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SYNTAXE

CM 6 Les verbes et le syntagme verbal


1. Les verbes : classifica?on séman?que
Ø  verbes d’état en (1a)
Ø  verbes psychologiques en (1b)
Ø  verbes d’ac?on en (1c)
Ø  verbes de procès en (1d)

(1) a. Pierre ressemble à son père. / Marie connaît ce;e chanson.
b. Jules aime ses parents. / Il ne le croit pas. / Nous espérons que tu
seras content de ton voyage.
c. Pierre courait. / Paul a mis des livres sur la table. / Luc a tué un lapin. /
Jean a vendu plusieurs livres à Marc.
d. Pierre devient riche. / Le beurre a fondu. / Luc est tombé.


1. Les verbes : classifica?on séman?que

Certains verbes peuvent avoir deux interprétaIons :



(2) a. La poussière est entrée dans la maison. (procès)
b. Jean est entré dans la maison. (acIon)

Les verbes d’acIon et de procès peuvent dénoter un accomplissement (3a)
ou non (3b) => modificaIon par « en SN » ou « pendant SN » :

(3) a. L’arbre est tombé en 3 secondes / *pendant 3 secondes.
b. Paul a gagné le sommet en 2 heures / *pendant 2 heures.
c. La maison a tremblé pendant 3 secondes. / *en 3 secondes.
d. Marie a dansé pendant 2 heures. / *en 2 heures.
2. Les verbes : classifica?on syntaxique
Ø  verbes lexicaux (soulignés)
Ø  verbes auxiliaires, cf. (4a)
Ø  verbes modaux, cf. (4b)
Ø  verbes aKribu?fs (copules), cf. (4c)
Ø  verbes « support » (causaIf, aspectuel...), cf. (4d) :

(4) a. J’ai acheté un livre. / Il est venu. / Tu seras puni. / Il a été puni.
b. Je veux acheter ce livre. / Il n’a pas pu venir. / Tu devras être puni. /
/ Il faut réagir.
c. Pierre est / devient / paraît riche.
d. faire V, laisser V, commencer à V, finir de V

NB1 : les verbes auxiliaires et modaux se combinent avec des verbes lexicaux.
NB2 : la copule « être » peut se combiner avec un SAdj, SN ou SPrép (SAdv) locaIf :
Pierre est riche / un étudiant / dans le jardin / ici.
2. Les verbes : classifica?on syntaxique

On peut également disInguer :


Ø  les verbes intransi?fs (sans complément) : courir, dormir, par,r
Ø  les verbes transi?fs (avec compléments), cf. (1ab)
Ø  les verbes impersonnels :

(5) Il pleut. / Il faut agir. (falloir = verbe modal) / Il s’agit d’une simple erreur.

Ø  les verbes pronominaux :


– essenIellement pronominaux (se ≠ pronom), cf. (6a)
– pronominaux réfléchis / réciproques (se = pronom complément), cf. (6b)

(6) a. Marie s’est évanoui. / Jean s’est aperçu de son erreur.
b. Jean se regarde dans le miroir. / Jean et Marie s’aiment.
(se commute avec le)


2. Les verbes : classifica?on syntaxique

Les verbes transiIfs « directs » (complément = SN) peuvent être uIlisés à la


voix acIve ou passive :
Ø  construc?on ac?ve : SN1 Vact SN2

(7) a. Le libraire a vendu cent exemplaires de ce roman.
b. Luc a construit une maison.
c. Jeanne aime tout le monde.

Ø  construc?on passive : SN2 Vpass (par/de SN1)

(8) a. Cent exemplaires de ce roman ont été vendus par le libraire.
b. La maison a été construite par Luc.
c. Tout le monde est aimé de Jeanne.
2. Les verbes : classifica?on syntaxique

Certains verbes peuvent également avoir un emploi pronominal ou


impersonnel :
Ø  emplois pronominaux (des V transiIfs) : SN2 se VacIf

(9) a. On boit ce vin facilement. => Ce vin se boit facilement.
b. Le libraire a vendu cent exemplaires de ce roman => Cent exemplaires
de ce roman se sont vendus samedi dernier.
c. La tempête a cassé la branche. => La branche s’est cassée.

Ø  emplois impersonnels (éventuellement pronominaux) : il (se) VacIf SN

(10) a. Il se vend beaucoup d’exemplaires de ce roman le samedi.
b. (Quelqu’un est arrivé.) Il est arrivé quelqu’un.
c. (Cela se peut.) Il se peut que le train arrive bientôt. (ici, le cplt = P)
2. Les verbes : classifica?on syntaxique

Récapitula?f des construc?ons des verbes transi?fs :



1)  construc?on ac?ve : SN1 Vac?f SN2

2)  construc?on passive : SN2 Vpassif (par SN1)

3)  construc?on pronominale : SN2 se Vac?f



4)  construc?on impersonnelle : il se Vac?f SN2


3. Le syntagme verbal

Ø  les grammaires de dépendance (Tesnière 1957) proposent une analyse


plate de la phrase : Sujet – Verbe – COD – COI
=> sujet + compléments = actants syntaxiques
=> V monovalents / bivalents / trivalents

Ø  les grammaires syntagmaIques proposent une analyse de la phrase en 2
consItuants majeurs : P –> SN SV
=> sujet = argument externe du verbe
=> compléments = arguments internes du verbe
=> V intransiIfs (sans complément) / transiIfs (avec compléments)

Pourquoi un cons?tuant SV ?
3. Le syntagme verbal
Le consItuant SV est visible dans les opéraIons syntaxiques suivantes :

Ø  la commuta?on : Jean [écrit une le;re à ses parents] / [marche].
Ø  la proforme verbale : Jean [écrit une le;re à ses parents]
et Pierre [en fait autant].
Ø  la disloca?on : [Écrire une le;re à ses parents], Jean le fait tous les
jours.
Ø  la phrase semi-clivée : Ce que Jean fait en ce moment, c’est [écrire une
le;re à ses parents]
Ø  la néga?on par ne...que : Jean ne fait qu’[écrire une le;re à ses parents].
Ø  la coordina?on : Jean [écrit une le;re à ses parents]
et [écoute la radio].
3. Le syntagme verbal
Le SV conIent le verbe et ses compléments : on dit que le verbe sous-
catégorise ses compléments.
La sous-catégorisa?on indique le nombre et la forme des compléments de
chaque verbe.

La sous-catégorisa?on :
Ø  est idiosyncraIque => elle est enregistrée dans le lexique :

(11) a. Marie se rappelle son enfance. (SN)
b. Marie se souvient de son enfance. (SPrép)

Ø  indique la structure minimale du SV :

(12) a. Marie ressemble à sa mère. / *Marie ressemble. (structure obligatoire)
b. Eve dessine la mer. / Eve dessine. (structure facultaIve)
3. Le syntagme verbal

Dans la structure facultaIve, les compléments absents sont :


Ø  soit récupérables à parIr du contexte, cf. (13a)
Ø  soit interprétés d'une manière générique, cf. (12b) et (13b)

(13) a. Marie ne viendra pas. Je sais. = Je sais que Marie ne viendra pas.
b. Eve aime manger et boire. / Cet enfant sait lire et écrire.

NB : la sous-catégorisaIon est restreinte avec l’emploi métaphorique du
verbe :

(14) a. La rouille mange la grille. / *La rouille mange.
b. Jean a farci son roman d’anecdotes. / *Jean a farci son roman.
4. Les compléments du verbe

A) les compléments nominaux (SN et ses équivalents proposiIonnels) :


Ø  subsItuIon par les pronoms le(s), la pour les SN définis :
Marie voit Eve. / Marie la voit.
Ø  interrogaIon par que / qui : Que vois-tu ? Un arbre. / Qui vois-tu ? Max.
Ø  subsItuIon par le pronom relaIf que :
Marie a lu le livre. / Le livre que Marie a lu est sur la table.
Ø  sujet dans la phrase passive :
Eve a interprété ce;e sonate. / Ce;e sonate a été
interprétée par Eve.
Ø  subsItuIon par en pour les compléments indéfinis (SN, N’) :
Il a mangé de la soupe. / Il en a mangé.
Ø  de par??f après la négaIon : Marie boit du lait. / Marie ne boit pas de lait.

4. Les compléments du verbe
AKen?on : les mêmes tests peuvent s'appliquer à d'autres consItuants :

Ø  le, que = a;ribut du sujet : Zoé est peIte et Julie l’est aussi.
Que devient-il ?
Ø  qui = sujet : Qui est venu ?
Ø  en = un sous-cons?tuant nominal (N’) :
Il a lu plusieurs livres. / Il en a lu plusieurs.


PronominalisaIon des compléments proposiIonnels :

(15) a. Pierre a appris [que Marie était malade]. / Pierre l’a appris.
b. Je croyais [que Pierre était le mari de Suzanne]. / Je le croyais.
c. Ils ont promis [de nous aider]. / Il l’a promis.


4. Les compléments du verbe
B) Compléments préposi?onnels (SPrép) :
Ø  subsItuIon par les pronoms lui, en, y pour certains SPrép (à, de, locaIfs) :
Ce livre apparIent à Tom. / Ce livre lui apparIent.
Marie parle de ses vacances. / Marie en parle.
Il a posé un vase sur la table. / Il y a posé un vase.
Ø  pas de subsItuIon pronominale pour les autres :
Jean collabore avec Zoé. / Pierre compte sur sa sœur.
Ø  l’interrogaIon doit conserver la préposiIon :
À qui apparIent ce livre ? / Avec qui Jean collabore-t-il ?

Certains verbes se combinent aussi avec des complément adverbiaux :

(16) a. Jean se comporte très mal. / *Jean se comporte.
b. Elle habite loin. / *Elle habite.
4. Les compléments du verbe

AKen?on : les SPrép modifieurs / ajouts (au SV ou à P) peuvent être


introduits par les mêmes préposiIons :

(17) a. Il travaille avec persévérance. (modifieur de SV)
b. Marie se repose au bord de la mer. (ajout à P)

Les critères de disIncIon entre les compléments et les ajouts :
•  omission
•  choix de la préposiIon (pour les SP)
•  place dans la phrase
•  inserIon de et cela
•  reprise par en faire autant ou le faire
•  critère interprétaIf (sélecIon sémanIque).

5. Les compléments vs. les ajouts
A) L'omission
Ø  consItuant obligatoire => complément
Ø  consItuant opIonnel => complément opIonnel ou ajout :

(18) a. Les effets découlent d’une cause. / *Les effets découlent.
b. L’amour ressemble à la haine. / *L’amour ressemble.

(19) a. Marie dessine la mer. / Marie dessine. (cplt du V)
b. Marie mange dans la cuisine. / Marie mange. (ajout à P)
5. Les compléments vs. les ajouts

B) le choix de la préposi?on pour les SPrép


Ø  le V impose habituellement une préposiIon parIculière à son
complément :

(20) a. Marie se concentre sur ce problème.


b. Jean a opté pour ce;e soluIon.

Ø  mais certains compléments peuvent être introduits par plusieurs
préposiIons :

(21) a. Ils dirigent les canons vers l’objecIf. / Il dirige son revolver contre lui.
b. Marie va à Paris / sur la scène / sous le pont.

5. Les compléments vs. les ajouts
C) place dans la phrase
Ø  les ajouts à P peuvent apparaître partout dans la phrase :

(22) a. Marie a fêté son anniversaire de vingt ans dans ce restaurant.
b. Marie a fêté dans ce restaurant son anniversaire de vingt ans.
c. Marie, dans ce restaurant, a fêté son anniversaire de vingt ans.
d. Dans ce restaurant, Marie a fêté son anniversaire de vingt ans.

Ø  les compléments (sauf pronoms cliIques) sont généralement après le V
et interdits entre le sujet et le SV :

(23) a. *Max mal s’est comporté.
b. *Luc aux enfants a raconté une histoire.

5. Les compléments vs. les ajouts
Ø  les SAdv peuvent apparaître entre l’auxiliaire et le par?cipe passé :

(24) a. Marie s’est mal comporté.
b. Ils ont très bien traité tous ces prisonniers de guerre.

Ø  contrairement aux SN, les SP peuvent figurer en tête de phrase :

(25) a. De ces jours heureux, Marc se souviendra toujours.
b. À ses enfants, Paul raconte de belles histoires.
c. Ce;e chanson Marie *(la) chante à chaque fête.
d. Les contes de la rue Broca, Marie *(les) connaît depuis son enfance.


5. Les compléments vs. les ajouts
Ø  d’autres facteurs influencent l’acceptabilité :

(26) a.*À Paris, Marie va. / ?À Paris, Marie va toujours avec ses enfants.
b.*À Nice, Jean habite. / ?À Nice, Jean habite depuis plus de dix ans.

D) inser?on de et cela
Ø  en général impossible entre le V et son complément :

(27) a. Marie aime la musique. / * Marie aime, et cela la musique. (cplt)
b. Marie aime la musique depuis l’enfance / et cela depuis l’enfance.
(ajout à P)
c. ?Max raconte des histoires invraisemblables, et cela à tout le monde.
(cplt / ajout à V’)

5. Les compléments vs. les ajouts
E) reprise par en faire autant
Ø  en faire autant et le faire reprennent le verbe et ses compléments :

(28) a. Zoé chante une chanson et Eve en fait autant.
b. Zoé a montré ses jouets à Kim et Anna l’a fait aussi.
c. *Marie part pour Paris et Jean le fait pour Rome.
d. *Jean s’est comporté très mal et Marie en a fait autant très bien.

Ø  les ajouts ne sont pas repris :

(29) a. Jean a mangé sa glace rapidement, alors que Marie l’a fait lentement.
(ajout à SV)
b. Marie a préparé ses valises hier soir et Max l’a fait ce ma,n. (ajout à P)

5. Les compléments vs. les ajouts

NB : certains SPrép se comportent comme des ajouts, mais, du point de vue


de leur relaIon interprétaIve avec le V, ils s’apparentent aux compléments
=> ajouts à V’ :

(30) a. Marie est montée au 6ème étage par l’escalier de service, Laure l’a fait
par l’escalier principal.
b. Thomas marche d’un pas ferme, alors que Jean le fait d’un pas hésitant.
c. Line a raccourci sa jupe de trois cenImètres, et Laure l’a fait de dix
cenImètres.
5. Les compléments vs. les ajouts
F) critère interpréta?f (sélec?on séman?que)
Ø  l’interprétaIon d’un ajout ne dépend pas du verbe => en (31), dans ce7e
pièce désigne toujours l’endroit où se déroule l’acIon dénotée par le V :

(31) Les enfants ont dormi / ont dansé / ont joué à cache-cache dans ce;e
pièce.

Ø  un complément s’interprète toujours dans sa mise en relaIon avec le
verbe qui le sélec?onne => en (32), sor,r est un V de mouvement, le SP
par la fenêtre désigne le trajet du mouvement dénoté par sor,r
=> c'est un complément facultaIf sélecIonné par le verbe sor,r.

(32) Marie sort / *dort / *joue par la fenêtre.



5. Les compléments vs. les ajouts

Conclusion
Ø  les compléments et les ajouts ont des comportements syntaxiques
différents,
Ø  les compléments sont en relaIon interprétaIve avec le verbe (= sélecIon
sémanIque),
Ø  certains compléments sélecIonnés sémanIquement se comportent, du
point de vue syntaxique, comme des ajouts.



6. La structure du syntagme verbal
Ø  structure de base :

SV

spécifieur V’

V complément

Ø  le complément obligatoire ou le plus proche du V d’un point de vue
sémanIque est la sœur de V,
Ø  les autres compléments sont représentés comme des ajouts à V’,
Ø  la branche « spécifieur » ne sera pas uIlisée ce;e année.

6. La structure du syntagme verbal
V intransi?f : Marie court. Verbe transi?f : Marie dessine la mer.
Marie ressemble à son père.


SV SV

V’ V’

V V SN / SPrép

court dessine la mer
ressemble à son père

6. La structure du syntagme verbal

Verbe transi?f avec 2 compléments : Marie offre un cadeau à Max.


Marie ouvre la porte avec sa clé.

SV

V’

V’ SP

V SN à Max
avec sa clé
offre un cadeau
ouvre la porte