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 Lecture de la Kabbale

Au cœur de la tradition mystique[1] juive, le texte initie aux plus hauts mystères et il ne saurait être lu par
celui qui n’aurait pas progressé assez loin sur la voie spirituelle. Lié aux spéculations de la Merkaba ("char divin" :
tradition gnostique en lien avec la vision d’Ezéchiel sur le char céleste). Plus tard le Zohar, à partir du milieu du
12e, mettra le Cantique au cœur de ses références. Il cite Ct 2, 2 en ouverture : "Comme un lys parmi les
chardons, telle est mon amie parmi les filles."  L’ensemble du texte semble un véritable commentaire. Le Zohar
déclare :

«Le Cantique des cantiques est le résumé de toute l’Écriture Sainte, de toute l’œuvre de la
création, le résumé du mystère des patriarches, le résumé de l’exil d’Égypte, de la délivrance
d’Israël et du cantique chanté lors du passage de la Mer Rouge, le résumé du Décalogue et de
l’apparition au Mont Sinaï, ainsi que de tous les événements qui se sont passés en Israël
durant son séjour dans le désert, jusqu’à la construction du Temple; le résumé du Mystère du
Nom sacré et suprême, le résumé de la dispersion d’Israël parmi les peuples et de sa
délivrance, le résumé enfin de la résurrection des morts et des événements qui auront lieu
jusqu’au jour appelé “Sabbat du Seigneur”; ce cantique renferme tout ce qui existe, tout ce qui
existait et tout ce qui existera. Tous les événements qui se passeront au septième millénaire,
qui est le Sabbat du Seigneur, sont résumés dans le Cantique des cantiques » (II, 144a).

La Kabbale repose sur une systématisation articulée à la révélation qui repose sur dix
commandements ou paroles de Dieu et sur les vingt-deux lettres qui permettent de l’écrire et
de la transmettre. En fonction du principe de la correspondance du visible et de l’invisible et de
tous les niveaux d’être, il faut considérer les dix paroles comme révélation du mystère de Dieu,
du mystère de l’homme créé à l’image de Dieu et du cosmos; ces dix paroles sont signifiées
dans un arbre de vie qui est sur le modèle du corps humain et qui renvoie à Dieu: ce sont les
Sephirot[2].

[1] La Kabbale naît en Provence (avec Isaac l’Aveugle) et en Espagne (avec Nahmanide et Aboulafia)
avant de se développer dans le monde juif à partir de Safed en Israël. C’est une radicalisation de la
lecture allégorique qui repose sur la rencontre entre la cosmologie, l’anthropologie et la mystique.
L’ouvrage le plus classique est le Commentaire d’Ezra de Gérone sur le Cantique des cantiques, traduit
et commenté par Georges Vajda, Paris, Aubier-Montaigne, 1969.

[2] La question du sens de ce mot est très complexe. Pour certains la racine est SePHeR qui a donné
livre, nombre et récit au sens concret et au sens abstrait “principe”. On insiste sur l’origine juive. Pour
d’autres la racine est celle du mot SaPHiR, la pierre précieuse. On relève une influence
néoplatonicienne.