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Institut Supérieure D’études Scientifiques, Technologique Et Managériale

DROIT DES SOCIETES

Cours dispensé par Dr Christian TECHIOTSOP

Objectifs du cours
A la fin de cours, l’étudiant doit être capable de :

-Définir le droit des sociétés


-Déterminer les sources du droit des sociétés
-Procéder à la classification des sociétés
-Connaître les règles communes à toutes les sociétés
-Maîtrise les règles spécifiques à chaque société

Introduction générale
Aux termes de l’article 1 de l’Acte uniforme sur le droit commercial général, les commerçants en général
sont des personnes physiques ou morales devant être soumises au droit OHADA. Ainsi, le commerçant peut
être une personne physique, mais aussi et surtout, une personne morale. Dans ce dernier cas, on dira que la
personne morale commerçante n’est autre chose que la société commerciale. On se rappelle aussi que parmi
les actes de commerce par nature énumérés à l’article 3 de l’acte uniforme sur le droit commercial général,
on retrouve en dernier alinéa, les actes effectués par les sociétés commerciales. L’acte uniforme sur le droit
commercial général a donc défini le cadre général de l’activité commerciale, et l’acte uniforme sur les
sociétés commerciales en est une application particulière. Seront étudiés tour à tour la structure commune
aux sociétés (chapitre 1) et le droit spécial des sociétés commerciales (chapitre 2).

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Chapitre 1. Le droit commun des sociétés commerciales

La société commerciale comme personne morale a une personnalité juridique. En la comparant aux
personnes physiques qui ont elles aussi une personnalité juridique, on se rend compte que leur cycle est le
même. Elle nait, vit et meurt. Le droit des sociétés commerciales est contenu pour l’essentiel dans
l’AUDSCGIE. A côté de ce texte, une place de choix doit être accordée aux statuts des sociétés. En effet, le
législateur OHADA laisse le soin aux statuts de régler certains points concernant la société. En plus,
plusieurs dispositions de l’AUDSCGIE sont simplement supplétives et comme telles, ne peuvent s'appliquer
qu'en cas de silence des statuts. Avant d’examiner le régime juridique de la société commerciale (II), il
convient d’abord de l’identifier (I).

I . L’identification de la société commerciale

La société commerciale peut être définie comme un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes
conviennent d’affecter à une activité des biens en numéraire ou en nature, ou de l’industrie, dans le but de
partager le bénéfice ou de profiter de l’économie qui peut en résulter. Les associés s’engagent à contribuer
aux pertes dans les conditions prévues par le présent acte uniforme. On note aussi que la commercialité
d'une société dépend soit de sa forme, ou de son objet. Il convient donc de s’attarder sur cette définition (A)
de la société commerciale avant de se pencher sur ses organes (B).

A. La définition de la société commerciale

Selon l'article 6 de l’AUSC, « Le caractère commercial d'une société est déterminé par sa forme ou son
objet. Il convient de déterminer l’objet(1) de la société commerciale de ses formes(2).

1 .L’objet de la société commerciale

La société commerciale est un groupement de personnes créé dans l’intérêt commun des associés. Il découle
de cette définition que :
-La société commerciale est un groupement de personnes. Mais exceptionnellement, certaines sociétés
peuvent être unipersonnelles. Il ressort de l’article 5 de l’AUDSCGIE que la société commerciale peut être
également créée par une seule personne dénommée « associé unique », par un acte écrit. On parle alors de
société unipersonnelle. Mais cette forme n’est possible que si elle se constitue en société à risque limité,
c.à.d. en société à responsabilité limitée (SARL), en société anonyme (SA) ou en société par actions
simplifiée (SAS).
-La société commerciale est un groupement à but lucratif. Dans cette optique, l’acte uniforme affirme
que le but de la société est de rechercher et de partager les bénéfices et l’économie qui pourra en résulter. Le
bénéfice se définit comme un gain pécuniaire ou un gain matériel qui ajouterait à la fortune des associés. Ce
critère ancien et assez restrictif a été revu et on y a ajouté la recherche d’économies, fussent-elles fiscales.
Ainsi, une société peut être constituée dans le but d’une diminution des charges des associés ou d’une
augmentation de la production.

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Ainsi la société commerciale doit être distinguée des groupements désintéressés que sont : l’indivision, de
l’association, du syndicat, du groupement d’intérêt économique (GIE), du parti politique et d’une manière
générale du secteur non productif. Insistons davantage sur l’indivision, sur l’association et sur le groupement
d’intérêt économique.
-La société commerciale et l’indivision. L’indivision est la situation dans laquelle plusieurs personnes ont
des droits de propriété sur un bien ou sur un ensemble de biens sans qu’on puisse dire avec exactitude la part
de chacun. Il s’agit, contrairement à une société commerciale, d’une situation provisoire car nul ne peut être
contraint de rester dans l’indivision.
-La société commerciale et l’association. D’abord, l’association groupe deux ou plusieurs personnes qui
mettent en commun d’une façon permanente leurs connaissances ou leur activité dans un but autre que de
partager les bénéfices. Cela ne signifie pas que tout commerce avec l’argent leur soit interdit ; même
désintéressée, une association dispose en effet d’un budget. Cela veut seulement dire que les excédents
accumulés ne sont pas distribuables aux sociétaires et seront, en cas de dissolution, attribués à une
association poursuivant un but analogue.
Ensuite, l’association est réglementée au Cameroun par la loi n°90/53 du 19 décembre 1990 relative à la
liberté d’association (mais les organisations non gouvernementales (ONG) relèvent de la loi du 22 décembre
1999). Surtout, contrairement aux sociétés commerciales qui se constituent librement, les associations sont
assujetties à la formalité de la déclaration préalable à l’administration préfectorale.
Alors l'association tout comme la société commerciale est un regroupement de personnes et de biens. En
plus, elles sont toutes les deux dotées de la personnalité juridique. Mais à la différence de la société
commerciale, l’association ne poursuit pas une activité intéressée. Les associations doivent être déclarées ou
autorisées (étrangères et religieuses), ce qui n'est pas le cas pour les sociétés commerciales qui doivent être
immatriculées. Dans les deux cas, la dissolution peut être le fait des membres conformément aux statuts,
mais les avoirs de la société sont généralement liquidés afin de payer les dettes et répartir le bonus.
Enfin, les membres d’une association sont qualifiés de sociétaires alors que les membres d’une société sont
des associés.
Sociétés commerciales et sociétés civiles: les sociétés civiles ne font pas d’opération commerciale au sens
du droit OHADA et ne peuvent mener que des activités de nature civile. Exemple : sociétés civiles
professionnelles (avocat, médecin) les coopératives et groupe d’initiatives communes.
Sociétés commerciales-syndicats et fondations: les syndicats ont exclusivement pour objet la défense des
droits ainsi que des intérêts des personnes visées par leur statut. Alors que la création d’une fondation
consiste en la mise en œuvre d’un ensemble d’éléments pour la réalisation d’une œuvre d’intérêt général.
-Les groupements d’intérêt économique (GIE). Les GIE ont pour but de faciliter ou de développer
l’activité économique de leurs membres, d’améliorer ou d’accroître les résultats de cette activité et non pas
de réaliser des bénéfices pour eux-mêmes. Leur activité doit se rattacher à l’activité économique de leurs
membres et ne peut avoir qu’un caractère auxiliaire par rapport à celle-ci. Tel est le cas par exemple du GIE
« groupement des cartes bancaires ».

2. Les différentes formes de sociétés commerciales

On distingue généralement les sociétés de capitaux et les sociétés de personnes.


Les sociétés de capitaux sont celles dans lesquelles les capitaux seulement ont une importance. Les
capitaux sont les actifs que les associés mettent ensemble pour pouvoir créer la société. On n’y accorde
aucune importance à la personne qui apporte les capitaux. Ces sociétés ont la particularité de permettre à
leurs associés de se livrer à une exploitation commerciale sans prendre personnellement la qualité de
commerçant. Par conséquent, le patrimoine des associés est nettement distinct de celui de la société. En cas

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de cessation des paiements, seuls les biens de la société peuvent être saisis pour payer les créanciers. On dit
alors que les associés ne sont pas tenus solidairement et indéfiniment des dettes sociales.
Les sociétés de personnes sont en revanche celles dans lesquelles les associés ne mettent leurs actifs en
commun qu’en raison de la confiance qu’ils se font les uns les autres. On dit qu’elles sont constituées intuitu
personae. Les associés sont tenus solidairement et indéfiniment du passif social. Autrement dit, chaque
associé peut être saisi pour le paiement des dettes sociales.

Sont commerciales à raison de leur forme et quel que soit leur objet, les sociétés en nom collectif, les
sociétés en commandite simple, les sociétés à responsabilité limitée et les sociétés anonymes ». La reforme
de l’OHADA en janvier 2014 en a ajouté les sociétés par actions simplifiées. Si les 2 premières sont des
sociétés de personnes, les 3 dernières sont les sociétés de capitaux.
La société en nom collectif est celle dans laquelle les associés sont commerçants et répondent indéfiniment
et solidairement des dettes sociales. La personnalité morale de la SNC fait donc imparfaitement écran aux
associés et cette particularité influence son régime juridique. Son fonctionnement est assuré par un ou
plusieurs gérants nommés dans les statuts (gérant statutaire) ou par un acte ultérieur. Sans stipulation des
statuts, tous les associés sont gérants. Les associés ont un droit de communication et d'information. Ils
prennent leurs décisions en assemblée générale et peuvent difficilement sortir de la société dans la mesure
où l'intuitu personae demeure le fondement de l'existence de la société en nom collectif.
La société en commandite simple est celle dans laquelle coexistent un ou plusieurs associés
indéfiniment et solidairement responsables des dettes sociales dénommées « associés commandités » avec
un ou plusieurs associés responsables des dettes sociales dans la limite de leur apport dénommés « associés
commanditaires ». Ainsi, il y’a une combinaison d’associés se trouvant dans la situation d’associés de
sociétés de personnes et d’autres se trouvant dans la situation d’associés de société de capitaux. La SCS peut
résulter de la transformation d’une SNC menacée de dissolution à la suite du décès d’un associé auquel
succède un héritier mineur. La gérance de la SCS est assurée par tous les associés commandités sauf
stipulation contraire des statuts qui peuvent désigner un ou plusieurs gérants parmi les associés
commandités. L'associé ou les associés commanditaires ne peuvent faire aucun acte de gestion externe,
même en vertu d'une procuration.
La Société anonyme (SA) est à l’opposé de la SNC, une société de capitaux dans laquelle les
actionnaires ne sont responsables des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports et dont les droits des
actionnaires sont représentés par des actions. Elle est une société de capitaux par excellence. Elle ne peut
être constituée qu’avec un capital minimum de 10 millions repartie par actions de 10 milles chacune. S’il
s’agit d’une société à faisant appel à l’épargne public, le capital exigible est de 100 millions. Les
actionnaires de la SA n’ont pas la qualité de commerçant ; ce qui veut dire qu’un mineur ou un
fonctionnaire peut être actionnaire. Les droits de vote dont disposent les actionnaires dépendent directement
de leur participation au capital de la société. Il n’est pas requis un nombre minimal d’associés. La SA peut
ne comprendre qu’un seul actionnaire.
Aux termes de l’article 309, la Société à responsabilité limitée (SARL) est une « société dans laquelle
les associés ne sont responsables des dettes sociales qu’à concurrence de leur apport et dont les droits sont
représentés par des parts sociales ». La SARL est à mi‐chemin entre la société de personnes (SNC) et la
société de capitaux (SA). Elle est cependant plus proche de la société de capitaux. Sa constitution requiert un
capital minimum de 1 million de Frs CFA. Les associés n’ont pas la qualité de commerçant. Ils ne sont pas
tenus indéfiniment et solidairement des dettes de la société. La gestion de la SARL est assurée par un ou
plusieurs gérants, associé ou non. Ces gérants sont nommés par les associés dans les statuts ou dans un acte
ultérieur. Comme dans toute société, les associés ont un droit de communication permanent. Ils participent
aux assemblées, engagent leur responsabilité en cas de dette et peuvent décider de quitter la société. Il

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existe deux types d'assemblée: l'assemblée générale ordinaire annuelle qui doit se tenir dans les six mois qui
suivent la clôture de l'exercice et l'assemblée générale extraordinaire. Celle-ci concerne toutes les décisions
importantes qui doivent être prises à une forte majorité.

La révision de l’Acte uniforme relatif au droit des sociétés commerciales intervenue le 30 janvier 2014 a
consacre la société par actions simplifiée dans l’espace OHADA. L’article 853-1 de l’Acte uniforme révisé
définit la société par actions simplifiée comme « une société instituée par un ou plusieurs associés et dont les
statuts prévoient librement l’organisation et le fonctionnement de la société sous réserve des règles
impératives sur les sociétés commerciales. Les associés de la société par actions simplifiée ne sont
responsables des dettes sociales qu’à concurrence de leurs apports et leurs droits sont représentés par des
actions ».
Jusqu’alors inconnue dans les Etats membres de l’OHADA, la SAS se caractérise d’abord, par une souplesse
statutaire manifeste et par une liberté statutaire et une flexibilité dans la gouvernance. La liberté statutaire
consiste pour les associés à disposer d’une pleine liberté de prévoir tous les mécanismes relatifs à la
création, au fonctionnement et aux décisions collectives dans la société. La flexibilité de la
gouvernance est le résultat de la liberté laissée aux associés de fixer les conditions dans lesquelles la société
peut être gérée. Il s’agit du choix pour le meilleur mode de gestion acceptée par les associés. Ensuite, la SAS
se caractérise par une personnalisation, ce qui la différencie des autres sociétés par actions en renforçant la
qualité des acteurs et en réduisant le caractère impératif des règles qui la régissent.

La société créée de fait et la société de fait. Il y a société créée de fait lorsque deux ou plusieurs
personnes physiques ou morales se comportent comme des associés sans avoir constitué entre elles l’une des
sociétés reconnues par l’Acte uniforme (article 864, AUDSCGIE). Elle résulte du comportement de
personnes qui ont participé ensemble à une œuvre économique commune dont elles ont partagé le profit et
supporté les pertes, et se sont en définitive conduites comme des associés sans en avoir pleine conscience.
Lorsque deux ou plusieurs personnes physiques ou morales ont constitué entre elles une société reconnue
par l’Acte uniforme mais n’ont pas accompli les formalités légales constitutives ou ont constitué entre elles
une société non reconnue par le présent Acte uniforme, il y a société de fait. C’est le cas lorsque deux ou
plusieurs personnes physiques ou morales ont constitué entre elles une société reconnue par l’Acte uniforme
mais qui comporte un vice de formation non régularisé ou ont constitué entre elles une société non reconnue
par l’Acte uniforme.
Quiconque y ayant un intérêt peut demander à la juridiction compétente du lieu principal de l’activité
d’une société de fait, la reconnaissance de la société de fait entre deux ou plusieurs personnes dont il lui
appartient d’apporter l’identité ou la dénomination sociale. L’existence d’une société de fait est prouvée par
tout moyen. Et lorsque l’existence d’une société de fait est reconnue par le juge, les règles de la SNC sont
applicables aux associés.
Cependant, l'Acte uniforme sur les sociétés commerciales ne donne aucune indication au sujet de la
commercialité par l'objet. Certes la loi définit l'objet de la société comme l'activité qu'elle entreprend et qui
doit être déterminée et décrite dans les statuts. Sans doute faudra-t-il se référer à l'Acte uniforme portant
droit commercial général qui suppose l'accomplissement d'actes de commerce à titre de profession
habituelle. Il s’agit tout d’ abord des sociétés commerciales et des Groupements d’Intérêt Economique et
non des associations. Toutes les opérations accomplies par une société commerciale par la forme sont elles-
mêmes commerciales par l'application du critère de l'accessoire même lorsque l'activité est civile. C’est
l'idée de l'accessoire commercial objectif.

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B. Les organes des sociétés commerciales

La société commerciale ou l'entreprise comprend une organisation unitaire d’élément personnels, matériels
et immatériels, rattachés à un sujet de droit autonome et poursuivant de façon durable un but économique
déterminé, ce qui exclu les différents représentants du commerce, les filiales appartenant à un même groupe.
Ses fonctions peuvent être exercées en tout ou en partie, soit par une personne seule, soit par plusieurs
personnes différentes. Les organes de la société commerciale est sont les associés et les dirigeants sociaux.

1 .Les associés de la société commerciale

La qualité d'associé s'acquiert par la détention des titres sociaux, qui confèrent des droits et des obligations.
Un associé peut être une personne physique ou morale. (La désignation dépend du type de société à laquelle
il appartient). Tantôt on parlera d’associé (SNC, SCS, SARL, SAS) ou d’actionnaire (SA). La qualité
d'associé se prouve par le contrat de société. Parfois, la simple possession des titres sociaux suffira pour
rapporter la preuve de la qualité d'associé.
Les titres sociaux sont émis en contrepartie des apports effectués, lesquels représentent les droits des
associés. Dans les SA et les SAS, ces titres s'appellent « actions » et dans les autres sociétés, on les appelle
les parts sociales. Ces titres sont des biens meubles ayant une valeur bien déterminée. Dans les sociétés de
personnes, les SA et les SAS, cette valeur est librement déterminée par les associés dans les statuts. En
revanche, dans les SARL, cette valeur est d'au moins 5000 F.
Les parts sociales et les actions sont cessibles et saisissables. Cependant, la cessibilité des parts
sociales dans les sociétés de personnes et les SARL est subordonnée à l'accord des autres associés. De même
les associés ont un droit de préférence sur la cessibilité des parts sociales dans les sociétés de personnes et
les SARL, puisqu'ils peuvent refuser l'entrée du cessionnaire dans la société, par application de l'intuitu
personae qui les singularise.
Les droits des associés sont la contrepartie de leurs obligations, sans toutefois être leur équivalent.
Ils sont de trois ordres
- les droits politiques qui permettent à tous les associés de prendre part à l'élaboration des statuts et
à la prise des décisions collectives (lors des AGO et AGE). Ici on n'applique pas le principe un associé une
voix, mais les associés participent au vote au prorata de leurs apports.
- les droits financiers qui permettent aux associés de percevoir les dividendes au cours de la vie
sociale, au prorata de leurs apports.
- les droits patrimoniaux qui sont la contrepartie des apports. En effet, les actions ou les parts
sociales de chaque associé figurent à l'actif de son patrimoine.
Plusieurs causes entrainent la perte de la qualité d'associé: l'associé peut choisir de dénoncer le
contrat de société. On dit dans ce cas qu'il fait un retrait volontaire. On peut aussi perdre la qualité d'associé
à la suite d'une exclusion décidée par les organes compétents de la société.
Les assemblées d’associés ou d’actionnaires sont considérées comme des organes sociaux. C’est le
lieu de validation des actes pris pour assurer le fonctionnement régulier de la société. En l’occurrence, les
états financiers de synthèse, la distribution des dividendes, etc. C’est également le lieu de prise de décisions
importantes, dépassant clairement les compétences des organes de gestion ou d’administration.
C’est le cas de modifications des statuts, d’augmentation du capital. L’assemblée générale est par
conséquent l’organe souverain de la société. Sur la forme, la tenue des assemblées de sociétés suppose que
les parties sont régulièrement convoquées. En principe, tout associé a le droit de participer aux décisions
collectives. Cependant, la participation aux décisions collectives dans les sociétés anonymes est assujettie à
la possession d’un nombre d’actions déterminé. Le droit pour tout associé de participer aux décisions

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collectives est d’ordre public ; les statuts ne peuvent en conséquence déroger à ces dispositions. Plus
précisément, les statuts ne peuvent contenir une suppression pour certains associés du droit de vote dans un
cas non prévu par la loi. Le souci de transparence induit un renforcement du droit d’information des parties.
Des documents sont mis à leur disposition avant la réunion de l’assemblée.
Les associés ont un droit d’alerte vis-à-vis de la mauvaise gestion de la société et peuvent en
demander une expertise de gestion

2. Les dirigeants de la société commerciale

L'accès aux fonctions de dirigeants d'une société commerciale est en principe libre, sauf à être interdit ou
déchu. Les dirigeants peuvent être choisis parmi les associés ou en dehors. Ils peuvent prendre le nom de
dirigeant (dans les SNC), administrateur ou commandité (dans les SCS), Directeur Général ou PDG (dans
les SA). Il faut étudier la désignation et la révocation du dirigeant social avant d'envisager ses pouvoirs.
Comme la révocation, la désignation des dirigeants sociaux ressort de la compétence de l'assemblée générale
des associés. Le dirigeant social est révocable à tout moment. On dit qu'il est révocable ad nutum.
Cependant, une révocation abusive peut donner droit à la réparation du préjudice subi par le dirigeant social.
Les tiers doivent être informés de la nomination, de la démission, en bref de tous changements à la tête de
l'entreprise. Ces actes nécessitent une publicité dans les journaux d'annonces légales et une inscription au
RCCM.
La gestion de la SA est confiée à de organes spécifiques et compétents. Désormais deux possibilités sont
offertes aux actionnaires: la SA avec conseil d'administration ou la SA avec administrateur général. La
société anonyme avec conseil d'administration est dirigée soit par un Président Directeur Général, soit par un
Président du conseil d'administration et un Directeur Général. Pour les sociétés anonymes comprenant un
nombre d'actionnaires égal ou inférieur à trois, elles ont la faculté de ne pas constituer un conseil
d'administration et peuvent juste désigner un administrateur général qui assume les fonctions
d'administration et de direction de la société. Dans les rapports avec les tiers, le principe est que les
dirigeants peuvent accomplir tous les actes que la loi ne réserve pas à la compétence des assemblées
générales d'associés. Sur cette base, les dirigeants assurent la gestion courante de la société. Dans les
rapports avec les associés, les statuts peuvent valablement limiter les pouvoirs légaux de gestion des
dirigeants.

Les pouvoirs des dirigeants sociaux à proprement parler ont pour revers leur responsabilité.
L’AUDSCGIE prévoit que ces pouvoirs sont déterminés par les statuts et par la loi. De manière générale, les
dirigeants de la société ont le pouvoir de la représenter et leur signature engage la société. Ils gèrent la
trésorerie, établissent le plan financier, dressent le bilan de l'entreprise, recrutent le personnel salarié...
Les dirigeants sociaux ont le pouvoir d'accomplir tous les actes qui entrent dans le cadre des objectifs
de la société, sans avoir besoin d'un mandat spécial. Il n'en serait autrement que si les actes accomplis par les
dirigeants échappent à l'objet social. Sans un mandat spécial, le dirigeant engagerait sa responsabilité à
l'égard des associés et de la société. Le dirigeant social qui agit au delà de l'objet social peut voir engager sa
responsabilité civile ou pénale.
Par responsabilité civile, il faut entendre la réparation civile ou matérielle des dommages que les
actes des dirigeants sociaux sont susceptibles de causer aux tiers, à la société ou aux associés. Dans la
pratique, cela va se traduire par l'interdiction des actes incriminés pour le futur, et le paiement des
dommages intérêts à la victime.
Plusieurs infractions sont attachées à la direction de la société commerciale. Par exemple, si une
société commerciale tombe en faillite alors que les dirigeants sociaux avaient oublié de dresser le bilan, ce

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serait une infraction punie des peines de banqueroute. Il en est de même d'un faux en écriture, des délits de
distribution des dividendes fictifs et de présentation d'un faux état de synthèse.
Dans les sociétés de capitaux, les sanctions sont plus sévères, puisque les actes litigieux conduisent à
ruiner les créanciers sociaux dont on sait qu'ils ne peuvent pas se faire payer comme dans les sociétés de
personnes, sur les biens composant le patrimoine propre des associés.
Les dirigeants sociaux peuvent aussi être condamnés pour vol, escroquerie ou abus de confiance dans les
conditions du droit commun. Relativement au droit des sociétés commerciales, ils peuvent être condamnés
pour abus de biens sociaux ou pour usage du crédit social à des fins personnelles.

II . Le régime juridique des sociétés commerciales

Que l’entreprise exerce sur la forme individuelle ou sociétaire, qu’elle soit du secteur public ou privé,
l’essentiel est qu’elle soit régulièrement constituée. Dans certains cas elle peut être dissoute. Nous
examinerons la constitution (A), et la dissolution des sociétés commerciales (B).

A .La constitution des sociétés commerciales

La société commerciale est un contrat par lequel deux ou plusieurs personnes affectent à une activité des
biens en nature, en numéraire, ou en industrie afin de partager les bénéfices ou de profiter de l'économie qui
pourrait en résulter. La société commerciale est donc avant tout un contrat et comme tel il obéit aux
conditions de forme et de fond des contrats.

1 . Les conditions de fond

L’art 1108 du code civil exige comme condition de fond de validité des contrats, le consentement des parties
qui doit être exprimé librement et en connaissance de cause. Pour cela, il doit être exempt de vice (le dol,
l'erreur, la violence). Ensuite, les parties au contrat doivent être capables, ce qui permet d'exclure du contrat
de société les mineurs non émancipés et les majeurs incapables. Enfin, le contrat de société doit avoir un
objet et une cause licite (non contraire à l'ordre public et aux bonnes mœurs). En plus de ces conditions de
fond communes à tous les contrats, le contrat de société nécessite en plus l'affectio societatis, les apports,
ainsi que la recherche des bénéfices ou d'une économie et éventuellement la contribution aux pertes.

L'affectio societatis désigne la volonté, l'élément intentionnel de chaque personne candidate au contrat de
société, de participer en tant qu'associé au sort de l'entreprise. Il permet de distinguer le contrat de société
des contrats voisins, tels le contrat de prêt et le contrat de travail. L'affectio societatis est aussi la volonté de
collaborer au sein de la société sur une base égalitaire, tous les associés étant égaux en droit. Il est enfin
caractérisé par le concours de tous les associés dans la gestion, le contrôle, et l'administration de la société.
C'est pour cette raison qu'il nécessite au moins deux personnes, et on de bonnes raisons de croire qu'il serait
absent dans les sociétés unipersonnelles.

S’agissant des apports, l’AUDSCGIE en distingue plusieurs types dont certains constituent le capital
social.
• les apports en numéraire: ce sont des sommes d'argent que certains associés s'engagent à verser pour la
constitution de la société.
• Les apports en nature: ils désignent le transfert des droits sur un bien meuble ou immeuble d'un associé
à la société. Deux situations peuvent se présenter. D’une part, si l'associé ne transfert à la société qu'un

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simple droit de jouissance sur son bien, alors il continue d'en être propriétaire, la société n'ayant qu'un droit
d'usage et un droit aux fruits (usufruit) sur le bien. En conséquence, si le bien venait à périr, l'associé
perdrait sa place dans la société. D'autre part, si l'associé donne le bien en toute propriété à la société, alors
la société seule supporte les risques, le bien s'étant fondu dans la masse du capital social. En conséquence, si
le bien venait à périr, cette situation serait sans incidence sur la situation de l'associé.
Que l'apport en nature soit en propriété ou en jouissance, il nécessite une évaluation afin d'être pris en
compte dans la répartition des bénéfices et éventuellement la contribution aux pertes. Cette évaluation est
faite par les associés dans les statuts et sous le contrôle d'un commissaire aux apports afin d'éviter les
fraudes. Il ressort de divers textes évoquant l’intervention du commissaire aux apports (professionnel de la
finance et de la comptabilité), que les attributions de cet organe ne peuvent être exercées que par un
commissaire aux comptes. Toute autre expertise est exclue La règle de l'évaluation est l'égalité de tous les
associés au regard des bénéfices et des pertes.

- les apports en industrie: ils sont réalisés par la mise à disposition effective de la société de connaissances
techniques ou professionnelles ou de services. Plus précisément, certains associés apportent à la société leur
force de travail, leur savoir faire, leur crédit commercial ou leur capacité de réflexion. Afin d'éviter
l’arbitraire, les associés doivent évaluer librement les apports en industrie. Il convient également de préciser
que les apports en industrie ne concourent pas à la formation du capital social mais donnent lieu à
l’attribution de titres sociaux ouvrant droit au vote (ne pouvant être supérieurs 25% de l'ensemble des droits
de vote) et au partage des bénéfices et de l’actif net, à charge de contribuer aux pertes. Autrement dit, si une
société peut être constituée uniquement des apports en nature, en numéraire, ou les deux. En revanche, une
société ne saurait être constituée uniquement d'apport en industrie, lequel est même interdit dans les sociétés
anonymes. Les statuts déterminent également les modalités de liquidation de ces titres en cas de cessation
par l'apporteur de l'activité faisant l'objet de son apport.

- le capital social est constitué des apports en nature et en numéraire. Il forme le gage général des créanciers
de la société. Les apports donnent lieu à la remise des titres correspondants, proportionnellement à leur
montant. Ces titres prennent le nom d'actions ou de parts sociales en fonction du type de société.
La dernière condition de fond est la recherche des bénéfices ou d'une économie et la contribution aux
pertes. Si les associés ont droit au partage des bénéfices, il est également logique qu'ils se partagent les
pertes.
- la recherche des bénéfices ou d'une économie: les apports mis en commun doivent avoir pour but la
recherche du profit ou le bénéfice, c'est à dire d'un gain pécuniaire ou d'un gain matériel qui s'ajouterait à la
fortune des associés.
- la participation aux pertes: l'AUDSCGIE prévoit que les associés doivent contribuer aux pertes dans les
conditions prévues. C'est dire qu'un contrat de société qui exclurait totalement un associé ou certains d'entre
eux de la contribution aux pertes serait nul, tout comme un contrat qui attribuerait la totalité des bénéfices à
un seul associés ou à certains d'entre eux. Dans l'une comme dans l'autre hypothèse, on parle de clause
léonine.

2 . Les conditions de forme

Le contrat de société est un contrat solennel. Sa validité est en effet subordonnée à l'exigence d'un
écrit et d'une publicité.

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Le contrat de société doit obligatoirement être fait par écrit. Cet écrit s'appelle statuts, lesquels sont la
charte de l'entreprise. Cependant la forme de cet écrit importe peu. Il peut être authentique ou sous seing
privé. En revanche, il doit obligatoirement contenir certaines mentions: les noms des associés et des
fondateurs, la forme de la société, l'objet social, la durée de la société (à défaut de précision de la durée, celle
légale est de 99 ans), le siège social, la répartition du capital social, les règles de fonctionnement des
assemblées.
La société commerciale comme toute personne commerçante doit être enregistrée au greffe du
tribunal compétent en matière commerciale. Il faut ensuite l'insertion de l'acte constitutif dans un journal
d'annonces légales du lieu du siège social. Enfin, il faut immatriculer la société au RCCM. Cette
immatriculation constitue l'acte de naissance de la société personne morale, qui peut désormais se prévaloir
de la personnalité juridique. La société en participation est celle dans laquelle les associés conviennent
qu’elle ne sera pas immatriculée au RCCM et qu’elle n’aura pas la personnalité juridique. Elle n’est donc
pas soumise à publicité. Il s’agit donc d’une société occulte. Dans la pratique, ce type de société est utilisé
par les commerçants qui désirent s’associer pour une opération de courte durée, par les entreprises
momentanées ou urgentes.

Dire de la société qu'elle est une personne morale implique d'une part qu'elle a un patrimoine distinct
de celui des associés, et d'autre part qu'elle a une identité.
En principe, les obligations et les créances qui se trouvent d'une part dans le patrimoine des associés et
d'autre part dans la société ne se confondent pas. Cette particularité très nette dans les sociétés de capitaux
l'est moins dans les sociétés de personnes. Dans les sociétés de capitaux, il y a une véritable barrière
juridique entre le patrimoine de la société et celui des associés. En conséquence, les créanciers impayés de
l'un des patrimoines ne peuvent pas poursuivre le payement de leur créance sur les biens de l'autre
patrimoine. Si un associé vient à décéder, ses héritiers succèdent à ses droits envers la société et non aux
biens qui composent le patrimoine de la société qui n'est pas encore morte.
Dans les sociétés de personnes, les associés sont tenus solidairement et indéfiniment du passif social.
Autrement dit, la démarcation entre le patrimoine de la société et celui des associés n'est pas très grande,
puisque les créanciers impayés de la société pourraient poursuivre en paiement n'importe lequel des
associés. Cela n'implique pas que les deux patrimoines ne soient pas séparés, car dans la pratique, on
n'admet pas que les créanciers impayés des associés poursuivent en paiement la société sur ses biens.

L'identité de la société commerciale implique qu'elle a un nom, un domicile et une nationalité.


Le nom de la société commerciale est la raison sociale ou de la dénomination sociale mentionnée
dans les statuts. La raison sociale est réservée aux SNC (Société en Nom Collectif), et aux SCS (Société en
Commandite Simple), alors que la dénomination sociale
est réservée aux SA (Société Anonyme), aux SARL (Société A Responsabilité Limitée) et aux SAS (société
par action simplifiées). Il n'ya pas de règle standard dans le choix du nom d'une société. Les associés
peuvent même choisir un nom fantaisiste, et dans le cas des sociétés de capitaux, ce nom doit être suivi de
l'indication de la forme de la société, du montant du capital social, de l'adresse du siège social, et de la
mention de son numéro d'immatriculation au RCCM, sur tous les documents officiels de l'entreprise.
Le domicile de la société commerciale d'une société renvoie à son siège social. C'est le lieu où
fonctionnent les organes de représentation. C'est également le lieu ou la société a ses principaux intérêts.
Dans la pratique, ce sera le lieu ou agit le gérant, le DG, le PCA...
La nationalité de la société commerciale peut être déterminée par deux critères :
-le critère du contrôle. Ce critère permet d'attribuer à la société la nationalité des personnes qui la contrôle
c'est à dire les principaux apporteurs.

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-le critère du siège social. Ici, la société aura la nationalité du lieu ou elle a fixé son siège social.

B .La dissolution de la société commerciale

A l'instar des personnes physiques, la société commerciale personne morale est appelée à disparaître
un jour. Cette disparition entraine sur le plan juridique la liquidation du patrimoine social et son partage. Il
faut déterminer les causes communes de dissolution des sociétés commerciales, avant de s'intéresser aux
effets.

1. Les causes de dissolution des sociétés commerciales

Aux causes de dissolution de plein droit, il faut rapprocher les causes de dissolution provoquées. Ces
causes peuvent provenir de la volonté des associés ou non. Dès la survenance de ces causes, la dissolution
doit être prononcée de plein droit. On distingue l'arrivée du terme convenu, la réalisation ou l'extinction de
l'objet social, l'annulation et la faillite de la société, et les causes statutaires.
L’arrivée du terme entraine la dissolution de plein droit de la société. Ce terme ne saurait excéder
99 ans. La société peut être dissoute avant l'arrivée du terme. Il suffira simplement que les associés
modifient les statuts, dans le sens de fixer un nouveau terme qui leur convient. Parallèlement, à l'arrivée du
terme, les statuts peuvent être modifiés dans le sens de la prorogation du terme de la société commerciale.
La réalisation ou l'extinction de l'objet social entraine la dissolution de plein droit de la société.
La réalisation de l'objet social suppose que la société ait fini d'accomplir les taches pour lesquelles elle avait
été crée. Même si les statuts avaient prévu une durée plus longue, la réalisation de l'objet social entraine
l'extinction de la société. Les associés ne continueront la société que s'ils modifient les statuts pour pouvoir
donner un autre objet à la société.
Il en est de même de l'extinction de l'objet social qui suppose que ce sur quoi la société travaillait n'existe
plus. Exemple: une société créée pour exploiter une carrière de sable, si le sable finit, la société disparaît
avec lui.
L'annulation de la société commerciale entraine la dissolution de plein droit de la société. Elle
suppose l'inobservation des conditions de formation. Cette hypothèse est rare dans la pratique, puisque la
juridiction compétente, au lieu de procéder à l'effacement de la société, commande plutôt la réparation du
vice qui l'entache.
La faillite de la société commerciale entraine la dissolution de plein droit de la société. En effet, au
cours de la vie sociale, les difficultés liées à l'environnement économique difficile ou à la mauvaise gestion
des dirigeants peuvent entrainer la cessation des paiements de la société. Dans cette hypothèse, la société ne
peut plus payer ses créanciers. Lorsque les difficultés sont très graves, que la société commerciale est dans
une situation irrémédiablement compromise et que ses dirigeants ne peuvent plus proposer un concordat de
redressement, la juridiction compétente n'a d'autres choix que d'organiser la liquidation des biens de
l'entreprise concernée.
La société commerciale peut aussi prendre fin pour toute autre cause prévue par les statuts. Par
exemple, les statuts d'une société peuvent prévoir qu'elle sera dissoute en cas de perte d'un apport en nature
bien déterminé ou tout simplement en cas de perte grave. Si les statuts n'ont rien prévu, la perte d'un apport
ne saurait être une cause de dissolution de la société.
La société peut également prendre fin par une décision collective des associés prise dans les
conditions prévues pour modifier les statuts. On parlera dans ce cas d'une dissolution amiable de la société
avant le terme. La réunion de toutes les parts entre les mains d'un seul associé entraine la dissolution de la

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société commerciale qui peut renaitre en devenant une société unipersonnelle dont les forme autorisées ne
sont que les SA, les SARL et les SAS.
La dissolution judiciaire pour juste motif vise l'hypothèse où un des associés n'aurait pas exécuté
ses obligations, ainsi que celle dans laquelle il y aurait mésentente entre les associés, laquelle entraine de
graves dysfonctionnements de la société.

2 . Les effets de la dissolution des sociétés commerciales

La dissolution de la société commerciale entraine sa liquidation. Cette liquidation suppose la


nomination d'un liquidateur qui sera chargé de conduire les opérations de liquidation en toute responsabilité.
Le liquidateur peut être nommé par les associés ou par décision du juge. Il peut être une personne
physique ou morale. Il peut être nommé un ou plusieurs liquidateurs. Si les statuts n'ont pas prévu la durée
des fonctions du liquidateur, l'AUDSCGIE prévoit qu'elle ne saurait excéder 3 ans à compter de la
dissolution de la société. Le liquidateur peut être révoqué et remplacé à tout moment.
Les opérations de liquidation concernent la réalisation de l'actif afin d'apurer le passif; le
remboursement éventuel aux associés de leurs apports et le partage éventuel du boni de liquidation.
Réaliser l'actif c'est transformer en argent les biens qui composent l'actif du patrimoine de la société.
Pour se faire, le liquidateur doit recouvrer les créances sociales et vendre les biens sociaux. Il ne peut
acheter lui même les biens qu'il est chargé de vendre, ni les vendre à se proches ou employés.
Ensuite, le liquidateur doit désintéresser les créanciers avec l'ensemble des fonds qu'il a pu recueillir
au terme de la réalisation de l'actif. C'est cette opération de désintéressement des créanciers que l'on appelle
apurement du passif.
Lorsque les créanciers sociaux de divers ordres (privilégiés, munis de suretés, chirographaires) ont
été intégralement désintéressés, le liquidateur procède au remboursement des apports si l'actif social n'a pas
été intégralement utilisé à cette fin.
Le boni de liquidation est ce qui reste après avoir désintéresser les créanciers et après avoir restitué
les apports. Ce reste doit être réparti entre les associés proportionnellement à leurs apports. Mais l'obtention
de ce reste sera rare dans la pratique.
Au cours des opérations de liquidation, le liquidateur est tenu de rendre compte aux associés des
opérations effectués. Une fois les opérations terminées, il doit convoquer une dernière assemblée des
associés afin que ceux ci statuent sur le compte définitif. Enfin l'immatriculation de la société au RCCM doit
être radiée.
Si le liquidateur a commis des fautes, sa responsabilité civile ou pénale peut être engagée afin de
réparer le dommage causé.
Si les créanciers n'ont pas été payés intégralement, ils peuvent réclamer le reste aux associés qui sont
tenus solidairement et indéfiniment du passif social.

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Chapitre 2. Le droit spécial des sociétés commerciales

Le droit spécial des sociétés commerciales porte sur les règles spécifiques à chaque type de société
commerciale. Il convient de les étudier selon qu’elles concernent les sociétés commerciales de capitaux (I)
ou les sociétés commerciales de personnes (II).

I. Les sociétés commerciales de capitaux


Les sociétés commerciales dites de capitaux sont celles dans lesquelles l’objectif des associés est de réunir
d’importants capitaux. Par conséquent, la qualité de ceux qui les apportent importe peu. On les appelle
sociétés impersonnelles ou sociétés par action. Les sociétés de capitaux se distinguent des sociétés de
personnes par :
-la primauté accordée au capital. Un minimum est exigé puisque c’est le seul gage des créanciers. En cas de
perte de la moitié du capital la société doit être dissoute sauf disposition contraire des statuts. Dans les
sociétés de capitaux, le capital est divisé en actions ou parts sociales négociables et cessibles sans l’accord
des autres associés. Mais les statuts peuvent prévoir les clauses d’agrément qui ont pour objet de donner un
droit de préférence aux autres associés en cas de cession.
-les associés ne sont pas responsables du passif social. C’est la caractéristique principale des sociétés de
capitaux. Les associés ne sont pas des commerçants. Par conséquent, même ceux qui n’ont pas la capacité de
faire le commerce peuvent y être associés.

A. La société anonyme
La SA est une société dans laquelle les actionnaires ne sont responsables des dettes sociales qu’à
concurrence de leurs apports et dont les droits des actionnaires sont représentés par des actions. La SA peut
désormais ne comprendre qu’un seul actionnaire. Il est question ici d’étudier les règles particulières qui
s’appliquent uniquement aux SA.

1. Les règles de constitution de la S.A.

Le capital social lors de la formation d’une S.A. doit être au moins de 10 millions de francs si elle ne fait pas
publiquement appel à l’épargne. Ce montant est de 100 millions si elle fait publiquement appel à l’épargne.
Le capital social est divisé en actions dont le montant nominal ne peut être inférieur à 10.000 FCFA.
Le capital social doit être entièrement souscrit avant la date de la signature des statuts ou de la tenue de
l’assemblée générale constitutive (art.388, AUDSCGIE).
Les actions représentant des apports en numéraire sont libérées, lors de la souscription du capital, d’un quart
au moins de leur valeur nominale. La libération du surplus doit intervenir dans un délai qui ne peut excéder
03 ans à compter de l’immatriculation au RCCM, selon les modalités définies par les statuts ou par une
décision du Conseil d’administration ou de l’administrateur général.

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En ce qui concerne sa forme de constitution, la SA peut être constituée avec appel public à l’épargne ou sans
appel public à l’épargne. L’appel public à l’épargne se fait au moyen d’une publication dans les journaux
habiletés à recevoir les annonces légales dans l’Etat-partie du siège de la société et le cas échéant dans les
autres Etats-partie dont la souscription est sollicitée. Après l’information du public, il est convoqué par les
fondateurs une assemblée générale constitutive.
Lorsque les fondateurs d’une SA ne font pas appel public à l’épargne, les règles de constitution sont simples
puisqu’ils ne sont pas soumis à l’exigence de publicité. Il suffira juste aux fondateurs de respecter la
procédure suivante :
-Etablissement des bulletins de souscription ;
-Dépôt de fonds et déclaration notariée de souscription et de versement ;
-Signature des statuts ;
-Immatriculation au RCCM et publication dans les journaux habilités à recevoir les annonces légales ;
-Retrait des fonds.
Le retrait des fonds provenant des souscriptions en numéraire ne peut avoir lieu qu’après l’immatriculation
de la société au RCCM. Il est effectué, selon le cas, par le PDG, le DG ou AG, sur présentation au
dépositaire du certificat du greffier attestant l’immatriculation de la société au RCCM.

2. Le fonctionnement de la SA
Le fonctionnement des SA est assuré par les différents organes qui administrent, délibèrent et surtout
contrôlent la société.
Le mode d’administration de la SA est déterminé par les statuts qui ont le choix entre une SA avec Conseil
d’administration ou une SA avec administrateur général, étant entendu que les associés peuvent le changer à
tout moment en modifiant les statuts (article 414, AUDSCGIE).
. La SA avec Conseil d’administration
La SA peut être administrée par un conseil d’administration (CA) composé de 3 membres au moins et de 12
membres au plus, actionnaires ou non. Le CA est donc un organe collégial. Il est désigné pour une période
maximale de 6 ans en cas de nomination en cours de vie sociale ou de 2 ans, en cas de désignation par les
statuts ou par l’assemblée générale constitutive.
Le CA est investi des pouvoirs les plus étendus pour agir en toutes circonstances au nom de la société. Il a le
pouvoir de nommer le président. Il les exerce dans la limite de l’objet social et sous réserve de ceux
expressément attribués par l’Acte uniforme aux assemblées d’actionnaires. Il établit en outre les documents
qui sont soumis à l’approbation de l’assemblée qui doit se tenir au terme de l’exercice. On peut citer : les
états financiers de synthèse, le rapport de gestion sur l’activité de la société.
Selon l’article 415 de l’AUDSCGIE, la SA avec CA est dirigée soit par un PDG, soit par un PCA et un DG.
Le PDG est choisi parmi les membres du CA pour une durée qui ne saurait dépasser son mandat en tant que
membre dudit conseil. Il assure la direction de la société, préside les réunions du CA et les assemblées
générales. En cas d’empêchement du PCA, les séances sont présidées par l’administrateur possédant le plus
grand nombre d’actions ou, en cas d’égalité, par le doyen en âge, à moins que les statuts n’en disposent

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autrement. Il engage la société envers les tiers même en cas de dépassement de l’objet social car aucune
limitation de son pouvoir n’est opposable aux tiers.
Lorsque la SA est plutôt dirigée par un DG, celui-ci doit être nommé par le CA parmi ses membres ou les
tiers. Il assure la gestion de la société et la société n’est engagée par ses actes que dans la limite de l’objet
social sous réserve des pouvoirs expressément attribués aux assemblées générales ou réservés au CA.
La publicité de ces différentes nominations doit être faite au RCCM.
. La SA avec administrateur général
Les sociétés anonymes comprenant un nombre d'actionnaires égal ou inférieur à trois (3) ont la faculté de ne
pas constituer un CA et peuvent désigner un administrateur général qui assume, sous sa responsabilité, les
fonctions d'administration et de direction de la société. Ce mode d’administration de la SA est donc réservé
aux SA ayant un nombre d’actionnaires inférieur ou égal à trois. Les actionnaires choisissent alors entre eux
ou un tiers administrateur général qui dirige la société, convoque les assemblées générales et engage la
société à l’égard des tiers même en cas de dépassement de l’objet social car aucune limitation de son pouvoir
n’est opposable aux tiers de bonne foi.
Les associés participent au fonctionnement de la SA par l’entremise des assemblées générales. Toutefois, les
statuts peuvent subordonner la participation à ces assemblées à la détention d’un certain nombre d’actions.
Le nombre de voix est proportionnel au nombre d’actions. On distingue les assemblées générales ordinaires,
extraordinaires et spéciales.

. Les assemblées générales ordinaires (AGO)


Les AGO se tiennent au moins une fois par an, dans les 6 mois de la clôture de l’exercice, sous réserve de
prorogation de ce délai par une décision de justice. Elle est compétente pour prendre à la majorité simple des
voix exprimées toutes les décisions relatives au fonctionnement normal de la société. Il s’agit notamment de
statuer sur les états financiers de la société, l’affectation des résultats, la nomination des membres du conseil
d’administration, l’émission des obligations, etc.
Les obligations sont des titres négociables émis par une société de capitaux qui emprunte un capital
important, généralement à long terme, et divise sa dette en un grand nombre de coupures. Chaque obligataire
se trouve dans la situation d’un prêteur, titulaire d’une créance productive d’un intérêt.
L’obligation s’oppose à l’action en ce qu’elle assure généralement un revenu fixe indépendant des résultats
de l’exercice et ne confère pas à son titulaire le droit de participer à la gestion de la société sauf à être
consulté dans certains cas exceptionnels (modification de l’objet ou de la forme de la société, fusion ou
scission).
. L’assemblée générale extraordinaire (AGE)
L’AGE a seule le pouvoir de modifier les statuts dans toutes ses dispositions. Toute clause contraire est
réputée non écrite. Aucune clause des statuts ne peut interdire un actionnaire à participer aux AGE.
Cette assemblée a aussi compétence pour autoriser les fusions, les scissions, les transformations et apports
partiels d’actif, le transfert du siège de la société en toute autre ville de l’Etat-partie où il est situé, ou sur le
territoire d’un autre Etat, la dissolution par anticipation de société ou la prorogation de sa durée. Elle
délibère à la majorité des deux tiers des voix exprimées. Dans le cas de transfert du siège de la société sur le

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territoire d’un autre État, la décision est prise à l’unanimité des membres présents ou représentés (article
554, AUDSCGIE).
. L’assemblée spéciale (AS)
L’AS réunit les titulaires d’actions d’une catégorie déterminée en vue d’approuver ou de désapprouver les
décisions des assemblées générales lorsque celles-ci modifient les droits de ses membres.
La décision d’une assemblée générale de modifier les droits relatifs à une catégorie d’actions n’est définitive
qu’après approbation par l’AS des actionnaires de cette catégorie.
L’AS ne délibère valablement que si les actionnaires présents ou représentés possèdent au moins la moitié
des actions, sur première convocation, et le quart des actions, sur deuxième convocation. Si le quorum n’est
pas toujours atteint, l’assemblée doit se tenir dans un délai de 02 mois à compter de la date fixée par la
deuxième convocation. Le quorum reste fixé au quart des actionnaires présents ou représentés possédant au
moins le quart des actions.
L’AS statue à la majorité des 2/3 des voix exprimées. Il n’est pas tenu compte des bulletins blancs.
En plus des causes de dissolution communes à toutes les sociétés, la SA est dissoute :
-à cause de la perte de plus de la moitié du capital social ou ;
-en cas de réduction du capital social en dessous du montant minimum légal qui est de 10 millions.

3. L’organe de contrôle : les commissaires aux comptes

Les commissaires aux comptes sont un organe de contrôle qui est nommé et révocable pour juste motif par
l’assemblée générale. Les SA doivent nommer un ou plusieurs commissaires aux comptes.
Les SA ne faisant pas publiquement appel à l’épargne sont tenues de désigner un commissaire aux comptes
et un suppléant. Les SA faisant publiquement appel à l’épargne sont tenues de désigner au moins deux (2)
commissaires aux comptes et 2 suppléants (article 702, AUDSCGIE).
-Le rôle du commissaire aux comptes. Il est chargé d’informer les associés, les tiers et l’Etat sur la marche
des affaires sociales. Concrètement, son rôle est de contrôler de manière permanente la situation comptable
et financière de la société et de déclencher la procédure d’alerte par laquelle il porte à l’assemblée générale
les faits de nature à compromettre l’exploitation de l’entreprise.
-La responsabilité du commissaire aux comptes. Le commissaire aux comptes est civilement responsable,
tant à l’égard de la société que des tiers, des conséquences dommageables, des fautes et négligences qu’il
commet dans l’exercice de ses fonctions (article 725, AUDSCGIE).
L’action en responsabilité contre le commissaire aux comptes se prescrit par 3 ans à compter de la date du
fait dommageable ou, s’il a été dissimulé, de sa révélation. Lorsque le fait dommageable est qualifié crime,
l’action se prescrit par 10 ans.
En cas d’empêchement, de démission ou de décès du commissaire aux comptes, ses fonctions sont exercées
par le commissaire aux comptes suppléant jusqu’à la cessation de l’empêchement ou, lorsque
l’empêchement est définitif, jusqu’à l’expiration du mandat du commissaire au compte empêché.

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-La durée des fonctions du commissaire aux comptes. La durée des fonctions du commissaire aux comptes
désigné dans les statuts ou par l’assemblée générale constitutive est de 2 exercices sociaux. Lorsqu’il est
désigné par l’AGO, le commissaire aux comptes exerce ses fonctions durant 6 exercices sociaux.
-Le contrôle par les actionnaires est également possible. Dans la SA, tout actionnaire peut, deux (2) fois par
exercice, poser des questions au PCA, au PDG ou à l’AG, selon le cas, sur tout fait de nature à
compromettre la continuité de l’exploitation. Le PCA, le PDG ou l’AG, selon le cas, répond par écrit, dans
un délai de quinze (15) jours, aux questions posées. Dans le même délai, il adresse copie de la question et de
sa réponse au commissaire aux comptes (voir article 158 de l’AUDSCGIE).

B . Les autres formes de sociétés de capitaux


Il s’agit de la SARL et de la SAS .

1 .La société à responsabilité limitée (SARL)

La SARL est une société commerciale dans laquelle les associés ne sont responsables des dettes sociales
qu’à concurrence de leurs apports et dont les droits sont représentés par des parts sociales (article 309,
AUDSCGIE). La SARL est le type idéal de société pour mettre sur pied une exploitation de petite ou
moyenne dimension.
La SARL a l’avantage de permettre à ses associés de se livrer à une exploitation commerciale sans avoir
personnellement la qualité de commerçant. Elle peut être constituée par une personne physique ou morale,
ou entre deux ou plusieurs personnes physiques ou morales. Dans le premier cas, il s’agit d’une SARL
unipersonnelle. Cette structure répond au souci des professionnels qui avaient toujours souhaité avoir une
entité juridique qui limite leur responsabilité tout en assurant la pérennité de leur entreprise et un régime
fiscal et social attrayant. En effet l’associé unique n’est tenu pour les dettes sociales que jusqu’à concurrence
de son apport. En cas de décès, ses héritiers sont appelés à poursuivre la société.
Dans le second cas, la SARL est dite pluripersonnelle. Cette forme de SARL est en pratique la plus utilisée.
On peut dire que c’est le mode type de SARL. On comprend dès lors pourquoi elle a été choisie comme
modèle par le législateur qui a ainsi prévu ses règles de constitution et de fonctionnement.
Sauf dispositions nationales contraires, le capital social doit être d’au moins 1.000.000 de FCFA (article
311, AUDSCGIE). Mais en vertu de l’article 2 alinéa 1 de la loi camerounaise n° 2016/014 du 14 décembre
2016 fixant le capital social minimum et les modalités de recours aux services du notaire dans le cadre de la
création d’une SARL, le capital social minimum d’une SARL est fixé à 100.000 CFA. Il est divisé en parts
sociales égales dont la valeur nominale ne peut être inférieure à 5.000 FCFA. Ce capital doit être libéré
entièrement avant l’immatriculation au RCCM.
Les parts représentant des apports en numéraire sont libérées lors de la souscription du capital de la moitié
au moins de leur valeur nominale. La libération du surplus intervient en une ou plusieurs fois dans un délai
de 2 ans à compter de l’immatriculation de la société au RCCM, selon les modalités définies par les statuts.
Les statuts doivent nécessairement contenir l’évaluation de chaque apport en nature et des avantages
particuliers stipulés. Cette évaluation est faite par un commissaire aux apports dès lors que la valeur de
l’apport ou de l’avantage considéré, ou que la valeur de l’ensemble des apports ou avantages considérés, est
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supérieure à 5.000.000 FCFA. Cependant, les associés peuvent procéder eux-mêmes à l’évaluation des
apports en nature dans deux hypothèses : lorsque la désignation d’un commissaire aux apports n’est pas
exigée ou lorsque malgré cette désignation, les associés refusent de retenir la valeur proposée par l’expert.
Ils peuvent alors procéder eux-mêmes à une nouvelle évaluation. Dans ce cas, ils sont tenus solidairement et
indéfiniment à l’égard des tiers de la valeur attribuée aux apports et aux avantages particuliers stipulés. Mais
l’évaluation des avantages particuliers stipulés est obligatoirement faite par un commissaire aux apports. En
cas d’impossibilité d’établir la valeur des avantages particuliers, le commissaire aux apports en apprécie la
consistance et les incidences sur la situation des associés.
Les fonds collectés sont déposés dans une banque au nom de la société en constitution ou en l’étude d’un
notaire par les fondateurs. Le notaire établit la déclaration de souscription et de versement qui indique la
liste des souscripteurs et le montant des sommes versées par chacun.
Ces fonds demeurent indisponibles jusqu’à l’immatriculation de la société au RCCM. Si elle n’est pas
immatriculée dans les 6 mois à compter du premier dépôt des fonds, les apporteurs peuvent soit
individuellement soit par mandataire les représentant collectivement, demander au président de la juridiction
compétente l’autorisation de retirer le montant de leurs apports.
Il est exigé à peine de nullité la présence de tous les associés à l’acte constitutif de la société en personne ou
par mandataire justifiant d’un pouvoir spécial. La violation de cette exigence entraîne la responsabilité
solidaire des premiers gérants ou des associés auxquels la nullité de la société est imputable. L’action en
responsabilité doit être exercée dans un délai de 03 ans à compter du jour où la décision d’annulation est
passée en force de chose jugée.
La SARL est désignée par une dénomination sociale qui doit être immédiatement précédée ou suivie en
caractères lisibles des mots « Société A Responsabilité Limitée » ou de sigle SARL.

La gestion de la SARL est assurée par le ou les gérants grâce au pouvoir étendu qu’ils tiennent des statuts
et/ou de l’AUDSCGIE.
. La désignation, la rémunération et la révocation du gérant
La SARL est dirigée par un ou plusieurs gérants associés ou non. Le gérant est désigné par les statuts ou par
un acte séparé. Dans le premier cas, il est un gérant statutaire et doit être nommé à l’unanimité des associés.
Dans le second cas, la décision doit être prise à la majorité des associés représentant plus de la moitié du
capital. Mais, il est admis qu’une disposition des statuts puisse exiger une majorité supérieure.
Sauf disposition contraire des statuts, le gérant est nommé pour une durée de 4 ans. Son mandat est
renouvelable. Sa rémunération est fixée par les statuts ou par une décision collective des associés.
Les gérants désignés ou nommés sont révocables à tout moment par décision des associés représentant plus
de la moitié du capital social. Cependant, tout associé même s’il ne possède qu’une part, peut demander à la
juridiction compétente, la révocation du gérant pour cause légitime. Ex : incapacité notoire, maladie grave,
fautes de gestion, etc. Le gérant révoqué peut, s’il estime que le motif n’est pas légitime, demander des
dommages-intérêts (révocation par décision collective des associés). Le gérant peut librement démissionner
de ses fonctions. Mais si la démission est faite sans juste motif, la société est en droit de demander en justice
la réparation du préjudice par elle subi.
. Les pouvoirs du gérant

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En l’absence de précision des statuts, le gérant représente la société en toute circonstance et a le pouvoir
d’accomplir tous les actes entrant dans l’objet social. Il convoque les assemblées générales.
En cas de pluralité de gérants, ceux-ci détiennent séparément les pouvoirs sauf le droit pour chacun de
s’opposer à toute opération envisagée par l’autre avant qu’elle ne soit conclue. L’opposition formée par un
gérant aux actes d’un autre gérant est sans effet à l’égard des tiers à moins qu’il ne soit établi qu’ils en ont eu
connaissance.
Dans ses rapports avec les tiers, le gérant est investi de pouvoirs étendus pour agir au nom de la société sous
réserve des pouvoirs attribués aux associés. De plus, la société est engagée même par les actes du gérant qui
ne relèvent pas de l’objet social à moins qu’elle ne prouve que le tiers savait que l’acte dépassait cet objet ou
qu’il ne pouvait l’ignorer compte tenu des circonstances étant entendu que la publicité des statuts seule ne
suffit pas à constituer ces preuves.
. La responsabilité des gérants
Les gérants sont responsables, individuellement ou solidairement, selon le cas, envers la société ou envers
les tiers :
-des infractions aux dispositions législatives ou réglementaires applicables aux SARL ;
-des violations des statuts ;
-des fautes commises dans leur gestion.
Si plusieurs gérants ont coopéré aux mêmes faits, le tribunal chargé des affaires commerciales détermine la
part contributive de chacun dans la réparation du dommage.
. Le contrôle de la SARL
Le contrôle de la gestion des SARL peut être interne. Mais ce contrôle peut être aussi externe.
Le contrôle interne par les associés
Le contrôle interne est effectué par les associés à travers leur droit d’information 2 et/ou de communication.
En effet, les associés ont préalablement à la tenue des assemblées générales, un droit de communication. En
ce qui concerne l’assemblée générale annuelle, le droit de communication porte sur :
-les états financiers de synthèse de l’exercice (états périodiques établis pour rendre compte du patrimoine, de
la situation financière et du résultat de l’entreprise. Ils comprennent le bilan, le compte de résultat3, le
tableau financier des ressources et des emplois de l’exercice et l’état annexé4) ;
-le rapport de gestion établi par le gérant ;
-le texte des résolutions proposées et, le cas échéant ;
-le rapport général du commissaire aux comptes ;
-le rapport spécial du commissaire aux comptes relatif aux conventions intervenues entre la société et un
gérant ou un associé.
Le droit de communication s’exerce durant les 15 jours précédant la tenue de l’assemblée générale.
Le contrôle externe est effectué par un commissaire aux comptes ou un expert.
. Le contrôle effectué par un commissaire aux comptes

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Le commissaire aux comptes est une personne physique ou morale, chargée par le législateur de contrôler de
façon très stricte la régularité de la gestion comptable des sociétés anonymes et de certains autres
groupements, et de tenir informés les organes de direction et les actionnaires des faits dont elle a eu
connaissance et des irrégularités qu’elle a relevées dans la gestion comptable de la société. D’après l’article
695 de l’AUDSCGIE, « lorsqu’il existe un ordre des experts-comptables dans les Etat-parties du siège de la
société, objet du contrôle, seuls les experts-comptables agrées par l’ordre peuvent exercer les fonctions de
commissaire aux comptes ». Lorsqu'il n'existe pas un ordre des experts-comptables, seuls peuvent exercer
les fonctions de commissaire aux comptes les experts-comptables inscrits préalablement sur une liste établie
par une commission siégeant auprès d'une cour d'appel, dans le ressort de l’Etat-partie du siège de la société
objet du contrôle.
La durée du mandat du commissaire aux comptes. Le commissaire aux comptes est nommé pour trois (3)
exercices par un ou plusieurs associés représentant plus de la moitié du capital social. Si cette majorité n'est
pas obtenue et sauf clause contraire des statuts, il est nommé à la majorité des votes émis, quelle que soit la
portion du capital représentée.
Les honoraires des commissaires aux comptes sont à la charge de la société. Le montant des honoraires est
fixé globalement, quel que soit le nombre de commissaires aux comptes qui se repartissent entre eux ces
honoraires.
Le commissaire aux comptes est civilement responsable, tant à l’égard de la société que des tiers, de
conséquences dommageables, des fautes et négligences qu’il commet dans l’exercice de ses fonctions
(article 725 alinéa 1 du l’AUDSCGIE).
En principe, la nomination d’un commissaire aux comptes n’est pas obligatoire dans les SARL. Elle ne le
devient que lorsque la SARL remplit deux des trois conditions suivantes posées par l’article 376 de
l’AUDSCGIE :
-le capital social est supérieur à 125.000.000 FCFA ;
-le chiffre d’affaires annuel est supérieur à 250.000.000 FCFA ;
-la SARL emploie en permanence plus de 50 personnes.
Pour les autres SARL ne remplissant pas ces critères, la nomination d’un commissaire aux comptes est
facultative. Elle peut toutefois être demandée en justice par un ou plusieurs associés détenant, au moins, le
dixième du capital social.
Ne peuvent être commissaires aux comptes de la société :
-les gérants et leurs conjoints ;
-les apporteurs en nature et les bénéficiaires d’avantages particuliers ;
-les personnes recevant de la société ou de ses gérants des rémunérations périodiques sous quelque forme
que ce soit, ainsi que leurs conjoints.
Le commissaire aux comptes a pour missions de :
-Contrôler de manière permanente la situation comptable et financière de la société ;
-Déclencher la procédure d’alerte par laquelle il porte à la connaissance de l’assemblée générale les faits de
nature à compromettre l’exploitation de l’entreprise.

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Entraves au contrôle des commissaires aux comptes sont punies par la loi pénale nationale. Elles sont
constituées sur le plan matériel deux types de comportements. Il peut s’agir :
-des obstacles aux vérifications du commissaire aux comptes. Ce peut être le refus d'accès aux locaux, des
tracasseries diverses dans la mise à la disposition des moyens nécessaires à l'investigation, des réticences à
fournir des explications ;
-du refus de communication sur place, de toutes les pièces utiles à l'exercice de la mission du commissaire
aux comptes et notamment tous contrats, livres, documents comptables et registres de procèsverbaux.
En tout cas, ces faits doivent avoir été commis "sciemment". Ce qui suppose la volonté libre de commettre
l'infraction.
Le recours à l’expertise de gestion
Un autre moyen de contrôle du fonctionnement de la société est le recours à l’expertise de gestion. En effet,
un ou plusieurs associés représentant au moins le dixième du capital social peuvent, soit individuellement,
soit en se groupant sous quelque forme que ce soit, demander à la juridiction compétente du siège social,
statuant à bref délai, la désignation d'un ou de plusieurs experts chargés de présenter un rapport sur une ou
plusieurs opérations de gestion (article 159 de l’AUDSCGIE).

2 . La société par actions simplifiée

De la révision de l’AUDSCGIE est née une nouvelle forme sociale : la société par actions simplifiée (SAS).
La SAS est une société instituée par un ou plusieurs associés et dont les statuts prévoient librement
l’organisation et le fonctionnement. Les associés de cette société ne sont responsables des dettes sociales
qu’à concurrence de leurs apports et leurs droits sont représentés par des actions (voir article 853-1 de
l’AUDSCGIE).
La SAS peut être constituée par une seule personne physique ou morale appelée « associée » ; elle peut
également être formée par plusieurs personnes. Dans l’espace OHADA, ses associés peuvent également être
des époux, des interdits (mineurs) voire des personnes frappées d’incompatibilité (avocat, fonctionnaire…).
Le montant du capital social de la SAS est librement déterminé dans les statuts ainsi que le montant de la
valeur nominale de ses actions.
Ce faisant, les apports peuvent être en numéraire, en nature et en industrie. Les apports en industrie sont
réalisés par la mise à disposition effective au profit de la société de connaissances techniques,
professionnelles ou de services (article 50-1 de l’Acte uniforme).
La SAS peut émettre des actions inaliénables résultant d’apports en industrie (voir article 853-5 §2 de l’Acte
Uniforme). Les modalités de souscription et de répartition de ces actions sont déterminées par les statuts. Cet
apport en industrie donne droit à l’attribution de titres sociaux sans valeur nominale, ouvrant droit au vote,
au partage des bénéfices et de l’actif net. Ces titres ne sont pas cessibles, ni transmissibles, en raison de son
caractère intuitu personae.
En plus, les statuts peuvent prévoir l’inaliénabilité des actions donnant accès au capital pour une durée
n’excédant pas dix (10) ans (voir article 853-17 de l’Acte Uniforme). Toutefois, cette option n’est pas
possible pour la SAS unipersonnelle (SASU).

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La société par actions simplifiée ne peut faire publiquement appel à l’épargne.
La société est désignée par une dénomination sociale qui doit être immédiatement précédée ou suivie en
caractères lisibles des mots «société par actions simplifiée» ou du sigle «SAS». Lorsque la société ne
comprend qu’un associé, elle est désignée par une dénomination sociale qui doit être immédiatement
précédée ou suivie en caractères lisibles des mots «société par actions simplifiée unipersonnelle» ou du sigle
« SASU ».
La procédure de constitution de la SAS obéit aux règles classiques de constitution des sociétés commerciales
à savoir l’enregistrement des actes, l’immatriculation au RCCM et la publicité légale.
La SAS se particularisant par la liberté contractuelle, les associés choisissent librement leur mode de
direction. Ce faisant, elle est administrée par un président, selon les modalités statutaires.
Ce président peut être une personne physique ou une personne morale (celle étant alors représentée par une
personne physique). Il pourra éventuellement être assisté par un Directeur Général ou un Directeur Général
Adjoint.
Ainsi, l’organisation et le fonctionnement de la SAS relèvent des statuts, c.à.d. de la seule volonté commune
des associés. Les statuts arrêtent les conditions de direction de la société. Ils déterminent les règles relatives
aux conditions de révocation, de nomination des dirigeants, à leur nombre, à la durée de leurs mandats, à
leurs modes de rémunération, voire leurs pouvoirs…
Les associés peuvent aussi créer des organes collégiaux avec toute liberté de fixer leur dénomination
(conseil d’administration, comité directeur, comité exécutif, bureau…) ainsi que leurs fonctions respectives
et le mode de décision (majorité simple, qualifiée, unanimité…).
Le contrôle est exercé par les associés et le ou les commissaires aux comptes. La désignation d’un
commissaire aux comptes est conditionnelle dans la SAS. Ainsi, elle procèdera à la désignation d’au moins
un commissaire aux comptes si à la clôture de l’exercice social deux des trois (3) conditions suivantes sont
remplies :
-le total du bilan est supérieur à cent vingt-cinq millions (125.000.000) F.CFA ; -le chiffre d’affaires annuel
est supérieur à deux cent cinquante millions (250.000.000) F.CFA ; -un effectif permanent du personnel
supérieur à cinquante (50) personnes.
Elle est également tenue de désigner un commissaire aux comptes lorsqu’elle contrôle une ou plusieurs
sociétés ou lorsqu’elle est contrôlée par une ou plusieurs sociétés.
Ce faisant, ses règles de fonctionnement sont plus souples que celles des autres types de sociétés, donnant
ainsi une grande latitude aux associés pour organiser les rapports entre eux mais aussi les rapports avec la
société. Généralement, les statuts des SARL et SA comportent des dispositions prédéterminées, tandis que
les statuts de la SAS relèvent de la “société-contrat” en raison de la grande liberté contractuelle des associés.
Comme on a pu le constater, la SAS en tant que nouvelle forme sociétaire présente des atouts majeurs,
notamment pour :
-les petits et moyens entrepreneurs souhaitant se doter d’un statut juridique peu contraignant ; -les
entreprises qui veulent organiser leur coopération sans engager leur responsabilité indéfinie et solidaire. Ces
avantages comportent certaines difficultés provenant de cette grande liberté contractuelle. En effet, la
prédominance de la liberté contractuelle induit parfois un risque de conflits ou de litiges.

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II. Les sociétés commerciales de personnes

Les sociétés commerciales de personnes sont les sociétés dans lesquelles le choix des associés repose sur
une confiance mutuelle, on dit d’elles qu’elles sont constituées intuitu personae. Les associés se connaissent
donc tous. L’important ici n’est pas d’amasser d’importants capitaux mais de se retrouver avec des associés
qui s’inspirent mutuellement confiance.
Dans les sociétés commerciales de personnes, le capital est divisé en parts sociales qui ne sont pas
négociables mais cessibles avec l’accord unanime des autres associés. La société prend fin par le retrait ou le
décès d’un associé sauf disposition contraire des statuts (en effet, les statuts peuvent prévoir que la société
continuera soit entre les associés survivants, soit entre les associés survivants et les héritiers ou successeurs
de l’associé décédé avec ou sans l’agrément des associés survivants).

A . Les sociétés de personnes immatriculées


En plus, parce qu’ils sont solidairement et indéfiniment responsables du passif social, les associés doivent
avoir la qualité de commerçant. Toutes ces caractéristiques se trouvent dans les sociétés en nom collectif
qui se présente comme la société de personnes par excellence (1), la société en commandite simple ( 2),

1. La société en nom collectif


Encore appelée «société des personnes associées», la société en nom collectif (SNC) est celle dans laquelle
tous les associés sont commerçants et répondent indéfiniment et solidairement des dettes sociales. La SNC
est la société de personnes type : elle est commerciale par la forme et commerciale par les associés qui
doivent tous avoir la capacité commerciale. Elle est régie par quelques règles particulières de constitution,
de fonctionnement et de dissolution.
La société en nom collectif est désignée par une dénomination sociale qui doit être immédiatement
précédée ou suivie en caractères lisibles des mots : «société en nom collectif» ou du sigle : «S.N.C.».
En ce qui concerne les conditions de fond, la loi n’exige aucun capital social minimum. Ceci ne veut pas
dire que la SNC peut être constituée sans capital. Il revient donc aux associés de fixer le montant du capital
qui leur convient. Cela se comprend car les créanciers de la société peuvent saisir en plus du capital social
les biens de chaque associé pour se faire payer. De même, la loi ne fixe pas de montant minimum des parts
sociales qui doivent néanmoins être de même valeur nominale (article 273, AUDSCGIE).
En ce qui concerne le nombre d’associés, ils doivent être au moins deux. Tous doivent avoir la qualité de
commerçant et remplir les conditions relatives à la capacité pour exercer le commerce. Par conséquent, ne
peuvent être associés d’une SNC en raison de l’étendue de l’engagement financier, les mineurs, les
incapables ainsi que les conjoints ensemble (article 9, AUDSCGIE).
En principe, la SNC peut exercer n’importe quelle activité, mais il existe des interdits légaux. Ex : la forme
de la SNC n’est pas permise pour les sociétés telles les assurances, les banques, etc.
La SNC est dirigée par un gérant sous le contrôle permanent de tous les associés non gérants.

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Les statuts peuvent désigner un ou plusieurs gérants, associés ou non, personnes physiques ou morales, ou
en prévoir la désignation dans un acte ultérieur. A défaut d’organisation de la gérance par les statuts, tous les
associés sont réputés être gérants. Dans ce cas, chaque associé par sa signature engage non seulement la
société mais aussi tous les autres associés. Chaque associé a le droit dans cette hypothèse de s’opposer à une
opération avant qu’elle ne soit conclue, ce qui nécessite une obligation d’information entre les associés.
Dans les rapports entre associés et en l’absence de la détermination de ses pouvoirs par les statuts, le gérant
peut faire tous les actes de gestion dans l’intérêt de la société. En cas de pluralité de gérants, chacun détient
les mêmes pouvoirs que s’il était seul gérant de la société, sauf le droit pour chacun de s’opposer à toute
opération avant qu’elle ne soit conclue.
Dans les rapports avec les tiers, le gérant engage la société par les actes entrant dans l’objet social.
Le gérant peut être révoqué à la majorité simple des voix sauf clause contraire des statuts lorsque le gérant
est un tiers. Par contre, lorsque le gérant est un associé ou si tous les associés sont des gérants, la révocation
ne peut être décidée qu’à l’unanimité des associés. Dans ce cas, ils peuvent choisir un autre gérant ou
dissoudre la société.
Le contrôle de la gestion de la SNC est assuré soit par les associés, soit par un commissaire aux comptes
-Le contrôle par les associés. Le La voix de chaque associé compte dans la vie de la SNC. Les décisions
importantes sont prises, sauf clause contraire des statuts, à l’unanimité des associés (nomination et
révocation des gérants, modification des statuts, modification du capital social, extension de l’objet social,
prorogation de la durée de la société ou son extinction anticipée). Lorsque la majorité est exigée, le vote a
lieu par tête et non à la majorité des parts sociales.
Les associés non gérants exercent aussi des pouvoirs de contrôle qui leur permettent de consulter tous les
documents comptables au moins 02 fois par an ainsi que les procès-verbaux des délibérations et des
décisions collectives. Ils ont le droit d’en prendre copie à leurs frais. Ils ont également le droit de se faire
assister par un expert-comptable ou un commissaire aux comptes à leurs frais.
Ils participent comme dans les SARL à des assemblées générales annuelles qui se tiennent dans les six mois
qui suivent la clôture de l’exercice pour approuver le rapport de gestion, l’inventaire, les états financiers de
synthèse établis par les gérants. A cette fin, ces documents, le texte des résolutions proposées ainsi que, le
cas échéant, le rapport du commissaire aux comptes, sont communiqués aux associés au moins 15 jours
avant la tenue de l’assemblée afin de leur permettre de se prononcer en toute connaissance de cause.
-Le contrôle par un commissaire aux comptes. La nomination d'un commissaire aux comptes est facultative
dans la SNC. Les SNC qui remplissent, à la clôture de l'exercice social, deux (2) des conditions suivantes
sont tenues de designer au moins un (1) commissaire aux comptes :
1°) total du bilan supérieur à deux 250.000.000 de francs CFA ;
2°) chiffre d’affaires annuel supérieur à 500.000.000 de francs CFA ;
3°) effectif permanent du personnel supérieur à 50 personnes.
La société n’est plus tenue de designer un commissaire aux comptes des lors qu’elle n’a pas rempli deux (2)
des conditions fixées ci-dessus pendant les deux (2) exercices précédant l’expiration du mandat du
commissaire aux comptes. Elle peut toutefois être demandée en justice par un ou plusieurs associés détenant,
au moins, le dixième du capital social.

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La SNC peut, en plus des causes de dissolution communes à toutes les sociétés étudiées plus haut, être
dissoute :
-En cas de décès d’un associé, sauf disposition contraire des statuts ;
-Au jour du prononcé d’un jugement de liquidation des biens, de faillite ou des mesures d’incapacité ou
d’interdiction d’exercer une activité commerciale à l’égard d’un associé à moins que les statuts de la société
ne prévoient la continuation, ou que les autres associés ne le décident à l’unanimité ; En cas de continuation
et si l’un ou plusieurs des héritiers ou successeurs de l’associé décédé sont mineurs non émancipés, ceux-ci
ne répondent des dettes sociales qu’à concurrence des parts de la succession de leur auteur. En outre, la
société doit être transformée dans le délai d’un an, à compter du décès, en société en commandite dont le
mineur devient commanditaire ;
-Par la révocation du gérant associé statutaire, sauf disposition contraire des statuts ou si les autres associés
décident unanimement de continuer la société ;
-Par la réunion de toutes les parts sociales entre les mains d’un seul associé.

2 .La société en commandite simple


La société en commandite simple (SCS) est celle dans laquelle coexistent un ou plusieurs associés
indéfiniment et solidairement responsables des dettes sociales dénommés « associés commandités », avec un
ou plusieurs associés responsables des dettes sociales dans la limite de leurs apports dénommés « associés
commanditaires » ou « associés en commandite », et dont le capital est divisé en parts sociales. Comme la
SNC, la SCS est une société dont les membres sont liés par l’intuitu personae.
La SCS présente un avantage non négligeable. Ainsi, un commerçant qui n’a pas de fonds peut bénéficier
des apports de personnes les ayant mais ne pouvant en raison de leur statut professionnel se livrer à des
opérations commerciales.
On trouve dans le régime juridique de cette société la plupart des règles propres aux SNC mais la SCS
présente aussi des particularités que l’on peut retrouver dans sa structure, ses règles de fonctionnement et de
dissolution.
La structure de la société en commandite simple présente deux caractères fondamentaux :
-la dualité des associés : on a d’un côté les commandités indéfiniment et solidairement responsables des
dettes sociales qui doivent avoir la qualité de commerçant (exactement comme les associés de la SNC).
D’un autre côté, on a les commanditaires qui ne répondent des dettes sociales que dans la limite de leurs
apports (leur situation est proche de celle des associés d’une SARL).
-l’application de l’intuitu personae : les associés sont choisis en fonction de leur qualité personnelle. Leurs
droits respectifs sont représentés par des parts sociales/parts d’intérêts qui ne sont pas négociables mais
cessibles avec l’accord unanime des autres associés. Ainsi, les statuts peuvent stipuler que :les parts des
associés commanditaires sont librement cessibles entre associés ; les parts des associés commanditaires
peuvent être cédées à des tiers étrangers à la société avec le consentement de tous les associés commandités
et de la majorité en nombre et en capital des associés commanditaires ; un associé commandité peut céder
une partie de ses parts à un associé commanditaire ou à un tiers étranger à la société avec le consentement de
tous les associés commandités et de la majorité en nombre et en capital des associés commanditaires.
Comme pour la SNC il est exigé une forme pour la cession des parts de la SCS. En tant que cession de

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créance, elle est constatée par un écrit et obéit aux conditions de l’article 1690 du Code civil. Elle n’est
rendue opposable à la société qu’après accomplissement des formalités suivantes :
-signification à la société de la cession par acte d’huissier ;
-acceptation de la cession par la société dans un acte authentique ;
-dépôt d’un original de l’acte de cession au siège social contre remise par le gérant d’une attestation de
dépôt. La cession n’est opposable aux tiers qu’après accomplissement d’une de ces formalités et après
publication de la cession par dépôt de l’acte de cession au RCCM.
La SCS est désignée par une dénomination sociale qui doit être immédiatement précédée ou suivie en
caractères lisibles des mots : « société en commandite simple » ou du sigle : « S.C.S. ». Le nom d’un associé
commanditaire ne peut en aucun cas être incorporé à la dénomination sociale, à défaut de quoi ce dernier
répond indéfiniment et solidairement des dettes sociales.
Sauf clause contraire des statuts, la SCS est gérée par tous les associés commandités. Les statuts peuvent
néanmoins désigner un ou plusieurs gérants parmi les associés ou prévoir qu’ils le seront par un acte
ultérieur. Les associés commanditaires ne peuvent accomplir aucun acte de gestion externe même en vertu
d’une procuration. En cas de violation de cette prohibition, ils seront tenus indéfiniment et solidairement des
dettes sociales avec les associés commandités. Ils ne peuvent donc être gérants à quelque titre que ce soit. Ils
peuvent effectuer des actes de gestion interne.
Les associés de la SCS peuvent se réunir dans les mêmes conditions que dans les SNC. Toutes les décisions
qui excèdent les pouvoirs des gérants sont prises par la collectivité des associés. Les statuts organisent la
prise de décision par la collectivité des associés (quant aux modalités de consultation, en assemblée ou par
consultation écrite, aux quorums, et aux majorités). Toutefois, la réunion d’une assemblée de tous les
associés est de droit, si elle est demandée soit par un associé commandité, soit par le quart en nombre et en
capital des associés commanditaires.
Les associés non gérants ont le droit de contrôle de la gestion. Ils ont notamment le droit, 02 fois par an,
d’obtenir communication des livres et autres documents sociaux et le droit de poser par écrit au gérant des
questions sur la gestion sociale auxquelles il doit également répondre par écrit.

B. Les sociétés de personnes non immatriculées


Nous examinerons tour à tour la société en participation et la société créée de fait et la société de fait.

1. La société en participation
La société en participation est celle dans laquelle les associés conviennent qu’elle ne sera pas immatriculée
au RCCM et qu’elle n’aura pas la personnalité juridique. Elle n’est donc pas soumise à publicité. Il s’agit
donc d’une société occulte.
Dans la pratique, ce type de société est utilisé par les commerçants qui désirent s’associer pour une
opération de courte durée, par les entreprises momentanées ou urgentes. La société est dissoute par les
mêmes causes que celles de la SNC.
Les associés conviennent librement de l’objet, de la durée, des conditions du fonctionnement, des droits des
associés, de la fin de la société en participation sous réserve de ne pas déroger aux règles impératives des
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dispositions communes aux sociétés, exception faite de celles qui sont relatives à la personnalité morale.
La SP est une société commerciale qui n’est pas immatriculée au RCCM, n’a pas la personnalité morale,
n’est soumise à aucune publicité légale et pour laquelle aucune formalité particulière n’est exigée pour sa
constitution. L’existence de la société en participation peut être prouvée par tous moyens.
En raison de son caractère occulte, la société n’est connue en principe que par les participants. Mais, la loi
intervient pour protéger les intérêts de leurs clients.
Entre les participants, les rapports sont déterminés par les statuts s’il en existe. A défaut, ils sont soumis aux
règles relatives à la SNC (article 856, AUDSCGIE). Mais les biens que les participants mettent à la
disposition de la société restent leur propriété. Les associés peuvent convenir de mettre certains biens en
indivision ou que l’un des associés est, à l’égard des tiers, propriétaire de tout ou partie des biens qu’il
acquiert en vue de la réalisation de l’objet social.
Dans ses rapports avec les tiers, chaque associé contracte en son nom personnel et est seul engagé à l’égard
des tiers. Toutefois, si les associés agissent expressément en leur qualité d’associé auprès des tiers, chacun
de ceux qui ont agi est tenu par les engagements des autres.
Les obligations souscrites dans ces conditions les engagent indéfiniment et solidairement. Il en est de même
de l’associé qui, par son immixtion, a laissé croire au cocontractant qu’il entendait s’engager à son égard et
dont il est prouvé que l’engagement a tourné à son profit.

2. La société créée de fait et la société de fait


Il y a société créée de fait lorsque deux ou plusieurs personnes physiques ou morales se comportent comme
des associés sans avoir constitué entre elles l’une des sociétés reconnues par l’Acte uniforme (article 864,
AUDSCGIE). Elle résulte du comportement de personnes qui ont participé ensemble à une œuvre
économique commune dont elles ont partagé le profit et supporté les pertes, et se sont en définitive conduites
comme des associés sans en avoir pleine conscience.
Lorsque deux ou plusieurs personnes physiques ou morales ont constitué entre elles une société reconnue
par l’Acte uniforme mais n’ont pas accompli les formalités légales constitutives ou ont constitué entre elles
une société non reconnue par le présent Acte uniforme, il y a société de fait. C’est le cas lorsque deux ou
plusieurs personnes physiques ou morales ont constitué entre elles une société reconnue par l’Acte uniforme
mais qui comporte un vice de formation non régularisé ou ont constitué entre elles une société non reconnue
par l’Acte uniforme.
Quiconque y ayant un intérêt peut demander à la juridiction compétente du lieu principal de l’activité d’une
société de fait, la reconnaissance de la société de fait entre deux ou plusieurs personnes dont il lui appartient
d’apporter l’identité ou la dénomination sociale.
L’existence d’une société de fait est prouvée par tout moyen. Et lorsque l’existence d’une société de fait est
reconnue par le juge, les règles de la SNC sont applicables aux associés

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