieux du livre
V. Il semble donc que le choix de notre traducteur tient aussi compte des
considérations de Simplicius.
Cette conclusion se confirme par l’emplacement du signe de
paragraphe en forme de potence que nous trouvons dans le Marcianus.
Ce signe se trouve dans la marge extérieure à la hauteur de la citation des
lignes 231a2-3 par laquelle Simplicius conclut sa discussion sur le
passage final du livre V, après quoi il termine son exposé sur ce livre par
une récapitulation de son contenu33. Le signe de paragraphe en forme de
potence attire l’attention sur la répétition fâcheuse de la fin du livre V et
indique en même temps l’introduction d’un thème nouveau par rapport à
ce qui précède.

5. A n a l y se d u livre VIII34

V ili 1.250b23-251a5 (lemme marqué d’une croix). Le premier


passage du livre VIH qui a été remanié sérieusement dans la ‘Recensio
Matritensis’ est le fameux fragment d’Empédocle du début du livre
(250b30-251a3). Dans sa première révision, Moerbeke n’a presque pas
touché au texte corrompu de sa copie de la ‘Vetus’ : 251al-2 rq p¿v
■yíyvovTcd re x a i o-u atyiaiv ep-neSoç oticúv ■ (tíjj J) Sé táS’
ôtAAácraovxa ( tà SuxAAáaaouxa F) Sioqnrepèç ofiSap-à (o-òS’ oíp.a
J 1) Àfjysi : Sicque fiunt res quod et nullo modo ipsius est seculum
unum. Sic autem permutantur, neque simul perficiuntur N : Sic quidem
fiuntque et non sibi ipsis impedimentum etemitas. Hac autem hec permu­
tantia circulariter nusquam desinunt M. Les expressions mises en italique
sont sans doute tributaires de l’interprétation du texte donnée par
Simplicius à cet endroit (p. 1124.19-1125.11 Diels).

33 Voir J. BRAMS, G uillaum e de M oerbeke e t le com m en taire d e Sim pliciu s sur


la Physique, planche 1.
34 Voir ibid., p. 275-278.
250 JOZEF BRAMS

VEI 1.251al6-28 (lemme non marqué). Une variante importante se


présente aux lignes 251al7-18 et p.èv xoivuv èyévexo xœv Ktvqxœv
(Ktvr)xtKcùv K : +Ktti Kiw|xncœv B) èkaoxov : Si quidem igitur
factum est mobilium (+ aut motivorum M) unumquodque NM. Dans la
‘Recensio Matritensis’, Moerbeke a adopté une addition qu’il trouvait
dans son deuxième exemplaire grec et qui est semblable à celle de B. Le
traducteur a pu juger lui-même que l’addition en question est exigée par
le contexte (voir les lignes 251al9-20 kcx0 j t]v è^évexo xò S-uvaxov
Kivq0f|vai 4j KivTjtjai ainsi que les lignes 251a23-25 citées ci-dessous).
Mais c’est le commentaire de Simplicius qui rend évident le bien-fondé
de cette leçon (p. 1127.18-28 Diels).
Aux lignes 251a23-25 du même lemme, la ‘Recensio Matritensis’
contient un mot dont l’équivalent grec ne se retrouve dans aucun
manuscrit d ’Aristote : et y a p xœv p.èv Kivr|xœv ovxœv xœv Sè
kivt|xikcüv ôxè p^v eaxat xt irpœxov K ivow , xò Sè lavo-ùp-evov, óxè
S* o-û0év, â/V/L T)pep.eî : Si enim aliis quidem mobilibus existentibus
aliis autem motivis aliquando quidem erit (+ actu M) aliquod primum
movens, hoc autem quod movetur, aliquando quidem (autem M) nichil
sed quiescit NM. Or, l’équivalent grec du mot ‘actus’, à savoir
èvép·yeiR, est utilisé plusieurs fois par Simplicius dans son commentaire
sur ce passage (p. 1127.28-1128.25 Diels ; spécialement 1128.14 iva
5- uvqO-q sax’ èvépyetav xowœv xò p¿v Kivetv, xò Sè Kivetcr0 at ; voir
également 1129.1 et 5). Il se pourrait que l’expression latine insérée dans
la traduction était une glose ajoutée par le traducteur, qui s’est glissée
dans le texte par après.
V in 1.251a28-bl0 (lemme marqué d’une croix). Moerbeke a dû
réfléchir sur le sens de la phrase 251b5-7 er xoivuv p/q ôter êiaveîxo,
SfjÀov œç o-ûx o-uxœç e^fov cbç ijv (EKS : p/rj U F 1! : om. F2HJ2B)
6- uvàp.eva xò p.èv Ktveto0 ai xò Sè Kiveîv, ôtAA1 eSet p.cxaß0 AAetv
Sáxepov a-òxcúv : si igitur non semper movebatur, manifestum est
quod non se habebant sicut non possibilia hoc quidem movere, illud
autem moveri, sed oportuit mutari alterum illorum N : ... manifestum est
quod non sic se habebant, sicut possibilia ... M. Le commentaire de
Simplicius a pu lui suggérer le choix qu’il a fait. Selon Simplicius, le
sens du passage est qu’il ne suffit pas que la réalité ait la puissance
d’entrer en mouvement : l’entrée en mouvement suppose un mouvement
préalable, à savoir le rapprochement du moteur et de la chose mue (p.
1128.28-1129.28 Diels).
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 251

VIII 1.251bl0-17 (lemme marqué d’une croix). Ici, exception­


nellement, c’est déjà le lemme raccourci de Simplicius, présentant le texte
du manuscrit B, qui a pu fournir à Moerbeke l’aide qu’il cherchait :
251bl7 xôv y à p XP°V0V ôiyévqxov eîvai TB, cf. E : xôv ya p
Xpôvov âSijvotxov yeyovévai F2HIJ : Impossibile enim, tempus
factum esse N : Ingenitum enim tempus esse M.
Vili 1.251b28-252a3 (lemme marqué d’une croix). Une correction
importante de la recension de Madrid s’observe aux lignes 251b31-33
o v y à p oi|j.a. nocôexou (EJKSC: Tiocúcjexai FHISPB) Kivoup-evov « a i
KtVTjxòv ov, oîov Kouôp-evov KKt Kotuoxov ov : Non enim simul
quiescit quod movetur et quod mobile est, et quod comburitur et quod
combustibile est N : Non enim simul cessabit moveri et mobile ens, ut
comburi et combustibile ens M. Le choix de la leçon iroeúoexai et
l’interprétation plus correcte de la phrase grecque ont pu être inspirés par
le commentaire de Simplicius (p. 1169.26-28 Diels xo-ûxo y á p è cm xo
o v yètp oip.a n a va era i Kivovpcvov kolì kivtjtÔv ov ovSe kivovv
«ori KivqxiKÒv ov. ci p.èv yctp nocuaâpevov xo-G Kiveîv rj xo-û
Kiveîo0at ...).
Vili 1.252a5-19 (lemme marqué d’une croix). Dans sa deuxième
révision, Moerbeke s’écarte du Vindobonensis aux lignes 252al3-14
x<x£iç Sc ttÔlcjcc Àôyoç (/Voyco HB) : Ordinatio autem omnis ratio est
N : Ordinatio autem omnis ratione est M. Il a pu s’inspirer de Simplicius
(p. 1184.23-24 Diels) f] ({»'ugiç Àôyoç olîcrot orixia irâar x<x£eœç ecrxi
kk Ì Àôyou.

Dans les chapitres 2-4, Moerbeke n’a pas introduit des changements
substantiels dans sa seconde recension. D ’une part, il semble qu’il avait
déjà corrigé plus attentivement ce passage lors de la première révision.
D ’autre part, on a l’impression que son deuxième témoin du texte grec ne
s’écartait pas gravement du Vindobonensis à cet endroit.
Vili 5.256a21-b3 (lemme marqué d’une croix). Aux lignes 256a30-
32, la ‘Recensio Matritensis’ atteste trois variantes par rapport au
Vindobonensis : et y àp f) potKxqpiot iciveî x$ Krveîu0ou -imo xf|Ç
Xeipóç, T) x e^P Kiveî x-qv ßoucxripiav (x-q PaKxqpiçt EB) ' ci 5c kcxî
xoeùxqv btAÀo (+ xi EB) kivcÎ, x a i xa-úxriv crcpóv xi xò kivo-ûv. ò'xav
5f| xivi (xi EHB) KivT] ètcì excpov,... : Si enim baculus movet eo quod
movetur a manu, et manus movet baculum (baculo M). Si autem et hanc
aliud (+ aliquid M) movet, et hanc alterum aliquod movens. Cum itaque
aliquo (om . M) moveatur (moveat M) semper alterum, ... NM. Ici
252 JOZEF BRAMS

Moerbeke semble avoir suivi trois fois son deuxième exemplaire grec,
même contre le témoignage explicite de Simplicius en ce qui concerne la
troisième variante (p. 1224.1 Diels). En corrigeant la leçon corrompue
moveatur en moveat il a peut-être estimé que la leçon aliquo faisait partie
de la corruption du texte.
VIII 6.258bl0-16 (lemme marqué d’une croix). Regardons les
lignes 2 5 8 b l0 -ll avayiKTi eivai xi a'ßtov (E2FH2I2Jim KSTB : om.
E 1!! 1!1!*1) o Ttpcütov (om. E2B) Ktveî : necessarium est aliquid esse
quod primum movet N : necessarium est aliquid esse perpetuum quod
movet M. Dans la ‘Nova’, Moerbeke suit le texte du Vindobonensis ;
dans la ‘Matritensis’, il s’en écarte en ajoutant perpetuum et en omettant
primum. Les deux variantes se lisaient probablement dans son deuxième
exemplaire grec (elles sont attestées par B), et le commentaire de
Simplicius a peut-être amené le traducteur à suivre ce témoin : vûv
SetKVuenv, cm xo npœxœç k i v o -û v Kat àiStov efoat %pr\ (p. 1250.35
Diels).
Il importe de signaler que le début du commentaire de Simplicius sur
le lemme suivant (258bl6-259a8) - et non pas le lemme même - est
également marqué d’une petite croix. Le commentateur y dit qu’Aristote
présente dans ce lemme une nouvelle preuve de la thèse selon laquelle il
y a quelque chose qui, mouvant premièrement, n’est pas seulement
immobile, mais aussi perpétuel, à savoir en montrant qu’il y a dans les
êtres un mouvement et un changement perpétuel, et qu’antérieurement
aux choses qui changent continuellement il doit y avoir la cause
inchangeable du changement (p. 1251.28-31). Il est clair qu’à cet endroit
la petite croix ne peut pas indiquer le début d’un nouveau chapitre ou
paragraphe du texte d’Aristote ; nous avons affaire à un cas tout à fait
exceptionnel, où sa signification pourrait être simplement celle de
rappeler la croix qui figure en face du lemme précédent dont Simplicius
poursuit ici l’explication.
Un deuxième changement s’observe vers la fin de ce lemme :
258M3-14 avarieaîov efoai xi xò (+ atei E2KB) òtKÍvqxov a-ùxò
íraa-qç (EPSB : + xe F : + xf|g HIJ : Kat + K) c k x o ç p^xaßoArjg :
necessarium est esse aliquid immobile quidem ipsum ab omni exterius
mutatione N : necessarium esse aliquid quod semper immobile quidem
ipsum extra omnem transmutationem M. Une fois de plus, le
commentaire de Simplicius suppose les deux variantes que Moerbeke a
dû lire dans son deuxième exemplaire grec (p. 1251.16-25 Diels,
spécialement 16-17... p.T] irpòç Katpôv xoio-ûxov, aÂAà act
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 253

òucíviycov... et 24-25 où p.ôvov xfjç k o î B’ « v i o p-cxaßoAfjç


-imepavexei, ctÀÀà Kai xrjç K a ra crup.ßeßr|K0q, d’où il apparaît que
dans l’expression d’Aristote tt<x o t | ç è k x ô ç pÆxapoÀ.T|ç, le mot Èk x o ç
est pris en tant que préposition et non en tant qu’adverbe : sa
signification est exprimée dans le commentaire de Simplicius par le verbe
-irne p cxvé ï )-
V ili 6.259a20-b20 (lemme non marqué). Dans ce lemme, la
‘Recensio Matritensis’ suit à plusieurs reprises une leçon grecque
différente de celle du Vindobonensis qui avait été adoptée dans la
‘Recensio Nova’ ; chaque fois, la leçon de son deuxième manuscrit grec
est confirmée par Simplicius, par exemple 259b8 <fruone a i (J^B)] $-6crei
« a i J 1 : natura et N : naturales M, cf. Simplicius «frucruccoç (p. 1258.15
Diels) ; 259bl3 éa-uxo-úç (a-ùxo-ùç B) JdB] é a u x a J2 : se ipsos N : se
ipsa M, cf. Simplicius é o u x à (p. 1258.30 Diels) ; 259M6 éa-uxá
(Jss-B)] éa-uxó JLt- : se ipsum N : se ipsa M, cf. Simplicius c o u x á (p.
1258.32 Diels). Un cas intéressant est 259b20 xfj \lo%?vc\ çî k i v o -Gv
éouxô. Dans la ‘Vetus’ on lisait à l’origine vecte mutans se ipsum est,
mais dans sa copie Moerbeke trouvait la leçon corrompue necessario
pour vecte (“par le levier”). Dans la ‘Nova’, Moerbeke a corrigé mutons
en m o v e n s, mais n ’a pas touché au mot qui cependant était
manifestement fautif. Dans la ‘Matritensis’ il a introduit le mot extensura
(“allongement”)35. Le commentaire de Simplicius, qui explique comment
le mouvement du corps causé par l’âme dans les animaux est comparé au
mouvement par le levier (p. 1259.15-28 Diels), a peut-être amené le
traducteur à lancer son néologisme.
V ili 7.261a28-b22 (lemme marqué d’une croix). Un passage
critique se trouve à la ligne 261b9-10 xo-ûxo y àp xqi Àôy$ o-ùSèv (om.
JCFKB) xP'ntTlM'0V : hoc enim rationi nichil utile est N : hoc enim
rationi oportunum M. Bien que le commentaire de Simplicius passe sous
silence cette parenthèse du texte d’Aristote, il permet de faire un choix
raisonné en ce qui concerne le mot ovSèv. Simplicius précise que ce
n’est pas la contrariété de deux mouvements qui est responsable de leur
discontinuité, mais le fait que des mouvements contraires ne peuvent pas

35 Dans son T eu th on ista de 1477, Gherardus de Schueren mentionne les termes


latins ‘extensio’ et ‘extensura’ comme équivalents du mot néerlandais ‘uytreckyng’ ;
cf. Lexicon L atinitatis N ederlan dicae M edii Aevi. W oordenboek van h et M iddeleeu w s
L a tijn van d e N o o r d e lijk e N e d e rla n d e n , vol. III, DE, edd. O. WEIJERS -
M. G U M BER T-H EPP, Leiden, 1986, p. 1941, s.v. ‘extensura’ (citation du
Teuthonista, pars Ia, ed. C. BOONZAJER, Leiden, 1804, p. 203).
254 JOZEF BRAMS

à la fois appartenir à la même chose (p. 1275.29-31 Diels). La


parenthèse problématique qui dit que “cela n’importe pas du tout pour
l’argument” - ou que “c’est précisément cela qui importe” - se rapporte
soit à la première, soit à la deuxième partie de l’explication de
Simplicius. La parenthèse (négative) de la ‘Nova’ doit être mise en
rapport avec la première partie ; celle (positive) de la ‘Matritensis’ avec
la deuxième partie (qui précède immédiatement la parenthèse dans le texte
d’Aristote).
Vili 8.262al2-b8 (lemme non marqué). Regardons la ligne 262a28-
29 oxav 8è c-uvexœç <}>épT|xaL o-uxe ■yeyovévat oms èttioYeyovévcxi
oîôv xe xò A Kaxa («ai E 1! 1) xò B or|p.cîov : cum autem continue
feratur, neque factum esse neque abesse possibile est A et B signum N :
... possibile est A secundum B signum M. Dans la ‘Nova’, Moerbeke
avait changé à tort le secundum (Kaxà) de la ‘Vetus’ en et («ai). Dans la
‘Matritensis’, il rétablit la leçon secundum. Dans le commentaire de
Simplicius la phrase en question est expliquée de telle façon qu’il n’y ait
plus aucun doute concernant la leçon à adopter (p. 1282.20-31 Diels).
Ajoutons, pour terminer, un passage où Moerbeke signale une
variante dans la tradition grecque : V ili 8.262b30-31 àvoryicT| y àp ètri
xéÀoç èAGeîv xò èvepyGÍçt ov, p/q (Kai p.-q FB : ox> K : om. H^P- A)
Suvap-et : necesse enim est in finem venire qui actu est, non potentia
N : ... in finem venire actu ens potentia (in uno greco sic, sicut hic. alius
grecus habet, non i.m.) M. Simplicius explique d’abord le texte en
supposant une tournure négative (p. 1287.26-1288.2, spécialement
1287.28-29 et 31 Diels Kai o-u Suvápm), puis il dit qu’Alexandre a vu
un texte qui omet la négation. Il ajoute que cette dernière version est la
plus divulguée, mais qu’il la rejette (p. 1288.3-6). Le choix de Moerbeke
n’est pas très net : il mentionne les variantes de ses deux témoins. S’il a
vu l’explication de Simplicius, il ne l’a pas suivie dans sa traduction
mais, d’autre part, il n’a pas voulu la passer complètement sous silence.

C onclusion

Le but de cette contribution était de jeter une lumière nouvelle sur les
instruments et les méthodes de travail de Guillaume de Moerbeke. En
particulier, nous avons examiné l’hypothèse selon laquelle le Marcianus
LES TRADUCTIONS DE GUILLAUME DE MOERBEKE 255

graecus 226 peut être ajouté à la liste des manuscrits grecs anciens et
importants qui ont été utilisés par notre traducteur. Un premier indice,
d’ordre purement externe, est sans doute le fait que ce codex fait partie
de la fameuse “Collection philosophique” à laquelle d’autres manuscrits
utilisés par Moerbeke étaient associés. Un autre indice externe est la
présence du signe de paragraphe en forme de potence qui est très
caractéristique de notre traducteur. Les croix marquant certains lemmes,
en revanche, ne peuvent pas être revendiquées en sa faveur, en dépit du
fait que certains signes analogues qui figurent dans le Vindobonensis
peuvent lui être attribués : dans le Marcianus, elles ne semblent pas avoir
d’autre fonction que d’indiquer une division plus ou moins importante
du texte.
Les indices externes, considérés séparément, sont assez faibles ;
cependant, leur signification est confirmée et précisée par une analyse
des corrections de la ‘Recensio Matritensis’. Tout d’abord, le Marcianus
ne contient que les livres V-VIII et c’est précisément dans cette partie du
traité que la seconde recension de la Physique s’écarte régulièrement du
texte de son manuscrit grec principal. Dans le livre V, l’influence de
Simplicius ne se laisse pas démontrer de manière incontestable ; ce n’est
que l’utilisation d’un second témoin du texte de la Physique, appartenant
à la famille du manuscrit B, qui y est évidente. L ’importance de ce
témoin se constate surtout à partir du chapitre 4 ; or, c’est précisément à
cet endroit que Moerbeke a placé un signe de paragraphe en forme de
potence dans le Vindobonensis. En revanche, l’influence de Simplicius
semble indéniable à partir de la fin du livre V, où nous retrouvons la
potence dans le Marcianus. Ce signe, qui ne se trouve qu’à un seul
endroit du texte de la Physique dans le Vindobonensis et du commentaire
de Simplicius dans le Marcianus, semble indiquer le passage à partir
duquel le traducteur tient compte d’une seconde ou d’une troisième
source36.
Il faut avouer, cependant, que le traducteur n’a pas fait un usage
constant et systématique du commentaire en question. Ce qui, à partir du
livre V, l’intéresse en premier lieu, c’est la comparaison de ses deux

36 II est intéressant de signaler l ’avis de G. V uillem in-Diem concernant la


fonction des signes de paragraphe qui se trouvent dans le texte de la M étaph ysiqu e du
Vindobonensis : l’auteur suppose qu’ils établissent une sorte de correspondance entre
les textes que le traducteur avait à comparer. Cf. A r is to te le s L a tin u s X X V 3.1
M etaph ysica lib. I-XIV. R ecen sio e t T ranslatio G uillelm i d e M oerbeka, P raefatio,
p. 178.
256 JOZEF BRAMS

exemplaires du texte d’Aristote afin d’en choisir la meilleure leçon. Il


semble qu’il a souvent fixé son choix indépendamment du commentaire.
De temps en temps il a simplement noté les variantes qu’il trouvait.
L ’utilisation du commentaire, qui semble être indéniable à partir du
passage marqué de la “potence” à la fin du livre V, est plutôt restreinte :
elle se limite à certains passages plus ou moins groupés. La révision de
la traduction de la Physique n’a pas été réalisée avec une minutie et une
pénétration constante. De ce point de vue, elle ne fait pas exception aux
habitudes que Moerbeke manifeste aussi dans d’autres cas37.

37 Sur le manque de systématique dans la révision/traduction de la M étaph ysiqu e


par Guillaume de Moerbeke, cf. ibid., p. 217 : “Nichts in der Arbeitsweise Wilhelms
ist vollkommen konsequent, nichts in unseren Texten absolut gültig”.
Roland Hissette

DES TRADUCTIONS DOUBLES


ET GUILLAUME DE LUNA OU DE LUNIS

Au titre prévu pour cette communication : “Sens et valeur des


traductions doubles dans la tradition manuscrite de traductions attribuées
à Guillaume de Luna”, j ’aimerais apporter une petite retouche, dans la
mesure où les traductions queje souhaite évoquer ici ont été attribuées,
les unes à Guillaume de Luna, les autres à Guillaume de Lunis ou
Lunense, ce qui d’emblée soulève la question toujours en suspens de
savoir s’il pourrait s’agir d’une seule et même personne.
Le nom de Guillaume de Luna ou de Lunis ou Lunense est ou a été
associé à un ensemble de huit traductions : cinq traductions philoso­
phiques et trois traductions d’algèbre. Les cinq traductions philosophi­
ques sont des traductions arabo-latines ; elles portent sur les
commentaires moyens d ’Averroès sur la Logica uetus (Isagoge,
Catégories et Peri Hermeneias) et les Analytiques premiers et seconds.
Pour ces cinq traductions philosophiques, l’attribution à Guillaume de
Luna repose sur un ms. du XIVe s. (Erfurt Ampi. Fol. 318) qui dit les
commentaires de l’Isagoge et des Catégories traduits a magistro
Wilhelmo de Luna (cf. fol. 36vb, 37ra et 44 ra). Les trois traductions
d’algèbre sont deux traductions arabo-latines, l’une de Yal-Jabr d’al-
Khwârizmï, l’autre de Yal-Jabr d’Abü Kâmil, et une traduction italienne
de Yal-Jabr d’al-Khwârizmï. Pour ces traductions d’algèbre, l’attribution
à Guillaume (Guglielmo) de Lunis ou Lunense repose sur des indications
trouvées auprès d’un algébriste florentin du XIVe s. nommé Canacci et
sur un répertoire des professeurs de Bologne publié en 1623 par Ali dosi
(celui-ci mentionne en effet pour l’année 1302 un Giovanni di Guglielmo
Lunense comme professeur d’astrologie et de philosophie). A ma
connaissance, le premier à avoir présenté les noms “Guillaume de Luna”
et “Guillaume de Lunis ou Lunense” comme étant ceux d’une seule et
même personne est M. Steinschneider au début du siècle1.

1 Sur tout ceci, voir R. HISSETTE, P ré fa c e , dans Averroes Latinus, C om m entum


m edium su p e r lib ro P e ri H erm en eias A risto te lis , T ran slatio a ttrib u ta W ilhelm o d e
L una , Lovanii, 1996, pp. 1*- 7* et 1’encart A dden da e t em endenda (Averrois Opera.
258 R. HISSETTE

Puisqu’il est question dans cette rencontre de chercher à approcher


les méthodes des traducteurs, à l’aide de leurs manuscrits spécialement,
je pense que le mieux est de commencer par la traduction arabo-latine de
Val-Jabr d’Abü-Kâmil.

I. L a t r a d u c t i o n a r a b o - l a t i n e d e V a l -J a b r d ’A b ü -K â m i l

Cette oeuvre, qui comprend deux parties et un appendice, a été


éditée en 1993 : alors que Richard Lorch s’est occupé de la deuxième
partie, soit du traité sur les pentagone et décagone2, Jacques Sesiano a
pris en charge la première partie et l’appendice et, fait notable, il a cru
reconnaître un autographe dans le seul manuscrit connu, Paris Nat. lot.
7377A , fol. 71v-97r3.
Ce manuscrit a été daté du XIVe siècle ; il doit dater effectivement
de cette époque et sinon au plus tôt de la fin du XIIIe siècle4. À part
quelques rares interventions d’une main étrangère, réalisées dans une
encre plus foncée et d’une écriture plus épaisse, c’est une seule et même
main qui a copié le texte courant, l’a systématiquement revu et corrigé

Series B : Averroes Latinus, XII) ; Id., “Guillaume de Luna ou de Lunis ou


Lunense : Un même traducteur d’Averroès et de traités d ’al-Jabr ?”, dans B ulletin d e
p h ilo s o p h ie m é d ié v a le , 39 (1997), pp. 121-129 ; Id., “Guillaume de Luna a-t-il
traduit Abü Kâmil ?”, dans A v e rro e s a n d th e A ris to te lia n T ra d itio n . S ou rces,
Constitution a n d R eception o f the P hilosophy o f Ihn R ushd (1126-1198). Proceedings
o f the Fourth Symposium Averroicum (Cologne, 1996) ed. G. ENDRESS and J.A.
AERTSEN, with the Assistance o f Kl. BRAUN, Leiden-Boston-Köln 1999, pp. 300-
315 (Islamic Philosophy, Theology and Science. Texts and Studies, XXXI).
2 Cf. R. LORCH, “Abü Kãmil on the Pentagon and D ecagon”, dans V e stig ia
m ath em atica. S tu dies in M e d ie v a l a n d E a rly M odern M a th em a tics in H on ou r o f
H .L .L B usard, eds. M. FOLKERTS & J.P. HOGENDIJK, Amsterdam, 1993, pp. 215-
252.
3 Cf. J. SESIANO, “La version latine médiévale de l ’Algèbre d ’Abü Kãmil”, ibid.,
pp. 315-452.
4 Entre autres à cause des caractéristiques codicologiques que manifeste l ’ensemble
de ce codex, dont une partie (fol. l-70v) eut pour modèle le ms. P aris Nat. lat. 9395
(fol. 92v-133v), lequel doit dater assurément du XIIIe siècle. À ce sujet, cf. R.
HISSETTE, “Guillaume de Luna a-t-il traduit Abü Kãmil ?” {su p ra , n. 1), pp. 302-
303.
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 259

(dans les marges et les interlignes y compris), puis çà et là (de nouveau


dans les marges et les interlignes) a introduit quelques gloses (remarques
et explications portant sur le texte), reprises dans le texte de l’édition de
Sesiano et dans les apparats de celle de Lorch. Or généralement ces
gloses portent une signature : g., G., W. (une fois) et Guill. (une autre
fois)5. Constatant cela, Sesiano a proposé d’attribuer tout le travail à
Guillaume de Lunis, parce que son nom était déjà associé à la traduction
de Val-Jabr d’al-Khwàrizmî6.
Examinons trois cas de retouches (autographes, je le répète, selon
Sesiano), dont est porteur le texte latin de Val-Jabr d’Abü-Kâmil, dans le
ms. cité. Deux de ces cas appartiennent au texte édité par Sesiano, le
troisième au texte édité par Lorch. Je suis cependant ma propre lecture du
manuscrit.
Dans les références qui accompagnent chacun des cas retenus,
j ’utilise les sigles suivants :
P = ms. Paris Nat. lat. 7377A, fol. 71v-97r ;
Lo = édition de Lorch7 ;
Se = édition de Sesiano8 ;
A = édition en fac-similé du seul ms. arabe connu Istanbul, Kara
Mustafa Paga Collection, Beyazit Library, 379 9.
1. P 73r 19-21 ; Se 331, 234-237 ; A 7r 17.
Que <sc. 20> minue de 50 que sunt medietas de 100 et remanebunt 30. Ex
quibus prohiciens 21 que sunt cum censu, habebis residuum (par
correction de reh abebis reduum ), scilicet 9. Que sunt census et eius radix
est 3.

A : fa-yabqã.

Dans ce texte, il est question de ce qui reste ( re m a n e t) ou de ce qu’on


conserve ( residuum h a b ere ), quand on fait une soustraction. J’attire l ’at­
tention sur l’expression “habebis residuum”, leçon définitive obtenue par
correction de “rehabebis reduum”. Le référent arabe est “fa-yabqã” ; il serait
rendu littéralement par “et remanet”, mais d’après le petit glossaire dont

5 Ib id ., p. 301.
6 Cf. J. SESIANO, “La version latine...” (supra, n. 3), pp. 322-324.
7 Cf. su p ra , n. 2.
8 Cf. su p ra , n. 3.
9 Cf. The B ook o f A lgebra. K itäb a l-J a b r w a l-m u qäbala, by Abu Kämil Shujäc
ibn Aslam (Publications o f the Institute for the History o f Arabic-Islamic Science, ed.
F. SEZGIN. Series C. Facsimile Editions, 24), Frankfurt am Main 1986.
260 R. HISSETTE

Sesiano a pourvu son édition, une expression synonyme, pourrait être “et
habebis residuum”1®. Dans la leçon “rehabebis reduum”, la leçon “reduum”
est certainement une corruption de “residuum”. Quant à “rehabebis”, ce
pourrait être une corruption de “et habebis”, à moins que ce ne soit peut-
être une rature consécutive à une hésitation portant sur “residuum habebis”
ou le terme concurrent “remanet” ?
On a donc ici des faits codicologiques, qui portent sur une éventualité de
traduction double.
2. P 76v 2-3 ; Se 345, 661-662 ; A 14v 10 | P 76v 12 ; Se 346,
680-682 ; A 14v 22.
Dico ergo quod superficies AE est 10 res diminuto censu ; cuius
dem onstratio (avec d en surcharge sur p ) est quod... | Dico ergo quod
superficies AD est 100 dragme et census et 20 radices (mais r e s est
superposé dans l’interligne) ; cuius dem onstratio (après la biffure de
p robatio) est quod...

A : burhân | (wa-cishiîn) shay’â (wa-) burhân.


Dans ce texte, j ’attire l’attention sur “demonstratio” et sur “radices”.
1. “Demonstratio”. Lors de la première occurrence du terme, le d est en
surcharge sur un p . Lors de la deuxième occurrence, “demonstratio” est
précédé de la biffure de “probatio”. Or le référent arabe est “burhân”, auquel
correspond souvent dans le texte “demonstratio”, mais “probatio” est
également attesté quelques fois11. Les deux ratures en cause ici, la
deuxième de manière évidente, attestent la rencontre des deux traductions.
2. “Radices”. A ce mot, “res” est superposé dans l’interligne. Cette
superposition de “res” à “radices” peut tout autant présenter un double essai
de traduction, car les deux équivalents sont attestés pour le même référent
arabe “shay’ ”1^.
De nouveau ici, des faits codicologiques portent sur une éventualité de
traduction double.
Il en va de même dans l’exemple 3, à propos des leçons “circumdati”,
“circumdantis”.
3. P 93v 11-13 ; Lo 234, 5-10 ; A 67v 9 | P 95r 7-8 ; Lo 241,
188-190 ; A 72r 10 | P 95r 17-19 ; Lo 241-242, 206-209 ; A 72v 13.

1(1 Cf. J. SESIANO, “La version latine...” (supra, n. 3), p. 441.


11 Ibid., pp. 425 et 437.
^ Ibid., pp. 440 et 441.
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 261

... nobis est nunc ad exponendum ... quantitatem omnis diametri circuli
circumdantis pentagonum uel decagonum scitos equiláteros et equiángulos
uel circum dati (après la biffure de clade) ab eis. | Opponamus ergo in
ipsis et erit res 10 et radix 500, quod est diameter circuli circum dantis
(après la biffure de gtiñ- = “continen-”) in decagono cuius quodlibet latus
est 10. I Omnis figure equilatere circumdantis circulum uel circumdate ab
ipso circulo multiplicatio lateris in se et diametri circuli circum dantis
(après biffure de gt- = “cont-”) in ipso in se agrégate sunt sicut
multiplicatio diametri circuli circ u m d a n tis (mais continentis est
superposé à circumdantis dans Tinterligne) figuram in se.
A : propositions (éventuellement relatives) avec “ahãt bi-”.
La leçon “circumdati” se lit après la biffure de “criade”, corruption de
“c'gda-”, sans doute parce que la queue du “9” (= “cum”) a été ignorée. A
son tour, la leçon “circumdantis” intervient d’abord après la biffure de gtiñ-
(= “continen-”), puis après la biffure de gt- (= “cont-”) ; enfin à
“circumdantis”, “continentis” est superposé dans Tinterligne.
Plusieurs fois dans cette traduction, des formes de “circumdare” sont des
équivalents corrects du référent arabe “ahãt bi-”13. Cependant il arrive aussi
que les graphies de ces équivalents soient précédées de ratures ; c’est le cas
de la corruption “c ade”. Mais les autres retouches pourraient provenir
d’une hésitation portant sur la double équivalence “continere-circumdare”,
attestée ici à la fin du troisième texte et analogue à celles déjà évoquées.
Une fois encore, des faits codicologiques portent sur une éventualité de
traduction double.
Des exemples qui viennent d’être invoqués, il appert que les
retouches dont le ms. P est porteur concernent à plusieurs reprises des
possibilités de traductions doubles pour un unique référent arabe. Et
parce que les termes intervenant dans ces traductions sont aussi chacun
attestés ailleurs comme équivalents de mots arabes qui sont les mêmes ou
sont, pour le moins, de même racine, je crois que ces traductions
doubles peuvent remonter à l’original de la traduction.
Mais peut-on voir dans le ms. P cet original lui-même, comme le
propose Sesiano ? Cela me paraît impossible, pour deux raisons.
1. A mes yeux, certaines retouches du ms. ne sont rien d’autre que
des fautes de copiste.. Dans les exemples déjà invoqués, c ’est
certainement le cas de “c ade” (exemple 3). D ’autres cas de corruptions

13 Cf. R. LORCH, “Abü Kâmil on the Pentagon...” {supra, n. 2), p. 228.


262 R. HISSETTE

analogues peuvent être relevés. J’en ai proposé une série dans une étude
qui vient de paraître14.
2. Le ms. est sans doute du XIVe siècle, sinon de la fin du XIIIe, et,
comme l’a bien noté A. Allard, la traduction latine en cause ici a dû être
utilisée certainement au début du XIIIe siècle, au moins par Leonardo
Fibonacci15 ; “on ne peut préciser l’auteur de la traduction, mais celle-ci
fut exécutée au plus tard à la fin du XIIe siècle”16.
À ce propos, je signale que Lorch s’était d’emblée rallié à
l ’hypothèse de la datation de cette traduction au XIIe siècle ; il
envisageait comme traducteurs possibles Robert de Chester, Gérard de
Crémone (à l’un et à l’autre, on attribue également une traduction arabo­
latine de Val-Jabr d’al-Khwârizmï) ou encore Leonardo Fibonacci17.
Quant au nom Guillaume de Lunis, il n’a jamais été proposé que par
Sesiano sur base des gloses du ms. P. Elles me semblent toutefois ne
pas être d’un grand recours. À supposer en effet que le copiste ait
réellement voulu imputer ces gloses à Guillaume de Lunis, rien n’indique
qu’il ait voulu en faire autant pour le texte courant. Mais il n’a pas non
plus laissé d’indications positives contraires à cette identification et la
question demeure de savoir si les signatures des gloses pourraient
fournir un indice valant aussi pour le texte courant. Cela étant, le dossier
de l’attribution de Val-Jabr d ’Abü Kâmil doit rester ouvert et la
comparaison de la version latine de cette oeuvre avec les versions latines
de Val-Jabr attribuées à Robert de Chester, Gérard de Crémone et
Guillaume de Lunis, doit être poursuivie, de même qu’avec des oeuvres

14 Cf. R. HISSETTE, “Guillaume de Luna a-t-il traduit Abü Kâmil ?” {supra,


n. 1), pp. 304-312.
15 Cf. A. ALLARD, “L’influence des mathématiques arabes dans l’Occident
médiéval”, dans H istoire des sciences arabes, ed. R. RASHED avec la collaboration de
R. MORELON, t. 2 : M a th ém a tiq u es e t p h y siq u e , Paris, 1997, pp. 223-228.
Relevons spécialement ce fait bien repéré ici (p. 226) qu’une suite de problèmes “dans
lesquels Fibonacci a traduit par auere (“avoir, fortune”) et census (“carré”) le double
sens du mot arabe m i l est issue inconstestablement de Abü Kâmil”. Sur
l’équivalenvce m âl-census dans la traduction latine de V al-Jabr d’Abü Kâmil, voir
aussi R. LORCH Abü Kâmil on the Pentagon...” { s u p r a , n. 2), p. 230 ;
J. SESIANO, “La version latine...” {supra, n. 3), p. 424.
16 A. ALLARD, ibid., p. 223.
17 Cf. R. LORCH, “Abü Kâmil on the Pentagon...” {supra, n. 2), pp. 224-226.
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 263

imputées à Leonardo Fibonacci18. Je n’ai aucune compétence pour


réaliser ce travail, rendu difficile du fait que les éditions, quand elles
existent (c’est le cas des traductions de Val-Jabr d ’al-Khwârizmï
attribuées à Robert de Chester19, Gérard de Crémone20 et Guillaume de
Lunis21) sont dépourvues des lexiques arabo-latins et latino-arabes qu’il
faudrait. Je me contenterai donc d’évoquer ici mon expérience des
traductions d’Averroès attribuées à Guillaume de Luna, et plus
particulièrement celles des commentaires moyens du Peri Hermeneias et
des Catégories.

II. L a traduction arabo -latine des commentaires d ’A verroès

La traduction arabo-latine du commentaire moyen sur le Perì


Hermeneias est connue par trois mss et douze éditions anciennes22. Pour
la traduction arabo-latine du commentaire moyen des Catégories, trois
mss s’ajoutent aux trois mss cités23. Dans un cas comme dans l’autre,
aucun ms. n’est un autographe du traducteur. Dans les développements
qui suivent, quand je parle des témoins des deux commentaires

18 À leur sujet, R. LORCH, ib id ., p. 233, renvoie à l’édition de B. BON-


COMPAGNI, Scritti di Leonardo Pisano matem atico del secolo decim oterzo, Roma,
1862 (2 voi.).
19 Cf. B. HUGHES, Robert o f C hester’s Latin Translation o f A l-K h à rizm ï's A l-
Jdbr. A New Critical Edition. Stuttgart, 1989 (Boethius. Texte und Abhandlungen zur
Geschichte der exakten Wissenschaften, Bd. XTV).
20 Id., “Gerard of Cremona’s Translation of Al-Khwârizmï’s Al-Jabr : A Critical
Edition”, dans M ediaeval Studies 48 (1986), pp. 211-263.
21 W. KAUNZNER, “Die lateinische Algebra in Ms Lyell 52 der Bodleian Library,
Oxford, früher Ms Admont 612”, dans A ufsätze zu r G eschichte d er N aturw issen­
schaften und G eographie, hrsg. v. G. HAMANN (Österreichiche Akademie der
Wissenschaften. Philosophisch-historische Klasse. Sitzungsberichte, 475 Bd. - Ver­
öffentlichungen der Kommission für Geschichte der Mathematik, Naturwissenschaften
und Medizin, Bd. 44), Wien, 1986, pp. 47-89.
22 Cf. R. HISSETTE, Préface (supra, n. 1), pp. 9*-24*.
23 Cf. Id, “Le vocabulaire philosophique des traductions d’Averroès attribuées à
Guillaume de Luna”, dans L'élaboration du vocabulaire philosophique au Moyen Age,
éd. J. HAMESSE, Louvain-la-Neuve, 2000, p. 105 et n. 29 (Rencontres de
philosophie médiévale, 8).
264 R. HISSETTE

d’Averroès, il s’agit des mss et de Y editio prínceps (à l’origine de toute


la tradition imprimée). Pour le commentaire du Peri Hermeneias, les
références qui accompagnent les extraits cités sont faites à mon
édition24 ; voici les sigles utilisés pour désigner les témoins de ce
commentaire :
1. Eq = E rfu rt, Ampi. Fol. 318, fol. 44ra-51va (début du
X IV e s.) ;
2. W = Vaticano, Urb. lat. 221, fol. 250ra-256va (milieu ou fin du
XIVe s.) ;
3. W c = corrections dues à Nicoleto Vemia (+ 1499) dans les
marges et les interlignes de Vv ;
4. Vd = Venezia, Marc. Lat. Class. VI, 53 (= 3264), fol. 20rb-
29vb; (copié en 1442, pour Giovanni Marcanova) ;
5. Edl = editio princeps, par Nicoleto Vemia25.
1. a. Dictiones quibus interpretatur de intentionibus non sunt une et eedem
apud omnes gentes ; et propter hoc est significatio harum ad placitum/
per concordiam, non per naturam (I, 9-12, p. 2).

ad placitum Vvc Ed.' : om. E qVv (def. Vd).

b. Nomen est dictio significans ad placitum/ per concordiam (I, 39,


p. 4).
per concordam Vvc : om. ceti.

c. Additur namque in diffinitione nominis “per concordiam”, propterea


quia dictiones quibus sermocinantur gentes non significant per naturam (I,
57-59, p. 6).
Dans les trois passages retenus ici, j ’attire l’attention sur les équivalents
“ad placitum” et “per concordiam”. Le contexte est celui de la signification
conventionelle des mots et il s’agit de rendre le référent arabe “bi-tawâtu’ ”.
La première fois, les témoins proposent tous “per concordiam”, mais deux
ajoutent “ad placitum” ; la deuxième fois, tous les témoins ont “ad
placitum”, mais un ajoute “per concordiam”. La troisième fois, tous ont
sans variantes l’équivalent “per concordiam”.

24 Cf. su p ra , n. 1.
25 Cf. A risto telis opera..., Andreas Torresanus et Bartholomeus de Blavis, Venise
1483, fol. d 4ra-10ra. Aux mss. Eq (fol. 37ra-44ra), Vv/ Vvc (fol. 244ra-250ra) et Vd
(fol. 1 lra-20ra), il faut ajouter pour le commentaire des Catégories : B erkeley Univ.
Calif. B an croft (U C B ) 6 0 (fol. 2ra-45va) ; F irenze Naz. Centr. Conv. Soppr., I.IIl. 6
(fol. 2va-5vb) et Vat. Urb. lat. 221 (fol. 116vb-118ra).
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 265

2. Dictiones quibus balbutiuntur plura ex animalibus sunt composite ex


incisionibus ex quibus componuntur dictiones quibus loquitur homo, aut
ex incisionibus/ sillabis compositis ex litteris appropinquantibus sibi
in exitu (I, 60-63, p. 6).
incisionibus Vvc Ed' : sillabis Eq : similibus VvVd. La variante
“similibus” est évidemment une corruption de “sillabis”.
Dans Texemple 2, l’attention est attirée sur “incisionibus” et “sillabis”. Le
référent arabe est “maqtac”, dont, pour tout le texte du commentaire, il y a
cinq occurrences. Pour les trois premières, l’équivalent latin est dans tous
les témoins “incisio”. Pour la dernière, l’équivalent donné partout est
“sillaba”. La variante “incisionibus”/ “sillabis”, en cause dans le passage
retenu, se rapporte à la quatrième occurrence26.
3. Affirmatio... est iudicium/ enuntiatio in fixione alicuius alicui (I,
246-247, p. 19).
iudicium (alias - Vvc) VvcEd' : enuntiatio EqVvVd.
L’exemple 3 est du même type. Il porte sur la concurrence des termes
“iudicium”/ “enuntiatio”, dont le référent arabe est “hukm”. La première
fois que ce référent intervient, il est rendu dans tous les témoins par
“enuntiatio”. Seize fois dans la suite, l’équivalent est toujours “iudicium”
ou des déformations de ce mot ; sauf une fois cependant où, le passage
retenu le montre, “iudicium” est concurrencé par “enuntiatio”27.
Pour l’ensemble du commentaire du Peri Hermeneias, les trois mss
et E d 1 véhiculent plus d’une centaine de cas analogues à ceux qui
viennent d’être retenus. J’ai tenté dans mon volume d’en dresser
l’inventaire systématique28. On y constate la même caractéristique : c’est
que, à moins d’être des corruptions, les termes concurrents sont souvent
des traductions acceptables du référent arabe ; plusieurs fois, les termes
en cause reviennent ailleurs dans les mêmes équivalences arabo-latines.
J ’aime mettre ce fait en rapport avec un autre, illustré par les
passages 4, 5 et 6.
4. dicemus... uniuersaliter quid est enuntiatio et oratio uel dictio, que
est genus affirmationis et negationis (I, 3-5, p. 1).

26 Voir les Lexiques afférents à mon édition (supra, n. 1), p. 161 (“incisio”) et
191 (“syllaba”).
27 Ibid., p. 154 (“enuntiatio”) et 165 (“iudicium”).
28 Cf. Préface (supra, n. 1), p. 84*-138*.
266 R. HISSETTE

oratio uel dictio Vvc : dictio uel dictio E q : oratio uel differentia V vV d :
oratio et dictio E d 1.
Dans ce quatrième passage, l’attention est attirée sur la leçon “oratio uel
dictio”. Le référent arabe est “qawl” (= discours, parole, etc.), pour lequel
les témoins de la traduction latine attestent aussi bien l’équivalent “oratio”
que “dictio”2930. Ici cependant, ils appuient tous la double équivalence
“oratio uel dictio”, car les variantes sont dues notamment à des confusions
de graphies (dictio lu differentia et orado lu dictio).
5. Cum ergo significant <a et +b+> super hoc quod significant clausure
uniuersales, est potentia uel uis eius sicut uis contrariarum (II, 65-66,
p. 25).
potentia uel uis (ius Eq) E qV vc : potentia et uis E d 1 : d e f VvVd.

Ici l’accent est mis sur l’équivalence “potentia uel uis”. Le référent arabe
est “quwwa”, qui désigne la portée d’un quantificateur logique, d’une
particule, etc. : d’où la présence des lettres a et b, par lesquelles est visé
l’article arabe al. Les équivalents “potentia”, d’une part, et “uis”, d’autre
part, sont attestés dans la traduction par tous les témoins2®. Dans le
passage retenu, tous aussi appuient la double équivalence “potentia uel
uis” : “ius” est en effet une mélecture de “uis” et, du type d’omission en
VvVd (un saut par hom oioteleuton), on ne peut conclure que la traduction
double attestée sinon partout ailleurs ne figurait pas dans leur modèle.
6. Possibiles secundum plurimum... sunt in quibus est unum
oppositorum dignius ut sit quam secundum <secundum > inuentio-
nem (II, 257-259, p. 39).
Même phénomène enfin dans le passage 6, qui concerne les “possibles
secundum plurimum”. Il y est dit qu’en eux l’apparition d’un des contraires
est plus probable que l’autre, ou, en traduction littérale, qu’“un des
contraires est plus digne que le second quant à l’existence”. Le référent
arabe des mots “quant à l’existence” est “bi-l-wujüd”. Il a sans doute été
traduit, non par un accusatif de relation (je n’en connais pas dans la
traduction), mais mot à mot: “secundum inuentionem”31. Orla
traduction littérale de ce qui précède est : “est unum oppositorum dignius
quam secundum”. L’enchaînement des deux formules constitue une phrase
très lourde du fait de la succession “...quam secundum, secundum
inuentionem”. D’où l’apparition probable de la formule substitutive “ut

29 Voir les Lexiques (supra, n. 26), pp. 152-153 et 173.


30 Ibid.,pp. 176 et 194.
31 Les équivalences “bi” = “secundum” et “wujüd” = “inuentio” sont fréquentes
dans la terminologie de la traduction ; cf. ibid., pp. 164 et 184.
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 267

sit”, attestée dans tous les témoins, pour remplacer “secundum


inuentionem”.
Que penser du fait que, pour certains mots ou expressions arabes,
deux traductions sont ainsi attestées en juxtaposition par tous les témoins
du texte ? Il me semble qu’on peut conclure qu’elles figuraient au moins
dans leur archétype commun. Je crois cependant défendable l’hypothèse
d’après laquelle ces traductions doubles appartiendraient à l’élaboration
même de la traduction. Mais il faudrait encore pouvoir expliquer
pourquoi ces équivalences qui parfois forment des traductions doubles
(cf. exemples 4 à 6) se rencontrent aussi dissociées dans les témoins du
texte, une partie de ceux-ci attestant telle équivalence, une autre partie
telle autre (comme dans les exemples 1 à 3). L ’explication me paraît
aisée, si, en se basant sur les constatations faites par certains éditeurs de
YAristoteles latinus notamment32, on suppose que, pour rendre certains
termes ou passages arabes, le traducteur a proposé parfois d’emblée
deux traductions, mais aussi qu’en cours de travail, il a retouché des
mots ou passages sur lesquels il avait d’abord hésité ou qu’il a préféré
traduire autrement. Il aurait alors porté ses corrections et retouches
directement sur le texte courant, de même que dans les marges ou les
interlignes, rendant du même coup son modèle raturé et difficile à lire.
Bien des corruptions rencontrées dans les témoins pourraient remonter
jusqu’à ce modèle difficile, y compris, cela va de soi, des accidents
affectant d’éventuelles aliae lectiones. La conséquence de ceci est que
l ’hypothèse de l’appartenance à l ’origine de la traduction me paraît
pouvoir être tenue pour les équivalents concurrents : (1) qui rencontrent
correctement le référent arabe et (2) sont solidement attestés ailleurs dans
la traduction ; la même hypothèse vaut bien entendu aussi pour les
expressions plus longues, quand elles véhiculent la terminologie du texte

32 Concernant certaines traductions de VA risto teles latinus (= A L ), voir en


particulier R.-A. GAUTHIER, Praefatio à l’édition de VEthica N icom achea, Leiden-
Bruxelles, 1974, pp. CLXXXVII-CXCV et CCXXXII (AL XXVI 1-3, 1) ;
F. BOSSIER et J. BRAMS, Praefatio à l’édition de la Translatio Vetus de la Physique,
Leiden-New York, 1990, pp. XLI-LXXIX (AL VII 1 ,1-2) ; G. VUILLEMIN-DIEM,
“Recensio Palatina und Recensio Vulgata - Wilhelm von Moerbekes doppelte
Redaktion der Metaphysikübersetzung”, dans A ristotelisches E rbe im a ra b isch ­
lateinischen M ittela lter. Ü bersetzungen, K om m entare, In terp reta tio n en hrsg.
A. ZIMMERMANN, Berlin-New York, 1986, pp. 289-366 (= Miscellanea
Mediaevalia, 18) ; R. WIELOCKX, “Guillaume de Moerbeke réviseur de sa révision
du ‘De anima’”, dans Recherches Théol. anc. méd. 54 (1987), pp. 113-185.
268 R. HISSETTE

et correspondent aux caractéristiques habituelles de la traduction : la


littéralité.
Voici pourtant, avec les textes 7 et 8, deux cas de leçons concur­
rentes, qui, en fonction des critères invoqués, me paraissent difficilement
remonter au traducteur lui-même.
7. Oportet ut dicamus primo quid est nomen et quid est uerbum ; deinde
dicemus post hec quid affirmatio et negatio et... uniuersaliter quid est
enunciado et orado uel dictio, que est genus affirmationis et negationis (I,
2-5, p. 1).
uniuersaliter Ed' : ultimo EqVvVd.
Dans le texte 7, “uniuersaliter” a pour leçon concurrente “ultimo”. Le
référent arabe est “bi-l-jumla”, dont il y a cinq occurrences. La première a
donné lieu à la variante en cause ici. Pour une autre occurrence,
l’équivalent “in summa” est attesté sans variantes ; les trois autres fois,
l’équivalent “uniuersaliter” ne prête à aucune hésitation33. La leçon
“ultimo” me paraît être une déformation d’“uniuersaliter” inspirée par le
contexte.
8. Oportet... quod non sit uoluntas causa renouationis alicuius rei, sed
omnia currant cursu eorum per naturam (II, 233-234, p. 37).
renouationis EqVvVd : reuoludonis Ed'.
Dans le texte 8, la leçon “renouationis” a pour variante “reuoludonis”. Le
référent arabe de “renouatio” est “hudüth”, qui, de fait, est rendu
régulièrement dans la traduction par “renouatio”34. Le terme “reuoludo”
opposé ici à “renouatio” n’est proposé nulle part ailleurs comme équivalent
de “hudüth”35. Je crois que ce pourrait être une leçon conjecturale de
l’auteur de Yeditio princeps, Nicoleto Venda.
Ainsi les leçons “ultimo” et “reuolutionis” me paraissent-elles
suspectes. Mais revenons à des leçons qui, d’après l’hypothèse proposée
ici, pourraient remonter à l’élaboration même de la traduction.
9. Et isti modi enuntiationum, cum fiunt negatiui, non stabit p a rs
negatiua loco partis/ littere declinationis in eis, neque currit una earum
a compari suo. Sed oportet quod ordinetur littera uel particula
negationis in eis... Sed pars quidem declinationis ordinatur in eis semper
cum subiecto (II*, 155-161, p. 53).

33 Voir les Lexiques (supra, n. 26), pp. 191 et 194.


34 Ibid., p. 182.
35 Ibid., p. 118, racine 85.
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 269

partis/littere VvVd : littere EqVvcEd1 ; littera uel W c : om. EqVvVdEd1.

Le texte 9 met en évidence la concurrence des leçons “pars”, “littera”, et


“particula”. Le référent arabe est “harf. Ce mot “h arf ’ est employé par
Averroès notamment là où il traite des propositions négatives du type :
“homo non est albus” ; une particule “h a rf’ y porte sur la copule. Mais
parmi les autres espèces de propositions, il y a notamment celles du type
“homo est non albus” ; ici une particule qualifiée de “declinationis” porte
sur le prédicat. Or, pour rendre “h a rf’ dans ce contexte, les équivalents
proposés par les témoins de la traduction sont trois : “littera”, “pars” et
“particula”3**. Plusieurs fois, ces témoins sont attestés sans variantes. Il
arrive aussi cependant que les témoins passent d ’un terme à l ’autre, et
éventuellement les juxtaposent, apparemment sans critère. Ainsi dans le
passage 9. D ’où ma supposition que peut-être certaines équivalences n’ont
jamais été définitivement fixées par le traducteur.

10. Et nominis aliud est finitum et aliud infinitum / preter finitum


(I, 65, p. 6).

infinitum (+ est) Ed1 : preter finitum EqVvVd.

Dans le texte 10, il est question d’autre chose. La leçon “preter finitum” a
pour concurrente la leçon “infinitum”. Par opposition à des formes de
noms comme, par exemple, “homo” ou “equus”, il s’agit de désigner des
formes de noms comme “non homo” ou “non equus” . Or, d’un nom
comm e “non homo” ou “non equus”, Averroès dit qu’il est “ghayr
muhassal”, à quoi correspond dans une partie des témoins de la traduction
l ’équivalent littéral “preter finitum”37, une variante étant toutefois attestée
également par ailleurs : "infinitum". Dans la suite, chaque fois que le
référent arabe “ghayr m uhassal” revient, c ’est toujours cette leçon
“infinitum” qui est attestée3**. Sans doute, comme l ’a noté W olfson, les
équivalents “preter definitum”/ “indefinitum” eussent-ils été peut-être plus
adéquats39 ; la traduction “infinitum” avait toutefois été également retenue

36 Ibid., p. 118, racine 88.


37 ’’Preter” = “ghayr” ; “finitum” = “muhassal” ; sur ces équivalences bien
attestées dans la terminologie de la traduction, voir ibid., respectivement p. 177 et
158.
38 Ibid., p. 162.
39 Cf. H.A. WOLFSON, “The Twice-revealed Averroes”, dans Studies in the
History of Philosophy and Religion, eds. I. TWERSKY & G.H. WILLIAMS, vol. 1,
Cambridge (Mass.), 1973, p. 387-396.
270 R. HISSETTE

par B oèce pour rendre le référent grec parallèle “aoristos”4 *®. Il pourrait
s ’agir selon moi d ’une traduction essayée, puis abandonnée par le
traducteur. Mais il faut noter qu’on passe ici d’un calque littéral du référent
arabe à une traduction quelque peu plus libre. C’est le cas aussi dans le
passage suivant.

11. [et est nomen] et nomen et uerbum... aut sunt determinata aut non
determinata (IP , 7-9 ; p. 43).

Ce passage contient deux verbes : “est” et “sunt”, parce que, dans le


référent arabe, le verbe correspondant à “sunt” (“yaküna”) est introduit par
l’auxilaire “kan” (= “est”). Une traduction exagérément littérale du référent
arabe serait : “et est nomen et uerbum... aut sunt determinata ...”. Mais la
traduction correcte est en fait : “et nomen et uerbum... aut sunt
determinata...”. Après avoir traduit “et est nomen” (formule attestée sans
variantes !), je pense que le traducteur a proposé une seconde traduction
(soumise , il est vrai, à quelques variantes), pour annuler la première.

Il est certain pourtant qu’en général la traduction est fort littérale et suit
l ’arabe mot à mot4 1 . J’ai signalé dans mon volum e quelques cas de
variantes qui pourraient refléter l ’embarras du traducteur devant son (ou
ses ?) modèles du texte arabe42.

12. in enuntiationibus non h a b e n tib u s / que non sunt habentes


modos (III, 64, p. 79).

Compte tenu de ce qui vient d ’être dit, on n’est en tout cas pas surpris de
ce qu’en un passage, l’équivalent correct “habentibus” (VvVd) soit doublé
en Ea (Eq def.) par une variante concurrente “que sunt habentes”, qui est la
traduction littérale du référent arabe. Néanmoins, quelques lignes plus haut,
la seule traduction attestée pour le même référent arabe était “habentibus”
(III, 58, p. 78).

C ’est pourquoi, là où il est question d ’une “propositione equiuoce


dictionis” (II*, 353, p. 67), selon la traduction littérale que fournit Edl, la
formule des mss EqVvVd “in qua ponitur dictio equiuoca”, pour être plutôt
une paraphrase de l’arabe, n ’en est peut-être pas pour autant étrangère à la
traduction originale.

En ce qui concerne le commentaire des Catégories, plusieurs


équivalences arabo-latines présentent des phénomènes tout à fait

4® Cf. De interpretatione vel Periermeneias. Translatio Boethii, ed. L. MINIO-


PALUELLO, Bruges-Paris, 1965, p. 6, 16, etc. : voir les Indices, p. 114b (AL, Il 1-
2 ).
41 Cf. Préface (supra, n. 1), p. 139*-143*.
42 Ibid., p. 54*, 106*-109*, 113* et 133*-138*.
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 271

semblables à ceux qui viennent d’être évoqués43. Pour l’édition, cela


imposera probablement, comme pour celle du commentaire du Peri
H erm eneias44, l ’appréciation critique de chaque cas possible de
traduction concurrente ; j ’ajoute avoir l’impression que le mouvement de
la traduction, son style et sa manière de rendre le référent arabe
rencontrent parfaitement les procédés correspondants mis en œuvre par
le traducteur du commentaire du Peri Hermeneias45.
Mais traduire un texte implique beaucoup plus que le simple échange
à l’intérieur de deux systèmes de langage d’une certaine quantité de
vocabulaire : de part et d’autre, grammaire, syntaxe et style sont pour le
moins concernés, et tout ce qui articule un discours : les conjonctions,
les prépositions, les particules, bref, toutes les catégories de mots-
outils46. D ’où l’importance de l’attention à tout ce qui entoure le
vocabulaire plus ou moins technique : il est très regrettable que bien des
glossaires et index ne retiennent qu’un vocabulaire par trop sélectif47.
J’ai évoqué ci-dessus la proposition faite, il y a peu, d’attribuer à
Guillaume de Lunis la traduction arabo-latine de Yal-Jabr d’Abu. Kâmil.
À la partie du texte qu’il a éditée, un des éditeurs a joint un petit
glossaire48. Pas plus que l’édition ce glossaire n’est un modèle du genre.
Il m’a néanmoins permis de constater que certaines équivalences portant
sur des mots-outils sont attestées plus ou moins souvent dans la
traduction de Yal-Jabr d’Abü Kâmil, qui ne le sont pas du tout dans la
traduction du commentaire du Perì Hermeneias attribuée à Wilhelmus de

43 J’y ai fait allusion dans mon étude : “Le vocabulaire philosophique...” (supra,
n. 23), pp. 106-108.
44 Concernant celle-ci, voir Préface (supra, n. 1), pp. 143*-146*.
43 À propos de ces procédés, cf. ibid., pp. 139*-143*.
46 Comme l ’avait pertinemment noté S. VAN RIET, dans son étude de la
traduction latine du “D e anima” d’Avicenne ; cf. Avicenna Latinus, Liber de anima
seu Sextus de naturalibus, I-II-III, Louvain-Leiden, 1972, pp. 126*-129*.
47 Dans son étude L ’élaboration du vocabulaire philosophique chez Burgondio de
Pise, F. BOSSIER montre comment le glossaire accompagnant telle édition récente
(1975) de Némésius d’Emèse a été établi de façon trop sélective et, de ce fait, “peut
être trompeur à plusieurs reprises” ; cf. J. HAMESSE (éd.), Aux origines du lexique
philosophique européen. L’influence de la Latinitas, Louvain-la-Neuve, 1997, p. 88
(Fédération Internationale des Instituts d ’Études M édiévales. Textes et Etudes du
moyen âge, 8).
48 Cf. J. SESIANO, “La version latine...” (supra, n. 3), pp. 421-447 et 551-552.
272 R. HISSETTE

Luna. C’est notamment le cas de : “si” = “idhâ”49, d’“autem” = “fa-


amma... fa-” ou “wa-amma... fa-”50, d’“etiam similiter” = “aydã”51,
d’“amplius”, “item”, “iterum” = “thumm”52, d’“etiam”, “itaque”,
“quare” = “fa-”53. Les équivalents “amplius” et “iterum” sont du reste
complètement absents de la traduction du commentaire d’Averroès54 et
“autem” n’y apparaît qu’une seule fois en référence à “wa-lâkinn”55. Par
contre, dans cette traduction, l’équivalence “scilicet” = “acnï” est attestée
43 fois5657, alors qu’elle ne l’est qu’une fois dans la traduction de Val-
Jabr51. Mais une particularité de celle-ci est l’utilisation fréquente de
“scilicet” précisément pour rendre les expressions arabes “al-ladhï huw”,
“al-latï hiy” (= pronom relatif + pronom personnel) ainsi que “wa-huw”,
“wa-hiy” (= conjonction de coordination + pronom personnel)58. Cet
emploi de “scilicet” est étranger à la traduction du commentaire
d’Averroès59. Je crois donc que de sérieuses réserves s’imposent avant
d’attribuer cette version d’Abü Kâmil au traducteur d’Averroès, d’autant
plus que cela entraînerait des problèmes de chronologie, puisque cette
version latine dut être terminée avant la fin du XIIe siècle60 et que les
traductions d’Averroès qui nous occupent, situées dans un premier
temps vers 1220-1230, doivent peut-être être postposées d’une décennie
en viron 61. Mais situer vers 1240 la réalisation des traductions
d’Averroès en cause ici n’est pas sans importance pour la question
toujours à l’étude de l’identification de Guillaume de Luna (traducteur
d’Averroès) à Guillaume de Lunis (traducteur d’al-Khwârizmï), dans la
mesure où les traductions latine et italienne de ce dernier qui mettent en

49 Ibid., p. 443.
50 Ibid., p. 423.
51 Ibid., p. 429.
52 Ibid., pp. 423 et 432.
53 Ibid., pp. 429, 432 et 439.
54 Voir les Lexiques {supra, n. 26), pp. 113-196.
55 Ibid., p. 144.
56 Ibid., p. 184.
57 Cf. J. SESIANO, “La version latine...” {supra, n. 3), p. 442.
58 Ibid.
59 Cf. supra, n. 55.
60 Cf. supra, p. 262 et n. 17.
61 D ’après des travaux récents auxquels j ’ai fait écho, il y a peu
; cf. “Guillaume
de Luna ou de Lunis ou Lunense : Un même traducteur d’Averroès et de traités d’al-
Jabr ?”, dans Bulletin de philosophie médiévale, 39 (1997), p. 126.
TRADUCTIONS DOUBLES ET GUILLAUME DE LUNA 273

cause Guillaume de Lunis dateraient elles-mêmes, non du XIVe siècle,


mais peut-être de la fin du XIIIe62.
* * *

Attribuer les traductions latines de Yal-Jabr d’Abü Kâmil et des


commentaires moyens d’Averroès à un seul et même traducteur suscite
de nettes réserves. Ces œuvres présentent cependant au moins trois
caractéristiques communes, explicitées sinon évoquées dans cet exposé :
1. ni dans un cas ni dans l ’autre, on ne dispose d’autographe du
traducteur ; 2. les modèles auxquels de part et d’autre remontent les
copies étaient probablement raturés et surchargés de retouches (dans les
marges et les interlignes), ce qui les rendait difficiles à déchiffrer ; 3. un
certain nombre de ces surcharges semblent imputables directement au
traducteur, à ses hésitatations, ses retouches, ses rectifications, etc. Il
n’est toutefois nullement établi que le traducteur d’Averroès, identifié
comme étant Guillaume de Luna, soit aussi le traducteur de l’al-Jabr d’al-
Khwârizmi en qui l’on reconnaît Guillaume de Lunis ou Lunense. Il
n’est donc pas du tout avéré qu’un seul et même personnage ait été
dénommé Guillaume de Luna ou de Lunis ou Lunense.
(Cologne, Thomas-Institut)

62 Selon une hypothèse dont j ’ai proposé dernièrement l ’examen ; cf. ib id .,


pp. 127-129.
OUTI MERISALO

GUILLAUME, OU COMMENT TRADUIRE


GILLES DE ROM E EN 1330

1. INTRODUCTION

Gilles de Rome, Aegidius Romanus (1243 environ - 1316) fut l’un


des disciples de Saint Thomas à Paris, de 1269 à 1272. Il défendit
l’aristotélisme en 1277 contre la prohibition de l’évêque Tempier. À
cause de cette position, il n’obtint une chaire parisienne qu’en 1285. Le
Fürstenspiegel De regimine principum date de l’époque de ce débat
(1277 à 1279) : il représente la vue thomiste qui promeut une monarque
fort - sans que l’auteur se prononce vraiment sur la position de l’église
vis à vis du pouvoir séculier. Le traité fut rédigé pour le futur Philippe IV
le Bel, qui l’aurait utilisé dans sa controverse avec Boniface V i n pour
souligner le caractère essentiellement spirituel du pouvoi