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DOSSIER TECHNIQUE

DOSSIERS TECHNIQUES
médecine/sciences 1997 ; 13 : 1299-305

Peignage moléculaire d’ADN.


Cartographie physique du génome
et diagnostic génétique
Xavier Michalet, Aaron Bensimon

Le peignage moléculaire permet la préparation ambiguïtés subsistant dans les cartes de restriction,
reproductible de surfaces couvertes d’une haute densité de mais aussi de se dispenser de l’établissement de ces
molécules d’ADN, parallèles les unes aux autres et étirées dernières. Enfin, dans le domaine du diagnostic
selon un taux constant et uniforme. L’utilisation des génétique, la détection de microdélétions de quelques
méthodes d’hybridation fluorescente classiques en fait un dizaines de kilobases à partir d’ADN génomique de
outil performant pour la cartographie physique à haute patients illustre les potentialités de la technique pour
résolution de clones, permettant notamment de lever les l’étude du génome humain.

vec les progrès techniques des 2 chromosomes sexuels d’un ou (développement de cartes génétiques

A de la biologie molécu-
laire, l’augmentation du
nombre de scientifiques
impliqués dans
recherche génétique académique ou
industrielle et, depuis quelques
années, les investissements considé-
la
plusieurs vecteurs de clonage conte-
nant le gène (de type cosmide, par
exemple). Cette localisation précise
permet ensuite de procéder au
séquençage et à l’identification du
gène, à sa mutagenèse dirigée dans
des modèles animaux, à l’étude de
denses [3], développement de
banques de clones couvrant le
génome humain [4]), qu’en l’auto-
matisation ou l’informatisation de
techniques classiques, la découverte
d’un gène représente encore une
entreprise de longue haleine, deman-
rables du Projet Génome Humain, la son profil d’expression en présence dant des moyens humains et finan-
connaissance du rôle des gènes et de de différents traitements, ou à l’éla- ciers très lourds. Les résultats de ces
leurs éventuelles mutations dans boration de diagnostics génétiques. efforts sont toutefois d’un intérêt
l’apparition et le développement de Le clonage positionnel comprend considérable pour la mise au point
nombreuses maladies a progressé de quatre étapes successives [2] : (1) de thérapies ou de diagnostics. Dans
façon exponentielle [1]. l’analyse de la liaison génétique à le cas des maladies détectées tardive-
l’aide de marqueurs chromoso- ment (phénotype à évolution lente),
L’étude du génome miques permettant de déterminer le diagnostic génétique laisse envisa-
une région chromosomique impli- ger la possibilité d’un traitement pré-
Il existe diverses stratégies de quée dans la maladie ; (2) la ventif plus efficace.
recherche et d’étude des gènes, et recherche de clones recouvrant la Parmi les nouvelles techniques
leur liste n’est sans doute pas close. région chromosomique en question ; d’étude du génome [5-8], permet-
Elles cherchent toutes à obtenir la (3) l’établissement d’une carte phy- tant en principe d’accélérer le clo-
séquence d’une partie du génome sique des clones obtenus ; (4) le nage positionnel ou, au moins, de
contenant le gène impliqué dans la séquençage systématique et le cri- lever certaines ambiguïtés, le « pei-
maladie étudiée. L’une de ces straté- blage d’ADNc candidats conduisant gnage moléculaire » que nous avons
gies est le « clonage positionnel » qui in fine à l’identification d’un gène. développé au laboratoire de biophy-
permet, en partant d’un ensemble de Malgré des progrès dans l’ensemble sique de l’ADN de l’Institut Pasteur,
familles de patients, d’aboutir à la des techniques employées pour le est une technique de visualisation
localisation physique sur l’un des clonage positionnel, consistant aussi directe de la position de clones, sus-
22 chromosomes autosomiques ou bien en développements nouveaux ceptible d’améliorer considérable-
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ment la précision et de simplifier la
cartographie physique. Nous mon-
trons ici son application à la carto-
graphie directe à haute résolution et A
au diagnostic génétique de micro-
délétions grâce à l’utilisation de tech-
niques classiques d’hybridation fluo-
rescente.

Le peignage moléculaire
ou comment étirer l’ADN
de façon contrôlée
Le peignage moléculaire désigne un
procédé de fixation d’ADN purifié sur
B
des surfaces, découvert en 1993 à
l’Institut Pasteur et à l’École Normale
Supérieure [9, 10]. Il consiste à ancrer
spécifiquement par leurs extrémités
des molécules d’ADN en solution, et à
les étirer à l’aide de la tension superfi-
cielle d’un ménisque en mouvement.
La figure 1 illustre la mise en œuvre la
plus simple de ce principe. Des molé-
cules d’ADN « déprotéinisées », c’est- C
à-dire débarassées de toute protéine
liée à elles, par un traitement par la
protéinase K sont mises en solution
tamponnée de MES (acide 2-N[mor-
pholino]éthane sulfonique) 50 mM
pH 5,5, et déposées sur une surface
de verre traitée de façon à ne per-
mettre qu’une adsorption spécifique
de l’ADN par ses extrémités [9-11]. Figure 1. Principe du peignage moléculaire. A. Dans cette expérience sché-
Pendant la durée d’incubation de matisée, la solution d’ADN purifié est simplement déposée sur une surface
quelques minutes, les molécules traitée, et couverte par une surface de verre qui crée un mince film aqueux.
d’ADN qui adoptent en solution une Certaines molécules viennent spontanément s’ancrer par leurs extrémités
conformation de globule (ou pelote sur la surface traitée. B. Par simple évaporation de la solution par les bords,
statistique), animées d’un mouve- le volume de la solution diminue, et la frontière air-eau se rétracte, entraî-
ment brownien, entrent de façon nant avec elle les parties non fixées des molécules d’ADN.
aléatoire en contact avec la surface C. Après la disparition complète de la solution, les molécules d’ADN se
traitée et, éventuellement, finissent retrouvent fixées sur la surface, et étirées d’une manière uniforme. La dis-
par s’ancrer spontanément par l’une tance entre les deux surfaces (quelques microns) et la molécule d’ADN sché-
de leurs extrémités sur la surface. matisée ne sont évidemment pas représentées à la même échelle.
La deuxième étape du procédé
consiste à retirer de façon contrôlée
la solution d’ADN, de façon à provo-
quer un déplacement régulier du en résulte un débobinage de la pelote toutes les molécules étirées se retrou-
ménisque sur la surface. Lors du pas- statistique. La force exercée par le vent parallèles les unes aux autres du
sage du ménisque, c’est-à-dire de la ménisque étant supérieure à la résis- fait de l’unicité de la direction de
ligne frontière entre la solution, l’air tance élastique de l’ADN, la molécule déplacement du ménisque (d’ou le
et la surface, la partie non ancrée de est, de surcroît, étirée par rapport à sa nom de « peignage moléculaire »
la molécule qui se présente sous la longueur non contrainte (ou lon- donné à la technique) et, d’autre
forme d’une pelote statistique (repré- gueur cristallographique). Enfin, une part, en taux d’extension : toutes les
sentée par des boucles sur les figures fois le ménisque passé, on constate molécules sont étirées de la même
1A et 1B) reste en solution et est donc une fixation irréversible de la molé- façon et sur toute leur longueur,
entraînée dans la direction de dépla- cule étirée sur la surface (figure 1C). l’origine de la force d’extension
cement du ménisque. La molécule La particularité de cet étirement étant la forme du ménisque, fixée
étant ancrée par l’extrémité, qui se ainsi réalisé réside dans son extrême par la nature de la surface et de la
trouve désormais hors de la solution, il régularité, d’une part, en direction : solution tampon utilisées.
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DOSSIERS TECHNIQUES
reconnaissables par des systèmes
d’anticorps fluorescents. Dans un
second temps, ces sondes sont incu-
bées avec l’ADN cible, pour per-
mettre leur hybridation avec les
séquences cibles. La révélation de ces
sondes par des systèmes spécifiques
d’anticorps fluorescents permet de
repérer leur position.
A la différence des techniques clas-
siques utilisant la FISH (sur chromo-
somes métaphasiques, ADN interpha-
sique, halo, etc.) [14-16], la mesure
de la taille ou de la distance des
signaux d’hybridation est directe-
ment traduisible en une distance
physique en kilobases, en utilisant
l’échelle de 2 kb/µm obtenue par des
mesures exhaustives dans le cas des
surfaces silanisées utilisées au labora-
toire (voir figure 3 et l’article de
Figure 2. ADN peigné observé par microscopie d’épifluorescence. Une solu-
Monier et al. dans ce numéro). En
tion d’ADN purifié de phage λ (0,25 µg/ml) préalablement incubée avec des tenant compte de la résolution théo-
molécules fluorescentes s’intercalant dans l’ADN, a servi pour le peignage rique d’un microscope qui ne
sur des surfaces traitées à l’aide de dérivés du silane. Le champ de vue pho- dépasse pas 0,20 à 0,25 micron, une
tographié à l’aide d’une caméra intensifiée contient une majorité de seg- précision des mesures sur ADN pei-
ments de 25 microns environ. Les fragments plus petits sont dus à des cas- gné de l’ordre de 0,50 kb est en prin-
sures aléatoires qui ont lieu avant ou lors de la préparation. La barre de cipe accessible. En pratique, du fait
mesure représente 10 microns. de la variabilité de l’hybridation, il
est nécessaire de prendre des
mesures sur un échantillon représen-
tatif de quelques dizaines de signaux
La figure 2 montre une surface de d’ADN peigné par cellule [12]. A d’hybridation. L’ensemble des
verre (traitée à l’aide d’un dérivé de partir d’un échantillon de quelques mesures donne une distribution sta-
silane [9-11]), sur laquelle a été pei- µg d’ADN, préservé dans un bloc tistique des tailles ou des distances,
gnée une solution d’ADN de phage λ, d’agarose à bas point de fusion, plu- caractérisée par une valeur modale
visualisé à l’aide de molécules fluores- sieurs centaines de génomes peuvent (pic de la distribution) et une cer-
centes s’intercalant partiellement être peignés sur une surface de taine dispersion, donnant la préci-
entre les bases de l’ADN (YOYO-1, 22 x 22 mm2 en quelques minutes et sion de la mesure qui est en général
Molecular Probes). L’ensemble des un nombre quasi illimité de surfaces de quelques kilobases (figure 3).
molécules est orienté dans une direc- peuvent être préparées de façon
tion unique et leur taille, de l’ordre reproductible [12]. Cartographie physique
de 25 micromètres (µm), est du génome
constante. La taille du génome du Hybridation fluorescente
phage λ étant précisément connue sur ADN peigné L’application de ces techniques (pei-
(48,5 milliers de bases (kb)), on en gnage moléculaire et FISH) à la car-
déduit une extension d’environ Les perspectives d’utilisation de ce tographie physique est sans doute la
2 kb/µm. Cette extension est indépen- procédé dans le domaine génétique plus évidente. En collaboration avec
dante de la taille et elle est parfaite- sont nombreuses. En particulier, Françoise Fougerousse, du groupe de
ment reproductible. Comparé à la l’ADN peigné étant irréversiblement Jacques Beckmann au Généthon,
taille cristallographique de 16,2 µm, le fixé sur la surface de peignage, il est nous avons ainsi cherché à détermi-
procédé permet un étirement d’un possible d’utiliser les protocoles ner l’orientation transcriptionnelle
facteur 1,54 (figure 2). d’hybridation fluorescente in situ du gène de la calpaine 3, situé sur le
Grâce à quelques perfectionne- (FISH) [13] pour détecter, mesurer chromosome 15q15.2, dont des
ments, cette technique de peignage et positionner des sondes nucléoti- mutations sont responsables d’une
moléculaire peut être maintenant diques particulières dans n’importe dystrophie musculaire des ceintures
utilisée avec tous les types de quel génome [12]. (LGMD 2A) (m/s n° 4, vol. 11, p. 637)
génome, du plus petit au plus grand, Les techniques de FISH consistent [12, 17, 18].
comme l’ADN génomique humain dans le marquage d’ADN sonde ou Dans ce but, des cosmides apparte-
qui représente environ trois mètres d’ARN par des nucléotides modifiés nant à deux contigs déjà ordonnés à
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de ces mesures, nous avons effectué
un certain nombre d’hybridations
redondantes qui nous ont permis de
vérifier que les mesures surnumé-
raires correspondaient à celles pré-
dites par notre carte, sans aucun
besoin de renormalisation ou d’adap-
tation des mesures.
Nous avons étendu cette méthode de
cartographie de cosmides à l’ADN
génomique humain peigné, à l’occa-
sion de l’étude de contigs de cosmides
recouvrant une région du chromo-
some 9 impliquée dans l’une des
formes de la sclérose tubéreuse
(TSC1) [12]. Pour donner une idée
de la différence avec l’expérience
précédente, il suffit de rappeler la
Figure 3. Exemple de FISH sur ADN peigné. L’ADN peigné est constitué par taille d’un génome diploïde humain
le génome d’une souche de levure contenant un chromosome artificiel (YAC après peignage : environ trois mètres,
774G4) incluant 1,6 Mb de génome humain. Ce YAC couvre une région du sur lesquels seuls quelques centaines
chromosome 15q15.2 dans laquelle a été découvert le gène CAPN3 respon- de micromètres représentent la
sable de la dystrophie musculaire des ceintures de type 2A. L’hybridation région à cartographier (soit
simultanée de deux cosmides révélés en deux couleurs différentes (1F11 : 1/10 000e). Malgré cette différence
vert, 3A4 : rouge) permet la mesure précise de leurs tailles et de leur distance de « rendement » de l’ADN peigné,
par l’analyse d’un échantillon statistique de quelques dizaines de mesures. nous avons pu obtenir des mesures
La barre de mesure représente 10 microns. statistiques d’intervalle ou de dis-
tance entre cosmides sur une seule
surface de 22 x 22 mm2 avec une pré-
cision de quelques kilobases, en aug-
l’aide de marqueurs STS (sequenced Dès qu’un nombre suffisant d’hybri- mentant considérablement la densité
tag site) dont l’un contenait le gène et dations est utilisé, la mesure directe d’ADN peigné [12].
l’autre était d’orientation chromoso- des tailles et des distances sur La FISH sur ADN peigné apparaît, de
mique connue, ont été hybridés deux quelques dizaines de couples de cos- ce fait, comme la seule technique de
par deux sur l’ADN peigné d’une mides permet la construction immé- cartographie physique permettant
souche de levure contenant un insert diate d’une carte précise de la d’obtenir directement et sans ambi-
d’ADN génomique humain de région, sans ambiguïté sur l’orienta- guïté une carte physique à haute
1,6 Mb (YAC 774G4) couvrant la tion des cosmides et la taille des résolution, sans la nécessité de faire
région du gène. La densité de pei- intervalles éventuels. La carte résul- appel à d’autres techniques. Toute-
gnage obtenue permet en effet de se tante de la région étudiée (environ fois, si des distances de quelques kilo-
dispenser d’isoler préalablement le 200 kb) est représentée sur la figure 4. bases à plusieurs centaines de kb sont
chromosome artificiel à étudier, qui Il est intéressant de noter qu’aucun accessibles sans difficulté, les échelles
ne représente pourtant qu’un faible des deux contigs n’avait l’orientation de distance supérieures nécessitent
pourcentage du génome total supposée dans les travaux précédents de faire appel à des techniques
(12,6 Mb). Dans cette expérience, (fondés sur des marqueurs STS), ce moins précises mais plus adaptées,
l’ADN de levure est en quelque sorte qui montre ainsi la puissance de la comme la FISH sur chromosomes
un ADN muet où ne sont hybridées méthode pour lever des ambiguïtés métaphasiques. La limite supérieure
que des séquences spécifiques du difficilement résolvables par les dépend en fait non seulement des
génome humain. méthodes de biologie moléculaire manipulations de l’ADN (réduites au
Pour chaque paire de cosmides, l’un standard. minimum) préalables au peignage,
est révélé à l’aide d’un système Par ailleurs, l’ensemble des mesures celles-ci pouvant conduire à des cas-
d’anticorps couplé à la FITC (fluores- obtenues avec une précision de sures importantes des fibres, mais
cence verte), l’autre étant couplé au quelques kilobases a permis de véri- aussi à la distance physique (en
Texas RedTM (fluorescence rouge). fier l’autonomie de cette nouvelle micromètres) des signaux. En effet,
La figure 3 montre un champ de vue technique de cartographie physique, plus les signaux d’hybridation sont
caractéristique d’une lame observée les résultats ayant pu être obtenus éloignés, plus il est difficile de les
au microscope à épifluorescence sans connaissance préalable ni des associer sans ambiguïté par paire, et
équipé d’un objectif x 100 et d’une tailles des cosmides, ni de leurs dis- donc de mesurer leur distance.
caméra CCD (charge coupled device) tances, c’est-à-dire sans contrôle L’extension de la technique à l’ADN
refroidie. interne. Pour vérifier la cohérence génomique ouvre d’importantes
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perspectives puisqu’il permet, en
principe, de se dispenser des clones
de grande taille, comme les YAC ou
A
les BAC, pour réaliser la cartographie 209 1F11
physique de clones plus petits (cos-
mides, PAC, etc.). Ces clones, qui 10 1 1A11 3A4
sont d’une grande utilité pour carto-
2A6
graphier à grands traits une région
chromosomique, sont cependant 281 1 1G3

sujets à des remaniements qui peu-


vent parfois fausser les résultats obte- 8
nus. Grâce aux développements que
nous avons décrits, un ADN humain 3A4 - 1 F11
standard peut désormais servir à 209 - 1 F1 1
l’étude de n’importe quelle région 209 - 3A4
du génome. Il n’est donc pas exclu 1 0 1 - 3 A4
que de nouvelles stratégies de clo- 1 0 1 - 1 G3
nage positionnel performantes résul- 1 G 3 - 3A4
tent de cette extension des potentiali- 1 G 3 - 1 F1 1
tés du peignage moléculaire. 1 G 3 - 2A6

Diagnostic génétique
de microdélétions c 209 3A4 2A6

101 1G 3 1F11
Le peignage moléculaire d’ADN
génomique n’est pas intéressant uni-
quement du point de vue de la carto-
graphie physique. L’ADN génomique
de chaque individu diffère sensible-
ment de l’ADN d’un autre individu,
par des mutations ponctuelles, des Figure 4. Cartographie physique sur ADN peigné. A. Carte STS de la région
répétitions de motifs, mais parfois du gène CAPN3 contenu dans les cosmides 1F11 et 1G3. La direction centro-
aussi, par des modifications plus mérique est à gauche, le télomère à droite. Chaque graduation représente un
importantes, de l’ordre de quelques STS. Les STS sont représentés équidistants par convention, leur distance
kilobases à plusieurs mégabases. Ce physique étant inconnue. Les cosmides utilisés dans notre étude sont repré-
sont précisément ces modifications sentés en couleur, chaque couleur correspondant à un contig dictinct. B. Car-
génétiques de plusieurs kilobases tographie physique par FISH sur ADN peigné avec une résolution de
(souvent pathologiques) que le pei- quelques kilobases. La figure montre des hybridations typiques, avec le nom
des cosmides utilisés. C. Carte schématisée de la région, à partir des résul-
gnage moléculaire et les techniques
tats de la FISH sur ADN peigné. Les deux contigs sont donc retournés par
décrites dans le cadre de la cartogra- rapport à leur positionnement hypothétique dans la carte STS figurée en (A).
phie physique, sont susceptibles de
détecter de manière extrêmement
efficace et rapide.
En collaboration avec Rosemary à l’étude de microdélétions du gène cosmides sur l’ADN d’un individu
Ekong et Sophie Rousseaux, du TSC2 impliqué dans l’une des formes sain et sur celui d’un patient atteint
groupe de Sue Povey, du Medical de la sclérose tubéreuse (m/s n° 4, de sclérose tubéreuse. Dans le cas de
Research Council de Londres, nous vol. 11, p. 636) [12, 19]. Cette pre- l’individu sain, la distance mesurée
avons ainsi appliqué notre technique mière expérience visait à vérifier la entre tous les couples de sondes est
possibilité de réaliser un diagnostic unique et est d’environ 150 kb. Pour
* GLOSSAIRE * génétique de délétions connues. l’échantillon d’ADN peigné prove-
La connaissance précise de la région nant du patient TSC2, deux types de
STS : sequence tagged site, repérage 16p13.3 impliquée, et la détermina- mesures sont possibles : une partie
d’une séquence exprimée. tion par électrophorèse sur gel en des couples de cosmides donne le
YAC : yeast artificial chromosome. champ pulsé (PFGE) de la nature des résultat précédent (qui correspond
BAC : bacterial artificial chromosome. délétions de plusieurs patients nous a aux hybridations s’effectuant sur le
PAC : P1 artificial chromosome. permis de sélectionner deux cos- chromosome 16 non délété), mais
FISH : fluorescence in situ hybridisa- mides encadrant la région concer- une autre partie donne une valeur
tion. née. Le principe du diagnostic est inférieure, de l’ordre de 90 kb. Cette
PFGE : pulsed field gel electrophoresis. explicité sur la figure 5, qui montre le dernière valeur permet de détermi-
résultat de l’hybridation de ces deux ner la taille précise de la délétion
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sont une voie de recherche promet-
teuse pour essayer de faire le lien
entre la très haute résolution de la
FISH sur ADN peigné, et les distances
de quelques Mb et davantage habi-
tuellement estimées par hybridation
sur chromosomes métaphasiques.
Enfin, la possibilité d’utiliser directe-
ment l’ADN génomique de
n’importe quel organisme offre un
Figure 5. Diagnostic de microdélétions sur ADN génomique peigné. La sclé- outil important pour l’étude compa-
rose tubéreuse TSC2 a pour origine une microdélétion d’une partie du chro- rative des espèces et de leur synténie,
mosome 16. Le principe du diagnostic de ces délétions consiste à hybrider un domaine particulièrement impor-
simultanément deux cosmides encadrant la région critique. Six exemples tant à l’heure où la recherche théra-
d’hybridations représentatives parmi les dizaines de mesures effectuées sont peutique s’effectue souvent sur des
présentées pour chaque patient étudié. L’individu normal possède un locus modèles animaux.
intact sur les deux chromosomes 16 et présente donc une seule figure Dans le domaine du diagnostic, un
d’hybridation des deux cosmides distants d’environ 150 kb. Dans le cas du vaste champ complémentaire à celui
patient atteint de TSC2, une partie des signaux d’hybridation donne une dis- occupé par la PCR ou les techniques
tance entre les sondes d’environ 150 kb qui correspond à l’allèle normal, se focalisant sur les modifications
l’autre partie donnant une distance de 90 kb, qui correspond à l’allèle délété. ponctuelles ou très petites du
De surcroît, la taille du signal correspondant à l’une des sondes est systéma- génome (séquençage, puce ADN
tiquement inférieure à sa taille normale (flèches vertes), indiquant qu’une [4]) est ouvert. Mais les caractéris-
partie de la cible correspondante a également été délétée dans le chromo-
tiques du peignage moléculaire per-
some du patient.
mettent d’espérer que d’autres types
de diagnostics pourront être mis en
(environ 70 kb) qui, en l’occurrence, Perspectives place, qui tireront parti de sa repro-
emporte une partie de la séquence ductibilité, de sa précision et de son
correspondant à l’un des cosmides Les applications que nous avons pré- caractère d’observation directe qui le
utilisés (figure 5). sentées n’épuisent pas les potentialités garantit contre des ambiguïtés de
Le diagnostic est donc obtenu de façon du peignage moléculaire. En ce qui techniques indirectes. Ces caractéris-
immédiate, une seule surface d’hybri- concerne les applications utilisant tiques, ajoutées à la possibilité
dation étant suffisante pour accumuler l’hybridation fluorescente, nous d’automatisation des étapes de pré-
les quelques dizaines de mesures néces- avons, par exemple, étudié en colla- paration et d’analyse font assurément
saires à un diagnostic précis avec, en boration avec le laboratoire de Tho- du peignage moléculaire d’ADN une
sus, une information sur l’hétérozygo- mas Cremer de l’Institut de Géné- technologie d’avenir ■
tie du patient pour ce locus. tique Humaine et d’Anthropologie de
L’ADN d’autres patients a été étudié Münich, la possibilité d’étendre les
de cette façon, avec des délétions techniques d’hybridation comparative
variant d’une dizaine de kilobases à pour le dosage d’amplifications de Xavier Michalet
près de 150 kb, en accord avec les séquences au sein du génome [20].
résultats obtenus par PFGE. Cette dis- Cette étude ne représente toutefois Docteur ès sciences, chercheur contractuel,
tance de 150 kb ne constitue évidem- que l’une des approches possibles uti- Institut Pasteur, 25, rue du Docteur
ment pas un maximum, tout autre lisant le peignage moléculaire pour Roux, 75724 Paris Cedex 15, France.
choix pour les cosmides entourant la l’analyse des amplifications de gènes,
région cible ayant pu convenir. Tou- un phénomène qui intervient notam- Aaron Bensimon
tefois, comme nous l’avons déjà noté, ment dans la carcinogenèse.
les cassures aléatoires de l’ADN au Différentes études sont également en PhD, chef du laboratoire de biophysique
cours des manipulations augmentent cours sur l’application de l’hybrida- de l’ADN, Institut Pasteur, 25, rue du
avec la taille de la région cible et tion fluorescente sur ADN peigné à la Docteur Roux, 75724 Paris Cedex 15,
jouent un rôle dans la limitation de cartographie de très petites sondes, France.
la taille maximale mesurable ; de comme les ADNc : la très nette dis-
même, une trop grande distance tinction entre bruit de fond et signal,
entre les sondes peut rendre les illustrée sur la figure 3, permet en effet
mesures difficiles. d’envisager la cartographie de sondes
De façon similaire, la technique de de quelques kilobases ou moins (voir
peignage moléculaire permet, en l’article de Monier et al., p. 1306 de ce Remerciements
principe, d’étudier des microduplica- numéro) et leur éventuelle utilisation
Nous tenons à remercier Catherine Schurra
tions ou des micro-insertions au sein pour le diagnostic. A l’autre extrémité pour son inappréciable aide technique.
d’une région connue du génome. du spectre, les très grandes distances
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DOSSIERS TECHNIQUES
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DIPLÔME D’UNIVERSITÉ DE CHRONOBIOLOGIE


Année Universitaire 1997-1998
• Un enseignement de Chronobiologie est organisé à la Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière, sous la direction du Professeur Yvan Touitou. Il a pour
but de donner une formation théorique et pratique aux étudiants pour leur permettre l’utilisation des méthodes chronobiologiques. Le diplôme est
ouvert aux médecins, pharmaciens, chirurgiens-dentistes, internes des hôpitaux, maîtres ès sciences et, sur proposition du directeur d’enseignement,
aux candidats intéressés par la Chronobiologie ayant tous autres titres et travaux. L’enseignement se déroule sous la forme de 5 séminaires de 2 jours
chacun, en novembre, décembre, janvier, février et mars. Il est dispensé à la Faculté de Médecine Pitié-Salpêtrière à Paris. Les étudiants salariés peu-
vent s’inscrire dans le cadre de la formation permanente (prise en charge de l’inscription par l’employeur). La date limite des inscriptions est fixée au
12 novembre 1997.
• L’enseignement porte sur les aspects fandamentaux et appliqués des rythmes biologiques, de la cellule à l’homme. Il est sanctionné par un examen
écrit et oral permettant l’obtention du Diplôme d’Université.
Le programme des cours est le suivant :
Mercredi 12 et jeudi 13 novembre 1997 : Propriétés fondamentales et méthodes d’étude des rythmes biologiques.
Lundi 8 et mardi 9 décembre 1997 : Rythmes à l’échelon cellulaire et moléculaire : mécanismes. Rythmes endocriniens et neuroendocriniens.
Lundi 12 et mardi 13 janvier 1998 : Rythmes en pharmacologie et toxicologie.
Lundi 9 et mardi 10 février 1998 : Pathologie et chronothérapeutique en endocrinologie, en cancérologie, en psychiatrie, etc.
Lundi 9 et mardi 10 mars 1998 : Développement, vieillissement et adaptation. Photopériodisme et régulation des rythmes biologiques.
Les candidats intéressés doivent faire une demande écrite précisant leur formation universitaire
au Professeur Yvan Touitou, DU de Chronobiologie, Faculté de médecine
Pitié-Salpêtrière, 91, boulevard de l’Hôpital, 75013 Paris, france.

m/s n° 11, vol. 13, novembre 97 1305