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Processus et gestion de la salinité des sols

Chapter · January 2006

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F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

4. Processus et Gestion de la Salinité des sols


(Serge Marlet, Jean-Olivier Job)

Marlet, S., et J.O. Job, 2006. Processus et gestion de la salinité des sols. In : Tiercelin, J.R.
Traité d’irrigation, seconde édition. Tec & Doc Lavoisier. ISBN-13: 978-2743009106

4.1. Introduction sur les milieux salés


La présence d’éléments minéraux solubles dans les eaux naturelles continentales est la
résultante d’un ensemble de mécanismes d’enrichissement au cours de son parcours à travers
les formations géologiques superficielles. La principale source de sels est issue des formations
sédimentaires d’origine marine au sein desquelles d’importantes quantités de sels solubles
sont mobilisées par les écoulements. Les ions les plus abondants sont conformes à la
composition de l’eau de mer, et les eaux présentent alors généralement un faciès chimique à
dominante chlorurée sodique. La composition des eaux va aussi évoluer en fonction de l’âge
de ces formations suite à un lessivage progressif des éléments les plus solubles, mais aussi de
la présence locale d’évaporites comme le gypse (CaSO4, 2H2O). A contrario, les formations
éruptives ou métamorphiques, notamment celles composant les socles continentaux anciens,
libèrent de faibles quantités de sels solubles. La minéralité des eaux est alors la résultante de
processus d’altération de minéraux primaires libérant de la silice, de l’alcalinité (carbonates
par enrichissement de CO2) et les cations constitutifs de ces minéraux (Na, Ca, Mg
principalement). Les eaux présentent alors un faciès chimique à dominante carbonatée. Le
plus souvent, les eaux naturelles résultent de mélanges et présentent une grande diversité de
compositions.
La répartition des sels dans les milieux continentaux est ensuite la conséquence du
fonctionnement hydrologique et de la capacité du milieu à évacuer les sels vers les zones
avales et in fine vers les océans. L’accumulation locale de sels suppose alors l’existence d’un
mécanisme de concentration lié à l’aridité du climat. C’est donc dans les bassins endoréiques
et sous climat aride que les risques d’accumulation de sels sont les plus élevés. Plus
généralement les sels s’accumulent dans les parties basses des bassins versants où le drainage
naturel est déficient, comme dans les sebkhas d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient. Même
lorsque les cours d’eau ont une puissance suffisante pour drainer les eaux et les sels jusqu’à la
mer, les parties basses des paysages, terrasses alluviales ou autres, peuvent être localement
salées en raison de la présence d’une nappe superficielle. Sous climat aride, les produits
d’altération du substratum peuvent s’accumuler localement et conduire à la genèse de sols
salés. Les formations littorales représentent un cas particulier en raison de la proximité de la
mer et d’apports de sels d’origine atmosphérique (embruns) ; de périodes de submersion par
les marées ou les tempêtes ; de la pénétration souterraine des eaux marines (biseau salé) ; ou
de la présence de terres gagnées sur la mer lors de périodes de transgression ou de
sédimentation (delta...).
Les superficies affectées par la salinité ou la sodicité atteindraient environ 830 millions
d’hectares, soit 6.5% de la superficie des terres émergées. Les continents sont diversement
concernés (tableau 15). Les sols salés1 sont principalement situés dans les zones arides, et leur
proportion est notablement élevée au proche (Egypte, Tunisie) et moyen orient (Iran,
Pakistan, Bangladesh), en Asie central (Ouzbékistan), au nord de la Chine et en Argentine.

1
http://www.fao.org/ag/agl/agll/wrb/wrbmaps/htm/soloncha.htm

1
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

Les sols sodiques2 sont particulièrement étendus en Australie, mais aussi dans certaines
situations spécifiques comme en Hongrie ou en Ouzbékistan. Par comparaison, le
développement d’une salinité liée aux activités humaines ne concernerait que 77 millions
d’hectares ; cet aspect sera développé en 4.2.

Tableau 15
Distribution régionale des sols salés et sols sodiques en million d’hectares (FAO, 2000)1
tableau nouveau

4.2. Mécanismes et processus de la salinisation des sols


4.2.1. Aperçu sur les mécanismes géochimiques associés à la salinisation des sols
La salinisation est un terme générique caractérisant une augmentation progressive de la
concentration des sels dans les sols sous l’influence d’apport d’eau d’irrigation salée, de
l’aridité du climat ou de conditions hydrologiques particulières (lessivage insuffisant,
proximité de la nappe...). Cette concentration de la solution du sol conduit ainsi à la
précipitation successive de minéraux qui modifie sa composition et détermine différentes
voies d’évolution des sols en fonction de l’abondance relative des différents ions majeurs dans
la solution de départ. Ces ions majeurs sont le calcium (Ca2+), le magnésium (Mg2+), le
sodium (Na+), le potassium (K+), le chlorure (Cl-), le sulfate (SO42-) et les carbonates (HCO3-,
CO32-). Les minéraux les plus communs sont la calcite, le gypse et des silicates comme la
sépiolite, contribuant principalement au contrôle du magnésium dans les sols (Appelo et
Postma, 1993). La silice et la précipitation de silice amorphe jouent aussi un rôle déterminant.
Lorsqu’un minéral AB précipite au cours de la concentration de la solution du sol, A et B ne
peuvent augmenter simultanément car le produit de solubilité (Q) : Q = (A).(B) reste constant.
Ainsi, si A>B, A augmente et B diminue ; et inversement, si B>A, B augmente et A diminue.
Quand la calcite précipite (CaCO3), l’alcalinité3 et le calcium ne peuvent augmenter
simultanément. Si le nombre de charge de calcium est supérieur à l’alcalinité, la molarité du
calcium augmente et l’alcalinité diminue. Dans la situation inverse, la molarité en calcium
diminue et l’alcalinité augmente. Ce concept d’alcalinité résiduelle a été généralisé à la
précipitation successive de plusieurs minéraux (Van Beek, et al. 1973 ; Al Droubi et al.
1980). L’alcalinité résiduelle est calculée en soustrayant les charges de cations et en ajoutant
celle d’anions, impliqués dans les précipitations, à l’alcalinité. Elle est le plus souvent
considérée par rapport à la précipitation de calcite et de sépiolite, et correspond alors à la
définition du concept de Residual Sodium Carbonates (RSC) utilisé suite aux travaux de
Eaton (1950) et de Richards(1954).
Alcalinité résiduellecalcite+ sépiolite = RSC = Alcalinité − 2Ca − 2Mg (eq / l )

On distinguera trois voies principales déterminant l’évolution des propriétés des sols sous
l’influence d’une concentration progressive de l’eau d’irrigation (figure 16). Si l’alcalinité
résiduelle appliquée à la précipitation de calcite et sépiolite (ou residual sodium carbonate)
est négative, l’alcalinité diminue tandis que les molarités en calcium et en magnésium
augmentent ; les carbonates jouent un rôle mineur et les sols évoluent selon un pH proche de
la neutralité ; on parlera de voie neutre de la salinisation des sols.
2
http://www.fao.org/ag/agl/agll/wrb/wrbmaps/htm/solonetz.htm
3
L’alcalinité est définie comme la somme des espèces réactives susceptible de neutraliser des protons. Elle s’exprime en eq/l.
Dans les eaux naturelles, les carbonates sont dominants.

2
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

Le gypse précipite ensuite en séquestrant une partie du calcium susceptible de neutraliser


l’alcalinité. On distinguera alors deux processus secondaires en fonction du signe de
l’alcalinité résiduelle appliquée à la précipitation de calcite, de sépiolite et de gypse. Si cette
alcalinité résiduelle est négative, l’alcalinité continue de décroître, les molarités en calcium et
magnésium augmentent tandis que celle du sulfate diminue ; on parlera alors de voie neutre à
dominante chlorurée de la salinisation des sols. Dans le cas contraire, l’alcalinité tend à
augmenter de nouveau, les molarités en calcium et magnésium décroissent tandis que celle du
sulfate augmente ; on parlera de voie neutre à dominante sulfatée de la salinisation des sols
(même si les ions chlorures restent généralement dominants).
Si l’alcalinité résiduelle appliquée à la précipitation de calcite et sépiolite (ou RSC) est
positive, l’alcalinité augmente tandis que les molarités et calcium et magnésium diminuent ;
les carbonates jouent alors un rôle essentiel qui se traduit à une augmentation sensible du pH
des sols. On parlera de voie alcaline de la salinisation des sols, ou d’alcalinisation.
Ces différents processus contribuent à modifier les équilibres entre les cations et doivent être
considérés comme le principal déterminisme de la sodisation des sols. Nous y reviendrons
dans un prochain paragraphe.

Figure 16
Présentation schématique des principales voies de salinisation des sols.
nouvelle figure

Au terme du processus de concentration, d’autres sels plus solubles, notamment ceux


contenant du sodium sous forme de sulfate (Thénardite...), de chlorure (Halite...) ou de
carbonates (Trona, Natron...), peuvent précipiter et se manifestent sous forme d’efflorescences
en surface des sols. L’abondance relative des différentes espèces en solution conditionne la
nature de ces salants de couleur blanche. Sur sol alcalin, la dissolution rapide de minéraux
carbonatés est susceptible d’entraîner une forte augmentation de pH (autour de 10) et la
dissolution de la matière organique ; on parle alors de salants noirs.
4.2.2. Processus et influence de la salinisation des sols
Il existe plusieurs grandeurs permettant de caractériser la teneur en sels solubles dans une eau
d’irrigation ou la solution du sol. La plus complète repose sur la mesure de la quantité des
ions majeurs (Ca2+, Mg2+, Na+, K+, Cl-, SO42- et carbonates). Les espèces azotés, ammonium
(NH4+) et nitrate (NO3-), peuvent aussi être considérées localement en fonction de leur
abondance. Les résultats sont alors exprimés en nombre de charges (Ci, en eq/l ou molc/l) ou
en masse (TDS, Total Dissolved Solid, en g/l) que ce soit pour chacun des sels ou leur
quantité globale.
La salinité d’une eau d’irrigation est plus facilement accessible par la mesure directe de la
conductivité électrique (CEi) à l’aide d’un conductimètre électrique dans des conditions
standard de température (25°C). La conductivité, inverse d’une résistivité (en ohms), a
longtemps été exprimée en mhos (en inversant l’ordre des lettres). Dans le système
international on se réfère désormais au Siemens (S), et à ses subdivisions (milli = m et micro
= µ), pour exprimer une conductivité électrique :
1 dS / m = 1 mS / cm = 1 mmhos / cm = 0.1 S / m = 1000 µS / cm
Certaines relations statistiques ont pu être établies entre ces différentes grandeurs afin de
faciliter les correspondances entre systèmes d’unité, et même si ces relations diffèrent en

3
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

fonction du faciès chimique des eaux considérées. Comme ordre de grandeur pour une eau à
dominante chloruré sodique, nous retiendrons que :
3 dS / m # 2 g / l = 34 mmol NaCl
Dans les sols, les teneurs en sel ou la conductivité électrique doivent être estimées dans des
conditions standard d’humidité. En général, on se réfère à un extrait de pâte saturée (Ce ou
CEe) correspondant à l’humidité de l’échantillon à sa limite de liquidité. Parfois, on utilise
des humidités plus élevées : rapports massiques ou extraits 1:1, 1:2.5 (conditions standard de
mesure du pH d’un sol en suspension), 1:5 ou 1:10. Si la mesure diffère des conditions
standard, elle permet en revanche une mesure directe de CE dans une suspension de sol, et de
s’affranchir d’une procédure fastidieuse d’extraction de la solution du sol par centrifugation
ou dépression. La solution du sol peut aussi être prélevée sur le terrain par l’utilisation de
capteurs comme les bougies poreuses ou les tensionics ; ces techniques ne sont opérantes que
lorsque l’humidité du sol est proche de la capacité au champ et posent problème quant à la
représentativité de la solution prélevée.
Un certain nombre d’autres méthodes indirectes ont été développées plus spécifiquement pour
la mesure rapide (lecture directe) et intégrative (profil de sol et au-delà) de la salinité. Les
méthodes résistimétriques reposent sur l’utilisation de deux jeux d’électrodes : le premier
servant à créer un courant dans le sol et le second utilisé pour mesurer la différence de
potentiel induite proportionnelle à la résistivité électrique moyenne (inverse la conductivité
électrique) du milieu. Les méthodes électromagnétiques reposent sur la création d’un champ
électromagnétique de haute fréquence créé par une spire primaire. Plus le sol est conducteur,
plus les courants induits sont élevés. Ces courants induisent à leur tour un champ
électromagnétique qui est mesuré dans une spire secondaire. Dans les deux cas, l’épaisseur
de sol prospectée, ou plus précisément la participation des horizons profonds à la mesure
globale, augmente avec l’augmentation de l’écartement entre les électrodes ou les spires
primaires. Par ailleurs la conductivité électrique du milieu est affectée non seulement par la
teneur en sels en solution, mais aussi par l’existence de discontinuité dans le milieu en
relation avec la structure du sol et son humidité. Ces méthodes sont couramment utilisées pour
la cartographie et l’étude de la variabilité spatiale de la salinité (Job et al. 1995).
Avec l’apport d’une eau d’irrigation salée, même modérément, la salinité du sol peut
progressivement atteindre des valeurs critiques si les sels accumulés ne sont pas « lessivés »
en dehors de la zone racinaire. Dans les faits cela suppose l’apport de quantités d’eau
excédentaire, pluie (P) et irrigation (I), par rapport aux besoins de la culture,
évapotranspiration (ET), et susceptible d’induire un écoulement, lessivage ou drainage (D),
au-delà de la zone racinaire. A long terme, la quantité de sels accumulée résulte d’un équilibre
entre les sels apportés par l’irrigation (de concentration Ci) et ceux évacués par le lessivage et
le drainage (de concentration assimilé à la concentration de la solution du sol supposée
homogène, Cs). A l’équilibre, ce bilan s’écrit :
D × Cs = I × Ci
et on peut définir la fraction de lessivage (FL%) et le facteur de concentration (FC), tel que :
D Cs 100
FL% = 100 × et FC = =
I Ci FL%
Cette fraction de lessivage suppose la capacité effective à apporter des quantités d’eau
excédentaires, et peut être contrariée par : la présence d’une nappe sub-affleurante qui impose
alors la mise en place d’un système de drainage, la perméabilité des sols et les risques
d’engorgement. On considère généralement que les valeurs maximales de la fraction de

4
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

lessivage (et minimales du facteur de concentration) sont fonction de la texture : 60% (ou
FC=1.7) pour les sols sableux ; 33% (ou FC=3) pour les sols de texture équilibrée (loam) ; et
20% (ou FC=5) pour les sols argileux.
Si ce concept de fraction de lessivage est une base fonctionnelle de l’analyse des processus de
salinisation, la distribution des sels dans le profil n’est pas homogène en fonction de la
profondeur, ni stationnaire en fonction du temps. Le régime hydrologique des sols alterne
entre des périodes de lessivage suite aux pluies ou aux irrigations, et des périodes sèches entre
les irrigations ou les saisons de culture au cours desquelles l’évaporation et les flux d’eau
ascendants dans le profil de sol (remontées capillaires d’intensité variable en fonction des
conditions climatiques, des propriétés des sols et de la profondeur de la nappe) favorisent
l’accumulation des sels à proximité de la surface du sol.
De très nombreuses expérimentations ont été conduites sur la sensibilité ou la tolérance des
principales cultures à la salinité. Une synthèse de ces observations a été réalisée par la FAO
(Ayers et. Westcot 1985) 4. Elle repose sur la définition de plusieurs grandeurs que sont : une
valeur maximale de la salinité permettant d’atteindre le rendement potentiel ; une
décroissance, supposée linéaire, du rendement de 100 à 50% du rendement potentiel en
fonction de niveaux croissants de salinité ; une extrapolation pour la détermination d’une
valeur limite théorique de salinité (rendement nul) ; et, in fine, une classification en 4 grands
groupes de cultures : sensibles, modérément sensibles, modérément tolérantes et tolérantes à
la salinité. Les cultures présentent de plus une sensibilité particulière pendant les premiers
stades de développement (germination, levée, ...).
Au-delà de ces bases expérimentales et empiriques, la tolérance à la salinité résulte en fait
d’un ensemble de mécanismes physiologiques au déterminisme génétique complexe et
d’effets osmotiques, mais aussi ioniques et nutritionnels en interaction (Shannon, 1997 ;
Flowers, 2004 ; Munns, 2005).
A court terme, les effets osmotiques sont prédominants et on pourra définir trois principes
généraux :
1) L’augmentation de la salinité conduit à une diminution du potentiel de l’eau du sol
sous l’influence d’une baisse de son potentiel osmotique. Son effet est d’autant plus
important que le sol s’assèche et que la concentration de la solution du sol augmente.
Ce mécanisme contribue à une diminution de la disponibilité de l’eau du sol pour la
culture qui doit alors fournir un effort plus important pour son prélèvement. La
quantité d’eau utilisable, ou facilement utilisable par la culture est réduite et le stress
osmotique apparaît plus précocement entre deux irrigations.
2) La diminution du potentiel de l’eau s’accompagne d’une baisse du potentiel foliaire de
base (valeur maximale du potentiel foliaire mesurée au lever du jour). La diminution
diurne du potentiel foliaire est accélérée sous l’influence de la salinité. La plante réagit
alors par la fermeture de ses stomates (diminution de la conductance stomatique) dans
le but de limiter ses pertes en eau selon un mécanisme similaire à celui d’un stress
hydrique. On parle de sécheresse physiologique. La fermeture des stomates réduit non
seulement les échanges de vapeur d’eau, mais aussi les échanges de CO2 et la
photosynthèse. Il en découle un effet dépressif sur la production de matière sèche, la
croissance et le rendement.
3) La tolérance de la culture dépend de phénomènes d’ajustement osmotique interne
permettant de maintenir les prélèvements d’eau et la turgescence des tissus.

4
http://www.fao.org/DOCREP/003/T0234E/T0234E00.htm)

5
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A plus long terme, les effets résultent de l’accumulation d’un excès d’ion dans la plante. La
tolérance de la culture dépend alors de différents mécanismes de sélectivité membranaires
pour le passage des ions, d’accumulation ou de séquestration de ces ions dans certains
compartiments (vacuoles...). L’accumulation préférentielle de certains ions comme Na+ ou Cl-
peut aussi induire à des déficiences pour l’alimentation minérales des cultures en certains
éléments minéraux comme K+, Ca2+ ou NO3- (Hu et Schmidhalter, 2005).
En guide de synthèse, nous retiendrons que la gestion de la salinité résulte de la capacité à
maintenir des conditions favorables au développement de la culture en fonction de trois
déterminants principaux : la salinité des eaux d’irrigation, la conduite de l’irrigation et du
drainage afin de « lessiver » les sels excédentaires, et la sensibilité ou tolérance de la culture à
la salinité (figure 17).

Figure 17
Effet de la salinité des eaux d’irrigation (ECw) sur la salinité dans la zone racinaire (ECe)
pour différentes fractions de lessivage (LF) et sensibilité des cultures à la salinité Source
: FAO, Bulletin d’irrigation et drainage 29 rev. 1 (Ayers et Westcot, 1985)
nouvelle figure

4.2.3. Processus et influence de l’alcalinisation des sols


Comme indiqué précédemment l’alcalinisation des sols est déterminée par la qualité des eaux
d’irrigation, caractérisée par une alcalinité résiduelle (ou Residual Sodium Carbonate)
positive. Dans la plupart des cas, ces eaux sont peu minéralisées de sorte que les risques de
dégradation sont parfois sous-estimés. Le fonctionnement hydrologique et le lessivage des
sels excédentaires restent, comme pour les sols salés, une nécessité pour prévenir la
dégradation des sols.
Parmi les grandeurs mesurables, l’abondance de carbonates (ou une valeur élevée de
l’alcalinité) est un indicateur essentiel de l’avancement du processus d’alcalinisation. Dans la
gamme de pH couramment observée (7 à 9), l’alcalinité est essentiellement présente sous
forme bicarbonatée (HCO3-). Elle est couramment mesurée par titration selon la méthode de
Gran.
L’indicateur le plus accessible reste la mesure du pH du sol dont l’interprétation doit
cependant faire l’objet de précautions particulières. Dans une solution carbonatée, le pH est
étroitement lié à l’alcalinité et à la pression en gaz carbonique par un ensemble d’équilibres
que nous simplifierons de la façon suivante dans la gamme de pH couramment observée :

[ ][
CO2( g ) + H 2 O ↔ H + + HCO3 , K = H + HCO3

] pCO 2 = 10 −7.8 , ou :
[ −
]
pH = 7.8 + log HCO3 − log( pCO2 )
Ainsi, les valeurs de pH mesurées varieront-elles en fonction de la pression partielle en gaz
carbonique dans la solution du sol. Au laboratoire, la pression partielle en CO2 des
suspensions est proche d’un équilibre avec l’atmosphère [pCO2=10-3.5] et le pH de sols
alcalins atteint facilement des valeurs élevées, proche de 9.0. Dans les sols cultivés exondés,
la pCO2 est sensiblement plus élevée [pCO2#10-2.5], et le pH des sols mesuré in situ dépasse
rarement 8.5. Dans les sols submergés (sols rizicoles), la pCO2 peut atteindre de l’ordre de
100 fois sa valeur dans l’atmosphère [pCO2#10-1.5] et le pH in situ des sols alcalins varie alors
dans une fourchette de 7 à 8. La pCO2, sous l’influence antagoniste de l’activité biologique

6
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

dans les sols et de sa diffusion vers l’atmosphère, joue donc un rôle déterminant dans
l’expression de l’alcalinité. On observe parfois une différence de près de 2 unités pH entre sa
mesure in situ et au laboratoire ! Ce phénomène reste vrai pour les différents types de sols
salés, même si les différences observées sont de moindre importance. Notons aussi que dans
un milieu fermé, la dissolution de carbonates (calcite, mais aussi natron, trona, ...) conduit à
une consommation de CO2 avec comme conséquence une élévation potentielle du pH jusqu’à
une valeur théorique de 10.7. Ce type de mécanisme est à l’origine d’une augmentation
transitoire du pH conduisant à la dissolution de matières organiques et l’apparition de salants
noirs.
L’élévation du pH in situ s’accompagne de profonds déséquilibres dans la solution du sol en
raison de la faible solubilité, de la forte adsorption ou de la complexation de certains éléments
minéraux. Ces mécanismes sont principalement susceptibles d’affecter la disponibilité de Ca,
Zn, P, Fe et Mn (Kopittke et Menzies, 2005), parfois conjugué avec l’effet de certains
antagonismes comme Na.vs.Ca ou Mg.vs.Ca (Kopittke et Menzies 2005). Le pH peut aussi
inhiber la croissance racinaire en raison d’une toxicité de OH- (effet direct) ou HCO3- (effet
indirect), et secondairement l’alimentation hydrique et minérale de la culture. L’alimentation
azotée peut enfin être affectée en raison de pertes accrues par volatilisation suite à l’apport de
fertilisants sous forme d’urée ou d’ammonium.
4.2.4. Processus et influence de la sodisation des sols
La sodisation correspond à une augmentation progressive de la quantité de sodium adsorbé
sur le complexe d’échange cationique (Exchangeable Sodium Percentage, ESP). L’existence
de charges négatives en surface des particules de sol conduit à une attraction des cations (et
une répulsion des anions) au sein de sa zone d’influence, appelée couche diffuse. Cet excès de
cations qualifie la notion de complexe d’échange cationique. La Capacité d’Echange
Cationique (CEC) et la composition cationique du complexe d’échange peuvent être mesurés
par différentes méthodes d’extraction réalisées au laboratoire. En milieu neutre ou alcalin, les
ions H+ et Al3+ ne sont présents qu’en quantité négligeable, et l’affinité des cations vis-à-vis
du complexe absorbant se classe de la manière suivante : Ca2+>Mg2+»K+>Na+, de sorte que le
calcium et le magnésium sont généralement prédominants. La sodisation résulte de
modifications intervenues dans la composition de la solution du sol avec laquelle le complexe
d’échange cationique est en équilibre. Elle fait notamment suite à la précipitation de Calcite et
de Sépiolite qui contrôle précocement les teneurs en calcium et le magnésium dont la part
relative diminue au profit du sodium dans la solution du sol.
Suite aux travaux fondateurs de (Vanselow, 1932 ; Gapon, 1933 ; Argesinger et al., 1950 et
Gaines et Thomas, 1953), différentes formulations du coefficient de sélectivité ont été
développées pour décrire l’équilibre binaire d’échange entre deux cations. Les lecteurs
pourront se référer à Appelo et Postma (1993) et Rieu et al.(1991) pour de plus amples
informations. Par analogie avec le coefficient de sélectivité de Gapon, la notion de SAR
(Sodium Adsorption Ratio) a été développée pour décrire empiriquement le déséquilibre entre
les cations divalents (Calcium et Magnésium) et la Sodium, avant d’être proposé pour évaluer
la qualité des eaux d’irrigation vis-à-vis du risque de sodisation (Richards,. 1954). Nous
reviendrons ultérieurement sur les limites de cet indicateur.

SAR = [ Na + ] ([Ca 2+ ] + [ Mg 2+ ]) 2
On distingue principalement deux types de force appliqués aux particules argileuses en
suspension : des forces de répulsion de caractère coulombien qui diminuent à mesure que la
couche diffuse se contracte ; et des forces d’attraction de Van der Walls, représentant la
somme des énergies d’attraction entre particules voisines. Lorsque l’épaisseur de la couche

7
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

diffuse diminue de sorte que les forces d’attraction deviennent supérieures aux forces de
répulsion, la floculation des particules est alors favorisée. L’épaisseur de la couche diffuse
diminue avec l’augmentation de la concentration de la solution et lorsque la valence des
cations adsorbés est élevée (mais aussi en fonction du volume de l’ion hydraté). Par ordre
croissant de sensibilité à la floculation (mais aussi par ordre décroissant de sensibilité au
gonflement des argiles de type 2/1 suite à l’insertion de cations dans les espaces inter-
foliaires), on a : Na+>K+>Mg2+>Ca2+. Ainsi, le bilan de ces forces fait apparaître un seuil de
concentration de la solution du sol, qualifié de seuil critique de floculation, dont la valeur
augmente avec la proportion de sodium dans la couche diffuse.
Dans les sols, les particules sont généralement floculées, ou agrégés, et procure aux agrégats
une bonne stabilité structurale. Avec l’augmentation de l’ESP, les agrégats deviennent
potentiellement instables et les propriétés physiques des sols sont susceptibles de se dégrader.
Les mécanismes impliqués sont en fait de trois ordres : 1) dispersion des particules au contact
avec une eau peu salée ; 2) gonflement des argiles de type 2/1 par hydratation des espaces
inter foliaires lorsqu’elles sont saturées en eau ; 3) éclatement des agrégats en raison d’une
intrusion rapide d’eau douce sous l’effet du gradient osmotique. Cette dégradation se
manifeste : à court terme par une baisse de perméabilité des sols à l’état humide et la
formation d’une croûte superficielle à l’état sec ; et à plus long terme par une augmentation de
la densité apparente et de la compacité, une diminution de la porosité (et de la conductivité
hydraulique) et le développement de conditions anoxiques. La valeur seuil de l’ESP de 15%
initialement proposée (Richards, 1954) est aujourd’hui remise en cause par de nombreux
travaux (e.g. (Crescimanno et al., 1995)) qui observent l’existence de phénomènes de
dégradation pour de faibles valeurs de l’ESP (2 à 5%) et une évolution continue des propriétés
physiques sans effet de seuil notable à cette échelle macroscopique.
Si ces phénomènes de dégradation sont progressifs, ils sont aussi peu réversibles en raison
d’un fort pouvoir tampon du complexe d’échange cationique et de la diminution consécutive
de la perméabilité des sols qui limite les possibilités de lessivage. L’efficacité du lessivage
peut être améliorée grâce à différentes interventions complémentaires, comme : des apports de
calcium sous forme de gypse, CaCl2, soufre ou acide sulfurique (qui agit indirectement par
dissolution de la calcite), des interventions physiques (sous-solage, drainage enterré...) ; ou
des méthodes biologiques (cultures améliorantes et tolérantes à l’engorgement). En toute
hypothèse, la prévention de la dégradation est essentielle.
Il n’existe pas d’effet direct de la sodicité sur les cultures, mais des effets indirects de la
dégradation des propriétés physiques des sols sur la respiration, la croissance racinaire, les
conditions d’alimentation hydrique et minérale... La tolérance des cultures est en fait liée à
leur capacité d’adaptation à des sols compacts et à l’asphyxie racinaire.
4.2.5. Modélisation
De nombreux modèles ont été développés pour décrire les mécanismes impliquées lors du
processus de salinisation (e.g. (Simunek et Suarez, 1994 ;Hutson et. Wagenet 1995 ;Ragab,
2002)). A des niveaux de complexité variables, ils intègrent deux familles de mécanismes
liés : au transfert de l’eau et des solutés, d’une part, et aux mécanismes géochimiques de
précipitation (et dissolution) de minéraux et d’échanges de cations, d’autre part. On se
limitera ici à une présentation succincte du modèle IRRICHEM (figure 18). Le modèle
IRRICHEM (Marlet et al.,1998 ; Condom et al., 2002) est dérivé du modèle PASTIS (Lafolie,
1991) pour la simulation des transferts d’eau en milieu non saturé à partir de l’équation de
Richards, et du transport des solutés à partir de l’équation de convection dispersion. Les
mécanismes géochimiques d’interaction entre le sol et la solution sont dérivés du modèle
GYPSOL (Vallès et. Bourgeat, 1988) pour la simulation de la spéciation des ions majeurs, la

8
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

précipitation ou dissolution de quelques minéraux et les échanges de cation. Les modèles sont
couplés par l’introduction de terme source dans l’équation de convection-dispersion et une
procédure numérique est mise en œuvre pour assurer la convergence de la solution liée à la
résolution d’un système d’équations non linéaires.

Figure 18.
Présentation schématique du modèle IRRICHEM
figure nouvelle

De tels modèles représentent de bons outils de formalisation des connaissances mais leur
fonctionnalité reste limitée en raison du très grand nombre de variables et paramètres requis.
Aussi des modèles plus simples et fonctionnels leur sont-ils souvent préférés. C’est
notamment le cas du modèle IRRICHEM dont le module géochimique a été couplé à un
simple modèle capacitif de bilan des eaux et des sels, susceptible de simuler les tendances
évolutives liées à la qualité des eaux ou aux performances globales des irrigations.
Les résultats présentés par la suite à titre d’exemple sont issus d’un travail réalisé au Pakistan
en collaboration avec l’IWMI (Marlet, 1997) et permettent d’illustrer les conséquences
attendues de l’utilisation des principaux types d’eau d’irrigation en fonction de leur alcalinité
résiduelle (tableau 16).

Tableau 16.
Exemple de composition d’eau d’irrigation au Pakistan
tableau nouveau

La concentration progressive des différentes qualités d’eau issues du canal d’irrigation (figure
19a), du forage n°1 (figure 19b) et du forage n°2 (figure 19c) a été simulée en équilibre avec
la calcite, la sépiolite, la silice amorphe et le complexe d’échange cationique dont la
composition initiale a été calculée en équilibre avec les eaux du canal d’irrigation. Nous avons
considéré une profondeur de sol de 1 mètre, une masse volumique apparente de 1.5 kg/dm3,
un apport annuel de 15000 m3.ha-1 d’eau d’irrigation, une CEC de 100 mmolc.kg-1, une pCO2
de 10-2.5 atm et une fraction de lessivage nulle. Les résultats sont commentés en référence au
concept d’alcalinité résiduelle.
Figure 19a. figure nouvelle
Simulation de la concentration de l’eau du Canal (tableau 16) avec le modèle IRRICHEM
Les eaux du canal sont caractérisées par une alcalinité résiduelle négative suite à la
précipitation précoce de calcite et sépiolite (tab. 2). Conformément au concept d’alcalinité
résiduelle, l’alcalinité diminue tandis que les concentrations molaires (molarités) en calcium
et magnésium augmentent. Suite à la précipitation de gypse, l’alcalinité résiduelle demeure
négative (tab. 2) et les tendances évolutives sont seulement affectées par une diminution de la
molarité en sulfate. L’adsorption de sodium associé à la désorption de calcium est très lente
en raison d’une augmentation très progressive du ratio entre le sodium et les cations
divalents (calcium, magnésium). Ces évolutions sont symptomatiques de la voie neutre de la
salinisation et conduisent à une prédominance de chlorure, de sodium, de calcium et
magnésium à l’issue du processus de concentration.

9
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

Figure 19b. figure nouvelle


Simulation de la concentration de l’eau du forage n°1 (tableau 16) avec le modèle
IRRICHEM
Les eaux du forage n°1 sont caractérisées par une alcalinité résiduelle négative (tab. 2) et les
évolutions simulées sont dans un premier temps similaire à celle des eaux du canal
d’irrigation. Suite à la précipitation précoce de gypse, l’alcalinité résiduelle devient positive :
l’alcalinité croît légèrement, tandis que les molarités en calcium et magnésium se stabilisent,
et que la molarité en sulfate augmente légèrement. L’accentuation du déséquilibre entre le
sodium et les cations divalents favorisent l’adsorption du sodium sur le complexe d’échange
cationique. Ces évolutions sont symptomatiques de la voie neutre à dominante sulfatée de la
salinisation et conduisent à une prédominance de chlorure, de sulfate et de sodium à l’issue
du processus de concentration.

Figure 19c. figure nouvelle


Simulation de la concentration de l’eau du forage n°2 (tableau 16) avec le modèle
IRRICHEM
Les eaux du forage n°2 sont caractérisées par une alcalinité résiduelle positive (tab. 2). La
tendance à l’augmentation de l’alcalinité est partiellement contrariée par une adsorption très
rapide du sodium, et une désorption concomitante de calcium et de magnésium qui
neutralisent l’alcalinité au travers la précipitation de calcite et de sépiolite. Ces évolutions
sont symptomatiques de la voie alcaline de la salinisation (alcalinisation) et conduisent à une
prédominance de chlorure, de sulfate, de sodium et d’alcalinité à l’issue du processus de
concentration.
4.2.6. Evaluation de la qualité des eaux
Les risques de salinisation et sodisation des sols sont couramment évaluées à partir de la
conductivité électrique et du SAR (Richards, 1954)5. La qualité des eaux d’irrigation est
généralement subdivisé en 4 classes de risque de salinisation des sols : CE < 0.25 dS/m (S1,
risque faible) ; 0.25 < CE < 0.75 dS/m (S2, risque modéré) ; 0.75 < CE < 2.25 dS/m (S3,
risque élevé) ; et CE > 2.25 dS/m (S4, risque très élevé). Le SAR est conjointement subdivisé
en 4 classes de valeurs en fonction de la CE. Si cette classification est opérante pour beaucoup
de qualités d’eau d’irrigation à dominante chlorurée et caractérisées une valeur négative de
l’alcalinité résiduelle, elle minimise souvent les risques de sodisation et d’alcalinisation liées à
l’utilisation d’eau à dominante bicarbonatée ou sulfatée et caractérisées par une valeur
positive de l’alcalinité résiduelle. En d’autres termes, on cherchera d’abord à déterminer
l’alcalinité résiduelle des eaux d’irrigation et leur classification dans l’une des trois grandes
familles de processus présentés en fig.1.
• Pour les eaux de type 1 (alcalinité résiduelle négative), le risque principal est celui
d’une salinisation des sols et le critère déterminant est leur conductivité électrique. La
sodisation accompagne généralement cette salinisation en fonction du déséquilibre
entre Na et Ca+Mg, bien représenté par le SAR ; mais le risque de dégradation des
sols est faible dans la mesure où la sodisation est progressive et la salinité alors
suffisamment élevée pour assurer la stabilité structurale des sols ;
• Pour les eaux de type 2 (alcalinité résiduelle devenant positive suite à la précipitation
de gypse), le risque principal est celui de la dégradation des propriétés physiques des

5
http://www.ars.usda.gov/SP2UserFiles/Place/53102000/hb60_pdf/Hb60ch5.pdf

10
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

sols suite à une sodisation rapide que le SAR ne caractérise qu’imparfaitement. On


pourra secondairement relever un risque de salinisation en fonction de la conductivité
électrique des eaux d’irrigation ;
• Pour les eaux de type 3 (alcalinité résiduelle positive), il existe un risque majeur
d’alcalinisation et de dégradation des propriétés physiques des sols par sodisation dont
ne rend pas compte le SAR des eaux d’irrigation. Le risque de salinisation est
secondaire, voire négligeable dans la mesure où ces eaux sont généralement peu
salées.
Mieux, on pourra avoir recours à la modélisation pour prévoir les tendances évolutives des
sols en fonction de la qualité des eaux, des propriétés des sols, et de différentes hypothèses de
conduite de l’irrigation et du drainage.
4.2.7. Processus d’oxydoréduction
Dans les sols submergés de façon permanente ou temporaire, les processus d’oxydoréduction
peuvent jouer un rôle déterminant dans la genèse ou l’expression de l’acidité ou de l’alcalinité
des sols. Nous évoquerons ici deux situations particulières : la première est liée aux sols
sulfatés acides dans les mangroves ; et la seconde aux évolutions de l’alcalinité dans les
systèmes de riziculture irriguée.
La mangrove est un groupement de végétaux principalement ligneux (palétuviers...) qui se
développent dans la zone de balancement des marées (estran) des côtes basses des régions
tropicales. On trouve aussi des marais à mangroves à l'embouchure de certains fleuves. Ces
formations couvrent plusieurs centaines de milliers de km2 en Afrique, en Amérique, en Asie
et en Océanie. La formation des sols sulfatés acides correspond à un double processus de
réduction du fer (principalement issu du milieu continental) et du sulfate (principalement issu
de l’eau de mer). Ces réductions sont activées par certaines bactéries spécifiques comme
Sporovibrio desulfuricans pour la réduction des sulfates en ions sulfures, et produisent de
l’alcalinité qui est évacuée au rythme des marées. Les sulfures se combinent au fer pour
former différents types de minéraux sulfurés, voire de la Pyrite. Ce n’est que lorsque ces
milieux sont exondés, dans les conditions naturelles ou suite à leur aménagement, que la
réoxydation des sulfures va provoquer une forte acidité et une décroissance du pH qui peut
atteindre la valeur de 2.5. La mise en valeur de ces sols se heurte à une double obligation de
drainage pour lutter contre la salinité, et de maintien de conditions réductrices pour lutter
contre l’acidité. Certains sols sulfatés acides peuvent aussi être observé en milieu continental
lorsque les conditions le permettent.
En riziculture irriguée sous submersion, la réduction du Fer va provoquer une production
d’alcalinité dans la solution du sol qui peut ensuite diffuser vers la lame d’eau superficielle et
être évacué par le système de drainage. Suite à la vidange des casiers rizicoles, la réoxydation
du Fer va produire de l’acidité et neutraliser l’alcalinité dans la solution du sol (Dicko et al.,
2002). La riziculture irriguée par submersion apparaît particulièrement adaptée à la mise en
valeur des sols alcalins pour sa double influence sur la désalcalinisation et sur l’augmentation
de la pCO2 permettant de maintenir le pH des sols à des valeurs modérées.
4.2.8. Les sols salsodiques
Le terme générique salsodique (salt-affected soil6) a été retenu dans le Référentiel
Pédologique français mais ne figure pas dans la World Reference Base (WRB) for soil
resource7 qui distingue Solonchak8 et Solonetz9.

6
http://www.fao.org/ag/agl/agll/prosoil/salt.htm
7
http://www.fao.org/ag/agl/agll/wrb/

11
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

Les sols salés font principalement partie des solonchaks. Ils se définissent par la présence
d’un horizon salique qui peut être caractérisés lorsqu’il contient une quantité de sels solubles
supérieure à la solubilité du gypse (CaSO4, 2H2O; log K = -4.85 à 25°C), proche de 2 g/l.
Certains autres indicateurs peuvent être utilisés comme la présence d’une végétation
halophyte ou d’efflorescences.
Les sols sodiques font principalement partie des solonetzs. Ils se définissent par la présence
d’un horizon natrique qui peut être caractérisé par sa compacité en relation avec une ESP
localement supérieure à 15%. Il peut aussi être caractérisé par une faible stabilité structurale,
une faible perméabilité en conditions humides, une structure columnaire, prismatique ou
massive (en fonction de sa texture) et certains traits micromorphologiques particuliers
(présence de cutanes, structure orientée du plasma, ...).
Dans les faits, ces deux caractères salés et sodiques sont souvent confondus et certains auteurs
comme Richards (1954) distinguent trois classes de sol plus cohérentes avec la nature des
processus et leurs impacts. Les sols salés (saline soils) sont caractérisés par une salinité élevée
(CEe supérieure à 4 dS.m-1) et une sodicité modérée (ESP inférieur à 15%). Les sols salés et
sodiques (saline-alkali soils) sont caractérisés par une salinité et une sodicité élevées (CEe
supérieure à 4 dS.m-1 et ESP supérieur à 15%). Les sols non salés et sodiques (nonsaline-
alkali soils) sont caractérisés par une salinité modérée (CEe supérieure à 4 dS.m-1) et une
sodicité élevée (ESP supérieur à 15%). Ces sols au pH couramment élevé, de 8.5 à 10, sont
aussi appelés black alkali soils en référence à l’apparition de salants noirs. Résultant d’un
processus d’alcalinisation, nous les appellerons aussi des sols alcalins.
4.3. Gestion de la salinité dans les périmètres irrigués
4.3.1. Le contexte général de l’irrigation, du drainage et de la salinisation des terres
Les tendances récentes ont été marquées par un développement rapide des superficies
équipées pour l’irrigation (tableau 17). Elles sont passées d’environ 8 millions d’hectares en
1800, à 40 millions en 1900, ont dépassés les 100 millions d’hectares dans les années 50 pour
atteindre prés de 300 millions d’hectares aujourd’hui. Avec 18% des superficies cultivées,
l’irrigation produit environ 40% de l’alimentation mondiale (Schultz, 2001). Cependant, le
rythme d’accroissement des superficies s’est progressivement réduit d’un rythme annuel de
2% dans les années 60 et 70, diminuant à 1.6% à partir des années 80 puis à environ 1.4%
aujourd’hui (Davis et Hirji, 2003) ; il ne compense plus l’augmentation de la population
mondiale depuis 1978. Cette tendance est liée à une nette réduction des investissements,
combinée localement avec un empiétement du développement urbain, une moindre
disponibilité en eau ou un développement de la salinité. Ces tendances mondiales doivent être
nuancées en fonction des zones géographiques entre lesquelles existent de fortes disparités
(tableau 17)10.

Tableau 17.
Evolution des superficies irriguées par rapport à la population (d’après FAO-
AQUASTAT1, 2005 et (Rhoades, 1997)
tableau nouveau

8
http://www.fao.org/ag/agl/agll/drylands/solonchaks.htm
9
http://www.fao.org/ag/agl/agll/drylands/solonetz.htm
10
Voir également les aspects historiques au Ch. X, 7. et d’autres données statistiques au Ch. X, 3.

12
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

Ces extensions ont aussi entraîné un développement du drainage qui couvre environ 50
millions d’hectares de terres irriguées pour combattre l’engorgement et la salinité des sols
(Smedema, 2002). Les superficies drainées contribueraient pour 10 à 15% de la production
alimentaire mondiale. L’exploitation des eaux souterraines par les agriculteurs a crû très
rapidement au cours des dernières décennies en raison d’une plus grande sécurité et flexibilité
pour l’accès à la ressource en eau, mais aussi de progrès technologiques et d’aides financières
accordées par les gouvernements pour les investissements ou l’énergie. On considère
aujourd’hui qu’environ 175 millions d’hectares sont irrigués à partir d’eau de surface et 95
millions d’hectares à partir des eaux souterraines. Dans les aménagements collectifs,
l’utilisation de ces deux ressources est souvent conjuguée. Cela a conduit à une
surexploitation de la ressource dans de nombreuses régions arides et environ 10% de la
production alimentaire mondiale dépend aujourd’hui de ressources en eau non renouvelables
(Davis et Hirji 2003).
Les terres irriguées affectées par la salinité s’élèvent à environ 77 millions d’hectares. Cette
salinisation secondaire ou anthropique représente moins de 10% des sols salsodiques
mondiaux, ou encore près de 28% des terres irriguées dont 15% sévèrement ou très
sévèrement (tableau 18). On considère qu’environ 50% des systèmes d’irrigation sont
menacés à des degrés divers. Dans de nombreuses situations, la salinité résulte de la
mobilisation de sels fossiles contenus dans les sols ou les aquifères, et de leur redistribution et
accumulation dans des zones au drainage déficient (Smedema et Shiati, 2002). Les
évaluations des terres affectées par la salinité sont extrêmement diverses témoignant de réelles
difficultés à évaluer des processus d’intensité et d’extension variable. (Szabolcs, 1989).
Szabolcs (1994) avance que 40 à 50% des terres irriguées sont affectés à des degrés divers,
dont 23% par la salinité et 37% par la sodicité. Les principaux systèmes d’irrigation affectées
par la salinité ont été passées en revue par (Ghassemi et al., 1995)

Tableau 18.
Distribution régionale de la salinité anthropique ou secondaire en millions d’hectares
(d’après FAO, 20001)
tableau nouveau

Ces évolutions ne sont pas nouvelles et l’histoire révèle que certaines sociétés basées sur
l’agriculture irriguée ont échoué ou ont été confrontés à d’importantes difficultés liées à une
augmentation excessive de la salinité des sols.
Perspective historique de la salinité des terres irriguées (Umali, 1993).
La Mésopotamie, aujourd’hui l’Irak, a souffert de la salinisation des sols entre 2400 et 1700
BC. Le problème tire son origine d’une dispute entre les cités sumériennes d’Umma et Girsu
concernant les droits relatifs à l’utilisation des eaux et des terres. Les dysfonctionnements qui
en résultèrent conduisirent à une élévation de la nappe et une salinité excessive des sols,
provoquant un abandon des terres et un déplacement des populations. Malgré près de 5000
ans d’expérience, cette société finit par décliner. Après 2000 ans d’irrigation dans la vallée de
l’Indus par la civilisation Harappa, ce n’est que dans les 150 dernières années que des
problèmes d’engorgement et de salinité sont apparus avec l’extension considérable des
superficies aménagées. De façon similaire, la mise en œuvre de nouveaux moyens d’arrosage
dans le delta du Nil aura conduit aux points limites de la salinisation suite à une remontée de
la nappe phréatique en deux périodes, de 1890 à 1915 et de 1965 à 1985 (Ruf, 1995). Les
habitants de la vallée du Viru sur la côte du Pérou ont développé un système d’irrigation de

13
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

400 BC à 30 AD. La population a atteint son apogée à partir de 800 AD, puis décliné
fortement à partir de 1200 AD avec le déplacement des implantations du fond des vallées vers
les parties amonts plus étroites, partiellement attribué par les historiens à une élévation de la
nappe et une augmentation de la salinité des terres. Les indiens Hohokam situés dans
l’Arizona vécurent parallèlement une histoire similaire avant la disparition de toute trace de
civilisation à partir de 1450AD.
Avec le développement considérable de l’irrigation et du drainage dans la période
contemporaine, la salinisation des terres (mais aussi localement la surexploitation des
ressources en eau) est devenu une contrainte majeure pour la viabilité et la durabilité de
nombreux systèmes d’irrigation (Postel, 1999).
Si la salinisation est la résultante de divers processus complexes de redistribution des sels
sous l’influence de l’irrigation et du drainage (Marlet et al., 2005), les tendances évolutives
apparaissent similaires dans de nombreux grands périmètres irrigués (fig.5) (Zimmer, 2002).
(1) Dans une phase initiale d’extension des superficies, la disponibilité en eau est
généralement suffisante. L’irrigation conduit à une remontée de la nappe provoquant
l’apparition de contraintes nouvelles liées à l’engorgement et, à plus long terme, à la
salinité des sols (twin menace). Les pertes dans les canaux ou les réservoirs y
contribuent souvent de façon déterminante. Les exploitants situés dans les parties
basses des aménagements, à l’aval des réservoirs ou le long des canaux d’irrigation
sont particulièrement vulnérables.
(2) Elle se poursuit le plus souvent par la mise en œuvre de programmes de drainage dont
l’objectif est de contrôler la profondeur de la nappe et d’évacuer les sels
excédentaires apportés par la nappe ou les eaux d’irrigation. Le drainage par fossé ou
par réseau de drains enterrés est progressivement adapté aux évolutions des systèmes
irrigués et à l’intensité des contraintes liées à l’excès d’eau et à l’engorgement. Alors
que le drainage est susceptible d’évacuer les eaux et sels en excès, le rejet des eaux de
drainage peut induire de sérieux impacts environnementaux sur les zones situées en
aval (Marlet et al., 2005).
(3) Avec la raréfaction des ressources en eau de surface de bonne qualité, la mobilisation
de ressources en eau additionnelles devient nécessaire. Elle apparaît comme la
conséquence de situations variées associant un accroissement de la demande
(accroissement des superficies irriguées, augmentation de l’intensité culturale...) et
une réduction de l’offre (dégradation du climat, concurrence des besoins urbains ou
industriels...). L’utilisation accrue des ressources en eau souterraine prend la forme
d’un développement, généralement anarchique, de puits et forages par les
agriculteurs, parfois aussi par la mobilisation de ressources en eau marginales : eaux
de drainage, eaux usées... Les problèmes d’engorgement et de pénurie d’eau sont
temporairement résolus, mais la tendance est cependant souvent marquée par une
baisse préoccupante du niveau des nappes. Le système conduit à un recyclage
continue des eaux qui favorise l’accroissement de la salinité, de l’alcalinité ou de la
sodicité des sols, et ce d’autant plus que les eaux souterraines apparaissent localement
de mauvaise qualité (figure 20).
Figure 20
Tendances à l’évolution de la nappe et de la salinité dans les grands systèmes
d’irrigation
figure nouvelle

14
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

En raison de ressources en eau limitées, l’accent doit aujourd’hui être placé sur l’amélioration
de l’efficience des ressources exploitables, y compris les eaux non conventionnelles, mais
aussi sur la préservation ou l’amélioration de la productivité des terres irriguées (Rhoades,
1997 ; Rijsberman, 2006).
4.3.2. Gestion de la salinité
Il n’existe pas une voie unique pour le contrôle de la salinité, mais un ensemble de pratiques
agronomiques, hydrauliques, managériales, pouvant être combinées en fonction des
circonstances. Aussi définirons-nous la gestion de la salinité comme l’intégration de cet
ensemble d’interventions mises en œuvre par les différents acteurs du système face aux
contraintes de salinité. Nous ne différencierons pas ici les stratégies de prévention de la
dégradation et de restauration de la qualité des sols qui répondent pour l’essentiel à un même
besoin de contrôle de la salinité. Si les problèmes techniques conduisant au développement
de la salinité sont bien connus : faible efficience de l’eau à la parcelle, modalités
inappropriées de construction, d’exploitation et de maintenance des aménagements
d’irrigation et de drainage...Beaucoup de ces problèmes sont aussi déterminés par les
politiques publiques (Kijne et al.,1998).
Une condition préalable porte sur la réalisation d’investigations permettant de comprendre la
nature des processus, de façon à identifier les causes et les déterminants sur lesquels il semble
possible d’agir. Ces mesures devront faire la part entre la reconnaissance des processus
naturels de redistribution et concentration des sels opérant à l’échelle du système hydraulique,
et ceux opérant à l’échelle de la parcelle sur la dégradation des propriétés des sols et leur
impact sur la production agricole (Rhoades, 1997). D’une façon générale, la gestion de la
salinité restera fortement dépendante de la disponibilité de la ressource en eau, des conditions
climatiques, des systèmes de culture en place et des conditions socio-économiques locales.
Beaucoup des solutions proposées ne diffèrent pas sensiblement de celles relevant d’une
gestion efficace de l’irrigation en l’absence de contraintes spécifiques de salinité (figure 21).

Figure 21.
Représentation schématique des différentes catégories d’acteurs et options de gestion
figure nouvelle

4.3.3. Options agronomiques de gestion de la salinité


Elles sont principalement mises en œuvre par les agriculteurs à l’échelle de leurs parcelles et
de leur exploitation.
La première condition nécessaire au contrôle de la salinité est l’apport de volumes d’eau
excédentaires, pluie ou irrigation, permettant de lessiver les sels au-delà de la zone racinaire.
Une fraction de lessivage de l’ordre de 10 à 20% est le plus souvent suffisante. Dans le même
temps, la salinité va imposer une fréquence d’irrigation plus élevée avant l’apparition d’un
stress osmotique. L’application de ces principes reste dépendante de la technique d’irrigation
utilisée. En irrigation gravitaire, les systèmes traditionnels en bassins ou en raies courtes et
bouchées (exemple des robtas) conduisent à l’apport de quantités d’eau importantes
susceptibles d’assurer un lessivage efficace ; l’uniformité de la distribution est liée à la
topographie, et donc à la qualité du planage. En irrigation gravitaire à la raie ou par calant,
l’avancement de la lame d’eau, la durée de l’irrigation et, in fine, la dose apportée est

15
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

déterminée par la capacité d’infiltration du sol ; la dose infiltrée décroît de l’amont vers l’aval
en fonction de la durée de la submersion. Sous aspersion, les doses appliquées sont souvent
plus faibles et nécessitent une fréquence d’irrigation plus élevée. Sa vocation est plutôt dédiée
à des irrigations complémentaires aux pluies sur grandes cultures. L’utilisation d’eau salée
peut provoquer des phénomènes de toxicité au contact du feuillage. Sous irrigation localisée,
la conduite de l’irrigation vise à la création et à l’entretien d’un bulbe d’irrigation permettant
de repousser les sels à sa périphérie et de garantir des bonnes conditions développement du
système racinaire. La recherche concomitante d’un bulbe de grande taille (selon le
développement attendu du système racinaire) par l’apport de doses élevée, et une fréquence
élevée permettant de s’affranchir des contraintes de salinité peut de manière surprenante
conduire à l’apport de quantités d’eau excessives. Les sels accumulés en périphérie du bulbe
sont ensuite lessivés pendant les périodes de forte pluviométrie qui peuvent aussi contribuer à
la mobilisation de sels dans la zone racinaire.
Afin de créer les meilleures conditions de développement de la culture, les premières
irrigations sont déterminantes pour lessiver les sels accumulés en surface du profil de sol à
l’issue de la saison de culture précédente. Les procédures de semis ou plantation doivent
conjointement être réalisées de façon à minimiser l’accumulation de sels à proximité de la
racine : sur le flanc du billon, sous irrigation gravitaire ; au sein du bulbe d’irrigation sous
irrigation localisée ..., et ce même quand le sol est modérément salé en raison d’une sensibilité
particulière des cultures lors des phases de germination et de levée. La sélection de cultures
tolérantes est enfin un moyen pratique et efficace de réduire les contraintes de salinité des sols
sur la conduite des irrigations.
Les agriculteurs peuvent aussi être soumis à une offre en eau limitée (quantités et fréquence,
notamment dans les aménagements collectifs) ou à la présence d’une nappe superficielle. A
l’échelle de leur exploitation, les solutions portent alors sur une réduction des superficies
irriguées ou la mobilisation de quantités d’eau complémentaires par stockage, pompage dans
la nappe ou recyclage des eaux de drainage, si la qualité de ces eaux le permet.
Plusieurs interventions mécaniques peuvent aussi être utilisées pour améliorer l’infiltration de
l’eau et le lessivage des sels. Le planage permet d’assurer une meilleure uniformité de la
distribution de l’eau dans les systèmes gravitaires. Le travail du sol permet d’améliorer le lit
de semence et la perméabilité du sol, mais peut aussi contribuer à une dégradation des sols
lorsqu’ils sont instables, ou provoquer la remontée en surface des horizons sous-jacents plus
salés. Le labour profond ou sous-solage peut s’avérer nécessaire lorsqu’il existe une couche
imperméable dans le profil.
L’application d’amendements chimiques tels le gypse, le soufre ou l’acide sulfurique est
parfois utilisée pour neutraliser l’alcalinité ou déplacer le sodium adsorbé. Ils sont
généralement épandus en surface et associés à un labour ; ils peuvent aussi être associés au
sous-solage grâce à l’utilisation d’équipements spécifiques. Ces amendements sont toutefois
coûteux et leur efficience limitée en raison du fort pouvoir tampon exercé par le sol. Tirer le
meilleur parti de ces amendements suppose une amélioration de l’ensemble des pratiques de
gestion de la salinité pour prévenir toute nouvelle dégradation et valoriser l’augmentation
attendue de la productivité des terres. En fait, les interventions biologiques sont souvent plus
accessibles aux capacités des agriculteurs, et par conséquent plus efficaces. L’apport
d’amendement organique permet d’améliorer les propriétés physiques des sols et de produire
du CO2 aux effets bénéfiques sur le pH des sols et la sodicité. La fabrication d’un mulch
permet de réduire l’évaporation et la salinité. L’application des résidus de récolte est une
méthode très simple permettant, au moins pour partie, d’atteindre les objectifs précédents.

16
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

Les agriculteurs sont directement confrontés à ces contraintes de salinité et ont généralement
développés leurs propres méthodes de gestion de la salinité en fonction des moyens dont ils
disposent. Le choix des cultures, les modes de préparation des terres et de mise en place, la
conduite des irrigations, et même la répartition des terres à laisser en jachère en cas de grave
pénurie d’eau, comme cela se pratique dans le Nord du Mexique (Gonzalez Barrios et al.,
2003), bénéficient d’une expérience acquise en réponse aux contraintes imposées par le
milieu. Les systèmes oasiens combinant une strate de palmier tolérant à la salinité, et limitant
la transpiration et l’effet de la salinité sur les strates sous-jacentes en sont un exemple parmi
les plus aboutis. Il apparaît dés lors primordial de caractériser ces pratiques et d’en analyser
les performances. Ce n’est que sur cette base que la participation des agriculteurs à la
conception et à la mise en œuvre de pratiques alternatives pourra être envisagée.
L’impact de la salinité se traduit néanmoins par une baisse de la productivité des terres. Elle
résulte souvent moins d’une baisse appréciable des rendements (et a fortiori d’un abandon des
terres agricoles qui reste limité à quelques situations où la viabilité des exploitations n’est pas
garantie), que de causes indirectes comme : une augmentation des coûts de production (eau,
engrais, semences, travail...) ; un choix de culture limité aux cultures tolérantes souvent moins
rentables ; et, in fine, une baisse de revenu des exploitations. Ce coût économique de la
salinité reste mal connu (Kijne et al., 1998) et ne permet donc pas de justifier les
investissements publics nécessaires à la mise en oeuvre de politiques efficaces à la hauteur
des enjeux.
Si les agriculteurs perçoivent et gèrent la salinité, ils sont par contre démunis face à un
ensemble de phénomènes relevant d’autres intervenants comme les gestionnaires
d’aménagement collectif ou les politiques publiques, mais aussi pour analyser et comprendre
les processus en cours à des échelles de temps et d’espace dépassant leur propre capacité
d’apprentissage.
4.3.4. Options de génie rural et managériales de gestion de la salinité
Elles sont principalement mises en œuvre par les gestionnaires à l’échelle du système
d’irrigation.
Les performances individuelles des agriculteurs sont étroitement liées aux conditions d’accès
à la ressource en eau, et peuvent être améliorées par l’augmentation de l’efficience
hydraulique du système en fonction de la qualité des opérations d’exploitation et de
maintenant des réseaux d’irrigation, mais aussi en sécurisant la ressource par des ouvrages de
régulation (barrage...). Un des objectifs prioritaires consistera à réduire les pertes par
infiltration dans les canaux, permettant à la fois d’améliorer l’efficience du système de
distribution, et de limiter la remontée de la nappe. Dans des conditions de pénurie avérée, le
recours à toute forme de ressource en eau supplémentaire (eaux de drainage, eau souterraine,
eaux usées...) doit être envisagé pour accroître le lessivage et obtenir un surcroît de flexibilité
permettant d’adapter les irrigations au contexte. Une attention particulière doit aussi être porté
à la valorisation optimale des eaux de pluie.
Le drainage naturel du milieu peut s’avérer suffisant pour évacuer les eaux et sels
excédentaires dans certaines conditions d’aquifères perméables, de pente suffisante ou
d’extension limitée des superficies irriguées. Mais lorsque la nappe atteint une position sub-
affleurante, le recours au drainage devient indispensable afin de s’affranchir des contraintes
liées à l’engorgement (à l’exception notable des systèmes rizicoles) et à la salinité. Il existe
différents types de systèmes de drainage. Les réseaux de drains superficiels sont uniquement
destinés à évacuer les excès d’eau de surface, par exemple suite à de fortes pluies. L’efficacité
de ces systèmes est marginale pour le drainage de la nappe. Ils peuvent cependant jouer un
rôle déterminant pour l’évacuation des sels dans certains systèmes de riziculture sous

17
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

submersion à l’exemple des périmètres de l’Office du Niger au Mali (Marlet et al., 2005).
Dans les autres systèmes de culture, la remontée de la nappe impose le recours au drainage
souterrain. Il existe alors différentes combinaisons de profondeur et d’écartement des drains
ou d’association de tuyaux perforés et de fossés ouverts, permettant de maintenir des
conditions favorables à la croissance des cultures. La décision résulte alors plutôt de
considérations économiques et organisationnelles concernant le coût de l’investissement et la
maintenance du système de drainage. La mise en place de drains profonds, jusqu’à plusieurs
mètres de profondeur, peut présenter l’inconvénient de mobiliser d’importantes quantités de
sels primaires à partir de la nappe, et de les rejeter à l’aval de bassin versant via le réseau
hydrographique avec de sévères conséquences environnementales comme c’est le cas dans la
vallée de la Fargana en Ouzbekistan (Marlet et al., 2005). Le drainage vertical par pompage
dans des forages peut aussi être utilisé si la perméabilité de l’aquifère est suffisante. Dans les
faits, le développement de ces systèmes est plus souvent la conséquence d’investissements
privés de la part des agriculteurs désireux d’améliorer la disponibilité en eau d’irrigation ou la
flexibilité de sa distribution à l’exemple du Pakistan (Marlet et al., 2005) ou du périmètre du
Tadla au Maroc (Marlet,. 2004). Enfin, des techniques de bio drainage ont pu être
développées localement sous la forme de haies d’arbre jouant en outre un rôle de brise-vent.
Les contraintes de salinité peuvent exacerber les dysfonctionnements des systèmes
d’irrigation, et hâter les besoins de réhabilitation des infrastructures hydrauliques.
Le contexte actuel de l’irrigation est marqué par un accroissement de la complexité liée aux
choix techniques variables des agriculteurs en fonction du contexte, d’une tendance à la
raréfaction des ressources en eau agricole en concurrence avec d’autres usages, de l’utilisation
croissante de ressources en eau souterraines ou marginales, et de la prise en compte des
impacts environnementaux sur les ressources en sol et en eau. Si les mesures prises en matière
de lutte contre la salinité ont pu se révéler d’une certaine efficacité, les situations considérées
ne sont généralement ni stationnaires, ni homogènes, et il convient de les aménager en
permanence. L’adaptation des opérations d’exploitation et de maintenance des systèmes
d’irrigation requiert alors la mise en place de système d’information ou dispositifs
d’évaluation et de suivi, et la définition d’indicateurs portant sur les performances techniques,
économiques et environnementales (Marlet, 2004). Pour ce qui concerne la salinité, on pourra
citer le suivi de l’évolution des sols et des nappes selon un plan d’échantillonnage adapté, ou
des bilans d’eau et de sels aux différentes échelles accessibles de l’aménagement. Des études
de base sont aussi nécessaires pour optimiser ces dispositifs, réduire leur coût et permettre une
interprétation pertinente des résultats de suivi et d’évaluation. Un financement approprié doit
enfin permettre la pérennisation de tels dispositifs sur le long terme. En fonction des
circonstances, ils pourraient être étendus à la prise en compte de certaines externalités comme
la surexploitation et dégradation de la qualité des eaux souterraines, ou l’effet du rejet
d’effluent de drainage sur la qualité des eaux de surface en aval des aménagements.
L’efficacité de ces pratiques de gestion apparaît étroitement liée à la participation des
agriculteurs, permettant notamment de confronter les points de vue et de favoriser
l’implication des différents acteurs du système.
4.3.5. Options de politique publique économiques et sociales de gestion de la salinité
Elles sont principalement mises en œuvre par les gouvernements. Ils peuvent ainsi influencer
les comportements des agriculteurs et des gestionnaires d’aménagement au travers différents
instruments et une meilleure coordination des politiques publiques.
Les instruments économiques portent sur le prix de l’eau et de l’énergie, et l’attribution de
subventions pour la modernisation des équipements ou la régénération des terres
(amendements...). La conséquence de ces interventions est complexe et conduit parfois à des

18
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

effets indésirables ; c’est notamment le cas des aides accordées pour l’irrigation à partir de
l’exploitation des eaux souterraines. Des moyens suffisants doivent être attribués aux
organismes gestionnaires des aménagements pour leur permettre de faire face à leurs
obligations.
Dans de nombreux pays, les règles et arrangements institutionnels ne favorisent pas vraiment
la participation des agriculteurs. La solution passe par l’établissement de responsabilités
claires au travers un ensemble de droits et de règles clairement établis et appliqués de façon
impartiale. La modification du statut foncier des agriculteurs est parfois nécessaire afin de les
amener à porter un intérêt continu à la productivité de leur terre.
L’état peut aussi intervenir en orientant et coordonnant les recherches au service d’une
exploitation viable et durable des exploitations et aménagements hydroagricoles, et au travers
l’éducation et la transmission d’information permettant de sensibiliser les acteurs du système
et la société civile dans son ensemble. Dans certaines situations, l’état joue enfin un rôle
déterminant pour la gestion transfrontalière des ressources en eau.
4.4. Conclusion
La salinisation des terres doit être considérée comme un risque majeur susceptible d’affecter
environ 25% des superficies irriguées ou 10% de la production alimentaire mondiale. Au-delà
du processus de dégradation des ressources en sol et en eau, il met plus généralement en péril
la viabilité des exploitations agricoles et la durabilité des systèmes d’irrigation. Ce risque est
particulièrement élevé dans certains pays arides pour lesquels l’irrigation représente la
principale source de développement agricole et de satisfaction des besoins alimentaires.
La prise en compte de ce risque repose d’abord sur une bonne compréhension des processus
naturels ou influencés par les pratiques des agriculteurs, les opérations d’exploitation ou de
maintenance des réseaux d’irrigation et de drainage ou les politiques publiques, en interaction.
Des mesures techniques existent très vraisemblablement pour contrôler ces phénomènes. Mais
leur application suppose aussi que les acteurs disposent des informations et outils permettent
de les concevoir et de les mettre en oeuvre, faute de quoi l’identification de solutions
appropriées peut prendre un temps important et sa mise en œuvre atteindre des coûts
considérables. Pour y remédier, la mise en place de dispositifs pérennes d’évaluation et de
suivi (observatoires environnementaux) et le développement d’outils d’aide à la décision sont
indissociables pour une gestion plus réactive et efficace des ressources en sol et en eau.

19
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

15

Régions Superficie Sols salés % Sols %


totale (106 ha) (106 ha) sodiques
(106 ha)
Afrique 1899.1 38.7 2.0 33.5 1.8
Asie, Pacifique et Australie 3107.2 195.1 6.3 248.6 8.0
Europe 2010.8 6.7 0.3 72.7 3.6
Amérique latine 2038.6 60.5 3.0 50.9 2.5
Proche orient 1801.9 91.5 5.1 14.1 0.8
Amérique du Nord 1923.7 4.6 0.2 14.5 0.8
Total 12781.3 397.1 3.1 434.3 3.4

16

Canal Forage n°1 Forage n°2


Calcium (mmolc.l-1) 0.70 3.10 0.90
-1
Magnésium (mmolc.l ) 0.90 2.40 0.60
Sodium (mmolc.l-1) 0.20 2.50 6.70
-1
Potassium (mmolc.l ) 0.01 0.20 0.20
-1
Chlorure (mmolc.l ) 0.50 1.30 1.00
Sulfate (mmolc.l-1) 0.30 4.40 3.20
-1
Alcalinité (mmolc.l ) 1.01 2.50 4.20
Alc. résiduelle 1 (mmolc.l-1)11 -0.59 -3.00 +2.70
-1 12
Alc. résiduelle 2 (mmolc.l ) -0.29 +1.40 +5.90
-1
CE (dS.m ) 0.19 0.82 0.84
SAR 0.23 1.51 7.74

11
Alcalinité résiduelle 1 (Calcite + Sépiolite) = Alcalinité – Ca - Mg (molc.l-1)
12
Alcalinité résiduelle 2 (Calcite+Sépiolite+Gypse) = Alcalinité – Ca – Mg + SO4 (molc.l-1)

20
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

17

Superficie Population Population Hectares pour


Statistiques Hectares pour
irriguée totale agricole 1000
(Tendance 1961-2002) 1000 habitants
(106ha) (109) (109) agriculteurs
Monde 1800 8 1 - 8 -
Monde 1900 40 1.5 - 26.7 -
Monde 1950 94 2.5 - 37.6 -
Monde 1961 139 3.08 1.79 45.1 77.5
Monde 1970 168 3.69 2.00 45.5 84.2
Monde 1978 204 4.29 2.18 47.7 93.7
Monde 1986 228 4.92 2.35 46.4 97.0
Monde 1994 259 5.59 2.51 46.3 103.3
Monde 2002 277 (+99%) 6.22 (+102%) 2.59 (+44%) 44.5 (-1.6%) 106.9 (+38%)
Afrique 2002 12.9 (+74%) 0.83 (+193%) 0.45 (+104%) 15.5 (-41%) 28.3 (-15%)
Asie 2002 194 (+115%) 3.78 (+122%) 1.96 (+57%) 51.3 (-3.1%) 99.1 (+37%)
Europe 2002 25.2 (+198%) 0.73 (+70%) 0.06 (-50%) 34.7 (+75%) 440 (+501%)
Amérique (N&C) 2002 31.4 (+75%) 0.50 (+79%) 0.05 (-7%) 62.7 (-2.4%) 611 (+89%)
Océanie 2002 2.8 (+163%) 0.03 (+96%) 0.007 (+59%) 89.3 (+34%) 430 (+65%)
Amérique (S) 2002 10.5 (+125%) 0.36 (+134%) 0.06 (-13%) 29.4 (-4%) 170 (+159%)

18

Continent Légère Modérée Sévère Extrême Total


Africa 4.7 7.7 2.4 - 14.8
Asia - Pacifique 26.8 9.0 17.0 0.8 53.6
South America 1.8 0.3 - - 2.1
N. and C. America 0.3 1.5 0.5 - 2.3
Europe 1.0 2.3 0.5 - 3.8
Total 34.6 20.8 20.4 0.8 76.6
% terres irriguées 12.5% 7.5% 7.4% 0.3% 27.7%
% sols salsodiques 4.2% 2.5% 2.4% 0.1% 9.2%

21
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

Ch. IX figures nouvelles

16

+ 2+ 2+ - - 2-
Composition de la solution initiale : Na , Ca , Mg , HCO3 , Cl , SO4

Précipitation
Alcalinité-2Ca-2Mg<0 de Calcite et Alcalinité-2Ca-2Mg>0
Sépiolite

+ 2+ 2+ - 2-
Na , Ca , Mg , Cl , SO4

Alcalinité-2Ca- Précipitation Alcalinité-2Ca-


2Mg+2SO4<0 de Gypse 2Mg+2SO4>0
+ - - 2-
Na , HCO3 , Cl , SO4
+ 2+ 2+ - + - 2-
Na , Ca , Mg , Cl Na , Cl , SO4

Voie alcaline
Voie neutre chlorurée Voie neutre sulfatée Alcalinisation
(Type 1) (Type 2) (Type 3)

17

22
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

18

pCO2 imposé Processus géochimiques


Transfert IRRICHEM (Marlet et al., 1998)
hydrique
Spéciation : 34 espèces ioniques
GYPSOL (Vallès and Bourgeat, 1989)

Précipitation & dissolution de minéraux :


Calcite, Sépiolite, Illite, Gypse, Silice amorphe
Transport de
solutés ( A)a ( B)b
Constante de dissolution (K): AaBb ↔ aA + bB & K=
(A B )
7 composés majeurs
a b

→ ⎡ ( A) ( B ) ⎤ a b

Coefficient cinétique d’ordre 1 (k) : ϑ = k ⎢ Log − Log (K )⎥


Ca, Mg, Na, K, Cl, SO4, Si ⎢⎣ (Aa Bb ) ⎥⎦

(Alcalinité calculée par bilan) Échange de Cations : Ca, Mg, Na, K

Coefficient de sélectivité (kGT): (Gaines and Thomas, 1953) :


+ +
( A)b E Ba
sol − bA + aB b ↔ sol − aB + bA a k AGT/ B =
(B )a E bA
Calibrationn (Rieu et al., 1991) :
Procédure itérative de couplage ⎛ 1− β A/ B ⎞
⎜ ⎟
⎡ E b ⎤⎝ β A/ B ⎠
⎡ ( A)b ⎤
β A/ B
Pas de temps calculé et convergence k AGT/ B = α A−1/ B/ β ⎢ A ⎥ E bA
= α A/ B ⎢ a ⎥
⎢⎣ (1 − E A ) ⎥⎦
avec
de la solution en fonction du ⎣ (B) ⎦
a a
EB
phénomène le plus contraignant ⎡ ( A)b E Ba ⎤
− Log(k AGT/ B )⎥

entre transport et géochimie Coefficient cinétique d’ordre 1 (k) : ϑ = k ⎢ Log
⎣ ( B )a
E b
A ⎦

23
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

19a

0,01
Molarité (mol.l )
-1

0,001 Na
Ca
Mg
Cl
SO4
Alcalinité

0,0001
0 5 10 15 20 25 30

Temps (années)

1,0
Cations échangeables (molc.CEC )
-1

0,8

Na+
0,6 Ca2+
2+
Mg
+
K

0,4

0,2

0,0
0 5 10 15 20 25 30

Temps (années)

24
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

19b

0,1
Molarité (mol.l )
-1

0,01

Na
0,001 Ca
Mg
Cl
SO4
Alcalinité

0,0001
0 5 10 15 20 25 30

Temps (années)

1,0
Cations échangeables (molc.CEC )
-1

0,8

+
Na
0,6
Ca2+
Mg2+
K+
0,4

0,2

0,0
0 5 10 15 20 25 30

Temps (années)

25
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

19c

0,1
Molarité (mol.l )
-1

0,01

Na
0,001 Ca
Mg
Cl
SO4
Alcalinité
0,0001
0 5 10 15 20 25 30

Temps (années)

1,0
Cations échangeables (molc.CEC )
-1

0,8

0,6
Na+
Ca2+
Mg2+
0,4 K+

0,2

0,0
0 5 10 15 20 25 30

Temps (années)

26
F2 Ch.9 texte 4 Marlet-Job

20

Sels
2
Niveau de
la nappe
4

Remontée Stabilisation Récession


(1) (2) (3)
8

Profondeur (m) Programmes de


Drainage souterrain Développement de
Pompages privés
Développement Recyclage des sels et
de l’irrigation Risque de sodisation
Engorgement et salinité des sols

21

Options
Politiques
économiques Options
publiques
et sociales managériales
Gestion de
l’aménagement
Gestion à la
parcelle

Options Options de
agronomiques génie rural
Salinité

27
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