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Cahiers d'outre-mer

Les industries du Mali


Alain Maharaux

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Maharaux Alain. Les industries du Mali. In: Cahiers d'outre-mer. N° 159 - 40e année, Juillet-septembre 1987. pp. 237-264;

doi : https://doi.org/10.3406/caoum.1987.3226

https://www.persee.fr/doc/caoum_0373-5834_1987_num_40_159_3226

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Abstract
The Mali Industries.- Compared to the agricultural sector, which still employs almost 90 % of the
population, the part of industry in the Malian economy is still low, even if it has increased since
Indépendance. This article discusses the growth of industry since 1960, according to the different
sources of financing which, in turn, have depended on the various Development Plans that succeeded
one another over the years. Industrial development has to take into account the natural Sahelian milieu
and the way of trading of the Malian population. The weakness of inter-industrial links evokes a
patchwork pattern rather than of an organized industrial network. Their influence, however, is evident in
certain specific regions-notably in the one of Bamako - but it is also seen in the Segou and Office du
Niger areas.

Résumé
Dans l'économie malienne la part de l'industrie est toujours faible, même si elle a augmenté depuis
l'Indépendance, comparée à celle de l'agriculture qui emploie toujours près de 90 % de la population.
Cet article montre l'évolution des industries depuis 1960, selon les différentes sources de financement
qui, elles, dépendaient des Plans qui se sont succédé. Le développement industriel doit tenir compte
du milieu naturel sahélien et de l'atavisme commercial malien. La faiblesse des liens inter-industriels
évoque plutôt un patchwork qu'un réseau industriel organisé. Cependant leur influence est manifeste
dans quelques régions précises, particulièrement celle de Bamako, mais aussi dans les régions de
Ségou et de l'Office du Niger.
X*

Les industries du Mali

Par Alain MAHARAUX'

Résumé - Dans l'économie malienne la part de l'industrie est toujours faible, même si
elle a augmenté depuis l'Indépendance, comparée à celle de l'agriculture qui emploie
toujours près de 90 % de la population. Cet article montre l'évolution des industries
depuis 1960, selon les différentes sources de financement qui, elles, dépendaient des
Plans qui se sont succédé. Le développement industriel doit tenir compte du milieu
naturel sahélien et de l'atavisme commercial malien. La faiblesse des liens inter¬
industriels évoque plutôt un patchwork qu'un réseau industriel organisé. Cependant leur
influence est manifeste dans quelques régions précises, particulièrement celle de
Bamako, mais aussi dans les régions de Ségou et de l'Office du Niger.

Summary - The Mali Industries.- Compared to the agricultural sector, which still
employs almost 90 % of the population, the part of industry in the Malian economy is
still low, even if it has increased since Indépendance. This article discusses the growth
of industry since 1960, according to the different sources of financing which, in turn,
have depended on the various Development Plans that succeeded one another over the
years. Industrial development has to take into account the natural Sahelian milieu and
the way of trading of the Malian population. The weakness of inter-industrial links
evokes a patchwork pattern rather than of an organized industrial network. Their
influence, however, is evident in certain specific regions-notably in the one of
Bamako - but it is also seen in the Segou and Office du Niger areas.

Mots clés.-Mali, industrie, planification, financement, économie régionale.

* Docteur de troisième cycle en Géographie - Formateur à l'Institut Panafricain pour le Développement de


Ouagadougou.
Cahiers d'Outre-Mer, 40 (159), Juillet-Septembre 1987.
238 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

En 1960 l'agriculture employait 95 % de la population du Mali, le secteur


industriel étant pratiquement inexistant ; aujourd'hui l'agriculture occupe 90 %
de la population, et l'industrie environ 3 %. C'est dire combien est faible la part
de ce secteur dans l'économie malienne : il ne représente que 20 % du P.I.B.
Notre perspective, ici, est double. D'une part nous mettons en relief une
dynamique chronologique, politique dans ses grandes charnières et éco¬
nomique dans la présentation des Plans qui se sont succédé. D'autre part, nous
soulignons les différences d'exploitation de l'espace.
Dans un premier temps l'analyse de la situation des établissements
industriels en 1960 montre la logique de certaines localisations, dans le
contexte colonial du Soudan de l'époque. L'évolution industrielle des périodes
1960-1968 et 1968-1986 est, elle, fonction des opportunités industrielles qui se
sont offertes au cours des plans successifs.
Les financements, que nous abordons ensuite, furent souvent liés aux
intérêts idéologiques et technologiques des pays donateurs. En conséquence, ils
ont mis en place un véritable patchwork industriel .Enfin nous décrivons
l'impact socio-économique provoqué par l'implantation d'établissements
industriels significatifs.

I.-La dynamique du paysage industriel depuis 1960

1-
La situation à l' Indépendance

Les 34 établissements industriels alors en place traduisent la situation


d'un pays qui fut une colonie d'exploitation. Majoritairement ce sont des
industries agro-alimentaires, liées aux zones de production localisées surtout le
long du Niger.
Il s'agit principalement de rizeries dont quatre dépendent de l'Office du
Niger ; les autres appartiennent à des entreprises privées. La rizerie de Tienfala,
aujourd'hui en ruine, est typique de cette industrie de l'intérieur, caractéristique
d'un sous-espace dépendant, dont la fonction essentielle était d'approvisionner
Dakar (métropole de l'A.O.F.) et sa région en riz entiers et blanchis. Elle
profitait d'une double proximité, celle du chemin de fer et celle du fleuve Niger.
Il en était de même pour la "Société des Huiles Soudanaises" installée à
Koulikoro en 1941 qui pouvait recevoir par bateau des zones aval ses appro¬
visionnements en arachides et amandes de karité et expédier sur Dakar par train
un produit semi-transformé. Sa mise en place fut difficile, car elle rencontra la
concurrence des huileries de la Métropole et de celles de l'A.O.F., notamment
de Dakar, hostiles à toute création d'usine à l'intérieur.
L'Office du Niger (O.N.), espace à fonction agro-industrielle, installait
pour sa part une usine d'égrenage du coton dès 1942. Les autres unités
LES INDUSTRIES DU MALI 239

d'égrenage du coton et de défibrage de kapok et sisal appartenaient à des


maisons commerciales. En 1960, les industries agricoles et alimentaires qui
subsistaient étaient représentatives d'un espace colonial vassalisé au profit, non
seulement de la Métropole, mais aussi de Dakar.
Les boulangeries furent parmi les premières industries induites p£r les
marchés urbains ; transposant les modes de consommation français, elles
fonctionnaient avec de la farine importée. Du même type étaient les fabriques
de glace et de mise en bouteille de boissons et alcools tels "le Lido" créé en 1957
à Bamako, ou les établissements Tricon-Sotry à Ségou. L'installation dès 1950
et la présence en 1960 de la grande confiserie du Mali (G.C.M.) complétaient
le tableau.
Les industries induites, comme la Société Africaine de Parfumerie et de
Conditionnement (SOPARCO), pouvaient bénéficier en 1958 d'un marché qui
s'étendait à l'est jusqu'à N'Guigmi sur le lac Tchad. Une marchandise
dédouanée à Dakar circulait librement jusqu'à la frontière du Cameroun. Cet
exemple illustre l'espace ouvert qu'était le Soudan à l'indépendance, avant la
balkanisation de l'Afrique.
La briqueterie de Magnambougou, comme les unités de production et de
distribution d'électricité de Bamako et des capitales régionales participaient de
ces industries induites. En 1956, Métal-Soudan représentait seul l'industrie des
biens intermédiaires. La compagnie des chemins de fer du Dakar-Niger avec
ses ateliers répartis le long de la ligne, les ateliers de la C.M.N.1 à Koulikoro et
de l'O.N. à Markala étaient les seuls pôles d'induction technique susceptibles
d'engendrer l'installation d'autres unités industrielles utilisant leurs services.
La mise en oeuvre d 'une politique d ' aménagement urbain s 'est traduite pour les
industries et les établissements dits "dangereux, insalubres et incommodes" par
l'affectation d'une zone dès 1960.

2.-1960-1968 : Politique d'industrialisation et localisation des industries

Çn 1960, avec la balkanisation de l'Afrique de l'Ouest, l'espace éco¬


nomique ouvert du Soudan colonial se restreint à la Fédération du Mali. Puis,
après la rupture avec le Sénégal, le Mali reste seul, géographiquement isolé. La
Côte d'Ivoire devient alors son débouché maritime. En outre le choix d'une
stratégie de développement socialiste affirme la démarcation vis-à-vis de
l'ancienne métropole.
L'industrialisation du Mali s'élabore dans une économie à caractère
planifié, avec pour modèle de référence l'Union Soviétique. Mais déjà apparaît
la contradiction fondamentale de la politique malienne : en effet, le premier

1 . Compagnie Malienne de Navigation.


240 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

Plan donne la priorité absolue à l'agriculture, alors que l'URSS a toujours


privilégié l'industrie. En outre, ce Plan ne propose ni une véritable stratégie
d'industrialisation, ni une conception précise des liaisons entre les
développements industriel et agricole.
L'industrialisation correspond à la réalisation d'un mythe dont l'objectif
est l'industrie lourde, bien plus que l'industrie légère. C'est ainsi qu'à la fin du
Plan, est mise en oeuvre la société des Ciments du Mali (SOCIMA), à Diamou,
considérée comme industrie lourde. Le corollaire de cette industrialisation est
la naissance d'une classe ouvrière, condition nécessaire à la réussite du projet.
La valorisation des matières premières locales, la substitution aux
importations d'une production locale de biens de consommation,
l'accumulation de capital, forment la trilogie des priorités. Dans ces perspec¬
tives sont mises en place la S.E.P.O.M., les usines d'égrenage de la C.F.D.T.,
la SOCOMA et la sucrerie de l'O.N. à Dougabougou, toutes sociétés et
entreprises d'Etat qui prennent une place privilégiée dans la mise en oeuvre du
Plan : ce sont elles qui doivent permettre de procéder à l'accumulation du
capital.
Cependant cette industrialisation est suspendue aux opportunités de
financement extérieur, dont le Plan dépend à 60 %. Il est fait appel aux
investissements privés étrangers, mais les investisseurs nationaux sont exclus
parce qu'on pense "qu'il ne faut pas favoriser l'émergence d'une bourgeoisie
nationale". Les sources de financement proviennent tout à la fois de la zone
clearing pour les accords de coopération passés avec les pays socialistes, et de
la zone devise quant aux accords avec les pays d'économie libérale. Les
organismes internationaux interviennent dans des projets prévus : F.E.D. pour
la construction de l'abattoir frigorifique de Bamako, UNICEF et P. A.M. dans
le projet d'installation d'une laiterie industrielle. Les investissements privés
demeurent restreints : dans ce "Mali Rouge", font exception la C.F.D.T. et la
Société Malienne de Boissons Gazeuses (SOMALIBO). Les transnationales de
ce type ne se préoccupent guère de la couleur politique du pays. Les créneaux
offerts par le Plan à l'industrie privée sont exploités seulement par la Société
Mali Plastique créée en 1965, et la Société Malienne de Fabrication d'Articles
Métalliques (SOMAFAM) créée en 1967.
De 1960 à 1968, pendant un Plan quinquennal qui dura sept ans,
l'industrialisation fut en fait la mise en place d'un patchwork industriel de
nationalités et de techniques différentes.

3.-1968-1980 : Diversification des investissements et maintien de la politique


"socialiste"

Après la chute de Modibo Keita, le 19 novembre 1968, le Comité


Militaire de Libération Nationale, présidé par le lieutenant Moussa TRAORE,
LES INDUSTRIES DU MALI 241

se heurte à un endettement extérieur et à un déficit budgétaire importants. Le


C.M.L.N. affronte une situation de pénurie de produits. Seule la part du secteur
industriel dans le P.I.B. a progressé, de 10,9 % en 1959 à 15,5 % en 1968. Mais
le parc industriel est constitué d'industries étatiques, peu productives.
En 1968-1969 les effets industriels du premier Plan quiquennal conti¬
nuent à se faire sentir. Ainsi la Société des Tanneries Maliennes (TAMALI),
dont le projet remontait à 1964, voit le jour. Les industries privées s 'implantent
timidement. Un nouveau code des investissements va dans le sens de la
diversification de l'économie vers les pays occidentaux.
Des projets anciens sont exhumés des tiroirs et mis en place rapide¬
ment : c'estle cas de l'Industrie Malienne du Cycle (IMACY), dont l'idée datait
de 1962. Sur financement UNICEF et P. A.M. s'installe l'Union Laitière de
Bamako. L'installation des établissements Mamadou Sada DIALLO et Frères
(SOMACI) qui produisent du vinaigre et de l'eau de Javel est un signe de la
confiance mise par les investisseurs maliens en ce nouveau régime.

a.-Le Plan triennal de redressement

Il se donne pour tâche d'assainir la situation économique ; en 1969 par


exemple, la couverture des importations par les exportations était à peine de
47,5 %. Cette politique se veut plus réaliste. Elle accorde la priorité à la
valorisation des ressources agricoles ; viennent ensuite les industries de
transformation et de substitution d'importations. Surtout doit se développer et
s'épanouir un esprit d'entreprise auquel est censée contribuer la renaissance des
investissements privés. En mars 1970 les commerçants, entrepreneurs et
industriels se regroupent en Association nationale pour la promotion des
industriels maliens. L'offensive des investissements privés, comme la Société
Malienne de Sacherie (SOMASAC), qui fabrique à San des sacs en fibre
végétale de dah (hibiscus), s'effectue parallèlement à la continuation du
socialisme d'Etat aux projets financés par l'aide étrangère (Opération Pêche de
Mopti, Rizerie de l'Opération Riz Mopti).
L'Industrie Textile du Mali (ITEMA) -Société Française AGACHE
WILLOT pour 52%, Etat malien pour 4 8 %-est l'une de ces industries privées.
Les parts d' AGACHE WILLOT seront par la suite rachetées par la Société
Bathily et Frères, commerçants maliens.
Les autres privés étrangers implantent des industries légères, induites, à
profit élevé.

b.-Le deuxième Plan quinquennal

Cette politique de mixité des investissements et d'ouverture au


libéralisme économique continue, à compter de 1974, avec le deuxième Plan
242 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

quinquennal, poursuivi jusqu'en 1980, caractérisé par un pragmatisme défini


par le chef de l'Etat en 1976. Un troisième code des investissements est
promulgué. Dans cet esprit de promotion des industries, est créé en mars 1976
le Centre d'Etudes et de Promotion des Industries (C.E.P.I.).
Pendant cette période, on observe une préférence des investissements
privés maliens pour les industries agro-alimentaires et les biens de consomma¬
tion, ce qui n'est en fait que la copie d'investissements privés de type colonial
à fort profit, comme la glacière Hamet Niang à Kayes, ou la Générale Malienne
de Peinture (G.M.P.). L'Etat finance des industries de biens de consommation
avec des sociétés mixtes : extraction et préparation du minerai d'or de Kalana
avec l'assistance technique de l'Union soviétique ; C.F.D.T. qui passe sous
contrôle malien en 1974 et devient C.M.D.T. (Compagnie Malienne pour le
Développement des Fibres Textiles). D'autres bailleurs de fonds investissent
dans des secteurs variés : la Chine Populaire dans la sucrerie de Dougabou-
gou ; Hobum Afrika, société allemande à 5 1 %, dans la SEPAMA (Société des
Produits Arachidiers du Mali), Wonder dans la SOMAPIL (Société Malienne
de Piles).
Malgré le changement politique en 1968, il n'y a pas de remise en cause
de la politique socialiste du régime de Modibo KEITA. Les sociétés et
entreprises d'Etat sont l'une des constantes intouchables des acquis du peuple,
et le nouveau régime, pour se rallier une partie de cette classe de salariés,
ouvriers et fonctionnaires, ne peut que conforter leurs privilèges.Les résultats
globaux du Plan quinquennal 1974-1978 indiquent que le secteur secondaire
participe peu à la croissance du P.I.B., que les chiffres d'affaires ont augmenté
mais non la valeur ajoutée, ce qui est imputable à la production des sociétés
d'Etat qui n'ont pu supporter à la fois la hausse des prix mondiaux et le blocage
de leurs prix de vente.
La répartition spatiale montre de 1960 à 1980 un développement des
unités industrielles dans la région sud-est, avec les usines d'égrenage de la
C.M.D.T., cependant que l'Office du Niger accentue la concentration et le
monopole de production du riz. La région de Kayes reste vide. Quant à celle de
Bamako, le développement des industries y est lié à l'urbanisation de la
capitale. Au total, plus d'une centaine d'industries ont été créées depuis 1960,
et ce plus particulièrement pendant la période 1968-1980 marquée par les
tentatives de désenclavement économique (fig. 1).

4.-1981-1986 : le troisième Plan quinquennal et Ventrée dans ÏU.M.O.A.

Le Plan quinquennal 1981-1985 marque une étape supplémentaire,


véritable tournant pour la politique économique malienne. Les années 80 voient
la mise en oeuvre de mesures vers une plus grande libéralisation dans le cadre
LES INDUSTRIES DU MALI 243

des accords passés avec le F.M.I. et la Banque Mondiale. On assiste notamment


à la libéralisation de la commercialisation des produits agricoles et à la
réduction du nombre des S.E.E. (Sociétés et Entreprises d'Etat).Dans les
projets industriels agréés pendant cette période, ceux concernant l'installation
de nouvelles boulangeries industrielles ou de fabriques de glace alimentaire
foisonnent. Malgré tout, de nombreux promoteurs maliens attendent un
complément de financement pour mettre en oeuvre leur projet, soit local pour
l'obtention d'un prêt de la B.D.M., soit étranger par une prise de participation
dans le capital.
Parmi les réalisations les plus dignes d'intérêts, citons dans les industries
agro-alimentaires les Grands Moulins du Mali (G.M.M.). qui ont démarré en
1982 à Koulikoro ; HUICOMA (Huilerie Cotonnière du Mali) qui a démarré en
198 1 à Koutiala ; BRAMALI (Brasseries du Mali) située à Banankoro - près de
Bamako - qui possède le monopole de fabrication de la bière par rachat de
SOMALIBO ; la SIP AL (Société Industrielle de Produits Alimentaires) qui ne
fait que conditionner les "cubes jumbo" ; et sa concurrente la SOMACUBE
(Société Malienne de Cubes), qui fabrique sous licence Viandox.
Les autres secteurs industriels sont marqués par l'entrée en activité en
1983 de la SOGEMORK (Société de Gestion et d'Exploitation des Mines d'Or
de Kalana). La politique malienne en matière de santé se concrétise sur le plan
industriel par l'installation en 1982 de l'U.M.P.P. (Usine Malienne de Produits
Pharmaceutiques). Elle fait pendant u L.C.V. (Laboratoire Central
Vétérinaire) qui sert la politique de santé animale.
L'événement marquant de cette période est l'entrée dans l'U.M.O.A.
(Union Monétaire Ouest Africaine) en juin 1984. Le franc C.F.A. remplace
effectivement le franc malien en septembre. Cette mesure se traduit au quo¬
tidien par une augmentation du coût de la vie et sur le plan économique par la
suppression de la spéculation fondée sur la différence entre le franc C.F.A. et
le franc malien.
Le secteur privé représente près de 60 % des entreprises industrielles,
l'Etat 30 % et le secteur mixte 1 1 %, ce qui montre le renversement de situation
qui s'est opéré. Les entreprises privées réalisent 25 % du chiffre d'affaires
contre 75 % pour les entreprises mixtes ou d'Etat.
A l'heure où l'on parle de restructuration et de redressement des sociétés
d'Etat, la politique gouvernementale est de privatiser les secteurs non
stratégiques, en réduisant le nombre de sociétés d'Etat : la SOCORAM n'existe
plus ; les unités installées par la Chine Populaire sont revenues en cogestion
avec ce pays ; l'obsolescence du matériel dans nombre de sociétés d'Etat
impose son renouvellement rapide. Un nouveau code des investissements
précise mieux, en mars 86, les avantages et les contraintes, et ce qui est
nouveau, s'ouvre à l'artisanat.
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et légumes jus de fruits BUTION D'ENERGIE A Industrie textile
Conserverie de poisson Electricité A Industrie du cuir
• Boulangerie Distribution de gaz BIENS D'EQUIPEMENT A Industrie
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de construction
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Confiserie 0 Plàtrerie Construction navale V Unité installée par


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L-*J de basechimique la Chine populaire

B. Dans la zone industrielle de Bamako.


246 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

Quant à la S.E.P.O.M., rocher de Sisyphe du Ministère de Tutelle chargé


de la gestion des Sociétés d'Etat, son intégration éventuelle dans la filière huile-
coton, sous l'égide de la C.M.D.T., fait actuellement l'objet d'un débat.

II.-Un fonctionnement aux fortes contraintes

La description évolutive du paysage industriel rend compte de


l'évanescence des industries. Son analyse à partir d'indicateurs permet de
mettre en relief quelques corrélations. Intrants et extrants tissent également
autour de l'usine des liens qui contribuent à la constitution d'un réseau
industriel.

1-
La mesure des industries

Il existe une dichotomie dans la répartition des industries. Bamako


concentre 68 % des entreprises, boulangeries industrielles mises à part. Le reste
se répartit essentiellement entre l'Office du Niger et la région de Ségou,
secondés parles usines d'égrenage de la C.M.D.T.. Ailleurs la dispersion rurale
est de règle ; elle correspond à la volonté de mettre en valeur une matière
première minérale ou agricole.
L'investissement, l'emploi et le chiffre d'affaires apparaissent comme
les trois repères de l'horizon industriel. Leur corrélation permet de définir trois
groupes d'industries.
Le premier groupe est celui des industries à très fort investissement, où
celui-ci paraît souvent disproportionné en regard de l'emploi. L'ITEMA, la
SOCIMA, la Mine d'or de Kalana, la SOMASAC, la TAPROMA, la
SOMACI..., en font partie. Ces unités où l'investissement est le critère
dominant sont presque toutes en difficulté, non rentabilisées ; le chiffre
d'affaires y est minime.
Le deuxième groupe se distingue par un emploi important en regard du
chiffre d'affaires. Tel est le cas de la SMECMA, de la S.I.P., de la SONATAM
Cigarettes (volonté de maintien d'un fort taux d'emploi). Lorsque le chiffre
d'affaires l'emporte, les industries forment le troisième groupe et semblent plus
stables. C'est le cas en particulier des usines d'égrenage de la C.M.D.T.
La période 1968-1974 est statistiquement intéressante car elle suit le
coup d'Etat de 1968 et précède le deuxième Plan quinquennal. La croissance du
chiffre d'affaires des Sociétés d'Etat y est due notamment à l'entrée en activité
des sociétés comme la SOCIMA. Pour les sociétés privées, la création
d'ITEMA est à l'origine de la croissance de la courbe en 1972. Les industries
LES INDUSTRIES DU MALI 247

agricoles et alimentaires représentent 66 % du chiffre d'affaires. Pour la


COMATEX, (fig. 2 A) le bond est à lier à la mise en marche de la nouvelle usi¬
ne : sa capacité double, passant de 8 à 16 millions de mètres par an. Cependant
des courbes en croissance comme celle d'ITEMA (fig. 2B) cachent un bilan
d'exploitation déficitaire à partir de 1976-1977.

milliards
6 F. M.

milliards F. M
4 C.A.

millions F. M.

1968 1972 1976 1980 1972 1976 1980

Bilan
d 'exploitation

Fig. 2.-Evolution du chiffre d'affaires de deux entreprises.


A. La Comatex
B. L'Itema

Le chiffre d'affaires montre les grandes évolutions de l'entreprise, la


production indique les faiblesses de l'industrie. Sombre tableau que l'évolution
de cette production, car la comparaison entre la capacité théorique et la
production réelle met en évidence le faible rendement de certaines unités.
A l'huilerie de la S.E.P.O.M. à Koulikoro, (fig. 3) on assiste à une
constante diminution de la production. Elle souffre, comme la SEPAMA de
Kita, d'un manque de matières premières. Les arachides sont davantage
commercialisées par les circuits parallèles, pour la consommation locale ou
pour l'exportation. Quant à la SOCIMA, elle n'a produit en 1980 que 20 000
tonnes, pour une capacité théorique de 50 000 tonnes. Difficultés
d'approvisionnement en fuel, vente à perte à la SOMIEX, fonds de roulement
insignifiant, sont quelques-unes des contraintes de cette société. En 1986 le
ciment coûte 60 000 F. CFA la tonne, le plus cher de l'Afrique de l'Ouest. Les
usines textiles ne fonctionnent, elles, qu'à 60 % de leur capacité.
248 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

Les emplois industriels restent faibles, environ 16 000 en 1980, soit à


peine 0,7 % de la population en âge de travailler (estimée à 2,6 millions) ; avec
25 %, le textile y domine, 33 % si l'on y inclut les usines d'égrenage. Dans
l'Angleterre de 1840, le textile occupait 75 % de l'emploi industriel. Quelques
unités se distinguent par leur fort emploi : 2 826 salariés à la COMATEX, 788
à la S.E.P.O.M. alors que la SEPAMA de Kita (une huilerie également)
n'emploie que 290 personnes pour un chiffre d'affaires identique.' L'emploi
féminin est quasiment nul dans les 3/4 des unités industrielles. La COMATEX
et la fabrique de cigarettes de la SON ATAM avec respectivement 330 et
216 ouvrières, font figure d'usines pionnières. Ces chiffres ont encore baissé
depuis 1981 avec la restructuration des S.E.E., à la S.E.P.O.M. par exemple.

M illjers de tonnes

12-""

h-
-
[
2
I
3
I

1975 1976 19 77 1978 1979 1980

Fig. 3.-La production de la S.E.P.O.M.


1.-Huile brute d'arachide. 2.-Huile raffinée d'arachide. 3.-Savon.

Les effectifs sont bien souvent gonflés par rapport aux nécessitées de
fonctionnement, cas de la S.E.P.O.M. Les ressources monétaires qui pourraient
être dégagées pour des investissements sont en fait utilisées par transfert à la
masse salariale. La nécessité de suivre les fluctuations des commandes ou
l'aspect saisonnier de certaines activités industrielles qui suivent le calendrier
agricole font apparaître un volant de main-d 'oeuvre de travailleurs temporaires.
Les variations saisonnières d'effectifs montrent également un absentéisme dû
aux impératifs culturaux.
LES INDUSTRIES DU MALI 249

2.-Les circuits d' approvisionnement

Le réseau infra-industriel englobe tout autant les sources de financement


industriel que les questions relatives à l'approvisionnement intérieur ou
extérieur du Mali.

a.-Un espace financier dépendant

Le réseau bancaire reproduit la carte administrative des capitales


régionales. L'implantation de la Banque de Développement du Mali (B.D.M.)
à Koutiala fait exception et montre l'importance de la région cotonnière dans
l'économie malienne. Aucune banque à vocation industrielle n'existe. La
B.D.M. et la B.M.C.D. (Banque Malienne de Crédits et de Dépôts) ont seules
une fonction polyvalente. L'entrée dans l'U.M.O.A. et l'obligation de respecter
les quota de prêts par secteur économique devraient favoriser les industries.
Avec le financement privé malien, c'est à l'émergence d'entrepreneurs
industriels que nous assistons. Dans 75 % des cas, ces privés maliens sont des
commerçants qui ne délaissent pas leur ancienne activité, mais franchissent le
pas qui conduit à la classe des industriels.
Toutefois, les financements sont surtout d'origine extérieure au Mali. Ils
proviennent de trois sphères économiques : la première est constituée par les
accords bilatéraux passés avec des pays socialistes ou capitalistes ; la seconde
est celle des organismes de financement internationaux, satellites de la Banque
Mondiale et de l'O.N.U. ou des organismes de la C.E.E. ; la dernière sphère
inclut les financements privés étrangers.

b-
Les produits 'de V agriculture et de l'élevage

L'expansion des cultures vivrières et industrielles, dont la trilogie est


l'arachide, le coton et le riz, devait être la base du développement industriel.
Est-ce le cas ?
Les unités de la S.E.P.O.M. et de la SEP AM A suivent la baisse constante
de la production d'arachide (25 000 t en 1983-84). La capacité théorique de
traitement dépasse largement les quantités commercialisées. La production ne
permet pas d'approvisionner correctement les usines. La majeure partie de la
production commercialisée est drainée par l'Opération Arachides et Cultures
Vivrières. Les quantités produites vont vers d'autres circuits que ceux de
l'industrie.
La zone sud vit au rythme du coton, dont la production, en constante
évolution depuis l'indépendance, atteint 175 000 t en 1985-86, année record
alors que le cours mondial s'est effondré. La situation est d'autant plus grave
250 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

que le coton constitue la quasi-totalité des revenus du commerce extérieur.


Cette production est confiée à la C.M.D.T. qui s'occupe de la vulgarisation des
méthodes de culture et de l'acheminement du coton vers les unités d'égrenage.
La zone d'opération est divisée en régions où sont implantées une ou plusieurs
usines qui drainent la production des différents secteurs. Cette production
de coton assure l'approvisionnement des deux usines textiles ITEMA et
COMATEX.
L'Office du Niger constitue un espace autonome pour
l'approvisionnement des rizeries et sucreries. Cependant les espoirs portés par
l'O.N. n'ont pas été suivis d'effets : 31 000 tonnes de riz produites en 1980 soit
18 % de la consommation malienne estimée et les 2/3 de la production
commercialisée. La diminution régulière de la collecte depuis 1977-78 a pour
cause la lenteur et l'insuffisance du marché parallèle et la réduction des
superficies cultivées. En ce qui concerne les sucreries de Dougabougou et
Siribila, le fonctionnement à plein rendement assure 33 % de la couverture des
besoins nationaux.
Bovins, ovins et caprins approvisionnent l'abattoir frigorifique de
Bamako. Ils proviennent essentiellement des régions ouest et sahélienne du
Mali. Les variations mensuelles par races, du bétail tué à l'abattoir, indiquent
les zones climatiques d'origine des troupeaux.

c.-L'approvisionnement extérieur

Le Mali apparaît comme l'hinterland des sociétés occidentales : une


grande partie des approvisionnements vient de la Communauté européenne. De
part l'enclavement du pays, le chemin est long jusqu'à Bamako : trente-six
heures au minimum à partir de Dakar. A ce problème s'ajoute le coût du
transport qui représente 25 à 30 % de la valeur C. A.F. du produit. Le transport
routier et le transit par Abidjan sont l'autre alternative du dilemme malien. La
voie aérienne, aux tarifs prohibitifs, est réservée à l'importation urgente de
pièces détachées ou à celle d 'intrants de valeur élevée et de faible encombre¬
ment.
Dans une économie industrielle, la question primordiale est de veiller à
l'entretien des machines et au maintien en état de l'unité de production. Nous
avons qualifié le Mali de patchwork industriel. Il va donc sans dire que s'est
tissée entre lui et les pays installateurs une multitude de liens de dépendance
technique. Comme les délais d'approvisionnement peuvent aller jusqu'à deux
ans, la réplique est de constituer des stocks au-delà des nécessités, ce qui
constitue une fantastique et coûteuse immobilisation du capital, au moment où
toutes les grandes firmes des pays industrialisés tendent à diminuer les coûts en
amenant le stock à son niveau le plus bas possible.
LES INDUSTRIES DU MALI 251

3.-Les circuits de distribution et les marchés de consommation

Ils constituent le réseau extra-industriel en aval des fabrications. Le Mali


est un marché de 6,5 millions d'habitants, mais la population, à 90 % rurale,
reste un marché potentiel, inexistant au regard du revenu et du pouvoir d'achat.
La production des industries est faible par rapport à leur capacité théorique de
fonctionnement qui n'est que rarement atteinte. Pour une entreprise comme la
SMECMA, la production, qui fluctue annuellement et saisonnièrement, suit le
pouvoir d'achat de l'agriculteur qui oscille en fonction du rendement agricole.
On constate une sous-utilisation du matériel et l'impossibilité
d'approvisionner le marché aval. L'U.L.B., l'une des rares à fonctionner à plein
rendement, atteint sa capacité théorique de 10 000 1/jour. Malheureusement le
lait est importé en poudre. Pour la consommation du riz, le consommateur
malien demande le prix le plus bas, donc la plus basse qualité à fort taux de
brisure : les riz entiers et étuvés, plus rentables pour l'industrie, sont délaissés.
Mais parfois l'habitude de consommation est plus dirimante ou
impérative que le pouvoir d'achat même. Lorsque la SOC AM a lancé sur le
marché du concentré de tomate "au goût français", le produit a été délaissé, à
conditions égales de prix au profit du concentré italien importé. L'implantation
de l'usine de thé de Sikasso ne peut répondre à une demande croissante pour
satisfaire cette habitude de consommation sociale : 69 1 produites en 1980 pour
une demande estimée à 600 1.
Héritage de la période 1960-68, la SOMIEX (Société Malienne
d' Import-Export) et l'OPAM (Office de Production Agricole du Mali) sont les
deux sociétés d'Etat qui monopolisent l'achat et la distribution des produits. La
SOMIEX avait le monopole d'importation des denrées de première nécessité
(farine, sucre...). Depuis 1985 des mesures draconiennes ont été prises pour
permettre la relance de cette S.E.E. en perdition : limitation du monopole,
réduction du personnel qui est passé de 2 117 agents en 1980 à648 en 1986.
Nombre de sociétés : SOCIMA, C.M.D.T., O.N...., du fait de l'existence de
cette société intermédiaire vendent leur production à perte.
L'OPAM pour les céréales partage avec la SOMIEX le monopole de la
distribution des produits de première nécessité. Il s'occupe de pourvoir en riz
et autres céréales les populations, urbaines principalement. La réorganisation
des circuits de distribution a donné lieu à une libéralisation des dits circuits.
Certaines sociétés comme le COMATEX et la SON ATAM, distribuent
leurs produits par l'intermédiaire de représentations régionales. Pour d'autres
unités le marché exclusif est constitué par les opérations de développement :
exemple des phosphates de Tamaguilelt broyés à Bourem.
Les autres distributions se font sans intermédiaire, notamment en ce qui
concerne les boulangeries dont le rayon d'action ne dépasse pas en général
5 km.
252 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

La SOMIEX ayant perdu son monopole sur un grand nombre de produits,


les commerçants maliens ont restauré leur assise commerciale et l'ont accrue
par la distribution des biens industriels fabriqués au Mali. Le circuit long
classique des dépositaires et grossistes se met en place. Les industries agri¬
coles et alimentaires -l'U.L.B., la Grande Confiserie du Mali, la société
SOMALIBO-procèdent de cette façon, mais aussi les unités qui fabriquent des
biens de consommation courante ou intermédiaire : SOMAPA, SOMAPEC,
ITEMA... Parfois il s'agit d'un réseau de distributeurs agréés comme dans le cas
de TOLMALI, où les actionnaires maliens forment un réseau de distribution
déjà établi.
Bien que la politique industrielle ne vise pas particulièrement à conquérir
le marché extérieur, la rentabilité de certaines unités ne semble assurée que dans
un cadre élargi, notamment celui de la Communauté Economique de l'Afrique
de l'Ouest (C.E.A.O.). Les marchés européens n'ouvrent des débouchés qu'à
la SEPOM pour ses tourteaux d'arachide et à la SEPAMA pour l'huile brute.
Dans le cadre de la C.E.A.O., quelques industries exportent : ITEMA vers la
Côte d'Ivoire avec des pagnes imprimés qui y sont compétitifs, SOMACI vers
le Burkina et le Niger pour le vinaigre.
Les sous-produits ou déchets des industries donnent naissance à un
certain nombre de circuits. Ceux de l'industrie agro-alimentaire sont utilisés
pour l'alimentation de bétail, ou donnent lieu à une transformation industrielle
ou artisanale. Ainsi l'alcool distillé tiré de la mélasse des sucreries de l'O.N. est
utilisé par la SOMACI comme par les hôpitaux. Cependant, le recyclage des
déchets industriels ou des vieux matériaux ne fait pas l'objet d'une véritable
politique.

4.-Les liens inter -industriels

L'industrie est composée d'une majorité d'unités agro-alimentaires qui


manquent bien souvent de liens entre elles. Les sucreries, la fabrication de
concentré de tomate ou de jus de fruits, illustrent cette filière technique courte.
C'est avec l'industrie des corps gras que l'induction technique vers l'industrie
chimique pourrait trouver une place de choix.
Les postes de chaudronnerie et de grosse mécanique des ateliers de
réparation des chemins de fer, de la C.M.N. à Koulikoro, et l'atelier de Markala
constituent des unités de maintenance utilisées par la plupart des industries en
plus de leur propre atelier de réparation. A Sikasso l'unité de maintenance,
construite sous l'égide de l'O.N.U.D.I. possède un atelier de métallisation
donnant une seconde vie à des pièces mécaniques usagées ; elle crée aussi par
ses activités de services des liens avec l'ensemble des industries.
Dans le textile également l'intégration est limitée, que ce soit pour la
COMATEX ou ITEMA. Elle commence avec les usines d'égrenage de la
LES INDUSTRIES DU MALI 253

C.M.D.T., continue à la COMATEX et ITEMA avec la filature, le tissage,


l'impression et la bonneterie. Le processus d'intégration aval s'arrête là. De
môme l'induction latérale n'existe pratiquement pas : tous les produits
chimiques viennent d'Europe, sauf l'eau de Javel et le vinaigre, qui proviennent
de la SOMACI.
Une stratégie qui s'inscrirait dans un "schéma standard de croissance
industrielle"2 est difficilement perceptible

Au Mali, les champs d'action de l'artisanat et de l'industrie ne se


recouvrent pas assez pour donner lieu à une concurrence réelle. Et quand elle
existe, c'est le plus souvent au détriment de l'industrie. Par exemple la
production de marmites de FONCOMA supporte mal celle des fondeurs du
secteur informel. Seule la COMATEX, malgré des différences de qualité et de
prix, parvient à concurrencer les tisserands avec sa production de pagnes
traditionnels. Au contraire, la production de filés approvisionne l'artisanat
local. UCEMA et ses poteries, TAMALI et ITEMA montrent les rares exem¬
ples d'un transfert de savoir-faire du secteur artisanal au secteur industriel par
utilisation de sa main-d'oeuvre.

5.-Les principales contraintes de l'industrie

a. Qualification et salaire

Un personnel non qualifié, mal rétribué, aux nombreuses obligations


sociales, telles sont les caractéristiques principales de la main-d'oeuvre. Le
recrutement fait l'objet de tractations où pots de vin et recommandations font
plus que la qualification. Le sous-emploi de la main-d'oeuvre facilite cette
pratique, car il y a57 % de demandes non satisfaites. La main-d'oeuvre recrutée
est essentiellement masculine, l'embauche féminine est en régression cons¬
tante. La SOMAPIL par exemple n'emploie aucune femme ; la même usine a
un emploi essentiellement féminin en France.
Cette main-d'oeuvre peu qualifiée, en majorité rurale, qui ne peut
occuper que des emplois subalternes, est incapable de passer un "seuil"
technologique. Seul le savoir-faire expérimenté dans l'artisanat peut donner
lieu à une qualification transférable à l'industrie et pallier le manque de
formation.
Dans la grille des salaires, au lermars 1980, le manoeuvre ne dispose que
de 15 880 FM. Comme salaire de base, le hors-cadre atteint 198 198 FM bruts
par mois. Cet écart de 1 à 1 3 ne se comprend que par le désir gouvernemental
de maintenir les cadres dans le pays. Mais si l'on considère le coût de la vie, ces

2. Clark (C.) Les conditions du progrès économique.-3e éd.. Paris, P.U.F., 1960.
254 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

deux extrêmes sont tout autant dérisoires. Ces bas salaires semblent perdre de
leur intérêt, dans le contexte malien, comme facteurs de localisation des
industries de montage ou de confection.
Ni les habitudes sociales traditionnelles, ni l'absentéisme, ni la légèreté
de comportement vis-à-vis des horaires, ni l'état sanitaire de la population, ne
contribuent à la régularité ou à la ponctualité de la main-d'oeuvre, mais plutôt
à la baisse du rendement.

b - L'atavisme commercial malien

Comme les marabouts du Sénégal, les commerçants maliens


représentent une force avec laquelle il faut compter. Or l'option socialiste
rendait l'intrication intelligentsia-commerçants impossible. Aussi le change¬
ment de régime en 1968 modifia-t-il complètement leur attitude, puisqu'ils
purent investir ailleurs que dans le commerce. Ils possèdent les positions-clés
dans l'organisation économique et sociale malienne, et Bamako est la capitale
du commerce ouest-africain. Le jeu commercial est donc difficile pour
l'industrie, car à l'espace économique officiel s'oppose celui des commerçants,
qui fait fi des contraintes frontalières. Ainsi les produits industriels fabriqués
localement soutiennent-ils difficilement la concurrence avec les produits
frauduleusement importés.

c-
Un milieu sahélien difficile pour l'industrie

Le Mali reste un milieu incertain pour l'environnement industriel.


Certaines nécessités deviennent discriminantes, dans ce milieu sahélien en¬
clavé, voire répulsives si elles ne donnent pas lieu à des adaptations. Ainsi
jusqu'en 1981 l'énergie électrique est-elle restée insuffisante ; la situation était
même catastrophique jusqu'à la mise en service progressive de la centrale
hydro-électrique de Sélingué, en mai 1981. En réplique à cette déficience,
nombre d'entreprises ont acheté des groupes électrogènes. Ces investissements
improductifs grèvent les budgets. D'autres, dans l'incapacité de s'équiper de la
sorte, ne purent fonctionner qu'épisodiquement.
La spécificité sahélienne apparaît avec le régime hydrologique des
fleuves Niger et Sénégal. Les importants écarts de débits font que le Mali ne
peut installer des usines trop grosses consommatrices d'eau. Ce sont les
industries agro-alimentaires installées le long du fleuve ou des canaux
d'irrigation de l'O.N. qui consomment le plus, notamment les sucreries de
Dougabougou et Siribala et l'usine textile de la COMATEX de Ségou. Lorsque
les usines sont alimentées par des forages, les besoins ne sont pas toujours
satisfaits en raison de la baisse du niveau piézométrique. Quant aux eaux
résiduelles, c'est aux abords des sucreries que la question est la plus sérieuse :
LES INDUSTRIES DU MALI 255

non recyclées, elles s'en vont dans une dépression où elles se décomposent.
Dans certaines usines, notamment à l'ITEMA et à la SONATAM, la contrainte
du climat à deux saisons où l'humidité de l'air varie de 10 % à 90 % oblige
l'industrie à avoir des installations techniques importantes pour maintenir le
degré d'hygrométrie.
Le bois est l'autre question primordiale de ce milieu soudano-sahélien où
la forêt claire domine : il apparaît de plus en plus comme une denrée rare autour
des villes. Aussi est-il surprenant de rencontrer des industries conçues pour
fonctionner au feu de bois : par exemple, l'UCEMA (Usine de Céramique du
Mali) ne consommait pas moins de 1 000 stères par mois, soit un hectare de forêt
claire par semaine. Les deux nouveaux fours construits fonctionnent, eux, au
gas-oil, d'où une nouvelle dépendance. Une politique de boisement à des fins
industrielles a été appliquée dans la forêt de la Faya pour approvisionner la
SONATAM, mais l'exploitaiton n'a pas encore commencé.
L'isolement du milieu industriel malien est essentiellement dû à
l'absence ou à l'insuffisance de relations rapides, par téléphone, telex ou avion,
d'où la concentration industrielle dans la capitale. La mise en place d'un réseau
hertzien est en train de concourir au désenclavement des régions intérieures :
Mopti et Sikasso sont déjà accessibles. L'éloignement de Dakar -1 290 km par
voie ferrée-ou d'Abidjan n'est donc pas le seul aspect négatif de l'enclavement
malien.

IIL-Impacts socio-économiques régionaux des industries

La jeune industrie malienne s 'est élaborée en vingt ans et porte en elle des
caractères à effets régionaux plus ou moins marqués. Si les effets ne sont pas
régionalisants, au point de vue industriel, par manque d'inductions techniques
régionales, du moins le sont-ils par la masse salariale qui se déverse.

1.-La concentration bamakoise

Bamako concentre plus de 68 % des industries du pays. Sa zone


industrielle accueille la quasi-totalité de celles qui n'ont pas un caractère
spécifiquement induit par le marché urbain.
Nous pouvons, à partir de l'exemple de la SONATAM (fig. 4), remar¬
quer tout d'abord que l'emploi dans les sociétés d'Etat, en raison du nombre
d'avantages sociaux offerts, est stable. Le noyau ancien d'ouvriers constitue
1 8 % de l'effectif, alors qu 'il n'est que de 5 % à l'ITEMA. La pyramide des âges
met en évidence le déséquilibre entre les sexes.
256 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

©
55-59
50-54
15%
20%
10% 45-49
40-44
35-39
30-34
25-29
20-24
0 -19
1964 66 68 70 72 74 76 78 801981 20% 15% 10% 5% 0 0 5% 10% 15% 20%

Fig. 4.-Structures démographiques du personnel de la SON ATAM.


A. Années de recrutement du personnel, en pourcentage de l'effectif de 1981.
B. Pyramide des âges du personnel en 1981.

Les migrations alternantes vers la zone industrielle donnent lieu à des


déplacements non négligeables (fig. 5A) ; elles caractérisent le lien urbanisa¬
tion-industrialisation. Certains quartiers de résidence prédominent, Bankoni
avec son habitat sous-intégré, etNiarela, où l'effet de proximité joue beaucoup.
Les quartiers de la rive gauche sont les plus sollicités : ceci correspond au
développement initial de la ville vers Hamdallaye et Lafiabougou.
Bamako reste attractive pour bon nombre de migrants, qu'il s'agisse de
migrations saisonnières ou, plus souvent, définitives. La SON ATAM nous
fournira l'exemple de l'origine par cercle des ouvriers (fig. 5B) ; cependant,
39,7 % des ouvriers sont nés à Bamako ou à proximité. Le même pourcentage
à Kita s'explique par le continuum géographique entre les deux cercles. Les
fortes densités rurales du cercle de Ségou (plus de 40 hab./km2) expliquent ces
migrations. Le cercle de Kayes, bien que n'ayant que 14 hab./km2, a une forte
pression démographique. Toutes les migrations sont révélatrices des difficiles
conditions agro-climatiques : c'est le cas des cercles de Bandiagara au pays
Dogon et de Tombouctou où les densités dans les zones cultivables sont plus
fortes qu'ailleurs.
Koulikoro, à quelque 60 km de la capitale, est un carrefour de commu¬
nication. Elle se situe dans un espace d'influences variées qui lui donnent une
dimension nationale et internationale au même titre que Bamako. Située en tête
du bief navigable qui va jusqu'à Ansongo, elle est l'ouverture vers l'intérieur
du pays. Terminus du chemin de fer, c'est Dakar qui est à sa porte. L'élévation
LES INDUSTRIES DU MAIi 257

de Koulikoro au rang de capitale régionale y a provoqué le transfert des services


régionaux avec les multiples effets induits que cela implique. Les deux unités
industrielles installées, la S.E.P.O.M. et les ateliers de la C.M.N., représentent
13 % des salaires de la région de Koulikoro (qui incorpore Bamako). La seule
S.E.P.O.M. fait ainsi vivre indirectement 4 000 à 4 700 personnes. Cependant,
on ne peut parler de pôle de développement à propos de cette ville, le terme
d'antenne bamakoise est plus approprié.
Pour la SOCAM, industrie de substitution à vocation nationale affirmée,
installée près de Baguinéda, il est nécessaire de soustraire sa production aux
concurrences extérieures et son périmètre agro-industriel à l'influence du
marché urbain de Bamako, beaucoup plus rénumérateur pour les producteurs
de tomate. Par contre la production de jus de mangue ne pose aucun problème
d'approvisionnement du fait de la surproduction locale. Aussi, pour 1985-
1986, la production de l'usine a-t-elle porté uniquement sur les jus de fruits et
sirops.

2-
Les industries de Ségou et de l'O.N. au sein des anciens empires Bambara

Les industries ont été créées à Ségou autour de deux facteurs : la forte
densité rurale et urbaine, l'existence d'un secteur de colonisation agricole.

a-
La régionalisation de la COMATEX

A Ségou, dans cette société Bambara fortement hiérarchisée,


l'implantation de la COMATEX a provoqué des résistances et des phénomènes
de rejet par l'éventuelle remise en cause de la société traditionnelle qu'elle
impliquait. Aussi aucune des communautés de la région n' a-t-elle accepté
spontanément le travail salarié. Les ouvriers qualifiés sont arrivés à la suite de
mutations forcées. On trouvait également au départ, dans les ateliers, un taux
important d'anciens ouvriers qui avaient participé à la construction de l'usine.
Cette situation des premières heures a évolué, et en 1 98 1 , 37 % des travailleurs
sont de Ségou, 47 % du cercle.
Les retombées salariales d'une telle entreprise, 969 millions FM, sont
d'une importance considérable pour la ville et la région : la COMATEX
représente 64 % de la masse salariale régionale. La population ouvrière est
jeune. La majorité des ouvriers entrent dans la tranche d 'âge des 26-30 ans, celle
des ouvrières (1 1,7 % des employés) dans la tranche des 21-25 ans.
Cependant on assiste à une "socialisation"3 des ateliers où l'on tend à
reconstituer la société traditionnelle en dominant le rythme de la machine et non
3.
1976-Multigr.
FOFA.NA (B.S.).-Environnement, contraintes sociologiques et productivité industrielle au Mali ,
4,4% à
à 7,5%
E3 Sotuba 1,5%
à
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260 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

plus en s'y soumettant. L'ouvrier devient "maître de l'usine" comme il existait


un "maître des terres".
L'implantation d'une unité industrielle de cette importance a engendré
un type d'habitat en cité : 131 logements sont réservés aux travailleurs, 4 villas
aux directeurs.

b - L' entité spatiale de l'Office du Niger

Ce produit de l'aménagement volontaire de l'espace qui apparaît comme


un Etat dans l'Etat, a donné lieu à une organisation spatiale autonome qui se
superpose à la région administrative de Ségou.
Le recrutement du personnel de la rizerie de Molodo, montre une
prédominance d'origine à l'intérieur de l'Office même et dans le cercle de
Ségou (26 % des migrants). Les mêmes cercles d'émigration que dans la figure
5B réapparaissent ; ce sont ceux de Kita, Bandiagara, Tombouctou, Diré et
Goundam. Ces migrations saisonnières, à longue distance, et à caractère
temporaire, deviennent parfois définitives. On retrouve également comme
temporaires les fils de colons qui viennent chercher un apport financier
complémentaire.
Découlant de l'activité industrielle qui se développait à l'Office, divers
types d'habitat se sont construits. Le respect hiérarchique dans l'habitat,
remarqué à la COMATEX, existe aussi à Molodo. Selon les catégories, le plan
et le matériau diffèrent : sanitaires intérieurs et ciment pour les cadres
supérieurs, sanitaires extérieurs et banco pour les ouvriers.
Il ressort en fait de l'enquête que l'O.N. n'est pas un espace des plus
attractifs. Il l'est uniquement pour une catégorie de migrants saisonniers
financièrement motivés. L'O.N. apparaît comme désarticulé dans son orga¬
nisation spatiale. 180 km séparent les derniers villages du colonat vers le nord,
de Ségou, centre de commandement excentré. En outre, en saison des pluies, la
piste vers le nord, aujourd'hui goudronnée jusqu'à Niono, était impraticable.

3 - Une zone sous l'égide de la C.M.D.T.

La zone Mali-Sud confiée à la C.M.D.T. voit son développement


industriel s'effectuer au rythme des programmes cotonniers. Leurs retombées
financières lui donnent une homogénéité régionale dont le centre est Koutiala.

a.-Koutiala : centre industriel cotonnier

Les effets de l'activité d'égrenage sont patents au niveau de la quantité


de salaires versés : 330 millions FM en 1980 ont été distribués par la C.M.D.T.,
LES INDUSTRIES DU MALI 261

ce qui représente 47 % des salaires dans la région, mais seulement 3,2 % des
salaires versés à l'échelle nationale.
La richesse de la région provient bien davantage en réalité, de la culture
du coton -14 198 milliards F. CFA distribués aux exploitants, pour la campagne
1985-86-que des salaires versés par les unités d'égrenage.
Contrairement à ce qui se produit à l'O.N., peu de migrants à longue
distance convergent vers Koutiala. Le recrutement se fait dans l'environnement
immédiat et la majorité des ouvriers sont Minianka. Le travail salarié à l'usine
apparaît comme un complément financier qui assure l'équilibre budgétaire
familial. C'est la famille élargie qui décide qu'un ou deux de ses membres doit
migrer et s'embaucher à Koutiala. La structure démographique des migrants est
caractéristique : ce sont surtout des hommes mariés (16 % seulement de
célibataires), et jeunes (moins de 35 ans).
Ces migrations permettent au migrant de s'ouvrir sur le monde urbain
de Koutiala, alors qu'il y aune vingtaine d'années, le standard de vie du paysan
Minianka était modelé dans une économie fermée où la communauté vil¬
lageoise se suffisait à elle-même4.
Au sein de cette région, le plus grand progrès est certainement dû à la
mise sur pied d'associations villageoises où les paysans prennent en charge la
commercialisation de leur coton. Les ristournes octroyées atteignent dans
certains cas 1 ,5 à 2 millions F. CFA par village.

b.-Sikasso : une capitale régionale écartée

Les quelques industries sikassoises ne sont à la mesure ni des


possibilités, ni de l'environnement de cette ville, surtout dans le domaine agro¬
industriel.
Ici les migrants saisonniers qui travaillent à l'usine d'égrenage en saison
sèche ne retournent pas au village en hivernage. Comme à Koutiala ils
cherchent un autre travail salarié en ville ou bien s'en vont dans les plantations
de Côte d'Ivoire participer aux récoltes.
Le périmètre agro-industriel de Farako, avec ses plantations de théiers,
localisé de façon optimale au regard des conditions pédologiques et clima¬
tiques, révèle que la région a une vocation pour l'industrie agro-alimentaire.
Elle est située en milieu soudano-guinéen où les fruits abondent (mandarines,
oranges, limes, noix de cajou...), gaspillés en période de production, alors que
les zones sahéliennes sont demandeuses. Cette vocation régionale semble
avoir été dès les années 60 reniée, lorsqu'on installa à Baguinéda la conserverie
de tomates.

4. MALGRAS (D.).-La condition sociale du paysan minyanka dans le cercle de San. Bulletin I. F A JV., Série
3, 22 (1-2), 1960.
262 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

Seules les unités d'égrenage donnent une homogénéité industrielle à


cette région cependant dépendante d'un centre de commandement extérieur,
Bamako. L'ouverture de la route goudronnée Sikasso-Koutiala en 1981, crée
une interdépendance entre les sous-régions C.M.D.T. beaucoup plus complète
pour la répartition du coton à égrener. Malgré tout, au regard des potentialités
agricoles, les réalisations industrielles sont minimes. La ville semble écartée
des circuits économiques. Le centralisme administratif polarisant les activités
sur Bamako a laissé dans l'ombre, volontairement ou non, une ville comme
Sikasso capable, à l'instar de Bobo-Dioulasso située dans la même zone
climatique au Burkina Faso5, d'être une capitale économique.

c - Sur les marges régionales : San et Kalana

La production du dah autour de San, dans la région C.M.D.T. et sa


transformation par la SOMAS AC était une expérience originale en Afrique.
Malheureusement les perspectives de vente sont faibles. L'arrêt brutal de
l'usine aurait des conséquences économiques désastreuses, 300 ouvriers y étant
employés.
A Kalana, l'exploitation aurifère employait 465 personnes en 1981 et
versait 198 millions FM de salaires (bien plus actuellement avec l'entrée en
activité de l'unité industrielle de traitement). La coopération soviétique y
maintient surplace une forte population expatriée (140 en 1981). A proximité
des installations minières, enclave régionale, les modifications du cadre de vie
déjà décrites apparaissent au village de Kalana : cases en banco crépies de
ciment et couvertes de tôles ondulées. L'amélioration de la piste en latérite et
la construction d'un pont sur le Wassoulou ont permis l'ouverture de ce village
sur l'extérieur.

4.-Les retombées ponctuelles dans les régions excentrées

a.-Diamou et les villages de ciment

Diamou, cité née du ciment, a aujourd'hui une audience nationale. Le


sous-emploi latent et l'émigration traditionnelle Sarakolé ont été atténués par
l'emploi d'une main-d'oeuvre à dominante régionale (28 % des ouvriers
viennent du cercle de Kayes). Une stabilité du personnel en découle : 48 % des
employés en place en 1980 ont été embauchés en 1969, 9,5 % en 1970. Certains
autochtones émigrés reviennent . La dichotomie d'habitat se retrouve ici encore
entre les cadres et les ouvriers. A ces derniers la SOCIMA consent cependant

5. Ex.-Haute-Volta, depuis le 4 août 1984.


LES INDUSTRIES DU MALI 263

des facilités de prêt pour l'achat de ciment. Des conditions de vie attirantes sont
proposées pour maintenir dans un milieu climatique difficile les cadres alloch-
tones.
L'activité fébrile qui règne dans les champs en saison des pluies traduit
l'importance de cette activité secondaire de l'ouvrier paysan en col bleu et
montre l'absence de rupture avec le milieu d'origine. L'activité salariée à
l'usine permet, comme dans la région de Koutiala, d'acquérir du matériel de
labour, contribuant à l'augmentation des surfaces cultivées.
L'incidence socio-économique de l'usine n'est pas négligeable :
206 millions FM de salaires en 1980, soit 35 % de ceux versés dans la région.
Aussi, les commerçants traditionnels se sont-ils empressés d'établir un réseau
de ravitaillement, notamment à partir de Kayes. Divers services : école
secondaire, bureau de poste, magasin SOMIEX, ont été édifiés par la
SOCIMA ; seule l'administration des P. et T. a remboursé parla suite. Aussi les
charges sociales et économiques sont-elles lourdes à supporter pour cette
entreprise créée ex nihilo en milieu rural.

b.-Kita : ville de l'arachide

En plus des revenus dus à l'arachide, seule culture commerciale de la


région, la SEPAMA a versé aux ouvriers 360 millions FM de salaires en 1980,
soit un montant supérieur à la SOCIMA.
L'aire d'influence de la SEPAMA correspond à l'aire de collecte des
produits dans la zone O.A.C.V. (Opération Arachide et Cultures Vivrières).
Dans cette région nord-ouest du pays, deux industries, à Diamou et à Kita,
structurent donc l'espace, par l'origine de la matière première, des hommes, et
parles salaires qui s'y déversent.

c - Les régions de l'Est : Mopti et Gao

D'une trilogie de productions primaires fondées sur la culture, la pêche


et l'élevage, l'industrie de Mopti n'a retenu que deux éléments : la rizerie de
Sévaré qui succède à celle de Mantaka, etl'atelierde mise en sachet du capitaine
fumé. On ne peut vraiment affirmer que ces quelques industries aient un
impact important dans la région : 89 emplois à la rizerie, 22 à la conserverie de
l'Opération Pêche, soit 44 millions FM de salaires industriels pour la ville
en 1 980. Le secteur industriel est insignifiant, et ne peut retenir les migrants qui ,
venus des cercles de Tombouctou, Diré, Goundam et Bandiagara, transitent
seulement par Mopti vers Ségou et Bamako.
Quant à Gao, périphérie de la périphérie, elle est désenclavée grâce à la
route goudronnée, devenue un axe important, qui rejoint Mopti. Le fleuve Niger
264 LES CAHIERS D'OUTRE-MER

permet toujours d'assurer l'approvisionnement en produits pondéreux et peu


périssables, et d'évacuer par exemple les phosphates du Tilemsi stockés sur le
port de Bourem.
L'industrie malienne, presque inexistante à l'Indépendance, s 'est étoffée
peu à peu. En 1981 on compte 150 établissements, soit cinq fois plus qu'au
moment de l'Indépendance, une vingtaine de plus en 1986. La libéralisation
progressive de l'économie à partir de 1968 a permis la réapparition du
commerce privé et le Mali reprend conscience de son atavisme commercial.
Cependant la pérennité du socialisme d'Etat, représenté par les Sociétés et
entreprises d'Etat, qui perdurait parallèlement à l'essor du secteur libéral et
mixte, est en train de disparaître. La restructuration économique liée à l'entrée
dans l'U.M.O.A. et aux conditions dictées par le F.M.I. et la Banque Mondiale
en est à l'origine.
Pendant ces vingt années, la répartition spatiale de l'industrie offre un
aspect de dispersion. Pourtant un axe se détache le long du Niger, et la
concentration bamakoise apparaît comme un phénomène classique. L'Office
du Niger et la C.M.D.T. font figure de géants maliens de l'agro-alimentaire.
Aujourd'hui encore, malgré des réalisations énormes mais parfois peu
cohérentes, l'industrie reste modeste face à celle de pays côtiers comme la Côte
d'Ivoire ou le Sénégal. Le poids de l'agriculture sera longtemps déterminant
dans l'essor économique. C'est elle qui devra assurer la croissance du pays :
seule sa modernisation entraînera celle du secteur agro-industriel, secteur de
loin le plus prometteur de la future économie industrielle malienne.

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