Vous êtes sur la page 1sur 75

Écriture

hiéroglyphique
égyptienne
caractère de la plus ancienne écriture
égyptienne

 Cette page contient des caractères


spéciaux ou non latins. Si certains
caractères de cet article s’affichent mal
(carrés vides, points d’interrogation, etc.),
consultez la page d’aide Unicode.
Pour les articles homonymes, voir
Hiéroglyphe.
Écriture hiéroglyphique

Hiéroglyphes sur le temple de Kôm Ombo.


Caractéristiques
Type Logogrammes et
phonogrammes
Langue(s) Ancien égyptien, moyen
égyptien
Historique
Époque Du e millénaire avant notre
ère au e siècle
Système(s)
Hiératique, démotique
dérivé(s)
Codage
Unicode U+13000 – U+1342F
ISO 15924 Egyp
modifier  
L’écriture hiéroglyphique égyptienne est
un système d'écriture figurative : les
caractères qui la composent
représentent en effet des objets divers,
— naturels ou produits par l'Homme —,
tels que des plantes, des figures de
dieux, d'humains et d'animaux, etc. (cf.
classification des hiéroglyphes). Les
égyptologues y distinguent
traditionnellement trois catégories de
signes :

les signes-mots (ou idéogrammes), qui


désignent un objet ou, par métonymie,
une action ;
les signes phonétiques (ou
phonogrammes), qui correspondent à
un son (consonne, suite de consonnes
ou voyelle[a]) ;
les déterminatifs, signes « muets » qui
indiquent le champ lexical auquel
appartient le mot.

Apparue à la fin du e millénaire avant


notre ère en Haute-Égypte, l'écriture
hiéroglyphique est utilisée jusqu’à
l'époque romaine, soit pendant plus de
trois mille ans. La connaissance des
hiéroglyphes se perd avec la fermeture
des lieux de culte dits « païens » par
l’empereur Théodose Ier vers 380. Si des
chercheurs déclarent que des
hiéroglyphes auraient été décodés par
Ibn Wahshiyah vers le e
 siècle[1], des
Européens s'y sont aventurés au début
e
du  siècle (Johan David Åkerblad,
Thomas Young), avec des succès
incertains, mais il faudra, après la
découverte de la pierre de Rosette, le
génie de Jean-François Champollion[2]
pour briser, après quatorze siècles, ce qui
paraissait être « un sceau mis sur les
lèvres du désert »[3].

Étymologie

Le hiéroglyphe désigne d'abord le graveur des signes


(Carte postale de 1898 par John White Alexander).
Le mot hiéroglyphe dérive du grec
ἱερογλύφος / hieroglúphos, formé lui-
même à partir de ἱερός / hierós
(« sacré ») et γλύφειν / glúphein
(« graver »).

À l'époque gréco-romaine, il désignait


« celui qui trace les hiéroglyphes » et non
les hiéroglyphes eux-mêmes, qui se
disaient τὰ ἱερογλυφικά (γράμματα) / tà
hierogluphiká (grámmata), c'est-à-dire
« les (caractères) sacrés gravés » sur les
monuments (stèles, temples et
tombeaux). Ultérieurement, par un
glissement de sens, le mot
hiéroglyphes[b] finit par désigner les
caractères hiéroglyphiques eux-mêmes.

Les Égyptiens eux-mêmes nommaient


leur écriture *medou-netjer (« parole
divine ») soit, en translittération, mdw
nṯr :

Par extension, on qualifie souvent de


hiéroglyphique une écriture utilisant le
même principe logographique que
l'égyptien. Ainsi, on parle du hittite ou du
maya hiéroglyphiques. Il n'est cependant
pas admis de dire des caractères chinois
qu'ils sont des hiéroglyphes.
Hiéroglyphes comme sinogrammes
appartiennent à l’ensemble plus vaste
des logogrammes.
Histoire et évolution

Dernière inscription hiéroglyphique connue (394) sur


la porte d'Hadrien à Philæ.

Les hiéroglyphes égyptiens, quoique très


différents de l'écriture cunéiforme
mésopotamienne, y trouvent peut-être
leur origine, l'Égypte ayant été au
minimum influencée par le système
inventé en Mésopotamie[4].

L'écriture hiéroglyphique est attestée dès


le e millénaire : la plus ancienne
inscription a été découverte en 1986 sur
une tombe dans l'antique site d'Abydos
et remonte aux années 3250/3200 avant
notre ère[5],[6], c'est-à-dire simultanément
à l'apparition des caractères cunéiformes
en Mésopotamie. Elle fut employée
pendant plus de 3 000 ans : la dernière
inscription connue à ce jour est datée du
24 août 394, et se trouve dans le temple
de Philæ[c].

Dès l'Ancien Empire[7], l’égyptien


hiéroglyphique fut un système d’écriture
où se mêlaient idéogrammes, signes
consonantiques (unilitères, bilitères, et
même trilitères) et déterminatifs (voir
plus bas). À partir de la XVIIIe dynastie,
les scribes utilisèrent un certain nombre
de bilitères comme syllabaires (sȝ, bȝ, kȝ
etc.) pour transcrire les noms sémitiques
ou d’origine sémitique, mais l’écriture dite
syllabique ne sortit jamais de ce
domaine.

Quelle que soit leur fonction, les signes


sont figuratifs : ils représentent quelque
chose de tangible, souvent facilement
reconnaissable, même pour quelqu'un
qui ignore le sens du signe. En effet, pour
le dessin des hiéroglyphes, les Égyptiens
s'inspirèrent de leur environnement :
objets de la vie quotidienne, animaux,
plantes, parties du corps. À l'époque de
l'Ancien, du Moyen et du Nouvel Empire, il
existait environ sept cents signes
hiéroglyphiques, alors qu'à l'époque
gréco-romaine, on en dénombrait plus de
six mille.

Les hiéroglyphes furent gravés sur pierre


ou bien, dans le cas de l'écriture
hiératique, tracés au calame et à l'encre
sur un support moins durable.

Apparue avant la civilisation


pharaonique, l'utilisation des
hiéroglyphes gravés n'est donc pas liée
aux nécessités administratives d'un État
en formation. Elle se limitait aux
domaines où l'esthétique et/ou la valeur
magique des mots avaient de
l'importance : formules d'offrandes et
fresques funéraires, textes religieux,
inscriptions officielles. L'écriture consiste
d'abord en de courtes inscriptions — des
« énoncés titres » — désignant un
souverain, une bataille, une quantité, puis
aux environs de -2700, sous le règne du
roi Djéser marqué par le développement
des pratiques religieuses et des rites
funéraires, s'élaborent des phrases
construites que l'on retrouve
essentiellement dans les pyramides.

Hiéroglyphes conservés au Musée du Louvre.


Après le temps consacré au
développement du système d'écriture de
type hiéroglyphique, quatre autres stades
d'évolution (et de simplification
progressive) de cette écriture peuvent
être distingués : après le stade
hiéroglyphique vient le stade des
hiéroglyphes linéaires ; puis vient celui de
l'écriture hiératique ; vient ensuite celui
de l'écriture démotique ; enfin, vient le
copte, comme dernière étape du
processus d'abstraction et de
simplification.

Une première simplification du système


d'écriture égyptien est qualifiée par les
égyptologues de hiéroglyphes linéaires.
Ceux-ci conservent l'aspect figuratif des
hiéroglyphes gravés, mais furent tracés
avec moins de précision que ces
derniers ; ils ont par ailleurs constitué un
premier pas vers l'abstraction de ce
système de représentation. Ils furent
peints sur les sarcophages en bois et les
papyrus des « livres des morts ».

L'écriture hiératique, troisième stade de


l'évolution du système d'écriture
égyptien, en constitue la forme cursive.
Réservée aux documents administratifs
et aux documents privés, elle était tracée
au pinceau et avait pour support les
ostraca (tessons de poterie ou de
calcaire), les tablettes de bois, ou plus
rarement le papyrus et le parchemin, d'un
coût très élevé[8].

À partir de l'époque saïte (XXVIe


dynastie), le hiératique fut partiellement
supplanté par une nouvelle cursive, le
démotique. Il s'agit d'une simplification
extrême de l'écriture hiératique, réservée
aux actes administratifs et aux
documents de la vie courante, d'où son
nom d'écriture « populaire ». L'écriture
hiératique n'était alors plus utilisée que
pour consigner des textes religieux ou
sacerdotaux, conjointement avec les
hiéroglyphes, d'où son nom d'écriture
« sacerdotale ». À l'époque ptolémaïque,
le grec s'imposa de plus en plus comme
langue administrative : à partir de -146
les contrats écrits uniquement en
démotique avaient perdu toute valeur
légale [réf. nécessaire].

Le copte, enfin, est le dernier stade de la


langue et de l'écriture égyptiennes. Il est
encore utilisé de nos jours, mais
uniquement comme langue liturgique. Il
s'écrit au moyen de l'alphabet grec
auquel on a ajouté sept caractères
démotiques pour transcrire les sons
étrangers au grec.
Illustration de l'article Tabula Æegyptiaca
hieroglyphicis exornata publiée dans la revue Acta
Eruditorum de 1714.

L'écriture égyptienne n'est plus utilisée


actuellement pour écrire quelque langue
moderne que ce soit. Cependant, selon
certains chercheurs, c'est elle qui, via le
proto-sinaïtique, aurait donné naissance
à l'alphabet phénicien, lequel, à son tour,
sera à l'origine des alphabets hébreu,
araméen et grec, donc des caractères
latins et cyrilliques[9].

Le système d'écriture
Reproduction de la pierre de Rosette.

Les hiéroglyphes gravés égyptiens sont


tous, ou peu s'en faut, figuratifs : ils
représentent des éléments réels ou
imaginaires, parfois stylisés et simplifiés,
mais parfaitement reconnaissables dans
la plupart des cas.

Jean-François Champollion, le
déchiffreur des hiéroglyphes, considéré
comme le père de l'égyptologie, définit le
système hiéroglyphique comme suit :

« C'est un système complexe,


une écriture tout à la fois
figurative, symbolique et
phonétique, dans un même
texte, une même phrase, je
dirais presque dans un mêm e
mot[10]. »

En effet, un même caractère peut, selon


le contexte, être interprété de diverses
manières : comme phonogramme[d]
(lecture phonétique), comme
idéogramme ou comme déterminatif
(lecture sémantique). Nous verrons plus
loin que le déterminatif, qui ne se lit pas,
facilite la lecture en « déterminant » le
champ lexical auquel le mot appartient :
ainsi, le déterminatif de l'« homme
assis » (A1 d'après la classification de
Gardiner) accompagne les mots
désignant la fonction (« vizir », « prêtre »),
la profession (« artisan »), l'ethnie
(« Asiatique », « Égyptien », « Libyen »,
« Nubien ») ou encore les liens de
parenté (« père », « fils », « frère »).

Dans les parties qui suivent, les


hiéroglyphes seront translittérés, c'est-à-
dire retranscrits à l'aide de symboles d'un
autre système d'écriture.
 Article détaillé : Translittération des
hiéroglyphes.

Lecture phonétique M…

On lit le caractère indépendamment de


son sens, selon le principe du rébus. Les
phonogrammes sont formés soit d'une
consonne (signes dits mono- ou
unilitères), soit de deux (signes bilitères)
ou de trois (signes trilitères). Les vingt-
quatre signes unilitères constituent le
pseudo-alphabet hiéroglyphique (voir
plus bas).

L'écriture hiéroglyphique s'apparente à un


abjad : elle ne note pas les voyelles, à la
différence du cunéiforme par exemple.
C'est une écriture défective (scriptio
defectiva).

Ainsi, le hiéroglyphe représentant un


canard se lit sȝ, car telles étaient les
consonnes du mot désignant cet animal.
On peut cependant utiliser le signe du
canard sans rapport avec le sens pour
représenter les phonèmes s et ȝ à la
suite (indépendamment des voyelles qui
pourraient accompagner ces consonnes)
et ainsi écrire des mots comme sȝ,
« fils » ou, en complétant avec d'autres
signes qu'on détaillera plus loin, sȝw,
« garder, surveiller », sȝtw, « terre
ferme » :
: le caractère sȝ ;

: le même caractère utilisé seul (le sens


du petit trait vertical sera expliqué plus
loin) pour signifier « canard » ou, avec le
déterminatif approprié, « fils », deux
mots ayant les mêmes consonnes ;

: le caractère sȝ au sein du mot sȝw,


« garder, surveiller » et dans
, sȝtw, « terre ferme ».

L'« alphabet » hiéroglyphique M…

Pour certains caractères, le principe du


rébus devint celui de l'acrostiche : on ne
lit plus que la première consonne du mot.
Exemples d'utilisation d'idéogrammes pour leur valeur unilitère[11].
Idéogramme Objet Utilisation comme Valeur phonétique de Valeur
représenté idéogramme l'idéogramme unilitère

bouche « bouche » /rȝ/ /r/

« endroit (où on pose le


pied /bw/ /b/
pied) »

cobra « cobra » /ḏt/ /ḏ /

Ainsi, on peut regrouper les vingt-quatre


signes unilitères en une sorte
d'« alphabet » hiéroglyphique, qui,
cependant, ne fut jamais utilisé comme
tel en remplacement des autres
hiéroglyphes, bien que c'eût été possible :
en effet, tous les mots égyptiens auraient
pu être écrits au moyen de ces seuls
signes, mais les Égyptiens n'ont jamais
franchi le pas et simplifié leur écriture
complexe en alphabet. Le pseudo-
alphabet égyptien est donc composé de
caractères ne notant qu'une seule
consonne, bien que certains d'entre eux
en désignent plusieurs quand ils sont
employés comme idéogrammes.
Pseudo-alphabet hiéroglyphique, dans l'ordre conventionnel des dictionnaires et des
grammaires.
Signe Translittération Objet représenté Valeur phonétique Code Gardiner

Ȝ, ȝ vautour [a] G1

Ỉ, ỉ roseau fleuri [i] M17

J, j roseaux fleuris [j] M17a

Ꜥ, ˁ avant-bras [aː] D36

W, w poussin de caille [u], [w] G43

B, b pied [b] D58

P, p siège [p] Q3

F, f vipère à cornes [f] I9

M, m chouette [m] G17


N, n eau [n] N35

R, r bouche [r] D21

H, h plan ou cour de maison [h] O4

Ḥ, ḥ tresse de lin [ħ] V28

Ḫ, ḫ boule de corde [x] Aa1

H̱ , ẖ queue de taureau [ç] F32

S, s verrou [z] O34

Ś, ś linge [s] S29

Š, š pièce d’eau [ʃ] N37


Ḳ, ḳ pente [q] N29

K, k corbeille [k] V31

G, g support de jarre [g] W11

T, t pain [t] X1

Ṯ, ṯ entrave pour animaux [t͡ʃ] V13

D, d main [d] D46

Ḏ, ḏ cobra [d͡ʒ] I10

Les compléments phonétiques M…


Une tête de bœuf, un serpent, une main…

L'écriture égyptienne est souvent


redondante : en effet, il est très fréquent
qu'un mot soit suivi de plusieurs
caractères notant les mêmes sons, afin
de guider la lecture. Par exemple, le mot
nfr, « beau, bon, parfait », pourrait être
écrit au moyen du seul trilitère

, mais il est bien plus fréquent qu'on


ajoute à ce trilitère les unilitères pour f
et r.
Il est donc écrit nfr+f+r, mais on lit nfr.

Les caractères redondants


accompagnant les signes bilitères ou
trilitères sont appelés « compléments
phonétiques ». Ils se placent devant le
signe à compléter (rarement), après (en
règle générale) ou bien ils l'encadrent,
servant ainsi d'aide à la lecture, d'autant
que le scribe, pour des raisons de
calligraphie, inversait parfois l'ordre des
signes (voir plus bas) :

mdw +d +w (les compléments sont


placés après) → on lit mdw, « paroles,
langue » ;
ḫ +p +ḫpr +r +j (les compléments
encadrent) → on lit ḫpr.j, « Khépri ».

Les compléments phonétiques


permettent notamment de différencier
les homophones. En effet, les signes
n'ont pas toujours une lecture unique :

par exemple, le siège, peut se lire st, ws


et ḥtm, selon le contexte dans lequel il
se trouve.

La présence de compléments
phonétiques — et du déterminatif
approprié — permet de savoir quelle
lecture suivre :

st :

st (écrit st+t ; le dernier caractère est le


déterminatif de la maison ou de ce qui
s'y rapporte), « siège, trône, endroit » ;

st (écrit st+t ; le dernier caractère est


l'œuf, déterminatif du nom de la déesse
Isis), « Isis ».

ws :
wsjr (écrit ws+jr, avec comme
complément phonétique l'œil, qui se lit
jr, suivi du déterminatif du dieu),
« Osiris ».
ḥtm :

ḥtm.t (écrit ḥ+ḥtm+m+t, avec le


déterminatif du chacal), un type de bête
sauvage, peut-être l'ours ;

ḥtm (écrit ḥ+ḥtm+t, avec le déterminatif


de l'oiseau s'envolant), « disparaître ».

Enfin, il arrive parfois que des mots aient


changé de prononciation par rapport à
l'ancien égyptien : dans ce cas, il n'est
pas rare que l'écriture adopte un
compromis dans la notation, les deux
lectures étant indiquées conjointement.
C'est le cas notamment pour l'adjectif
bnrj, « doux (i. e. d'une saveur agréable) »,
devenu bnj, et le verbe swri, « boire »,
devenu swj. On les écrit, en moyen
égyptien, bnrj et swri,

, qui se lisent toutefois bnj et swj, le r


n'ayant été conservé que pour garder
et un lien écrit avec le mot ancien (à la
manière de notre monsieur, qui ne se
lit plus comme il s'écrit).

Lecture sémantique M…

Outre une interprétation phonétique, les


caractères peuvent être lus pour leur
sens : on parle dans ce cas de
logogrammes (plus précisément
d'idéogrammes) et de déterminatifs (ou
sémagrammes)[12].

Logogrammes M…

Un hiéroglyphe utilisé comme


logogramme désigne l'objet dont il est
l'image. Les logogrammes sont donc le
plus souvent des noms communs ; ils
sont généralement accompagnés d'un
trait vertical muet indiquant leur valeur
de logogramme (l'utilisation du trait
vertical est détaillée plus bas)[13] en
théorie, tout hiéroglyphe aurait pu servir
de logogramme. Les logogrammes
peuvent être accompagnés de
compléments phonétiques. Dans
quelques cas, le rapport sémantique est
indirect, métonymique ou métaphorique.
Exemples de hiéroglyphes utilisés comme logogrammes. Dans les trois derniers exemples, le
rapport sémantique est de type métonymique ou métaphorique.
Hiéroglyphe Prononciation Objet représenté Sens

rꜥ soleil

pr maison

swt jonc (t est le complément phonétique)

ḏw montagne

nṯr étendard de temple Dieu

oiseau à tête humaine (représentation traditionnelle âme,



du ba) « bâ »

« flamant rose » — le phonogramme correspondant signifie


dšr
« rouge », et l'oiseau est associé par métonymie à cette couleur.

Déterminatifs M…
 Article détaillé : Déterminatifs de
l'égyptien ancien.

Les déterminatifs ou sémagrammes se


placent en fin de mot. Ce sont des
caractères muets servant à indiquer le
champ lexical du mot. Les cas
d'homographies étant très fréquents
(d'autant plus que seules les consonnes
sont écrites), le recours aux
déterminatifs est primordial. Si un
procédé similaire existait en français, on
ferait suivre les mots homographes d'un
indice qu'on ne lirait pas, mais qui en
préciserait le sens : « vers [poésie] » et le
pluriel « vers [animal] » seraient ainsi
distingués.
Il existe de nombreux déterminatifs :
divinités, humains, parties du corps
humain, animaux, plantes etc. Certains
déterminatifs possèdent un sens propre
et un sens figuré. Ainsi, le rouleau de
papyrus,

, sert à déterminer les écrits, mais aussi


les notions abstraites.

Voici quelques exemples d'utilisation des


déterminatifs[14] permettant d'en illustrer
l'importance :
Exemples de déterminatifs hiéroglyphiques levant l'ambiguïté entre les homophones nfr.

Mot

Prononciation nfr.w nfr.t nfr.w nfr nfr

bande cruche avec


Pictogramme enfant portant la femme
maison d'étoffe marque du
déterminatif main à sa bouche assise
frangée pluriel

Catégorie
maison, tissu, pot, vaisselle,
lexicale enfant, jeune femme
bâtiment vêtement boisson
indiquée[15]

jeune
Signification du
recrues militaires femme fondations vêtement vin, bière
mot
nubile

Nota :

Ce déterminatif est un raccourci pour


signaler trois occurrences du mot, c'est-
à-dire son pluriel (puisque la langue
égyptienne connaît un duel, indiqué
parfois par deux traits).

Tous ces mots ont la connotation


méliorative « bon, beau, parfait ». Notons
qu'un dictionnaire récent[16] indique une
vingtaine de mots se lisant nfr ou formés
à partir de ce mot — preuve de
l'extraordinaire richesse de la langue
égyptienne.

Sens de lecture M…

Les hiéroglyphes s'écrivent de droite à


gauche, de gauche à droite ou de haut en
bas, la direction usuelle étant de droite à
gauche. Le lecteur, pour connaître le sens
de lecture, doit considérer la direction
dans laquelle sont tournés les
hiéroglyphes asymétriques. Par exemple,
quand les figures humaines et les
animaux, facilement repérables,
regardent vers la gauche, il faut lire de
gauche à droite, et inversement.

Les mots ne sont pas séparés par des


blancs ou des signes de ponctuation.
Cependant, certains caractères
apparaissent surtout en fin de mot, de
sorte qu'il est parfois possible de
distinguer les mots par ce biais. Il est
évident toutefois que seule une solide
connaissance de la langue et de sa
syntaxe permet de découper un texte en
mots.

Le quadrat M…
Les hiéroglyphes ne sont cependant pas
simplement alignés les uns à la suite des
autres : en effet, ils se répartissent
harmonieusement dans un carré virtuel
(c'est-à-dire non tracé), ou quadrat (aussi
écrit cadrat), à la manière des
sinogrammes. À la différence des
sinogrammes, cependant, tout caractère
ne remplit pas entièrement le quadrat :
certains n'en remplissent que la moitié,
horizontalement ou verticalement,
d'autres le quart.
Exemples de hiéroglyphes occupant un quadrat, un demi-quadrat et un quart de quadrat.
Quadrat Demi-quadrat horizontal Demi-quadrat vertical Quart de quadrat

L'ordre de lecture des éléments disposés


à l'intérieur d'un quadrat est indépendant
du sens de lecture global, qu'il soit
horizontal (quadrats disposés en lignes)
ou vertical (quadrats disposés en
colonnes). Les signes qui occupent un
quadrat se lisent de gauche à droite puis
de haut en bas, ou bien de haut en bas
puis de gauche à droite.

Particularités calligraphiques et
contraintes
M…

Il existe plusieurs particularités


calligraphiques, dont voici les
principales :

1. les caractères se répartissent en


quadrats (voir plus haut) ;
2. pour éviter qu'un quadrat ne soit
incomplet, on inverse parfois des
signes afin de rendre l'ensemble
plus compact. De même, dans un
souci d'esthétique, on choisit avec
soin les compléments phonétiques,
bien qu'il y ait redondance ;
3. on inverse parfois les hiéroglyphes
d'oiseaux tenant en un quadrat et
les signes d'un quart de quadrat (le
p par exemple) ; dans ce cas, le petit
caractère précède et occupe le
creux du quadrat ;
4. on peut omettre des signes, surtout
ceux notant les phonèmes ꜣ et j ;
5. les signes désignant les dieux sont
placés en tête d'énoncé, de
syntagme ou de mot composé, par
antéposition honorifique (inversion
respectueuse).

Cependant, même si les hiéroglyphes


sont inversés, la lecture et la
translittération n'en tiennent évidemment
pas compte.

Signes annexes M…

Trait de remplacement M…
Un caractère parfois jugé offensant : « mettre au
monde » (bas relief du temple de Kom Ombo).

Les caractères offensants, funestes,


tabous, rares ou complexes peuvent être
remplacés par un trait oblique :

ms(j), verbe signifiant « mettre au


monde », peut être écrit :

le déterminatif de la femme accouchant


(dernier caractère) étant parfois jugé
offensant (ou tout simplement trop
difficile à dessiner) ;
m(w)t, « (la) mort, mourir », sera aussi
écrit :

pour éviter le déterminatif de l'ennemi à


terre (dernier caractère), signe funeste.

Cartouche M…

On place dans un cartouche les noms de


dieux (exceptionnellement) et les deux
derniers noms (roi de Haute et Basse-
Égypte et fils de Rê) de la titulature royale
(toujours) :
jtn, jmn-rˁ, qljwȝpdrȝ.t,
« Aton » « Amon-Rê » « Cléopâtre »

Trait de remplissage M…

On fait usage du trait de remplissage


pour terminer un quadrat qui serait,
sinon, incomplet.

Signes agglutinés M…
Il existe des signes qui sont la
contraction de plusieurs autres. Ces
signes ont cependant une existence
propre et fonctionnent comme nouveaux
signes : par exemple un avant-bras dont
la main tient un sceptre sert de
déterminatif aux mots signifiant « diriger,
conduire » et à leurs dérivés.

Redoublement M…

Le redoublement d'un signe indique son


duel, le triplement son pluriel.

Signes non-figuratifs M…

Il s'agit :
du trait vertical indiquant qu'il s'agit
d'un idéogramme (pour les cas
d'ambiguïté où un même signe
coexiste comme caractère phonétique
et idéogramme) ;
des deux traits obliques du duel et des
trois traits verticaux du pluriel ;
et, emprunté au hiératique, le suffixe
de formation du pluriel :

L'orthographe M…
Hiéroglyphes dans un temple fondé par
Thoutmôsis III.

La notion d'une orthographe « correcte »


de l'égyptien hiéroglyphique ne se pose
pas dans les mêmes termes que pour les
langues modernes. En effet, pour
presque chaque mot, il existe une ou
plusieurs variantes. Par conséquent, on
peut se demander si la notion de
correction orthographique n'était pas
étrangère à la langue égyptienne. En
effet, on y trouve :

des redondances ;
des omissions de graphèmes, dont on
ignore si elles sont intentionnelles ou
non ;
des substitutions d'un graphème à un
autre, de sorte qu'il est impossible de
distinguer une « faute » d'une
orthographe « alternative » ;
des erreurs et des omissions dans le
tracé des signes, d'autant plus
problématiques quand l'écriture est
cursive : écriture hiératique mais
surtout démotique où la
schématisation des signes est
extrême.

Traduction M…

En mai 2017, est mise en place la plate-


forme VÉgA (Vocabulaire de l'Égyptien
Ancien), traducteur de hiéroglyphes en
ligne[17].

Exemples de hiéroglyphes
Hiéroglyphes extrait de la grammaire
égyptienne
Exemple de Champollion
de hiéroglyphes extrait de la
grammaire égyptienne de Jean-François
Champollion (1836).
 

Notes et références
Notes et références
Notes M…

a. Comme beaucoup d'autres langues


chamito-sémitiques, l'égyptien
hiéroglyphique n'écrit pas toutes les
voyelles. Par ailleurs, certaines
voyelles ou consonnes qui diffèrent
selon les dialectes sont représentées
par le même hiéroglyphe.
b. Le « h » initial est muet, mais on ne
fait pas la liaison du fait que le « i »
qui le suit représente la semi-
consonne j.
c. Le dernier nom de souverain écrit en
hiéroglyphes — il s'agit en
l'occurrence de l'empereur romain
Decius (249 à 251) — se trouve dans
le temple d'Esna.
d. Caractère qui représente un son ou
phonème.

Références M…

1. Dr Okasha El Daly, Egyptology: The


Missing Millennium: Ancient Egypt in
Medieval Arabic Writings, UCL Press,
2005 (ISBN 1-84472-063-2) (cf.
Arabic Study of Ancient Egypt ,
Foundation for Science Technology
and Civilisation).
2. Michel Dewachter, Champollion : Un
scribe pour l'Égypte, Paris, Gallimard,
coll. « Découvertes Gallimard /
Archéologie » (no 96), 1990, 144 p.,
p. 130.
3. « Les langues sacrées ont laissé lire
leur vocabulaire perdu ; jusque sur
les granits de Mezraïm, Champollion
a déchiffré ces hiéroglyphes qui
semblaient être un sceau mis sur les
lèvres du désert, et qui répondait de
leur éternelle discrétion… » (François-
René de Chateaubriand, Les
Mémoires d’Outre-Tombe, IV, XII,
chap. 9).
4. (en) Peter T. Daniels, « The First
Civilizations », dans Peter T. Daniels
et William Bright, The World's Writing
Systems, 1996, p. 24.
5. Günter Dreyer, Recent Discoveries at
Abydos Cemetery U, dans « The Nile
Delta in Transition : 4th-3th Millenium
BC », Édit. M. Van Den Brink, Tel Aviv,
1992, p. 293-1299.
6. Gwenola Graff, « L'invention des
hiéroglyphes », La recherche, no 463,
avril 2012, p. 64 (lire en ligne ).
7. Edel 1955, p. 13.
8. Tabula Aegyptiaca hieroglyphicis
exornata, Acta Eruditorum, Leipzig,
1714 (lire en ligne ).
9. W. V. Davies, p. 129 sqq ; voir aussi J.
F. Healy, p. 197 sqq..
10. Jean-François Champollion, Lettre à
M. Dacier relative à l'alphabet des
hiéroglyphes phonétiques,
27 septembre 1822.
11. Cf. Alan H. Gardiner, Egyptian
Grammar, London, 1973, p. 507.
12. Cf. Antonio Loprieno, Ancient
Egyptian, A Linguistic Introduction,
Cambridge University Press, 1995,
p. 13.
13. (en) Antonio Loprieno, Ancient
Egyptian: A Linguistic Introduction,
Cambridge, Cambridge University
Press, 1995, poche
(ISBN 978-0-521-44849-9,
LCCN 95014789), p. 13.
14. Empruntés à l'ouvrage Je lis les
hiéroglyphes de Jean Capart.
15. (en) Jim Loy, « Determinative Signs In
Egyptian » citant Alan Henderson
Gardiner, Egyptian Grammar - Being
an Introduction to the Study of
Hieroglyphs [détail des éditions].
16. Raymond O. Faulkner, A Concise
Dictionary of Middle Egyptian [détail
des éditions].
17. « VÉgA : le traducteur de
hiéroglyphes en ligne » , sur
sciencesetavenir.fr, 22 mai 2017.

Voir aussi

Bibliographie M…

Sur l'étymologie, l'histoire et


l'évolution :
Jean Vercoutter, L'Égypte et la
vallée du Nil, Tome 1, PUF, 1992.
Elmar Edel, Altägyptische
Grammatik, Roma, Pontificium
Institutum Biblicum, 1955, p. 1-12.
Alan Henderson Gardiner, Egyptian
Grammar: Being an Introduction to
the Study of Hieroglyphs [détail
des éditions], p. 6 sqq.
Gustave Lefebvre, Grammaire de
l’égyptien classique, Le Caire,
Imprimerie de l’Institut français
d’archéologie orientale, 1955, p. 5
sqq.
Pascal Vernus, Espace et idéologie
dans l'écriture égyptienne, Paris, Le
Sycomore, 1982.
Christiane Ziegler, Les
Hiéroglyphes, département des
Antiquités égyptiennes, Louvre,
Éditions de la Réunion des
musées nationaux, 1991.
Antonio Loprieno, Ancient
Egyptian: a Linguistic Introduction,
Cambridge University Press, 2004,
p. 5 sqq.
Michel Malaise et Jean Winand,
Grammaire raisonnée de l'égyptien
classique, Liège, CIPL, Aegyptiaca
Leodiensia 6, 1999.
Jean-Pierre Guglielmi, L'Égyptien
hiéroglyphique - (+ 4 CD audio),
Chennevières s/Marne, Assimil,
2010.
Pierre Grandet et Bernard Mathieu,
Cours d'égyptien hiéroglyphique
[détail des éditions].
François Neveu, La langue des
Ramsès : grammaire du néo-
égyptien, Paris, Khéops, 1996.
W. V. Davies, Egyptian Hieroglyphs,
British Museum Press, 1996.
(en) J. F. Healy, The early Alphabet,
Londres, Berkeley : University of
California Press, 1990
(ISBN 978-0-520-07309-8,
LCCN 90040443).
(en) James Peter Allen, Middle
Egyptian: An Introduction to the
Language and Culture of
Hieroglyphs, New York, Cambridge,
2000, poche
(ISBN 978-0-521-77483-3).
(de) Wolfgang Kosack, Ägyptische
Zeichenliste I. Grundlagen der
Hieroglyphenschrift. Definition,
Gestaltung und Gebrauch
ägyptischer Schriftzeichen.
Vorarbeiten zu einer Schriftliste.,
Berlin, Verlag Christoph Brunner
Basel, 2013
(ISBN 978-3-9524018-0-4).
(de) Wolfgang Kosack, Ägyptische
Zeichenliste II. 8500 Hieroglyphen
aller Epochen. Lesungen,
Deutungen, Verwendungen
gesammelt und bearbeitet., Berlin,
Verlag Christoph Brunner Basel,
2013 (ISBN 978-3-9524018-2-8).
Sur l’écriture « syllabique » :
Jean-François Champollion,
Principes généraux de l'écriture
sacrée égyptienne : appliquée à la
représentation de la langue parlée,
Paris, Institut d'Orient : M. Sidhom,
1836 (réimpr. 1984)
(ISBN 978-2-905304-00-1,
LCCN 85235704) — ouvrage au
contenu « périmé ».
Jaroslav Černý et Sarah I. Groll, A
Late Egyptian Grammar, Rome,
Biblical Institute Press, 1975, p. 2.
Adolf Erman, Neuägyptische
Grammatik, Hildesheim, Georg
Olms Verlag, 1979, p. 15-19.
(en) E. A. Wallis Budge, Egyptian
language: easy lessons in Egyptian
hieroglyphics, New-York, Dover
Publications, 1910 (réimpr. 1983),
11e éd., poche
(ISBN 978-0-486-21394-1) —
ouvrage « périmé ».
Friedrich Junge, Neuägyptisch -
Einführung in die Grammatik,
Wiesbaden, Harrassowitz Verlag,
1999, p. 44 sq.
Jean-Claude Goyon, Grammaire de
l'égyptien hiéroglyphique : du
moyen empire au début du nouvel
empire, Lyon, Éditions A.C.V., 2006,
poche (ISBN 978-2-913033-10-8,
LCCN 2007459169).
Sur le système d’écriture :
Erhart Gräfe, Mittelägyptisch -
Grammatik für Anfänger,
Wiesbaden, Harrassowitz Verlag,
2001, p. 5-15.
Gustave Lefebvre, Grammaire de
l’égyptien classique, Le Caire,
Imprimerie de l’Institut français
d'archéologie orientale, 1955, p. 9-
25.
Sur la valeur phonétique des signes
« alphabétiques » :
Renaud de Spens, Leçons pour
apprendre les hiéroglyphes
égyptiens, Paris, Les Belles
Lettres, 2016, 216 p.
(ISBN 978-2-2514-4571-7).
Gaston Maspero, Introduction à
l'étude de la phonétique égyptienne,
Paris, H. Champion, 1917.
Gustave Lefebvre, Grammaire de
l’égyptien classique, Le Caire,
Imprimerie de l’Institut français
d’archéologie orientale, 1955,
p. 25-31.
Pour les enfants :
Marion Lemerle, Henri Choimet, Le
monde des hiéroglyphes, Vevey,
Éditions Mondo, 2004
(ISBN 978-2-8320-0263-6,
OCLC 85325894).

Articles connexes M…

Code ISO 15924 : Egyp


Pictogramme, idéogramme,
logogramme
Grammaire d'égyptien hiéroglyphique

Liens externes M…

Grammaire égyptienne de Champollion


le jeune en ligne , Typo.Firmin Didot
Frères, Paris, 1836, 555 p.
WikiHiero-Convertisseur , G.
Blanchard, S. Rosmorduc, G. Watson,
J. Hirst, 2004.
  Portail de l’Égypte antique
Portail de l’écriture

Ce document provient de
« https://fr.wikipedia.org/w/index.php?
title=Écriture_hiéroglyphique_égyptienne&oldid=1
66352397 ».

Dernière modification il y a 4 jours par Alno

Le contenu est disponible sous licence CC BY-SA


3.0 sauf mention contraire.