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Une généalogie de la communication politique numérique

Alexandre Eyries est enseignant-chercheur Habilité à Diriger les Recherches en Sciences de


l'Information et de la Communication à l'Université de Bourgogne Franche-Comté, Il développe des
travaux sur la communication politique, sur le journalisme narratif, sur les usages sociaux des outils
numériques, les questions de communication, etc.

A travers une démarche historique, l’auteur développe une forme de généalogie de la


communication politique médiatisée par, premièrement l’informatique, l’Internet ensuite et par les
réseaux sociaux actuellement (vingtaine d’années). Cette étude tente en gros d’analyser la
communication politique et plus particulièrement la communication politique médiatisée par les
outils numériques, tout en mettant l’accent sur l’élément historique.

La communication politique se définit comme « l’ensemble des techniques et procédés dont disposent
les acteurs politiques, le plus souvent des gouvernants, pour séduire, gérer et circonvenir l’opinion »
Jacques Gerstlé.

le solutionnisme technologique que le chercheur Evgeny Morozov définit de la manière suivante : «


la Silicon Valley tenterait de tous nous enfermer dans un carcan numérique, en faisant la promotion
de l’efficacité, de la transparence, de la certitude et de la perfection, et en éliminant par extension
leurs pendants diaboliques : les tensions, l’opacité, l’ambiguïté et l’imperfection

 Solutionnisme : Courant de pensée originaire de la Silicon Valley qui souligne la capacité des
nouvelles technologies à résoudre les grands problèmes du monde, comme la maladie, la
pollution, la faim ou la criminalité.

 De l’essor d’Internet à un espace public numérique élargi


L’évolution des technologies informatiques a impacté tant de domaines (économique, social etc.), la
sphère politique n’en est pas une exception. La forme traditionnelle de communication est
caractérisée par une communication dite « point-to-point », elle implique un émetteur et un
receveur ou bien par une communication dite « broadcast » qui implique un émetteur et plusieurs
receveurs. Avec la venue d’Internet, ces deux formes de communication peuvent être utilisées de
façon simultanée, et un simple utilisateur peut maintenant joindre un public illimité avec l’aide de
plusieurs canaux, que ce soit par le texte, la voix, les images ou la vidéo. L’ère d’Internet est le temps
de l’information surchargée, avec des milliers, voire des millions, de sources passant par les sites
officiels et prestigieux, jusqu’au plus petit blogue. Et évidemment, tout cela a un impact sur les
organisations politiques, les médias traditionnels, tout comme sur les utilisateurs d’Internet.
 Internet : nouvel outil de communication politique
L’internet a été utilisé pour des fins politiques la première au États-Unis Lors de l’élection
présidentielle américaine de 1996, les candidats avaient déjà tous un site Internet. Mais c’est
véritablement lors de celle de 2004 qu’Internet marqua un véritable tournant dans la communication
politique nord-américaine. Howard Dean, Gouverneur sortant du Vermont, démontre à quel point
Internet a joué un rôle prépondérant dans sa campagne pour la présidentielle américaine de 2004.
Ce candidat aux primaires démocrates, qui semblait sortir de nulle part, a réussi, grâce à son
utilisation astucieuse d’Internet, à se classer parmi les candidats qui pouvaient sérieusement aspirer
à être désignés comme candidat officiel du parti. Dans sa stratégie de campagne, le candidat a
embauché à ses côtés un consultant Internet à temps plein et a utilisé le portail interactif
Meetup.com pour y publier son agenda de campagne. En utilisant cet outil, Howard Dean a réussi à
recruter des supporters et militants à travers tous les États-Unis et à récolter beaucoup de dons en
ligne. Finalement, Howard Dean ne fut pas désigné candidat officiel pour le Parti démocrate, mais
l’engouement suscité par Internet le hissa au poste de Président du parti. L’essor des nouvelles
technologies d’information et de communication et des nouveaux médias a refaçonné le paysage
communicationnel, et il n’est pas sans impact sur la communication politique. Internet et son pouvoir
de réseautage peuvent permettre à l’homme politique d’atteindre plusieurs objectifs de campagne,
dont la collecte de fonds, la production et la distribution d’information pour augmenter la visibilité
du candidat et améliorer son image et la mobilisation.

Pour cette raison, on a constaté une professionnalisation de la tâche communicationnelle, à travers


les agences de communication qui se chargent de missions telles : « Renouer le lien avec son socle
électoral, organiser son équipe de campagne, collecter les données électorales, les stocker, les
analyser, construire grâce à elle un programme d'actions pertinent, former aux techniques de
communication les plus récentes en situation concrète (porte à porte, réunions d'appartement, prise
de parole, phoning, tractage, animation des équipes de militants, de sympathisants, opérations de
buzz, de street marketing, les réseaux sociaux.)»1

 Un plus grand rayon d’action


Le Web offre désormais à la classe politique de nombreuses possibilités en matière de communication
politique, Aux côtés des médias traditionnels, Internet n’est plus à négliger pour l’homme politique qui
fait campagne et qui cherche à obtenir un maximum de voix pour être élu. C’est pourquoi depuis
quelques années la présence des organisations politiques sur le Web est devenue quasi essentielle.

L’auteur passe ensuite à l’explication du passage du Web 1.0 vers le Web 2.0 : le Web 1.0 est
simplement un portail d’informations où les utilisateurs reçoivent passivement des informations sans
avoir la possibilité de publier des commentaires ou des réactions. Le Web 2.0 Le encourage la
participation, la collaboration et le partage d’informations. Youtube, Wiki, Flickr, Facebook, etc., sont
des exemples d’applications Web 2.0.

1
Site officiel d’une agence de communication française « PLEBISCIT »
Les principales utilisations politiques d’Internet sont classées en trois groupes : les utilisations
politiques « institutionnelles », les utilisations par les campagnes électorales et les utilisations par les
groupes de pression et les partis « marginaux ». Philippe J. Maarek.

 Les utilisations politiques « institutionnelles » : La première catégorie inclut les sites des
partis politiques traditionnels, mais exclut les services institutionnels permanents de l’État ou
les collectivités territoriales. En période de campagne électorale, ces sites sont étoffés et
présentent les différents candidats, la plateforme électorale, etc. Ces sites officiels ont un rôle
d’influence important. Ajoutant qu’à l’ère du Web 2.0, ces sites Internet sont souvent
accompagnés de blogues ou de forum servant à l’expression des opinions des internautes.
 Les utilisations lors de campagnes électorales : Pendant les compagnes électorales, les
candidats utilisent tous le site Web pour communiquer et transmettre de l’information. Sur le
site Web d’un parti, l’internaute en quête d’information sur un parti politique peut retrouver
des informations sur l’homme politique candidat, la description plus ou moins détaillée de son
programme, les communiqués de presse, les vidéos des meetings, ainsi qu’un calendrier de la
campagne. Un espace particulier est également dédié aux militants qui peuvent y retrouver des
textes, mais surtout du matériel de campagne téléchargeable (tracts à distribuer, modèles
d’affiches, ainsi que des tutoriels pour la création de pages Web personnelles.
 Les utilisations par les groupes de pression : Le Web offre une possibilité et une facilité avec
laquelle n’importe qui peut créer un site Web personnel consultable du monde entier et
pourrait donc favoriser, aux côtés des groupes institués, l’émergence de nouvelles forces
politiques ou sociales qui jusque-là étaient handicapées par l’absence d’appareil structuré.
Grâce aux moteurs de recherche, il est maintenant très facile d’accéder à l’information
recherchée. Les groupes de pression ont donc également vu l’intérêt de se retrouver sur la toile
pour communiquer leurs idées, et ce, à de moindres coûts.

Internet et les réseaux sociaux sont devenus des outils tellement importants qu’ils sont désormais
considérés comme un droit humain fondamental partout dans le monde, la virtualisation de la
politique permet d’accéder à des ressources en ligne émises par le gouvernement, le parlement, les
partis, les médias, mais aussi les groupes civiques, mais tout le monde ne peut pas encore en profiter.
L’Internet des années 2000 est une véritable révolution
technologique. De nos jours, quatre personnes sur cinq ont
accès à l’Internet chez eux. Cette réalité ne peut être
négligeable, surtout pour ceux qui en ont intérêt. Chaque
parti politique détient aujourd’hui son site web où les
internautes peuvent se renseigner sur les programmes des
candidats à une élection, la biographie de ces derniers ou
encore la vie du parti. En créant un site web, un parti politique
donne un plus large écho à ses idées, produisant une
alternative aux informations diffusées par les médias
traditionnels.

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